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Bureau du vérificateur général

1550, rue Metcalfe


Bureau 1201
Montréal (Québec) H3A 3P1

Le 22 février 2011

Aux membres du Conseil de la Ville de Montréal


275, rue Notre-Dame Est
Bureau 1.114
Montréal (Québec) H2Y 1C6

Objet : Mise au point

Mesdames, Messieurs,

Vous trouverez ci-joint une lettre que nous adressons ce jour à Me Claude Dauphin, président de
votre Conseil.

J’y informe Me Dauphin de mon intention de ne pas donner suite à l’invitation du maire de
participer à l’assemblée publique de ce jour afin de m’expliquer sur le contenu du rapport du
comité de vérification. J’y expose de plus les motifs qui justifient ma décision.

Par contre, je suis disposé, dans l’éventualité où le dépôt de mon rapport spécial susciterait des
questions et sur convocation formelle transmise à l’intérieur d’un délai raisonnable, à rencontrer
les membres du Conseil.

Il n’est cependant pas question de mon rapport spécial dans l’invitation que j’ai reçue et c’est
pourquoi je me dois de la décliner.

Qu’il me soit permis de réitérer que cette position ne vise nullement à me soustraire à toute forme
d’imputabilité inhérente à l’exercice de mes fonctions dans la mesure où celle-ci respecte ce qui
suit:

- la nécessaire autonomie et l’indépendance de la fonction que j’occupe;


- la nature particulière de cette fonction, qui relève de l’autorité directe et exclusive du Conseil;
- le droit des membres du Bureau et de ceux dont les services sont retenus de refuser de
communiquer, même sur ordre d’un tribunal, tout renseignement ou document recueillis dans
l’exercice de leur fonction;
- le droit dont je dispose de connaître à l’avance et avec exactitude l’origine et les fondements
des reproches qui me sont formulés;
- le droit dont je dispose de m’assurer que les informations recueillies qui étayent ces
reproches ont été obtenues dans le plus strict respect de mes droits et de la Loi.

Le rapport du comité de vérification, d’à peine deux pages, expose des allégations vagues et non
supportées. J’ajoute de plus qu’elles sont non fondées.

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Aux membres du Conseil de la Ville de Montréal Le 22 février 2011
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Je suis prêt à répondre à toute question que le Conseil municipal pourrait juger nécessaire de me
poser, en autant qu’elles soient fondées, précises et reposent sur des informations obtenues
légalement et légitimement, ce qui n’est pas le cas.

Plus particulièrement, en matière de gestion contractuelle, je vous rappelle que le Bureau


s’astreint déjà à une forme de reddition de comptes en communiquant au Conseil la liste des
contrats octroyés. Je peux vous confirmer que les décisions prises en cette matière sont
motivées par la saine administration des budgets mis à ma disposition en vertu de la Loi.

Par ailleurs, l’illégalité manifeste des gestes posés et des allégations qui ont servi à alimenter les
médias et le public ont entaché ma réputation, celle de la fonction que j’occupe et celle de tous
les membres du Bureau du vérificateur général.

C’est pourquoi, j’adressais vendredi dernier, par l’entremise de mes procureurs, une mise en
demeure, dont copie est annexée à la présente, aux principaux auteurs connus de ces
agissements illégaux. Ces derniers doivent être imputables et responsables de leur négligence
grossière, et surtout, de l’utilisation subséquente des informations qu’ils ont illégalement
recueillies et diffusées en violation de mes droits et de la Loi.

Quoiqu’exceptionnelle, cette dernière mesure s’avérait nécessaire à la protection de mes droits et


de la fonction que j’occupe.

Veuillez recevoir, Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.

Le vérificateur général de Montréal

Jacques Bergeron, CA, M. Sc, MBA

p. j.
Bureau du vérificateur général
1550, rue Metcalfe
Bureau 1201
Montréal (Québec) H3A 3P1

Le 22 février 2011

Maître Claude Dauphin


Président du Conseil de la Ville de Montréal et
Maire de l’arrondissement de Lachine
Hôtel de Ville
275, rue Notre-Dame Est
Bureau 1.112
Montréal (Québec) H2Y 1C6

Objet : Invitation au Conseil municipal – 22 février 2011 à 10 h 00

Monsieur le Président du Conseil,

J’accuse réception de la vôtre du 17 février reçue à nos bureaux à 16 h 59 et dont j’ai pris
connaissance dans la matinée du 18 février.

Ce rapport spécial établit hors de tout doute l’obtention illégale des communications
électroniques du vérificateur général. Cette intrusion constitue une atteinte sans précédent à
l’autonomie et à l’indépendance rattachées à ma fonction. Au surplus, les gestes posés
n’auraient pas pu faire l’objet d’aucune autorisation préalable du Conseil duquel je relève
directement et exclusivement ou être ratifiés par ce dernier.

Et je passe sous silence les règles de l’art en matière d’enquête qui ont été transgressées. Tel
que relaté dans le rapport spécial déposé hier, les lacunes à ce niveau sont plus qu’importantes
et établissent qu’il ne s’agissait pas d’une «enquête» véritable mais plutôt d’une vendetta.

Dans l’éventualité où le dépôt de mon rapport spécial susciterait des questions chez les membres
du Conseil et qu’ils me convoquent formellement et dans un délai raisonnable pour y répondre,
vous pouvez compter sur ma présence.

Cependant, l’invitation du maire que vous m’avez transmise n’a pas cet objet.

J’y suis invité à m’expliquer sur le contenu d’un rapport qui origine d’une enquête et d’une
intrusion illégales et contraires aux dispositions impératives de la Loi sur les cités et villes et au
respect de mes droits fondamentaux.

Vous comprendrez dans ces circonstances que je ne puis accepter de cautionner, par ma
présence, les gestes illégaux qui ont été commis. Prendre part à une séance du Conseil, plénière
ou autre, au cours de laquelle seraient discutés, d'égal à égal, le rapport spécial que j'ai déposé
et le «rapport» du comité de vérification, constituerait aussi une forme d'acceptation de la
légitimité et de la légalité de celui-ci.

Me présenter devant le Conseil pour «m’expliquer» sur ce «rapport» annihilerait l’importance des
principes qui ont été bafoués et donnerait, à tort et au péril de la fonction que j’occupe, une
indication que les auteurs de cette illégalité peuvent recommencer.

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Maître Claude Dauphin - 2- Le 22 février 2011

Me présenter pour m’«expliquer» devant ceux parmi vous qui semblent cautionner sa validité
m’apparaît également contraire à toute logique, puisque c’est de sa légalité qu’il doit être discuté
en premier lieu.

Je note par ailleurs que le Contrôleur général n’a toujours pas, au moment d’écrire ces lignes,
donné suite à la mise en demeure qui lui a été signifiée vendredi dernier et dans laquelle nous lui
réitérions la demande de remettre tous les documents copiés ainsi que le nom des personnes
auxquelles des copies et ou leur contenu ont été communiqués. Le délai imparti étant expiré, j’ai
donné instruction à mes procureurs de prendre les procédures appropriées afin de protéger le
Bureau contre toute utilisation des informations confidentielles et privilégiées illégalement
copiées.

En somme, la demande que vous m’avez adressée est clairement prématurée.

Si, en ma qualité de vérificateur général, je dois répondre de récriminations valides touchant ma


gestion, ce n’est certainement pas lors d’une séance publique du Conseil que je le ferai.
Imaginez un instant que, pour répondre à une question du Conseil, je doive référer à des sujets
de vérification ou au contenu de mandats privilégiés et confidentiels en cours. Ce forum ne me
permettra manifestement pas de donner toutes les explications utiles. Il ne s’agit pas d’une
tribune neutre et objective qui donnera les garanties nécessaires pour préserver la confidentialité
des informations communiquées.

L’exercice auquel vous me conviez met donc en contradiction des principes et des droits
fondamentaux rattachés à la fonction que j’occupe.

Ceci met en évidence le caractère particulier de la fonction de vérificateur général.

Ceci pose avec encore plus d’acuité les failles importantes du «rapport» auquel vous me
demander de répondre. Le Contrôleur général ne pouvait conclure à l’existence d’irrégularités,
hors contexte, sans prendre connaissance des travaux et des sujets de vérification qui occupent
le Bureau, qui doivent normalement demeurer confidentiels. Il semble qu’il se soit contenté pour
les fins de son « rapport », d’une analyse parcellaire et fragmentée sans même avoir la diligence
d’en valider les avancées.

Il ne fait donc aucun doute pour moi que mes droits seraient irrémédiablement bafoués si
j’acceptais votre invitation à donner quelque suite que ce soit au rapport du comité de vérification,
sauf pour en contester la légalité par les moyens judiciaires appropriés.

Veuillez recevoir, Monsieur le président du Conseil, mes salutations distinguées.

Le vérificateur général de Montréal

Jacques Bergeron, CA, M. Sc.,MBA

c. c. : Me Yves Saindon, greffier de la Ville