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De l’art de rendre la politique populaire, ou: qui a peur de l’infotainment?

Article  in  Reseaux · January 2003

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Kees Brants
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DE L'ART DE RENDRE LA POLITIQUE POPULAIRE...
Ou « qui a peur de l'infotainment ? »
Kees Brants

La Découverte | Réseaux

2003/2 - no 118
pages 135 à 166

ISSN 0751-7971
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Pour citer cet article :


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Brants Kees,« De l'art de rendre la politique populaire... » Ou « qui a peur de l'infotainment ? »,
Réseaux, 2003/2 no 118, p. 135-166. DOI : 10.3917/res.118.0135
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DE L’ART DE RENDRE
LA POLITIQUE POPULAIRE…

Ou « qui a peur de l’infotainment ? »

Kees BRANTS

© Réseaux n° 118 – FT R&D / Hermès Science Publications – 2003


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L orsque Jacques Chirac rendit visite à la reine et au Premier ministre
des Pays-Bas début 2000, il repoussa toutes les demandes
d’organisation d’entretiens. Les informations télévisées hollandaises
reçurent une réponse négative, les magazines d’information quémandèrent
en vain et les rédacteurs politiques de tous les quotidiens nationaux ne
reçurent qu’une brève réponse du service de presse du président :
« Absolument désolé, mais pas d’entretien. » Il y eut cependant une
exception : le show télévisé de la populaire chaîne publique TROS, animé
par Ivo Niehe, l’équivalent local de l’américain David Letterman ou de Jay
Leno. Ses shows sont habituellement remplis de vedettes de variétés ou de
personnalités – non politiques – sous les feux de l’actualité. Le format y est
celui d’une discussion amicale ; les échanges mettent en lumière le côté
humain de l’invité et fuient toute approche conflictuelle. Bien qu’on puisse
difficilement y voir une émission politique, il y avait là l’espace idéal où le
président français puisse dire ce qu’il voulait dire, et le dire en souriant, sans
être menacé par le Jeremy Paxman1 du Plat Pays – tout en demeurant
silencieux sur les sujets qui fâchent, à propos desquels il craignait
apparemment que les demandeurs d’entretiens aient grande envie de
l’entreprendre*.

Des talk-shows comme celui-là, ou leurs équivalents plus politiques mais


non moins polarisés sur les dimensions personnelles – comme le Vivement
dimanche de Michel Drucker dont Chirac pouvait être familier – sont
souvent considérés comme un clou de plus dans le cercueil de la
communication politique sérieuse ou, pire, de la démocratie elle-même. Ils
sont présumés nous donner plus des images et des personnalités en politique
que des dossiers et des opinions qui nous concernent, ou devraient nous

* Ce texte actualise et reprend un article (“Who’s afraid of infotainment?”) dont une version
initiale était parue dans l’European Journal of Communication, 13(1998)3. Ce texte a donné
lieu à un échange ultérieur avec Jay Blumler dans les numéros 14(1999)2 et 14(1999)3 de la
revue. Les commentaires de l’équipe rédactionnelle de Réseaux m’ont été des plus précieux
pour élaborer cette nouvelle version.
1. Jeremy Paxman est un journaliste politique de la BBC réputé pour ses questions sans
concessions (NdT).
138 Réseaux n° 118

concerner. Il y a là, comme David Swanson2 l’a dit de façon si frappante


pour le cas des Etats-Unis « un style de couverture guidé par les valeurs de la
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distraction et un désir de ne pas être à la traîne des tabloïds pour attirer un
public massif ». Dans les discussions européennes sur ce genre de
programmes on se réfère d’habitude avec nostalgie au bon vieux temps où
les réseaux publics détenaient toujours un monopole, et où tout le monde
semblait s’accorder sur le fait que la télévision commerciale était quelque
chose que les Américains devraient garder pour eux, en bref à une époque où
la communication politique était toujours conçue pour informer et non pour
distraire.

Ceux qui développent ces critiques aux Pays-Bas doivent avoir souffert de
troubles de la mémoire en associant l’émergence de la télévision
commerciale (1989) avec les ingrédients de distraction qui sont présumés
caractériser un style américain de télévision. Déjà dans les années 1970 un
Premier ministre et un futur Premier ministre utilisaient un talk-show dans
leurs campagnes. Un ministre de l’Intérieur se faisait interviewer dans un
sauna, vêtu d’une serviette qui masquait à peine sa belle corpulence. Des
commentateurs à la mémoire moins défaillante se souviennent de bien des
occasions où les dirigeants politiques – cherchant visiblement à trouver
l’électeur flottant – n’esquivaient pas les émissions de distraction des
diffuseurs publics. Ils ont pu ne pas toujours s’y trouver à leur avantage,
mais ils considéraient que cela faisait partie du jeu. Tel fut le cas en 1981, où
le Premier ministre d’alors, Den Uyl, marqué par une certaine gaucherie de
son style de présentation, fut à demi ridiculisé par un comédien néerlandais
durant son émission. Den Uyl se retrouva plus ou moins contraint de prendre
la tête d’une farandole… y feignant une exubérance aussi rayonnante que
visiblement forcée, tandis que l’animateur lui demandait sarcastiquement s’il
s’amusait bien.

De tels exemples de ce qu’on nommerait maintenant infotainment prouvent


simplement, bien sûr, que le phénomène n’est pas neuf aux Pays-Bas ; et je
suis sûr que chaque pays d’Europe a ses propres exemples historiques. La
question est de savoir si l’infotainment est devenu en Europe un phénomène
plus structuré, s’il a changé systématiquement le contenu du compte rendu
télévisuel de la politique, et si, comme beaucoup le prétendent, il y a là à la

2. SWANSON, 1997, p. 1269.


De l’art de rendre la politique populaire… 139

fois la preuve et la cause d’une crise du rôle de la communication politique


en démocratie.
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LE MONDE EFFRAYANT DE LA TELEVISION COMMERCIALE,
ET PIRE ENCORE

Beaucoup d’auteurs aux Etats-Unis3 explorent ce qu’on nomme


« l’hypothèse de convergence » . Bien étonnés de se trouver ensemble4, ils
ont associé la base commerciale de la télévision aux Etats-Unis et les
changements récents du système de télédiffusion en Europe aux évolutions
dans le niveau de participation et de connaissance politique et, plus
largement, à la qualité du système démocratique. C’est ce qu’on appelle
parfois l’infotainment5, ou encore la tabloidization quand il s’agit des mêmes
questions en matière de presse écrite. Et d’habitude le tableau est aussi
lugubre que le sujet est brûlant.

Bien qu’il soit réticent quant à l’emploi de termes dépréciatifs trop


enveloppants comme celui d’abêtissement (dumbing-down) du journalisme
politique et qu’il se fixe plus largement sur ce qu’il a nommé le « procès
moderne de publicité » et « l’état chronique de guerre partielle » dans la
relation entre hommes politiques et journalistes, l’Américain Jay G. Blumler
– qui a passé le gros de sa carrière académique au Royaume-Uni – est sans
doute le plus énergique et assurément le plus répétitif dans ses analyses
critiques des causes, origines et effets. Si nous le suivons dans ce qu’il a
désigné alternativement comme « une crise de la communication publique
ou civique » et une « crise de la communication pour la citoyenneté »,
Blumler (souvent en collaboration avec son collègue Michael Gurevitch)
parle pour beaucoup de chercheurs en communication et science politique,
tant dans les secteurs les plus critiques et les plus mainstream du monde
académique, qui s’alarment de ce qu’il nomme « le déluge commercial » qui
inonde l’Europe et de ses conséquences pour la démocratie.

3. Voir par exemple BROKAW et al., 1997 ; HALLIN, 1996 et 1998 ; McMANUS, 1994 ;
MOOG, SLUYTER-BELTRAO, 2000 ; voir aussi l’édition 1996 des Annals of the American
Academy of Political and Social Sciences comme en Europe BOURDIEU, 1998 ; DE BENS,
1998 ; FRANKLIN, 1994 ; KAVANAGH, 1997 : SIUNE, 1998 ; mais aussi PFETSCH,
1996, et d’autres encore en Allemagne, en Belgique et en Scandinavie.
4. En français dans le texte original.
5. Ce mot valise (Information + Entertainment) n’a pas d’équivalent exact en français. Nous
l’avons donc gardé tel quel, le rendant parfois par variétisation lorsqu’il est utilisé pour rendre
compte d’une évolution (NdT).
140 Réseaux n° 118

Comme chez beaucoup de ses collègues, le point de départ de Blumler se


trouve dans la théorie démocratique, soit l’idée d’une décision collective à
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travers la communication et le débat entre les membres du public. Bien
entendu dans une démocratie idéale les individus participent de façon égale
au processus décisionnel. Mais la plupart des états démocratiques modernes
se sont, pour des raisons pratiques et politiques, constitués via des formes de
démocratie représentative dans lesquelles le peuple délègue l’autorité
politique à d’autres qui le représentent. Les mécanismes pensés pour relier
les citoyens et leur représentants étaient les élections, les organisations
politiques et l’opinion publique, suscitée et relayée pour l’essentiel par les
mass médias. Dans ce cadre théorique, une citoyenneté activement et
rationnellement participante, qui ait accès au libre marché des idées et soit
nourrie d’une information pertinente, qui dispose de connaissances sur les
enjeux en cours de l’agenda politique, constitue un prérequis pour une
démocratie qui fonctionne bien. La démocratie exige dès lors que les médias
(et dans le cas de l’Europe, particulièrement le service public de
l’audiovisuel) fonctionnent en répondant à un certain nombre de missions et
de services pour le système politique, et en particulier :
– la surveillance de l’environnement sociopolitique, par la couverture des
changements susceptibles d’influer positivement ou négativement sur le
bien-être des citoyens ;
– l’organisation d’un espace pour des plaidoyers intelligibles et éclairants de
la part du personnel politique et des porte-parole d’autres causes ou de
groupes d’intérêt ;
– le dialogue à travers toute une gamme de points de vue, tant entre titulaires
du pouvoir (présents et alternatifs) qu’au sein de publics de masse ;
– des mécanismes destinés à amener les autorités à rendre compte de la
manière dont elles ont exercé le pouvoir ;
– des incitations amenant les citoyens à apprendre, choisir, et devenir
impliqués plus qu’à simplement suivre les processus politiques ou les
regarder en voyeurs ;
– une résistance aux effets des forces extérieures aux médias pour subvertir
leur indépendance, leur intégrité et leur capacité à servir le public ;
– le sens du respect des membres du public, comme potentiellement désireux
et capables de comprendre leur environnement politique6.

6. BLUMLER, GUREVITCH, 1995, p. 97.


De l’art de rendre la politique populaire… 141

Tout cela fait beaucoup. Mais si les médias et spécialement les télévisions de
service public assument un certain sens de leur « responsabilité quant à la
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santé des mécanismes politiques et à la qualité de la discussion publique qui
s’y engendre », leur rôle est alors « fondamental7 ». Jusqu’à l’arrivée du
déluge commercial, les organismes audiovisuels en Europe ont fait un travail
de qualité, parce qu’elles « étaient en dernière analyse des créatures de
l’Etat », grâce à leur statut politisé.

En contrepartie, la sphère civique a grandement bénéficié de ce contexte, en


se trouvant bien davantage prise au sérieux par les professionnels des
services publics européens que par les journalistes travaillant pour la presse
populaire ou tabloïd, ou par les journalistes d’autres systèmes plus
commerciaux (par exemple les Etats-Unis). […] Les journaux télévisés, les
magazines d’information, les émissions politiques ont souvent été traités
comme des espèces protégées […] permettant le déploiement d’une palette
d’entretiens, de discussions de groupe, d’appels par téléphone, de débats,
d’analyse des dossiers et (plus occasionnellement) d’exercice de journalisme
d’investigation au sein de ce qui est devenu un forum politique national. Les
débats, les échanges entre leaders, les annonces en matière de politiques
publiques au sein des parlements ont été couverts de façon prioritaire dans les
journaux télévisés. Des principes consacrés d’accès à la parole ont évolué,
donnant aux principaux partis des temps de parole libre durant les élections
ou à d’autres moments. La couverture des campagnes électorales a été
généreuse et attentive au fond, informant sur bien des dossiers et propositions
de politiques, ne les réduisant pas à une simple course hippique ou à des jeux
stratégiques sophistiqués comme c’est le cas aux Etats-Unis8.

Ce tableau radieux a brutalement évolué. La communication politique est


entrée dans « des maux sans cesse plus profonds. Une manière
appauvrissante de s’adresser aux citoyens sur les questions politiques a
conquis une position institutionnelle si forte qu’il semble fondamentalement
difficile d’y résister ou de la remettre en cause9 ». S’il porte souvent un
regard de défiance vers les Etats-Unis, vus comme l’exemple préoccupant
que suit en apparence et sans recul critique l’Europe, Blumler sent qu’il y a
davantage à dire quant aux origines d’une crise de la communication
citoyenne. Des évolutions de la société, de la politique et de la
communication qui sont pour partie indépendantes de ce qui se passe dans le

7. BLUMLER 1992b, 1.
8. BLUMLER 1992a, 12/3.
9. BLUMLER, GUREVITCH 1995, 203.
142 Réseaux n° 118

nouveau monde peuvent expliquer le durcissement des artères de notre


communication civique. Des liens sociaux traditionnels, souvent
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institutionnalisés comme les partis politiques, la famille nucléaire, les
modèles dominants de religion, les relations de travail et de voisinage, les
groupements liés à la classe sociale se sont irréversiblement désintégrés. Les
loyautés partisanes et électorales ont décliné, la socialisation politique est
moins aboutie, des problèmes politiques insolubles (de la gestion de
l’économie à la fracture du social) ont donné naissance à une arène politique
plus turbulente, moins prévisible et moins structurée dont le contrôle est plus
délicat. Les relations média/politique ont spectaculairement changé du fait
d’une incessante professionnalisation de la prise de parole politique
(advocacy), d’un retour vers plus d’indépendance des journalistes
(particulièrement à travers plus de dédain pour l’information politique, celle
des candidats en campagne), mais aussi d’une incertitude normative sur les
règles éthiques applicables aux formes nouvelles du principe de publicité10.

En matière de communication politique, le résultat de la convergence de ces


développements prend la forme d’un « procès de publicité moderne » qui
« implique une lutte concurrentielle pour influencer et contrôler les
perceptions populaires des dossiers et événements politiques-clés via les
principaux mass médias11 ». Les citoyens sont virtuellement exclus de toute
expression en matière de communication publique du fait de
« l’investissement croissant du personnel politique et des journalistes sur ses
propres logiques, tendues et complexes, de collusion et de conflit ». Le
résultat est une sphère publique peuplée d’initiés, tandis que les citoyens
deviennent étrangers au discours politique, sans même parler des processus
de décision. En 1992, Blumler mentionnait la communication civique au
nombre des « valeurs fragiles » mises en péril par la commercialisation des
télévisions européennes :

Les priorités des diffuseurs comme des téléspectateurs pourraient glisser de


l’information vers la distraction. Les journaux télévisés pourraient se
polariser sur la présentation des événements les plus spectaculaires et les plus
frappants, sur des discussions et des analyses éphémères. Les magazines
d’information pourraient bien perdre leur caractère et les producteurs se
soucier davantage des intérêts des spectateurs du public que de son rôle de
citoyen. La compétition politique serait alors de plus en plus mise en scène

10. BLUMLER, KAVANAGH, 1999.


11. BLUMLER, 1990, p. 103.
De l’art de rendre la politique populaire… 143

comme une course hippique ou un scénario de partie d’échecs. Slogans,


images, petites phrases piquantes primeraient sur le fond, l’information et le
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dialogue12.

En d’autres occasions, et assurément voici peu, Blumler s’est montré plus


catégorique quant à ce qu’on pourrait désigner comme l’hypothèse
« “variétisation” de la politique ». Le contenu de la communication
politique, soutient-il désormais, est marqué, avant tout, par une tendance à la
dépolitisation. Les décisions politiques sont davantage susceptibles d’être
influencées par la façon dont elles seront reçues dans l’arène des perceptions
filtrées par les médias de masse (L’apparence des choses est-elle
convenable ?). En deuxième lieu, la politique est, de façon dominante,
présentée comme un jeu. La contrepartie d’un flux de petites phrases, elles-
mêmes sans cesse plus courtes, est la diminution de l’espace et du temps
attribués à la substance même des politiques. En troisième lieu, la
personnalisation de la politique progresse puisqu’elle est plus facile à traiter
que le contenu de fond des dossiers et des politiques. En quatrième lieu, les
opinions exprimées par les hommes et les femmes dans la rue sont de plus en
plus enregistrées selon « une véritable explosion de formats et d’approches
populistes ». Des signes existent, enfin, selon lesquels les médias valorisent
une circulation croissante de messages négatifs sur les acteurs, événements
et décisions liés à la politique. La conséquence de tout cela est une
« surabondance d’oxygène pour le cynisme », et « de moins en moins d’un
menu de communication politique au service du rôle de citoyen13 ».

En bref, indépendamment de la logique des médias dans la communication


politique, Blumler (et il n’est pas le seul), redoute la télévision commerciale,
parce que sa couverture du politique est un mélange d’information et de
loisir : la politique comme culture populaire et non comme l’entreprise
sérieuse de production d’un discours populaire. Et parce que les impératifs
de la compétition contraignent les diffuseurs publics à s’adapter aux vœux
des consommateurs (moins intéressés par la politique), ils contribueront
alors à l’essor des électeurs démotivés et abstentionnistes. Il y a là un
inquiétant lien causal qui tarit la circulation sanguine de la démocratie.
Blumler développe une argumentation convaincante quant aux dangers de
l’infotainment, basée sur une décennie de réflexion sur les dynamiques de

12. BLUMLER 1992a, p. 36.


13. Id. p. 106. BLUMLER, GUREVITCH, 1995, p. 213 ; BLUMLER, KAVANAGH, 1999,
p. 220.
144 Réseaux n° 118

changement au sein de la communication politique en Europe (spécialement


en Grande-Bretagne) et aux Etats-Unis. Son étude est inséparable de la
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conviction selon laquelle les traits systémiques de la communication
politique impriment une forme caractéristique à la sphère publique d’une
société, et sa description des changements qu’il a pu relever au fil des ans est
bien appuyée sur des exemples. Cependant, les appuis empiriques quant aux
changements de contenus sont limités et son argumentation tend à être trop
unilatérale, trop définitive, et bien trop fondée sur des généralisations
transculturelles à partir de données relatives à un cas (le Royaume-Uni), ou
au mieux deux (les Etats-Unis). Et si « la preuve du pudding consiste à le
manger14 », la preuve ne peut, bien entendu, venir ici que de comparaisons
longitudinales, internationales et intersystèmes.

Au fil de cet article je veux prêter attention à deux domaines saillants de la


communication politique pour mettre à l’épreuve les thèses de Blumler : les
informations et la communication de campagne. La première utilise une
littérature secondaire sur la place (changeante ?) de la politique dans
l’information télévisée au sein de divers pays d’Europe, la seconde mobilise
une recherche de première main sur le rapport à l’infotainment des hommes
politiques et des journalistes de télévision lors de trois élections consécutives
aux Pays-Bas (1994, 1998, 2002). A l’issue de ces observations, je
soutiendrai finalement que les peurs inspirées par l’infotainment reposent
largement sur des prémisses qui peuvent être questionnées.

Des nouvelles distrayantes dans un paysage multiréseau

Si l’on suit l’hypothèse de l’infotainment, on peut s’attendre à plusieurs


évolutions dans l’information télévisée des pays européens qui ne disposent
pas d’une forte tradition de service public : un certain degré de
dépolitisation, au sens de moins d’attention à l’information politique ou de
sa marginalisation ; une image différente, plus populiste, de la politique à
travers une fixation sur les personnalités, le côté humain et le sensationnel
dans la présentation du personnel et des processus politiques ; et ces
évolutions devraient être d’abord plus significatives dans les réseaux
commerciaux que publics, même si, après un certain délai, ceux-ci tendent à
s’aligner.

14. Proverbe anglais correspondant à notre « Il faut voir à l’usage » (NdT).


De l’art de rendre la politique populaire… 145

Les comparaisons extensives et longitudinales analysant les contenus des


informations télévisées sont très peu nombreuses15, et les variables utilisées
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pour opérationnaliser les contenus de l’information politique diffèrent
sensiblement dans ces recherches. Comparer des pays différents doit alors
être fait avec toute la prudence requise. Cependant, en examinant ces études
nationales, et en étant attentifs à leurs particularités, nous nous trouvons face
à un tableau généralement ambigu et parfois contradictoire de la pénétration
des logiques du divertissement dans l’information, et d’une convergence de
programmation entre réseaux publics et privés.

De manière contre-intuitive, les programmes d’information sur les réseaux


publics n’ont pas glissé vers les marges du début de soirée ou été relégué
tard afin de concurrencer les dramatiques populaires de la télévision
commerciale. Ce sont, au contraire, la plupart des réseaux commerciaux qui
ont suivi la programmation publique et semblent les concurrencer bien
davantage sur leur terrain que par des formats et contenus différents. La
« Loi d’Hotelling », dite d’identité excessive des produits, qui affirme
démontrer mathématiquement que dans des marchés compétitifs il est
rationnel pour les producteurs d’une marchandise de rendre leurs produits
aussi identiques que possible, pourrait être une explication de ce
phénomène16. Légitimer la chaîne commerciale comme une télévision
sérieuse, et attirer par-là les mêmes audiences, particulièrement attrayantes
pour les annonceurs, a pu constituer une autre motivation.

Dans la plupart des pays, la télévision commerciale n’a pas marginalisé


l’information politique. Dans huit pays d’Europe occidentale, pratiquement
six sujets sur une moyenne de 13,3 par bulletin d’information au début des
années 1990, relevaient de la politique. Le réseau français TV5 (une chaîne
publique à l’audience modeste) se situaient au-dessus de la moyenne, TF1, le
Belge VTM, A2 en France et RAI Uno (ces deux dernières étant publiques)
se situaient sous la moyenne17. En Suède, Hvitfelt18 relève qu’alors que les
stations commerciales n’avaient pas encore un poids considérable,
globalement, le temps de diffusion dédié à la politique a nettement décliné
entre 1990 et 1993.

15. HEINDERYCKX, 1993, offre une exception notable. Mais sa comparaison de seize
chaînes dans huit pays se fixe essentiellement sur des réseaux publics.
16. Voir VAN CUILENBURG, 1997.
17. HEINDERYCKX, 1993.
18. HVITFELT, 1994.
146 Réseaux n° 118

Pfetsch, d’une part19, Bruns et Marcinkowski, de l’autre20, ont en revanche


trouvé qu’en Allemagne, tant les chaînes publiques que commerciales,
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avaient accru la place de l’information politique dans les nouvelles depuis le
milieu des années 1980. Les chaînes privées avaient même doublé le poids
de l’information politique, la traitant pratiquement sur un pied d’égalité avec
les réseaux publics. Cette attention partagée pourrait bien s’expliquer par
l’enjeu spécifique de la réunification qui dominait alors la politique
allemande. Examinant l’offre totale de programmes en Allemagne par deux
réseaux publics et trois privés, ce sur une période de quatre semaines,
Kruger21 a en revanche mis en évidence une différence sensible. Sur sa
programmation relevant globalement de la catégorie information (42 % de
ses programmes), le secteur public avait une moyenne de 27 %
d’information politique. Au sein d’une offre globale d’information se situant
à 13 %, le privé ne donnait que 5 % à la politique (complètement escamotée
sur le canal PR07). En apparence, lorsqu’ils en offrent, les chaînes publiques
restreignent leur information politique essentiellement aux journaux
télévisés.

Au Danemark, Powers et ses coauteurs22 n’ont guère trouvé de différences


entre les informations du réseau public DR-TV et le réseau commercial
TV2 ; ils soutiennent même que l’entrée en lice des réseaux commerciaux a
conduit à des informations plus diversifiées, provenant de davantage de
sources, mais leur recherche n’était pas longitudinale. Van Poecke et Van
der Biesen23 de leur côté, identifient une nette différence dans le poids des
informations politiques entre le réseau public flamand BRT et le réseau privé
VTM (23 % et 16 % respectivement). En ce qui concerne les Pays-Bas, Van
Engelen24 repère une hausse de la place de la politique intérieure dans les
bulletins de la chaîne publique NOS entre 1990 et 1993 (de 23 % à 32 %),
tandis que le réseau commercial RTL-news reste autour de 17 % durant cette
même période. Etudiant la couverture des campagnes électorales dans quatre
élections consécutives (1986, 1989, 1994, 1998), Van Praag et Brants25 ont
relevé un virage à 180° en matière d’information politique sur le réseau
public. Il y a d’abord eu un recul, déjà observable avant que la compétition

19. PFETSCH, 1996.


20. BRUNS, MARCINKOVSKI, 1996.
21. KRUGER, 1996.
22. POWERS et al., 1994.
23. VAN POECKE, VAN DER BIESEN, 1991.
24. VAN ENGELEN, 1997.
25. VAN PRAAG, BRANTS, 2000.
De l’art de rendre la politique populaire… 147

ne s’installe en 1989 où apparaît la première station commerciale. Ce recul


descend jusqu’à un étiage de 35 % d’information « de fond » contre 65 %
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sur les rituels de campagne et la course de petits chevaux. Choqués par ces
chiffres, les rédacteurs changèrent de musique et les informations de NOS-
TV revenaient à 52 % d’information de fond en 1998. Les réseaux
commerciaux RTL et SBS réalisaient mieux encore avec 53 % et 56 %
respectivement.

Si l’on suit l’hypothèse de l’infotainment, il faut s’attendre à une importance


croissante du sensationnalisme, de l’human interest, suivant en cela
l’exemple de la presse tabloïd que l’on rencontre dans plusieurs pays
d’Europe. Là encore, le tableau est ambigu. Le style tabloïd qu’on peut
rencontrer dans des réseaux locaux de télévision aux Etats-Unis (voitures,
vedettes et poursuite des têtes couronnées) demeure toujours pratiquement
inexistant en Europe, même dans la plupart des réseaux privés. Bien que le
politologue allemand Schulz26 affirme que des preuves « bien établies »
montrent que « les programmes d’information à la télévision prennent un
style de “tabloïds”, à travers l’accent mis sur le sensationnel, l’esprit négatif,
la personnalisation et les soft news », il ne fournit aucune référence. D’autres
auteurs élaborent pareillement leurs raisonnements relatifs aux tendances à
long terme à partir d’arguments d’autorité27. Bien qu’elles soient typiques
des angoisses suscitées par des orientations plus commerciales et
concurrentielles de la part des diffuseurs publics, des discussions récentes
sur la dégradation de la couverture de la vie parlementaire par la BBC
reposent pareillement sur des exemples plus que sur des analyses
longitudinales des changements dans l’offre d’information politique. Dans
leur analyse de la campagne électorale de 1997, Goddart et ses coauteurs28
caractérisent par exemple les reportages télévisés comme prêtant plus
d’attention qu’en 1992, et cela « de façon très extensive et fort approfondie »
à toute une variété de sujets de fond.

Là où, pour les pays d’Europe pris globalement, nous pouvons discerner une
légère tendance à rendre l’information plus populaire, il y a peu d’arguments
pour établir que la politique ou les élus seraient spectaculairement plus
personnalisés ou traités de façon sensationnaliste qu’auparavant. En

26. SCHULTZ, 1997, p. 61.


27. JARREN, 1998, p. 87-88.
28. GODDART et al., 1998, p. 171-2.
148 Réseaux n° 118

Belgique29, en Suède30 et au Danemark31 il existe des indices de glissement


vers plus de sensationnalisme dans la couverture globale de l’information
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(dans le choix des sujets avec plus de faits divers, mais aussi dans les angles de
couverture ou les images), vers plus de soft-news aussi. Pour l’Allemagne,
Kruger a mis en évidence en 1995 que les trois réseaux commerciaux avaient
en moyenne 37 % de ce qu’il nomme de « l’information de Boulevard » –
crime, drogues, catastrophes, pathologies sexuelles – contre 7 % pour les deux
réseaux publics. Bruns et Marcinkowski32 notent toutefois qu’entre 1986 et
1994, les éléments de human interest et de violence dans l’information des
réseaux commerciaux sont tombés au même niveau que dans les réseaux
publics. En Italie, un mélange croissant de plus d’agressivité et de
sensationnalisme dans le journalisme a suivi le processus de
commercialisation. Mais il s’agirait là, pour Marletti et Roncarolo33, plus
d’une réaction aux changements du système politique sous Berlusconi que
d’une attitude cynique envers la politique et les élus. Faisant usage de la
distinction de Nimmo et Combs34 entre, d’une part, une information factuelle
et élitiste et, de l’autre, une information populiste et sensationnaliste, Van
Engelen35 soutient qu’entre 1990 et 1996 presque tous les composants des
informations, tant dans le public que dans le privé, relevaient de la première
catégorie. Mais il est vrai qu’en s’attaquant en 1998 au problème d’une baisse
de ses recettes publicitaires, le manager de RTL Pays-Bas n’a pas seulement
congédié quelques douzaines de reporters, mais suggéré de rendre
l’information un peu plus croustillante.

On discerne effectivement des exemples d’adaptation par l’information


publique aux styles et modes de présentation qu’on assigne généralement
aux réseaux commerciaux. Duos de présentateurs et ton de conversation
amicale, spécialement pour les informations en journée, ne sont plus rares
sur les stations publiques. Plus encore, le présentateur commence à exhiber
la panoplie de la star et à se comporter en conséquence. Délaissant
l’archétype d’un parangon d’indépendance et de prudence, il ou elle pénètre
parfois dans le monde de la culture populaire, à l’image de deux principaux
présentateurs de journaux télévisés de la BBC dont l’un présente un reality

29. CANNINGA, 1994.


30. HVITFELT, 1994.
31. POWERS et al., 1994.
32. BRUNS, MARCINKOVSKY, 1996.
33. MARLETI, RONCAROLO, 2000.
34. NIMMO, COMBS, 1985.
35. VAN ENGELEN, 1997.
De l’art de rendre la politique populaire… 149

show et l’autre un jeu de questions. En dehors des « têtes parlantes » des


présentateurs, les images animées dominent les journaux des 17 chaînes que
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Heinderyckx a étudié dans huit pays36, ce qui l’amène à conclure que les
rédacteurs sont en apparence inquiets d’ennuyer les téléspectateurs. En
Suède, Hvitfeld note plutôt ce qu’il nomme des techniques de
« dramatisation » des récits dans les bulletins d’information. Tout comme
Bruns et Marcinkowski37 pour l’Allemagne, Blumler et Kavanagh38 pour le
Royaume-Uni et Van Engelen pour les Pays-Bas, il décèle aussi une hausse
des microtrottoirs comme un témoignage de ce que l’identification au public
se trouve davantage prise en considération. Il faut noter cependant qu’à
l’inverse de l’Allemagne et des Pays-Bas, les réseaux publics suédois se
fixent plus sur les porte-parole et titulaires de pouvoirs. Comparant les
réseaux privés et publics en Belgique et aux Pays-Bas, Canninga39 conclut
que les premiers compactent en général plus les sujets, une tendance notée
ailleurs aussi, par Hvitfeld en Suède par exemple. Mais selon Van Engelen,
la tendance aux Pays-Bas est inverse, tout comme en Allemagne : les sujets
sont devenus plus longs, d’un style plus narratif. Examinant la longueur des
« petites phrases » dans la couverture des élections, Van Praag et Brants40
ont trouvé qu’aucun des six pays d’Europe de l’Ouest qu’ils analysaient ne
s’approchait des huit secondes observables aux Etats-Unis. Même des
systèmes de médias « commerciaux » comme l’Italie et l’Espagne restaient
respectivement à 26 et 24 secondes. Les Pays-Bas, avec 12 secondes, étaient
les plus proches des Etats-Unis.

Bien qu’elle mette au jour des données contradictoires quant à l’hypothèse


d’un suivisme des réseaux publics allemands à l’égard de la place centrale
donnée à la distraction par les réseaux privés, Pfetsch41 soutient qu’en
Allemagne « la politique sérieuse » est réduite à la télévision au cadre des
journaux traditionnels, tandis que des genres nouveaux sont apparus qui
brouillent les frontières entre l’information politique et la distraction. Avec
la fragmentation des publics, le personnel politique se sent plus ou moins
obligé de recourir à tous les canaux de communication disponibles. Dans
trois études distinctes durant les élections néerlandaises de 1994, 1998, 2002,

36. HEINDERYCKX, 1993, p. 435.


37 BRUNS, MARCINKOVSKI, 1996.
38 BLUMNER, KAVANAGH, 1999.
39. CANNINGA, 1994.
40. VAN PRAAG, BRANTS, 2001.
41. PFETSCH, 1996.
150 Réseaux n° 118

j’ai examiné avec un collègue comment les dirigeants politiques s’adaptaient


à ce nouvel environnement multichaîne, et s’ils optaient vraiment pour des
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types de programmes plus populaires.

DU HAUT EN BAS DE L’ECHELLE D’INFOTAINMENT

Dans une analyse intégrale de la programmation quotidienne de trois réseaux


publics42 et sept privés, durant les six semaines précédant trois élections
législatives aux Pays-Bas, nous avons regardé où le personnel politique des
divers partis apparaissait à la télévision43. A chaque fois nous avons codé ces
apparitions : leur durée totale, l’identité des invités et de leurs partis. Pour
acquérir une idée de la manière dont les candidats adaptaient leurs
apparitions à la palette des programmes offerts au public, l’attention globale
accordée aux politiques fut décomposée en six genres de programmes : les
journaux télévisés, l’information sérieuse (du type documentaires, émissions
de discussion), les magazines (current affairs), les talk-shows (qu’il s’agisse
d’interviews à composante divertissante, ou de programmes avec
intervention du public), et la distraction (émissions de jeux et de variétés).
La classification reprend un type idéal traditionnel en forme de continuum
allant des programmes d’information à ceux de divertissements. Nous avons
suivi en la matière les normes de classement utilisées par l’office néerlandais
de la radiodiffusion pour analyser les données d’audience. L’utilisation de
mesures de type audimat (people-meter), basées sur un échantillon
représentatif de la population des Pays-Bas, combiné aux divers types de
programmes, nous a ensuite permis de calculer combien de personnes, et
lesquelles, regardaient les hommes politiques, et pendant combien de temps.
En d’autres termes : les responsables politiques atteignaient-ils effectivement
le public/l’électorat qu’ils visaient ?

On pouvait s’attendre à ce que, confrontés à un électorat dispersé sur


diverses chaînes et genres, les candidats cherchent à suivre ce public. Les
programmes d’information traditionnels totalisent pourtant encore plus des
deux tiers du temps d’antenne des politiques (voir figure 1). Les talk-shows
et les émissions de variétés (22-23 %) et les programmes de distraction (6 %
en 1994, 4 % en1998 et 11 % en 2002) ne totalisent qu’une part limitée des

42. En fait deux en 1994 et quatre en 2002.


43. Pour les données relatives à 1998 voir BRANTS, CABRI et NEIJENS, 2000. La
méthodologie est présentée plus précisément dans BRANTS et NEIJENS, 1998.
De l’art de rendre la politique populaire… 151

interventions du personnel politique. De 1994 à 2002 on observe cependant,


une hausse sensible de la présence des hommes politiques dans les talk-
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shows – interventions qui dépassent désormais en nombre celles dans les
journaux télévisés – une certaine croissance des émissions de distraction qui
atteignent le niveau des magazines d’information44. Réserve faite des
émissions de distraction et des créneaux d’expression réservés aux partis, qui
rendent compte de la plupart de la rubrique « autres », le public a aussi
manifesté plus d’intérêt pour suivre le personnel politique dans des
programmes informatifs, que dans les genres de l’infotainment et de la
distraction. Et il s’avère que les programmes informatifs ont aussi été pour
les moins intéressés par la politique, la principale fenêtre où regarder les
politiques en temps d’élection.

Figure 1. Genres télévisuels et présence du personnel politique45


Journaux télévisés

Emissions d’information

Emissions de variété
Magazines d’actualité

Talk-shows

Emissions récréatives

Autres

44. La campagne de 2002 s’est trouvée plus ou moins stoppée après le meurtre de Fortuyn,
neuf jours avant les élections. Traditionnellement, les journaux d’information et les
magazines intensifient leur couverture vers la fin de la campagne. Qu’aurait été normalement
le tableau d’ensemble ? Nous ne le saurons jamais.
45. Les émissions d’information correspondent à des situations de dialogue et de confrontation
(débats, entretiens), les magazines d’actualité correspondent à ce qui existe sous ce label en
France (traitement de trois ou quatre sujets sur un créneau d’une heure).
152 Réseaux n° 118

Des différences marquantes étaient observables entre les partis, entre les
leaders des partis et les autres candidats. Bien avant le jour des élections de
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1994, les sondages d’opinion avaient montré que le leader du parti
travailliste (PvdA Partij van de Arbeid), le futur Premier ministre Wim Kok,
avait un problème d’image : lui et son parti étaient perçus comme peu
fiables, peu sensibles (uncaring) et manquant de fibre sociale, des attributs
assez désastreux dans le contexte d’une social-démocratie. L’équipe de
campagne parvient à changer l’image de technocrate qui était celle de Kok.
Leur stratégie consistant à éviter les programmes d’information critiques et
conflictuels, le fait que pratiquement 38 % de ses apparitions aient eu lieu
dans des talk-shows doivent y être pour quelque chose. Quatre ans et une
image quasi présidentielle plus tard, il n’avait alors plus besoin des talk-
shows. En 1998 ses apparitions dans ce genre étaient tombées à 16 %. Son
opposant du parti libéral du marché libre (VVD Volkspartij voor Vrijheid en
Democratie) en 1994 était considéré comme un médiocre communicateur,
trop élitiste. Le parti opta par conséquent pour une équipe de campagne dans
laquelle le premier rôle était attribué à une ancienne sportive fort populaire.
Il se révéla que 15 % du total des apparitions du VVD sur la télévision
concernait des programmes de distraction, plus que dans les journaux
télévisés et les magazines. Lorsque quelqu’un regardait un représentant du
VVD à la télévision, dans 29 % c’était durant un programme récréatif. En
1998 encore, comparés aux représentants des autres partis, les porte-parole
du VVD étaient surreprésentés dans les programmes distrayants.

Les élections de 2002 aux Pays-Bas furent à bien des égards dramatiques.
Un homme politique populaire, aux idées extrêmement xénophobes, Pim
Fortuyn, fut assassiné neuf jours avant l’échéance électorale, entraînant des
démonstrations de tristesse et de deuil jamais vues dans ce pays consensuel.
Même sans leader, la LPF (Lijst Pim Fortuyn) réalisa un raz de marée
électoral, arrivant en deuxième position et plaçant en plein désarroi les partis
qui avaient constitué depuis huit ans le gouvernement (tout spécialement le
PvdA et le VVD). En l’espace de cent jours le nouveau gouvernement de
coalition des chrétiens démocrates (CDA Christen Democratisch Appel), du
LPF et du VVD fut mis en minorité, laissant cette fois les ministres et
parlementaires du PPF en pleines querelles intestines, le parti s’évanouissant
dans les sondages, et perdant les deux tiers de ses sièges aux élections de
janvier 2003. Fortuyn était un populiste qui illustrait tous les paradoxes
d’une société postmoderne et confuse : d’un côté les gens le considéraient
comme authentique, du peuple et avec le peuple, de l’autre côté il
De l’art de rendre la politique populaire… 153

apparaissait dans une Bentley conduite par un chauffeur, avec deux chiens
sur le siège avant, affichant insolemment son attitude et sa rhétorique anti-
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establishment tout comme son homosexualité. Il était énormément sollicité
par la télévision – à la fois par les JT et les magazines d’information parce
qu’il attaquait, coupait la parole, introduisant en général un style conflictuel,
jusque-là considéré comme relevant de l’anathème dans la communication
politique hollandaise mais aussi dans les talk-shows où il ne répugnait pas à
exposer sa différence de style de vie, faisant par exemple état de ses
expériences dans les back-rooms avec de jeunes Marocains, comme preuve
qu’il savait de quoi il parlait quant à la question de l’immigration – au point
qu’il pouvait choisir le programme qui lui convenait ou dans lequel il sentait
qu’il pourrait dire ce qu’il voulait dire, ou celui où il pourrait se moquer des
dirigeants politiques des partis en place, les critiquer et les tourner en
dérision. L’effet durable de tout cela sur la culture de la communication
politique aux Pays-Bas reste encore incertain.

Une approche interprétative

Bien entendu, « l’infotainment de la politique » a deux faces. A côté d’une


recherche de programmes plus centrés sur la distraction de la part des élus,
les genres eux-mêmes peuvent avoir changé. Dans les paragraphes
précédents, le type idéal d’une échelle information-distraction est basé sur le
rôle assigné aux mass médias dans la théorie démocratique, telle qu’elle a été
discutée au début de cet article. Dans ce cadre, les programmes
d’information sont considérés comme ayant un contenu stimulant une
participation rationnelle dans le processus électoral, les programmes de
distraction sont là pour la détente et le loisir – ce qui implique que la
politique soit une affaire sérieuse et non un amusement. Cependant, entre les
deux pôles extrêmes de ce continuum, toute une série de sous-genres ont
émergé au sein de laquelle des aspects de human interest, des composantes
d’information, du sensationnalisme, du drame et de la distraction ont été
mélangées. Des éléments de la sphère privée, tels que l’intimité, la
spontanéité et les sentiments personnels sont introduits dans le discours
politique de la sphère publique. Journalistes et présentateurs font usage dans
leur couverture des faits et événements d’éléments dramatiques, de repères
auxquels le téléspectateur peut s’identifier : sollicitation de l’empathie et de
l’identification personnelle, scènes d’émotions.
154 Réseaux n° 118

En prenant en compte la gamme complète des genres télévisuels dans leur


signification politique dans le contexte électoral, nous avons combiné les
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contenus thématiques et ceux centrés sur la personnalité avec des éléments de
style et de format en les appliquant au continuum information-distraction. A
une extrémité de l’échelle se trouvent les programmes d’information sérieuse
et brûlante, de l’autre, l’accent est mis sur les goûts, les styles de vie, le plaisir.
Du côté « sérieux » nous pourrions attendre, au regard du sujet abordé, des
contenus plus factuels comme des sujets sur les manifestes de partis, les
politiques publiques, les dossiers et les désaccords entre partis politiques ; on
s’y adresserait avec respect aux hommes politiques en raison de leur expertise
ou de leur engagement, on les questionnerait comme experts ou décideurs ; le
style serait sérieux, marqué par une forme de distance professionnelle et de ton
d’objectivité, suggérant la volonté d’informer ; le format serait guidé par
l’efficacité, sans recours aux paillettes d’une musique d’accompagnement ou à
un public actif. Du côté distraction du continuum on pourrait s’attendre à des
sujets plus marqués par un contenu human interest dans lequel le personnel
politique apparaît en tant qu’individu, comme mari ou femme, père ou mère,
mélomane. Ici, l’image et la tension dramatique sont plus importantes que le
message qui doit devenir simple, de préférence enjoué et doté d’une
connotation ou même d’une charge émotionnelle. Le style journalistique serait
plus détendu, en général personnel et ouvert. Il chercherait à distraire plus qu’à
marquer l’indépendance et la critique. Le format serait distrayant, ce qui peut
vouloir dire aussi bien d’un registre légèrement sensationnel que plutôt
émotionnel. Ici le public participerait activement, manifestant son approbation
ou son désaccord.

L’infotainment n’est pas forcément situé uniquement à l’exact milieu de ce


continuum. Des programmes de distraction peuvent aussi faire usage
d’éléments dotés de plus de « fond » politique, tandis que des genres
traditionnellement informatifs peuvent par exemple introduire une tension
dramatique, de la musique, la participation du public. A ce titre, infotainment
est un concept destiné à nous sensibiliser, utilisé ici tant comme outil
conceptuel qu’empirique.

Analyser ainsi les sujets, les éléments personnels, le style et le format de


nombre de programmes tant des réseaux publics que privés nous permet
d’argumenter quant au processus d’une « variétisation » de la
communication politique à la télévision néerlandaise en période d’élection.
Nous avons sélectionné au hasard quatorze programmes, dans lesquels
De l’art de rendre la politique populaire… 155

apparaissaient un ou plusieurs responsables politiques, parmi les six genres


que nous avions distingués. Des différences de classifications avec celles
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utilisées par l’institution chargée des mesures d’audience sont à l’origine
d’une distribution inégale des divers genres dans notre échantillon, mais sans
que cela empêche de comparer tant les genres, que les réseaux publics et
privés. Pour chaque programme la présence de traits relevant de
l’information ou de la distraction a été codée en questionnant le programme.
Pour les caractéristiques de sujets deux questions ont été posées : jusqu’à
quel point le programme rend compte de questions de politiques publiques ?
A quel degré l’attention pour les invités politiques porte-t-elle sur le fond ?
En ce qui concerne les caractéristiques « personnelles », nous avons posé
trois questions : dans quelle mesure le programme traite-t-il des qualités
politiques de l’élu, de ses qualités personnelles, de sa famille ? Pour ce qui
est des caractéristiques propres au style nous avons aussi posé trois
questions : à quel point le présentateur est-il critique ? se comporte-t-il plutôt
comme un animateur ou un journaliste ? Finalement six questions portaient
sur des caractéristiques de forme : part de la composante questions-réponses
par opposition à la part de conversation, musique, participation du public,
éléments de dramatisation, insertion de fiction ou d’autres composantes.
Nous avons traduit les réponses sur une échelle à cinq degrés, de manière à
pouvoir établir un score par variable et un score global. Le score maximal
selon les variables était de : 10 pour les sujets, 15 pour la variable de
personnalisation, 15 pour le style, 30 pour le format, soit un total de 70. Le
mode de codage fait qu’un score élevé signifie qu’un programme est
spécialement dense en « fond », un score bas traduit un fort niveau
distrayant. La nature qualitative de cet exercice et la sélection au hasard des
programmes ne nous ont pas permis de réaliser des observations
longitudinales quant aux tendances au sein des genres de programme. Les
données présentées ici sont celles relatives aux élections de 199846.

Aucun des programmes que nous avons étudiés n’atteint un score de 70.
Aucun programme n’est donc exempt d’éléments distrayants. Dans le même
temps, aucun des quatorze programmes ne peut non plus être caractérisé
comme relevant de la pure distraction. La majorité des programmes allait de
raisonnablement à vraiment informatif : peu d’attention y était accordée aux
grands principes des partis politiques, mais plusieurs des programmes étaient
effectivement centrés sur les dossiers de politiques publiques et sur les

46. Pour la campagne de 1998 nous avons fait usage d’une méthodologie plus simple, quant
aux résultats 2002, ils ne sont pas actuellement disponibles.
156 Réseaux n° 118

positions des divers partis. L’édition du show d’information d’une chaîne


privée que nous avons prise en compte et un talk-show du service public ont
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réussi à complètement éviter tout contenu politique de fond. Mais
globalement les programmes étaient plus informatifs que distrayants quant à
leurs sujets, à leur format et degré de personnalisation, à mi-chemin des deux
modèles quant aux caractéristiques de style, quelques-uns des programmes
les plus résolument distractifs correspondant bien à ce qu’on pouvait en
attendre.

Tableau 1. Degré d’infotainment dans six genres télévisuels

Caractéristiques de
Genre et chaîne Sujet Personnalisation Style Format Total
(0…10) (0…15) (0…15) (0…30) (0…70)
Magazine d’actualité (public) 9 10 14 26 59
Magazine d’actualité (public) 9 10 15 24 58
Journal télévisé (public) 7 11 12 27 57
Talk-show (public) 9 9 12 26 56
Magazine* (public) 7 11 11 27 56
Journal télévisé (privé) 0 12 15 29 56
Magazine d’information (public) 2 11 12 28 53
Magazine d’information (public) 10 10 7 19 46
Talk-show (privé) 7 11 8 18 44
Talk-show (privé) 9 8 5 19 41
Talk-show (public) 0 6 1 23 30
Emission récréative (public) 0 6 0 21 27
Magazine (privé) 2 5 1 16 24
Emission récréative (public) 2 4 1 11 18

* Dans l’échantillon néerlandais, les « magazines » sont des émissions thématiques hybrides (entretiens,
rubriques thématiques, recettes de cuisine) le plus souvent diffusées l’après-midi.
De l’art de rendre la politique populaire… 157

Sur l’échelle information-distraction, le tableau est mixte. Plus de la moitié des


programmes ont un score entre raisonnable et bien en ce qui concerne le
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niveau d’information, et cela même pour deux talk-shows. La première
impression est que les autres programmes des chaînes privées étaient plus
tournés vers la distraction que les huit des réseaux publics. Cependant les deux
talk-shows du privé se situent au-dessus de la moyenne sur la densité du fond,
alors que le journal télévisé privé, sans information politique, a pu constituer
un cas statistiquement aberrant, dû à la procédure d’échantillonnage.

Nous avons vu précédemment que dans une comparaison sur trois semaines de
deux programmes d’information privés et un public en 1998, tous trois
comportaient plus de 50 % de couverture informative consacrée aux
élections47. Bien que tous les programmes aient quelque composante
distrayante, les résultats ici montrent aussi qu’il n’y a pas de corrélation entre
le score de « fond » (substantiveness) d’un sujet et les caractéristiques de style
et de format du programme. En d’autres termes : des programmes de style très
distrayant peuvent en même temps être très informatifs quant à leur contenu.
Simultanément certains programmes qui sont « sérieux » quant à leur format,
peuvent manquer complètement de contenu informatif de fond. Un talk-show
peut en dire plus sur les qualités d’un candidat qu’un JT ou un magazine sur
les grands dossiers et les choix politiques, et les programmes des réseaux
privés ne sont pas plus considérablement orientés vers la distraction dans leur
traitement de la politique que ceux des diffuseurs publics.

ACCEPTER LA VULGARISATION DE LA POLITIQUE

Alors, qui a peur de voir l’infotainment capturer la politique ? A l’évidence,


pas seulement Jay G. Blumler, qui est traité ici d’une façon peut-être un peu
rude dans la mesure où son analyse de la crise de la communication politique
embrasse plus de questions que le seul thème de l’infotainment. Pendant que
lui et d’autres universitaires, mais aussi des journalistes et des politiques de
divers pays d’Europe, semblent s’y attacher avec insistance, comme étant la
mauvaise influence qui vient de l’autre côté de l’Atlantique, des chercheurs
aux Etats-Unis sont eux aussi de plus en plus préoccupés par la fixation sur
le registre distrayant de bien des candidats et par « la démocratie du talk-
show48 ».

47. VAN PRAAG, BRANTS, 2000.


48. BROKAW et al., 1997.
158 Réseaux n° 118

Pour peser le pour et le contre, il faut être sûr de ce que sont les dangers. La
« variétisation », la popularisation de la politique à la télévision me semblent
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problématiques sous trois conditions : si telle est la forme dominante dans
laquelle elle est traitée, si cela se fait pour masquer quelque chose d’autre, ou
si cela conduit à une image déformée de la politique. Aucune de ces
conditions ne semble clairement observable.

Une domination de l’entertainment ?

Une étude longitudinale, transeuropéenne pourrait nous le dire. Mais pour


l’instant la recherche est éparpillée. Dans le survol des études sur les
informations télévisées dans un ensemble de pays d’Europe de l’Ouest, on
trouve bien des éléments de distraction dans les contenus et le style de la
couverture du politique. Mais dans l’ensemble le tableau est au mieux
ambigu, il n’établit en aucun cas une prise de pouvoir par l’infotainment et
une influence des télévisions privées qui serait intrinsèquement perverse.
Pour la plupart des réseaux privés et les diffuseurs publics, l’information
demeure au cœur de la programmation, et la politique reste une composante
substantielle de la plupart des programmes d’information. La montée de la
télévision commerciale peut avoir suscité plus de human interest et de
sensationnalisme, mais guère dans l’information politique. Ceux qui font la
télévision ne peuvent se voir reprocher d’utiliser leur médium et de donner
une composante visuelle à l’information, aussi longtemps que des sujets
importants ne sont pas escamotés au seul motif d’une absence d’images. Par
ailleurs, le fait que, pour tenter de conquérir la sympathie du téléspectateur,
« l’homme de la rue » ait conquis un rôle saillant dans les interviews, ne
constitue guère une preuve de recentrage sur la distraction, d’autant plus que
les officiels et les porte-parole officiels dominent toujours les journaux
télévisés.

L’analyse de l’infotainment au sein de divers genres télévisuels pendant les


trois campagnes électorales néerlandaises offrait aussi un tableau ambigu.
Les deux tiers des apparitions télévisées de responsables politiques
concernaient des supports traditionnels de communication politique :
programmes d’information et de débats, journaux télévisés. D’un autre côté,
un examen des contenus, de la personnalisation, du style et du format de
programmes de genres allant de l’information au divertissement révélait que
les programmes d’information aussi recelaient à un plus ou moins fort degré
des éléments de distraction. Globalement, il semble tout de même demeurer
De l’art de rendre la politique populaire… 159

assez de télévision pour y trouver des informations pertinentes et pour


acquérir des connaissances en vue de participer au processus démocratique.
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Il est cependant plus problématique – ou d’un autre point de vue, rassurant –
qu’un certain nombre de travaux aient remis en cause la croyance dans la
valeur cognitive de la télévision. Dans une synthèse fouillée des études
américaines, Robinson et Davis49 concluent que, par rapport à la lecture de
quotidiens, le suivi des informations télévisées est de peu d’aide pour être
informé. La télévision est perçue et utilisée comme machine de plaisir, et
cette attitude à elle seule entrave la compréhension. En comparant
télévisions publiques et privées aux Pays-Bas, Kleinneijenhuis50 et al.
dressent un tableau plus complexe, dans lequel l’acquisition de
connaissances est tributaire des connaissances antérieures, des motivations et
de l’information disponible. Ils concluent que l’information télévisée est
moins pertinente pour acquérir les connaissances complexes nécessaires
pour opérer des choix rationnels. Par ailleurs, comme le soutient John
Zaller51, parce que les résultats électoraux ont plus d’incidences sur les
individus que les individus n’en peuvent avoir sur les résultats électoraux,
l’électeur rationnel sera plus intéressé par l’information sur la façon dont
l’élection risque de se dénouer que dans de l’information qui l’aiderait à
voter avec sagesse. Que cela plaise ou non, et qu’on soit ou non en
désaccord avec l’approche en termes de « choix rationnel », ces résultats
éclairent la communication politique d’une autre lumière.

L’infotainment comme échappatoire

Si une stratégie de campagne est orientée vers l’infotainment pour éviter les
questionnements trop pointus des journalistes politiques, nous pourrions
avoir un problème. Et ce serait pire si cela voulait dire tromper, ou du moins
cacher quelque chose au public, ne pas tout lui dire et plutôt projeter une
image qui – si elle était démasquée – pourrait conduire les gens à prendre
d’autres décisions. Une des fonctions centrales des journalistes dans une
démocratie participative, qui est de faire rendre compte aux puissants de la
manière dont ils ont exercé le pouvoir, ne pourrait alors plus être prise en
charge. Un tel exemple pourrait être trouvé dans la stratégie de

49. ROBINSON, DAVIS, 1990.


50. KLEINNEIJENHUIS, 1991.
51. ZALLER, 1997.
160 Réseaux n° 118

contournement de Clinton en 1992, qui était expressément pensée pour éviter


les analystes critiques de Washington et largement centrée sur des formats
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non traditionnels de talk-shows et de médias locaux, présumés acritiques52.
De tels exemples de comportements existent aussi probablement en matière
de communication politique dans des pays européens. Mais, autant que je le
sache, aucune recherche systématique sur ces questions n’existe. Alors
Premier ministre des Pays-Bas, Wim Kok a appliqué une stratégie de
contournement en 1994, lorsqu’il refusa plusieurs fois d’intervenir dans les
journaux télévisés nationaux sur des dossiers mis en avant par ses opposants,
tout en assistant de fort bonne grâce à de nombreux talk-shows, ou en
rendant visite à des chaînes de télévision locales. Mais cette stratégie
comporte un risque paradoxal, que Zaller53 a formulé dans ce qu’il nomme
« la règle de substitution des produits ». Plus les journalistes sont
efficacement défiés quant à leur contrôle sur une juridiction d’information,
plus ils chercheront avec acharnement à développer des types nouveaux et
originaux d’information qu’ils puissent substituer à ce que le personnel
politique fournit, qui réaffirment globalement le contrôle journalistique des
communications de masse.

Cette réaction aux tentatives des élus pour s’assurer du contrôle de l’agenda
des médias s’est traduite, aux Etats-Unis au moins, par une façon
essentiellement négative d’évaluer les leaders politiques de la part des
journalistes. Ils utilisent les opposants comme des outils pour dévaluer tout
point de vue d’un leader politique54. Cappella et Jamieson55 ont soutenu, en
l’étayant de données empiriques, que ce type de couverture négative et
tournée vers le conflit avait conduit au cynisme public et à un déclin de la
confiance dans le système politique américain. La même humeur
antipolitique, nourrie par le populisme électronique d’une information
conflictuelle, peut par exemple être trouvée dans l’audiovisuel italien depuis
la venue au pouvoir de Berlusconi. Roncarolo56 met cependant l’accent sur
le rôle positif de l’infotainment à l’égard de l’establishment du journalisme
politique, qui a brisé le système consociationnel figé qui régissait la
communication politique en Italie. Enfin, il n’existe pas de preuve, ou bien
peu de ce qu’en Europe un lien causal unidirectionnel existe entre la manière

52. ROSENSTIEL, 1993, p. 83-92.


53. ZALLER, 1997.
54. PATTERSON, 1994.
55. CAPPELLA, JAMIESON, 1996.
56. RONCAROLO, 2002.
De l’art de rendre la politique populaire… 161

négative dont la politique est dépeinte – que ce soit dans les journaux
télévisés ou l’infotainment – et le cynisme politique du public57.
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L’infotainment comme séduction

Avant tout chose sans doute, mais en général implicitement, la critique de


l’infotainment est basée sur l’idée selon laquelle si beaucoup de gens sont
attirés par des personnalités et se détournent de questions de fond du
politique, il y a là une mauvaise chose pour eux. Ils sont séduits par une
imagerie qui cache la réalité de choix nécessaires dans des domaines
politiques. Ils passent à côté de l’information pertinente pour la participation
politique. Et ils peuvent alors faire le mauvais choix, ou au moins prendre
une décision irrationnelle, dans des lieux comme l’isoloir, voire ne pas voter
du tout. De tels énoncés tendent à renouer avec la théorie de la seringue
hypodermique quant aux effets des médias. Ils aplatissent simultanément le
privé et le personnel comme composantes de l’affectif, lui-même présumé
irrationnel. Les travaux de Zillman et ses coauteurs58 montrent pourtant que
des informations données avec un angle affectif, humain, ne les rendent pas
simplement plus personnelles, suscitant l’empathie, mais leur côté tranche de
vie (soft-news) les rend plus attrayantes, facilite le fait de tirer profit
d’informations plus factuelles (hard-news), plus abstraites.

La crainte de perdre le citoyen, ou de le troquer contre le consommateur


repose sur une distinction qui semble méconnaître ce qu’est l’âge de la
télévision. Bien sûr, le fait que plus de gens au Royaume-Uni aient voté pour
la finale de Big Brother que pour le parti travailliste lors des dernières
élections peut rendre un peu nerveux. Mais si l’approche personnelle et
personnalisée de l’infotainment s’articule mieux en tant que discours privés
et enjeux collectifs, alors les distinctions traditionnelles et les frontières entre
citoyens et consommateurs dans la communication deviennent
problématiques. Le genre de talk-show où le personnel politique est mis en
direct en présence d’un public actif est probablement le seul espace public
où des « gens ordinaires », agissant là comme « experts fondés sur
l’expérience », peuvent poser les questions qu’ils tiennent pour pertinentes,
tant sur l’agenda médiatique que politique.

57. Voir NORRIS, 2000 ; Van PRAAG, BRANTS, 2001.


58. ZILMAN et al., 1994.
162 Réseaux n° 118

Blumler et Kavanagh59 envisagent à juste titre le risque qu’une


« popularisation anti-élitiste et le populisme » dans de tels programmes
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puissent dévaluer les apports de l’expertise, et renforcer la pression en faveur
de solutions à très court terme aux problèmes politiques, bien davantage que
consolider le sentiment de la capacité d’influence par le public. Mais ils
idéalisent simultanément l’autre journalisme politique, celui qui sollicite les
experts, un discours intelligent et compréhensible basé sur l’échange
d’arguments, où les gens s’écoutent mutuellement, des discussions qui sont
contextualisées, qui parviennent à des conclusions… bref un genre de
journalisme qui n’existe guère et qui, dans le cas inverse, n’attire qu’un
public en général limité aux happy few. A l’inverse, le mélange de détente et
de conscientisation qu’on peut trouver dans certains talk-shows pourrait bien
réconcilier le populaire et la politique.

Dans des sociétés où les idéologies disparaissent et où les différences entre


partis politiques deviennent de moins en moins importantes et visibles, pour
le public une bonne part de la compréhension de la politique prend la forme
de récits organisés autour de personnages60. Dans de telles circonstances, les
caractéristiques personnelles des représentants politique ne sont pas des
éléments secondaires ou irrationnels dans l’évaluation et les choix politiques.
La personnalisation peut aussi être une stratégie pour comprendre
l’information politique, replacer les enjeux sociaux dans une perspective
personnelle. La démocratie, comme l’a souligné Dahlgren61, n’est pas
« uniquement affaire de politique officielle, mais a aussi à voir avec les
normes et les horizons de la vie et de la culture quotidienne ». Oui, la société
civile ne devrait pas se résumer aux domaines de la politique qui relèvent du
discursif et de la prise de décision, mais aussi au langage du monde vécu.

Traduction : Erik NEVEU, revue par l’auteur

59. BLUMER, KAVANAH, 1999.


60. CRIGLER, JENSEN 1991, p. 189.
61. DAHLGREN, 1998, p. 91.
REFERENCES
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