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132794 - A
ALT
128 . Fobi
L'ISLÉ DÉSERTE ,
COMEDIE
EN UN ACTE
ET EN VERS,
PAR MONSIEUR C ...

Hit
MA

Mit
2
4
0

18

VIENNE ÉN AUTRICHE ,
Dans l'Imprimerie de GHELËN , MDCCLIX
132794 - A
AVERTISSEMENT.

T E ſujet de cette Comédie, eſt


tiré des auvres de Monſieur
l' AbbéMetaftafio : S n'eſt autre
choſe que l'Iſola diſabitata , de ce
celebre Auteur.Celui quil'a donné
ſur la Scéne françoiſe a plutot imi
ginal, e a fait pluſieurs changed
mens, auxquels on a crû nedevoir
point ſe prêter à Vienne ; où les
Ouvrages de ce grand Poëte font
entre les mains de tout le monde.

Aa
ACTEURS
FERDINAND,
TIMANTE .
CONSTANCE. ;
SILVIE.
TROUPE DE MATELOTS.

La Scene eſt dans un lieu fauvage ſur

L ’IS .
UPER
S ..
!

Vatan
.

)
2
)D
L ’ISLE DÉSERTE
COMEDIE

SCENĘ PREMIERE.
Le Théâtre repréſente une Isle déſerte ;
on voit la Mer dans le fond. Du côte
droit est un Rocher ſur le quel on lit une
Infcription . Conſtance y paroît tenant
unmorceau de fer à la main,
CONSTANCE.
Q ue ne furmonte pas un travail aſſidu,
Lorſque par leplaiſir il n'eſt pointſuſpendu !
Sans ſecours que ce fer & mon foible cou
rage ,
Je vois prelque la fin de ce pénible ouvrage;
A 3 . Puiſ
6 . L'Isle Déferte
Puiſsé - je l'achever ! & qu'après , juſtes
Dieux ,
Vous tranchiez demes jours les reftes mala
heureux !

Elle s'approche du Rocher & lit l'Ixa


fcription : . . ?
„ Du traitre Ferdinand Conſtance aban
donnée
,, Finit ici ſa vie & fes malheurs.
O roi , qui de ſon ſort apprendras les hore
reurs,
,, Venge-la d'un perfide,ou plains.. . fa de
ftinée.
Qu'il en coure à l'Amour , d'avoir à publier
Les crimes d 'un ingrat qu'on ne peut ou
blier !
Elle travaille un moment.
Pour ſuivre mon Epouxj'abandonnel'Eſpa
gne ;
En vain la Mer mugit, & la mort m 'aca
compagne ;
Tranquille firr mon fort , c ett lui ſeul que
je vois.
Ah ! barbare! & voilà le prix que j'en re
çois !
Si
Comédie .
Si jamais les remords dans cette Isle fau
vage
Ramenoient l'inhumain à qui l'hymen
: m 'engage ,
Pour lui faire juger de l'excès demes maux,
Otoiquidétruis tour, Temps,reſpecte ces
mots .
(Montrant l'Inſcription.)
SCENE II."
L . CONSTANCE , SILVIE .
SILVIE accourant & gaiment.
AH ! Conſtance ! ah !ma fæur!
CONSTANCE.
D 'où peut naître , Silvie ,
Ce plaiſir imprévû dont ton ameeſt ſaiſie ?
SILVIE . .
Mon cœur eſt tranſporté !
CONSTANCE.
Peut-on ſçavoir de quoi?
SILVIE .
Ce que j' aime le plus en cemonde , après
toi ,
Mapetite Epagneule eſt enfin revenuë;
A 4 De.
8 L'Isle Déferte
Depuis deux jours entiers je lacroyois per:
duë.
S.. CONSTANCE.
Eh! c'ef -là le ſujet dece parfait bonheur ?
sinni SILVIE
Crois-tu qu'il en puiſſe êcře un plus grand
pour mon cøur ?
Zirphile eft, tu le fçais ,ma compagne fis
i delle ,
L'objet detousmes ſoins; fitôt queje l'ap .
pelle ,
Mille tendres baiſers me prouvent ſon as
mour i
A mes côtés elle eft & la nuit & le jour;
Elle m 'aime, m 'entend , & ſur mon ſein re.
poſe ;
Et de la retrouver tę femble peu de choſe ?
sto CONSTANCE d part. , ,
Quelle heureuſe innocenc
: SILVIE
Hélas! ma chere four,
Te verrai-je fans çeſfe en proie à leu
ta doua
r?
CONSTANCE.
Rien ne peur de mes maux adoucir l'amer
i çumę.
Tou?
Comédie, 9
Toujours en vains foupirsmon amęfecon
m . pai lume.
Le Printemps s'eſt déjà renouvelle dix fois ,
Depuis qu'abandonnée en ce funeſte bois
Sans eſpoir de jamais recouvrerma patrie ,
Je traîne dans les pleurš une mourance vie,
Sans la tendre amitié quim 'attache à ton
1 . ført
Mafæur , ledéſeſpoir auroit hâtémamort,
16 : i ravni . SILVIE . INOS !
Je ne puis concevoir le ſujet de tes peines,
Quel bien nous manque-t-il ? Içinous ſom :
mes Reines.
Les hôtesde ces bois ſont nos heureux ſüz
jets ,
Et la terre & lamer nous comblentde bien ,
.. " ; faits . '
L 'Eté ſous cet ombrage, & l'Hiver fousces
roches ,
Du chaud comme du froid nous bravons
les approches,
A ce quenous voulons, la force ni les loix
Nes'oppofent jamais ; nous ignoronsleurs
en droits.
Ainſi de tout cela fi tu n 'es pas contente ,
Il ſera mal aisé de remplir con attente.
CON :
to L'Isle Déferte
· CONSTANCE.
Que d'un bien qu'on ignore on ſepaſſe ais
ſément !
Mais quand on l'a gouté, le perdre eſt un
tourment.
Lorſqu'on m 'abandonna fur cet affreux ri
. . . vage ,
De la raiſon encor tu n'avois pas l'uſage,
Et tu n 'avois rien vû de plus délicieux
Que ces triſtes objets qui s'offrent à nos
yeux.
Mais pour moi plus inſtruite, ah ! quelle
difference
De cedeſert horrible aux lieux de manaif
ſance.
- SILVIE
De ce pays pour qui tu répands tant de
pleurs,
Souvent tu m 'as vanté la richeſſe & les
mceurs ,
Mais quandmême ilſeroit encor plus ad .
. mirable ,
La paix qui regne icime paroît préférable.
CONSTANCE.
Que difficilement on juge d'un bonheur
Qui
Comédie. II .

, Quiparle à notre eſprit ſanstoucher notre


cæur !
SILVIE.
Mais cet endroit charmant que ſans ceſſe tu
nommes ,
N 'eſt-il pas ce séjour habité par les hom
Et ce font, m 'as-tu dit plus de cent & cent
fois ,
Des monſtres plus cruels que les loups de
ces bois,
Comment. . . .
- CONSTANCE.
Oui, je l'aidit. Eh ! que ne puis-je encore
Ajouter au tableau d 'un fexe que j'abhorre!
Oui, les hommes ſont tous craîtres, cruels,
i trompeurs ,
Se riant de nosmaux , ſe baignant dans nos
pleurs ;
Ne reſpectant la foi, l'amour, ni la nature ,
Er ſe faiſant un jeu du crime & du parjure ;
Malgré tous leurs défauts , d'autant plus ,
dangereux ,
: Qu'au fond de notre cour tout nous parle
pour eux ;
Gra
12 L'Isle Déſerte.
Graces, douceur , eſpriț, paroiſſent leur
partage,
Et la ſeule impoſture eft tout leurappanage,
mo ? SILVIE.
Si l'homme eſt ſiméchant ; contrela cruau.
té ,
Cetaſyle du moins nousmet en ſureté ;
Ici, l'on n'en voit pas, Mais,machere Con ,
fance ,
Tesyeux verſent encordes pleurs en abon,
. .. dance.
Que puis-je faire, ô ciel ! pour calmer ton
tourment?
Si Zirphile te plaît, je t'en faisun préſent,
in CONSTANCE. .
Il eſt trop juſte , hélas ! ô ma chere Silvie ,
Que je paſſe à pleurer le reſte dema vie . '
Desmortels séparée & loin demon Epoux,

it doux. :

SCE
Comédie. 13 .

SCENE III.
SILVIE ſeule.
C 'Ef trop s'abandonnerà ſa douleur ame
re ; ..
J'aibeau gronder , prier , rien ne peut la dis
ſtraire.
Maisce qui cous les jours étonnemon eſprit;
C 'eſt qu'au lieu d 'adoucir le chagrin quil'ai
- gřit ,
Par la part que je prends à ſa triſteſſe exirêa
me.
Il augmente ſans ceſſe, & je pleuremoimês
me.
Un Vaiſſeau paroît ſur la Mer.
Suivonis au moins ſes pas.Qu’apperçois-je,
. granids Dieux !
Jamais laMer n 'offrit rien de tel à mes yeux!
Ce n 'eſt pas un rocher , car il change de pla.
ce.
De la route qu'il tienton ne voit nulle tra
ce ;
Quoique la marche impoſe ,ilparoît chana
celant.
Faiſonsvoir àma ſoeur ce prodige étonnant.
Al
14 L 'Isle Deſerte,
Allons... Mais juſte ciel! qu 'eſt-ce quej'en .
viſage ?
Où fuir ? Où mecacher ? On vient ſur ceri
vage.
Elle Jacachederriere un arbre, & fort
de ſa place par. curioſité toutes les
fois qu 'elle croit n 'être pas vuë.

. . SCENE IV .
SILVIE , FERDINAND , TIMANTE .
TIMANTE.
' A La fin , cher ami, ſerions nous en ces
lieux
Que depuisſi long -temps tu demandes aux
Dieux ?
FERDINAND .
Oui, je les reconnois ; l'Amour d'un trait
de Aâme
Les avoit pour toujours imprimés dans
mon ame ;
Et les nouveaux tranſports qui viennent
m 'agiter
: Mele confirmeroient ſi j'en pouvois dou .
. ter.
SIL
Comédie: 15
SILVIE à part.
Si je pouvois les voir ſans en être apperçuë.
. . . TIMANTE.
D 'un vain eſpoir ſouvent notre ame préve.
'nue. . .
FERDINAND.
Non , cher Timante, non , je neme trompe
pas.
Cent fois vers ce Rocher j'aidirigémes pas.
Voilà , je m 'en ſouviens, cette caverne fom
bre
Où déſarmé,ſans force,& vaincu par le nom -:
i bre ,
D 'un Pirate inhumain qui déſoloit cesmers,
Je me vis obligé de recevoir des fers.
Danscet inſtant facal, loin de ce lieu , Con
ſtance
Aux douceurs du repos cedoit ſans méfian
ce.
Seule auprès de Silvie , un perfide fommeil
Préparoit à ſon cæur le plus affreux réveil.
C 'eft là que me livrant à ma crop juſte rage,
Une large bleſſure éteignit mon courage ; .
Ici le fer vengeur dans mes mains ſe rom
pit. .
Mais fans perdre le temsà ce triſte récit,
Al.
16 . L'Isle Déferte
Allons plutôt chercher une Epouſe adora:
inssi ble .
Differer un moment, c'eſt ſe rendre coupas
. . ble . in
Và, cours de ce côté , tandis qu'en celui-ci
Je verrai ſi ſon fort ne peut être éclairci ,
Et ſi le ciel perliſte en la rigueur extrême;
J'exipirerai du moins ; où mourut ce que
j'aime.

SCENE V .
SILVIÊ , TIMÀNTE .
SILVIE d part 8 d'un air fâché.
Je n'ai på rief entendre:
TIMANTE ſans voir Silvie.
Ah ! que de Ferdinand
Lesmalheurs font affreux ! que ſon fort eft
1 . He touchant ! ..
A peine un doux hymen à Conſtarice l'engas
' .. ., gej
Que forcé d 'entreprendre un pénible voyaa
i ĝe; .
Tous deux au gré des flots ils expoſent
:. . ... .. - . leurs jours. .
De
Comédie. 17
- De leur route un orage interrompant le
cours ,
Les jetre ſurces bords, où le Deſtin barbare
Loin de les ſecourir pour jamais les sépare.
SILVIE à part & d 'un air ſatisfait. :
A la fin cependantil s'eſt tourné vers nous.
- Que la mine me plaît ! que ſon aſpect eſt
doux !
TIMANTE fans voir Silvie.
L'humanité ſuffit pour le plaindre ſans ceſſe,
En moi c'eſt le devoir qui pour lui m 'inte
. refle.
Ce premier don du Ciel, l'heureuſe libercé,
Şans qui rien ici bas ne peut être compré ,
Sans ſes ſoins généreux m 'auroit éré ravie .
Que ne puis-je pour lui facrifier ma vie !
Qui peut faire le bien , ſe rend égal aux
r. Dieux ;
Qui le peut oublier eſt un monſtre odieux.

SCENE VI.
: SILVÍE ſeule. .. .,
Veſt-ce quej'aivû la ? Je ne le puis come
prendre.
Seroit-ce un homme ?Non, on ne peuts'y.
méprendre,
B . :: Car
18 L'Isle Déſerte
Car les hommes ſont tous perfides, inhu
mains ,
Et commede raiſon , à des ſignes certains
On doit les reconnoître , & lire dans leur
ame.
Mais enfin qu 'eſt- ce donc ? Cen 'eſt pas une
, femme ,
Car ainſi que le mien ſon habit feroit fait ?
Quique ce ſoit, hélas! c'eſt un aimable objet.
Allons trouver mafæur, elle ſçaura medi.
re. . . .
Mais qui retientmes pas ? d'où vient que je
ſoupire?
Leccurme bar. Ah ! Dieux ! comment in .
terpreter
Les divers mouvemens quiviennenc m 'agi.
ter ?
Seroit-ce à la terreur que mon ame eſt en
proie ?
Non, car lorſque l'on craint on n'a pas tant
de joie.
Je neme trompe point , à travers dece bois
Je vois encor quelqu'un : on vient. Pour
cette fois
Courons vite à Conſtance. Oh !oui; quoi
qu 'elle faſſe ,
Ilfaut ſur tout ceci qu'elle me fatisfaſſe.
Comédie. 19.

SCENE VII.
. FERDINAND feul. -
AH ! Je n'avois que trop preſſenti mes
malheurs .
Sur moi le fortveut donc épuiſer ſes rie
gueurs.
En vain, je cours, j'appelle, & ne ſçais point
encore
Quels lieux font habités par celle quej'a
- dore.
Paſſerai-je mavie , hélas ! à la chercher ?
( Appercevant l' Inſcription .)
Mais qu'eſt-ce que je vois écrit ſur ce Ro.
cher ?
Nem 'abusé-je point? Seroit-il bien poſli
ble ?
Le ciel àmes tourmens devenu plus ſenſible,
Voudroit-il par ces mots éclaircir mon de
ftin ?
Lifons. Mon nom ! grands Dieux ! depuis
quand ? quelle main ? . . .
Il lit.) .
Du traître Ferdinand Conſtance abandon
née,
. ,, Finit ici ſa vie & les malheurs.
: Con
20 L'Isle Déſerte
Conſtance ne vit plus , & me croyoit par
jure , .
Sort cruel ! demesmaux tu combles lame
ſure.
Conſtance nevit plus ! & ſa boucheen mou
rant ,
A pû d 'un crimeaffreux accuſer Ferdinand !
Moi, traître ! moi perfide ! elle n'a pu le
croire :
Non , c'eſt le ſeul ſoupçon d'une action fi
noire
Qui la fait ſuccomber a fa vive douleur ;
Et Ferdinand ſurvit à ces excès d'horreur!

SCENE VIII.
FERDINAND, TIMANTE.
TIMANTE.
A Mi, de quelque bien conçois tu l'eſpe
rance ?
Enfin n'as-tu rien içu de ca chere Conſtance?
FERDINAND.
Conſtance ne vit plus.
TIMANTE.
Ciel !
FER
Comédie.
FERDINAND montrant l’Inſcription.
Lis.
TIMANTE
Infortuné !
Après avoir ll.)
Mais l'ouvragen'eſt pas tout à fait terminé.
FERDINAND
Une trop prompte mort arrêta ſon ouvra.
ge .
TIM ANTE.
Séjour rempli d'horreurs ! déteſtable riva
- ge ! . :
Que ne nouscachois - tu ce triſte évenement!
Ami, que ta douleur eſt juſte en cemoment !
Pleure , ſans redouter que Timante en mur
mure ;
De ſemblables regrets honorent la nature.
FERDINAND.
Si le malheur pourſuit les plus tendres
époux ,
GrandsDieux, pourles ingrats, quelsmaux
réſervez -vous ?
TIMANTE.
Quand d 'un injuſte fort nous ſommes la vi
etime,
Il eft fi conſolant d'avoir vécu ſans crime;
B 3. Pour
22 L'Isle Déferte
Pour nous abattre , il fait d 'inutiles efforts,
On n'y ſuccombe point lorſqu'on eſt fans
remords.
Tel eſt l'état heureux où ſe trouve ton ame ;
En tout point tu n 'as fait que ce qu'envers
. fa femme
Exigent d'un epoux l'honneur , la probité,
LesDieux quetu prioisne c'ont point écou.
- té ;
Reſpecte leurs decrété, quoi que le cielor
i donne,
Et quittons un séjour que l'horreur envie C

ronne.
FERDINAND,
Que je quitte des lieux ! Eh ! le pourrois
je , hélas !
C 'eſt ici que Conſtance à fubi le trépas ,
Ainſi qu'elle , j'y veux terminer mamiſere.
TIMANTE
Dans ce déſert affreux !.Eh ! qu'y prétends.
tu faire ?
FERDINAND
Ce que j'y prétends faire ? Accroître mon
tourment ,
Vivre en mourant fans ceſſe.
TI
Comédie. . . 23
TIMANTE.
: Ah ! quelle barbarie !
Et tes amis ? Ton pere ? En un mot ta patrie ?
FERDINAND .
Mon pere ? Encet érat ſi je m 'offrois à lui,
Jabrégerois les jours loin d'en étre l'appui.
Vale trouver , va , pars ; & s'il a quelqu'en
vie ,
De connoître les maux qui tourmentent
ma vie ,
En les lui racontant adoucis -en l'horreur.
TIMANTE. -
Eh ! le pourrai-je , ami? Matrop juſte dou.
leur . . .
. . . FERDINAND .
Adieu , Timante , adieu .

SCENE IX .
TIMANTE ſeul.
N 'Irritons pas ſa peine ,
Ce n'eſt qu'avec le temps qu'un eſprit ſe ra
: mene.
.. Nous devons cet égard à fon fort malheu
reux ,
B 4 . i Je
24 L' Isle Défèrte
Je prévois qu'il faudra l'arracher de ces
lieux ;
A prendre ce parti ſon déſeſpoir m 'engage.
Pour cet effet, parlons aux gens de l'équi
page ,
Mais le hazard ici les conduit juſtement.

SCENE X .
TIMANTE , MATELOTS.
TIMANTE .
M Es amis , il convient d'enlever Ferdi
nand :
Ne voulant qu'écouter le chagrin quile tuë,
Pour reſter en ces lieux il fuira notrevuë ,
Il faut s 'en aſſurer, Vous verrez ici près
Un ruiſſeau tout couvert de lugubres cy .
. près ,
Qui parmi les rochers précipite ſon onde,
Il ira s'y livrer à ſa douleur profonde ,
Allez vous y cacher , & quand vous le ver
rez ,
Pour le conduire à bord vousvous en faiſi.
rez .
Ne
Comédie .
Ne craignez delapart aucune réprimande,
On ne fait jamaismal quand l'Amitié com
mande
Les matelots ſortent.

SCENE XI.
: TIMANTE , SILVIE .
. SILVIE ſans voir Timante .
TE voudrois que ma ſoeur ſçût tout de
1. point en point ,
Mais partout je la cherche , & ne la trouve
point.
à part. . TIMANTE.
Qu'apperçois -je ? Une femme en cette Isle
fauvage ?
à Silvie.
Belle Nymphe, écoutez.
SILVIE s'éloignant.
Encor ſur ce rivage !. . .
TIMANTE.
Pourquoivous éloigner ? Arrêtez un mo.
. LV
:. :. SIL IE
VI C ment,
,
Demoi , que prétends-tu ?
B5 , TL
L’Isle Déſerte
TIMANTE.
T'admirer ſeulement,
Et parler avec toi.
SI
SILVIE.
i
: Jure avant toute choſe ,
De me parler de loin .
TIMANTE.
A rien je ne m 'oppoſe
à part.
Oui , je te le promets. Que ſon air eſt char .
mant !
SILVIE d part.
Qu'il fait plaiſir à voir !
TIMANTE. . .
. . . Par quel enchantement,
Dansun lieu qui paroîtproſcrit par la natu
re ,
· Voir-on de fi beaux yeux ,des traits.. . une
figure. . . ?
SILVIE .
Il avance toujours ; s'il fait encor un pas ,
Je me ſauve à coup ſûr. Au moins n 'appro .
che pas.
TIMANTE. .
Quipeut àmes deſirs te rendre ſi contraire ?
Meſoupçonnerois -tu devouloir te déplaire?
Rafa
Comédie.
Raſſure-toi, de grace , & daigne m 'écourer,
SILVIE à Timante qui approche toujours .
Et toi, daigne'obéir. : )
TIMANTE avec impatience,
Ah ! c'eſt trop infifter.
Au moins ſije ſçavois de quoi tu t'épouvan
tes.
Les hommes ne ſont pas desbêres dévorane
tes.

SILVIE effrayée.
Quoi! Tu ſerois un homme ?
TIMANTE ſouriant.
Oui, je paſſe pour tel.
SILVIE s'enfuyant.
Au ſecours! au ſecours !
TIMANTE l'arrêtant.
Ecoutez :
SILVIE d genoux.
Jufte ciel !
De grace , épargne moi; jamais, je le déa
clare ,
Je ne e'ai fait de mal, ferois tu ſi barbare. . ,
TIMANTE.
Leve toi, je te prie , & calme ta frayeur ,
Machere,elle eſt injuſte & me perce le ccur.
SIL
28 L'Isle Déferte
SILVIE à part.
Toutbas le mien medit qu 'en lui je mecon
fie
TIMANTE.
Si l'on eſt obligeante èrant auſſi jolie ,
D 'un époux malheureux...
SILV I E .
. Arrêtez. Seriez - vous
Par hazard de ces gens que l'on appelle
Epoux ?
S 'il eſt ainſi, partez , retournez au plus vite ,
Nous déteſtons ici cette race maudite .
; TIMANTE .
Non , je ne le ſuis point ; mais l'amique je
ſers ,
Pour rejoindre la feme a traversé cesmers ,
Il venoit la tirer d 'un séjour qu'ilabhorre ,
Hélas ! elle n 'eſt plus. O toi qu'icij'implore ,
Sçais- tu comment Conſtance a terminé fes
jours,
Etdepuis quand le ſort en a tranché le cours?
SILVIE.
Conſtance , grace au ciel , Conſtance n 'eſt
point morte .
TI
Comédie .
TIMANTE avec la plus grande vivacite."
Ah ! ce que tu m 'apprends de plaiſir me
tranſporte !
Tu dois être Silvie. . . Oui, c'eſt toi que je
vois.
Ce lieu , ton âge, toutmel'aſſure à la fois.
Conſtance n 'eſtpeint morte ! ô joie inexpri.
mable !
Je vais rendre à la vie un amimisérable.
Cours , vole vers ta ſoeur, tandis qu'à Ferdi
nand.. . .
: SILVIE.
Il eſt donc avec toi, cet ingrat , ce Tyran ,
Ce monſtre. . . ?
TIMANTE
Que cesnoms ne ſouillent plus ta bouche,
Dans peu, je t'inſtruirai de tout ce qui le
touche ;
Il n'eſt que malheureux & point du tout
ingrat ,
Mais ne differons pas d'adoucir ſon étar ;
Ilnousfaudroit avoir le coeur le plus barba
re ,
Pour retarder les biens que le ciel lui pré.
pare .
SIL .
30 L’Isle Déſerte.
.: SILVIE .
S'il eſt ainſi, tous deux partons dès cemo.
ment.
TIMANTE.
Nous les joindrons plutôt allant sépare
. meni,
Fais que bientôt ce lieu te'revoye avec elle ;
Etmoi.. .
SILVIE.
Parle , comment eſt-ce que l'on t'appelle ?
. : TIMANTE.
Timante .
- SILVIE
Mais vas pas t'arrêter trop longtems.
TIMANTE.
Eloigné de Silyie , on compte les inſtans.
SILVIE .
Jene ſçais,mais tantôt en te perdant de vue,
J'ai ſenti dansmon cœur une peine incon .
nue.
Que je ne reſſens plus depuis que je te voi.
TIMANTE .
Eh ! bien , je veux toujours demeurer avec
toi.
Mais les momens font chers, vite vole à
Conſtance .
C'eſt
Comédie.
C'eſt un ſi grand plaiſir deporter l'eſpérance
Dans le cæur d'un mortel accablé de dou
leur,
Qu'on ne ſçauroittroptôt jouir de ce bon
heur. .

1 SCENE XII. . .
SILVIE ſeule.
1 T Es hommes ne ſont pas ſi méchans, ce
. me ſemble ;
Si coure leur eſpece à Timante reſſemble ,
Ma fæur a vraiment tort d 'en dire tant de
mal,
Je lui ſçais mauvais gré. Mais c'eſt original !
Je prends contre ma fæur le parti de Ti. :
mante ;
C 'eſt un homme, je dois le haïr , il m 'en
chante :
Ileſt loin , cependant ici je crois le voir.
Oh ! cout cela n 'eſt pas facile à concevoir .

SCE
32 L Isle Déſerte

SCENE XIII.
CONSTANCE , puis FERDINAND .
TN vain le temps s'enfuit & détruit toute
. . . choſe,
Mon malheur ſeulréſiſte aux loix qu'il nous
impole .
Hélas ! puiſquema fæur eft loin en ce mo
ment,
Reprenons mon pénible & triſte amuſe.
ment.
FERDINAND fansvoir Conſtance,
Ah ! tandis qu'un ami vertueux , & fidelle ,
S'eloigne de ces lieux , dans ma douleur
mortelle
Rocher ! ſeul confidentde mes cruels mal
heurs,
Je reviens te baiſer , te baigner de mes
pleurs. . . i
Appercevant Conſtance.
Mais quel objet ici ſe preſente a mavüe?
D 'ou vient-il ? qu'y fait il ? que mon ame
eſt emüe.
CON
Comédie.
CONSTANCE fans l'appercevoir .
Tu-te peines , hélas! peut etre c'eſt en vain ,
Peut être tes tourmens, & ton affreux deſtin ,
Refteront à jamais dans la nuit du ſilence.
Conſtance infortunée! :
FERDINAND ſe jettant à fes genoux ,
! O ma chere Conſtance !
Epouſe que j'adore ! : '
CONSTANCE.
Ah Traitre ! . .. je memeurs,
FERDINAND .
Unique, & cher objet demes juſtes dou
leurs,
Je te retrouve enfin dans ce defert fauvage,
Repons moi? . . . De ſes ſens elle a perdu
l'uſage ;
Nepourrai-jeGrands Dieux ?La faire reve
nir ! . , .
L 'onde de ce Ruiſſeau pourroit la fecou.
rir , . .
Mais quoi, te laiſſer ſeule en ce danger ex
rreme,
Chere epouſe ! . . ., al volops & revenons
demême.
C ' . SCE
34 L’Isle Déſerte

i SCÉNE XIV . : :
TIMANTE , CONSTANCE.
TIMANTE.
Ceramimalheureux , & ſicher à mon cœur,
LetendreFerdinand , ignore Con Boonheur;
Je le cherche par tout, toutàmes ſoins s'op .
poſe. . .
Appercevant conſtance.
Au pied de ce Rocher , qu'elle Nimphe re..
poſe ,
Le voile de la mort obſcurcit ſes attraits
DeSilvie , elle n 'a ny l'age , ny les traits ,
C 'eſt Conſtance ſans doute. . .
CONSTANCE.
Hélas
1 . TIMANTE :
Belle Conſtance !
Ah !laiſſe moi!
TIMANTE .
: Le ciel comble vor
Il vousrend un epoux.
CONSTANCE,
Va laiſſe moi mourir,
Traitre !.. .
TI.
Comédie. 35
* TIMANTE.
De quel forfait, osés vousme noircir ?
CONSTANCE le regardant.
Ce n 'eſt point Ferdinand ! ma ſurpriſe eſt
extrême ,
Tu parus àmes yeux, mais tu n'es plus le
même ,
Quitantôt.. . fût-ce un ſonge? ou reve-je
à préſent ?
TIMANTE.
Belle Conſtance , non , le tendre Ferdinand ,
Cet epoux malheureux . . . vous l'avés vû
lui même
En moi reconnoiſsés un tendre amiqu'il ai.
" me.
. CONSTANCE.
Après m 'avoir laiſsée en ces horribles lieux ,
Ferdinand oferoit reparoitre à mes yeux ?
TIMANTE.
Eh ! vous y laiſſa-t-il? Des brigands l'atta
querent,
Et tout percé de coups à ſes veux l'arra
cherent;
· Accablé du regret , en quittant ce séjour
D ' y laiſſer fans eſpoir l'objet de ſon amour.
C2 Der
36 L'Isle Déferte
Depuis ce temps, hélas! un horrible eſclau
vage
De ce fidele Epoux fur le cruel partage. .
: CONSTANCE.
Ah !mon cher Ferdinand, quel injufte roupa
TIMANTE. : )fon ,
A la fin échappé d'une affreuſe priſon ,
Depuis plus de deux ans guidé par fa tene
. dreſſe ,
Sans relâche il vous cherche ; & s'affligeant
ſans ceſſe. . .
CONSTANCE.
Mais que ne paroît-il ? qui peut le retenir ?

SCE NE XV.
CONSTANCE, TIMANTE.
SILÝ I E .
SILVI E .
MA ſceur, ma chére ſcur, je vole d ao
vertir
Que j'ai vâ Ferdinand. Au bord de la fona i
taine ,
Confterné , preſquemart, ilarrivoità pei
ne i .
Quand
Comédie." ! 37
Quand toutà coup des gens qu 'on n'appete
oncevoit pas
Sanslui dire un ſeulmot, ontarrêté ſes pas,
CONSTANCE. . .,
Arrêté ! Ciel ! pourquoi ?
: . TIMANTE
Ce coup eft mon ouvrage.
Pardonnez ; mais voyant qu'à quitter ce ri.
vage
Il ne conſentoit point, & craignant pour
L . : ſes jours ,
J'ai cru par cemoyen en conſerver le cours,
CONSTANCE .
Ah ! courons de leur mains arracher ce que
' . , !.' . j'aime,
on . . : . SILVIE . )
Arréte , il va dans peu paroître icilui-mês
. . n . me,
Je leur aitout appris avant de les quitter,
.. . CONSTANCE,
· Que je l'attende encore ! Eh ! puis-je réſi
on ſter ? . . .
Non , c'en eſt trop , je cede àmon impaa
cience,
( Ele fait un mouvement pour fortir.)
Dieux ! c'eſt lui que je vois.
o in C3 . SCE .
. * 38 L’Isle Déferte
Jerte

SCENE XVI.
CONSTANCE , SILVIE , TIMANTE ,
FERDINAND .
FERDINAN D .
: O Machere Conſtance!
CONSTANCE.
Cher Epouixx!! .
FERDINAND.
Doux momens ! :
CONSTANCE.
Ferdinand avecmoi ?
: : FERDINAND.
Conſtancedansmesbras ? à peine je lecroi.
; SILVIE
Dans leurs embraſſemens je trouve tant de
charmes
Que de plaiſir mes yeux ſe rempliſſent de
larmes .
: . ' : CONSTANCE.
O fort, dontcant de fois j'éprouvai le cour.
roux ,
Que ne te dois je point , je revois mon
Epoux !
FER
Comédie. : 39
FERDINAND. .
Tu l'as pû ſoupçonner d'avoir trahi ſa fiâ .
- me !
Sans la conſtante ardeur qui ſoutenoit mon
: : ame ,
Aurois -je ſupporté l'excés de mes mal-,
heurs ?
L 'Amour ſeul en pouvoit adoucir les hor.
reurs.
C 'eſt l'eſpoir de te voir toujours tendre &
fidelle
Qui m 'a fait réſiſter à ma douleur mortelle,
Er quimefait encor en desmomens fi chers
Perdre le ſouvenir des maux que j'ai ſouf
ferts ,
CONSTANCE.
Oui , d'infidélité je te croyois capable ; .
Mais Dieux ! qu'il m 'en coûtoit à te trouver ,
coupable !
Juge quels ſont les maux qui déchiroient
mon coeur ,
Puiſque je m 'en ſouviens au comble du bon .
heur.
Mais comment réparer toute mon injuſti
ce ?
i C4 J'ai
40 L’Isle Déferte
J'ai pû par mes ſoupçons augmenter con
ſupplice.
FERDINAND.
Ne ngus occupons plus de nos malheurs
paſsés ,
L'inſtant qui nouş unit les a tous effacés.
mi TIMANTE a part.
Quel ſpectacle touchant pour une ame ſen .
fible !
I fait naître en mon coeur un deſir invincie
i ble. . .
, . SILVIE . . .
Que penſes-tu , Timance ? Obſerve Ferdi
nand ,
Et vois comme à Conſtance il parle tendre
ment.
Amoi, tu ne dis rien .
is , TIMANTE.
:: : Situ m 'aimois , Silvie ,
Je ne dirois qu'un mot, & tu ferois ravie.
. .. . . SILVIE.
Quand on aime, a-t-on bien du plaiſir à ſe
voir ?
. . TIMANT E . . .
Beaucoup SIL
Comédie. i 48
it.
SILVIE . . . .
Je t'aime donc.
TIMANTE.
Tu combles mon eſpoir !
Mais de tes ſentimens j'oſe eſperer un gage.
Conſens qu 'un doux hymen. . .. ..
SILVIE. . .
Point, point demariage.
Dansquelque Isle déſerte inconnue aux hu
a . mains ,
Je reſterois peut-être à pleurer mes deſtins.
CONSTANCE. .
Non ,mafæur, Ferdinand ne m 'a point dé
laiſsée ;
A tort je te diſois en ma triſte pensée
Tant de mal de ſon ſexe ; hélas ! il n 'en eſt
rien .
SILVIE ,
Quand j'apperçus Timante , ah ! je m 'en
. dourai bien . '
CONSTANCE.
Quelle étoit mon erreur , quand j'accuſois
les hommes
D 'êtremoinsdélicats, moinsvrais quenous
ne ſommes !
C5 : Er ,
42 L'Isle Deferte Comédie.
Et qu'avec grand plaifir mabouche le de
ment !
TIMANTE À Silvie.
Tu l'entends?
SILVIE donnant la main à Timante.
Ce quiplaît , on le croit aisément,
* FERDINAND.
Qui n 'acheteroit pas pour dix ans de foufa
france
Tous les biens quele ciel en ce jourmedia
penſe ?
Epouſe , fæur, ami, tout comble icimes
veux. .
. TIMANTE.
Qu'il eſt doux d 'obliger en ſe rendant heus
reux !
FERDINAND au Parterre.
Ovous, dont les malheurslaſſentla patiens
ce ,
Mon bonheur vous apprend ce quepeut la
conſtance:
F I N.
Österreichische Nationalbibliothek

+Z160354002