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LIBER

MIRABILIS .
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AVIS DE L'EDITEUR .

L'édition de 1524 est divisée en deux


parties : la première est en latin , la
deuxième en gaulois . La traduction que

je donne de la première partie est la


seule complète qui-ait été publiée. J'ai cru
devoir donner la deuxièmetelle qu'elle est
dans l'original . Les personnes qui vou
draient vérifier , soit la traduction de la
première partie , soit le texte de la
deuxième , trouveront plusieurs exem
plaires de la première édition à la biblio
thèque Sainte-Geneviève et à la biblio
thèque royale. Quoiqu'on ait apporté la
plus grande attention pour rendre fidèle
ment l'une et l'autre , notre travail n'est

sans doute pas exempt de quelques imper


fections.
LE

LIVRE ADMIRABLE ,

RENFERMANT

DES PROPHÉTIES,

DES RÉVÉLATIONS

ET UNE FOULE DE CHOSES ÉTONNANTES, PASSÉES ,


PRÉSENTES ET FUTURES.

pur 83. Bricom ,


1 0 77
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NOUVELLE ÉDITION .
5

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S

S.

PARIS .
LIBRAIRIE CATHOLIQUE D'ÉDOUARD BRICON ,
RUE DU VOX , COLOMBIER N ° 19.
E SAINIS
OL 1831.
BHALOTHÈQU Seed
E
Fopalny.
60 - CHALL
re
.

Imprimerie de Béibune , rue Palalive , n. 5.


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Paul aux Thessaliens , 5 .

Neméprisez pas les prophélies : examinez


les toutes , au contraire , et retenez ce qui est
bon .
Luc , 21.

Quand vous entendrez parler de batailles


et de séditions, ne vous épouvantez pas. Il

faut que ces choses arrivent. Mais ce n'est pas


encore la fin .
Mathieu , 24 .

Quand vous entendrez parler de batailles ,


ne vous épouvantez pas. Il faut que ces choses
arrivent : mais ce n'est pas encore la fin . En
effet , peuplesse soulèveront contre peuples , et
royaume contre royaume : Il y aura des pes
tes , la famine et des tremblemens de terre .
C'est le commencement des douleurs : alors on
vous accablera de tribulations , et l'on voirs
donnera la mort; et vous serez détestés de
toutes les nations, à cause de mon nom . Le
scandale sera presque général ; des haines mu
tuelles s'élèveront. Il paraîtra une foule de
pseudo- prophètes, qui séduiront beaucoup de
monde: et l'iniquité se multipliant , la charité
se refroidira . Mais celui qui persévèrera jus
qu'à la fin sera sauvé : et cet évangile sera
a
2

préché par tout le globe , en témoignage à


toutes les nations: c'est alors que viendra la
commotion .
Psalmiste , 97

Soient confondus tous ceux qui adorent


les idoles , et se glorifient dans leurs simu
lacres !!
Luc , 2 .

Ne craignezpas :car voici que je vous évan


gélise une grande joie. (1 )

Le présent livre sera divisé en deux par


ties.
La première contiendra des prophéties et
révélations que nous donnons en latin .
La seconde et dernière partie sera en idiome
français , que nous avons préféré à la langue
latine , à cause des difficultés que nous eus
sions rencontrées dans la composition des
termes .
Dieu est mon espoir .

(1) Toutes ces citations de l'Ecriture et les lignes sui


vantes faisaient partie du titre de la première édition.
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PRÉFACE

DE CETTE ÉDITION .

Encore des prédictions diront quelques es


prits forts ; oui prédictions ! Prédictions de l'an
800 , 700 , etmême 500 et le tout contenu dans
un livre qui date des premiers temps de l'impri
merie( 1524 ),mais il en est de plus anciennes en
core , il en est qui se sont réalisées , et que les
esprits forts du vieux temps , car il avait les siens,
n'ont cru ni ayant ni après l'accomplissement !
Ah ! la première date de la chute de l'homme ;
à cet instant la rédemption lui fut annoncé ,
la prophétie s'est réalisée sur la croix , il y a dix
huit cents ans, et chaque jour , l'accomplisse
ment nouveau la redit aux ames crédules ,
comme aux philosophes superbes! Chaque jour
on le renie dans nos temples ; mais chaque jour
aussi , la foi porte au Seigneur qui en est l'ac
complissement. Les adorations des cours purs ,
et les feux des ames fidèles !
On dira : Les prédictions du liber mirabi
lis ne se sont pas toutes accomplies , et ne
méritent pas une croyance semblable à celles
annoncées de la bouche même de Dieu . Je le
sais , et suis bien in de vouloir faire entr'elles
le moindre rapprochement. Mais je l'ai déjà dit
II

ailleurs : « N'est- il pas possible que quelques


traits d'une lumière céleste frappent quelques
ames privilégiées ; qu'instruites de l'avenir elles
disent aux hommes leurs inspirations divines,
dans l'espoir que leur révélation tournera à la
gloire de Dieu ? Oui , sans doute , j'en ai la cer
titude par celles quisont accomplies ; et pour
moi , celle qui ne se sont pas réalisées , ne me
sont pas démontrées fausses. Niniye en pleurs
n'a -t- elle pas apaisé la justice de Dieu ; cet
exemple de la miséricorde divine n'a -t -il pu se
renouveler pour des siècles moins reculés ?
Cependant le Liber mirabilis sera le sujet, je
n'en doute pas , d'une foule d'objections mal
veillantes , je crois les avoir toutes prévues ; une
seule a fixémon attention , parce qu'elle seule
a effrayé ma conscience : c'est celle qui aurait
pour but de me reprocher comme une faute
grave la réimpression d'un livre mis à l'index.
Celle -ci est juste et peut être faite par les hom
mes les plus religieux , c'est pour eux , o'est pour
moi , c'est pour la paix de tous, que j'ai cru
devoir confier la révision de ce livre à un homme
plein de sagesse et d'érudition , afin qu'il en
retranchat ce qui avait pu attirer la condamna
tion de Rome. Cette tâche a ' été remplie
avec scrupule , et j'aime à croire que le Liber
mirabilis ne grossira plus désormais l'index. Ce
ne sont point , je présume, les prédictions qui
ont été condamnées , mais quelques expres
III

sions , quelques phrases souvent beaucoup trop


libres , ce sont ces expressions, ce sont ces
phrases , peu intéressantes en elle -mêmes qui
ont été souvent corrigées , et plus souvent en
core supprimées dans cette édition . " ,
Cependant, il faut l'avouer , le peuple qui
cherche son bonheur , je ne dirai pas précisé
ment dans des prédictions aussi confuses que
celles du Liber mirabilis , mais dans un avenir
qui peut- être ne sera pas pour lui , est un peu
ple malade. Ce n'est que le malaise du présent,
l'inquiétude de l'avenir , qui lui fait porter un
eil avide les siècles futurs ; pour un jour
dans ce monde, l'homme semble y chercher
son éternité ! il ne voit pas qu'aux temps qu'il
cherche à deviner, ce qu'il y a de pis dans la
plus effrayante prédiction sera réalisée par lui.
La mort amène chaque jour pour quelques uns
cette heure redoutable , la dernière de toutes ,
que l'on cherche dans les prophéties , et que l'on
ne désire connaître que parce que l'on croit
pouvoir l'éviter . La mort , ah ! cette prédiction
est certaine , et à cause de sa certitude soyons,
selon l'expression d'un auteur (1 ) presque con .
temporain du premier éditeur de ce livre ,
soyons toujours botté et prest à partir , en tant
qu'en nous est , et n'oublions pas , c'est encore le
même auteur qui nous l'apprend , que l'un des

( 1) Montaigne.
1V

principaux bienfaits de la vertu c'est le mespris de la


mort. A chaque instant elle passe près de nous,
elle se montre dans la personne d'un parent,
d'un ami, et nous dédaignons de la voir . De
tous temps,on l'a crue , et de tous temps on a
agi comme ne la croyant pas. J'ai montré le
philosephe du seizième siècle la méditant. Écou
tez le poète du même temps la chanter .

Au Dieu ! que malheureux nous sommes !


Ah Dieu ! que de maux en un temps
Offensent la race des hommes !
Semblable aux feuilles du printemps ,
Qui vertes dessus l'arbre croissent ,
Puis elles , l'automne suivant ,
Seiches à terre n'apparoissent
Qu'un jouet remorqué du vent.

Vrayement l'espérance estmeschante


D'un faux masque elle nous déçoit ,
Est tousjours pipant elle enchante
Le pauvre sot qui la reçoit ;
Mais le sage , qui ne se fie
Qu'en la plus seure vérité ,
Sçait que le toutde nostre vie
N'est rien que pure vanité .

Tandis que la crespe jonvence


La fleur des beaux ansnous produit ,
Jamais le jeune enfantne pense
A la vieillesse qui le suit :

(1) Ronsard , né en 1524 , année de la re édition du


Liber Mirabilis .
V

Ne jamais l'homme heureux n'espère


Dese voir tomber en meschef,
Sinon alors que la misère
Desjà luy pend dessus le chef.

Jeme suis peut- être trop appesanti sur ce der


nier instant de notre nature ? J'en demande par
don à mon lecteur; qui qu'il soit , qu'il n'oublie
pas cependant :

Que le toutde nostre vie


N'est rien que pure vanité.

On a pu déjà s'apercevoir , qu'à mes yeux , le


Liber mirabilis, comme prophète, n'est pas d'une
très-haute importance ; mais il me semble ra
cheter ce côté faible : D'abord , par la manière
païve dont il est écrit ; ensuite , par l'idée assez
exacte qu'il nous donne de ce que pensaient
nos pères sur l'astrologie, l'astronomie , la phy
sique. On trouve quelques phrases , où l'on aper
çoit de la recherche , et souvent rien autre cho
se pas , même la pensée de l'auteur. C'est sans
contredit une imperfection ; cependant , je con
nais de nos jours plus d'un métaphysicien qui
ne sont pas plus claires à mes yeux , et pourqui
sans doute , les phrases obscures du Liber mira
bilis ne seront pas difficiles à entendre .
Si je ne craignais m'avancer trop , je dirois
VI

qu'il y a aussi dans ce livre , de la philosophie


de la théologie, du droit, de la physiologie, et un
germe d'une foule de sciences, que le dix -sep
tième siècle a vu naître , que le dix -huitième
a muries , et que (je le crains du moins ) le dix
neuvième verra périr .
Ce qu'il y a de certain , c'est que ces sciences,
au dix et onzième siècles , ne ressemblent guère
à ces mêmes sciences , au dix -neuvième siècle .
On rit en voyant comment en ces vieux jours,
on croyait que se formaient les feux de la terre ,
l'eau des sources , etc. On rit , et peut-être a - t
on tort ; qui nous répond qu'un autre Newton ,
un autre Descartes , ne feront pas que les éco
liers des temps futurs se riront de leurs pères
ou plutôt de la science de leurs pères , avec la
même apparence de justice que nous nous rions
de la science des nôtres ?
Ce qui n'a pas changé, ce qui ne changera
pas , c'est la doctrine catholique, qui souvent
s'aperçoit dans ce livre !La foin'est plus la même,
je le sais et le déplore ; mais les paroles de vie ont
traversé les siècles au milieu demille obstacles, et
elles restent toujours lesmêmes; etces siècles, se
lon moi, accusenthautement ceshommes de nos
jours , quicroient l'Évangile trop vieux, et qui ,
à Dieu lui-même, veulent prescrire des limites.
Je recommande aux lecteurs du Liber mira .
bilis , le petit traité de Jérôme de Ferrare ; c'est
à mon avis ce qu'il y a de plus remarquable
VII

dans ce livre. Cet homme d'un talent que mal


heureusement il se congoissoit , doué d'une
imagination ardente, a des tableaux remplis de
poésies , écrit avec une élégance qu'on ne re
trouve nulle part ailleurs dans cet ouvrage. Il a
fait ou cru faire des prédictions ; les objections
qui lui sont adressées à ce sujet par l'esprit ten
tateur qu'il fait intervenir , sont celles qui se
font encore de nos jours , et je ne crois pas
qu'on puisse les réfuter d'unemanière plus vic
torieuse que Jérôme de Ferrare .
Un tel genie devoit embrasser beaucoup ; il
ne s'est pas contenté de prêcher des prédic
tions , il a fait des réformes monastiques , et a
contribué à des réformes politiques . De son temps
comme du nôtre , on cherchait ce qu'on cher
chera long-temps encore , quelle pouvait être la
meilleure forme de gouvernement. Jérome de
Ferrare dit : qu'avec un monarque juste , le
gouvernement absolu est préférable à l'aristo
cratie età la démocratie ; il a pourtant travaille
à établir ce dernier gouvernement à Florence ,
et il y a si bien su tout arranger qu'on ne peut
s'empêcher de regretter qu'un tel homme ne
soit pas né quelques siècles plus tard , peut- être
eut-il transformé nos chaos politiques en une
sage liberté ! Cependant, selon moi , il faut voir
les choses de plus haut que Jérômede Ferrare ,
et je trouve qu'il n'a pas pour lui -même assez
profité du voyage que de son vivant il fit au ciel,
VIII

Mais il faut avouer que la narration qu'il fait de


ce voyage est admirable . Il n'est guère possible
de décrire d'une manière plus brillante la ma
gnificence de la cour céleste , la gloire de ses
bienheureux habitans. C'est en décrivant les
vertus de chacun d'eux , qu'il nous engage à les
pratiquer . Ce n'est pas, en le lisant, la crainte
des châtimens du crime qui nous porte à la
vertu ; mais l'espérance, le désir ardent de par
tager la gloire des plus petits de ceux qui furent
justes sär la terre .
Cependant je dois dire en terminant sur le
petit ouvrage de Jérôme de Ferrare ; qu'il s'est
trop abandonné à son imagination , ses allégo
ries sont trop soutenues , et fatiguent quelque
fois l'attention du lecteur.
Quant à la partie gauloise du Liber mirabilis,
i’expresssion et la structure des phrases sont si
différentes de celles de nos jours , que l'on se
fait difficilement à ce jargon quelquefois risible
et souvent inintelligible pour qui n'en a pas fait
une étude particulière . En celuy temps sera dedans
Ilalye un sergent de nostre Seigneur Jésus-Christ
qui sera extrait de Gaulle , lit- on , page 381. Cette
deuxième partie renferme une foule de phrases
aussi bizarres que celle- ci..
Peut-être cela tient- il à la nature de ce livre ;
mais on trouve dans son style toute la rudesse
:

du siècle de Marot : dénué des charmes de cette


vieille littérature , point de ces expressions qui
figuroient quelquefois une phrase de nos jours,
et dont notre langue est maintenant appauvrie .
Point de ces echevelet , æuillet , petiot , frémant ,
enfantelet et autres mignardises qui convenaient
si bien au langage du caur , à l'aide desquelles
Clotilde de Surville chanta d'une manière si
naive et si touchante la joie et les inquiétudes
de l'amour maternel , et qui donne à nos pre
miers poëtes un air de simplicité si bien en har
monie avec les meurs de ces vieux temps.
Plusieurs personnes attribuent tout ou partie
du Liber mirabilis à saint Césaire ; quant à moi
j'avoue qu'il m'a été impossible de m'assurer
quels sont les véritables auteurs des pièces ano
nimes de ce livre : Je ne pense pas qu'il y en ait
de saint Césaire , mort (1 ) près de mille ans
ayant son impression . Quoi qu'il en soit , en gé
néral la lecture de cet ouvrage intéresse , mais
je dois le dire , son plus grand mérite ressort de
son antiquité.
E. BRICON .

(1) En 542.
www wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww

Nous avons cru devoir ajouter une table à


cette édition ; nous donnons aussi l'explication
de quelques mots gaulois de la deuxièmepartie.
Nous aurions voulu citer tousceux dont le sens
est difficile à saisir , mais il en est pour les

quels nous aurions craint de nous tromper ;


peut- être mêmen'avons-nous pas parfaitement
interprêté quelques-uns des suivans.
Ainz . Mais .
Appertement. - Ouvertement
Collée. — Défaite , châtiment.
Crotte . Grotle.
Dégloutissant. — Dévorant.
Déguerpier. - Perdre.
Demeuseureusement. - Démesurément.
Embleront. -- Refuseront.
Enluminé. --Eclairé.
Eogin . Etre.
Failloient. - Manquoient.
Fors.-Hors.
Issy . Sortit.
Maulgreront. — Insulteront.
Merci. -Grâce .
Moult . Beaucoup
Nuble . Brouillard.
Piteuse. Touchante .
Sinon . Que.
Sourdra . -- Naîtra , s'élèvera .
Terrienne . - Terrestre .
Ystra . Sortira ,
COURTE PRÉFACE

DE L'AUTEUR .

On verra facilement en parcourant ces pro


phéties et révélations , qu'un grand pontife ,
d'une éclatante sainteté , doit bientôt paraître
au religieux royaume de France ; établir , sous
les auspicesdu Seigneur , la paix entre tous les
chrétiens, réformer les habitudes des hommes
( et surtout de ceux voués aux choses saintes ),
réparer ainsi l'injure du temps , peut-être porn
ter cette même réforme avec ardeur dans la
Palestine ( appelée sainte dans les lettres sa -
crées ) etdans la Grèce. Telle sera la mission
de ce pontife . Il éclairera , des lumières de la
vérité , les Turcs et beaucoup d'autresnations ;
en un mot, tout les peuples qui abhorrent le
christianisme. A lui obéiront tous les rois ,
savoir : le roi de Jérusalem , le roi d'Angle
terre , le roi de Sicile , le roi de Castille , le roi
d'Espagne , le roi de Léon , le roide Portugal,
le roi d'Aragon , le roi de Navarre , le roi de
la Dacie , le roi de Béolie , le roi d'Arménie ,
le roi de Cordoue , le roi de Chypre , le roi de
Sardonie , le roi de Lonachie , le roi d'Uvya
II

nie , le roi d'Urchonie , le roi de Novarchie ,


le roi de Roloncie , le roi de Bretagne , le roi
de Majorque , le roi d'Ecosse , le roi de Polo
gne : et sur les côtes d'Asie , le roi de Latha
lis , le roi de Tharsis , le roi de Lorasine , le roi
de Lenfanie , le roi des Indous , le roi des Per
ses , le roi des Mèdes , le roi des Parthes , le roi
de Géorgie , le roi de Mésopolámie , le roi des
Turcs , le roi de Syrie , le roide Cappadoce :
et sur les bords Africains , le roi d'Ethiopie ,
le roi de Lybie , le roi d'Égypte , le roi d'Ara
bie , le roi de Judée ; enfin , sur les frontières
de l'Europe, le roi de Thessalie , le roi de Ma
cédoine , le roi de Thrace , le roi de Syrie , le
roi de Mauritanie , le roi de l'Inde , ainsi qu'une
foule d'autres rois , chefs et princes.
Au - dessus de tous les rois de la terre , bril

lera le roi des Gaules , de tous les princes , le


plus religieux , comblé des bénédictions non
seulement humaines , mais divines , ce qu'il est
facile de prouver par plusieurs raisons.
La première : Parce qu'un ange , descendu
d'en haut, a apporté et donné au bienheureux
Remi la fiole , pleine d'un baume divin (qu'on
appelle la sainte Ampoule ) , dont est , d'ordi
naire , oint le roi des Gaules .
Laseconde:Parce que par l'intermédiaire d'un
messager céleste , le maitre de l'Olympe a dai
III

gné changer les insignes du roi des Gaules en


insignes bien supérieures : les fleurs du lys.
La troisième: Parce qu'il a été donné à ce
roi par le meilleur et le plus puissant des rois,
de faire des miracles , par exemple de guérir
cette maladie que les Gaulois appellent les
écrouelles.

La qualrième : A cause de la divine récep


tion de cet étendard que l'on appelle l'oriflam
me, ou le drapeau sacré.
La cinquième: Parce que plusieurs rois des
Francs ont laissé , au lit de mort , des signes
édifians de leur béatitude , qui les ont fait ca
noniser.

La sixième: Parce que les rois des Français


ont plus d'une fois , sans ostentation , rétabli
sur leur siége sacré des souverains pontifes qui
en avaient été expulsés.
La'septième: Parce que le Roi des rois, à la
vue d'un roi des Français , pressé de toutes
parts par ses ennemis , accablé par le nombre
et n'ayant pour ainsi dire plus de ressource
humaine , a daigné lui envoyer des secours
puissans , ce que tout le monde a pu voir l'an
du Seigneur 1425 , alors que les Anglais furent
battus par une jeune fille de vingt ans, condui
sant les Français à la victoire .
IV

Je passe ici, pour être bref , bien d'autres


causes de cette prédilection divine , pour les
fois de France .

FIN DE LA PRÉFACE .
PROPHÉTIES

ET RÉVÉLATIONS.

Livre de Bèmechobus , évêque etmartyr du Christ , tra


duit , par ses soins, de l'hébreu et du grec en latin ;
traitant du commencement du monde , dès royaumes,
des nations et de la fin des siècles , et loué par le très
illustre et bienheureux Jérômedans ses opuscules.

C'est à savoir , très - chers frères, que, dans le


principe , Dieu créa le ciel et la terre , ainsi
que toutes choses ; Dieu fit l'homme et la
femme à son image. Il les plaça dans le
paradis, et les nomma Adam et Ève. Trom
pés par la ruse du serpent , ils furent chas
sés du paradis . Trente ans après celte ex
pulsion , ils engendrèrent Caïn , leur pre
mier né , et sa seur Delbora. La centième
année de la vie d'Adam , Caïn mit la main sur
son frère Abel et le lua . L'an 330me de la vie
d'Adam , il lui naquit un fils nommé Seth ,
comme lui , d'une taille colossale et gigantes
1
2
que. Après quoi, Adam et Ève eurent encore
des enfans. La 600me année de la vie d'A
dam , les fils de Caïn commencèrent à abu
ser des épouses de leurs frères. Adam élait
parvenu à sa 800me année , quand, de toutes
parts , sur la terre , débordèrent les iniquités et
les excès des enfans de Caïn . L'an 930 , Adam
mourut et fut enseveli sur l'Ébron , dans le
premier miHésime du monde.
Alors eut lieu la séparation de la famille de
Seth d'avec la génération de Caïn . Seth em
mena sa famille du côté de l'Orient, vers une
montagne proche du paradis. Caïn et ses en
fans continuèrent à habiter l'endroit où avait
été commis l'odieux fratricide , c'est - à - dire
dans l'Inde : dans ce lieu de délices, Caïn ba
tit une ville qu'on appela Effrem , ce qui fut
fait avant le déluge .
La soixantième année de Jareih , dans le se
cond millésime du monde , parurentdes hom -
mes de la race de Cain , qui inventèrent des
arts et se livrèrent aux maléfices et aux impu
relés. C'étaient Obal et Tobal , fils de Launeth
l'aveugle qui lua Caïn. Les premiers ; ils surent
travailler le fer , et amollir l'airain , l'or et
l'argent ; enfin ils trouvèrent une foule d'aris
et la musique même.
Cependant l'immoralité et la inalice deshom
3

mes commençoient à devenir de plus en plus


profondes , et à s'étendre sur la terre. Nous ar
rivons à des tenips où nous devrons garder le
silence sur bien des iniquités.
Alors les enfans de Dieu coururent après les
filles des hommes , et le Seigneur dans sa dou
leur et son courroux dit : Je me repents d'a
voir fait l'homme sur la terre ; mon esprit ne
demeurera pas à toujours sur l'homme , parce
qu'il est de chair .
Les enfans de Dieu , abusant des filles des
hommes , enfantèrent des géans, race la plus
atroce qui eût jamais peuplé la terre, C'est
alors que Dieu ordonna à Noé de se construire
une arche , pour emmener son épouse et ses
trois fils avec leurs femmes , seuls êtres qui
dussent être sauvés , par l'arche, de l'inonda
tion du déluge qui se fit sur toute la face de la
terre . Noé prit de chaque espèce d'animaux ,
oiseaux et quadrupèdes , un couple , et les fit
entrer dans son arche.
Dans sa 601me année , Noé sortit de son ar
che avec tout ce qui y étoit entré avec lui ; il
offrit à Dieu un holocauste et bénit ses enfans.
La 612me année de la vie de Noé , troisième
millésime du monde , il commença à rebatir ,
et ces nouvelles possessions furent appelées
Tanon , à cause du nombre d'individus échap
4
pés dans l'arche , c'est-à-dire huit . Noé eut un
fils qu'il appela Jonitus , à qui, l'an 8ome de
puis le déluge , il donna la terra de Locham ,
c'est- à -dire l'Orient. Noé mourut dans les do
maines de son fils Jonitus. Après sa mort , ar
rivée dans le troisièmemillésimedu monde, ses
fils descendirent sur la terre de Sennaar et
commencèrent à y bâtir une tour dont le faite
devoit toucher au ciel. C'est alors que Dieu ,
dans sa colère , divisa ceux qui avaient entre
pris ce colossal ouvrage ; ils furent dispersés
sur loule la surface de la terre. Jonitus, fils
de Noé , entra dans la terre de Locham , c'est
à - dire l'Orient, où se lève le soleil , il l'habita
et reçut de Dieu le don de la science et de l'a
stronomie , et il fut inilié à tous les secrets du
ciel. Sem , fils de Noé , reçut la terre d'Asie
jusqu'à l'Occident , et Japhet s'avança au Nord
jusqu'à l'Océan . Ainsi fut partagée entr'eux
toute la terre . Jonitus, fils de Noé , éleva Nem
broth , homme gigantesque et robuste chas
seur. Ce Nembroth , après le déluge, bâtit une
ville quifut appelée Babylone :ainsi, l'an 700mo
du troisièmemillésimedu monde, fut construite
la grande Babylone; après quoi les fils de
Cham se firent un roi qu'ils appelèrent Potu
bus , à cause qu'il occupoit le Pont. Les fils
de Japhet envoyèrent à Jonitus des artistes
5

et des architecles qui construisirent , dans les


domaines de ce dernier, une cité qui eut nom
Jonita. La paix avait, jusque là , régné entre
Nembroth et les enfans de Cham ; ils prirent de
l'aigreur les uns contre les autres. Jonitus
ayant appris cette désunion , écrivit à Nem
broth qui réguait à Babylone . « Il est écrit que
le royaume des fils de Japhet doit renverser
celui des fils de Cham . Ainsi la terre , dans le
cours du troisième millésime du monde , vit
se succéder les combats et les luttes de royau
me à royaume, jusqu'à ce que la race de Cham
fut vaincue par celle de Nembroth qui régna
jusqu'au temps du roi de Luciseresde. Tous les
enfans de Cham furent tour à tour vaincus , et

ceux qui habitaient la Palestine, et ceux qui vi


vaient aux plages africaines. Le roi Leresdes ,
vainqueur de tous ces occidentaux , enfanta le
roi Lusdro. Les enfans de Cham parvinrent à
réunir des fantassins en grand nombre ; alors
Lusdro , traversant le fleuve du Tigre , lança
contre eux son armée avec ses éléphans; tous
périrent jusqu'au dernier.
Au milieu de ces guerres sanglantes , dans le
cinquième millésime du monde , le roi Sami
sab descend de la terre de Locham à la tête d'une

armée formidable , et ravage une foule de ci


tés. Il arrive, au milieu des ruines , au troisième
6

royaume des Indous. De retour de l'Inde , il


vient en Arabie , traverse le désert de Sabaab ,
dans la terre des Ismaélites , et y établit son
camp. Vaincu par les Sarrasins , le roi Sami
sab s'enfuit à son tour,laissant morts un grand
nombre des siens. Alors, pour la première fois,
les enfans d'Ismaël,marchant au combat , fou
lèrent le sol des nations. Leurs camps renfer
moient d'immenses multitudes. Armés contre
la terre orientale , ils en désolèrent les villes,
Ils se bâtirent des vaisseaux , el arrivés aux por
tes de Ronie , ils régnaient sur la terre. A cette
époque , les hommes se nourrissoient de corps
immondes , inangeoient de la chair de cha
mcaux , dont ils buvoient le sang mêlé à du
lait de chamelles. Ils choisirent entre eux quatre
princes , Oreb , Zeb ,Zebec et Salmana . Quand
ils eurent marché contre les fils d'Israël , Dieu
les livra au bras de Jédéon , fils de l'hébreu
Joar. Alors périrent leurs princes , et Jédéon
les mit en fuite et les poursuivit jusque dans
leur patrie. Ainsi Dieu délivra les fils d'Israël
de l'esclavage des enfans d'Ismaël. Ceux-ci re
nouvelleront cependant leur entreprise , ils dé
truiront la terre , envahiront le globe du Le
vant à l'Occident, du Midi au Nord , jusqu'à
Rome. Leur joug pèsera avec force sur la têle
des peuples. Il n'y aura pas une nation , pas un
7
royaume qui puisse lutter contre eux , jusqu'à
l'accomplissement des temps. Alors seulement
ils-seront vaincus par les chrétiens : et l'empire
romain , à son tour, subjuguera les enfans d’Is
maël. L'empireromain dominera fièrement au
dessus de toutes lesnations ,lorsqu'il aura brisé
ces profanes. Les Hébreux , après avoir régné
nombre d'années,n'ont-ils pas aussi été vaincus
par les Romains ? Quatre mille ans, les Babylo
niens ont régné, et Rome les a vaincus. Victo
rieuse de la Macédoine, et subjugnant à main
armée les Scythes , Rome a vu tomber tour à
tour à ses pieds , Africains , Espagnols , Gau
lois , Germains , Suèves et Bretons.
Alors les fils d'Ismaël, quittant de nouveau
leurs déserts , tiendront, seuls, têle à l'empire
romain ; c'est ce qu'entend l'Écriture par ces
mots : les bras Australiens, dont a parlé Da
niel , prévoyant ces événemens.
Cette nouvelle invasion des Ismaélites sera
un châtiment sans mesure et sans 'merci. Le
Seigneur livrera toutes les nations dans leurs
mains, à cause des transgressions que nous
avons commises contre ses lois . C'est pourquoi
Dieu nous a livrés au bras des barbares , parce
que nousavons oublié ses préceptes divins. Car
les chrétiens se livreront à une foule d'actes
illicites et se souillerontdes turpitudes les plus
8

infâmes , et c'est pour cela que le Seigneur les


a livrés dans les mains des Sarrasins. La Cap
padoce, la Licilie, la terre de Syrie, en proie à
la dévastation , deviendront un désert ; leurs
habitans seront trainés en captivité , d'autres
périront par le glaive . Lemassacre et la capti
vité attendent la Grèce . L'Afrique sera déso
lée , les Égyptiens , les Orientaux et l'Asie de
viendront tributaires d'or et d'argent. L'Espa
gne périra par le glaive . La France , l'Allema
gne et la Gothie , dévorées de mille fléaux, se
verront enlever une foule de leurs habitans.
Les Romains seront tués ou mis en fuite ; et
poursuivant leurs ennemis jusque dans les iles
de la mer , les fils d'Ismaël envahiront à la fois
le Nord et l'Orient , le Midi et l'Occident. Jé
rusalem régorgera des captifs de toutes les na
tions qui seront sous leur joug , et leurs tribu
taires. Tous les trésors et tous les ornemens
des églises , soit en or , soit en argent, soit en
pierres précieuses, deviendront leur propriété ;
la désolation sera grande, les églises incendiées ,
et les dépouilles des fidèles jetées là où nulne
se trouvera pour les ensevelir. Le chemin des
Sarrasins s'étendra de la mer à la mer : et pour
les pays , plus de route : Leur seule voie s'ap
pelera la voie des douleurs, que parcourront
avec la même affliction , en gémissant, égale
9
ment, pauvrescommeriches. Bienheureux ceux
qui nous ont donné des lumières. Saint Paul
l'avait bien prévu !
Ainsi toute la terre sera livrée aux enfans
d’Ismaël, qui promèneront à leur suite la dis
solution . C'est pourquoi le Seigneur a appelé
Ismaël , leur père , Instrument de guerre ; et
beaucoup de cilés seront désolées , car les fils
du désert viendront, et ce ne sont pas des hom
mes, mais des êtres odieux aux hommes . On
les verra passer au fil de l'épée même les fem
mes enceintes , et immoler les prêtres dans
le sanctaaire. Ils profanerontles églises en y
cohabitant avec des femmes , et ils se revêti
ront, eux et leurs épouses, des ornemens sacrés.
Ils attacheront leurs chevaux à la tombe des fi
dèles comme après un arbuste. Ce sera , parmi
les chrétiens qui habitent la terre , une tribula
tion générale.
C'est alors qu'on distinguera parfaitement
ceux qui croiront fermement au Seigneur. Car
le Seigneur n'enverra pas ces tribulations aux
chrétiens pour faire périr les justes et les
croyans ; mais afin de voir sûrement les
croyans les plus fidèles : car la vérité l'a dit
elle -même: Vous serez heureux lorsqu'on vous
poursuivra à cause de mon nom ; et en effet les
prophètes qui nous ont précédés , ont été de
Іо
même perséculés , or quiconque persévèrera
jusqu'à la fin sera sauvé.
Mais , après ces jours de tribulation , quand
les fils d’Ismaël , vêtus d’habits resplendis
sants de pourpre et d'or , et comme des fian
cés, se glorifierontdeleurs victoires obtenues ,
de toutes parts , sur les chrétiens qui n'auront
pu se soustraire à leurs bras , et diront: Voilà
que dans notre force nous avons vaincu la
lerre et tous ceux qui l'habitent ; alors le Sei
gneur Dieu se rappellera, dans sa miséricorde ,
sa promesse à ceux qui l'adorent, à ceux qui
croiront au Christ , et il les délivrera du joug
des Sarrazins.
Il surgira de la Gaule un peuple de chré
tiens qui leur livrera bataille , les percera avec
le glaive , emmènera leurs femmes captives ,
et massacrera leurs enfants. A leur tour ,
les fils d'Ismaël rencontreront et le glaive et
la tribulation . Et le Seigneur leur rendra le
mal qu'ils auront fait , dans une proportion
sept fois plus grande. Le Seigneur les livrera
au bras des chrétiens dont l'empire sera élevé
au-dessus de tous les empires. Le joug que les
chrétiens leur imposeront sera dur , et ceux
qui resteront seront esclaves. La terre , na
guère désolée par eux , sera alors pacifiée. Les
prisonniers qu'ils avaient fait reverront leur
II

patrie , et la population croitra et se multi


pliera .
Le roi des Roinains montrera une grande
indignation contre ceux qui auront renié le
Christ en Égypte ou en Arabie. La paix et
la tranquillité renaîtront sur la terre , paix
comme il n'y en aura jamais eu , comme il
n'y en aura jamais : le bonheur et l'allé
gresse seront partout. Le monde se reposera
de ses tribulations. Ce sera là la paix dont
l'Apôtre a dit : Lorsque la tranquillité sera
faite , il у aura une mortalité soudaine : les
hommes seront , comme ils élaient aux
jours de Noé , mangeant et buvant , et faisant
des fiançailles : la crainte sera bannie de leurs
cours.
Au milieu de ce calme, il sortira tout à coup
du nord avec Gog et Magoy une nation qui
fera trembler tout l'univers. Tous les hommes
épouvantés se cacheront dans lesmonts , dans
les rochers pour fuir leur présence . Ils ne
sont pas de la race des Japheth . Fléau du
Nord , ils dévoreront la chair humaine et les
serpens, les femmes et les petits enfans. Nul
ne pourra leur tenir tête . Sept ans après ,
quand ils aurontpris la ville de Josephe, le Sei
gneur enverra contre eux un de ses princes, et,
dans un seulmoment, les frappera du feu de
12

la foudre : l'empereur de Grèce viendra et


règnera à Jérusalem sept années. C'est alors
qu'apparaitra l'enfantde la perdition , l’ante
christ. Il naitra dans Lorozain , sera élevé à
Bethsaïda , et régoera à Capharaaum , comme
le Seigneur l'a dit dans l'Évangile : Malheur à
toi , Lorozaï ; malheur à toi, Bethzaïda ; mal
heur à toi , Capharnaum , si ton exaltation
monte jusqu'au Ciel , car tu descendras jus
qu'à l'enfer. Ensuite le roi des Romains et des
Grecs montera à Golgotha , où le Seigneur a
daigné souffrir pour nous le supplice de la
croix . Le roi des Romains ôtera sa couronne ,
puis la posera sur la tête du Christ, élèvera ses
mains au Ciel , et rendra son âme au Seigneur ,
le roides chrétiens ; alors paraîtra dans le ciel
le signe de la croix ; l'enfant de la perdition
viendra à son tour , pensant qu'il est Dieu. Il
fera sur la terre mille prodiges. Par lui les
aveugles verront, les boiteux marcheront, les
sourds entendront, lesmorts ressusciteront, tel
fement que , s'il est possible , les élus eux -mê.
mes y seronttrompés. Il entrera à Jérusalem ,
et s'asseoira dans le temple , comine s'il était le
Fils de Dieu , et son cæur , enivré d'orgueil , ou -
bliera qu'il est fils d'un homme et d'une femme
de la tribu de Dan ; trompeur et faux , il se
duira , par ses prestiges, beaucoup de crédules.
13

Alors Dieu enverra deux de ses plus fidèles


serviteurs , Énoch et Hélie , conservés pour
lui servir en témoignage contre son ennemi.
Alors , seront les derniers , les premiers qui
croiront à Juda. Hélie et Enoch l'attaque
ront, à la face de tout le peuple , et le con
vaincront d'imposture et de fausseté. Les
Juifs alors de toules les tribus d'Israel croi
ront et seront lués pour le Christ. L'anté
christ , saisi de rage , ordonnera la mort des
saints de Dieu , et de ceux qui auront ajouté
foi à leurs paroles. Alors viendra le Fils de Dieu
en personne, notre Seigneur Jésus-Christ, por
té sur les nuages célestes, environné de légions
d'anges et de gloire céleste : aussitôt ils met
tront à mort l'antéchrist , la bête , l'ennemi ,
le séducteur, et ceux qui lui auront prêté
leur appui. Ici ce sera la consommation des
temps, et le jugement commencera devant des
milliers d'anges et des centaines de milliers
d'archanges et de séraphins. Lessaints, les pa
triarches , les prophèles , lesmartyrs , les con
fesseurs , les vierges et tous les saints ensem
ble seront grouppés autour du Christ. Là ,
justes et pécheurs rendront , en présence du
Seigneur , compte de leurs actions. Les justes
seront séparés des impies. Les justes, radieux
comme le soleil, suivront l'agneau de vie et le
14
Roi du ciel, dont l'éclat leur sera toujours vi
sible , et dans la société de qui ils demeureront
à toujours. Les impies descendront dans l'en
fer avec la bête. Les justes vivront dans l'é
ternité , et seront sans fin glorifiés avec le Roi
du Ciel , tandis que les impies souffriront sans
fin . Daigne le Seigneur nous sauver d'un
pareil sort ! Le Seigneur qui vit dans tous les
siècles des siècles. Amen .

Vous trouverez cette prophétie sous les trois


lettres 0,0,0 . Bibliothèque du divin Victor ,
académie de Paris, dans le très -noble royaume
de France.

LA SIBYLLE COMMENCE SA PROPHÉTIE .

On appelle sibylles les femmes grecques


qui , prophétisant , et interprétant les volontés
divines , avaient coutume d'annoncer aux
hommes les événemens futurs. Les plus doc
les auteurs disent qu'il a existé des sibylles au
nombre de dix. La première était la sibylle de
Perse ; la seconde celle de Lybie ; la troisième,
de Delphes , qui prédisait l'avenir avant la
15

guerre de Troie ; la quatrième, de Cumes, en


Italie ; la cinquième, d'Érithrée en Babylonie,
appelée Érithrés, du nom de l'ile où ses chants
se faisaient entendre ; la sixième était la si
* bylle samienne , de l'île de Samos ; la septième,
d'Amalthée. Elle était née en Syrie ; son père
était Manassé et sa mère Papilie : elle vint de
là à Gumes.
La huitième était celle d'Hellespont ; la neu
vième,de Phrygie; la dixième,de Tibur en grec ,
les latins disent, d’Abulnie . Les prophéties de
cette dernière contiennent une foule de choses
sur le Seigneur et sur son Christ.Cette Sibylle,
dont nous venons de dire le double nom , grec
et latin , dut le jour au roi Priam et à Hécube :
c'était Cassandre , qu'Enée emmena de Troie.
Elle parcourut diverses parties de l'orient, et
rendit ses oracles en Asie , en Macédoine ,
en Licilie , en Pamphilie , en Gallicie; puis ,
après avoir annoncé l'avenir à cette partie
du monde , elle passa dans l'Égypte
, l'Éthio
pie , la Babylonie , l’Afrique , la Lybie , la
Pentapolis ", la Mauritanie. Dans tous ces
lieux, inspirée par un prophétique esprit, elle
annonça aux bons du bien , aux méchans des
malheurs. Nous savons que , dans ses pa
.
roles, elle a dit des vérités , et annoncé ce
qui devait arriver dans les temps les plus re
16

culés. Les princes romains , enlendant parler


de cette prophétesse , en parlèrent à leur tour
en présence de Tarquin , empereur troyen et
romaia . Ce Tarquia , septième du nom , vivait
au temps de Nabuchodonosor. L'empereur,
envoyant des députés à la sibylle , la fit amener
à Rome , avec les plus grands honneurs. Cent
hommes du sénat romain avaient fait , la même
nuit , le même songe. Il leur sembla voir quasi
neufsoleils dans le ciel , qui, séparément , con
tenaient en chacun d'eux diverses configura
tions. Le premier soleil , brillant, éclairait la
lerre de ses feux ; le second , plus resplendis
sant , répandait une clarté aérienne ; le troi
sième , coloré d'un rouge de sang , lançait des
feux terribles ; le quatrième semblait tout en
sanglanté ; le cinquième , rouge aussi , était
un peu obscurci: c'était comme une lampe au
milieu des ténèbres ; le sixième était tout à
fait obscur : on y distinguait comme un dard
de scorpion ; le septième, pourpré comme les
précédens, avait un glaive au milieu de son
disque effrayant; sur le huitième se dévelop
pait comme un bandeau rouge ; le neuvième
était sombre , il ne s'en échappait que de fai
bles rayons.

Quand la sibylle fit son entrée dans Rome ,


les citoyens admirèrent sa rare beauté. Son vi
17
sage charmant , sa taille pleine de grâce , son
élocution facile , la beauté répandue sur toute
sa personne , prévenaient ses auditeurs en sa
faveur. Les sénateurs qui avaient eu la vision ,
s'approchèrent d'elle et lui dirent :
Princesse , ô toi qui,dans la personne, réunis
plus de charmes que nous n'en admirâmes ja
mais dans aucune créature , nous te prions de
nous dire ce que présage le songe qui nous est
apparu simultanément à tous, la mêmenuit. La
sibylle leur répondit en souriant : Il n'est pas
convenable d'expliquer les visions des hommes
dans un lieu plein d'immondices et souillé par
divers combats ; mais venez , gravissons un
mont, et là je vous dirai ce qui doit arriver
aux Romains. Ils firent ce qu'elle demandait, et
quand ils furent sur la montagne , elle les pria
de lui raconter ce qu'ils avaient vu . Elle leur
dit ensuite : Les neuf soleils que vous avez vus,
désignent toutes les générations qui doivent se
succéder. De même que ces soleils différaient
entr'eux , demêmeaussi ces générations se suc
cèderont, sans se ressembler. Le premier soleil
représente la première génération . Ce seront
des hommes simples, lucides, aimant la liberté,
véridiques , doux et bienfaisans , consolateurs
des pauvres.
La deuxième génération , annoncée par le
18

deuxième soleil , se composera d'hommes vi


vant dans le luxe , se multipliant, vénérant
Dieu . Troisième génération , troisième so
leil. Les nations se lèveront contre les na
tions , il y aura force batailles dans Rome.
Quatrième soleil , quatrième génération . Ce
seront des hommes qui nieront la vérité ; dans
ce temps il naitra de la race des Hébreux une
femme appelée Marie , qui sera fiancée à un
homme nommé Joseph . Il naitra d'elle , sans
cohabitation humaine , un fils qui aura nom
Jésus. Sa mère sera vierge après l'enfante
ment, comme avant. Celui quinaîtra d'elle sera
un vrai Dieu et vrai homme , comme l'ont an
noncé tous les prophètes , il remplira la loi
des Hébreux , et son règne durera dans les siè
cles des siècles. Des légions d'anges se précipi
tant autourde lui, et, à sa droite et à sa gauche ,
diront en cheur : Gloria in excelsis Deo , et in
torrå pax hominibus bonæ voluntatis.Une voix
d'en haut viendra qui dira : Celui-ci est mon
fils bien aimé, dans lequel je me suis complu .
Or, il y avait parmi les auditeurs de la si
bylle , des prêtres des Hébreux qui, frémissant
d'indignation en entendant ces paroles , di
rent : Ces paroles sont terribles , silence à cette
princesse . La sibylle leur dit en souriant : ô
Juifs, il est nécessaire que cela arrive pour que
19
vous croyiez . Nous croirons , dirent-ils , parce
qu'il a donné à nos pères sa parole et ses der
nières volontés , et qu'il ne retirera pas sa main
d'avec nous : Elle reprit : Le Dieu du ciel en
gendrera un fils ; ainsi qu'il écrit , ce fils sera
semblable à son père. Enfant , il passera par

tous les âges , et les rois et les princes de la


terre s'élèveront contre lui. Dans ce temps là
le nom de César-Auguste sera célèbre , il rè
gnera à Rome et soumettra tout l'univers à sa
loi. Les prêtres hébreux se rassembleront et se
saisiront de Jésus, qui fera de nombreux mira
cles. On portera des mains coupables sur loi ,
on luidonnera des soufflets et l'on crachera à
son visage sacré. Lui, tendra simplement son
dos aux flagellations et recevra les coups , sans
se plaindre . On lui donnera du fiel pour nour
riture, et de l'absinthe pour boisson . On l'atta :
chera à une croix et on le fera mourir ; et ce
sera en vain , car il ressuscitera le troisième
jour , se montrera à ses disciples , et sous leur
yeux, montera au ciel, où son règne sera sans
fin .

La sibylle reprenant, dit aux sénateurs ro


mains : Cinquième soleil , cinquième généra
tion. Jésus se choisira deux pécheurs de Gali
lée et leur apprendra la loi, leur disant : Allez
et enseignez à toutes les nations la science
20

que je vous aiapprise , et, au moyen du don de


soixante -douze langues ils subjugueront toutes
les nations. Sixième soleil , sixième génération .
On combattra contre cette ville trois ans et six
mois. Septième soleil , septième génération .
Deux rois soulèveront de nombreuses persécu
tions sur la terre des Hébreux . Huitième soleil ,
huitième génération . Rome sera délaissée , les
femmes enceintes pousseront des cris dans
leursdouleurs et diront : Croyez -vous que nous
périrons ! Neuvième soleil , neuvième généra
tion . Les princes romains causeront la ruine
de beaucoup de monde. Alors il viendra de
Syrie deux rois dont les armées seront aussi
innombrables que les grains de sable de la mer .
Ils gagnerontdes villes et des provinces romai
nes jusqu'à la Calcédoine. Il sera versé alors
beaucoup de sang. Lescités et les nalions trem
blerónt, quand paraîtrontdeux rois de l'Égypte
qui combattrontquatre rois et les tueront, ainsi
que toute leur armée. Ils règneront trois ans
six mois. Après eux viendra un autre roi , G.du
nom , puissant dans les batailles , qui règnera
trente ans , élèvera un temple à Dieu , exécu
tera la loi et fera justice sur la terre au nom
du Seigneur. Après lui un autre prince règnera
peu de temps , il sera tué dans le combat et
remplacé par un roi dont le nom commence
21

par H. De H. viendra le roi Audon , de Audon


sortira A., et de A., A., et de ce dernier A. Le
second A. sera éminemment belliqueux . De
lui naitra un prince nommé R., de R. T., qui
comptera .sous sa puissance dix -neuf monar
ques. Après ceux -ci paroîtra un roi de France
nommé R. Il sera grand , puissant et miséri
cordieux, et rendra la justice aux malheureux.
De long-temps on n'aura vu ni l'on verra un
aussi grand roi des Romains que lui. Après lui
viendra un roi nomméL.,puis B.,puis B., et
de B.naitra A., prince belliqueux qui parcour
ra la terre et les mers. Il mourra exilé loin de
son royaume, et son ame passera dans la main
du Seigneur.Alors paraitra un prince nomméV .
Il aura la supériorité sur tous les ennemis ,puis
viendra un nomméO., qui sera puissant, cou
rageux et bon , qui jugera avec justice , puis
un autre 0. aussi puissantque lui. Sous ce der
nier il y aura des guerres entre les chrétiens et
les païens. Le sang des Grecs sera versé, ce
prince rendra son cæur à Dieu après avoir ré
gné sept ans. Il naſtra de lui un prince 0. ,
sanguinaire et cruel , sans foi , sans bonnes
@uvres. Il sera la cause de l'effusion de beau
coup de sang , et les églises seront renversées
dans ses domaines. Dans les autres pays il y
aura de grandes tribulations et de nombreuses
22

guerres. Nations se soulèveront contre nations


dans la Cappadoce. Il régnera quatre ans.
Après lui viendrà un prince H , sous lequel il
y aura beaucoup de guerres. Il fera la guerre
en Samarie et en Syrie et prendra Pentapolis .
Il sera roi de la race des Lombards et sera
remplacé par un monarque Salien , appelé L.
quicombattra les Lombards; courageux , fort et
puissant, ce prince , tant qu'il vivra , sera en
guerre. Son règne sera de courte durée .
Alors sortira de Babylone, un roi , suppôt
de Satan qui, dans son pouvoir infernal ,met
tra les saints à mort , et détruira les églises. Il
y aura alors force guerres et force tribulations.
Les enfans d’Agar s'empareront de Tarente ,
et s'étendant en Apulie , pilleront une foule de
villes. Ils voudront venir à Rome , et nul au
monde ne leur pourra résister , si ce n'est le
Seigneur Dieu . Les Arméniens , poursuivant
le cours de leurs déprédations , s'avanceront
du côté de l'Orient , combattront les Romains ,
et obtiendront, pour un peu de temps, la paix.
Il paraitra alors un roi du sang grec , qui ré
gnera sur Jérusalem . Quarante autels seront
dressés en l'honneur du nom de Dieu. La peste
se répandra sur tous les peuples païens , et un
monarque grec , homine belliqueux , entrera
23

dans Hierapolis , et détruira les temples des


idoles. Desnuéesde sauterelles et une immense
quantité de chenilles dévoréront tous les ar
bres et leurs fruits en Cappadoce et en Sicile,
et les peuples mourront de faim , et il n'en
sera plus question .
Ensuite paraitra un autre monarque Salien ,
nommé L .. , homme fort et belliqueux , contre
qui s'insurgerontplusieurs de ses voisins. Dans
ce temps- là les fils renieront leurs pères, et
les pères leurs fils : le frère livrera son frère
au trépas , et le père son fils ; le frère s'u
nira à la sour , et la terre verra les plus
grands excès se' commettre ..... Les prêtres
prêcheront , comme le dit l'apôtre , mais
non pas d'exemple , et mourront dans l'ini
quité. Des évêques , complices des malfai
teurs , vendront leurs bénédictions , et de nou
veau le sang coulera sur la terre , et les tem

ples sacrés seront profanés. Le peuple coin


mettra d'infâmes fornications, et le crimemême
de la sodomie . Les hommes d'alors seront ra
visseurs , menleurs , infâmes , orgueilleux , en
nemis de la justice, et les juges romains eux
mêmes seront corrompus ; s'ils veulent bien
juger aujourd'hui, un autre jour, leurs dispo
sitions changeront pourde l'argent; si l'un de
24

leurs yeux est bon , l'autre est mauvais : et


pour de l'argent il n'est rien que l'on ne pourra
faire faire à tous les magistrats. Promettant de
faire le bien , ils feront le mal ; la fausseté pré
sidera à leurs sentences. Les hommes seront

cupides et faux , et la vérité disparaitra . Ils


renverront leurs épouses pour en recevoir
d'autres , et s'allierontmême à leurs parentes.
Il y aura en divers endroits un tremblement
de terre . Les cilés et les provinces des insu
laires seront englouties par les flots. A la peste
qui désolera quelques lieux , se joindra la
rage des ennemis , et rien ne pourra les con
soler.
Ensuite viendra un roi , appelé B ... , sous
le règne duquel il y aura nombre de guerres.
Il régnera deux ans, et après lui viendra un ,
prince A ... qui sera long - temps sur le trône.
Il marchera contre Rome et s'en emparera . Le
Seigneur ne le livrera pas pendant sa vie aux
mains de ses ennemis. Il sera bon et grand , et
fera justice aux pauvres. Ilsera de la race des
Lombards. Après lui, sera un autre prince ,
nommé B ... , dont sortiront douze autres B ...
Lombard lui-même , il régnera cent ans.
Il paraitra , après lui , un prince Salien ,
nommé L ... , prince affreux , sous lequel com
menceront des douleurs telles qu'on n'en aura
25

jamais vu pareille série depuis le commence


ment du monde : combats , tribulations , ef
fusion de sang , tremblemens de terre , cités
en captivité . Le Seigneur enverra dans sa
colère un homme, dont nulne pourra secouer

le joug , que le Seigneur lui-même. Les Ro


mains seront battus , et la cité romaine sera
détruite. Les ruines joncheront la terre : ja
mais monarque n'aurai fait telle chose . Cette
ville sera appelée Babylone; ce règne sera de
fer , et Rome sera en proie à la persécution et
au glaive. Les hommes seront cupides , des
potes , durs pour les indigens ,
, oppresseurs ,
injustes , méchans . La résistance , alors , sera
impossible ; mais les Perses , les Macédoniens
et les Grecs , entendant parler de ce tyran ,
formeront une alliance , viendront à Rome,
se saisiront du prince Salien , à qui ils feront
subir une mort cruelle , et Rome brûlée sera
vengée.
Alors surgira en Gaule un roi des Grecs ,
des Francs et des Romains , d'une stature éle
vée , beau de figure ; son corps et ses mem
bres auront les plus belles proportions ; il ré
gnera cent douze ans ; il portera écrit sur son
front : Cet homme doit véritablement venger
le royaume des chrétiens, l'arracher au joug
d'Ismaël, le conquérir sur les Sarrasins ; nul
2
26

des Sarrasins ne pourra dès lors régner . Par


sept fois, il leur fera le plus grand mal, ruinera
toutleur empire , les frappera : après quoi, la
paix régnera chez les chrétiens jusqu'au temps
de l'antechrist. En ce temps -là , les richesses
seront abondantes, la terre produira des fruits
en quantité , si bien que trois boisseaux se
vendront un denier . Leroides Francs , Grecs
et Romains , réclamant pour lui tout l'em
pire des chrétiens , dévaslera toutes les îles
etles cités païennes , renversera les temples de
l'idolâtrie , et appellera lous les païens au bap
tême. La croix sera dressée dans tous les tem
ples , et quiconque ne l'adorera pas , sera

puni par le glaive ; et quand les cent vingt an


nées seront accomplies , les Juifs se converti
ront à Dieu , et son sépulcre sera glorifié de
tous. En ce temps-là Juda sera sauvé ,et Israël
reprendra confiance . Un prince d'iniquité sor
tira alors de la tribu de Dan ; on l'appellera
l'antechrist. Enfant dela perdition , plein d'un
orgueil et d'une malice insensée , il fera şur la
terre une foule de prodiges, pour appuyerl’er
reur , qu'il enseignera : par ses artifices magi
ques , il surprendra la bonne foi de plusieurs
qui verront , à sa voix , le feu descendre du
ciel. Les années s’abrégeront comme lesmois ,
les mois comme des semaines , la semaine
27
comme le jour, et le jour comme l'heure . Du
nord , sortiront les peuples les plus féroces
qu'avait comprimés le roi Alexandre , savoir
Gog et Magog. Ces peuples forment vingt-deux
royaumes , dont la population est aussi nom
breuse que le sable de la mer. Le roi des Ro
mains , quand il verra ces peuples s'avancer ,

.
convoquant ses troupes , les combatira à ou
trance et les taillera en pièces. Il viendra en
suite à Jérusalem , et gravissant le Golgotha ,
y déposera son diadême et toute sa pompe.
royale , et abandonnera son trône à Dieu le
Père et à Jésus-Christ son fils. Il posera la
couronne sur la sainte Croix , et lèvera ses
mains : aussitôt s'élèveront dans le ciel , et la
sainte croix et la couronne royale . Puis le Sei
gneur Jésus-Christ viendra juger le monde ,
et l'empire romain aura cessé d'exister. Alors
l'antechrist se révèlera publiquement ; il s'as
seoira dans la maison du Seigneur , à Jérusa
lem . Pendant son règne , paraitront deux hom
mes illutres , Hélie et Enoch , pour annoncer
la venue du Seigneur. L'antechrist les mettra
à mort , et deux jours après le Seigneur les
ressuscitera. Alors on verra une grande per
sécution , telle qu'il n'y en aura jamais eu et
qu'il n'y en aura jamais. Dieu abrégera , non
la mesure , mais le nombre de ces jours terri
28

bles , le Dieu , dont il est écrit : le jour s'ac


complit par ton ordre. « A cause des élus, par
la vertu du Seigneur , l'antechrist sera tué sur
le mont Olive par Michel : soudain les morts
renaîtront. »
Ainsi la sibylle prédisait aux Romains ce qui
devait arriver ; quand elle vint aux signes qui
devaient accompagner le jugement de Dieu ,
d'une voix de tonnerre , elle fit entendre ces
vers prophétiques :
Au jour du jugement , la terre se couvrira
de sueur ; le roi viendra du ciel, à travers les
siècles. Il viendra , en chair et en personne ,

juger le monde . Incrédules ou fidèles, tous alors


verront le Seigneur , au milieu des légions de
ses saints déjà arrivés au terme de leur course.
Tous paraitront, corps et ames,pour être jugés.
La flamme dévorera à la fois la terre , la mer ,

et le pôle . Les portes du sombre Averne se


briseront. Chacun paraitra à la lumière du
grand jour. Chaque peuple dira des faits
jusque là ignorés ; et le Seigneur saura dévoi
ler à la lumière les secrets des consciences .
Alors commenceront la désolation , et les grin
cemens de dents. Le soleil et les astres per
dront leur éclat , et la lune, sa lumière . Les col
lines s'abaisseront , et les vallons s'élèveront.
Il n'y aura plus sur la terre ni éminence , ni
29
inégalité : car les flots azurés de la mer roule
ront au niveau des monts. Tout cessera d'être ;
la terre brisée périra. Les ondes et les flammes
précipiteront , par torrens , leur course des
tructrice , et du ciel, partira soudain le triste son
des trompeltes. Le globe bouleversé , la terre
s'entr'ouvrant ne seront plus qu'un horrible
chaos , et à la face du Seigneur , comparaîtront
tous les rois de la terre. Une pluie de feu et
de soufre descendra du ciel.
Alors Dieu jugera chacun , selon ses euvres :
les impies iront au supplice éternel , voués pour
toujours, au feu .Les justes recevront la vie éter
nelle ; il y aura un ciel nouveau et une nou
velle terre qui subsisteront éternellement. La
mer cessera d'être , Dieu régnera sur les saints ,
et les saints régneront avec Dieu dans les siè
cles des siècles , amen .

On dit que la sibylle a vécu 362 ans. Telles


sont les révélations qu'elle a faites , en vérité ,
sur la naissance , la passion et la résurrection
du Christ , ainsi que sur sa seconde venue . Si
quelqu'un vcut vérifier et lire , dans le grec ,
les vers , il les trouvera aux mots : Ylos Osoi ,

OWTEP... c'esl-à - dire , Jésus-Christ , fils de Dieu ,


sauveur.
Vous trouverez cette prophétie dans la case
éliquetée des deux lettres PP . , à la bibliothè
30

que du divin Victor , dans la ville de Paris ,dans


le noble royaume des Français.

MWWWWWWWWWWWW www

TRAITÉ SUR L'ANTECHRIST ,

Par le divin Aurelien Augustin , évêque d'Hippone.

Le temps où viendra l'antechrist, et où aura


lieu le jugement, a été indiqué par Paul , dans
l'épitre aux Thessaloniens , dans laquelle il
..

dit : La venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ


sera révélée aux hommes par la naissance et
l'apparition de l'enfant du péché et de la per
dition ; car nous savons que ce dernier paraîtra
après le royaume des Grecs ou même des Per
ses alors qu'un monarque , élevé , en son
temps , par sa puissance et sa gloire , au -des
sus de tous , étendra au loin les limites de l'em
pire romain . Devant lui toutes les nations
abaissées , tous les peuples tributaires , se
:

courberont : et Rome sera à l'apogée de la


puissance . Toutefois l'antechrist , a dit l'apôtre
Paul , ne viendra qu'au moment où il y aura
eu une scission , c'est-à dire où tous les peu
31

ples , naguère sous le joug de Rome , s'en se


ront offranchis et séparés. Et bien que mainte
nant l'empire romain soit , en grande partie ,
détruit , le temps n'est pas venu encore , et
n'arrivera pas , tant qu'existeront les rois des
Français qui doivent régner sur Rome. La di
gnité romaine ne périra pas complètement ,
jusqu'au temps où un roides François gouver
nera l'empire romain tout entier. Monarque le
plus grand qui aura jamais existé , après un
règne plein de bonheur , il viendra jusqu'à Jé.
rusalem , et sur le mont Olive , déposera son
sceptre et son diadême : ce sera la fin et la
consommation des empires romain et chré
tien .
( Ce passage se trouve au dernier feuillet
du gº livre du divin Augustin , docteur de la
sainte Eglise . )

A wwwwwwwwwwwwwwwwwwww

PROPHÉTIE DE L'ARCHEVÊQUE SÉVÈRE.

Le schisme renaitra dans l'Église du Sei


gneur. Il y aura deux époux , dont l'un véri
table , et l'autre adultère . L'adultère sera l'É
glise qu'on appellera diabolique. Il y aura une
32
effusion de sang telle qu'on n'en aura jamais
vu de pareille , même au temps des géans. Le
légitime époux prendra la fuite . Or le lion se
lèvera, et l'aigle noir , agitant ses ailesbrillantes
au -dessus de son aire , prendra son essor :
alors commenceront les tribulations et les
combats sur mer et sur terre. En vain la terre
appellera la paix : la paix sera sourde et ne
viendra pas. Le nom du Seigneur sera blas
phérné. Malheur à toi pour avoir méprisé sa
puissance , ô cité des peuples et des richesses !
tu ne te réjouiras pas à la fin . Malheur à toi ,
ville des philosophes , bâtie par les enfans de
Noé , qui posséderas toute la terre de Raven
nes ! malheur à toi ! la ville des philosophes
sera subjuguée. Malheur à toi , peuple lom
bard ! les tours qui sont ta joie tomberont dans
la poussière . Le grand lion gaulois ira à la
rencontre de l'aigle , et le frappera à la tête ;
a

une lutte épouvantable s'ensuivra. Et la terre


de Ravennes , qui sera alors reine de l'Italie ,
recevra la couronne. Voici des batailles , et une
mortalité telles qu'on n'en aura pas vu de sem
blables depuis l'origine du monde , et qu'on
n'en verra pas de pareilles. Parmi les rois des
nations , il y en aura un qui triomphera . Il
sera porté par un éléphant et viendra établir ,
en ces lieux ,son empire. Alors il n'y aura plus
33

dans l'Église du Seigneur qu'un seul pasteur ,


par les soins duquel la paix et l'unité de doc
trines renaitront dans Ravennes . Ce roi en

question régnera long -temps. Tous les tyrans


qui pesaient sur l'Église seront inopinément
déposés ; tous les sceptres seront réunis dans
la main du pasteur annoncé par lesprédictions.
Et il n'y aura plus de schisme jusqu'aux jours
de l'antechrist ; et il se fera alors comme une
conversion générale à la foi du Christ , grâce
au grand lion annoncé au pays de Ravennes ,
où l'on seréjouira dans une amitié perpétuelle.
( De Ravennes , le premier jour demars , sous
Grégoire Jer. )

wwww WWW

Quelques prédictions'étonnantes révélées, en partie , d'en


haut, et, en partie , annoncées par les configurations
des constellations célestes , concernant l'état futur ,
tant spirituel que temporel , de l'Empire Romain , de
la France, de l'Espagne, de l'Angleterre , de la Dacie ,
de la Hongrie , de la Bohème. Prophéties'émanées
de sainte Brigide de Suève , de la sibylle de Crète , de
l'ermite Reynard , du P. Cirille et de l'abbé Joachim ,
de l'an du Seigneur 1484 à l'an de notre Seigneur 1567.

Qui que tu sois , lecteur , qui te prépares


à feuilleter le présent livre, arrête , je te prie ,
34

un moment , et reçois avec indulgence ce


double avis que je te donne. Et d'abord , sois
bien averti que tu peux aoheter avec confiance
ce livre susceptible d'être cité même, quand
l'occasion s'en présenterait , dans des réunions
mondaines ; souviens – toi qu'aux grands de
a terre comme aux simples il convient d'en
tendre ce qui doit arriver. En second lieu : je
veux convenir avec toi qu'en lisant, qu'en ci
tant cet ouvrage , tu en attribueras le contenu
à la sagesse , à la puissance et à la clémence
divine , qui dispose à son gré des événemens
avec force et douceur , conseille pour effrayer ,
effraie pour corriger , et corrige pour sauver .

WWWWWWww .

DIVISION DE L'OUVRAGE .

Le présent ouvrage se divise en trois trailés.


Le premier parle d'astrologie, desconstellations
célestes , et renferme quelques chapitres com
muns aux prophéties. Le second traite de l'état
futur de l'Église , tant au spirituel qu'au tempo
rel. Le troisième parle de la situation annuelle
et de l'état ordinaire du peuple .
Le premier Iraité renferme dix chapitres.
35

Awwwww

BELLE PRÈFACE DE L'OUVRAGE.

CHAPITRE PREMIER .

Si le Seigneur s'est réservé , dans sa puis


sance , la connaissance des temps et de l'a
venir; s'il a voulu garder, pour lui seul , cette
prescience divine, et que nul dans la vie ne
puisse d'une manière certaine se promettre le
lendemain et dire ce qui lui adviendra , ce
pendant, dans son infinie bonté , il a daigné
attribuer à quelques créatures le don de lire
dans l'avenir, de prévoir les événemens de loin ;
en un mot , il leur a accordé , non pas une
prescience profonde et parfaite, mais dumoins
une connaissance conjecturale , une pénétra
tion imparfaite . Ainsi par leur chant et par
leur vol , les oiseaux ; les autres animaux, par
des moyens différens, annoncent le temps et
ses variations, avant qu'ils s'accomplissent.
Ainsi le soleil , rouge à son coucher , prédit
pour le lendemain , un jour serein . Sila pourpre
le colore, le matin , ce sont des pluies pour le
36

soir. Tels sont les signes que Dieu lui-même


a inscrits , les caractères symboliques qu'il a
lui-même tracés dans la nature des choses. Et
il est même des auteurs qui ont longuement
écrit sur l'homme et sur la naturé , quoique
Aristote ait dit : «La vérité de ce qui peut ar
» river dans l'avenir n'est pas déterminée ;o et
plus loin : « Tout ce qui doit arriver , arrive né
» cessairement. »
Que ce soit par nécessité ou autrement
que les choses arrivent , il faut toujours que
les causes précèdent, comme le veut Platon .
Or c'est celte cause précise et déterminée que
le Créateur de toutes choses , que Dieu seul
connaît parfaitement. Cependant il a donné à
l'homme la raison , l'intelligence et la faculté
de discuter , à l'aide desquelles il peut,du
passé, tirer des inductions pour l'avenir. Il lui
a donné la science des astres , nouvelle source
de découvertes et de conjectures. Enfin , pour
compléter cette exposition , Dieu a tracé à
l'homme trois rontes pour arriver à l'interpré
tation de l'avenir ; routes qu'il peut facilement
parcourir , soit séparément , soit à la fois. La
première et la plus commune, c'est une lon
gue vie. L'homme, instruit par une longue
expérience , peut trouver dans le passé bien
des points de comparaison pour l'avenir , que
37
de conjeclure en conjecture, il arrive à devi
ner ; c'est la route des vieillards . La deuxième
est dans les astres et la connaissance de leurs
mouvemens ; science facile , s'il faut en croire

Ptolomée , qui disait :


« Quand on veut pénétrer les causes des
choses , il faut d'abord contempler les corps
célestes ; car ce bas monde est soumis à l'in
fluence de corps supérieurs. Les hommes li
sent daps les astres les vices et les vertus. Cette
influence morale est aussi réelle que celle
qu'ils exercent sur les corps matériels. »
La troisième voie est celle des révélations.
Car si le Seigneur semble s'être réservé à lui
seul le pouvoir de lire dans l'avenir ; il a dai
gné le révéler parfois à quelques êtres privilé
giés , soit en songe soit en vision , soit en
formules énigmatiques , ou par l'intermé
diaire de messagers célestes. Il a enfin d'au
tres modes secrets d'initier les hommes aux
mystères de l'avenir : c'est sous son inspira
lion qu'ensuite ils parlent , comme nous le
voyons par l'exemple de la sibylle , qui an
nonça , d'une manière si claire et si vraie , tant
de choses aux Romains. Comment eût- elle
pu , sans le souffle divin qui l'animait , préci
ser , d'une si étonnante façon, la naissance du
Christ , fils de la vierge, et mille autres pro
38

phéties étonnantes ? C'est ainsi que, dans l'an


cien Testament, les prophètes furent inspirés ,
comme nous en voyons de nombreux exem
ples. Et enfin , dans le nouveau Testament ,
l'avenir ne fut- il pas révélé à saint Jean , alors
qu'il reposait sa tête sur la poitrine de son
divin Maître ? Je passe une foule d'autres
exemples pour m'arrêter à sainte Brigide ,
dont les révélations se trouveront dans la
suite de cet ouvrage , avec celles de Reynard
Lolhardus , ainsi qu'on le verra plus bas.
L'auteur du présent ouvrage se propose d'em
brasser les trois voies d'arriver à la connais -
sance de l'avenir , énumérées plus haut ; et en
cherchant à expliquer par les probabilités ra
tionnelles les faits qui arriveront dans la suite
des temps , qu'on sache bien que , loin d'être
mu, par un sentiment d'orgueil , d'arrogance
ou de témérité , il ne se propose de publier
son ouvrage qu'en forme d'avis et d'exhorta
tion . Il veut admonester et exhorler tous les
hommes , et surtout les primats et les princes
du peuple , afin qu'ils puissent remédier aux
dangers qui, sous peu , lesmenaceront. Un trait
dont on a prévu le coup frappe en effet avec
moins de violence. Qu'ils se tiennent donc en
garde contre toutes les suggestions : la foi est
un oiseau rare aujourd'hui en ce monde : or
39
où il n'y a pas de foi , nul conseil n'est el ne
sera possible . Et quand il est superſlu de
chercher sur la terre des avis , que reste-l-il à
faire , sinon de se retourner vers le Ciel ?
Implorons donc tous, et prions avec ferveur
le Dieu très-puissant et très-miséricordieux ,
et notre Seigneur Jésus -Christ de daigner nous
octroyer sa grâce , de nous convertir au bien ,
de nous maintenir dans une douce paix , d'é
loigner de nous sa colère : qu'il soit pour nous ,
et nul ne pourra être contre nous. Mainte
nant prêtez l'oreille à mes paroles , et passez
au livre.

wwwwwwwww

PTOLOMÉE .

L'homme sage examinera les astres , dont


les inclinaisons et les configurations pourront
l'instruire. Il y puisera des conseils.

ARISTOTE .

Il a été donné ( car les êtres n'ont pu être


créés en vain ) aux astres et aux météores
d'exercer une influence sur les choses d'ici
bas.
40

LA SIBYLLE .

Nous sommes au terme des siècles ; le mal


est voisin du bien : choisis ce qui est bon , re
pousse au loin ce qui est mauvais .

BRIGIDE.

Aie confiance en Dieu , et fais le bien , pour


que le Seigneur , dans sa miséricorde , éloigne
de toi les maux qu'il a révélés.

LOLBARDUS.

De la prudence : sois familier avec beau


coup de gens ; mais quand tu voudras que les
autres se taisent, tais-toi tout le premier.
40
wwwww

CHAPITRE II.

La révélation divine ne doit pas être cachée , elle doit


procéder du grand au petit.

Celui qui enfouit son or ne fait qu'user de


sa chose , comme il l'entend , sans rien prendre
au voisin , sans préjudice pourautrui. Mais celui
qui tient secrets et sa science et les livres, fait
du lort à lous , et il ne cache pas seulement
sa chose , mais il soustrait encore , il vole le
2

bien d'autrui. Vivent ceux qui aiment la


science et la propagent : communiquer la
science , c'est la ravir à la mort. Loin donc
et l'envie et le reproche et les détracteurs ;
mais que le lecteur sage , étudie et complète son
savoir ; car parmi les êtres qui sont sous le
cercle de la lune , aux uns la science est donnée
par la voix de l'enseignement, d'autres la doi
vent à l'inspiration divine , et toutefois la
source en est loujours la même. Mon discours
et mes écrits s'attacheront moins à persuader
les hommes , qu'à leur montrer la vérité , la
vérité qu'il est naturel à l'homme de compren
dre , lorsqu'elle se manifeste par des effets
sensibles.
42

Ainsi , ces effets palpables que l'on appelle


miracles , conduisent l'homme à croire des
choses quisurpassent toute croyance humaine :
car le Seigneur tout -puissant , a dit le bien
heureux S. Ambroise , se sert de ces moyens
pour la manifestation de la vérité; de même,
par l'interprétation des astres , l'homme peut
arriver à la vérité : celte science l'y conduit
naturellement. S. Jean l'a dit : Une révélation
d'un certain ordre , arrive du grand au petit ,
du supérieur à l'inférieur . Des bæufs labou
raient et des ânesses paissaient ; or les petits de
ce monde , qui sont désignés sous la figure des
ânesses , doivent prêter foi aux grands ou aux
supérieurs ; c'est - à - dire , aux corps célestes ,
représentés par les boufs. Pour moi , comme
Ruth suivant Booz , glanantaprès les philoso
phes , les docteurs dans la science des astres,
j'ai recueilli de leurs systèmes , de leurs expli
cations et de leurs expériences , quelques bri
bes rassemblées dans ce court espace , et j'ai
présenté aux lecteurs le résultat de mes re
cherches sur les astres et leur influence jusqu'à
l'année 1567. Ce n'est pas de la superstition
d'ajouter quelque foi aux constellations (1).

(1) L'Église regarde commecontraire au premier com


mandement de Dieu la foi qu'on ajoute aux observations
astrologiques , quand elles ne prennent pas pour base les
effets naturels . ( Note de cette édition . )
43

CHAPITRE III.

Nul de ceux qui ignorent n'est bon juge ,


dit Aristote : les gens doctes en plusieurs scien
ces affirment que tous les événemens , tous les
accidens naturels sont soumis aux influences
célestes où ils ont leur principe et trouvent
leur direction . Car ce monde est nécessaire

ment lié à des régions supérieures , a dit encore


Aristote. Qne les ignorans s'affligent donc dans
leur sottise et leur impéritie ; et que les doctes,
s'ils voient quelque chose , le gardent pour eux.
Car le prince des philosophes l'a dit : Il n'est
pas possible de briser les chaînes de l'ignorant.
Ainsi, je me rangerai près de ceux qui auront
goûté , avec intelligence , les secrets des eages ,
et je me conformerai à leur doctrine sur les

variations planétaires et sur la grande éclipse,


sur les configurations des astres , les appari
tions des éclipses , les conjonctions des planè
tes , leurs guerres , leurs alliances , en un mot
toutes leurs altérations , tous signes nalurels
que l'expérience journalière prouve et que nul
ne saurait nier. Vain el ridicule serait un récit
plus détaillé de ces diverses phases , à moins
qu'il ne tournât au profit de la philosophie ,
44

CHAPITRE IV .

Vertu de la Divination prouvée par des exemples.

La divination , fondée sur les phénomènes


célestes , n'est pas une déception ; c'est au con
Iraire une chose et magnifique et salutaire.
Témoin Cicéron qui dit : C'est le don qui rap
proche le plus le mortel de la divinité , et je
me suis convaincu que les phénomènes céles
tes, qu'une grande éclipse ne devaient pas être
passés sous silence ; mais qu'on pouvait , au
contraire , de leur apparition , tirer , par des
explications , une grande utilité pour la répu
blique. Qui ne voit en effet quelle valeur on
attacha plus d'une fois aux divinations , dans
la république? Quel monarque ne se servit pas
auprès de ses peuples , du moyen des prédic
tions divines ? Les Romains , dominateurs de
l'univers entier, marchérent- ils une seule fois
au combat , sans avoir consulté les auspices ?
Moyse reçut la fille de Tharbis , roi d'E
thiopie , dans la ville de Saba. Très versé
45
dans les astres , il avait fait graver , sur deux
anneaux , deux figures , l'une du souvenir
et l'autre de l'oubli . Il donna l'anneau de l'ou
bli à son épouse et porta lui-même le second :
tous deux avaient deux anneaux pareils avec
l'expression de deux sentimens différens. Ce
ful l'épouse qui commença à oublier l'amour
de l'époux qui entra , libre , en Égypte . Les
Athéniens appelaient aussi aux conseils publics
quelques devins pour donner leur avis.

wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww

CHAPITRE V.

. Nombreux exemples anciens, de la vertu des corps


célestes.

Les prêtres seuls et les astrologues étaient


nommés pontifes pour l'administration des af
faires spirituelles , et jouissaient seuls du bé
néfice. Cette coutume fut abolie. Maintenant
la pauvreté , née avec eux , ne les quitte
plus qu'à leur mort.
Les Lacédémoniens donnaient à leurs mo
narques un astrologue pour assesseur ; il avait
voix dans les délibérations publiques. En Per .
46

se , nul ne pouvait être roi qu'il n'eût d'abord


fait ses preuves de savoir dans les sciences ma
thématiques. Romulus était augure et bâtit
Rome. Les rois et les consuls qui suivirent ,
revêtus du même pontificat , gouvernèrent la
république par l'autorité religieuse. C'est
pourquoi le sénat ordonnait que , parmi les
fils des princes , six allassent dans l'Étrurie
pour s'y former à la discipline , de peur
qu’un sibel art ne se corrompît et ne fût
profané par la vénalité , s'il était peu cultivé
par les hommes. Live nous apprend que le sé
nat romain ne manqua jamais d'envoyer con
sulter les livres de la sibylle , toutes les fois que
quelques phénomènes paraissaientdans les airs:
phénomènes qui annonçaient , à diverses re
prises , au peuple romain de terribles séditions.
Les réponses des mages et des mathématiciens
ne s'accordaient - elles pas avec les vers de la
sibylle !
47

MW wwwwwwwwww

CHAPITRE VI.

La certitude du passé et du présent fait foi de


l'avenir.

Parlerai – je des suffrages qu'au dehors j'ai


justement acquis en annonçant de grands mal
heurs , qu'ont vus dans les vingt années qui
viennent de s'écouler , diverses parties de l'Al
lemagne et du Rhin ? L'événement a prouvé la
vérité de tout ce que j'avançai dans mes pré
dictions,mais je passe ces faits sous silence , et
il me suffit maintenant de ne pas trouver un
seul peuple tant instruit et éclairé que bar
bare et stupide , qui ne croie à la possibilité de
prévoir , par le cours des astres , le cours des
événemens humains. Que s'il était quelque na
tion assez immorale et ininstruite , assez ignare
et léméraire pour nier , en levant les yeux au
ciel et en considérant le mécanisme admirable

des sphères célestes , que le doigt de Dieu est


:

là qui dirige ces constellations : celle-là , dans


sa démence , oſſense la majesté divine.
48

wwwwww wwwwwwwwwwwww wwwwwwwwwvimmm

CHAPITRE VII .

Diverses opinions des hommes sur le cours des astres

Je plains celui sur l'esprit de qui les astres


sont sans pouvoir, qui en voit lesdiverses pha
ses , en suit les mouvemens divers , du Midi au
Nord , et cependant se refuse à l'évidence qui
frappe ses yeux . Je ne pense pas devoir discu
ter avec l'homme qui nie ce que tous les peu
ples s'accordent à admettre , c'est un insensé
qui ne craint pas de nier que le feu est chaud .
Il en est qui ne croient pas aux astres et ne
veulent pas qu'ils parlent de l'avenir , ils se
rient de ce systême : semblables à la brute ,
ce sont des êtres qui font tout au hasard.
Il en est qui croient, mais sans se donner la
peine et se soucier de savoir : Bien plus , s'oc
cuper de ce qui doit nécessairement advenir ,
leur semblerait inquiétant. Ils se soucient peu
de ce quiarrivera , pensant qu'ils ne sauraient
l'empêcher.
D'autres croient et désirent savoir , mais ils
49
ne suivent pas les conseils des astronomes. Te
nant la balance entre les bonnes et les mauvai
ses influences , ils choisissent les premières et
négligent les secondes qu'ils ne veulent pas
comprendre. Les unes font leurs délices ; ils
repoussent les autres. Trop changeans pour
s'instruire , ils sontconstamment dans l'erreur.
D'autres croient , et font leurs efforts pour
comprendre , afin de pouvoir obvier auxmaux
qui les menaceraient : ceux- là méritent lenom
d'hommes éclairés .Leur prudence pourra leur
faire éviter les maux dans l'avenir . Moi-même
j'ai cru devoir , dans cette page , déposer ma
pensée.
Les genoux en terre et les mains jointes ,
l'orateur prie comme il suit :
La difficulté de l'ouvrage que j'entreprends
est immense , et toutes les choses qui viennent
s'offrir à moim'épouvanlent par leur grandeur
et leur profondeur, et la brièvelé du temps et
la foule de mes ennemis m'avertissent que je
dois implorer le secours divin , car j'ai entre
pris une oeuvre au -dessus de mes forces.

3
50

Wwwwww

CHAPITRE VIII.

Prière à la Sainte Trinité.

Bénie soit la glorieuse majesté du Créateur,


qui , dans sa Providence et sa merci , a pris
soin de toutes les créatures , et qui , dans sa
clémence , voulant nous faire connaitre sa vo
lonté , a placé dans les cieux des astres à qui il
a ordonné de marquer ses ordres et d'annoncer
ses intentions. C'est pourquoi , moi , pécheur
indigne , je te prie , Dieu créateur , non de
faire que mes paroles se vérifient ,mais de me
diriger dans la connaissance de la vérité , par
celle de tes signes ; car il a plu , dès l'éternité ,
au Seigneur , de déterminer les caractères
symboliques de la vérité , dit Grégoire XII ;
rien dans ce monde n'arrive aux hommes qui
n'ait été mystérieusement prévu par le Sei
gneur Tout - Puissant. Car embrassant d'un
coup-d'oeil tout ce qui devait arriver , Dieu ,
avant les siècles , a disposé lui-même des siè
cles , et décidé la somme de bonheur qui at
tendrait l'homme et la somme d'adversitéqui le
51
frapperait. Ainsi parle aussi le grand Albert :
Dieu , en formant le livre de l'univers , a voulu
qu'il n'y mapquât pas une seule des pages ou
la divine Providence avait déposé ses volontés
dans le livre de l'éternité. Si donc il m'échappe
quelqu'imperfection , c'està mon erreur et nun
au changement de la volonté divine qu'on doit
l'attribuer. Dans les variétés infinies que pré
sente le monde , si quelques astres en effet sont
faciles à expliquer, d'autres plus incommodes ,
se refusent à l'interprétation . O toi , donc ,
Dieu créateur et modérateur , qui as formé le
soleil et la lune ; toi, qui diriges le cours rapide
et l'ordre du ciel , qui fais rouler sur ses gonds
éternels l'immense machine céleste qui , dans
son mouvement rapide et constant, entraine
les jours après les jours; toi qui présides à toute
l'économie du monde, je meréfugie vers toi, et
j'implore en suppliant ta miséricorde. Tu es le
Booz unique que j'adore ; étends sur la nou
velle Ruth , le manteau de ta grâce. Je t'invo
que,ômon Dieu , je tends vers toides mains sup
pliantes. Re:êle-moi , je t'en conjure , les se
crets des astres , daigne m'initier à leur lan
gage ,m'apprendre leurs mystérieux symboles;
éclaire mon esprit d'un rayon de ta splendeur
éternelle , dirige - le dans la recherche ,de la
vérité, et sois mon guide dans mes révélations
prophétiques. Amen.
52
wwwwwwwww WwWM

CHAPITRE IX .

Qualités et dispositions des constellations,

Parmi les constellations et les corps plané


taires , les plus dignes d'attention , il faut sur
tout remarquer Saturne et Jupiter , .plus fé
conds en présages. L'an 1484 , le 25 novem
bre , à six heures quatre minutes après midi ,
il y aura conjonction de ces deux planètes en
une, phénomène fort rare , qui ne se représente
qu'à d'immenses intervalles ; aussi l'influence
de la conjonction est beaucoup plus forte. Sa
turne , après cette épouvantable union , qui
présage d'horribles malheurs , gagne la triste
demeure du Scorpion à 23 degrés , et va se
réjouir dans la constellation de Mars , où par
l'élévation et la largeur de son anneau au sep
tentrion , il cache entièrement la constella
tion bienfaisante de Jupiter. Mars , fier de sa
nouvelle alliance , semble jeter un regard de
dédain , et prétend à l'empire. Jupiter , en
lutte contre deux ennemis dont les influences
militent contre sesbienfaisansrayons, ne pourra
53
résister à leur violence. Désormais ses se
cours bienveillans , et sa présence salutaire se
ront ravis aux hommes .

wwwmunica

CHAPITRE X.

Durée de cette constellation .

Nous n'avons pas cru devoir signaler une


foule d'autres variations insignifiantes , qui
vers la même époque , auront lieu , et qui toutes
ayant des causes différentes , se ressemblent
néanmoins et par la forme et par l'effet.
Mais en l'année 1485 , le 16 mars , on verra
une affreuse éclipse de soleil , dont les effets

seront rendus plus terribles encore par cette


conjonction maligne de Saturne et de Mars ,
à la fin de novembre , au ge degré du Scor
pion , où Saturne finira par accabler Mars
dans sa propre demeure , ce qui ajoutera encore
aux malignes influences planétaires. Toutefois
voici venir une conjonction du bon Jupiter
avec Mars dans le 180 degré du Scorpion . Ju
piter , qui aura le dessus , modérera la mali

gnité planétaire.
54

Quand , après avoir lentement et comme en


serpentantpassépar le 150degré du Lion ,la con
jonction sera arrivée au 5 degré de la Balance ,
la lune , à son tour , réclamera sa part d'in
fluence dans la direction des événements : et

les conjonctions qui, le matin , avaientannoncé ,


quand l'année commençait, l'arrivée du Christ ,
notre divin Sauveur , annonceront la fin de
l'année; au 13e degré de la Balance , la con
jonction , toujours en se retirant , alleindra le
190degré du Bélier , et là recevra une nouvelle
direction au 15 • degré du Scorpion que Vénus
partage.

Www

SECOND TRAITÉ

COMMENÇANT PAR LE VERSET DU SAUVEUR :

Priez et suppliez , puntife et clercs , empercur et soldats.

Je me propose d'expliquer le sens de celle


conjonction affreuse et d'en exposer les pro
priétés. Définir tout ce qui doit arriver par
toute la terre , sans déroger au jugement de la
majesté divine , tel sera mon objet , et j'aurai
toujours présent à la pensée , en annonçant
l'avenir , que la clémence et la volonté divine
55

ont pour attribut de pouvoir modifier toutes


choses ; car , dit Ptolomée , les jugements des
mages doivent toujours tenir le milieu entre
le nécessaire et le contingent.

CHAPITRE PREMIER .

Comment la constellation et l'éclipse prédites influeront


sur l'Eglise du Christ et sur le souverain pontife qui sera
à sa tête .

Que le saint apôtre , conduisant la barque


de saint Pierre , dans les temps modernes ,
prête l'oreille ; Seigneur et maître de tout
l'univers il n'a pas le pouvoir de lire aux

astres. Mais le Seigneur a voulu qu'ils prési


dassent à ses destinées , le Seigneur qui a ac
cordé à ses mérites la direction de cette bar
que : c'est pourquoi je conjure, d'une voix SUP
pliante , le Seigneur, sublime et nouveau Booz ,
d'élendre sur lui son manteau , et de daigner
accorder à ses mérites l'heure de l'intronisa
tion ; et ce Booz nouveau s'appelle Jésus ;
ainsi du moins est-il écrit dans les corps cé
lestes qui représentent symboliquement la
volonté divine.
56
wWwwWWWWWW

CHAPITRE II .

Des fluctuations de l'Église du Christ et de son chef ,


sous le type d’Adam et Eve , nos premiers parens, extrait
de la révélation de l'abbé Joachim .

Avant la venue de cette terrible éclipse ,


plus d'un péril menacera l'Église du Seigneur
et la barque de Pierre.
Celte barque, soulevée par les flots tumul
lueux , et battue de tous côtés par les tem
pêles , sera sauvée , et luttant contre les vagues ,
el près de s'engloutir, se soutiendra néanmoins
sur l'onde : parce que Dieu dans sa bonté vien
dra à son aide au milieu des périls , et l’arra
chera au naufrage. Gar nous savons qu'en vain
les tempêles baltront la barque de Pierre , ja
mais elle ne s'abîmera dans les flots.
Ainsi Joachim a confirmé les paroles de Jé
rémie sur l'Église. La barque de Pierre est
l'Église latine . Adam et Eve- représentent le
souverain Pontife .. Dès le principe , l'arbre
du bien et du mal s'offrira à eux : du bien ,
pour le soutien de la vie , du mal , pour sa
ruine ; et alors paraîtront sur la terre les géans
57
et des hommes fameux , par toute l'étendue
de l'empire chrétien . Ces hommes ne se con
tenteront plus des choses les plus simples ; à
la suggestion d'un autre serpent , ils se choisi
rontdes épousesdans le peuple .Hélas! je crains
qu'égarés par de perfides conseils , ils ne vien
nent à vivre dans la corruption , à y perdre
leurs forces , et à détruire la dignité ecclésias
tique : puis se répandant sur la terre , à habi
ter la terre de Caïn dans la honte et la confu
sion . Ainsi parlait Jérémie , et ces paroles an
nonçaient qu'un jour l'Eglise se verrait en proie
à de faux chrétiens. En effet , dans le livre
des Révélations de sainte Brigide, il est dit
alors qu'un enfant sera assis sur des lys , la
tribulation s'élèvera dans l'Église de saint
Pierre , Dieu suscitera la France contre l'Église ,
dont l'orgueil aura secoué toute obéissance .
;

Alors ce sera la fin ; alors on n'entendra plus


que clameurs , gémissemens , hurlemens, jus
qu'à ce que les astres annoncent que la barque
de Pierre ne sera pas submergée . Pierre dou
tera tant que Dieu n'aura pas apparu ; et les
pasteurs seront dans l'affliction jusqu'à ce que
le Seigneur ait parlé. Voilà ce qui se passera
pendant le séjour de Jupiter dans la demeure
de Mars. Rome alors sera digne à peine d'être
de séjour des maîtres du monde.
58

Murmáninni

CHAPITRE III.

Révélation de sainte Brigide, vierge. Périls et schismes


quifmenaceront l'Eglise , par suite de l'alliance des
Allemands avec les Gaulois .

Sous le grand aigle qui nourrira la flamme


dans sa poitrine , l'Eglise sera ravagée et foulée
aux pieds. Car le Seigneur peut , dans ses
justes jugemens, appeler les fiers Allemands
contre son Église , pour chatier sa désobéis
sance ; et alors la barque de Pierre , assaillie
par de puissans ennemis , sera ébranlée. Il
faudra que Pierre épouvanté s'enfuie , pour
ne pas encourir l'infamie de la servitude .
C'est alors aussi que l'Église d'Occident verra
la puissance des Francs s'allier à celle de la
Germanie . Les Allemands unis aux Francs dé

soleront l'Église , et le fleuve du Rhin et la


mer occidentale verront des choses inouies :
les Romains broncheront dans la foi, qui , he
las ! dans ces jours , trouvera peu d'âmes con
stantes . L'Église de Pierre sera exposée à de dan
gereuses attaques , et de nouveaux malheurs at
leir dront les cardinaux en peu de temps, en l’an
59
du Seigneur 1496. Ces calamités dureront
plusieurs années. Ces calamités sont figurées
par les sept cheveux de Samson dont est or
née la tête de la nation allemande. Mais bien
tôt Flamands, Brugeois et Picards, renonçant
aux rois de la confédération auxquels ils avaient
confiance , laisseront les infidèles pour se
joindre au troupeau du Seigneur : et alors la
tête , privée de ses cheveux , c'est -à -dire de
ses forces , deviendra faible comme autrefois
Samson .

wwwwwwwwwwww

CHAPITRE IV .

L'auteur prouve par divers exemples la force de la con


corde et appelle tous les princes et peuples à la vénéra
tion de l'empire romain .

Il est sûr , ô très-invincible Empereur', que


qui veut assurer et garantir son existence , ne
néglige rien pour conserver l'union : la nature
entière prouve ce besoin général de concorde
et d'unité . Les grues , dans leur essor ,'suivent
un seul chef. Les abeilles quand elles vont
hercher le miel , suivent leur reine : et de
@o

même la fourmi. Les armées , les soldats fie


reconnaissent qu'un général , et c'est avec rai
son qu'Aristole , le prince des philosophes , a
dit : la pluralité des princes 'est mauvaise .
Qu'il n'y ait qu'un chef dont émane et la règle
et la discipline. C'est pourquoi,je crois devoir
inviter avec raison tous les rois et polentals
de la terre , à regarder le roi des Romains,
comme le prince des princes et le monarque
des monarques. Je parle de ceux qui sont im
bus de la foi catholique. Car notre Créateur
lui-même , a honoré l'empire romain , au
temps de sa venue , en choisissant, pour faire
son entrée dans le monde, le règne de César ,
à qui il a donné de pacifier l'univers , afin ,
qu'en la présence de Notre - Seigneur , la paix
fut dans le monde entier. Il fit donc des pro
diges , et annonça la réconciliation future sur
la lerre , en faisantdisparaitre les combats jus
qu'aux confins du monde . Dans les jours du
Seigneur , il y aura abondance de paix. Le
Sauveur daigna encore honorer l'empire Ro
main , en se soumettant à César , un instant
après sa naissance , et il ne se contenta pas
de donner l'exemple , il commanda le même
respect pour l'empereur , disant : (Saint Ma
thieu 22.) . « Rendez à César ce qui est à César .
Troisième épreuve de déférence pour l'empire.
6

Prêt à quitter le monde , ses apôtres disaient :


voici deux glaives : il répondit par l'organe de
saint Luc, un suffit : et qu'entendait-il par
cette parole ? sinon que la puissance impériale ,
soulenue par le bras divin , n'avait pas besoin
d'autre assislance , et que rien ne luimanquait.
Quatrième preuve de déférence. Au moment
de la passion , quand Pilate se vantant de son
pouvoir , disait : Ignores-tu que je suis le maître
de te faire crucifier ? le Seigneur répondit ,
selon Saint- Jean : Tu n'aurais sur moi nulle
puissance si elle ne t'avait été donnée d'en
haut , c'est à dire par le Ciel , parce que nul
pouvoir ne peut venir que de Dieu : ou encore,
par César , qui avait nommé Pilate à son grade :
Si tu le renvoies , tu n'es pas l'ami de César.
Sixième marque de déférence. Tant que du
rera l'empire romain , l'enfant de la perdition ,
l'anlechrist ne saurait venir. C'estpourquoi l'a
pôtre s'adressant à l'empereur , lui dit dans son
épitre aux Thessaloniens, deuxième chapitre :
Il est écrit que ce ne sera qu'après la destruc
tion de l'empire romain que paraitra l'ante
christ. Que le sceptre passe donc de main en
main jusqu'à ce qu'il soit enlevé , et que soit
révélé l'ancien qui désigne , de la manière la
moins ambiguë , l'antechrist.
62
CHAPITRE V.

L'auteur raconte les tribulations et les périls qui auront


lieu 23 ans et demiaprès le temps de Frédéric III.

Après Frédéric III , l'iniquité abondera et


les infidélités se multiplierontavec les erreurs :
les tribulations succèderont à la paix qui avait
signalé les temps précédens. La paix cessera
alors que la lune ( c'est-à -dire l'empire romain )
aura disparu. Aussi l'apôtre a dit : Sachez que
dans les derniers temps , il se levera des jours
périlleux . Il dit , se levera , parce qu'il n'y en
aura pas eu auparavant. Cette tribulation du
rera 23 ans etdemi. Graignez donc le Seigneur,
chrétiens , et honorez le roi des Romains , de
l'abdication duquel doit nécessairement sortir
et paitre le schisme.
Prince très invincible , je sens que j'ai en
trepris uneæuvre trop difficile , et je reconnais
que mon esprit et mes paroles ne répondent pas
à la grandeur et à la dignité des choses que j'ai
à raconter . I faudrait , pour les bico rlire , un
63

génie heureux , doué d'inspirations presque di


vines et d'une vertu céleste. Car les mouve
mens planétaires ne sont pas assez mar
qués de nos jours , et il est difficile de saisir
les constellations et leurs diverses phases aux
quelles se rattachent et se rapportentbien des
faits actuels .
Mais revenons , après cette digression , à
l'empereur etau roi modernes dont les destins
seront pénibles, autant qu'on peut le voir. Car ,
de leur temps, on verra de grandes animosités,
des discussions, des fraudes , des déceptions .
Il y aura parmi les nobles une soif ardente de
combat ; de toutes parts on verra des prépara
tifs militaires. Il s'élevera contre l'empire de
nombreux rebelles , car , un différend à peine
terminé , un autre surgira pour le remplacer.

wwww

CHAPITRE VI.

Les révélations de Brigide montrent l'Eglise troublée , au


temps de l'empereur Maximilien , par les Français. Puis
l'empereur Maximilien règnera long-temps sous l'em
blême du lion et du lys .

Moab et Amon , tous deux fils de Loth


nés de l'inceste , figurent deux générations , le
lion des fôrels , et le lys occidental. Cst dans
64

ce lemps , que l'aigle prendra son essor avec


l'aiglon. Il y aura , dans l'orient , une grande
confédération contre le lion .
Selon François et Brigide , il paraîtra un roi
d'une figure pudique : quelques -uns veulent
que ce soit le roi Frédéric III , sous lequel l’É .
glise doit être agilée et bouleversée. LesFrancs ,
comptant plus sur leurs forces humaines, que
sur la puissance de Dieu , se mettront en mar
che contre les Allemands, pour en triompher .
Mais enfin le coq succombera ; et le inonarque ,
au visage pudique , régnera en tous lieux : de
l'Orient à l'Occident s'étendra sa monarchie.

Les révélations du frère Reynard Lolhardus


ajoutent : Le loup , c'est-à -dire , la terre occi
dentale , chassera l'aigle avec l'aiglon . L'aigle
mis en fuite , agilant le lys, volera vers le midi:
Le guerrier, la croix sur la poitrine, marchera
contre le lion qu'il tuera. Qui pourrait résister
à celui qui a reçu le pouvoir d'en haut? Il con
querra trois royaumes.Malheur!malheur ! crie
ra le peuple ; voilà le grand aigle qui , après cinq
années de sommeil , se réveillera avec le lys et
commencera à faire entendre ses clameurs : il
visitera, dans son essor , les monts les plus éle
vés ; il enfoncera ses serres dans sa proie , et
ouvrira son bec pour la dévorer. Le bruit de ses
ailes agitées épouvantera les cités et les cam
65

pagnes , et il y aura une désolation telle qu'on


n'en aura jamais vu . Le lys fleurira , dans
l'Occident, sur la terre de la Vierge , et il effa
cera , par sa beauté et son éclat , tous les lys
d’alentour . Et pendant que le coq vivra encore
il en nailra un aulre , d'accord avec l'aigle.

CHAPITRE VII.

L'auteur raconte la rébellion de la Germanie inférieure


contre Maximilien , roi des Romains. Faits annoncés
dans les prophéties d'une sibylle et du moine Reynard .

Voici , comme la sybille de Cumes , mue par


un esprit prophétique , s'exprimait dans ses
chants :
Après un court espace de temps , l'aigle
sortira des roches de la Germanie , et s'asso
ciant à des légions de griffons, s'élancera vers
le siége du pasteur , qu'il fera fuir d'une ré
gion à l'autre. Il vengera l'outrage fait jadis
à son nid , et pendant dix lustres , exercera sa
rage : plus de paix sur la terre virginale , et
l'aigle régnera , en ce temps-là , sur une nation
sans chef. Esther a dit , dans un style figuré :
Deux eunuques qui habitaient le vestibule du
palais , voulurent tuer le roi, et furent déjoués -
66

par Mardochée . O Maximilien , ces deux eunu


ques sonttes sujets infidèles , qui osent opposer
à ton visage pudique le poison de la fraude et
de lamalice , pour tuer toi et tes fidèles. Prends
soin de ta conservation jusqu'à ce que tu attei
gnes ta vingt-quatrième année . Tu verras alors
ton nom exalté ,mais jusque là tu auras beau
coup à souffrir et de tes parens et de tes su
jets.
Le bienheureux Reynard , voyant en esprit
les tribulations auxquelles , l'Église serait en
proie sous le règne de Maximilien , a consigné
dans son livre quelques traits de l'époque . Il
dit : Voici les enfants de l'Allemagne inférieure
semblables à des nuées d'oiseaux dans le ciel, a
des bandes d'animaux féroces sur la terre. Ils
tomberont sous le double tranchantdu glaive ,
et pas un n'échappera aux coupsmeurtriers.La
demeure des Orientaux sera déserte . Le Sei
neur tirera contre les Picardset les Flamands le
glaive de Mars , qui répandra parmieux la dé
solation . L'éclat de l'Eglise sera voilée en Al
lemagne comme en Gaule , et l'arrivée du roi
prédit aura lieu sans autre signe que celui-là .
C’est qu'au moment où la paix et la sécurité
régneront parmi ses ennemis , le trépas viendra
soudain les frapper. Aussi , dans le livre des
tribulations , Joachim dit , (en parlant de la
67
ruine de Jéricho, qui sig nifie que l'empire et
l'orgueil du mondeseront abaissés.) Une foule
de rois arriveront contre les Israélites alle
mands; mais ils seront vaincus, parce que

l'aigle élèvera l'égide divine au -dessus de Maxi


milien , qui n'aura pas attendu du secours, des
hommes seulement , mais de Dieu ; après
quoi l'aigle reprendra son essor vers les régions
élevées.

MWAN

CIIAPITRE VIII.

Comment l'Eglise sera exposée dans diverses parties de la


Germanie par les électeurs de l'empire , sous l'emblême
des sept anges .

Joachim , abbé, dit avec Jérémie, en parlant


des princes et docteurs du saint empire : Sept
anges paraîtront, dont l'un sur terre , l'autre sur
mer , le troisième dans les fontaines , le qua
trième dans le soleil , le cinquième dans le re
paire de la bête , le sixième dans le fleuve de
l'Euphrate , le septième dans l'air. De même
et par autant de tribulations, le peuple chré
tien sera éprouvé , spécialement les lévites :
autant l'Église romaine avait jusque-là trouvé
68

sujet de se glorifier , dans les dignités , les hon


neurs , la pompe royale et pontificale , et les
délices, autant elle sera alors abaissée , humi
liée. Des délices, le clergé passera à la pauvreté
la plus abjecte , et des joies de ce monde aux
tribulations. Car le judaïsme envahira la terre
de Brandebourg , aussi féconde en juifs qu'en
chrétiens ; Saturne fera alors son entrée dans
la maison de Mars , l'an du Seigneur 1502.
Dans le paganisme viendront s'engloutir , em
portées sur les eaux des délices , les libertés de
l’Église. La philosophie jaillira de la fontaine
de Cologne. La religion , triomphante sous le
soleil de Trèves , sera enlevée par les suppôts
du diable ; l'hérésie s'établira dans le séjour de
la Bohême , et la zizanie se mettra en Alle
magne. La tyrannie descendra le fleuve du
Palatinat , entraînant dans son cours des mal
heureux ravis douloureusement à leur patrie.
L'air de Mayence sera quelque temps favora
ble aux développements de l'Église , mais
cel blat sera de peu de durée , parce qu'il ne
peut y avoir d'alliance entre Jésus et Bélial ,
Jupiter et Saturne , l'Église et la tyrannie. Les
sept fioles qu'épancheront les sept anges sur
les sept électorats , couleront le même temps :
après quoi il nailra dans l'Église catholique un
nouvel ordre.
69

mom www

CHAPITRE IX .

Dissension dans l'Eglise vers l'an de Notre Seigneur 1492,


manifestée par diverses révoltes, prévue et annoncée.

Tout ce que Jérémie avait jadis prédit de


la ruine de la synagogue , peut s'appliquer à
l'Église occidentale et latine , et l'on en re
trouve tous les caractères dans les événe
ments déplorables survenus aux églises de Co
logne et de Trèves. Car , de l'an 1448 à l'an
née 1499 , époques qui me paraissent avoir été
prévues , dans le nouvel ordre de Samuel ,dans
les prophéties des deux princes , des prêtres
Ophis et Phinée , l'arche de l'Église sera en
péril de 1489 à 1492 ; comme un autre Mar
dochée , sous les coups d'Aman , elle sera agi
tés , persécutée . Il est donc nécessaire que les
interprètes et juges des constellations et des
influences , des configurations célestes , annon
cent d'avance le sort lamentable qui attend et
l’Église et ses clercs , et le navire de saint
Pierre. Anges qui répandites les fioles de l'em
pire ; nolez ces paroles', et leur sens mysté
rieux. Si nous laisions la vérité , nous ne com
battrions pas pour Dieu .
1.70
Il y aura dans l'Allemagne de telles persé
cutions que celui qui portera la tonsure ecclé
siastique se verra forcé de la dissimuler et de
renier son caractère sacerdotal. Une division

funeste s'élèvera entre les cardinaux. L'Église


perdra ses biens temporels , et des guerres in
testines déchireront son sein . Le jour du Sei .
gneur viendra , comme un larron , de nuit ,
exciter vos fureurs . Divers signes merveilleux
seront vus dans l'air. Ils vous présageront les
calamités qui vousmenacent. Des feux brûlans
dévoreront vos cæurs. Hélas ! quelle division
entre les électeurs ! quels apprêts de guerre !
quelle rage ! 0 hommes éclairés / écoutez le
Seigneur, qui vous dit : Tout royaume divisé
périra. Soyez donc prudens pour prévenir la
ruine de l'empire. Car si le saint empire vient
à périr, c'est la consommation nécessaire du
monde. Considérez , helas ! l'aigle aux ailes
déplumées . Il a perdu les plumes qui en
formaient les contours et ne peut plus
prendre son vol. Car la colombe ne peut elle
même voler avec une seule aile. Ainsi, au sein
des orages et des tempêtes du siècle , le navire
de Pierre s'avance , poussé par une seule ra
me, mais lentement , et la colombe , qui n'a
qu'une seule aile , finira par tomber sur la
terre , épuisée ; haletante. Nul animal ne peut
71
vivre , si sa structure est incomplete . Donc,
tous princes qui , sans réflexion , travaillent à
la destruction de l'empire , sont les nonces et
les précurseurs de l'antechrist. Que les sept
princes électeurs et leurs ministres redoutent
donc le juste courroux du Seigneur, qui, pour
les punir de leurs péchés, pourrait leur enle
ver l'empire . Car , s'il faut que le scandale ar
rive , malheur du moins à ceux qui l'auront
fait ! Ils ont des yeux , et se refusent à voir,
dans leur aveuglement coupable , que leur
principauté est travaillée par un poison incu
rable ; ce dont non seulement les habitans de
la Bohême , mais les Polonais , les Daves et
les Anglais , s'applaudissent avec les peuples
barbares. Car le terrible Saturne , que les poè.
tes disent avoir mangé ses enfans , au degré
où il est d'élévation , a écrasé le bon Jupiter.
72
wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww wwwwwwwwm

CHAPITRE X.

Exhortation aux princes électeurs pour les in vitcr å vi.


goureusement agir en faveur de l'unité de l'Église et de
la manulention de l'empire.

O plût à Dieu que les princes de Germanie


à qui a été transporté et commis le droit d'é
lire le roi de Theutonie fussent sages , intelli
gens et prévoyans ! Plût à Dieu qu'ils aimas -
sent et comprissent la justice ! et qu'ils trai
lassent avec révérence le roi Maximilien , que
le Seigneur leur a donné en signe desa justice, et
qui fut choisi, d'un commun accord , à Franc
fort ; et lui payassent un jnste tribut d'égards
et de respect! Plût à Dieu qu'exaltés et répan
dus par tout l'empire romain , ils sentissent
toute la portée de la faveur qui leur esl accor
dée , et n'en fussent pas ingrats ! Plût à Dieu
que ces sept électeurs , à qui apparlient le
droit de choisir le roi , pussent prévoir les pé
rils qui s'offriront aussitôt après la disparition
de l'empire romain , et les événemens qui si
gnaleront la fin de ce règne , que Dieu a lancé
comme un prodige sur la terre ! Qu'ils en
73

craignent la destruction , car ce sera après sa


consommation que la tribulation affligera le
monde ; et si ce jour n'était pas venu , comme
il est dit en saint Marc et saint Matthieu
l'humanité n'aurait pas été sauvée.
Les princes allemands représentent le sa
cerdoce de Samuel , qui , bien que prêtre ,
exerça les fonctions de juge. Il élut lui-même
le roi d'Israel , et le consacra . Les chefs de la
Germanie ne sont donc pas les vicairesde celui
qui s'enfuit lâchement , mais bien de celui
qui a dit : Seigneur, je suis prêt à vous suivre
à la vie et à la mort : de celui qui tira son
glaive au jour de la tribulation , et coupa l'o
reille à l'esclave du prince , pour prouver qu'il
lui eût aussi bien coupé la tête. Ainsi , celui
là même qui nia son maitre à la voix d'une
servante , en un autre temps , se montra plus
courageux . Tout se coordonne dans les au
vres du Créateur : Il y a temps pour la paix ,
temps pour la guerre ; les hommes sont tantôt
disposés à l’une , et tantôt poussés à l'autre.
Je parle avec confiance aux princes de la,Ger
manie . Si , comme vos ancêtres , vous vous
empressiez de vous rallier , avec vos sujets ,
autour du roi des Romains , protecteur de
l’Eglise , il n'est pas douteux que toute puis
sance opposée ne serait pas redoutable. L'Ita
4
74
lie , la Lombardie , la Bohême, la Grèce et
l'Espagne trembleraient ainsi que la Barbarie.
Mais à la vue de la fleur , elles chantent ; elles
se taisent au cri de l'aigle .

CHAPITRE XI.

Il surviendra un nouveau prince qui portera la guerre dans


diverses parties de la Germanie . Ce qui est prouvé par
différentes figures.

O mère bienfaisante , lamente- toi ; pleure ,


ô vierge ; gémissez , pasteurs de l'Église , Lom
bards, Alsaciens , Suèves , Francs , Orien
taux , qui faites la joie du Rhin . Dépouille -toi
de tes vêlemens de fête , terre de la vierge ,
pour ceindre le cilice, et te couvrir de cen
dres ; Ô Tourraine, écoute tes malheurs.
J'ai nourri et soutenu un peuple , et voici
que ce peuple m'a dédaigné ; il est devenu
pour moi le lion qui dresse des embûches , et
ma joie s'est changée en affliction. O peuple
infortuné, au sein duquel est né un nouveau
roi , non pour gouverner, mais pour désoler
les fidèles ; non pour consoler, mais pour pil
ler les biens spirituels ; non pour protéger ,
mais pour opprimer la veuve et l'orphelin ,
75
dans toute l'Allemagne , dont il sera le fléau
et le destructeur. Pire qu'Antiochus , qui en
leva les vases sacrés du temple divin ; pire
que Joab , le plus coupable des hommes ; pire
qu'Achab , quiavait changé les vignes du Sei
gneur en champs de légumes ; pire qu'Apol
lonius , qui avait dérobé des trésors pré
cieux au temple du Seigneur ; pire que
Juda , qui , en feignant la paix , trompa les
membres du Christ; pire qu'Holoferne , altéré
du sang humain et de débauches ; pire que
Samson , qui, efféminé aux pieds de la beau
té , ne sut plus rougir , il dilapidera le patri
moine de Jésus; il aimera les impuretés. Dra
gon perfide, il pousuivra l'épouse du Christ
dans une foule de diocèses. Par lui le monde
sera bientôt désert.
Inaccessible au sommeil , il rêve sans cesse
le mal , et assiste l'impie de ses conseils et fa
vorise l'iniquité. Dioclétien et Domitien , les
plus cruels des hommes ; Dèce et Maximi
lien , scélérats à toute épreuve ; Julien l’Afri
cain , apostat le plus déhonté ; Néron et
Adrien , tyrans les plus infâmes, firent en leur
temps beaucoup de mal , mais jamais autant
qu'en fera celui-ci , qui ne craignant pas Dieu ,
respectant peu la foi, n'épargnera pas les fidèles.
Il ne lui répugne pas de renverser les lieux
76

saints , il ne rougit pas du sacrilége. Hélas !


quelles paroles pourraient égaler l'immensité
des forfaits qu'il commettra contre la catholi
cité ? Les hommes de sang et de ruses ne pour
ront rien sur ses jours ;-Dieu , oui, Dieu veut
punir lepéché à sa racine. Pécheur , remarque
ce signe : l'éclat de ta sagesse sera terni , le
bruit de ta renommée étouffé , tes couleurs
obscurcies. Partout lemonde , tu seras appelé
hérétique; mais toutefois ne va pas te flatter ,
à l'aide de tes abominations , de semer la zi
zanie parmi les princes de la Germanie et l'em
pire. Tes années tiennent de l'humanité , elles
sont comptées , et non pas éternelles.

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CHAPITRE XII .

Après les persécutions , la paix ; après la passion du Christ ,


Pilate et Hérode devinrent amis .

Il est nécessaire que les hommes vivent selon


l'esprit , pour déjouer l'aiguillon de la chair ;
car l'homme quine vit que d'après l'impulsion
de ses sens , ne fait que répandre le mal sur la
terre ; c'est ce qu'on put voir au temps du dé
luge , alors que des hommes , d'une slature
77
colossale , occupaient le monde , et fiers de
leurs forces ne s'appliquaient qu'à la guerre .
Le Seigneur cependant ne daigņa pas les choi
sir pour sauver les hommes ,, parce que ce n'est
pas aux savans ni aux forts de ce monde ,
qu'il voulait attribuer le salut du monde. Il a
choisi les simples en apparence pour confondre
les fiers enfans du savoir terrestre . C'est ce
qu'on lit dans l'Építré aux Corinthiens : Laissez
vos armes pour appaiser Dieu par vos prières ,
car Mars regarde d'un oil courroucé Jupiter
vaincu . Conservez ce souvenir en vos cours .
llérode et Pilate devinrent amis après avoir
condamné l'innocence ; telle sera l'alliance
de Jésus avec Bélial , de l'Église avec les sup
pôts de l'enfer . L'alliance duloup et de l'agneau
est monstrueuse , et jamais un chariot tiré par
deux beufs mal assortis n'ira bien . Jamais le
Seigneur n'a marqué de prédilection pour les
hommes puissans dans la guerre , témoin Aba
cuc , cliap . 2 : Malheur à ceux qui bâtissent
sur le sang ; témoin encore l'histoire des fils
de Zébédée. La terre dévora Dathan et Aby
ron , parce qu'ils voulaient arriver par la vio
:

lence et l'orgueil au souverain pontificat : Si


tu veux , ô grand prince , t'assurer la victoire ,
commence par leyer tes mains vers le Très
Haut , tu vaincras alors , parce que Israel sera
78
avec toi. Puis , laisse dormir tes armes triom
phantes.

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CHAPITRE XIII.

L'auteur enseigne que le transport de la dignité impériale


de l'Allemagne était figuré par la transmission du bâton
de saint Pierre à Trèves' , et que la consécration de
l'empereur appartient à l'évêque de Cologne .

Après la mort du bienheureux Maternus en


Alsace , Eucharius et Valerius retournèrent à
Rome , et dirent à saint Pierre : Nous vous
supplions de nous donner quelqu'un à la place
de Maternus. Pierre répondit : Il n'en sera
pas ainsi; mais pour manifester la gloire de
Dieu à la face des nations , recevez mon bâton ,
et posez -le sur lui , disant : l'apôtre Pierre t'or
donne , au nom de Jésus-Christ , de te lever ,
ce qui fut fait. Celui qui avait passé dans le
sépulcre quarante jours se releva pour vivre
encore quarante années ; il se mit à baptiser le
peuple de Trèves, et telle était la prodigieuse
affluence de ceux qui voulaient recevoir le
baptême, qu'il fallut les baptiser dans le ruis
seau quiarrose la ville ; etcomme l'huile sainte
manquait , il en fut envoyé du ciel , et le ruis
79
seau tout entier fut consacré , et on l'appela
Olivie , c'est-à -dire chemin d'Olive. Or le bâton
avec lequel on l'avait ressuscité , fiut après sa
mort, divisé en deux parts. La partie infé
rieure est déposée avec le corps du pontife
auprès de Trèves. Le haut bout du bâton est
demeuré à Cologne . Voilà pourquoi le pontife
romain n'a plus de bâton : Le bienheureux
Pierre , dans un esprit prophétique , vous l'a
transmis , à vous Germains , faites attention à
ces paroles , et remarquez ces mystères. Qui
vous séparera des habitans de Cologne , ô vous
habitans de Trèves ? vous êtes frères . Quels
lieux plus dignes du bâton de saint Pierre que
ceux où le pontife romain appelait à la religion
du Christ d'immensesmultitudes? Qu'entendre
par Pierre , sinon le sacerdoce ? par le balon ,
sinon l'autorité pastorale , qui ramène au
bercail la brebis égarée ? C'est ce bâton qui
soutient le pasteur , tandis que le roi des Ro
mains entoure de tous les égards qui sont en
son pouvoir le souverain pontife. Saint Pierre ,
évêque de Rome et d’Antioche, a envoyé ce
bâton , par Eucharius , à la Gaule belliqueuse.
Pendant que le pontife romain faisait passer ,
des mains des Grecs à celles des Allemands ,
le sceptre de l'empire romain long-temps avant
cette époque , Pierre , dans un esprit prophé
80

lique , attribuait à l'église de Trèves la partie


inférieure , et à celle de Cologne , le bout su
périeur du bâton pastoral. Et cela parce que
bien que la ville de Trèves soit plus ancienne
que celle de Cologne , Cologne l'emporte sur
sa devancière par la puissance et le mérite.
Cologne tient donc la partie supérieure du
bâton pastoral ; aussi l'évêque de Cologne a-t
ilnon -seulement le droit d'élire le roi des Ro
mains; mais c'est lui encore qui doit , de pré
férence à tous autres princes , le consacrer ,
quand il a été élu. Et ce privilége notable ,
l'évêque de Cologne le doit plus encore à la
volonté divine , qu'à des causes nécessaires et
rationnelles. Mais vous ne devez pas vous glo
rifier de cet honneur : au contraire , vos fautes ,
si vous en commetlez , doivent être plus graves
d'autres aux yeux de l'empereur. Écoutez
que
ce que dit Isaïe : Voici ce que dit le Dieu des
armées : Va trouver celui qui habite dans le
vestibule du temple préposé à sa garde , et tu
·lui diras : Que fais-tu ici? Ce tabernacle sera
ton sépulcre , et voici que Dieu va te faire en
lever. Hélas ! si l'amitié qui lie des étrangers
mêmes , ne vous unit pas , vous qui êtes frères ,
voici le monientou bien des calamités énormes
vont pleuvoir sur vous.
81

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CHAPITRE XIV .

Des tyrans ravageront l'évêché de Trèves et de Cologne.


Le siège apostolique sera vacant et désolé par la tribu .
l'ation sous l'emblême de l'ours et du loup.

Hommes éclairés , sous le bâton de Pierre ,


écoutez , je vous prie , les lamentables paroles
proférées par Reynard Lolhardus , après une
vision dans laquelle lui étaient apparus les dé
sastres de l'Église . Deux frères se battaient ,
ayant un seul baton dans leurs mains ; l'un
portait au bas l'empreinte d'une croix rouge ,
et l'autre , au haut, celle d'une croix noire.
L’Église se désolait; le loup et l'ours s'appro
chant des combattans, emportèrent le bâlor.
Lesdeux frères demeurèrent épouvantés , parce
qu’un moment redoutable approchait. L'ours
allait déchirer l'Eglise de Cologne ; le loup ,
autre ennemide l'Église , montera à Trèves ,
à qui il'enlèvera sa subsistance.
On lit dans la Genèse , dans un style aussi
figuré :Deux fois sept vaches sortirentdu fleuve,
les unes pleines d'embonpoint , et les autres
d'une excessive maigreur; et elles se mirent à
paître sur la rive même du fleuve , dans les
82

plus gras pâturages , et les sept maigres dévo


rèrent celles dont l'embonpoint était admira
ble. Ce quidonne à entendre que Trèves sera
renversée par les sept électeurs sous l'emblême
des vaches maigres , parce que ses désastres
lui enleveront ses graces et son embonpoint.
O Moselle , qui coule dans ce royaume , ap
paise le Créateur. Après nombre de tribula
tions , tu mettras tes ennemis en fuite , croix
rouge , comme le fidèle Israel. Autre figure
emblématique dansle chap . 7 du Deuteronome:
Israel, issue de la terre sainte , mettra en fuite
sept peuples , les Perses , les Amorrhéens , les
Éviens . les Éthiens , les Chananéens , les
Jélubiens et les Pharisiens. Alors tu seras en
paix , sainte croix.
Après des guerres intestines entre les sei
gneurs de Trèves et de Cologne, viendront des
ours des forêts et des loups sauvages . La per
sécution , les malheurs qui auront lieu sous
Maximilien , ou l'enfant de la France, ressem
bleront à celles du temps des Machabées ,
où le souverain pontificat était occupé par
Ménélas , Lisiniaque et Archime. Ces tribula ..
lions passées , le Christ , prince de la paix
naquit incarné. Octave reçut du peuple romain
+
la monarchie du monde. Et de même que le
a
souverain pontificat vaqua à la mort de Mach
83

bée , de même , hélas ! sous Maximilien , le


siége romain sera inoccupé , à ce que je crois ,
un an et demi. C'est ce qu'on lit au chap . 6 de
l'ouvrage de Cyrille :
Dans ce temps-là , il y aura une grande dé
solation ; et un nouvel ordre , une restauration
nouvelle se feront dans l'Église. Mais avant
cette recomposition il y aura plusieurs pseudo
pontifes dans l'Italie et la Romanie. C'est ce
qu'entendait la sibylle d'Erithrée , parlant de
l'aiglon qui viendrait après sa mère. Après cela ,
viendra une autre aigle qui nourrira la flamme
dans le sein de l'épouse de Jésus-Christ. Il y
aura trois adultères que le légitime époux dé
vorera. Le blasphème, trois fois , s'élèvera
avec les accens de l'abomination , en la pré
sence du Très-Haut. La fin de ces chants sera
la mort.

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CHAPITRE XV .

L'auteur raconte que trois pontifes seront déposés par le


Pape , à cause de leurs vices et de leurs prédictions er
ronées.

Ainsi parlait la sibylle de Grète , des pseu


do -pontifes, représentés par l'aigle et le lys :
84
trois adultères dresseront des embûches au
fiancé légitime, qui , en apparence , débile ,
finira par dévorer ses ennemis. Ensuite le coq
chantera , et dans l'Église restaurée , le pape
légitime lancera les foudres de ses arrêts
contre les trois prélats allemands , pour
leur désobéissance et leur rébellion contre l'é

pouse de l'agneau . Entre ces trois pseudo-pon


tifes , la discorde s'allumera ; un seul , légitime
ment et canoniquement choisi par le pape , ne
peut résister à ses rivaux. Le second , profé
rant d'une voix forte et sonore trois blasphè
mes , prêchera l'hérésie , soulevant le peuple
contre le sacerdoce ; ses paroles seront l'abo
mination . Il périra , couvert de l'opprobre
d'une flétrissante simonie . C'est pourquoi le
prophète a dit : Je disperserai les idoles sur la
terre , c'est -à -dire l'Église : le coq chantera ,
c'est-à -dire le vrai pape fera entendre sa voix.
Sur les ruines de l'erreur , la meilleure restau
ration s'établira , et les tribulations de l'Église
cesseront. Prenez donc garde, religieux habi
tans de Trèves , et vous philosophes de Colo-
gne , que les loups ravissans ne s'introduisent
dans votre bergerie. Car vous êtes frères : que
d'autres ne reçoivent pas vós couronnes. En
effet , de vos jours , il arrivera des choses
85

inouies ; que le Tout-Puissant veuille bien en


préserver vos églises.

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CHAPITRE XVI.

Comment, à cette époque , la plapart des religions se relà


cheront de leur ferveur primitive. - Révélation de Joa
chim.

De nombreux désastres tomberont , dans ces


années , sur les âmes pieuses et craignant Dieu .
Des contestations , des différends de plus d'un
genre diviseront les esprits. La chasteté , la
justice , la piété , l'économie , la sobriété , se
ralentiront sous l'influence de la grande con
jonction de Mars ; de là des rixes et des discus
sions, des haines et des infamies , le viol et
l'adultère , ainsi que d'autres excès. Aussi, dans
le livre des lamentations du prophète Jérémie,
Joachim dit-il : Sous Élie et sous Élisée , sous
les fils des prophètes, la vie contemplative sans
doute fut pratiquée par les enfans d'Israël.
Mais la grâce spirituelle bientôt les abandon
na , à cause des erreurs de la coupable Jésa .
bel. La vie contemplative se réfugia chez les
Grecs, sousPaul, premier ermite,saint Antoine
86

et les autres cénobites; cependant, au sein


mêmede leur retraite , il se trouva des préva
ricateurs de l'un et de l'autre sexe , et la vie
contemplative cessa d'exister. O hommes évan
géliques qui suivez une vie monastique , écou
tez -moi: da moment que le tamis fut brisé sur
la table , il n'y eut plus de règle monastique ,
et la religion spirituelle disparut avec les pri
vations qu'on s'était d'abord imposées. On lit
dans Isaïe : Les pauvres , altérés, cherchent de
l'eau , et il ne s'en trouve pas. Leur langue
desséchée est brûlante ; c'est pourquoi je ferai
jaillir l'eau vive des montagnes , et j'ouvrirai
des sources dans les vallons. Ils moissonneront
là où ils n'auront pas semé; transportant les
doctrines et les délices du siècle dans le sein
des monastères,ils ont changémon oren colère,
et les couvens en succursales de Baal.L'or est
l’Écriture-Sainte qu'ils détournentde son vrai
sens pour l'interpréter à leurmanière et la con
vertir en doctrine ingrate et sèche. Ainsi il est
nécessaire que la langue de l'homme simple
soit desséchée par la soif, pour qu'il puisse la
rafrafchir à la source pure de l'Évangile. L'au
tre soif que rien ne peut étancher est celle de
la Samaritaine hydropique : les prélats et les
abbés sont semblables aux monts superbes :
les fidèles , dans leur simplicité , sont comme
87
le vallon . O vous tous , qui avez soil , venez
indistinctement à la source ! Hélas ! les mona
stères seront dépouillés , la pauvreté s'asseoira
sur leurs ruines. Comme Pharaon , englouti
dans la mer rouge; comme Achab et Jézabel ,
avec les prêtres de Baal ; comme l'ordre des
Templiers anéanti , ainsi les Bénédictins , les
moines de l'ordre de saint Antoine et de saint
Bernard , et divers ordres religieux feront des
pertes considérables . O hommes évangéliques ,
priez donc Booth d'étendre sur vous le man
teau de sa grâce .

www

CHAPITRE XVII .

Origine des Francs , et leur état futur, représentés sousles


propriétés bonnes etmauvaises du coq.

J'ai recueilli , dans les écrits et discours des


anciens, des documens d'où il résulte que la
France (Gallia ) tire son nom du mot grec
( radio ) , qui en latin se rend par (lac ) lait ,
parce que les Français sont plus blancs que les
Espagnols et autres. On peut dire aussi que la

France doit son nom aux propriétés du coq


(gullus), qui en a trois principales .
88

Le coq d'abord est superbe , bruyant,


luxurieux , tantôt disposé à la guerre et
tantôt à la paix. Or donc que les Français
qui, dans leur caractère , ont plus d'une
similitude avec ce fier animal , sachent que
de manière ou d'autre , ( qu'ils l'avouent
ou non ; ) ils tirent leur origine des Gaulois
(Gallicorum ). Voici maintenant les bonnes
qualités du coq : beau d'encolure , orné d'un
plumage brillant , plein d'audace et de gaieté,
il est ardent et libéral : Nouveaux points de
comparaison . Voici enfin les plus belles qua
lités du coq : plein de vigilance , son œil vif et
brillant est toujours aux aguets ; monarque
excellent, il dirige ses poules et les féconde ;
il tire le grain du fumier et le distribue à ses
sujelles. Ce coq est l'emblême du prélat spi
rituel de l'Eglise.
De Priam à Pharamond , et de Pharamond
à Helderique ( ou Childerique ) , il faut le re
marquer , tous les rois et princes francs ont
été gentils et païens. Cet Helderique , chassé
de son royaume, pour avoir attenté à l'hon
neur de plusieurs femmes , se refugia près du
roi de Thuringe , dont il séduisit l'épouse
Washe , et dont il eut Clovis , fruit d'un adul
tère, qui fut baptisé par Remi. A dater de ce
Cloyis , tous les rois de France furent chré
89
tiens. Karolus qu'on appelait Marcellus , na
quit aussi d'un adultère , de Pépin et d'Al
paida; chassant les fils légitimes de son père ,
Drogente et Gymnalde , il usurpa leur trône.
Ce fut un tyran qui persécuta l'Église et ses
clercs : il tenait du mauvais coq. Quand il
mourut , le Pape eut un songe dans lequel il
vit Karolus , mort à Trèves , descendre en
enfer. Le Pape s'empressa donc d'envoyer
des ambassadeurs à l'évêque de Trèves ; on
trouva sur la tombe du roi , un serpent d'une
grosseur prodigieuse , et dans la tombe , plus
de corps. Il est dit au livre des rois des
Francs : Il naitra des Carlingiens, c'est-à -dire
de la souche du roi Charles ( Karolus ) , dans
un temps éloigné, un empereur nommé P., qui
sera prince et monarque de toute l'Europe , et
réſormera les églises. Après lui nul ne régnera
plus.
Il est donc manifeste que l'Église romaine
est le royaumede Dieu , dont Jésus-Christ a
dit à ses apôtres : Il vous a été donné de con
naître le secret du royaume de Dieu. Mais
quant à ceux du dehors, ce n'est qu'en para
boles qu'il leur sera montré. Si en effet tous les
secrets du royaume de Dieu étaient publique
ment dévoilés à tous , les superbes et les es
go
prils mondains, loin de comprendre , lourne
raientmême en dérision la vérité des faits.

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CHAPITRE XVIII.

Prophétie de sainte Brigide, vierge , sous l'emblême du


lys, croissant dans le champ de l'occident.

Brigide dit , dans sa révélation : Il sorlira


du sol de l'Occident un lys , qui croitra d'une
manière étonnante sur la terre virginale ; son
parfum absorbera tous les poisons, sa tige sera
plus forte que le cèdre . O jeune homme qui
t'avances sur la terre du lys, écoute mes con
seils et grave-les dans ton cæur. Consulte ta
conscience , et vois si tu viens du bon ou du

mauvais coq. Gar sur le bon coq il existe une


vieille prophétie qui porte : Le lys , associé au
grand aigle , se balancera de l'Occident à
l'Orient contre le lion ; le lion , sans défense ,
sera vaincu par le lys , qui répandra son par
fum sur l'Allemagne, pendant que l'aigle , dans
son essor, emportera au loin son renom .
91

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CHAPITRE XIX .

Événemens heureux qui attendent le royaume de France ,


- Les trois lys mystérieux du royaume très chrétien .

Voici ce qui a été dit à la louange du lys :


O France , noble terre , tu portes une fleur
dont le parfum exquis enivrera l'aigle d'Oc
cident de l'amour de la charité , et don
nera une nouvelle énergie à ses deux ailes ra
dieuses qui le transporteront sur les monts de
la chrétienté. C'est le lys odoriférant , dans
le sein duquel les abeilles des portes de l'Eglise
viendront butiner . Les rebelles ne trouveront
au contraire que du venin dans le champ vir
ginal , où le lys couronné d'auréoles demeu
rera pur et sans tache. O jeune homme qui
règnes sur la lerre du lys , prends garde qu'on
ne dise : Malheur à la terre dont le monarque
est un enfant. Car tu es celui qui gouverne
sous le ciel le champ de saphyr avec trois lys
d'or, qui l'apprendront : le premier, que toi
et ton successeur, vous serez les ministres du
vicaire du Christ tenant la main gauche sur
92
les épitres de toutes les nations ; le second lys
annonce que toi et les tiens vous serez les co

lonnes de la chrétienté dans la partie occi


dentale , à partir de ce fragment de marbre
qui s'est séparé , seul et sans être poussé de la
montagne. Le troisième lys annonce que tu
seras le défenseur de l'épouse du Christ , por
tant sur ta tête l'auréole du plus beau et du
plus parfumédes lys. Aussi seras-tu appelé le
roi très-chrétien . O lys , dont la blancheur et
l'éclat ornent l'Église , un ange te planta ; Re
mi, l'apôtre des Français , le consacra , Do
nys te prêcha , Louis t'exalta , la France te
nourrit , la Gaule te décora. Vois si tu tiens
du mauvais coq ; sache cela dans la sagesse.

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CHAPITRE XX .

Une grande prospérité attend le Roide France, qui sus


citera des maux à l'Eglise .

Le Seigneur pourra susciter contre l'Église


les Francs qui l'humilieront. Hélas ! l'homme
couvert de honte , fameux par ses crimes ,
au faîte , des honneurs et de la fortune , sera
93

porté au trône , tenant à la main le glaive de


la tyrannie, humide encore du sang qu'il aura
versé. Hélas ! hélas ! l'hérésie de la Bohème

triomphera ; la spiritualité sera étouffée jus


qu'à ce que paraisse l'homme orné de toutes les
verlus,qui,sousl'influencesalutaire de Jupiter ,
mellant un ternie aux calamités soulevées par
Mars , fera cesser le deuil. Au temps de Charles
dernier , roi de France , du comte d'Armagnac
et du dauphin Louis , que je crains de nom .
mer un enfant , hélas ! dans la haute Alle
magne , des glaives sanglans menaceront la
catholicité. Peuple et clercs de l'Église auront
à souffrir de plus d'une manière : car on ne
craindra pas de porter la main sur les lieux
saints.
O enfant , vois si tu es un bon coq : voiciqui
te dira si tu es très- chrétien . Car si tu descends
du bon coq , pourquoi ne pas élever les colon
nes de ton royaume, ne pas battre des ailes,
pour montrer à tes sujets les grains de la
bonne renommée et de l'honneur , à savoir , le
sacerdoce , le royaume et l'étude ? Voilà les
trois colonnes , et pour ainsi dire les trois ver
tus qui seules peuvent vivifier le lys et le dé
velopper . Ce sont à la fois la fondation , les
murs et le toitde l'édifice. Sache encore que ,
de ton temps, il y aura des momens dangereux
94
comme on u'en aura pas encore vu , surtout

du temps de la jeune fille. Car tes sujets eux


mêmes se lèveront contre toi : les feuilles du
lys voleront au loin dispersées , et sa tige se
fanera sur la terre de la vierge. Ainsi périra le
mauvais coq. Aussi le prince des apôtres s'a
dressait-il à toi , quand il disait : Craignez le
Seigneur , et honorez le roi des Romains. Le
reste est écrit dans le livre des commentaires.
Adieu .

www wwwwwwww

CHAPITRE XXI.

Le roi de Bohêmesuscitera contre l'Eglise , et par les ar


mes et par l'erreur, de grandes calamités, et il périra
enfin bocteusement.

Il faut penser et croire fermement que la


plupart des maux qui nous arrivent sont le
châtiment de nos démérites et de nos trans
gressions continuelles à la loidivine. La cupi
dité et la concupiscence effrénées, les vices
multipliés des hommes , tant séculiers qu'en
gagés dans les ordres , se sontaccrus à l'infini;
tellement que l'Église militante du Christ ne
95
montre plus de la tête aux pieds qu'une large
plaie , que lui ont infligée nos imperfections
de tous genres. Et ce ne sont pas les astres, ni
les éclipses qui nous tourmentent , mais les
péchés , les crimes que nous commettons, hé
las ! sans nombre , nous amènent et appellent
sur nous les soucis , les douleurs , la mort , les
maladies , la faim , la guerre , et mille autres
souffrances vengeresses .

Hélas ! voici l'hérésiarque Belphégor, le roi


de Bohème , ennemi le plus acharné de l'É
glise romaine et de la foi orthodoxe , qui ap
porte à l'épouse du Christ éclipsée mille tribu
lations. Il mettra à mort les hommes illustres.
Jeune homme qui marches au combat , ne te
souviens-tu plus que tes ancêtres furent catho
liques ? et que viens -tu te vanter de tes doc
teurs excommuniés ? En vain tu chercherais
à élever un édifice ; tu assembles le sable avec
les pierres , l'argile avec la cendre. Pourquoi
consulter des oracles muets , les docteurs , les
hérétiques , qui ne savent ce qu'ils disent ?
Marche après Paul, qui fut envoyé vers Ana
nie : ou bien marche vers Hérode , qui apprit
des Mages où naitrait le Christ. Prends garde
de te tromper , et qu'au lieu de saisir l'or, il ne
reste dans ta main que l'oricalque . Tu domine
ras cependant , mais qu'il sera court , le temps
96

de ton règne ! Dans ton jeune âge , tu élais


conduit par tes parens ; mais dès que la raison
te fut arrivée , saisi de la soif de dominer , tu
commenças , ô roi , à peser sur l’Église , à
blasphémer l’Esprit saint. Je gémis , en vérité,
car quiconque te verra se lamentera et pleure
ra sur toi , l'homme de la douleur, et dira :
Voici l'homme que sa vanité a égaré. Car si
Cham futmaudit pour avoir manqué de res
pect pour son père , à combien plus forte
peine dois-tu être condamné, toi qui ne crains
pas d'attaquer et d'outrager la religion de tes
pères ! reconnais cependant que la lumière
des étoiles , descendant du ciel , éclaire à la
fois et l'or et le fumier. Tu finiras honteuse
ment: ou bien corrige et amende ta vie ; fuis,
comme la vipère , ton idole , excommuniée ,
anathématisée. Après toi viendra quelqu'un
qui ramènera l'église de Prague à la mère des
fidèles , ei il y aura en Bohême une nouvello
réforme.
97

www

CHAPITRE XXII.

Les rois de Hongrie combattront avec vigueur dans l'in


térêt de l'Eglise.

L'avarice seule des princes et des gouver


nans a séduit beaucoup de gens , en a fait
égorger un grand nombre. L'envie et l'ava
rice étouffent, par leur souffle empoisonné ,
la mémoire ; la pierre angulaire de l'unité se
divise ; le glorieux roi de Hongrie interviendra .
Tout ce que je pourrai dire à ta louange , ô
Matthias , serait au -dessous de la vérité ; car
la langue humaine ne saurait trouver d'ex
pressions pour rendre convenablement les au
vres de ta grandeur. Mais une voix plus élo
quenle que la nôtre , alors que nous nous tai
sons, s'élève pour dire avec chaleur tes belles
actions , tes hauts faits ; tout l'empire Cons
tantinopolitain célèbre ta louange , l'Eglise
tout entière rend hommage à ton nom . Seul,
tu as élevé contre le Turc le bouclier de la
croix du Christ. Couvert d'une gloire écla
tante , que tu devras à ta magnanimité et à
5
98
ton courage , tu vivras de longues années , in
vincible , favori de la fortune. Tu as vaincu
beaucoup de peuples , les féroces Uviéniens et
les fiers Australiens ; tu as enlevé au paon sa
queue , tu as pris des villes et des forteresses.
Tu étais l'instrument du Seigneur. J'omets le
reste de tes fails. Car tu as vaincu ce qui por
tait en soi la nature et la condition de la dé
faite . Quelle force pourraitrésister au fer! Mais
vaincre son courroux , maitriser ses passions ,
être modéré dans la victoire , pratiquer la jus
tice , garder sa foi , maintenir la paix , favori
ser les bons , et ce qui vaut mieus encore ,
vivre dans la crainte du Seigneur , honorer
l'empereur et exécuter ses ordres , voilà ce
que tu as su faire de plus. Or il n'est rien que
la vélusté ne consume enfin , comme l'a dit le
très- sage Salomon . Tout ce qui nait , vieillit
et meurt. Ton peuple est donc heureux , selon
ces paroles de la reine de Saba à Salomon :
Les esclaves en ta présence sont heureux . Tu
vaincras les nations , et tu conquerras une
gloireimmense. Mais après viendra plus
grand que toi , qui brisera , comme le fouet ,
les chiens infidèles. Un peuple armé de flè
ches règnera long -temps sur les chrétiens , et
le royaume de Hongrie sera donné et conservé
à an autre qui sera plein de piété et de mise
99
ricorde pour l'Église. Il réformera l'Eglise de
Prague et le teinple constantinopolitain de
Sainte -Sophie. Il s'élèvera du milieu des ca
tholiques ; ilne sera pas du sang de Matthias ,
mais il règnera loyalement.

wwwwwwwww wwwwwwwwwwwwwwww wwwwwwwwwwwwww

CHAPITRE XXIII.

L'éclipse annonce divers événemens malencontreux et


prospères , quiarriveront au comte palatin par le faitde
l'empereur et roi de France.

La Justice du droit naturel s'accorde avec


la perspicacité deladroite raison . C'est ce dont
les annales où sont déposés les faits et gestes
des princes font foi. Pour que l'oubli,mère de
l'erreur, ne survienne pas , il est donc conve
nable de faire ressortir également les ombres
et l'éclat du tableau , de même qu'un miroir
reproduit à la fois , quand il est sans taches ,
qualités et défauts. Ainsi le comte Palatin , s'il
consulte son origine , trouvera qu'il a été pri
vilégié, dès sa naissance , des plus beaux dons ,
et a reçu des trésors immenses du ciel qui ,
dans sa grâce , a fait refléter sur lui l'éclat de
la gloire paternelle et la candeur de la lumière
100

éternelle. Deux rayons brillans et d'une lar


geur immense ont éclairé sa clémence. Ce
comte palatin n'est pas idolâtre ; il est le vrai
adorateur de Dieu et de la religion chrétienne .
Maintenant que mon Seigneur écoute avec fa
veur et bonté ce que l'éclipse actuelle présage
au prince plein de clémence .

wwwwwwwwww

CHAPITRE XXIV .

Les diverses positions ou se trouve le comte Palatin ,


viennent de la rupture des traités et de l'insulte faite à
l'Empereur.

Cette éclipse présage les choses les plus


dures et les plus terribles que jamais on ait
vues de mémoire d'homme. L'horreur en est
telle que l'effroi qu'elles m'ont inspiré m'a
presque empêché d'en donner l'explication .
Depuis long -temps nos ancêtres voyant à l'a
vance cette terrible éclipse , du temps du
pontife Martin , en avaient dévoilé les affreux

mystères. Du moment que l'éclipse aura at


teint le signe royal et la tête du Zodiaque ,
elle présage aux rois et aux dominations d'é
pouvantables désastres , des infortunes de tous
IOI

genres pour plusieurs , et pour la plupart la


ruine et un trépas inattendu .
O chef loyal , remarque bien la fortune qui
t'est réservée parles corps célestes. Tu réveille
ras le roidu lys et l’aigle endormi. Tu lanceras
contre l'Église le lion des forêts. Tu as souri,
et ton sourire a dompté les lionceaux . Que ce
lui qui se croit debout , craigne de tomber .
Car les sujets , pendant celte terrible éclipse ,
seront opprimés par leurs ennemis et leurs ri
yaux. L'amour de la domination tendra à
d'autres des embuches : les commandans de
tes villes et de tes villages seront entourés de
pièges et de périls. Les uns se verront ren
versés du pouvoir , etperdront leurs honneurs
avec leurs dignités ; d'autres succomberont
sous les séditions turbulentes des principautés ,
et seront dissipés par le bras populaire , de telle
sorte que l'on ne pourra découvrir les auteurs
de leur mort. Tellas. sant les calamités falales
que l'éclipse actuelle présage au prince ré
gnant du Palatinat.

O prince illustre qui, dans tes armoiries,


portes un lion couronné , prête attention à ces
paroles : car le prince des astrologues , Pto .
lomée l'a dit : L'homme est sour l'influence
du cours des astres. Or, l'ec, il se actuelle
102

t'annonce , ainsi qu'aux tiens , des fortunes


variées. La gloire la plus brillante et ses tro
phées vous attendent , toi et tes lionceaux des
montagnes : toi ou quelqu'un de ton sang ,
vous serez chef de cavaliers , ou vous com
manderez une armée d'infanterie , ou bien des

troupes navales et une escadre imposante , ou


lançant à toute bride tes escadrons belliqueux,
tu auras pouvoir de vie et de mort sur tes en
nemis. Voici que les cités et les camps tremblent
à ton aspect ; et si l'éclipse ne se dément pas
dans ses premières dispositions, la ſélicité et
la prospérité des tiens sera au comble :
mais cette même éclipse , si tu ne surveilles at
tentivement ses mouvements , pourrait un
instant après , te plonger dans l'abîme et la
mort. Il est donc essentiel , prince très-il.
lustre , que les interprètes des astres ne ces
sent de prédire les chances de ruine et d'in
fortune qu'ils voient pour les princes dans
le cours des corps célestes , afin que tu sa
ches qu'il n'y a qu'un seul prince qui règne
au ciel.
Le ciel et les étoiles annoncent la mortalité
par le glaive , des têtes tranchées et l'effusion
du sang. Jinspère que la sagesse , ô prince ,
que ton a 2de la paix et de l'honnêteté ,
103

triompheront de cesmalignes influences : les


embuches dressées par l'envie , échoueront,
et à moins qu'une révolution toute particulière
n'y pousse avec force , il sera difficile que ces
pièges puissent amener la guerre et l'effusion
du sang. Si la mort cependant frappe quelques
victimes , ce sera l'influence des Jumeaux qui
en sera cause. Or, il y aura alors quelques
années de paix , prospères et fécondes : il pa
rait que la fortune sourira à ceux qui tiennent
au Sagittaire. Car ce sont ceux- là qui , par la

loi de la nature , possèdent la justice , l'hon


nêteté et la beauté : entr'eux et les Jumeaux ,
ou ceux qui les habitent , il naitra des difficul
tés , d'abord effrayantes sous ton règne , mais
qui toutefois , se termineront d'une très
louable manière . Mais un danger plus grand ,
prince loyal , vous attend , toi et les tiens. Des
causes de guerre avec des puissances étran
gères s'agiteront. Mais des traités , des com
promis , des alliances conclus par tes soins et
tes ordres , éviteront la guerre , arrêteront la
marche des armées. Le lion dormira tran

quillement dans les monlagnes ; les chasseurs


ne pourront dans les antres sauvages , décou
vrir ses traces. Grave ceci dans ton cour ;
sous ton règne , dans tes villes , il surgira des
104
nouveautés , entourées de séductions. Tout ce
que j'ai dit de ta sérénité puissante , doit aussi
s'entendre de l'état. Le pardon demandé d'a
bord avec humilité, sera dédaigneusement re
poussé , les traités que tu auras passé seront
violés indignement, on se rira de la foi qui
leur est due , et la confédération se formera
contre toi. L'aigle appellera contre toi les
bêtes du royaume : tes proches se réveilleront
et tes lionceaux prendront la fuite. Cela est
prédit par les constellations : les lionceaux
auront à souffrir des feux solaires , l'étoile
du lion pâlira devant l'éclat du soleil, et
comme la lune , cachée par l'ombre interposée
du soleil , vous souffrirez long -temps , des
éclipses , des calamités et des désastres.

wwwwwww

CHAPITRE XXV .

Description de l'état futur de l'empire , d'après la vision


de l'arbre de Daniel. - Narration abrégée de quelques
combats entre les fidèles et les infidèles .

On lit dans le second livre de Daniel : Après


la vision du roi , Daniel répondit : voici ce que
105

signifient les pieds de la statue, moitié d'ar


gile , moitié de fer ; de même que le fer ne
peut se mêler à l'argile , de même sous l'em
pire romain , la discorde éclatera entre les ca
tholiques et les Turcs infidèles.Une partie s'af
fermira sous l'empire constantinopolitain.
L'autre sera brisée , ce sera l'empire de Tré
bisonde. Alors le Seigneur élevera le royaume
du ciel qui durera à toujours.
L'Ottoman , ci-devant Troyen , empereur
le plus belliqueux de tous les chefs troyens ,
leva le premier le glaive contre les chré
tiens. Guerroyant sans cesse avec les Po
lonais , les Tartares et les Russes , ce fut
l'adversaire le plus redoutable des fidèles ,
qu'il ne cessa d'inquiéter. Il ébranla la tête
d'or de la statue de la religion chrétienne . Il
fut donc rangé parmi les premiers capitaines
et généraux des Turcs, dont il tira le nom
qu'il a depuis gardé.
Tamerlan , le plus grand , le plus ancien ,
le plus courageux monarque des Alains , des
Arméniens, de la Tartarie grande et petite, et
de la Cappadoce , fut l'ennemi le plus redou
table des Turcs , qui s'étaient répandus dans
beaucoup de provinces qu'ils souillaient de
leur vile présence ; alors l'or fut changé en
alliage , et sa belle couleur se ternit.
106

Orchanes , voulant détruire la religion


chrétienne , et semer le poison de l'infidélité
dans la Silésie , rencontra les grands princes
de Pologne près de la ville de Navemark . Là ,
avec ses milices turques , au nombre de qua
rante-huit mille , il fut tué , et peu des siens
s'échapperent.
Amozathes soumit plusieurs provinces de la
Tartarie grande et petite , et le Pont- Euxin ,
par la force , le glaive et la flamme : l'empe
reur de Trébizonde et Tamerlan , épouvantés ,
ne pouvaient tenir contre son courroux. Hélas!
combien eut à souffrir l'or et la statue de la
religion chrétienne !
Pozuytes , quatrième roi , poursuivait les
chrétiens: il fut arrêté par le grand Tamerlap ,
roi des Arméniens , qui le vainquit et le fit
prisonnier. Le même Tamerlan , poursuivant
nuit et jour les Turcs , mettant leurs provinces
à feu et à sang, la Moldavie et la Valachie ,
écrasa les Turcs maudits sous les coups de ses
redoutables cohortes. Athlète et soldat fort du
Christ , il combattit sans relâche pour empê
cher la chute de la religion du Roi des cieux.
Sous les traits de la statue de Nabuchodo
nosor , Lalapinus , cinquième empereur , avait
vaincu le très - chrétien Sigismond dans la
plaine de Philadelphie , près de Schileach , ou
107
avaient péri , sous les coups des Turcs , che
valiers et fantassins chrétiens, en foule ; Si
gismond n'était parvenu qu'avec beaucoup de
peine à s'échapper avec quatre de ses frères
d'armes. Le même empereur Turc , le glaive à
la main , soumit l'empire de Trébizonde , et le
réunit , ainsi que les contrées les plus riches ,

à son empire ; mais , par la suite , Eugène et


Sigismond surent très -adroitement les recon
quérir pour l'Église.
Soliman , sixième empereur , portant la
guerre dans l'Arménie majeure et mineure ,
contre le roi Tamerlan , réunit , par ses
armes toujours victorieuses , les cités les
plus opulentes , les pays les plus fertiles ; et
Tamerlan , hélas ! sans résistance, devint, avec
son empire , tributaire du farouche Soliman .
Orchanes , septièmeempereur, poussant au
loin ses conquêtes , et continuant celles de son
prédécesseur , soumit nombre de cités et de
provinces , en enleva surtout à l'empire de
Trebizonde , au -dessus et au -deusous du Pont
Euxin et du bras de Saint-Georges : le fer et
la flamme précédaient toujours ces conqué
rans et assuraient leur triomphe.
Moyse , huitième empereur, tua Orchon ,
pour l'empêcher de régner ; et soumit par .
le glaive et la flamme , après avoir dû l'empire
108

à un meurtre , une foule de provinces de l'Asie


majeure et mineure , de la Tartarie majeure
et mineure , et des terres riveraines du Pont
Euxin .
Mahomet, neuvième empereur , étendant ses
conquêtes dans la Sogdanie , la Gordiane , la
partie septentrionale du pays des Sarrasins et
les provinces les plus fertiles de la Cappadoce ;
soumit à son épée de nombreux pays, nuit et
jour harcelés par ses armes ; et de tributaires
del'empirede Trébizonde, il en fit les tributaires
de son empire. Oh ! combien eut à souffrir la
statue d'or devenue d'alliage ! combien fut
démembrée la religion chrétienne !
Amozathes , frère de Mahomet , obtint l'em
pire des Turcs . Il entra en campagne contre
Ladislas, roi de Pologne ; et, dans les environs
de Philadelphie , rencontra son armée forte de
soixante -huit mille hommes , tous soldats d'é
lite pris parmi les plus robustes ; trente - six
mille hommes seulement de ces troupes chré
tiennes échappèrent au glaive ottoman ; fait
attesté par le général Jean Creschoffz , en l'an
1460. Get empereur turc conquit l'empire de
Trébizonde et le Péloponèse , et augmenta de
plusieurs provinces ses domaines.
Mahomet , onzième empereur des Turcs ,
conquit à main armée Constantinople , Rome,
109

la Romanie majeure , toute l'Asie mineure ,


l'Istrie , la Grèce , la Croatie , l’Esclavo
nie , la Dalmatie , sans résistance de la part
du saint empire , ou des princes de toute l'Al
lemagne haute et basse , à l'exception du fidèle
Matthias , roi de Hongrie , qui mérita d'être
appelé le plus chrétien de tous les catholiques ,
et qui fut attaqué par les Turcs dans toutes
ses provinces. L'or de la tête descend au fer
qui compose le pied de la statue , et est prés
d'arriver à l'argile .
Marnetus , douzième empereur , prend suc
cessivement possession de la Rhétie , de la
Théodotie , de la Rissie blanche et rouge, de
la Valachie majeure etmineure ,de la Lipulie,
de Corinthe , d'Éphèse et de Schuterez.
Doglosius , ayant deux fils , veut, à la faveur
de nos péchés , ajouter d'autres possessions à
ses domaines , et se flatte de conquérir sur
tous les chrétiens plus de royaumes qu'en con .
quirent jamais tous ses prédécesseurs , les em
pereurs des Turcs. En effet , ce Doglosius
luttant avec une foule de généraux et des
meilleurs capitaines chrétiens , s'empara de
Rhodes , de la Licilie , de la Calabre , de la
terre d’Apulée , de la Campanie, de la Sardai
gne , de la Corse , de Majorque et Minorque ,
et de toutes les autres possessions insulaires
IIO

de la Méditerranée . Ainsi il dominera sur


toute la chrétienté qu'il déchirera .

CHAPITRE XXVI.

Prédiction d'une grave persécution soulevée contre l'E


glise par les Barbares, qui sera appaisée par les Espa
gnols et les liongrois . — Délivrance de Constantinople ,
et guerres intestines sousM.

Dans sa révélation , Reynard Lolhardus dit :


après Doglosius, viendra un de ses héritiers
qui se vante d'être de la race de Sara , mais
qui apparlient à celle d'Agar ; ses successeurs
ne baliront pas de maisons; mais comme des
hommes sauvages, ils habitent sous des tentes,
dans de vastes déserts et vivent de butin et de
rapines. Leur rage contre les chrétiens du
septentrion et de l'occident surpassera la fé
rocité de tous les animaux les plus cruels; les
chrétiens pleins de douceur seront écrasés par
eux . Aussi est-il dit dans Methodius : un jour
les enfans d’Agar , sortis de leurs déserts , se
rassembleront dans plusieurs parties de l'Alle
III

magne, et régiront le monde pendant une


espace de 8 ans. Ils détruiront les cités et les
royaumes , massacreront les prêtres au pied
de l'autel , boiront dans les vases sacrés , se
livreront dans les temples au sommeil , dans
les bras de leurs femmes ,> et attacheront leurs
cavales après les tombeaux des fidèles. Quand
toutes les résistances des princes chrétiens
seront épuisées , un chef invincible sor .
tant de l'Espagne , meltra à mort ce suc
cesseur de Doglosius. Alors Saturne sera élevé
au -dessus de Jupiter , et cette élévation n'a
pas de fin . La fierté des Turcs sera abaissée ;
les royaumes et les principautés seront réunis
à l'Église , parce que les enfans du Sagittaire,
Espagnols ou Hongrois, l'emporteront sur tous
les catholiques en valeur , etsecouant la honte
des premiers désastres , mettront en fuite la
perversité turque. Les Turcs mis en fuite , une
prospérité pure et brillante distinguera le règne
deMaximilien.Alorsle bon Jupiter, par son heu
reuse influence, corrigera et réparera les dom
mages lamentables causés par l'affreux Saturne.
Ilamènera à sa suite le bonheur et l'allégresse .
Les Turcs ayant été de toutes parts expulsés ,
on voit les hommes voler au -delà des mers ; et
alors l'Église de Sainte- Sophie se ranime, et
112

le moment d'une prospérité générale approche.


Le lion des forêts sera conduit en laisse , au
pied de la mère des fidèles , et il y aura une
nouvelle réforme quidurera de longues années.
Les catholiques n'entendront plus parler de
l'empereur des Turcs , mais les princes de la
Germanie ne s'accorderont pas avec le grand
aigle , et des guerres intestines s'allumeront
entre eux . Alors viendra l'héritier de Doglo
sius , quinzième empereur, qui dévastera la
Pologne, la Mysie , la l'Asie et le Pruth : il

..
entrera en Picardie , en Brabant et en Flandre ,
et trouvera la mort près de la pomme d'or
d'Agrippine, ainsi que l'a prédit Merlin . Gra
vez ces choses dans vos cours , ô fidèles !
Je trouve à l'époque où arriveront ces évé
nemens diverses sentences des auteurs. Car
tous se sont occupés , à leurmanière , de re
chercher la signification de l'éclipse : les uns
en expliquant ses effets par les heures de dis
tance , d'autres par des signes ; et la différence
entre ces systèmes est immense . Il en est qui
veulent qu'une heure et un signe s'entendent
par un mois , d'autres dont l'autorité n'est pas
moindre , tels que Ali et Ptolomée , pensent que

chaque heure de distance correspond à une


année . Ces choses arriveront entre l'an 1496
et 1598-99 , époque où l'on doit voir des faits
inouis de nos jours .
113

CHAPITRE XXVII.

Etat et dispositions perfides des Juifs à cette époque.

L'odieux Saturne , en l'année 1488 , fera


son entrée dans les signes du Capricorne
et du Verseau , où il se montrera pendant
cinq ans , tramant des complots contre la loi
d'Israel , et conduisant dans divers climats
les infâmes Juifs. Les médecins , les artis
tes , seront les conseillers des princes , à
cause de l'influence de Saturne. Mais il leur

arrivera plus d'un fâcheux accident , quand


Saturne rencontrera les cornes du bélier. Car
le Seigneur dit au prophète Ezéchiel : Prenez
le glaive , et rasez sa tête et sa barbe , vous en
jetterez une partie au feu , au milieu d'eux ,
vous couperez le second tiers avec le glaive,
et le dernier tiers , vous le disperserez au loin .
Voici en effet ce qui attend les favoris
de Saturne : le tiers périra par la faim et la
peste : un tiers par le glaive , et le dernier
tiers sera dispersé par le souffle du vent. Ainsi
114

j'agirai dans mon courroux , je ne les épar


gnerai pas. O peuple infortunél qui t'a sé
duit ? enivré? entraîné à nier Jésus-Christ ? L'a
varice seule , l'avarice t'a fait attendre un
autre Messie. Ecoutez ce qu'a dit , de Jéru
salem , Isaïe , chapitre 20 : Ils changeront
leurs glaives en socs de charrue et leurs
lances en faux : peuple ne lèvera plus l'épée
contre peuple : les nalions ne s'exerceront
plus au combat.
Dans ce temps de paix qui signale la nati
vité de Jésus-Christ , Hérode fait immoler les
petits enfans : le sceptre et la consécration ont
été enlevés par votre perfidie . Écoutez encore
ce que dit Ézéchiel , prophétisant dans votre
loi : Le Seigneur a dit : J'ai traversé la ville ,
et j'ai lu sur le front des hommes gémissans
la douleur causée par les abominations des
Juifs. Puis encore : Parlez six hommes pour
traverser la ville , et frappez impitoyablement
quiconque ne portera pas au front thau , qui
est le signe imprimé à ceux qui gémissent des
abominations. Commencez par mon sanc
tuaire , c'est-à -dire par les ecclésiastiques et
les prélats. Princes électeurs de l'empire ,
vous êtes ces six hommes qui devez purger de
cette race empoisonnée toute l'Allemagne.
C'est pourquoi Ézéchiel disait : Le grand aigle,
115

couvrant, par l'immense envergeure de ses


ailes , l'Orient et l'Occident , après que
Saturne aura caché par son disque les cornes
du Bélier dans la demeure pluvieuse de Mars ,
le grand aigle s'élancera sur le Liban , recueil
lera la moelle du cèdre , qui est la substance
des Juifs , et en transportera les rameaux les
plus élevés dans ses domaines.
Et maintenant écoutez ce que le patriarche
Jacob prophétisait sur vous : Le sceptre ne
sortira pas de Juda : montrez le scepire et le
monarque. Voyez , ô aveugles , ce que dit
Daniel , au chapitre X. Après la destruction
du temple de Jérusalem nailra le Christ , éter
nelle justice , qui sera oint Saint des saints.
Comme dit David , dans son psaume : C'est
pourquoi le Seigneur Dieu l'a oint du baume
de l'allégresse . Jésus, véritable Messie, agissait
comme empereur quand il ordonna de payer
le denier du cens à César, comme roi , quand
il fut couronné par vos pères pleins de rage ;
comme juge , quand il arracha de vosmains la
femme adultère ; comme législateur , quand il
donna ses enseignemens; comme pape, lorsqu'il
remit à Pierre les clefs; commeapôtre, lorsque
lui-même consacra et fit prêtres ses apôtres ;
comme prêtre , lorsque votre rage l'offrit lui
même en holocauste sur l'autel de la croix :
116

comme Dieu , quand il fit à vos yeux plusieurs


miracles ; comme religieux , en montrant un
dénuement et une obéissance excessifs; comme

pénitent, en jeûnant quaranle jours ; comme


martyr , quand vous le liâtes à la croix ; comme
confesseur, quand il vous prêcha la saine doc
trine que vous ne voulûtes pas entendre. En
fin , né d'une vierge , il a voulu lui-même de
meurer vierge. Etmaintenant croyez -vous que
votre Messie , que vous êtes encore à atten
dre , vous fera autant demerveilles ? Que vous
disait le véritable Messie ? C'est parce que je

vous ai fait beaucoup de bien que vous me


voulez mettreà mort. Tous les jours j'étais au
milieu de vous , enseignant dans le temple .
O crime ! Ô forfait atroce ! vous dédaignez
de vous soumettre à la foi : mais le jour ap
proche où vous direz : Nous avons cru le té
moignage des hommes , mais la parole de
Dieu est plus imposante . La race de Saturne
sera extirpée de l'Allemagne ; exilés , vous
prendrez la fuite par delà les mers. Car vous
avez dit : Venez , mettons-le à mort , et nous
partagerons ses dépouilles , et vous l'avez pris
et mis à mort. C'est pourquoi , hommes au
ceur endurci , le Seigneur vous a' disséminés
par tout le monde ; vous n'avez plus ni pro
phètes , ni roi , ni prêtres , ni aute !, ni sacri
117
fice , ni onction ; mais condamnés à une déso
lation perpétuelle , vous êtes en mépris au
monde entier . Votre désolation , dit Daniel ,
chapitre 9, durera jusqu'à la consommation
des siècles. Écoutez encore , malheureux , ce
qu'a dit le prophète Amor , chapitre 2 : Is
rael aura commis trois crimes , et je le con
vertirai, mais au quatrième je ne pardon
nerai plus , à ceux qui ont vendu le juste pour
de l'argent. Le premier crime des juifs a été
la vente de Joseph par ses frères. Second
crime : l'adoration du veau d'or à Oreb .
Troisième crime : le massacre des prophètes ,
commeil est dit au livre hébraïque , par Jeho
mat, chap . 6 d'Isaïe. Quatrième crime : la
vente de Jésus. C'est pourquoi Malachie a
dit , chap. premier : Je ne veux pas de vous,
et je ne recevrai pas votre sacrifice, parce que,
du lever du soleil à son coucher , mon nom est
grand parmi les nations chrétiennes. Aussi
Moïse dit-il, au Deutéronome, verset 28 : Il y
aura des nations à la tête , et un peuple incré
dule à la queue , c'est-à -dire à la fin du mon
de. Peu de Juifs se convertirontà la foi, voyant
qu'ils ont été trompés par l'Antechrist. Aussi
Isaïe dit , chap . 69 : Il est dit , peuple incré
dule : Le Seigneur te tuera ; et il convoquera ,
118

du sein d'Israel , ses serviteurs , c'est -à - dire


les nations chrétiennes. Voilà tout ce qu'on
peut dire de la perfide nation juive.

CHAPITRE XXVIII.

.
Divers exemplespour prouver l'influence des corps célestes
sur les choses d'ici-bas.

Dieu , dans son admirable Providence , a


accordé à tous les êtres la faculté de se re
produire. Que la terre , est-il dit dans la Ge
nèse , produise l'herbe verdoyante et féconde ,
de sorte qu'un seul grain se reproduise au cen
tuple. On lit dans saint Luc , chapitre 8 : De
la graine la plus fréle doit sortir un arbre im
mense , étendant au loin ses rameaux. La même

faculté de reproduction et de multiplication se


retrouve dans les animaux. Que nul homme
sage ne doute qu'elle ne se trouve aussi dans
les astres , qui ont la verlu de modifier , de
dissoudre , séparer , purifier les élémens , ainsi
qu'il résulte des écrits de divers philosophes;
et ce pouvoir est inhérent aux constellations.
De même selon ce que dit Hermès dans son
119

traité des pierres précieuses , il est des mé


taux , qui sont en rapport immédiat avec les
corps célestes , et sur qui l'influence astrale
agit avec force. Ceux-là , par des opérations
cependant naturelles , participent de ce pou -
voir agissant sur les élémens, de cette faculté
chimique de dissoudre, de séparer les élémens ,
de les modifier et de les dépouiller de leurs
propriétés primitives , de leur faire subir enfin
une décomposition. Je ne fais ces rapproche
mens que pour prouver l'influence des corps
célestes. Et l'ordre et le mode de leur action
une fois compris , je passe à d'autres médita
tions à ce sujet. Les pierres précieuses , les
plantes , ont des vertus cachées que les sens ne
peuvent percevoir , que l'intelligence même
ne peut saisir. Ce qui fait dire à Allrindus :
..

Quand les sens sont impuissans pour expliquer


certaines propriétés des corps, il n'y a pas de
science fondée en raison sur ces choses. Car
les différences sont innombrables dans les
membres , les organes , la constitution , la
forme, la couleur, en un mot les diverses con
ditions, tant manifestes qu'occultes des êtres.
De même que lous les corps produisent , par
une propriété souvent inexplicable , des effets
étonnans, de même il nailra , de cette prodi
I 20

gieuse constellation , un prophète , en l'an née


1496 ou environ .

wwwwwwwwww

CHAPITRE XXIX .

Un docte et saint Prophète sera envoyé pour réfuter et


combattre avec ardeur plusieurs erreurs attaquantla foi.

Des sectes nombreuses paraitront, en ce

temps-là ; mais en même temps viendra un


sage , plein d'éloquence.Exhorter le peuple , et
le convaincre , faire impression sur son esprit

par ses actions, corroborer ses bonnes dispo


sitions , combattre les mauvaises , lui an
noncer les maux qui l'attendent , telle sera sa
mission .
Savoir profiter des dispositions d'un peuple
et tourner à son avantage l'ardeur préexistante
qui le dévore , c'est là , dit Aristote , le moyen
de persuasion le plus puissant et le plus natu
rel. Car on sait que le peuple , dans ses affec
tjons commedans ses haines, tend toujours aux
extrêmes. Il ne faut que la plus petite étincelle

pour ranimer la flamme et le feu qui couve .


C'est pourquoi un pareil prophète doit profiter
( 21

de l'influence exercée par les astres sur cette


nation , pour nourrir le feu qui l'anime , et
tourner son esprit à des alliances ou à des
guerres, à la paix ou aux séditions. Si le même
homme connait les astres , et possède la science
des conjectures et des présomptions qu'on
peut tirer de leur combinaison , cet homme ,
par ses discours et ses présages merveilleux ,
maniera ce peuple à son gré , par la crainte ou
l'espérance. Mais au milieu de cesconnaissances
astrologiques , il naitra plusieurs sectes dans le
monde , et des prophètes novateurs se croiront
des dieux , comme il est dit dans l'histoire
en trois parties , livre sept. C'est le propre du
payen de déifier les hommes entourés de la
plus grande prospérité. Et plus loin : Ils ont .
appelé Adrien , le treizième Dieu . Des modifi
cations nombreuses se font dans le monde : Au
temps de ces prophètes , les lois anciennes
abrogées font place à des réglements nouveaux ;
Les doctes juristes se dépravent ; la félicité ,
à la suite de Mercure , se perd dansplusieurs
royaumes ; de mauvaises monnaies circulent
de toutes parts ; le peuple est en proie à l'exac
tion . La nation chrétienne est dans le plus
grand désordre . Il y a rébellion contre les
grands. Des embûches cachées , la rage pu
blique de certains hommes inspirent au
6
122

peuple une terreur comme jamais on n'en avait


vu . Les astres ont changé de cours, et l'atmos
phère a varié.

ww

CHAPITRE XXX .

Nouveau roi qui promulguera de nouvelles lois et des


constitutions.

Il faudra faire de nouvelles lois , devenues


nécessaires et d'une évidente utilité , et con
séquemmentabroger quelques lois et renverser
certains priviléges. C'est ce que porte la loi ,
au Digeste. Il fautpour faire des lois nouvelles
qu'elles portent l'empreinte d'une utilité pal
pable , car on ne peut s'écarter sans raison du
droit qui si long- temps, a semblé juste . Ainsi
il est clair que certaine partie du droit a pour
base la nécessité ; or , c'est en vertu de cette
même nécessité , que souvent la nouveaux bo
soins , des meurs nouvelles passent en babi
tude : un consentement , un accord tacites
les consacrent , et voilà, qu’une nouvelle loi se
trouve ainsi créée. Il est dit encore au Digeste :
Les usages approuvés par une longue accoutu
mance , et observés pendant longues années ,
123

pour ainsi dire par suite d'une convention


tacite des citoyens , ne sont pas moins sacrés
que les lois écrites. Tout droit vient donc ou
du consentement , ou de la nécessité qui l'éta
blit. Dans toutes les lois , le consentement du
peuple est nécessaire ; mais le peuple souvent,
en suivant l'impulsion du besoin , n'obéit qu'à
une influence plus élevée. Il faut donc que le
législateur s'aide des influences célestes , pour
que le peuple ratifie son jugement. Autrement
le meilleur législateur ferait absolument la
même chose que le chasseur qui, après avoir
pris des renards , les enfermerait dans un pâ
turage , et préposerait un coq à leur garde.
La loi au Digeste confirme ce que j'avance.
Une coutume invétérée ne passe en loi que
lorsqu'elle a passé dans les mœurs et est de
venne d'un usage habituel; car les lois ne sont
obligatoires que lorsque le consentement du
peuple les a rendues telles , ou bien quand ,
sans nul écrit , le peuple les tient pour telles.
Peu importe, en effet, que le peuple ait mani
festé sa volonté par des suffrages explicites ,
ou que ce suffrage résulte des choses mêmes.
Aussi est-il avec raison reçu , que les lois s'a
brogent non -seulementpar la volonté du légis
lateur,mais encore par le consentement tacite
général. C'est ce que nous trouvons dans ces
124
expressions figurées de Jérémie : Mes peuples
ont éprouvé deux malheurs ; ils m'ont aban
donné , moi , source d'eau vive , pour se creu
ser des citernes qui ne pouvaient contenir.
d'eau. C'est-à - dire, la source d'eau vive est
l'Écriture sainte qui renferme l'eau vive. La
citerne crevassée , qui ne peut tenir d'eau , est
le droit civil et canonique qui aujourd'hui
renferme les eaux de Sagesse et demain
sera vide attendu que demain il peut être
abrogé. Il n'en est pas ainsi de la loi divine
dont David dit dans le psaume 58 : Ta justice
et ta loi sont éternelles. La science terrestre
du droit civil , est comme la terre qui, se me
lant à l'eau , l'empêche d'être limpide. Ainsi
les passions d'ici-bas empêchent les jurision
sultes de juger en conscience , ce qui n'arrive
à la loi divine et à l'Ecriture sainte. Il est
pas
donc constant pour quiconque réfléchit , que
les lois humaines , modelées sur les moeurs si
variables deshommes , sontchangeantes comme
elles ; que, les modifications aux lois et insti
tutions étant fondées sur les besoins et les

passions des peuples , et les astres exerçant


sur ces mêmes passions une influence dont
nul ne saurait douter , il en résulte que les lois
ne peuvent être ni continuées , ni abrogées ,
125

sans prendre conseil des astres qui président


à leur durée.

un

CHAPITRE XXXI,

Il nait un autre prophète, d'une science admirable pour


expliquer les oracles ; il en annonce lui -même au
peuple .

Cette constellation annonce la venue d'un


autre prophèle , interprète distingué des Écri
tures , proférant, avec une certaine autorité ,
des réponses inspirées par la Divinité , qui
soumettra à son éloquence les âmes des mor
tels dispersés sur la terre. Ce sera un prophète
de seconde classe ; car les astrologues nomment
ainsi d'ordinaire ceux qui apportent quelques
modifications à la loi , ou introduisent quel
ques cérémonies nouvelles , fruit de leurs stu
dieuses interprétations. Leurs sentences sont
accueillies par les hommes , comme jugemens

en quelque sorte émanés d'en haut. Cepen


dant , il arrive que les uns , comme Mahomet,
sont de faux prophètes , tandis que les autres
126

sont sincères comme le divin François et saint


Dominique. L'avenir seul prouvera dans quelle
catégorie celui-ci devra être rangé; conclu
sion qui, je pense , sera adoptée par lous ceux
qui cultivent l'astrologio.
Une triple conjonction , à des intervalles
assez éloignés , doit signaler sa venue. L'une
s'est opérée en l'an de grâce 1365., au hui
tième degré du Scorpion . Deux en une l'a
vaient précédée , deux la suivirent dans les
signes des Jumeaux et do Verseau . La troi
sième s'est opérée en l'an de grâce 1425 , de
retour dans le treizième degré du Scorpion .
Je crois en avoir dit assez pour qu'on puisse
fixer l'époque de la naissance du prophète .

CHAPITRE XXXII.

Il viendra un moine faus , hypocrite , qui , à l'aide de si.


gues mensongers , séduira beaucoup de monde et ré
pandra du sang

Il naitra dans la patrie soumise au Scorpion ,


un prophète qu'annonceront des prodiges
qu'on verra dans l'air : mais dans quelle partie
du monde? Les uns veulent que ce soit au
127
nord , et les autres au midi. Les auteurs les
plus savans sont partagés à cet égard , et tou
tes les opinions différent. Albumazar penche
pour lo midi; mais l'opinion la plus générale
des auteurs est pour le nord .
· Or voici, en résumé ce qui doit advenir : Le
prophète naitra dans un slimat tempéré , où
l'air, d'une chaleur ou d'une froideor modé
rée , entretient dans une santé parfaite tous
ses habitans. Le prophète , quittant sa patrie ,
fera des prodiges dans les pays soumis au Lion
et au Verseau : c'est Albumazar qui le dit for
mellement. L'opinion générale des auteurs
s'accorde d'ailleurs sur ce point : nul n'est
prophète en son pays. Mais il faudra s'atten
dre à la naissance de ce prophète , seulement
dans la dix -neuvième année , à partir de la
conjonction , dans le signe déterminé. C'est
alors seulement que le prophète verra la lu
mière et entrera dans le monde. Le temps de
sa prédication sera de dix -neuf ans. Si nous
consultons Albumazar , sur son physique et

ses vêtemens, ils seront rouges 'et resplendis


sans comme le soleil qui doit l'éclairer. Ceux
qui attribuent au contraire sa venue à Jupi
ter , à la lune et à la têté du Dragon , pensent
que la couleur de ses vêtemens sera blanche
128

comme la robe monastique. Il fondera une


pouvelle religion .
Voici les signes auxquels on le reconnaitra :
Il aura des taches noires sur le corps , et des
marques à l'aine, du côté droit et sur le fémur.
Il sera difforme, et trainera avec peine son
corps débile et efféminé. Il aura sur la poi
trine un signe très- apparent, 'correspondant
au sixième degré du Lion . Ce prophète , terri
ble aux dieux et aux démons, fera plusieurs
prodiges; il délivrera de leurs souffrances les
possédés du mauvais esprit, moinspar la force
de ses paroles , que par sa seule présence. Il
aura du génie , et possédera une foule de scien
ces et d'arts. Il parlera souvent un langage by
pocrite et mensonger . Sa conscience sera à
l'épreuve du remords , et comme le scorpion ,
dont la queue contient un virus vénéneus , il
épanchera le poison . Il sera la cause d'une
grande effusion de sang . Ses prodiges en im
poseront aux fidèles, qui croiront y reconnaitre
la marque et le caractère de sa mission divine.
Il est en effet de ceux que le Christ annonça
au monde , et contre lesquels il chercha à pré
munir les fidèles. C'est pourquoi on lit dans
saint Mathieu , chapitre XXIV : Si quelqu'un
vous dit : Tenez , voiei le Christ ; ne le croyez
point. Il y aura en effet de faux Christs et des
129

pseudo-prophètes , qui ſeront des prodiges et


des merveilles tels, que les élus eux -mêmes ,
s'il est possible , y seront trompés. Aussi vous
:

ai - je dit : S'ils vous disent : Le voici qui est


dans le désert , ne sortez pas : Il est dans votre
demeure , ne croyez pas. Il n'y a qu'un seul
Christ , c'est notre Seigneur Jésus-Christi

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CHAPITRE XXXIII.

Il viendra comme une espèce d'antechrist qui séduira


par des signes perfides et une doctrine erronée , les pré
lats et les princes de l'Eglise.

Après cela , il paraitra sur la terre du Lion


un autre prophète qui annoncera des choses
étonnantes dans le sénat romain . Saint en ap
parence , et timoré , sévère sur la sainteté de

la vie chrétienne , il aura profondément enra


ciné dans le cour l'esprit malin , qui l'amènera ,
sous le manteau de l'hypocrisie , aux pieds
même du souverain pontife. Il trompera par
de faux dehors de piété , évêques , prélats et
princes , et les entrainera dans une grave er
reur.
6*
130

Les plus sages eux -mêmes y seroột trompés ;


les hommes les plus distingués de l'Italie , de
la Lombardie et de la Haute - Allemagne , s'y
laisseront prendre.

Il sera grand aux yeux du peuple , et le


plas honoré des princes , depuis le commence
ment de l'Église. On l'appellera l'Antechrist.
Les pontifes qui l'auront honoré seront mis à
mort ; et les hommes marcheront , à sa suíte ,
au scandale . Oh ! si les hommes évangéliques ,
directeurs des églises , savaient sa venue , com
bien ils lutteraient contre lui et chercheraient

à apaiser le Seigneur, qui , dans sa colère , l'a


lancé comme un fléau contre ses enfans 1 Ils
eleveraient la voix vers leur Créateur. Le véri
table Pape demandera grâce au Seigneur, et
l'Église sera rétablie après lui. C'est pourquoi,
si l'Église doit être renouvelée , il faut qu'a
vant, elle passe , à cause desa dissolution et
de ses imperfections,, par l'épreuve de ce pro
phète.
131

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CHAPITRE XXXIV .

Réforme qui sera faite dans le rite"et les cérémonies des


chrétiens.

Dans le livre des prophéties écrit par An


toine Théodore , sont spécialement renfermés
les détails qui concernent, dans l'avenir , le
rite et le régime de l'église : ces réformes
sont celles mêmes révélées par le Seigneur ,
il y a long-temps, à son serviteur Joachim ,
abbé , et à saint Cyrille , et ces instructions,
gravées sur des tables d'argent , leur furent
apportées par un ange. L'histoire de l'Église
était écrite jusqu'à la fin , sur ces tablettes ,

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CHAPITRE XXXV .

L'empercar , entrant dans Rome , à main armée , fera


mubir de terribles persécutionsau clergé .

Le mêmelivre de Cyrille contient quelques


faits qui se passeront avant le renouvellement
132

de l'Église. Dieu permettra que pendant la


vacance de la papauté , les plus grands schismes
s'élèvent parmi les Allemands , dont l'empereur
fier de sa puissance , voudra consacrer et con
stituer un pape : les Romains et les Italiens
s'efforceront de lutter contre le grand aigle,
qui, entrant en fureur , appellera , à la défense de
sa cause, non -seulement les Allemands, mais
toutes les nations les plus détestables. A la tête
de cette armée , ainsi composée , l'empereur
fera son entrée dans Rome, se saisira des pré
lats de l'Église et des citoyens , dont il fera
périr un grand nombre par divers genres de
supplices ; ceux quipourront échapper , fuiront
dans les forêts et sur les monts. Quand enfin
les hommes auront suffisamment expié leurs
crimes , il viendra un saint homme qui fera la
paix de l'aigle avec l'Église .
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CHAPITRE XXXVI.

Un saint homme sera sacré pape; il réformera , en peu de


temps, d'une admirable manière , toute l'Église . Il pa
raîtra après lui trois saints personnages qui , confirmant
ses paroles , continueront son æuvre .

On verra paraitre alors un solitaire , d'une


grande sainteté , ainsi que le dit Joachim : Un
133

homme d'une sainteté remarquable sera élevé


au siège pontifical, le Seigneur se servira de lui
pour opérer tantde prodiges , que tout homme
le révèrera , et nul n'osera contrarier ses pré
ceptes ; il défendra que plusieurs bénéfices se
cumulent sur la même tête , et il fera en sorte
que le clergé vive des dimes et des offrandes
des fidèles. Il interdira la pompe des vêtemens,
et tout ce qui est déshonnête , les danses et
les chants ; il prêchera l'évangile , et exhortera
les femmes honnêles à paraitre en public
sans or ni pierreries . Après avoir long -temps
occupé la papauté , il rejoindra heureusement
le Seigneur,
Immédiatement après lui, Dieu fera pa
raftre trois hommes d'une vertu édifiante :
l'un suivra l'autre , et comme lui donnera
l'exemple des vertus, et fera des miracles ,
confirmant les leçons de leur prédécesseur .
Sur leurs réglements , l'Église se développera ,
et on les appellera les pasteurs angéliques .
134

TROISIÈME LIVRE .

DE L'ÉTAT ORDINAIRE DE LA SOCIÉTÉ.

Il nous reste quelques faits peu nombreux


à ajouter et à dire sur l'état ordinaire de la so
ciété. Hélas ! il y aura entre les hommes mille
rixes , mille contestations particulières, des
meurtres et des accusations , des chaînes , la
prison , des condamnations, des animosités , dos
séditions , des guerres , de vieux différends
qui se réveilleront,etcependant bien que l'his
toire de la vie de l'homme soit partout la même,
il y aura cependant encore des nuances com
mandées par la différence des climats.

CHAPITRE PREMIER .

Diverses séditions en Bobême , en Hongrie et en Bavitre ,


plodedro y périront de la manière la plus imprévné.

Rien de plus turbulent, de plus agité que


ces principautés, les contestations les plus
135

meurtrières y soulèveront constamment l'es


prit remuant du peuple ; la cupidité , toujours
enflammée créera de continuels assauts inte .
rieurs ; plusieurs , dans ces dissensions intes
tines , recevront la mort subitement , et tom
beront encore frappés de la foudre : d'autres ,
foulés aux pieds des chevaux , mordront la
poussière. Des écueils en arrêteront quel
ques -uns qui, submergés, périront dans les
flots de la mer : la mort , de toutes les ma
nières , frappera , d'un coup imprévu ses vie
times : c'est ce qu'annonce l'éclipse mons
trueuse,
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CHAPITRE II.

. .

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CHAPITRE III.

Etat des villes de l'empire romain .

Tremblans et saisis d'horreur , les citoyens


craindront d'être écrasés sous les ruines me
136

naçantes : car Mars alors sera dans toute sa fé


rocité, au douzième degré. Plusieurs d'entr'eux
seront brûlés vifs; d'autres , attachés au gibet ;
d'autres, ëngloutis par les flots ; leurs esclaves
leur feront un mal inoui.

CHAPITRE IV .

Pranconie et Terre- Rhénane.

Des trophées et les insignes de la gloire


seront dressés de ce côté : les peuples seront
disposés à la guerre , et seront plus forts et
plus audacieux que toutes les autres nations ,
mais seulement pendant un temps , après
quoi ils perdront plusieurs de leurs domaines ,
leur dignité , leurs charges et administration .
Beaucoup d'entr'eux recevront d'en haut le
coup qui les fera tomber.

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CHAPITRE V.

Terre de la Moselle , et état de Trèves .

Ceux qui poursuivront sans relâche les se .


137
crets des sciences , en ces lieux , ne pourront
arriver aux honneurs. Ils pèrdront, s'ils en
ont , leurs domaines , et quand même quel
ques - uns sombleraient avoir d'abord réussi
complètement , ils finiraientpar succomber, à
moins qu'ils ne fussent protégés par quel
qu'étoile , brillante d'un éclalroyal.

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CHAPITRE VI.

Evénemens qui se passeront en France , en Picardie , et


dans les terres voisines.

Ils seront en butte aux calamités , les habi


tants de ces pays. Ils deviendront faibles et
imbécilles. L'épilepsie , une caducité mentale
prématurée , les fatigues d'un travail trop
opiniâtre , la paralysie , la lèpre , les ulcères
tourmenteront lour-a -tour ces malheureuses
victimes. Ils auront des maux d'yeux et des
douleurs cruelles ; beaucoup d'entr'eux péri
ront d'une mort très-honteuse.
138

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CHAPITRE VII .

Sort réservé à la Pologne.

Une constellation nuisible , des pertes con


tiņuelles feront beaucoup de malheureux et
d'indigens. Accablés sous le poids de ces deux
fléaux , on les verra , courbés par la fatigue ,
marcher presque nus sous des haillons et des
lambeaux à peine assujettis. Le peu de gain
qu'on fera dans ce pays sera le fruit des plus
pénibles efforts , et s'acquerra au péril de la
vie. Le débordement des eaux , des inondations ,
des naufrages , augmenteront la misère. Le
peuple turbulent nourrira des séditions ; et
souillera de son sang , sa main déjà flétrie par
le larcin .

mwana

CHAPITRE VIII.

Ce que la constellation présage aux femmes enceiatos.

Chers auditeurs, pour ne pas fatiguer votre


altention et vous ennuyer en prolongeantmon
139
discours , je veux parler maintenant de celles
qui font toute la consolation de leurs époux ,
la joie des banquets, l'ornement des maisons,
sorte d'astres brillans que le Seigneur a doués
des dons les plus charmans pour notre bonheur;
nous devons intercéder en leur faveur , pour
que leSeigneur daigne éloigner d'elles son in
dignation . Une constellation cruelle présage
aux femmes, pendant leur grossesse et leur dé
livrance , de tristes accidens. Des couches la
borieuses et difficiles , des dangers pour les
enfans qu'elles portent , des chances d'avorte .
ment , voilà ce qui attend les jeunes mères qui
feront entendre , dans leurs souffrances , des
cris déchirans. C'est Saturne qui, dans sa ma
lice , menace ainsi mères et enfans. La mère
succombera souvent à ses douleurs pendant
l'accouchement. ' D'autres' mourront avant
même que l'enfant soit complètement formé
dans leur sein . Il faudra , douleur horrible ,
à d'autres déchirer les flancs pour en tirer les
les membres palpitans d'un enfantnon à terme :
l'art cruel du chirurgien tourmentera tour
d - tour dans tous ses membres , la victime ex
pirante.
La mère verra le souffle vital abandonner
l'enfant qui vient de naitre , et la mort frapper
sa victime au berceau , et faire taire ses pre
140
miers vagissemens ; ou un fils sera ravi d sa
mère par une mort soudaine, dans l'âge de la
puberté. Que de douleurs encore attendent
mères et enfans , sous l'influence de Saturne !
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CHAPITRE IX .

. .
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CHAPITRE X.

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CHAPITRE XI.

Les choses prédites peuventnaturellement arriver .

Chaque opération naturelle a son principe


dans les qualités et propriétés des corps. Avi
cenne l'a dit: Toute opération a un principe , et
rien ne se fait qu'en vertu de ce principe. Or
14r
le principe de la vie , c'est le sentiment dans
le mouvement et le véhicule qui rend les sens
impressionables; les impressions arrivent par
cet intermédiaire au cerveau , qui devient , par
cela même , capable de distribuer partout la
vie. Or le centre , le siége de la vie , c'est le
cmur. Si le cæur vient à s'altérer, il est donc
clair que toutes ses dépendances éprouveront
aussileur lésion ; car , le coeur distribuant la vie à
tous les membres, la moindre lésion de cet or
gane entraine celle de tous les autres : c'est là
un enchaînement nécessaire. Avicenne dit, au
canon IV , en parlant de la mélancolie : L'es
prit animal est en rapport avec les sensations
en telle sorte que , s'il y a stagnation dans les
unes , il y a évidemmentstagnation dans l'autre;
et de-là la mélancolie , puis le malaise , puis
la maladie mortelle . Ainsi procède l'écono
mie vitale ; toute activité , c'est le mouvement.
L'air joue aussi un grand rôle dans le système
hygiénique . En effet, dit encore Avicenne , il
est l'élémentde nos esprits vitaux , et quand
nous l'aspirons , il vient dilater nos poumons ,
et donner une nouvelle activité à notre orga
nisation ; mais alors il faut le supposer pur de
toute substance étrangère , car lorsqu'il est
infect , chargé de brouillards , ou mêlé d'une
humidité pernicieuse , Avicenne est toujours
là pour nous dire qu'au lieu de nous donner la
i12

vie , il produirait la fièvre par les émanations


pestilentielles. Il est donc constant que les va
riations du temps, signalées par les corps pla
nétaires , influent sur l'air et les autres élé
mens.

CHAPITRE XII.

L'influence des corps célestes peut durer plusieurs


années.

Long-temps après leurs configurations et


leurs éclipses , les astres font encore sentir
leurs effets , et leur influence se continue et se

prolonge. Le secret des altérations que le cours


des astres fait subir même aux animaux , et de
l'influence bien évidente qu'ils exercent sur
la reproduction des espèces , n'a rien de nou
veau . On lit dans la Genèse , au verset 29 :
Jacob réfléchissant qu'il ne recevrait sa ré
compense , qui devait être retirée du bercail
de son beau -père Laban , qu'autant que ses
troupeaux offriraient de la variété dans leur
loison , coupa des branches de peupliers ,
qu'il exposait, dépouillées en partie de leur
écorce , devant ses belliers et ses brebis , afin
que la conception eût lieu sous l'influence de
143
ces branches. Il arriva que les agneaux naqui
rent tachetés. Avicenne fait une observation
pareille sur ce qui arrive dans le cas de la
conception humaine . C'est que souvent les
affections agissent d'une manière puissante
sur les accidens de la nature : ainsi souvent
un enfant porte sur ses traits la ressemblance
d'un objet qui a frappé vivement sa mère
pendant la grossesse ; c'est là ce qui d'ordi
naire arrive . Comme on le voit , les passions
humaines affectent tous les êtres , chacun à
sa manière : delà les meurs et coutumes , et
les lois. Les astres exercent dans les pays di
vers une influence semblable . Il n'y a donc
pas de superstition à croire ces choses. L'hé
résie de Bohême , Avicleff , Husso et Roc
klenzana , les douleurs de l'Eglise romaine et
de son innombrable clergé , la division de
l'empire en dix parties, la naissance de l'enfant
de la tribu de Dan , qui doit faire beaucoup
de mal, tous ces événemens sont annoncés
sous les signes célestes du scorpion , du ver
seau et de la balance. Ils arriveront nécessai
rement coume ils ont été prévus et prédits.
Malgré leurs væus , les législateurs humains
ont- ils vu une telle durée à leurs statuts et à
leurs réglemens ? Le ciel ne permet pas qu'ils
soient perpétuels.
144
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CHAPITRE XIII.

Productions de la terre.

Albumazor tira de l'élévation de Saturne au

dessus de Jupiter la conséquence qu'une sé


cheresse trop grande fera grand tort aux fruits
de la terre. Antoine et Aly , au contraire ,
chapitre X , assurent que lorsque Mars prési
dera à la conjonction , il y aura de fortes pluies
très-dommageables aux productions du sol.
Entre deux opinions si contradictoires , s'il faut
opler , je dirai que l'un comme l'autre excès
sera également préjudiciable. Car il pleuvra
beaucoup en temps inopportun , et il ne
pleuvra pas au moment où il faudrait que
la pluie continuat. L'humidité ne convient
pas pour faire germer le grain . En mars les

pluies , les nuages , les orages sont également


préjudiciables aux fleurs , aux arbres et aux
fruits. Une humidité douce et tempérée nour
rit , entretient , féconde les plantes et hate la
maturité. On peut , de ces insinuations conjec
turales , pronostiquer la disette de froment et
d'autres céréales. De plus , d'autres calamités
accompagneront celle -là . Des vents pestilen
145
tiels souffleront avec violence , apportant les
maladies et la stérilité , et retenant les navires

auport. Long -temps , cet état de choses durera.

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CHAPITRE XIV .

Malbeurs locaux en quelques pays plus spécialement dé


signés .

Il faut répondre , avec le philosophe , aux


ignorans qui prétendent que les constellations
agissent d'une manière générale et non parti
culière ; que le lout n'existe pas sans les par
ties. L'interprète peut connaître des faits par
liculiers. On trouve dans Aly et Ptolomée :
Un signe spécial peut annoncer quelquefois
l'intronisation d'un prince , la force ou la fai
blesse d'un pays et de ses habitans. Dans les
années 1492 et 1493 , les vivres se vendront
très-cher dans la haute Allemagne. En France
et en Angleterre, les peuples , dans la crainte
de la mort , passeront d'un lieu à l'autre ;
et dans la terre du Midi, les nobles auront
à souffrir de graves débats. A l'Occident les
hommes seront en proie à de grands maux ,
les Juifs prospéreront, les Turcs s'armeront
contre la loi d'Israel. Contestations et guerres

7
146
de loules parts. Les citoyens trembleront dans
les villes , et la mort frappera les têtes les plus
élevées. Les sujets du lion seront dans la dou
leur , parce que Jupiter et Saturne sont aux
prises. En 1494 et 1495 , famine qui commen
cera au Nord , agitation dans l'air , ouragans ,
pluies abondantes . A l'Occident , effusion de
sang , grands malheurs , embûches , disputes :
les éclairs et le tonnerre sillonneront la nue
au septentrion : la Dacie et la Vestphalie se
ront en guerre avec les Saxons septentrio
naux : les femmes gémiront sur la mort de
leurs époux. Les poissons mourront dans les
eaux. Mais la terre du Midi restera liée à celle

d'Orient.
Années 1496 et 1497. Salurne parcourt les
royaumes de Pologne, de Bohême, de Hon
grie , ainsi que les domaines adjacens. La laine
sora chère ; les brebis et les troupeaux mour
ront. Les métaux et le fer augmenteront de
prix ; les hommes armés ' se prépareront au
combat ; on verra beaucoup de loups exercer
leur rage contre les animaux . Parmi les hom
mes , on complera en grand nombre des vo
leurs , et des meurtriers : l'effusion du sang sera
grande en Orient. Les prêtres errent çà et là ,
châtiés par la main divine ; les laïcs sont dans

a joie .
147
Années 1498 , 1499 et 1500. Afflictions et
désastres dans la Touraine , la France et la
Saxe. Des pluies trop fréquentes et trop lon
gues; guerre entre parens ; desolation dans le
clergé et parmi le peuple ; mortalité sur les
brebis et les boufs. Le froment et la vigne
souffriront de la froidure. Les femmes' se pare
ront dans des intentions coupables ; leurs cou
ches seront pénibles. Les laboureurs seront
vexés par les combattans.
1501 et 1502. Les villes de diverses parties
de l'Allemagne porteront en beaucoup d'en
droits la croix de douleur. Les marchands et
les artisans seront dans l'affliction . Les Juris
consultes et les docteurs se lamenteront. Il у
aura une nouvelle loi , un nouvel ordre de cho
ses ; abrogation des anciens priviléges en France
et dans les pays maritimes. Guerre : extinc
tion de la confiance , de la piété , de la bonne
société chez tous les peuples. Inondations noc
turnes, renchérissement des vivres dans une
foule de villes , détresse de beaucoup de ci
toyens , supplice capital des gouvernans etdes
grands , causé par des antipathies ; goût pro
noncé pour les oiseaux . Que de malheurs aussi
dans la Haute- Allemagne ! Un seul dominera
sur plusieurs.
1503 et 1504. Négoce considérable et tra
148
fic sur mer et sur les fleuves ; ruine et perte
de plusieurs. Pluies abondantes. Beaucoup
d'avoine. Le pore se, vendra cher. Le raisin
ne mûrira pas , à cause de l'absence du soleil:
Forlude à l'Orient. Bonheur au Midi. Mauvais
été. Foinen abondance. Beaucoup de lépreux.
Beaucoup d'affections de poitrine.
1505 , 1506 et 1507. Sécheresse extraordi
naire qui absorbera l’eau des ruisseaux même.
Mortalité sur les troupeaux dans les pays mon ,
tagneux , à cause du manque d'eau . La terre
brûlera dans beaucoup d'endroits , tant la
chaleur sera forte ! Les poissons périront eux
mêmes consumés . Les serpens mourront. Les
voleurs , répandus dans les campagnes , sa jet
teront sur les fidèles en voyage . Beaucoup se
ront attachés au gibet , et beaucoup décapités.
Les riches tomberont dans l'indigence , les in
digens deviendront riches. On verra dans l'air
de nouveaux phénomènes en Autriche , en
Italie , et dans toute la partie d'Orient. Les
mouches se répandront dans l'air comme des
nuées. Guerre à tous les nobles : l'atmosphère
sera empoisonnée. Incendies de toutes parts ;
terreur. Fausses pierreries , faux métaux.
Années 1508 , 1509 et 1510. La discorde
secouera de nouveau sa torche sur les bords

du Rhin , en Allemagne. De graves désordres


149

auront lieu.. .
.
Les écrivains seront opprimés ; les hommes les
plus subtils se verront réduits à l'indigence .

Une fièvre brûlante consumera los habitans


du Rhin , et de grandes tribulations viendront
désoler le clergé et le peuple . Tout cela vient
de la position de Saturne auprès de Mercure .
1511 et 1512 . L'Alsace , la France ,
la Lombardie , le Dauphiné , l'Espagne , ver
ront successivement la peste , la cherté des vi
vres , des guerres, des incendies , des animo
sités jusque dans le sanctuaire conjugal. .
.
Le scandale se convertira en honneur. Les
grands rechercheront les hommes dépravés :
justes et pieux seront tourmentés. Les cloitres
seront froids : plus de dévotion ; et leshommes
sans frein se livreront à tous les vices.
Les côtes de la mer aú septentrion , l’An
gleterre , la Norwège , la Dacie , auront leur
tour et leur part de calamités. Il y aura parmi
les poussins de la poule une effusion de sang
noble et guerrier, telle qu'on n'en aura jamais
vu de pareille. Les Teutoniens courrontà leur
ruine. En ce temps- là , ce seront les hommes
pervers qui seront au pouvoir et feront de la
150

tyrannie . Les femmes auront fort à souffrir.


L'air nébuleux sera malsain . Dans la Bavière
il y aura un homme qui opprimera les Églises
et les citoyens. Des loups , des chiens enragés
parcourront la Bavière. Au midi , guerres na
vales et combats à mort. Effusion de sang Ca
lamilés longues et affreuses ..
Dans la Hongrie , la Bohême, la Moravie ,
la Pologne et la Mysie , tribulation . Les Orien
taux souffriront beaucoup . Je crois que ces
afflictions , et que les attaques multipliées
des lions , des oiseaux et des bêtes féroces du
midi et du septentrion , amèneront au pied de
la Mère des fidèles , l'Église de Prague avec
l'empire de Constantinople.
Cinq ans après , famine , froids excessifs ,
long hiver en Lorraine , en Calabre , à Luxem
bourg , dans la Moselle ; pesle soudaine qui se
déclarera sur les troupeaux . Le froid sera 'si
grand que les oiseaux mourront dans les forêts
ou sous les toits : les bêtes sauvages mourront
de faim . Beaucoup d'eau en été. Les paysans
se fédèreront contre la puissance et les nobles,
dont plusieurs tomberont de haut. Discussion
grande entre les électeurs de l'empire . Souf
francesde l'Église et du clergé. Plusde foi dans
les grands. Il viendra un homme qui appor
tera la réforme dans les églises de Cologne, de
151

Trèves et de Mayence. L'Église humiliée ne


sera plus comme aulrefois dans l'opulence ,
mais deviendra modeste et soumise .
L'Église sera alors en paix , et la discorde
s'en sera éloignée. Nouvelle réforme; loi nou
velle ; nouveau règne. Pendant cinq ans, il n'y
aura que les habitans des côtes qui souffriront.
Les Teutoniens et les soldats de la croix , ramè
neront au patrimoine du Christ , diverses par
ties de l'occident qui en avaient été séparées ,
la Prusse et les régions adjacentes. La Pologne
et la Russie perdront de leurs domaines. La
vengeance divine so déploiera contre ceux qui
se montreront récalcitrans aux ordres de l'E
glise , qui reparaitra belle de charité divine .
Les Anglais , les Brelons et les riverains oc
cidentaux de la mer auront beaucoup à souf
frir .
Les Romains , les Napolitains etles riverains
de la mer méridionale , jusqu'à la Gallicie , se
feront la guerre entre eux. Famine et discus
sion . 'Un nouveau roi troublera la terre ; il
règnera de la mer méridionale à la mer occi
dentale. La ville romaine et son prélat illustre
seront dans l'affliction , et gémiront du voisi
nage du tyran . Le sang innocent sera versé
dans ces lieux. Les Allemands s'applaudiront
d'avoir trouvé une nouvelle institution , etdeux
152

cornes règneront en Allemagne. Le peuple ,


sans chef , se donnera des princes , et sera
soumis à l'empire romain , qui demeurera jus
qu'à l'an 1576 ; mais j'omets , pour bonne rai
son , d'autres détails .

wwwww WWWWW

TROISIÈME PARTIE .

Avis aux lecteurs du présentlivre .

Lecteurs ou auditeurs , qui lisez ou écoutez


mon opuscule , prêlez-moi une oreille atten
tive et bienveillante. Corrigez icihumainement
ce que vous trouverez susceptible d'être revu ;
mais réprimez , je vous en conjure , les traits
mordans de la critique . Rien , vous le savez ,
n'est parfait de ce que font les hommes. Le
présent opuscule en est sans doute une preuve
dans une foule d'endroits. Je ne me crois ,
certes , pas assez parfait pour entreprendre de
mon propre crâ un ouyrage ; n'eût-il que trois

lettres. Mais plein de confiance dans les lumiè


res de doctes personnages , je me suis hasardé
dans cette entreprise , n'ayant en vue que l'in
153

térệt public ; j'ai voulu offrir aux princes de la


terre , et à chaque citoyen en particulier , d'ex
cellens conseils , et les prémunir, par mes en
seignemens , contre les calamités qui leur sont
annoncées par les astres. Quo si le Seigneur,
sourd à nos prières , veut qu'à cause de nos
péchés ces malheurs arrivent, du moins j'aurai
la consolation de songer qu'avertis à l'avance ,
les coupables serontmoins exposés. Les épreu
ves par lesquelles il plaira au Seigneur de nous
faire passer , nous, pécheurs, souffrons-les avec
humilité , avec résignation , pour obtenir de
Dieu , en récompense , le prix de la vie éter
nelle. Daigne nous l'accorder notre Seigneur
Jésus-Christ , dans les siècles des siècles !
Amen .
Gloire au roi suprême qui ne nous refuse
pas une récompense si fort au - dessus de nos
peines !
Fait au carrefour ombragé par un chêne ,
l'année de Notre- Seigneur 1448, aux calen
des d'avril , par le voyageur Ruth , errant
dans les forêts. Ses yeux sont obscurcis par
la vieillesse ; ses mains tremblent. Bonne
santé à ceux qui corrigent avec justice : même
souhait pour les critiques qui ne cessent d'a
boyer ; à eux permis.
Permels , lecteur, que je cite , à l'usage de
7*
154
ce livre et des autres interprêtes , des vers du
plus ancien poète , Pindare. « Nul ne peut
» connaître l'avenir : et cependant chaque être
na sa part faite dans les destins. Prospérité ,
» adversité , paraissent et disparaissent, comme
» le soleil succède aux nuages. Les destinées
» doivent s'accomplir sans qu'on en puisse tou
» jours prévoir le moment et l'époque. » Impri
mé, revu soigneusement et corrigéà Rome l'an
1524.

PRINCIPE DES MALHEURS.

Cette prophétie , écrite en vieux caractères


d'abréviation , vers l'année 1100 ou environ ',
se retrouve , au très-noble royaume de France ,
à Paris , dans la bibliothèque de Saint- Victor ,
dans la case étiquetée de ces trois initiales ,
K. R. K.

L'HYPOCRISIE SERA PARTOUT.

L'ourse nourrissant ses petits , annonce ,


pendant 36 ans , à la ville de Rome, des dé
sastres , et l'arrivée et les incursions des bar

bares. La déception fera des progrès rapides


dans l'empire romain : des malheureux , cach s
sous le manteau de l'hypocrisie , abuseront du
langage saint pour faire croire à leur piété , à
155

leur foi au Christ. Ils feront des dupes , ce sera


comme un déluge d'hypocrisie revêtant toutes
les formes.

LES DÎMES SERONT DISSIPÉES EN EFFUSION DE SANG .

Second signe. Un serpent volera au midi ;


ennemi et destructeur de l'ours , il fournira une

horrible pâture , et des dépouilles sanglantes


aux corbeaux dévorans,

PÉNITENCE. VESTIGE DU MAGE SIMON ,

L'oiseau rapide et le coursier aussi prompt


que l'éclair , forment une troisième image de l'u
nité : car ils sont également légers , également
propres à la guerre. Et tous deux , impatiens
du frein , sont comme les hommes qu'entrai
nent leurs passions.

CONFUSION . ERREUR .

Une main , armée d'un glaive , tranche sans


pitié , sur sa tige, la rose qui toinbe sur ses
compagnes..
156

ÉLÉVATION . PAUVRETÉ. OBÉISSANCE . CHASTETÉ.


DESTRUCTION DE L'HYPOCRISIE.

Les roses que tu n'as pas respectées seront


relevées ; les temples des idoles que tu as ren -
versés , seront réédifiés , et cela sera fait
avant trois ans, quand tu toucheras à la vieil
lesse .

L'HYPOCRISIE SERA ABHORRÉE .

La vache , allaitant le cinquième petit de


l'ourse , figure le moment de ta venue , où dans
a candeur primitive de tes vertus , pures en
core , tu étais vraimentmon ami; c'est pour
quoi tu as joui de la fin la plus douce.

MEURTRE DES ENFANS DE BAAL .

La seconde ourse , nourrissant ses petits ,


annonce des jours de printemps , à la fin des
temps..........

LA PUISSANCE DES CÉNOBITES RETOURNERA A SON


ANCIENNE PLACE .

Dès que paraîtra une sinistre lumière , tes


murs , ô ville livrée aux passions , seront té
157
moins du carnage. Le dragon , dans sa rage ,
brisera cinq principautés dépendantes de ta
monarchie. Des guerres intestines , les excès
les plus désordonnés , le glaive frappant avec
violence , des adultères , le rapt , l'outrage, des
crimes plus révoltans encore , signaleront les
derniers feux de la constellation sinistre .

LA SIMONIE CESSERA.

Les peuples , soulevés les uns contre les au


tres, allaient s'entredéchirer , et déjà l'arène
était ouverte aux combattans ; le vallon allait
étre inondé de sang , quand tu as gracieuse
ment étendu ta main victorieuse qui tient le
sceptre irrésistible .

LE POUVOIR SEBA DANS L'UNITÉ.

Malheur à toi , ville aux sept collines ! La


lettre R doit être le signal de la ruine de tes
potentats et de tès juges. Celui qui a blasphémé
le Seigneur, etM., puis R. T., celui-là périra. O
toi, quimédites sur les choses saintes etportes
sur les épaules les vêtemenssacerdotaux, crains
que ta poussière et que tes cendres ne soient
couvertes d'opprobres.
158

UNE BONNE PRIZRE SERA COMPTÉÉ POUR UN TRÉSOR


AUX PAUVRES.

Il y aura un homme qui vivra dans une


grotte , de la manière la plus frugale , et sera
constamment dans les pleurs etlesgémissemens,
et dans la nudité, quand une étoile apparaîtra .

CHARITÉ.

Le sceptre sera , subitement et comme par


enchantement , remis à un homme du nom de
N .; lo ciel l'aura annoncé , car trois fois une
voix d'en haut , partie d'un être invisible , criera
avec force : Hâtez -vous d'aller à l'occident, et
voustrouverez là un homme qui estmon ami:
amenez le juste dans les demeures royales ;
doux et ingénieux , habile surtout à lire dans
l'avenir , il trouvera le chemin de l'empire.

RÈGNE DE LA CONCORDE .

Voici l'homme de la race mystérieuse qui,


venu dans une nudité complète , de sa grotte
ténébreuse , va commencer une vie éclatante ;
image la plus vraie de la vie édifiante .
---
159

BONNE OCCASION .

Garde-toi de te laisser endormir , vieillard ;


songe plutôt à ta fin , etmarche droit au bien
sans craindre les injures du temps. Ne crains
rien , va droit à la gloire ; ta fin sera belle, car
tu portes en toi et le principe et le terme des
honneurs .

SURCROIT DE DÉVOTION .

C'est à la vertu plus encore qu'à la fortune


que tu dois tes mérites; malheur à toi , ville
ie :
de sang , déchirée par le mensonge et l'env
la rapine sera toujours dans ton sein . Le fouet
qui résonne , la roue qui crie , le cheval qui
hennit seront constamment à tes oreilles .

FIN DE L'EXPLICATION DU PRINCIPE DES MAUX .

Cette prophétie , toute en abréviations, si


hérissées de difficultés , écrite en l'an 1100 ou
environ , se trouve au très-noble royaume do
France , dans l’Abbaye de Cluny , dans les
mains du docteur dans les lettres saintes ,
frère Jacob Bruten . *

+ Il faut en conscience comme en toute humilité


160

LE SEIGNEUR RASSEMBLERA LES ÉTOILES POUR


QU'ELLES BRILLENT DANS LE FIRMAMENT.

Toi qui , sous les pas de l'ourse sauvage, ra


masses les graines les plus pures pour en nourrir
la colombe , crains , trompé par lon affection
trop vive , de lui donner une nourriture em
poisonnée qui lui causerait des maux difficiles
à guérir.

CLÉ POUR FERMER ET NON POUR QUVRIR .

Mars monte après la lune ; altéré de sang , il


s'élance au plus haut des cieux vers le trône
du soleil. Tu n'édifieras pas dans le temple ,
homme de sang , qui leins des dehors de vertu ,
..

chasses la paix et dévores tout. Vois : voici ve


nir l'oiseau le plus noir qui ait jamais existé
dans la famille des corbeaux : tu mourras su

bitement. Lorsque dans une terre sablonneuse


tu verras croître des fruits succulens , trem

avouer qu'il est impossible de saisir , dans presque toute


son étendue , cette vieille prophétie de 1100 ; le vrai sens
des paroles , retranché derrière les abréviations les plus
insolites , se refuse à tous les efforts , et quelque longani.
imité de commentateur qu'on ait , on ne saurait arriver à
l'interprétation d'un langage aussi mystérieux ,
(Note de Édition .)
161

ble alors ; car, dès que tu voudras manger , tu


mourras. Il nourrira le serpent noir qui le fera
périr.

IL BOIRA EN MOURANT A LA COUPE DE LA COLÈRE


DIVINE .

Malheureux ! tu t'es élevé du dernier au


premier rang; du ciel couronné d'étoiles, tu
as voulu , dans la vanité , descendre dans les

planètes , abandonnant au veuvage ta première


épouse. Hélas ! prince inutile et impudent, si

occupé de tes plaisirs , tu ne penses pas que


par ta faute tu perdras la terre ; pleure , mais
en vain , en écoutant ce que je t'annonce .
Une désolation générale aura lieu ; tu vivras ,
et puis soudain lu mourras dans Babylone où
est la mort. Cependant, on a trouvé quelques
biens en toi. Cède donc à plus grand et à
meilleur que toi , puisque Dieu met un terme
à ton règne. Il y aura une commotion dans
l'orient, après quoi la flamme dévorera l'uni
vers.
Béni celui qui vient au nom du Seigneur ,
et qui de la terre ténébreuse monte au ciel ,
puis redescend. O combien l'épouse qui doit
être livrée au lion dévorant, se désole de la
perte de son époux légitime ! homme simple ,
tu renvoies ton épouse , et tu l'exposes sans dé
162
fense aux chiens aboyans. Pense à son nom ,
et fais que tu puisses être reçu dans l'orient.

TU ES FRAUDULEUSEMENT ENTRÉ , TU AS RÉGNÉ PUIS


SAMMENT , ET TU MOURRAS EN GÉMISSANT.

Voici l'homme de la famille d'Iscariote ,


quimeurt désolé : la trame de ses jours sera
abrégée , parce que , tyran terrible , il aura
:

troublé le monde entier : il enlève le coq , il


plume l'aigle , il menace la colombe ; mais le
coq et l'aigle l'emporteront sur lui : la co
lombe ne redoutera pas sa puissance . Portant
un rameau d'olivier , elle établira son nid dans
les fentes de la pierre. Pourquoi tant chérir
l'empire de Babylone que tu ne pourras long
temps conserver ? Il marchera contre le justes
et le chargera de chaînes.

IL TREMPERA SON ÉTOLE DANS LE SANG DE


L'AGNEAU .

Plein d'ardeur pour la croix et d'amour


pour la paix , il n'accomplira pas tout ce qu'il
pense. Mais son génie élevé sera l'ornement
du ciel. Il tendra une main protectrice à la

veuve et à l'indigent. Quand le vent du nord


soufflera avec violence contre toi, défends-toi

avec la croix : qu'elle soit ton abri.


163

LE LOUP LABITERA AVEC L'AGNEAU .

Cet homme parvient aux honneurs : il réta


blit la concorde parmiceux qui sont divisés. Il
portera à la main un rasoir , pour extirper le
superflu . II mangera des viandes rôties et boira
du vin mêlé de myrrhe. Il sera pauvre , mais
susceptible des plus hautes pensées.

IL RAVAGERA PLUS D'UN PAYS.

L'époux fuit son épouse qu'il abhorre , et la


laisse dans une sorte de veuvage. Le nom de
l'époux sonne mal ; son caractère est cruel ,
injuste , immonde ; sans vertu , il court après
les honneurs. La corruption suit ses pas. L'é
toile la plus brillante perdra sa lumière , obs
curcie par un soleil voilé et ténébreux.

CETTE IMAGE HONTEUSE DU CLERGÉ LUTTERA CONTRE


LA COLOMBE .

Bête. cruelle et sanguinaire , qui as dévoré


ton fils sans défense et sans cause , tu es la

seule qui aies pu ainsi verser le sang innocent.


Tu n'en trouverais nul autre , avant toi , qui
eût fait pareille chose . C'est pourquoi le pseu
doprophète , quand il paraitra , séduira beau
164
coup de monde; mais tu auras -mérité tes
maux , toi qui offusques les étoiles , et dont la
malignité fera la honte . Car tu n'as de gra
cieux que ton nom .

IL FERA LUIRE SIX PLANÈTES, ENFIN SON PROPRE ÉCLAT


SERA SURPASSÉ .

Un homme viendra sur la terre , et fera des


choses singulières : il répandra à son gré la
lumière comme les ombres sur les étoiles.
Mais il ne renversera pas l'édifice qu'avait éle
yé la bête sauvage. L'agneau seulement res
tera grièvement blessé. Après avoir ramassé
de nombreux trésors , il mourra dans le besoin ,
et manquera de sépulture : tout son bien pas
sera à d'autres. Il laissera dans le veuvage
plusieurs épouses .

IL ENDURERA DE CRUELLES SOUFFRANCES PAYSIQUES,

Arbre inutile et infructueux , penses - tu que


tu feras de grandes choses avec une âme et un
corps si débiles ? Tu ne pourras accomplir ce
que tu médites , parce que tu ne peux long
temps veiller : tu t'endormiras promptement,
et tu ne te réveilleras pas dans la tribulation .
Ta vie sera de courte durée.
165

CELUI-LA SEUL OUVRIRA LE LIVRE ÉCRIT DE LA MA IN


DU DIEU VIVANT.

Le Ciel t'appelle , prince frèle et souffrant.


Pourquoigémir? lève- toi, et prends des forces:
immole Néron , et tu seras tranquille : guéris
les blessés : orné du fouet, écrase les mou
ches , chasse les vendeurs du temple : adopte
une doctrine éclairée , annonce le juste , évite
les circoncis , dirige la colombe et réprime
ceux qui ont soif.

DES FLEURS ROUGES DISTILLERONT UNE EAU ODORE


FÉRANTE .

L'or est obscurci , sa belle couleur est chan


gée : la rouille te consumera : si le commen
cement a été doux , la fin sera rude.
Malheur, et deux fois malheur ! Fayons la
présence du fort des forts , parce qu'il vient
nous faire expier le supplice de la croix. Ou
sont allées les étoiles ? Courons sans regarder
derrière nous ; car l'aquilon chasse devant lui
tous les maux. Je l'en conjure , Seigneur ,
envoie celui que tu dois envoyer.

TU ES TERRIBLE : QUI POURROIT TE RÉSISTER ?

Devant la bête aux traits hideux fuiront (ous


166

les êtres dans la nature : il n'en restera pas


un en sa présence , car elle dévore tout ce
qu'elle rencontre ; mais l'enfer l'attend .
Rejelon du prince noir , tu ne feras pour
tant pas tout ce que tu médites. Repasse ce
qu'il a fait et ce que tu as fait toi-même. Tu
dédaignes la colombe gémissante : la misère
te minera , tu n'arriveras pas à la vieillesse .
Tu n'obscurciras pas les étoiles brillantes; tu
exalleras les indignes. Pense , infortuné , que
lu vas bientôt mourir : mais ta vie sera agi
tée. Le terme de la guerre est loin encore .
Garde près de toi les étoiles errantes et ne
les laisse pas filer sur la voûte du ciel. Toi,
d'ordinaire cruel , tu nourriras la colombe.
Ne regarde pas les choses de ce monde , ne
répands pas le sang comme lu as coupé la
rose sur sa tige. Tu prendras soin , sans le
monter, du chevalblanc, sur la terre des Chal
déens. C'est à toi de t'assurer une bonne fin

car l'enfer t'attend , si la plainte de la colombe


n'est pas écoutée : ses gémissemens montent
au ciel. Ame
DEO GRATIAS .
167

DU PASTEUR ANGÉLIQUE ; DE SA BONTÉ , DE SA VERTU ,


ET DE SES OEUVRES SAINTES : IL PABAITRA A LA
FIN DES TRIBULATIONS.

L’Église romaine et le clergé , ainsi qu'il a


été annoncé , doivent être en proie à des tri
bulations de plus d'un genre jusqu'à l'époque
de Frédéric III. Ces temps orageux dureront
jusqu'à l'année de notre Seigneur 1520 , dans
laquelle paraitront un nouveau pape et un
nouvel empereur. Il reste à voir quand cette
mutation dans la hiérarchie aura lieu , Or voici
en quels termes répondent les prophèles à
cette question . Pour moi, je prétends d'abord
que ce pontile viendra pendant la vie de Fré
déric , ou après , ou pendant la persécution
contre l'Église et les princes séculiers. Suivant
tous les prophètes , ce nouveau pape sera
plein de sainteté et très-agréable à Dieu , et
fera pendant sa vie el à sa mort des miracles.
Beaucoup de prophètes font l'éloge de ce sou
verain pontife. Merlin , dans sa révélation sur
les souverains pontiſes , dit : Je me suis réjoui
de ce qui m'a été dit ; après des souffrances
encore éloignées des chrétiens , et après une
trop grande effusion de sang innocent , la
prospérité du Seigneur descendra'sur la nation
168

désolée ; un pasteur remarquable s'asseyera sur


le trône pontifical, sous la sauvegarde des
anges. Pur et plein d'aménité , il résiliera tou
tes choses , rachètera , par ses vertus aima
bles , l'État de l'Église , les pouvoirs tempo
rels dispersés. Il révérera les étoiles , et crain
dra le soleil, parce que sa conscience sera dans
la main du Seigneur. Il l'emportera sur toute
autre puissance , et reconquerra le royaume
de Jérusalem . Un seul pasteur conduira à la
fois les églises orientales et occidentales. Une
foi unique sera en vigueur. Telle sera la vertu
du. bienfaisant pasteur , que les sommets des
monts se courberont en sa présence. Ce saint
hommebrisera l'orgueil des religieux, qui tous
rentreront dans l'état de la primitive Église ;
c'est-à-dire qu'il n'y aura plus qu'un seul pas
teur , une seule loi , un seul maitre , modeste ,
humble , craignant Dieu .

LA FOI ORTHODOXE RÈGNERA PARMI LES CHRÉTIENS.

Le véritable Dieu des Juifs , le Seigneur


Jésus-Christ fera tout prospérer au -delà de
toutes les espérances humaines , parce que
Dieu est le seul qui puisse épancher sur la
plaie le baume onctueux et adoucissant. Hom
169
me excellent, quand il te sera apparu dans
l'air un monstre , tu trouveras une route toute
prête du côté de l'Orient , et après trois fois
trois années tu rendras ton âme à Dieu .
Voilà ce que Merlin Joachim , dans son livre
des souverains pontifes , dit de celui- ci , qu'il
appelle le pasteur angélique, et il ajoute : Les
cieux racontent la gloire de Dieu , et les fi
dèles sont dans la joie et le bonheur , parce
que le Seigneur a daigné, leur faire grâce ,
et qu'il invitera ses élus au banquet de l'A
gneau , où des chants mélodieux et d'har
monieux concerts des psalmistes se feront en
tendre . Telle sera la puissance de sa bonté ,
qu'elle mettra une digue à la fureur et à l'im
pétuosité des flots menaçans. Les monts cour
beront leurs faîtes devant lui , la mer se des
séchera , les morts ressusciteront, les autels
seront dressés , les églises ouvertes. Alors un
monarque grâcieux , de la postérité de Pépin ,
viendra en pélerinage voir l'éclat du glorieux
commencera par un R.
pasteur , dont le nom
Un trône temporel venant à vaquer , le pas
teur y colloquera ce roi, qu'il appellera à son
secours. Merlin l'avait dit : Vous saurez qu'il
aura deux têles : une d'Orient , l'autre d'Oc
cident. Ce pasteur brisera les arcs el disper
sera les balistes ; il fera la joie des élus du
8
170

Seigneur. Pasteur angélique , il promènera le


bấlon de l'apôtre par tous les pays. Grâce au
soin et à la sollicitude du digne pasteur ,ilse fera
entre les églises latine et grecque une réunion
indissoluble ; et , dans le principe, pour ame
ner ces heureux résultats , recourant à des
secours puissants et temporels , le saint pon
tife invoquera l'aide du monarque généreux
de la France ; avant qu'il puisse être affer
mt et solidement assis sur le saint siége ,
il y aura des guerres innombrables , des
luttes pendant lesquelles le trône sacré sera
ébranlé. Mais , à la faveur de la clémenoe
divine , tout répondra au vou des fidèles ,
de telle sorte qu'ils pourront célébrer par
leurs chants la gloire du Seigneur. On peut
appeler le saint hommeréformateur aussi bien
que pasteur. Grâces à lui , les Orientaux ne
seront jamais en discorde avec les Occi
dentaux. La ville de Babylone sera alors la
tête et le frein du monde. Rome, réduite pres
qu'à rien temporellement , conservera toujours
sa supériorité dans les choses spirituelles , et
demeurera en paix . Dans ces heureux jours de
tranquillité , le pasteur angélique pourra
adresser au Ciel des prières pleines de dou
ceur. La nation dispersée goûtera elle-même
la tranquillité. Mais six ans et demi après
171
ce temps , le pontife rendra son âme à Dieu ;
sa mort sera entourée du prestige des mi
racles. La fin de ses jours arrivera dans une
province aride , située entre un fleuve et
un lac , près des montagnes. Voilà tout ce que
Jean , dans son livre , dit du pasteur angéli
que . Mais Dandalus , dans le livre qui a pour
titre de l’Horoscope et des Révélations tou
chant les souverains Pontifes , s'exprime en
ces termes : Voici le conseil suprême, la con
solation de Saturne; celui-ci est véritablement
appelé le précurseur du soleil et le messager
de la prière précieuse , et l'on dira de lui :
Béni soit le nom du Seigneur, qui t'a placé
sur son saint siége. Ce pasteur frappera les
métaux d'or , et étendra la république. J'omets,
pour abréger , quelques autres phrases carac
téristiques qu'on trouve au livre de Dandalus ,
Raban , dans la révélation divine qu'il a eue
sur le pasteur angélique et les souverains
pontifes , dit : Il sera révélé un oint du Sei
gneur qui aura prénom de moine , et dont le
nom commence par la lettre E. Viens à moi ,
laisse le monde , et tu vivras de la manière la
plus simple , tu vivras dans les gémissemens.
Et quand l'étoile apparaîtra , descends vers les
régions inférieures de la terre. Cet élu do
Dieu , misérable et nu , sera jeté dans la pri
172
son la plus étroite par les conseils d'un mau
vais pasteur .
Mais celui qui est enchainé devant le juge
inique lui annonce qu'après cetle incarcéra
tion , le monde sera bouleversé et détruit : Il
semble cependant qu'aveuglés par une ivresse
coupable , les hommes se refusent à voir celui
qui est devant leurs yeux , et oublient celui
dont tout leur annonce la présence. Une voix
criera avec force : Allez à l'Occident en toute

hâte , et vous trouverez mon ami plein de


douceur et de pénétration , qui régnera sur
les sept collines.
Cette vieille prophétie se trouve dans le
très- brillant royaume de France , à Paris ,
dans la bibliothèque du divin Victor , dans la
case étiquetée AAA , et dans le livre de l'abbé
Joachim , l'an du Pape 1104 .
wwwwwwwwww

Martin II , Adrien III , Etienne V , Formose I , Boni


face VI, Etienne VI, Romain I , Théodore II, Jean IX ,
Benoît IV . Ces 8 souverains pontifes se succéderont à
de courts intervalles sur le Saint-Siége. Je ne sais qu'en
dire de remarquable : car il n'y aurait que scandale
à rapporter des débats et des contestations , jusque là
inouis dans les fastes du Siège apostolique.

Le temps de la mollesse a commencé vers


l'an 1000, époque à laquelle la foi chréiienne ,
173
s'écartant de sa virilité primitive , n'a cessé de
décliner, comme il est dit dans les prophéties
de sainte Hildegarde. Dans plusieurs pays
chrétiens , on ne conservera ni les sacre

ments , ni les rites ecclésiastiques ; les augu


res , les maléfices occuperont tous les es
prits , prêtres comme laïcs : le Seigneur ,
dans sa merci , a de nouveau suscité des
hommes apostoliques combattant cette ari
dité par les eaux salutaires de leurs bons
exemples et l'édification de leurs prédica
tions ; ils ont, avec la coopération divine ,
ranimé la ferveur , et l'on a vu plusieurs ordres
illustrer par leur ardente piété le siècle péril
leux. Il en est conséquemment fait mention.
Déjà en effet de semblables réformes s'étaient
opérées contre tout espoir : à l'avenir , même
chose arrivera . C'est pour cela qu'il serait dé
risoire d'attribuer à tel temps plutôt qu'à tel
autre la venue de l'antechrist , comme plu
sieurs l'ont fait, égarés par leur opinion per
sonnelle , ce que le temps et l'expérience ont
prouvé.
Année Du Christ 1144 .
Vision horrible en Irlande.
Vision de sainte Elisabeth .
Vision de sainte Hildegarde , vierge , et di
verses prophétiessur Trèves.
174
Visions de sainte Alpiade, vierge très-sainle ,
qui a eu plusieurs révélations.

En l'année du Christ 1184 vivait l'abbé


Joachim , qui a écrit et prédit beaucoup de
choses. Aux princes qui demandaient s'ils de
vaient aller en Terre -Sainte , ilrépondit : Non ,
parce que le moment n'est pas encore venu .
Vers ces temps on lit de glorieux miracles.
Plusieurs révélations sur les usures et l'avi
dité mercantile. Mention de sainte Marie de
OEgine.
Saint Clément XIV , dans un esprit prophé.
tique, a prédit que les ennemis de l'Église se
raient dissipés comme la fumée .
L'esprit de Guidon a révélé beaucoup de
choses sur Rome, dans la ville d'Alexis. Il y a
un beau livre sur ce sujet.
Voici ce qu'on trouve dans la chronique
dite la Mère, ou la Mer des histoires.
wwwww

Fcuillet étonnant d'un livre trouvé au milieu d'une pierre


par un Juif , dans la ville de Tolède. Il y était question
du triple monde , de la naissance du fils de Dieu, de la
vierge Marie , et de ce qu'il devait souffrir pour le salut
des hommes.

Une chose étonnante arriva dans le royaume


de Castille , dans la ville de Toledo , vers l'an
175
du Seigneur 1243. Frédéric II , empereur , ré
gnait alors ; Honorius , pape, occupait le siége
de saint Pierre , et le roi Ferdinand gouver
nait le royaume où se passait cet événement.
Un Juif eutbesoin de creuser une roche, pour
aggrandir sa cave : au milieu de la pierre il
trouva une concavité de peu de dimension en
profondeur. Dans cette concavité , il y avait
un livre qui se composait de feuillets de bois .
Ce livre était écrit en trois langues , savoir :
hébreu , grec et latin . Il contenait antant
de lettres qu'un des psautiers , et parlait
des trois mondes , à partir d’Adam jusqu'à
l'antechrist. Tout en exprimant les qualités
des hommes de chaque monde , il allribuait
le commencement du troisième monde à Jé
sus-Christ. Dans le troisième monde , y était
il dit , le Fils de Dieu naitra de la vierge Ma
rie , et il souffrira pour le salut des hommes ;
ce que lisant , le juif se fit aussitôt baptiser
avec toute sa famille . Il était écrit sur le livre
même, qu'il devait être trouvé sous le règne de
Ferdinand , monarque de Castille. On trouve
le même fait dans Constantin .

On lit ce i dans la chronique de martin ou Martinienne.

J'ai toujours gardé le silence et je suis resté


muet; mais maintenant je veux parler, à cause
176
des événemens prodigieux que j'ai appris , que
j'ai soigneusement recueillis,parcourant, pour
pouvoir parler avec plus de certitude, diverses
parties du monde tant en deçà qu'au delà de
la mer , feuilletant de nombreux volumes , tant
des livres saints que des philosophes , des poè
tes , des docteurs et des interprètes les plus
fameux de l'Écriture . Dans ces recherches

diverses , j'ai étanché la soif de connaissance


qui me dévorait , et j'ai rassemblé suffisam
ment de matériaux sur les événemens éton
nans qui arriveront dans le monde jusqu'à sa
fin , et surtout dans certaines parties desGaules.
Quelques personnes , pendant que j'étais en
Chaldée , à Phéboch , près du mont Gobar ,
m'ont exposé,dans toute leur véracité, des faits
relatifs à l'année 1300. Trois docteurs et plu
sieurs autres professeurs en théologie , avec qui
je m'entrelenais de révélations chaldéennes ,
m'ont confirmé ce qui va suivre .
D'après moi, Jean de Vatiguerro , de l'année
du Seigneur 1490 à l'année du même Sei
gneur 1525 , il arrivera ici bas beaucoup
de maux , si grands et si divers que , depuis le
commencement du monde , il n'y aura jamais
eu de bculeversement pareil, ni des malheurs
si nombreux , si étonnants , si dignes d'admira
tion .
177
En effet , dans l'année du Seigneur 1502 ,
commenceront toutes lesdouleurs , parce que
en celte année , la mortalité , et la peste rava
geront et allligeront tout l'usivers d'une ma

nière étonnante. Aussi presque la moitié des


hommes inourra , et cela , dans l'espace de
soixante-cinq mois , pendant lesquels la peste
durera et audelà , quoique pendant sa durée
elle parcourra tantôt un pays , tantôt un autre.
De plus , l'an du Seigneur 1503 , de grands
maux se prépareront dans l'avenir : à cette
époque se trameront des séditions, des cons
pirations horribles qui, dans ces années , ne
produiront pas toules leureffel", car quelques
unes ne devront éclater que plus tard .
En outre , vers l'an du Seigneur 1504 ou au
delà , le prince le plus grand et le plus auguste
roi de lout l'Occident sera mis en ſuite , et
éconduit dans un combat étonnant , et pres
que touie sa noble armée sera tuée , d'une ma
nière surprenante ; il y aura surtout une
défaile honteuse , une ruine lamentable et un
massacre de beaucoup de grands el puissants
seigneurs. C'est pourquoi, le commerce sera
anéanti ; bien plus , avantque la paix soit réta
blie entre les Français, le premier événement ,
tel qu'il a été dit ou encore pire , arrivera hon
teusement et étonnamment par plusieurs fois.
8*
178
Dans une de ces épreuves le très-noble prince
sera mis en caplivité par ses ennemis à la suite
d'un événement lamentable , et il s'affligera
douloureusement à cause des siens.
L'aigle volera par le monde , et se soumettra
plusieurs nations', vers l'an du Seigneur 1507
ou au -delà ; il sera couronné de trois diadêmes
en signe de victoire et de valeur , ensuite il
rentrera dans son nid , d'où il ne sortira plus que
pour s'élever glorieusement vers le ciel. Ses
petils se feront mutuellement la guerre , et
s'arracheront l'un à l'autre leur proie ; alors ,
dans l'Occident redoublement de maux et de

douleurs, et l'an du Seigneur 1510 ou au -delà ,


éclatera une horrible sédition à cause du roi
des Français prisonnier. Presque la majeure
partie de l'Occident sera détruite par les enne
mis ; c'est pourquoi on ressentira en plusieurs
lieux des tremblements de terre extraordinai
res et violents, etla gloire des Français se con
vertira en opprobre et en confusion ; car le lys
sera privé et dépouillé de sa noble couronne,
et on la donnera à un autre auquel elle n'ap
partient pas , et il sera humilié jusqu'à la con
fusion , et plusieurs diront : la paix , la paix ,
la paix , et il n'y aura point de paix , et alors
paraitront à découvert des séditions judiciai
res , des conspirations , des confédérations
179
inouies des cités plébéiennes , et il y aura dans
le monde une si grande désunion , que per
sonne ne sauroit en aucune manière s'en faire
une idée .
Et avant que le monde arrive à l'année du

Seigneur 1516 , le royaume des Français sera


envahi de toute part , saccagé , et laissé pres
que détruit et anéanti , parce que les admi
nistrateurs de ce royaume seront si aveuglés
qu'ils ne pourront trouver un défenseur , et
la main et la colère du Seigneur s'appesan
tiront furieusement sur les Français et contre
tous les grands et les puissants de tout ledit
royaume.
Les cités les plus fortes et les plus puissantes
seront prises, et l'on se livrera des batailles.
Il apparaîtra dans les corps célestes des signes
nombreux et frappants qui annonceront les
événements prédits et beaucoup d'autres qui
doivent les suivre ; et comme par la volonté
divine , l'état du monde sera bientôt chan
gé , par elle , aussi les serviteurs remplis de
ruse , d'orgueil et de fureur , se révol
teront contre leurs maitres ; et presque tous
les nobles , sans exception , serontmis à mort:
cruellement chassés et dépouillés de leurs di
gnités et de leurs pouvoirs, parce que le peut
ple se fera un roi d'après sen pur caprice ; et
180

l'on ne pourra rien obtenir du peuple , au con


traire il y aura une surprenante et cruelle dé
faite et tuerie de rois , de ducs et de barons ;
et toute la terre sera saccagée et pillée par des
brigands et des voleurs , qui se multiplieront et
qui prévaudront; ils ravageront particulière
ment tout le pays de France. Et ces choses
arriveront vers l'an du Seigneur 1518 , un peu
avant ou un peu après. Une année déterminera
l'autre.
Plusieurs villes éprouveront des commotions
et feront de nouvelles constitutions , à cause
desquelles elles s'isoleront et régneront dans
leurs limiles ; mais elles resleront dans la dé
;

solation ; les camps les plus fortifiés serontpris ,


pillés et détruits , et beaucoup de veuves se
roni privées de leurs enfants. Qu'un chacun
se garde de son voisin , car les hommes seront
victimes de leurs voisins qui les dépouilleront
par d'affreux brigandages et les mettront à
mort. Personne ne tiendra sa parole ; mais
on se trompera et l'on se trahira l'un l'au

tre. On ne cherchera plus le bien et l'avantage


de l'étal; il n'en sera plus question ; ce sera le
règne de la partialité et de l'égoïsme. Alors
la vengeance divine s'appesantira généralement
et spécialementsur lous les hommes : elle sera
---
181
évidente et manifeste. Les Turcs et les Albanais
détruirontplusieurs iles chrétiennes.LesGrecs*
envahiront un royaume des Latins et le ruine
ront entièrement. L'Arménie , la Phrygie , la
Dacie et la Norwege seront cruellement subju
guées par leurs ennemis ; elles seront pillées
et dévastées d'une manière cruelle et irrépara
ble. Plusieurs villes et plusieurs forts sur le Pô ,
le Tibre, le Rbône , le Rhin et la Loire , seront
renversés par des inondations extraordinaires
et par des Tremblements de terres. Les royau
mes de Chypres, de Sardaigne , d'Arles ,seront
affreusement et honteusement dévastés , pillés
et presque détruits par la volonté divine. Entre
les Arragonais et les Espagnols il y aura des
troubles et une grande division , et ils se feront
mutuellement la guerre , et il n'y aura point
de paix entre eux jusqu'à ce que un de leurs
royaumes soit entièrement détruit . Défie -toi

de A. P. Gascogne , car il est lié avec A ..


Avant que le monde arrive à l'année du
Seigneur 1525 , l'Eglise universelle et le monde
entier gémiront sur la prise , la spoliation et la
dévastation de la plus illustre et de la plus
fameuse cité , capitale et mailresse de tout

* Les Russes suivantla religion grecque, on peut les ap.


peler Grecs.
182

le royaume des Français . Toute l'Eglise:,


dans tout l'Univers , sera persécutée d'une
manière lamentable et douloureuse ; elle sera
dépouillée et privée de tous sesbiens temporels,
et il n'y aura si grand personnage dans loute
l'Eglise qui ne se trouve heureux , d'avoir la
vie sauve. Car toutes les églises seront souil
lées et profanées , et tout culte public cessera ,
à cause de la crainte et de l'emportement de la
rage la plus furieuse.
Les religieuses , quittant leurs monastères ,
fuiront çà et là flétries et outragées. Les pas -
teurs de l'Eglise et les grands , chassés et dé
pouillés de leurs dignités et de leurs prélatures,
seront cruellement maltraités ; les brebis et
les sujets prendront la fuite , et resteront
dispersés sans pasteur et sans chef.
Le chef suprême de l'Eglise changera de rési
dence ,et ce sera un bonheurpour lui, ainsi que
pour ses frères qui seront avec lui, s'ils peuvent
trouver un lieu de refuge où chacun puisse , avec
les siens,manger seulement le pain de la douleur
dans cette vallée de larmes.Car toute la malice
des hommes se tournera contre l'Église univer
selle , et par le fait elle sera sans défenseur pen
dantvingt- cinq mois et plus,parce que,pendant
ledit espace de temps , il n'y aura ni pape ni
empereur à Rome , ni régent en France .
183

Lemonde n'estimera que ceux qui serontpore


tés au mal età la vengeance. Hélas ! les douleurs
causées par tous les tyrans, les empereurs et
les princes infidèles serontrenouvelées par ceux
qui persécuteront la sainte Église. En effet ,
la malice et l'impiété des Huns (1 )', et la
cruelle inhumanité des Vandales , ne seront
rien en comparaison des nouvelles tribula
tions,des calamités et des douleurs qui dans
peu accableront la sainte Église ; car les
antels de la sainte Église seront détruits, les
pavés des temples profanés , les monastères
souillés et spoliés , parce que la main et la co
lère de Dieu exerceront leur vengeance contre
le monde à cause de la multitude et de la con
tinuité des péchés. Tous les éléments seront
altérés , parce qu'il est nécessaire que tout l'é
tat du siècle soit changé ; en effet , la terre ,
saisie de crainte , éprouvera en plusieurs lieux
des secousses effrayantes , et engloutira les vi
vants ; nombre de villes , de forteresses et de
châteaux forts s'écrouleront et serontrenversés
à cause du tremblement de terre. Les produc
tions de la terre diminueront; tantôt les plantes

(1) Il y a dans l'original , Illorum : mais le second


membre de phrase parlant des Vandales , nous fait croire
qu'il y a erreur dans l'édition de 1524 , et que le véritable
texte doit porter Hunnorum .
184

manqueront d'humidité, et tantôt les semences


pourriront dans les champs , et les germes
qui s'élèveront ne donneront pas de fruits . La
mer mugira et s'élèvera contre le monde ,
et elle engloutira plusieurs navires et leurs
équipages. L'air sera infecté et corrompu à
cause de la malice et de l'iniquité des homines.
On verra dans le ciel des signes nombreux et
très -surprenants : le soleil sera obscurci , et il
paroîtra couleur de sang aux yeux de plusieurs
personnes. On verra une fois, pendant environ
quatre heures , deux lunes en même temps ;
auprès d'elles apparoîtront plusieurs choses
étonnantes et dignes d'admiration . Des étoi
les se choqueront , ce qui sera le signal de
la destruction et du massacre de presque tous
les hommes. Le cours naturel de l'air sera
presque totalement changé et perverti à cause
des maladies pestilentielles. Les hommes , aussi
bien que les animaux , seront frappés de diver
ses infirmités et de mort subite : il y aura
une peste inenarrable ; il y aura une étonnante
et cruelle famine qui sera si grande et telle par
tout l'Univers et surtout dans les régions de
l'Occident, que depuis le commencement du
monde , jamais on n'a entendu parler d'une
semblable. La pompe des nobles disparoitra ,
les sciences mêmes et les arts périront, et pen
185

dant un court espace de temps , l'ordre entier


du clergé restera dans l'humiliation . La Lor
raine sera dépouillée et plongée dans le deuil,
et la Champagne implorera en vain le secours
de ses voisins; il ne lui en sera point donné,
mais elle sera saccagée, pillée, et elle demeu
rera douloureusement dans la dévastation .
Ce seront l'Irlande, l'Ecosse et l'Angleterre
qui l'envahiront et la dévasteront ( 1).Mais vers
l'an du Seigneur 1515, un peu avantou après,
ces provinces seront secourues par un jeune
captif , qui recouvrera la couronne du lys
et étendra sa domination sur tout l'Univers,
Une fois bien établi il détruira les fils de Brutus
et leur ile , en sorte qu'il n'en sera plus ques
tion , et qu'ils demeureront à jamais anéantis.
Voilà ce qui concerne les tribulations qui doi
vent avoir lieu avant le rétablissement de la
chrétienté.
Mais après que l'Univers entier aura été en
proie à des tribulations et à des misères si gran
des et sinombreuses, pour que les créatures de
Dieu ne restent pas entièrement sans espé
rance , il sera élu par la volonté de Dieu un
pape parmi ceux qui auront échappé aux per
sécutions de l'Eglise , et ce sera un homme

(1) Il y a dans l'original Scicilia , peut-être pour Scotia


l'Ecosse .
186

très -saint et doué de toute perfection , et il


sera couronné par les saints anges et placé sur
le saint siége par ses frères qui avec lui auront
survécu aux persécutionsde l'Eglise et à l'exil.
Ce pape réformera tout l'Univers par sa sain
teté , et ramènera à l'ancienne manière de
vivre , conformément aux disciples du Christ ,
tous les ecclésiastiques ; et tous le respecteront
à cause de ses éminentes verlus ; il prêchera
nuds pieds et ne craindra pas la puissance des
princes. Aussi il en ramènera plusieurs au saint
siège en les tirant de leurs erreurs et de leur
vie criminelle. Il convertira presque tous les
infidèles , mais principalement les juifs.
Ge pape aura avec lui un empereur ,homme
très-vertueux , qui sera des restes du sang tres
saint des rois des Français. Ce prince lui sera
en aide et lui obéira en tout pour réformer
l'Univers , et sous ce pape et cet empereur
l'Univers sera réformé, parce que la colère de
Dieu s'apaisera. Ainsi il n'y aura plus qu'une
loi , une foi , un baptême, une manière de vi
vre. Tous les hommes auront les mêmes senti
ments et s'aimeront les uns et les autres , et la
paix durera pendant de longues années.
Mais après que le siècle aura étéréformé il
paroîtra de nouveau plusieurs signes dans le
ciel et la malice des hommes se réveillera. Ils
187
retourneront à leurs anciennes iniquités et à
leur détestable méchanceté , et leurs crimes
seront pires que les premiers , c'est pourquoi
Dieu amènera et avancera la fin du monde.
J'ai dit : c'est fini.

Vous trouverez cette ancienne prophétie ,


au très-noble royaume de France , dans les
mains d'un certain prêtre , nommé Guillaume
Baugé , dans le diocèse de Touraine , paroisse
de Rohan .

DE L’ABRÉ JOACHIM , HOMME EXTRAORDINAIRE .

L'an du Seigneur 1185 , Urbain III , cent


soixante-dix -neuvième pontife , succéda , dans
la papauté , à Lucien III , et occupa trois ans
le Saint-Siège. Ce Pontife, quand il apprit que
Jérusalem avait été prise par les Sarrasins , et
que les chrétiens , après avoir perdu beaucoup
de monde , avaient été chassés de celte partie
de l'orient , en conçut un tel chagrin , que sa
s
santé s'altéra , et les infirmités qui survinrent
le conduisirent au tombeau , comme le rapporte
Vincent dans son histoire.
Les Astrologues, tant de l'orient que de
l'occident, Juifs el Sarrasins , chrétiens même ,
écrivirentde tous côtés , pour annoncer de la
manière la plus positive , que dans le cours de
septembre on verrait des tempêtes affreuses ,
188
des ouragans terribles , un tremblement de
terre , la mortalité sur les hommes , des sédi
tions, la discorde , des changemens dans les
royaumes , et autres prédictions menaçantes.
L'événement prouva la fausseté de leurs pro
nostics; ce qui est une raison de croire que
bien que les corps célestes exercentune grande

influence sur les corps d'ici- bas , et que l'art


desmathémathiques puisse atteindre à quelques
solutions probables , cependant la seule cause
première est Dieu , qui influe davantage sur
l'effet de la seconde cause , que celte seconde
cause même.
En ce temps-là , l'abbé Joachim se rendit
de la Calabre , auprès de ce pape Urbain ,
résidant à Vérone. Or , ce Joachim avait la ré
putation d'avoir étudié les lettres saintes , et
d'avoir reçu d'en haut le don d'une intelligence
et d'un savoir infini , qui lui permettaient de
pénétrer et d'exposer avec la plus grande lu
cidité , les passages les plus difficiles et les
plusténébreuxdes Écritures. Aussiexpliquait-il
dans un esprit prophétique, les mystères jus
que -là cachés de l'Apocalypse , ainsi qu'on
peut le voir par l'opuscule qu'il a laissé aux
amateurs. Il compte , en effet , comme les
écritures de l'ancien Testament, cinq siècles
à partir d'Adam jusqu'au Christ. C'est ce que
189

le livre de l'Apocalypse révèle lui-même, en


faisant commencer au Christ la 6e époque. Et
encore cette même époque est-elle , dans ce
livre , subdivisée en six autres moindres pé
riodes , dont chacun se rapporle très -régu

:
lièrement à chaque partie du livre : il a ajouté
que c'était à la fin du 5 ° age, que ces choses
avaient été révélées , et que le 6 ° n'allait pas
tarder à s'accomplir ; époque de tribulations et
d'oppressions , se rapportant au 6 ° période du
livre où il s'agit de la ruinede Babylone. Mais
ce qu'il y a de plus saillant dans son livre ,
c'est qu'il place la fin du monde entre deux
générations qui , selon lui , font 60 ans; ce
n'est pas tout : il a encore beaucoup écrit , et
donné au Pape ses écrits pour les corriger .
Car il n'a pas laissé de commettre quelques
erreurs , et cependant il a beaucoup parlé de
l'avenir. Interrogé par deux rois , celui de
France et celui d'Angleterre , et consulté sur
un voyage d'outremer , à Messine, ville de Si
cile , pendant l'hiver que ces princes y pas
sèrent , il leur dit que le temps de la délivrance
de Jérusalem n'était pas encore venu. La
postérité jugera elle-même ses prédictions ,
nous les lui abandonnons. Il a lui-même dit :
Tous ceux qui , parlant de la fin du monde ,
en ont voulu préciser le temps , ont été trou
190
vés en faule ; et il en sera de même un jour de
ceux qui en font autant. Augustin , dans sa
cité de Dieu , ajoute que le Christ a dit à ses
apôtres : Ce n'est pas votre affaire de connaitre
les événemens que mon père a arrêtés dans
sa puissance ; parole quiferme, pour ainsi dire ,
la main à tous ceux qui supputent sur leurs
doigts, le temps et l'avenir. Le même Joachim ,
dans son exposition sur Jérémie , ainsi que le
rapporte Vincent, dit : Depuis l'année du
Seigneur 1200 et années suivantes , je soup
çonne ce qui arrivera. Quand l'Église est
menacée dans son existence , il est nécessaire
que des hommes à qui sourit une pauvreté
volontaire , et qui se recommandent par la pu
reté de leur vie , prédisentà l'Église sa ruine ,
sur laquelle ils pleurent. Oui, dit ce prophète ,
de tels prophètes , de tels docteurs doivent
être envoyés, non -seulement pour éclairer les
hommes vulgaires , mais pour éclairer encore
les pontifes et les prélats . Il se révélera donc
bientôt au grand jour des docteurs et des
prédicateurs fidèles, pour étudier dans le si
lence , et porter ensuite leurs enseignemens
au peuple . Cet ordre futur qui fera veu d'o
béissance , a été prédit par les prophètes :
Enfans de la douleur , mais aussi enfans
de la droite , comme de nouveaux Benja
191
mins , ils doivent le bienfait de la naissance à
la vieille Église : et si Rachel pleure sur les en
fans voués à la douleur, d'un autre côté , la
patrie éternelle sourit aux élus de la droite et
si un autre Hérode les livre à la mort , le Ciel
les recueille . Voilà les fidèles dontla doctrine est

spirituelle , dont la vie se passe dans l'o


béissance. Cet ordre s'est formé, sanctifié
et régularisé dans l'Église : que nul donc ne
critique le mérite de cette vie. Je pense qu'ainsi
qu’autrefois le Seigneur choisit pour pères de
l'Église les vieillards et pour apôtres des adultes,
il choisit encore aujourd'hui des enfans pour
propager l'évangile , et de même qu'autrefois
Dieu soumit les Chananéens aux Israélites, par
l'intermédiaire de Moïse et de Josué , de même
il terrassa les idolâtres , par la parole puis
sante de Paulet de Barnabé. Ainsi deux ordres
monastiques qui doivent s'élever , comme il est
dit plus haut , auront mission de soumettre
les incrédules.
Voilà ce qu'a annoncé Joachim .
Vous trouverez ceci dans la troisième par
tie de la vénérable histoire de maître Antonin .
192
nimni
Www w

De la bienheureuse Catherine , du troisième ordre des Pré


dicans ; du don de prophétie par lequel elle a brillé .

Sous Grégoire XI , et l'an 1380 de Notre


Seigneur, dans la ville de Pise, vivait une vierge
sainte. Tout à coup la nouvelle de la rébellion
de plusieurs cités de l'Italie contre le souverain
pontife parvient à Pise , et va frapper l'o
reille de la vierge. Gémissant aussitôt sur l'ir
révérence et la désobéissance des chrétiens en
vers la sainte Église , irrévérence poussée au
point de dédaigner les censures ecclésiastiques ,
elle se prit à dire en soupirant et s'agenouil
lant : Ne commencez pas sitôt à pleurer , ô
.

hommes , car vous aurez bientôt trop de sujet


de le faire . Ce que vous voyez maintenant
n'est que du lait et du miel , en comparaison
de ce qui doit suivre ; car maintenant les chré
tiens se riant des foudres de l'Église, ont perdu
toute dévotion et toute révérence pour elle.
Il ne leur reste plus qu'à abjurer la foi. Déjà ,
dit la vierge sainte , les laïcs le font, et bientôt
vous verrez le clergé faire pis . O douleur ! le
clergé lui-même se révoltera contre le pontife
romain , et vous verrez ces choses. Ce sera un
scandale universel dans l'Eglise , la peste de
193
l'hérésie étendra pår tout son sein ses ravages.
Nous aurons de nouvelles hérésies , de nou
veaux sectaires ; l'une de ces hérésies n'en
sera pas proprement une , mais ce sera une vé.
ritable division de l'Église et de toute la chré
tienté. Préparez- vous doncà la patience , parce
qu'il vous faudra voir ce spectacle : eten effet
l'événement suivit de près la prophétie ; car
*Grégoire XI étant mort , et Urbain VI l'ayant
remplacé , le sehismenaquit. La vierge étant
parlie pour Romo, quand le schisme était déjà
en vigueur , le prêtre qui l'avait interrogée
d'abord , lai ayant dit que ce qu'elle avait-au
noncé s'était accompli, elle répondit : de même
que je comparais au lait et au miel ce que vous
'verriez , avec ce qui vous resterait à voir , je
vous dis en ce jour que ce que vous voyez
maintenant, n'est en comparaison de l'avenir
qu’un jeu d'enfans. C'est à Rome même et
dans les villes circonvoisines que les choses se
passeront. L'événementprouva , par les guerres
sérieuses qui survinrent, la vérité de la prédic
tion .
Curieux * de savoir eo qui arriveraitaprès ce
choc , j'interrogeai la vierge sur les révélations
qu'elle pouvait tonir d'en -haut : Illustremère ,

*.C'est le frère Antonia quiparle.


9
194
je vous conjure , lui dis-je , de me faire part
de ce qui doit arriver par la suite à l'Église du
Seigneur .
Dieu , dit la vierge , a , par ces tribulations
et ces angoisses , purifié , d'unemanière imper

..
ceptible aux hommes , la sainte Eglise : il re
levera l'esprit de ses élus. La réformequi sui
vra , et qui s'étendra même aux pasteurs, sera
telle, que mun âme s'en réjouit d'avance dans
le Seigneur. Et comme je vous l'ai dit souvent,
l'épouse , aujourd'hui chétive et revêtue de
haillons , sera alors belle et richement parée .
Les fidèles se réjouiront; et les peuples infi
dèles , attirés par la suave odeur du Christ , se
convertiront et reviendront au bercail des
chrétiens , retrouver le véritable évêque et
:

pasteur de leurs âmes : rendez donc grâces à


Dieu qui , après l'orage , accordera de beaux
jours à son Église .
La vierge se tut à ces derniers mots. Nous
avons vu se réaliser ce qu'elle avait prédit des
tribulations de l'Église et du schisme ; ce
qu'elle a prédit de la réforme et des bons pas
teurs n'est pas encore arrivé , et elle n'a pas ,
de peur d'être arguée de faux , précisé
ment. Ses détracteurs prétendent qu'elle avait
annoncé le passage à la Terre-Sainte , qui ne
s'est pas accompli ; et ils parlent de là pour la
195
traiter de fausse prophétesse.Mais Raymond ,
son assésseur ordinaire , assure qu'elle n'a
pas parlé de ce passage comme devant né
cessairement avoir lieu ; mais que brûlante
du zèle de la foi , elle alla jusqu'à trouver
Grégoire XI, pour luiconseiller d'entreprendre
ce trajet pour recouvrer la Terre-Sainte. Elle a
annoncé beaucoup d'autres événements qui
sont arrivés.comme elle les avait prédits :
Vous trouverez ceci dans la troisième partie
de la vénérable histoire de maître Antonin .

PRONOSTIC DU BIENHEUREUX VINCENT , RETROUVÉ


DANS L'ANCIENNE VITERBE .

Quand tu entendrasmugir le premier bæuf,


dans l'Église du Seigneur , alors l'Église
commencera à clocher ; mais quand trois
autres signes se présenteront à toi , et que tu
verras l'aigle uni au serpent, si le second
beufmugitdansl'Église ,temps de tribulations.
Car le serpent et le beuf évoqueront de l'oc
cident un roi d'un grand nom qui désolera le
royaume des Assyriens , et après avoir jelé son
butin conquis , retournera à peine sain et sauf
dans ses états : alors paraîlra un adultère qui
fera cacher dans les ténèbres les serpens.
Malheur aux habitans de la Sicile ; car ils ver
ront les dangers , sans pouvoir s'en garer .
196
Enfin , avec la permission divine , le second
bæufmugira ;'alors, ce sera quasiun'schisme, en
r'Église : Deux pontífes à la fois , dont l'un ,
'schismatique , qui finira pár "reléguer à Venise
'le vrai pontife ,'après avoir usurpésa chaire, par
la violence . Alors entreront en Italie trois år .
mées puissantes : l'une , venant d'occident ;
l'autre , de l'orient ;' la troisième, du nord .
Elles s'éléveront les unes contre les autres , et

l'Italie , noyée dans des flots de sang , n'aura


jamais vu un pareil carnage. L'aigle saisira le
roi adultère , et la crainte et la force dompte
ront lout. Il y aura une nouvelle réforme dans
la ville , et les sectes cesseront d'être .

wwwwwwwwwwwwwwww

Extrait d'un livre fort ancien de saint Thomas'd'Aquin ,


écrit sur une peau de chèvre. Ce livre se trouve à la bi
bliothèque de Sainte-Marie de l'ordre des Prédicans ,
dans ièmecase de ladite librairie , à main droite,

DE SAINT VINCENT.
‫ماء‬
L'illustre confesseur, Vincent,brillait dans le
'monde, par sa vie et ses doctrines , vers l'année
du Seigneur 1400'ct au -delà ; il fat enlevé au
3

siècle , l'année 14 i8, pendant que Martin était


assis sur le siège de Pierre ,"sous l'empire de
Sigismond , et il fut inscrit au catalogue des
197
saints par le pape ,Calixte III , l'an 1455 ; ce,
Viaçent, tenait sa naissance d'une famille an

*
cienne , et noble , de la ville, de Valence . Ses
parens étaient catholiques , et se fajsaient dis
tinguer par leurs, vertus, éminentes. Viucent
a parlé, souvent du jugement final , et en
termes si lerribles,que lespécheursépouvantés,
s'écrjạient en l'entendant : Tombez sur nous ,
ô montagnes ! collines , couvrez-nous et dérot.
bez-nous à la vue dę , l'agneau , qui doit ainsi,
venir. Ontrouve une épître de lui, dans laquelle
il paraît, ayoir, eu, en vue l'antechrist : il dit
qu'il est déjà, dans le monde , bien que déjà
cependant, depuis cette assertion , quarante
années et plus, se sont passées sans que l'an
techrist prédit soit apparu. De l'avis commun
des docteurs, de même que le Christ , le vé
rilable, antechrist ne doit,viyre , que 33 ans ;
et trois ans et demi seulement doivent durer ,
sa prédication , sa puissance et sa malice .
Ainsi, il parait que la prédiction du bienheu
reux,Vincent , sur l'antęchrist, n'est pas juste ;
mais il faut remarquer que si son expression
estdubitalive et non pas affirmative , il n'a pas
fait uụmensonge , mais tout au plus, s’estservi
d'un subterfuge pour cffrayer les hommes ,
encore que Dieu n'ait nul besoin de mensonge,
pour se faire révérer , comme dit l'apôtre. On
198
peut se tromper sur les témoignages des écri
lures, et prêter aux révélations qui vous sont
faites un sens qui n'en est pas l'intelligence
complète . Quelquefois le Seigneur abrège la
durée des jours , laissée aux hommes pour
faire pénitence ; c'est pourquoi Salomon dit
dans ses proverbes : Les jours des pécheurs
seront abrégés. Ainsi , sur les 500 ans accor
dés à Noé , vingt années furent distraites à
cause de l'abus du temps concédé." Ainsi on
voit encore dans Ezechiel , que sa vie fut aug
mentée de 15 ans; ainsi Dieu , quand il lui
plail , conforme à ses vues la durée des jours
de l'homme.
Le Christ a révélé à plusieurs qu'il viendrait
juger les hommes, et il en a reculé le moment,
à la prière de sa mère , au lemps du bienheu
reux Dominique ; et ce n'est pas seulement le
bienheureux Vincent qui parle ainsi , mais le
pape Grégoire ditdans son homélie sur l'Évan
gile : Il y aura des signes dans le soleil , il y en
avait alors qui lui annonçaient , le jugement
final commeprochain ; et pourtant 80 ans se
sont écoulés depuis sa prédiction .
La fin du monde et la venue de l'ante
christ , disait le pieux pontife , arriveront
bientôt et très-prochainement ; il ne déter
minait pas pour cela l'époque où ces événe
199
mens adviendraient, et par ce mot , bientôt,
on peut comprendre un délai plus ou moins
long . Car lorsque Dieu fait dire au prophète
Aggée : Encore un peu de temps , et je ie
muerai ciel et terre , et le désiré de toutes les
nations viendra ; (ce qui s'entend du Christ ).
Се peu de temps, était un espace de 400

années et au -delà , après lesquelles vint le


Christ. Dans le livre de Job , on lit : que l'an
techrist arrive ; ô chers enfans , voici que votre
dernière heure approche , etdans l'Apocalypse,
le temps approche : voici que j'arrive tout à
l'heure , et quand l'apôtre annonçait pour un
temps prochain la fin du monde , ce n'était
pas pour épouvanter les homines , mais pour
les avertir , pour les prémunir contre leurs
sens , comme si le jour du Seigneur allait
venir. Il ne faut donc pas , parce que la pro
phétie n'a pas encore reçu son effet, calom
nier le révérend Vincent , ni le traiter d'im
posteur , car sa vie et ses doctrines furent tout
apostoliques.
Vous trouverez ceci dans la troisième partie
de la vénérable histoire de maitre Antonin .

Il existe parmiles Tartares infidèles un statut,


confirmé par Gingischan premier , leur sei
gneur : Il porte que quiconque voudra , de son
autorité privée , monter au trône sans subir
200
les chances d'une élection , devra être mis à
mort , sanscaucune miséricorde. C'est pour
quoi un de leurs princes', déseendant de-Gen
giskan , fut tué pour n'avoir pas voulu altendre
son élection , comme le portait le statut. Ces
peuplés doivent subjuguer toute la terre , et
n'avoir la paix avec aucune nation , jusqu'à ce
qu'arrive le moment de leur ruine. Ils doivent
combattre quatre-vingt-dix - huit ans , après
quoi ils seront vaincus , ainsi qu'il leur a élé
prédit , sans que cependant ils sachent la
raison de celte loi ſalalo , à laquelle ils ne peu
vent se soustraire .
Les Tartares attachent un grand prix aux
divinations , aux augures ,
aux augures , aux aruspices",
et aux machinations-symboliques ; et quand les
démons leur répondent, ils croient que c'est
Dieu qui leur parle .
Vous trouverez ceci dans la troisièmepartie
de la vénérable histoire de maitre Antonin .

FIN DU CATALOGUE DU LIVRE , OU DU CHAPITRE


ONZIÈME DE L'ITALIE .

Quand Romo con mencera à entendre les


mugissemens de la vache grasse , l'Italie sera
en proie à la guerra et aux dissensions. Une
201
haine violente éclatera entre son serpent ailé
et le lion qui porte des lys. Malheur à toi ,
terre de, Pise , le veau secoue-sa corne nais-.
sante d'un air,menaçant, Alors naitra , qu ,mi.
lieu des lys , le plus beau des princes, dont le
renom sera, grand parmi les rois , tant à cause,
de la rare beauté de son corps , que de la pec- .
fection de son esprit. L'univers entier lui obéi
ra , quand le chêne altier sera tombé , el aura
écrasé danssa chuto le sanglier au poil hérisse:
ses années s'écouleront , dans le bonheur , de
l'Occident au Levant, du Levant au Nord , et
du Nord au , Midi. De toutes pacis il terras
sera et foulera aux pieds ses ennemis . 0. Al
pha et Omega . La vache grasse est unie à la
couleuvre . Un roimonstrueux s'asseoira sur un
trône mobile ; ce monarque échappera , à
grand peine , à une, mort très-rapprochée.
Lève-toi , sanglier hérissé , associe - toi aux
lions, et lu prendras la couleuyre embarrassée
dans ses plis tortueux. Le lion , surpris dans
l'ivresse du triomphe , se laissera prendre par
toi ; tu le tromperas et tụ le feras périr. Mal
heur à toi, beau lion , quand tu te prépareras
au combat , à l'ombre du chêne altier. Mal
heur à toi , Ligurie , et à toi, Flandre ensan
glantée ; tes . prairies et tes fleurs seront
9*
202
dévastées. Le schisme sera renversé , quand
le chêne , dans sa chute , écrasera le san
glier sauvage. Pleure , hélas ! malheureuse
Babylone, que de tristes jours attendent :
comme la moisson mûre , tu seras fauchée , à
cause de tes iniquités. Les rois s'avangeront
contre toi , des quatre coins du monde ; ils ras
sembleront les saints de Dieu , pour qu'ils ne
soient pas compris dans le jugement', et qu'ils
choisissent l'ange du testament, qui doit con
vertir au Seigneur les cours pervertis et dissi
dens. La flèche de l'Italie , s'élançant vers le
Levant , ira y creuser les sillons pour y planter
la vigne du vrai Sauveur : alors que fleurira le
prince du nom nouveau , à qui tous les peuples
se soumettront et à qui la couronne orientalo
sera donnée en garde .
Il surgira un monarque , de l'illustre lys ,
qui aura le front haut , les sourcils marqués ,
de grands yeux, le nez aquilin ; il rassemblera
une grande armée et détruira tous les despotes
de son royaume , et les frappera à mort : fuyant
à travers les monts , ils chercheront à éviter
sa face. Il fera aux chrétiens la guerre la plus

constante , et subjuguera tour à tour les An


glais , les Espagnols , Arragonais , Lombards ,
Italiens. Les rois chrétiens lui feront leur sou .
203

mission . Rome et Florence périront , livrées


par lui aux flammes , et le sel pourra être semé
sur cette terre où tomberont sous ses coups
les derniers membres du clergé. La même an .
née , il gagnera une double couronne : puis
traversant la mer à la tête d'une grande armée ,
il entrera en Grèce , et sera nommé roi des
Grecs. Il subjuguera les Turcs et les Barbares,
et publiera un édit par lequel quiconque n'a
dorera pas la croix , sera mis à mort. Nul ne
pourra lui résister , parce qu'il aura toujours
auprès de lui le bras fort du Seigneur , qui lui
donnera l'empire de l'univers entier : Cela
fait , il sera appelé la paix des chrétiens. Mon
tant à Jérusalem sur le mont Olive , il priera
le Seigneur , et , découvrant sa tête couronnée ,
et, rendant grâces au Père , au Fils et au Saint
Esprit, il rendra l'âme en ces lieux avec la
couronne ; et la terre tremblera , et l'on verra
des prodiges .
204
wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww
wwwww
Révélation des tribulations de nos jours ; de la réforme de
toute l'Eglise , par la volonté divine ; de la conversion
prochainc et rapide des Turcs et des infidèles.à notre foi,
anno ée à Florence par Jérôme de Ferrare , aujour
d'hui vivant , le dernier des serviteurs de Jésus-Christ ;
par Jérôine Benivenius, citoyen de Florence, bommage
fidèle à la vérité .

Lutteur intrépide qui te prepares contre les


siffleurens et les morsures de la vipère , ap

prends avec quelles armes tu dois combattre.


Voici lon armure : la foi
pour bouclier s, pomp:
cuirasse la simplicité ', pour glaivo la prière ;
c'est - là ce dont tu as besoin .
Plôt à Dieu que la vérité comptât autant do
défenseurs que d'ennemis , et que ceux qui
militent en sa faveur fussent dirigés par l'a
mour même de la vérité. Hs exposeraientalors
volontiers pour elle leur existence. Mais si la
vérité a peu de défenseurs , elle en a moins
encore qui lui soient dévoués pour elle -même.
Où sont ceux qui exposent leur vie pour elle !
Je me souviens (et beaucoup comme moi
peuvent s'en souvenir , quimême dans la ville
peut l'ignorer ?) je me souviens d'avoir , il y a
quelques années , entendu annoncer par ce
lui qui souvent déclamait devant le peuple ,
que la tiédeur serait l'ennemie la plus terrible
205

de la vérité , et que cette lulte serait plus,


dangereuse , plus grave , que celle soutenue
jadis par les martyrs 'contre les tyrans , parce
qu'alors, en effet, l'homme juste se trouvera en
face d'une puissance doublement armée d'un
glaive spirituel et d'unglaive terrestre , et que,
resserré , pour ainsi dire , entre deux bar
rières ; s'il craint de blesser sa conscience , il
ne redoute pas moins de s'écarter de la vérité;
alternative difficile et pénible pour l'homme ,
qui, d'une nature débile , ne peut résister à
ces commotions.
Il ajoutait encore que la foi aurait à com
battreen même temps. la sagesse ecclésiastique
et la sagesse, séculière , la malignité ouverte
et occulte , la tiédeur et l'hypocrisie . Rappe
lez -vous que, dès le commencement du monde,
il en a toujours été ainsi , et que la vérité s'est
trouvée dans l'arène , constaminent en face
de l'impiélé ;mais le combat n'a jamais été
douteux , et l'Évangile , sorti vainqueur des
épreuves nombreuses par lesquelles il lui fal
tut passer , triompha , à la fin , de tous les ef
forts du mensonge . Ainsi l'Église put parfois
otre blessée dans la lice , mais la palme lui fut
toujours acquise , et elle sortit constamment
glorieuse et triomphante du combat. Arma
toi contre les lièdes , combats -les avec ar
206

deur. Né redoute ni leur puissance , ni leur


science , ni leur malice . Car les armes dont
tu es revêtue te protègent sûrement, et le Sei
gncur marche avec toi. Tes persécuteurs seront
donc confondus, et tu le glorifieras dans la
joie. Ces incrédules , ces tièdes , qui osent
momentanément contester ta supériorité , se
verront bientôt forcés d'avouer leur impuis :
sance , leur honle et leur tourment. Déjà pen
dant cinq ans , lu as eu à subir les violen
ces de leur choc , et cependant tu n'as pas
fléchi ; au contraire , tu t'es accrue , et tu as
gagné les lèvres et les cæurs des hommes.
Réjouis -toi donc , épouse du Christ ; plus tu
rencontreras d'adversaires , et plus tu peux
être sûre de l'appui du Seigneur. En vain le
dragon du Tartare , plus furieux que jamais ,
roulant ses anneaux immenses , la tête dressée,
l'ail en feu , vomit contre toi son souffle em
poisonné : ramassant toutes ses forces , il bon
dit de toute sa puissance , parce qu'il en veut
au salut des âmes. Mais la vérité , comme dit :
Zérobabel , demeure et se fortifie éternelle
ment : elle vit dans les siècles des siècles ;
comme il a été écrit : La vérité vivra perpé
tuellement. Adieu , brave lutteur.
Deo gratias.
207
wwwwwwwwwwwwwwwwwwürvet

Abrégé des révélations de l'inutile serviteur de Jésus


Christ , frère Jérôme de Ferrare de l'ordre des
Prédicans.

Quoiqu'en plusieurs occasions , inspiré par


le Seigneur, j'aie prédit des événemens futurs ;
cependant , rappelant en ma mémoire la sen -
tence de notre Sauveur Jésus-Christ , disant ,
dans saint Mathieu : Ne donnez pas ce qui est
saint aux chiens; ne jetez pas vos perles de
vant des porcs , de peur qu'ils ne les foulent

oux pieds , ou que les chiens ne se jettent sur


vous , j'ai toujours été très-réservé dans mes
révélations. Cependant je n'ai jamais hésité
toutes les fois que j'ai pensé pouvoir être utile
au salut des hommes. J'ai développé les visions
et les révélations que j'avais eues , espérant
pouvoir y puiser, pour ceux à qui je les com
muniquais , des motifs de persuasion et de con
viction ; bien que je ne trouvasse pas toujours
lesâmesbien disposées à recevoir mes enseigne
mens, et qu'en conséquence j'eusse pu les croire
moins nécessaires à leur salut. Mais aujourd'hui
c'est pour moi une nécessité , un devoir , de
publier les prédictions que j'ai publiquement
annoncées.

Et je crois cette publication d'autant plus


208

indispensable, que beaucoup de gens, en m'en


tendant parler en chaire , se sont efforcés de
reproduire mes prédiçaljons , qui, la plupart
du temps , à cause de l'impuissance où est la
plume de suivre les paroles, ont été chargées do
nombreuses fautes , d'irrégularités, d'additions
ou de suppressions. Ainsi ,mes discours n'ont
été livrés au public que tronqués , et non - seu
lement par la maladresse , mais encore, par
la mauvaise foi, et grossis d'interprétations
malveillantes et de commentaires insidieux.
De là , la nécessité, pour moi d'en publier une,
nouvelle édition ; c'est pourquoi je vais m'ef
forcer, dans un court abrégé , de réunir toules
mes prédictions, ne négligeantabsolument que
le mode spécialde ces révélations, et les preuves
tirées de l'Ecriture- Sainte : citations que j'a
joutaiş en prêchant. Je me propose cependant
d'insérer ici en entier la vision dont j'ai parlé
en chaire à l'octave de l'Annonciation de la
bienheureuse vierge Marie , parce qu'elle a été
tronquée et incomplètement rapportée par la
plupart de ceux qui m'écoutaient, et qu'elle
a circulé avec ces fautes dans diverses par .
ties de l'Italie . Mais le principal motif qui dis
rige ma plume , c'est la gloire de Dieu . Ja ne
peux ni ne dois laisser profaner ses mystères
ni permettre qu'on s'en joue , ni qu'on abuse
209

de mon nom pour publier des paroles qu'on


me prêle , chargées d'erreurs grossières invo
lontairement ou par calcul.
Pour éviter à l'avenir ces erreurs , et ôter
tout prétexte à la malveillance , en même
temps que pour rendre ce livre clair pour tout
le monde , j'ai eu soin de l'écrire en langue la
tine et en langue du pays. Je prie tous ceux à
qui parviendra cet abrégé , s'ils entendent
parler de prédictions faites par moi , autres
que celles ici contenues , de vouloir bien ne
pas ajouter foi à ce que des tièdes et des savans
du siècle m'ont faussement attribué , dans la
ville de Florence , en me prêtant des révéla -
tions auxquelles je suis élranger ; ils m'ont
voulu rendre solidaire de leurs fictions. Je
sais néanmoins qu'il ne manquera pas de gens
qui interpréteront de nouveau cet écrit de
différentes manières , comme dit Daniel : Plu .
sieurs le parcourront, et l'opinion sera variée.
Il en est même qui s'en moqueront. J'espère
pourtant que.cette lecture profitera aux cours
purs et candides , parce qu'il est écrit :Ses pa
roles sont pour les simples : vous avez caché
ces choses aux savans et aux docteurs , et
vous les avez révélées aux petits enfans.
Toutefois , avant de commencer mon récit ,
4: ‫{{ ?ܕ‬
210

il me parait nécessaire , pour l'intelligence du


lecteur, de lui soumettre quelques mots sur
le mode de ces révélations prophétiques , pour
que chacun puisse aisément savoir comment
Dieu enseigne à ses prophètes ce qu'ils an
noncent. Il est écrit, au premier livre des rois :
Celui qu'on appelle prophète aujourd'hui l'est
réellement quand il sait des choses ignorées
par toute créature humaine. Ainsi le prophète ,
exalté quelquefois dans ses momens d'inspira
tions , au-dessus de la lerre , voit des choses
qui sont loin de l'humanité, et des perceptions
ordinaires , et tout ce qui se rattache au libre
arbitre , n'est pas dévoilé aux hommes dans
l'état naturel. La Trinité seule embrasse d'un
seul regard le temps tout entier. Puis la créa
ture raisonnable et intelligente ne saurait dé
mêler au fond les causes réelles des effets : car
les mêmes causes sont quelquefois impuissantes
à produire les mêmes effels , et l'intelligence
ne peut saisir les résultats probables de ces
causes. C'est pour cela que tous les arts divi
natoires , à la tête desquels marche l'astrono
mie judiciaire , sont condamnés par les saintes
Écritures et par les canons de l'Église. A la
science divine seule il appartient de prévoir ce
qui arrivera , car devant Dieu , passé , présent
211

et futur , se groupent et se combinent. Il est


écrit : Rien n'est caché à ses yeux . L'avenir

échappe donc à toute investigation humaine ;


Dieu seul , dans sa lumière éternelle , le con
nait , et ce n'est que de lui qu'en tiennent la
connaissance ceux à qui il daigne le révéler .
Dans cette sorte de révélation , il procèdu de
deux manières : d'abord , il répand sur le pro
phète les rayons d'une lumière surnaturelle ,
qui est comme une espèce de participation à sa
nature divine, alors le prophète , dans cet
océan de lumière , perçoit parfaitement deux
choses, ce qui lui a été révélé d'abord , et la
source divine de la révélation . Ettelle est la force
de cette lumière , que le prophèle acquiert la
certitude complète de ces deux choses , de
même que la lumière naturelle donne aux phi
losophes la certitude de la vérité des premiers
principes. Secondement , Dieu révèle au pro
phète tout ce qu'il veut qu'il sache et qu'il an
nonce : et cela se fait de plusieurs manières ,
comme on le voitdansOsée, chapitre 12.,« J'ai
parlé aux prophètes ; j'ai multiplié la vision . »
Quelquefois c'est par une vision toute imagi
naire qu'il enseigne au prophète , ou lui fait du
moinspressentir ce qu'il doit annoncer. Ainsi
il donna la sagesse à Salomon . Ainsi prophé
lisa David . Quelquefois , il imprime à l'ima
2 12

gination diverses figures , et lui envoie des vi


sions qui apprennent au prophète ce qu'il a à
prédire ; le prophète , éclairépar cette lumière ,
comprend parfaitement la signification de ces
visions : autrement , il ne pourrait être nommé
prophète. Il est écrit , au chapitre x de Daniel ;
Il est besoin d'intelligence dans la vision . Mais
souvent, dans de telles visions , des caractères .
extraordinaires , inexplicables aux sens hu
mains, sont tracés par le ministère des anges.
Et les paroles dites au prophète , si elles ré
sistent d'abord à l'interprétation des, seps ,
s'expliquent ensuite naturellement. Ainsi, on ,
lit dans Daniel , chapitre 5, qu'une main ,
inconnue traça sur la muraille , à la vue
du roi Balthazar , cette inscription : Manes ,
Tethel , Phares , que Daniel vit des yeux du ,
corps , et interpréta ensuite à l'aide de la
lumière intérieure.
Il faut remarquer que Dieu se sert , dans
ces apparitions extérieures du ministère des
anges , comme dit saint Denis dans le livre de
la hiérarchie céleste. Tout ce que fait Dieu ,
il le fait avec ordre et mesure . Et dans les
:

apôtres il est dit : l'ordre de la sagesse, divine ,


est de disposer des petites choses par les in
termédiaires et des intermédiaires par les plus
grandes. Les anges tenant le milieu entre Dieu ,
213

et les hommes , il s'ensuit que les inspirations


prophétiques , pour arriver de la divinité aux
élus , passent par les mains des anges qui'ne se
contentent pas, pour remplir leur mission ,
d'anoblir' diverses apparitions , mais s'adres
sent encore intérieurement aux prophètes.
Quelquefois' ces messagers célestes' revêtent,
i pour annoncer aux prophètes leursmessages ,
la forme humaine. Les prophètes savent alors
très- bien que ce sont- là des apparitions angé.
liques , et que ce que les anges leur révèlent
est véritablement une émanation de la sagesse
divine. Voilà les trois modes tour à tour en
usage pour nous faire connaitre l'avenir .
Toutes les fois que j'ai été honoréde quelqu'un
de 'ces messages , une lumière brillait qui me
faisait concevoir que les choses annoncées
étaient très- vraies et très-certaines. C'est pour
quoi le Dieu tout- puissant, voyant se multi
plier les péchés de l'Italie , surtout dans les
princes tant eeclésiastiques que séculiers , et
ne pouvant plus long -temps supporter un tel
état de chose , ordonna ,que son Eglise expiât
sous le fouet ses torts . Et parce que ( dit le
prophète Amos , Dieu n'exécutera saiparole
qu'après avoir révélé son secret aux prophèles
ses serviteurs ), il a voulu pour le salut de son
clergé, que celle expiation fût annoncée dans
214
l'Italie, afin qu'ils pussent mieux se préparer à
la réforme, Florence étant située au ceur de
l'Italie , comme le cœurmême est le centre de
la vie de l'homme, le Seigneur a daigné lui
accorder le privilège de cette prophétie , afin
que de là elle se répandit dans les autres par
ties de l'Italie ( comme nous le voyons en

effet actuellement.) Choisi moi-même parmi


les autres serviteurs de Dieu , mieux méritans
que moi , être chétif et inutile , je me suis
empressé d'obéir à l'ordre de mes pères qui
m'appelait à Florence , l'an de Dieu 1489 ,
l'année même , où , dans les calendes d'août ,
le jour divin , j'ai commencé dansnotre temple
de St.-Marc à interprêter le livre de l’Apoca.
lipse. Et pendant toute cette année , prêchant
au peuple florentin , je n;ai cessé de lui rap
peler ces trois choses , 1° Que le renouvelle
ment de l'Eglise arriverait dans ce temps-ci ;
2 ° que Dieu réservait à l'Italie un grave chấti
ment avant cette même époque ; 3 ° que ces
évènemensne pouvaient larder à arriver . Les
argumens raisonnables , les figures des divines
écritures , toutes les autres allégories et lespara
boles même qu'on connaît dans l'Église , j'em
ployai tout pour prouver et pour persuader
la vérité des trois conclusions ; appuyant plu
tôt sur les raisons que j'avais à donner , et
215

dissimulant avec soin le mode auquel je devais


cette connaissance , lorsque les esprits sem
blaient moins bien disposés à recevoir mes
épanchemens. Voyant dans les années qui sui
virent plus de disposition à croire , je joignis
de temps en temps à mon récit quelque vision :
ne disant pas que c'était une vision prophéti
que , je ne la proposais au peuple que sous la
forme parabolique. Las enfin du mépris des
hommes et dégoûté de leur ironie , j'avais ré
solu de ne plus parler , et cependant, pressé
par une vive sympathie , je voulais de nouveau
dans leur intérêt, leur parler , et je ne le pou
vais. Tout ce qui s'écartait en effet de mon
sujet , du but de mes lectures et de mes pre
mières études , m'ennuyait , et toutes les fois
que je songeais à prédire d'autres évènemens ,
ou que je me mettais en devoir de le faire , je
me dégoûtais au point de me déplaire à moi
même. Je me souviens que, prêchant à Flo
rence le second dimanche de 1490 , j'avais
résolu de supprimer un sermon déjà composé sur
les visions de cette nature , et je m'étais décidé
à ne plus parler de cetobjet. Dieu m'est témoin
que je passai loute la nuit du sabbat , la veille,
et toute la nuit suivante jusqu'au jour , dans
l'insomnie, et enfermé , sans avis de qui que
ce soit; à la pointe du jour j'étais fatigué de
216

mes longues veilles et je priais, quand il me fut


dit : Insensé , ne vois-tu pas que Dieu veut
que tu annonces ces choses au peuple! C'était
un ordre . Aussi , dans la même malinée , fis
je 'un sermon terrible. Tous mes auditeurs se
souviennent que , dans ma manière d'exposer
l'Ecriture , tout s'accordait parfaitement avec
l'époque actuelle ; et parmi d'aulres coïnci
dences frappantes , ce trait a surtout fait l'ad
miration des hommes les plus distingués ; c'est
que de l'année 1491 à 1494 , régulièrement à
chaque avent ou carême de notre Sauveur ,
j'avais entrepris des prédications soutenues
! sur la Genèse : reprenant toujours , à cha
· cune de ces époques , mon sermon à l'endroit
où j'avais terminé le dernier , je ne pusjamais
atteindre le moment du déluge et de la fa
brication de l'arche. Je pensai que Noé me
tiendrait peu de temps , et tant de choses cha
que jour s'offrirent à ma pensée , au sujet de
la fabrication de l'arche , que je passai tout
l'avent et le carême de l'année 1494 , à com
menter ce passage. Par la volonté de Dieu , je
m'arrêtai le jour de la fête de saint Mathieu ,
apôtre , au passage où il est dit : Je vais ame
ner les eaux du déluge sur la terre . Comme
déjà tout le monde savait que le roides Fran
eais était entré avec ses troupes en Italie , je
217
choisis pour lexte ces mêmes paroles : J’ame
nerai les eaux du déluge sur la terre . Aussitôt
je vis l’étonnement se peindre sur les visages
à cette citation inspirée de Dieu , dont on re
connaissait la convenance et la propriété ;'un

personnage marquant de nos jours par sa sa


gesse , et remarquable par ses connaissances
variées ( c'était Jean de la Mirandole ) , m'a
voua depuis , qu'à ce moment les cheveux lui
avaient dressé sur la tête .

Mais pour en revenir à'mon sujet ; dans ces


premières années , je n'appuyais mes prédic
tions que par des argumens et des raisons ti
rées de l'Ecriture , et par diverses paraboles.
Depuis , je commençai à dévoiler l'avenir sous
un autre jour , me fondant sur la seule intelli
gence des Écritures. Enfin , j'attaquai plus
clairement encore la conscience des auditeurs,
en disant que je n'étais que l'interprète et
l'écho des paroles quim'avaient été transmises
d'en haut. Je répétais souvent, Voici ce qu'a
dit le Seigneur : Leglaive du Seigneur frappera
la terre , bientôt, et à coups précipités. Je ré
pétais encore : Le Seigneur Dieu a dit : Ré
jouissez-vous, justes , mais préparez , dans la
lecture et la méditation , vos ames contre les
tentations. Priez , et vous serez délivrés de la
mort; et vous, serviteurs , qui êtes dans l'in
10
218
famie , flétrissez - vous encore : que le vin , que
la débauche efféminent et ruinent votre corps ,

que votre bras dégoute du sang de l'indigent ;


voilà votre part , voilà votre sort. Mais sachez
que vos âmes comme vos corps sont dans mes
mains , et que dans peu de temps , le fouet
sillonnera vos membres endoloris, et je livrerai
vos âmes au feu éternel. Ces paroles n'étaient
pas , comme plusieurs l'ont cru , extraites de
l'Écriture , mais venaient tout récemment du
ciel ; et comme dans une seule vision , il peut
se trouver descendre du ciel beaucoup de pa
roles , je n'en ai communiqué au public qu'une
partie , de peur que les incrédules ne se
jouassent du reste ; j'ai voulu uniquement
parler de cette dernière vision , pour qu'on
sut bien de quelle manière je recevais les en
seignemens de Dieu .
Je vis donc , l'année 1492, dans la nuit qui
précéda mon dernier sermon de l'Avent ,
une main dans le ciel , qui tenait une épée sur
laquelle se lisait cette inscription : Le glaive
du Seigneur passera sur la terre , bientôt et
rapidement. Il y avait écrit sur la main : Vrais
et justes sont les arrêts du Seigneur. Le bras
semblait appartenir à trois figures en une, dont
la première dit : L'iniquilé demon sanctuaire
élève ses clameurs , de la terre à moi ; la se
219
conde répondait : Je punirai du fouet ses
iniquités ; la troisième ajoutait : Je ne reti
rerai pas ma miséricorde , et j'aurai pi
tié de l'indigent. La première reprit : Mon
peuple a oublié , pendant des jours innom
brables , mes ordres ; la seconde reprenait :
C'est pourquoi je frapperai et je briserai sans
pitié ; la troisième ajouta : Rappelle -toi ceux
qui marchent dans mes préceptes. Puis tout
à - coup , une voix forte qui se fit enten
dre par tout l'univers , dit : Écoutez , vous
tous , habitans de la terre , voici ce que
dit le Seigneur : Moi , Dieu , je parle dans
mon zèle sacré ; le jour va venir où je sorti
rai du fourreau mon glaive contre vous.
Convertissez - vous donc avant que ma fureur
éclate ; car le jour des angoisses une fois ar
rivé, vous chercherez en vain la paix , elle ne
viendra pas. A ces paroles , tout l'univers sem
bla se développer devantmoi : je vis descendre
du ciel sur la terre une foule d'anges revêtus
d'aubes et d'étoles blanches , et portant des
croix rouges à la main . Parcourant toute la
terre , ces légions angéliques distribuaient à
chaque individu un habillement blanc avec
une croix : quelques -uns, agréant ce qu'on leur
offrait, revêtaient le costume. D'autres le reje
taient , mais sans empêcher les hommes de
220
bonne volonté de le recevoir. Au lieu que quel
ques-uns, le rejetant avecmépris , cherchaient,
par force, à détourner leurs frères de l'accepter .
Ces derniers étaient des tièdes, et des ames gon
flées de science humaine , qui repoussaient
l'offrande , et s'efforçaient de dissuader les
autres de la prendre.
Après quoi , la main qui tenait le glaive , le
tourna vers la terre . Et bientôt d'épais nuages
obscurcirent le ciel. La grêle et le tonnerre,
des glaives ,des flèches , des flammes parurent
en même temps sur l'horizon ; tandis que sur
la terre , la guerre , la peste , la famine et
d'innombrables tribulations surgirent à la fois.
Je regardais cependant les anges poursuivant
leur marche au milieu des peuples , et versant
à ceux qui prenaient la croix , des flots du
vin le plus limpide. Après avoir vidé les coupes,
ceux- ci disaient : Que tes paroles nous sont
douces, Seigneur ;puis lesanges allaient porter
aux autres la lie qui était restée au fond des
coupes : alors , ces derniers , détournant la
tête , paraissaient vouloir faire pénitence , et
ils ne pouvaient obtenir leur pardon , et ils
disaient : Pourquoi nous oublies-tu , Seigneur ?
Puis , quand ils voulaient lever leurs yeux au
ciel , la grêle des tribulations venait les leur
fermer. Ils étaient alors, commedans l'ivresse ;
22 I

leur ceur , comme trop à l'étroit dans leur poi


trine,battait avec violence, et ne pouyaittrouver
de consolation dans les voluptés humaines :
ils semblaient des insensés.

Après cela , j'entendis les trois faces pro


noncer distinctement ces mots : Ecoutez la
parole du Seigneur : je vous ai attendus pour
avoir pitié de vous ; venez à moi , parce que
je suis bienfaisant et miséricordieux , et que
j'accorde merci à ceux qui m'implorent; que
si vous refusez de m'entendre , je détournerai
de vous mes yeux à toujours. Cette voix
s'adressant aux justes, leur dit ensuite : Quant
à vous , justes , réjouissez-vous et vous féli
citez , parce que ma colère a été de peu de
durée.
Soudain , la vision s'évanouit , et j'entendis
ces mots retentir à mon oreille : Mon fils , si
les pécheurs avaient des yeux , ils verraient
que cette peste terrible et ce glaive acéré ,
(l'esprit parlait alors de ce qui venait d'appa
raitre ) , n'est autre chose que le régime des
mauvais pasteurs et de la philosophiehumaine ;
voilà les gens quin'entrent pas dans le royaume
des cieux , et quine permettent pas auxautres
d'y avoir accès. Pour l'Eglise , cette lutte spi
rituelle est mille fois plus grave et plus redou
table , que toute autre tribulation matérielle.
222

Et l'esprit se hâta d'ajouter : Que j'exhortasse


les peuples , que je les conjurasse de supplier
le Seigneur , d'accorder à la terre sa sainte
terreur , et de renouveler son amour : et de
donner , en mémoire des bienfaitsde la passion ,
de son fils unique , de bons pasteurs , et de
saints prédicateurs à l'Église ; des pasteurs ,
enfin , qui s'oublient eux-mêmes pour leur
troupeau .
Dieu m'inspirant encore , j'ai prédit que les
Alpes seraient un jour franchies par un nou
veau Cyrus , dont Isaïe avait dit : Le Seigneur
dit à mon Christ Cyrus: j'ai pris sa droite , et
j'ai fait courber , devant sa face , et peuples et
rois ; toutes les portes , toutes les issues lui ont
été ouvertes. Je marcherai avec lui et j'humi
lierai les superbes de la terre ; je briserai les
portes d'airain et les chariots de fer ; je te donne
rai des trésors cachés ; je t'initierai aux secrets
des secrets, afin que tu saches que moi, le Sei
gneur, je te nomme mon élu , le Jacob , et
l'Israël de mes affections.
J'ai dit aussi à l'Italie de ne pas se fier à ses
citadelles et à ses remparts , qui tomberont
sans résistance devant lui. J'ai prédit aux Flo
rentins, et surtoutà ceux qui tenaient les rênes
du gouvernement , qu'ils prendraientune déter
mination contraire à leur salutet à leur utilité, et
223

qu'il arriverait un temps où tout conseil de


viendrait superflu . Comme ils refusaient d'y
croire , je leur répétai souvent qu'il fallait se
défier des calculs trompeurs de la sagesse hu
maine.
Jepasse sous silence d'autresprédictionsqu'il
ne m'a pas été permis de publier ,, pour éviter
le scandale . Mais j'ai annoncé à quelques-uns
de mes amis et familiers , le temps de la mort
d'Innocent VIII, et j'ai prédit à point nommé
la révolution de Laurent de Médicis et ce

qui devait arriver à l'État de Florence , lors


que le roi des Français serait arrivé à Pise. Au
moment de cette arrivée, et quand la révolu
tion florentine était imminente , me rappelant
l'épée , qui m'était apparue suspendue sur la
ville de Florence , et qui présageait une grande
effusion desang, je commençai à espérer , puis
que Dieu avait choisi cette manière d'annoncer
les événemens , que cette prophétie n'était pas
du moins sans condition ; c'est-à - dire que , si le
peuple faisait pénitence , Dieu voudrait bien
adoucir une partie de sa rigoureuse sentence .
C'est pourquoi ,aux calendes de novembre, à la
fête de la Toussaint etdeux jours suivans , je ne
ménageai rien en discours ( comme tout le peu
ple le sait ) , et je prêchai avec tant d'ardeur et
de constance , que ma poitrine en souffrit , et
224
que la fatigue me réduisit à un état de lan
gueur. Je recommandai alors au peuple des
jeûnes au pain et à l'eau , des oraisons fréquen
tes , proclamant hautement que je tenais mes
discours de la même source d'où décou

laient mes anciennes prédications : Italie !


m'écrirais - je , des malheurs t'accableront à
cause de tes péchés. O Florence , des mal
heurs t'accableront à cause de tes péchés .
O clergé ! c'est toi qui as donné naissance à
l'orage. Et souvent je répétais que l'Italie , et
Rome surtout, serait bouleversée ; et toujours
j'évoquais à mon appui et pour garant de mes
paroles lemême esprit qui me les avait dictées.
O nobles , sages et plébéiens , la main de Dieu
s'appesantit sur vous :ni la force , ni la science ,
ni la fuite , rien ne pourra rien contre lui. C'est
pourquoi le Seigneur vous a attendus pour
prendre pitié de vous : convertissez -vous donc
au Seigneur bienfaisant et miséricordieux.
Si vous vous refusez à faire pénitence , il

éloignera de vous ses regards. Le roi' très


chrétien des Français arrivant , jo fus mandé
par les superbes seigneurs Florentins , qui me
prièrent de mecharger d'aller en députation ,
au -devantde lui, avec quelques-unsd'entr'eux.
Je consultai avec maturité , sur cette propo
sition , les pères de notre ordre , ainsi que
d'autres citoyens; l'avis unanime fut que je
225

me rendisse à cette mission . Et j'avoue que la

raison qui me détermina à mecharger de ce


fardeau , fut plus encore la charité chrétienne,
que tous les conseils les plus persuasifs.
Parti pour Pise avec les commissaires délé
gués , j'exposai , en présence de la majesté
royale , en langue du pays , ce que Dieu m'a
vait annoncé .
Le Seigneur tout-puissant qui tient dans ses
mains les pouvoirs et les empires , roi très
chrétien et grand ministre de la justice divine,
accorde à ses créatures ses bontés infinies , et
les leur prouve de deux manières, par samiséri
corde ou par sa justice : par la première, en
appelant les peuples , et les convertissant à
son amour; par la seconde , en repoussant les
créatures , à cause de leurs démériles. Ces

deux modes se tiennent si étroitement , qu'ils


ne se séparent jamais, ainsi qu'il est écrit : Les
seules voies du Seigneur sont la miséricorde et
la vérité : il exerce sa justice contre les damnés ,
en leur infligeant la peine de leurs crimes. Il
leur prouve en même temps sa miséricorde ,
parce qu'il proportionne le châtimentà la faute ;
jusque danssa miséricorde même, il est juste
encore, en assignant à chacun une plus grande
part de gloire , selon sesmérites. Voilà ce que
nous avons dit des bienheureux et des damnés .
10 *
226

Dans toutes les autres circonstances , il serait


facile de prouver que la justice et lamiséricorde
vont toujours ensemble , quoiqu'avec quelques
nuances , selon les divers accidens de la vie .

Il appartient à la miséricorde d'endurer pa


tiemment les péchés , de laisser aux pécheurs
le temps de se préparer à la pénitence , de les
appeler avec douceur , de les attirer affectueu
sement , d'user avec eux de clémence , de
bienveillance et de longanimité ; en un mot ,
de leur préparer , d'une main large et géné
reuse , des trésors infinis de gloire céleste . Il
appartient à la justice , quand le temps de l'é
preuve est passé , quand à la longanimité , à
la bonté, iln'a élé répondu que par l'outrage, de
priver l'impénitent de la grâce, de lui enlever
les vertus , de lui ravir la lumière, d'obscurcir

son intelligence , et de le laisser s'engouffrer


dans l'abîme des passions et du malheur , en
fin , de le punir , en enfer , du supplice éternel.
Ainsi la bonté infinie de Dieu , propice aux
hommes, a long -temps toléréavec patience les
désordres de l'Italie ; et appelant avec douceur
à elle ses serviteurs , elle attendait toujours le
temps de la pénitence , qui n'est pas venu : et
puisque l'ingrate refuse d'écouler , de recon
naitre la voix de son pasteur, et de se soumet
tre à la pénitence ; puisque, dans son orgueil ,
227
elle abuse de la patience divine, et multipliant
chaque jour ses forfaits , ne cesse de les ag
graver , en refusant de reconnaître les bienfaits
de Dieu, le saint baptême et le sang du Christ,
et préférant à ces dons ineffables des traits
débauchés et un front de diamant : Le jour
de la justice arrive enfin , et Dieu se prépare à
l'exercer . Ainsi , comme nous l'établissions ,
dans toutes les ouvres de Dieu , la miséricorde
et la justice marchent ensemble ; et telle a été
la bonté infinie du Seigneur, pour allier à l'é
gard de son peuple la miséricorde à la justice ,
qu'il a daigné faire choix de son indigne ser
viteur, pour lui ouvrir ses secrets , avant de
livrer l'Église qu'il veut réformer aux atteintes
sanglantes du fouet de sa justice. Or son ser
viteur (depuis quatre ans) n'a cessé d'annon
cer au peuple florentin la révélation qui lui
avait été confiée , et de l'exhorter , fondé sur
ces enseignemens reçus d'en haut, à la péni
tence et à la conversion . La ville tout entière
en est témoin ; et nobles comme rotariers ,
jeunes et vieux , femmes et hommes , citoyens
et gens de la campagne peuvent l'attester ;
tous ses auditeurs , dont quelques - uns
croyaient , d'autres de croyaient pas , et quel
ques-uns riaient. Mais Dieu , qui ne peut men
tir , a accompli à la lettre , jusqu'à ce jour,
228

tout ce qu'il avait bien voulu ordonner à son


serviteur de prédire , afin qu'on ne doutåt pas
de la réalité des événemens qui suivraient ,
quand la certitude des faits précédens serait
réelle etpositive . Or les auditeurs précités sont
encore les témoins de la vérité des faits arrivés.
Et si jamais ce serviteur indigne de Dieu , dans
ses prédictions , ne nomma ta couronne, mo
narque très chrétien , c'est que Dieu ne le lui
avait pas permis ; mais des demi-révélations
indiquèrent du reste assez ta venue qu'il at
tendait. Te voilà enfin arrivé , ô roi ; tu es
arrivé, ministre du Seigneur et de sa justice .
Nous t'avons reçu, le cour content et le front
serein . Ta venue a répandu dans nos ames
l'allégresse et le bonheur. Tous les serviteurs
fidèles du Christ espèrent en toi : ils pen
sent que ta présence écrasera les superbes ;
que , ministre de Dieu , tu relèveras les hum
bles. Par toi les vices seront flétris , les vertus
exaltées , la vétusté rajeunie , les difformités
redressées. Viens donc , et jouis de ton triom
phe; envoyé par celui qui daigna sur le bois de
la croix triompher pour notre salut. Néan
moins , roi très- chrétien , prête à mes paroles
une oreille attentive et grave - les dans ton
cæur. Le serviteur indigne à qui l'avenir a été
révélé de la part de Dieu , c'est-à -dire de la
229
très -sainte Trinité , Père , Fils et Saint-Esprit,
et de notre Seigneur Jésus-Christ, vrai fils
de Dieu et vrai homme, Dieu des rois ; de la
part encore de toute la cour céleste , ce ser
viteur indigne t'exhorle à déployer partout,
à son exemple , ta miséricorde , et surtout dans
sa ville de Florence , qui , bien que cou
pable , renferme pourtant dans son sein une
foule de serviteurs de Dieu des deux sexes ,
tant séculiers que religieux , en considéra
tion de qui tu dois conserver cette ville ; alin
que ces âmes ferventes et fidèles puissent im
plorer en sa faveur , dans cette expédition ,
le secours de Dieu . Le même serviteurindigne
de Dieu l'exhorte encore , de la part de son
maitre , à défendre et à protéger avec la plus
scrupuleuse délicatesse les innocens , les
veuves , les orphelins ; à protéger surtout
la chasteté des épouses du Seigneur dans
les monastères , de peur que , par ta faute , le
nombre des crimes ne s'aggrave , et que la
force qui te vient d'en haut ne te soit retiréc .
De même il t'invite encore , de la part de Dieu ,
à pardonner les injures , même du peuple flo
rentin , et à user de clémence envers quicon
que l'aura offensé : car c'est dans l'ignorance
qu'ils l'auront fait , ils ne te savaient pas
envoyé de Dieu . Rappelle -toi ton Sauveur ,
230

qui sur la croix pardonna à ceux qui venaient


de le crucifier . Si tu observes ces conseils , ô
roi, Dieu augmentera ton royaume temporel ,
donnera partoutla victoire à tes armes , et en
fin te conférera le royaume éternel , lui, seul
monarque au -dessus tout et roi des rois , lui

qui seul est immortel et habite au sein d'une


lumière inaccessible , et à qui sont honneur et
gloire dans les siècles des siècles. Amen .
Après ces paroles , je remplis le mandat et
les instructions du peuple florentin ; mais je
n'ai pas besoin de rappeler ces choses. De re
tour dans la ville , je recommençai mes pré
dications pour tâcher d'amener tous les cours
à la pénitence. Et certes , il est évident que
la miséricorde divine délivra alors des plus
grands périls le peuple florentin . Plus tard, en
prêchant, j'ajoutaique les Florentins'avaient
encore à souffrir plus d'une épreuve dange
reuse ; qu'ils seraient en proie à d'autres tribu
lations, et que l'Italie tout entière serait bou
leversée. Mais jamais je ne m'ouvris à qui que
ce soit sur l'époque ni la manière. Nul re
mède, disais -je , nulle ressource pour les chefs
de l'Église et les princes de l'Italie , que la
pénitence. Des monceaux d'argent , des ar
mées aguerries , les remparts les plus forts ,
des citadelles inexpugnables seraient superflus :
231

Quand leurs trésors seraient infinis , leurs ar


mées invincibles , leurs murailles de fer , et
leurs forteresses de diamant , vaines défen
ses ! ils seraient, comme des femmes , mis en
fuite , parce que Dieu les taillerait lui-même
en pièces ; ainsi qu'il est écrit dans Job : Les
conseillers sont en démence , les juges frappés
de stupeur , Dieu renverse les rois et ceint
d'une corde leurs reins. J'ajoutaien outre que,
comme pour tondre l'Italie entière une seule
main ne suffirait pas , d'autres ennemis sur
viendraient. Ajoulez à cela que, dansces jours ,
les Turcs et les Maures se convertiront au
culte chrétien . C'est un événement dont j'ai
eu l'inspiration et la connaissance long -temps
avant ce temps ; car l'an 1482 , comme je pre
chais le carêmedans l'église de Saint-Laurent,
à Florence , je vis une nuit deux croix : l'une
était noire; elle s'élevait au milieu de Rome;
le faite touchait au ciel , et les deux bras cou
vraient la terre. On y lisoit ces paroles : Croix
de la colère de Dieu . Je vis aussitôt l'horizon

se couvrir d'épais nuages ; une chaleur étouf


fante , puis un grand vent , la foudre , des flè
ches, des feux et des glaives se croisaient, et
dans leurs terribles embrasemens , immolaient
une grande multitude d'hommes , tellement
qu'il vécut peu d'êtres sur la terre. Puis
232

insensiblement l'horizon s'éclaircit , et le ciel


redevint serein . Une croix d'or brillait au milieu
de Jérusalem . Elle reflétait sur tout l'univers la
gloire de Dieu , et portait au milieu des fleurs
qui l'ornaient cette inscription : Croix de la
iniséricorde divine. Aussitôt de toutes parts ,

toutes les nations de la terre , tous les êtres des


deux sexes s'empressèrent d'accourir pour l'a
dorer et l'embrasser. J'ai eu dans le même

lemps diverses autres visions beaucoup plus


claires : toutes avaient pour but la réforme du
peuple et de l'Eglise de Florence ; c'était là
la volonté de Dieu : j'en étais certain par les
visions fréquentes qui venaient me confirmer
dans cette pensée ; aussi ne cessais-je pas de
prêcher aux citoyens de Florence cette ré
forme nécessaire. Cette cité , leur disais-je ,
n'en sera que plus glorieuse et plus puissante ;
et de la part de Dieu , je déroulais devant leurs
yeux l'avenir. L'événement a prouvé , du reste ,
que j'étais dans la vérité. Cette réforme, après
avoir rencontré des obstacles humains pres
qu'insurmontables , contre toute prévision et
toute probabilité naturelle , s'est cependant
effectuée . Il est vrai que ces obstacles ont re
tardé le moment de la paix publique et com
mune , et suspendu les grâces qui nous étaient
promises. C'est pour celte raison que j'exhor
233

tai le peuple au jeûne et à la prière , et quand


la ferveur eut accompli ces deux conditions ,
la paix enfin fut accordée , et les conseils que
j'avais donnés pour la réforme du conseil gé
néral , dans un but tout-à -fait utile à la sécu
rité et à la stabilité de la ville entière , furent
adoptées et sanctionnées par des statuls. L'es
poir renaissant , j'ordonnai des prières suivies
pour obtenir de Dieu d'accorder aux Floren

tins les grâces qui leur avaient été jadis pro


mises , comme il sera dil plus bas dans mon
sermon de l'octave de la fête de l'Annoncia
tion de la bienheureuse Marie .
Béni soit Dieu , le Père de notre Seigneur
Jésus-Christ , père de toutes les miséricordes
et consolateur des affligés , qui nous transmet
des paroles de paix pour que nous les annon
cions en son nom à ceux qui ont besoin d'être
consolés .
Il faut, mes chers frères , joindre une foi
vive à la prière et à la longanimité. Il y a dans
notre Seigneur Jésus-Christ tant de mérite
aux yeux de Dieu , qu'il n'est rien de si consi
dérable qu'on ne puisse , par ce moyen , obte
nir de lui. C'est ce que prouve non -seulement
l'autorité de l'ancien et du nouveau Testa
ment , mais encore l'expérienoe de nos pères.
Nous-mêmes , dans ces temps orageux ou Flo .
234
rence menacée allait peut-être être vouée aux
plus grands désastres, n'avons-nous pas vu l'in
fluence puissante de cesarmes, ne l'avons-nous
pas, pour ainsi dire , touchée du doigt? Ce sont
ces trois vertus,la foi, la prièreet la patience ,qui
nous ont valu , contre toute attente , et la paix
et cette réforme salutaire qui rencontrait tant
d'opposition dans les esprits. Et ce n'est pas
à tort que ces trois vertus se donnent la main ;
c'est de leur union que dépendent les gran
des choses. Car d'abord la foi , qui a pour ob
jet les faits surnaturels , les faits qui passent
toute raison humaine, la foi participe à l'om
nipotence divine. C'est. par elle que le fidèle ,
rejetant non -seulement les témoignages de
ses sens et de son imagination , mais encore
la raison naturelle , croit de tout caur à Dieu ,
et mérite d'obtenir des grâces surnaturelles ,
que n'eût pu prévoir ni attendre la sagesse
humaine.
Dieu , étant le premier moteur des choses
spirituelles et corporelles , toutes nos pensées
viennent plutôt de lui que de nous , car , dit
l'apôtre , nous ne sommes pas capables de
penser par nous-mêmes. C'est pourquoi le sou
verain moteur de toutes choses , disposant
l'esprit du juste à son gré , dirige ses désirs ,
235

règle ses espérances et lui inspire ses prières.


Il ne faut donc pas s'étonner que par le canal
d'une prière fervente la foiobtienne d'immen
ses résultats, puisque le Seigneur , ayantsi sou
vent promis d'exaucer nos prières , nous a
par cela même, fait un devoir de l'importuner
souvent de nos væux .

En outre , tandis que l'affliction nous ins -


pire dans nos maux , de la colère , de la
haine , de l'indignation , la patience au con
traire repoussant cette tristesse , ou du moins
balançant par la considération du Christ
ses effets , nous évite beaucoup de fautes ,
et nous affermit dans la vertu . Aussi est
il écrit : La patience perfectionne l'æuvre ;
l'homme donc qui souffre les malheurs d'ici
bas avec une ame égale et calme mérite d'être
consolé par Dieu et d'arriver à la réalisation de
ses vœux . Gar, dit l'apôtre : l'affliction engen
dre la patience , la patience l'épreuve , l'é
preuve l'espérance , et l'espérance n'est ja
mais trompée quand elle se repose sur l'esprit
saint. Après donc que nous avons supporté pa
tiemment les afflictions , que personne ne s'é
tonne qu'avec la foi et que par la prière , nous
ayons triomphé des obstacles et obtenu des ré
sultats étonnanspour notre siècle. Ces résultats,
nous vous les raconterons clairement et avec
236

ordre , après vous avoir priés de nous accorder


une attention dégagée de toute pensée humaine ,
et dans toute la simplicité de la foi.
Ce fut le jour deSt. -Mathieu ,le 21 septem
bre 1484 , que je crus devoir, pour des motifs
que j'ai plus haut développés, exhorter le peu
ple à la confession , au jeûne et à la prière ,
seuls moyens , selon moi , de conjurer l'orage
quimenaçait Florence. Grâces à la bonté di
vine , le peuple m'entendit , et la justice fut
changée en miséricorde , et par un miracle di
vin , le 9 novembre , l'état et l'administration
de la cité furent modifiés sans la moindre ef
fusion de sang et sans scandale.
Tu allais procéder à unenouvelle formed'ad
ministration , peuple florentin , quand je te con
voqaai en présence des grands etde lous lesma
gistrats , et passant en revue les traditions de
docteurs en théologie , leurs opinions sur le ré
gime qui convenait à la cité de Florence, je fus
infatigable dans mes sermons , et je proposai
quatre choses à faire :
D'abord . Que la crainte du seigneur fut ob
servée. 2° Que l'on préférát le bien de la répu
blique à toute considération ou affection partia
lière et privée. 3 ° Qu'une paix complète fût
conclue avec ceux qui venaient , tout-à-l'heure ,
d'administrer les rênes de la ville : ajoulant la
237
formule de l'élection par les six lèves , pour
que nul à l'avenir ne pût revendiquer comme
sa propriété , la principauté commune. 4 ° En
fin je conseillai de former, commeà Venise ,
une assemblée générale, afin que les affaires de
l'état se décidassent par le suffrage universel ,
et que nul à l'avenir ne pât s'arroger un titre
de supériorité.J'affirmai que ces quatre conseils
étaient l'expression de la volonté divine , et que
l'intention de Dieu était que désormais le peu
ple de Florence fût gouverné d'après ces prin
cipes. J'ajoutai que personne ne s'opposerait
à cette modification , allendu que Dieu change
rait les fèves blanches en fèves noires , c'est- à
dire , qu'il tournerait , à son gré, les cæurs des
contradicteurs qui renonceraient à leur opposi
tion pour appuyer ce système. Toutcela est ar
rivé , comme tout le monde le sait, dans votre
ville , plusieurs même de ceux qui soutenaient
d'abord un avis contraire se sont avoués vain
cus. Mais je n'ai point persuadé ces quatre
points au peuple , en vertu de l'autorité divine
uniquement. Je les ai appuyés aussi de puissans
argumens, et j'aidémontré que nulautremode
de gouvernement ne te convenait , ô peuple
florentin ! et je t'aipromis, au contraire , qu'en
adoptantmon système , ta cité n'en deviendrait
238

que plus prospère , plus opulente et plus puis


sante tant au spirituel qu'au temporel.
Mais la malice , l'incrédulité et la sottise
de ceux quimirent en balance les admonitions
célestes avec leurs propres inspirations , firent
naitre la colère de Dieu , qui retira sa droite ,
de manière à me faire craindre que les pro
messes des grâces réservées à Florence ne se
fussent évanouies. Cependant Dieu , dans son
infinie bonté, permit qu'à force de prières et
de jeûne , nous parvinssions à la paix et à des
résultats qui firent l'admiration de tous. Je
pensai dès lors , à part moi , que les promesses
divines avaient été plutôt suspendues par no
tre faute que complètement perdues. C'est
pourquoi je m'offris de vous servir d'intermé
diaire auprès du Dieu suprême. Enfin , après
des prières et des jeûnes soutenus , n'osant
pas encore m'approcher immédiatement du
trône de l'infinie Majesté , devant qui fléchis
sent ceux qui portent l'univers , je priais , le
jour de l'annonciation , la bienheureuse Vierge
mère de Dieu , de daigner, dans cette solen
nité propice , porter l'expression de nos vœux
à la très-sainte Trinité : elle voulut bien nous
servir de médiatrice ; alors je m'empres
sai , prêchant à Saint-Marc , de t'annoncer
---

239

cette heureuse nouvelle , ô peuple de Flo


rence. Pendant les jours de l'octave de cette
fete , et notamment le huitième jour , je dé
clarai que j'avais l'assurance d'avoir une ré
ponse , et je vous exhortai à continuer les
prières commencées , et à rendre parfaite volre
vie , pour que les promesses faites pussent
s'accomplir. Comme j'allais , la veille du der
nier dimanche de l’octave au soir , partir pour
recevoir la réponse désirée , je pensai que
j'avais besoin , pour mon voyage , de compa
gnons et d'habits convonables. Je pensais aux
compagnons que j'allais choisir , quand plu
sieurs femmes vinrent s'offrir à m'accom
pagner. A leur tête , marchait la philosophie ,
fière de sa science , et prétendant que pour une
si grande mission , il fallait des connaissances
nombreuses. La rhétorique venait après ; elle
me fit l'éloge de l'éloquence , et appuya sur le
besoin que j'avais d'elle. Je leur répondis à
toutes deux , ainsi qu'aux autres filles de la sa
gesse humaine ,que tenant des sens le principe
de leurs perceptions , elles ne s'étendaient pas
au -delà des choses sensibles qui si par fois elles
mènent à quelque teinture de l'idée de la Divi
nité , le font avec tant de discrétion que celle
connaissance est presque nulle. Trois voiles ,
en effet , la leur dérobent : premier voile ,
240
les accidens , qui leur font connaître la subs
tance corporelle ; second voile , la subslance
corporelle , elle-même, qui, par une transition
imparfaite , nous conduit à l'examen de l'ame
et des choses spirituelles ; troisième voile, en
fin , la substance même de l'âme et des choses
spirituelles , par laquelle notre intelligence cher
che à s'élever à la notion de la Divinité. C'est

pourquoi , l'examen seul et les paroles natu


relles , ne conduisent qu'à une faible notion
de la Divinité ; tandis que la connaissance
qu'ont les bienheureux qui voient Dieu face à
face , est incomparablement et plus parfaite et
plus entière . Mais entre ces deux notions ,
vient se placer la foi , supérieure à la connais
sance que donne la philosophie , mais infé
rieure à celle que reçoivent les bienheureux .
Enfin , pour ne rien céler , ilme sembla que la
philosophie et la rhétorique, filles de la raison
naturelle , seraient peu goûtées par la majesté
divine. C'est pourquoi , rejetant la rhétorique
ainsi que les autres connais
et la philosophie ,
sances humaines , je choisis la simplicité de la
foi, la sagesse et l'éloquence des divines écri
tures. Dès lors, par tous les moyens possibles,
je résolus d'arriver à croire , comprendre , ex
pliquer , voir et revêtir, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur , cette heureuse simplicité. Je me
241
disais avec ferveur cette parole de Salomon :
Quimarche simplement , marche sûrement;
El son discours est entendu des simples. Après
avoir donc , par ces motifs , pris pour com
pagnes la simplicité , la foi, la prière et la pa
tience , je me dirigeai vers le Paradis. La sim
plicité portait un présentmagnifique et précieux
qu'elle devait offrir à la majesté suprême ;
nous expliquerons plus bas ce mystère .
Nous étions sur la route , quand le rusé
tentateur du genre humain vint droit à notre

rencontre : sa barbe flottante , ses cheveux


blancs l'auraient fait prendre pour un er
mite ; il vint à moi, et m'ayant salué ,me dit :
Mon fils , voilà déjà long - temps que , par es
prit de pénitence , j'habite le désert. Inspiré
par l'esprit saint, j'ai compris les prédications,
et les droiles et pures intentions pour le
salut des âmes. Mais il m'a été en même
temps révélé , qu'avec la simplicité tu mar
chais à l'erreur. Car tu as prédit beaucoup de
tribulations pour ramener les hommes , du
vice à la vertu ; et tu as aussi promis de gran
des grâces. Or, ce n'était pas permis , car Dieu
qui est la vérité même , veut que ses prédica
teurs soient munis de toute vérité .
Je lui répondis : Ces paroles ne m'étonnent
pas peu , mon père , car l'esprit saint ne révèle
11
242

jamais que la vérité ,et ce que vousm'objectez


est faux. Quoique je n'aie jamais pasé d'unesem
je ne suis cependant pas
ationn ,, je
blable dissimulatio
tout à fait assez ignoranti pour ne pas savoir
que Dieu , très -simple dans sa nature , n'aime
que la simplicité même, et déteste la duplicité
qui, soit en quyres , soit en parole , n'est que
mensopge : C'est pourquoi il est écrit :; Tu
perdras tous ceux qui font des mensonges. Il
s al pour arriver au bien .
ne faut pas faire , lem
Et tous les docteurss les plus saints s'accordent
MIMI
à dire que toutmensonge cal calcu é , débité par
cullé
un prédicateur dans sa chairę,,est un péché
mortel. Il ne peut d'ailleurs se faire qu'en prê
tireé du
chant , j'aie retir fruit de mes mensonges.
du fruit
Car les fruits de mes sermons prouvent que je
n'ai
ai pas eu de dissimulation ; bien plus ,, ce
que j'aidéjà attesté à la face de tout le peuple,
je l'atteste encore et le jure en mon âme et
conscience ; c'est que si jamais j'ai mis de la
dissimulation dans$; mes pr egleations
prédic da , je de
mande que Dieu me raie du livre de vie . Ainsi
poo
ce que vous prétendez vous avoir été inspiré ,
ne peutvenir de l'esprit saint.....
Mais le tentateur ajouta : Si tu ne dissimules
pas, alors, quand tu annonces des faits inouis
et insolites , la plupart croient qu'un esprit de
mélancolie te pousse à penser et à proférer ces
choses , ou que du moins tu dois ces inspira
243
tions , soit à tes rêves , soit à une imagination
ardente . - Mon père , lui dis-je, je n'ai jamais
ressenti de pareilles impressions dans mon
ceur. Au contraire , une ivresse extrême ,
une lumière qui n'est pas naturelle , qui ne re
présente rien de naturel , s'empare de moi
dans ces momens d'exaltation . En effet,ayant
consacré beaucoup de temps aux études phi
losophiques , je comprends assez combien la lu
mière de la raison est naturelle , et je suis ,
dans ses développemens , l'imagination ; et
je sais que ni l'une ni l'autre n'atteiguent
à ces révélations sur l'avenir , à cet ordre
parfait , à cette connaissance complète , à cette
harmonie et cette lucidité dans l'interprétation
des saintes écrilures, que tous mes auditeurs
qui en ont été souvent frappés, peuvent al
tester , lous résultats qui ne peuvent , sans nul
doute , provenir d'un esprit mélancolique ,
des rêves , ni d'une imagination ardente.
L'esprit malin reprit : Il faut donc que quel
que constellation , ou quelque influence plané
taire , quelque horoscope enfin , te porte à mé
diter et à expliquer l'avenir. — Mon père, у
aurait de la démence vraiment , lui dis- je ,
d'attribuer la moindre influence aux astres ,

sur la prescience de l'avenir ; car le philosophe


dit : La vérité des choses qui doivent arriver
n'est pas déterminée . Il n'y a , sur cette ma
244
tière , ni science , ni arts. Vous ne trouverez
nul philosophe grec , latin , ou moderne , qui
ait étudié cette astronomie divinatoire , bien
que quelques personnes attribuent à tort au
grand Albert, quelques écrils publiés par d'au
tres ; supercherie tendant à donner de l'auto
rité aux erreurs de ce prince . Que si l'on con
sidère de près cet art ( si toutefois on peut
l'appeler un art ) , on n'y,découvrira nul fon
dement, nulle preuve de ces assertions. Quant
à moi, en m'occupant de ces choses , je croirais
prêter foi à des fables et à des contes de vieil

les, plutôt qu'à quelque science de poids ( 1 ),


On peut en cette matière , nier tout avec la
même facilité , que d'autres admettent tout
sans raison , et si je n'étais pressé par le
temps , je refuterais ces superstitieuses prati
ques , qui sont loin d'être ingénieuses. Mais le
dogme chrétien doit nous suffire à nous qui
voyons, dans plusieurs passages de l'Ecriture ,
la réprobation frapper les sciences humaines.
Ainsi , Isaïe fait dire à l'esprit saint contre
Babylone : Ta sagesse et ta science t'ont trom ,
pée ; où sont, pour te sauver , ces augures qui

3 (1) Telest aussi notre avis sur l'influence planétaire ,


pous ons déjà dit dans ce livre, que l'Église condamnoit
L'astrologie , nous croyons devoir le répéter , parce qu'il
en estsouvent questiou dans cet ouvrage. ( Note de cette
édition . )
245
lisaient au ciel et supputaient scrupuleuse .
ment les mois pour t'annoncer l'avenir ? les
voici. Semblables à la paille légère ,la flamme
les a consumés , et leur âme n'échappera pas à
ses feux cuisañs. Jérémie dit , au chapitre 10 :
Ne craignez pas , comme les nations , les signes
célestes , parce que les lois des peuples sont
vaines , et que les codes sacrés en disent sur
l'avenir , en peu de mots , plus que tous ces
phénomènes. Dieu'seul sait les événemens fu
turs , ainsi que ceux à qui il lui a plu les révé
ler. C'est pourquoi Isaïe dit, au 41° chapitre :
Annoncez ce qui doit arriver , elnous saurons
que vous êtes des dieux. Les observateurs des
divinations superstitieuses s'attribuent ce qui
n'appartient qu'à Dieu ; ils pêchent en cela
gravement. Voilà pourquoi lous les saints doc
leurs et les sacrés canons abhorrent cet art.
Aussi , tousles hommes qui se livrent à ces
éludes faciles , sont-ils des esprits insensés et
stupides, des hommes "sans jugement ; il y a
plus, ce sontde mauvais chrétiens. D'ailleurs,
le ciel a des règles qu'il s'est imposées dans ses
opérations, et dans l'application des causes in
lermédiaires. Ainsi, par exemple,ilest clair que
l'olivier ne produira pas le raisin. C'est pour
quoi le ciel , pendant qu'il influe sur la portion
sensible de l'être humain , ne peut pourtant
pas le disposer à des phénomènes au -dessus
246
de la nature humaine. Quant à moi , mon
père , il y a long -temps que jeme connais , et
je sais que le ciel est, sur la partie incorpo
relle de mon être , sans influence. La lumière
surnaturelle que je sens dans mon être , ne
peut donc partir de là ; d'ailleurs , la nature
n'est pas l'art. Les maisons , les habits ne se

font pas d'eux-mêmes. De même les paroles


qui m'ont été transmises,tant en langue latine
qu'en langue vulgaire , appartiennent à l'art ,
à la raison ; ce n'est , cerles pas à la nature , que
j'ai dû les enseignemens que j'ai révélés.
Le tentateur me dit alors : Cela pourrait
être arrivé par l'œuvre et la puissance du dé
inon . Car le démon a le don d'imiter l'art , et
de faire quelque chose au-dessus de la nature
des corps. Ainsi tu es certainement circon

venu par la fraude diabolique.— Je répondis :


J'ai parcouru , du commencement à la fin ,
les écritures , les vies et les doctrines
des saints ; et j'ai suffisamment compris que
les apparitions divines n'étaient pas du res
sort des démons. L'expérience est venue me
confirmer dans cette pensée. Je sais et j'ai
éprouvé que ces visions ne pouvaient élre l'et
fet d'une influence diabolique; la lumière si
claire qui entoure les faits révélés , Jumière
beaucoup plus puissante que toutes celles de
247

la philosophie „ iune certitade , dis -je , aussi


lumineuse , ne saurait dériver du démon , qui
lui-même ne peut connaitre l'avenir. Quant à
moi, ce que j'ai prédit il y'a plusieurs années;
je l'ai vu s'accomplir - parfaitement, de ma
nière que je n'ai trompé qui que ce soit
D'ailleurs , le démon est l'ennemi de la vertu ;
je ne suis donc pas étonné de le voir chercher
à éluder ou à combattre l'effet de mes prédic
tions, et d'en faire perdre le fruità -quelques
âmes . Dans la ville de Florence , ou , dans mes
discours,j'ai souvent voula ranimer les tièdes,
tous ou du moins presque tous les fidèles , vi
vant pieusement , suivent cette doctrine . Les
impies , au contraire , poursuivant mes paroles
de leur mépris ; et les infidèles négligeant les
règles chrétiennes , ont fait tous leurs efforts ,
employé tous les moyens , tưutes les argutics
pour détourner les hommes sincères , me cou
vrir d'infamie , bien plus même, m'arracher
la vie. Ma doctrine, néanmoins , surmontant
toules ces entraves , n'a cessé del faire des
progrès et de développer ses fruits lheureux ,
et le nombre demes disciples s'est prodigieuse
ment accru , pendant que celui demes adver
saires diminuait. On a vu mes actes se déve
lopper avec énergie , pendant que ceux des
dan

adversaires portaient l'empreinte d'une fai


248
blesse toujours croissante . Aussi, mon père ,
cette doctrine'n'est -elle pas celle du démon ,

cette cuvre est l'auvre du Christ, qui a voulu


que dans l'adversité même , sa religion et ses
préceptes fussent confirmés. Le tentateur re
prit : Comme tu voudras , mon fils , mais tu
ne me persuaderas jamais que le Christ ait
parlé aux mortels après son ascension .
Vous vous trompez étrangement ,mon père ,
lui répondis-je , en allant ainsi contre le té .
moignage de la Sainte-Écriture ; car on lit ,
dans plusieurs passages , que le Christ , après
son ascension , est apparu à plusieurs , entre
autres à son apôtre Paul , ainsi que celui-ci
l'affirme dans sa première épître aux Corin
thiens. A ce compte aussi , les histoires des
saints en auraient donc imposé aux fidèles , et
šaint François , qui confessa avoir reçu du
Christ la règle de son ordre , aurait trompé le
monde , ainsi que d'autres saints qui préten
dent avoir eu des entretiens avec le Christ ?
D'ailleurs , quand le Christ a bien voulu être
crucifié pour les pécheurs , qu'y a -t- il d'éton
nant que lui-même ou ses anges consentent
quelquefois à parler aux pécheurs , etcela pour
l'avantage de la sainte Église ? Et lorsque cha
que jour le Christ ne repousse pas l'hommage
offert par une foule de prêtres indignes, sur
249
l'autel, comment trouvez- vous indigne de lui
de parler aux pécheurs ? Mais les hommes sont
plongés dans de si épaisses lénèbres , que ce
qui aux yeux de Dieu semble la chose la plus
facile , leur parait impossible. Ils n'admirent
pas les plus grandes choses , mais les plus ra
ras. La grâce vient, par fois , toucher le pé
cheur : elle trouve accès dans son cœur : il
croit ,mais rien la qui le touche niqui l'étonne:
mais que Dieu ait parlé à l'homme , on ne
peut le croire.
Le tentateur me dit : J'avoue que , dans
les anciens temps , le Christ a parlé à beaucoup
de monde ; mais maintenant que nous avons
en abondance les écrilures et les commentai
res des docteurs , cela n'est plus nécessaire
pour le salut.
Je répondis : Les saintes Écritures et le
docteurs suffisent sans doute aux hommes pour
l'instruction extérieure de leur salut. Néan
moins , sans la lumière intérieure de la grâce ,
on tirera peu d'utilité de la doctrine catholi

que : c'est pour cela qu'il est nécessaire de re


cevoir de Dieu la lumière de la grâce , et en
core , il faut , dans de certaines circonstances ,
que les rayons de cette lumière soient dirigés
plus spécialement vers ceux qui sont chargés
d'éclairer les autres ;mission difficile et que ren
11 *
250

dent surtout pénible la variété des accidens, des


temps , de la condition des hommes , des états,
qui ne permettent pas de préciser , avec nel
teté , ce qu'il faut ou faire ou résoudre pour
l'avenir. Or, sans l'intervention de cette lu
mière spéciale et privilégiée , il est impossible
qu'avec l'aide seule des écritures et des doc
teurs , on puisse acquérir une certitude sur
ces choses. Il n'est pas possible, en effel, que
des faits particuliers soient renfermés dans des
ouvrages : autrement le monde ne serait pas
assez grand pour contenir la masse et le volume
qu'auraient ces livres . Aussi Platon ordonnait

il de ne s'arrêter aux particularités. Comme


les mutations dans l'Église universelle n'ont
pas coutume de se faire sans tribulations, sans
secousse grave , il est nécessaire que les élus
de Dieu se préparent au choc par une vie
exemplaire , et s'affermissent dans la foi pour
n'être pas frappés à l'improviste . Le Dieu tout
puissant apprend à l'homme ce qu'il a à faire
par la bouche de ses serviteurs. Par eux il le
fortifie , le console , et l'éclaire ; c'est pourquoi
on lit, dans Amos , troisième chapitre : Jamais
Dieu ne permettra que le mal arrive à la cité ,
avant d'avoir révélé son secret à ses serviteurs
les prophètes. Quand donc le Seigneur se pro
posera de renouveler son Eglise , après l'avoir
251

fait passer par de grandesi tribulations , il


révèlera d'avance à ses rélus , par l'intermé
diaire de ses serviteurs , lesmalheurs qui les
altendent , pour les préparer et leur éviter une
surprise imprévue. -841005's né
Comment peux -tu savoir , ime demanda le
tentateur ; quand l'Eglise sera renouvelée ,
lorsque tu sais qu'il a été écrit : Il ne vous ap
partient pas de connaitre les instans que le
Seigneur a fixés dans sa puissance ? -* *;.
Je lui répondis : Pesez mûrement ces pa
roles , mon père ; qu'a dit le Seigneur ? Il ne
vous appartient pas de connaitre les temps ni
les instans : non pas tous les instans, mais
ceux-là seulement que le Seigneur a fixés dans
sa puissance ;, comme, par exemple , le jour du
jugement, dans lequel le Christ rétablira le
trône d'Israël. Les apôtres ont parlé de ce
trône , de ce royaume, bien -qu'ils ne com
prissent pas quel serait cet établissement. De
même , le temps du déluge , annoncé à Noé ,
et les 70 années de captivité du peupe d'Israël,
révélées à Jérémie , et la venue du Christ pré
cisée à Daniel. Ainsi plusieurs époques furent
révélées à quelques prophètes , qui les procla
mèrent hautement,
Pourquoi Dieu , reprit le tentateur, t'au
rait il choisi pour celle inission plutôt qu'un
252

autre , quand ,dans l'Église , il y a bien meilleur


que toi?
Jo veux vous apprendre ,mon père , lui ré
pondis-je , pourquoi Dieu 'a choisi pourprinces
des apôtres , Pierre, qui le renia trois fois , et
Paul , qui l'avait persécuté ; et bien qu'il y
eût à la même époque plus parfait que ces
deux apôtres. Pourquoi daigna - t - il choisir
pour évangélistes, Luc et Marc, pendant que
beaucoup d'autres , au même temps , leur
étaient , sinon supérieurs , du moins égaux en
sainteté ? Pourquoi , enfin , choisit-il Balaam ,
homme pervers et idolàtre , plutôt qu'une
fouled'autres , sinon plus justes , au moins
moinsmauvais? Et cependant ce fut alors qu'il
révéla les grands mystères de la sainte Église ,
et les visions et les allocutions angéliques. Il
n'y a d'autre raison à donner , de ces préfé
rences , que la volonté divine . Et comme dit
l'Apôtre , parlant aux Corinthiens des dons de
l'esprit : Tout cela se fait par le seul et même
esprit qui répartit , à son gré , ses dons à cha
cun . Le même , écrivant aux Romains sur les
prédestinés , disait: Il a pitié de celui- ci,comme
aussi il s'irrite contre celui-là , selon qu'il lui
plait ; tu me dis , en te plaignant , comment
résister à sa volonté ? ô homme, qui que tu
sois , qui réponds ainsi à Dieu : l'argile
253
n'a - t -elle pas dit au potier : Pourquoi m'avoir
ainsi façonné ; or le potier n'a - t- il pas le droit
de faire de l'argile , que pétrit sa main , ou un
vase d'honneur , ou un objet méprisable ?
Le tentateurreprit : Tu es donc plus saint
que les autres ?
Le don de la grace prophétique , lui répon

:
dis-je , ne sanctifie pas l'homme : bien plus ,
il a souvent été accordé à des pécheurs
comme on le voit par certains prophètes. Aussi,
notre Seigneur dit dans son évangile : Plu
sieurs me diront en ce jour : Seigneur , Sei
goeur , n'avons-nous pas prophétisé en ton
nom ? chassé , en ton nom , le démon ? et on
ton nom , fait des prodiges ? Et alors je leur
:

dirai : Je ne vous connais pas , éloignez- vous


de moi , vous tous qui faites le mal. Ainsi ces
grâces sont accordées à un homme, plutôt
pour l'avantage d'autrui , que pour son utilité
personnelle . Il vaut mieux , dit l'Apôtre , être
plus riche en charité , que recevoir toutes
les grâces superflues. Si je parle la langue des
hommes et des anges, etque je n'aie pas la cha
rité , je suis coinme l'airain sonore ou la cym
bale retentissante .
J'ai entendu dire , reprit le tentateur , que
tu avais connu les visions de plusieurs femmes,
254
dont les mes t'avaient fourni' ce que tu
annonces?
Ceci','répondis- je , n'est nivrai , nivraisem
blable : car il est notoire , dans la ville , que
je parle rarement aux femmes. Je ne les reçois
que le moins de temps possible , et tous mes
confrères peuvent dire avec quelle répugnance
je m'approche d'elles ; je n'entends aucune
d'elles en confession '; d'ailleurs, comme le sexe,
par sa nature essentiellement versatile , n'eut
pú céler aucun secret , il est croyable que ces
faits n'auraient pu demeurer ' cachés tant
d'années. D'ailleurs , je sais que le témoignage
des femmes est rarement consigné dans les
écriturus ,'bien ' qu'on lise que quelques - unes
ont prophétisé . Et je crois que le motif du
Seigneur , en cela , 'est que nous ne nous re
posions pas beaucoup sur les témoignages des
femmes , bien qu'il ne faille pas non plus le
rejeter absolument ; car il est'écrit : Ne mt
prisez pas les prophètes . Mais les femmes re
çoivent rarement le don de prophétie , parce
qu'elles sont, de leur nature , versatiles et
frivoles , disposées à une vaine gloriole. Elles
offrent , en vérité , trop de prises sur leurs
faiblesse à la ruse du démon . Ne croyez donc
pas que j'eusse , sur de si frêles soutiens ,
persévéré constamment à soutenir mon dire
255

en présence de tout le peuple. Si l'événement


étaitrenu'démentir ce quej'avais si hautement
annoncé, j'eusse exposé le Seigneur au mépris ,
et moi-même, à l'ignominic et à une honie
bien méritée .
Mais on dit , ajouta le tentateur , que tu mels
à profit l'amitié des princes , et que tu donnes
comme prédiction ce que , dans leurs épan
chemens secrets , tu es parvenu à recueillir ?
Je sais trop , répondis -je , de quelle incon
stance sont atteintes les âmes des hommes en

général, etsurtout cellesdes princes; je connais


trop l'influence accidentelle des circonstancos
sur leurs esprits , pour avoir la sottise et la mala
dresse de faire fond , quand même ils m'eussent
honoré de leurs confidences, sur leur parole , et
de ' m'appuyer sur lcurs dispositions si chan
geantes , sans compter les chances humaines de
vie etdemort, les infirmités, la fragilitéhumaine
et les accidens de chaque jour. Pour connaître
et annoncer , d'une manière infaillible , ces
sortes d'événemens si précaires , il faudrait
une intelligence plus qu'humaine ; une pre
science angélique n'y suffirait pas. Or , ce sont
choses si changeantes, que Dieu seulles connait,
lui qui sait tout , et, de son regard , embrasse
l'univers et les événemens. Il y aurait donc dó
mence à se servir d'instrumens aussi fragiles.
256

Mais , continua le tentateur , on prétend que


plusieurs citoyens le communiquent les secrets
du gouvernement de Florence , et t’initient
ainsi aux mystères de la diplomatie etdes dis
positions des autres princes : il n'en faut pas
davantage à un esprit aussi fin et aussi délié
que le tien pour donner comme prédiction les
conjectures.
Ceci , lui répliquai-je , ne mériterait pas de
réponse. Il faudrait , mon père , bien peu d'es
prit et encore moins de jugementpour ne pas
voir qu'il serait impossible d'affirmer , sur de
tels renseignemens , le moindre fait avec cer
titude. Je crois celle réponse suffisante pour
écraser celte pauvre objection .
On sait et l'on dit , reprit le tentateur , que
rien ne t'embarrasse , et que log adresse a des
ressources pour tous les embarras , et que ,
dans les révélations sur les gouvernemens et
les choses publiques , tu mets dans les mots
une ambiguité si bien calculée , qu'en cas
de démenti par les évémens, tu ne manque
rais pas encore d'excuses. --Ceux qui parlent
aiosi , répondis - je , parlaient bien différem
ment, il y a cinq ans, alors que je commençai
à prédire la guerre et les faits qui, depuis , se
sont accomplis. Ils assuraient alors que j'étais
va hommie simple , jouet et dupe de ma sim
257
plicité. Aujourd'hui qu'une parlie demes ré
dictions s'est accomplie', et qu'ils voient, à des
indices certains , que le reste ne doit pas tarder
à arriver , pour pallier leur confusion , ils me
taxent de ruse et d'astuce ;moi qui mets, dans
mes paroles , une mesure digne cependant de
m'éviter le reproche de captation . Ils savent
pourtant que j'ai prédit qu'il viendrait un
homme qui franchirait les montagnes et les
vallons , soumettrait avec une grande facilité
les bastions, les citadelles et les villes ; que les
Florentins prendraient une détermination con
traire à leur salutetd'autres faits encore quej'ai
rapportés plus haut. J'espère encore appren
dre d'en haut d'autres particularités que j'an
noncerai au peuple avec la même simplicité.
Et de même que mes précédentes révélalions
n'eussent pu se justifier par aucune interpré
tation , si l'événement les avait démentics , je
nc pourrais de même me soustraire à la con
fusion , si mes dernières prédictions ne se réa
lisent pas.

J'ai appris , continua le tentateur , que li


avais auprès de toi les révélations de sainte
Brigide et de l'abbé de Joachim , ainsi que de
plusieurs autres qui l'oidaient merveilleuse
ment dans tes prédictions.
Je jure , mon père , lui répondis-je , que je
258

n'ai jamais eu le plaisir * de lire ces ouvrages


extrêmement rares , pas plus l'unique prédic
tion de sainte Brigide , qu'on ne trouve presque
nulle part, que celles de l'abbé Joachim , qui no
mésont jamais tombées souslamain . Je n'ai pas
eule bonheur de lire lamoindrerévélation , je
n'en possède aucunechez moi. Mesconfrères et
mes amispeuvent en répondrez eux aussi sont
témoins que je trouve tant de charmes dans la
lecture de l'aticien et du nouveau Testament
que j'ai passé quelques années', 'san's autre
leclure que celle- là , toute autre me paraissant
fastidieuse en comparaison , non pas pour
tant que je fasse fie des autres écritures , ni des
doctcurs . Sivousneme croyez pas , pensez du
moins que jene suis pas assez léger pour qu'on
puisse me soupçonner d'avoir soutenu avec
tant de constance et de fermeté , devant un
peuple entier , mon dire , s'il n'eût été fondé
sur des bases plus solides encore que celles
que vous'supposez. Car ces prophéties n'étant
pas rangées parmi les saints canony ', je ne
pouvais ''apparemment les annoncer ni les
croire aussi fermement. D'ailleurs , comme je
l'ai déjà prouvé et comme je le prouverai en
core', j'ai prédit des particularités qui ne se
trouvent bullement dans ces écrits prophéti
* Cette rareté est la meilleure recommandation de l'ou
vrage .
259
ques. Mais voici qui est plus fort : Si je con
cédais que je me suis appuyé sur ces prophé
ties,cela seulsuffirait encorepour qu'on ajoutât
foià mes paroles , et que les hommes fissent pé
nitence. Votre objection , en effet, réduite à sa
plus simple expression , signifie :: Tu n'es pas
prophète , parce que tu ne fais que répéter les
prophéties des autres. A quoi je réponds : Peu
m'importe la manière dont je .prophétise ,
pourvu que les hommes se convertissent au
bien , cela me suflit. Loin de moi l'amobilieuse
pensée de vouloir passer pour un prophète ,
car cette dénomination esl grave , elle estdan
gereuse , elle fait le malheur et le tourment
d'un homme , eile l'assujeliit à mille persécu
tions , que l'on souffre , il est vrai , volontiers
pour l'amour du Christ . Néanmoins j'affirme
encore n'être pas l'écho des prophéties d'au

trui , puisque je ne les ai même pas lues ; et si


cédant à l'invitation de quelque ami , j'ai jeté
les yeux sur quelques révélations , j'ai bientôt

· quitté cette lecture , non pas par dédaid , mais


je les abandonnai au jugement de Dieu , à qui
tout est connu , tout est dévoilé.
Le tentateur reprit : Mon fils , les secrets
que tu dis tenir de Dieu , il fallait les garder
pour toi , ainsi le veulent les docteurs et les
saints pères .

Si cela était vrai , répliquai-je , il s'ensui


260

vrait que Moïse , Isaïe , Jérémie et tous les au


tres prophètes, tant du nouveau que de l'ancien

Testament , auraient mal fait de prêcher aux


peoples leurs révélations , et même de les lais
ser écrites. Beaucoup de solitaires , à ce
compte , auraient aussi prévariqué. Le saint
Benoit Vincent , de l'ordre des Prédicans
la bienheurense Catherine de Sens , sainte
Brigide et une foule d'autres saints dont nous
lisons, dans divers ouvrages , les pieuses révé
lations , à ce comple , auraient donc fait mal
aussi. Il faut donc reconnaître que de tels ren
seignemens ne doivent être publiés que verba
lement , et alors seulement que Dieu lui-même
le commande , ou que la charité du prochain
l'exige impérieusement. Or tout le peuple de
Florence sait que je ne parle jamais de cette
manière , sansque ces deux motifs se trouvent
réunis. Séparément je ne confie jamais , qu'
presque jamais , des mystères qu'à des intimes,
et encore sous la foi du secrét. "Enfin croyez
bien que je conserve au fond du cour d'autres

particularités , que je n'ai pas dites et que je


ne dirai jamais que sur l'ordre positif et d'après
l'inspiration de la Divinité.
Quiconque , ajouta-le tentateur , prophélise ,
s'il veut être cru , doit confirmer ses paroles
par des miracles , autrement les hérétiques
261

pourraient s'arroger ce droit. Ainsi s'élève


contre toi une présomption qui a du poids aux
yeux de quelques-uns qui pensent, en t'enten
dant prêcher saps corroborer les paroles par
des miracles , que tu es un hérétique, puisque
to n'en fais pas davantage qu'un hérétique.
Les hommes qui m'accusent ainsi,, répon .
dis- je , sont ou des ignorans , ou des méchans ;
ils ne comprennent pas les saints canons , ou
ils les commentent malicieusement, On n'y
lit nulle part d'abord , ce qu'ils prétendent qui
s'y trouve. Bien plus , peu de prophèles ont
brillé par les miracles ; Ananie dit , dans son
chapitre XXVIII , rapporté par Jérémie :
Écoute ces paroles que je dis et que je prononce
pour toi , commepour tout le peuple . Les pro
phètes qui ont existé avant moi et avant toi ,
dès le principe , et qui ont prophétisé , à
une
foule de pays et sur de grands royaumes , la
guerre , l'afllịction , la famine : le prophète , en
un mot, que Dieu aenvoyé, Jonas, prophétisant
la destruction de Ninive , n'ont jamais fait de
miracles aux yeux du peuple ; enfin , parmi
ceux qui ont prophétisé sous les rois d'Israël ,
il en est peu qui aient confirmé par des mira
cles leprs prophéties. Et pourquoi l'exiger des
autres , quand le prophète des prophètes , saint
Jean- Baptiste , n'a pas fait de miracles ? Com
262

me il est écrit dans saint Jean l'évangéliste ,


chapitre X : Plusieurs vinrentà Jésus et lui di
rent : Jean n'a fait aucun prodige. Or, tout ce
qu'a dit Jean était vrai, et plusieurs ont cru
en lui. Ce qu'on allègue contremoine fait donc
rien à la chose , et au contraire serait plutôt
défavorable à mes adversaires , qui , sans per

mission des prélats , se sont arrogés un droit


qu'ils ont dit leur avoir été donné de Dieu
d'une manière invisible. Il fallait qu'ils prou
vassent leur dire ou par des prodiges , comme
Moïse , ou par des citations de l'Ecriture sainte ,
comme dit saint Jean -Baptiste : Je suis la voix
de celui qui crie dans le désert ;- comme le
rapporte le prophète Isaïe. Sidonc leur objec
tion répugne à l'intelligence de l'Écriture
sainte , comme nous l'avons prouvé , nous
avons eu raison de les taxer d'ignorance ou
de mauvaise foi , dans l'interprétation des
canons. Non , je n'ai nul besoin de faire des

prodiges , ni de prouver par les écritures ma


mission . Il suffit que la mission de mes prédi
cations m'ait été commise par mes supé
rieurs. Voilà la seule mission que je tienne de
Dieu . Et que l'on ne dise pas que je suis un
hérétique ; celui- là seul est un hérétique qui
soutient obstinément un dogme contraire à
l'Écriture sainte ou à la discipline de l'Église
263

romaine. Or, je ne sache pas avoir jamais dit


ou écrit un seulmotmal sonnant pour la doc
trine ou l'Église du Christ; tout ce que j'ai dit
ou écrit sera toujours (telle est ga volonté)
soumis à la correction de la sainte Église ro
romaine , et je suis prêt à subir, non - seulement
ses corrections ,mais encore je défie la criti
que générale. - Je ne veux pas croire trop vite
reprit le tentateur, car il estiécrit : Gelui qui
croit étourdiment a le coeur léger tre Mais il est
écrit aussi , lui dis -je : La charité, croit tout.
Or, comme l'esprit saint, auteur des deux
1

propositions , ne peut être en contradiction


avec lui-même , il fautti remarquer que, quel
ques faits doivent être difficilementçrus ; telles
sont les calomnies , les murmures, et les mé
disances. Mais d'autres doivent être crus sans
hésitation ; telles sont toutes les instructions
qui tendent à nous mener à une bonne vie .
C'est pourquoi , si les choses que nous ensei
gne notre foi étaient fausses, ce quiest impos
sible , je tâcherais encore de les croire. Parce

que , celte créayce est, ce qui peut nous


mener plus facilement à une vie plus parfaite.
Il est d'autres choses que , sans péché, l'on
peut indifféremment croire ou ne pas croire ;
telles sont les histoires des gentils et tous les
faits de la même nature. Comme les choses
264
que j'ai prédites , loin de contrarier la foi , les
bonnes meurs , et la raison naturelle , sont
vraisemblables, ainsi que je l'ai prouvé par
plus d'un motif, et ne peuvent que conduire
les hommes à la piété, comme l'expérience l'a
prouvé ; il en résulte que l'on ne peut taxer
de légèreté quiconque y aura ajonté foi. C'est
pour cela que nos pères , dans l'antiquité , les
saints Jérome, Ambroise, Augustin , Grégoire ,
et une foule d'autres très-doctes et très-habiles
même dans les sciences humaines , croyaient
facilement des choses que les esprits les plus
simples , hommes ou femmes , eussent cru , et
écrivaient certains passages avec la même sim
plicité , que tout le monde l'eut pu faire.
Et ils le faisaient autant dans un esprit de foi
la plus pure , que dans l'intérêt et pour l'avan
tage des autres , ainsi qu'on le voit dans les
vies des saints Pères, écrites par saint Jérôme,
dans le dialogue de saint Grégoire , et dans
quelques opuscules de saint Augustin. Or, il
ne parait pas que nous soyons plus saints ou
plus savans que nos anciens pères de l'Église ,
qui ont écrit , pour noire avantage , des com
mentaires sans nombre , tant sur l'ancien et
nouveau Testament , que sur d'autres livres
approuvés et reçus par la sainte Église.
265

Si nous croyons , continua le tentateur ,


toutes les visions qui nous sont rapportées ,
nous courons grand risque d'être souvent
trompés. Car il est écrit : voyez si les esprits
viennentde Dieu . Il y a là , repris -je , un sens
caché que tout le monde ne peut saisir . Ce
des comparaisons d'ob
pendant j'essa ierai, par
jets naturels , d'en donner l'intelligence. Nous
voyons dans l'ordre de la nature certaines
causes reproduire sans cesse les mêmes effets :

.
ainsi les corps pesans tendent vers le centre de
la terre , les corps légers remontent. Il en est
de même daps l'ordre surnaturel ; la luinière
de la foi est chez les uns plus vive que chez
les autres; c'est toujours dans tous le même
penchant pour la vérité , mais eelte lumière est
souvent obscurcie par les passions , et la cor
ruption en étéint quelquefois le flambeau . Mais
toutes les fois qu'un bomme sincère et fidèle
entend quelque chose au dessus de sa portée ,
il a le soin constant d'attribuer tout à Dieu et
à la doctrine de l'Église , et de se reposer sur
ces deux grandes autorités. Il est à remarquer
que quiconque mène un vie édifianle , etmar
che dans les sentiers du Seigneur, à la lumière
ordinaire de la foi joint encore celle de la
charité , et réunit à la simplicité la droitaire du
cour; car il est écrit : Aux cours droits , la
12
266 :
lumière a apparu dans lesténèbres. C'est cette
lumière qui leur fait discerner les révélations
et l'euvre de la divinité . Et demême que Dieu
dirige la naturë de peur qu'elle ne s'égare , de
même il dirige les justes , les fidèles et les
simples dans la connaissance de ses œuvres et
de ses discours révélés . Que celui donc qui
ne veut pas être trompé de la sorte vive pieuse
ment dans la simplicité de son cæur. Dieu le
conduira lui-même à la vérité , et le garantira
de l'erreur ; c'est ainsi que nos pères , en écri
vánt et en rapportant des événemens prody
gieux, par la direction d'en haut , n'erraient
pas. Quelques superbes seuls sont' trompés :
insensés qui croient passer pour sages , en se
jouant de ces mystérieuses communications.
Non -seulement ils ne prient jamais que des
lèvres , mais ils ignorent de la prière jusqu'au
nom , et ne savent ce que signifie l'oraison .
Je vois cependant, reprit le Tentateur , les
hommes les plus savans et les plus distingués,
sous tous les rapports , tourner en dérision ces
visions. J'avoue que leur autorité produit de
l'impression sur moi.
Ne pourrais-je pas dire , répliquai-je , que
pour comprendre ces choses , il ne faut que
bien vivre et marcher droit en la présence de
Dieu , parce que toute science humaine est
267
loin d'être à la hauteur de ces faits ? Bien plus ,
Dieu , pour abaisser l'orgueil du savoir , l'aban
donne à lui -même dans les ténèbres , comine

indigne d'une si précieuse lumière , ainsi qu'il


est éerit :' Tu as caché ces choses aux savans ,
et tu les a dites aux petits enfans : où est le
savant , où est le scribe , où est l'homme du
siècle , dit l'apôtre ? Dieu n'a-t-ilpas condamné
à la sottise la science de ce monde ? Où est ,
demande Isaïe , où est l'homme de lettres, le
docteur pesant les termes de la loi , l'insti
tuteur des petits enfans ? Tu ne hanteras pas
le peuple ininstruit , le peuple au langage
trivial; de sorte que tu ne pourras entendre
ce qu'il dit. En lui nul savoir. Mais, répondez ,
savans docteurs , toutn'est-il pas seulement pos
sible ,mais même extrêmementfacile à la Divini
té ? Et qu'y a-t-il, dans les révélations , qui puisse
provoquer le sourire de l'ironie ou l'épreuve
de la réfutation ? Si nous y réfléchissons mûre
ment , nous voyons qu'on ne peut opposer
le moindre raisonnement à nos paroles. Que
serviraient des argumens démonstratifs , quand
les faits seuls ont le droit de parler ? La dialec
tique , les probabilités, puissantes quand il s'a
git de convaincre , sont vaines , quand il
s'agit de faits soumis aux lois de la nalure ; et
268

d'ailleurs la preuve en est indifférenle , sinon


impossible , puisqu'il appartient au Seigneur ,
dans sa volonté divine , de modifier ses arrêts ,
de faire ou de ne pas faire. Ici nulle preuve
admissible ; tout est abandonné au cours des
événemens, subordonné lui-même à unevolonté
suprême. Souvent , le monde semble dans des
dispositions toutes contraires à celles que l'on
annonce. C'est qu'alors Dieu voulant manifes
ter sa gloire , produit tout à coup de grands
événemens les plus inattendus , et il les fạit
annoncer au monde , quand nulle apparence
extérieure n'eût encore pu les faire pressentir ,
comme on le voit par les prophètes de lois an
ciennes et nouvelles. C'est ainsi que j'ai moi
même prédit que la guerre allail éclater quand
la paix semblait régner partout . Maintenant
que l'univers est agité , j'annonce au monde la
renaissance de la paix et de la tranquillité.
Quand les Florentins se croyaient au eomble
de la félicité , je leur prophétisaisdes calamités ;
aujourd'hui qu'ils sont dans les angoisses , je
leur annonce à une époque prochaine le bon
heur. Ainsi je ne vois pas sous quel rapport je
pourrais être attaqué. Est-ce à la vie du pro
phète que l'on voudrait s'en prendre , et m'op
poserail -on mes fautes ? Cela encore serait peu
concluant ; car il est écrit que quelques pé
269

cheurs éclairés d'en haut ont prophétisé l'ave


nir. C'est là en effetune grace qui peutse con
cilier même avec la présence du péché mortel.
Enfin il ne parait pas que la satire des savans
du siècle s'appuie sur d'autres fondemens que
leur vanité. Or ils devraient craindre de se
voir confondus , et réfléchir qu'ils courent le
risque de recevoir par les faits et les événemens
mêmes, un'honteux démenti; car plusieurs des
choses que nous avions prédites se sonttrouvées
justifiées par les événemens. Mais pourquoi
s'étonner deleur incrédulité , quand le Christ
a dit : Je suis venu dans ce monde , faire voir
ceux qui ne voient pas , et pour que ceux qui
voient deviennent aveugles ?
Toutefois , reprit le tentateur, le nombre de
ceux qui croient à les paroles , est bien modi
que en comparaison de la foule de ceux qui
s'en rient. Il semble dur alors de suivre le jugé
ment du petit nombre.
Get argument , lui répondis -je , est assez
frivole ; nous voyons tous les jours que chez les
hommes , c'est le petit nombre qui a souvent
raison , et que sur la foule on trouve bien peu
de gens sensés. Le nombre des sots est infini

est-il écrit. De même qu'il en est peu qui vi


vent honorablement, en comparaison du grand
270
nombre qui vivent mal. Beaucoup d'appelés ,
mais peu d'élus , dit encore l’Écriture. Dans
les deux testamens , nous lisons aussi que c'é
tait le petit nombre qui suivait les prophètes
et les apôtres du Christ , en comparaison de
ceux qui les perséculaient. D'ailleurs il s'agit
de bien distinguer entre ceux qui entendent
parler le prophète lui-même , et ceux qui ne
connaissent ses paroles que par tradition et
par le rapport qu'on leur en a fait. Si vous par
lez de nos auditeurs , le nombre de ceux qui
croient est immense comparativement au nom
bre des non croyans.: il y a plus , c'est qu'iln'est
presque pas un de mes auditeurs qui ne croie.
Parlez - vous au contraire des autres ? des
étrangers quine m'ont pas entendu prêcher ?
j'avoue que parmi ceux -là , il y en a plus qui
ne croient pas. Autre chose, en effet, est d'en
tendre un homme qui parle de conviction , de
vre l'ordre de son discours , sa concor
dance avec l'Écriture , le ton inspiré avec le
quel il s'exprime ; Autre chose est d'entendre
répéter des paroles par un homme froid , qui
récile sans sentir , redit sans chaleur, et débite
des phrases incohérentes , ou sa languissante
monotonie ne sait pasmettre la moindre cha
leur , le moindre degré de conviction . Aussi
saint Jérôme dit avec raison : le discours de
27 1
vive voix a je ne sais quelle énergie secrète, et
le son de la parole qui , de la bouche de l'ora
teur , passe immédiatement à l'oreille de son au
diteur vibre avec plusde force . C'est pourquoi
il est écrit : Je vous donnerai une bouche et
une science à laquelle ne pourront résister tous
vos adversaires réunis.
On lit aussi que lorsqu'une légion de savans
et de prudhommes élevèrent à la fois la voix
contre saint Etienne , premier martyre , et le
défièrent au combat oratoire, ils ne purent ré
sister à l'esprit qui le faisait parler. Il n'est
donc pas étonnant que ceux qui n'ont pas en
tendu un orateur soient incrédules , puisque
la doctrine du Christ , elle-même , depuis l'o
rigine du monde jusqu'à nos jours , n'a cessé
d'être en butte à la contradiction . Aussi est- il

facile aux détracteurs , en tronquant certains


passages , de séduire les simples , surtout s'ils
n'ont pas entendu l'orateur lui-même.
On prétend , ajoute le tentateur, que tu as
annoncé beaucoup de choses qui ne sont pas
arrivées. Comment croire ,, alors , au reste ?
Tout ce que j'ai prophétisé sur l'avenir , ré
pliquai- je , ou a eu lieu , ou tout au moins
aura lieu ; il ne s'en manquera pas un iota .
J'avouerai cependant qu'homme , et , comme
tel , imparfait , il a pu m'échapper quelque pa
272
roles moins sûres que les autres . Cependant ni
ma conscience ni mon souvenir ne me repro
che d'avoir rien hasardé ; je m'applique cons
tamment à dire la vérité. Si cependant quelque
erreur involontaire m'était ainsi échappée , ce
serait un effet de l'improvisation , ou de la fra
gilité humaine,mais nulle arrière-pensée témé
raire n'aurait présidé à cette inexactitude. Sou
vent d'ailleurs , j'ai prévenu en chaire qu'il
ne fallaitm'accorder , sur les choses ordinaires ,
pas plus de foi qu'à tout autre dans la conver
sation , à l'exception de quelques révélations
faites à mes amis intimes sur des événemens
déjà accomplis,ou du moins quis'accompliront,
commemel'a enseigné une lumière supérieure.
Il faut remarquer encore que l'esprit prophéti
que ne vient pas toujours régulièrement aux
prophèles même, il va , vient, part et revient
à la volonté de l'esprit humain , et il ne révèle
que ce que bon lui semble .
Ainsi le prophète Nathan conseilla , de son
propre mouvement, à David , l'édification du
temple , en lui disant : Fais tout ce que te dira
ton cæor , parce que le Seigneur est avec toi.
Puis , par les ordres de l'Esprit saint, le pro
phète révoqua ce qu'il avait dit. Quelques
personnes ont ru faire merveille en se vantant
de ce que , dans des entretiens que j'eus avec
273
elles, je n'avais pas démêlé les secrets de leurs
cæurs : comme si un prophète était l'égal de
Dieu , et savait tout : vous errez , parce que
vous ne connaissez ni les écritures , ni la vertu
de Dieu . Le grand prophète Elisée , en abor
dant la Sunamite qui avait perdu son fils ,
disait : Son âme est dans l'amertume, et le
Seigneur me l'a caché : plusieurs sont venus
pour me lenler , m'ayant entendu dire , dans

mes prédications , qu'ils ne pourraient,malgré


leur ruse , m'induire en erreur ; ils ne conce
vaient pas que par ces mots , je n'avais entendu
autre chose , si ce n'est que leurs artifices sc
raient vains , pour m'amener à dire des choses
inconvenantes. J'ai l'habitude , en effet , de
peser dans la balance de la prière , des écri
tures , de la raison naturelle , de l'expérience
ou des témoins les plus fidèles , tous les mots
que je prononce en chaire. Je n'avais donc

pas entendu par là , qu'ils ne pourraient pas


mecéler les mystères de leurs cours que Dieu
seul peut sonder , et bien que quelques -uns
aient cru me tromper , dans des circonstances
importantes , leurs ruses , soit avant , soit
après que je les eus entendues , ne m'ont pas
échappé ; et j'ai pour garants de ces faits , non
seulement quelques amis à qui j'en ai fait se
crètement la confidence , mais ceux - là même
12 *
274
qui ont vu leurs machinations déjouées, et
leurs trames découvertes. Je pense que cette
objection vient de quelques religieux eux
mêmes , que j'avais charitablement repris
sur des fautes cachées , et que plusieurs , in
corrigibles , ont sans cesse déniées. Et cepen
dant , des signes certains les mirent bientôt
au grand jour : malgré cela , les malheureux
persistent effrontémentdans leur coupable dé
négation . D'autres ont reconnu la vérité de
mes remarques, quoiqu'ils aient, en rougissant,
devant d'autres personnes , soutenu par fai
blesse , qu'elles n'étaient pas réelles. Cette
erreur vient encore de détracteurs acharnés
qui , m'attribuant calomnieusement des pa
roles mensongères , tronquant à leur guise ,
mes phrases , et commentant mes intentions ,
m'ont prêté leurs pensées , et rendu solidaire
de leurs erreurs. Puis encore, d'autres peuvent,
en m'entendant prêcher , n'avoir pas parfaite
ment saisi le sens de mes paroles , qu'ils ont,
dès lors , interprété à leur manière. C'est ce
qui m'obligea de répéter souvent , et ce qui
qui m'a déterminé à publier ce que j'avais an
noncé , pour que chacun put me juger , du
moins en connaissance de cause , et que la
doctrine chrétienne demeurât pure , à l'abri
de tant de calomnies.
275

Je pense , ajouta le testateur , que plus d'un


motif te forcera bientôt à garder le silence
car tu es devenu la fable , non pas seulement
de Florence , mais mêmede toute l'Italie .

Mon désir , répondis-je , n'est pas de plaire


aux hommes,mais à Dieu . Parce que, (comme
dit l'apôtre ), si je plaisais toujours aux hommes ,
je ne serais pas le serviteur du Christ. Je ne
suis pas assez dénué de jugement , pour ne
pas savoir que tous ceux qui font de sem
blables prédictions, passentaux yeux du siècle ,
pour des sots ; mais je dirai avec l'apôtre , aux
savans et aux lettrés du monde : Vous êtes sa -
vans , et nous sots, pour le Christ.Mais j'es
père un jour que j'entendrai le savant s'écrier :
Voici ceux que nous avons quelquefois tournés
en dérision ; dans notre délire , nous les regar
dions comme des imbécilles dont la fin serait

sans honneur. Et voici qu'aujourd'hui , ils


sont comptés parmi les fils de Dieu , et leur
sort est celui de ses Saints .
Si tu n'étais que ridicule, reprit le tentateur,
passe encore ; mais tu t'exposes à la haine et
aux adversités ;mieux vaudrait ,mon fils, dans
ton intérêt , te désister de cette voie .
Je l'ai déjà dit , répliquai-je : Je ne suis pas
assez sot pour ignorer , que critiquer et gour
mander avec austérité tous les hommes , c'est
276
soulever contre soi les haines les plus graves.
Mais une considération me soutient et m'a
nime : je vois que mes @uvres etmes paroles
se rapprochent , par cela même , d'autant plus
de la doctrine et des æuvres du Christ , des
apôtres et des saints prophètes quiencoururent
la haine et la satire , et subirent mille persé
cutions pour la cause de la vérité : signe de
prédestination divine , ainsi que le Christ l'a
dit : Vous serez heureux quand les hommes
vous haïront, vous persécuteront , et diront
beaucoup de mal de vous , à cause de moi ,
réjouissez-vous alors , parce que votre récom
pense sera copieuse dans les cieux . Ainsi furent
persécutés les prophètes qui vous ont précédés.
J'ai déjà bien vu , mon fils , reprit le ten
lateur , par les réponses adroites et subtiles
que tu as faites à plusieurs de mes objections ,
que ce n'est ni par ignorance , ni par une stu
pide simplicité que tu pêches : mais alors ,
quelques personnes ont conçu l'idée , que ce
pourrait bien être la soif d'une vaine gloire ,
des dignités ou desrichesses qui t'inspireraient
ainsi, et que tu te ferais de l'erreur , par spécu
lation , une route à l'opulence et aux honneurs ;
ce caleul , mon fils , serait affreux.
Quoiqu'il ne me soit pas permis de me jus
tifier moi-même, répondis-je , cependant, pour
277
que la doctrine du Christ ne soit pas compro
mise , je répondrai à ce reproche avec toute la
modération dont je suis capable. Je l'ai dit
plus haut : les lumières prophétiques ne font
pas qu'un homme soit juste , et je me hâte de
confesser que je ne suis qu'un pécheur , ayant
besoin de la miséricorde divine. Remarquez
cette parole de Dieu au prophète Samuel :
L'homme voit ce qui parait au-dehors , mais
Dieu pénètre jusque dans le cæur. C'est pour
quoi , que ma vie soit bonne ou mauvaise ,
c'est au Christ seul et non à d'autres qu'il ap .
partient de la juger. Car tous nous devons un
jour comparaitre au tribunal de notre Sei
gneur Jésus-Christ , afin que chacun y rende
compte de ce qu'il aura fait. Ceux donc qui
portent contre moi un tel jugement, le font
témérairement, parce qu'ils ne peuventlire au
fond de mon cæur , et pénétrer l'intention de
ma prédication , autrement que par les signes
extérieurs qui ne peuvent servir , certes , de

base à un tel jugement. Si la fin que je me


propose n'est pas bonne ( comme ils le disent) ,
comme nul n'agit que pour une fin quelcon
que , il faudrait donc que mes prédications, en
laissant Dieu de côté , tendissent à quelque
bien temporel. Or, les biens temporels sont
de trois sortes : Ils sont ou hors de l'homme ,
278

comme les richesses, les honneurs , la gloire ,


le pouvoir et les dignités ; ou ils sont dans
l'homme, et intrinsèques , comme la force ,
la sanlé , la volupté : ou dans l'intelli
gence de l'homme , comme la science et

l'éloquence , et tous les autres dons gratuits.


Il faut donc, pour porter sur moi un sembla
ble jugement, puisque la pensée intérieure
n'a pu se révéler que par quelques signes
extérieurs , qu'on puisse opposer quelqu'ar
gument apparent , dont il résulte que j'ai
recherché quelqu'un de ces objets . Mais on
ne peut , à cet égard , rien alléguer de vérita
ble. Peut-on dire que j'appelle les richesses ,
moi qui , astreint, comme mes confrères , à la
pauvreté et à la sobriété voulues par la règle
de notre ordre , me contente de la nourriture
la plus simple , du régime le plus frugal , à tel
point que tous les citoyens peuvent attester ,
qu'à part les alimensnécessaires au soutien de
la vie, nous ne leur sommesnullement à charge ?
Je n'ai pas non plus recherché l'amitié ni la fa
miliarité des grandset des riches, moi qui, dans
mes sermons, mesuis toujours élevé avec force
contre leurs passions effrénées. A ne parler
que matériellement , sans doute ils ont fort à
se plaindre de moi : tandis qu'à le bien prendre ,
ils devraient rendre grâces à Dieu des faveurs
279
spirituelles que j'ai obtenues pour eux. Me
reprochera-t-on de rechercher les honneurs ,
la gloire ? mais , je l'ai déjà dit , pour qui .
conque annonce l'avenir , il y a plus à ga
guer d'ironie et de satires amères chez les
grands du jour , que d'honneur et de gloire , et
ce n'est pas auprès du pauvre et de l'indigent
que l'on recueille sans doute ni que l'on mois
sonne de nombreuses palmes : nul avantage
matériel avec les pauvres , dedain et satire
chez les grands, est- ce là la voie des hon
nears ? On ne peut pas dire plus raisonnable
ment que j'aspiraiaux dignités ecclésiastiques ;
car on sait , comment de nos jours , on y
arrive. J'ai toujours , dansmes prédications ,
adopté la marche toute contraire à celle de
l'ambitieux : j'ai toujours combatlu de front
les abus , sans jamais me permettre d'attaque
personnelle , ni de diatribe individuelle : et
pourtant je me suis attiré la haine plutôt que
la bienveillance de ceax qui ont en mains la
répartition de ces dignités. Et pourtant rien
n'a pa me faire dévier de mon devoir , et je n'ai
pas flatté la main qui pouvait , en s'ouvrant,
laisser tomber sur moi des places. Ira-t-on
chercher dans les biens corporels quelque
fondement à des attaques contre moi? Je ne
pouvaisme livrer aux voluptés que tous mescon
280

frèrés ne le sussent , eux les témoins quotidiens


de ma vie , et quiconnaissenttousmes travaux.
Pour quiconque saurait combien est écra
sant le poids d'une prédication soutenue dans
une ville pendant tantd'années , surtout quand
on brûle du désir d'éclairer et de sauver les

âmes , de bien autres pensées sans doute


viendraient à l'esprit : or, quoique rien , ce
semble , ne soit plus disgracieux que de parler
de soi et de ses moeurs , cependant, dans l'in
térêt de ma justification personnelle , je dois
ajouter que je défie l'oeil le plus scrutateur ;
ma vie toute entière répond à d'absurdes hy
pothèses. Ira-t-on me chercher querelle sur
les biens intellectuels , et dire que la seule fin

que je me proposais dans mes sermons était


une vaine montre de savoir et d'éloquence ?
Mais tout le monde sait que je prêche avec
une grande simplicité , el que je ne fais parade
ni de savoir nid'éloquence , et ce que j'en dis
est moins pour ma gloire que pour prouver
aux calomniateurs de ma doctrine et du Christ
même , que leurs insinuations ne sont pas fon
dées , et qu'ils s'arrogent un droit qui n'appar
tient qu'à Dieu , celui de juger les cæurs : en .
fin , si je parais être tombé dans mon propre
panegyrique , je répondrai avec l'apôtre : je
281

suis tombé dans l'iniquité :mais c'est vous qui


m'y avez forcé.
Je m'étonne , reprit le tenlateur, que tu
nies les signes extérieurs et manifestes de ta
malice , quand tout le monde sait que c'est à
toi qu'il fautattribuer la séparation du couvent
de St.-Marc de Florence et de Saint-Dominique
deFésule , de la congrégation de l'Observance ,
des frères de la Lombardie , et cela pour n'êlre
pas soumis à l'obéissance , parce que tu vou
lais , ta vie durant , être prieur, et comme
seigneur et maitre , jouir de cette belle posi
tion .
Je n'aurais pu seul , répondis-je , opérer
cette séparation sans le consentement des frè .
res du couvent des Prédicans, au nombre de
plus de cent, qui furent unanimementde cet
avis , comme cela est prouvé par un acte pu
blic . Et il ne faut pas les supposer tous assez
sots ou assez pervers pour n'avoir ' ni pu ni
voulu démêler ce que celle séparation aurait
de louable ou de condamnable , surtout quand
on sait que pendant plus de six mois toute la
congrégation rassemblée implora par ses priè
res ferventes les conseils d'en - baut. L'événe
ment a prouvé que cette séparation , au lieu de
relâcher la ferveur , n'a fait que l'augmenter .
Et nous ne sommes pas pour cela dégagés
282

du principe de l'obéissance que nous recon


naissons devoir à Dieu , à la vierge Marie , à

saint Dominique et au directeur général ou


prieur, quel qu'il soit , remplissant la place de
général. Ainsi notre profession nous astreint à
l'obéissance envers le général , mais non en
vers la congrégation de Lombardie : nous ne
sommes pas autrement séparés , et l'obéissance
au même général nous réunit encore. Les deux
provinces sont divisées , et l'une ne commande
pas à l'autre : seulement autrefois , dans une
peste terrible, le couventde Saint-Marc n'ayant
pas dans son sein un nombre suffisant de fre

res , se soumit spontanément à la règle de la


congrégation de Lombardie . Aujourd'hui que ,
grâce à Dieu , les frères de l'ordre sont en as
sez grand nombre pour pouvoir former une
corporation séparée , l'ancienne division peut
donc s'effectuer sans inconvénient et d'une
manière légitime ; cessante causa , cessat effec
tus.
Quant à l'accusation d'avoir voulu m'arro
ger le titre de prieur perpétuel , cela est si
pea vrai que , par mes soins , depuis la sépa
ration , le prieur élu ne l'est que pour l'année ,
et à l'expiration de l'on les frères sont libres
de choisir le candidat qu'ils aiment le mieux .
Ce mode d'élection s'observe annuellement.
283

Cette année même il a été convenu que le vi


caire , chef de toute notre congrégation , après
deux ans de vicariat, se retirerait pour faire
place à tout autre frère qui serait nommé pour
le même temps ; de telle sorte que pendant les
deux années qui suivront celles de ses fonc
tions , il ne pourra être promu. Un tel ordre
de choses exclut donc toute idée de domina

tion . Celui qui délaisse l'obéissance par am


bition ne cherche pas sans doute à se donner
des liens beaucoup plus étroits. Il mène au
contraire une vie plus libre , affranchie de ré
glemens incommodes , et ses jours se passent
dans la joie . On ne voit pas de telles choses
dans notre congrégation. La concorde et la
charité en sont les principaux liens : avec
cela pas d'ambition possible. Car il est écrit :
Parmi les superbes il y a toujours des diffé
rends. Mais comme il serait trop long d'énu
mérer tous les motifs qui m'ont porté à cette
séparation , je ne veux plus en citer qu'un seul
On le croira ou on ne le croira pas ; mais tou
joors est- il que je ne le passerai pas sous si
lence , parce que je sais que , devant Dieu , je
ne dis rien que la vérité . Ce n'est ni l'ambi
ni la soif du plaisir, ni le goût da repos ,
quim'ont poussé à cette séparation ; car mes
confrères de Lombardie savent bien que ce
284
n'étaient ni les honneurs , ni le repos
qui
m'auraient manqué en Lombardie ; mais la
volonté divine fut ma seule impulsion et la lu
mière prophétique qui m'avait inspiré la pla
part de mes révélations , me dicta mon pas
sage dans l'Étruscie , et je fus averti que le
plus grand bieu à faire était à Florence ; déjà
il en a été opéré quelque peu : on en verra
par la suite d'autre se faire encore, et tout
cela ne pouvait arriver que par la séparation .
Puisque tu savais , me dit le tentateur, que
telle était la volonté divine, pourquoi ne cher
chais tu pas , par l'entremise et le canal de la
puissance humaine , à amener celte sépa
ration ?
Quand le Seigneur, répondis -je , nous avise
de faire une chose , il n'en veut pasmoins que
nous passions par l'expérience des temps ; et de
graves difficultés souventviennentnous arrêter ,
et cela parce que le Seigneur veut qu'on voie
que lui seul est l'auteur de ces choses, et que les
hommes n'y sont pour rien. J'en ai pour lé .
moins mes confrères , à qui je ne cessais , lors
que nous discutions ce point important, d'ob
server et d'affirmer que , quand bien même le
monde entier serait contre nous, nous ne de
vrions pas moins être sûrs de la victoire , parce
285

que telle était la volonté de Dieu . L'événe


ment l'a prouvé.
Voici , dit le tentateur , un fait qui infirme
toutes tes réponses. Tu t'immisces dans le gou
vernement de la ville de Florence , et tu pa
rais rechercher les places en menant le peuple
comme il te plait.
Tous ceux qui me connaissent , répondis-je ,
savent parfaitement qu'avant ces derniers
lemps je m'étais constamment abstenu de
prendre part aux affaires publiques , une seule
circonstance exceptée .
Dans le nouvel état de la ville de Florence ,
et au milieu du plus grand danger , on parut en
me consultant faire fonds sur mes lumières ,
pour savoir comment on gouvernerait l'État.
Ce n'a toutefois jamais été sans l'inspiration
divine , que j'ai donné publiquement des con
seils aux citoyens ; jamais je neles ai forcés à les
suivre .Après qu'une bonne formed'administra
tion eut d'abord été arrêtée , tout le monde sait
que mes recommandations furent surtout d'a
voir recours à la prière , de craindre le Sei
gneur et de ne jamais prendre une détermina
tion , sans l'avoir invoqué. Puis je priais les
citoyens de ne m'en pas demander davantage ,
parce que je désire jouir de mes loisirs etgoû
286

ter le repos , à moins que Dieu ne m'inspire de


nouveau , ou que la charité n'exige que je
rompe ma tranquillité ; car jamais je ne refu
seraimesavis , quand on me les demandera. Ne
trouvant à mordre surmes actions , la critique
peut-être dira : Jamais soldat du Seigneůr ne
s'immisça dans les affaires du siècle ; comme
si des hommes d'une sainte vie n'avaient pieu
sement pris la cause des potentats etdes rois des
peuples ? Tous ceux qui lisent l'Histoire sainte
savent bien le contraire . Sainte Catherine de
Seps elle -même, nonobstant son sexe, intervint
quelquefois, pour le bien général ,dans les affai
res publiques , à tel point qu'elle entreprit plu
sieurs missions , l'une pour les Florentins au
près du souverain pontife Grégoire XI jusqu'à
Avignon , et l'autre , peu de temps après, pour
le pontife lui-même auprès des Florentins.
Traiter ainsi les affaires publiques pour le bon
heur de la communauté et pour faire respecter
par les hommes la justice et les bonnes meurs,
enfin se dévouer pour le salut de l'humanité ,
ce n'est pas semêler des affaires du siècle ( et
ce n'est pas ainsi que doivent être entendues
les paroles de l'apôtre ), mais bien prendre en
main les intérêts spirituels et moraux des
peuples.
Cette excuse serait bonne , répliqua le ten -
287
taleur , si tu avais indiqué au peuple Floren
tin quelque bonne administration , tandis que
le système du gouvernement que tu as pro
posé parait dangereux aux gens éclairés et ha
biles : commettre en effet un point d'une si
haule importante a la discrétion populaire ,
après l'avoir arraché aux mains des puissans ,
cela ne peut se faire sans de graves dangers .
A bien examiner ce système, répondis-je, il
est naturel et bon pour la nation Florentine .
Car tout bon gouvernement se divise , d'après
les philosophes , en trois classes. La première :
La multitude gouvernée par un seul , revêtu
de plein pouvoir ; si le monarque est juste ,
cette forme est la meilleure. Seconde forme :
L'administration d'un petit nombre de puissane
et de sages , l'aristocratie ' ou pouvoir des
:

grands. Troisième forme : Une ville ou une


province reçoit des lois de la multitude et du
peuple . Démocratie. C'est la forme qui , d'a
près les rites anciens, convient aux Florentins .
Ils l'appellent le système populaire . C'est le
gouvernement non pas de la populace , mais
du peuple tout entier , dans lequel les magis
trats qui se sont conciliés le plus de suffrages ,
sont appelés à la direction des affaires pour un
tempsdéfini et limité. Etnous avons combiné
ce système , de manière que personne dans la
288

suite,ne pût ni par les séductions, ni par la


violence , se perpétuer au pouvoir ni créer en
sa faveur le monopole du despotisme. Les ci
toyens , dans ce système , jouissent tranquille
ment de leurs droits , qul ne les peut opprimer
injustement, il y a là tous les élémens d’union
et de paix. Trois espèces d'hommes seulement ,
comme je l'ai souvent déclaré , peuvent se

:
plaindre d'un tel état de choses , savoir : Les
ambitieux , les vicieux et les sots , gens qui,
sans s'amender , ne pourront jamais atteindre
le rang qu'ils désirent. Ce gouvernement ap
paremment n'est pas dangereux . Le pouvoir ne
réside donc pas. absolument dans les masses >
mais dans ceux que le conseil général aura in
vestis de son autorité ; l'on y pesera avec ma
turité toutes les questions en délibération . Car
nobles et gens éclairés figureront dans ce con
seil , y apporteront le tribut de leurs lumières
et il sera difficile que dans une telle réunion ,

l'erreur trouve place , bien que je ne veuille


pas repousser toute idée, de possibilité qu'il
s'en glisse parfois. Qu'y a-t- il deparfait ici-bas ?
Jusqu'à ce que tous les citoyens puissent , dans
un vaste amphithéâtre , être appelés à émettre
leur vole , ce qui jusqu'ici n'a pu être matériel
lement exécuté , la puissance résidera dans le
conseil général , auprès duquel l'ambition ne
289

saurait que bien difficilement trouver accès.


Le moyen en effet de corrompre une si ina
mense assemblée ! Ensuite , au conseil a été ad
jointe une commission de Sø hommes choisis
presque toujours dans les anciens , pour exa
miner les lois et les propositions , clause pré
vue par les réglemens de la nouvelle réforme
de ce système. Cette commission même re
cneillera , dans les cas difficiles , l'examen et
les avis des citoyens éclairés et éprouvés. Plus
donc ce système se développera , et plus la cité
sera débarrassée des sols et des méchans , et
tous les citoyens pratiqueront la vertu . Le cou
seil général ne choisissant que dans ces rangs
honorables des sujets pour remplir les admi
nistrations , il s'ensuivra que la cité , lant au
spirituel qu'au temporel , sera'heureusement
gouvernée. Plus de dissentions intestines entre
les citoyens , et de ces différends qui, au sû de
toutle monde , sont si préjudiciables à la chose
publique ; les citoyens seront tranquilles et en
sûreté dans leur intérieur , el la ville florira
dans la vertu et l'abondance. Enfin per
sonne ne sera forcé d'être juste , mais tous
s'empresseront d'embrasser la vie qui convient
à de bons et fideles chrétiens .
Toutes ces phrases , reprit le tentateur , ne
convaincront pas grand monde : parce que

13
290

l'hypocrisie sait bien habilement déguiser sa


pensée.
Je sais , répondis- je , qu'il est impossible
de satisfaire tout le monde , parce que le ser
viteur n'est pas plus grand que son maitre. Or,
bien que le Cbrist ne pût se tromper , néan
moins les Scribes et les Pharisiens ne pouvaient
croire qu'il ne fût pas un imposteur . Quant à
moi , il me suffit d'avoir prouvé que nul signe.
extérieur ne justifie le jugement , basé sur des
fausses présomptions , que mes ennemis ont
porté contre moi, sans me connaitre ; quoiqu
pécheur indigne , je puis par de bonnes raisons
prouver que je ne suis pas , comme le dit la
calomnie , artisan de malice et de fourberie ;
j'ai déjà repoussé victorieusement le reproche
d'ignorance. D'abord Dieu ne peut donner
son aide à la perversité , il ne peut que la ré
prouver et l'humilier. Or, dans mes prédic
tions, deux caractères prouvent , jusqu'à
l'évidence , qu'elles procèdent de Dieu , et ne
peuvent venir d'ailleurs; premier caractère ,
l'accomplissement entier d'une partie de mes
révélations ; second , le changement opéré dans
la nation florentine qui a quitté les vices pour la
vertu ; ce dont la notoriété publique dépose
rait au besoin , et ce que je pourrais moi
mêmeconfirmer par plusieurs faits qui tiennent
291
du prodige ; mais je les passe sous silence ,
pour être plus bref. Ce qui est très-vraisem
blable et très - vrai , c'est que Dieu préfère
éclairer , de la lumière véritable , les bons que
les méchans , et qu'il permet à ces derniers
plutôt qu'aux premiers de tomber dans l'er
reur. Comme les bons citoyens à Florence
suivent ma doctrine , que ce sont au contraire
ceux qui la combattent , qui sont plongés dans
le désordre et le dérèglement , il est clair que
cetle doctrine ne procède pas de l'erreur ni
de l'astuce , mais de Dieu même. Il serait ,
certes , bien étonnant que cette perversité ,
pendant tant d'années que je passai à Flo
rence , ait été si long -temps inconnue aux Flo
rentins , de tous les hommes , les plus adroits ,
les plus curieux et les plus scrutateurs , déjà
prévenus d'ailleurs contre moi par une foule
de calomnies , accumulées tant par des reli
gieux et des prêtres que par des laïques ; puis
qu'on alla même jusqu'à supposer des lettres
d'excommunication lancées contre moi. Ainsi,
l'erreur qu'aurait recelée ma doctrine , n'eût
pu rester long -temps ignorée . Mais la vérité
que les difficultés ne font que fortifier , que la
lutte rend plus ferme, que l'épreuve rend plus
éclatante , a triomphé de tout, et maintenant
elle a plus d'énergie que jamais .
292
A te dire vrai , reprit le tentateur , il mo
semble que tu as craint de te trainer sur les
traces des autres prédicateurs en ne parlant
que du vice et de la vertu , et que pour sortir
de la voie commune et afficher dans le style
comme dans la pensée une certaine singula
rité , tu t'esmis à prédire l'avenir ; genre de
prédiction assez inutile aux âmes , et qui a le
mérite de l'ostentation plutôt que celui de la
vérité .
La cause se condait aux effets , lui dis -je ; ce
genre de prédication étant, loin d'avoir l'inu
tilité que vous lui supposez , d'une immense in
fluence et exerçant un souverain empire sur
les âmes , Dieu m'a commandé ce genre de
discours qui prépare les hommes à la péni
tence , prémunit les élus contre les épreuves
par lesquelles ils ont à passer , et s'il ne con
vertit pas tous les pécheurs , du moins est
profitable à plusieurs , ainsi qu'il est écrit :
Tu as montré de terribles choses à ton peuple.
Tunous as abreuvés du vin de la componction ,
tu as prévenu ceux qui te craignent de fuir
l'arc menaçant pour délivrer les bien aimés.
Si d'autres ne croient pas , les élus , du moins ,
croiront, eux pour qui ces choses nous out
été données. Il est écrit encore : Tous les pré
destinés à la vie éternelle onl cru .
293
J'avais ainsi passé beaucoup de temps à
disputer avec l'esprit tentateur , lorsque me
retournant vers mes compagnes de route , je
les vis qui parlaient entrielles et riaient de moi ;
je leur demandai: Que vous dites-vous l'une à
l'autre, et pourquoi cette gaieté ? Elles meré
pondirent : Nous rions de ce que tu sembles
ne pas savoir à qui tu parles. M'approchant
alors de la Prière , je lui demandai de vouloir
bien m'indiquer quel était mon interlocuteur.
Tu t'es embarrassé , me dit-elle , dans une
discussion de savoir humain , ce que Dieu re
garde commeune folie. Etlu n'as pas reconnu
celui qui disputait avec toi ; demande donc à
la Simplicité qui sait au mieux toutes les ruses
de l'ennemi; elle te dira ce que tu désires.
J'allais m'approcher de la Simplicité , quand
mes yeux se dessillèrent , et je reconnus dans
mon interlocuteur , non pas le moine du dé
sert , mais bien le tentateur du genre humain .
Après m'être un instant recueilli avec mes
quatre compagnes : Satan , lui dis-je , ni ta
ruse ni tes artifices ne l'ont servi , tu as vaine
ment mis en jeu les moyens dont 'tu te sers ,
pour perverlir les cours simples .
Le bras de Dieu nous soutiendra , il saul'a
achever son ouvrage , tandis
que toi , tu seras
confondu avec les anges. A ces mots , il dispa.
294

rut tout à coup ,remplissant les airs d'effroyables


rugissemens. Poursuivant tranquillement
notre route , nous arrivons aux portes du para
dis qu'entourait un mur très - élové , construit
avec des pierres précieuses. De distance en
distance , au - dessus de ce mur , qui semblait
entourer lemonde entier , veillaient , à sa garde ,
des anges , qui faisaient entendre de suaves
concerts. On lit dans Isaie , vingt-sixièmecha
pitre : Sion est la ville de notre force , le Sau
veur y habitera . Nous frappons sans délai à la
porte : Ouvrez les portes, dirent les gardiens
en s'inclinant , et laissez entrer ces justes qui
gardent le dépôt de la vérité. Mes compagnes ,
levant les yeux au ciel , répondirent : L'an
cienne erreur n'est plus , tu conserveras la
paix , Seigneur , parce que nous avons espéré
en toi. Et les anges , du son de voix le plus
doux , reprirent : Vous avez espéré en Dieu
dans les siècles éternels , dans le Dieu fort
éternellement. Loin de vous donc toute terreur
et vos désirs seront remplis , et la vanité hu
maine sera confondue , parce que Dieu a courbé
les superbes. Il humiliera la sublime cité , l'a
baissera jusqu'à terre , et la trainera dans la
poussière ; et elle sera foulée par les pieds des
pauvres , par la course de l'indigent. Et ces
paroles étaient entrecoupées de divins accens.
( 295

La voie du juste est droite , disaient les hym


nes , et son sentier est direct . Tournés vers le
Seigneur , nous reprimes : Nous t'avons sou
tonu , Seigneur , dans la voie de tes jugemens ,
et nous avons rendu hommage à ton nom . Em
brasé de l'amour divin , exalté
exalté par les canti
qués , j'élevai à mon lour la voix : Mon ame
t'a désiré la nuit et le jour , et dans mon caur
et mes entrailles , je veillerai pour toi , quand
tu auras rendu tes jugemens sur la terre , pour
apprendre la justice aux habitans du globe.
A ces dernières paroles , la porte s'ouvrit ;
des torrens de lumière nous inondèrent , et

nous vimes des choses prodigieuses. Nous en


raconterons une partie dans la suite de notre
discours,
Avant d'entrer , le premier personnage qui
vint à notre rencontre et que dansnotremission
nous avions un grand intérêt à voir , fut saint
Joseph , l'époux et le gardien de la Vierge , qui
nous dit , avant de nous introduire : Dieu soit
avec vous. Et qu'il vous comble de ses bénédic
tions, reprimes-nous, parce que votre épouse ,
la mère de Dieu , dans la solennité de son an
'nonciation , a daigné prendre la cause du peu
ple florentin et demander pour luiau Seigneur
la réalisation des promesses qui lui avaient été
faites. Il nous a été dit alors que , dans l’octave ,
296
une bonne réponse nous serait donnée. Nous
venons aujourd'hui pour savoir les particulari
tés qui nous sont encore cachées , et que nous
voulons demain matin annoncer aux Floren
tins , que ces révélations combleront de joie .
C'est pourquoinous apportons comme offrande
cette couronne élégante que porte la Simpli
sité. Voici quelle était la forme de ce diadême:
Il se composait de trois couronnes , de gran
deur inégale , et proportionnées dans leurs
contours , la couronne supérieure plus petite
que la plus basse. Le cercle de la première ,
c'est -à -dire de la couronne qui formait la base
du diadême, se composait de douze pierres
précieuses jaspées , taillées en forme de caur
humain . La pointe représentait la partie infé
rieure , et le pluslarge de la pierre représentait
la partie supérieure du cậur. Dans la largeur
dlu crear , était gravé le cantique de Zacharie :
Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, etc.en douze
versels bien distincts. Sur des bandelettes en
ahassant les cæurs de la base à la pointe en
pareil nombre , était écrit l'avénement , et au
milieu de chaque creur , le nom de Jésus bril
lait du plus vif éclat. La pointe de chaque coeur
se terminait par un brillant magnifique . Au
dessus flottạientdouze petites bannières verles ,
sur lesquelles étaient inscrits les douze privilé
297
gas de la Vierge , dont deux relatifs au Père
éternel.
( er privilége. Véritable épouse de Dieu le
père , Dieu le père et la Vierge ont le même
fils.
Ilº. Épouse admirable de Dieu le père >
parce que de même que Dieu de toute éternité
a eu son fils au ciel sans'inère , de même elle a
eu sur la terre son fils sans père .
DEUX AUTRES ONT TRAIT AU FILS.

1 ° Elle est mère de Diou , 2 ° mère de son


père. Car Notre - Seigneur Jésus-Christ est son
fils , en même temps que , comme créaleur et
Dieu de toutes choses , il l'a lui-même créée.
DEUX AUTRES ONT RAPPORT AU SAINT- ESPRIT .

1° Elle est le sancluaire spécial du Saint


Esprit , qui l'a spécialement remplie de toutes
les grâces ; 2 ° le sanctuaire ineffable du Saint
Esprit , qui l'a rendue propre à être la mère du
créateur de l'univers .

DEUX ONT PAPP ORT A LA VIRGINITÉ .

1° Elle est la Vierge des vierges;'nnlle autre


ne lui peut être comparée , puisqu'elle ne
porte en elle ni la tache du péché mortel, ni
celle du péché véniel. 2° Elle est vierge et fém
Gonile , vierge et mère .
298

DEUX ONT RAPPORT A L'ÉGLISE TRIOMPHANTB ET


A L'UNION.

1 ° Elle est la seule reine du monde , la véri


table épouse , la mère et le sanctuaire de la
Divinité qui est triple et une tout à la fois .
2 ° Elle doit être honorée par -dessus toutes les
créatures ; à Dieu seul, comme au premier
principe , et à celui qui régit tout , est dû le
culte de l'adoration ; aux bienheureux , le
culte de Dulie , le seul qui convienne à ceux
quiparticipent à la béalitude divine , et tiennent
la place de Dieu . Mais la Vierge, étant la mère
de Dieu , a droit à un culte plus respectueux
et à plus d'hommages que les saints.

LES DEUX DERNIERS PRIVILÉGES REGARDENT


L'ÉGLISE MILITANTE .

1. Elle est la consolation du coeur des Justes ,


parce que c'est par elle qu'ils obtiennent de
Dieu une quantité de grâces, et que son amour
est plus doux et plus suave que le miel le plus
pur , et qu'il dispose merveilleusement les
âmes et les corps. 2 ° Elle est l'espérance des
pécheurs et des malheureux. Par ses prières ,
en effet , et par son intercession , ils espèrent
obtenir de Dieu miséricorde.

Ces douze inscriptions se trouvaient, dans


299
l'ordre précité , sur les douze petites ban
pières.
Épouse de Dieu le père , priez pour nous :
épouse admirable de Dieu le père , intercédez
pour nous. La seconde couronne, assise sur la
première et moins large , contenait dix caurs
en perles les plus précieuses et les plus blanches
rangées dans le même ordre , au -dessous des
quels était écrit le cantique de la Vierge :
Magnificat , en dix versets , de même nombre
que celui des cours. Chacun d'eux était sur
inonté d'une calcédoine , au - dessus de la
quelle on remarquait , ombrageant chaque
ceur, une petite bannière blanche comme la
neige ; chacune de ces bannières portait une
de nos pétitions de la ville de Florence. La
première pétition était celle -ci : Qu'en tout
la volonté de Dieu soit faite ; deuxième ;
avant tout, nous voulons l'honneur et la gloire
de Dieu ; troisième : nous demandons la ré
forme de l'Église ; quatrième: nous désirons
le salut de tous les fidèles ; cinquième : nous
demandonsspécialement le salut desâmes chré
tiennes ; sixième: la rémission de ses péchés
au peuple de Florence qui altend encore
l'exécution des promesses , faites d'en haut ;
septième: nous conjurons le ciel d'éloigner
les fléaux que le peuple a mérités ; dans la
300

huitième , nous conjurons l'esprit saint de


combler d'amples grâces et de largesses spi
rituelles, notre cité ; dans la neuvième , nous
demandons l'abondance des richesses , et
l'extension de Pompire ; nous demandons
même ces choses pour d'autres peuples que
nous ; dixième et dernière pétition : que Dieu
rende complètement aux Florentins ce qu'il
leur a promis .
Une troisième couronne, plus petite que les
deux autres , les rehaussait par l'éclat de quatre
cours en escarboucles flamboyantes. Sur cha
cun de ces cæurs , on lisait le cantique de Si
méon : Nunc dimittis servum tuum , Domine ,
gravé en quatre verseis . Autour , les noms des
quatre évangélistus se lisaient chacun sur un
des caurs. Da milieu des cours se détachaient
de petites croix de topaze , surmontées de
quatre petites bannières couleur de flamme.
Sur la première on lisait : Nous demandons
que la ville de Florence soit à la garde des
anges ; sur la seconde : Nous voulons , dans
l'administration , des préfets et des prélats ,
pleins de perfection ; sur la troisième : Nous
demandons la doctrine de saints prédicateurs ;
sur la quatrième : Une aflluence nombreuse
de clercs fervens , et de saints prêtres et reli
gieux . Enfin , sur cette dernière petite cou
301

ronne brillait un cæur composé d'une infinité


d'autres petits cours unis ensemble , et bariolé
de mille couleurs , sur lequel se lisaient ces

:
paroles de notre Seigneur : Ceci estmon pré
cepte : aimez-vous les uns les autres comme je
vous ai aimés. C'est à ce signe que tous re
connaîtront que vous êtes mes disciples. Au
haut du même ceur élincelait la plus belle
émeraude couronnée de ces mots : Ils ont un
seul cæur , une seule ame en Dieu . A cette
même émeraude était attaché un petit crucifix
surmonté d'une légende portant : Paix à ta
verlu , abondance à les tours ! A cause demes
frères et de mes proches , je parlais paix , et
dans la maison de notre Seigneur je t'ai de
mandé les biens. Des rayons d'une rare pureté ,
formaient une auréole qui réunissait dans un
seul jet de lumière ces trois couronnes.
Voilà le présent que nous avons résolu d'offrir
à la majesté du Roi éternel , par les mains de
la glorieuse Vierge mère , pour oblenir la mi
séricorde divine et la restitution des grâces qui
nou's avaient été promises.
Josepla nous demanda ce que signifiait le
mystère de cette couronne; 'je loi répondis :
Je sais, mon père , que vous ne l'ignorez pas ;
cependant , dans notre intérêt , je vais , en
pcu de mots , vous l'expliquer. Le peuple de
302

Florence a consacré cette couronne à la Vierge,


mère de Dieu , votre épouse , pour recouvrer
les grâces promises et retirées , en répétant
avec ferveur le cantique de Zacharie ,ou si l'on
aime mieux , le symbole de la foi, le Credo in
unum Deum ; ensuite douze fois l'Ave Maria ,
le cantique favori de la Vierge ,le Magnificat ,
etenfin , pour couronner l'ouvre , le cantique de
Siméon, Nunc dimittis. Et ils n'ont pasachevé
cette couronne d'oraisons , des lèvres seulement ,
mais de ceur et d'action . La première ligne
de cœurs signifie ceux qui ont tout récemment
fait pénilence avec une foi pleine d'énergie et
de ferveur : les bandelettes qui les lient en
semble , sont ces cœurs qui , brûlant d'ardeur
pour Dieu , s'offrent en holocauste pour toute
la cité .
Le second cercle de perles , d'une éclatante
blancheur , désigne ceux qui , libres de toute
affection terrestre , observent religieusement
les préceptes divins. Le rubis qui étincelle au
milieu des cours , signifie la charité qui les
embrase. La calcédoine qui les surmonte , est
l'emblême de l'amour de Dieu ; at de même
que la calcédoine répète etréfléchit les rayons
du soleil qui la pénètrent, demême , l'exemple
des vertus échauffe et pénètre les cours de
303

beaucoup de pécheurs qui se laissent ainsi


conduire à la pénitence .
La troisième couronne de cours en escar
boucles quibrillent pendant la nuit, et dissipent
les ténèbres , représentent les parfaits qui , en
petitnombre ,ne cessentd'adorer , avec ferveur,
la divinité pour qui ils brûlent d'amour : ils
observent non seulement les préceptes , mais
encore les conseils de l'Evangile , et la croix
rouge qui occupe le milieu de leurs cæars est
l'emblème du martyre qu'ils voudraient subir ,
pour le nom de Dieu. La topaze qui surmonte
ces cours et brille comme l'or le plus pur ,
quand elle reçoit les feux du soleil,et surpasse en
éclat les pierres les plus précieuses , la topaze
signifie la doctrine desjustes,réflétantles rayons
du soleil de justice de J. C. Ceux-ci ne deman
dent que des perfections spirituelles. Le cœur,
forméde mille cœurs , qui termine la dernière
couronne, représente la concorde et la charité
des justes,et la paix publique parmilescitoyens.
C'est parce que nous lesavonsnégligées ,queDieu
a momentanément retiré sa grâce. Aujourd'hui
que la paix est rétablie ,il va nous rendre ses fa
veurs. L'émeraude quisurmontece dernier ceur
est l'emblême de l'espérance d'obtenir de Dieu
la vie éternelle et derécupérer les grâces promi
sos. L'ordre et la contexture des rayons formant
304

l'auréole d'or, représente l'union et l'harmonie


des ames converties des fidèles et des parfaits ,
l'accord de leursprières. - Le saint vieillard
Joseph , me prenant alors par la main , en sou
riant, nous introduisit , et après avoir fermésur
nous la porte nous dit : Bonne route , réjouissez
vous, car de nouvelles faveurs, ainsiqu'il vous a
élé dit, vous seront octroyées.Enlevant lesyeux
nous aperçûmes la vaste et agréable prairiedu
paradis qui se développait devantnous , émail-
lée de fleurs , et rafraîchie çà et la par des sour
ces d'eau vive et limpide coulant avec un doux
murmure. Sur le frais gazon , d'innombrables
troupeaux d'agneaux éclatans de blancheur ,
gardés par de jolis chiens, puis des lapins, puis
les animaux les plus innocens , blancs comme
la neige , se jouaient , avec un délicieux aban
don , parmi les fleurs et les eaux çà et là jaillis
santes. Des arbres de toutes les espèces , cou
verts de feuillage , de fleurs et de fruits , ombra
geaient ces lieux enchanteurs. Sur leurs ra
meaux voltigeaient , en se poursuivant , mille
oiseaux au plumage radieux et varió , qui fai
saient entendre les plus harmonieux concerts .
Au milieu de la campagne s'élevait un trône ,
pareil à celui de Salomon , dont le troisième
livre des Rois donne la description . Le roi Sa
lomon , y est-il dit, construisit un trône en ivoire
305

massif qu'il revêtit de l'or le plus brillant : six


marches y conduisaient : de son dossier arrondi
partaient deux bras qui en embrassaient lo
contour : deux lions étaient au bout de cha
que bras, et douze lionceaux occupaient , par
couple , chacun des côtés des six marches. Ja
mais dans aucun royaume on n'avait vu un
pareil ouvrage. Une princesse pleinedecharmes
et brillante d'attraits , assise sur ce trône ,
portait dans ses bras un enfant plus éclatant
le soleil ; la tête de l'une et de l'autre était
que
couronnée d'une auréole admirable qui éclai
rait et le ciel et la terre , et dont les feux sem
blaient partir de trois visages qui illuminaient
tout l'univers . Celte triple figure paraissait con
sidérer avec délices la reine assise sur le trône .
Des gerbes de foux se répandaient au dessus
d'elle encore plus que sur tous les objets que
je distinguais ; et les trois figures , que la vue
de la mère et de son enfant semblait épanouir
et plenger dans le ravissement leur adressaient
à tous deux un sourire ineffable . Une multi
tude innombrable de serviteurs se pressait au
tour du trône. Frappé d'étonnement , ébloui
par un tel spectacle , que mes yeux trop foibles
ne parent supporter , je lombai la face contre

terre . Relevé par mon ange gardien et par Jo


seph notre guide , je priai ce dernier de vouloir
306

bien m'expliquer cet étonnant mystère. C'est ,


me répondit Joseph , le renouvellement de l'E
glise dans tout l'univers. Tu l'as , toi
même , il y a plusieurs années annoncé
aux mortels. Les murailles en pierres pré
cieuses signifient les prédicateurs et les pré
lats doués de toutes les vertus , qui , alors, se
ront les défenseurs de l'Eglise ; les anges, dis
posés en sentinelles, sur les murs, représentent
la familiarité qui , un jour, s'établira entre ces
prélats et les cohortes angéliques : familiarité
par laquelle ces derniers seront éclairés. La
porte est l'emblême de la sainte Écriture , du
Nouveau et de l'Ancien -Testament, par lesquels
toutfidèle chrétien entre dans l'Église .Les fleu
ves répandus dans la campagne figurentles ver
tusdont le monde sera rempli ; et les ruisseaux ,
les grâces divines qui l'inonderont, ainsi qu'il
est écrit : Vous tous qui avez soif , venez pui
ser l'eau , et encore : Que celui qui a soif ,
vienne à moi et boive ; et encore : Que celui
qui veut , reçoive l'onde de la vie , et celui qui
aura bu de l'eau que je distribuerai , n'aura
pas soif dans l'éternité. Mais l'eau que je lui
donncrai, deviendra une source jaillissante .
Les animaux innocens sont les chrétiens
qui mènent dans les bonnes cuvres une vie
active. Dans la simplicité de leur vie , ils es
tiineront peu les biens temporels en comparai
307
son des dons et des vertus du Christ. Les oiseaux
représentent les chrétiens, des ordresreligieux
qui , dans la vie contemplative , ne cessent,
comme l'oiseau sur ces rameaux , de chanter
les louanges du Seigneur . Ce trône admirable
près duquel sont groupées des légions de ser
viteurs , figure l'Église triomphante , fière de
sa réforme, avec qui les anges ne craindront
plus de converser, non pas d'une manière invi
sible., mais même en réalité , comme on le lit
dans l'histoire de l'ancienne Église. La lumière
qui jaillit des trois faces est l'image de la sainte
Trinité , qui éclaire de ces rayons l'univers
lout entier, qui daigna combler de dons et de
privilèges toutparticuliers le Christ fait homme
et sa glorieuse mère, que tu aperçois assise sur
le trône , pour représenter l'incarnation du
Christ figurée elle -même par la solennité de
l'annonciation . Le trône est la figure des tré .
sors précieux apportés à la mère par son fils
unique. L'ivoire , danssa blancheur, est lesym
bole de sa pureté virginale tant à cause de la
chasteté de l'éléphant, que de la couleur de l'or.
C'estpourquoi il est écrit :Salomon ſit un trône
d'ivoire massif. Salomon fut pacifique , il con
venait à notre Sauveur, quiapportaitla véritable
paix au monde , de prendre cet emblême. La
quantité d'or enchässant le trône, représente
308

l'immense charité de la Vierge. Aussi le texte


ajoute-t-il : Il revêtit l'ivoire de l'or le plus pur.
Le dossier rond du trône figure la contempla
tion que la Vierge avait reçue du Seigneur.On
th

ajoute : A sa partie postérieure ; parce que


tant que la Vierge vécul commeune mortelle ,
elle ne fut pas admise à voir Dieu face à face ,
mais elle ne le vit que par des allégories et des
comparaisons, ainsi que Dieu dit à Moïse : Tu
ne pourras voir ma face . Le siège du trône est
le symbole de l'humilité , qui est la base detou
tes les vertus. Les deux bras qui entourent ce
dossier sont la connaissance de Dieu et celle
de soi-même ; loutes deux servent de points
d'appui à l'humilité qu'elles embrassent, Les
doux lionceaux , à l'extrémité de chaque bras,
figurent la force dans la prospérité et l'adver
silé ; l'humilité la donne aux mortels. Les
degrés sur lesquels le trône s'appuie figurent
les divers mérites des saints , que le inérite de
la Vierge a de beaucoup surpassés. Les douze
lionceaux , sur les six marches du trône , re
présentent les soints du Nouveau etde l'Ancien
Testament , qui tous ont loué et admiré la
Vierge . Je te détaillerai, dans notre marche ,
l'ordre dans lequel ils sont placés , et lu verras
qu'il n'a rien été fait de pareil dans nul autre
royaume. --Commenous parlions ainsi, nous
309

nous approchions de plas en plus du trône ,


voici que je vis arriver une multitude innom
brable d'enfans vêtus de blanc , tenant à la
main des guirlandes de fleurs blanches parſu .
mées , et ayant sur la tête une auréole de
gloire céleste : on eut plutôt dit des diamans
que tenaient leurs doigts ; et ils chantaient des
airs délicieux : Laudate , pueri , Dominum
laudate nomen Domini, elc . Joseph , à quije
demandai quels étaient ces nouveaux venus ,
me répondit : N'as-tu pas lu dans Zacharie?
Les rues de Jérusalem seront remplies d'en
fans et de jeunes filles se livrant à mille jeux .

จึง 1
Ce sont les enfans qui ont été sauvés, soit par
la foi de leurs parens, ou par les sacrifices, ou 2
par la circoncision écrite dans la loi, à partir
de celle d'Abraham , ou par la vertu du
baptême. Ceux-là que tu vois ornés de couronnes
etde tresses de fleurs rouges , et portant d'hono
rables cicatrices , ce sont les innocens massa

crés par Hérode. Je m'approchai d'eux , je les


saluai et leur dis : Saints enfants , que Dieu
vous compte à vous et à vos frères le sacrifice
sanglant que vous avez subi pour lui. Ils me
répondirent : soyez béni de Dieu , qui a fait le
ciel et la terre , et ils ajoutèrent : Mortel ,
pourquoi venez -vous vers nous qui sommes
immortels ? - Je répondis que j'étais l'orateur
310

de Florence , et je leur dis l'objet de ma


mission . Si vous ne vous convertissez , me
dirent- ils , et, si vous ne devenez comme de
petits enfans, vous n'entrerez pas dans le
royaume des cieux. Cebonheur suprême nous
a été promis , repris- je aussitôt: il est main
tenant suspendu , priez pour qu'il nous soit
rendu .
Alors ils répandirent à pleines mains les
fleurs sur notre couronne , disant : Voici nos
prières qui vous serviront à obtenir de Dieu
la grâce que vous demandez ; nous le prierons
de permettre que dans la ville de Florence ,
les enfans soient élevés de bonne heure dans

la religion chrétienne etl'amour de J.-C., qui,


pour notre salut, a daigné se faire lui-même
enfant. Quelques - uns restèrent avec nous
pendant que les autres , le visage tourné vers
la Trinité , fléchissant le genou , se mirent à
prier. Nous nous avançames vers lesmarches
du trône. Devant la première marche nous
aperçûmes une immense multitude d'hommes

et de femmes , qui portaient comme signe dis


tinctif de petites hyacinthes brillantes comme
des perles. Joseph , à qui je demandai ce que
signifiait cette décoration , me dit : Ce sont
des époux qui ont vécu avec chasteté dans
l'état de mariage, c'est pourquoi ils ont été
311

décorés de fleurs d'hyacinthe. Puis , à côté ,


ceux qui, renonçant aux vanités mondaines ,
ont fait au Seigneur le sacrifice de leurs
affections, ont reçu , pour marque distinctive ,
la violette , qui répand au loin ses parfums,
quoique sa couleur modeste la cache au
monde. Tous ceux que tu vois à droite et à
gauche de la première marche ,seront tes pro
tecteurs ; à droite sont Joachim et Anne , les
premiers parens de la glorieuse vierge Marie ;
à gauche , Zacharie et Élisabeth , parens de
saint Jean -Baptiste. Je leur fis à tous un pro
fond salut , et leur dis comme aux innocens :
Dieu vous soit en aide à vous et à vos enfans.
Puis je leur expliquai l'objet de ma mission ,
et j'implorai le secours de leur puissante in
tercession . Alors deux guirlandes d'hyacinthe
furent, par eux , altachées aux cæurs de la
couronne , et ils dirent : Voici nos prières qui
vous aideront. Nous conjurerons le Seigneur
d'accorder à la ville de Florence le don de

chasteté conjugale , et de conserver intact et


pur ce sacrement, image de l'union de l'église
du Christ.Deux couples de cette bienheureuse
troupe se joignirent alors à nous , tandis que
les autres se mirent à prier avec dévotion .
Nous allions franchir le premier degré, quand
nous vimes une immense quantité de fidèles
312

de l'un et de l'autre sexe , beaucoup plus nom


breux que les premiers , qui portaient sur eux

des violettes brillantes comme des perles , et


répandant un suave parſum . Comme je de
mandais qui ils étaient , saint Joseph me dit :
Ce sont hommes et femmes , ceux qui n'ayant
plus leur virginité , ont cependant été fidèles
aux lois du veuvage et de la chastele ; ils por
tent des violettes 'at non pas des lys ; à leur
tête sont sainte Anne , la fille de Phanuel , et
Marie-Madeleine , qui s'intéresseront les pre
mières à votre cause. Quand je les eus salubes
et que je leur eus exposé l'objet de mamission ,
elles s'empressèrent de détacher deux guir
landes de violettes , et les posant sur deux
ceurs de la couronne , elles dirent : Voici nos
prières , Dieu veuille . accorder aux veufs de
l'on et l'autre sexe , et à ceux qui ont perdu
lour virginité , le don de chastele ; puis sainte
Anne et sainte Marie-Madeleine laissèrent leurs
compagnes pour nous suivre . Sur la seconde

marche il y avait une foule immense de gens


qui avaient à la main des lys d'une éclatante
blancheur . Joseph me dit : Ce sont les vier
..

martyre ,
ges ; à droite est sainte . Catherine ,
et à gauche , 'la bienheureuse Catherine de
Sens , ce seront tes deux protectrices . Et en
effet toutes deux enrichirent notre couronne
313

de deux lys éblouissans et parfumés , et nous


promirent de demander à Dieu que les vierges
de Florence conservassent leur pureté ; les
autres se mirent à prier , mais les deux Cathe
rinesnous accompagnèrent.
Sur la troisième marche , nous trouvâmes
saint Zénobie et saint Antoine , premiers pon
tifes de Florence ; cette marche était réservée
aux docteurs de l'Église , dont la tête était
ceinte de fleurs d'hyacinthe , symbole de la
contemplation céleste. Aprèsnous être agréa
blement entretenus avec eux, nous oblînmes en
core deux fleurons pour notre couronne , et ils
nous promirent de demander pour nous à
Dieu , de saints prélats et des pontifes vénéra
bles. La quatrièmemarche élait occupée par
une multitude qui vivait et marchait , bien
qu'elle eût toutes les apparences de la mort.
Les plaies et lesblessures qui sillonnaient leurs
corps meurtris , brillaient comme des étoiles ;
ils étaient couronnés de belles roses rouges .
voici , me dit Josepa , sont ceux qui ont
passé par de grandes ' épreuves , et ont lavé
leur étole dans le sang de l'agneau ; à droite ,
saint Etienne, premier martyr , à gauche saint
Sébastien . Sur notre prière et après nos expli
cations et nos salutations ordinaires , deux
guirlandes de roses rouges furent encore alta
14
314
chées à notre couronne. Ils nous dirent qu'ils
demanderaient à Dieu pour le peuple de Flo
rence une foi assez vive pour qu'il ne reculât
pas devant la palme du martyre . Sur la cin
quième marche , il y avait peu de monde;
mais c'étaient des figures pleines de majesté.
Ce sont , me dit Joseph , les saints que Dieu ,
dans son amour, a choisis pour leur donner la
gloire éternelle ; lumières de l'Église qui suit
leur doctrine, plus brillans que le soleil et la
lune , plus éclatans que la neige , plus rouges
que l'ivoire antique , plus beaux que le saphyr,
ce sont les saints apôtres et les évangélistes.
A droite , saint Jean , disciple bien aimé de
J.-G. A gauche, saintMarc , patron des frères
de ton ordre. Les roses , couleur de chair ,
qu'ils portent , réunissent à la candeur de
l'innocence la rougeur de l'amour divin
et leur parfum est celui de toutes les ver
tus. A notre prière , deux guirlandes de ces
roses furent encore ajoutées à notre couronne.
Ils promirent de demander à Dieu que la vie
apostolique se ravivât à Florence. Ainsi , les
douze ceurs se trouvèrent ornés de guirlandes
de diverses couleurs. Et ces fleurs charmantes
étaient toutes si délicates , si bien proportion
nées , elles s'adaptaient avec tant de bonheur
à notre couronne, que si on l'eût posée sur
315

la tête , nulle fleur , nulle guirlande , n'aurait


dépassé les autres ; c'était un ensemble ravis
sant de grâce et d'harmonie. A la sixième
marche , nous vímes une foule de vieillards
vénérables qui portaient des palmes. Ce sont,
me dit Joseph , les patriarches et les prophètes
de l'ancien testament. A leur droite , Jean
Baptiste, précurseur du Messie , et premier
protecteur de la ville de Florence. A la gauche ,
le prophète David , chantant sur sa harpe
Confitemini Domino , ayez confiance au Sei
gneur. Quand nous leur eûmes exposé l'objet
de notre mission , ils nous donnèrent deux ra
meaux d'émeraude , chargés de dattes , qui
semblaient des pierres précieuses , et les atta
chant après la couronne , ils disaient : Nous
demanderons à Dieu , que , de même que le
palmier tient à la terre par de petites racines,
et porteun ample feuillage ,demême il tourne
l'esprit des citoyens de Florence vers le Ciel ,
et les détourne de la terre. Nous avions franchi
tous les degrés , quand nous nous trouvâmes
tout-à -coup en présence d'une multitude qui
portait à la main de petites couronnes en
tourées de petits écrits que retenait ensemble
un fil d'or. De ces couronnes semblaientjaillir
des gerbes étincelantes. Je consultai Joseph .
Ce sont, me dit-il, les anges gardiens des
316
âmes des fidèles de Florence dont tu accom

plis la mission ; chaque ange porte à Dieu sa


petite couronne , sur les inscriptions de laquelle
sont relates les douze Ave Maria récités par
chacun des fidèles ; le fil d'or est le syinbole
de la charité et de la ferveur. Un de ces anges ,
s'approchant avec plus de familiarité que les
autres du vieux Joseph , lui dit en souriant :
Qu'avons-nous à faire avec ce mortel? Comme
Joseph me regardait , je laidemandai qui était
cet ange : Ne le reconnais-tu pas , me dit-il en
riant ? Non , que je sache . Et je memis à le
considérer plus attentivement. Je le reconnais,
dis- je alors à mon digne guide. C'est mon
fidèle ange gardien . Ce dernier me dit: Com
ment oses-tu , pécheur , te mêler à ces cheurs
célestes el sans tache ? Je ne l'oserais , lui dis
je , si notre Seigneur et le vôtre n'avait été
orucific pour nous. Vous ne pouvez pas vous
glorifier , vous autres anges , que le Seigneur
se soit fait ange , tandis que nous pouvons
nous glorifier qu'il se soit fait homme. Car il
est écrit : Il n'a pas revêtu la formae d'un
ange , mais celle d'up enfant de la race d'Abra
ham .-- En parlant ainsi,je voulais m'approcher
du trône et rendremon hommageà la glorieuse
viergeMario , mais réfléchissant qıre je n'étais
qu’un mortel et un vil pécheur , je fléchis le
317
genou avec mes compagnes , et j'adressai cette

prière à Dieu : Que le Seigneur prenne pitié


de nous , et nous fasse connaitre sur la terre
la voie du salat. Puis tous les anges qui nous
avaient accompagnés , et tous les esprits qui
entouraient le trône , jusqu'aux saints Inno-
cens , fléchissant le genou , entonnèrent des
cantiques et une suave psalmodie. Que tous
les peuples prennent confiance en toi , Sei
gneur ; et j'ajoutai avecmes compagnes : Que
le Seigneur répande sur nous ses bénédictions.
Les anges reprirent en cæur : Gloria Patri et
Filio , etc. Puis nous : Sicut erat in princi
pio , etc. Cette prière achevée , je vis le trône
de la Vierge enlevé par la Divinité ; la vision
disparut. Puis , je ne sais comment , à demi
mort, je me retrouvai, au milieu de la prairie,
avec la foule de bienheureux que je vecais de
passeren revue : je pensaique j'étais le jouetde
quelque erreur , ou la victime de quelque faute.
Mais Joseph , me saisissant la main droite , ra
nima mon courage et me dit : Ne crains rien ,
tu dois monter plus haut. Voici ton ange gar
dien qui te conduira . Il me laissa en effet à sa
garde , m'assurant que je recevrais réponse
dans une région plus élevée . Plongé dans une
méditation profonde et dans la prière , je re
gardais le ciel , brûlant du désir de revoir la
318

bienheureuse Vierge', notre seule espérance ,


notre puissante protectrice, quand tout-à-coup
le ciel s'entr'ouvrit ,et je vis des choses prodi
gieuses , qu'il me serait impossible de rappor
ter. Croyez ,mortels , qu'il existe une immense
différence entre une simple vision et la relation
failepar d'autres de la mêmechose. C'est absolu
ment comme si quelqu'un , après avoir parcouru
Florence , en faisait la description , tandis qu'un
autre ne la connaitrait que parce qu'il en au
rait lu dansdes relations écrites. Tout le monde
sentira cette différence : elle est plus grande
encore dans les visions célestes , où d'innom
brables particularités frappent l'ail si confu
sément, que la langue et la plume se refusent
à les retracer toutes. Je ne parcourrai donc
qu'une partie de la vision , l'autre me parais -
sant impossible à dire. Levant les yeux au ciel,
je vis neuf groupes d'anges bien marqués.
Ils étaient tous plus beaux et plus grands les
uns que les autres.
Quoique dans sa grandeur, le dernier cheur
d'anges entourât le monde , celui qui le suivait
était encore plus grand et plus beau , et ainsi
de suite jusqu'au dernier , l'un effaçant l'autre ,
comine font les corps célestes. Le premier
choeur ou le plus voisin de nous était orné d'un
manteau d'un vert foncé d'éineraude . Le se
319

cond était vêtu de rouge , et brillant comme


l'escarboucles . Le troisième d'un bleu céleste
comme le saphyr. Le quatrième , de blanc
aussi mate que le béril. Le cinquième, blanc
comme le lin et l'onyx. Le sixième , jaune
comme l'or. Le septième, d'un vert clair de
jaspe. Le huitième était brillant comme l'or
le plus pur, ou comme la topaze la plus fine.
Leneuvième etdernier était d'un rouge étin
celant ; on eut dit des pierres précieuses du
même éclat, quoique cependantles feux qu'elles
projetaient étaient différents de nuances , et
le ton de la lumière qui en jaillissait variait à
l'infini. Ce mystère est développé dans le vingt
huitième chapitre du prophète Ézéchiel, où il
est dit , en commençant par le dernier cheur :
Toute pierre précieuse est son ouvrage , la to
paze comme le jaspe , la crisolite comme l'o
nyx , le béril comme l'escarboucle , le saphyr
comme l'émeraude. Au -dessus de tous les
cheurs je vis , assise sur le trône , la vierge
Marie : Un disque lumineux l'entourait , et de
la tête aux pieds elle étincelait des feux que
lançaientmille pierreries du plus vif éclat : en
commémoration du Verbe incarné, elle tenait
sur son sein Jésus , plus beau que le soleil, et
toutresplendissantde pierres précieuses incon
nues aux mortels . Par dessus toute celle pompe
320

déjà si brillante , éclatait encore la lumière di


vine ,que projetaient les trois visages surle trône
où siégeaitla Vierge , qu'on eûtprise elle-même
pour Dieu , si une lumière plusbrillante n'eûtdé .
ployé ses rayons au -dessus d'elle ; des rayons
conumedes ruisseaux d'eau -vive , quirépètent la
lumière du soleil , et des flammes plus claires
que le cristal même, se répandaient sur tous
les cheurs. Le motmanquant en effet pour la

comparaison , il est permis de comparer ces


feux aux eaux vives. Pénétrés par la vive cha
leur de ces rayons , inspirés par ces torrens de
lumière , les neuf chœurs regardaient la triple
face avec une ineffaçable ardeur : l'harmonie
la plus suave faisait entendre ces chants mélo
dieux :
Sanctus, sanctus , sanctus Dominus Deus

exercituum . Saint, saint,saint le Seigneur Dieu


desarmées, etc. Puis se lournant vers la Vierge ,
ils lui disoient : Vous êtes la gloire de Jérusa
lem , la joie d'Israël , l'honneur de notre peu -
ple , parce que vous avez agi avec force. La
main de Dieu vous a soutenue , et vous serez
bénie dans l'éternité. Absorbé par une si douce
harmonie , et altéré par une pompe si impo
sanle , je tombai de nouveau la face contre
terre ; mon ange me releva , et je lui demandai
l'explication de ces prodiges. Il me répondit :
321

Ce sont les ordres des hiérarchies auxquelles


Dieu a confié le gouvernement du monde. La
première et celle qui se rapproche le plus de
Dieu , remonte à lui-même, principe de tout
gouvernement. La seconde se compose des
causes et raisons universelles. La troisième, des
causes particulières. C'est pourquoi la première
examine la fin de tout gouvernement; la se
conde dit ce qu'il faut faire; la troisième exé .
cute . Or, trois conditions sont essentielles
pour arriver à cette fin : d'abord , avoir tou
jours présent à l'esprit ( et ceci regarde les
Trônes) que la pureté et la sublimité mettent à
même de recevoir des communications et des
messages de la Divinité. C'est pour cela qu'ils
sont revêtus de vert clair ; 2 ° il est nécessaire
de connaître parfaitement cette fin , et ce soin
regarde les chérubins , qui tiennent leur nom
de la plénitude de leur science . Pleins de lu
mière , en effet, ils pénètrent,avec l'oeil le plus
scrutateur , la lumière divine. L'or brillant qui
les recouvre est l'emblêmede la contemplation
et de la science. Les topazes qu'ils portent fi
gurent les diverses connaissances. Troisième
point. Il est nécessaire de désirer vivement la
fin . Ceci est pour les séraphins, qui brûlent chu
désir de posséder la Divinité : aussi sont- ils
couleur de feu et ornés de rubis. Voilà le mys

14 *
322

tère de la première hiérarchie. Dans la seconde


hiérarchie , il faut d'abord coordonner les
choses , c'est le devoir des dominations qu'on
nomme ainsi , parce qu'elles existent libres de
toute servitude , et ne s'écartent pas de la jus
tice par amour ni par haine , comme les do
minations temporelles, esclaves de leurs pas
sions, changeantes et mobiles comme elles.
C'est pourquoi ceux qui composent cette classe
sont revêtus d'or et de chrisolites , qui ont
l'éclat de l'or et paraissent lancer des étincelles
embrasées. Comme l'or brille entre tous les
métaux et en est le plus précieux ; ainsi la jus
tice se distingue principalement entre toutes
les verlus : après avoir ordonné les choses , il
faut repousser les obstacles , rejeter les maux
qui pourraient se rencontrer : c'est pourquoi
ceux -ci sont revêtus du lin le plus blanc et le
plus fin , parce que c'est la pureté qui fait
toute la force dans cette lutte qui nous rappelle

ce qui se passe pour les corps naturels , dont


les plus frêles en apparence et les plus subtils
ont le plus de vigueur et d'action . Ils portent
aussi l'onyx , qui a la couleur de l'ongle de
l'homme; parce que ce sont les anges , de ce
premier ordre , qui sont envoyés en message ,
les quatre ordres supérieursne dérogeant pas à
jeur dignité en s'occupant de pareils détails.
323

Ceux-ci sont simplement messagers , et c'est


d'eux que le prophète Daniel a parlé , quand il
disail : Des milliers de millions d'anges le ser
voient , et mille fois cent milliers s'em
pressoient autour de lui. Ce n'est pas tout d'a
voir coordonné les choses et levé les obstacles ,
il faut les confier ensuite à la hiérarchie infé
rieure , et tracer aux pouvoirs les limites de
leur compétence , parce que toute puissance
procède de Dieu seul. Aussi ceux -là ont-ils des
vêtemens de cristal , et ils portent des bérils
qui reproduisent les rayons du soleil, parce
qu'à eux appartientde connaître l'ordre à don
ner aux choses. Là finit la deuxième hiérar
chie . La troisièmehiérarchie , celle qui exécute ,
se compose des généraux et des princes des
provinces etdes villes ; ils portent des vêtemons
d'un bleu céleste , et sont resplendissans de sa .
phyr. Demême que le ciel avec ses astres , est

la cause de tout ici bas , de même les chefs


président à l'exécution . Quelques-uns , quand
ils sont infirmes , se chargent de veiller à la
garde des ames ; ce sont les anges gardiens ;
aussi portent-ils des vêtemens verts , char
gés d'émeraudes , d'un éclat assez vif pour
qu'ils puissent éclairer les intelligences humai
nes. Il est encore des intermédiaires entre les
324

principautés et les anges, ce sont les prélats ,


prédicateurs et docteurs de l'Église , à qui est
confié tout ce qui intéresse la chose publique .
On les appelle les archanges. Ils portent des
escarboucles et des rubis étincelanls pour
dissiper les brouillards qui obscurcissent les
intelligences à qui ils sontdestinés à révéler de
profondsmystères. Maintenant tu connois l'or
dre , le ministère et l'emploi des hiérarchies.
Il faut remarquer que dans.ce que je viens
de dire , chaque pierre a sa verlu embléma
tique , son caractère distinctif. Tu dois savoir
aussi que chacun remplit sa charge, bien dis
tincte de celle des autres. Il ne faut pas que tu
ignores que les anges d'une classe inférieure ,
ont des vertus intrinsèques et des mérites
excellens ; mais par une charité ardente qui
fleurit dans la patrie céleste , ils font part à
leurs inférieurs de toutce que Dieu leur révèle.
Par dessus tout ce corlége , s'élève , resplen
dissante de gloire , la sainte Vierge Marie , avec
son fils unique ; comblée de toules les vertus ,
comme d'autant de pierres précieuses , elle
brille par-dessus tout. La lumière qui s'échappe
des trois figures, représente la majesté de la
très-sainte Trinité , qui éclaire tous les corps ,
et dont la présence remplit de joie , sans
saliété , la céleste patrie , louant et glori
325

fiant Dieu dans les siècles des siècles. Ainsi


soit-il. L'ange se tut à cesmots. — Que personne
nes'étonne si dans ma description des couleurs
et des propriétés de pierres précieuses , je me
suis écarté des observations que l'on fait tous
les jours sur ces corps. Peut- être le nom de
quelques- unes de ces pierres n'est-il pas le
plus naturel; mais les anges, en parlant aux
hommes , savent régler leurs expressions sur
la qualité de leurs auditeurs. Or, mon ange ,
sachant que j'avais assidûment étudié les
saintes écritures et les écrits des anciens doc

teurs qui ont écrit sur les pierres précieuses ,


m'exposa leurs propriétés dans les mêmes
termes dont se sont servi ces auteurs. Après
avoir vu et entendu ces choses ineffables ,
j'étais profondément étonné, moins de l'ordre
admirable qui enchaînait tous ces objels , de
leur grandeur et de leur beauté , que de
l'immense affection des saints anges pour nous,
surtout quand je comparais leur excellence
à notre humble condition ; loin de la dédaigner ,
ces esprits charitables semblentne désirer rien
autre chose que notre salut. Néanmoios , en
repassant en ma mémoire l'Écriture sainte ,
je m'en étonnai moins , quand je me rappelai
qu'il était écrit de leur Seigneur : Mes délices
sont d'être avec les enfants des hommes.--J'é
326

tais à faire ces réflexions , quand tous les Saints


quim'étaient apparus dans la prairie autour du
trône , s'élancèrent avec une célérité prodi
gieuse , et se groupèrent autour du trône. Les
saints personnages qui nous avaient d'abord
accompagnés et les anges couronnés, demeu
rèrent seuls avec nous. Quand je vis le trône
de la Vierge à une si grande hauteur , je me
tournai vers ma société , et je dis : Vous pou
vez arriver à ce trône , sans aide ; mais moi ,
malheureux , que ferai- je ? un corps sujet à la
corruption appesantit mon âme. Je parlais
encore quand une échelle se montra , condui
sant du trône à la terre : elle avait été dressée
par les mains des anges , el mon ange gardien
me dit : Voici l'échelle par laquelle tu dois
:

monter au ciel , comme il est écrit : ils iront


de vertu en vertu , et ils verront le Dieu des
dieux dans Sion . Je memis donc en deroir
seul de monter à l'échelle ; tous mes com
pagnons de route franchissant , sans ce secours,
la distance . Parvenus au premier chœur des
anges , nous les saluâmes par ce chant : Lau
date, pueri , Dominum ; ils répondirent: Le
nom de Dieu soit béni; et ,de verset en verset ,
nous épuisâmes, en alternant, le psaume qui
commence par ces paroles. Comme ils deman
dèrent l'objet de ma mission , je leur répétai
327

ce que déjà j'avais dit aux légions de bienheu


reux que j'avais rencontrées ; je leur expliquai
la mission que m'avait donnée le peuple Flo
reutin , et leurmontrai la couronne que chaque
classe de bienheureux avait daigné enrichir du
tribut de ses prières et de ses fleurs symbo
liques ; je les priai de m'accorder le suffrage
de leurs prières. Comme ils nous demandaient
de préciser l'objet de notre demande , je leur
dis que nous les priions de vouloir bien , avec
les bienheureux qui nous accompagnaient , in
tercéder pour que les âmes des Florentins
imitassent la vie angélique. Douze anges ,
aussitôt, sortant des rangs que formaient les
cheurs , s'approchèrent de nous avec chacun
une émeraude, qu'ils attachèrent aux douze
coeurs qui composaient le premier rang cir
culaire de notre couronne ; l'ordre de nos or
nemers n'en fut que plus régulier , et l'éclat
de nos pierreries n'en devint que plus vif. Ils
nous dirent que c'était là un témoignage de
leur bonne volonté , et ils entonpèrent le
psaume : Que le Seigneur i'exauce dans ton
affliction . Arrivés au second chæur , inême sa
Jutation avec le psaume : Laudate, pueri, etc.
Nous exposons l'objet de notre demande, et
nous supplions les anges de demander au Sei
gneur que les prélats et les directeurs de l'É
328

glise de Florence soient saints et bons. Douze


anges , comme dans le premier chaur , volent
à nous , et déposent sur notre couronne le
tribut de douze escarboucles , dont le centre

diaphane, laissait lire le nom de Jésus. Ils nous


dirent que c'était là le garant de leur bonne
volonté , et ils entonnèrent le psaume , au se
cond verset : Que le Seigneur t'envoie du se
cours de Sion . Au troisième cheur , même
prière , même explication : nous demandons
que tous ceux qui occupent des charges pu
bliques à Florence , soient animés d'un esprit
de religion et de justice. Ici , encore , nous
recevons de douze anges , douze saphirs , et
les voix des anges entonnent le troisième verset
du psaume: Qu'il se souvienne de tout ton
sacrifice, etc. Le quatrièmechœur reçoit notre
hommage , entend notre prière, et dix bérils ,
cette fois, viennent enrichir encore le second
cercie de notre couronne : chaque béril est,
par dix délégués d'entr'eux , placé à la pointe
de chaque cæur , avec le verset quatrième :
Qu'il t'accordé selon ton coeur , etc. Au cin
quième cheur , même prière , nous deman
dons qu'on obtienne du Seigneur que les ma
gistrats de Florence soient remplis de l'esprit
saint, pour que les innocens puissent vivre en
paix . Dix onyxs nous sont encore donnés par
329
dix anges chantant le cinquième verset : Il se
réjouira dans ton Sauveur , etc. Au sixième
chæur des dominations , nous demandons
qu'il puisse être choisi par les citoyens de Flo
rence , des gens sages et justes , qui fassent
respecter etcraindre le Seigneur , et travaillent
au bien public. Dix anges , sortis des rangs ,
nous apportent dix chrisolites qu'ils attachent
aux cours de la seconde rangée , et ils en
tonnent le sixième verset : Que le Seigncur
accomplisse tout ce que tu désires , etc. Au
septième cheur, nous demandons qu'il veuille
bien demander au Seigneur , que la pureté et
la simplicité des religieux desdeux sexes soient
raffermies. Quatre députés viennenten souriant
allacher à quatre cours du dernier cercle de
la couronne , quatre jaspes , et ils entonnent
le septième verset : Qu'il l'exauce du haut du
ciel , etc. Au huitième chour , nous deman
dons que le Seigneur envoie à Florence de
saints personnages , remplis des lumières de
l’Écriture sainte , qui puissent, dans les cas
diſficiles , aider de leurs conseils le peuple de
Florence . Quatre députés s'empressent d'alta
cher à qualre cæurs , quatre lopazes les plus
brillanles, et ils enlonnent le huitième verset :
Ceux-cicomplent sur leurs chariots , et ceux
là sur leurs chevaux ;mais vous n'invoquez
330

que le nom de notre Dieu . Arrivés enfin au


neuvième et dernier cheur , celui des séra
phins , brûlans de l'amour divin , nous leur
demandons de prier le Seigneur de donner à
la ville de Florence , des prélats , des pasteurs
et des prédicateurs animés d'un saint zèle , et
remplis de charité. Quatre séraphins viennent
aussitôt attacher au sommet du dernier cercle
de la couronne, après les cœurs qui la ter
minent , des rubis éclatans , et ils entonnent
ainsi le neuvième verset : Ils ont été forcés
et ils sont tombés ; mais vous vous êtes levés.
Quoique nous eussions déjà dépassé tous les
cheurs des dominations , nous étions encore
loin du trône de la Vierge; mais rassurés par
un concert si unanime de prières , et forts de
tant de suffrages saints et révérés , nous conti
nuons notre ascension céleste . Quand la Vierge
nous aperçut, elle appela un des séraphins
pour lui remettre une couronne tressée avec
un art infini, avec les perles les plus précieuses :
Va , lui dit-elle , pose cetle couronne sur le
ceur qui termine la couronne , le cour formé
de mille petits coeurs, et dis que c'est le
gage des prières ferventes que j'ai adressées
à Dieu pour la ville de Florence . Puis se tour
nant vers Dieu , elle finit elle mêmele psaume,
disant : Domine , salvum fac regem , elc .
331

Notre Seigneur Jésus, tout petit enfant sur les


genoux de sa mère , appela le séraphin , et lui
remit une pierre rouge d'un éclat éblouissant ;
il lui dit en la luidonnant : Voilà le don de ma

passion que j'ai offert à mon père , éternel


commemoi, pour obtenir des grâces au peuple
Florentin : porte cette pierre , et place -la au
dessus du crucifix que lu vois qui surmonte le
dernier cæur de la couronne , tu diras : Gloire
au Père,au Filset au Saint-Esprit, etc. Jamais
on n'avait rien vu de plus élégant ni de plus
admirable ; fort du mérite de tant de suffrages ,
je ne balançai pas à gravir toute l'échelle pour
me jeter aux pieds de la Vierge , reine de
l'univers , assise sur le trône suprême.
Parvenu à une si grande hauteur, je me
prosternai en toute humilité , et j'adorai d'a
bord la très-sainte Trinité , puis notre Rédemp
teur, notre Seigacur Jésus-Christ, et sa Mère ,
dont la douce et suave présence me remplit
de la jubilation la plus grande. Embrasé d'a
mour pour tant de perfections et de char
mes , consumé par la flamme la plus pure ,
j'oubliai un instant ma fragilité humaine ,
et je prononçai ces mots inspirés : Ma
rie , ô vous, symbole de la sagesse et dé
lices de Dieu et du Paradis , vous serez perpé
tuellement la pierre la plus précieuse , topaze
332

ou jaspe , chrysolithe ou onyx , beril on sa -


phyr, escarboucle ou émeraude. Vierge et
mère à la fois , vous êtes comme le chérubin
posé par le Seigneur sur la sainte montagne
au milieu de pierres inconnues. Vous avez ,
dès le principe , marché droit dans les voies
de votre perfection . Gloire de Jérusalem , joie
d'Israel , honneur de notre peuple , vous avez
agi courageusement : c'est pourquoi le bras
de Dieu vous a soutenue , et vous serez bénie
dans l'éternité . Salut,mère de la miséricorde ;
douceur et charme et espoir de notre vie , salut.
Fils déchus d’Éve , nous élevons vers vous la

voix , nous soupirons après vous pleurant et


gémissant dans celte vallée de larmes. Pa
tronne de vos serviteurs , tournez sur nous
vos regards miséricordieux. D'étournez les
maux que nous ont mérités nos vices et ren
dez-nous les grâces qui nous avaient été pro
mises. Montrez-nous Jésus, le fruit béni de
vos entrailles, après notre exil ; Vierge Marie ,
clémente , pieuse et douce , exaucez -nous.-- A
ces mots , il s'échappa de tous les cheurs à la
fois qui composaient notre admirable cou
ronne comme un concert unanime de voix

mélodieuses qui répétèrent : Souvenez-vous,


Vierge Marie , quand vous serez en la présence
333

de Dieu , de parler en notre faveur, et de faire


qu'il éloigne de nous son indignation .
Après celte prière , nous offrimes de la ma
nière la plus respectueuse notre belle cou
ronne à la Vierge. Elle la reçut avec la plus
grande bienveillance, et la posa gracieusement
sur sa têle. Prenant son Fils dans ses bras ,
elle se leva , et fléchissant le genou devant la
très -sainte Trinité et lui présentant son Fils ,
elle lui adressa cette fervente prière : Daigne ,
Seigneur, nous t'en conjurons , jeter un regard
sur cette famille pour qui mon Fils Jésus-Christ
n'a pas hésité à se livrer aux méchans, à souf
frier le supplice de la croix . Alors une douce
voix sortie des cheurs de la couronne prononça

ces mots : Ayez pitié de nous , Seigneur, par


ce que notre âme est abreuvée d'opprobre par
les superbes. Les anges et les saints s'unirent
tous en même temps à la Vierge pour de
mander que tant de vaux fussent exaucés.
Une voix qui parlait des trois faces s'adressant
à la Vierge , laissa échapper ces paroles : Qu'il
soit fait ainsi que ta le veux . La Vierge , après
avoir obtenu cette réponse , se replaça sur son
trône. Les anges , les saints et nous , dans le
ravissement du bonheur, nous nous écriâncs
spontanément : Marie , maintenant notre salut
repose en vous seule. Un silence profond se
334
fit alors, chacun se pencha pour entendre la
réponse que nous annonçait le plus grâcieux
sourire. D'une voix haute et claire qui resonna
par toute la cour céleste , Marie prononça ces
paroles : Florence , garde ta foi à mon Sei
gneur Jésus-Christ , mon fils bien aimé. Fais
des prières , arme- toi de patience : par ce
moyen tu conquerras le salut éternel auprès
de Dieu , et auprès des hommes, la gloire.
Elle dit , et arrêta sur moi ses yeux. Je
dis avec confiance : 0 Vierge , ces expressions
sont générales , daignez nous témoigner plus
clairement votre bienveillance. Alors prenant
avec moi le ton familier , en langue du pays ,
la Vierge Marie me parla d'une façon si élé
gante et en termes si choisis , que j'étais dans
l'admiration . Il me serait impossible de me
rappeler toutes les expressions ; je n'en puis
dire que le sens. Le voici à peu près : Tu vas

transmettre cette réponse à mon peuple chéri.


Il est certain qu'il a péché , et que par ses
iniquités il a mérité ses malheurs , et surtout
par le refus obstiné de quelques-uns de croire
à ce que tu as annoncé depuis plusieurs an
nées d'après l'instigation de mon Fils unique :
leur incrédulité est sans excuse . S'ils avaiont
été plus dociles , s'ils avaient écouté les ensei
gnemens que mon fils t'avait transmis pour
335

eux , ils auraient cru et s'en seraient mieux


trouvés. Avertis-les donc de se défaire de leur
dureté de cæur , de crainte que le Seigneur
ne s'irrite encore contre eux , bien qu'aujour
d'hui , malgré leur démérite , il m'ait , à la
prière réunie de tous les bienheureux , accordé
sur eux toute puissance . Ils vont être rétablis
maintenant dans les faveurs et les grâces qui
leur avaient été promises. La ville de Florence
va être plus glorieuse , plus puissante et plus
riche que jamais. Elle étendra ses ailes plus
loin que beaucoup même ne pensent. Elle re
couvrera tout ce qui lui a été enlevé, et mal
heur aux rebelles qui seront vaincus par elle :
le châtiment sera terrible. Voilà déjà quatre
ans qu'il a été annoncé à Pise qu'une ardeur
effrénée de liberté serait la cause de sa ruine ,
et cela arrivera .

Je pris alors la parole et priai la Vierge d'ex


cuser ma témérité , si je l'importunais encore ,
afin de pouvoir , d'une manière plus complète ,
rendre compte de mamission à ceux qui m'a
vaient délégué : Je voudrais savoir , lui dis- je ,
si notre cité sera en proie aux tribulations avant
que ces consolations nous soient accordées.
Mon fils , me répondit-elle , tu as prédit le re
nouvellement de l'Église , qui ne tardera pas à
s'opérer. Tu as prédit aussi la conversion des
336
infidèles, Turcs etMaures ; ces choses arriveront
assez tôt pour que beaucoup de gens qui vi
vent encore en soient les témoins. Ce repou
vellement , ces agrandissemens de l'Église ne
pourront s'effectuer sans peine et sans qu'on
ait recours au glaive , en Italie surtout , dans
ce pays , ou péchés s'accumulent sur péchés ,
où le faste et l'orgueil des grands attireront de
graves calamités. Ne te plains donc pas que
Florence ait sa part d'angoisse et de malheurs :
car elle sera moins éprouvée dans d'autres ci
tés. En proférant cet mots , elle présenta à
mon ange une grande sphère sur laquelle était
figurée l'Italie entière. L'ange la prit de ses
mains , et aussitôt je vis l'Italie livrée aux
troubles , et plusieurs cités dans la désolation .
Il m'a été défendu d'en nommer aucune ; l'a
gitation extérieure ou des guerres intestines
en tourmentaient plusieurs ; je vis aussi la
ville de Florence en proie à la perturbation ,
mais beaucoup moins que d'autres cités. La
Vierge me donna une seconde sphère plus pe
tite sur laquelle était une courte inscription en
latin . En tournant la sphère , je vis Florence ,
toute fleurie de lys : des petites plumes vo
laient au loin , de toutes parts , par-dessus les
murailles que gardaient des anges. Je dis alors
avec joie : Ces lys à peine éclos , paraissent
337
s'accorder parfaitement avec ceux- là qui sont
plus grands. Mon fils , reprit la Vierge , les
voisins du peuple de Florence qui se réjouissent
de ses tribulations, s'ils connaissaient des cala
mités qui les menacent, loin de rire du mal.
heur d'autrui', pleureraient sur leurs propres
désolations. De plus grandes calamités que
celles quiatteindront Florence, les frapperont.
O Vierge glorieuse, repris-je , tout poussière
que je suis , j'oserai ajouter quelques mots . Si
mon peuple me demande à quelles conditions
se tiendront ces promesses, et si elles sontab
lues ou conditionnelles , que répondrai-je ?
Sache , mon fils , medit-elle , que ces pro
messes sont absolues et positives ; et tout ar
rivera comme Dieu : l'azvoglu . Dis qux incré
dules , à ceux qui refusent de croire quand ils
n'ont pas touché ; dis- leur qu'il ne s'en man
quera pas un iôta , pour que lout s'accomplisse.
Que , les mauvais citoyens le sachent : rien
.

ne saurait empêcher que la volonté de Dieu


se fasse . Qu'ils tremblent donc s'ils ne se con
vertissent pas , car leur châtiment sera terri
ble. Dis aux bons, et aux justesa que plus ils
combleront la mesure de leurs bonnes cuvres ,

et moins leur affliction sera grande; qu'ils fas


sent observer les lois sacrées , et punissent les
-scélérats , les impies » les blasphémateurs et les
15
338

joueurs , surlout les êtres déhontés qui com


mettent le crime abominable contre pature :
c'est l'exclusión de ces vices , source de leurs
malheurs , qu'il faut qu'ils accélèrent ; leur
châtiment sera proportionné aux efforts plus
ou moins grands qu'ils auront faits pourmetlre
la vertu à la place du vice . Permettez-moi ,
Vierge sainte , ajoutai-je , de vous demander
quand arriveront ceschoses. Bientôt etpromp
lement , me dit-elle . De même qu'alors que tu
commenças à prédire l'avenir à l'Italie , tu di
:

sais : Ceci arrivera non pas cette année , non


pas dans un an in ,, ni dans deux', dans quatre ,
dans huit , mais jamais tu ne dépassas, les dix
ans , et néanmoins les calamités arrivèrent
plus tôt qu'on ne pensait : de même, je dis vile
et promptement , non que je désigne le mois
d'avril, ni celui de juillet , d'août!ni de sep
tembre , ni que je précise une année platôt que
l'a itre : mais je répète vite iet promptement ,
c'est-à -dire que ces événemens arriveront plus
tôt qu'on ne pensera.in 19.0
Ce furent les dernièrės paroles qu'on m'a
dressa . Embrasé d'amour, entouré de mille
prestiges que venait de créer pour moi une
vision si extraordinaire , oubliant, présque mon
humaine nature , je ne pouvais plus me déci
der à partir. M'entendant cependant congé
339
dier, je dis : Vous avez tant de serviteurs , ô
Vierge sainte , daignez en déléguer un , je
vous en conjure , pour porter cette réponse
au peuple de Florence. Accablé par la fatigue
et les travaux de tant d'années , j'ai besoin de
repos. Ces paroles échappées à ma simplicité
excitèrent dans la cour céleste une hilarité gé
nérale (1 ). La Reine elle -même ne put retenir
un sourire en m'adressant ces paroles conso
lantes : Il te reste encore beaucoup de chemin
à faire ; prends confiance dans le Seigneur.
Sois fort , parce que Dieu est avec toi , et si
tu persévères jusqu'à la fin , tu seras sauvé .
Nous te soutiendrons. Ne crains pas tes en
nemis , mais réjouis - toi dans l'adversité .
Bientôt nous t'associerons à nous ; après de
nombreux travaux , tu receyras la couronne

de vie promise par le Seigneur à ceux qui le


chérissent. Elle se leva , et moi , confus , dans
la plus grande humilité , j'offris mon hom
mage à la Trinité et à notre Sauveur Jésus
Christ , dont je réclamai la miséricorde pour
moi , ma ville et nos confrères . Je rendis aussi

(1 ) Ceci est peu en rapport avec le sujet grave de Jé


rôme de Ferrare ; les simplicité et hilarité de ce genre
peuvent convenir à l'olympe du paganisme ; elles nous
semblent déplacées au ciel des chrétiens.
(Note de cette édition . )
340

mes actions de grâces à la bienheureuse Vierge


dans les mains de qui je laissai mon cour, la
priant de vouloir bien prendre loujours notre
cause et nous assister dans nos infortunes. Je
rendis grâces encore à toute la cour céleste ,
qui , par ses bienveillans suffrages , nous avait
«si puissamment secourus. Enfin , après tous
ces tributs de respect , je descendis l'échello
avec mes compagnons , et arrivé au premier
chæur séraphique , je chantai dans la joie de
mon âme à haute voix : Confiez-vous au Sei
gneur , parce qu'il est bon ; et les anges repri
rent : Qu'Israel dise maintenant que le Sei
gneur est bon . Nous épuisâmes en descendant ,
par des versets que nous alternions, le psaume
jusqu'à ce verset : Quvrez-moi les portes de la
justice , les anges reprenant toujours le can
tique où je i'avois laissé. En approchant de
la porte , je dis ce verset : Ouvrez-moi les
portes de la justice , etc.; et après des embras
semens mutuels , des actions de grâces et des
recommandations réciproques , nous adorâmes
de nouveau la majesté divine , et nous fran
chimes le seuil du paradis récitant le psaume:
J'aurai confiance en toi , Seigneur , parce que
tu m'as exaucé. Puis quand le psaume fut fini,
tout disparut.
Dans le cours de mes autres prédications ,
341
j'ai souvent déclaré comment le roi de France
a été choisi de Dieu pour être l'instrument de
la justice divine , et j'ai ajouté que, quand
même l'univers entier se liguerait contre lui ,
il n'en triompherait pas moins. Cependant di
verses tribulations l'attendent , pour lui ap
prendre à être humble , surtout s'il traite avec
dureté, la ville de Florence. Le Seigneur, en
effet , conviera à la révolte ses sujets , et lui
suscitera de redoutables ennemis. Comme
Dieu veut qu'il soit l'ami et le protecteur de
Florence , qu'il a choisie pour commencer la
rénovation de l'Église d'Italie , s'il ne se prête
pas de plein gré à colte alliance , il y sera for
cément réduit. Ministre dela justice divine , s'il
s'humilie , s'il reconnait sa mission , N ne sera
pas vaincu par les épreuves qu'il subira ; au con
traire, il en sortira et plus fort et plus grand ,
et au moment où les hommes le croiront mort ,
il se relèvera .Mais si , refusant de comprendre
sa mission et d'obéir aux inspirations célestes ,
il s'écartait de la route qui lui aura été tracée
par le Seigneur, alors , de même que Saül ré
prouvé en Israel fut remplacé par David , de
même il lui serait , dans sa mission , substitué
un autre monarque . Car les grâces et les
dons promis au roi de France ne sont que
conditionnels , tandis que les promesses faites
342
à Florence sont absolues. Pour que chacun
puisse aisément saisir la distinction entre
nne prophétie absolue et une prédiction con
ditionnelle , il faut dire que Dieu connait l'ave
nir de deux manières : 1° Dieu connaît lout ,
et l'avenir lui est présent de toute éternité ;
2 ° il est des causes qui peuvent être suivies
d'effets différens , de même que l'ordre des
causes peut changer et sé varier à l'infini. Les
révélations de la première classe sont absolues ,
invariables; celles de la seconde classe sont
conditionnelles. Ce sont des promesses d'effets
subordennés à des causes changeantes. Ainsi
Jonas a dit : Encore quarante jours , et Ninive
sera détruite. Ces paroles étaient vraies; elles
signifiaient qu'encore quarante jours de per
versité , et Ninive , à cause de ses péchés , se
rait détruite. De même Isaïe disait à Ézéchias ,
roi de Jérusalem : Dispose -toi dans la maison
à mourir ; ce qui signifiait que la fragilité hu
maine et son corps débile le condamnaient
naturellement au trépas. Le prophète doit
donc , avec une obéissance passive , se prêter
à toutes les volontés de Dieu qui l'inspire , et
ne révéler que ce qui lui a été dit : autrement
il pècherait , comme Jonas qui fut puni pour
sa désobéissance.
Je dis donc positivement que si le roi de
343
France observe 'mes paroles , il possédera le
plus grand royaume; qu'au contraire , s'il est
indocile à ma voix , il courra de grands dan
gers, et à moins que les justes ne l'assistent
de leurs prières , il sera réprouvé de Dieu .
J'ai ajouté que tous ceux qui feraient du mal
aux Florentins seraient punis de Dieu . Comme
depuis sa réforme, en effet , le peuple floren
tin ne commet nulle injustice , n'attaque les
droits ni la liberté de qui que ce soit , celui
qui l'opprime et le tourmenle s'expose à la
vindicte divine . Je répète encore que lout ci
toyen florentin qui cherchera par des intrigues
à usurper le pouvoir ou à violer le nouveau
système du gouvernement sera rigoureusement
châtié, ainsi que toute sa ráce , par le Seigneur ,
et qu'il fera une fin vraiment déplorable. J'ai
dit aussi au peuple bien souvent que , pour
s'assurer d'une manière non équivoque le bé
néfice de ces promesses , il n'avait qu'à suivre
un plan régulier et honorable de vie. De cette
manière 7 ° il diminuera la mesure d'adversité
par laquelle il doit passer avant d'arriver au
bonheur; 2 ° il hâtera le moment de l'accom .
plissement des promesses.
3. Les enfans comme les parens en joui

ront; car ces choses ont été promises à la


ville de Florence , et non pas à chaque Flo
344
rentin en particulier. Les Florentins pervers
seuls n'auront pas leur part de ces biens .
Puis j'ai diti au peuple , pour l'engager à
croire et à pratiquer de bonnes ceuvres , que
sur huit épreuves , sept tomberaient infaillible
ment avant peu sur ceux qui auraient refusé
de croire. Ainsi ce qui est établi pour le pro
fit de tous ne peut nuire à qui que ce soit.
Pour la gloire de notre Sauveur Jésus-Christ ,
béni avec le Père et le Saint- Esprit dans les
siècles. Ainsi soit - il.
- Je sais que bien des gens, esclaves de leurs
sens, se 'riront de mes révélations , qu'ils trai:
teront de visions et de fictions poétiques , plu

tôt que de prophéties. Qu'ils lisent cependant


les prophètes , surtout Ézéchiel , Daniel et
Zacharie ; et ilsutrouveront à peu près les
mêmes choses révélées par l'Esprit saint , sous
des voiles mystérieux , que les docteurs de
vaient ensuite chercher à soulever. Que ces
hommes sachent que tout ce qu'ont vu les
prophètes n'a pas été consigné par écrit. Quant
à moi, autant pour la consolation des élus que
pour la réfutation des calomnies de mes en .
nemis , j'ai voulu déposer ici cette vision , que
j'avais d'abord résolu de taire : mais la néces
sitérm'a force de la poblier. Tout ce que j'ai
écrit est vrai, et pasi un iôta ne manquera de
345
se réaliser. Quoique je me sois efforce de
mettre dans mes récits la plus grande clarté ,
je m'attends à les voir soulever autant de
doutes et d'incertitudes que l'Évangile , ce
pendant si clair , et les prophéties , sur les
quelles si rarement se sont accordés les doc
teurs. Mais les hérétiques et les impies s'em
barrassent et sont frappés d'aveuglement ,
comme dit l'Apôtre aux Corinthiens : Dieu

a frappé de cécité quelques esprits , aux yeux


de qui ne brille pas la lumière de l'Évangile .
Je ne m'étonnerais pas que cet opuscule ren
contrât des incrédules ; j'espère cependant
que tout homme au caur droit qui l'aura lu
trouvera aisément la solution de tous les
doutes. Si quelqu'un ne trouve pas par lui
même cette solution , qu'il vienne trouver
1

l'auteur , s'il vit encore ; s'il est mort , qu'il


voie ses disciples et ses amis , qui satisferont à
ses questions. S'il agit autrement , il avoue
qu'il n'est pas amateur de la vérité , mais qu'il
est le calomniateur de son frère , et il soule
vera contre lui le juge éternel, qui lui dira :
ta bouche a été remplie de malice , et ta langue
n'a distillé que la ruse. Tu parlais contre ton
frère , et faisais du scandale contre le fils de
ta mère, et pourtant j'ai gardé le silence. Tu
as pensé que j'étais pareil à toi. Je te con
15 *
346
damnerai et je le jugerai à la face. Si les
hommes ajoutent foi aux livres publics des
marchands ou aux tablettes des notaires , alors
même qu'il est écrit : Tout homme est men
teur ; si l'on croit enfin aux astrologues , aux
démons , aux pères et aux maîtres des men
songes que les grands consullent souvent
avec quelle foi ne devrait -on pas accueillir
mes paroles , dont une partie s'est réalisée ,
mes paroles , qui n'ont jamais été surprises en
faute , et dont Dieu a au contraire si parfaite -
ment manifesté la sincérité et le caractère pro
phétiques ! Je prie les élus de Dieu de ne pas
se laisser aller à une telle contradiction , sur
tout quand ils voient que notre doctrine est
si bien d'accord avec celle du Christ , des

prophètes , des apôtres et des autres saints.


Qu'ils rendent donc grâces à Dieu , qui leur a

permis de distinguer la vérité émanant de lui


seul , et qu'ils ne s'étonnent pas que tant d'in
crédules nous insultent et nous persécutent.
Le Christ porta de bien autres enseignemens
el donna de plus importans préceptes au peu
ple hébreu. Il appuyait ses doctrines de mi
racles étonnans; pou d'entre eux cependant
crurent en lui , le plus grand nombre le per
sócuta , et l'abandonna même dans sa passion ,
ou sa Mère seule conserva dans son cæur le
347

dépôt de la foi. Il n'est pas douteux qu'il y


aura des élus ; car , dit l'Apôtre : Dans une
grande maison , il ya: des vases d'or et d'ar
gent et des vasés de bois et d'argile . Les uns
sont pour le service d'honneur, les autres sont
réservés à des soins plus humbles : or l'élu est
le vase d'honneur , utile au Seigneur et bon à
tous les plus excellens usages, Honneur donc ,
honneur et gluire au seul Dieu , monarque
immortel et invisible des siècles. Ainsi soit- il.

Dev gratias.

Építre admirable récemment 'apportée de la ville de


Rome à Paris , à un hommede lettres. On y trouve des
revela tions divines et nouvelleg sur la vie d'on frère mi
neur , et sur les deux Vierges , dont l'une est la vierge
Marie .

Tu avais coutume de ine,mander des parti ,


cularités sur les hommes doués de sainteté
que tu voyais , et tes lettresme faisaient le plus
grand plaisir ; aujourd'hui je veux te parler
d'un homme qui est à Rome : c'est le révérend
frère Bonaventure , professant la règle desaint
François ; dans l'ordreduquel il est long -lemps
denteuró , menant la vie , la plus édifiante ; .
puis il s'est fait ermite , et là , sa vio a été
348
admirable de saintetéi Il porte sur sa pegu ,

en guise de chemise , des lames de plomb es


de fer : il va nu-pieds ; la couleur de sa cape
est coinme celle des pôlemens de minimés, les
veilles , la prière , une abstinence admirable
sont ses verfus quotidiennes. En outre , dit-on ,
nuln'approchedeson exquise chasteté. L'année
où le pape 'inourut , it prêchait avec tant de
charmes la parole de Dieu ; qu'il convertil tout
le peuple romain , à qui il annonça les pré
dictions qui lui avaiont été révélées. Il prédit
avec la ruine de l'Italie , une effusion de sang
telle que ce mot prophétique sembla en ca
ractériser parfaitement l'horreur : Qui şèmele
glaive , moissonnera le glaives Go- qu'il disait
était contre le pape Jules', & qui il annonça
qu'il ne passerait pas l'année. En effet , après
que le pape l'eut fait cruellement charger
de chaines , et retenu onze mois dans le châ
teau Saint- Ange , à la fin du dernier mois , le
papemourut ;'ainsi la mort de Jules quiavait été
la cause de sa captivité , fut le signal de sa dé
livrance ; après quoi il se retira dans le désert,
où une multitude immense aflluait pour l'en
léndre . Une fois on lui dressa une chaire sur

deux arbres , et quand il y' fut monté ;' itan


nonça l'avenir et fes prédictions que le Sei
gneur lui avait faités. Il dit entre autres choses,
349
que le temps approchait où le Turc entrerait
en Italie , causerait mille inquiétudes à l'Église,
vaincrait toute l'armée des chrétiens ; enfin ,
quelques fidèles de Dieu et de l'Église lutte
ront contre le Turc qu'ils vaincront et mène
ront, humble et soumis , au pape qui le bap
tisera. Un prodige étonnant suivit ces paroles.
Il ordonna aux deux arbres qui le soutenaient
de se déssécher , et aussitôt rameaux et tronc,
tout devint comme le bois sec ; or , pendant
plus de vingt ans, plus de trente mille ames
ont vu ce phénomène, et moi-mêmo , après la
fête de Pâques , je me propose de me rendre
sur les lieux pour vérifier le fait.
Or il vint du désert à Rome, le jour de
Reminiscere de ce carême, dans l'église du
divin Laurent, où il commença sa prédication.
A peine l'eus-je vu que je ne pus me défendre
d'un sentiment profond de vénération et d'ad
miration . Sa vertu était telle , qu'on l'eûi aisé-
ment pris pour un apôtre. Que dirai- je main
tenant du charme de sa parolo ? Jamais je
n'avais entendu ni je n'entendrai jamais un
orateur sacré attaquer avec autant de force
etde bonheur le péché ; il n'épargne personne,
ni les préłats ,ni le prince chrétien ; ses traits
admirables , son langagé austère en imposent
auxpécheurs , et ses citationssont si fréquentes ,
350

que vous diriez' qu'il sait par ceur toute la


Bible , tout Augustin et tout Jérôme : l'audi
toire qui se presse pour l'entendre est si nom
breux que l'église suffit à peine pour le contenir.
Il nous annonça beaucoup d'événemens à venir
avec une grâce touchante , et nous dit qu'il
était envoyé de Dieu à Rome, pour exhorter
le peuple à la pénitencé. Il nous répéta ce que
j'ai dit plus haut des afllictions qui se répan
draientsur l'Italie , en commençant par Rome,
et des combats et des défaites des chrétiens ,
du triomphe, puis de la soumission du Turc
qui serait baptisé. Le soleil sera obscurci six
jours , au moinent où ces choses seront près
d'arriver : après , ce sera le lour de l'Esprit
saint qui durera jusqu'à la fin du siècle. Car
lui-même l'a dit : Le règne du Père a été dans
l'ancien Testament, puis est venu le règne du
Fils quidoit être suivi par celuidu Saint- Esprit,
Tous les hommes reviendront alors à un seul
langage ; il n'y aura plus qu'une seule foi ,
la foi chrétienne sur la terre. Tous les pé
cheurs périront frappés de mort , sous les
coups de la vindicte divine ; leurs cadavres
formeront des montagnes énormes. Tout cela
a été révélé de Dieu pour vous être aussitôt
rapporté . Puis , sans vouloir dire le temps od
ces choses arriveront, il se contente d'exhorter
351

tous les chrétiens à la pénitence , car Dieu

.
veut purger la lerre , et appeler à lui loutes
les nations ; c'est pourquoi, comme il l'a ajouté ,
il a été envoyé pour faire comprendre aux
princes de la chrétienté ces vérités , parce
que la hache menace l'arbre dans sa racine ,
et que la vengeance de Dieu ne peut tarder.
Enfin , mon cher ami, j'ai bien entendu , bien
vu , tant en Italie que hors d'Italie , des pré

dicateurs , mais je n'ai jamais rencontré dans


aucun cette grâce divine , cette conviction qui
caractérisent celui-ci. Le bâton à la main , il
va pieds nus , enseignant les fidèles , et in
spire l'admiration . Je me sens pris pour lui
d'une incroyable bonne volonté ; je crois
qu'après Pâques j'irai voir le saint homme au
désert , et je t'écrirai le résultat de ma visite.
On dit qu'il est resté caché dans une grotte
très -profunde, pendant cinq années , ne prenant
absolument rien que le pain que quelques au
tres ermites lui portaient par compassion .
Onm'a dit encore qu'il prêchait au moins trois
ou quatre heures de suite , sans être fatigue. En
vérité c'est déjà presque un ange du ciel.
Un autre phénomène non moins curieux de
nos jours, c'est le château situé à quatremillesde
Rome , dans la campagne , dans lequel habi
tent deux vierges qui ne sont pas seurs , ni
352

parentes , mais qui ont été merveilleusement


ravies ensemble. Elles ne parlent ni l'une ni
l'autre ,mais le Christ parle par la bouche de
l'une , et la Vierge Marie , mère de Dieu , par
la bouche de l'autre . Je suis , dit l'une , le
Christ , fils du Dieu vivant , et je parle par la
bouche de cette jeune fille , et je dis à tous
que ma colère åttend ceux qui s'opiniâtreront
dans le péché. Je veux purger l'univers et dé
truire tous les pécheurs , mais j'aurai soin
qu'un seul cheveu ne tombe pas de la tête des
justes ; j'enverrai au monde des tribulations
sans pareilles.
La Vierge Marie reprend : Je ne veux pas
que les pécheurs soient précipitésdans l'abîme ;
mon Fils , à ma prière , différez le jour de la
colère et de la vengeance . Mais si les pécheurs
ne se corrigent pas bientôt , ils encourront
l'une et l'autre. Le sang et les cris des chré
tiens moutentau ciel : que chacun sache donc
le sort qui attend un jour l'Église. Ainsi par
lent les deux servantes du Seigneur. La foule
va les voir et les écouter ; et ceux qui en re .
viennent, racontent, pour le mois d'août , des
choses affreuses que je n'ose écrire. Enfin ,
qu'ajouterai - je , mon cher ami? Je ne sais ce
que tous ces prodiges signifient, si ce n'est que
lo Seigneur est irrité contre le monde plus en
353

veloppé que jamais dans les filets du péché. Je


voudrais savoir ton opinion à cet égard , ou si
quelque prédiction semblable en France a été
faite. On attend le Turc : déjà l'on sait en ef
fet qu'il compte trois cents navires , outre les
cinquante bâtimens qui vinrent autrefois piller
la ville ancienne . Que le Seigneur qui nous
regarde du haut du ciel , ait pitié de ces
chrétiens.
Adicu . A Rome, 8 avril, l'an du Seigneur
1514 . Deo gratias.

AM wwwwwwwwwwwww

Jean , de la Roche-Fendue , de l'ordre des mineurs, a an


noocé beaucoup de choses sur les deux ante -christs : la
dėsolation de la terre , la misère générale du clergé , et
la soumission de tout l'univers à la foi'cbrétienne , ainsi
que plusieurs autres faits qu'il dit lui avoir été révélés
par J.-C. Long-temps captif , il a beaucoup écrit sur
l'avenir .

DU SICNE DE LA CROIX EMPREINT SUR LES VÊTE


MENS DES JUIFS .

L'an de Notre -Seigneur 1295 , il se passa


dans le royaume de Castille un fait étrange .
Le saint roi fils du roi Alphonse étant venu à
mourir , le roi Ferdinand son fils monta sur le
trône . Or maitre Alphonse raconte qu’à cette
époque parurent deux Juifs qu'on disait pro
354
phètes. Tous deux parlaient des choses futures
avec emphase , annonçaient ce qui devait arri
ver , et révélaient les choses cachées ; leur vie
était honnête et pure , et tous les Juifs du pays
les regardaient comme de saints prophètes.
Leur renommée se répandit dans les royaumes
voisins et partout ils portaient des consolations
aux Juifs , et leur prédisaient le terme de leur
rédemption , qui devait être le dernier jour du
4 mois de cette même année. Le signe de cette
rédemption , selon eux , devait être une forte
voix qui dirait aux Juifs quand le Messie vien
drait et quand ils sortiraient de captivité. Une
grande terreur s'empara des Juifs , à cause de
l'immense renom de ceux qui venaient de par
ler ainsi. Les uns crurent à leurs paroles , se
sanctifièrent et se préparèrent ; ils firent péni
tence , des jeûnes , des aumônes en quantité ,
le tout pour obtenir de Dieu de vouloir bien
leur montrer le signe de salut promis. Quand
fut arrivé le jour prédit , ils se levèrent de
grand matin pour se rendre à leurs synagogues
et y adorer Dieu . Ils étaient revêtus , comme
c'est leur usage , le jour de l'expiation , d'ha
bits de soie ou de manteaux blancs de lin .
Dieu qui, dans tous les temps , a toujours aimé
à manifester sa bonté aux hommes , voulut
qu'alors le signe de la croix vint se poser sur
355

tous leurs manteaux , même sur ceux qui


étaient restés dans leurs magasins. Plusicurs
s'effrayèrent à cette vue , pensant que c'était
quelque prestige , cuvre du démon . Comme
leurs pères avaient dit , en parlant du Christ ,
qu'il chassait les démons, d'autres hésitaient à
dire leur pensée , et ne savaient que croire.
D'autres en effet pensèrent que c'était le vrai
signe du Christ , et se disposèrent à recevoir le
baptême; mais ceux - ci étaient en petit nom
bre , comme le dit Jérémie , chapitre 3 : Je
vous prendrai , un seul dans la ville , deux
dans l'assemblée . Le Sauveur a dit du che

min qui mène au paradis : Il en est peu qui le


savont trouver. ( SaintMatthieu , chapitre 7. )
Voilà ce que raconte maître Alphonse , qui
affirme avoir été témoin de beaucoup de faits
singuliers. Il raconte qu'élant médecin , un de
ces Juifs vint lui demander un remède pour se
guérir de certaines faiblesses de cerveau qu'il
avait resseoties , à cause de ce miracle . Il ré
pondit au prétendu malade , qu'il était con
vaincu que lo signe en question était bien celui
du Christ , et il invoque à l'appui de celte con .
viction , et atteste le ciel et la terre qu'il a vu
lui-même le phénomène annoncé. Maitre Jean ,
dans son livre de la Concordance des lois , titre

4 , chapitre 4 , confirmece prodige. Il dit que


356

ce miracle s'était fait 40 ans avant son temps";


et que comme il demandait à des Juifs contem
porains du fait , comment , en présence d'un
semblable miracle , ils restaient dans le ju
daïsme, ceux- ci lui répondirent : Les rabbins
de cette époque ont déclaré que ce fait n'avait
été qu'une illusion diabolique , calculée pour
tromper les Juifs , et qu'en conséquence ils
croyaient devoir plus que jamais persévérer
dans la loi de Muſse . Il ajoute plus bas , qu'un
nonce du pape vint consulter les autorités lo
cales et contemporaines pour dresser un acte
authentique , constatant la vérité de la chose.
Beaucoup de Juifs raconlèrent ce qui s'était
passé et affirmèrent la vérité du fait. Il résulte
de là que ce miracle réel s'était à peu près
concilié la foi générale , et que si les Juifs
témoins oculairesdu fait, prétendaient, d'après
leurs rabbins , y voir l'æuvre du démon , c'était
du moins sans nier le fait en lui-même. Mais
je m'étonnais que les prélats , préposés à cette
époque à l'Église , n'en eussent fait nulle m'en
tion dans leurs histoires , tandis qu'ils auraient
raisonnablement du établir un anniversaire
perpétuel en l'honneur de la sainte croix . Une
raison bien simple cependant de cette omission
in'est ensuite revenue. Les Juifs qui , dans ce
temps , avaient des rapports fréquens avec les
357
princes et les rois de l'Église et de la terre ,
mirent ordre sans doute à ce qu'il n'en fût pas
question . Il n'est pas douteux que d'autres
miracles n'aient, à diverses époques , été faits
dans l'intérêt des Juifs pour les appeler à la
connaissance de la foi catholique. Ils auraient
dû répondre à ces provocations toutes spécia
les de la miséricorde divine ; mais non : ils ne
font que s'endurcir de plus en plus dans leur
péché. De même que le fer qui devient plus
dur , plus il est travaillé , de même la con
science des Juifs s'endurcit , quand elle passe
par l'épreuve des miracles. C'est d'eux qu'il est
écrit, au livre de Job , chapitre 41 : Son cæur
sera pétrifié ; les miracles , les châtimens ne
feront rien sur leur obstination . Jérémie , cha
pitre 5 , dit : Vous les avez brisés , et ils n'en
ont pas moins rejeté la discipline.
Dans l'année . 1500 , trois soleils parurent
dans le ciel , vers l'occident ; puis peu à peu
leurs trois disques se fondirent dans un seul.
Grand présage qui figure l'Asie , l'Afrique et
l'Europe , que bientôt une seule monarchie
réunira . L'image d'un seul Dieu en trois
présage à l'univers entier de sinistres desti
nées.
358

LETTRE DU SÉRÉNISSIME ROI DE HONGRIE AU


PONTIFE Léon X.

Si jamais j'eus l'espoir que la république


chrétienne dût se maintenir intacte et sauve ,
par la grâce de Dieu , je l'ai complète
ment perdu , aujourd'hui que les Turcs me
nacent d'une guerre terrible mon royaume ,
et que les choses en sont venues entre les rois
chrétiens , au point que l'intervention seule
de son autorité sacrée , peut, pour un temps,
ramener la paix. Les troupes turques sont di
visées en deux parties. La première se compose
de près de cent mille fantassins et cavaliers.
La seconde a déjà quatre -vingts places forles
de mon royaume. De là elle menace donc , dit
on , de se porter sur Bude , capitale de mon
royaume. Cette ville prise , il faut désespérer
du salut de l'empire . Une armée formidable ,
dirigée vers Méotide , tient en respect les puis
sances limitrophes , et surlout notre frère le
roi de Pologne , qui n'ose bouger au risque de
ses affaires , et s'il l'osait , de quel secours nous
serait-il , à nous à demi vaincus ? Nous faisons
tous nos efforts pour soutenir ce choc terrible :
mais nous n'avons pas l'espoir de pouvoir tenir
long- temps , sans le secours des rois chrétiens,
que notre position difficile doit toucher , car
359
Bude une fois soumise , la guerro retombera de
tout son poids sur leurs têtes. Votre Sainteté
voudra donc bien , accomplissant sa pacifi
que mission ,donner ses soins à ce que , la dis
corde des rois chrétiens ne vienne plus long
temps au secours des Turcs pour nous écraser .
Que votre Sainteté étouffe ces dissensions få
cheuses , et ne tarde pas à nous prêter un ap
pui qui , donné trop tard , ne nous serait plus
d'aucune utilité. A Bude , donné par nous à

Louis , roi de Hongrie , le 2 juillet 1521 .


Clément VI fut plein de vertus.
Innocent VI aima les ordres religieux.
Urbain V , abbé de l'ordre de saint Benoit ,
sera réputé saint.
Grégoire XI, appelé Pierre ,mourut à Rome
dans la paix du Christ. Après lui vient, à cause
des désordres du clergé , 'une tribulation ré
vélée par le Seigneur à sainte Brigide.
Ceci se trouve dansla chronique dite la Mer
ou la Mère des histoires.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DU LIBER MIRABILIS .


PARTIE FRANÇAISE

DU MIRABILIS LIBER .

2066

L'an de grace six cens estoit pape en Rome


sainct Gregoire , docteur de saincte Eglise , au
quel temps par une personne , furentpropheti
sées ces prophetions et revelations ainsi que
s'ensuyvent.

Ung roy sera en Gaulle nommé R. Et celuy


roy sera champion ou chief dor et en aura ung
aultre aussi bon que le champion . Etse ne fust
une maulvaise guerre quil aura par maulvais
admonnestement. Du temps Salomon jusques
au dragon de Babilone n'auroit au monde ung
si saige home comme il sera , car la renom
mée s'epandra jusques a l'arbre seiche du roy
qui après cestuy'sera jouissant de ses taiches
etde ses bontés , et de sa courtoisic . Etcomme
il croira en saincte Eglise . Et celuy champion
de Gaulle qui sera nommé France courra la
paour q'l fera par tout le monde et les destruira
presque tous. Et durera la renommée de lay
jusques au jour du jugement , et les bonnes
euvres seront ramantues par tout le monde
pres et loing jiamais ne fauldra . Celuy qui la

16
362

maulvaise guerre commencera empirera parmi


lemonde :il fera grant dommaige. Mais son em
pirement ne sera pas tout par sa coulpe.
Le premier empirement est orgueil que les
clercs et genslays prendront et vouldronttenir
mesnaige dont il adviendra grans maulx au sie
cle .
Le second empirement sera, : que de celle
guerre maulvaisement plus de trente mille que
hommes que femmes, sans une grande destruc

tion qui sera faicte de payens après sa mort,


Le tiers empirement sera que deslors en
avant ne croiront les genssi parfaictement aux
sacremens de saincte Eglise comme leurs an
cestres croyent.
Je pense aux gens qui seront parmy le mon
de , environ le temps de l'incarnation notre
Seigneur Jésus-Christ mil cinq cents ans ; car
ils ne regarderont ne tiendront les doctrines de
leurs ancestres. Mais ensuivront les æuvres que
en celluy temps feront lestyrans, et leurs dis
cors ensuyveront , et seront avecques ung gou
verneur a qui sa porte sera brisée à force d'ar
gent que les tyrans lui donneront.
Les prelatz de celle terre ne garderont en
celluy temps fors seullement a force dargent :
que ce adviendra a eulx. En celle
et sachez
terre y aura une discorde entre deux clercs ;
363

que celluy qui aura force dargent viendra au


dessus soit droict ou tort. Et si perdra celluy
qui point dargent naura : et y aura lors une
maulvaise coustume. Ils ne regarderont pas
aux bonnes operations q'auront faicts les
saincts gouverneurs et les saincts ministres.
Mais ils regarderont a ce que auront faict les
maulvais tyrans et les maulyais ministres qui
auront brisé la porte de fer et de passe fer. -
Les clercs auront changé levangille demonsei
gneur sainct Jehan , qui dit que chascune chose
par force dargent ne se face. Adonc ne aura
mestier le livre des evangilles. Car les juges ne
garderont justice quea force dargent. Etsi com
mencera ceste cuvre maulvaise en celluy
temps : mais ung peu avant aura elle esté
commencée en la court du gouverneur. Non pas
si appartement comme il sera parmi le monde
en celluy temps. Et sachez que par celluy pe
ché en monstrera nostre Seigneur Jesuchrist
ung signe.

De la mer qui croistra dessus la rive hault comme les


montaignes.

Il fera croistre la haulte mer dessus les ri


ves , cest a dire dessus la rive du lys : comme
sont les montaignes dessus les plaines terres ,
et si ce nestoit par ung ange , ils noyroyent
364
tous par le peché. Mais celle mer montera des
sus les rives fort estendue toute apperlement.
La porte deofer n'est pas fermée a iceulx
mondains qui mengeussent et boyvent oultre
cequilzne doivent, ne aux fornicateurs , ne aux
gastans de leur avoir , ne aux hommes qui sont
plains de yre ne denvie
e ; ne a ceulx qui sont
orgueilleuxles portes deparadis peserontjamais
ouvertes : se ilz se laissentmourir a ces pechés.
Et en celuy temps seront les clercs en telz pe
chés : en la court du gouverneur ne pourront
nulz entrerse ilz nont force dargent, etpar for
ce dargent seront données les prebendes aux
clercs. Et quant celuy temps sera que lon en
face la prouve appertement : el a la court sen
allent deux clercs, lung qui sera bon et lautre
sera maulvais ; lung povre et lautre riche. Le
riche seramaulvais et demaulvaise renommée :
et si aura avec lui quattre vassaulx et ung cor
fre plain dargent. Et le povre clerc sera en po
vre vestement et quildye au gouverneur : Sire ,
rien si Dieu et vous ne me le donnes. Je
je nay
vous prie pour Dieu que me veuillez faire cha
noine de tel lieu . Quant il aura ce dit , les ty
rans diront au gouverneur : Sire , ung tel clerc
vous prie pour Dieu : et nous aussy vous en
prions nous humblement quil vous plaise la luy
donner': car en celuy est bien employé. Quant
365
le chief deult a lhomme, trestous les autres
membres du corps sen sentent. La court du
gouverneur yra en empirant non pas au sceu
et congroissance de toutes gens : mais en ce
repos entre les clercs et saiges personnes. Et
quant elle sera decouverte , lorscommencera le
mal par tout le monde universellement ; et sa
chez qu les gens amenderont quant la mer sera
veue en telle maniere : et en maintes terres
aura esté amandé les maulvais exemples que
les clercs auront mené au siecle . La mer crois

tra en toutes les provinces du monde voyre


ment si seront esparties des Yndes , et sachez
que la mer croistra bien grande a merveilles.
La marche amoureuse si changera son nom .
Car autant elle sera amoureuse , autant elle de

viendra ploureuse et pour celuy peché que ilz


auront maintenu en leur pays et que maulvai
sement gaigneront les terres aux povres hom
mes , pour leurs malicos deviendront ilz de

joye en pleur si cruellement que par tout le


monde on en parlera . Quant ils seront en
pleurs juges et desherites ne laisseront ilz leur
coustume ne leur maulvais gaiag et en seront
juges en une maniere que leur terre autelle
comme les terres et les ayres de Aoquillée et de
Ravenne : car en celuy lemps nul ne vouldra
heberger dedans. Quant les moulvais Ghres
366

tiens qui a ce temps seront quiauront passé de


mal gaing leurs nefz et tous les gens du mon
de , ilz yront parmi le monde gaignant mạul
vaisement. Et sachez que avant leur maitresse
cité fondée ,serontilz lapidez en mainles terres.
Pour ce que tout leur avoir auront prins etmal
gaigné, premierement seront ilz lapidez en une
province que lon appelle Frise et pour ceste
exemple en seront ilz en maintz aultres lieux
aux espées et cousleaux mis a mort.
Pourquoi souffrera saincle Eglise a celluy
temps celles gens si maulvaisement gaigner et
aller parmyle monde ; le gouverneur et les ty

rans descordes les souffrera pour ce quilz en


auront grans richesses ,et que celle maulvaise
gent aura ses compagnons pa ring le inonde et
ilz seront en la court du gouverneur et tous les
maulx se feront par force dargent. Les maul
vaises gous auront leurs deniers illec ; aucuas
pouvres clercs viendront a luy , et luy diront
quil leur donne de ce tresor , et ilz les fera
payer à ses compaignons en leur terre , il leur
donnera de son avoir pour le mal gaing quil en
era .
Il trouvera semblableinent le maulvais gaing
multiplié parmy le monde ; mais il envoyra ses
messagiers a la postolle que il en face justice
terrienne selon saincte Eglise , et la postolle le
367
gouverneur en fera son concile par le conseil de
tous : que nulz quimaulvais gaing faict ne soit
pas mis en terre sil ne rend le maulvais gaing
quil y aura faict en sa vie . Ce sera chose prous
vée. A celuy temps ne tiendra son celluy com
mandement que au temps que la porte de fer
et de passe fer sera brisée a force dargent par
ladmonnestement des tyrans , ainsi comme ay
dit cy en arriere , fauldra celle bonne sentence
pour ce que ces tyrans descords auront de
grans richesses pour eulx en celluy temps :
sachez que leurs chambres ne seront pas telles
que furent celles des apostres , ne celle du gou
verneur ne sera pas telle comme fut celle de
monseigneur sainct Pierre nen cestuy siecle
ne en lautre , et pour ces œuvres empireront
toutes gens. Et aura au monde de maulvaises
et lerribles gens, comme seront ceulx desquelz
jen ferai mention icy et ailleurs. Et seront en
cores pires et parvers saulve le baptesme quilz
auront. Ilz croiront en nostre Seigneur Jesu
Christ mieulx que ne feront pas les aultres ,
mais leur avoir et les pechés qu'ilz auront en
eulx les honnyra en cestuy siecle et en lautre.

Donc viendra ce peché entre les gens.

Il y aura une partie de ceulx qui en Barba


rie yront et de la luy viendra cemaulvaispeché
368

qui moult les honpira et maintes aultres gens


en seront honnis et entachés pour leur compa
gnie avoir ce en adviendra .
Il fut voir que Abraham eut un fils qui eut
nom Ismael duqueldoybventyssir les gens dont
ay faict mention que les parties des Yn
des destruyra. Les éaues doulces courront vers
les mons et les aultres vers labisme. Et pour
ront aller les gens parmy la mer es parties des
Yndes. Et au chief de cent ans après que ce sera
advenu en ces partieś sera il tel miracle en
Grecc et autant en Barbarie .

Du bon marinier qui aura lung bras long et lautre court.

Les gens qui sont hebergés dessus la marine


qui jadis furent de lancestre des Troyens qui
eschaperent de l'occision des chrestiens dont
leur seigneur porte la teste envelopée dargent
lequelon pourra nommer le bonmarinier. Pour
ce que plus sera trouvée debonnayreté en eulx
que en aultre gent, et si aura ung bras long et
lautre court. Et alors luy croistra lautre bras
moult long pardessus la mer et celuy donra le
gouverneur le champion qui a celay temps se
ra , et ce sera pour ce que plus aura trouvé de
bonnaireté en eulx que nulles aultres gens du
siecle . Celle gent seront pou prises pour ce
quilz sont si peu de gens ; mais ils seront dou
369
blez en lous lieux ou eaue courra et si auront
une bonne fache en eulx qui moult leur vaut
dra vers Dieu , et au siecle et ne fauldra de con
venances le bon marinier , et durera sa bonne
renommée tant que long des bras luy croisse
vers Grece ; et lors yra en empirant et celuy
fera faire la force de largentaux champions qui
mourront en contumace , qui environ luymet
tront le feu ,mais rien nen gaignera , et pour ce
feu naistra en celle gent une male tache qui a
peril de leurs corps et ames les conduyra . Et
en celuy temps que le feu y sera mis sen fuyra
celuy qui laura bouté et donnera male exem
ple pour corps et ames. Mais ains que le feu soit
ésteint diront a ceulx qui avec eulx seront lo
gés : Partez de nos pays, car avez mis le feu en
noz maisons. Si sen yront avec ung champion
es parties de llierusalem et feront tel service a
saincle Eglise comme ilz auront faict par main
tes fogs , et des lors en avant seront ilt craingz
et redouptez parmy le monde. A celuy temps
occiront ilz le serpent emmy la mer qui maint
ennuy leur aura fait. Sa maitresse ville aura
nom Rialt et sa province aura nom Venise . Et
que toutes bonnes graces lui viendront de tous
pays ; mais pour les bieneuretés qui en eulx
serontleurs voisins en auront envye et les nom
meront les maulvaismariniers. Mais de ce men
16 *
370
tiront ilz et ; cestuy nous acheteront si cher
maints serpentins que maintes foys lyront bou
tant ça et la , que jamais noseront entrer en
mer siņon par leur congé. Droictement a celuy
temps tireront ilz trestous une cordelle comme
leurs ancestres auront tiré ; mais aincoys que
ilz se boutent a tirer la cordelle tous ensemble ,
lacheteront bien cher ceulx quimaulvaise corde
auront lyrée. Et si y aura de telz qui tireront
une corde pour conduyre le feu plus près quil
ne sera et a celuy temps approchera sa fin ainsi
comme elle fut commencée et puys yront ses
gens hors qui celuy temps seront quant le
monde viendra a definir. Ils se hebergeront
en une ysle de mer et porteront avec eulx leurs
richesses et leur avoir , pour ce que les terres
denviron eulx seront gastées,mais en ceste ysle
ilz trouveront assez de quoy ilz pourront vivre .
Assez en pourroye compter de leurs bontez se
loysir en fust. Ils auront une bonne tache en
eulx que on pourroit bien croire appertement
ce quilz diront de leur bouche . Mais dès lors
en avant ne le pourra ou si bien croyre pour
serment ne pour fiance ; mais doresnavant jus
ques a la fin du monde seront ilz ainsi bien
amandez comme leurs ancestres estoient . Et
saichez que celluy amendement leur viendra
par le conseil qui donné leur sera par un eves
371
eulx passera la
que de leur terre qui avecques
mer par le commandement du gouverneur. Y
aura de telz qui dignes seront destre destruictz
pour ses pechéz et pour le maulvais exemple
quimettra devant le peuple dont Dieu en mon
strera maints miracles deslors en avant par une
marche qui sera tournée damours en pleurs
pour ung dragon . Le miracle sera celestiel et
en aura de maintes manieres.

Jadis il yssit aussy une gent de Troye pour


la grant guerre qui y survint pour leurs pechéz
dont ilz sesloignerent en Ytalie dont une partie
en sont desja chrestiens; cest la partie de Rom
me, et les aultres ne seront chrestiens sinon au
temps que le bon champion sera en Gaulle
qui a celluy temps sera nommée France celluy
qui tant de biens fera en sa vie. Mais il advien
dra que ilz netiendront la foi de chrestienté ainsi
parfaictement comme ilz font huy la loy be
Mahomet que leur foy yra en empirant , et ce
leur adviendra par deux pechéz , dont lung
peché sera,le maulvais gaing quilz feront maul
vaisement, et lautre sera que ilz ne croiront par
faictement en la loi de nostre Seigneur Jesu
Christ , dont en une cité pommée Brise mon
strera nostre Seigneur Jesuchrist le signe de
leur destruction qui sera honteuse ainsi comme
aura en une marche que en celuy temps on
372

pourra nommer la marche amoureuse ; mais au


temps de la grigneure guerre que jamais sera
au siecle entre le champion quimourra en con
tumace et le gouverneur de l'autre part ; si la
pourra on nominer la marche ploreuse , et pis
sera de plus en plus jusques au dragon de Ba
biloine . Et ce leur adviendra pour leurs
pe
cheż. Et en ceste année aura maintes cités qui
periront pour les pechez qui jadis furent en
commencez . Et la maitresse cité ( 1) de celle pro
vince enfondrera avant que le dragon vienne,
et celluy adviendra pour yceluy maulvais pe
ché; et devant quilz fondent en seront la plus
part destruitz de espées et de glaives. Et tout
leur mauvais gaing leur seront tolus , et lau
ront pourchassé par les estranges pays , et ce
leur feront leurs voisins.

Du bon champion qui ne souffrira a nul maulvais gaing.

Ung champion sera qui ne souffrira nul


maulvais gaing et mettra les terres en grant
paix ; mais lant seront multipliées leurs ma
lices que jamais entre eulx bon temps ne sera ;
et en celuy temps sçauront plus de mal les
enfans de quinze ans (2 ) que ne font ceulx de

(1) Cette cité ne serait- elle pas Paris? beaucoup de pré


dictions plus récentes annoncent la destruction de cette
ville .
(2 ) Cesenfans sont, je pense , ceux de notre temps. ( Note
de cette édition . )
373
maintenant a quarante. Et droictementà celuý
temps que le dragon de Babiloine sera venu
en ce monde pour ung homme qui sera au
siècle en aura plus de cent.

Des champions qui passeront la mer.

Sera establi par le général concille que tous


les champions doybvent passer dela la mer ;
donc les champions passeront pour oster la
saincte cité des mains des mescreans , donc

le gouverneur en passera. Après aura et en


celuy temps ung bon champion ; tous seront
dignes d'ardoir , fors seulement deux , dont
lung sera de France et lautre anglois; ces
deux ne vouldront prendre lavoir aux payens
ains seront mortels ennemys. Il y en aura
sans foi pour lavoir des payens. Les champions
qui mourront en contumace et prendront ar
gent à grant plante de lavoir des mescréans ;
donc lapostolle sadonnera à bien peu de foy
vers nostre Seigneur Jesu -Christ et vers son
peuple , et aura en despit des preslats de l’E
glise , et pour celuy sera faicte telle honte
quilz les feront mourir à douleur et ses hoirs
qui mourront à celle semblance en telle ma
niere que leur bien voyant sera envie .

Romanie qui tresbachera pour la guerre du champion qui


mourra en contumace.
Une contrée de Ytalie tresbuchera , et ce
374
sera pour la guerre du dict champion qui
mourra en contumace . Elle est appellée Ro
manie que peu demoureront en guerre jus
ques au dragon , fors seulement une cité dont
la seigneurie luy sera donnée par ses voysins,
et sera celle cité appelée Boulogne , dont le
bien lui surmontera de plus en plus. Après la
mort du champion qui mourra en contumace
et sera trespassé du siècle , icelle cité aura de
dans son hebergie une grant partie de la science
du monde et sera peuplée de gens qui ayme
ront bien saincte Eglise , dont notre Seigneur
leur donnera une grant victoire dessoubs ung
chantecler qui tiendra le pays mains jours. La
serpente naistra en celle contrée qui sera rouge
et vermeille comme sang ; et ce sera pour les
chauffement de sa luxure dont elle aymera le
dragonneau , et telle en fera à la fin que ilz se
conjoindront lung et lautre , et eulx deux se
rontmors celle nuict. Quatre des prochains
parens à la serpente les feront mourir pour
ce que le dragonneau sera son ennemy mortel ,
dontla guerre en sera commencée dureet aspre.
Et puys ira celle cité tresbuchant de jour en
jour à la semblance des aultres cités. Elle sera
une partie achevée avant que les contumaces
soient affinés par la postolle et par celuy de
Gaulle. Mais le dragonneau et la serpente nais
375
troit au devant de la partie du chantecler , et
eulx deux naistront par leur force et pour le
signe de mescréance adressez en celle cité ; et
ce souffrira nostre Seigneur par mains maul
vais pechez qui seront usez en celle ville . En
leur contrée sera une fainine et sera destruicte
entierement par la postolle et par celuy de
Gaule. Mais le dragon et la serpente naistront
devant la deptie du chantecler ; et eulx deux
naistront par la force et pour le signe de la
mescreance de celle cité , et ce souffrera nostre
Seigneur Jesu -Christ pour maintz maulvais
pechez qui seront usez en celle ville et en leur
contrée .

De la famine qui sera en Rosie .

Il sera une grant famine dedans Rosie qui


pour celle famine sera destruiçte toute Rosie :
et si nestoit une beste quilz auront et des sau
demoureroit ung
vagines quilz occiront , il ny
seul homme qui ne fust mort. Aux chrestiens
rendus dela la mer commencera une bataille
aux payens de celle contrée dont ilz seront de
tranchées , et tous les chrestiens qui avec eulx
seront en celle bataille . Pour ce quilz ne tire
ront pas tous ensemble à une corde , une nef
sen yra parmy la mer toute chargée de payens
qui s'en yront à leur mabommerie , laquelle
376
nel sera toute brisée en mer , et sen yra la
moinctié au fons à tout leur vitaille , et les
gens sen yront avec lautre partie par lautre
mer moult angoisseusement : dont il y aura
trois chrestiens qui reclameront piteusement
nostre Dame de paradis. Et nostre Dame leur
apparoistra , et les conduira a saulveté. Alors
quant les payens verront iceluy miracle , ilz
diront quilz se vouldront faire chrestiens :
dont le roi de celle contrée les fera tous en
semble mourir. Et nostre Seigneur fera em
porter leurs ames voyans tous en paradis ,
dont celuy miracle fera mainiz payens mes
creans de leur loy , et de telz en y aura qui
senfuyront en la chrestienté pour eulx bapti
ser. Mais ung peu avant aura ung champion
quisçaura la necessité de celluy affaire ; il sen
yra devant lapostolle , et lui criera mercy :
car il vouldra passer dela la mer et en fera son
effort. Mais lapostolle le gardera jusques a ce
quil ait faict son concille qui sera establi pour
la chrestienté radresser de la mer dont celluy
concille sera pour parler de jour en jour tant
quil sera du tout estably.

De l'Italie qui tremblera dejoie et de pleur.

La postolle et la gent du roy de Gaulle si fe .


ront tresbucher les maulvais chrestiens qui se
377

ront si faulx et desloyaulx quilz ne craindront


ne doubteront le champion : etmourront en
contumace ; dont nostre Seigneur Jesu -Christ
en fera cy apertmiracle; que ceulx trembleront
de pleur , et ceulx qui devers la postolle se tien
dront , trembleront de joie qui leur surmon
tera : pour ce quil verra avaller ses ennemys
dont en ceste année le lyon perdra ses ongles ,
et en perdra la loupe sa queue. Car point ne
sçauront trouver medecines qui les sache gue
rir de celle maladie .

Dung esprevier qui sera roy couronné de trois couron


nes, et de lhomme de Turquie qui trois jours gettera
flambe par la bouche.

Ung esprevier sera roy couronné de trois


couronnes et aura pendu ung escu en son col
qui le champion sera nomme par la semblance
de celluy escu , qui toutes voyes de flambe ar
dant allumera toute Italie. Etmettra dessoubz
soy les mescreants Sarrazins, dont les bons et
les maulvais de toute Italie Irembleront et lais
seront leurs maulvaises, coustumcs . Il y aura
ung homme dedans Turquie qui toujours get
tera flambe par la bouche , et ce sera appares
sant de maintes gens. Celle flambe sera signe
doccisions dhommes et de femmes , et mour

ront peu après par toute Turquie dune mala


378
die chaulde etboillant comme feu . La semblance
de celle maladie sera si hideuse que nul myre
ne le pourra congnoistre : seront estaintes tou
tes les chandelles que nostre Seigneur Jesu
Christ envoye pour sa vertu en la cité qui est
auprès de P. Elle sera appellée R. pour ce que
doresnavant ne sera rier veu de celuy miracle ,
les ostera notre Seigneur Jesu - Christ, seulle
ment pour ce quilz mettront a mort ung sainct
homme de celle ville pour ce quilz nagmeront
la foy qui leur sera donnée : et qui ne voul
dront tenir ainsi que par plusieurs fois leur ad
monestera , et pour ce le tresbucheront de sa
maistresse couronne aval la terre dont ilz le
debriseront tout tellement quil en mourra
maint; avant quil meure fera il priere a nostre
Seigneur que il face pour luy ung miracle.
Cest quil luy plaise estaindre ces chandelles
jusques a tant quilz maintiennent ceste foy ;
cest la foy que nostre Seigneur donna a Adam
et a Eve pour laquelle enfraindre fut leur ame
en dangier se nostre Seigneur ne les eust ostez
denfer.
Il sera une bataille devant le sabathon par
quoy en mourront que dune part que daultre
plus de cent mille payens. II y aura en celle
contrée deux roys payens. Lung naura point
dherilaige et sera moult saige. Lautre roy sera
379
assez jeune , et aura trois enfans de sa femme.
Les deux serontmalles et lautre fumelle . Adont
lui vouldra donner sa fille. Mais quant les gens
de son pays le sçauront le destourneront maul
gré le vieillart , et ce feront ilz pour ce quil
vouldra etre roy de leur contrée , dont il en
mourra de dueil. Apres sa mort sen orgueillera
lautre roy et le vouldra mettre dessoubz lui
dont la guerre commencera ; et se combattront
trois jours entiers dont la mortalité en sourdra
aux deux parties ; ilz seront plus de trois cens
mille. Et a celuy point aura es parties de Hie
rusalem une autre bataille entre les chrestiens
deça la mer , et entre les payens de celle con
trée : dont pour celle bataille ne demourera
longtemps en Hierusalem sera es mains de la
gent de Gaulle dela la mer , et la celle gent de
Gaulle ne fust a peine que toute chrestienté ne
fust honnie maulgré la postolle. Et toute sa
creance en sera mal mise a celluy temps. Se
les gens de Gaulle sen alloient en Italie pour
aider a la postolle qui a celuy temps ne voul
dra etre doubtée nulle contumace ; mais sai
chent que celuy qui ne vouldra doubter , ceulx
de Gaule le meltront dessoubz leurs pieds.
380

Du pape qui sera dedans Viterbe qui n'osera ragarder


Roinme.

La joieme vientde ce que il y aura ung pape


dedens Viterbe , qui nosera ragarder Romme:
mais les Rommains sachent que avant que ce
luy pape trespasse nostre Seigneur leur fera
souffrir honte. Et sachent que deslors en avant
commencera sa destruction de plus en plus ,
et ce sera pour leur peché , et pour la malle
semblance quilz auront encommencée rers
nostre Seigneur et vers saincte Eglise . Ma joie
me vientde leuvre de celuy sainct pape natif
de France qui a celuy temps fera trembler les
trois greigneurs parties du ciecle : et ce sera
Almaigne et Grece et toute la seigneurie jus
ques au Gray. Celuy pape leur fera seuffrir
telle collée qui sera apparaissant par longs
jours. Celuy pape sera puissant et ce sera pour
la gent de Gaule qui luy sera obeissant a sa
voulenté. El le sire deulx fera semondre le bon
marinier pour passer dela la mer, El le bon
marinier leur donnera leur navire pour passer .
Mais premier quilz layent passée sourdra une
discorde entre eulx qui parmainl jourleur fera
souffrir langoisse de leur encestre. En celuy
temps fera le Lombard une desloyauté dessus
ung petit rainaldel qui vouldra entrer en sa
cave dont il y en aura de telz dont leurs hoirs
581

en porteront la bouche brisée et les dens : et


ce souffrira nostre Seigneur Dieu pour la malle
pourparlence quilz feront et aura faicte vers
los exillez du marinier qui longtemps auront
plourez leurs pechez : dont Dieu fera si appert
miracle que bien sera apparaissant aux Lom
bards. En celuy temps sera dedans Italye un
sergent de nostre Seigneur Jesu -Christ quisera
extraict de Gaulle. Celuy sergent sera en layde
des loyaux envers Jesu - Christ et saincle Eglise ,
et fera trembler les maulvais par telle maniere
quilz seroyenttous matlez se il vesquit longue
ment. Mais devant quil trespasse du siecle , il
ſera tant devers les loyaux que ce sera mer
veille. Celuy a qui la gelline aura tyré ung de
ses yeulx se pourra tenir au poulein deslors en
avantqui sera enchassée de la ville qu'on nom
mera G. Et ce leur adviendra par ung loup ra
pinant qui ne se pourra souller dor ne dargent.
Mais celuy loup par son aspreté perdra sa vie
et tout son avoir. Il ne passera mye sept ans
quil ne recoyve celle collée : le commence
quent sera dedans marmor. Puys en celle mar
che ystra maint faulx Lombards de plus en
plus , et sourdra une tres grande guerre es
parties dAcquilée , dontpour celle guerre en
perdra maint prince ces gens. Il adviendra
pour une lignée de traistres qui en celle con
382

trée auront grandes seigneuries : dout le sire


dAcquillée en aura une honte mortelle : et le
sainct apostolle qui en celuy temps sera en ac
quittera la besongne en telle maniere que tous
les traistres se tiendrontpour folz tous les jours
de leurs vies. Sera dedans la table du tyrant de
cordes ung si saige damoysel qui fera maintes
foys trembler toute la terre pour sa science et
fera soustenir a la maistresse cité dont il sera
extraict telle collée dont croulera ceste année .
Et si nestoit la priere que fera un sainct pape
en celuy temps toute Italie en serait mauvaise .
L'hoir du champion quimourra en contumace
lui sera si obeissant que a merveilles. Mais
avant que celuy tyrant des cordes soit vaincu
sera une grant bataille dessus la ville de B. dont
celuy hoir dudict champion qui sera en con
tumace trespassé sera vaincu ; et deslors en

avant s'en ira en empirant la force de celuy


maulvais tyrant. Il n'y aura environ le pape
nul qui se puisse ayder de ces maulvaises æu
vres et de celuy lyrant des cordes. Il fournira
en telle maniere sa besoingne q'il ne pourra
en estre destourné qu'il nen faee à sa voulente ;
mais en la fin sera il tenu pour neant , car
Dieu y mettra remede et nostre Dame.
383

De la desconfiture des Alemans qui sera entre M. et B. en


une vallée.

Sera pour parle entre les Alemans de des


tourner la gent de Gaulle hors dYlalie :mais
nostre Seigneur Jesu - Christ ne le vouldra
souffrir , et en sera veue la preve en une vallée
qui est assez pres de M. et de B. qui sera la
desconfiture des Alemans.

De la bataille qui sera devant M. dedans la marine.

Adviendra une bataille devant M. dedans la


marine si felonneuse que la pluspart des gens
en mourront : ces gens en seront extraict de
la marine de Ytalie et de Provence. Mais la
droicte cause fera par la guerre qui sera crevée
entre les Affricans et le bon marinier , affin
que les parties saichent que les plus asseurés
auront moalt grante paour, et pour cela ne
sera abbatlu leur orgueil .
De la guerre et de la paix de Milan .

Il y aura maintes haultes lignées dedans


Milan qui s'enorgueilliront pardeşsus une aul
tre ; dont cette lignée se garnira de son peu
ple et les chasseront et feront estandre , jus
ques au temps du champion qui meltra le faula
gaing pour neant. Et lors en sera restaurée la
paix. Si celle lignée neust les taches de ce ,
384
sa bonne seuyre fust moult a louer. Mais celle
taiche les fera hayr de leurs voisins, saichent
que le service quil fera a leurs amys luy sera
a sa grant perle mainlesfoys.
Du monde et comment il yra en empirant.

Jamais nostre Seigneur ne dist chose qui


ne fust vrage ainsi quil dist a son Evangile :
que trestous ceulx qui viendront a moy ja ne
seront boutez hors. Yra apertement en empi
rant trestout le monde ainsi que les homnies
comme les femmes , les bestes , les poissons,
les oyseaux , le temps, le vent, la pluye , leaue
courant et trestoutes les aultres choses , et
saichent tous apertement que toutes les choses
terriennes yront en empirant selon que les
hommes yront en empirant de la foy de Jesu
Christ. Et si verrez raison pourquoy. Avant
nostre Seigneur forma Adam et Eve. Il leur
donna foy et leur dist : Toutes les choses ler
riennes soyent a vous , fors seullement la vie
de Paradis , et leur dist : Or vous gardez bien
de mettre la main à luy et saichez que toutes
les aultres choses sont à vous. Adam perdit la
foy quant il mist la main en l'arbre que nostre

Seigneur luy avoit deffendu . Or luy vint com


parer et ce fust chose prouvée que si les choses
terriepnes esloient a luy obéissans, or en fust
385

il eslongue , mais non pas du tout sa foy . Mais


il veult avoir dicelles choses terriennes que la
chair de son corps en suast; et quant les Juifs
mirent leurs mains sur Jesu -Christ , ilz
per
dirent ainsi leurs heritages , et saichez que a
lheure que la foy yra en empirant, les terriennes
denrées sen yront en empirant en telle ma
niere comme firent jadis aux fils dIsrael, quant
ilz alloyent par les desers que lors quant ilz
empiroient de leur foy , et les viandes leur fail
loyent ; et quant ilz crioyent merci a nostre
Seigneur , alors leur donnoit- il tout ce que
bon leur estoit . Gardez-vous deguerpir cette
saincte foy . Saichez certainement que si vous
ne croyez le baptesme et le corps de nostre
Seigneur que les presbtres sanctifient tous les
jours dessus le sainct autel , et les aultres sa
cremens de saincte Eglise , combien que les
prebstres ne soyent telz comme ilz doivent
estre , jamais sans celle bonne creance ne pour
roient aller en la maison de Jesu - Christ , mais
a celle a qui vous aurez donné vostre foy et
vostre creance ; notent ceste parolle que de
tous pescheurs prendra notre Seigneur Jesu
Christ pitié selon la foy, ainsi comme il fist
de celle femme que les Juifs apporterent de
vant lui pour lapidyr , et que nostre Seigneur
en feist les lettres en terre qui disoient : Lequel
17
386

est sans peché gette premierement la pierre des


sus elle,dontnul ne fust tant hardy que sa main
y osast mettre , ainçoys senfuyoient devant ,
et ce fist nostre Seigneur pour la foy de ceste
femme qui devers luy se tenoit . Dautre part
print nostre Seigeur pitié du larron quant il fut
mis en la croix seullement pour ce quil avoit
sa foy envers Jesu -Christ , et lautre larron
fust dampné perdurablement. Saichent chas
cune gent du siecle que la grâce de nostre
Seigneur Jesu -Christ suyt les hommes et les
femmes selon leur foy et selon leur creance
que ilz ont devers luy tost ou tard.

De l’oyseau qui naistra dung arbre et de la beste quinais


tra au desert de Babilone.

Il naistra un oyseau dung arbre et celuy


oyseau sera aussi grant comme un cheval ; il
volera ainsi demeuseureusement comme un

carreau darbalestre ; ne nul autre engin ne se


pourra comparager avec luy. Et saichez qu'il
sera vu par tous les lieux du monde , qu il
portera son bec onvert , et degloutira tous les
aultres oyseaux vifż. Cestuy oyseau fera justice
sur les aultres oyscaux qui auront mengé les
aultres , et quant il les aura tous degloutis et
il ne trouvera plus que menger, il se occira
de courroux , et sachez certainement que il
387

naura nul povoir sur les aultres oyseaux. Et a


celuy temps ystra une beste du desert de Ba
bilone et ceste beste aura un cor sur son chef
agu comme un glaive . Ceste beste sera nom
mée cartangles : et sen yra par tous ces desers
occisant les malles bestes qui vont devorant
les aultres. Et celle beste ne occira sinon celles
quimengeront les aultres et nosera toucher
les aultres bestes.

Du poisson qui naistra au fleuve de Jourdain .

A celuy temps que loyseau et la beste nais


tront il naistra aussi ung poisson au fleuve de
Jourdain. En celuy temps que la beste se
mettra parmy le desert , par tout le monde
ystra celuy poisson du fleure de Jourdain , et
sen yra degloutissant ceulx qui vont parmy la
mer angloutissant les aultres : le poisson sera
nommé amergle etaura de long cent-cinquante
piedz et de large trente-six piedz etdespesseur
quinze piedz. Et la beste sera grande comme
ung elephant , et loyseau aura nom pharagre
et cestuy nom luy donnera ung veneur de Ba
bilone qui sera en celuy temps ung des plus
fors hommes du monde. Il se mettra après la
beste et maintiendra tant la chasse que il de
mourera en celuy pays. Et quant il nela pour
388

ra trouver , il reviendra en Babilone tout cour


roucé. La beste se occira de couroux'quelle
ne trouvera que menger et le poisson sera
trouvé mort a sec , et saichent tous que loy
seau sera en tous lieux ou la mer court. Mais
nulz deulx ne auront puissance fors que dessus
ceulx que vous ay dit. Et saichez certainement
que lorsque la beste aura devoré et occis tres
toutes les bêtes du pays , elle sen yra en ung
aultre tant par mer comme par lerre .

Des hommes et des femmes qui oubliront les vefves dames


et les orphelins.

Les hommes et les femmes oubliront les


veſves dames et les orphelins pour qui les aul
mosnes furent establies a donner et les donne
nouyong
ront aux 1,1,111!
Christ, gardeur des vefves dames et des orphe
lins en monstre signe de courroux , car les

terres embleront les bledz'et la pluye sembla


blement pour ce quils embleront les aulmos
nes aux vefves dames et orphelins , et les don
neront a iceulx qui ny doivent avoir part , et
qui pourroient labourer. Orphelins et refres
dames seront oubliez pour ceux qui pourroient
saichentque si celle
bien gaigner leurs vies , saichent
envie ne fust caire eulx que, moult seroit a
louer leur bonne vie , exemple , discipline et
389
pénitence ; mais celle les destournera et fera
les gensdu siècle parler de
2 soy ét deulx.
Du maulvais sire et du bon marinier.

Naislra au siècle ung maulvaishommesi sera


plus que qualse et si apparaissant que tout le
siecle en parlera. Çeluy sire en aura la tache
de gache qui monstre quelle soit endormie
quant elle veult embler la cache. Au tempsde4

celuy sire soulstiendra le bon marinier main


tes angoisses, et ce sera pour ung mauvais
ché lequel il aura fait en son temps. Il aura
pouparlé parmainteffois la destruction de la
moureuse marche. Les saiges clercz mellent
en leur livre que avant quilz trespassent de ce
siecle soubstiendra il mainte douleur dessus
sa lignée et dessus eulx , et en fera nostre Sei
gneur maint signe de courroux . Et luy mes
mes pouparlera telle chose qui fera trembler
la ville et son peuple par mainleffois. Et les
saiges clercz mettent en escrip ! et soit en re
membrance au sainct pero pape de Romme,
natif de France , que Italie fera trembler ledit
bon pape , sen yra a la douloureuse marche par
quinze moys sans plus. Sa bonne discipline en
oslant la grande douleur qui la fera trembler
parmainteffois a douleurmortelle. Celuy sainct
pere aura dessus son chef la couronne que
390
Dieu donna a Adam . Il en aura une telle que
jamais pape qui soit si arriere ny ayant nen
aura eue de telle.

Sachez que Dieu fera miracles maintz au siecle.

Dedans Ytalie aura ung champion qui finera


en contumace. Ce champion sera nourrice du
dragon que lamoureuse marche mettra a mar
tyre et ainsi sera de lunicor et du loup rapinant
que Lombardie fera estendre durement. Mais
premier que le loup soit matte , ses disciples
auront receue leur colle , et se sera pour la
force de Jesu-Christ qui sera hebergédedant la
gent de Gaulle qui a celuy temps aymera la
droicte partie des Lombars. Mais avant trois
ans en changera une partie dont mainte dou
leur en sera veue entre eulx , et sera vu le so
leil cier reluysant comme il fut le jour quil fut
créé. A celuy jour sera ostée la saincte cité ou
nostre seigneur Jesu -Christ nasquit aux mais
Tres des
payens.

De ceulx de Gaule qui auront guerre au payens.

Ceulx de Gaulle qui auront une grande


guerre dont ilz ne se pourront jamais oster ,
ilz lauront aux payens et sera ceste guerre
jusques au dragon de Babilone .
Vous, Gregoire , qui de Romme estes, ue que
391
avant que le dragon de Babilone vienne sera
commeneé sa mauvaise coustume par aulcun
des gouverneurs qui bien sera a blasmer. Def
fendez vostre partie. Il y aura ung homme qui
mainte damoiselle aura a marier , et certes ela
les serontmariez , etsi en pouvez bien voir la
verité devant vos yeulx. Car après quil sera
ainsi faict, et que icelles damoiselles serontma
riées , seront-elles données aux aultres marys
combien que leurs maryssoyent en vie ; ce sera
mauvaise cuvre au siecle .Et vous, evesque Ber :

thoz , qui estes né dAlemaigne, par lorgueil de


vostre pays sera une guerre commencée parmy
le monde qui tout le monde empirera dontchas
cune ville sera esgarée. Et en seront faicles deux
parties , par plusieurs lieux la moytié des hom
mes du siecle mourra. Et lors droictement a
celle venue commencera une aultre qui sera
contre nostre Seigneur Jesus ; ceux de la par
tie du dragon , ceux dAlemaigne sachent que
avant que le dragon vienne en seront ilz tous
exilez . Et vous, Felix , qui estes né de la ville de
Millan , en celle cité sera la dicte guerre es
mené, et premierement encommencée. Sai
chent quilz auront le premier destourbier. Et
sera la dicte guerre si grande et si cruelle que
le monde en parlera ; et tous ceulx de sa par
tie en trembleront. Mais avant que le dragon
392

vienne , et paura foy dessus eulx , si leur don


nera si grande collée que ilz auront assez af
faire de eulx soubstenir pour Lombardie , pour
Alemaigue et pour Romme. Empirera tout le
monde. Il sera une guerre en Turquie si grande
et si merveilleuse quil ny aura ville en celuy
pays qui ne vienne jusqua estre exillée , et du
rera celle guerre jusques a tant que le filz Ys
mael les viendra exiller.

Du preudhomme qui naistra en la marche Douloureuse .

Le sens va toujours en amendant , et la


puesse jusques au temps de Salomon qui eut
toute la science du siecle. De son lignaige ys
tra ung saige hoir qui pour son sens reformera
tout le monde , et le pourra ton appareiller a
la sciente de Salomon . En celle marche nais
tra uns si Preudhomme de son corps que bien
le pourra ton appareiller a Sanson Fortin , et
ce Preudhomme ystra de la plus haute lignée
de cellemarche ; et celuiFortin delivreramain
les terres de grant servaige avant que le dra
gon de Babilone vienne , et oustera Lombar
die de grant martyre et aussi une grant partie
Dytalie.

Pour quelle cause la marche Douloureuse sera destruite .

Il ny aura plus de champion en Italie, ains


7
393.
sen yra avecques le bon marinier en Grece par
le commandement du gouverneur et du cham
pion ou les griffons en seront exillez et les vil
les aussi . Et sera celuy lemps paix par toute
Italie.

Du grant dommaige que aura la marche Douloureuse de.


dans soy.

Le bon marinier pour ceste occasion en aura


une moult grande guerre et cuydera quilz en
soyent amendez de leurs avoirs ; mais saichent
quilz empireront plus cent fois quilz navoient
esté par devant; tout sen osteront puis , mais ce
sera a tard . Les bons mariniers trouveront au

tant de Felonnie en une partie comme ils fe


ront en lautre et encores diront que celles gens
seront inauvais vers eulx et nauront tant de
bienfait quilz en saichent nul gré aux bonsma
riniers ; aura grant debonnairelé et si seront
en celuy temps moult empirez pour lexemple
que on leur donnera. La maitresse cilé dicelle
marche aura ung si tres grant dommaige de
dans elle lant de homme que de leur avoir que
jamais ne sera oubliée celle douleur, dont ceulx
de payennie qui en celuy temps seront en sai
sine leurs hoirs en parleront et diront que ce
luy dommaige ne leur pourra estre fait sans la
voulente de Dieu ; mais le grant dommaige quilz
auront fait a leurs voysins en fera la clameur a
17 *
394

nostre Seigneur dont il souffrira que il soit


ainsi fait, et deslors en avant aura il encores pis
avant que le dragon de Babilone vienne, dont
si grande joye en sera demenée dedens , et si
grande mortalité avant que ce advienne que le
sang deulx en fera la clameur a nostre Sei
gneur , dont le demourant deulx en mourront
presque tous en chartre, et celluy faict souf
frira nostre Seigneur pour la desloyauté et fe
lonnie deulx, et le demourant fipera en guerre ,
et yront toujours en empirant deslors en avant.
Par toute icelle marche seront faictz haultz
murs et haultes tours de tres maulvais gaing ;
et ainsi seront elles abbatues et mis aval la terre
pour celuy leur seigneur sans pitié et debon
naireté : et jusques a tant que celuy maul
vais gaing sera en icelle marche , jamais de
gardera nostre Seigneur Jesu -Christ celle part.

De la gnerre qui sourdra parmy le monde.

Il sourdra une guerre parmy lemonde aussy


bien en payennie que en chrestienté ; et durera
cello guerre ung grant temps dont nostre Sei
gneur leur envoyra tant aux chrestiens que aux
payens sigrande famine que quant il verra faire
la guerre lung a lautre , il leur fera baisser leur

orgueil malgré eulx. Mais il fera une justice


terrienne en une des provinces pour ce que lo
3g5
commencement sera venu devers eulx , et la
moytié en mourra.

De la guerre qui sera es parties de Jerusalem .

Sourdra une guerre es parties de Jerusalem


que tout le monde en aura assez a lamenter
et après ceste guerre sera ostée Jerusalem de
la main des payens qui bien près de cinq cens
ans lauront eue en lcur saisine ; mal le verront
ceulx qui la commenceront , car jamais nau
ront si grande puissance comme ilz auront; et
jusques a celuy temps toutes les aultres guer
res quilz auront eues ne auront pas esté de cent
foys près si grandes
Sire abbé , si vostre religion feust bien entre
tenue au siecle moult, serait a priser.Mais elle
-va en orgueillissant et surmonte son orgueil de
plus en plus jusques a tant quilz recepvront
une collée tous ensemble. Il sera après que la
grande cité que jadis feist Constantin sera
prinse et desrobée par ceulx de Gaulle ; et par
les bons mariniers que deslors en avant sour
dront maintes religions au siecle en povre ha
bit qui donneront grande collée a vous et a
vostre religion . Sire abbé de lordre de sainct
Benoist, si vostre religion ne fust si bien gar
nie de rentes , a peine trouveroient - ils que
menger.
396
Des griffons qui seront destruicts.

Pas ne doibt estre oubliée la parolle que di


ront les griffons contre la Trinité , et saichez que
ilz diront que le sainct esperit nappartient de
riens au Filz , mais seullement au Pere , dont la
vengeance en sera faicte sur la maistresse cité

de Grece que fist Constantin . Le feu y sera mis


et les griffonsserontdestranchez , etsera la cité
desrobée.

Du feu qui viendra devers le ciel et semettra en mer, et


demer en seiche et terre , et delespée qui descendra au
champ de Butinoble.

Il ystra ung feu , et se mettra en mer , et de


mer en terre. Mais avant quil se melte en terre
aura il arsé la mer et la terre dessoubz leaue
jusques en abisme. Ce sera devant brandis et
en terre seiche se mettra en brandis , et yra
bruslantla terre jusques a lautre mer . Et illec
ques sera le dict feu estaint par la priere dun
'moult saincthomme; et ce feu aura delongdeux
cens pieds et de large quatre pieds.Ung pou après
ystra du ciel une espée , et ceste espée descen
dra emmy le champ de Batinoble . Et a celluy
point seront en celle place plus de cent mille
payens qui auront tous juré leur foy de des
truire tous ceux qui devers Jésu -Christ se tien
dront ; celuy jour aura Hierusalem moult
397

grant meschief; car ceste espée en fera la jus


tice pour luy seullement , car sa foy ne sera
empirée ne changée. Mais la foy des aultres
qui avec luy seront a celuy temps ne sera pas
vraye , ains sera ainsi comme les fueilles des

arbres. Nostre Seigneur paura que demander


en Hierusalem en celuy temps fors seulement
celuy roy .
Celle espée qui descendra du ciel sen yra
parmy les payens destranchant leur lestes aussi
dru que pluye .
Saichez que au temps du tyrant des cordes
auroit la seigneurie sur gouverneur et dessus
le siege du champion au chief dor sera nostre
Seigneur si courroucé envers eulx quil ne les
respirera que bien peu . Mais sourdront a ice
luy temps les guerres dont ilz seront abiles, et
leurs negoces seront congueues plus clerement
que devant et ne leur vouldra ouyr ramente
voir , et saichez que tout celuy feront faire les
roltes dargent , que leurs portes auront bri
sées. Et sera abbatue celle du gouverneur par

terre. Ilz seront a celuy temps plains de deux


pechez. Le premier peché sera la luxure , et
lautre peché seront les rottes dargent , dont
ilz en seront si couverts que cent foys les ay
meront plus que Dieu . Saichant quils ne met
tront aucunement leurs pieds en lheritage ce
398
lestiel; et mal auront veu les délices terriennes

quant ilz en perdront lheritage celestiel : ilz


donneront les fauls jugemens souventes foys ,
et non pas selon rayson et justice , ains selon
rayson les rottes dargent. En celuy temps hon
nis seront a Dieu et au siecle
que lon yra
comptant par tout le pays , car celuy quiaura
plus dargent quant ilz yront a la court du gou

verneur , il gagnera le jugement soit a droict


ou a tort. Mais après icelle malice quilz feront
sera esleu un pape par le gouverneur que tous
ceulx que il trouvera qui donneront faulx juge
mens par convoitise , il les fera meltre en sa
cave ; et saichez que il dira apertement que
mieulx vauldroit quilz perdentle corps que les
ames : et escripvez que celuy pape sanctifiera
et fera de grans miracles en sa vie et après sa
mort.

De la nuble quise mettra sur une ville deGaulle nommée


Arras, dont ils mourront tous.

Descendra une nuble de devers le ciel qui se


mettra en une cité deGaulle que on nomme Ar
ras ; et ceste nuble ne partira jamais de dessus
ycelle cité jusques a temps que celles gens qui
a celuy temps seront trouvez dedens ne tres
passentdu siecle. Et ce leur adviendra pource
quila toucheront a celuy temps. Le roy de
399

Gaulle , et lautre qui sera après nen osera


prendre la vengeance .

De leaue qui deviendra chaulde.

Au temps que les terres seront courroucées


de donner ce quelles auront acoustuméde pop
ter, sera leaue aussi courroucée , dont elle de
viendra aussi chaulde souventesfoys comment
qui lauroit mise bouillir sur le feu. Il sera par
cequ'une grantmontaigne qui est assez près du
ciel ne pourra plus soubstenir le grant feu de
leaue chaulde quidevers le ciel vient; mais sera
pertuysée en maint lieu et courra leaue chaude
en la mer gelée , et sespandra partout non pas
par toutes les voyes , mais quant laspre vent
langoissera. Et saichez que leaue deviendra
toute sallée comme elle futau commencement.
Mais la raison pourquoy elle devient doulce ,
il advient que le vent angoisse tant leaue quelle
va jusques au ciel , et le ciel est de feu , etleaue
boult tant quelle devient doulce et va parmy
une grant forest toute de pierres ; et ceste fo
restvaenvironnant tout le monde , et est chaulde
comme feu . Et vient ceste eaue jusques aux
montaignes qui departent le froit du chault. Les
montaignes ontpertuys par ou vienteauedoulce
et court dessus les terres et dessouls et faict
400
maint pertuys et sespart parmy le monde tant
dessus terres comme dessoulz .

D'une eaue qui sera chaulde et froide qui sourdra dessus


une montaigne.

Est eaue chaulde en mains pays , car les


pertuys sont petits ; par quoy elle court toute
chaulde jusques, la . Et saichez que dune des
veynes dune montaigne est le pertuysen la mer
salée , dont leave court jusques en Lombar
die, et sera fait lepuys salé, dont se sera : rande
merveille . Emmy la grant mer ou leaue court
sourdra hault une montaigne moult haulte , et
dessus le sommet de celle montaigne souldra
une fontayne dont leaue sera chaulde dune
part et froide de lautre. La froide aura si grande
grace de nostre Seigneur Jesu - Christ que si
ung vieil homme en buvoit, il deviendra fraitz
et beau , et aura changé tous ses cheveulx , son
poil et toute sa façon.

De leau qui sourdra derant l'église de Sainte-Marie de


Roche-Madour.

Leave chaulde aura une aultre pertu que


cung homme ou une femme se ilz en beuvoient
ne demourroit riens dedant le corps fors les
boyaus seulement. La veine dont celle eau
court ystra du lieu dont elle va hors endroit et
se mellra emmy la mer pour la vertu de Jesu
401

Christ et pour ce quil vouldra que des hom


mes qui en celuy temps seront reviennent en
vie jusques au jour du jugement pour le tes
moing de ce qui adviendra du dragon ; aussi
comme es Yndes de ceulx qui virent aperte
ment le ressuscitement du frere du roy des
Yndes ; et seront en vie jusques au jour que
monseigneur sainct Thomas le fist ressusciter
par la vertu de Jesu -Christ. Ceulx des Yndes

sont prests daller a la fontaine qui ressort en


Egypte au jour de monseigneur sainct Jean
Baptiste ; et a celle fontaine reviennent jeunes
bacheliers comme ilz estoyentquant ilz virent
celluy ressusciter. Geste eaue vient du sainct
paradis ou jadis furent mis Adam et Eve . De
vant leglise Nostre Dame de la Roche Madour
sourdra une eaue aussi noire par semblant
comme arement ; et quanton la mettra en vais
seaulx , elle deviendra aussi claire comme
christal. Ceste eaue guerira les hommes de
leurs maladies quant ilz en buvront; et une
aultre eaue sourdra toute chaulde assez près
dune cité qui sera nommée Boulogue , et ceste
eaue aura grant vertu .
402

Des marchands qui auront envie lung sur lautre , et du


champion qui fera ardoir les mescreañs de la foy de
Jesus.

Il y aura au siecle ung peché entre lesmar


chans parquoy leurs ames seront en adventure

silz ne se gardent de celuy peché : et saichez


certainement que cest quant ilz ont une mar
chandise , ils ne taschent a aultre choses for's
que a ce quilz dient quenostre Seigneur donne
destourbier aux hommes quiont tellemarchan
dise comme ilz ont.
Car ilz ne cessent jusques a tant quilz ayent
efforcé ceulx qui veullent acheter de leurmar
chandise.Ceulx veullent estre telz commefut ja
dis Lucifer qui vouloit estre semblaut a Dieu ;
et ces marchans voulent que Dieu face lelles
Quvres quilz font et quil face a leur voulenté,
Il adviendra que en despit deulx fera Dieu ainsi
que vous dirai ; quant les maulvais hommes
vouldront quil face leurmauvaistie, il fera leur
honte ; et quant ilz vouldront quil face a sa
voulente il nen fera riens. Et ce adviendra pour
les maulvais hommes qui vont priant nostre
Seigneur quil face le temps a leur aise , le vent
et la pluye selon ce qui leur est advis que bien
leur advienne. Saichez certainement quilz ne
seront parfaictz en la foy de Jesu - Christ . Avant
que le dragon viengne ung champion sera cou
403
ronns dune couronné de fer en une chapellede
moynes ; et ne parlira dilec tant quil ait faict
ardoir grant plante de gens et seront plus de
quatre mille trestous mescreans de la foy de
Jesu -Christ ; car ilz auront maintenue unc
creance qui ne sera pas a louer.
La ou ilz seront ars viendra une si grande
pluye que la terre deviendra aussi molle comme
est celle de dessoulz leaue . Et ung peu après
sourdra dillec poix et souffre , et sen yra parmy
la terre ainsi comme fait le ruisseau dune for
taine , et de celuy jour en avant ne fauldra la
poix , et le souffre durera jusques au jour du
jugement : et saichez que a iceluy temps yront
les gens voir ceste chose a aussi grans mon
ceaulx comme si quelque grantmerveille estoit
descendue du ciel ; et si sçavoir voulez pour
quoy sourdront ce souffre et ceste poix je le di
rai. Et quant les pouldrez des corps des hom
mes et des femmes seront allées en abisme ,
saichez certainement que en despit de celle
pouldre sourdront celle poix et celuy souffre .

Du champion qui fera paix aux payens pour destruire les


meschreans chrestiens.

Sachez que celuy champion fera trefves aux


payens pour destruire les mescreans chrestiens
qui de Lombardie auront prins lexemple. Il
404
establiraó partout son empire , que si nul est
trouvé qui parfaictement ne croye la saincte
Trinité et les sacremens de saincle Église , quil
soit pris et bruslé et il sera faictpuisquille com
mandera . Car a celluy temps naura point de
guerre ; et si luy obeiront tous hommes , et si
sçavoir voulez de quel pays sera ce champion
extraict , sachez quil sera de Gaulle. Et quant
il aura destruit tous les mescreans chrestiens ,
lors les treves fauldront et sen yra dela la mer
es parties de Jerusalem avec le duc des mari
niers et avecques une grant partie des Fran
çoys et des Lombars que pour venger la mort
de leur lignaige sen yront avec luy : et après
tous les chrestiens sen yront avec eulx.
Les payens de Babilone avec les aultres
payens de Payennie se mettront encontre eulx ,
et lors quant ilz passeront la mer pour la foy
quilz auront envers Jesu -Christ , nauront les
payens encontre eulx durée. Avant ung poce
aura esté ung aultre ost par dela la mer aux

parties de Jerusalem dont ilaura osté la saincte


terre des mains des payens et la grant payen
nie , et ce aura faict le bon champion . Mais les
payens auront recouvré la plus grant partie de
ses terres . Mais environ le temps de l'incarna
tion de nostre Seigneur ,mil cinq cens vingt et
sept ans sera destruict le grant payen et pres
405
que tous : dont ilz ne' recouvreront jamais ne
leurs villés ne leurs chasteaux ne ce qui leur
sera tollu par le bon champion de Gaulle , et
qui presque tout le monde conquestra , et met
tra a force dessoubz lui toute Italie et Romme,
donc jamais ne sera recouvrée par les payens.
Du champion au chief dor qui donnera aux bons mariniers
tous les rivages de la mer ou il aura seigneurie .

Au'temps de ladmonestrement quisera faict


vers la cité de Virgille recepvera la cité d'A .
Salore a la semblance que fait le lyon de son
enfant , et de leur adviendra pour ung petit re
gnadel qni vouldra entrer en sa'cave ; et après
celle meschance en sera son retour, et ce leur
fera admonestement de lunion . Une cité de

: Constané, qui 0.sera nommée prendra unges -


trif vers S.', dont par cet estrif sera 'maint feu
allumé de une partie et daultre dont le pape qui
sera au temps en fera son pardon par ladmon
nestement de trois loups rapinans. Ce pardon
fera blasmer le' tyrant des cordes dont ceste
playe ne sera guerie jusques au jour du juge
ment ; etce adviendra pour maiņs maulvais pe
chez qui seront usés en celle contrée , et a la
court de celluy pape sans loy .
De la vertu dune eaue qui ystra dune croite .

Une eaue aura en une crolte assez près de


406
Argentat et de Tull. Ceste eaue aura si grant
vertu que ja ny entrera nul qui ne soit guary
de sa maladie et ne ira plusavant; mais en de
mourront si haytés que ilz diront: Ceste eaue
est saincte .

De la guerre qui sourdra dedans Milan.

Au temps que le fortis dont jay faict nen


tion en mes propheties naistra en celle mar
che que jay dict qui sera le mauvais change ;
environ celluy temps sourdra une guerre de
dansM. , qui durera jusques a ce que celuy for
tis la mette a fin , a la honte de la vieille cité
qui jadis fist loustraige aux Troyens.

De la traison qui sera pourparler dedans les Lombars,

Sera pourparlée une trahyson dedans les


Lombards que ains quelle soit achevée , vien
dra ung aultre qui la destournera si que les
Lombars en seront honnis. Il viendra encore
au siecle le temps que les chrestiens mettront
en oubly la saincte terre et le pays de Hieru
salem que les payens et les maulvais infideles
auront en leurs mains et en leur saisine. Et a
celuy temps seront les choses selon les cuvres
et selon leur foy : et selon quilz aymeront nos
tre Seigneur seront ilz aimés de lui. Lemonde
sera empiré si fort que partout sen yront les
407

gens disant quemauvaisement ayment leur sei


gneurie. Car ilz verront clerement que Dieu ne
gardera celle part ne tant ne quant fors selon
leurs ouvres que ilz feront. Et a celuy temps
en changera lair et le temps. Les choses sen
yront encontre acoustumance . Gar a ceste
heure la ne donnera ton nulles aulmosnes aux
povres , et seront exillés par toute chrestienté
povres hommes et femmes. Mais pon pourtant
des lors en avant quant la saincle cité de Hie
rusalem sera dehors des mains des payens ,
Dieu amendera le monde , lair , les vens , leaue
et toutes choses. Et saichez certainement que
Dieu sera courroucé vers les chrestiens jus
ques a ce quilz osteront la saincte cité desmains
des payens. Dieu se courrouça aux chrestiens
aulțresfois quant les payens abbatirent leurs
murs , tours et oratoires , jusques a ce que le
roy Luces se baptisa . Secourroucera aux chres
tiens qui ne garderont leurs terres , et qui ne
les recouvreront des payens si que leurs ne
rendront leurs bledz. Les citoyens enconman

ceront guerres lung contre lautre jusques a ce


luy temps quilz pourparleront de passer la mer
contre les payens ; nauront ilz paix à nostre
Seigneur jusques a ce que leurs tours et ora
toires furent reprinses des mains des payens,
Dlais Dieu tout puissant qui est misericordieux
408

et pitoyable a son peuple leur pardonnera apres


leurs faultes et des merites.

De la guerre de Pavye qui souffrera ung effroy et de la


grande lignée qui sera en Millan .

Souffrera la cité de Pavye grant effroy ;

mais ce sera la cité deMillan qui luy fera ceste


honte pour une grant lignée qui sera gardée
de Millan ; et si celle lignée n'eust telle tache
sur eulx , ils porteroient couronne . Mais icelle
malle tache les destournera de maint bon sei
gneuriage , et maint en recepvront pour leurs
efforts.
En France aura avant que le temps de peine
et terribleté trois grans arbres qui floriront et
auront feuilles , mais point ne porteront de
fruit qui vienne en meurisson ; et de leurs ra
cines naistront trois aultres arbres qui ne por
teront ne fleurs ne feuilles , mais de eulx nais
tront fruitz de la substance des trois arbres ;
et des racines de eulx naistra ung fion qui
substrera et destruyra moult : par lequel fion
seront reboutez les vers poignant qui ystront
de terre pour poindre le sang. De l'an VI jus
ques à lan XXX mettra peine chascun arbre
de venir à son entente. De lan XXX jusques
à lan XXXIIII verrez de ces trois arbres aul

cun tout jus abbattre; et sera ledict fion ravy


409

en dure expreuve. Jusques à LXXII ans ne


seront les planetes remises en estat , ne leurs
cours et conjunctions ne seront reparées , ne
ycelle prophetion ne sera averée . En lan de
lincarnation mil cinq cens et xxxiiij resviendra
bonne foi et bonne loy et bon ayr , et seur temps ,
paix , foy , verité et doctrine reviendront en
propre figure.

Cette prophetie trou veras à la fin dung livre nommé :


Stimulus divinæ contemplationis .

Environ le temps de lincarnation mil qua.


tre cens et cinquante ans regnoit un roy au
royauline de Perse . En après fut debouté de
son royaulme par les mescreans. Le dit roy
ensemble ses bons amys fuyans la fureur des
dicts mescreans, sen vindrent aux grans mon
taignes de Elye , furent long -temps la en con
tinuant le service divin et gardant les com
mandemens de Dieu . Avoit par la grace de
Dieu lesprit de prophetie , souvent disoit a
son filz et aux bonnes persones, que Dieu lui
avoit revelé advenir plusieurs choses. Et di
soit que environ le temps de lincarnation , mil
cinq cent vingt et sept , viendroit ung bon
roy et ung pape qui porteroit la chaire de
Rome en Jerusalem , et fera croire en Jesu
Christ tout lemonde , et destruyra tous les mes
18
410
creans et idolatrés qui ne vouldront croire nos
tre foy , et qui ne se vouldront baptiser. Et
totalement il destruira toutes maulvaises et per
verses loix et creances ; et alors convertira
tous maulvais Turos', idolatres et mescréans
à nostre foy de Jesu-Christ , et seront tous
destruitz ceulx qui ne y vouldront croire .
Au royaulme de France et ville de Poitiers ,
trouveras imprimée ceste prophetie et revela
tion devant dicte en ung livre nommé : Lebap
tesme de Sophie , roy de Perse.
. Le septiesme jour dumoys de decembre mil
quatré ćens quatre vingt et dix sept ans de l'in
carnation de nostre Seigneur Jesuchrist , nous
estions'en une cité de France environ cinq cens
personnes , et vismés du matin soleil levant jus
au soir soleil couchant une chose mer
ques
veilleuse et à la veoir bien terrible ; et est bien
le commun dit que Dieu etnature ne font
vray
rien sans cause . Vray est que en celuy jour le
ciel estoit bien cler en sa couleur perse. Et y
avoit au ciel ang cercle de couleur blanche ,
le soleil estoit au dedans du dit cercle et aux
deulx cotés du dict cercle par dehors y avoit
du dict'
es r e
deux espé en couleu blanch et a la pointe
de chascane estoit vermeille comme sarig. En
in 1999 ALT in
BENCHSITUT 141.
81
411
après en celle année le rog.Charles unziesme(1 )
mourut , et le roy Loys douziesme fut cou
ronné. Cest assavoir lan de grace mil quatre

centz quatre vingt et dix huit.


Lon de grace mil cinq cens quatorze , au
moys de janvier en France , y avoit un grand
clerc et philosophe a merveilles , homme de re
ligion et bonne vie , lequel philosophe ung soir,
en regardant au ciel , veit une planete ou ung
aultre signe , eten après quil eut très bien ploré
a merveilles sesmerveilla et feit très grandes
admirations, se plaignant comme lhomme fort
triste et dolent: fut interrogé pourquoy faisoit
ses admirations, dist que ce nestoit point sans
cause ; et que cestoit que le monde commelui
devoitplourer , dist iceluy philosophe que avant
que lon contast de lincarnation mil cinq cens
vingt et cinq ans , lEglise auroit plus a souf
frir , a lamenter et plourer et seroit plus per
secutée et grevée et troublée quelle ne fut de
puis la passion de nostre Seigueur Jesu -Christ.
Au royaulme de France y a une eresché
nommée Lymoges , duquel environ le temps
de l'incarnation Nostre Seigneur Jesu -Christ
mil trois centz quarante ans , en Romne eut
de suytte quatre bons papes, nommez Clement

(1 ) C'est une erreur manifeste seulement dans le nom


bre , il faut lire Charles huitième , fils de Louis onze.
412
sixiesme, Innocent cinquiesme , Urbain cin ,
quiesme, Grégoire unziesme, lesquelz quatre
bons papes furent de très bonne vie , remplis
de très bonnes vertus. Vray est que au -dedans
dudict evesché de Lymoges , y a ung grant
chasteau fort ancien et très bonnemaison nom
mée Turayne, de laquelle maison et chasteau
sont sortis deux diceulx papes. Cest assavoir
Clementsixiesme, oncle de Gregoire unziesme.
Pour certain a esté trouvé audict chasteau
une prophetie escripte en peau de parchemin
bien ancienne , environ le temps de l'incarna
tion de nostre Seigneur Jesuchrist mil cinq
cens ans, ainsi qui sensuyt,

C. Prophétie .

Par la grace de Dieu le createur, en coste


maison et chasteau de la lignée et sang dicel
luy, y a eu en Romme deux bons papes. C'est
assavoir Clement sixiesme et Gregoire un
ziesme. Et soyez asseurez que environ le temps
de lincarnation de nostre Seigneur , nostre
Saulveur Jesuchrist , mil cinq cens et trente
ans , de ceste dicte cvesché de Limoges sera le
troisiesme pape en Romme. Lequel bon pape
de Romme, natifde France , sera esleumiracu
leusement , et fera une grande et merveilleuse
413
justice dessus les maulvais et infideles chres
tiens , et miraculeusement reformera toute IE :
glise , reduyra et retournera en son premier
estat quelle fut commencée , et en Romme ja
mais plus ny aura pape de France. Et après
quil aura tenu son bon concille commencera a
faire guerres mortelles aux mescreans de la loy
et foy de nostre Seigneur Jesuchrist , et les
convertira le plus quil pourra a croyre et tenir
ycelle foy et loy de Jesuchrist. Et emportera
de Romme en Jerusalem la saincte chaire et
siege de sainct Pierre, lapostre de nostre Sau
veur et redempleur. Jesuchrist , pour leurs
grans et innumerables maulx et malices. Et
leur sera tolla le sainct siege et chaire , et a
merveilles et miraculeusement ledict sainct

pere de Rommedelivrera la saincte cité et terre


de Jerusalem des mains des mescreans. Et en
après toutes les terres du monde. Et presque
tous les mescreans de la foy et loy de nostre
Seigneur Jesuchrist convertira a ladicte foy et
creance de Jesuchrist. Et en tout le monde ny
aura aultre foy ne loy que celle seullement de
Jesuchrist. Et alors sera acomplye la saincte
parolle et prophetie de Jesuchrist , ainsi que
lo benoist sainct Jehan lapostre'la tesmoigné.
Et verrez a icelle saincte evangile qui se com
mence : EGO SUM PASTOR BONUS : Je suis bon
414
pasteur , et à la fin de icelle saincte evangile
vous trouverez : ET ALIAS OVES HABEO QUÆ NON
SUNT EX HOC OVILI, ET ILLAS OPPORTET MEADDU
CERE , ET VOCEM MEAM AUDIENT , ET FILT UNUM
OVILE ET UNUS PASTOR : Jay des aultres brebis
qui ne sont point de cest parch , et icellesme
fault appeller et mener , elles entendront ma
vois , et sera faict ung parquet et ung pas
teur.

Ceste prophetie et revelation divine devant


dicte trouverez au très chretien et très excel

lent royaulme de France sur tous excellens et


souverains royaulmes , en ladicte evesche de
Lymoges et au devant du dict chasteau de Tu
rayne, escripte en parchemin et enchassée dar
gent ; et fut trouvée lan de grace mil cinq
cens .

ICI COMMENCE LE LIVRE DE LUCIDAIRE.

Le disciple demande.

Maistre , je te prie très humblement après


les aultres choses que tu me diez ung peu de
lantechrist.

Le maistre repond :

Je ten diray voulentiers aulcune chose . An


techrist en signification est contraire à Jesu
christ. Gar Jesuchrist vint et descendit en ce
415
monde, mortel par humilité. Et lantechrist
viendra par grant fierté et par grant orgueil et
tyrannie : car Jesu -Christ exaulce les humbles
de cour , et les pecheurs a ramener a peni
tence. Et le maudict et pervers antechrist des
prisera tous les bons et exaulcera tous les pe
cheurs. Il vouldra vaincre les justes par illu
sions et faulx miracles. Et nostre Seigneur
Jesuchrist le fera occire par le benoist sainct
Michel archange , et sera trouvé mort de
mort subite par sa mesgnie . Le jour sera ab
bregé selon les elemens , car les jours fişeront
selon lordonnance de nostre Seigneur bien
brief. Mais avant que le mauldict antechrist
viegne et devant quil soit cogneu , il y aura
au royaulme de France ung moult ibon et
vaillant roy , et aura nom Gonfeain , et gou

vernera a merveilles bien le peuple de son


royaulme, et le tiendra bien en sa possession
cent ans et plus. Et le dict Confeain ira en la
saincte cité de Hierusalem ; il sera moult beau
homme. Et on son regne aura par toutes terres
des biens a moult grant plante, et les chres
tiens luy diront : Venge le royaulme des chres
tiens. Et il leur repondra que si fera il voulen
tiers. Lors chevauchera il par tout le monde ,
et ne demourra nul qui ne devienne chrestien ,
ne Juif , ne Sarrazin ; et si il y en a pulz qui
416
ne se veillentbaptiser , il les fera tantost mettre
a mort.
Il fera exaulcer la croix de nostre Seigneur
Jesu-Christ et sa loy. El a celuy temps ceulx
de Ethiopie et de Libie , viendront ser
vir a nostre Seigneur , et viendront donner
leurs ames a nostre Seigneur ; et quand tout
le monde sera ainsi converly et a ce que le roy
aura accomply deage de six vingtz ans ; a donc
viendront les Juiſz de par tout le monde et se
convertiront a la loy de Dieu , et se feront bap
tiser : et puis iront an sepulchre de nostre
Seigneur a moult grant joye. Et a ce jour sera
Judas sauvé et le peuple d'Israël enluminé .
Mais ce ne sera pas Judas qui trahit nostre
Seigneur , mais Judas fils de Jacob qui eut
nom Delya : et de celui yssitmoult grant li.
gnée de roys, de ducs , et de tous ceulx qui ont
puissance au monde. Et en ce temps se redres
seront contre le bon roy une maulvaise gent
qui ne croyent point en Dieu . Se seront les
gens de Gothz et Magothz que le bon roy
Alexandre fist ex fermer , et leurs terres exilez .
Ilz sont du pays ou nul aultre ne abite; et y a
douze royaulmes ; et ssont lant de gens que
nulne les pourront nombrer , et sont maulvais
et ordes gens. Et quand le roy oira ses nou
velles , il fera venir toute sa gent encontre
417
ceulz , et tantost ilz sen fuiront et le bon roy les
chassera et toute sa gent , et les occira tous.
Et quant la bataille sera vaincue , il yra en
Hierusalem et montera en mont dOlyvet et
mettra jus sa couronne. Et rendra son royaulme
a nostre Seigneur et demourra en paix,
La manière de la paix impetrée de la royne
du ciel et revelée au feu petit Martin Guerin ,
prestre de Toches , l'an de grace mil cinq cens.
Hæc dicit Deus firma non erit pax quam resc
credit habere cum mundo , nisi etiam habeat
cum Deo , et qui ex Deo et verba Dei audit.
Faciat rex edictum per civitates , villas et
loca sibi subdita quo solvatur emenda , pe
cunia arbitraria et parva a blasphemantibus
me nomen meum , matrem meam .
Croyez , croyez , croyez , de par Dieu roy
des roys , nostre createur , et de par le oy
nostre Sire.
On vous faict assavoir que nous , speciali
ter edocti de la grantmultitude et transgression
des saints commandemens de Dieu , pechez ,
maulx, offenses et blasphesmes que commettent
ces citez , villes et lieux subjectz a nous de sa
grace subalterne , Roi son très-humble servi
leur , que tous les blasphemateurs publicques
du nom de Dieu nostre roi souverain , ou de
sa mere la très-glorieuse Vierge Marie , seront
18 *
418

mis en amende pecuniaire , arbitraire et petite


ou equipolante par detention corporelle diceulx
blasphemaleurs en prison , ceps ou coliers pu
bliques au pain et a leaue jusques a satisfaction
arbitraire par les justiciers des dits lieux a noz
subjetz , par raison de nostre : souveraineté
temporelle , et de par nos commis esdits lieux ,
s
ung ou deux ou troi recepveurs selon la gran
deur des villes et citez , pour recevoir les dites
amendes pecuniaires , pour en faire selon le
bon plaisir de Dieu nostre createur. Cest
assavoir les cas qui sensuyvent , que ceux qui
blasphemeront en le renyant , renonçant,
maugreant ou despitant ou execrablement ju
rant par la passion de Dieu , par la chair Dieu ,
par le sang Dieu , par la mort Dieu , par le
corps Dieu , par les vertus Dieu et aultres
execrables sermens, villains et detestables tou
chant les parties de son corps : comme par la
teste Dieu , par le ventre Dieu , par les playez
Dieu et semblables .
Item , ceux qui blasphemeront, regnieront ,
renonceront , maulgreront ou despiteront sa
très-glorieuse mère, et notre très-digne envers
luy advocate la vierge Marie tant conjunctim
que divisim .
Conjunctim , comme en despit de Dieu et
de sa mère ; je renonce Dieu et sa mère
419

maulgre Dieu et sa mère et semblables exe


crables.
Divisim , commeen attribuant execrablement

choses indignes au merite et gloire de sa


dicle mere , comme dire quelle ne fut pas
vierge , et quelle fut conçue en peché origi
nel, et quelle nest pas bonne et aultres. Et
telle chose de erubescence juridique et maul ..
dicte heresie , et qui est horreur a penser
ne se doibt dire ne exprimer. Sermocrassescit.
C'est assez a entendre , et en ce faisant le roi
aura grantpaix universelle , et seculum conver
tetur ad Deum , prout vidit idem Martinus,
Loriginal de ce present edit de Dieu escript
en parchemin , est a monseigneur saint Gra
cien de Tours , lequel avoit apporté le dit pe
tit serviteur de Dieu de soy indigne et povre
pecheur au feu roy Loys , lan de grace mil
cinq cens , a Blaye pour luy bailler le dimanche
de la Trinité , qui a esté devant le premier di
manche de IAdvent. Et pourtant quil ne peut
avoir assez de temps de la presenter a sa
royalle majesté , le porta a Tours , presente et
le laisse sur le grant autel de monseigneur
saint Gracien , et a messieurs les doyens des
chapitres du dit sainct Gracien . Et dè monsei
goeur sainctMartin a baillé plusieurs escriptures
en papier contenus plusieurs visions a lay
420
faictes , et monsirées et revelées , comment et
pourquoy Dieu nostre createur vouloit acceler
la fin du monde , et asprement se courroucer
contre ycelui , pour les grans maulx et hor
ribles pechez qui si font ; sans ce qu'il n'a pas
escript plusieurs aultres visions et songes
comminatoires a lui faitz , pour la dissimula
tion et tardite , laquelle a esté en son esperit
eausée pour lincredulité du monde. Et se
vouloit excuser de ce faire envers Dieu . Vray
est que dautres foys a baillé le dit edit de
Dieu dedans leglise de Notre -Dame de Paris
a reverend pere en Dieu feu monseigneur
Damiens, maistre Jehan de Reli , confesseur
du feu roi Charles , desquelz les ames Dieu
absolve sans declarer les cas du dit edit.
Sensuit une oraison piteuse et pleine de
pleurs sur la desolation de la terre saincte et
saincte cilé de hierusalem ,
Qui est celuy fidelle et bon chrestien de
quelque estat et condition quil soit, aymant la
foy catholique, qui se puisse contenir de pleu
rer et larmoyer, et qui ne doive demander avec
le prophète Jheremie qui dit : Quis dabit capi
.

ti meo aquam , et oculis meis fontes lacry


marum ? Qui pourra donner a mes yeulx fon
taine de larmes pour pleurer la grant desolation
et fidelité de la sainte cité de Hierusalem , et
421
ur
du grant roy , scigne de toutes vertus ; quant
non pas seullement la cité saincte de Hieru
salem ,mais tout le pays circumvoisin el toute
la terre saincte de promission est ainsi hors la
main et domination des chrestiens , en laquelle
a esté prins le commencement et principe de
nostre foy et de nostre salut , acomply et con
summélæuvre de nostre redemption . Et qui est
chose digne de complainte et lamentation , a
grant peine y a il a present quarante bons cres
tiens catholiques en toute la dicte terre et en
toute la region quils soyent obeissans a nostre
mere , sainte eglise Romaine ; mais grant
nombre et multitude de infideles Sarrazins et

Apostatz de la saincte foy , y habitent comme


ci- dessus a esté declaré. Et est encore plus a
pleurer , gemir et larmoyer eomme chose de
moult grand deuil et douleur , plus que de
toutes les abhominations et maux qui sont en
toute la chrestienlé que en la dicte cité sainte
en tout et partout , et a lenviron se font des

maulx innumbrables el excogitables, et si grans


quilnest pointa penser,etnest pointa doubteur
que nos demerites en sont cause ; de quoy bien
devons souspirer que celle digne et très-glo
rieuse terre et pays de nostre Seigneur el re
dempteur par sá nativité , conversation , predi
cation et miraculeuses operations , et de son
422

digne et precjeux sang arrosée par sa digne


mort et passion , et par sa resurrection et glo .
rieuse ascension signifiée par si long espace
de temps comme par depuis qui fut deux
cens lxxxv ans en la seigneurie des chres--
liens. Etjusques a presens depuis celuy temps
a esté soubs la seigneurie et domination
des Turcz , Sarrazins et Payens , au grant
vitupere et deshoneur de nostre Seigneur et
de sa saincte ſoy, et pour nos faultes et negli
gences , et sans nulle double plusieurs deme
rites ; et n'est point seulement a plourer aux
bons chrestiens et catholiques , mais a recou
vrer a layde et secours de Dieu tout-puissant ,
pere de toute misericorde et consolation , et
crier fort incessamment de cueur par devotion
quil lui plaise davoir pilié et misericordc de
lautrepartie qui estdemourée en la chrestienté .
Et illuminet vultum suum super nos et mi
sereatur nostri. Veuillez enluminer sa digne
face sur nous et avoir de nous pitié et miséri
corde

Jadis le prophete Danièl mis luy et le peu


ple dIsrael en captivité , plourant sur les fleuves
et rivieres de Babilone pour come semblable
cause, prioit Dieu bien devotement, lequel a
present ensuyvront en disant : Peccavimus, o
Domine, injuste egimus, iniquitatem fecimus
in omnes justitias tuas; sed advertatur quæ
423
sumus ira tua et furor tuus a civitate tua
Hierusalem , et a monte sancto tuo, etc. Nous
avons peché, o Dieu créateur , nous avons
faict plusieurs maulx et injustices contre vos
tre voulenté et vostre saincte justice. Mais
nous vous prions devotement que vostre ire
et vostre fureur se oste de nous et de la saincte
cité de Hierusalem et de la saincle montaigne
ou est le sainct sepulchre de nostre Seigneur
pour nos pechés et les pechés des peres pre
decesseurs. Hierusalem les saincts lieux dicelle
sont mys en opprobre des Sarrasins et leur
suggession , et sont lesdits saincts lieux desho
norez des chiens mescreans et prophanes.
Vous plaise seigneur Dieu a present et main
tenant oyret exaulcer nos prières et oraisons,
etmonstrer vostre digne face sur le sainc
tuaire qui est comme desert et desolé . Veillez
regarder du sainct siege de votre majesté et
penser de nous encliner pour lhoneur et reve
rence de vous Seigneur Dieu vož oreilles , et
ouvrés voz yeulx et voyez nostre tribulation ,
et de la cité saincte en laquelle jadis a esté in
voqué et appellé vostre sainct nom . Vous estes
le Seigneur de tout le monde , et nest nul
qui puisse resister ; a vostre main et jurisdic
tion sont toutes choses , et toutes les fins des
terres , tousles drois de tous les royaulmes du
424
monde : et doncques seigneur Roy des roys ,
ayez merci et pitié du povre peuple chrestien ;
cas noz ennemys veullent destruire tout vostre

sainct beritaige de la crestienté : ne vueillez


pas depriser et habandonner l'heritaige que
avez acquis et racheté. Mais soyez propice et
ayde a iceluy affin que les payens et Sarrazins
ne disent pas ou est leur Seigneur Dieu : nous
vous prions et requerons humblement que a
eulx soit cogneu vostre pouvoir et puissance et
que faictes vengeance du sang de vos serviteurs
qniest et a esté par eulx infidelles et Sarrasins
respandu entre devant vostre regard . Regardez
les pleurs des povres chrestiens captis et pri
sonniers mis en ceps et en fers bien estroic
tement selon la grandeur de vostre inestimable
puissance ; mettez en vostre possession les en
fans des mors et mortifiés pour vostre saint
nom , et rendez a noz voysins ennemys au

septiemeselon les maulx quilz nous ont faict.


Nous sommes votre povre peuple et brebis de
vos pasturaiges. Et annunceront vos louanges
de generation en generation .
Sensuit une deploration compendieuse de
leglise et terre orientale .
Je estime que tout vrays catholiques et lec
teurs de ce livre est bien a douloir et plourer
et vehementement a soupirer veu pon pas
425
seullement est mise en erreur la saincte cité

de Hierusalem avec toute la province de Voy


sin et a elle adjacente , laquelle jadis “sappel
loit terre de promission ; mais tout le pays de
Orient dilate en plusieurs regions , royaulmes
et pays est tout heretiques et erreur contami
ner et conculque ainsi et tellement que est
chose a ouyr et veoir dolente , lamentable et
moult pileuse . O choses dignes de pleurs et
lamentations , helas : elle a esté gastéo , des
truite et exterminée et erradiquée par une
maniere de regaardeaux qui ont fait leurs
fosses et tenieres par quoy lont la toute sur
vertie et separée. Cest assavoir ce grant here
tique Artus Apolinar , Entides , Nestorius ,
Sabelius, Pellagius, Faustus et les aultresgrans
heretiques qui lont toute rompue et destruicte :
las quelle douleur , quel pitié ! las quel dom
maige , que ung porc sanglier de la forest
siguliere , beste saulvage est sallie . Cest assa
voir Mahumet est parti qui toute la dicle
vigne a froisée , rompue : qui est celui qui se
peult tenir de plourer qui veult cecy piteuse
ment considerer , voyant ladicte terre et noble
vigne labourée jadis très diligemment des
apostres et disciples de nostre Seigneur comine
le pays de Asie et sept eglises cathedrales par
monseigneur sainct Jehan levangeliste , et le
426

noble pays de Affrique , le très puissant pays


des Indes , et les très nobles pays de Grece
avec les aultres divers pays de la terre orien
tale en laquelle jadis estoit leglise nommée
dOrient tant digne , tant saincte , tant honeste
et venerable , de tant de si grans et excellens
sainset notables clercz , aournée , regie et gou
vernée , desquelz aulcuns reciteray, comme de
sainct Augustin , ovesque de Yponense , organe
especial de la sapience divine qui est dit la
pierre precieuse des docteurs , pere et mais
tre des theologiens , maillet fort et puissant
des heretiques qui fort illustra et illumina le
pays de Affrique de la presence doctrine et
saincte conversation , sainct Jehan Crisostome,
evesque de Constantinoble , qui pour la grant
doctrine et sapience de lai bouche. dor se
nommoit, qui en son temps illumina et gou
verna la dicte poble cité de Constantinoble ;

le noble sainct martyr Cyprion , de Cartage ,


Anastase de Alexandrie , sainct Jehan Dama ,
Gregoire Nysene, Grégoire Nasarien , Hylaire
de Poitiers , le grant Basile de Cesarée , et aul
tres, plusieurs très grans clerz desquelz la
saincteté et doctrine serait trop longue a reci
ter ; mais depuis lesdictes terres et pays ont
estées remplies de orties , de chardons et espi
nes. Helas ! comment tout est chansgé , et ce
427
que pour les estoit beau comme lor est tourné
en vilité comme boue ou fange ,qui est es rues
des villes ; cités ou sontmaintenant les nobles
eglises patriarchalles de Alexandrie , de Antio
che, de Constantinoble et de Hierusalem , des
quelz orateur ne sauroit dire et raconter les
louanges et dignités. dicelles. Helas , Romme,
dame du monde et maistresse , jadis elles
estoyent tes seurs a toy, devotes , obeissantes
et conjoinctes collaterallement.
Et jacoyt ce que tu obtiennes le premier
siege en dignité par monseigneur sainct Pierre
consacré et dedié , et Alexandre le second de
sainct Pierre , et de saint Marc evangeliste
fonde et consacre. Antioche en après de
sainct Pierre aussy , lequel regenla et gouverna
la par lespace de sept ans et puis la laissa a
monseigneur sainct Ygnace a gouverner et la
print le nom de crestien aux crestiens. En
apres Constantible que edifia et consacra le
noble empereur Constantin avec plusieurs ro
mains quil amena la après qu'il eut donné
Rome a monseigneur sainct Silvestre et a ses
successeurs, laquelle nostre Seigneur a dediée
et consacrée de son precieux sang ; toutes ces
nobles citez comme vierges après toi Rome,
dame du monde et princesse à toy servir et
honorer, venoient. Helas , helas , a present de
428
toy sont bien loing et longues infectées et cor
rumpues de heresies diverses decoupées de la
simplicité de la vraye foy catholique et comme
adultaires de leur vray espoux Jesuchrist
font fornication avec Lucifer , prince de dam
nation . Et ainsi en Occident et en ces parties

voysines nest et sourt le soleil dejustice , Dieu


gracesmercis reluisit très clerementeten Orient
Lucifer qui est cheut et Irebuché par son or
gueil de paradis a mis son trone et siege en
Orient. En Occident est la lumiere du monde,
le sel de la terre , et les vaisseaulx sacrement
ou dor et dargent. En Orient, obscurité ct
tenebre de ignorance et de erreur et de here
sies diverses et infinies. De la comment est allé
a perdition le pays de Orient destruit et du
tout mys 'a ruine et desolation , lequel a mis
et divisé la robe de nostre Seigneur inconsutile
et sans cousture depecée et mis par pieces, re
belle de tout en tout encontre Dieu et son
Eglise, qui ne veult cognoistre que elle soit de
lauctorité de Dieu qui dit a sainct Pierre qui
princt de lui son autorité quand loy dist : Tu
es Petrus, etc. Tu es Pierre et sur ceste pierre
je fonderay mon Eglise , et les portes d'enfer
ne pourront riens encontre elle ;. et lout ce
que tu liras en la terre sera lié au ciel , et tout
ce que tu desliras en terre sera deslié au ciel.
429

Ainsi Dieu seula fondé l'Église, laquelle a fon


a
dée sur la pierre de la foy eslevée sur icelle quil
baillée au portier éternel et temporel ; laquelle
a constitué chief et gon ; car comme lhuis se
lourne etmene dedans le gon , ainsi IEglise ro
maine ne les aultres toutes se tournent , ou
@uvrentou ferment. Cest a dire de son autorité
et puissance ; pourtant n'est point à doubter que
celuy qui estrebelle et inobedient ne soit he
retique . Et pourtantmonseigneur sainct Am
broise confesse soy ensuivir en tout et pour
tout sa dame etmaistresse saincte Eglise par
singuliere protestation. Et aussi monseigneur
sainct Hierosme au temps de la putrulation de
lerreur ariane qui fut en son temps, le siege de
sainct Pierre a Romeet la foy louée dela bouche
de nostre Seigneur se conseilla a ensuivir et a
tenir du tout en tout ; et aussi doivent faire

tous les fideles crestiens catoliques a lexem


ple de iceulx. La ou sera le corps la se con
gregeront et assembleront les aigles . Mais IE
glise de Orient et aveuglée nentant point ces
raisons ne ny veult acquiescer nullement, et
pourtant quelle est hors de larche de Noé, elle
perira et sera noyé en son erreur ; car hors delle
peult estre saulve comme tesmoignent tous les
saincts docteurs et les canons des saincts pères
papes de Rome, Car une est la saincte mère
430

Eglise immaculée,ayantung chief vivifie, deung


esperit fondée en une foy quelconque de celle
unité et fondation et société de sainct Pierre

se separent et divisent ilz ne peuvent avoir


absolution de leurs pechez. Et quiconque
mangera lagneau hors de ceste maison , il est
necessaire quil soit prophane .
TABLE

Livre de Bémechobus, évêque et martyr du Christ ,


traduit, par ses soins , de l'hébreu et du grec
en latin , traitant du commencement du monde, des
royaumes , des nations et de la fin des siècles , et
loué par le très - illustre et bienheureux Jérôme
dans ses opuscules. . . 2
La sibylle commence sa.prophétie . 14
TRAITÉ SUR L'ANTECHRIST , par le divin Aurelien Au
gustin , évêque d'Hippone. . 30
Prophétie de l'archevêque Sévère . 31
Quelques prédictions étonnantes révélées , en partie ,
d'en haut, et, en partie , annoncées par les confi
gurations des constellations célestes , concernant
l'état futur , tantspirituel que temporel, de l’Em
pire Romain , de la France , de l'Espagne , de
l'Angleterre , de la Daeie ,de la Hongrie , de la
Bohême. - Prophéties émanées de sainte Brigide.
de Suève , de la sibylle de Créte , de l'ermite Rey.
nard , do P. Cyrille et de l'abbé Joachim , de l'an
du Seigneur 1484 à l'an de notre Seigneur 1567. . 33
DivisiON DE L'OUVRAGE , • 34
BELLE PRÉFACE DE L'OUVRAGE . CHAPITRB
PREMIBR . . 35
Ptolonée et Aristote . . 39
CHAPITÄB 11. ** . La révélation divine ne doit pas être
cachée , elle doit procéder du grand au petit. . 41
CHAPITRE II: . 43
CHAPITRE IV . - Vertu de la Dirigation prouvée par
desexemples. 44
432
CHAPITRE V. Nombreux exemples anciens, de la
vertu des corps célestes.. 45
CHAPITRE VI. - La certitude du passé et du présent
fait foi de l'avenir . 47
CAAPITRE VII. – Diverses opinions des hommes sur
le cours des astres. . 48
CHAPITRE VIII. - Prière à la Sainte- Trinité. . 50
CHAPITRE IX . Qualités et dispositions des constel
lations. . . 52
CHAPITRE X. Durée de cette constellation .. 53
S & COND TRAITÉ commençant par le verset du Sauyeur :
Priez et suppliez , pontifs et clercs , empereur et
soldats . 54
CHAPITRE fer, - Commentla constellation et l'éclipse
prédites influeront sur l'Eglise du Christ et sur le
souverain pontife qui sera à sa tête .. i 55
CHAPITRE II, - Des fluctuationsde l'Eglise du Cbrist
et de son chef, sous le type d'Adam et Ève , nos
premiers parens , extrait de la révélation de l'abbé
Joachim .. . 56
CHAPITRE III. -- Révélation de sainte Brigide, vierge ,
Périls et schismes qui menaceront l'Eglise, par
suite de l'alliance des Allemands avec les Gaulois. 58
CHXFITAR IV.- L'auteur prouve par divers exemples
la force de la concorde et appelle tous les princes
et peuples à la vénération de l'empire romain . . 59
CHAPITRE V. L'auteur raconte les tribulations et
les périls qui auront lieu 23 ans et demi après le
temps de Fréderic III. 62
CHAPITRE VI. - Les révélations de Brigide montrente
l'Eglise troublée , au temps de l'empereur Maxi
milien ; par les "Français. Puis l'empereur Maxi.
milien règnera long-temps sous l'emblème du liop
et du lys.. 63
CHAPITRE VII . - L'auteur raconte la rébellion de la
433
Germanie inférieure contre Maximilien , roi des
Romains. Faits annoncésdans les prophéties d'une
sihylle et du moine Reynard . . 65
CHAPITRE VIII. Comment l'Eglise sera exposée
dans diverses parties de la Germanie par les élec
teurs de l'empire, sous l'emblême des sept anges. 67
CHAPITRE IX . Dissension dans l'Eglise vers l'an de
Notre Seigneur 1492 , manifestée par diverses ré
voltes , prévue et annoncée . 0 69
CHAPITRE X. Exhortation aux princes électeurs
pour les inviter à vigoureusement agir en faveur de
l'unité de l'Eglise et de la manutention de l'em
pire. . . 72
CHAPITRE XI. Il surviendra un nouveau prince
qui portera la guerre dans diverses parties de la
Germanie . Ce qui est prouvé par différentes fi
gures. • .
CHAPITRE XII. Après les persécutions, la paix;
après la passion du Cbrist, Pilate et Hérode de.
vinrent amis. 74
CHAPITRE XIII. - L'auteur enseigne que le transport
de la dignité impériale de l'Allemagne était figuré
par la transmission du bâton de saint Pierre à Tré
ves , et que la consécration de l'empereur appar
tient à l'évêque de Cologne. . . 78
CHAPITRE XIV . – Des tyrans ravageront l'évêchéde
Trèves et de Cologne. Le siège apostolique sera
vacant et désolé par la tribulation sous l'embleme
de l'ours et du loup . . 81
CHAPITRE XV . - L'auteur raconte que trois pontifes
seront déposés par le pape , à cause de leurs vices
et de leurs prédictions erronées. . 85
CHAPITRE XVI. - Comment, à cette époque , la
plupart desreligions se relâcheront de leur ferveur
primitive. Révélation de Joachim . 85

19
434
CHAPITRE XVII. - Origine des Francs, et leur état
futur , représentés sous les propriétés bonnes et
mauvaises du coq.. 87
CHAPITRE XVIII. Prophétie de sainte Brigide,
vierge , sous l'emblême du lys , croissant dans le
champde l'occident. . 90
CHAPITRE XIX.- Evénemens heureux qui attendent
le royaume de France. - Les trois lys mystérieux
du royaume très-chrétien . 91
CHAPITRE XX . Une grande prospérité attend le
Roi de France , qui suscitera des maux à l'Eglise . 92
CHAPITRE XXI. Le roi de Bohêmesuscitera contre
l'Eglise , et par les armes et par l'erreur ,de grandes
calamités , et il périra enfin honteusement.. 94
CHAPITRE XXII.- Les rois de Hongrie combattront
avec vigueur dans l'intérêt de l'Eglise . 97
CHAPITRE XXIII. L'éclipse annonce divers événe
mens malencontreux et prospères, qui arriveront
au ccmte palatin par le fait de l'empereur et roi de
France . 99
CHAPITRE XXIV. Les diverses positions où se
trouve le comte palatin , viennentde la rupture des
traités et de l'insulte faite à l'Empereur. 100
CHAPITRE XXV . Description de l'état futur de
l'empire , d'après vision de l'arbre de Daniel..
Narration abrégée de quelques combats entre les
fidèles et les infidèles. 104
CHAPITRE XXVI.- Prédiction d'une grave persécu .
tion soulevée contre l'Eglise par les Barbares , qui
sera apaisée par les Espagnols et les Hongrois.
Délivrance de Constantinople ,et guerres intestines
sous M. . 110
CHAPITRE XXVII. - Etat et dispositions perfides des
Juifs à cette époque. 13
CHAPITRE XXVIII. Divers exemples pour prouve
435
l'influence des corps célestes sur les choses d'ició
bas ... 118
CHAPITRE XXIX . Un docte et saint prophète sera
envoyé pour réfuter et combattre avec ardeur pla ,
sieurs erreurs attaquant la foi. . 120
CHAPITRE XXX . Nouveau roi qui promulguera de
nouvelles lois et des constitutions. 122
CHAPITRE XXXI. - Il naît un autre prophète , d'une
science admirable pour expliquer les oracles ; il en
annonce lui-mêmeau peuple. 125
CHAPITRE XXXII. Il viendra un moine fauả , by
pocrité , qui, à l'aide de signes mensongers , sé
duira beaucoup de monde et répandra du sang. 126
CHAPITRE XXXIII. - Il vien ha commeune espèce
d'antechrist qui séduire par des signes perfides et
ane doctrine orronée , les prélats et les princes de
l'Eglise.. 129
CHAPITRE XXXIV . Réforme qui sera faite dans le
rite et les cérémonies des chrétiens.. 131
CHAPITRE XXXV. - L'empereur, entrant dans Rome,
à main armée , fera subir de terribles persécutions
au clergé. ibid .
CHAPITRE XXXVI. Un saint homme sera sacre
pape; il réformerà , en peu de temps, d'une admi.
rablemanière., toute l'Eglise . Il. paraîtra après lui
trois saipts personnages qui, confirmant ses paro
les , continueront son cuvre. . . 132
TROISIÈME LIVRE . DE L'ÉTAT ORDINAIRE , DE LA
SOCIÉTÉ . . 134
CHAPITRE Jer. Diverses séditions en Bohême , en
Hongric et en Bavière; plusieurs ý périront de la
manière la plus imprévue. ibid .
CHAPITRE II. i 135
CHAPITRE III.- Etatdes villes de l'empire romain . ibid .
CHAPITRE IV . - Franconie et Terre-Rhénane. 136
436
CHAPITRE V. Terre de la Moselle , et étatde Très
VoS. 136
CHAPITRE VI. Evénemens qui se passeront en
France , en Picardie , et dans les terres voisines. 137
CHAPITRE VII. Sort réservé à la Pologne. 138
CHAPITRE VIII. Ce que la constellation présage
aux fommes enceintes. . ibid .
CHAPITRE IX . • 140
CHAPITRE X. ibid .
CHAPITRE XI. Les choses prédites peuvent natu
rellement arriver . . ibid .
CHAPITRE XII. L'influence des corps célestes
peut durer plusieurs années . 142
CHAPITRE XIII. - Productions do la terre. 144
CHAPITRB XIV . - Malheurs locaux en quelques
pays plus spécialement désignés. . 145
TROISIÈME PARTIE . - Avis aux lecteurs du 148
présont livre. 152
Principe des malheurs . . 154
L'hypocrisie sera partout. . ibid .
Les dimes seront dissipées en effusion de sang. 155
Pénitenco. Vestige du mage Simon .. ibid .
Confusion . Erreur . • ibid .
Elévation. Pauvreté. Obéissance. Chasteté. Destruc.
tion de l'hypocrisie . 156
L'hypocrisie sera abhorrée . ibid ,
Meurtre des enfans de Baal.. ibid .
La puissance des cénobites retournera à son ancienne
place.. ibid .
La simonie cessera . 157
Le pouvoir sera dans l'uoité . .' ibid .
Une bonne prière sera.comptée pour un trésor aux
pauvres... 1 158
Charité. ibid .
Règne de la concorde . ibid .
437
Bonne occasion . 159
Surcroit de dévotion ... . ibid .
Fin de l'explication du principe des maux. . ibid .
Le seigneur rassemblera les étoiles pour qu'elles bril
lent dans le firmament. . 160
Clé pour fermer et non pour ouvrir.. . ibid .
Il boira en mourantà la coupe de la colère divine. . 161
Tu es frauduleusement entré , tu as régné puissam .
ment , et tu mourras en géroissant. 162
Il trempera son étole dans le sang de l'agneau. . ibid .
Le loup habitera avec l'agneau . . 163
Il ravagera plus d'un pays.. ibid .
Cette image honteuse du clergé luttera contre la co
lombe. ibid .
Il fera luire six planètes , enfin son propre éclat scra
surpassé. 164
Il endurera de cruelles souffrances physiques.. . ibid .
Celui-là seul ouvrira le livre écrit de la main du Dieu
vivant. 165
Des fleurs rouges distilleront une eau odoriférante .: ibid .
Tu es terrible : qui pourroit te résister .. . . ibid .
.

Du pasteur angélique ; de sa bonté , de sa vertu ,


et de ses æuvres saintes : il paraîtra à la fia des tri
bulations.. . . 167
La foi orthodoxe règnera parmiles chrétiens . . . 168
Martin II , Adrien III , Etienne V , Formose I ,
Boniface VI, Etienne VI, Romain I, Théodore II,
Jean IX , Benoît IV . Ces 8 souverains pontifes se
succéderont à de courts intervalles sur le Saint
Siège. Je ne sais qu'en dire de remarquable : car
il n'y aurait que scandale à rapporter des débats
et des contestations, jusque là inouis dans les fastes
du Siège apostolique.. 172
Feuillet étonnant d'un livre trouvé, au milieu d'une
pierre par un Juif , dans la ville de Tolède. Il y
était question du triple monde, de la naissance du
438
fils de Dieu , de la vierge Marie , et de ce qu'il
devait souffrir pour le salut des hommes. o 174
De l'abbéJoachim , bomme extraordinaire . 187
De la bienheureuse Catherine, du troisième ordre des
Prédicans ; du don de prophétie par lequel elle a
brillé . 192
Pronostic du bienheureux Vincent , retrouvé dans
l'ancienne Viterbe . 195
Extrait d'un livre fort ancien de saint Thomas d'A
quin , écrit sur unepeau de chèvre. . 196
Fin du catalogue du livre , ou du chapitre onzième
de l'Italie . - . 200
Révélation des tribulations de nos jours ; de la ré
forme de toute l'Eglise , par la volonté divine ; de
la conversion prochaine et rapide des 'Turcs et des
infidèles à notre foi ,annoncée à Florence par Jé
rôme de Ferrare , aujourd'hui vivant, le dernier
des serviteurs de Jésus-Christ; par Jérôme Beni
venius, citoyen de Florence , hommage fidèle à la
vérité.. 204
Abrégédes révélationsde l'inutile serviteur de Jésus
Christ , frère Jérôme de Ferrare , de l'ordre des
Prédicans. 207
Epitre admirable récemment apportée de la ville de
Rome à Paris , à un homme de lettres. On у trouve
des révélations divines et nouvelles sur la vie d'un
frère mineur, et sur les deux vierges , dont l'une
est la vierge Marie . 347
Jean , de la Roche -Fendue , de l'ordre des mineurs ,
a annoncé beaucoup de choses sur les deux ante
christs : la désolation de la terre , la misère géné
rale du clergé, et la soumission de tout l'univers à
la foi chrétienne , ainsi que plusieurs autres faits
qu'ildit lui avoir été révélés par J.-C. Long -temps
ptif , il a beaucomp écrit sur l'avenir. . 353
Du signe de la croix empreint sur les vêtemens des
439
Juifs. . r : 553
Lettre du sérénissime roi de Hongrie au pontife
Léon X. . 357
PARTIE FRANÇAISE DU MIRABILIS LIBER .. 361
De la mer qui croistra dessus la rive hault comme
Les montaignes . . 363
Donc viendra ce peché entre les gens. 367
Du bon marinier qui aura lung bras long et lautre
court . , 368
Du bon champion qui ne souffrira a nul maulvais
i gaing. , 372
Des champions qui passeront la mer. . 373
Romanie qui tresbuchera pour la guerre du cham
pion qui mourra en contụmace. ibid .
De la famine qui sera en Rosie . 375
De l'Italie qui tremblera de joie et de pleur. 376
Dung esprevier qui sera roy couronné de trois cou
ronnes , et de lhomme de Turquie qui trois jours
gettera flambe par. la bouche.. . 377
Du pape qui sera ddeans Viterbe qui n'osera
n' regar
der Romme, . 380
De la desconfiture des Alemans qui sera entre M. et
B. en une vallée. 383
De la bataille qui sera devant M. dedans la marine. ibid .
De la guerre et de la paix de Milan .. ibid .
Du monde et comment il yra en empirant. 384
De l’oyseau qui paistra dung arbre et de la beste qui
naistra au desert de Babilone.. 386
Du poisson qui naistra au fleuve de Jourdain . 387
Des hommes et des femmes qui oubliront les velves
dames et les orphelins . . 388
Du maulvais sire et du bon marinier . . 389
Sachez que Dieu fera miracles maintz au siecle . 390
De ceulx de Gaule qui auront guerre aux payens. ibid .
Du preudhomme qui naistra en la marche Doulou
reuse .
392
Pour quelle cause la marche Douloureuse sera des
440
truite . . 392
Du grant dommaige que aura la marche Douloureuse
dedans soy. . 393
De la guerre qui sourdja parmi le monde. . . 394
De la guerre qui sera es parties de Jérusalem . . 395
Des griffons qui seront destruicts. . 396
Du feu qui viendra devers le ciel etse mettra en mer,
etde mer en seiche et terre , et de lespée qui des
cendra au champ de Butinoble . . ibid .
De la nuble qui se mettra sur une ville de Gaulle
nommée Arras, dontils mourront tous. . 398
De leau qui deviendra chaulde. 399
D'une eaue qui sera chaulde et froide qui squrdra
dessus une montaigne. 400
De leau qui sourdra devant l'église de Sainte -Marie
de Roche-Madour.., ibid .
Des marchands qui auront envie lung sur lautre,' et
du champion qui fera ardoir les mescreads de la
foy de Jésus. 402
Du champion qui fera paix aux payens pour destruire
lesmeschreans chrestiens. . 403
Du champion au chief d'or qui donnera aux bonsma.
riniers tous lesrivages de la merou il aura seigneu
rie .. 405
De la vertu d'une eau qui ystra dune crotte. ibid .
De la guerre qui sourdra dedans Milan.
De la traison qui sera pourparler dedans les Lom .
bars. . 406
De la guerre de Pavye qui souffrera ung effroy et
de la grande lignée quisera en Milan . . 408
Prophétie qui se trouvera à la fin d'un livre nommé:
Stimulus divinæ contemplationis. . . 409
C. Prophétie . : 412
Le livre de Lucidaire. 414

FIN .