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némonde

p niseete
`LE CORBEAU"
le grand
film

4 9

PIERRE
FRESNAY

PARAIT LES
2. ET 4 . JEUDIS
DE CHAQUE MOIS

6 H DE LECTURE
50 PHOTOS DONT
15 EN COULEURS
N° 22
PRIX 15 Fr.

Né au moment ce ie's8
Soleil cessait dans le se-
gt exaltation continue et dans un,
ambiance heureuse et stimulante.
cond décan du ivie du ci-St L4' Or le nom même d'Yvonne Prin-
Bélier, Pierre FRESNAY temps rappelle «symboliquement
est une nature assez VO- cette vibration qui lui est si
lontaire, franche, droite favorable.
et courageuse. Il est ani- Aussi, rien dans ce thème ne
mé d'un idéal élevé et laisse prévoir des épreuves senti-
doué d'une très grande mentales; toutefois il est possible
sensibilité qui facilita que vers la 58 ou 595 année, la pro-
la carrière artistique b la- gression du Soleil sur Pluton donne
quelle il était prédestiné. quelque légers soucis concernent
La conjonction Soleil- la santé du conjoint.
Mercure lui donne égale-
' ment d'excellentes dispo- SA REUSSITE ARTISTIQUE
sitions intellectuelles, le
don d'adaptation, l'éloquence et des faci- La vocation artistique était nettement
lités pour interpréter ses rôles. Le sextil de déterminée dans ce thème par la conjonc-
cette conjonction sur Neptune et Pluton tion des Luminaires avec Mercure .4
ajoute un sens profond de la psychologie Vénus l'art s'associant si l'adresse intel-
et permet également Pierre Fresnay de ligente et subtile, permet d'incarner sine
prévoir à l'avance le succés des pièces qu'il V•al nom Pierre LAUDIN111/11 multitude de personnages, toujours avec
doit présenter au public. ni la 4 avril 1897 f Perla, 2 rua un jeu nuancé, sobre et raffiné.
La dissonance de cette conjonction sur Vauquelin Deux (rée«. Marli à .5 14 ans, ln progression de Mercure sur
Saturne confirme le conflit quia pu se pré- Yvonne PrinNmps. Vénus détermina la première impulsion
senterast départ, lorsque se dessina la car- et décida Pierre Fresnay à se lancer dans
rière artistique, laquelle pouvait déplaire FORMATION ARTISTIQUE : Élève eu le théâtre.
à lu famille en raison des conceptions luté. Co aaaaaa mire (19141914 - Pension. A 18 ans, le trigone de Neptune sur Un; -
gros de son père qui aurait préféré pour naira * la Comedle.Françalt• t I 915). nus et celui d'Uranus sur Neptune faci-
son fils une situation plus intellectuelle rale eoclétalre, demhzIonnalre (1927)' litèrent son ascension.
et dans le cadre des traditions familial.. Conseille. artietlque du Theatre de la' Puis II progressa peu à peu et fit son
D'autre part, on remarque une con- Illehodière. Premier film: ••Au servie. chemin au théâtre et au cinéma maigre
jonction Lune-Vénus dans le signe du Tau-
reau qui semble jouer un rôle très Impor-
' de la F " (1919). "Victoire du la guerre qui l'immobilisa quelques arme.,
Cinéma Français” (1947 et 1950) • (entre 1915 et 1918).
tant dans la destinée de Pierre Frenay; en Grant Prix de PlInterprétatien C'est lorsqu'il eut atteint sa trente-
effet, c'est elle qui représente les disposi- troisième année, au moment où le Soleil
tions artistiques naturelles du Natif. Elle venait de progresser sur Vénus qu'il obtint
donne d'excellente qualités de coeur, une 111111111.111e. " V sa plus brillante réussite; cela cofficidals
grande tendresse et ajoute un charme in- avec sa création de . Marins . au théâtre
contestable qui favorise la vocation. Elle de Paris en 1930.
atténue l'agressivité foncière de l'in- muse dictée pur une impulsion du désir et
fluence solaire, rend sensible et calme, qui très souvent ne duus. Mais dans ce Depuis ce temps, Pierre Frescey a tou-
ajoute de l'assurance en soi et permet de thème, le domaine de lu passion cède le jours maintenu son rang de grand acteur
se dominer dans toutes les circonstances. pus â In très forte influence de la conjonc- et depuis son interprétation magistrale, de
On remarque surtout cette heureuse tion Lune-Vénus dans le signe du Tau- • Monsieur Vincent • en 1947, il s'est en-
position des luminaires en . Exaltation . reau qui souligne au contraire des senti- core allirmé comme étant une des plus
dans les signes de printemps, dont la ten- ments très tendres, durables et fixes dont grandes vedettes du cinéma, ce qui lui a
dance offre un très beau coefficient de on peut apprécier la douceur. valu (indirectement) un Oscar en 1948 et
chance qui devrait assurer de la plus belle Cette conjonction, sans aspect parti- la médaille d'or à la Biennale de Venise en
réussite. culier, bien située, indiquait surtout un 1947.
La conjonction Saturne-Uranus limite m'and amour né sous l'influence de la Ces succès sont dus à la grande conjonc-
également les tendances intrépidesi direction du Soleil sur la Lune et Vénus, tion Saturne-Pluton qui s'est produite en
auraient pu surgir dans la jeunesse tandis entre 28 et 32 ans. 1947 au trigone exact de sa conjonction
que le trigone de Mars sur Jupiter con- C'est sous cette influence que Pierre natale du Soleil et de Mercure.
firme lu loyauté, la sincérité de Pierre Fresnay rencontra et épousa Yvonne L'avenir de Pierre Fresnay est encore
Frescey qui, observera toujours une ligne Printemps, mariage qui se présentait donc plein de belles promesses, mais la con-
de conduite droite et nettement déter- sous les plus belles promesses astrolo- jonction Saturne-Uranus laisse prévoir
minée d'autant plus qu'Il méprise les bus- gi ques et que les faits confirmèrent que, seuls, les événements mondiaux peu-
vent stopper brusquement sa carrière.
s.ses et les compromissions de toute d'ailleurs par la suite. Depuis, en effet,
nature. près de vingt ans se soie écoulés et l'on ne Les prochaines années sont prometteuses
Son thème révèle donc une très belle cnnatt
o pas d'ombre autour de cette de nouvelles créations dont le succès
nature et ses qualités morales sont A la union parfaite. s'affirmera non seulement en France, mais
hauteur du succès artistique que nous lui Astrologiquement et symboliquement au delà des mers.
accordons tous puisqu'il est un des plus nous avons fait cette remarque curieuse ; ASTRADAMUS.
grands comédiens français. Pierre Fresnay est né avec les deux astres
les plus importants. situés en Exalta-
SA VIE SENTIMENTALE. tion • dans les signes de la saison du Prin-
temps: le Soleil en Bélier et la Lune en Note* 00000Mure
Généralement, les Natifs du Bélier font Taureau. Or cela indique que l'idéal du PHOTO HARCOURT
très jeunes une première expérience «mou- sujet sera soutenu toute sa vie sous une

I4,u .7. A /14 z-e .

/a. • 14 44./41.4 A e,.4 h ef W /iv!

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17,IV
LE COMEDIEN par PIERRE FRESXAY
En somme, rien ne parait plus légitime que l'anathème Si l'on considère, en outre, que, pour triompher de eee
es pEglise contre le comédien ce simulateur de la vie, conditions hostiles, le comédien de cinéma ne peut comp-
cet usurpateur de personnalités, cet « hypocrite «. Que ter que sur lui-mérne, je veux dire que, privé le ce champ
con « hypocrisie /I soit inconsciente et que, par une bizarre magnétique qui émane d'une audience assemblée, il doit
et complexe anomalie, elle implique môme, de sa part, s'animer et s'émouvoir sous les regarde également cri-
une sincérité et une innocence de coeur, cela peut le justi- tiques de lacaméra et des techniciens avec qui il ne peut
fier aux yeux des hommes ; mais mettez-vous à la place espérer trouver aucun accord d'ondes sensibles, on mesure
des défenseurs de la morale clirétienne : une créature qui combien ce comédien, habitué peut-étre au chaud silence
vit une multitude maies, qui dissimule son visage sous de la !mène, â la eùre continuité du spectacle de théâtre, à
une multitude de ues, qui prend tour tour l'appa- l'intime échange magnétique avec un public venu pour
rence du vice et de la vertu, perturbe assurément l'ordre a'abandonner, combien ce comédien peut ce sentir perdu
moral. Il est juste, sans doute, que le comédien Mt* choisir dans ce désert d'indifférence.
entre les joies d'une vie multiple en ce monde et celles Une comparaison plus poussée entre l'art du comédien
d'une vie éternelle, mais uniforme, dans l'autre : on ne de théâtre et celui du comédien de cinéma n'a pas sa place
peut pas tout avoir. ici. Elle poserait d'intéressants problèmes, et complexes.
Dee compensations plue essentielles encore sont offertes JI faudrait se demander d'abord s'il existe bien deux
au comédien de cinéma : une popularité qui laisse loin races de comédiens : le cinéma le prétend, qui affirme
derrière elle, au moins dans le préeent, celle des plue qu'on peut, qu'on doit même chercher à former des
grands serviteurs de l'humanité, les inépuisables eatie- comédiens de cinéma en leur laissant ignorer les secrets
faction. de l'autographe et de l'interview, l'adoration du théâtre il est permis de penser autrement et que les
mythique des foules; avec cela, on peut affronter toue les lofe du jeu pour la caméra ne se découvrant, avec quelque
jugements, môme le dernier. certitude, que par opposition aux lois de la scène.
De tous ceux qui collaborent â la réalisation d'un film, Il faudrait se demander ensuite si, placé dans des condi-
l'interprète est celui qui en tire le plus d'avantages d'ordre tions moine favorables que l'acteur de théâtre, l'acteur
matériel et prestigieux ; cela est admis et pourtant, de cinéma ne se trouve pas, en revanche, devant des pro-
n'est-ce pas le plus sûr témoignage de ce qu'il y a quelque blèmes d'interprétation plus aisés â résoudre ; ai les textes
chose de pourri dans le royaume du cinéma ou, pour qui lui sont offerts ne sont pas, jusqu'ici, plus élémentaires,
éviter l'injuste excès ou nous entralne trop facilement la s'ils ne lui épargnent pas la recherche du style, le cinéma
citation, que ce quelque chose n'y est pas encore tout â ee contentant d'un style qu'il orée plus par l'image que
fait en ordre? par le mot; si, en définitive, l'objectif, le micro, le décou-
Un art où le créateur véritable n'est pas le premier page et le montage ne libèrent pas le comédien de presque
n'est pae un art. tout souci de transposition et de cadence ; si l'exiguité du
A l'auteur et au metteur en ((cène de s'arranger entre champ ne le dispense pas de savoir se mouvoir et e'expri-
eux pour démontrer lequel des deux est ce créateur véri- mer par gestes; si, en un mot, ce que le cinéma exige de
table; il y a bien à dire là-dessus : les intéressée n'y man- l'interprète, ee n'est pas plutôt l'art de laisser se dégager,
queront pas. â force d'authentique présence, une personnalité réelle,
.• . que celui de composer un personnage et de lui donner
la vie.
A ce décalage, en faveur du comédien, de la hiérarchie Si cela était, on en pourrait conclure que « l'hypo
des valeurs cinématographiques, on découvre deux criais du comédien de cinéma est moine flagrante que
raisons : celle du comédien de théâtre et que c'est lui qu'est permis
La première est que, dans presque tous les cas, le créa- l'espoir de réconcilier définitivement la prolesaion avec
teur (quel qu'il soit) borne ses ambitions artistiques à les défenseurs de la morale chrétienne.
des bute modestes D a « â viser bas e, une tendance qu'il Dans cette réconciliation, il sera tenu compte aune
justifie par cet aphorisme commode « Le film s'adresse onedoutons pas, de ce qu'en dépit d'une gloire et d'une
et doit plaire â tous les publies o. Il défend, en général, fortune facilement acquises, le comédien de cinéma fait
aseez mollement cette première place qui devrait lui sur terre une bonne partie de son purgatoire.
revenir dans l'admiration publique.
La seconde est que l'interprète eût, au moine par eon
reflet, encontact direct avec le spectateur : il en profite ;
les absente de l'écran ont, Malgré le générique, toujours tee
tort.
Il est juste d'ajouter que la presse d'information ciné-
matographique ne tente rien pour établir une hiérar- Pierre Fresnay, dans le rale de «Thomas». le e prêtre laie.,
chie normale, puissamment encouragée qu'elle est dans de u Dieu a besoin des Hommes ».
oette attitude par le producteur et nullement combattue
par les Pouvoirs Publics. Mais c'est là Paepect commercial
et politique de la question il échappe à cette rubrique.

On pourrait se divertir à chercher, sans y croire, dans


cette partiale préférence du public pour le comédien, une
sorte de réparation au préjudice que lui causent incontes-
tablement les conditions imposées à son travail.
On est allé jusqu'à écrire qua, dans la réalisation du
film, cette opération hybride où l'esprit et la matière
concourent et s'opposent à le foie, le comédien n'inter-
vient qu'à titre de « matière première e. C'est simplifier
à l'excès la question. Ce qu'il semble juste d'affirmer,
c'est que le comédien sur le studio, céda le pas au bois,
au staff, â la peinture, â le mécanique, â la pellicule, à la
lumière, en un mot, à l'argent c'est seulement lorsqu'a
e été satisfait à toutes les exigences matérielles que le
comédien est admis é dire son mot, ou ses mots ; et, comme
la matière est plus rebelle encore que l'homme, c'est
l'intervention humaine qu'on expédie.

A la base de toutes les difficultés que le comédien doit


vaincre sur le studio, on retrouve cette prépondérance
de l'argent et de la matière : c'est elle qui oblige l'inter-
prète à exécuter dans l'immédiat, sans ineubatior du
dere et de façon irrémédiable ; elle, qui lui interdit
saisir ce personnage dans son unité et de le suivre dans
sa continuité, qui le condamne à ne prendre avec lui, à des
instants de son évolution dont l'enchaînement chronolo-
gique t bouleversé, que de brefs contacts ou l'intuition
es que le sens critique ; elle enfin qui, par le grouil-
joue plus
lement de cette usine pouesiéreuee et bruyante qu'est le
studio, le prive de toute possibilité de recueillement, de
tout moyen de défendre son potentiel nerveux et sensible.
Y;1.1'9 /`,

Un de Ses premiers filins muets Avec jean Angelo (agenouille) a Marius n, con plus Brand sassée, Avec Orene Demazis dans
« Les Mystères de Paris ». dans «La Vierge folle n (1919). è la scène comme a l'écran. cc Fanny » de Marcel Pagnol.

:,ésar » dont par Salm») I.,, « Arne de Clown », un des are- Premier film arec Y. Printemps Avec Antonin Artaud, dans
,ourné 4 pfs:a près « Mar.«. ». 'niers films parlant. de F « La Dame aux Camélias » « Kcanigsmark » de M

Contrairerneht arte que l'on pense généralement, les


débuts de Pierre Fresnay au cinéma ne datent pas de la
Sa carrière
naissance du parlant. I. Marius .., qui tut son premier fameux ciné-romane à épisodes, dont la vogue était alors
griând succés cinématographique, n'eet pae, comme on très grande. C'est dans n La Bâillonnée », dont les inté-
l'écrit encore très souvent, son premier Mn, rieure étaient tournés au premier étage d'un immeuble de
Layremier film dans lequel apparut Pierre Fresnay Vincennes, que Fresnay fait ees seconds débuts au cinéma.
aVait été tourné quelque quisse ans plue t6t... exactement Par la suite, Charles Burguet lui confie un petit râle dans
eh 1915. T1 avait pour titre ti France d'abord .., un titre la première version des Mystères de Peuls n, dont
ui était, d'ailleurs, à lui seul, tout un programme... Huguette Duflue, Gilbert Dalian, Bérangère et Georges
d'époqui, car il s'agissait d'un mélodrame de Style Lannes étaient lee vedette.. Ce dernier, à quelque temps
héroso-cocardier destiné fi exalter le patriotisme des de /à, décide de porter à l'écran Le petit Jacques », de
combattants. Fresnay avait alors dix-huit ans. Trois Jules Claretie, et il fait naturellement appel, dans la
années de guerre, et une année d'occupation en Rhénanie distribution de son film, a celui qui avait été son partenaire
interrompirent sa carrière de comédien. dans « Les Mystères de Pari. s. Suivent alors Le Diamant
Démobilisé en 1919, il reprend sa place à la Comédie- Noir s, d'André Hugon, d'après le roman de Jean Aicard,
Française et ne se soucie guère du cinéma pendant la et les abracadabrantes et palpitantes aventures de u Ro-
période du "muet" cambole », réalisées par Marean et Pierre Maudru.
Pourtant, de 1922 à 1927, il tourne toute une série de ces La Vierge Folle », mis en scène par Luits-Morat, est
le dernier film muet tourné par Pierre Freenity, en com-
pagnie d'Emmy Lynn et de Jean Angelo, qui devait dispa-
mitre tragiquement, quelques années plus tard.
En 1930, le film perlant français fait son apparition,
Avec Marie Sondant «Le roman « Sous les Yeux d'Occident », et l'on entend pour la première fois sur l'écran, la belle
d'un jeune Homme Pauvre ». arec M. Simon et M. François. voix chaude et flexible de Fresnay, dans » Ça, aussi, c'est
Parie!»
La mémo année, Pierre Fresnay crées Marius » sur la
scène du Théâtre de Paris. Le succès est tel que les diri-
geants des studios Paramount décident d'acquérir les
droits d'adaptation cinématographiques de la pièce de
Pagnol. Celui-ci accepte, A condition de pouvoir assister
â la réalisation du film. Pagnol se méfie, mais Alexandre
Korda, chargé de la mise en scène, ne trahira pas son
ouvre. Et c'est le départ de Pierre Fresnay pour la Cane-
bière, avec toue les autres inoubliables interprètes de la
pièce Raimu (César) OraneDemasis (Fanny), Charpie
(Peel...), Vattier (M. Brun), Dulles (Escartefigue).
Fanny » est porte à l'écran l'année suivante, par Marc
Allégret. Le cinéma français n'en est encore qu'à l'àge du
théâtre filmé. Aussi ne sommes-nous pas surpris de voir
Pierre Freenay interpréter, pour l'écran, en 11934, un
autre très grand succès de la scène, ce La Dame aux
Camélias ». Pour la première foie dans un 111m, il a pour
partenaire sa femme, Yvonne Printemps, qui personnifie

Lieuteaaaa du Carma dans


«M•de,mols•lie Docteur».
Capitaine de Boieldieu dans « Le
Grande Illusion», de jean Renoir.
Il joua avec Rate de Nagy
« La Bataille SlIencleus• ».
Policier, in,
Il se rasa le art. pour in- Il était le mari de Nadine Vogel M. de Sa., entent d, Adrienne Dans «Trois Valses n se femme
le bagnard «Chéri Bibi ». dans « Alerte. Midi u. Lecouvreur »(Y. Printemps). était encore sa partenaire.

n La Charrette fantôme » an Avec Raimu dans « Le 0.1», Dans e Le Dernier dei Sis o, ... qu'Il
Il reprit -cc C.Meessin
fit un mauvais garçon ivrogne. qu'il mit lui-mime en scène. Il sréa le célèbre policier Wene.., habite au 21 » Delair.

par ses films tard, dans go La Grande Illuaion oo, il 'revêt, 0 itoyveau,
cette marne tenue à laquelle il fait coudre an galon supplé-
mentaire pour personnifier l'arrogant et froid capitaine
Marguerite Gautier. Des scènes entière. sont tournées de Boieldieu. C'est avec ce même uniforme qu'il rejoindra
à Bougival, dan. le jardin méme qui fut celui de Marie d'ailleurs, en septembre 38, lors de l'alerte de Munich,
Duplessis, la vraie Dame aux Camélias. Fernand Rivera, Reims où l'appelait son ordre de mobilisation. Mais cette
qui mit le film en scène sous le supervision d'Abel Gance, fois... il ne s'agissait plus de cinéma. et l'ordre de rappel
nous a conservé le souvenir amusé de ces jours de tournage ne s'adressait plu. au comédien Pierre Fresnay, mais à
dans son livre, c 50 ans chas les fous oo,. son alter ego, le capitaine d'infanterie Pierre Laudenbaela.
Après l'Are du théâtre filmé, s'ouvre celle du roman Fresnay, pourtant, ne semble pas avoir' un goût (ciné-
filmé, et nous retrouvons Pierre Fresnay dans l'adap- matog-raphique) bien prononcé de l'uniforme. D accepta„
tation d'un livre célèbre de Pierre Benoit dit-on, de tourner n Chéri-Bibi oo, au lendemain de o La
mark oo. La distribution est nettement cosmopolite puis- Grande Illuaion oo, pour échapper aux dangers d'une
qu'elle réunit, outre les artistes américains John Lodge nouvelle spécialisa ion.
et Elissa Landi, l'acteur anglais John Loder et plusieurs Lee producteurs ne lui proposaient' plus que des rôle.
nomadises français, Jean Max. Jean Yonne] et, dans une de militaires. Pierre Fresnay tint à montrer qu'il était
de ses dernières créations cinématographiques, l'étrange capable de faire autre chose et, your le prouver... il ne fit
poète Antonin Artaud. Entre tempe, Pierre Fresnay raser le crâne pour incarner le bagnard I/ Chéri-Bibi c.
Joué é Londree un petit rôle dans un film anglais qui fait
connaltre au monde entier le nom de son prestigieux
réalisateur o Alfred Hitchcock. n s'agit duremarquable
o L'Homme qui en savait trop o, dont Peler Lorre et
Leslie Banks étaient les vedettes. A la première scène
du film, on volt Pierre Fresnay converser en anglais, en Avec Rot. eeeeee dans I' et avec Som Carrier dans
dansant le fox-trott. Mata là •'arréte cette apparition car, « La Main du Diable » L'Escalier cane Fin a (1943).
â la séquence suivante, le personnage qu'il interprète
n'eat plus qu'un cadavre, et ce décés suspect déclenche
le mécanisme mystérieux du drame policier, qui va
s'animer en imagea angoissantes.
0 Le Roman d'un Jeune Homme Pauvre oo, quoique
réalisé par Abel Gante, n'apporte aucune consécration
supplémentaire au talent de Pierre Fresnay. Habile
comédien, il tire élégamment eon épingle du jeu et donne
un regain de vitalité à ce mélodrame poussiéreux, qu'on
a eu bien du mal* rajeunir. oo Sous les yeux d'Occident oo,
où il est un étonnant révolutionnaire illuminé, et a César oo,
dernier volet du tryptique marseillais de Pagnol, lui
assurent, en revanche, la place de choix qu'il ne cessera
plus, désormais, d'occuper dans le cinéma français
c'est-à-dire la première, qu'il partagera de longues
annéesâtvec Gabin et Raimu. 1.837 set l'annae de con grand
succion. elle débute pour lui avec oo Mademoiselle Doc-
teur .N.tte Pabst. NOUS le voyons pour la première fois en
uniforMe d'officier. Lorsqu'il tourne, quelques mois plus

Près d'y. Printemps dans une


comédie, « je suis avec Tel o,
Amnésique de dans
« Le Voyageur sans Ba gagas ».
Gangste r ' '''o,
Fil e«.t:d '''''''''' grâce i a Le . et messin réfugié dans un
orphelinat e Le visiteur
SA V, PAR SES FILMS...
(SUITE)
Pour la même raison, lorsqu'on lui proposa de tourner
g, Le Puritain c, il demanda aussitôt de personnifier le
commissaire de police Levan, et non Ferriter, l'étrange
maniaque de la pureté, car ce rôle — qui devait être
confié à Jean-Louis Barrault — ressemblait un peu à son
précédent perIionnage de Razurnov. Autre exemple c'est
Gabin qui devait jouer dans « La Charrette Fantôme »
de Duvivier. L'affaire ne se fit pas, et Fresnay reprit le
rôle. Sa remarquable composition de ce mauvais drôle,
ivrogne et querelleur, apportait enfin la preuve éclatante
que Pierre Fresnay était le seul acteur français capable
de tenir n'importe quel rôle et d'adapter son prodigieux
talent à la personnalité des héros les plus divers.
A la veille de le guerre, nous vîmes ainsi Fresnay
incarner avec beaucoup d'allure le galant Maréchal de
Saxe dans « Adrienne Lecouvreur gg, de Marcel L'Herbier.
Yvonne Printemps, qu'il retrouvait comme partenaire
dans ce film, l'entratnait ensuite dans le joyeux tour-
billon musical des « Troie Valses », orchestrées par
Ludwig Berger. Elle lui donnait également la réplique,
avec Raimu, Raymond Rouleau et François Périer, dans
g, Le Duel » ' dont il assura lui-même la mise en scène,
ainsi que l'adaptation, en collaboration avec Henri-
Georges Clouzot.
C'est le mime Henri-Georges Clouzot qui écrivit les
dialogues du premier film qu'il interpréta en 1941, au
lendemain de sa démobilisation « Le Dernier des Six g,
d'après un roman de S. A. Steeman. Fresnay jouait le
personnage, maintenant légendaire du commissaire
Wens, et Suzy Deleir — dont c'était le premier grand
rôle — celui de son exubérante compagne Mi/a Malou.
L'année suivante, le même couple était à nouveau réuni
dans « L'Assassin habite au 21 », dont Clouzot signait
cette fois, la mise en scène. Auparavant, il avait tourné
«Le Briseur do Chaires », avec Blanchette Brunoy, Charles
Dullin et Marcelle Géniat. Puis, de 1942 à 1944, il fut la
vedette du « Journal tombe à 6 heures » de g, La main du
diable » et ',, L'Escalier sans fin avec Suey Carrier et
Madeleine Renaud, de « Je suis avec toi », d'Henri Decoin,
H Yvonne Printemps et Bernard Blier, et surtout du
« Corbeau o, de Chavance et Clouzot, qui lui permit de
faire du docteur Germain l'une de ses plus saisissantes
créations cinématographiques. « Le Voyageur sans Ba-
gages », de Jean Anouilh, fut le dernier film qu'il inter-
préta avant la Libération. Ce n'est qu'en 1945, sous les
traits d'un gangster quivenait résipiscence, que
,'ous le revîmes dans « La Fille du Diable o. Après
Le Visiteur» et «Les Condamnés., «Monsieur Vincent»,
de Maurice Cloche, devait lui apporter laconsécration
suprême de sa brillante carrière cinématographique :
« Monsieur Vincent », le création la plus marquante de Pierre
F qui lui valut la « Victoire » et un Grand prix à Venise

au prix de l'interprétation mascu-


line que lui décernait la Biennale de
Venise, s'ajoutaient la » Victoire o
du meilleur acteur français de l'année
et cet « oscar » exceptionnel remis
par l'Amérique à celui qui avait été
« l'âme même d'un grand film ».
Depuis, Pierrel Fresnay n'a, pra-
tiquement, pas arrêté de tourner.
Après «Barry», »Au Grand Balcon 0,
« Vient de paraître g> et « Le Valse
de Paris », de Marcel Achard, il est
maintenant la grande vedette du film
de Jean Delannoy, « Dieu a besoin
des Hommes », dont l'action se dé-
roule à vue de Sein. L'immense
talent de Fresnay est, pour nous, la
meilleure garantie que celui qui fut
il y a vingt ans, un si parfait méri-
dional dans e, Marius n, sera aujour-
d'hui, avec autant de vérité et de
naturel, le rude et violent héros
« Les Condamnés ». de G. Lacombe, fut Dans « Barry », il incarnait Théotime,
le sixième film qu'il tourna avec sa femme. un moine du Mont Saint - Bernard. breton, imaginé par Henri Quefellec.

Le célébre compositeur Offenbach, épris


Pionnier de l'aviation civile, arec :e pilote Dans « Vient de Paraitre ». où B. Brunoy d'Hortense Schneider (V. Printemps) dans
Georges Marchai. dans » Au Grand Balcon ». était la femme de son poulain Rellys. « La Valse de Paris ».
Pierre Fresnay créa, il r a plue de quinze ans, c« L'Hermine u, Le voici vec Yvonne Printemps et j. Serna, dans la dernière
une dm toutes premières pièces noires de jean Anouilh. pièce qu'ila louée à le PI ich44,,,• I «Du pâti, de cher Proust e

... et par ses


'EST en 1911 que Pierre Paris se le disputent. Ses mimes ne se comptent quelque temps, Ms ruant les attitudes et les
Fresnay monta pour la plus II orée « Noé e, d'André Ober, au Vieux- gestes des Oubliants u Vieux-Part, s'assimilant
première fol. sur la scène. Colombier, « Cette vieille canaille de Minière., ce fameux notent d la Canebière, qui devait
Sous le pseudonyme de « Le Miracle e de Sacha Guitry, e La ligne de étonner jusqu'à Raimu lui-mitine lorsqu'Il
Pierre Vernet, il interprétait tour • et « Valentin R Désossé a, de Claude- revint dans la capitale:
un petit Mie dans « L'Ai- André Puget, « Teddy and Partner in, d'Yvan Depuis lors, Pler e Frenay a connu bien
grette e, de Dario Moro- Noé, « La Race Errante e, de François Porche, d'autres grands suc ès sur la scène. Rappelons
demi, aux celés de la e L'Hermine e, une des premières pièces de seulement, pour mémoire, « Trot. Valses où
grande Réjane, vedette de Jean Anouilh, dont II reprendra plus tard, Il était partenaire d Yvonne Printemps « Léo-
ce spectacle. Il avait alors à la Miebodière « Le Voyageur uns Bagages cadis e, de Jean A Will, « Pére e d'Edottard
quatorze ana et, poursui- • après Caver joué 'également sm Bourdet, et, plus ré miment, « Auprès de ma
vant ses études à tirant IV, N'en Cornard le réclame, et II crée é Londres, blonde • de Marcel Achard, et • Les Mu/s de
éprouvait pas mai de en anglais, une excellente pièce de cet auteur l'Autruche a, d'And 6 Roussin, et « Du côté de
difficultés à persuader sa britannique e Conversation Pièce « chez Proust de Malaparte — créés à la
famille de sa vocation De Londres, également, Pierre Frenay ramè- Michodière. On al , d'ailleurs, que, dans ee
théâtrale. Heureusement, l'oncle de Pierre, le nera, un peu plus tard, le manuscrit d'une comédie théâtre que dirige a femme, Pierre Fromm
comédien Claude Carry, réussit é vaincre mes « French Without Toms in, qu'il adaptera en joue, en quelque s rte, le raie de conseiller
dernière. résistances familiales et, sur ses français, en collaboration avec Maurice Sachs artistique et de metteur en lectine.
conseils, le jeune homme fut autorisé à te (l'auteur du « Sabbat e), mus le titre de
présenter au concours d'entrée du Conservatoire. « L'Eourie Wallon e.
Reçu en novembre 1914, Il entre dans la classe de Nais le erand triomphe de Frenay, reste as-
Georges Beer. C'est là que Jules Truffer, direc- surément «Marius • qu'Il créa en 1980, au thé.,
teur des études classiques, le remarque, le tre de Paris... eue la Relie même où 11 avait
recommande à Albert Carré et le fait engager débuté »Ise ans plus tôt, auprès de Réjane.
à la Comédie-Françalee qui avait dû interrompre Il est une anecdote à propos de la création de
ses représentations pendant Roi, mois, par mite « Marius n, qui mérite d'être rapportée, car elle
de la mobilisation d'une grande partie de ses souligne, la grande conscience professionnelle de
interprètes Fresnay Celui-ci abandonna, un jour, les répéti-
Tout en suivant les con du Conservatoire, tions de • Marius » car il sentait qu'Il n'entrait pas
Pierre Frenay joue done sur la scène du Théâtre d'une façon totale dans la peau de son personnage.
Francais les principaux rôles du répertoire Et It partit pour Marseille, on 11 vécut pendant
Demie dan. « Tartuffe e, Aeaste, dans • Le
Misanthrope xi, Léandre dansa Les Plaideurs e, Pierre F homme de
et Merlo, dans «Les Jeux de l'Amour et du Ha- accompli, écoute les indication. de Paul
sard •, où Julia Bartet, e La Divine alors Géraldy oui guideront sa mise en scène
épée d'une allègre soixantaine, lui donne la de u L'Hornes» de joie u. (Ph. Lipide:hi).
réplique dans le rôle de Silvia... ea soeur cadette!
Mobilisé fin 1016, Il est nommé pensionnaire
du Théâtre Français, et a la joie de jouer
« Britannicus a à la représentation de début de
de Max, peu avant de rejoindre son régiment.
La guerre terminée, il reprend, en octobre
1919, sa place au Français, et est nommé
sociétaire, é liège de vingt-six ans. Mats, en 1927,
écœuré par les Injustices et Ise abus dont il est
témoin, Il reprend sa liberté, eu démissionamt
avec éclat de la Maison de ?dollen.
Frenay part jouer quelque temps en pro-
vin., puis il regagne Paris on le thélitre Sarah
Bernhardt l'accueille pour la reprise de « Cyrano
de Bergerac O. Dé, lors, toutes les scène. de

En lettrine Marie., vu et dominé


par P. F .
Pierre Fresnay a posé C. portrait peu Un aspect Inédit de Pierre F
au...démission de la Comédie-Française, le metteur en scène de cinéma. Il n'a réalisé
(en 1927) il gardait le sourire. qu'un seul film, « le Duel » en 1940.

S'Il est un acteur qui défend jalon- façonné par une longue hérédité d'an-
liement le seuil de sa vie privée, c 'oint cêtres luthériens? Quand il était
bien Pierre Fresnay. II n'est guère à la Comédie-Française, certains
de journaliste qui puisse se vanter artiatee envieux, jaloux de (ion succés,
d'avoir franchi la porte de son appar- le surnommaient déjà ', le eale petit
tement de Neuilly ou le porche de mea protestant ». Et comme devait d'ail-
maison de campagne, en Seine-et- leurs le faire justement remarquer
Marne. Pierre Fresnay reçoit toujours Gabriel Reuillard, ce protestant...
les reporters au théâtre, dans sa loge proteste de tout son être, non pas
ou bien au studio. Il trouve le tempe, pour lui, mais pour défendre l'hon-
entre deux actes ou deux plana d'une neur du comédien compromis, à son
scène de film, de répondre avec beau- cens, par certaines douteuses intri-
coup de courtoisie aux questions qui gues ourdies dans les coulisses de la
lui sont posées, à condition toutefois Comédie-Française. Et ceci nous
que celles-ci ne concernent point sa dévoile un second trait de son carac-
vie sentimentale. Cette pudeur a tère sa probité qui est aussi grande
quelque choee d'émouvant car nul que sa passion pour le théâtre. Il hait,
n'ignore le grand amour qu'il porte en effet, l'injustice et le meneonge et
sa femme, Yvonne Printemps. Leur n'hésite pas, pour faire éclater la
roman dure depuis près de vingt ans. vérité, à se battre courageusement,
Cette passion inspire le respect même ei son adverealre est plue
tous ceux qui entourent ou appro- puissant que lui. Le pro.). qui Pp op-
P. F montre à Y. Printemps et S. chent le grand acteur, pour des rai- posa au Théâtre-Françe ai (et qu'il
Renan< la médaille de la Biennale. (Ph. Agip) son. profeeeionnelles. Gagnés eux- perdit, d'ailleurs), en reste la
mêmes par cette atmosphère de meilleure preuve. TI faudrait enfin
respectueuse dévotion, ils ne parlent ajouter que Fresnay semble faire
qu'avec une admirative discrétion de assez peu de cas des flatterie. que lui
ce couple merveilleusement uni. adressent avec trop d'obséquoeité les
ss Pour bien parler de lui, confiait perpétuels flagorneurs et thurifé-
d'ailleurs Micheline, l'habilleuse de raires qui gravitent dans l'orbite
Pierre Fresnay, dans ss Vient de dee grands artistes.
Parait., 1,, il faudrait commencer Mais notre portrait serait incom-
par elle et finir par elle ». Et aussi : plet si nous noua en tenione à ces seule
ss Elle passe avant même nos travail traite de caractère. Pour bien com-
et avec lui, cela veut dire beaucoup ». prendre le personnage, il convient en
Cela signifie, en effet, beaucoup effet de le replacer dans eon milieu
pour un homme qui se dépense, cane familial, qui influença fortement son
compter, quotidiennement : tournant comportement.
le jour, jouant la comédie le soir,
lisant des manuecrits de pièces quand
lel rideau s'est baissé et trouvant
Déjeuner au studio, lors de le réalisation
encore le temps de donner un avis de «La Valse de Paris o. Fresnay porte un
toujours juste et sincère au jeune toast à sa femme qui n'a pas eu I• tempe
comédien qui e sollicité de lui une
audition. Avec un tel régime, de se changer.
Pierre Fresnay oublie seule-
ment de déjeuner. Très cou-
vent, il doit ee contenter d'un
sandwich, hâtivement avalé,
quand il ne doit pas, purement
Lee lecteurs de CINEMONDE lui attri- et simplement, renoncer à son
bué en 1947 la « Victoire » du repas de midi. Les exigences
meilleur acteur français. de son travail le contraignent
usai à sacrifier, parfois, quel-
Pierre F félicité par l'Ambassadeur ques-unes de cas précieuses et
des État-Unis, reçoit l'Oscar d eeeee à à gourmandes bouffées de fumée
«M. Vincent ». (Ph. Agip) qu'il prend plaisir à tirer de sa
pipe liane ses rares instants de
détente. Male et l'on a la chance
exceptionnelle de pouvoir saisir
Pierre Fresnay à se moment
précis, il ne reste plus qu'A
écouter, sa voix m agnifique,
qui prend des accents d'enthou-
siasme lorsqu'elle parle du
métier d'acteur. Et il faut voir
avec quelle intelligence et quelle
ferveur Fresnay parle de ce
métier... de son métier.
La foi et l'amour qu'il a vouée
è n'auraient-ils pas leur
source dans con tempérament
L'heure du puisa Marseille autour de Aujourd'hui. Pierre Fremay • pour voi-
cette table, on reconnait Marcel Pagnol, ture une Chevrolet. Mals auparevent II
°rano Dormais et P. F condulealt lul•même cette 201 Peugeot.

Pierre Fresnay doit sans doute


l'étendue de sa culture et son amour
des belles-lettres é la formation uni-
versitaire qui était de tradition chcs
les Laudenbach. Le père de Pierre
Fresnay était professeur 8 Saint-Louis
et son grand-père l'avait êta au lycée
Buffon. C'est pourquoi, tout enfant,
Pierre Fresnay fut, en quelque Sorte,
voué à l'enseignement. La déception
de ses parents dut être grande lorsque
le jeune homme affirma, haut et clair,
que l'enseignement n'offrait uc aun
charme â ses yeux. Il voulait étre
acteur et il le fut grâce à un autre
ombre de sa famille, qu'il convient
d 'évoquer ici :
Sans Claude Garry, en effet, nous
n'aurions sans doute jamais connu
Pierre Fresnay. Claude Garry était
l'oncle de Pierre et nous avons expli-
qué plus haut comment, à force de
patience, il réussit à fléchir la déci-
sion de la famille qui ne voulait pas
entendre parler de théâtre. Mais
l'opinion de Claude Garry avait du
poids, et quand il affirma que 'son
neveu manifestait des dispositions
pour l'art qu'il servait lui-même
avec autorité, on ne discuta plus. Son
jugement était sans appel. Il fut même
le premier à montrer à son neveu les
perspectives nouvelles que le cinéma,
alors naissant, offrait à un comédien
expérimenté, en prêchant d'exemple
et en acquérant une solide réputation
de vedette de l'écran avec Notre-
Dame de Paris ». u Le Supplice d'une
mère ro, or Le Poison du professeur
Rouf!» et quelques autres filme tour-
nés, â la veille de la guerre de 1914.
Mais les années qui suivirent offri- Len de in Grands Nuit de Perla, en 1948, Entre deus prises de vues de a Barry w,
rent au jeune Pierre Fresnay de toua Pierre F , dans le cirque dressé mus Pierre Fresnes, qui a retrouvé es pipe arec
autres sui ets de méditation Versé la Tour Eiffel, déclama le poème du Clown plaisir. règle hâtivement ses affaires, par
de Banville. (Ph. Agie) téléphone.

eucomivement aux 1E8", 79' et son de son travail harassant,


112' régiments d'infanterie, il Pierre Fresnay n'avait pas pris de
revint en 1919 à Parie avec le vacances, depuis plusieurs années.
grade de sous-lieutenat, après D s'est accordé, cependant, trois
trois années de guerre et une mois de congé, cet hiver, Juste
d'occupation en Rhénanie. Mais avant de tourner Dieu e besoin
la ville de Colmar que son père des Hommes er,
avait ail quitter, au lendemain C'est au Maroc, avec sa femme
de le guerre de 1870, était Yvonne Printemps qu'il a passé
maintenant redevenue française. ces 90 jours de repos. Mais il
En1939, Pierre Fresnay fut de nou- est douteux qu'il puisse reprendre
veau mobilisé et il regagna un des vacances d'ici un an, car déjà
régiment d'Infanterie, avec le
grade de capitaine.
Que vous dire de plus sur cet
de nouveaux eeénarii a'accu-
ulent sur sa table de travail,
voisinant avec les manuscrits
acteur qui puisse nous livrer un des pièces de théâtre qui lui ont
trait nouveau de se personnalité? été proposées. Du bon travail en
Noue avons déjà révélé que son perspective sans nul doute et nous
métier accapare toute sa vie. Pré- n'avons que lieu denous en féli-
cisons que le studio où il accueille citer. Fresnay, aussi, qui va se
les journalistes devient aussi par- replonger dans son atmosphère
fois le seul endroit où il puisse familière de précipitation et de
recevoir ses amie, pour leur parler va-et-vient continuel entre. le
et discuter avec eux, durant les théâtre de la Michodiére, Neuilly
brèves minutes de pause entre et les studios de la banlieue pari-
deux scènes! Ajoute,ns qu'en rai- sienne.
Réalisation de Henri-G Clouzot
Scénario : Louis Chayance
Adaptation et dialogues
H.-G. Clouant et L. Cimente

Interprétation :
Rémy Germain Marra F
Denlee Ginette Leclerc
Laure Micheline Prancey
Verset Pierre Larquay
Distribué par A. G. D. C.

TIOURQUO1 ma fuite aveugle devant le..., non, soit qui mal y pense. Je la suivais d'un regard On m'avait appelé :1 la dernière minute, pour
P les fantômes qui me poursuivaient s'était-
elle arrêtée à Saint-Robin, tomme une
plus attendri que de raison quand elle circulait
dans la grande salle de l'hôpital (elle était assis-
un accouchement. La rage qu'ont les paysannes
de transmettre la vie chez elles, dans l'atmos-
flèche parvenue au bout de sa trajectoire? Je tante sociale, et les malades l'aimaient beaucoup). phère familiale et rigoureusement antihygié-
serais bien incapable de le dire. Peut-être que J'al même été jusqu'à lui écrire une lettre, une nique, loin de tous les secours que peut offrir
j'avais roulé tout le jour comme un fou et que vraie lettre de collégien, toujours, où il était un hôpital ou une clinique. La plupart du temps,
l'Inutilité d'aller plus loin m'était soudain appa- question de compréhension des *me., d'amitié cela se passe bien d'ailleurs, male nette fois la
rue (les bornes kilométriques effacées ne met- idéale et autres fadabes; j'en nt un peu le femme n'était plus de la prime jeunes», l'enfant
tent pas un centimètre de plus entre une *me nausée quand j'y repense, le moine souvent se présentait mal... J'al fait ce que j'al pu, en
et ses souvenirs... ou ses remorde). Peut-être poulble. mon tme et conecience. Et puis, j'al vu que le
parce que la terrible fatigue physique m'avait Heureusement, cette lettre-lé, Laure n'a pas poule de la parturiente s'affaiblissait. Et j'al
enfin terrassé. Peut-etre, tout simplement, parce eu l'occasion de la lire au moment où elle aurait agi comme toutes les fibres de mon être phy-
que la petite ville m'était apparue si calme dans pu nous embarquer tous deux dans une hietoire sique et moral me commandaient de le faire,
son cirque de collines, sous la protection de ses idiote. J'avals eu le tort de la laisser train« dans nomme j'aurais voulu qu'on agisse si cette
rempart., si simple et et confiante avec eus rue. la poches d'une de mes blouses, je l'ai retrouvée femme avait été ma femme. J'ai sacrifié l'enfant
vides offertes au clair de lune et ses mais.s entre les mains de l'infirmière-major, Marie pour sauver la vie de la mère.
blottie. d'un clocher sans morgue, que j'y Corbin, qui n'était autre que la sœur de Laure Quand Je suis sortie, je ne m'attendais pas à
avais vu une promesse de vie douce et monotone, et l'ex-flancée de non actuel beau-frère, Vorzet. des remerciements, non, mals tout de mémo la
d'engourdissement bienheureux. Ce sont là des choses qui n'arrivent que dans yes douleur de la grand-mère (enfin, de la vieille
— Tu parles! comme dirait Denise... petites villes où tout le monde est parent de tout femme qui aurait pu être grand-mère, si...) m'a
Ce soir-là, j'ai dons couché à l'hôtel du Lion le monde. Enfin, je n'a pas eu le temps de tirer bouleversé. Et noue autres, docteurs, nous n'avons
d'Or, et le lendemain, j'al trouvé une chambre au clair les vrais sentiments de Marie Corbin. pas le droit d'être bouleversés. Nous sommes
cher le directeur de l'école, un nommé Saillons, Voulait-elle sauvegarder la vertu de sa sœur seuls en face de nous-meme pour prendre la
qui n'avait rien de remarquable, S part son nom, et l'honneur de son beau-frère, ou sa surveil- décision que nous estimons devoir être prise.
qu'une sœur trop belle et une fille trop précoce. lance avait-elle des motifs moins purs? Toujours Nous pouvons nous tromper, mais noue savons
Ce n'est d'ailleurs ni pour la sœur ni pour la hile, est-il qu'elle venait visiblement de prendre con- que nous avons tait pour le mieux, et nous
ni pour les saines Joies d'entendre le enfanta naissance du poulet que )'avals oempesé à sommes à l'abri des remords. Après tout, elle
piailler dans la cour de l'école 1 l'heure des l'intention de Laure. Ca ne m'a pu fait plaisir, aurait été bien avancée, nette pauvre vieille, sl,
récréations (moi— les enfants!) que j'al élu oe je lui al arraché la lettre des mains et je l'al dans mon stupide entêtement à lui donner,
domicile, mais parce que la chambre était propre, déchirée, puis je suis sorti en claquant la porte. quand mime, un petit fils, j'avale laissé mourir
commode et pas trop loin de l'hôpital... Je n'avais pas fait trois pu qu'une pensée m'est sa fille, sa Mie qui, dans quelques mois, pourrait
Et j'ai recommencé ma vie— la vie étriquée, venue :j'avale laissé les morceaux de la lettre mettre au monde un autre enfant, mieux venu
réduite aux etrica mouvements indispensables par terre. Je suis retourné dans la pièce en toute que celui-cl. Je savate ce que c'est, mol, que
des grands convalescents. Je n'al pas eu grand lutte. Marie Corbin, à genoux, les ramassait, et d'attendre une naissance, de préparer un ber-
mal à me donner pour me constituer une nou- etrement pu pour les brûler. Il était temps que oeau, et de se trouver soudain, brutalement,
velle clientèle. Le docteur Bertrand, un assez j'intervienne. en lace de deux cercueils. Pourquoi tous mes
bon praticien, mals Insupportable de suffisance, Out! La vie S Saint-Robin commençait à ne genœllt semblaient-Ils m'en vouloir de leur
le docteur Delorme, le médecin chef de l'hôpital, plus être si monotone que ça. épargner un sort dont je connaissais l'horreur?
brave type, mais abruti par l'alcool et par sa Elle n'allait pas tarder même à devenir un Pourquoi mon collègue Bertrand quand je lui
femme; le Docteur Vouet, le médecin aliéniste, peu trop mouvementée pour mon goût. al appris que l'avait selon la formule classique,
un homme d'âge, et le docteur Germain, votre Ca a commencé par une lettre encore. Pas a eauvé la mère », a-t-fi remarqué d'un ton lourd
serviteur nous conetituions à nous quatre tout le ne que j'ai écrite, comme celle de Laure. Pas de sous-entendue « C'est la troisième fois en
corps médical de Saint-Robin. Les femmes, les m ême une que j'ai reçue. Mais une lettre dans six semaines »?
enfants avalent confiance en mol... Les enfants... laquelle 11 était question de mol. Elle était Je sais maintenant ce qu'us pensaient. L'Igno-
Bref, au bout de quelques mois, avec le envice adressée au médecin-chef de l'hôpital. Elle ne ble épithète qui est accolée à mon nom dans la
qui m'avait été confié à l'hôpital, j'étais de s'embarrassait pu de clauses de style. Elle disait, lettre du Corbeau, Ils l'avalent donc tous pré-
nouveau suffisamment occupé pour ne plus pen- tout simplement sente à l'enfuit.
ser à grand'ehose. Vigil ivrogne, (l'épistolier connaiesail bien Pouah!
Et tout doucement, la cicatrisation se faisait. Delorme) l'alcool te trouble la vue. Tu ne VI:1U Si encore le Corbeau s'en Malt tenu là! Mais
Un jour, par exemple, j'ai remarqué que la pal le ouatée de Germain l'avorteur qui déalzo- la maladie de la lettre anonyme est mentie.-
femme du docteur Vouet était très belle. noie ton luipital, ni tee tripara0cv rte fore économe, ment épidémique. Au bout de quelques loure,
Trente ans de moins que son mari, au minimum, etc... Il y en avait pour tout le monde. Et toutes les notabilités de Saint-Robin, ou presque
de lourdes treeses blond« auréolant un visage n'était signé Le erebean toutes avaient reçu leur paquet. Furent ainel
tuia pale, un petit air fier et nomme une implo- Ainsi )'étain Germain l'avorteur, pour Saint- dévoilées les petites malhonnétetes de l'économe
raiton au food des yeux immenses. Ca n'est Robin. C'est ainsi que la petite ville avait tenu de l'hôpital, Bonnet'', le coupable intérêt porté
bon pour personne quand on commence à lire les promesses de calme et d'apaisement qu'elle porté par Delorme L la filin dudit Bonnevi, la
trop de choses au fond des yeux des femmes des m'avait chuchotées, des mois plus tôt, quand je làcheté du Colonel Main, berna de ?daguet,
autres. Oh! je ne désirais pas Laure Worset. l'avais vue pour la première fois au claie de lune. embusqué notoire, l'indélicatesse de Rolando,
Non, mais je commentais à l'admirer dangereu- Qui avait pu lancer ce bruit inf..? Soudain la fille de mon propriétaire Saillons qui, demoi-
sement, je l'ornais, comme un collégien roman- je revis une scène qui s'était déroulée quelques selle des postes, ne se annalt pas pour pulser dans
tique, de mille vertus Idéales pureté, bonté jours plus tôt dans une petite ferme proche de la cals., et le cocuage dis quelques autres per-
angélique, abnégation, que sais-je encore. Honni la ville, et dont j'avais été l'un des protagonistes. sonnages de second plat. Le malheur, pour la
salubrité morale de la ville en général, et pour Peu trop généreuses et qui, de par leur dispro- poitrine pour que je sois enfla forcé de lui mettre
mol en particulier, c'est que presque toutes ces portion même, semblent vivre en marge du des ventouses — et des ventmem on ne
accusations étalent motivées, basées sur des reste du visage leur Me Indépendante et sensuelle. peut pas les mettre sur la chemise, esse-ce
faits connus de tout ou partie de la population. Voilà pour le physique. pas!) — j'avale dom poussé sa porte sans faire
Et nomme toutes ces lettres comportaient au Au moral, Je mains hies que Denise ne soit de bruit, par habitude profeulomelle.
moins une allusion à « Germain l'avorteur n, Iss pu étouffée par les principes. Son , Mon- Denise n'était plus dans son HL Elle se tenait
gens étaient naturellement tentés de centre que le Meer le Directeur d'Emle Saillons, m'a raconté debout, en chemise, devant la glace de sa coif-
Corbeau, si bien instruit des tares saint-robl- pas mal de ses turpitudes, et le crois qu'Il en s feuse. Elle a eu l'air gêné en me voyant, et
noises, était également bien renseigné à mon passé, des meilleures. Il a hébergé pas mal de cela aussi, c'était inattendu.« Je me préparais à
sujet. pensionnaire« successifs dans ma chambre aller voue voir, m'a-t-elle dit. Pour parler avec
L'oiseau a sais e la avant mon arrivée, et le sale que Denise les • mus de nette affaire de lettres anonymes. On
charmante ttention de m'adressertà moiper- tous voulus... et tous eus. Tous, mut un vieux vous traite de farceur, de menteur, de bien ph
sonnellement une lettre ainsi conçue valétudinaire et un boy-scout. s Et encore, encore. Ça peut être grave pour mus o.
Petit déboehé. a soupiré le pauvre Saules,, pour le boy-smot, — Qu'est-ce que ça peut vous faire, lu ai-le
Tu Mn joujoux arec lu Mme u l'omet, Laura je ne suie pas car n. Qu'est-0e exactement que dit, toujours aimable. êteomehez-voua plutôt,
ta P... Mau prend* garde, fui américuin, Denise? Une obsédée sexuelle ou simplement cous allez prendre froid u.
el ie dird tort une belle aile au tempérament trop généreux, — Qu'est-ce que ça peut voua faine? a-
Ah! ça. Quel rdaultat prétendait-ii obtenir qui étouffe dans l'atmosphère hypocrite et feutrée t-elle riposté, d'un ton hargneux.
en m'écrivant ainsi, à moi qui savais pertinem- de cette sous-préfecture? Rien, dans mon ata- Tout de même, elle m'a obéi, et elle a regagné
ment, et pour cause, que je ne faisais joujou visme, mon éducation, mes goûts, ne me pré- son lit en boitillant. C'était la première fins que
avec personne, mals surtout pas avec la pure dispose à aimer une fille comme celle-ci. Mais je remarquais chez elle cette légère claudica-
et Intangible Lama. elle m'intéresse, c'est indéniable. tion. Involontairement, mon regard s'est porté
Laure! Elle-même, quand je la revis, me parut Et je l'intéresse aussi, c'est encore plus diffi- sur ses chaussures, posées au pied de son lit.
bouleversée. Je l'interrogeai et elle me fit aucune cile de l'Ignorer. Il ne se passe guère de jour La droite était légèrement orthopédique. Denise
difficulté pour reconnaltre qu'elle avait elle qu'elle ne me fasse appeler dans sa chambre, avait suivi la direction de mon regard. Elle
aussi reçu une lettre du Corbeau qui l'amusait, pour une raison ou pour une autre. Sous couleur aussitôt contre-attaqué, avec cette impétuosité
dans le style pittoresque et imagé des anony- de migraine, elle renverse la tête sur son oreiller, directe qui la caractérise
moeraphes, de faire aven mol « les quatre cents en laissant filtrer entre ses cils la lumière noire — Eh bien, nul, je boite. Nous avons eu un
coups e. de son regard, et sous prétexte d'étouffement, elle accident de voiture, mon frère et mol, quand nous
Pauvre Laure! Je me félicitai plue que lamais a des palpitations de seine extrêmement sug- étions gosses; lui, 11 a perdu un bras. Mol, j'al
de ne pas Mi avoir remis la lettre que Marie gestives. Naturellement je ne me laisse pas pren- attrapé une coxalgie. Est-ce que ça m'empliehe
Corbin avait surprise dans la poche de ma blouse. dre à ces manœuvres, Je tee méprise, même, malt d'être belle fille? Est-ce que ça empêche les
Au fait Corbin... le Corbeau... les tacons enfles, je suis troublé. Et comme le ne mus pu hommes d'avoir envie de mol?
noises de l'infirmière•major, son visible qu'elle s'aperçoive de mon trouble, je deviens Sa voix s'est faite plus apre •
refoulement de vieille fille rancie, sa jalousie brutal, grossier. — Est-ce que ça vous empêche d'avoir envie
évidente à l'endroit de sa sœur? Cela faisait bien « Pour ee genre d'au:nutation, lui al-je dit de mol?
des coincidences troublantes. Il me faudrait l'autre jour, ce n'est pas un médecin qu'II Inutile de nier, elle exerçait sur mol une êtrenge
surveiller cette fille qui, en outre, rudoyait ses faut appeler — pas moi, en tout cas. fascination, cette Elle. Et au désir qu'elle m'ins-
malades et détournait, pour Dieu sait quel usage, Elle est restée un moment interdite. J'ai va pirait se mêlait maintenant me bizarre ten-
les ampoules de morphine destinées â soulager palpiter sa poitrine sous la trop belle chemise dresse faite de pitié et de compréhension. Elle
leurs souffrances. brodée, puis ses yens ont lancé des éclairs, avait été blessée par la Me... comme mol, en
Oui, Marie Corbin avait Mutes les Manus sa belle bouche a formé un sourire d'insultante somme. Comme mol, elle avait mis un point
d'être le Corbeau. Raison de plus pour quej'appor- moquerie, et elle n'a crié, comme je m'apprêtais d'honneur à cacher cette plaie au plus profond
tasse la plus grande prudence à mes relations sortir : d'elle-même. Seulement, alors que l'amis
avec SS sœur. — Joseph, va! voulu oublier dans la solitude totale, elle malt,
Je me promis de cesser de voir Laura pendant Je me suis retourné : elle, choisi une autre vole. Était-se i mol de
quelque temps... — Je m'appelle Rémy. l'en biàmer? Depuis que le eonuttimM mû infir-
J'y al eu d'autant moins de peine et é Cs n'était peut-étre pas Orée fort comme mité, un curieux sentiment de compagnonnage
que les choses, avec Denise Salliens, dont pris réplique, mals, Je l'al déjà dit, j'étais troublé, me rapprochait d'elle.
un tour rapide et singulier. et j'al poussé une espèce de soupir de soulage- Elle parlait plus doucement, maintenant
Singulier! Je me flatte! Extrêmement banal ment quand J'al senti le battant solide de la — Vous m'avez dit l'autre Jour que vous
au contraire. Je me croyais vraiment trop au- porte entre mes pauvres résolutions chancelantes demandiez à la vie l'apaisement.
dessus des faiblesses charnelles et je ne m'étais et nette Putiphar déchet:HM. — Oui, al-je répondu. L'oubli total.
pas même rendu compte que mon subit intérêt Cependant Ms lettres anonymes se multi- Mie a eu un petit rire triste.
pour Laure n'était au fond que la lassitude pliaient d'Inquiétante façon et la température — Il n'est pas en mon pouvoir de vous en
idéalisée de cette chasteté que je pratiquais sans de la ville montait comme celle d'un malade offrir tant. Mais quelques heures d'oubli ça
defaillanee depuis mon aminée à Saint-Robin. atteint d'infection. Vouet avait même eu l'idée exempte, tout de même. Non?
Qui veut faire l'ange fait la bite... de tracer sur une feuille quadrillée la courbe J'al voulu lut mettre la main sur la bouche.
Denise, je vous l'al déjà dit, est une belle fille. fébrile de Saint-Robin. Hier n en étions à Elle m'a mordu. Mors les écluses de mon sang
Très belM mémo. Oh! pas le genre distingué de 88,2. Aujourd'hui nous atteignons 88— et ce se sont ouvertes. Je me mis senti noyé, aspiré
Laure! Rien en elle qui évoque les amitiés n'était pas fini. dans un gouffre au fond duquel il n'y avait plus
Supérieures, les communions dMmes Mals Non! Ce n'était pas fini. que lin yeux de Denise, la bouche de Denise.
charnelle, terriblement. Une symphonie en noir Comment cela est-H arrivé, je serais bien J'al essayé de lutter, de surnager, pendant quel-
et blanc, au physique nomme au moral. Blanc incapable de le dire. Mals Joseph a cédé à ques secondes, puis j'al cédé, comme un nau-
son visage, son corps (que je connais, qu'elle me Madame Putiphar. Oui, le suis devenu l'amant fragé qui s'abandonne, et la putt s'est refermée
Mure sous le nez à tout propos, sous prétexte de Denise. Et cela certainement à l'un des rares SUr ISSUS.
d'auge:nation). Blanches ses dents larges et moments et elle n'essayait pas de me séduire... Le lendemain devait marquer un tournant
saines et Ses cornées sans défaut. Le reste, yeux, J'étais entré chez elle, par acquit de conscience, décisif usel bien dans ma vle personnelle que
cheveux, oie et sourcils cet noir. Et la tube pour m'assurer qu'à force de feindre la maladie dans celle de la petite sous-préfecture, de plus es
muge des lèvres n'en éclate que davantage au elle n'était pas tombée malade pour de bon plus bouleversée par les méfaits du Corbeau.
milieu de tout ce jais, de toute cette nacre. Des (Saillons m'avait raconté le Jour même qu'elle Jeme suis réveillé à l'aube, empiétement
lèvres magnifiques, un peu trop grandes, un se fourrait des compresses d'eau glacée sur la dégrisé, dans les bras de Denise. J'avais peine

Au bout de quelques jours, toutes les petite. malhonnêtetés 1Cette lettre-là, je l'avais inimœe dans la Poche de ma blouse et ie
des habitants furent dévoilées. Le Corbeau n'épargnait personne. rai retrouvée entre les mains de Marie Corbin.
— Vous auriez mérité, m'a-t-elle dit, qu'au
Il» de venir, je montre votre lettre à mon mari.
J'ai eu un haut le corps •
— Ma lettre. Mais c'est »us qui... Voyons.
Loura, noua savez.très bien que eut vous qui
m'ans MD ne rendes-vous. J'al reçu votre mot
ne matin.
C'a été .on tour de tomber des nues.
— Quel mot?
Décidément, malgré les fautes d'orthographe
dont il émaillait ► dessein us missives, le
Corbeau avait du lettres.' I employait, pour no.
faire tomber dans le plège, le procédé ohmique
cher à Mollé., à Marivaux et à bon nombre
d'autres auteurs dramatiques. Nous nous som-
mes. Laura et mol, expliqués longuement. Je
lui al montré la lettre que j'avait trouvée le
matin dans ma botte, et elle m'a montré celle
que j'étaie censé lui avoir adressée. Bigre!
Le Corbeau n'y allait pas de plume morte et,
pour tout dire, H me faisait »muer Loura
une véritable déclaration de taureau. J'al
regardé Laura avec étonnement
— Vous êtes venue quand memel
Elle m'apparalualt sous un jour nouveau,
cette femme nue j'' avala placée sur une .orte de
pledestal. J'avais si longuement pesé les termes
de la fameuse lettré que je lut aval écrite et
que J'avala ensuite déchirée, de crainte qu'elle
ne fût blessée par une allusion trop tran.pœ
rente, un terme trop cru. Et voilà qu'elle accou-
rait, au vu d'une lettre presque obscène, comme
une fille que l'on siffle dans la rue.
Elle semblait confuse, elle ainsi :
— J'al été blessée, sincèrement, mals Je
vous al excusé. J'al mit les termes choquants
sur le compte d'un amour trop vil. Les lemmes
pardonnent facilement ce genre d'Incorrection.
Je vous déçois!. n'est-o.put
Mon Dieu, non, n'était simplement une illu-
et II ne faut p. — m'avale dit, -Vorace — Quand le euh rentré, Denise malt levée et elle sion de plus qui s'écroulait. Cela ne »telt pas
prendre c aaaaa tan plus au ...Dun que m'attendait sur le pu de la porte. Ses premiers Dpeine qu'on en parle. Je me culs levé, avec un
je no le rais rnoinniinœ qui guis pourtant mots m'ont crispé peu plu. de lassitude qu'en arrivent, j'al haut.
un d« principaux inné u. la question I — Te volt* déjà! Tu n'es pas très tendre, ce le. épaules
matin! — Malheureusement, je ne tub pas libre.
Elle ne perdait pu de temps pour me tutoyer. J'al fermé les yeux pour ne pu voir son visage.
à eomprendre maintenant le trouble qui m'avait Je décidai de remettre les choses à leur vraie Elle était devenue toute rouge soudain, comme
vaincu la veille. Bile dormait à côté de mol, place, uns perdre une minute : sl je l'avais giflée. Et puis elle • fait appel à
apaisée, Mena., avec une étrange expression — trouiez, Denise... Hier soir j'étais toute sa dignité de petit bourgeoise, et c'est
enfantine sur le visage. J'al pris me. »tenants déprimé, nerveux. J'aimerais mieux que désor- d'une voix presque ferme qu'elle a dues' à me
et je cula sorti de sa chambre, tout doucement, mais, nous soyons de. amis, rien de plus. répondre
non un. jeter au passage un regard de rancune Elle it eu un haut-le-rorps, et un cri superbe. — Je ne vous demande rien. Je ne me suis
sur la fameuse »maure orthopédique, cause « Des amis! Vous voyez une femme nomme encore jetée à la tete de personne... Adieu
indirecte de ce qui d'était produit. mol être l'amie d'un homme comme vous... après Germain.
J'al réussi à regagner ma chambre sans etre cette nuit... Vous vous mésestimez, mon eller! Ouf! ç'avait été dur, mals pour une fois,
aperçu de personne, ni de Saillons, et de cette Est-ce qu'elle aussi, je l'unie mésestimée? J'avala presque lieu de bénir le Corbeau. En nous
peste de Holan». Tant mieux. Après les accu- Sa réaction prouve de la noblesse, de la race... aidant à liquider nettement une situation qui
sations que le Corbeau taisait peser sur mol, H Mai H est trop tard. J'al décidé, puisque aussi aurait été plus préjudiciable encore à Laure qu'à
valait mieux ne pas trop donner prise à la mail- bien la population Salol-Robinoise se fait mol, nous avait rendu fier un service à tous les
patté publique.' ralliée du Corbeau pour me mettre à l'index, de deux.
Quand Je suis descendu, lavé et rué de Irais partir, d'aller m'installer dans une autre ville. — Adieu, ma petite Leurs — Je ne pouvais
pour aller vLsiter ma clientèle, j'ai trouvé une Après tout, rien ne me retient loi. Je ne veux pas pu me défendre d'un peu d'émotion devant sa
lettre pour mol dans la boite. tu une lettre laisser se créer des liens que J'aurais trop de forme frète, pathétique et humiliée. Il ne faut
anonyme. nette fois. Elle émanait de Laon et peine à rompre, ensuite. surtout pu m'en vouloir. Si jamais nous avez
fixait rendes-voua, dan. l'après-midi, à Et je quitte précipitamment Denise pour besoin de mol, Je »rai là...
l'é glise, prés du confeasionnal. C'était une remonter eh. mol. Dans l'escalier je me heurte J'aurais peut-être continué longtemps sur ce
drôle d'Idée, mal. Laura était devenue bien à l'inévitable Rolando dont l'air trop détaché me ion, mals un pu sur les dalles, derrière mol, m'a
étrange, depuis quelque temps. Il est vrai qu'il prouve qu'elle a surpris toute notre conversation. lait me retourner
y avait de »M. Les lettres du Corbeau la pre- Ses yeux, derriére les lunettes, sont Jaunitres — Denise!
naient pour cible presque autant que mol, et elle et troubles. Ah ça! quel Jeu joue-t-elle, celle Elle était blet» de rage et se. yeux flambaient.
avait moins de défense. {Dent avait mime reçu gamine de 14 ans, Intelligente, sans doute, et Le plue stupide n'est que devant elle nous avions
un billet m'accusant d'avoir lait dlsparaltre violeuse incontestablement. Serait-elle Jalouse de l'air, Laure et mol, de deux coupable. pris en
chirurgicale...nt les traces qu'auraient laissées sa jeune tante dont elle essaie de copier la flagrant délit
mea relations coupables avec sa femme. Le coiffure. les toilettes 9 Elle m'anise et »idem». — Alun, vos scrupules vous obligent à me
vieux pychiltre m'avait lut-mime montré cent franc., « pour urne, son honneur s. Et quitter, mals ne vous empêchent pu de courir
l'infime papier, en 'ourlant dans sa barbiche aveu comme je ne peux m'empècher de sourire, elle après un femme mariée. Mes compliments. Et
son habituelle et un peu erispante bonhomie. me raconte
r une fameuse histoire d'argent pris dire que je ne voulais pas le crolre, que le robe
— Il ne faut pas, m'avait-1i dit, prendre plus dans la caisse de la poste pour acheter un col de défendais tous les deux. Ab! Je sub trop bite!
au fœrieux nes»mitan que je ne le fais moi- broderie anglaise. Elle comptait rembourser Dème quand j'ai reçu cette lettre, me révélant
mime, qui suis pourtant un des principaux avec ses économies, mals celles-ci lui ont Juste- votre rendez-vous, J'al haussé ln épaules. Je
Intéressée la quustion. ment été volées... ne sua venue que par acquit de conscience. Et
Mals mol, je voyais bleu que les nerfs de Laure Naturellement, je ne croisas p un mot de son maintenant...
ne résisteraient pas luron.. à cette épreuve, histoire, mals Je lui donne tout de meule les — Voyons, Denise, al-je dit doueement. Ici
et je déridai d'aller au rendeœvous pour essayer cent francs. Elle me remercie et s'en va à Calmes-vous. Nous sommes toit trois tombés
de la calmer et de la raisonner un pou. cloche-pied. Drôle de numéro. Et tandis que je dans le mime piège.
En attendant, force mn tut de noter, au »un la suis dit yeux, une pensée me nette à l'esprit. Mals Denise n'était plus qu'une femelle
de cette matinée, un total changement d'attitude J'essaie de la ehasser, mais elle revient, obsé- abandonnée qui clamait sa haine et son Le détespoir:
à mon égard chez les quelques malades que J'allai dante comme une grosse mouche — Je le dirai, je le crierai partout. femme
visiter. Avec plus ou moins de gène, plus ou moins SI c'était elle, le Corbeau! de %hetet m'a volé mon ant. Mais tout le
de discrétion, selon le caractère et l'éducation, A l'heure convenue, j'ai trouvé Laure près du monde le saura. Sale type... Baie type.
on me fit comprendre que mes »niera s'étalent confessionnal. Je me culs agenouillé près d'elle — Ne parie pas si fort dans la maison du
plus désirés et que l'on ferait dorénavant appel aux sans la regarder et j'ai eu l'air de m'abîmer dans Seigneur...
bons soins de Mon collègue, le docteur Bertrand. mes dévotions. Mime loi, on pouvait nous épier, La voix impérieuse et familière noue lit
La mercière, la première, ou me parier fran- nous trahir. Sur le parât mime de l'église, je sursauter tous trois. Marie Corbin. Elle sortais,
chement : m'étale heurté à Marte Corbin qui m'avait Jeté derrière nous, de l'ombre d'un allier, et, sans
— Vous »mutinée docteur, ça n'est pas de un de eu regards froids et pénétrante. Heureuse- parafe. s'apercevoir dela présence Insolite, à
gain de cœur que Je fais ça. La petite était bien ment, elle ne m'avait pu suint, mais elle m'avait mes entés, de sa sœur et de Denise, elle s'adressa
attachée à vous, seulement, avec les bruits qui rappelé la nécessité de me méfier, au nu ou à mol
murent... On a beau savoir que » sont des men- J'aurais été tend de l'oublier. — C'est vous que je cherchais, Docteur...
songes... Ma nièce est une vraie Jeune fille. J'étais sur le point d'expliquer tout cela 4 Elle m'a full signe qu'elle voulait me parler
Et voilà! Après m'avoir accusé de manoeuvres Laure, et de -lui faire remarquer 4 quel point de seule à seul. Son visage boulonné m'a fait
abortives, on me prenait maintenant pour un tels rendez-vous, tout immun qu'Il, fussent, preuentir une »natron». J'al fait quelques
satyre. Cela tournait à la comédie. Seulement, je pouvaient la compromettre, mais elle • parié pu avec elle dan. l'église. ID selon elle m'a dit
n'avale pu le cour à rire... la première. Et sur quel ton. tout bac :
— Il faut que vous veniez tout de suite... Il Un grossier schéma représentant un Corbeau, sembla. pas de cet avis. Elle avait quelque
y • un accident à l'hôpital, dans votre service. les ailes déployées, hue lieu de signature. chose de changé, Denise, une douceur, une ten-
Le 18 vient de se suicider... Saillons avait rejoint le cortège au ...eine dresse rut le visage que je ne lui avais »mal.
Le 13! Un pauvre type qui se mourait d'un où le sous-préfet achevait son entour : e Au vues. 81 seulement elle avait pu renoncer cette
canon de foie... un de ceux que Marie Corbin é
nom de la foule émue qui m'entoure... je te le déplorable habitude qu'elle avait priee de me
privait de morphine, sous prétexte qu'Il était promets, malheureuse victime d'un assassin tutoyer. Je lui disais t
gen, et que les stupéfiante avalent perdu tout sans nom, tu sera. vengée... Oiseau noir, oiseau « Passer-mol la chemin qui est là, sur la
effet sur lui. S'il s'étalt tué, nomme je le pensais, de malheur et de sang, tomme autrefois la chaise ».
parce que sea souffrances étaient devenues chouette était fixée sur la porte des granges, tu Et elle me répondait t
insupportables, la responsabilité de Marie Corbin seras cloué sur la porte du cimetière... » « Ne mets p. tes chaussures comme ça, bourre
était grande. Je m'apprêtais à le lut dire, mals Une» voix de femme monta dans la foule t les aven des chaussettes, ça tient mn» de place
nt paroles suivantes m'ont coupé le souffle t • 0e sait qui e'est le Corbeau... et ça les offline de se déformer ».
« Il ignorait qu'Il était perdu. Une lettre Et &usent, comme si elle. n'avalent attendu Cela deintalt L nos conversation» un tour
anonyme lut a révélé la gravité de son état... » que ce signal d'autres voix lui répondirent... boiteux qui ne me plaisait guère. Benn, il n'y
Le Corbeau, encore. Mals jusqu'Ici, ses lettres e C'est la Marie Corbin... la Marie Corbin... en avait plus pour longtemps. Dans quelques
n'avaient donné prétexte qu'à des comédies de L'Infirmière-major, qui se tenait au premier heures je serais loin...
plus ou moins bon goût. D'un seul coup, noue rang, près de la tombe, était devenue IlvIde. '— Vous /testout à fait décidé?
plongions dans le drame. J'al senti tout de lutte — C'est faux, protesta-t-elle. Faux et Ignoble. Je ...saute. C'était Denise qui net,
que les événements allaient se préelpiter. — Allons done, cela un homme. Ce n'est d'instinct, sentant ma erispation intérieure,
A l'hôpital, j'al trouvé toua mes excellents pas vous, peut-sire, qui avez apporté la couronne repris le vouvoiement.
confrères bouleversés. Pas par la mort du pauvre d'où est tombée la lettre. — Tout à fait, répondis-je.
bougre, mais par la peur un scandale qui allait — le l'ai apportée, oui, male je n'ai pas été — Rien ne peut voua retenir?
rejaillir sur eux.« Comme si je n'avais pu aube la sente à la manipuler. Denise Saillens m'a — Rien.
d'embêtements,» soupirait Delorme, qui n'était eine à la mettre en place. ...E
.Ile
i diosidlénnoneté quelques secondes...tes ell(
pas loin de penser que le niellé avait voulu lut Déjà Denise bondissait, les griffe. en ente :
porter un coup personnel. C'est Bertrand, tou- — Vous osez m'accuser! — Bon... Je vous aime!
jours Ingénieux, qui a trouvé la solution t pour Mals la foule ne prétalt pu attention £ Denise. Et elle a attends, comme si une révelatIoni
se désolidariser du Corbeau et marquer la sym- Me avait none sa victime et elle n'entendait de cette-Importance avait bouleverser rate
pathie du Corps médical pour la victime, on pas laisser s'amoindrir ou ee détourner sa fureur. calment mes projets. Mais moi, je n'al en
allait organiser b eellen-ci des fanerai« offi- — La Marie Corbin... La Marie Corbin, brouette. Je n'étals pu ému le moins du monde,
cielles. Cela tombait bien. Le dimanche suivant chantait-elle sur l'air des lampions. un peu recepé, seulement. Cette décierati
était justement le jour de la tète de Saint-Robin. — Lynchez-la tout de suite... pour lut appren- intempestive me semblait une grave falote e,
On allait décommander la lite, la reporter au dre à vivre. C'est elle le Corbeau, c'est elle... » l.
dimanche suivant. Si aven ça le mort n'était P. Affolée, ayant complètement perdu sa belle "Elle continuait, Ignorant mon maths.'
content! Delorme se frottait les mains. assurance d'infirmière.major habituée régner — Vous ne me noyez pu? Vous me prend% te
Moi, j'étais obsédé par un vidage t celui de la sur les malade. terrorisés, Maris Corbin se pour une menteuse?
mère du mort, qui tenait régulièrement lui dégageaet s'enfuit, poursuivie par la fouie — Oul, ai-je répondu tranquillenect.
rendre visite depuis qu'on' Fane transporté £ hurlante. Quand, après une course en zig-zag J'al cru qu'elle allait se mettre à jiti onnetç
l'hôpital. Elle le couvait d'un regard plein à travers les ruelle« de la ville, elle parvint enfin o gente, Rémy, a-t-elle commenté. J'ai t,
d'adoration, lui apportait des fruits, des Irlan- à, son cite, comme une bite traquée, elle s'eue, un gente pou protester, sur lequel elle ne e
de«, et pourtant elle n'avait pas l'air riche. La eut que la colère vengeresse des Saint-Robines pas mépris.
dernière lote qu'elle était venue, je m'en sou- l'y avait précédée. La glace au-dessus de sa « Oh! m'a-belle dit, je t'ai appelé par tin
venais, elle avait eorti de son sac le rasoir qu'il neminée avait été brisée, ses tableaux crevés, prénom toute une nuit, tu peux bien me fe,
lui réclamait depuis des jours, pour se faire la ses bibelots cassés. Et partout sur le mur s'éta- laisser cinq minutes... s
barbe. Puis la lettre anonyme était arrivée, et laient des inurIptions e A mort l'assassin I A Et comme je ne bronchai. toujours pu...
au lieu de se raser avee l'instrument neuf, Il mort le Corbeau ». — Mon chéri, les serez le m'oient dur et
s'en était servi pour s'égorger. Tandis que les larmes aux yeux, ne contem- inflexible,mals mol, je sala que tu peux être
Je doutais fort que les f unérailles officielle. plait le massacre de ses pauvres trésor,, une tendre et faible comme un enfant. J'al tennset
missent beaucoup de baume sur la souffrance pierre tanne de l'extérieur fit voler en miettes enfant un soir dano mes bras, et n'est depuis ee
de cette mère». Et quand Delorme, jovial, Con- un carreau encore épargné. Une autre pierre moment-le que je t'aime... Perce que c'est aussi
clut t « Naturellement, tout l'hôpital niera le lui frôla la joue. Et ce fut prenne avec soulage- bête que ça... Je t'aime ».
cortège », je n'al pas pu m'empècher de répon- ment qu'elle tendit ses poignets, quelques Alors, peut-être pour lui diulmuler l'émotion
dre d'un ton sec « Pas moi. Je T'aime pu les minutes plus tard, aux menottes des policiers qui commençait à m'envahir — et me la nui-
enterrements e. chargés de Parréter. muter à moi-mime, aussi — j'al employé l'arme
Et pourtant, je croie que j'ai perdu à ne pas La mise ss oules verrous de Marie Corbin classique des gens de mauve»e fol. le me suis
assister à celui-là. Pour quelqu'un qui aurait été provoqua dans la ville un étonnant revirement mis en colère
porté sur l'humour macabre, c'était vraiment en ma faveur. Comme me le dit Dense quelques — Non, al-je crié, ce serait trop facile. Vous
une »nuite exceptionnelle. Toute la ville était jour. plus tard t o Pour un peu on voua dresserait 'ans jamais aimé, vous ne sera pu ce que
une statue ». J'étais devenu une victime, un 'est, et voue pente. de mon départ pour jouer la
là, et le clergé auaal, car on n'avait paf eu grand'
peine à mettre le geste du pauvre diable sur le
compte de la folle. Le corbillard disparaissait
personnage intéressant. Je n'aurais eu qu'a
le vouloir pour doubler ma clientèle.
g rande scène des adieux. Seulement nous le
joues mal, votre arène. Vous la jouez nomme une
sous les fleurs et les couronnes parmi lesquelles Seulement yole, je ne le voulais pu. J'en avals pauvre cabotine de tournée... r
on ne pouvant pu ne pas remarquer celle assez de Sent-Robin, de ses faux-jetons et de Je lui tournais le dos, agenouillé devant ma
énorme et placée bien en vue, qui portait sur sa ses hystériques. J'hésitals encore t partir quand valise. Elle répétait derrière mol, avec on doux
banderole une 'mention dorée: le personnel le les pires soupçons pesaient sur mol. Maintenant entêtement t
l'hôpital. qu'ils étaient dissipés, rien ne me retenait plus
La fête de Saint-Robin avait été reportée au dans la petite sous-préfecture. Rien neer...me
dimanche nient, mais on n'avait pas jugé utile Personne? Dans la salle de cluse, las dis-huit pré-
de faire disparatee toue ses préparatifs et acces- Denise, qui était venue dans ma chambre sumés coupable. écrivaient depuis prie de
soires, de sorte que le cortège funèbre défilait sous prétexte de m'aider t faire ma valise, ne deux heure. sous la dicté. du Docteur
par des rua pavoisées comme pour un 14 Juillet
et tendues de ealleente promettant à la foule
morne de l'enterrement les compensations proches
d'un grand bal publie et d'une couru en uns.
C'est alors que s'est produite la chose Moule,
Inconcevable.
Sur le fond sombre de la grande gerbe, ale
peinons] de l'hôpital», que 'ennuient les cahots
du corbillard tanguant sur le pavé tient-robinet,
on a vu glisser un petit carré blanc qui devait
étre resté jusqu'alors coincé derrière la bande-
role. Le petit carré a glissé davantage et tout le
meule a pu voir qu'il eagisult d'une enveloppe.
Tout le monde, sauna mère du mort, trop nimbe
dans sa douleur pour eapervevoir de quoi que ce
ln Mais bientôt, tout le reste du cortège a au
les yeux fixés sur le petit narré clair que ehaque
tressautement du corbillard amenait plus près
de la ante.
Il tomba enfin, et la mère marcha dessus gang
le noir. Male ceux qui suivaient s'en écartèrent
av. répulsion. Personne ne se baises pour
ramasser l'enveloppe qui portait comme soue-
caution « Aux habitante de la ville s. Ce fut
finalement la main innocente d'un enfant qui
s'en saisit et Saillons arriva jute à tempe pour
empêcher le petit, qui l'avait déjà décacheté, de
lire l'infime message t
Pbencres in.beeilee, le 18 o bien mérité con
sort- Il amisded d mode refroidi Per Oenmtin-
le l'enent
lu de la Loura et de In
Dente, et M'enta de petite Rotonde tek rale
donc le mime de vt poste. Le Corbeau sud l'en-
tempera
naturelle, expliqua-t-11. Cette écriture, Il peul
la dissimuler une heure, deux heures, plue
peut-être. Mais, sous l'effet de la fatigue, elle
reviendra obligatoirement. Il nous sui Et done
d'obliger toutes inc personnes suspectes à écrire,
sous ma dictée sl vous le roules bien, un nombre
nitilleant de lettres en majuscules pour que le
coupable se trahisse. Je m'excuse d'avenue au.ès
des dix-sept innocents qui vont se trouver
astreints e nette petite corvée. Qu'ils se disent,
pour se consoler, qu'ils apportent un secoure
précieux à la justice et à la vérité. Nous allons
prendre jour avec M. le Substitut pour cette
dictée d'un nouveau genre...
C'est le lendemain de ce dimanche qu'Il m'est
arrivé une aventure singulière. Une femme
attendait à la porte de mon cabinet de consulta-
tion. Je l'avals remarquée parmi mes autres
shed[.., parce qu'elle portait d'épais voiles
noirs et qu'elle semblait très agitée. Dès ses
premiers mots, j'al comprls où elle voulait en
venir.
— Mon merl est tuberculeux, m'a-l-elle dit
substance. Je ne l'al pas revu depuis un an et...
fe suis enceinte. Or, le moindre choc. la moindre
émotion, peuvent le tuer. N'y aurait-II pas moyen

— Non!
Je n'avais pas pu retenir se cri. « Ils is allaient
un peu fort, celle lots.
— Non, repris-je. Vous oves peut-être entendu
dire que je pouvais effacer un souvenir, bon ou
A l'heure j'ai mauvais, mals ceci faux, Madame, entendre-
près do confessionnal. j• nue tub lie avait euccédé quelque chose qui ressemblait à... voe, cst faux.
prie d'elle sans la rrrrrrrrr du remords. Ma « cliente n • levé son voile, et une expres-
Je ne sols pas parti, cependant. Car l'affaire sion de stupéfaction intense s'est peinte sur ses
du Corbeau a rebondi remettant tout en question. traits.
— Quoi, docteur, m'a-t-elle dit, c'est vous,
— Je t'aime, Rémy. L'arrestation de Marie Corbin n'avait pas vous loi, à Saint-Robin. Oh, soyes tranquille.
— Et les autres, al-je lancé méchamment, empenné les petits papiers blancs de continuer Vous ares sûrement vos raisons pour etre venu
à pleuvoir sur la ville. Leur nombre avait plutôt vous enterrer dans ce petit trou, et je ne vous
voue ne les aimiez pas? Non, naturellement.
Voue oves changé du jour tu lendemain. Allons augmenté depuis que l'innrmière-major était trahirai pas. Mals Je ne peux pas non plus marcher
done! ma chère. Un honnete homme reste un sous les verrous. Et le dimanche suivant, pendant contre vous. Vous m'avex sauve la vie, Pont, i
le prône du curé, on vit un de ces papiers, que y a cinq ans. J'avais eu un accident d'auto,
bonnets homme, un coureur reste un coureur, et...
— Et une Elle reste une balisée, n'est-ce pas, tous les habitants de la ville avaient sports 4 une fracture du crans . Vous ne nous souvent. pas,
connaltre et à redouter, tomber de la coule de
a-t-elle complété avec une immensemertume l'Eglise. bien sur, male mol, le n'ai pas oublié. Et je
dans la voix. Vous av. peut-etre raison,-doc- vals leur rendre les 10.000 francs qu'Ils m'avalent
teur, mals dans ce au, je vous plains, parce que Cette fois, le Corbeau s'était surpassé. Mals, donnés pour vous attirer dans un piège, vous
vous resteras toujours ee qu'il y a de plus triste. en voulant fignoler ses effets, il était allé trop faire prendre en flagrant délit.
de plus étranger à la vie. loln, Il s'était partiellement trahi. En effet, Elle est partie, sans vouloir me révéler le
— Un crétin? l'enveloppe était tombée d'une galerie déserte, nmo de ceux qui avaient monté cette folle
— Non, un bourgeois. qu'on ne pouvait atteindre qu'en passant par la combinais.. Mals je les connaissais le sous-
Et elle est sertie en claquant la porte. Pauvre tribune. Et, dans cette tribune, il y aval( dlx- urbi et, le substitut, qui craignaient pour leur
Denise. A son tour, après Laure, voilà que je l'al hult personnes — dix-huit personnes parmi lel- place si le Corbeau continuait à faire des siennes.
blessée. Le mal qu'on peut faire sans le vouloir, quelles se trouvaient dix-sept Innocenta et un J'étale la principale cible des lettres anonymes.
avec les meilleures intentions du monde! Je me coupable. Denise était là, et aussi Laure, Rolande En me déshonorant, on donnait satisfaction
culs trouvé soudsln très las, pas très fier de mol, et Saillons, Bonnevl, Bertrand, la mercière, et au dénonciateur qui cesserait peut-être mon indus-
étonnb de sentir vaciller en mol mes principes quelques autres commerçante, toua protestant trie. C'était bien raisonné, mals ça ne me
si bien arrêtés sur le bleu et sur le mai. J'ai naturellement bien haut contre le soupçon qu'on plaisait pas. J'al pris mon chapeau et je me suis
ouvert la porte pour rappeler Denise mais je faisait peser sur eux. rends tout droit à la sous-préfecture. Justement,
n'ai aperçu que Rolande qui rôdait, silencieuse Et pourtant, l'un de ces dix-huit là était le « ces messieurs c étaient en conférence. Je suis
comme toujours, sur ses semelles de feutre. Corbeau. entré mus me faire annoncer. Et l'ai parlé.
J'al aehevé mes bagages, mals le coeur n'y Mals comment le reetennaltre? — Vous avies raison, Messieurs, de vous défier
était plus. A ma belle certitude da tout à l'heure Ce fut Verset, en sa qualité de psychletre, qui de moi. Je ne suis pas le docteur Germain, je ne
proposa le solution. suis pu davantage gynécologue. Voici trois ans,
« Un auteur de lettres anonymea, surtout je n'avale jamais fait un accouchement.
aussi... fécond que notre Corbeau, ne peut tracer Le substitut a fait un geste comme pour me
— Voue oses rn'ac rrrrr des milliers de lettres en majuscules cane acquérir saisir su collet. Les autres cachaient mal leur
Peulad avale bondi, mous l'accusation da une sorte d'écriture seconde qui lui devient satisfaction. Male j'ai continué...
Marie Corbin.
— J'ajoute qu'il y s trois ans je dirigeais un
servie. à l'hôpital Turgot, i Paris, et que je
m'appelle Germain Mouette... Rémy Germain
M ouates.
Ils se sont tous regardés, atterrés « Le spi.-
ciallete de la chirurgie du cerveau e.
— Oui, ai-je dit, et vous rutiles savoir pour-
quoi je suis venu m'enterrer à Saint-Robin.
Voilà. J'avala une femme, une vraie, pas une
bigote desséchée comme Mme de Muguet, ni
une virago comme Mme Delorme. Elle attendait
un bébé et je Pal confiée à l'un de nos plus
célèbres accoucheurs. Mals l'enfant se présentait
mal. L'accoucheur était un homme de devoir.
Il tenait absolument à me rendre père. Il a tué
la mère et l'enfant. Il a tué en même temps le
docteur Mouette. J'al fui Paris, ma maison,
tout ne qui me rappelait un bonheur stupide•
ment brisé. Je suis venu me cacher ici, et c'est
en toute conscience que, dans les cas douteux,
j'ai choisi de « sauver la mers n comme on me
l'a esses reproché.
Ils ont bredouillé de vagues excuses. Je suie
sorti en claquant la perle.
Qussd le suis rentré ches mol, au-dessus des
salles de cloue, J'al aperçu dans l'une de »Ess-
el un curieux spectacle qui m'a incité à entrer.
J'avals complètement oublié les 18 présumés
coupables et la dictée que devrait leur faire subir
le docteur Vorset. Les malheureux écrivaient
depuis près de deux heures déjà. Vorset, pour
rendre l'expérience plus concluante, diaalt-11,
avait choisi de leur dicter le texte des quelques
huit tente lettres anonymes qui s'étalent déjà
abattues car la aie. Les noms des personnages
les plus Importants de la ville seuccédaient,
LE COMÉDIEN ET SES PERSONNAGES accolés aux épithètes le plus ordurières. Jamais
certes les murs de cette classe n'avalent entendu
quoi que ce fût de comparable. Je merda' les
w élèves les uns paraissaient passifs, résignés,
les autres Indignés et nerveux. Mon collègue
Bertrand était très rouge et ponctuait chaque
jeu dramatique ne s'explique pas. Le "don" qui permet
LEà certains êtres d'y exceller ne peut davantage se définir. ligne d'une véhémente protestation, Roland,
pouffait nerveusement d Maque nouvelle *
grossièreté, Laure avait un petit visage paie et
Sans doute peut-on sans risque d'erreur avancer que la sen- fermé. Quant à Denise, elle semblait prête
sibilité en est l'élément essentiel, que la sincérité est néces- défaillir. Verset en arrivait à la Lettre 262, celle
qui avait entralné la mort du Na lé.
saire au comédien et non moins dans les rôles comiques que irocc cadavre, In us mn cane, da loir cro•
dans les rôles dramatiques. trignolet qui le neéne f 'rand Imin al, icotg.
Germin or mie ta pallrre bobine de crerard. Mea
De là à tirer des conclusions formelles, à établir des règles, amiliêe (tu Ph., Memel.
à dégager une vérité... Je n'eus que le temps de me précipiter vers
Denbee. Elle avait laissé échapper la plume et
Il est autant de vérités que de comédiens, sinon davantage. elle s'était évanouie.
Je culs allé l'Installer dans son lit, et je suis
Autant de mauvais chemins pour rejoindre le personnage descendu retrouver Von.' qui examinait déjà
que de bons, sinon plus encore. les lettres .5 Alors, al-je demandé, à votre avis,
c'est elle? r
Est-ce même nous qui allons à lui? Il joualt aven la copie abandonnée par Denise.
« II y a des c./Incidences troublantes, mais rien de
Pour ma part, j'inclinerais plutôt à penser que c'est lui qui concluant. D'autre part, évidemment cet éva-
vient à nous... ou n'y vient pas. nouissement témoigne contre elle. Et aussi le
lait qu'elle est infirme. Les auteurs de lettres
Le problème de la création se pose à l'acteur comme à anonymes sont souvent 5111158s d'une Infirmité
4::...., tous les artistes avec cette différence toutefois que le peintre, »crête. Voue Palmes, n'est-ce pas?
— Non, al-je répondu, je ne le pense pas. Je
le sculpteur ou le musicien a pour travailler, ses couleurs, la désire, oui, mea sl elle était coupable, je la
sa glaise ou son instrument. dénoncerais, sans hésiter.
Il s'est ma à rire a Coupable ou Innocente,
Le comédien n'a pour instrument que lui-même. ça ne change pas grand' chose. Les gens ne sont
jamais tout blancs ou tout noirs, croyes-mol.
Qu'il lui soit pardonné — au moins quand il parvient à le Tenez, mol, je ne sua pas un monstre, et pour-
résoudre, ce fameux problème — de ne pouvoir dire comment tant, je me drogue. Oui, c'est pour moi, son
en-ranci, envers qui elle nourrissait un amour
le miracle s'est accompli. tenace que Marie Corbin volait les ampoules de
morphine.
Du doigt. Il imprima un léger balancement à la
lampe surmonté d'un abat-jour vert, qui pendait
.204
"
au-dessus du bureau.
— Oh est le lumière, où est l'ombre. Oh
est le bien, où le mal. Vous être jeune, mon

ie 7 cher ami.
Il s'éloigna en ricanant, me laissant une im-
pression de malaise. La nuit était complètement
tombée, maintenant. Je me suis endormi
(Déclaration recueillie par MARC BLANOUET pour servir de commentaire au sur ce bureau, la tête dans les bras, et j'ai tell
"Paradoxe sur le comédien" de DENIS DIDEROT publié par lm Édit. NORD-SUD). des cauchemars.

SUITE ET FIN AU VERSO

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EN COMMANDANT CES NUMÉROS DÉJA PARUS:
N• 1 Michèle MORGAN et "La Symphonie Pastorale " N. 12 Jean DESAILLY et "Véronique"
N° 3 Ingrid BERGMAN et "Pour qui sonne le glas" N. 13 Martine CAROL et "Une nuit de noces"
N. 4 Jean MARAIS et -Orphée" N" 14 FERNANDEL et " Casimir "
N. 5 Edwige FEUILLÈRE et "La Dame aux Camélias" N" 15 JENNIFER JONES et "Madame Bovary"
N. 6 Tino ROSSI et "Envoi de fleurs" N" 16 ORSON WELLES et " Le 3. homme "
N• 7 Viviane ROMANCE et "Maya" N" 17 Sophie DESMARETS et "La Veuve et l'Innocent"
Ne 8 Jean GABIN et "La Marie du Port" N.' 18 François PÉRIER et "Les anciens de St-Loup"
N. 9 Danielle DARRIEUX et "Battement de Coeur" N. 19 Shirley TEMPLE et " 2 soeurs vivaient en paix "
Ne 10 Errol FLYNN et "Robin des Bois" N" 20 RELLYS et "Les Mémoires de la vache Yolande"
N. 11 Bette DAVIS et "L'Insoumise" N. 21 Ginette LECLERC et "Les Aventuriers de l'Air"

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Le prochain numéro consacré à RITA HAYWORTH paraîtra le 4.. Jeudi de ce mois.
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IMPR. EN FRANCE Édité par S.T.A.C., 2, Al Merlan«, PARIS, tél. ELY. 12.11, 13.5f1 DI, Gen. : I. P. MAUCLAIRE lep. Sopte, 120, Rue du (hile« des Rentiers, PARIS
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VOUS RACONTE EN COULEURS :

4 Ca ràdiueede_
Le lendemain matin, Je cule entré dans la
chambre de Denbe pour savoir comment elle
allait. Je n'y al trouvé personne. /date par terre,
J'ai ramure une feuille froissée couverte de
taches d'encre en forme de corbeaux. Il fallait
que j'en ale le eceur net sur le bord de la table,
Il y avait une enveloppe blanche, fermée. J'al
eu quelques second« d'hésitation, male j'al
ouvert quand' même, et j'al lu • Chirurgien de
mon cœur, la pourriture te bouche let yeux. Tu
ne mis par que Denise sot enceinte de toi.Qu'attends.
tu pour l'opérer
• DenIse entrait à ce moment-là. Je hal al mis
la lettre sous let yeux : • Ainsi, al-je dit, c'était
voue, le Corbeau... Et Je vele avoir un enfant de
111111. 4
cette folle. Male non, Je ne veux pas d'un Ms
taré, vous m'aven Indiqué le seule chose à faire
pour qu'il ne vole pu le jour •.
Elle s'était effondrée en sanglotant sur le lit, J'avale encore été joué par Denise qui avait Dunce était un• belle fille. Trie belle,
et, comme tous lescoupables de ce genre, elle cherché un prétexte pour m'éloigner. Loura me mime. Oh I pu le distingué de Laure.
niait farouchement l'évidence. raccompagna à la porte, furieux et vexé. Tout mais charnelle, terriblement.
• Non, criait-elle, Je ne suis pas le Corbeau. L coup son regard tomba sur une enveloppe
C'est la première fois que J'écris une lettre blanche dent la boite à lettre. Elle la sortit
anonyme. Je n'osais pas vous avouer que j'étale en tremblant. L'enveloppe contenait une balle de Ainsi, Denise était Innocente, et l'histoire de la
enceinte, alors j'al eu l'Idée de ce subterfuge. revolver et une lettre w Dernier arrrtimement. lettre n'était qu'une machination supplémentaire
Je vous le Jure sur l'enfant que je porte, je ne Si tu nem ore pue immédiatement tee relation de la vraie coupable pour la perdre.
suis pas coupable. odulléree «me Germain, mire d toi. Volai la l'étale trop indigné pour avoir pitié de Loura.
Elle ce tordit les mains. sieur de la Mille qui te trouera ta pan a Je me Suif précipité dans le bureau de son mari;
— La preuve, eontinua-t-elle, c'est que le Noue nous regard... • Eh bien, die-je. je lui al tendu le buvard accusateur.
Corbeau continue ses exploits. Il vient d'envoyer je tomer.... Pour ...ire l'existence de — Je le Rivais, m'an-il dit en baissant la
une lettre de menaces à Laure. Elle m'a télé- cette lettre, que vous n'aviez pas encore reçue, téta. Je l'al découverte hier en train d'écrire
phoné ce matin. Voue devriez y aller, elle sem- Il fellah l'avoir envoyée. Denise vient de se une de ces lettres. Elle est folle. Je dote la livrer,
blait passablement affolée. trahir une seconde fois o. male je n'en al pas encore eu le courage...
Que faire? Je suis allée chez Laure que J'al Laure tremblait comme une feuille. Je suie Il me 1.1011 pillé, et vieillard. J'al eu un bute
trouvée au lit, un peu surprise de ma vielle et rentré aveu elle dans la maison, et j'al voulu vert lut
pas affolée du tout. Elle m'avait reçu aucune lui baiser la main, pour la calmer. C'est alors — Pourquoi déclencher un nouveau scandale?
lettre, n'avait donné aucun coup de téléphone. que j'ai eu un haut-le-corps. Les doigts de Loura Vous rri. soigner Laure dans un des asiles
étaient tachés d'encre fraiche. Commeun fou, dont voua vous occupez.
j'ai marché vers le petit secrétaire de sa chambre, Il a haussé leu épaules : • Je n'ai pas le droit
Laure tremblait tomme une feuille. Je eoulevé l'écritoire. Il y avait Il un buvard semé de signer l'ordre d'internement de ma propre
tala rentré avec elle, et j'ai voulu lui baiser de petits points noirs qui rein...lent toua un femme. a
la main pour la calmer. Corbeau aux alles déployées. J'al pris une feuille de papier, l'ai fait un
certificat et j'al signé. pals je l'ai tendu à
• av en
Vorzet. Laure n'ira pas en prison. Dans un asile,
lei soins dévoués de son mari, elle guérir.,
peut-être.
Et, toutfer de moi, je cula retourné auprès de
Denise pour lui demander pardon de l'avoir
soupçonnée, et lut raconter ce que j'avals fait.
Mals Den. n'a >male voulu mire à la cul-
pabilité de Laure.
— Non, non, s'ut-elle entêtée. Elle ...s-
uit tans doute le Corbeau, mais ce n'était pu
elle. Il la forçait peut-blre à écrire sous sa dictée,
mals elle en avalt peur...
A la dB, cette assurance m'a Impresario..
Je sois retourné en courent vers la maison de
Verset. Une ambulance m'a croisé. Par la
vitre, j'al aperçu le pauvre visage de Laure,
déboire par l'épouvante, hbrlant. J'al halé le
pu, je suis entré dans la melon ouverte, je me
culs dirigé vers le bureau du peyohlatre, et là...
Portel était couché la tete sur sa table. Sous
sa main drolte il y avait une feuille de papier,
sous sa tale une Saque de sang.
J'al lu la lettre Inachevée • Le coupable cet
en erste, la malédiction est levée. Le C...
Près du cadavre ee trouvait, ouvert et teinté
de Ring, le rasoir dont le cancéreux s'était déjà
servi pour s'ouvrir la gorge. La mère du pauvre
diable avait juré de l'employer pour punir elle-
mime l'assassin de son Ibn Elle avait tenu parole.
Et maintenant, Denise et mol, nous faims nos
valises, pour de bon. Je retourne à Paris pour y
attendre la naissance de notre enfant. Car Il
naltra, net enfant. J'al compris, eu moment oh
je croyais être obligé de le supprimer, pour lui
éviter une trop lourde hérédité, que Paecouolieur
qUI a tué ma première femme n'était pu aussi
coupable que je l'avale Pigé. On n'a pas le droit
de sacrifier le présent à l'avenir.
Rémy Germain.
P.C.C. PIERRE FRESNAY.

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