Vous êtes sur la page 1sur 8

|

|
Production André PAULVÉ à la salle de vente. Gomme son second s'attardait dans
le magasin, il s'exclama à mi-voix :
Distribuée par DISCINA — Alors, Bébé, tu viens ?
— Voilà t voilà 1 Olivier.
D'après le roman de Pierre VÉRY. Et Bébé-Fakir rejoignit son compagnon.
— Maintenant, allume la lampe qui est sur le bu-
Mise en scène de Jean DELANNOY. reau t ordonna Olivier.
— T'es bout t Tu vas nous faire repérer.
Film raconté par Louis SAUREL. — Ne dis pas de bêtises I Les stores sont baissés.
Presque à tâtons, Bébé-Fakir, grand jeune homme à la
face molle et à l'air geignard, chercha le commutateur.
DISTRIBUTION : Il se montra si gauche que, sans le vouloir, Il agit sur
un petit bouton celui qui mettait en marche le moteur
Lola MIREILLE SALIN. du dictaphone.
Olivier Roy JEAN CHEVRIER. — Je ne trouve pas le commutateur, fit Bébé-Fakir
Monique LOUISE CARLETTI. d'un air piteux.
Bébé-Fakir HENRI GUISOL. — C'est une poire, lui indiqua son compagnon, beau
L'inspecteur Paluaud GEORGES LANNES. jeune homme au regard intelligent, vêtu avec une sobre
Gilbert. GILBERT GIL. élégance.
L'antiquaire Jérôme. JULES SERTIT. — Formidable ! Comment le sais-tu ?
Pierrot. ROLAND PÉGURIER. Avec quelque suffisance, Olivier Roy répondit :
La grand'enère CHARLOTTE CLASIS — Je suis voyant.
Bébé-Fakir finit par allumer la lampe de bureau.
Comme il demeurait Inerte dans ce coin de la pièce, Oli-
• CHAPITRE PREMIER vier jeta d'un ton un peu impatient :
— Allons, au travail !
UN CAMBRIOLAGE RÉUSSI. D'instinct, Bébé-Fakir se dirigea alors vers le vaste
coffre-fort qui trônait au fond dans un angle.
0'uN pas lent de promeneurs, les deux agents — Pas par là 1 intervint Olivier.
de garde cette nuit-là dans le quartier Saint- Et, désignant une copie du célèbre portrait de
Lazare passèrent devant le magasin de M.* Récamier, suspendue au mur, il ajouta aussitôt
nouveautés, Au Petit Brununel, puis pour- d'un ton goguenard :
suivirent leur ronde en bavardant. — Fais plutôt basculer la dame
Alors de la cave, située sous ce magasin, Machinalement, mais sans comprendre, Bébé-Fakir
une voix hésitante s'éleva : obéit : il décrocha le tableau. Alors apparut, encastré
— Eh bien t..., peut-on y aller ? dans le mur, un petit coffre-fort.
— Allons-y t Allume I répliqua quelqu'un d'un ton — Stupéfiant I s'exclama Bébé-Fakir d'un air admi-
calme, avec un indéniable accent de commandement. ratif. Vraiment, je ne sais pas comment tu fais pour
Aussitôt, une lampe de poche s'alluma dans ce réduit trouver tout ainsi.
obscur et les silhouettes de deux hommes jeunes se — Qu'est-ce que tu veux, j'ai fait des études scienti-
détachèrent faiblement sur le fond d'ombre régnant dans tiques, j'ai l'esprit de déduction...
cette pièce. D'un pas décidé, le dernier cambrioleur Olivier Roy ne se vantait pas. Cet élégant cambrio-
qui venait de parler et qui, manifestement, était le leur avait son diplôme d'architecte. Seulement, une
patron s de l'autre, gravit un petit escalier et arriva femme avait fait de lui un dévoyé, un voleur.
dans le magasin du Petit Brummel, encombré de manne- Elle se nommait Lola, était blonde, très belle, d'ori-
quins en cire, vêtus de complets de confection. gine suspecte et vivait exclusivement du produit des
Quelques essais au moyen de fausses clefs et— le cambriolages qu'effectuait son amant. Cette aventu-
cambrioleur-chef » ouvrit la porte du bureau attenant rière avait d'ailleurs grande allure. En cette femme fort
s
élégante, vivant dans un décor luxueux de l'avenue d'être arrêté, il avait annoncé à Lola son départ immi-
d'léna, parsemé d'objets d'art de haute valeur, — Lola nent pour le Midi. Jalouse, la jeune femme avait alors
avait l'âme d'une collectionneuse,— on eût difficilement fait montre d'une mauvaise humeur agressive. Cepen-•
reconnu la fille qui, plusieurs années auparavant, s'of- dant, sous les caresses d'Olivier, elle s'était peu à peu
frait au premier venu sur les boulevards. apaisée.
Vraie amante, féline, très caressante, Lola avait — Tu m'aimes ? fit-elle, un pli profond barrant son
su s'attacher son amant, qui tenait à elle plus par les front.
sens que par le coeur. Parfois, un soudain dégoût de la — Quelle question I
vie qu'il menait, une honte inavouée... s'emparaient — Tu reviendras
d'Olivier. Il songeait alors à changer d'existence, à quit- Olivier sourit puis, prenant Lola dans ses bras, il
ter sa maltresse. Très intuitive, Lola le sentait aussitôt. répliqua gentiment :
Doucement, elle l'entourait de ses bras, se serrait contre — Tiens I Embrasse-moi..., tu es trop bête...
lui, l'embrassait avec tendresse, car elle l'aimait vrai- Ce fut à ce moment-là que Bébé-Fakir entra. En
ment, et les résolutions du jeune architecte s'éva- quelques mots, Olivier et son ami exposèrent alors leurs
nouissaient bien vite. projets respectifs : tandis qu'Olivier Irait se terrer dans
Ge soir-là, Olivier se surpassa vraiment comme maitre le Midi, Bébé-Fakir, lui, demeurerait à. Paris. Seule-
ès cambriole. En un instant, Bébé-Fakir eut, sur ses ment, il changerait de profession : de cambrioleur, il se
indications, découpé au chalumeau oxyacétylénique la muerait en garçon de café.
serrure du coffre-fort, dont la porte s'ouvrit comme une — Juste en face du Palais de justice, dit-il, il y a
quelconque porte de placard. un petit bistrot qui me tente. Ce n'est pas là que Paluaud
Cette cachette contenait près de trois cent mille ira me chercher, sans doute 1
francs. Les deux hommes se mirent à rire, puis Bébé-Fakir
— Nous n'avons pas perdu notre temps I fit Bébé- ajouta d'un ton légèrement mélancolique :
Fakir avec un petit sifflement admiratif. — Dire qu'on devait dîner ensemble ce soir I
Sans hâte, les deux camarades se retirèrent alors, — Oui, eh bien I n'attendons pas que Paluaud nous
l'esprit tranquille. Leurs préautions avaient été bien invite à... nous mettre à table 1 répliqua Olivier d'un
prises, mains couvertes de gants en caoutchouc, . tra- air gouailleur.
vail n effectué quand le gardien de nuit jouait à la belote Et, après avoir embrassé une dernière fois Lola, il
dans la loge du concierge, etc..., ils n'avaient rien à s'en fut. Il partait pour le Midi. Une nouvelle vie allait-
craindre. elle commencer pour lui ?
Or, le lendemain matin, quand l'inspecteur Paluaud Un instant plus tard, comme Bébé-Fakir sortait de
de la Police judiciaire ouvrit son enquête dans le bureau l'appartement de Lola, il croisa un personnage assez
du Petit Brummel, il ne fut pas peu
étonné de constater que le rouleau
de cire du dictaphone tournait.
— Un des cambrioleurs e dû
le mettre en marche cette nuit,
s'exclama-t-ii d'un air joyeux.
Peut-être, grâce à cet appareil,
allons-nous apprendre qui a fouillé
ce coffre et si bien réussi cette opé-
ration... scientifique.

CHAPITRE II

L'INQUIÉTANT M. JEROME.

Bébé-Fakir avait pour amie une


cartomancienne et voyante extra-
lucide nommée Ida, qui lui servait a
dénicher d'intéressantes affaires..
Ida, ayant parmi sa clientèle des
femmes riches possédant de beaux
bijoux, au cours de ses consulta-
tions, elle trouvait toujours le
moyen de se renseigner ace sujet...,
ce dont Olivier et son ami faisaient,
peu de temps après, leur profit.
Le lendemain du cambriolage
du Petit Brummel, Bébé-Fakir,
confortablement assis dans un fau-
teuil, notait ce que disait dans la Tiens ! Embrasse-moi... ta es trop béte...
pièce voisine une cliente d'Ida,
vieille danseuse fort riche et de caractère enfantin, étrange. Un homme d'âge mûr, fort élégant, mais qui,
quand, machinalement, son regard tomba sur le jour- dans toute sa personne, son regard un peu cynique, ses
nal posé devant lui. Deux titres superposés attirèrent gestes souvent audacieux, son rire sec et canaille..., don-
aussitôt son attention. nait une impression louche, pénible... Sous la correc-
Le cambriolage d'une maison de nouveautés de la tion d'apparence, on sentait en lui un aventurier, peut-
rue d'Amsterdam. être un redoutable forban.
Grâce à un dictaphone, la police va-t-elle arrêter les Tranquillement, profitant de ce que Bébé-Fakir
audacieux voleurs ? n'avait pas eu le temps de refermer la porte de l'appar-
A peine eut-il lu l'article qui suivait, qu'il se leva d'un tement de Lola, ce personnage douteux s'introduisit
bond, en jetant d'un ton furieux, désespéré : chez la jeune femme. Il semblait chez lui et il l'était
— Ah I nom de Dieu I nom de Dieu 1 presque : en qualité d'antiquaire, M. Jérôme n'était-il
Puis, comme un fou, il se précipita chez Lola, où il pas le fournisseur attitré de Lola, grande collectionneuse
savait pouvoir trouver Olivier. d'antiquités grecques ? Seulement, vis-à-vis de la mal-
A vrai dire, Bébé-Fakir n'avait nulle raison de s'in- tresse d'Olivier, M. Jérôme ne se montrait pas seulement
quiéter ainsi. La conversation enregistrée sur le cy- sous l'apparence d'un fournisseur. Lola lui plaisait
lindre du dictaphone ne comprenait aucune indication beaucoup, il la désirait vivement... Coûte que coûte,
utile pour la police. L'ignorant Bébé-Fakir fit irruption il la voulait. Seulement, Lola s'obstinait à ne pas com-
chez la maîtresse de son ami, au moment même où elle prendre et ne voyait en lui qu'un antiquaire.
venait de se disputer avec Olivier. Ce jour-là, Jérôme sortit de sa poche un bel écrin ren-
Ce dernier avait, lui aussi, lu le journal. Craignant fermant une magnifique statuette de Crète. Aussitôt,
3
boucha bientôt au milieu
d'une carrière de ciment,
où une quarantaine d'ou
vriers travaillaient.
Que faire ? Les gen-
darmes s'approchaient de
la carrière, se dirigeaient
vers lui...
Pensant qu'hésiter
c'était le meilleur moyen
d'att'rer ru:• .ui l'atten-
tion des policiers, Olivier
alla droit vers l'ouvrier
le plus près de lui, qui
tentait vainement de faire
démarrer un wagonnet
trop lourdement chargé.
Sans mot dire, il poussa
le véhicule, qui commença
à rouler sur les rails.
— Tu es nouveau au
— Un radeau ? fit Loin d'une voix hésitante. chantier ? lui demanda le
jeune ouvrier qu'il aidait.
les yeux de la jeune femme flambèrent de convoitise. — Non... Je passais,
— Un cadeau ? fit Lola d'une voix hésitante. comme ça... par hasard.
— Un cadeau, répliqua Jérôme, tandis qu'il s'empa- — Qu'est-ce que tu fais
rait de sa main gauche. Je vous la donne cette statuette. dans la vie ?
Alors... donnant... donnant... — Pour le moment...
Sans brusquerie, Lola se dégagea aussitôt et, d'une je chôme.
voix nette répliqua : — Ça te plairait le ci-
— Merci. Je préfère l'acheter. Combien ? ment ?
— Cent cinquante mille. Les gendarmes avan-
— C'est beaucoup. Tenez, je vous propose un çaient toujours. D'un re-
échange. gard de côté, Olivier les
Et Lola ôtant son collier de perles, le tendit à l'anti- observait. Avec empres-
quaire. Jérôme l'examina avec attention, eut un léger sement, il répondit :
sourire, et conclut : — Oui.., mais tout de
— J'accepte. suite.
Puis il partit en laissant la belle statuette crétoise — Tu es fauché, sans
chez Lola. doute ? Bon, attends, je
vais tâcher d'arranger çà
CHAPITRE III avec le vieux.
Le « vieux s, c'était le En peu de temps, Olivier et Cil
MONIQUE. chef de chantier, un brave
homme à l'air bourru. En
Olivier voyagea durant toute une nuit et, le lendemain quelques paroles, le jeune
matin, descendit dans une quelconque gare de Pro- ouvrier, qui se nommait
vence. Gilbert, plaida la cause
Où aller ? de son nouveau compa-
Afin de pouvoir facilement disparaître dans la foule, gnon.
le jeune cambrioleur s'était vétu en ouvrier. Une fois — Il n'a pas de travail ?
sorti de la gare, il marcha droit devant lui, se fiant au dit « le vieux s. Eh bien!
hasard pour fixer son destin. je l'embabche:
Soudain, il lui sembla entendre un bruit de pas der- Olivier poussa un soupir
rière lui. Il se retourna : deux gendarmes, distants de délivrance.
d'une centaine de mètres, le suivaient. Mals que venaient donc
Un peu inquiet, ji s'engagea dans un petit sentier faire les gendarmes sur ce
qui gravissait une ffauteur. Un instant plus tard, il se chantier ? Le jeune cam-
retourna à nouveau : les gendarmes le suivaient tou- brioleur eut vite
jours I cation de leur visite. Ils
D'un pas plus rapide, il poursuivit sa route. Il dé- réprimandèrent le fils du
contremaître, garçonnet d'une douzaine d'années, qui
rôdait toujours sur les bords de la carrière et s'amusait le ;
à lâncer des pierres sur la cabane des jardiniers voisins. da.
— Prenez-y garde, dit un des gendarmes à son père. Oli
Un jour, il lui arrivera malheur : il tombera du haut de
la carrière.
Le contremaître donna deux gifles à son fils et l'in-
cident fut clos.
A ce moment retentit le cri d'une sirène. La journée de
travail des ouvriers .de la carrière était achevée.
— Où vas-tu dîner maintenant ? demanda Gilbert
à son nouveau camarade.
— Ma foi, je n'en sais rien.
— Si tu venais à la maison ?
Olivier hésitait à accepter cette si gentille offre. Mais
elle était faite do si bon coeur, Gilbert insista si bien,
que le jeune al i'..itecte fut tout heureux de dire oui.
A peu de distance de la carrière se trouvait la petite
maison de son camarade. G:Ibert y vivait en la compa-
gnie de sa vieille grand'mère, la bonne et douce « Ma-
mie s, et de sa jolie soeur Monique, jeune fille très brune,
de petite taille, mais aux grands yeux sombres, très
caressants. Cette Monique était la bonne fée de la mai-
Muter lut tout heureux de gagner une broche d un jeu d'adresse. son, parlant souvent raison à son frère, qui rêvait
4
d'aventures, de voyages... CHAPITRE IV
Nature très droite et dou-
cement volontaire, elle LE MOULIN DE « M. GASTON 5.
serait une compagne sûre
pour l'homme qui saurait
la conquérir. Malgré tout le mal qu'il s'était donné pour trouver
Monique et Mamie ac- les cambrioleurs qui avaient forcé le coffre-fort du Petit
cueillirent très cordiale- Brummel, l'inspecteur Paluaud dut, après un mois de
ment le nouveau camarade recherches, s'avouer que son enquête avait échoué.
de Gilbert,. Et, bien vite, — Alors, on classe cette affaire, cher? proposa l'un
Olivier sentit qu'il se plai- de ses collaborateurs.
rait dans ce milieu. Gilbert Paluaud hésita un court instant, puis répliqua :
était si gentil et Monique — Non..., attendez... Nous allons dévoiler l'échec du
si fraiche, si doucement dictaphone. Les cambrioleurs, n'ayant rien à craindre,
réservée et si pure. Ce fut se trahiront peut-être.
avec effort, à la fin de la Dès qu'Olivier apprit qu'en fait l'affaire du Petit
soirée, qu'il s'arracha à Brummel était classée, sa réaction fut immédiate : il
cette douce ambiance. Et, téléphona aussitôt à Bébé-Fakir pour lui demander
en gagnant la baraque de venir le chercher en automobile au Pymangou (c'est
inhabitée, où il allait pas- ainsi que se nommait la petite agglomération où il
ser la nuit, il revit plus vivait depuis un mois).
d'une fois en pensée les — Mais n'arrive pas tout de suite, ajouta-t-U. J'ai
deux grands yeux calmes de la matière première à récupérer ici: dans les quatre-
au regard vingt-dix-sept kilos.
si franc de Ce langage Co)tvenu
la jolie signifiait qu'Olivier
Monique. avait une nouvelle «af-
faire » en vue, quatre-
vingt-dix-sept mille
francs à prendre : la paie
des ouvriers travaillant
à la carrière de Pyman-
gou.
C'était Gilbert qui,
chaque quinzaine, sous
la direction du «vieux»,
versait leur salaire
tous ses camarades. En
vague projet avait donc
germé dans la tête du
cambrioleur. Gilbe rt
était un garçon roma-
cri étaient devenus deux amis. nesque, facile A manoni-
Un instant
plus tard, Oli-
vier retrouva
Monique et
son frère dans
le caf é- guin-

Monique et Oli-
vier sortaient
suvent
ensemble.

Alors 1 tu as
ric ? deem-
il
clac,

5
Une chaste et fervente étreinte unit alors les
deux jeunes gens ; sembla les lier pour toujours.

CHAPITRE V
RUPTURES.
Deux jours plus tard, Bébé-Fakir fit irruption au
Pymangou dans la voiture de son ami.
— Alors ? Tu as le fric ? demanda-t-il à Olivier.
— Non, répliqua l'amoureux de Monique d'un
air un peu embarrassé. L'affaire ne m'intéresseplus.
J'aurais pu compromettre un petit gars sans défense.
— Tu fais du sentiment, maintenant! s'exclama
Bébé-Fakir d'un air stupéfait. Et il re-
garda son complice comme s'il ne le recon-
naissait plus.
Cependant, la mauvaise influence exercée
par Olivier sur Gilbert avait porté ses fruits.
Le jour de paye venu, ce grand gosse se
laissa aller à voler le salaire des ouvriers
de la carrière et à ramener cette somme
chez lui. Mais Monique était une fille hon-
L'antiquaire désirai! violemment nête et énergique. Dès qu'elle se fut rendu
Lola. compte de ce qu'avait fait son frère, elle
réagit avec vigueur.
— N'avance pas ou je lire! — Gilbert, dit-elle, tu vas me promettre
de rendre tout de suite cet argent.
guette de la petite ville ou- Comme le jeune homme demeurait silen-
vrière. Ses pensées prirent • cieux, Monique se jeta à ses genoux et
aussitôt un tout autre cours. poursuivit d'une voix ferme :
La tranquille et candidb confiance que ces deux adoles- — Tu me le promets ? Sinon, c'est moi qui irai le
cents avaient en lui, les lui rendait chers. Il fut heureux rapporter.
de les emmener boire d'inoffensives boissons et d'obser- Et des larmes commencèrent à sourdre des paupières
ver Gilbert. de la jeune fille. Touché, vaincu, Gilbert se hâta de
— Comme il est gosse I murmura en lui-même Oli- regagner le chantier et la paye des ouvriers eut lieu, sans
vier. Il se prend pour un futur chercheur d'or ou un que personne eut soupçonné ce qui venait de se passer.
aventurier de la pampa, et il joue déjà un rôle 1 Un instant plus tard, en proie à un vague pressenti-
Vu son assurance, son savoir et son passé, Olivier en ment, Monique courut au domicile d'Olivier. Au mo-
imposait à Gilbert, qui l'admirait et s'efforçait de l'imi- ment d'entrer, elle s'arrêta stupéfaite. Devant la porte
ter en tout. Sans s'en douter d'ailleurs, par son incons- de la maison se trouvait une belle automobile, prés de
cient immoralisme, le jeune cambrioleur entremit le laquelle stationnait Bébé-Fakir. Et celui-ci se mit sou-
frère de Monique sur une bien mauvaise pente. dam à crier : •
De son côté, la jeune fille subissait l'emprise grandis- — Olivier ! La bagnole est prête 1
sante de la forte personnalité d'Olivier, tandis que la Croyant comprendre et animée d'une violente colère,
grâce candide de Monique donnait au cambrioleur l'im- mêlée de désespoir, — elle avait tant cru en celui qu'elle
pression d'un bain de fraîcheur. Quelle différence avec aimait I — Monique entra en coup de vent chez lui. Elle
Lola, qui rappelait toujours un peu ses origines 1 le trouva en train de fermer son sac à main et sur le
Ce soir-là, Olivier fut tout heureux de gagner une point de partir.
broche à un jeu d'adresse et d'en faire cadeau à sa — Lâche 1 lui jeta-t-elle au visage. Menteur I Tu
petite amie. Puis, comme des heures avaient coulé t'en vas I Et tu sais ce qu'a fait Gilbert 1
depuis sa venue au café-guinguette, gentiment, il raccom-, D'un ton à la fois indigné et douloureux, — elle souf-
pagne chez elle Monique, doucement suspendue à son frait de devoir mépriser et perdre Olivier, — elle rap-
bras. pela à l'architecte que c'était lui le responsable du vol
commis par son frère.
• `e — C'est toi qui l'as poussé à prendre l'argent du
chantier cria-t-elle avec colère.
Le lendemain étant un dimanche, Olivier et Monique Olivier allait dire quel revirement moral il avait
sortirent ensemble. éprouvé depuis leur charmante entrevue dans le moulin
— Quand j'étais petite, dit la jeune fille, nous habi- de • Gaston e, mais Monique ne lui laissa pas le temps
tions ce vieux moulin, que vous voyez là-bas. de parler. Le repoussant d'un air écoeuré, elle jeta :
Et elle lui montra un bâtiment tout décrépit, qui — Va-t-en Je ne veux plus te voir ! Plus jamais,
semblait inhabité. Sentant qu'Olivier s'intéressait de tu entends 1 Plus jamais !
plus en plus à elle, Monique l'introduisit dans le moulin Et, tout en larmes, elle s'enfuit.
pour lm faire connaître le cadre dans lequel elle avait L'âme en désarroi, Olivier laissa alors Bébé-Fakir
commencé à vivre. l'emmener dans sa voiture. Le lendemain, il arriva à
Presque in silence, les deux amis gagnèrent le grenier. Paris.
— Me faites pas de bruit... Si Gaston fait la sieste, Seulement, il n'était plus le même homme qu'un
il sera de mauvaise humeur. mois auparavant, quand il avait fui dans le Midi :
Comme Olivier l'interrogeait du regard, elle ne dit Monique lui avait donné le goût d'une vie honnête et
mot, mais lui prenant la main pour le guider dans le d'un amour vraiment digne de ce nom. A peine revit-il
grenier à demi obscur, elle l'amena devant une statuette Lola, qu'il lui signifia la fin de leur liaison : la fraiche
en bois ayant orné autrefois un orgue de chevaux de et pure Monique avait chassé l'aventurière du coeur du
bois. Puis, gravement, comme une petite Mie qui joue jeune homme.
à la poupée, elle fit les présentations : En entendant parler son amant, Lola blêmit ; mais,
— Mon ami Olivier, mon ami Gaston. se dominant pour rester calme, elle répliqua :
Gaston était le nom qu'elle avait donné à la sta- — Tu ne m'aimes plus..., mais ça tombe bien mal :
tuette. Olivier fut touché, attendri, de sentir Monique Jérôme nous menace.
encore si proche de l'enfance et de la confiance qu'elle — Comment ?
avait en lui, pour dénuder ainsi peu à peu toute son âme. — Il vient de me dire que, si je ne le rejoignais pas
Son regard se fixa d'un air interrogateur sur le visage ce soir à huit heures, il nous dénoncerait.
de la jeune fille. Troublée, Monique détourna les yeux. — Mais que peut-il contre nous ?
Alors, doucement, Olivier prit son amie dans ses bras. Et Lola raconta alors à son amant dans quelles condi-
ce fut elle qui lui tendit ses lèvres. tions elle avait remis son collier de perles aux mains de
coups du carillon sonnant dans le magasin de Fenil-
quatre, le timbre d'une bicyclette qui avait vibré peu
après le crime... Dans sa tète, ces bruits se répétaient
sans cesse, s'amplifiaient, devenaient une tragique
obsession.
Dés la nuit venue, Olivier tremblait de peur, deve-
nait comme fou.
Pour fuir cette obsession et surtout pour revoir
Monique, le jeune homme revint secrètement au Pyman-
gou. Il rôda près de la maison de celle qu'il aimait avec
une profonde tendresse, et eut la joie de l'apercevoir
fixant avec émotion la broche qu'il lui avait offerte.
Elle ne l'avait pas oublié et pensait toujours à lui
Un matin, comme il passait près de la carrière, il
sauva le fils du contremaltre, qui, en jouant, était
tombé du haut de la falaise et avait réussi, dans sa
chute, à s'accrocher â un roc. Mais, en portant ainsi
secours au garçonnet, Olivier s'était blessé. Pour le
soigner, Gilbert le fit transporter chez lui.
Monique le revit ainsi et son ancien amour reprit
soudain toute sa force. Mais, par fierté, elle ne voulut
Lola et Bébé-Fakir se retirèrent dans le grenier. pas le laisser parattre... Olivier, l'âme encore plus triste
qu'auparavant, s'éloigna donc.
l'antiquaire. Or ce collier était un collier volé... par
Olivier quelques mois auparavant. Si Jérôme montrait
ce bijou à la police, l'ex-cambrioleur et sa maîtresse CHAPITRE VII
seraient arrêtés. Voulant à toute force posséder Lola,
l'antiquaire lui avait, le jour même, mis le marché en VERS L'ESPÉRANCE.
main : ou une entière docilité envers lui ou, dès le len-
demain, l'arrestation. Comme un pèlerinage d'amour, il se rendit dans le
— Que veux-tu que j'y fasse ? fit Olivier d'un air moulin de Gaston, où il avait connu un bonheur total.
embarrassé. Il y trouva... Monique, qui sanglotait auprès de la
— Va trouver Jérôme, répliqua Lola. Fais-lui peur... statuette en bols en murmurant son nom. Alors, d'un
C'est un lâche. Je suis sûre qu'il cédera et te rendra élan, les deux amoureux tombèrent dans les bras l'un
mon collier. de l'autre. Mais cette joie fut de courte durée. Comme,
— C'est bon. J'irai. Mais, l'affaire terminée, je te un instant plus tard, Monique lui disait avec ten-
quitterai. dresse :
— Si tu veux, fit Lola d'une pauvre voix toute triste. — Désormais, tu travailleras ici, comme avant... je
serai si heureuse...
...Olivier, incapable de garder plus longtemps son
CHAPITRE VI secret, lui dit d'une voix rauque, haletante :
— Non, Monique... Je suis un homme fini, un pauvre
L'ASSASSIN A PEUR LA NUIT. malheureux. Si tu savais qui tu as présenté à Gaston
Et il lui avoua tout son passé.
L'entrevue entre Jérôme et Olivier s'acheva bien Soudain, Olivier sursauta : Bébé-Fakir et Lola en-
autrement que ne l'avait prévue l'ex-cambrioleur. traient dans le moulin l Ils fuyaient la police qui était
Olivier tenta d'agir de façon correcte vis-à-vis de â leurs trousses. Bébé-Fakir était venu en automobile
l'antiquaire. Mais celui-cl ne voulut rien entendre : au Pymartgou pour emmener avec lui son ex-complice
décidé à se rendre maitre de Lola, il refusa de rendre le Olivier.
collier volé. Sortant une liasse de billets de sa poche, Mais Paluaud et ses aides parurent. Lola voulut
Olivier dit alors d'une voix rauque, en les tendant it résister. Pour cela, revolver au poing, elle se retira dans
Jerome : le grenier. Mais elle n'avait pas vu une trappe ouverte...
— Voici cent mille francs. Le collier ne vaut pas Tout et coup, un cri bref s'éleva, et elle alla s'écraser
davantage. Allez, prends-les et donne-moi le collier. sur les dalles de la salle d'en dessous.
— C'est un ordre ? demanda l'antiquaire d'un air Elle n'était pas morte sur le coup. Mais elle n'avait
sarcastique.
— C'est plutôt un conseil.
Subitement, Jérôme sortit un revolver de sa poche et
le braqua sur son visiteur.
— N'avance pas ou je tire t hurla-t-il pris de peur.
Olivier n'avait pas d'arme. Comme l'antiquaire allait
faire feu sur lui, le jeune homme saisit une petite
pendule en marbre et la jeta à la face de son adversaire.
Le coup de feu partit en même temps que la pendulette
frappa l'antiquaire au front. Celui-ci s'écroula aussitôt
sur les dalles de la cave, où cette scène venait de se
dérouler, et ne bougea plus.
A ce moment, la pendule sonna huit heures, puis
dans le magasin, situé au-dessus, un carillon égrena ses
notes cristallines. Un frisson de peur secoua l'assassin.
Fuyant loin de l'homme qu'il avait tué, Olivier sortit
au plus vite de chez l'antiquaire.
A quelque distance de là, il trouva Lola qui l'atten-
dait.
— Eh bien ? fit sa mattresse. Jérôme ?
— Je l'ai tué, se borna Et répondre Olivier, et il dis-
parut dans une rue voisine.

Désormais Olivier vécut une existence infernale.


Dès que sonnaient huit heures du soir, — l'heure du
meurtre qu'il avait commis —, il devenait la proie du
délire. A nouveau, il croyait entendre le tic-tac de la
pendule qu'il avait lancée à la face de Jérôme, les huit — Approche, Olivier...
7

• _à
plus que quelques instants à vivre. D'une voix à peine Cependant, Paluaud avait hâte d'emmener Olivier
perceptible, Lola murmura alors : et Bébé-Fakir. Comme l'inspecteur allait lui passer les
— Approche, Olivier... Monsieur l'Inspecteur, menottes, Olivier dit à Monique d'un ton triste :
venez... plus près... Ce n'est pas Olivier qui a tué — Je ne sais pas si je te reverrai, ma chérie.
Jérôme..., c'est moi. Quand tu m'as laissée, je ne suis — Je t'attendrai.
pas partie... Je suis entrée dans le magasin, Jérôme était — Vrai ?
debout, blessé seulement à la tète... D'un regard volontaire et tendre, la jeune fille lui
— Il s'apprêtait à téléphoner, précisa Paluaud. Et répondit. Alors, un sourire heureux aux lèvres, Olivier
vous avez tiré. suivit docilement Paluaud. L'espérance, maintenant,
— Oui, j'ai tiré. habitait son âme.
— Je savais que la blessure faite par la pendule
n'était pas mortelle, ajouta l'inspecteur. FIN
En entendant ces mots, Olivier éprouva comme un
sentiment de délivrance et il sentit qu'il respirait
mieux : il n'était pas un assassin I Louis RACHEL.

— UN P'TIT AIR —
Choisissez le refrain qui vous
plalt et cherchez-le chez votre
fournisseur, vous pourrez le porter
en broche
" LES REFRAINS CÉLÈBRES "
craation PAULRE
83, rue Turbigo, PARIS

tes études, d'après photo et date naissance


T Dep. 50 fr. Env. enveloppe timbrée.
M.. C. AMY, 241, boulev. Voltaire, PARIS.
ceidtSeutcccèosie
GRANDIR de 10
F. in, e‘vt'in.bAlelt:211i.
tique Suc.

Vient de paraître :

BLIOTHEQUEORIMINALISTIQUE

ALERTE AUX VIPERES


Les Lettres Anonymes

Stars et Films d'Aujourd'hui MARC DUSU

La vie et les films d succès des vedettes célèbres. i ,


li1
,ii
Album no 8 Album no 9 .
Charles VANEL
Madeleine SOLOGNE
Linda DARNELL
James CAGNEY Fred Mac MURRAY
EN VENTE PARTOUT : 8 francs, CHAQUE ALBUM
Envoi franco contre la somme de 9 fr. adressée à la SOCIÉTÉ EN VENTE PARTOUT : 85 fr.
PARISIENNE D'ÉDITION, 43, rue de Dunkerque, PARIS (Xe). Envoi franco contre 70 fr. adressés
à la Sr PARISIENNE D'ÉDITION,
43, rue de Dunkerque, 43, PA RIS (Xe).
MESDAMES, pourquoi ne pas vous débarrasser des poils Aucun envoi eanNe nernboneseinent.

qui enlaidissent vos jambes nues ?


LE NOUVEAU
Venez à :

L'ACADÉMIE DE BEAUTÉ FILM catIPLET


publiera prochainement
DE LA FEMME DE FRANCE
43, rue de Dunkerque, PARIS (Xe).
La Rose Blanche
Épilation définitive par diathermo-coagulation. - Prix très modérés. avec Lorette YOUNG et Conrad VEIDT

SOCIÉTÉ PARISIENNE D'ÉDITION Régie exclusive de la Publicité : A. D. P.,


43, rue de Dunkerque - PARIS (X.) P. C. A. n* 7655 ,- H. n4 13.036.
I rue des Italiens, Paris (IX.). (Pro. 74.54).
han. CRÊTE, Corbell (S.-et-0.), — 464&5-46. — Dépôt légal, 2. trimestre 1946, — C. O. L. 31 - 1631.