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MON FILM

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Debor0, KERR' et Cor e E. LVET


ans
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malin
111111,

na • Fllm PARAMOUNT :II a 111


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N° 405 — 26-5-54
,'.07!
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.13RUNHeltSBACONNAISE. — Phi- à DANIEL ROBIN) ; Las Amants de
litme Leinilin porte son ...mai nom. — Viso. (n. 167, épuisé) ; Méfie,-vous
Georges Gudtary va tourner une non. Sou des blondes (n. 239).
velte vemlon du Baron Tsigane. — Il
n'est fiancé à personne. SUPERMAN. — Sinon Sevilla porte
son vrai nom, je crois. J'ai bien peu de
I. VOISIN-LARIVE. — Précisé- renmignenteMs sur cette lointaine
ment, je demande que ces énuméra - Le Camériste répond Ici à tontes les questions d'Intérêt général vedette... — Jeanne Moreau a tourné;
Gons longues et fastidieuses soient Dernier anoltr, Meurtres, Pigalle
épargnées à ce courrier, on la place Saint-Germain-des-Prés, L'Homme de
m'est mesurée... PAYS DES PAGODES. = Rite MUSICIENNE. — Dans Éroica, ma vie, Il est minuit, docteur Schweitzer,
IRONE LION. — Sème remarque Hayworth a fait sa rentrée dans les Si,,, autrichien de r948 t Ewald Bal- Dortoir des grandes, Dilietta, La lit, Les
qu'a I. VOISIN-LARIVE. — De quel studios en ress en tournant L'A aire te, (Beethoven), Marianne SchÔneuer, Intrigantes.
personnage de Mandat d'amener par- de la Trinidad i puis, en 19,33, elle Judith Holzmeister, etc. — Ce film MOISÉ. — Alerme (André Alarme)
les - voila ? Vous écrivez son nom de tourna Salomé. — La mention r tru- est sorti à Paris (en version originale est né le 9 septembre M07 à Dieppe.
façon illisible... — Fernando Lamas est nuées dec dune Inc généeiquen, pré' seulement) en octobre 1949. Célibataire. — Dinan (Albert Dinan) est
fiancé à Arléne Dahl. Renseignements vidait 00m du tecbuicieu qui u réutiud né en r9o5 à Paris. Marié à une per-
les traçasses du flint. — Le meilleur MAREMME. — Je ne puis donner
sur lui récemment donnés — Pour aucune adresse d'artiste... Lisez l'avis sonne qui n'est pas actrice. — hlarc
ces renseignements sur le doublage, rechn.cele./. de 1953 est certaine. souvent publié l'an dentier en page z. Caaeat (vrai nom), le 16 Juin ms3
écrivez à M.-G.-M., Service Synchroni- ment Moulin. Ronge. Paris. Marié â Pepita Jhnener, comé-
Nous transmettons les lettres.
sation, 37, rue Condorcet, Paris (9•). LECTEUR BOISGUILL AUNE. — dienne.
Pour Etchika Choureau, déjà dit. — JO TOURAINE.—Roland Alexandre
BEAU SOSIE. — Georges Colley net né le 6 novembre 1924 sl Paris. ALAN ERROL. — Broderick Caw.
- (Georges Gillet) envoie se photo. Nous Véronique Deschamps a tourné La
Fille au fouet et Suives cet homme. Je Magali No& est née t Smyrne en sons. tord est né à Philadelphie le 9 décembre
lui transmettrons votre lettre affran- — Films de Philippe Noeud Les solo. Nous Pavons vu dans L'Homme
chie O 55 francs. Non, je ne crois pas ne sais rien de plus en m quitatun.
cerne. — Poue La Rage au corps, voyez Ansmire. sont seuls au monde, A. mie j'ai choisi, Les Fous dtt roi, S. 0.5.
qu'il ait l'occasion de séjourner Tou- yeux du souvenir, briquette et sa nitre, cargo en damnes, Comment l'esprit
tou.. Il est né à Champigny-sur- les pages 8 et 9 dé notre ne 397.
Balleri., Maya, Meurtres, Les Amants Ment a. femmes. L'Inexorable moufle,
Marne, le zz mai r9s6. Yeux bleus, MAURICE HENRI. — Jr ne puis de Be.-Mort, Opération Magali, Adieu Dans la gueule du loup, La Sabre el la
cheveux châtain foncé, an,77. Céli- répondre par lettre. Tous mea regrets. Paris. (lèche, La Loi des bagnards. Le bal des
bataire: — Léonide ...eV est un homme et mauvais persona. Décision à Berlin. —
PETITE HARNOSIENNE. Au- non une femme. Nous lui , LE VEYNOIS. — Roger Duchesne Robert Mitchum ne joue pas dans Le
parenté entre Robert Taylor et trous votre
outre lettre affranchie à r5 francs. n'a pas pan riens les studios depuis de Sabre et la Flèche.
Elizabeth Taylor. — Dans Le Faucon — Écrive: à l'École du 75 Art, 43, longues années. — Dentelle Darrieux
ronge (il n'existe pas de Faucon noir): tue Laffitte, Paris (95). est mariée depuis plusieurs années à JASE DE BORD EAUX.—Principaux
Jacques Sernas (Richard), Paul Mul- Georges Midy. Vous m'amurez bien films de Jany Holt Un Grand amour
SANS PSEUDO. — Je doute que en me parlant de ses fiançailles — de Beethoven, Les Bas-Fonds, Courrier
ler (baron Geoffroy), Tatnara Lees vous vous reconnaissiez. Mais votre
(Clotilde) et Carla Calo (Mette). Luis Mariante n'abandonne pas la sud, Tore sur la piste blanche, Alibi.
lettre ne porte ni prend° ni signature. chanson et n'est fiancé à personne. Piste du sud, La Maison du Maltais,
LA LAVANDI ORE. — Juliette — Je ne connais pas Colette Jean. semble.t.II. — Rudy Hirigoyen porte Paradis Je Satan, Le Baron larame,
Faber, née le m mars 12.'9 au Lusetu- Je ne pense pas qu'elle fasse du cinéma. son vrai nom. Les Anges du péché, La Fiancée des
bourg, est mariée et maman. — Gene- — Line Renaud est née le a juillet r9s8. lénébees, Farandole, Le Paya sans
viève Page, née à Paris en 1927. — SUZIE L'IGNORÉE, — Non, ce étoile, Mission spéciale, Contre-engane,
Maureen O'Sullivan, née â Boyle DEUX YEUX NOIRS. -- Oui, cette n'est pas l'adresse de cotte artiste, Non coupable, Rumeurs, Docteur Lad,'
(Irlande). le t7 niai 131r. actrice habite cette avenue. — Edwige niais celle de son Impresario. — Pierre sac. L'Écha(aud peut amender, Made-
Feuillere n'est pas remariée. Elle Fresnay ne jouait pas dans Si j'étais
s'absente de Paris comme toua les le patron. Les vedettes de ce film
autres acteurs, lorsqu'elle est en tour- étaient Fernand Gravey, Mireille Belin
née de théâtre, qu'elle tourne en esté. et le regretté Max Dearly, avec Un
rieurs ou dans un autre pays, et quand Grand patron. Il n'y a aucun rale.rs
elle est en vacances entre les deux scénario.
LOO DAT S. — Pour Etchika Chou- CLAUDETTE. — Pour Reger Pierre
reau, déjà dit. Son interview (avec comme Soue tout autre se fis t e
portrait) a paru dans notre na 393. nous transmettrons votre lettre. Lisez
ADM. GREGORY ET GLENN. — l'avis souvent publié en page 2. Débu-
Listes déjà données. Que mes corres- tant 7 Non, certes, car il !St une
pondants me lisent distraitement !C'est vedette du cabaret et a pana à l'écran
plutôt décourageant... — Glenn Ford dans Deux de l'escadrille, Belle menta-
est né A Québec (Canada) le ter mai lité, Une Ide de gamon.11 est célibataire.
r919. Marié à la danseuse Eleanor NUIT DE VALPURGIS. — La rue
Powell ; un fils, Peter. des filles perdu« est un film suédois
MARIE-PAULE HO II RTO UL L E. — produit en r948. — Lu Felf13860
Je suppose que vous n'avez jamais lu pudeurs, un film américain de cote
cette rubrique. 1. Vous n'avez pas pris dont la vedette est Jane Carlson.
de pseudo ; s. Vous semblez tout igno. LUC ET JEAN. — Otd. adresse
rer de l'avis souvent publié en téta de exacte. — Line Renaud mesure t64.
la page a ; 3. Il faut, quand on de-
mande à un artiste l'envoi de sa photo, LIBELLULE. — Pour Quand tu
mettre dans la lettre ao francs au moins, liras cette lettre, voyez notre ne 39o,
Robert TAYLOR , en timbres-poste si l'artiste est fran- Page 3. — Lena Turner vient d'épou- Maureen O'HARA
çais; en coupons.reponse internatio- ser Les Barker. — Je ne puis donner
dans naux s'il est à. l'étranger. d'adresses. Lises l'avis souvent publié dans
Lame de fond RAMON. — Toute lettre est immé- en page 2. Sindbod le Marin
(Photo M.-G.-M.) diatement transmise, si elle est conve- CHEVALIER PIAC. — Lisette (Photo RKO)
nablement affranchie. Lanvin a abandonné le cinéma. —
LULU, PARIS. — Annette Poivre, Derniers films de Sourcil Seul dans oiselle de la Enté, Le Farel, Le
CALOUA. — s Beaucoup de spec- Paris, Le Trou normand, Les Trois
cheveux ehatains, yeux bruns, s,64. tateurs considèrent cette invention Gantelet vert.
motumetaires, Si Versailles »t'était
DENISE, MACONNAISE. — C'est comme la mort du cinéma. ? Elle est conté, Poisson d'avril. TOURBILLON POU. — Renseigne-
le petit Claudy Chape'au qui joue le bien bonnet Ob avez.vous pris ça I Je ments donnés et redonnés. Lisez-moi
rôle de Beppo dans Le Retour de Don ne suis pas curieux, mais j'aimerais FLOCON BLANC. — Gary Coope,. plus attentivetnent.
— Odile Versois a tourné que vous m'expliquiez la chose... — n'a jamais épousé Clara Bow. Sa
Dernières vacances, Fantomas contre Faites-moi confiance, avec Zappy Max seule épouse est et fut Sandra Shaw. — POUR DON CARLOS. — Ne me
Fantomas, Orage d'été, Francesca de et Jacqueline Moelle, sortira bientôt. Dans Quo Cadi Deborab Kerr, demandez pas d'énumérations longues.
Rimini, Les Amie. de Saint-LaiP, RUDY ARUDY. — Nous avons Robert Taylor, Peter Ustinov, Patricia Je n'en ai pas la place. — Nous avons
Bel amour, Mademoiselle Josette ma publié La Première sirène dans notre Latran. publié 72, épuisé) Pour qui son,,a le
fennec, Dourenica, Grand gala, Un Jour na.to 1. — David Brian. né à New-York, glas, dont j'ai redonné la distribution
PLUME AU VENT. — Derniers no 228, p. 2 et n. 23 L Pour
inoubliable (britannique). le 5 août tg 4, marié (en 355 noces) films de Phyllis 'Chauler parus en J'avais oing fils, distribution donnée
CACTUS D'ALGÉRIE. — Oui, à l'actrice Adrian Booth, a tourné Prouve'. Le Chevalier du stade, La
Boulevard des Passiats, L'Esclave du n5 18o, p. s.
Orane Demazis, Simone Simon, Made. Collégienne en folie, La Mission du
bine Ozeray ont été des vedettes de gang, Le Grand assaut, La Garce, La commandant Lez. — Le pals importent RITA LA PLUS BELLE. — Nous
l'écran. — Thérèse Dorny, très connue Première sire., La Mission du rom. Oint muet tourné par Gary Cooper fut , avons publié avec Ingrid Bergman
au théâtre, a paroi l'écran dans divers mandant les, Lm Ailes. — Pour les noms des • dou- différems filins, tuais ces numéros sont
films de a933 à 1.5 et, plus récent. DOMINO DE CASA. — Alain Cuny bleurs r, adressez.vous aux firmes. Ils épuisés. Les Amours de Carmen. avec
ment, dans Voyage surprise (lion), est né le ta juillet moll à Saint-Malo. changent d'ailleurs souvent. Rite Hayworth ont paru dans • Ciné
3.cheminée d droite (Igeg), La Belle Célibataire. Ses filins: Remorques( roso), pour Tous (n. 7). — Dernier film de
meunière, Tire-angianc )rom), Uni- Madame Sans-Géne ( rear), Les Visi- DANIEL ROBIN. — Nous avons Silvana Sangallo : Ulysso
formes et grandes manoxivres, Le Pas- teurs da soir, Le Bar cos fantôme, Solita
publie Lucrèce Bor la (n.389, p. 8 et 9).
— Distributions déjà données FÉTICHE B. — Jacqueline Cartier
sage de Vénus, La Belle de Cadix. — de Cordoue, Les Conquérants solitaires, ne joue pas dam Guo enfant dam la
Claire Maurier, née Odette Agramon, Le Christ interdit, Le Chemises rouges, tourmente, que je sache. — Juliette
le 22 mars à Bordeaux, a tourné dans
Les Vacances finissent demain, Rayés
La Dame sans camélia. purrLICc ONett
Blei,;eCponse
r lZur atone Faber est née. Luzeinbourgle botes
a.e. Principaux films t La Vierge
des lel/legs, Un Caprice de Garolineeke (ngbA), Les Jours lamer. (bot),
rie, La Belle de Cadix. Les Inconnus dans la Mafson ('gge),
GANGSTER C. — Peut-étre publie' La Tentation de Barbizon (1913),
des photos de ces artistes...
quand ils seront plus connus en France.
— Distribution de Winchester 73 déjà
MON FILM' L'École buissonnMre (lest), Justice loi
bd. (mo), Nous sonnas tous des
assassins (Iota).
donnée. Je n'en sais pas plus long. — ciNÊ Fier CHARLY STON. — Lu géant de
Marguerite Chapman est née à Cha- Quo Vais? est joué par Buddy Banr,
tham (New-York) eu r919. TOUS LES MERCREDIS. N, boul. des Italien, PARIS (25).
qui est de nationalité américaine.
ROSE POMPON. — Oui, Eddie Rédacteur en chef Pierre HENRY.
Constantine est marié à une danseuse A. DE MICK MICHEYL. — Je n'ai
et père d'une petite fille. Une confusion Abonnements, France et Colonies pas la place de donner ces distributions
m'a fait dire qu'il était célibataire. — 1 an 780 fr. 420 fr. compté., je l'ai déjà dit. Précisez les
6 mois Personnages dont les interpréta vans
Oui, adresse exacte. — Pour Le Forêt
de l'adieu, voyez notre ne 32 r consacré Cornole Pari, 5491-99. intéressent.
à ce film. LE CAMÉRISTE.

2
TONNERRE
SUR
LE TEMPLE
(THIN°. in cHr EAST)
Realisation de Charles VIDOR.
Scénario de 10 SWERLING.
Adaplanon •
de G. TABORI et F. Hazlitt BRENN»,
d'après le roman d'Alan MOOREHEAD .
Coourighl 1951 Du Pommer Pid. Corp.

INTEPTInTATION )
menu Gibbs AMAN LADD.
loonneWilloughby DTSORAN KERR.
CISARSTS BOYER.
Liront Gamone CALVET.
Mr. Willoughby Came KELLAWAY.
Production PARAM01.119T
d'Everest RISKIN.
Récit de Measzéliezesm LEGORDIER

TONNERREidà TEMPLE
onsour. les Anglais abandonnèrent les Indes, il y a quelques en pareilles circonstances, il fallait certainement avoir une mission
années, de nombreux troubles éclatèrent dans ce pays. A officielle. Il voulut se racheter à ses propres yeux et aux yeux de
Ghandahar, capitale d'une province reculée du Pendjab, l'étranger. Alors, prenant un ton plein de déférence, il s'empressa
fief d'un paisible maharajah, personne ne se doutait que de dire à Gibbs, tout en déposant l'arme sur la table •
des tribus rebelles, profitant du désordre, se préparaient à envahir — Venez avec moi, je vous prie. Je vais vous conduire au palais.
la ville. C'était la seule chose que désirait Stephen Gibbs. Il suivit donc
Or, un jour, un bruit d'avion survolant la chaîne montagneuse l'inspecteur et laissa son jeune boy, Moti Lal, s'occuper des bagages.
entourant Ghandahar vint troubler les insurgés occupés à fortifier En quelques minutes ils furent au palais, où le secrétaire ne sem-
leurs dernières positions avant de lancer le dernier assaut qui devait bla pas autrement surpris de leur arrivée, puisqu'il les accueillit
leur livrer le palais du maharajah. Le grand quartier général des en tts tenues:
rebelles fut assez surpris, lorsque, d'un des postes avancés, vint — Monsieur Gibbs ? Mr. Singh sera là dans un instant.
l'appel téléphonique suivant Gibbs fut introduit dam un immense bureau aux meubles étranges,
— Général ? Un avion es identifié s'approche du terrain privé et, prenant un fauteuil confortable, s'installa et attendit l'arrivée
du palais et cherche at ir. Voué recevrez un rapport aussitôt de Mr. Singh qui, il le savait, était l'homme de confiance du maha-
que possible. Cela apport t-il un changement aux plans ? Très rajah, Soudain, une certaine inquiétude le gagna son plan, minu-
bien, nous attaquons Belapur cette nuit. Et Ghandahar un peu tieusement établi, allait-il réussir ? Jeune Américain, d'esprit
plus tard. Entendu, général. audacieux, devenu un aventurier à la suite des années de guerre
Les instructions du grand quartier général avaient été formelles : passées en Europe, il n'ignorait rien de la situation existant aux
laisser l'avion suivre sa route et voir quels étaient les plans du fou Indes et, particulièrement, à Ghandahar. C'est pourquoi il avait
qui osait encore pénétrer dans Ghandahar, malgré les circonstances décidé d'en tirer profit. Finie la sentimentalité. Il estimait
présentes. présent que seul l'argent donne à un homme toutes les joies sur
En effet, il fallait être insensé et ignorer complètement la situa- cette terre. Les événements qui se déroulaient aux Indes allaient
tion actuelle pour vouloir venir dans cette partie des Indes au lui donner la possibilité de satisfaire son goût du lucre et lui per-
mornent précis où des troubles sanglants éclataient. mettre de jour de la vie. Il se voyait déjà, ayant traité l'affaire
L'avion continuait sa route, et, maintenant, au-dessus de la piste magnifique qu'il venait proposer au maharajah, revenir en Amé-
d'atterrissage du maharajah, accomplissait une descente savante rique en homme riche. Telles étaient les pensées de Stephen Gibbs
et se posait tranquillement sur le terrain. lorsque la porte du bureau s'ouvrit. Un homme au regard très
Le moteur à peine arrêté, des gardes à l'allure menaçante s'avan- doux, à la démarche lente, s'avança vers lui et le ramena i la réalité
cèrent pour identifier l'avion qua avait ainsi osé violer ce terrain en lui disant
privé — Enchanté, monsieur Gibbs.
— Je regrette, monsieur, fit l'un d'eux, lorsque le pilote apparut Gibbs, toujours tris sûr de lui, tendit la main au nouvel arrivant
à la porte de l'avion, vous ne pouvez atterrir ici. C'est l'aérodrome qui s'asseyait à son bureau, magistralement
du maharajah de Ghandahar. directorial, et poursuivait :
Le pilote, un jeune homme à l'allure décidée, ne semblait pas le — Vous affirmez, a ce qu'on m'a dit, avoir un Gibbs proposait
moins du monde impressionné par ce déploiement de force. Au rendez-vous avec Son Altesse le maharajah ? elt Sint; h de lui
contraire, il gardait un sourire moqueur en répondant au premier Gibbs se sentit un peu moins sûr de lui. Il vendre des armes.
garde :
— Son Altesse m'attend, mon ami.
Assez interloqué par tant d'assurance,,,la sentinelle ne sut trop
quelle contenance prendre et, intimidée, salua l'étranger et le laissa
descendre de son avion. Un gamin, à l'affût d'un bon pourboire,
s'était déjà précipité pour prendre les bagages du voyageur et, sans
embarras, s'était présenté
— Je suis votre boy.
Le soldat, reprenant ses esprits, avait tout de même demandé à
l'étranger de le suivre au poste de contrôle, où son supérieur posa
les questions indispensables
— Puis-je voir vos papiers ? demanda-t-il courtoisement.
Voulez-vous ouvrir votre sac?
L'étranger, avec toujours la même assurance, sortit son passeport.
— Stephen Gibbs, lut l'officier. Nationalité américaine.
Puis, regardant le jeune homme d'un air ahuri, il poursuivit :
— Que des étrangers :quittent Ghandahar en ce moment, cela
nous le comprenons, mais non qu'ils y arrivent...
Et fouillant plus attentivement dans les bagages de l'étranger,
il en sortit un revolver
— La-loi interdit d'être porteur d'armes à feu, à Ghandahar.
Votre arme vous sera restituée quand vous partirez. Combien de
temps comptez-vous rester ici ?
— Je m'en irai dés que j'aurai vu le maharajah, répondit Gibbs.
— Le maharajah ? fit l'officier d'un air soupçonneux et éberlué.
Devant ce regard interrogateur, le garde précisa :
— Il prétend que Son Altesse l'attend.
A ces mots, l'officier se sentit fautif et regretta cette inspection
qui était épargnée aux hôtes de marque. Et, pour venir à Ghandahar
d'une voix tonitruante Mrs. Darcy, scandalisée devant cet acte
sacrilège.
Gibbs s'aperçut alors que le musicien était une ravissantejeune
fille, qui ne semblait pas troublée par tous ces commentaires. Pour-
tant, sans interrompre la mélodie, elle dit d'une voix calme dont le
timbre chaud et harmonieux étonna Gibbs
— Vous oubliez que bien des choses ont changé dans ce pays, et
mettez-vous bien cette idée dans la tête que si vous voulez continuer
à y vivre il vous faudra changer, vous aussi... Oui, si vous consen-
tez à accepter les nouvelles conditions, vous pourrez demeurer. Les
choses ont également changé en Angleterre. C'est pourquoi vous
n'êtes pas pressés d'y revenir...
A ces mots, Gibbs ne put s'empêcher d'applaudir
— Bravo! fit-il, compliments.
La pianiste s'arrêta et, se tournant dans la direction d'où venait
cette voix, elle murmura avec un sourire exquis
— Merci, qui que vous noyiez, merci.
Les Anglais, suffoqués d'entendre de tels propos dans la bouche
d'une de leurs compatriotes, s'étaient tus. Mais ce qui leur paraissait
encore plus abominable, c'était d'entendre un étranger se permettre
d'approuver. Le Dr Paling ne pouvait supporter un tel affront et,
passant devant Gibbs toujours prés de la porte, il la claqua à son
visage en sortant du salon. Gibbs haussa les épaules devant cette
animosité et, quittant la pièce à son tour, monta A sa chambre.

et, sans plus Jeanner alialse auprès


d'hésitation, de son grand-pèr, e
il accepta sa s'Indignait des exi-
première gences de Gibbs.
passagère.
Lizette se
confondit en remerciements, heu-
reuse à l'idée de pouvoir quitter rapi-
dement Ghandahar, et sortit.
Pourtant Gibbs ne songeait pas
encore à partir. Il fallait qu'il tentât
une nouvelle fois de rencontrer le
maharajah, ou, alors, de trouver
Nawab Khan, car il était bien décidé
de ne quitter cette ville que lorsque
ses armes seraient vendues. Il des-
cendit au bar et demanda un whisky,
puis il remit un pourboire royal au
barman en ajoutant
— Tenez, c'est pour vous si vous
m'indiquez où je peux rencontrer
Nawab Khan.
Le même air effrayé, déjà observé
sur le visage de Mon Lal, apparut
dans le regard du garçon, mu, lui
aussi, resta muet. Gibbs commençait
à se demander où pouvait bien se
trouver ce fameux personnage dont
le nom seul avait le pouvoir de trou-
bler ainsi tous les gens de Ghan-
dahar.
— Bonsoir, monsieur Gibbs, fit une
voix, qu'il identifia immédiatement.
Vous ne vous souvenez pas de moi ?
Gibbs se retourna ; il reconnut aussi-
Le choix de Gibbs sel Moti Lal avait déjà préparé son bain, tôt la jeune fille qui jouait au piano et s'avança vers elle
porta sur une bague, qu'Il et Gibbs, tout heureux de pouvoir enfin — Oh I si, c'est vous qui parliez à ces irascibles fossiles, ce matin.
pria Jeanne d'accepter. se détendre, oublia rapidement l'accueil — Ce ne sont pas d'irascibles fossiles. Tout le monde est un peu
glacial qu'il avait reçu. Il se laissait aigri, nous vivons dans une telle tension! Mais ils ont eu tort de
aller à une douce rêverie lorsqu'il vous claquer la porte à la figure.
entendit frapper à sa porte. Il sortit de son bain, prit son peignoir et Puis elle se présenta, elle s'appelait Jeanne Willoughby. Gibbs se
fut assez étonné de voir apparaître une fort belle fille qui ne sem- sentait soudain heureux de cette présente et il invita la jeune fille
blait pas le moins du monde effarouchée d'être seule dans la à prendre une consommation. Le barman lui mit un verre dans la
chambre d'un inconnu en peignoir de bain. Elle s'excusa de son main et, à ce moment précis, la lumière s'éteignit.
audace et se présenta : — Que se passe-t-il ? interrogea Jeanne.
— J e suis Lizette Simon, votre voisine. — La lumière s'est éteinte, répondit Gibbs, étonné par cette
Sans donner le temps à Gibbs de manifester sa surprise, elle pour- question.
suivit en s'approchant de lui : Alors Jeanne, qui avait réalisé combien bizarre pouvait paraître
— Monsieur Gibbs, vous êtes arrivé ce matin, par avion. Vous sa remarque à quelqu'un qui ne connaissait pas son infirmité,
pouvez être mon bon ange. Vous pouvez me sauver la vie et vos expliqua sans amertume :
ailes vont m'emporter. — Sachez, monsieur Gibbs, que je suis aveugle. Vous ne l'aviez
Gibbs tendit la main à sa belle voisine. Il ne lui déplaisait pas de p. remarqué ?
pouvoir être le bon ange d'une aussi jolie fille qui paraissait tel- — Vous êtes aveugle ?.. s'exclama Gibbs, bouleversé par cette
lement inquiète. Il comprit immédiatement le genre de service que révélation. Je ne m'en étais pas rendu compte, vos gestes sont tel-
cette jeune personne attendait de lui elle voulait, elle aussi, quitter lement précis...
Ghandahar au plus vite, c'était certain. Pourtant il la laissa — Oui, n'est-ce pas, et puis j'aime intriguer un peu les gens,
poursuivre surtout mes nouveaux amis, dit-elle avec un douloureux sourire.
— Il faut que je me rende à Bombay tout de suite, c'est fort Une plus grande sympathie s'empara du jeune homme, en même
important pour moi. J'ai un très bon ami à Bombay, Mr. Rollins, temps qu'une immense pitié. Etz tandis que Jeanne se dirigeait
le consul d'Amérique, c'est mon conseiller. J'ai pu l'avoir au télé- vers la porte, Gibbs, bouleversé, tint à l'accompagner. Elle accepta
phone ce matin, il est très soucieux de ce qui se passe ici et il m'a le bras qu'il lui offrait et tous deux sortirent o ce fut elle qui le pilota
dit de partir à la première occasion. dam les rues de la ville, trouvant les mots adroits pour attirer
Et mon avion est cette occasion, n'est-ce pas? fit Gibbs en l'attention du jeune homme sur tel ou tel monument ou telle bou-
examinant Lizette en connaisseur. tique. Gibbs se sentait honteux devant une pareille force de
— Pourquoi pas? lui lança-t-elle, coquette, avec un sourire caractère
et un regard plein de promesses. — Vous devez avoir une grande volonté, lui dit-il.
— Je suis un homme d'affaires, vous savez, et je vous préviens — Oui, peut-être un goût marqué pour l'effort. Que devais-je
que le voyage ne sera pas gratuit. faire, lorsque cet accident m'est arrivé ? Rester dans mon coin et
— Bien entendu, le rassura la jeune fille. Malheureusement, mes me lamenter ? On ne peut pas abandonner juste au milieu d'une
fonds sont très bas. J'attends mon argent depuis des jours et on ne brillante carrière.
me le donne pas. Mais, naturellement, je vous paierai mon voyage. — D'une brillante carrière ? questionna-t-il.
A Bombay ? — Je ne vous l'ai pas dit? précisa la jeune fille. Je suis guide
Il ne fallut pas longtemps à Gibbs pour se rendre compte des professionnel, je montre aux touristes les merveilles de Ghandahar.
occupations de Lizette. Mais, après tout, quelle importance cela Regardez bien, de l'autre côté de la rue; à votre droite, c'est l'éta-
avait-il ? Il était toujours disposé à faire confiance à une belle fille blissement de Nitra Putra. Vous le voyez, celui qui a un store bleu.
5
^!'

prit une cigarette, en offrit une à Mr. Singh, qui la refusa. Après sait si peu de cas des moyens de défense qui lui étaient offerts, il
quelques instants, lorsque la fumée lui eut rendu un peu de son n'y avait aucune raison pour que Gibbs n'allât pas proposer sa
aisance, il acquiesça en demandant marchandise ailleurs. Il en avertit Singh
— Quand pourrai-je voir Son Altesse ? — Très bien, je vais essayer de les vendre à quelqu'un d'autre.
Singh, toujours souriant, précisa avec suavité : — A Nawab Khan, peut-être ?
— Je suis chargé de fixer tous ses rendez-vous. Je pense que le — C'est une idée, je n'y avais pas pensé.
votre est imaginaire. Les deux hommes n'avaient plus rien à se dire.. Singh se leva et
En effet, le rendez-vous avec le maharajah était purement ima- Gibbs se dirigea vers la porte.
ginaire et Gibbs avait trouvé ce prétexte aléatoire pour pénétrer Cette conversation avait prouvé à l'Hindou que l'Américain
dans le palais. Une fois là, il s'arrangerait bien pour parvenir jus- n'était pas du tout décidé à repartir avec ses armements et à renon-
qu'au maharajah. Maintenant, il s'en rendait bien compte, il ne cer à son gain : il n'y avait qu'un moyen de l'empêcher de vendre
pouvait plus tromper Singh, qui ne semblait pas être homme à se sa funeste marchandise, c'était de la lui enlever. Il prit le téléphone
laisser berner. Aussi se crut-il obligé d'avouer et demanda l'aérodrome
— Obi il n'est pas défendu de se débrouiller. — Je veux que le chargement de l'avion de Mr. Gibbs soit
Bien sûr, Singh connaissait le dicton «La fortune sourit aux confisqué. Il faut que ce soit fait immédiatement. Mettez tout en
audacieux. n Pourtant, il voulait savoir quel but poursuivait ce sûreté jusqu'à nouvel ordre.
jeune homme tombé du ciel :
— Quelle est votre profession, monsieur Gibbs ? demanda-t-il •*•
en le regardant avec des yeux perçants, comme s'il avait voulu lire
ses pensées les plus secrètes. Malgré les allures fanfaronnes qu'il avait prises, Gibbs, en sortant
— Les assurances, répondit ce dernier sans la moindre gêne. du palais, se demandait tout de même à qui il pourrait bien s'adres-
— Les assurances ? interrogea Singh, sceptique. ser pour placer son « matériel o. Il n'était pas venu à Ghandahar
Et Gibbs enchaîna pour écouter les théories d'un pacifiste entêté. « Bah! se dit-il,
— Sur la vie. Justement ce dont Son Altesse a le plus besoin à je trouverai bien le moyen de parvenir à mes fins.
l'heure actuelle. Je viens lui proposer vingt.mitrailleuses, deux cents A la porte du palais son fidele boy Moti Lal l'attendait et, dès
fusils et cent mille paquets de cartouches. qu'il aperçut Gibbs, il se précipita à sa rencontre et, d'un air victo-
Shigh, malgré tai, contracta ses mâchoires : voilà donc le marché rieux, un sourire éclatant et malicieux aux lèvres, il s'écria
que venait lui proposer cet étranger: des armes, toujours des armes! — Sahib, voici votre revolver. Il pourra vous être utile.
Une peine profonde envahit le cœur de l'Hindou; sincère idéaliste, Gibbs, assez surpris, reconnut que l'enfant était débrouillard et
élevé à Oxford, mais disciple de Ghandi, il était un adversaire déter- rusé pour être parvenu à récupérer l'arme. Il fut heureux de cette
miné de la violence. Toutefois, avant d'exprimer son opinion sur marque d'intérêt que lui témoignait le jeune Hindou; d'un geste
l'offre de Gibbs, il voulait en savoir davantage : amical il lui mit la main sur les épaules et tous deux se dirigèrent
— Pourquoi pensez-vous que nous ayons besoin d'un tel arsenal ? vers le centre de la ville où le seul hôtel correct était encore ouvert.
demanda-t-il de sa voix toujours douce. Chemin faisant, Gibbs questionna le garçon
— Pour deux raisons : l'armée britannique est partie et Nawab — Je vois que tu es un boy intelligent ; peut-être vas-tu pouvoir
Khan ne tardera pas à vous tomber dessus. me dire ce que tu sais d'un homme qui s'appelle Nawab Khan ?
Ce garçon semblait être parfaitement au courant des troubles A ce nom, maudit entre tous, l'enfant eut une expression d'effroi
actuels. Troubles qui devaient pourtant être réglés localement, car et resta silencieux; Gibbs ne put parvenir à obtenir une réponse. Ils
il ne fallait pas que le monde entier sût ce qui se passait dans le arrivaient à l'hôtel qui était jusqu'alors la résidence habituelle des
Pendjab, où la rébellion serait éteinte pacifiquement avec un peu de sujets britanniques vivant à Ghandahar. Mais, depuis le début des
bonne volonté de part et d'autre. troubles, beaucoup d'entre eux avaient essayé de quitter la ville et
— Vous êtes mandaté par qui? interrogea encore Singh.
Seriez-vous envoyé par le gouvernement américain ?
— Oh! non, non, j'agis pour mon propre compte.
L'Hindou poussa un soupir de soulagement. Il était en présence
d'un aventurier dont il aurait bien vite raison. Aussi, retrouvant
tout son calme, crut-il bon de lui donner de sages conseils
— J'ai peur que vous n'ayez fait ce long voyage en vain. Nous
n'avons nul besoin de vos armes. Elles ne décident de rien. Dam une
guerre, personne West vainqueur...
— Mais vous en aurez besoin, protesta l'Américain. Les rebelles
vont vous attaquer, comment vous défendrez-vous ? •
Et Gibbs regarda longuement Singh, comme pour se convaincre
qu'il existait encore des hommes assez fous pour croire que la
guerre était un jeu qu'on règle avec de bonnes paroles. Celui-là
en était un, etil n'y avait pas à insister. Gibbs le comprit rapidement
puisque, au lieu de répondre à la question, l'Hindou déclarait
— Monsieur Gibbs, j'ai le ferme espoir que je pourrai vaincre les
rebelles sans employer la violence. Nous avons récemment engagé
des négociations. Ils veulent m'éprouver et voir si je ne ferai pas
quelque fausse manœuvre et, monsieur Gibbs, j'ai bien peur que
vous n'ayez fait cette fausse manoeuvre à ma place, rien qu'en
vemnt me voir.
L'étranger sourit avec dédain :
— Soyez sans crainte, monsieur Singh, je n'ai pas tenu la presse
au courant. Personne ne sait ce que j'ai apporté dans mon avion.
L'Hindou haussa les épaules. Ces Occidentaux ne connaissaient
rien aux mœurs et aux réactions de l'Orient :
— Nous sommes dans un pays où les hommes voient ce qui est
caché et entendent ce qui n'a pas été pro-
noncé.
ce Singh
ruzerramele.... Écouter ralison
n.e Puisqu'il
vs rre

avaient été les pre- I Linotte s'efforçait


mi ères victimes des de décider Gibbs
rebelles. Les autres, à I '•in mener.
pris de panique,
n'osaient plus partir
par les routes, de peur de subir le même
sort.
Une certaine effervescence régnait
lorsque Gibbs se présenta à la réception
pour demander une chambre confortable.
Lorsqu'il imcrivit son nom sur le re-
gistre, il ne remarqua pas l'Hindou qui
s'était approché et qui, discrètement,
avait pris soin de lire son nom.
Pendant que l'on montait ses bagages,
Gibbs fut attiré par un bruit de voix
venant du salon et qui ne parvenait pas
à couvrir complètement une agréable
mélodie jouée au piano. Il se dirigea vers
la pièce, entrouvrit la porte le restant
de la colonie anglaise, une vingtaine de
personnes, était rassemblé et discutait
des événements
— Mes amis, disait Sir Harrison, on
a enlevé l'écriteau de l'entrée.
— On veut nous évincer! s'exclama
C'était bien la boutique de Nitra Putra, mais le store n'était plus identité tout de suite. Vous convient-il que je vous téléphone demain,
bleu... Pauvre Jeanne, depuis combien d'années n'avait-elle pu dans l'après-midi?
jouir de la beauté des couleurs I Elle conservait le souvenir des choses « Pourquoi pas ? se dit Gibbs. Avec un peu de chance j'aurai déjà
telles qu'elle les avait vues. Puis, conduisant le jeune homme vers vu le maharajah, et je saurai à quoi m'en tenir. e Il accepta la
l'entrée de la boutique, elle lui recommanda les bijoux ravissants proposition de l'Hindou.
qu'il pourrait acquérir à bon prix. Le choix de Gibbs se porta sur Gibbs se retrouva seul dans sa chambre et allait se coucher
une bague, qu'il pria Jeanne d'accepter lorsque le téléphone sonna. Il décrocha. A l'autre bout du fil, une
— Pour ma nouvelle amie, dit-il en lui mettant le bijou au douce voix féminine, qu'il reconnut aussitôt, disait
doigt. Acceptez-la en souvenir. — C'est moi, Jeanne ; monsieur Gibbs, j'ai une nouvelle pour
Jeanne, hésitante, prit la bague. Elle était heureuse de ce vous : le maharajah vous attend demain matin à Ir heures.
cadeau. — Oh I mon petit, mon petit, je vous offre la direction de mes
Ils étaient à nouveau dans la rue lorsqu'un bruit strident de affaires! s'exclama Gibbs.
sirène se fit entendre. Gibbs, étonné, demanda ce que signifiait ce Il aurait voulu être auprès d'elle, la prendre dans ses bras et lui
vacarme. dire toute sa reconnaissance, et c'est d'une voix pleine de tendresse
— C'est la voiture du maharajah, précisa Jeanne. qu'il lui souhaita bonne nuit.
Le maharajah! Gibbs avait de la chance ainsi l'occasion allait Cette nuit-là, malgré sa fatigue, Gibbs dormit d'un sommeil
lui être donnée de voir l'homme dont il avait besoin. Il fallait agité. Il ne pouvait chasser de sa mémoire l'étrange proposition
absolument qu'il lui parlât d'Azam Habib et il se demandait à qui iraient les précieuses armes
— Attendez-moi un instant, dit-il à Jeanne. Je reviens tout de qu'il venait vendre. Il fut réveillé par son boy, qui lui apportait son
suite. petit déjeuner et ouvrait en grand la fenêtre. Alors il se rappela son
Puis il se précipita vers la voiture qui, maintenant, était près rendez-vous et c'est avec un soin infini qu'il s'apprêta pour affronter
d'eux. le maharajah.
— Altesse ! cria-t-il, sautant sur le marchepied, je m'appelle Comme il s'approchait de la fenêtre, il aperçut, dans le lointain,
Stephen Gibbs... d'immenses colonnes de fumée qui provenaient certainement d'un
Mais il n'eut pas la pOssibilité d'en dire davantage : deux gardes incendie. Moti Lal avait suivi son regard et, le visage décomposé par
le repoussèrent brutalement et Gibbs roula sur le sol. La voiture la terreur, il dit à Gibbs :
avait disparu. — Si vous voulez voir Nawab Khan, c'est là-bas que vous le
Il se releva rapidement et revint vers Jeanne : trouverez. C'est lui qui brûle la ville de Belapur.
— Que dites-vous de cela ? J'ai soin de me présenter et on me Belapur en flammes! Les événements se précipitaient et la situa-
jette par terre, sans me laisser parler. tion devenait tragique pour Ghandahar. Il devait en avoir confir-
— Oui, répondit Jeanne d'une voix un peu moqueuse, mais on mation quelques instants plus tard, en descendant au salon tous
ne doit pas monter sur sa voiture pour parler au maharajah. On ne les Anglais de l'hôtel y étaient rassemblés et Ram Singh était parmi
peut lui parler qu'avec l'autorisation de Ram Singh. eux, qui leur disait : •
— Cet imbécile ? fit Gibbs, qui avait gardé un fâcheux souvenir — Je ne m'attendais pas à l'attaque de Flelapur cette nuit. Je
de l'homme de confiance de Son Altesse. vous conseille de vous mettre en rapport avec votre haut-commis-
— Il est le bras droit du maharajah. Il est aussi ses yeux et ses saire à la Nouvelle-Delhi, afin qu'il vous évacue sous escorte. Ceux
oreilles et bien souvent son cceur, rétorqua Jeanne calmement. Je qui voudront demeurer ici le feront à leurs propres risques.
connais assez bien Son Altesse. Je pourrai peut-être obtenir un Jeanne fit savoir qu'elle ne voulait pas quitter Ghandahar et
entretien pour vous. qu'elle cédait sa place dans le convoi à Lizette Simon. Elle ignorait
A ces mots, Gibbs ne put cacher sa joie : que cette dernière avait déjà pris toutes ses précautions pour partir
— °hl si vous pouvez faire ça pour moi, vous fixerez vous-même et fut assez surprise lorsqu'elle l'entendit demander à Rem Singh
le prix, s'exclama-t-il plein d'espoir. s'il avait pu obtenir son visa pour Bombay :
— Vous êtes imprudent, monsieur Gibbs. Vous pourriez n'être pas — Il vous sera accordé si je me porte garant de vous, lui répon-
en mesure de satisfaire ma demande, répondit-elle d'un ton taquin.
.Gibbs ne pensait déjà plus qu'a son prochain rendez-vous avec
le maharajah. Jeanne lui promit de s'occuper de cette question dès
le soir même et, aussitôt qu'elle serait fixée, elle lui téléphonerait
l'heure exacte de la rencontre. Ils arrivaient à la demeure de la
jeune fille et, sur cette promesse d'un coup de téléphone, ils se
dirent au revoir et Gibbs reprit le chemin de son hôtel.

Encore tout excité à l'idée de rencontrer le maharajah et aussi,


sans vouloir se l'avouer, étrangement ému par sa promenade avec
Jeanne, Gibbs pénétra dans sa chambre où son fidèle boy l'attendait.
Il prit une cigarette et se dirigea vers un fauteuil. Quelqu'un frappa
à sa porte et, avant qu'il n'ait répondu, un Hindou pénétra dans la
pièce et s'avança vers lui
— Mr. Stephen Gibbs ? demanda l'inconnu. Je m'appelle Asam
Habib, représentant.
— Que désires-vous, monsieur Habib? fit Gibbs, fort intrigué.
— Vingt mitrailleuses, deux cents fusils et aussi cent mille
paquets de cartouches. Pour un de mea clients.
Singh avait raison, les nouvelles se pro-
pageaient très vite à Ghandahar!
Malgré l'insistance — Voudriez-vous me dire le nom de votre
de Lisette. Jeanne client ? demanda Gibbs.
refusait de partir. — Mon client préfère ne pas révéler son

dit Singh ; puis il de- Ging remit ton


manda à la jeune fille visa à Lisette.
de venir le voir au
palais le jour même.
Gibbs avait écouté cette conversation
en silence. Pour le moment une seule
chose comptait pour lui, c'était son entre-
vue avec le maharajah.
En arrivant au palais, Gibbs fut rapi-
dement introduit dans l'appartement de
Son Altesse, qui l'accueillit avec affa-
bilité. Le jeune homme comprit rapide-
ment que le maharajah était incapable
de prendre une décision seul, car après
avoir écouté le but de sa visite le sou-
verain de Gandahar appela Singh.
Singh, fidèle à ses principes, n'avait pas
changé d'opinion depuis la veille et Gibbs
se rendit compte qu'il était inutile d'in-
sister. Alors, s'adressant au maharajah,
il lui dit en se levant
— Je regrette, Altesse, mais je
'n'ai pas de temps à perdre en vaines
discussions. Si ma proposition ne vous
intéresse pas, peut-être en intéressera-
t-elle un autre.
Il se dirigeait vers la porte lorsqu'il entendit Singh déclarer, de La jeune fille s'était mise à sangloter. Tout s'écroulait autour
sa voix toujours étrangement calme : d'elle et, lorsque Gibbs voulut lui prendre la main pour la rassurer,
— Je me doutais de cela, monsieur Gibbs, c'est pourquoi j'ai elle s'écria
donné l'ordre de décharger votre avion. J'ai confisqué vos armes: — Ne me touchez pas! Laissez-moi
Gibbs, furieux, revint sur ses pas : Tous les Anglais avaient refusé cette proposition malhonnête.
— Vous n'en avez pas le droit ! s'écria-t-il. Seule, Lizette Simon, qui n'avait rien ni personne à ménager, était
— Vous savez qu'il y a une loi interdisant l'importation d'armes disposée à suivre immédiatement Gibbs, à condition, naturellement,
à Ghandahar. Vous en avez été informé, lorsque vous êtes arrivé. que Singh lui remit son sauf-conduit. Elle prit sa valise, quitta
Nous vous délivrerons un reçu de votre chargement. Il sera réex- l'hôtel et se dirigea vers le palais, après avoir assuré Gibbs qu'elle
pédié à nos frais. serait à l'heure dite sur l'aérodrome.
Gibbs sortit furieux. Le maharajah fut soulagé de se retrouver
en tête à tête avec Singh. Ces conversations sérieuses l'ennuyaient.
En outre, il avait une chose délicate à dire à son homme de confiance
et qui, à ses yeux, avait plus d'importance que toutes ces questions Singh appuya sur le bouton de son dictaphone et appela son
d'armements. Pourtant, il ne savait comment la présenter secrétaire
— Cette attaque de Belapur est bien regrettable. Mais en tout — Je vais vous dicter une lettre. Tapez-la directement.
cas nous avons les armes. Je vais pouvoir m'en aller la conscience L'Hindou réfléchit quelques secondes puis, sans regarder Lizette,
tranquille. qui suivait tous ses gestes et écoutait toutes ses paroles avec inquié-
— Vous partez en voyage, Altesse ? s'étonna Singh.. tude,il commença :
— Oh! je ne vous l'ai pas dit ? Quelques semaines sur la Riviera. we John Rollins, consulat des États-Unis à Bombay... Mon
Je... Je ne me porte pas très bien depuis quelque temps ; ma cher Rollins, c'est par une personne très chère, une amie, que je
vous fais transmettre cette lettre. Lizette Simon désire visiter
Je comprends, Altesse, j'espère que vous serez promptement votre pays et, à ce propos, sollicite un visa. Mur Simon est une
rétabli, fit Singh en s'inclinant sans paraître autrement surpris par femme dont le charme et la beauté n'arrivent àêtre dépassés que par
la décision de son maitre. sa parfaite honorabilité, dont je suis heureux de me porter garant.
De retour à l'hôtel, Gibbs retrouva Jeanne qui l'attendait, Veuillez me croire très sincèrement votre ami.
anxieuse de connaitre le résultat de l'entrevue. Pour l'Américain, La jeune femme n'en croyait pas ses oreilles. Singh répondait
ce problème était déjà passé au second plan et, puisque ses armes d'elle en des termes tels qu'elle obtiendrait sans aucune difficulté
avaient été confisquées, il fallait essayer de réduire les pertes au son visa pour les États-Unis. Cet Hindou était vraiment un homme
minimum : un seul moyen lui restait, c'était de transporter les extraordinaire. Elle se leva et s'approcha de lui. Soudain, elle ne
Britanniques en lieu sûr en leur faisant payer très cher ce passage savait plus comment se conduire vis-à-vis de lui. Il était tellement
inespéré. Il fit part de son projet à Jeanne différent de tous les gens qu'elle avait rencontrés. Enfin, elle
— Je n'aurais pas dû wmr. D'après la tournure que prennent les retrouva assez de sang-froid pour prononcer d'une voix que
événements, il vaut mieux filer, et vite. Nous allons partir en avion l'émotion et la reconnaissance faisaient trembler :
pour Bombay. Voulez-vous faire dire votre grand-père de venir — Monsieur, je tâcherai d'être digne des jolis mensonges que
tout de suite et de convoquer tout le monde à l'hôtel pour heures. vous venez de faire en ma faveur.
je fais le plein d'essence et je viens vous prendre. — Ce ne sont pas des mensonges.
Le visage de la jeune fille s'épanouit. Gibbs était le héros de ses — Vous êtes le meilleur homme que j'aie connu.
— Merci, fit gravement Singh, sin-
cèrement touché par ce compliment
qui venait du cireur.
Une chose, visiblement, continuait
à inquiéter Lizette. Elle croisait et
décroisait nerveusement ses mains.
Finalement, elle se risqua
— Monsieur Singh, qu'allez-vous
faire après?
— Après quoi ?
Quand l'avion sera parti, il n'y
aura plus d'autre moyen de quitter
Gandahar...
— Pendant quelque temps, c'est
possible.
— Ne pourriez-vous pas vous aussi,
partir avec nous ?
— Je voudrais bien pouvoir le faire,
mais maplace est ici.
— J'admire votre bravoure.
— Oh! je suis aussi effrayé que
vous, répondit lentement le premier
ministre du maharajah en souriant
légèrement.
Le secrétaire venait d'entrer et
tendait la lettre à son
maitre. Celui-ci la relut
attentivement, la signa
et la donna, sans rugi roi
autre commentaire, à
la jeune Française. Elle
la prit et contempla
pensivement
l'enveloppe à
laquelle était Gibbs voulut payer la
désormais lié j„„, que le
soli destin. ministre lui offrait.

Sind refusait d'utiliser rêves. Grâce à lui, tout le monde allait


les armes de Gibbs. avoir la vie sauve. Hélas! elle devait bien-
tôt déchanter... En effet, lorsqu'ils furent
tous réunis dans le salon, Gibbs leur fit
la proposition suivante
— Je crois savoir que la plupart d'entre vous seraient heureux
d'être transportés hors de Ghandahar. Je peux prendre vingt per-
sonnes à bord de mon avion et le prix du passage sera de mille
roupies par personne.
Tous se regardaient. Le D, Paling fut le premier à réagir, il
s'exclama, scandalisé :
— Mais c'est le double du tarif courant!
— Cela m'a coûté très cher d'amener mon avion ici. Il est natu-
rel que je fasse payer l'aller et retour.
Jeanne ne voulait pas prendre au sérieux cette offre de gangster
et elle intervint :
Ne voyez-vous pas que Mr. Gibbs plaisante ? dit-elle, comme
pour se convaincre elle-même.
— Je ne plaisante jamais avec l'argent,. fit-il d'une voix brutale.
ale suis un pilote commercial. C'est ainsi que je gagne ma vie,
Jeanne.
— Vous ne valez pas mieux que Nawab Khan I lui lança Sir
Harrison.
— Cela fera monter le prix du voyage à deux mille roupies répliqua
Gibbs. Je prendrai le départ à 7 heures ce soir. A vous de réfléchir. Na-
; turellement, Jeanne, ceci ne vous concerne pas, ni votre grand-père.
Réalisation d'Her
Scénario d'Hervé BROMBERGER et M. GALLAI, adaptai
Maria Estelle BLAIN
Le père Georges CHAMARAT
Françoise Nadine BASILE
Christine Evelyne KER
Anna Marianne LECÈNE
Co-production Georges AGIMA

O Tant bien que mal, les cinq enfants Manzana grandissaient dans
leur logement misérable d'un quartier pauvre de Lyon. Heureu-
sement que Maria, lainée, remplissait auprès de ses frères et saurs le
rôle de mère de famille, car le père, alcoolique invétéré, était devenu
incapable de s'acquitter de ses devoirs. Comme son frère Michel, seize
ans, la jeune fille travaillait en usine; Christine, à quatorze ans, commen-
çait à devenir coquette et traînait volontiers quand sa saur l'envoyait
faire des commissions.

A l'aube, le chauffeur les laissa tous sur une route de haute ,


Provence où Maria prétendait avoir de la famille. Les sept fugi-
tifs se mirent à marcher au hasard en évitant les villages. Ils espéraient
passer en Italie, où ils pensaient se - rouver à l'abri de la police. Au soir
du second jour, à bout de forces, la petite troupe se trouva, au détour \
d'un sentier, devant un groupe de maisons abandonnées. Ils décidèrent
d'y reprendre haleine pendant quelques jours, puisqu'il y avait de l'eau
dans un puits, des fruits sur les arbre: et des lapins en abondance. Avec
entrain, ils s'installèrent et s'organisèrent si bien que Maria fut bientôt
la seule à souhaiter passer en Italie. Il y avait cependant des alertes. Un
jour, une petite gitane de douze ans, vint faire brouter sa chèvre aux
abords du village, mais elle se prit aussitôt d'affection pour José et pour
Frédéric et jura discrétion à la bande.
V0 Pourtant, la gamine repoussa les propositions de l'épicier, mais
ce dernier sut convaincre le père que sa cadette devait gagner sa
vie. Lorsque Manzana annonça que Christine entrait en service à l'épi-
cerie, Maria s'interposa. Une violence discussion éclata et Maria, recu-
lant sous les coups de la brute alcoolique, se saisit d'un couteau. Dans un
élan lourd et maladroit, son père vint se jeter sur la lame et s'affaissa,
mortellement blessé. La première stupeur passée, Maria ne songea qu'a
sauver la famille.

Maintenant, grâce à Lolita la gitane, qui leur servait de commis-


sionnaire, les occupants du village abandonné étaient ravitaillés
en pain et denrées de première nécessité. La gamine leur avait montré
où cueillir des plantes sauvages très recherchées par des ramasseurs qui
en faisaient la collecte et les payiient un bon prix pour la fabrication
Sî t L'aînée savait que, si on l'arrêtait, Michel, Christine, José e
Frédéric iraient à l'Assistance publique. Un jeune transporteur
routier, ignorant le drame, accepta de déposer en Provence la bande
du pastis. Lolita se chargeait de vendre tout ce que ses amis cueilleraient,
car les acheteurs n'en avaient jamais assez. si Avec ça et les lapins,
s'exclama Hans, spécialisé dans la pose des collets, on va se faire une
qui prétendait partir en vacances. Dans l'affolement de ce départ préci- drôle de situation I... » Tout semblait aller bien quand la venue d'un
pité, une gamine de seize ans, Anna, trop amoureuse de Michel pour berger sema l'inquiétude. Mais cet homme fruste n'était ni curieux ni
avoir le courage de le quitter, et Hans, un ami orphelin dont les dix- bavard, et Maria elle-même, en dépit de sa sombre nature, se laissa
sept ans brûlaient d'admiration pour Maria, se glissèrent également gagner par sa rudesse sympathique. Hans pensa mente qu'elle en était
dans le camion. amoureuse et il en souffrit.

rame
5ZLIZVZO
'é BROMBERGER.
on de Jacques BERLAND et François BOYER ; avec :
Michel. Michel REYNALD
Hans Roger DUMAS
Frédéric iia.cques MOULIÈRE
José P. BONNEFOUS
Lolita alina SANSER
é — FILMSONOR — Films ODÉON

Aillinunailbs.elâttalbs e^"'et.... du-


al Pressé de questions par sa compagne, Michel dut lui avouer la
W vérité. Anna se prit aussitôt à trembler: pour sûr, on les recher-
chait, on monterait Jusqu'ici, on découvrirait leur présence et on les
emmènerait. Ils seraient cruellement séparés... « Si au moins on était
mariés! » gémissait-elle à travers ses larmes. Enceinte, elle tremblait
de perdre son compagnon et. puisqu'ils ne pouvaient actuellement
songer au mariage, elle souhaita tout au moins être unie à Michel par un
serment solennel.

. z. a,

@ De leur côté, Michel et Anna, tout imprégnés de cette vie saine


et forte, sentaient grandir leur amour. Ils étaient désormais
totalement l'un à l'autre et avalent pris possession d'une maison pour
eux seuls. Quelques meubles rafistolés, une paillasse bourrée d'herbes
sèches suffisaient à leur bonheur. Anna se plaisait à dénicher dans les
maisons abandonnées des vieilleries qu'elle réparait avec goût et qui lui
' créaient un foyer. Une touchante adoration mutuelle animait ce jeune
couple, qui vivait la plus belle des lunes de miel... Les jours passaient ;
Maria, par instants, se détendait et reprenait confiance. Au milieu de
ces jeunes, insouciants et heureux de jouir d'une liberté totale et
d'espace, la grave aînée se plaisait elle aussi à goûter les joies de la nature.
La citadine condamnée au sombre taudis et aux fatigues de l'usine
s'épanouissait à la vie des champs...
O Avec une admirable et touchante ferveur, le jeune couple, entouré
de la bande au complet, se rendit à l'église abandonnée pour s'y
jurer fidélité. Le petit José, d'esprit très religieux, récita des prières et la
cérémonie improvisée se terminait dans l'émotion générale quand éclata
le drame les motos des gendarmes pétaradaient sur la route montant
de la vallée. Maria, retrouvant toute sa volonté, décida de fuir de nou-
veau... Hans, Christine, José et Frédéric se disposèrent aussitôt à la
suivre.

Bientôt, un nouveau coup frappa la petite communauté le puits


se tarit brusquement. « Dans toute la région, c'est la même chose,
expliqua le berger. C'est pour ça que les gens s'en vont.» Il fallut
se décider à envoyer Hans et Michel chercher de l'eau au village le plus
proche, à cinq kilomètres dans la vallée. Ils fabriquèrent une sorte de
brancard et y placèrent un tonnelet et une bonbonne, trouvés parmi les tat
nombreux objets abandonnés. Pour avoir moins chaud, dirent-ils au L. reveetC;er.d ejelupia:letisr.attnre:,n. ef,luntt ri;étii
rttiannt' ètr.leir
a
berger qui partait lui-même avec son troupeau vers d'autres collines comprit que, ne se sentant coupables en rien, ils répugnaient à fuir.
plus herbeuses, ils s'y rendraient la nuit. En dépit de leurs précautions. Un immense désespoir envahit la pauvre fille; elle se sentit seule, séparée
les jeunes gens furent repérés à la fontaine et cruellement mordus par d'eux... Comme une folle, sans plus penser, elle prit sa course vers le
un chien. Quand ils rentrèrent fourbus, au petit matin, ils prétendirent ravin, vers sa tragique destinée. En disparaissant, elle sauvait à nouveau
s'être blessés à des barbelés en coupant à travers champs. Mais Anna. les siens... Avec eux, avec d'autres enfants, le village renaîtrait à la
qui lavait les plaies de Michel, ne fut pas dupe de cette explication. vie...

PI.IIIIVIUMME116,1.1111.00.9.1111111.1.1•1.
Singh était toujours assis derrière son imposant me le laisser confisquer ? Maintenant, nous sommes bien avancés I
bureau, le visage empreint de cette sérénité que seul — Je regrette, répliqua l'Hindou, que le garde ait cru nécessaire
(Suite donne le contentement de l'âme. La dignité impres- de tirer sur votre appareil, mais je voulais simplement le retenir.
da Io sionnait toujours Lizette. Pourtant elle eut voulu Il est détruit à présent, n'en parlons plus. Ce que je voudrais encore
page, 7) manifester sa gratitude d'une manière tangible. Alors, vous dire, messieurs, continua-t-il â l'intention de tous les Euro-
sans hésiter, avant de quitter la pièce, elle posa ses péens, c'est que je ne crois pas qu'il serait prudent pour vous de
lèvres rouges sur le beau front lisse de l'Hindou, qui retourner à l'hôtel. Le palais me paraît être un refuge plus sûr. Je
accepta sans en paraître étonné, car ce baiser était pur... vous prie d'être mes hôtes jusqu'à ce que tout danger soit écarté.
Un bruit de moteur d'avion venu des jardins du palais fit sursau- Les Occidentaux se consultèrent du regard. Au fond, ils avaient
ter Mue Simon. Elle se précipita vers la fenêtre, en souleva le rideau tous envie d'accepter la proposition de Singh, mais aucun d'eux
et aperçut au loin l'appareil de Gibbs qui roulait sur la piste d'envol. n'osait parler le premier, de crainte de paraître lâche vis-à-vis des
Non, ce n'était paspossible ! II ne pouvait pas partir sans elle, puis- autres. Les femmes enfin se décidèrent
qu'il lui avait promis de l'emmener. Du coup, la jeune femme oublia — Il vaut mieux rester, dit l'une.
le personnage qu'elle venait de créer spécialement pour Singh et — C'est plus prudent, reprit une autre.
qui avait été véritablement le sien pendant quelques instants. Un Et les hommes, à leur tour, approuvèrent
flot d'injures jaillit de sa bouche, tandis qu'elle courait à toutes — Merci, monsieur Singh. Nous demeurerons donc au palais.
jambes vers la porte Singh inclina gravement la tête. Puis, se tournant vers Gibbs, il
— Le voilà qui s'en va sans moi! Bandit! Canaille! Gredin I s'adressa à lui
Singh ne bougea pas et se contenta de hausser les épaules. Ce — Naturellement, monsieur Gibbs, vous restez avec nous.
revirement ne le surprenait pas, car il connaissait la nature humaine. Personne ne réagit, pas même l'intéressé. Ils avaient tous compris
Il entendait le bruit des pas de Lizette qui décroissait à mesure qu'il était sage d'obéir au premier ministre du maharajah. Celui-ci
qu'elle s'approchait de l'avion. a Bah! pensa-t-il, elle n'arrivera continua
jamais à l'atteindre, car dans quelques secondes Gibbs sera déjà — Mesdames, on va vous conduire à vos chambres... Quant à
loin... » vous, messieurs, puis-je vous demander de bien vouloir rester un
A ce moment, un coup de feu retentit, qui déchira l'air. L'Hindou, moment ?
alors, s'approcha à son tour de la fenêtre et vit l'appareil, dont un Dès que les femmes eurent quitté la pièce, l'Hindou prit la parole
des pneus avait été crevé par la balle d'un de ses gardes, capoter. — Les rebelles occupent Gandahar.
Des flammes s'élevèrent et une épaisse fumée entoura la machine Cette nouvelle, bien qu'ils l'eussent attendue, les frappait doulou-
et son pilote. reusement. Pour eux, c'était l'écroulement de tout leur passé, de
tous leurs projets d'avenir. Il y eut un moment de silence, bientôt
a". rompu par des exclamations :
— Cela devient inquiétant I... Nous y passerons tous I...
Singh et Lizette n'avaient pas été les seuls à assister à cette scène. Soudain Darcy, un des Britanniques installés à Gandahar depuis
Les Européens de Gandahar avaient vu, eux aussi, ce qui se passait de longues années, posa la question qui était sur toutes les lèvres :
à trois cents mètres du palais: Jeanne se dressa, toute pile, et — Est-ce que vous supposez qu'ils attaqueront le palais ?
interrogea son grand-père
— Est-il blessé ?
— Non, il n'a rien, répondit le pasteur.
Un lourd silence pesa sur les malheureux. Bien sûr, ils avaient
tous décidé qu'ils ne monteraient pas dans l'avion de Gibbs, mais,
malgré tout son appareil était le seul moyen qui leur restait de
communiquer avec le monde libre.
Willoughby crut le moment venu de prendre la parole. Croisant
les mains sur son ventre, il commença
— Dieu se sert parfois de moyens mystérieux pour accomplir des
miracles. Pendant des années, je me suis efforcé de vous convaincre
d'aller à l'église, mais je ne suis jamais parvenu à en décider beau-
coup... Et maintenant, par un acte providentiel, je vous tiens
tous à ma merci. Mais je n'en tirerai pas avantage ; je ne vous
infligerai pas de sermon.
Sa petite-fille, dont rouie très aiguisée avait reconnu les pas de
Gibbs qui venait les rejoindre, coupa le discours de son grand-père
et lança avec une violence bien contraire à sa nature :
— Pourquoi pas? Pourquoi ne prononcerais-tu pas une oraison
funèbre? Pour ceux qui ont péri dans le car et pour nous tous ?
Nous allons tous mourir parce qu'un misérable a voulu profiter de
notre détresse. Prêche sur ce sujet. Peut-être le convertiras-tu...
— Jeanne, tais-toi, supplia le ,pasteur en obligeant la jeune fille
à se rasseoir.
Gibbs, lui aussi, avait blêmi sous l'injure. Cet aventurier, que
rien n'avait jamais pu toucher, était troublé par la douceur qui éma-
nait de Jeanne et cette subite véhémence le bouleversait plus que
tout.
Singh venait de pénétrer dans le salon. Il jeta un regard pensif
sur toute l'assistance et se rendit compte à quel point l'atmosphère
était tendue. Il s'adressa en premier à l'Américain et, sans élever la
voix, il déclara :
— Monsieur Gibbs, je viens d'être
— Jeanne, l'al acheté
une jeep je voudrais
vous emmener evec mol...
informé que vous avez employé la vio-
lence pour' avoir votre avion.
— Vous ne pensiez pas que j'allais ‘g
— Qui sait ? ré- Une patrouille «-
pondit Singh en rêta l'Américain...
haussant les épaules
en signe de doute.
Le général Harrison serra les poings
et s'avança au milieu de la pièce :
— Eh bien 1 même s'ils le font, nous
ne sommes pas encore battus. Il y a plu-
sieurs facteurs qui jouent ennotre faveur...
Nous avons une bonne position de
défense. Il n'y a qu'une seule voie d'ac-
cès au palais c'est par la façade.
— Vous oubliez l'aérodrome, intervint
Hartpoole.
— Non, ils ne peuvent l'atteindre qu'en
traversant l'enceinte du palais. Et ils ne
la traverseront pas si nous avons suffi-
samment d'armes pour les en empêcher...
Que pouvez-vous nous fournir comme
armes ? continua-t-il en interrogeant
Singh.
Le premier ministre croisa les mains et
regarda ces hommes qui l'entouraient. La
haine et la peur avaient transformé leurs
visages. Ce n'étaient plus les êtres pai-
sibles qu'il avait connus. En eux ne sub-
sistait qu'un seul désir : celui de tuer et de massacrer! Mais Singh Singh acquiesça et le marché fut conclu sur-le-champ.
était bien décidé à ne pas leur en fournir les moyens. Sans élever Gibbs, toutefois, ne gagna pas tout de suite l'aérodrome pour y
la voix, il répondit prendre livraison de sa voiture. Avant de partir, il voulait absolu-
— J'ai peur de n'en avoir aucune à mettre à votre dispo- ment revoir Jeanne. Il n'eut pas à la chercher bien longtemps
sition. elle était dans le couloir, avançant à Gitons. Cette démarche hési-
— Ce n'est pas vrai, s'écria Gibbs, hors de lui, car mon avion était tante, ce visage tendre, ces yeux vagues bouleversèrent à nouveau
plein de fusils et de munitions! Il a dû les cacher quelque part! le jeune homme. Dès qu'il la voyait, il avait l'impression de changer
— Je n'ai pas l'intention de m'en servir. de personnalité et de n'avoir plus rien de commun avec l'aventurier
— Dois-je comprendre que vous ères résolu à livrer le palais sans bagarreur qu'il était. Il devenait généreux, magnanime et désin-
aucun combat ? téressé. Il s'approcha d'elle et lui prit la main :
Singh soupira jamais il ne pourrait se faire comprendre de ces — Écoutez, Jeanne, écoutez bien. J'ai acheté une jeep et je vais
gens qui tenaient aux biens matériels plus qu'à tout. Pourtant, il essayer de sortir d'ici. Je voudrais vous emmener avec moi. Évi-
essaya encore une fois de leur expliquer : demment, je ne garantis pas que nous sortirons vivants. Nous
— Le palais n'est rien que... du mortier... du sable... des pierres... avons une chance sur cent, mais c'est mieux que rien. J'ai un revol-
Pour moi, cela n'a aucune importance. En tout Cas, continua-t-il ver et un demi-million de roupies. Qu'en dites-vous ?
en appuyant sur chaque mot, je vous préviens que jamais je ne per- Jeanne secoua la tête :
mettrai qu'une mitrailleuse soit employée contre mes compatriotes, — Je préfère rester avec mes amis, quoi qu'il advienne.
ni cnire peronne. — C'est insensé! Vous ne voulez donc pas vivre ?
Gibbs s'était laissé tomber dans un fauteuil. A quoi bon discuter — Pas dans votre monde à vous.
avec ce fou, perdu dans l'idéalisme ? Il laissait ce soin aux autres. Elle s'était éloignée de lui et avait gagné le salon où était le
Et, en effet, Harrison était loin de se tenir pour battu. Le visagé piano. Elle s'assit devant l'instrument et y laissa errer ses doigts
rouge, les cheveux dépeignés, les mains moites, il protestait avec au gré de sa fantaisie. Gibbs la suivit. Non, il ne pouvait pas la
véhémence quitter ainsi :
— C'est très beau de vouloir mourir pour vos principes, mais vous — Je ne vous demande pas de vivre avec moi, insista-t-il. Je
ne pouvez exiger que nous mourions pour eux ! vous offre une chance de sauver votre vie.
L'Américain était de cet avis et il n'avait pas du tout l'intention — A quoi me servirait-elle ?
de se faire tuer par une poignée de rebelles. Aussi crut-il le moment '— Que connaissez-vous du monde ? protesta l'Américain. Vous
venu de se mêler à l'entretien : n'y êtes jamais allée. C'est une jungle et vous ignorez que, pour y
— Écoutez, vous perdez votre temps. Les armes ne sont pas à lui, vivre, il faut savoir se défendre!
mais à moi. Et je les mets à votre disposition pour rien. Jeanne ne jouait plus. Elle écoutait. Malgré elle, cette voix lui
— Je regrette, messieurs, laissa tomber Singh sans élever la plaisait, comme lui avait plu le visage qu'elle avait senti sous ses
voix, les armes ne seront pas utilisées! doigts quand ils avaient dansé ensemble. Mais il ne fallait pas se
Harrison haussa les épaules. Ce Singh qui, en dépit des circons- laisser attendrir. Gibbs était un garçon méprisable, qui trafiquait
tances dramatiques, gardait son calme, l'exaspérait au plus haut de tout. Non, elle n'avait rien de commun avec lui et devait
point. Il avait l'impression que les arguments fournis par les oublier le rêve qu'elle avait fait de vivre à ses côtés. Elle se raidit
Occidentaux ne parvenaient pas jusqu'au cerveau de l'Hindou. et répliqua avec froideur
Alors, sans plus se soucier de la valeur des mots qu'il employait, — Oh! j'imagine très bien votre jungle. Il faut piétiner les autres
il s'écria et n'avoir aucune pitié. tour réussir, rien ne vous arrête. Vous vous
— C'est plus qu'un fanatique ; c'est un fou dangereux ! êtes employé à me montrer le monde tel qu'il est et je n'ai pas à
vous en remercier... Au revoir, mon-
sieur Gibbs.
Il la regarda une dernière fois et
dut lutter contre l'émotion qui lé
gagnait. Il marcha vers la porte à pas
lents et, se retournant avant de fran-
chir le seuil, lui dit en guise d'adieu
— Jeanne, je vous abandonne à
vos rêves...
Le battant orné de bronze claqua
derrière lui et Jeanne en entendit
longtemps l'écho dans son coeur.
s*.
Gibbs s'installa au volant de la jeep,
appuya sur l'accélérateur et en
quelques minutes se trouva dans les
rues de Gandahar, occupée par les
rebelles. Il ne put aller bien loin.
En effet, à peine eut-il franchi trois
cents mètres qu'il fut arrêté par une
patrouille et une barricade. Force lui
fut de stopper. Cet arrêt ne l'inquiéta
pas outre mesure. Il n'y avait aucune
raison pour que les insurgés lui fussent
hostiles. Au soldat qui s'approchait
de lui, il déclara
— Je veux voir Nawab Khan.
L'homme le contraignit ai descendre
de voiture et l'amena à son supérieur,
en qui Gibbs reconnut avec plaisir
Habib, c'est-à-dire celui qui était
venu le solliciter pour acheter ses
armes. Allons, puisqu'il se trouvait
en pays de connaissance, tout allait
très bien
marcher.
La joie r77:1Sellele
L attelant
de l'Acné- coupe uns main à Sing...

Nawab Khan voulait


Mettre les Européens
de son côté—
cet fer, eeee tea‘.êtrede
— En êtes-vous bien sûr ? Peut-être
est-ce nous qui le sommes. Peut-être est-ce
le monde entier qui est fou
— Continuez à palabrer tant que vous le voudrez, déclara Gibbs
PIW
en se levant. Quant à moi, je ne vais pas me laisser prendre dans
cette souricière. Je m'en vals I
— Quand comptez-vous partir ? interrogea Singh.
— Tout de suite. Je vous demande simplement de me rembourser
mon avion. Deux cent mille roupies comptant.
— Entendu, fit Singh, voulez-vous me suivre dans mon bureau ?
Les deux hommes sortirent et allèrent dans la pièce voisine où
se trouvait le coffre-fort du palais. Singh en sortit une liasse de
billets et remit à l'Américain la somme qu'il avait demandée.
— Voici, monsieur Gibbs.
Cel;iciccmta l'argent, el.e
enrft homme d ':ffrireetlemit
insg,ille%tintwla
dans son
manche
- J'ai aperçu deux jeeps sur l'aérodrome. Puis-je en acheter
une?
— Je me ferai un plaisir de vous en faire cadeau.
— Non, merci, répliqua Gibbs, qui n'aimait pas les offres gra-
tuits, je préfère payer.
ricain fut de courte durée. Tandis qu'il tendait une main amicale gosse qui s'appelle Moti Lat. Je voudrais l'emmener à Bombay
à son interlocuteur en lui exprimant sa joie de le revoir, celui-ci avec moi.
lui envoyait un uppercut bien appliqué au menton et le malheureux — C'est facile, accepta l'Hindou, qui donna des ordres à Habib.
garçon, pris au dépourvu, perdit connaissance. C'est dans cet état Vous ne désirez rien d'autre ?
qu'on le transporta au quartier général de Nawab Khan. — Si, répondit Gibbs en souriant, il y a encore une petite chose
— Voici l'homme qui a apporté des mitrailleuses, annonça que je dois à l'un de vos hommes. Vous permettez que je la lui rende ?
fièrement Habib. — Certainement.
Le pauvre Gibbs n'était pas joli à voir. Sa lèvre inférieure sai- A peine le mot était-il sorti des lèvres de Nawab Khan que l'Amé-
gnait et sa tête dodelinait, parce qu'il n'avait pas encore repris ricain, se tournant vers Habib, lui assena un coup de poing formi-
conscience. Pourtant, en entendant parler autour de lui, il ouvrit dable au menton et le fit rouler à terre.
les yeux. Il comprit rapidement où il se trouvait et se redressa, — Merci! lança Gibbs avec désinvolture tandis qu'il gagnait la
car il n'aimait pas inspirer de la pitié aux gens. Il passa sa main sortie.
dans ses cheveux et retrouva son sourire de défi. L'homme, coiffé Il se sentait beaucoup mieux, parce qu'il avait payé ses dettes!
d'un turban et vêtu d'un uniforme, _assis derrière un bureau de Gibbs, flanqué de son boy, parcourut à pied le chemin qu'il avait
fortune, l'observait attentivement. Quand il se rendit compte que fait dans la Jeep, confisquée par les rebelles. Cette voiture pouvait
son prisonnier pouvait l'entendre, il se leva et lui dit leur être utile et ils avaient préféré la garder.
— Permettez-moi de m'excuser pour la conduite de cet ignorant L'Américain était assez fier de la manière dont il s'était débrouillé
qui a voulu se donner de l'importance. Je suis Nawab Khan et suis avec les insurgés, aussi souriait-il de toutes ses dents quand il
très heureux de faire votre connaissance. Où alliez-vous avec votre frappa à la porte du palais.
voiture ? Ce fut Harpoole, l'un des Anglais, qui lui ouvrit, car les serviteurs
— Je venais vous voir, répondit Gibbs, à qui on avait apporté avaient fui
une chaise et qui, depuis qu'il était assis, reprenait son assu- — Monsieur Gibbs! s'exclama-t-il. Nous croyions que vous aviez
rance. été tué.
— J'en suis très honoré, fit l'Hindou en se touchant la poitrine — Pour un mort, je me porte bien.
et en s'inclinant. Vous désirez me demander quelque chose ? Et il pénétra dans le salon, en disant bonjour à la ronde. Seule
— Un laissez-passer afin de quitter Gandahar avec quelques Jeanne eut droit à mn attention particulière, mais la jeune fille,
amis. cachant la joie qu'elle éprouvait au fond du coeur à retrouver
Nawab Khan caressa pensivement sa barbe. Il ne paraissait Gibbs, se montra très réservéeson endroit. Cet accueil ne parvint
pas étonné de cette requête. Sans doute s'y attendait-il. pas à dissiper entièrement la bonne humeur de Gibbs, qui demanda
— J'aurais le plus grand plaisir à vous l'accorder, fit-il, mais — Alors, personne ne m'offre un verre ?
il ne serait d'aucune utilité. Vous et vos amis seriez certai- Harrison, toujours méfiant à l'égard de l'Américain, interrogea :
nement tués par les balles de mes partisans avant que vous n'ayez — Avez-vous une raison particulière de vous réjouir ?
pu montrer votre laissez-passer. Et si un malheur arrivait à l'un — Plusieurs, répliqua Gibbs, savourant par avance l'effet qu'il
d'entre vous, ce serait très regrettable pour moi. Je tiens à ce que allait produire ; la première... c'est que vous pouvez remettre au
les étrangers soient épargnés. râtelier vos petits fusils. La guerre est finie.
A ce moment le téléphone se mit à sonner et Nawab Khan décro- Singh qui, depuis l'arrivée de Gibbs, n'avait pas ouvert la bouche,
cha l'appareil qui se trouvait sur son bureau. Tandis qu'il parlait,
une idée naissait dans le cerveau de Gibbs. Pourquoi n'appellerait-il
pas son associé à Bombay, si l'Hindou l'y autorisait ? Dès que
celui-ci eut terminé sa conversation, il lui posa la question.
— Et que demanderez-vous à votre associé ? interrogea Nawab
Khan.
— Qu'il vienne nous prendre en avion.
— Je n'y vois aucune objection, pourvu que vous vous limitiez
à cette demande. Si vous essayiez de dire autre chose, je serais
obligé de ne pas vous laisser continuer. Combien d'Européens
comptez-vous prendre avec vous, monsieur Gibbs ?
— Tous.
— Il ne restera donc que Rani Singh avec vingt mitrailleuses,
deux cents fusils et cent millepaquets de cartouches. Quand vous
serez à Bombay, vous pourrez dire à tout le monde qui est le véri-
table agresseur`
La sonnerie etentit c'était Bombay. Nawab passa l'appareil
à l'Américain en lui recommandant encore une fois de bien choisir
ses mots. Gibbs acquiesça et parla
— Allô, Henares ? Mon avion a brûlé et je ne peux pas revenir.
Amène un autre appareil à Gandahar. C'est là que je suis. Fais
vite, hein!
Il raccrocha et sourit à l'Hindou
— Général, je ne sais comment vous remercier, mais s'il y a
quelque chose que je puisse faire pour vous...
— Je vous prends au mot. Vous transmettrez ce message de ma
part à Ram Singh. Dites-lui que s'il désire réellement la paix il
peut l'avoir avant que le sang ne soit répandu. Dites-lui que je lui
donne jusqu'à minuit pour venir discuter ici les termes d'un
arrangement.
Les deux hommes se levèrent. Gibbs promit à Nawab Khan de
transmettre son message à Singh et ajouta :
— J'ai encore un service à vous demander.
Gibbs donnent ssb I J'ai entrevu plusieurs de vos prisonniers à
sang à l'Hindou. I lhôtel de Gandahar; parmi eux se trouve un

sursauta à cette I 1.:zajeunrznisfilislr.,I.r.


déclaration
— Puis-je sa-
voir d'où vous
tenez cette information, monsieur Gibbs ?
— J'ai vu Nawab Khan, répondit l'A-
méricain avec complaisance.Il m'a permis
de téléphoner à Bombay. Je me suis
arrangé pour avoir un avion ici. Et, bien
entendu, je vous emmène tous.
Tous les visages reflétèrent une profonde
allégresse. Le cauchemar allait se terminer
et, si l'aventure finissait aussi bien pour
eux tous, c'était grâce à cet Américain
qu'ils avaient si mal accueilli. Ce fut
Singh qui exprima la reconnaissance géné-
rale en s'approchant de Gibbs et en lui
tendant la main :
— Je vous remercie de tout ce que
vous avez fait, monsieur Gibbs.
Ces paroles de gratitude rappelèrent
soudain à l'Américain le message dont
Nawab Khan l'avait chargé. Et il en fut
gêné. Il se rendait compte soudain qu'il
pourrait être dangereux pour le premier
ministre de se rendre à l'invitation des
rebelles. Pourtant, il avait promis de le
transmettre et il n'avait pas le droit de s'y dérober: Ce supplice n'avait pas encore convaincu Singh d'utiliser les
— Singh, fit-il d'une voix grave, Nawab Khan désire vivement la armes contre ses ennemis et, à Gibbs qui s'étonnait de sa mansué-
paix, lui aussi, mais il ne veut pas attendre. Il est prêt à en discuter tude, le premier ministre répondit :
avec vous avant minuit. — On peut parfois vaincre sans employer la violence!
— Aujourd'hui ? La journée se traîna aussi lentement que la nuit. Enfin, les pre-
— Aujourd'hui. . mières étoiles brillèrent dans le ciel. A nouveau, Harrison plaça
— Cela m'a tout l'air d'être un ultimatum, constata Singh. des sentinelles devant chaque porte du palais. C'était une précau-
— C'en est un, affirma Gibbs. Il m'avait dit de vous en aviser. tion utile, car on commençait à apercevoir des ombres menaçantes
Je l'ai fait. Mais si j'étais à votre place, je me méfierais de lui. qui rôdaient autour des murs. Et l'avion n'arrivait toujours pas!
— Que me conseillez-vous ? Les fenimes, le nez collé contre les vitres, guettaient le ciel. Enfin,
— De vous défendre avec tous les moyens dont vous disposez, un bruit de moteur déchira l'air nocturne. Jeanne, la première,
répondit l'Américain sans hésiter. Lorsque mon avion arrivera, l'entendit
vous vous enfuirez avec nous tous. — Écoutez, je vous en prie !..
— En abandonnant mon peuple ? Un grand silence s'établit, bientôt suivi de cris C'est l'avion,
— Soyez logique, tenta de raisonner Gibbs. Si vous êtes tué, c'est l'avion!
comment l'aiderez-vous ? Et puis, vous ne pouvez traite? avec un Gibbs, prenant la direction des opérations, commanda :
hors-la-loi I — Attendez. Vous allez tous rester ici jusqu'à ce que je vous
— Eh bien! j'ai jusqu'à minuit pour réfléchir. fasse signe. Je vais amener l'avion aussi près que possible du palais
Gibbs le regarda. Il lut sur le visage de l'Hindou que sa décision et vous vous mettrez à courir vers lui. Intensifiez le tir, Harrison,
était prise et qu'il se rendrait chez Nawab Khan, quoi qu'on pùt pendant que j'éclaire le terrain. Viens, Moti Lal !
lui dire pour l'en dissuader. Il fallait renoncer à comprendre cet . ne se
Oriental deLer iritsi.UZpiti;itcao'd'erjeniiebubrdectieÎa' etll'Itdfaeate-
Il voulait connaître l'opinion de Jeanne, et c'est alors qu'il s'aper- mer les brandons qui allaient permettre à l'appareil de se poser.
çut qu'elle n'était plus dans le salon. Il sortit pour aller à sa L'avion lentement atterrissait. Quand Gibbs fut tout près, il se rendit
recherche. Elle était dans sa chambre, allongée sur son lit. En enten- compte qu'il était trop petit pour emmener plus de sept personnes.
dant ouvrir la porte, elle tourna la tête et demanda Tant pis, on emmènerait seulement les femmes. Il chargea Moti
— C'est toi, grand-père ? Lei d'aller annoncer la mauvaise nouvelle à Harrison.
— Pourquoi nous avez-vous quittés tout à l'heure ? interrogea Le Britannique l'entendit sans broncher et en fit part à ses amis.
Gibbs, la gorge serrée. Pourquoi ? Répondez-moi. Les dames en pleurant dirent adieu à leurs maris. Il leur fallait
Elle se mit sur son séant et répondit, en essayant de cacher son davantage de courage pour partir que pour rester. Quand ce fut au
émotion tour de Jeanne de franchir la porte, elle ref.a
— J'étais éblouie, monsieur Gibbs. Les héros ont toujours fait sur — Non. Je n'ai rien à faire à Bombay. Je demeure avec mon
moi une grande impression. Mais, sous cet air de noblesse que vous grand-père.
aviez emprunté, se cache un coeur sans pitié. Les autres l'ignorent, Willoughby savait qu'il était inutile d'insister et il s'inclina
mais moi je sais que vous n'êtes qu'un égeste qui rie songe qu'à devant la volonté de sa petite-fille.
sauver sa peau. J'ignore ce que vous avez pu faire, j'ignore si vous Au loin, l'avion ronronnait. Il décolla et gagna rapidement de
avez vu Nawab Khan et si un avion viendra. D'ailleurs, cela m'est la haute..
égal. Depuis votre arrivée, continua-t-elle en réprimant les larmes En hâte, Gibbs revint au palais
qui montaient à ses yeux, tant d'événements se sont passés que je — Jeanne ! Jeanne ! cria-t-il en pénétrant en coup de vent dans
le hall.
— Pourquoi n'êtes-vous p. parti ? interrogea-t-elle, heureuse.
— Je n'ai pas pu... Je ne pourra vivre sans vous. Venez avec moi!
Et, se tenant par la main, les deux jeunes gens entrèrent dans le
salon. Le pasteur était la. Gibbs marcha résolument vers lui :
— Monsieur Willoughby, je désire épouser votre petite-fille.
N'est-ce pas, Jeanne?.. Ram Singh, vous serez notre témoin.
Et, au milieu du calme provisoirement et miraculeusement
revenu, le pasteur unit Stephen Gibbs à Jeanne Willoughby, pour
le meilleur et pour le pire...
Moti Lal, les mains jointes, avait suivi la cérémonie. Il était très
ému, tout comme Singh et les autres.
On eut dit que les insurgés avaient attendu que Jeanne et Gibbs
aient prononcé le « oui a sacramentel pour attaquer. En effet, à
peine lepasteur eut-il fermé son livre de prières que des coups
violents ébranlèrent le portail. Le boy voulut voir ce qui se passait
et il s'approcha de la fenêtre tandis que Singh priait devant le
bouddha. A ce moment une balle fut tirée par les rebelles qui vint
frapper l'enfant en plein front. Le gosse eut encore la force
d'appeler
— Sine
Le prenuer ministre se retourna et se précipita vers Moti Lal. Il
appela le Dr Paling. Hélas! c'était trop tard, déjà l'enfant était mort.
Sing.serra les dents. On avait commis un crime sous ses yeux en
tuant cet innocent. C'était la faillite de ses principes. Avec les
rebelles, il fallait user de la violence et employer les mêmes armes
qu'eux. Alors, l'Hindou n'hésita plus. Il appela les Britanniques et
leur remit les armes apportées par l'Américain.
Puis, se servant de son unique bras, il empoigna un fusil et, aux
côtés de Gibbs, soutenu pansa présence de
Dag coups violents voudrais oublier pour retrouver la paix de Jeanne, il ouvrit grande porte. Une
ébranlaient le portail. mon coeur : notre première rencontre, la fusillade nourrie s'abattit sur les insurgés.
bague que vous avez achetée pour moi dans La vraie bataille commençaitl.. [Se servant de son
unique bras, SIng
cette petite boutique, vous vous rappelez ? FIN saisit une arme...
— C'est vous qui voulez oublier, remarqua tristement Gibbs.
Il n'osait pas la prendre dans ses bras comme il en avait envie.
Il craignait qu'elle ne le repoussât. Non, il n'était pas encore digne
d'elle. Il valait mieux aller retrouver les autres et la laisser seule.
•*•
La nuit avançait lentement. Les femmes s'étaient retirées dans
leurs chambres, tandis que les hommes .montaient la garde. Singh
était parti pour rencontrer Nawab Khan.
Lorsque l'aube se leva, il n'était pas encore rentré au palais. Les
uns et les autres commençaient à s'inquiéter de cette absence pro-
longée, mais personne n'osait avouer son anxiété.
Ils étaient tous réunis dans la cuisisse, où les femmes avaient
préparé le petit déjeuner, quand l'Hindou reparut. Il était exsangue
et marchait avec peine. Harrison se précipita vers lui
Oui s'est-il
o direngeveenz-v ppiryanrsur liCahUble. Je pense
s'oau'
que vous arriverez à vous échapper en avion, car, malheureusement,
je n'ai pu accepter les conditions des rebelles. Nawab Khan a essayé
par tom les moyens de me persuader et, finalement, il m'a donné
ymgt-quatre heures pour réfléchir.
L'Hindou vacilla sur ses jambes et manqua s'évanouir. Le
Dr Paling accourut vers lui, souleva la cape jetée sur ses épaules et
s'écria avec une stupéfaction horrifiée
— Ils lui ont coupé une main I.. Il lui faudrait une transfusion
de sang immédiatement !
Gibbs alors s'avança
— Je suis prêt, docteur, quand vous voudrez.
Un quart d'heure plus tard, l'Américain et l'Hindou étaient
étendus sur deux lits jumeaux, le sang de l'un passant dans le
bras de Vautre,
tes AMOURS DE NOS VEDETTES*:'
Je suppose que mon
nie légère a touché. Je
feins de ne pas entendre.
Robert Lamoureux in-
siste,
èce était
sur-tert'p
cerrueière
gsraien
i te
rs
gens. •
— Vo. le sentiez ?
— Ils me l'ont écrit. Ah!
ce courrier du public que
beancoupd'aitistes trouvent
stupide, je. ne m'en plains
u n'aime pas les a potineurs » pas. Bien sûr, il y a des
jeunes filles qui feraient
mieux d'étudier leur gram-
maire ou leur histoire de
— Cc que j'ai tourné depuis Lettre Ouverte V... Ennemis Intimes, France plutôt que de rêver aux acteurs...
Le Village Magique, Virgile et L'escalier de service (Mus 7 places). — C'est de leur âge.
Et, au théâtre, ai joué Ombre chère et La Manière Forte. — Elles exagèrent parfois ! Si j'avais une fille, je l'aimerais plus
— C'est déjà bien... posée.
— Sans compter la radio, le music-hall, les tournées... — Comme tous les pères !
— Et, à part cela ? — A côté des têtes folles, il y a des gens très bien qui écrivent...
— A part cela, je rentre chez moi... je sors de chez moi, je Ils sont inconnus ; ils ne gagnent pas leur vie comme critiques,
travaille... Je n'ai rien à raconter, car il ne se passe rien I ' mais ils discutent, et leurs avis ne manquent ni de culture, ni de
Voilà, chers lecteurs, la réponse-slogan que l'un reçoit mainte- bon sens. A part cela, je ne puis rien vous dire parce que dans ma
nant... Vous porteà intérêt à votre grand ami Robert Lamoureux, vie il ne se passe rien. On a peine à le croire, je sais... Apprenez donc
mais, pour l'instant, vous payez pour les curieux que l'acteur à vos lecteurs l'emploi du temps des acteurs qui jouent et tournent
déteste. en même temps ! Nous gagnons beaucoup, certes, et nnous
— Vous n'allez tout de même pas nous laisser sur cette phrase envie... Nous aussi, nous sommes des travailleurs à la chaire
évasive, reprochai-je. En moi-même, je pense : il exagère... Mais je ne suis point là,
— Je le voudrais, mais avouez que c'est lassant pour un acteur je l'ai dit, pour discuter, mais pour transcrire.
de sentir tous ses faits et gestes épiés par le public... La dame qui est entrée risque un mot, avec aisance, mais avec
— Rançon du succès ! précaution. L'acteur se retourne « Ah ! oui, à nous deux, mainte-
— J'ai acheté une maison à la campagne, près de Paris. Je nant ; excusez-moi... »
jouis de mon jardin en faisant des chansons. Ma récréation, c'est — Monsieur Lamoureux, lisez ma pièce, et si elle vous plaît
de jouer avec JeaniLouis, de surveiller ses études. donnez-moi ma chance.
— A-t-il la passion du théâtre ? Un bras blanc tend un manuscrit. La lumière fait briller les longs
— Heureusement non ! poils noirs de son beau manteau de fourrure. Un sourire agréable,
Sous la violence de cette réplique, j'ai peine à rester calme. Je un regard qui prie... Robert Lamoureux semble réfléchir. Puis il
ne puis m'empêcher d'observer accepte, demande quinze jours pour rendre ou garder l' ceuvre.
— Il' est vraiment incompréhensible que des artistes arrivés Pendant ce temps, je vais avoir filé à l'anglaise, mais, sur le seuil
'au sommet du succès théâtral se réjouissent si fort en constatant de sa loge, il me rattrape et jette à la grippe qui me torture un mot
que leurs propres enfants ne suivront pas la même route I humain... presque un mot de consolation.
— Jean-Louis n'a aucun talent dans ce domaine. Il est nul en Robert Lamoureux une chanson... un jardin... des fleurs... des
orthographe, mais très fort en mathématiques. Je serais très heu- balcons... Un petit Jean-Louis penché sur des solutions mathé-
reux de le voir devenir ingénieur des Mi.s, par exemple ! matiques.
— Que votre souhait soit exaucé... Tant de dynamisme déchaîné et, derrière, la poésie des champs
— Dans mon métier, on n'a jamais le temps de connaître les et du coeur,. Le coin, le refuge dont les plus adulés ont besoin.-
avantages. Confidence recueillie par Paule CORDAY-MARGUIr.
— En somme, soyez franc, vous vous plaignez ?
Et, en disant ces mots, je songe aux sommes considérables que Robert LAMOUREUX a le sourire
gagne une vedette dont ne peut se passer le public. (Plots Berri«)
— Si c'était à refaire, je ne le referais pas, répond nettement
l'acteur.
— Mais pourquoi ?... Tant de jeunes gens et de jeunes filles ne
rêvent que de faire du cinéma et du théâtre... •
— On n'a pas de vie privée. Qu'on lève ou baisse le doigt, tout
est répété avec exagération, déformé, inventé. D'un rien, les jour-
naux et les commérages font des histoires invraisemblables.
— Vraies, parfois, avouez-le !
— Si encore on répétait ce qui est vrai, il n'y aurait guère de
conclusions fâcheuses, mais tout ce qu'on invente, amplifié,
déformé, est là devant et derrière nous, accroché à notre vrai per-
sonnage... Dès que l'on commence à être connu, on devient cette
involontaire girouette qui tourne à tous les vents pour amuser des
curiosités malsaines.
— Il n'y a pas que les curieux, il y a aussi ceux qui vous suivent
avec intére.
— Bien sûr. D'ailleurs, à part le domaine de ma vie privée, j'ac-
corde au public tout le crédit qu'il mérite. Un acteur a écrit
«L'homme le plus intelligent du monde, c'est le public». Croyez-le,
quand il consacre une pièce, c'est qu'elle est bonne.

AUTRE COUPLET, AUTRE ROMANCE


— Vous parlez comme un monsieur que les succès ont rempli
d'amertume...
ne le nie pas. Cet esclavage m'exaspère.
- ependant, vous êtes heureux
— Par rapport au bonheur, précisément, je voudrais que l'on
recrée de la féerie dans ce monde où l'incroyable en est tellement
dépourvu. La réalité est tellement absurde, parfois ; autant créer
de l'absurde avec de la beauté, du charme.
- Qui empêche chacun de nous de poétiser son petit domaine ?
—Ida toute dernière chanson est intitulée Plus de fleurs aux
balcons.
— Le croyez-vous ? Je connais des quartiers qui ne s'en passent
guère I
— De plus en plus, elles tendent à disparaître.
— Et chez vous ?
— J'ai un jardin... Je veux dire qu'en général on n'a plus de
refuge poétique.
— Ceux qui en ont sont tellement bafoués... Et avec quoi pour-
raient-ils gagner leur vie, s'ils le montraient ?
Robert Lamoureux ne répond pas.
Nous sommes dans sa loge de l'Athénée. Une femme élégante
entre pour lui proposer la lecture d'une pièce. Le régisseur lui
annonce « C'est bientôt votre tour, monsieur Lamoureux. »
— Je vois, vous auriez dû vous faire garde-barrière auprès d'une
toute petite gare... Vous auriez cultivé beaucoup de ruses et des
pieds de tomates.
— Je reconnais que j'ai eu la satisfaction de jouer des pièces
qui me plaisaient totalement.

14
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et 75 autres PRIX de valeur différentes. Les gagnants du précédent CONCOURS n'auront pas droit de
FAIT NAITRE L'AMOUR participer celui-ci
Melierivous des CONCOURS dont le montant des MM ses, pos dépvie ose, Phaes,er
• J'étais désespérément
nous écrit 310. Lucie T..., de Lille.
Un jour, j'ai essayé le Ma117.77014
Parjura d'Amour, et enfin je suis ai- TEXTIL-UNION.27,RUE DU ROCHER.SERV. PARIS.8:
mée passionnément. M. Marc D
d'Avignon, nous dit:. Urdu d lui,
j'ai conquis selle Que j'aime.. Pro- Complétez votre collection de
fites vous aussi, comme des
milliers d'hommes et de femmes, de MON FILM z eeeeeeeeeee
384 — Avril à Par..
ses vertus surnaturelles qui fixent, Le..erre‘...• r 7dOld
retiennent l'affection et l'attache- '"" 1731=2.11'"‘ttee. cire.
ment sincères. Écrivez aux Lab. "M"
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Le secret des Parfums d'Amour «, nt, — Teps. nocturne. 971 — ce monde de Den
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IgIrrireast:t7Heiri Dong*.
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390 — Seul cm mon.. 379 — Grand gala. s en vogue et claque.
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