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Fiche de lecture : 99 francs, Incipit

Introduction :
Le 21ème siècle a marqué l'apogée du roman moderne en retraçant la place de l'individu. 99 francs publié en
2000 a été réédité avec le sous-titre 14, 99 € en 2002. C'est un roman d'autofiction d'inspiration
autobiographique de Beigbeder.

L’ouvrage provocateur dénonce les dérives et le cynisme de la société de consommation occidentale. Le


narrateur et le héros s’appelle Octave, dégouté, il s’insurge contre l’univers publicitaire.

Ce roman est divisé en 6 chapitres et progresse au rythme des réflexions d’Octave, de son argent, du sexe et
de la cocaïne.

Problématique :
En quoi ce texte offre-t-il une vision cynique de la société de consommation ?

Mouvements :
o L’autoportrait d’un manipulateur (L1 à 15)
o Un personnage désespéré (L16 à 23)

Mouvement 1 : L’autoportrait d’un manipulateur

 Peu à peu, le lecteur voit se dessiner le portrait singulier d’Octave. Le narrateur personnage ne cesse
de provoquer le lecteur dans cet extrait. La première personne du singulier ne cesse d’apparaître
dans ce texte : L 1, 2, 5, 7.
 Dès la ligne 1, nous sommes déstabilisés par les deux informations, sans lien apparent l’une avec
l’autre, qui nous sont proposées : « Je me prénomme Octave et m’habille chez APC. » (L1).
Ce rythme binaire désappointe le lecteur qui comprend que le prénom du narrateur semble avoir
autant d’importance que la marque de ses vêtements. Objet et personne se confondent.
 L’originalité de cet extrait, et donc de cet autoportrait, réside dans le fait que ce «  je » s’adresse à
un vous collectif à savoir le lecteur : « Je suis le type qui vous vend de la merde » (L2). Cette
énonciation offensive correspond à la profession d’Octave. Il est un protagoniste que l’on déteste
immédiatement même si son objectif est également de nous montrer l’hypocrisie et la cruauté de
son métier.
 La familiarité avec laquelle il s’exprime a pour dessein d’offusquer, d’interpeller, de choquer.
Un vocabulaire assez grossier est perceptible tout au long du texte : « merde » (L2), « bagnole »
(L4), « baver » (L8).
 En outre, les anglicismes du narrateur nourrissent cette provocation. Son snobisme est palpable
dans l’utilisation qu’il peut faire des termes relatifs au commerce et aux affaires : « shootée » (L5),
« cash-flow » (l 13).
 Octave est immorale et se présente tantôt comme un être pervers : « Votre souffrance dope le
commerce. » (L11) tantôt comme un être clairvoyant puisqu’il a conscience des méfaits de la
publicité : « je vous drogue à la nouveauté » (L7).
 La machine publicitaire est une course effrénée, un engrenage diabolique. Le  champ lexical de la
déception, de la souffrance est perceptible dans notre extrait : « souffrance » (l 11), « déception
post-achat » (l 11-12), « frustré » (l 6). Le malheur du consommateur fait naître le bonheur du
publicitaire qui ambitionne de nous maintenir dans la morosité : « parce que les gens heureux ne
consomment pas. » (L9-10). Le rythme ternaire : « il faut attiser la jalousie, la douleur,
l’inassouvissement » (L14). met en lumière les sentiments négatifs que la publicitaire fait naître chez
nous. L’image de la drogue : « dope » (L11), « je vous drogue » (L7) est adaptée à cet univers. Le
besoin de consommer est irrépressible, permet une satisfaction momentanée mais le manque est
extrêmement douloureux.

Mouvement 2 : Un personnage désespéré

 L’antithèse « mentir » / « grassement » (L16) montre l’injustice de son métier. Octave fait une
réflexion sur le passage du franc à l’euro, il trouve une explication ironique  « pour rendre les salaires
des riches six fois moins indécent » (L18).
 Il pose une question rhétorique qui montre son arrogance « Connaissez-vous beaucoup de mecs qui
gagnent 13 K-euros à mon âge ? » (L19).
 L’énumération des marques et des modèles de voitures se veut insidieuse : « Mercedes SLK » (L20),
« la roadster BMW Z8 » (L21).
 L’énumération des marques et des modèles de voiture traduit les possibilités infinies du narrateur,
son appétit pour la consommation et son désir de possession : « ou la BMW Z8 ou la Porsche Boxter
ou la Mazda MX5. » (L20) Le langage du narrateur met en lumière son assurance et le dédain qu’il
manifeste pour l’acheteur. Peu à peu, le lecteur voit se dessiner le portrait singulier d’Octave.
 Les nombreux détails qui sont donnés, grâce à la proposition subordonnée relative, concernant la
roadster BMW Z8 révèlent l’importance du paraître dans le monde publicitaire : « qui allie
esthétisme aérodynamique de la carrosserie et puissance grâce à son 6 cylindres en ligne qui
développe 321 chevaux, lui permettant de passer de 0 à 100 kilomètres/heure en 5.4 secondes.  »
(L21-22-23).
 Le texte se termine par une comparaison vulgaire « cette voiture ressemble à un suppositoire géant,
ce qui s'avère pratique pour enculer la Terre. » (L24).

Conclusion :
En fin d'analyse, cet extrait nous donne à observer un monde où la publicité manipule et se joue du
consommateur. Le personnage fait son autoportrait nous montrant qu'il ne reculera devant rien pour
susciter les désirs des acheteurs et faire naitre la frustration, appuyé par le sentiment de supériorité qu'il
exerce sur les consommateurs. Ce texte nous rappelle Au bonheur des Dames de Zola et plus
particulièrement le jour de promotion de l’héroïne où les personnages ne pensent qu'à calculer le chiffre
d'affaires.

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