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Jean-Pierre

Coursodon
Bertrand
Tavernier

nffiS»rn?v5h

^ \ • - V'
omnibus
50 ans de

par
Jean-Pierre Coursodon
et
Bertrand Tavernier

Edition revue et mise à jour

NATHAN
Edition : Catherine Schapira
Index : Laurence Demurger

© Editions Nathan (Paris, France), 1991, 1995


ISBN : 2-258-04027-2 N" Editeur : 175064
Dépôt légal : septembre 1995
Les auteurs

Né près de Paris en 1935, Jean-Pierre COURSODON collabore à des revues de


cinéma depuis 1957. Outre les versions précédentes du présent ouvrage (1961,
1970, 1991), il a pubbé plusieurs Uvres consacrés au cinéma américain, en
particulier à la comédie et au comique muet, dont des monographies sur
Laurel et Hardy et W.C. Fields ainsi qu'une importante étude sur Buster
Keaton (1973, édition nouvelle en 1986). Il est également l'auteur de La
Warner Bros. (Centre Georges Pompidou, 1991) et responsable de la docu
mentation américaine pour Chronique du Cinéma (1992). Aux États-Unis, où
d vit depuis 1967, il est l'auteur principal d'un recueil d'essais en deux
volumes (American Diiectors) consacré à des réalisateurs américains. Il est
correspondant aux États-Unis de la revue Positif.

Né en 1941 à Lyon, Bertrand TAVERNIER, avant de passer à la réalisation,


avait fondé un ciné-club, le Nickel-Odéon, et collaboré aux principales revues
de cinéma françaises (Cahiers du Cinéma, Positif, Cinéma...). En tant
qu'attaché de presse, il a lancé en France de nombreux fUms de ses réalisa
teurs américains préférés (Elia Kazan, Joseph Losey, John Ford, Raoul
Walsh...). En 1970, il est coauteur, avec Jean-Pierre Coursodon, de 30 ans
de cinéma américain. Son premier long métrage, L'Horloger de Saint-Paul
(1973), obtint le prix Louis Delluc. Il réalise ensuite Que la fête commence
(1975), Le Juge et l'Assassin (1976), Des enfants gâtés (1977), La Mort en
direct (1979), Une semaine de vacances (1980), Coup de torchon (1981),
Philippe Soupaull (documentaire, 1982), Mississippi Blues(documentaire, co-
réal. Robert Parrish, 1983), Un dimanche à la campagne (1984), Autour de
minuit (1986), La Passion Béatrice (1987), Lyon, regard intérieur (documen
taire, 1988), La Vie et rien d'autre (1989), Daddy Nostalgie (1990), La Guerre
sans nom (documentaire, 1991), L.627(1992), La Fille de D'Artagnan (1994),
L'Appât (1995, Ours d'or au Festival de Berlin). Il est également coproduc-
teur du documentaire de Marcel Ophuls Veillées d'armes (1994). Il a publié
Qu'est-ce qu'on attend ? (1993, journal de 1991-92) et Amis américains
(1993), recueil d'entretiens avec des réalisateurs et scénaristes américains, qui
a obtenu le prix de la Critique.
Note des auteurs

Depuis plus de trente ans que nous remanions et récrivons ce livre, il doit être
clair que nous l'avons toujours considéré comme un work in progress. Le laps
de temps relativement bref écoulé entre cette édition et l'édition précédente de
1991 ne justifiait évidemment pas des bouleversements profonds dans notre
texte. Il n'en n'a pas moins été systématiquement revu, et le cas échéant
augmenté. Nous avons prolongé jusqu'en 1993 la chronologie, qui s'arrêtait en
1989, mis à jour les filmographies ainsi que la bibliographie, ajouté une
douzaine de filmographies de réalisateurs absents du Dictionnaire —
généralement parce que leurs débuts dans la mise en scène sont postérieurs à
1980 — qui feront sans doute l'objet d'études dans une éventuelle réédition
du présent ouvrage.
Les modifications ou additions apportées tiennent compte aussi bien de films
sortis depuis 1991 que de nouvelles ou premières visions d'œuvres anciennes,
et de renseignements nouveaux glanés à diverses sources (par exemple le texte
sur André de Toth a été entièrement réécrit). Les ajouts brefs ont été intégrés
dans le corps du texte, ceux qui sont plus longs ont été placés en fin du texte
qu'ils complètent, précédés d'un double carré noir (le carré simple, indiquant
les ajouts de l'édition de 1991). Cette nouvelle édition contient en tout plus
d'une centaine de changements et suppléments divers, et l'on voudra donc
bien la considérer comme faisant autorité.
SOMMAIRE
INTRODUCTION

LE CINEMA AMERICAIN EN 1939

LES STUDIOS

EVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

EVOLUTION DE LA CENSURE

LE CINEMA AMERICAIN AUJOURD'HUI

DICTIONNAIRE DES SCENARISTES

DICTTONTVAIRE DES REALISATEURS

BIBLIOGRAPHIE

LEXIQUE
SIGLES

NOTE POUR LES HEMOGRAPHIES

LISTE DES SCENARISTES ET REALISATEURS

INDEX

REMERCIEMENTS
INTRODUCTION
50 Ans de cinéma américain est une édition, selon la formule consacrée,
«revue, corrigée et mise à jour», de l'ouvrage que nous avions publié en 1970
sous le titre 30 Ans de cinéma américain. C'est aussi, compte tenu de
l'abondance de matière additionnelle, un livre tout à fait nouveau.
On se souviendra peut-être que 30 Ans avait été précédé, en 1961, d'une
publication plus modeste intitulée 20 Ans de cinéma américain {ce fut le
premier ouvrage d'une série qui devait donner, entre autres, le remarquable
30 Ans de cinéma britannique de Raymond Lefèvre et Roland Lacourbe en
1976). Au sujet de 30 Ans et de son rapport au présent ouvrage, nous
pourrions reprendre, à peu de choses près, ce que nous disions du rapport
20 Ans-30 Ans dans la préface de ce dernier : «De l'original on a conservé la
formule, l'organisation, le plan général et, pour l'essentiel sinon dans le
détail, les positions critiques ; mais, dans ce cadre, la plupart des études,
notes et notules de la première édition ont été soit considérablement
modifiées ou augmentées, soit (et c'est le cas le plus fréquent) entièrement
récrites. De plus, de nombreux textes et développements inédits ont été
ajoutés. » Signalons deux différences essentielles de 50 Ans par rapport à 30
Ans : la plupart des textes consacrés aux réalisateurs, qui n'étaient que de
brèves notules synthétiques dans l'édition précédente, sont ici des études
d'une longueur substantielle, dépassant considérablement le format «entrée
de dictionnaire». D'autre part, les filmographies, qui étaient abrégées ou
inexistantes dans 30 Ans, sont ici complètes. L'augmentation considérable de
volume entraînée par cette approche nouvelle (augmentation due également à
d'autres apports, dont la mise à jour du tableau chronologique de 1968 à
1989) nous a contraints à abandonner les lexiques consacrés aux interprètes,
dont la reprise ou la mise à jour ne nous semblaient d'ailleurs pas s'imposer.
L'innovation principale de 50 Ans, toutefois, tient à la méthode de travail que
nous avons adoptée pour nos études sur les réalisateurs (et les scénaristes),
méthode dictée par les progrès de nos connaissances depuis les années
soixante. En effet, nos opinions, nos appréciations antérieures étaient trop
souvent fondées sur une familiarité très imparfaite avec les œuvres. C'était
encore le temps où la cinéphilie, dans son intransigeance terroriste,
condamnait sans appel des cinéastes sur la seule vue de quelques films,
généralement tardifs et peu représentatifs, et, inversement, érigeait des idoles
sur une base tout aussi fragmentaire. Ecrivant dans un tel climat, nous
n'étions pas nous-mêmes totalement immunisés contre les enthousiasmes
excessifs et les dédains catégoriques qui caractérisaient l'amateur d'alors.
Toutefois, nous étions peut-être plus conscients que d'autres de nos lacunes,
des imperfections de notre connaissance. Le livre abondait en formules du
genre «Nous connaissons mal» et «R faudrait voir» (ou revoir). Aujourd'hui,
après plus de vingt ans d'étude d'un sujet immense et décidément inépuisable,
après avoir vu et revu des centaines, voire des milliers de films, consulté de
multiples ouvrages et documents, recueilli des quantités de témoignages et de
INTRODUCTION

souvenirs, nous pouvons mieux mesurer le caractère aléatoire de bon nombre


de nos opinions de jadis. D'un autre côté, de nombreux jugements d'alors
nous ont semblé encore valables, et souvent même renforcés par des visions
récentes, des renseignements obtenus depuis. Entre deux options opposées :
reprendre des textes dépassés, ou jeter le tout aux orties, y compris les
éléments de valeur, nous avons opté pour un compromis que nous espérons
instructif et fructueux - la confrontation de nos opinions anciennes et de
celles plus récemment formées. C'est ainsi qu'à propos de nombreux cinéastes
on trouvera reproduit, partiellement ou in extenso, le texte de 30 Ans, suivi de
développements nouveaux qui en commentent, le cas échéant, les lacunes, les
erreurs, les injustices (à propos de cette approche, voir aussi notre
introduction au Dictionnaire des réalisateurs). Ajoutons que, plus systéma
tiquement encore que dans 30 Ans, nous nous sommes imposés le principe de
ne commenter que des films vus ou revus récemment (des centaines de films
ont été visionnés — en salle, en cassette, à la télévision — spécialement poiu
ce livre entre 1987 et 1990).

Il convient peut-être de revenir sur la genèse de cet ouvrage dont nous


dormons, trente ans après, une troisième mouture presque totalement
différente de l'original (nous avons ici et là identifié une phrase, une formule,
un adjectif venant de l'édition de 1961). Au départ, 20 Ans n'avait été qu'un
projet de numéro spécial de revue (Cinéma 60) dont la direction avait été
confiée à Jean-Pierre Coursodon, promu spécialiste du cinéma américain sur
la foi de quelques articles et d'un enthousiasme juvénile. Pour des raisons
aujourd'hui oubliées, la plupart des autres collaborateurs de la revue se
désistèrent, et ce qui aurait dû être un travail d'équipe devint, pour
l'essentiel, une collaboration à deux entre Coursodon et un autre jeune
critique plein de fougue, Yves Boisset. Le seul autre apport substantiel fut
celui d'un troisième — et encore plus jeune — ardent cinéphile, Bertrand
Tavernier. Malgré le nombre réduit des participants, leurs sources et
ressources limitées, des circonstances personnelles peu propices (l'un des
auteurs préparait l'agrégation et l'autre était sous les drapeaux), le manuscrit
prit rapidement une épaisseur impressionnante, jugée excessive pour un
numéro de revue. On décida donc d'en faire un livre, et de le baptiser 20 Ans
de cinéma américain, le tableau chronologique de la première partie allant de
1940 à 1960. De cet ouvrage, nous écrivions dans la préface de 30 Ans : «Les
auteurs (...) n'étaient guère satisfaits de la première édition, réalisée trop
rapidement, dans des conditions singulièrement difficiles, et qui péchait,
entre autres choses, par l'insuffisance de la documentation, le caractère
superficiel ou incomplet de nombreux textes, et surtout un nombre d'erreurs
matérielles et de coquilles diverses tout à fait excessif pour un ouvrage qui se
voulait "de référence ".»
En 1967, l'éditeur de 20 Ans nous donna l'occasion de remettre sur le métier
un ouvrage qui, de toute évidence, n'y avait pas assez séjourné en demandant
une édition «revue et corrigée», la première ayant été vite épuisée. Boisset
s'étant récusé (il venait de faire ses débuts dans la mise en scène), Tavernier
devint coauteur à part entière. Peu à peu, comme nous le notions dans notre
préface, le projet prit des dimensions sans commune mesure avec les
intentions initiales — d'où de violents désaccords avec l'éditeur. Faute d'avoir
trouvé un terrain d'entente, le travail fut interrompu à plusieurs reprises ;
INTRODUCTION

puis, soudain, la publication fut décidée avec tant de précipitation que


certaines des réserves formulées sur la première édition dans la préface de
1970 pourraient être reprises à propos de la seconde.
Ajoutons que 30 Ans remporta un succès dont — sans fausse modestie — les
auteurs furent les premiers surpris. Ce fut, en son temps, un des très rares
livres de critique cinématographique à bénéficier d'une importante couver
ture médiatique(comme on ne disait pas encore), à faire l'objet d'articles dans
la presse quotidienne et hebdomadaire, et pas seulement dans les revues
spécialisées. Diversement, et flatteusement, baptisé «gros livre rouge du
cinéphile» ou «bible de l'amateur de cinéma américain», l'ouvrage s'épuisa
assez rapidement, ne fut pas réimprimé et devint bientôt aussi introuvable
que «légendaire». Au fil des années, divers projets de réédition échouèrent,
jusqu'à ce qu'enfin le présent projet prenne forme, exactement vingt ans
après le précédent.

Bien des choses avaient changé en vingt ans, tant dans le cinéma américain
que dans sa perception par le public et la critique. Notre édition précédente
était parue à une époque de transition pour Hollywood, récemment affectée
par des changements dont on ne mesurait pas encore toute l'importance,
toutes les conséquences. L'un d'eux était le dernier — ou avant-dernier —
stade de désagrégation du studio System ; un autre, et peut-être le plus
radical, la libéralisation puis l'abolition de fait de l'autocensure (par le biais
de l'institution d'un système de cotes), qui dégageait les cinéastes de la
tyrannie d'un Code de la production extraordinairement répressif, en place
depuis près de quarante ans.
Le cinéma hollywoodien traditionnel obligeait à une approche critique assez
particulière. Ce fut le grand mérite de la critique cinéphilique des années
cinquante-soixante et de la « politique des auteurs » que d'inaugurer un mode
de lecture de ce cinéma permettant d'en dégager, au-delà des conventions, les
qualités spécifiques et les beautés — ce que la critique traditionnelle, le plus
souvent méprisante ou condescendante, n'avait guère cherché à faire
auparavant —, de repérer des créateurs là où on n'avait voulu voir que des
ouvriers spécialisés. Une telle approche, dont le côté polémique et systéma
tique s'explique aisément (il fallait se battre pour imposer Hitchcock, la
période américaine de Lang) fut, malgré ses excès, remarquablement
fructueuse. Mais, même si nous continuons à en partager certains principes
(chacun de nous a ses metteurs en scène favoris, ceux dont il se sent le plus
proche), elle ne nous paraît plus de mise dans un contexte historique et
critique différent, dans le cadre d'un mode de production et de conditions
d'expression radicalement transformés.
C'est là un des problèmes rencontrés par les auteurs d'un livre comme
celui-ci, qui traite à la fois du cinéma hollywoodien classique et post
classique, de réalisateurs et scénaristes qui ont fait toute leur carrière sous
l'ancien régime en même temps que des produits du nouveau (sans parler des
carrières i|ui chevauchent les deux périodes). On ne peut aborder selon les
mêmes critères des réalisateurs qui travaillaient à l'intérieur du système des
studios, le plus souvent sous contrat à long terme, en principe très limités
dans leur faculté de choisir leurs sujets, leurs collaborateurs, leurs dis
tributions, le plus souvent privés du droit au montage final, soumis aux
diktats du Code et aux caprices du front office — et des cinéastes modernes.
INTRODUCTION

indépendants, qui sont en principe débarrassés de la plupart des servitudes


passées (ils en subissent d'autres, mais de nature différente, conséquence
souvent de l'évolution du système), et qui peuvent souvent contrôler leurs
films de la conception au montage final (encore qu'après le désastre de
Heaven's Gâte, ce droit ait été remis en question et que l'on soit revenu de
vingt ans en arrière).
Dans le cadre traditionnel, de minimes variations par rapport aux normes,
d'habiles astuces pour tourner la censure et le contrôle des studios, le jeu
subtil avec les conventions, un regard différent porté sur un genre, une
situation classique étaient autant de signes qui révélaient une personnalité.
En fait, comme on l'a souvent dit, le cinéma américain se nourrissait de ces
contraintes au moins autant qu'il en souffrait (on a vu un certain nombre de
bons cinéastes que le système semblait brimer — et qui se disaient brimés
par lui — ne pas savoir que faire de leur liberté nouvellement acquise et
décliner dans les années soixante-dix). Il est possible d'affirmer a contrario
que la «liberté» ankylose autant qu'elle inspire les œuvres, de nuancer cette
opposition entre ancien et moderne, entre tradition et innovation. Tout film
réussi, à quelque période que ce soit, est à la fois original et traditionnel, ces
deux notions se répartissant dans des proportions chaque fois différentes
Comme le note Jacques Lourcelles (dans Présence du Cinéma 24-25): « Seuls
de très mauvais films, d'horribles films, arrivent à être intégralement
révolutionnaires, ou intégralement traditionnels.»

Quelques mots sur l'évolution de la critique — vaste sujet — et la façon dont


nous nous situons par rapport à elle. A l'époque où nous préparions notre
édition précédente, la «politique des auteurs», longtemps considérée comme
révolutionnaire, extrémiste, voire absurde, avait acquis droit de cité en
France, et tendait même à s'imposer comme la nouvelle norme, la critique
cinéphilique, jadis confinée aux revues spécialisées, ayant infiltré la grande
presse. Cette «politique», progressivement transformée en théorie puis en
dogme, était fondée, on le sait, non seulement sur l'exaltation du metteur en
scène à l'exclusion de tout autre collaborateur, mais aussi sur des choix, pas
toujours légitimes, privilégiant certains cinéastes déclarés «auteurs» et comme
tels au-dessus de toute critique, et rejetant tous les autres, avec le plus
profond mépris, dans les ténèbres extérieures. Bien entendu, la situation se
compliquait du fait de la prolifération des factions, chapelles et groupuscules,
chacun avec ses auteurs de prédilection, et souvent antagonistes malgré la
similitude de l'idéologie de base.
Mais en même temps que r«auteurisme'» triomphait, une partie de la
critique cinématographique, soucieuse de respectabilité, commençait à se
mettre à la remorque de la critique littéraire universitaire, elle-même très
influencée par diverses disciplines à la mode : structuralisme, sémiologie,
marxisme, psychanalyse lacanienne. A partir de 1968 environ, on voit se

1. Nous empruntons ce lerme praticjue au critique américain Andrew Sarri.s. le premier et le plus
célèbre vulgarisateur de la politique des auteurs aux Etats-Unis. S'étant aper(;u (ju'auteur dans ce
contexte ne pouvait se traduire littéralement par author„ ce terme en anglais désignant uniquement
l'auteur-écrivain, Sarris décida d'adopter purement et simplement le mot français, introduisant ainsi
dans sa langue un néologisme auquel inévitablement s'en adjoignit aussitôt un second : auteiirism
(soit : la politique de.s auteurs et la théorie (jui la sous-tend), celui-ci sans équivalent en français.
Notre emprunt est donc en fait une récupération.
INTRODUCTION

multiplier les ouvrages théoriques d'apparence et aux ambitions scientifiques,


les plus respectés étant ceux qui combinaient le plus habilement le plus grand
nombre possible de ces disciplines.
Or, une des constantes de la réflexion critique de l'époque — elle se
prolongera, et reste solide aujourd'hui dans les écrits universitaires — était la
remise en question du concept même d'auteur, dénoncé comme leurre, comme
mythe, comme pur produit de l'imagination romantique et idéaliste. Seul
existait le texte, lui-même produit de l'idéologie, de l'inconscient collectif, de
l'intertextualité, de tout enfin sauf de l'esprit créateur d'un individu. Une
telle approche s'appliquait, mieux qu'à toute autre forme d'expression, au
cinéma, «art collectif», et permettait de répudier, ou à tout le moins de
contourner, le concept problématique d'« auteur de film ». Après les excès du
culte de la personnalité, on en vint à une religion de l'anonymat.
La rage théorisante s'est quelque peu apaisée au cours des années quatre-
vingt, et, la défiance postmoderniste pour l'esprit de système jointe à la « mort
des idéologies», on semble revenu à un éclectisme plus serein^, ce qui n'est
pas pour nous déplaire, car aux systèmes, théories et dogmatismes nous avons
toujours préféré l'ouverture d'esprit, l'absence de préjugés — si ce n'est un
préjugé favorable pour les œuvres mal connues ou méconnues, auxquelles
nous avons toujours accordé le bénéfice du doute — le plaisir de la
découverte ou de la redécouverte, même et surtout quand il nécessite la
révision (elle peut parfois être radicale) d'opinions anciennes : quoi de plus
satisfaisant que d'essayer de communiquer au lecteur le désir de connaître,
ou de redécouvrir une œuvre, et donc de lui rendre hommage ?
Notre connaissance du cinéma américain s'est considérablement accrue en
vingt ans, et, davantage de savoir nous a enseigné davantage d'humilité. Plus

2. Les signes de celte évolution sont multiples. Ainsi en I99(), la revue canadienne CineAclion /, qui
se veut gauchiste et d'avanl-garde (son sous-litre est «A Magazine of Radical Film Criticism and
Ilieorj'») consacrait un numéro spécial à «repenser la notion d'auteur» et écrivait dans son
éditorial : «Dans le sillage de l'évolution thé«)ri<]ue et critique de ces vingt dernières années, la
notion d'auteur a été bannie en même temps que la critique évalualive. Nous ne proposons pas ici de
ressusciter la politique des auteurs telle qu'elle fut initialement conçue à la fin des années cinquante
et pendant les années soixante: l'auteur n'est pas isolé du contexte politi(|ue et social et une œuvre ne
peut jamais être entièrement attribuée au génie individuel de l'artiste. Toutefois, en dépit de cette
évidence, la notion bartbesienne que «l'auteur est écrit» dans toutes ses manifestations est,
aujourd'hui, intenable, et a besoin d'être révisée. Nous estimons [...] (|ue le concept d'auteur est utile
tant en termes esthétiques que politiques. Indépendamment des discussions portant sur le style, le
terme implique que les artistes sont resjionsables des œuvres qu'ils créent. [...] L'art ne reproduit pas
aulomati<]uement les caprices de l'idéologie dominante du moment.» Plus loin, les éditorialistes
contestent le «présupposé hypocrite» qui sous-lend les théories criti<]ues selon lesquelles «l'auteur
est écrit » : « Le critique s'approprie en fait la position omnisciente de l'auteur. Cet élitisme
présomptueux dénigre et l'artiste et le spectateur, qui sont (potentiellement du moins) aussi
intelligents que le critùjue. »
Même siin de cloche dans l'introduction de la nouvelle édition du livre de Robin Wood sur
Hitchcock {Hilchcock's Films lievisited, 1989). Rqetant comme «peu satisfaisantes» les diverses
tentatives pour reformuler la notion d'auteur (entre autres le concept d'« inscription » introduit par
les Cahiers du Cinéma ou celui d'«énonciateur» projiosé par Raymond Bellour). Wood reconnaît
l'importance de l'idéologie mais conteste lui aussi les théories inspirées de Barthes : « La
proposition : "l'auteur n'écrit pas. il est écrit'a pu avoir une utilité polémique à un certain moment
de l'évolution de la théorie/pralHjue critique, mais (jui y croit sérieusement ? C'est une chose que de
reconnaître l'existence des myriades d'influences qui s'exercent sur une œuvre (et dont beaucoup
sont vouées à rester inconscientes), une autre d'abdiquer toute responsabilité personnelle en
souscrivant à un déterminisme total.» Abordant une conséquence évidente mais généralement
occultée de cette théorie, Wood ajoute : «Je ne suis jamais convaincu que les partisans de cette
doctrine l'appliquent vraiment à eux-mêmes. Quand Balzac produisit Sarrasine il n'écrivait pas. il
était écrit: il faut donc supposer que Barthes «était écrit» <]uand il a produit sa lecture de
Sarrazine. S/Z. Ou bien fait-on une distinction (absolument arrogante et présomptueuse) entre le
discours critique et le discours créateur ? »
INTRODUCTION

le chercheur se familiarise avec cet immense domaine, trop souvent considéré,


avec une helle présomption, comme bien connu et sans mystères, plus il
devient conscient de ses lacunes et faiblesses, comme de l'inanité des
sectarismes et des a priori. Dans 30 Ans, déjà, nous prenions constamment
nos distances par rapport aux excès et aux parti pris de r«auteurisme», dont
toutefois, nous l'avons dit, nous n'étions pas toujours nous-mêmes exempts.
Aujourd'hui, en dépit de la mode intellectuelle qui affirme la mort de
l'auteur, nous restons attachés (peut-être par humanisme désuet, mais aussi
pensons-nous, par simple bon sens) à la notion qu'une œuvre — et même un
film — est l'œuvre de quelqu'un. S'agissant de cinéma, et plus particuliè
rement du cinéma américain classique, il est passionnant de découvrir
comment, malgré les multiples contraintes du système, les contributions,
positives ou négatives, de collaborateurs les plus divers, une personnalité peut
malgré tout en bénéficier ou s'imposer. Au contraire, une oeuvre peut être
dominée par l'un ou l'autre de ces collaborateurs. Cela dit, on peut aborder
un film, ou un corpus cinématographique, de cent façons différentes, dont
beaucoup peuvent effectivement faire l'économie de la notion d'auteur, sans
être pour autant moins enrichissantes. Notre travail a d'ailleurs bénéficié de
celui de maints chercheurs, critiques et historiens œuvrant dans ces domaines
parallèles.
Il nous reste à expliquer certains choix quant aux réalisateurs étudiés dans le
livre. On en a retenu environ trois cents, ce qui permettait d'être très
représentatif, mais non exhaustif, même à l'intérieur des limites chrono
logiques que nous nous sommes fixées (les metteurs en scène n'ayant plus
tourné après 1940, ainsi que ceux ayant fait leurs débuts après 1980, n'ont
pas été pris en considération). On pourra contester la présence de certains
noms, déplorer l'absence de certains autres. Nous pourrions sans doute
justifier certains de nos choix, mais nous ne cachons pas que d'autres sont le
résultat de nos goûts personnels, partiels et partiaux ; le livre est l'œuvre de
deux individus et non d'une équipe, il ne peut donc prétendre à l'objectivité
d'une encyclopédie. De plus, bien que l'apport d'un des auteurs ait souvent
complété celui de l'autre, il faut reconnaître qu'un tel ouvrage ne serait pas
possible sans une grande affinité de goûts et de préférences entre les deux
rédacteurs (nos divergences de vues sont rares, nos désaccords sérieux
rarissimes) : il s'ensuit que certains domaines, genres, ou réalisateurs, pour
lesquels nous n'éprouvons ni l'un ni l'autre beaucoup d'intérêt, sont
relativement négligés. Nous avons ainsi délibérément omis, parmi les
« nouveaux» metteurs en scène, un Russ Meyer, cinéaste abusivement
encensé dont seuls les premiers films nous apparaissent un peu intéressants,
ou un John Waters, pape du camp, de la dérision et de l'effet choc
(récemment récupéré, après Cry Baby, dans le mainstream) : nous n'avons
pu nous résoudre à voir plus d'un ou deux de ses films. Nos choix sont
également tributaires de nos connaissances : leurs limites nous ont empêché
d'inclure, par exemple, William Seiter, qui bénéficie d'une certaine répu
tation comme réalisateur de comédies, ou Edwin L. Marin, cinéaste de
série B dont nous avons tardivement découvert deux films bien mis en scène
et fort agréables (The Death Kiss, 1932, son premier, et Nocturne, 1946),
parmi une filmographie assez abondante dont nous ignorons presque tout.
Ajoutons que dans certains genres et types de films, nous avons préféré nous
limiter au cinéaste le plus représentatif — William Witney plutôt que
INTRODUCTION

Spencer G. Bennet pour le sériai; pour le film d'action série B (ou Z), le
protéen Sam Newfield, véritable archétype. Nous avons de plus éliminé les
cinéastes «à la chaîne», anonymes et médiocres, sur lesquels nous n'avons
rien découvert d'intéressant (exemple : Lesley Selander). Enfin, les délais de
fabrication du livre, qui n'étaient pas indéfiniment extensibles, nous ont
également contraints à certains choix : nous avons préféré passer sous silence
un réalisateur intéressant plutôt que de lui consacrer un texte trop mal
documenté. Ainsi, la difficulté de revoir certains de ses films nous a fait
éliminer Robert Kramer, cinéaste marginal très original que notre précédente
édition avait injustement maltraité.

Bien qu'il semble ambitieux, le titre 50 Ans de cinéma américain est quelque
peu restrictif. Il ne désigne avec exactitude que la première partie de
l'ouvrage et son tableau chronologique année par année (1940-1989). Quant
aux réalisateurs et scénaristes, nombre d'entre eux ont été aussi ou plus
productifs avant 1940 qu'après ; dans la mesure du possible, nous avons
rendu compte de l'ensemble de leur œuvre — avec certaines réserves
inévitables pour la période muette, encore si mal connue. En revanche, les
années trente sont la décennie sur laquelle notre connaissance des œuvres a le
plus progressé depuis vingt ans, et le livre reflète nos découvertes dans ce
domaine. Certaines carrières, certaines réputations, s'en sont trouvées
complètement réévaluées. Nous connaissons également un peu mieux la
période de transition du muet au parlant (1927-1929), grâce à de nombreuses
restaurations récentes. On peut donc considérer que, dans sa partie consacrée
à l'étude des œuvres, le livre couvre toute la période du parlant, alors que nos
éditions précédentes, restaient, par force, très succinctes sur les années
d'avant-guerre.

Ce travail, nous l'avons entrepris avec passion, confrontant nos points de vue,
nos découvertes, nos textes lors de rencontres sporadiques, le plus souvent
par lettres ou durant de longs coups de téléphone transatlantiques, parfois
quotidiens. Nous n'avions aucune théorie sinon, en cette période de
perestroïka, le refus de tout catéchisme, de toutes ces querelles de chapelles
cpii ont entraîné et entraînent tant de jugements frivoles, tant d'excommuni
cations sommaires. Ne pas dissimuler (ou tenter à tout prix de justifier) les
errements, les faux pas de nos cinéastes favoris, ne pas s'en réjouir non plus ;
en contrepartie, être toujours disposés à découvrir une œuvre intéressante
dans une filmographie rébarbative, tels ont été nos mots d'ordre. Nous nous
sommes méfiés du double travers fréquent de la critique contemporaine
consistant à idolâtrer le passé ou, au contraire, à claironner une ignorance
autosatisfaite de ce même passé. Assez souvent, nous avons suivi l'exemple de
Victor Hugo prenant, dans William Shakespeare, la défense de l'enthousiasme
(«J'admire comme une brute»), contre la critique normative et réductrice;
comme à lui, il nous a semblé que «dans ce siècle, cet exemple de bêtise était
bon à donner».
LE CINEMA
AMERICAIN
EN 1939

I quelques chiffres
En 1939, le capital investi dans l'industrie cinématographique est évalué à
deux milliards de dollars. Cette industrie arrive en quarante-cinquième
position des entreprises américaines pour le revenu brut. Elle emploie un peu
moins de 200000 personnes dans les trois secteurs (production, distribution,
exploitation).
La durée moyenne du tournage d'un long métrage est évaluée à vingt-deux
jours, et le coût de production moyen, avant tirage des copies positives, à
400000 dollars. Cette moyenne, qui combine les budgets de films aux coûts
divers, est en fait très trompeuse : un western de série B peut revenir à moins
de 80000 dollars, une production de prestige à un million et demi ou plus
(de la même façon, les durées de tournage peuvent varier considérablement).
Le coût de production moyen avait très peu augmenté pendant les années
trente (il était de 375 000 dollars en 1930), mais il va plus que doubler entre
1940 et 1945, en partie à cause de l'inflation, mais aussi parce que la
production de série B diminue considérablement pendant cette période. A
titre d'exemple, le budget de Casablanca (chiffres arrondis) était de
638000 dollars, plus 35 % de frais généraux du studio et 2,5 % de
dépréciation (salaires de Micbael Curtiz : 73000 dollars ; du producteur Hal
Wallis : 52000 dollars ; des interprètes : 160 000 dollars, dont 37 000 pour
Humpbrey Bogart et 25000 pour Ingrid Bergman).
Les budgets dépassant le million de dollars sont encore relativement rares et
sont souvent un sujet d'appréhension pour les producteurs. Cette appré
hension est justifiée : en 1938-1939, à l'exception de Gone With the Wind,
aucun des films à très gros budget (Mr. Smith Goes to Washington, 1,5
million ; The Hunchback of Notre-Dame, 1,8 million ; The Adventures
of Robin Hood-, The Rains Came et Goldwyn Follies, deux millions
chacun ; The Wizard of Oz, 2,7 millions) ne rentrera dans ses frais sur le
seul marché américain. Le budget de Gone With the Wind (4,2 millions de
dollars) est évidemment le plus élévé atteint à cette date, encore que, compte
tenu de l'inflation, il serait peut-être égalé, voire surpassé, par ceux de The
Birth of a Nation (1915) et Intolérance (1916).
388 longs métrages ont été distribués au cours de l'année par les huit grands
studios ou Majors (Fox : 59 ; Paramount ; 58 ; Columbia : 55 ; Wamer :53;
MGM : 50 ; RKO : 49; Universal :46; United Artists : 18 ). S'y ajoutent les
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939

films étrangers, mais, traditionnellement, les Majors en distribuent très peu :


21 seulement en 1939 sur un total de 278. Les films distribués par les huit
Majors ont réalisé un total de 192 594000 dollars en recettes-distributeur sur
le marché national (les recettes-distributeur - c'est-à-dire les recettes du
studio - représentent environ 50 % des recettes-salle) :

MGM (Loew's) 43 277000


FOX 33150000
WARNER BROS. 28917000
PARAMOLTNT 28227 000
RKO 18190000
UMVERSAL 14161000
UNITE!) AR llSTS 13478000
COLUMBIA 13194000

Les recettes du marché international, sur lesquelles on ne possède pas de


statistiques précises, sont généralement évaluées à 35 % du montant des
recettes nationales. En 1939, le revenu des exportations a baissé de 14 % par
rapport à 1938, par suite de la situation internationale et du début de la
guerre en Europe. Cette diminution va naturellement s'accentuer pendant les
années suivantes.
Il convient de rappeler que la pins grande partie des revenus des Majors
provient non des recettes-distributeur, mais de l'exploitation : en 1939,
MGM, Fox, Warner, Paramount et RKO ont totalisé un chiffre d'affaires
global de 415958000 dollars, dont 151711000 seulement (soit 36,4 %)
provenaient des recettes-distributeur du marché national.

I STRUCTURE ECONOMIQUE
LES GRANDS STUDIOS. Les huit grands studios de Hollywood assurent
80 % de la production des longs métrages. Bien qu'ils soient souvent groupés
sous l'étiquette collective de Majors (pour les opposer aux indépendants), on
distingue aussi à l'intérieur du groupe les «cinq grands» (MGM, Fox,
Paramount, Wamer et RKO) et les «trois petits» (Universal, Columbia,
United Artists), que l'on désigne alors sous l'appellation de Minors. Les
Majors sont des trusts qui cumulent la production, la distribution, et, le
plus souvent (directement on indirectement), l'exploitation, possédant leurs
propres chaînes de salles. C'est d'ailleurs vers 1939 que le gouvernement
commence à poursuivre les Majors pour violation des lois antitrust, action qui
aboutira, une quinzaine d'années plus tard, à l'adoption forcée par les Majors
de la séparation corporative entre les activités production-distribution et
l'exploitation (divorcement).
Les Minors assurent eux aussi la distribution de leurs produits (il en est de
même pour trois petits studios de Poverty Row, actifs dans le domaine du film
à petit budget : Republic, Monogram et PRC, qu'on peut en fait considérer
comme des indépendants). Les Minors produisent moins de films que les
Majors et ont un budget opérationnel plus modeste. Mais, économiquement,
la différence essentielle réside dans le fait que, contrairement aux Majors, ils
ne possèdent pas de salles. Néanmoins, ils ont accès aux salles des Majors, qui
ont besoin de leurs films pour alimenter les programmes. En effet, la
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939 XII

production des Majors ne serait pas à elle seule suffisante pour satisfaire aux
besoins de l'exploitation. La pratique systématique du double programme
(introduite vers le début des années trente), avec changements très fréquents
(deux ou trois par semaine), entraîne une énorme consommation de produits.
Un double programme typique se compose d'un « grand film » produit par un
Major et d'un « film de complément » {second feature) produit par un Minor
ou un indépendant, plus rarement par un Major.

LES INDÉPENDANTS. La domination des grands studios et le phénomène


de concentration verticale qu'ils représentent contribuent à freiner l'expan
sion de la production indépendante. Le terme «indépendant» désigne une
société productrice - généralement de petite envergure - qui ne possède ni
réseau de distribution, ni salles, ni studios de production (sauf de rares
exceptions). Ce triple handicap dans une industrie dominée par des trusts,
qui combinent production, distribution et exploitation, condamne les indé
pendants à un rôle subalterne, à l'exception d'un très petit nombre de
producteurs prestigieux qui disposent de moyens financiers importants et ont
des liens étroits avec les Majors (contrats de distribution, cofinancements,
prêts de vedettes, etc.) En 1939, ils se limitent prati(|uement à deux : Samuel
Goldvvyn et David O. Selznick. Le premier, cas exceptionnel, est indépendant
depuis 1927, le second depuis 1935. Tous deux distribuent leurs films par le
canal de United Artists (en 1945, Selznick créera sa propre société de
distribution, Selznick Releasing Organization, dont l'existence sera de courte
durée). Il faut aussi citer le cas de Charlie Chaplin, qui produit et finance ses
propres films. United Artists - dont il est l'un des propriétaires - les distribue.
Quant aux autres indépendants, le principal, voire le seul, créneau ouvert à
leurs films est celui de bouche-trou dans les doubles programmes (voir plus
haut). Le développement de cette formule d'exploitation avait d'ailleurs
entraîné une nette recrudescence de la production indépendante à partir de
1930, mais elle reste enfermée dans une sorte de ghetto économique et
artistique : les films qu'ils produisent étant «pauvres», les indépendants ne
parviennent pas à obtenir de financement adéquat (ou les garanties de
distribution qui faciliteraient l'accès à ce financement) ; et, en l'absence de
moyens financiers suffisants, ils ne peuvent entreprendre des films «de
qualité»'. Dans la pratique, et au niveau crucial de l'exploitation, cette
«pauvreté» leur interdit donc l'accès aux salles d'exclusivité, où la plupart
des films établissent leur réputation et d'où provient un important pourcen
tage de recettes. Le fait que les Majors possèdent ou contrôlent les principales
salles d'exclusivité constitue une barrière supplémentaire pour les indé
pendants. Néanmoins, la «qualité» du produit reste le facteur déterminant :
les films de Goldwyn et de Selznick trouvent sans difficulté des salles
d'exclusivité adéquates, parce que ce sont des films de prestige.

FILMS «A» ET «B». La plupart des indépendants sont donc cantonnés dans
la production de films à très petit budget, dits films «B» (B pictures). Ce

I. 11 convienl de rappeler tjue l'industrie cinématographique américaine et ses bailleurs de fonds


confondent ordinairement les notions de qualité et de budget : les films de prestige sont ceux qui
coûtent le plus cher, les studios les plus cotés sttnt ceux qui ont le budget opérationnel le plus élevé.
Cette vue était encouragée pur le fait (jue les studios qui investissaient le plus d'argent dans la
production étaient régulièrement ceux dont les bénéfices étaient les plus élevés.
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939

concept a souvent été mal compris par la critique française, qui parle de
«série B» (expression qui n'existe d'ailleurs pas dans la terminologie
américaine) à propos de films qui, par leur budget relativement élevé,
échappent à cette catégorie. En fait, les films B proprement dits, pendant la
période où ils furent produits en masse(de 1930 à la fin des années quarante,
mais surtout pendant la première de ces deux décennies), étaient rarement
distribués en France. Ils répondaient aux États-Unis à un besoin spécifique
de l'exploitation, besoin qui n'existait pas dans l'Hexagone, où le double
programme était peu pratiqué (et fut même un temps interdit).
La répartition de la production en films A et B était une distinction purement
économique : au-dessous d'un certain budget, un film était automatiquement
considéré comme un B picture par les producteurs. Il est difficile d'établir
précisément à quel chiffre se situait la ligne de démarcation. En effet, les
coûts de production augmentent, plus ou moins rapidement, mais sans cesse,
et les films B, à leur modeste niveau, ne peuvent manquer de suivre cette
évolution, qui tient essentiellement à l'inflation^. De plus, il existe des
hiérarchies à l'intérieur même de la catégorie B : les Majors dépensent
généralement plus pour leurs films B que les Minors, lest|uels dépensent plus
que les studios de Poverty Row et que la plupart des indépendants. Prenons
quelques exemples dans la production d'un studio «moyen», RKO, le plus
modeste des cinq grands : en 1939, un « B » typique, The Rookie Cop, avec
Tim Holt, est tourné pour la somme très modique de 77000 dollars (la même
année, les deux plus gros budgets du studio, Gunga Din et The
Hunchback of Notre-Dame, approchent les deux millions ; une pro
duction beaucoup plus ordinaire, comme Five Came Back, de John
Farrow, coûte 225000 dollars). En 1952, vers la fin de l'âge d'or du film B,
le budget d'un thriller B aussi soigné que The Narroiv Margin, de Richard
Fleischer, ne dépasse pas 230000 dollars, et un petit western. Trait Guide,
de Lesley Selander, ne coûte que 89000 dollars.
On ne sait pas trop quels critères prendre pour établir une définition
historique, la notion de moyens de production restant assez floue. Monogram
ne dépassait jamais, dans les années quarante, 100000 dollars dans le
meilleur des cas, tandis que Republic pouvait évoluer entre 50000 (la série
«Jubilee») et plus de 500000 (la série «de luxe»), en passant par la
«Spéciale Anniversaire» à plus de 150000. A titre de comparaison, Todd
McCarthy et Charles Elynn reproduisent dans Kings of the « Bs » le budget
de Rio Grande : 1214899 dollars (avec 26000 mètres de pellicule...
Scorsese en a utilisé plus de 30000 pour une seule scène de King of
Comedy). Il est difficile de comparer ces coûts avec ceux d'un grand studio,
qui, pour le même prix, disposait de décors beaucoup plus élaborés, mais on
peut affirmer sans risque qu'une production B de la Paramount ou de la
Métro coûtait deux ou trois fois plus cher. Même incertitude quant au temps
de tournage. Normalement, un «B» ne doit jamais dépasser cinq semaines.
Mais on peut trouver, notamment à la Warner, un très grand nombre de
films A de William Wellman, de Lloyd Bacon ou de Michael Curtiz qui ont
été réalisés en trois semaines, durée du tournage de The Informer.

2. Selon les statistiques du ministère du Commerce, le coût annuel de la production pour l'ensemble
de l'industrie était de IS't millions en 1929. de 215 millions en 1939 et de 460 millions en 1948.
LE CINEMA AMERICAIN EN 1939

L'exploitation est une notion également complexe, car ce qui était le film de
complément à New York pouvait devenir le grand film à Dallas ou être
exploité comme la locomotive dans un double programme de budgets moyens
ailleurs. Et, là encore, les œuvres d'accompagnement d'un grand studio
peuvent rivaliser jusque dans le casting, avec les locomotives de la Republic
ou de Chesterfield. De plus, il arriva plusieurs fois qu'un film B soit exploité,
lancé comme un A, soit pour des raisons historiques (les premiers films
antinazis, comme Hitler, The Beast of Berlin, de Sherman Scott, alias Sam
Newfield, Hitler's Hangman, de Douglas Sirk, ou Joe Smith, Ame-
rican, de Richard Thorpe), soit parce qu'ils devenaient des succès inat
tendus, des sleepers : Cat People, de Jacques Tourneur, My Name Is
Julia Boss, de Joseph H. Lewis, T. Men, d'Anthony Mann, Five Came
Back, de John Farrow, HitleCs Children, d'Edward Dmytryk.
Don Miller, dans son livre » B» Movies, complique un peu plus une situation
déjà très embrouillée en introduisant une nouvelle catégorie : le programmer,
que l'on pourrait définir comme un «A moins» ou un «B plus» ; ainsi, pour
lui, The Tall Target n'est pas une série B, pas plus que la majorité des
policiers de la RKO, ou que les films d'Anthony Mann, pour Eagle Lion.
Brian Taves surenchérit en incluant la plupart des réalisations de Robert
Florey, à la Paramount, dans la liste des programmers. Le cas de Florey est
d'ailleurs instructif : sa production se divise en B (première période Wamer
et début du contrat Paramount), en programmers (King of the Gamblers,
Don't Bet on Blondes, Dangerous To Know), un retour au B
(Columhia et Warner jusqu'à Gangster Lady), puis un passage au A
jusqu'en 1948 (après The Crooked Way), pour terminer avec une pro
duction « de prestige » tournée en douze jours, The Vicions Years. Idem avec
Sirk, qui déclare à Jon Halliday avoir signé avec Universal à condition de
pouvoir tourner au moins un A, Thunder on the Hill, qui ne parait
pourtant pas tellement au-dessus de Has Anybody Seen My Gai?, sinon
par ses acteurs.
S'y retrouver est donc assez difficile, et l'on constate très vite que souvent
critiques et historiens confondent série B et série D ou Z, ou plutôt qu'ils
confondent système de production et genre. Pour une majorité, la série B est
synonyme d'action et d'aventures. Ce n'est que partiellement vrai. Certains
des studios se spécialisaient dans la comédie domestique, dans les histoires
familiales (par exemple, les séries «The Jones Family», «Ma and Pa Kettle»)
ou de Hillbillies. Fox produisit un très grand nombre de whodunits (policiers)
sans action (séries Mr. Moto, Charlie Chan, Michael Shayne). Une
œuvre typiquement B, comme The Gangster, de Gordon Wiles - écrite par
Daniel Fuchs d'après son très beau roman -, peut être sombre, méditative,
pessimiste (elle sera plus ou moins refaite par Robert Mulligan, avec The
Nickel Bide). Douglas Sirk peut diriger un mélodrame, comme Weekend
With Father, OU une comédie brillante et claustrophobique, comme No
Room for the Groom. On pourrait multiplier les exemples battant en
brèche l'amalgame, la symbiose qui existe pour beaucoup entre une catégorie
de films et des genres.
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939

ORGANISATION DE LA PRODUCTION

Le mot producer est souvent très mal interprété en France, où on l'assimile au


producteur français, qui non seulement finance le film (avec l'aide des
distributeurs et, maintenant, des chaînes de télévision et des Soficas), mais
possède aussi la totalité (ou une partie) des droits sur ce film, à plus forte
raison sur le négatif, qui est le plus souvent, aux États-Unis, la propriété des
studios ou des banques.
Cela dit, le cinéma américain en 1939 vit sous le règne des producers, et ce
terme générique
sert à désigner des fonctions très diverses.

ORGANISATION D'UN STUDIO

LE PRESIDENT. Son rôle est essentiellement administratif. Il dirige


l'économie du studio dont il est responsable en tant que corporation. Il
réside souvent à New York (par exemple, Harry Warner) et assure la
liaison entre la production et le conseil d'administration, dont le siège est
également la plupart du temps à New York.

LE VICE-PRESIDENT CHARGÉ DE LA PRODUCTION. C'est lui qui


dirige vraiment le studio et son fonctionnement. Un film ne peut être fait
sans son accord. Il a sous ses ordres plusieurs executives : un executive
producer chargé de la production, ([ui lui-même aura sous ses ordres
différents producers, un executive chargé du secteur distribution, un autre
du secteur étranger, un responsable du secteur scénarios, etc.
L'EXECUnVE PRODUCER EN CHARGE DE LA PRODUCTION. Par
exemple, Jack Warner aura successivement deux executive producers de
très grande envergure, qui joueront un rôle considérable (proposant des
sujets, achetant des romans, attirant metteurs en scène et scénaristes) :
Darryl Zanuck, auquel succédera Hal Wallis, qui était son assistant.
Quand Zanuck partira pour la Eox, Wallis prendra sa place avant d'être
renvoyé par Jack Warner, jaloux du nombre de nominations à l'oscar
obtenues par Wallis l'année de Casablanca. Il sera remplacé par
l'ancien casting director, Steve Trilling, qui fera moins d'ombre à
Warner... A la MGM, Yexecutive producer fut longtemps Irving Thalberg,
dont les démêlés avec Mayer ont défrayé la chronique.
Ces executive producers jouent un rôle capital. Ils dénichent les sujets,
contrôlent toutes les phases d'un film, peuvent exiger des changements,
des coupes, voire en refaire le montage, avant même de le soumettre au
vice-président. Par exemple, c'est Thalberg qui mutila Greed. Le livre
Inside Wamer Bros nous montre les mémos que Wallis envoyait aux
metteurs en scène pour changer une scène qui risquait de provoquer une
réaction de la censure, retourner une séquence, modifier un maquillage.
Beaucoup plus que Jack Warner, on peut affirmer que c'est Darryl
Zanuck qui fut à l'origine de tous les premiers films sociaux de la
Wamer.
Ces executives pouvaient entrer en conflit avec tel ou tel secteur, voire
avec le vice-président : ce fut le cas entre Louis B. Mayer, qui était un
véritable tyran, et Dore Schary à la MGM dans les années cinquante.
LE CINEMA AMERICAIN EN 1939

Schary insistant pour faire des films réalistes (Battleground, les


policiers d'Anthony Mann).
LE PRODUCER. R se trouve sous les ordres à la fois du vice-président
et de Vexecutive producer. R peut être à la tête d'un secteur, le film B par
exemple : Bryan Foy à la Warner, Sol Wurtzel à la Fox.
Son importance dépendra de son énergie, de son dynamisme et de son
habileté. Certains producers sont simplement des yes-men, d'autres
joueront un rôle considérable. Par exemple, à la Wamer, Henry Blanke,
Mark Hellinger, Robert Lord exerceront une influence très créatrice
(Claude Autant-Lara raconte que Blanke voulait faire The Treasure of
the Sierra Madré dès 1932). Citons Albert Lewin à la MGM, Louis
D. Ligbton à la Fox, où Darryl Zanuck nommera producers de très
nombreux scénaristes, pensant qu'ils pourraient ainsi mieux contrôler
leur sujet : Lamar Trotti, Nunnally Jobnson, Philip Dunne. De même
Harry Cobn à la Columbia, dont le bras droit sera, jusqu'à la liste noire
(voir Chronologie, année 1947), Sidney Bucbman. A la MGM, Arthur
Freed ou John Houseman s'occuperont le premier de renouveler la
comédie musicale, le second de faire naître des projets très ambitieux. A
la RKO, Adrian Scott se battit pour la plupart des films progressistes qui
firent la réputation de Dmytryk (Crossfire); et Val Lewton, qui, selon
tous les réalisateurs qui travaillèrent avec lui, était extraordinairement
sensible et talentueux, révolutionna le film d'horreur avec la complicité
de Jacques Tourneur.
Soyons donc clair : aucun des producers cités ne possédait tpioi que ce
soit sur un film, contrairement à Pierre Braunberger, à Alexandre
Mnoucbkine, à Serge Silberman. Si leur rôle fut souvent capital, il ne
faut pas non plus le surestimer. Par exemple, Jerry Wald « produisit » de
très nombreuses réussites à la Warner. A la RKO, il fut beaucoup moins
brillant, et à la Fox il sombra souvent dans le mélo feuilletonesque et
social du plus mauvais goût {Peyton Place). Hal Wallis fut plus efficace
à la Warner qu'à la Paramount. De très nombreux impondérables
pouvaient jouer (degré d'entente avec le vice-président, affinités avec
l'équipe au pouvoir) et réduire ou non l'autonomie.
LE PRODUCER DIRFCTOR. Un grand nombre de metteurs en scène
ont voulu devenir leur propre producer, non pas toujours, comme le croit
la critique française, pour faire des films plus personnels. Dans le cas de
Wellman, par exemple, la plupart des films qu'il produisit sont des
œuvres de commande. Le plus souvent, c'est pour des raisons financières,
pour mieux contrôler le budget du film, obtenir un meilleur pourcentage.
Pour éliminer des intermédiaires et être plus libre.
LES PRODUCTEURS INDÉPENDANTS. Ils fonctionnent en free lance.
En dehors de Goldwyn et de Seiznick, qui ont leurs propres studios et
financent leurs films intégralement eux-mêmes, il existe de nombreux
indépendants qui ont besoin de l'appui d'un studio pour produire, et
proposent leurs projets pour obtenir des accords de financement et de
distribution : ainsi Walter Wanger (dont le palmarès comprend notam
ment You Only Live Once, Stagecoach, The Long Voyage Home,
Invasion of the Body Snatchers, et qui passait d'un studio à l'autre),
Benedict Bogeaus, Edward Small. Après la Seconde Guerre mondiale, on
LE CINÉMA AMERICAIN EN 1939

verra de nombreux acteurs et metteurs en scène devenir producteurs


indépendants sur ce modèle : Capra, Wyler et Stevens s'associent pour
fonder Liberty Film, qui passe un contrat avec RKO. John Ford et
Meriam C. Cooper fondent Argosy Kctures. Parmi les acteurs, James
Cagney fut le premier à se lancer dans la production (il crée sa
compagnie avec son frère dès 1942), suivi, dans les années d'après-guerre,
par John Wayne (Batjac), Kirk Douglas (Bryna), Burt Lancaster (Hecht-
Lancaster), Bogart (Santana), et bien d'autres. Citons aussi Ida Lupino
(Uie Fîlmakers), Arcb Oboler, des indépendants qui investissaient leur
propre argent. Mais, pendant les années trente, ce genre d'initiative est
pratiquement inconnu (Chaplin, répétons-le, était une totale «anomalie» ;
il ne tourne d'ailleurs que trois films au cours de la décennie).

L'EXPLOITATION

En 1939, il existe environ 18000 salles sur l'ensemble du territoire, dont


85 % sont de faible capacité (500 places en moyenne) et situées dans de
petites et moyennes localités. 2624 salles, représentant 22 % du nombre total
de fauteuils, appartiennent aux cinq Majors (Paramount : 1 239 ; Fox : 517;
Wamer : 507 ; RKO : 222; Loew's : 139). Les Majors possèdent ou contrôlent
126 des 163 salles de première exclusivité dénombrées dans les 25 plus
grandes villes du pays. De plus, ils ont des contrats de coexploitation avec de
nombreuses chaînes indépendantes dites affiliées. Le prix moyen du billet de
cinéma en 1939 ne dépasse pas 23 cents (0,23 dollar) et a à peine augmenté
depuis le début de la décennie, mais l'essentiel des revenus provient de salles
où le prix d'entrée est nettement plus élevé. La fréquentation hebdomadaire
est de 85 millions de spectateurs. Les recettes-salle totales s'élèvent à
659 millions de dollars pour l'année.

I CENSURE ET AUTOCENSURE
Il n'y a pas, aux Etats-Unis, de censure gouvernementale, mais un « code de la
production», qui est une forme de pré- et autocensure librement consentie
par les membres de la profession groupés au sein de la MPPDA (Motion
Picture Producers and Distributors Association), et des possibilités de censure
de l'exploitation au niveau local.
LE CODE DE LA PRODUCTION

Historique :jusqu'en 1929, aucune sorte de limitation n'existait dans la


production de films. .4 cette date, Martin Quigley et le révérend Daniel
A. Lord, membres de la commission cinématographique de Chicago, sont
chargés par le maire d'étudier la formulation d'un programme sus
ceptible de servir de guide aux producteurs de films désireux de
respecter les règles de morale élémentaire. Les responsables établissent
un projet qu'ils soumettent à WiU H. Hays, président de la MPPDA. En
1930, le projet est discuté, puis accepté par le comité directeur de
LE CINEMA AMERICAIN EN 1939 XVIII

l'association. Après une période d'essai de trois ans (pendant laquelle il


restera à peu près lettre morte), il est ratifié et rendu officiel en 1934'.
Principe:le code est un ensemble de règles d'autocensure acceptées de
plein gré par les producteurs, non obligatoires, et dont la MPPDA assure
elle-même le fonctionnement et contrôle l'efficacité. Il est constitué d'une
liste d'interdits répartis en sections. Les tabous absolus y sont peu
nombreux ; le code demande surtout de présenter certains sujets ou
certains actes d'une manière discrète, réprobative et justifiée par
l'intrigue (d'où les nombreuses tricheries). Le style dans lequel il est
rédigé laisse d'ailleurs le champ libre à de nombreuses interprétations, le
vocabulaire renvoyant continuellement à des notions morales si vagues et
générales (le bien, le mal, le mauvais, les bas instincts, le vice, le péché,
l'immoralité, etc.) que toute définition objective précise en est impossible.
Contenu ;le texte du code est constitué d'un exposé de principes généraux
suivi d'une liste d'applications particulières classées en douze sections.
Nous donnons ci-dessous les titres de chacune de ces sections et une brève
description de leur contenu.
Crimes contre la loi : leur représentation ne doit inspirer ni la
sympathie ni le désir d'imitation. Les méthodes criminelles ne doivent
jamais être exposées de façon explicite. Le trafic de drogue est un
sujet tabou. La consommation d'alcool (curieusement rangée parmi les
«crimes») ne peut être montrée que si l'intrigue l'exige.
Sexualité : le caractère sacré de l'institution du mariage doit être
préservé. Les «formes basses de rapports sexuels» ne doivent pas être
présentées comme si elles constituaient un comportement courant ou
toléré.
Cette section se subdivise elle-même en neuf sous-titres : adultère, scènes
de passion (elles ne doivent pas faire appel aux bas instincts), viol (ne
peut être que suggéré), perversions (interdites), traite des blanches
(interdite), miscegenation (interdite) - terme sans équivalent en français
signifiant mariage ou accouplement entre des individus de race diffé
rente, en particulier entre Blancs et Noirs -, accouchement (inter
dit) ; organes sexuels des enfants (ne doivent pas être montrés).
Vulgarité :le traitement des sujets « bas, répugnants, désagréables, même
s'ils ne sont pas contraires à la morale», doit être soumis au bon goût et
au «souci de la sensibilité du public».
Obscéuité : paroles, gestes, allusions, chansons, plaisanteries doivent
être exempts de toute obscénité, même si cette dernière n'est comprise
que par des adultes.
Jurous : donne une liste des jurons interdits.
Costumes : la nudité totale n'est en aucun cas permise. Interdiction de
toute indecent exposure (terme technique de la loi américaine désignant

1. Ce (■()(}(■ original, jien ou pas moflifié depuis sa création justpi'à l'affaire de The Moon Is Blue,
en 1953, fut révisé en 1956 pour admettre It^s sujets sur la drogue et la miscegenation (mariage ou
accou|)!ement entre des individus de races différentes), puis en 1963. où un certain nombre de pttints
furent précisés, soit dans le sens de la libéralisation (la prostitution est autorisée), soit dans celui du
resserrement des consignes (raccouchement et les «scènes de chambre à coucher» sont rangés dans la
section «sujets repoussants»). Enfin, une version nouvelle du code fut promulguée en 1966, avant
d'être rendue pratitpiement oadti({ue deux ans plus tard par l'intntduclion d'un système de cotes.
Voir à ce sujet la conclusion de la première partie.
LE CINÉMA AMERICAIN EN 1939

l'exhibition des parties sexuelles, des seins, auquel le code a ajouté le


nombril).
Danses : celles suggérant des actions sexuelles sont interdites.
Religions : on ne doit jamais ridiculiser un dogme, une foi religieuse.
Un prêtre ne peut être présenté ni comme un personnage comique ni
comme un «vilain».
Décors : le bon goût est prescrit dans l'usage des chambres à coucber.
Sentiment national : tout sentiment national a droit à la considération
et au respect.
Titres : ils doivent suivre les principes généraux du code, et, en
particulier, ne pas contenir de suggestions licencieuses.
Sujets repoussants : on doit, là encore, suivre les règles du bon goût et
respecter la sensibilité du public. Ces sujets sont classés en sept
catégories : exécution capitale, passage à tabac, brutalité et horreurs
macabres, marquage au fer, vente des femmes et femmes vendant leur
vertu, cruauté envers les enfants et les animaux, opérations chirurgicales.
Parallèlement au Production Code, il existe un Advertising Code, qui
traite du respect des mêmes règles dans la publicité.

CENSURES LOCAUES
L'autonomie des Etats de la Fédération entraîne une grande diversité de
formules. Selon les endroits, il existe une censure de l'Etat et pas de
censure municipale, ou inversement, ou les deux à la fois, ou ni l'une ni
l'autre. L'initiative de la censure peut venir de la police, d'un comité
municipal, d'un organisme privé ou semi-officiel (club féminin, asso
ciation de parents d'élèves). Les pouvoirs des censeurs sont très variables
selon leur statut légal et leur influence privée. Parmi les organismes les
plus influents, il faut citer la National Légion of Decency (catholique),
qui attribue une cote morale aux films, et le National Board of Review,
qui n'est pas un organisme de censure et se déclare même «opposé à
toute forme de censure», mais dont les cotes servent de critère à de
nombreuses censures locales.
Au cours des années qui suivront, les membres de la profession
cinématographique (producteurs, distributeurs, exploitants) seront de
plus en plus souvent amenés à contester la légalité des décisions prises
contre eux par les censures diverses, ainsi que la constitutionnahté des
organismes responsables de ces décisions. Les cours d'appel, cours
suprêmes des Etats, et la Cour suprême des Etats-Unis joueront dans
cette lutte inlassable un rôle capital, que nous avons brièvement retracé
dans la conclusion de cette première partie. Qu'il suffise de rappeler ici
qu'en 1939 tout reste à faire dans le domaine de la lutte contre
l'arbitraire des censures, puisque le cinéma ne bénéficie même pas de la
protection constitutionnelle garantissant les libertés d'expression et de
publication. Un seul exemple, typique, donnera une idée de l'atmosphère
contemporaine en ces matières. En 1939, la police de Providence, Rhode
Island, interdit la présentation locale d'un film soviétique antinazi sous le
double prétexte qu'il contient de la propagande communiste et qu'il n'a
pas reçu de cote du National Board of Review (la raison de ce dernier
point, qui ne saurait d'ailleurs avoir la moindre valeur légale, est tout
simplement que le NBR n'a pas encore eu le temps de voir le film).
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939 XX

L'exploitant fait appel, il est débouté. La cour juge constitutionnels les


statuts de l'organisme de police responsable, ne demande pas à voir le
film, ne demande pas que les allégations de communisme soient justifiées.
Elle fait, de plus, remarquer dans ses attendus que «le droit de montrer
un film est un simple privilège soiunis au contrôle raisonnable des
autorités ».

I SITUATION ARTISTIQUE EN 1939


Dernière année de la décennie, dernière année de paix en Europe et avant-
dernière pour les Etats-Unis, 1939 n'est pourtant pas seulement un point de
repère chronologique et historique. C'est aussi l'année où s'épanouit un
certain classicisme hollywoodien, dont les fruits sont à la fois une multitude
d'excellents produits de studio et une impressionnante série de chefs-d'œuvre
dus à quelques-uns des auteurs majeurs du cinéma américain. En opposant
ainsi deux groupes de films, nous n'entendons pas établir une distinction
fondamentale (qui serait fort arbitraire) entre les premiers et les seconds, ces
derniers étant bien évidemment eux aussi des produits du studio System, mais
souligner que ce cinéma « lié par des règles qui imposent de sévères limites à
l'innovation personnelle' » permet aussi à de fortes personnalités individuelles
de donner le meilleur d'elles-mêmes au moment historique précis où ces
règles se sont organisées en un canon particulièrement contraignant. Ce qui
fait la particularité du cinéma hollywoodien à l'époque (et cela restera vrai,
certes, pendant les deux décennies suivantes, à de rares exceptions), c'est que
ses chefs-d'œuvre peuvent aussi bien être considérés et analysés comme des
films d'auteur que comme de purs produits du système hollywoodien.
Il ne nous appartient pas, dans les limites modestes de cette introduction,
d'esquisser une esthétique de ce classicisme, d'ailleurs souvent décrit (ce fut
un concept cher à André Bazin dès ses premiers écrits critiques)^. Disons
simplement que, si le terme «classique» a un sens en matière de cinéma, il
semble bien devoir s'appliquer à ces œuvres majeures des grands cinéastes
qui se multiplient en 1939 : Drums Along the Mohawk et Young Mr.
Lincoln, de John Ford, Only Angels Have Wings, de Howard Hawks,
Love Affair, de Léo McCarey ; Ninotchka d'Ernst Luhitsch, Mr. Smith
Goes to Washington, de Frank Capra, titres auxquels on peut ajouter The
Shop Around the Corner, de Luhitsch, et His Girl Friday, de Hawks,
terminés en 1939 et sortis en janvier 1940. Peu d'amateurs contesteraient que
ces films soient les meilleurs, ou parmi les meilleurs, tournés par leurs
réalisateurs au cours de la décennie. La liste n'est d'ailleurs pas exhaustive.

1. David liordweH. The Classical Hollywood Cinéma, p. 3.


2. Citons, par exemple. la liste, nttn exliaustive. de «préceptes» relevés par Bordwell dans son
ouvrante : «[...] Raconter une histoire est la préoccupation formelle de base; [...] l'unité est un
attribut fondamental de la forme rinématographitjue:[...] le fdm hollywoodien se veut "re*aliste" au
sens aristotélicien (fidélité à la vraisemblance) comme au sens naturaliste (fidélité aux faits
histori(jut!s); [...] le film hollywoodien s'efforce de dissimuler son artifice par le recours aux
technicjues de la continuité et de la narration invisible. [...] Le film doit être compréhensible et sans
ambiftuïté ; et il possède un attrait émotionnel fondamental (jui transcende les classes et les
frontières. »
Il va sans dire que de ces principes généraux découlent un certain nombre de prali(|ues spécifiques
qui déterminent et la forme et le contenu des films.
LE CINÉMA AMÉRICAIN EN 1939

nous l'avons limitée à ce que nous considérons comme les chefs-d'œuvre les
plus indiscutables. Beaucoup y ajouteraient des titres comme Wuthering
Heights, Gunga Din, The Women ou Stagecoach, films que presque
tous les historiens de cinéma considèrent comme des classiques (et si nous
avons personnellement de sérieuses réserves à leur égard - on les trouvera
formulées dans les études consacrées à leurs réalisateurs -, nous ne contestons
ni leur intérêt ni leur importance).
Remarquable par ces réalisations, l'année le fut aussi par le niveau
d'ensemble de sa production. La tradition de la qualité, le sérieux souvent un
peu académique, autres traits du classicisme hollywoodien, triomphent dans
tous les genres. Ceux-ci, ossature du système (presque tous les films de
l'année se rangent dans un genre plus ou moins précis), sont inégalement,
mais superbement représentés par des dizaines de films de valeur. Le
western : Jesse James (Henry King), Union Pacifie (Ceeil B. DeMille),
Dodge City (Michael Curtiz), Desiry Rides Again, qui est aussi une
comédie (George Marshall). La comédie : Midnight (Mitehell Leisen), Fifth
Avenue Girl (Gregory La Gava), The Cal and the Canary (Elliott
Nugent), Bachelor Mother(Garson Kanin). Le mélodrame : Dark \lctory
et We Are Not Atone (Edmund Goulding), When Tomorrow Comes
(John Stahl), Made for Each Other et In Name Only (John Cromwell).
La biographie (genre particulièrement riche à l'époque) : Juarez (William
Dieterle), The Private Uves of Elizabeth and Essex (Michael Curtiz),
Stanley and Livingstone (Henry King), The Story of Alexander
Graham Bell (Irving Cummings). L'adaptation de romans classiques ; The
Hunchback of Notre-Dame - c'est-à-dire Notre-Dame de Paris, de Victor
Hugo - (William Dieterle), The Wizard of Oz (Victor Fleming), qui relève
aussi de la comédie musicale ; et, bien entendu, Gone With the Wind. Le
musical : Babes in Arms (Busby Berkeley), The Story of Vernon and
Irene Castie (H.C. Potter); il faut toutefois noter que le genre connaît, en
1939, une période assez creuse. On peut en dire de même du film de
gangsters et du drame policier, dont The Boaring Dventies, de Raoul
Walsh, est l'unique représentant notable, bien que les titres ne manquent pas
{Each Dawn / Die, Dust Be My Destiny, Heli's Kitchen, Blackmail,
qui est en fait un film de bagne).
La comédie policière, en revanche, se porte bien {Topper Takes a Trip,
Another Thin Man, Ifs a Wonderfui World). Parmi d'autres genres ou
sous-genres, qui vont de l'aventure exotique au film de jungle, en passant par
le suspense et le film d'espionnage, on peut citer le célèbre Gunga Din
(George Stevens), Beau Geste (William Wellman), Tarzan Finds a Son
(Richard Thorpe), Fîve Came Back (John Earrow), Confessions of a
Nazi Spy (Anatole Litvak).
Quant à Gone With the Wind, qui reste pour beaucoup de spectateurs le
plus grand film non seulement de 1939, mais de la décennie, voire de
l'histoire du cinéma américain, il marque bien, quelles que soient ses
faiblesses, et bien qu'il s'agisse d'une œuvre à bien des égards exceptionnelle
et atypique, l'apogée d'un certain cinéma d'époque, cinéma de producteurs
plus que d'auteurs : Gone With the Wind est évidemment plus le film de
David O. Selznick que celui de Victor Fleming.
A cet apogée, on aime faire succéder l'avènement d'un cinéma américain
«moderne» que symbolise brillamment le Citizen Kane d'Orson Welles,
LE CINEMA AMERICAIN EN 1939 XXlI

œuvre charnière par excellence^. Cette vue d'historien est, certes, une
généralisation exagérément schématique, dans la mesure où Hollywood ne
s'est pas transformé du jour au lendemain sous l'influence de Welles. Elle se
justifie néanmoins profondément par le fait que Welles introduit une attitude
créatrice radicalement opposée à l'esthétique cinématographique des années
trente, attitude qui, refusant le concept traditionnel du «style invisible» au
service du « contenu », affirme la prépondérance de l'acte créateur par lequel
naît une forme signifiante''. Or, il n'est pas exagéré de prétendre que tout le
cinéma moderne, quelle que soit la variété des écoles et des styles personnels
décrits par l'expression, a pour fondement une attitude similaire. On peut
bien dire qu'en 1939 Hollywood se trouve à la veille non seulement d'un
bouleversement économique et matériel profond (que la guerre va rendre
inévitable), mais aussi d'une révolution esthétique qui, lente à s'affirmer, et
longtemps inaperçue, n'en sera pas moins capitale et irréversible. Un
renouvellement d'ailleurs s'imposait, sous peine de sclérose. Ce qui frappe en
effet quand on considère les génériques des films de 1939 - et cette remarque
peut s'appliquer également à ceux des trois ou quatre années précédentes -,
c'est l'absence presque totale de nouveaux talents. Le personnel artistique de
Hollywood s'est stabilisé vers 1930. La plupart des metteurs en scène sont nés
pendant les années 1890 (certains même pendant les années 1880), beaucoup
ont déjà deux ou trois décennies d'activité derrière eux, les plus jeunes ont
fait leurs débuts vers la fin du muet ou dans les premières années du parlant,
et ont donc déjà une douzaine d'années d'expérience (William Wyler, qui a
trente-sept ans en 1939 et tourne depuis 1927, est le seul réalisateur connu né
après 1900). Il en va de même pour les scénaristes ou les chefs opérateurs.
Quant aux vedettes, si l'âge moyen est moins élevé, la plupart se sont
imposées pendant la première moitié de la décennie et ont consolidé leur
position après 1935 ; quelques-unes (Henry Fonda, Errol Flynn...) ne font
leurs débuts qu'en 1935. En 1939, le seul indice, modeste, d'un afflux de
sang neuf parmi les stars est, pour les femmes, r« importation » de deux
actrices irlandaises, Greer Garson et Maureen O'Hara, et pour les hommes le
début à l'écran de William Holden et de Victor Mature. Avec Holden, John
Garfield (qui a tourné son premier film. Four Daughters, en 1938) est le
seul représentant d'une nouvelle génération d'acteurs apparue en cette fin de
décennie.
On peut ajouter que les responsables de la production, qu'ils soient P.-D.G,
chefs de studio ou même executive proclucers, constituent une sorte de
gérontocratie : Joseph Scbenck est né en 1878, son frère Nicbolas en 1881,
Harry Warner en 1879, Samuel Goldwyn en 1882, Louis B. Mayer en 1885,
Harry Cobn en 1891, Jack Warner en 1892 (ces deux derniers font figure de
benjamins parmi les moguts qui dominent Hollywood).

3. Au moment de la première de Gone With Ihe mnd. en décembre 1939. Welles. sous contrat à
la RKO. y préparait déjà ce (pii allait devenir Citizen Kane.
4. Là cnc«)re, il faut nuancer. Tout le cinéma hollywoodien classique ne se définit pas par la
transparence et le style Invisible. Fritz Lan^ et Michael Curtiz en sont très éloignés. Josef von
Slernberg en est l'antithèse. On dira qu'il s'agit là de trois émigrés acclimatant à Hollywood un style
européen. Ce n'est pas ine.xact, mais que dire alors de .John Ford. dont certains films (par exemple,
The Informer) semblent faits contre le principe de la transparence ?
LES STUDIOS
Les descriptions qui suivent - nécessairement schématiques - concernent
essentiellement les studios tels qu'ils étaient entre le début du parlant et le
milieu des années cinquante environ. Par la suite, les caractéristiques propres
à chaque studio se diluent, en raison de l'évolution des modes de production.

METRO-GOLDWYN-MAYER

Pour beaucoup de spectateurs, MGM représentait métonymiquement Hol


lywood. Ce fut le studio des superlatifs : le plus gros budget opérationnel (et
Louis B. Mayer était, dit-on, le salarié le mieux payé des Etats-Unis), les plus
grosses recettes (et les plus gros bénéfices), bon an mal an sur plus de deux
décennies, le plus grand nombre de supervedettes sous contrat, et les noms les
plus prestigieux (Garbo «la Divine», Gable «the King»...) ; Mayer parvint
même à apposer son label sur le fîlm le plus « superlatif » du cinéma, Gone
With the Wind, qu'il ne produisit pas, mais dont il obtint les droits de
distribution en échange du «prêt» de Clark Gable. Pour le public, Gone
With the Wind était un fdm MGM...
Cela dit, la liste des superlatifs négatifs serait, elle aussi, assez longue. MGM
sera le studio le plus respectueux des tabous et des interdits imposés par le
code de la production, dont Mayer embrassait les valeurs. Studio des films
familiaux, pour tout public, c'était le plus traditionaliste, le moins aven
tureux. Le plus «insulaire» aussi : on y était particulièrement réticent à
tourner en extérieurs, à quelques exceptions près avant 1934, comme certains
films produits par Hunt Stromberg et réalisés par Van Dyke (Eskimo,
Trader Horn); tous les paysages, toutes les latitudes pouvaient se reproduire
sur le backlol, l'emploi des transparences y était peut-être encore plus
systématique qu'ailleurs. Les films MGM brillaient rarement par la vivacité
de leur rythme. Le montage - même et surtout dans les films d'action - tendait
à être languissant.
Pour un réalisateur à forte personnalité, travailler pour MGM devait avoir
un côté limitatif, voire étouffant. Est-ce une simple coïncidence si la plupart
des cinéastes majeurs de Hollywood tournèrent très peu, ou pas du tout, pour
ce studio, et si ceux qui le firent connurent souvent de sérieux déboires ? A
titre d'exemple, voici le nombre de films MGM signés par une douzaine des
plus grands noms du cinéma américain : Capra, 0 (State of the Union,
distribué par MGM, était une production Liberty Films) ; Dwan, 0 (il
travailla trois jours, sans être crédité, sur Hollywood Party) ; Ford, 3 ;
Fuller, 0 ; Hawks, 3 dont deux, Viva Villa!et The Prizefighter and the
Lady, où il fut remplacé sans être crédité ; Hitchcock, 1 (North by
Norhtwest, des années après le départ de Mayer); Huston, 2 ^Jhe Asphalt
Jungle et The Red Badge of Courage). Mayer, qui détestait ces deux
films, essaya d'empêcher le tournage de Badge - c'était un projet de Dore
LES STUDIOS

Schary - et fit ou laissa massacrer le film après le départ du réalisateur);


Kazan, 1 (le médiocre Sea of Grass, que Kazan déteste, western typique
qu'il fut forcé de tourner entièrement en studio); Sirk, 0 (son premier film
américain, Hitler's Madman, était une production indépendante que
Mayer acheta et essaya de transformer en film MGM) ; Stemberg, 1 ou 2
(Sergeant Madden est de loin son film le moins personnel et le moins
intéressant ; le légendaire The Exquisite Sinner fut remonté et en partie
retourné par un autre réalisateur) ; Walsh, 3 (très mineurs) ; Welles, 0.
Les réalisateurs MGM typiques sont des artisans comme Sam Wood au pire,
Victor Fleming ou Clarence Brown au mieux (celui-ci déclarait d'ailleurs en
1939 que la Fox avait techniquement vingt ans d'avance sur MGM !). Leur
fonction principale avait été d'établir de bons rapports avec les vedettes, dont
la plupart des films MGM regorgeaient (une distribution typique en
réunissait quatre - deux hommes et deux femmes -, sans parler des ail star
casts de Dinner at Eight ou de The Women). Compte tenu de l'abondance
de talents sous contrat dans toutes les catégories (vedettes, scénaristes,
techniciens), la fréquence des films médiocres, qui ne se recommandent que
par une distribution alléchante (nombre de Olms de Gable, par exemple :
China Seas, Boom Town, Saratoga...), est étonnante.
L'importance d'Irving Tbalberg, qui dirigea la production MGM depuis la
fondation du studio jusqu'à sa mort en 1937, est indéniable, mais son génie
tant vanté ne s'impose pas de façon évidente. Parmi les films qu'il supervisa
personnellement figurent nombre de titres contestables ; ainsi, pour s'en tenir
aux parlants, du désastreux et statique Anna Christie, du ridicule Strange
Interlude, du poussiéreux Roméo and Juliet, du bavard et conventionnel
China Seas (très mal joué par Beery, Gable et Harlow), ainsi que d'autres
productions ambitieuses plus réussies, mais généralement conventionnelles,
comme The Barretts of Wimpole Street, The Good Earth, ou même le
très surestimé Mutiny on the Bounty. C'est lui qui eut l'idée discutable
(même si elle se révéla payante commercialement) de mettre en sourdine la
verve ravageuse des Marx Brotbers en ralentissant le rythme de leurs films,
en développant les intrigues sentimentales et en multipliant les intermèdes
musicaux... De tous les films parlants produits par Irving Tbalberg, le plus
surprenant est Ereaks, qui détonne totalement dans le catalogue MGM (on
se demande comment il put le faire accepter par Mayer).
C'est bien entendu dans le domaine de la comédie musicale que MGM a
triomphé. Entre 1939 et 1960, Arthur Freed - encore que l'importance de son
rôle soit diversement appréciée -, à la tête d'un véritable studio à l'intérieur
du studio, produit une quarantaine de musicals : bien peu sont médiocres,
plusieurs sont sublimes, presque tous contiennent au moins un ou deux
grands moments chorégraphiques. Donen, Kelly, Minnelli, Walters, entre
autres, font évoluer le genre de façon vertigineuse et irréversible, avec des
fdms comme On the Town, Singin' in the Bain, The Pirate, Yolanda
ant the Thief, The Band Wagon, The Belle of New York, pour ne citer
que des œuvres majeures... Et la contribution du studio au musical ne se
limite pas aux films issus de la «Freed Unit». D'autres producteurs, moins
totalement spécialisés dans le genre, comme Jack Cummings, Pandro Berman
et Joe Pasternak, supervisent des comédies musicales de haute qualité, de
Anchois Aweigh à Seven Brides for Seven Brothers (lui des
chefs-d'œuvre du genre), des films d'Estber Williams, avec leurs prodigieux
LES STUDIOS

ballets nautiques, aux adaptations de Broadway, comme Show Bout ou


Kiss Me Kate.
Toute l'histoire de la MGM n'est pas placée sous le signe de Louis B. Mayer.
En juin 1951, celui-ci annonçait sa démission, trois ans après l'arrivée de
Dore Schary (le « nouveau Tbalberg ») au poste de vice-président chargé de la
production. La tension entre ces deux hommes, de personnalité et de
convictions complètement opposées, n'a cessé de croître (déjà, en 1943, Schary
avait quitté le studio à la suite d'un conflit avec Mayer ; curieusement, c'est
Mayer lui-même qui, en 1941, puis en 1948, avait fait appel à Schary, qu'il
considérait alors comme son «fils», peut-être même comme son successeur -
en 1948, Mayer a soixante-quatre ans -, ce qu'il deviendra effectivement, mais
après une rupture qui laissera Mayer très amer). Malgré un contrat qui
garantit à Schary la responsabilité de toute la production, Mayer, en tant que
président du studio, restait son supérieur hiérarchique ; mais dans les conflits
constants qui les opposent - Schary veut faire des films réalistes et engagés,
abordant des problèmes sociaux, ce qui est la négation du principe
« divertissement sain pour toute la famille » prôné par Mayer -, Schary passe
de plus en plus souvent par-dessus la tête de son patron pour s'adresser au
« grand patron », Nicholas Schenck, président de Loew's Inc., maison mère de
MGM. Et, de plus en plus souvent, Schenck donne raison à Schary, prenant
même des décisions en sa faveur sans en avertir Mayer. En 1951, Mayer lance
un ultimatum à Schenck : «C'est lui ou moi.» Schenck soutient Schary,
arguant d'une amélioration des résultats du studio depuis l'arrivée de ce
dernier. Mayer s'en va et Schary lui succède à la tête du studio.
La production MGM de la période Schary (avant et après le départ de
Mayer) présente un curieux mélange de l'ancien et du nouveau. L'ancien,
pour le meilleur et pour le pire, est représenté par la comédie musicale
- quelques-uns des grands chefs-d'œuvre du genre sont produits pendant cette
période, notamment Singin' in the Bain, que certains considèrent comme
le meilleur fdm de l'histoire du studio et dont le tournage commença
quelques jours avant la démission de Mayer - ou par des Tdms en costumes et
à grand spectacle comme Quo Vadis, Ivanhoe, Knights of the Bound
Table et Young Bess. Mais l'influence de Schary est, en revanche, évidente
dans Battleground (film de guerre réaliste sur la bataille des Ardennes
qu'il imposa à Mayer), The Bed Badge of Courage et The Asphalt
Jungle, déjà mentionnés, également imposés à Mayer, Intruder in the
Dust (plaidoyer antiraciste, d'après William Faulkner), Border Incident
(sur l'exploitation des ouvriers agricoles émigrants), The Bad and The
Beautiful, Julius Caesar, et, hélas! The Next Voice You Hear, où
Schary poussait le goût du «message» jusqu'à faire parler Dieu à la radio.
C'est aussi une période où MGM produit toute une série de remarquables
petits fdms dramatiques, souvent des thrillers, à budget modeste, tendance
toute nouvelle pour le studio. The Tall Target, d'Anthony Mann, en est
peut-être le meilleur exemple (on peut citer aussi Jeopardy et Mystery
Street, de John Sturges). Le studio produit même quelques bons westerns (il
ne s'était guère illustré dans le genre auparavant), dont un chef-d'œuvre : The
Naked Spur, d'Anthony Mann.
Malheureusement, Schary avait hérité d'une situation économique plus que
précaire. Toutes les caractéristiques qui avaient contribué au prestige
exceptionnel du studio pendant vingt-cinq ans vont nuire à son équilibre au
LES STUDIOS

cours des années cinquante. Avec ses 4000 employés sous contrat en un
temps de production ralentie et d'austérité forcée (en 1952, Schenck annonce
que les salaires des executives seront réduits de 25 % à 50 %), MGM fait
figure de dinosaure et ne peut plus assumer ses énormes frais généraux.
Organisme pesant et sclérosé, le studio est, de tous les Majors, celui qui
s'adapte le plus lentement aux conditions nouvelles, résiste le plus longtemps
au développement de la production télévisuelle, reste fermé à la production
indépendante. Pour l'exercice 1956-1957, Loew's enregistre le premier déficit
de son histoire. Schenck est éliminé, et Schary forcé de démissionner. Deux
ans plus tard, MGM obtiendra le plus grand succès commercial depuis Gone
mth the Wmd avec Ben Hur, mais ce prestigieux remake (douze oscars) est
un peu un chant du cygne.
Rappelons, pour terminer, que MGM eut un des départements de courts
métrages les plus distingués de Hollywood, produisant des shorts de qualité
tant dans le domaine de la prise de vue directe que dans celui de l'animation.
Fred Quimby, fondateur du département en 1926, restera à sa tête jusqu'à sa
retraite, en 1956. Il produit la désopilante série des comédies-conférences de
Robert Benchley, aux titres inoubliables (The Sex Life of the Polyp, How
to Sleep, The Romance of Digestion, Music Made Simple), les « Pete
Smith Specialties», plus inégales mais parfois très drôles, et la série «Crime
Doesn't Pay», où débutèrent des réalisateurs comme Fred Zinnemann et
Joseph Losey (Gustav Machaty en dirigea un excellent). Quant au dessin
a limé, il est illustré par William Hannah et Joe Barbera, qui arrivent en
1937 et produiront une centaine de «Tom and Jerry», et surtout par Tex
Avery, qui dirige plus de soixante-cinq cartoons pour le studio entre 1942 et
1955, dont au moins deux douzaines de chefs-d'œuvre déments et impéris
sables.

I PARAMOUNT
Le studio de l'élégance, de la sophistication, du « style »! Josef von Sternberg
y tourne tous ses films de 1927 à 1935, Marlene Dietrich y est la star
dominante pendant les années trente. La grande spécialité Paramount est la
comédie brillante, raffinée : Lubitsch (qui sera même brièvement chef de la
production), Leisen, plus tard Sturges et Wilder. Les genres «légers»
fournissent d'ailleurs l'essentiel de la production, surtout dans les années
trente. Toutes les formes de comique sont représentées, pourvu qu'elles aient
une certaine classe : sont sous contrat Jack Benny, W. G. Fields, Boh Hope
(ce dernier sans interruption de 1938 à 1957), les Marx Brothers, Mae West.
Bing Croshy, engagé en 1932, y restera pratiquement pendant toute sa
carrière et s'imposera comme la star la plus lucrative du studio, voire de
Hollywood (il est numéro un au box-office pendant cinq ans consécutifs, de
1944 à 1948), soit seul, soit en trio avec Bop Hope et Dorothy Lamour dans
la célèbre série «Road to...». Le tandem Dean Martin-Jerry Lewis prendra le
relais à partir de 1951, reprenant la formule «comique -I- chanteur».
Curieusement, peu de musicais de qualité (le studio ne s'intéressait pas à la
danse): les Lubitsch avec Chevalier et/ou Jeanette MacDonald sont des cas à
part, les deux Crosby-Astaire (Holiday Inn et White Christmas) ne valent
que pour quelques numéros d'Astaire, le très ambitieux Lady in the Dark
LES STUDIOS

n'est qu'une demi-réussite. Le seul chef-d'œuvre, Funny Face, n'est un film


Paramount que par accident : le producteur, le scénariste, les orchestrateurs
et le réalisateur venaient tous de la MGM.
Paramount ne brille pas non plus dans le domaine du film d'action ; le
western, en particulier, y est très mal représenté. Pourtant, l'aventure
exotique abonde. En fait, Paramount bat tous les reeords pour le nombre de
titres «géographiques» ; Albuquerque, California, China, Calcutta, El
Faso, Hong Kong, Quebec, Tripoli (pour se limiter aux titres qui
tiennent en un seul mot), films généralement interprétés par Alan Ladd ou
John Payne. Le studio s'assure pratiquement de l'exclusivité d'un sous-genre :
le «film de sarong», dont la vedette est invariablement Dorotby Lamour (elle
tourna une cinquantaine de films pour Paramount en moins de vingt ans).
Le drame et le mélodrame ne prennent de l'importance dans la production
Paramount qu'après 1940, et les exemples les plus remarquables sont l'œuvre
de cinéastes qui, précédemment, s'étaient principalement ou exclusivement
consacrés à la comédie : Leisen et le tandem Wilder-Brackett (Leisen : Hold
Back the Dawn, To Each His Own ; l'un et l'autre, d'ailleurs écrits par
Wilder et/ou Brackett ; Wilder ; Double Indemnity, The Lost Weekend,
Sunset Boulevard, The Big Carnivat).
On a presque l'impression que le studio se fit surprendre par ce changement
de registre et laissa faire en raison du succès commercial et critique des films
en question (encore que Wilder ait eu du mal à imposer The Lost
Weekend...).
Mais les carrières de Lubitscb, de Leisen et de Wilder, entre autres, sont en
fait des exemples d'une particularité qui distingue Paramount des autres
studios : la liberté relative - et parfois très grande - laissée aux metteurs en
scène. Une fois qu'ils avaient fait leurs preuves, ils pouvaient choisir leurs
films, leurs collaborateurs, construire leur œuvre, l'infléchir, avec un
minimum d'ingérence de la part de leurs employeurs. Les histoires de conflit
entre réalisateurs et administration, les projets frustrés, les films massacrés
sont rares dans l'histoire de Paramount. Les metteurs en scène vedettes
avaient leur équipe, leur autonomie, et, à la limite, assumaient les fonctions
- créditées ou non - de producteur. Le cas extrême est, bien entendu. Ceci!
B. DeMille, qui fut son propre producteur dès ses débuts, et dont 64 films
sur 70 seront des films Paramount (Paramount, alors simple société de
distribution, avait commencé à distribuer les films produits par Jesse Lasky
- dont DeMille dirigeait la production - dès 1914, deux ans avant la fusion
Lasky-Zukor et l'adoption de la raison sociale Paramount pour désigner
l'amalgame). En dehors du cas spécial de United Artists, DeMille est le seul
grand metteur en scène ayant activement participé à la fondation d'un grand
studio. Visuellement, les films Paramount sont souvent typiques par l'élégance
des décors (Hans Dreier se fait remarquer en 1933 par ceux de son premier
film américain, Eorbidden Paradise, de son compatriote Lubitscb, et il
deviendra bientôt chef du département Direction artistique ; poste qu'il
occupera jusqu'à sa retraite en 1950), des costumes (Travis Banton pour
Dietricb ; Raul Pene Du Bois, Edith Head, Leisen lui-même...), par un style
de photo laiteux, nimbé, dont les exemples les plus frappants sont les
films de Sternberg pbotogra(>biés par Lee Garmes {Morocco, Shanghai
Express...), par Bert Glennon (Blonde Venus, The Scarlet Empress), ou
par Sternberg lui-même (The Devil Is a Woman), et certains films
LES STUDIOS XXVIII

photographiés par des chefs opérateurs maison, comme Charles Lang {A


Farewell to Arms, Desire, Death Takes a Holiday, Midnight, Anse,
My Love...), Karl Struss (Dr. Jekyll and Mr. Hyde), Victor Milner (The
Général Died ai Daivn, et de nombreux films de DeMille)... Plus tard,
sous l'influence de Toland, de Welles et du film noir, le style se durcit dans
les films de Wilder, photographiés par John B. Seitz (Fîve Graves ta
Cairo, Double Indemnity, The Lost Weekend, Sunset Boulevard).
Rappelons enfin l'apport au studio d'Alfred Hitchcock, qui tourne pour
Paramount six films de sa grande période (1954-1960), dont trois
chefs-d'œuvre absolus : Rear Window, Vertigo, Psycho. Signe des temps
et de la dégradation du concept de «studio», plusieurs de ces films
(notamment Rear Window et Vertigo), dont Hitchcock avait racheté les
droits, seront redistribués après sa mort... par Universal.

WARNER RROS.

L'antithèse de Paramount - et aussi de MGM. C'est le studio à l'inspiration la


plus délibérément populaire, voire plébéienne, en particulier pendant la
première moitié des années trente.
Cela n'avait pas toujours été le cas. En fait, l'avènement du parlant (que les
frères Warner imposèrent au reste de l'industrie) marque une nette rupture
dans l'histoire du studio. Avant, c'est un studio pauvre, certes, et souvent
traité avec condescendance (plaisanterie traditionnelle :la plus grande vedette
WB est le chien Rintintin), mais curieusement ambitieux, puisqu'on y engage
John Barrymore, qui vient de triompher à Broadway dans Hamlet; on y
adapte F. Scott Fitzgerald (Die Reautiful and Damned), Edith Wharton
(The Age of Innocence), Melville (Moby Dick devient The Sea Reast,
avec Barrymore en Ahab); on y prend sous contrat Lubitsch dès après son
premier film américain, et c'est une série de chefs-d'œuvre très novateurs qui
portent l'art de la comédie sophistiquée à son apogée(The Marriage Circle,
Three Women, Kiss Me Again, Lady Winderntere's Fan ). On imagine
mal Lubitsch dans le cadre de la production Warner des années trente et, de
fait, c'est à la Paramount (et parfois à la MGM)qu'on le retrouve à partir de
1928.
Pendant la période de transition, le studio intensifie sa production, qui passe
de 17 films en 1924 à 43 en 1927 et à 86 en 1929, après l'acquisition de First
National, pour se stabiliser ensuite à une cinquantaine de titres par an en
moyenne : progrès remarquable pour un studio qui, en 1929, a à peine plus
de dix ans d'existence, et réalise plus de 14 millions de dollars de bénéfices
pour l'année.
Ce succès est dû essentiellement à l'attrait de la nouveauté, car le style des
films de 1927-1929 reste incertain, tiraillé entre l'acquis du muet et les
exigences du parlant - que le studio pratique avant tous les autres -, une
forme nouvelle d'expression cinématographique, dont la technologie est
encore très rudimentaire. Mais tout commence à changer à partir de 1930, et
les caractéristiques de ce qui va très vite s'imposer comme le «style Warner»
commencent à se dégager.
Le rythme de la production est frénétique. Michael Curtiz tourne 35 longs
métrages entre 1928 et 1935, William Dieterle 17 entre 1931 et 1934. A cette
LES STUDIOS

rapidité de travail répond le rythme des films eiix-mêmes : tout, de l'écriture


des dialogues et de leur interprétation au montage final en passant par les
mouvements d'appareil et les procédés de transition, vise à accélérer l'action.
On reste stupéfait devant l'allure vertigineuse à laquelle sont menés de bout
en bout des films comme The Kennel Murder Case (Curtiz, 1933) ou Fog
Over Frisco (Dieterle, 1934)...
Les deux genres dominants sont la comédie musicale de coulisses et le film
criminel, avec ses diverses catégories : film de gangsters (Little Caesar et
The Public Enemy définissent le genre dès 1931, avant Scarface), film de
détection {les séries consacrées à Perry Mason et à Pbilo Vance), film de
prison (dont le prototype est I Atn a Fugitive Iront a Chain Gang,
1932), et tous les films qui dénoncent la corruption ou la brutalité de la
pobce et des officiels, les abus de justice, l'emprise du crime sur la société, les
préjugés raciaux conduisant au crime (They Won't Forget).
Comme pour le film criminel, WB crée un genre pratiquement de toutes
pièces, avec la série de musicals qui commence par 42"''Sireet et qui rendra
Busby Berkeley célèbre. Ils se succèdent à un rythme accéléré : Gold
Diggers of 1933, Footlight Parade, Wonder Bar, Fashions of 1934,
Gold Diggers of 1935, In Caliente, Stars Over Broadway en à peine
deux ans. Même dans un genre de pur divertissement, le goût de WB pour le
réalisme contemporain se fait sentir ; non seulement dans la séquence
«Remember My Forgotten Man» de Gold Diggers of 1933, qui évoque
musicalement la crise économique et le sort des anciens combattants, mais un
peu partout dans le dialogue, le traitement des personnages, certaines
situations ; le spectre de la crise n'est jamais loin, même quand on chante
bravement que la crise est finie et qu'on a de quoi ])ayer le propriétaire
(«We're in the Money», dans Gold Diggers of 1933).
A partir de 1935, le rythme se ralentit quelque peu, une certaine aspiration à
la respectabilité se fait jour (l'entrée en vigueur du code de la production y
est sans doute pour quelque chose). Trois nouveaux types de films font leur
apparition : l'aventure historique (Captain Blood, 1935, qui lance Errol
Flynn, et qui sera suivi par The Sea Hawk, Bobin Hood, The Charge of
the Light Brigade...); le film de prestige, lui aussi souvent à contexte
historique : A Midsummer Night's Dream (Warner adaptant Shakes
peare !), The Private Lives of Elisabeth and Essex, les films bio
graphiques de Dieterle consacrés à Pasteur, à Zola, à Juarez, à Ebrlicb entre
1936-1940 ; et enfin le mélo féminin,jusque-là très peu représenté :7 Found
Stella Parish, 1935, teaijerker pour Kay Erancis, est la première collabo
ration avec WB du scénariste Casey Robinson, qui écrira pour le studio
plusieurs classiques du genre(Dark Victory, Now, Voyager, The Corn Is
Green...), genre dans lequel Bette Davis, la plus grande vedette féminine de
WB, trouvera enfin sa voie. On peut ajouter à ces «nouveaux» genres le
western, représenté uniquement par de rares et médiocres film B jusque vers
la fin de la décennie et auquel le studio va désormais consacrer d'importants
budgets (Dodge City, Virginia City, Santa Fe Trail, They Died With
Their Boots On, San Antonio, tous avec Flynn, seule vedette Wamer
vraiment à l'aise dans le genre).
L'accroissement des budgets est d'ailleurs l'un des traits communs de ces
nouvelles productions. Le studio peut maintenant se permettre d'investir
davantage dans la qualité. En 1935, pour la première fois depuis trois ans, le
LES STUDIOS

bilan n'est pas déficitaire ; les deux années suivantes, les bénéfices sont très
substantiels : la crise est vraiment finie...
Le studio est à son apogée pendant les années quarante, et en particulier
pendant la première moitié de cette décennie. Pour s'en assurer, il suffit de
dresser une liste, même partielle, des principaux films de la période ; The
Sea Haivk, The Letter, The Maltese Falcon, Sergeant York, The Sea
Wolf, Meet John Doe, They Died With Their Boots On, Yankee
Doodle Dandy, Across the Pacifie, Gentleman Jim, Casablanca,
Mr. Skeffington, Mildred Pierce, To Have and Have Not... Curtiz,
pilier du studio, se surpasse (Casablanca, Mildred Pierce), de nouveaux
talents apparaissent : Huston et Daves dirigent leurs premiers films. L'écurie
des réalisateurs s'enrichit de noms depuis longtemps prestigieux : Walsh (qui
tourne une dizaine de films en moins de cinq ans), Hawks, Capra (le studio
finance Meet John Doe, production indépendante de Capra-Riskin), et
même Wyler. Bogart, Cagney, Davis, de Havilland, Flynn, Garfield, Robin-
son, pensionnaires à long terme, sont presque tous au sommet de leurs
carrières respectives. Ida Lupino est prise sous contrat en 1940. D'autres
grandes vedettes (Cooper, Dietricb, Grant) ne font que passer pour un ou
deux films, mais n'en ajoutent pas moins au prestige du studio.
En 1946, les bénéfices atteignent presque les 20 millions de dollars ; en 1947,
ils dépassent les 22 millions, chiffre énorme pour l'époque. Bogart et Davis
sont désormais les vedettes les mieux payées de Hollywood. Indéniablement,
le studio s'est enrichi... et embourgeoisé. On a pu parler d'une certaine
«MGMisation», que symbolise, en 1945, le passage sans heurts de Joan
Crawford de MGM à Warner.
En 1944, Hal Wallis, qui dirigeait la production Warner depuis le départ de
Zanuck en 1933, devient indépendant (ses films, pour la plupart du genre
«noir» seront distribués par Paramount). Producteur assez autocratique mais
très créateur, Wallis apporta au développement du style Warner une
contribution capitale. Avec Jack Warner, il décidait des films à produire,
suivait de près toutes les étapes de la création, du moins pour les films
importants. Le contrôle qu'ils exerçaient sur leurs réalisateurs était très
strict : ils s'opposaient généralement aux modifications de script en cours de
tournage, prêchaient souvent l'économie (de nombreux mémos reprochent à
Curtiz ses coûteux et «inutiles» mouvements d'appareil) et supervisaient le
montage. «Nous ne pouvions pas monter dans la caméra comme le faisait
Ford, raconte Vincent Sherman dans un entretien, cela nous aurait attiré des
ennuis. Nous devions couvrir chaque scène sous de nombreux angles pour
permettre à Wallis et à Warner de faire leur choix.»
Pendant les années cinquante, Warner, comme tous les autres studios,
commence à perdre ses caractéristiques ; il devient de plus en plus difficile de
distinguer un style maison. Pourtant, le studio produit encore une série de
chefs-d'œuvre : A Streetcar Named Desire, East of Eden, Baby Doit
(Kazan est le cinéaste WB de la décennie), Bebel Without a Cause (James
Dean est la vedette WB de la décennie), The Searchers et A Star Is Born,
production indépendante que Jack Warner jugea trop longue et fit amputer
de trente-cinq minutes... 11 y a bien une certaine ressemblance entre tous ces
films, ce que l'on pourrait appeler une dramaturgie flamboyante... Mais cela
ne réussit ni à perpétuer ni à renouveler les qualités traditionnelles du
personnel : Curtiz part en 1954, Davis et Crawford sont parties vers 1950,
LES STUDIOS

Robinson en 1948, Garfïeld meurt en 1952, Bogart en 1957 (lui aussi avait
quitté WB en 1950...), et James Dean meurt en 1955, n'ayant tourné que trois
films.
Enfin, aucune discussion, même abrégée, au sujet de la Wamer Bros., ne
peut omettre de mentionner la prodigieuse contribution du studio à l'art de
l'animation et du gag pendant les années quarante et cinquante.

TWENTIETH CEIVIURY-FOX

Logiquement, on pourrait s'attendre à trouver des points communs entre


Wamer et Fox, puisque Darryl Zanuck quitta le premier pour prendre la
direction du second {après avoir fondé Twentieth Century, qui absorbait Fox
Films, en difficulté, moins de deux ans plus tard). Fn fait, deux studios ne
pourraient pas être plus dissemblables. Rien d'étonnant à cela : 1935 était
une date vraiment tardive pour commencer à forger un style maison. Zanuck
hérite d'une tradition, et s'en accommode plutôt qu'il ne la combat.
Cette tradition, on peut - en simplifiant un peu les choses - la résumer en un
mot : Americana. Le studio a une passion pour le passé du pays (n'importe
tpiel passé, de l'époque des pionniers aux années vingt), pour la peinture des
petites villes, des villages, de la campagne, dont la quiétude est souvent
opposée aux grandes cités tapageuses et corruptrices (il est caractéristique que
ce soit dans un film Fox, et l'un des plus beaux, Sunrise, que l'on trouve
l'archétype maléfique : la femme de la ville séduit l'homme, honnête paysan,
et réussit presque à en faire un assassin). Warner peint l'Amérique telle
qu'elle est. Fox telle qu'elle devrait être, ou aurait dû être : idéalisme et
passéisme sont les deux mamelles du studio.
C'est pourquoi on retrouve, parmi les réalisateurs sous contrat à la Fox, la
plupart des vétérans conservateurs, épris des valeurs américaines tradition
nelles, de l'histoire du pays, de ses héros, de ses rites et de ses mythes. Dwan,
Ford, King, Walsh ont chacun fait plus de films pour le studio que pour
aucun autre - voire que pour tous les autres réunis. Ford entre à la Fox en
1920 et y tourne tous ses films (une trentaine 1) entre 1922 et 1931. Fox
restera toujours son studio de prédilection, produisant bon nombre de ses
chefs-d'œuvre : la trilogie avec Will Rogers (acteur qui correspond parfai
tement à la tradition Fox), The Prisoner of Shark Island, Young
Mr. Lincoln, The Grapes of Wrath, Hoiv Green Was My Valley, My
Darling Clémentine... Dwan commence à travailler pour la Fox en 1926,
et y tourne tous ses films entre 1935 et 1940. Henry King fera toute sa
carrière parlante au studio. C'est peut-être le réalisateur Fox par excellence,
émule du Criffith bucolique et intimiste (il dirigera d'ailleurs un remake de
Way Doivn East... en 1935), peintre de la campagne, avec ses médecins, ses
prêtres, ses comices agricoles, chantre de la famille rurale, villageoise ou
urbaine (toujours la petite ville) : The Country Doctor, Td Climb the
Highest Mountain, State Fair, Margie, Wait Till the Sun Shines,
Nellie...
Fox est donc, essentiellement, le studio de la nostalgie pour une Amérique
rêvée, évo<iuée de façon particulièrement réussie par le Ford de Judge
Priest, Steamboat 'Round the Rend ou My Darling Clémentine. Il
faut toutefois reconnaître que le studio savait à l'occasion renoncer à
LES STUDIOS

l'imagerie pour produire des œuvres qui abordent de façon réaliste et


critique certains aspects moins souriants de l'expérience américaine :l'erreur
judiciaire « historique » due aux préjugés (The Prisoner of Shark Island),
la «justice» expéditive représentée par la critique du lynchage dans The Ox-
Boiv Incident, et, dans le passé très récent, le drame des paysans déplacés
tjhe Grapes of Wrath). Mais ce sont là des exceptions (et même dans
Grapes, la critique sociale est finalement limitée, Ford s'intéressant plus à la
notion d'unité familiale ou communautaire face aux « progrès » qu'aux
implications politiques et idéologiques).
L'immense majorité des films Fox tournés vers le passé (et il sont eux-mêmes
une majorité dans l'ensemble de la production) célèbrent des gloires
mythiques du patrimoine, de Brigham Young à Lincoln, d'Alexander Grabam
Bell à Fulton, de Lillian Russell à... Fanny Brice. Même les musicals sont
passéistes avec insistance ; Coney Island, Greenwich Village, Tin Pan
Alley, The Dolly Sisters, Sweei Rosie O'Grady, The Shocking Miss
Pilgrim, Mother Wore Tights, entre autres, se passent tous entre 1890 et
1925... Zanuck avait lui-même déclaré qu'il fallait trouver les sujets dans
l'histoire ou les premières pages des journaux.
Mais aucun studio, même 20'*' Century-Fox, ne peut vivre entièrement dans le
passé. Paradoxalement, pendant les années quarante, Fox s'illustre dans deux
genres connexes et résolument contemporains : le film noir et le policier semi-
documentaire, ce dernier représenté par les films de Hathaway produits par
Louis de Rochemont : The House on 92"'' Street, 13 rue Madeleine et
Call Northside 777 (ces films sont tournés entre 1945 et 1948, comme
deux autres excellents Hathaway noirs : The Dark Corner et Kiss of
Death). A la même époque, la carrière d'Otto Preminger offre un bon
exemple de la tension entre le passé et le présent qui règne à la Fox. Même
après avoir fait ses preuves dans un genre contemporain, urbain, sophistiqué
avec Laura, il devra tourner des films en costume (Centennial Summer,
Forever Amber, The Fan... ), pour lescpiels il n'a ni goût ni talent
particuliers. Zanuck le comprendra finalement et lui laissera tourner une
série de chefs-d'œuvre (Fallen Angel, Daisy Kenyan, Whirlpool, Where
the Sidewalk Ends), qui seront d'ailleurs tous sous-estimés en leur temps,
y compris, semble-t-il, par le studio lui-même (ils le sont toujours par
beaucoup : dans le chapitre de son livre The Hollywood Studios consacré à la
Fox, Ethan Mordren n'en mentionne aucun ; il ne parle même pas de Laura,
ce qui est plus curieux, compte tenu de la célébrité du film. En fait, le nom
de Preminger n'est même pas cité. Egalement absents sont les films de
Hathaway mentionnés plus haut, alors que l'auteur consacre des pages aux
comédies musicales maison...)
Lubitsch (dont Preminger termina A Royal Scandai et That Lady in
Ermine) entre à la Fox en 1943, après avoir tourné son film le plus
«contemporain» : To Be or Not To Be. Significativement, il va se toui-ner
vers le passé, aussi bien dans son chef-d'œuvre Heaven Can Wait que dans
ces autres films en costume, A Royal Scandai, remake de son Forbidden
Paradise et That Lady in Ermine. A la même époque. Fox produit un
remake d'un célèbre Lubitsch muet, Lady Windermere's Ean, autre period
piece que Preminger, encore, dirigera...
Zanuck, plus qu'aucun autre chef de studio sans doute, respectait les
scénaristes. Trop peut-être, dans la mesure où il semble s'être laissé bluffer
II LES STUDIOS

par les qualités littéraires pseudo-talentueuses de gens comme Dudley


Nichols, Nunnally Johnson ou Philip Dunne. En revanche, il fit preuve d'un
louable discernement quand il prit sous contrat Mankiewicz, scénariste et
producteur, et lui permit de diriger son premier film, Dragonwyck, un de
ses chefs-d'œuvre, que suivront ces autres œuvres majeures :The Ghost and
Mrs. Muir, A Letter to Three Wives, AU About Eve, People Will Talk,
Flve Fingers, qui apportent au studio un prestige considérable.
Il faut noter aussi qu'une des forces de la Fox était le soin maniaque qu'on
accordait aux productions values (décors, photo). C'est le studio des chefs
opérateurs Arthur Miller (Lang, Ford), Joseph MacDonald, Léon Shamroy,
qui révolutionna la photo en couleurs. Les vedettes maison furent l'une des
grandes faiblesses de la Fox pendant les années trente et quarante. Non
seulement la plupart d'entre elles n'avaient qu'un talent assez limité, mais
elles manquaient singulièrement de charisme. Entre 1933 et 1940, la
superstar Fox est... Shirley Temple. La liste des autres têtes d'affiche n'est
guère alléchante : Jeanne Grain, Alice Faye, Betty Grable, June Haver, Sonja
Henie (sans oublier Carmen Miranda !), Don Ameche, Dan Dailey, Victor
Mature, John Payne, César Romero, etc., jusqu'à l'écœurement.
Deux personnalités masculines se détachent : Henry Fonda (qui détestait le
studio) et Tyrone Power, cet Frrol Flynn du pauvre. Du côté des femmes, une
exception, Gene Tierney, non pas une «grande» actrice, mais une vraie star.
File participe à quelques-uns des plus grands films Fox des années 40. Avant
et après elle, le studio n'aura qu'une très grande star : Marilyn Monroe, dont
le règne sera bref, et qui ne sera pas toujours judicieusement employée. La
mort de Monroe, c'est un peu le symbole (facile si l'on veut) de la mort du
studio. Zanuck était parti en 1956 pour devenir indépendant. Il reviendra six
ans plus tard, mais cela est une autre histoire... En 1953, Fox lança le
CinemaScope, et cette innovation technique (si elle fit la fortune du studio et
relança Hollywood très éprouvé par la concurrence de la télévision) consacra
aussi son déclin artistique, les films tournés dans ce format étant pour la
plupart très médiocres. A quelques notables exceptions près (Bigger than
Life de Ray, les films de Fleischer), les meilleurs CinemaScope de la
décennie seront produits par d'autres studios.

I RKO (Radio-Keith-Orpheum)
Comment ne pas avoir une préférence pour le studio qui produisit King
Kong et Citizen Kane, Sylvia Scarlett et Love Affair, les musicals
d'Astaire-Rogers et les films d'horreur de Val Lewton, les derniers films de
Dwan et de Lang ? Généralement, les chefs-d'œuvre du cinéma américain
s'inscrivent dans une tradition, sont représentatifs d'un système. Ceux
produits par RKO tendent à être imprévisibles, et totalement novateurs. Rien
de semblable à King Kong n'avait été fait auparavant (même si on peut
évoquer le précédent de The Lost World, la ressemblance n'étant que
superficielle). Sylvia Scarlett était tellement insolite par rapport à la
comédie de l'époque que le film rencontra l'incompréhension et l'hostihté
générales (comme d'ailleurs Bringing Up Baby, où, apparemment, Hawks
ne sut pas jusqu'où il pouvait aller trop loin pour l'époque). Quant à Citizen
Kane, c'était le propos même du film de se présenter comme une expérience
LES STUDIOS

sans précédent (The Magnificent Ambersons le sera tout autant, même


amputé). Certes, Welles est lui-même l'exception par excellence dans le
cinéma américain ; mais, justement, quel autre studio lui aurait donné
l'occasion de faire Citizen Kane (dans des conditions contractuelles elles
aussi exceptionnelles)? Les Astaire-Rogers créent un genre, ils ne relèvent
d'aucune tradition du musical hollywoodien. De même, les films produits par
Lewton semblent prendre systématiquement le contrepied de tout ce qui se
faisait alors dans ce genre codifié entre tous : le film d'horreur. Cette
originalité insistante s'étend aux vedettes elles-mêmes : Katharine Hepbum,
lancée par RKO, est l'actrice la plus agressivement «différente» de la
période. Astaire était, a priori, un leading man improbable (on se souvient du
fameux jugement porté sur son premier screen test : «Can't act, can't sing,
bald ; dances a little... » - Mauvais acteur, mauvais chanteur, chauve ; danse
un peu...).
L'énorme créativité qui caractérise le studio se dépense, curieusement, dans
une atmosphère continuellement chaotique et hasardeuse. RKO est aussi
«original» corporativement et administrativement qu'artistiquement. En
contraste avec la stabilité impériale qui régnait dans la plupart des autres
studios, RKO change sans cesse de mains (et se trouve le plus souvent au bord
de la faillite). Entre la création du studio en 1928(RKO est le plus jeune des
grands studios ; il sera aussi le plus éphémère, le seul, en fait, qui ne subsiste
pas aujourd'hui) et le départ de Howard Hughes en 1952, une douzaine
executives se succèdent à la tête de la production (sans compter les périodes
intermédiaires où le poste reste vacant) : William LeBaron (1928-1931),
David O. Selznick (1931-1933), Miriam C. Cooper et Pandro Berman (qui
alternent en 1933-1934), Sam Briskin (1935-1937), Pandro Berman de nou
veau (1937-1939), Harry Edington (1939-40) et Joseph Breen (1940-1942), en
fait yes-man de George Schaefer (nouveau président de RKO de 1938 à
1942), Charles Koerner (1942-1946), Dore Schary, qui entre en conflit avec
Hughes et quitte le studio (1947-1948), Sid Rogell (1948-1950), Samuel
Bischoff (1950-1951), qui ne sera même pas remplacé...
Dans ces conditions, on s'attendrait à ce que la production RKO soit plus
hétéroclite «[u'elle ne se révèle en réalité. En fait, on découvre de curieuses
- de troublantes - affinités entre King Kong et Citizen Kane, entre The
Most Dangerous Game et les films de Lewton... Cela est dû en partie sans
doute à la stabilité et à la qualité des départements Direction artistique et
Effets spéciaux du studio : les décors de Van Nest Polglase ou de Perry
Ferguson apportent une contribution essentielle à l'atmosphère, les effets
spéciaux d'un Vernon Walker dépassent le simple trucage pour participer à la
création d'un style, comme le démontre Citizen Kane, dont tant de plans
furent obtenus en laboratoire. N'oublions pas l'apport important des chefs
opérateurs (Nicholas Musuraca, Harry Wild, Tony Gaudio, Roy Hunt). Ces
recherches visuelles bénéficient à des genres comme le thriller d'atmosphère,
le film noir dont RKO se fit une spécialité (Ont of the Past), autant qu'au
policier « documentaire » {The Narrow Margin, Armored Car Robbery),
dont on n'a pas encore totalement répertorié toutes les réussites. Nous en
avons découvert plusieurs signées Edwin L. Marin (Nocturne, Johnny
Anget) durant la rédaction de ce livre.
Même pendant la dernière période, où le studio agonise, la production
continue d'être très stimulante. Même et surtout, serait-on tenté d'ajouter.
r LES STUDIOS

Quelques-uns des nouveaux réalisateurs les plus prometteurs travaillent aux


côtés de vétérans prestigieux, et les uns et les autres tournent des films
d'apparence modeste, mais souvent passionnants. Losey, Ray, Fleischer,
Parrish tournent leurs premiers films pour RKO (respectivement : The Boy
With Green Hoir, They Live by Mght, Child of Divorce, Cry
Danger). Lang dirige Rancho Notorious, Clash by Night, et ses deux
derniers films américains : While the City Sleeps et Beyond a Beaso-
nable Doubt, apogée de son œuvre. Dwan trouve une seconde jeunesse pour
tourner une dizaine de films, la plupart produits par Benedict G. Bogeaus,
certains médiocres, mais d'autres {Silver Lode, Tennessee's Partner,
Slightly Scarlet) admirables malgré des budgets dérisoires. De plus, RKO
distribue les films produits par la compagnie indépendante de John Ford et
de Miriam C. Cooper (Argosy) : The Fugitive, Wagon Master, Fort
Apache, She Wore a Yellow Ribbon, l'un des chefs-d'œuvre de la
dernière période de Ford.
Jusqu'au dernier moment, RKO réservera des surprises : l'année où la
production s'interrompt et où Universal prend en charge la distribution des
derniers films produits par le studio, apparaissent Jet Pilot (enfin !), Run
of the Arrow, de Fuller, le premier film de Frankenbeimer (The Young
Stranger), et les deux années suivantes (1958-1959), The Naked and the
Dead, de Walsb, Verboten !, de Fuller, The Girl Most Likely, de Leisen,
dernier film tourné avant la fermeture des studios...
Pour nuancer nos propos concernant l'originalité persistante des produits
RKO pendant toute l'histoire du studio, il faut tout de même rappeler qu'une
abondante production de films B permit à la compagnie de survivre, car les
projets ambitieux perdaient souvent de l'argent, à commencer par Citizen
Kane (parmi les autres films inhabituels et courageux que nous n'avons pas
mentionnés et qui furent déficitaires, on pourrait citer Winterset, AU That
Money Can Buy, None But the Lonely Heart, Mourning Becomes
Electra...). Parmi ces films B, on trouve une multitude de petits westerns,
avec George O'Brien puis Tïm Holt (entre autres), et d'abondantes séries :
Tarzan, avec Jobnny Weissmuller puis Lex Barker, The Saint, avec Louis
Hayward puis George Sanders, The Falcon, avec George Sanders puis Tom
Conway, la série de comédies Mexican Spitfire, avec Lupe Velez... Pour le
meilleur ou le pire, RKO, c'est aussi ce genre de films (symboliquement, The
Magnificent Ambersons, après l'échec de la première exclusivité, fut
distribué en double programme avec... Mexican Spitfire Sees a Ghost).

UNIVERSAL

Universal fait souvent penser à un studio de Poverty Row égaré parmi les
«grands». Or, c'était en fait l'un des grands - et chronologiquement le
premier. Mais, sauf exception, le film Universal typique, à quelque époque
que ce soit, a l'air fauché, même s'il ne l'est pas vraiment. C'est que le studio
restera toujours attaché à des formules désuètes, à des genres et des sous-
genres «ringards». C'est le seul Major, avec Columbia, qui continue à
tourner des sériais jusque vers 1950 (en 1945, Universal n'en produit pas
moins de quatre - un total de 52 épisodes), produit des séries stupides, comme
The Kettles ou Francis, ou très décevantes, comme Inner Sanctum, dont
LES STUDIOS XXXVI

la seule réussite est Weird Woman, de Reginald LeBorg (il faut néanmoins
excepter les Sherlock Holmes, avec Basil Rathbone et Nigel Bruce -
12 titres entre 1942 et 1946, généralement dirigés par Roy William Neill, et
dont certains sont excellents), et dégrade délibérément ses propres classiques
en leur donnant des suites débiles (la descendance de Frankenstein,
Dracula et autres pendant les années quarante). C'est un studio avec peu de
producteurs maison intéressants, peu de gens comme Henry Blanke, Louis
D. Ligbton, Hal Wallis.
Cela dit, l'bistoire de Universal n'est pas monolithique. On peut y distinguer
plusieurs périodes, certaines assez intéressantes (bien que généralement
brèves). Nous connaissons mal la production muette du studio, qui semble
avoir été peu novatrice ; Stroheim y fait figure d'exception. Mais le jeune
Thalberg remet vite les choses en place : sur Merry-Go-Round, il le
congédie et le remplace par Rupert Julian - qui dirigera également le grand
classique muet du studio The Phantom of the Opéra (1925). Classique
d'ailleurs assez décevant, comme la première version de The Hunchback of
Notre-Dame (1923); Lon Cbaney fera ses meilleurs films ailleurs.
Au début des années trente, si l'on excepte un grand film de prestige (le
célèbre AU Quiet on the Western Front), Universal se distingue surtout
par ses films d'horreur. En l'espace de quatre ans, tous les classiques du
genre y voient le jour : Frankenstein, Dracula, The Mummy, The
Invisible Man, The Old Dark House, The Bride of Frankenstein.
James Wbale, qui dirige tous ces titres, sauf The Mummy et Dracula (et
qui, en dehors du genre, est aussi le réalisateur de très beaux films, comme
The Kiss Before the Mirror, ou la version 1936 de Show Boat), est l'un
des deux seuls réalisateurs de très grand talent sous contrat à l'époque.
L'autre est John Stahl, dont les mélos (Back Street, Imitation of Life,
The Magnificent Obsession, When Tomorrow Comes)donneront lieu à
de nouvelles versions Universal, dans les années cinquante.
En 1935, le studio est en déficit depuis un certain temps déjà. Les
actionnaires remettent en question la gestion de Laemmle père et fils, qui
sont évincés. Le style change alors, mais ne s'améliore pas, loin de là. Les
films d'horreur sont abandonnés jusqu'en 1938, année de Son of Fran
kenstein, qui inaugure la série de « cannibalisations » que l'on sait. Films B
en tout genre, musicals minables (Deanna Durbin est la superstar Universal
pendant plusieurs années ; Gloria Jean, autre chanteuse juvénile, sévit aussi),
sériais pitoyables constituant l'essentiel de la production. Toujours économe,
le studio donne la vedette à des acteurs de second plan (parfois excellents, il
est vrai, ainsi en est-il d'Edward Everett Horton...), ou engage à l'occasion
une vraie star temporairement en difficulté ; Marlene Dietrich, quand
Paramount ne renouvelle pas son contrat après l'échec de Ângel. Dans un
océan de médiocrités, les quelques réussites (Show Boat, de James Wbale,
My Man Godfrey) surnagent comme des anomalies...
En 1940, Universal met «dans le mille» commercialement, avec Abbott et
Costello, qui feront la fortune du studio (28 films en seize ans). Un autre
tandem comique, Olsen et Jobnson, encore plus sinistre qu'Abbott et Costello
(et comme eux en provenance du vaudeville), et le trio des Ritz Brothers
(engagé en 1939) sont aussi sous contrat. Heureusement, W. C. Fields(comme
Dietrich, transfuge de Paramount) est là pour relever un peu la qualité du
comique maison avec ses deux chants du cygne : The Bank Dick et Never
LES STUDIOS

Give a Sucker an Even Break (ses deux autres filins Universal sont
toutefois assez médiocres).
Pendant les années de guerre, Universal est peut-être le studio le moins
ambitieux, celui qui pourvoit avec le moins d'exigence à la demande du grand
public pour le divertissement de masse. Là encore, les vraiment bons fdms
sont exceptionnels : Saboteur et surtout Shadow of a Doubt, de
Hitcbcock, le remake en couleurs du Phantom of the Opéra, le remake de
Back Street, dirigé par Robert Stevenson... L'écurie des réalisateurs réunit
une pléiade de tâcherons ou d'artisans que l'on fait travailler sans
discontinuer : Charles Lamont, Arthur Lubin, John Rawlins, Edwin
L. Marin, Félix F. Feist, Ray Taylor, George Wagner, Reginald LeBorg, et,
plus talentueux, Roy William Neill (certains Feist et Marin méritent peut-être
aussi d'être examinés de plus près). Le plus intéressant des metteurs en scène
sous contrat est de loin Robert Siodmak (engagé en 1943): Phantom Lady,
The Suspect, Uncle Harry. Le personnage de cartoon Woody Woodpecker
(qui fait ses débuts en 1941) reste un des meilleurs souvenirs Universal de la
période.
Fn 1945, Universal fusionne avec International Pictures. On décide un
changement d'image de marque : moins de films B, productions de qualité
seulement (ce sont du moins les communiqués officiels qui l'affirment). Cette
décision aura un effet passager, mais incontestable. Fn 1948, U-I distribue
toute une série d'excellents films, la plupart très éloignés du style maison :
The Exile et lutter Erom an Unknown Woman, d'Opbuls, Secret
Beyond the Door, de Lang, A Double Life, de Cukor, Naked City, de
Dassin. Mais si l'on y regarde de près, on constate que la plupart de ces films
sont en fait des productions indépendantes. The Exile est produit par
Douglas Fairbanks Jr., Letter par John Houseman pour Rampait Films,
Secret par Lang lui-même et Walter Wanger pour leur Diana Productions
(de même que Scarlet Street, en 1945). Aucun de ces réalisateurs et
producteurs n'eut d'autres rapports avec Universal (une exception en la
personne de Mark Hellinger, producteur maison depuis 1946 et qui produit
The Killers, Brute Force, Naked City). Le studio réussit néanmoins assez
bien dans le fdm noir, en grande partie grâce à Robert Siodmak : The Dark
Mirror, The Killers, Cry of the City, Criss Cross (voir aussi Bide the
Pink Horse, de Robert Montgomery, Woman on the Ban, de Norman
Foster).
C'est d'ailleurs une période assez curieuse pour le studio, qui, à côté de
réussites comme celles citées ci-dessus, et d'adaptations ambitieuses, comme
AU My Sons, d'après la pièce d'Arthur Miller, Another Part of The
Forest, d'après celle de Lillian Hellman, The Lost Moment, d'après The
Aspern Papers, de Henry James, continue à confectionner son quota annuel
de films exotiques (Yvonne De Carlo prend la relève de Maria Montez), de
petits musicals (les derniers et médiocres Deanna Durbin ; plusieurs films
avec Donald O'Connor en vedette...) et, bien entendu, véhicules pour Abbott
et Costello (toutefois, les films d'horreur ont pratiquement disparu, sauf pour
la série de « rencontres » entre Abbott et Costello et les grands noms du genre,
série qui commence en 1948 avec Abbott and Costello Meet Eran-
kenstein). Cette dichotomie est encore accentuée par le fait que le studio
distribue la plupart des grands films britanniques de prestige qui arrivent
aux Etats-Unis : Brief Encounter, les Powell-Pressburger {A Matter of
LES STUDIOS XXXVIII

Life and Death, Black Narcissus), Hamlet, qui vaut à Universal l'oscar
du meilleur film en 1948!
Les années cinquante sont marquées par le règne du producteur Ross
Hunter, ehampion du woman picture et des remakes de weepies (mélos
sentimentaux). C'est une période passionnante dans l'histoire du studio,
essentiellement grâce à deux réalisateurs : Douglas Sirk, qui tourne tous ses
films à partir de 1950 (soit 21) pour Universal, souvent avec Hunter pour
producteur (Magnificent Obsession, AU That Heaven Allows, Imi
tation of Life); et Anthony Mann, qui dirige la superbe série de westerns
produits par Aaron Rosenherg et écrits par Borden Chase, avec James
Stewart en vedette (Winchester 73, Bend or the Biver, The Far
Country), Le western de qualité est d'ailleurs à l'honneur pendant toute la
décennie à Universal : Rosenherg produit Man Without a Star, de Vîdor,
Ulmer tourne The Naked Dawn, Boetticher Horizons West. Même Sirk
s'essaie au genre (Taza, Son of Cochise), Un autre producteur intéressant,
Albert Zugsmith, est associé à deux chefs-d'œuvre de Sirk, The Tarnished
Angeis et Written on the Wind, et, comme par inadvertance, à l'un des
meilleurs films jamais produits par Universal, Touch of Evil, que le studio
détesta. A côté de ces titres prestigieux, Universal continuait la tradition du
petit film d'action. Les tâcherons de service se sont un peu renouvelés : les
noms les plus familiers sont maintenant ceux de Jerry Hopper, de Jesse
Hibbs, de Joseph Pevney ou de George Sherman, qui tournent chacun trois
ou quatre films par an. Très actif également, Jack Arnold marie horreur et
science-fiction. Vers la fin de la décennie, Universal donne leur chance à des
débutants de talent : Blake Edwards, Richard Quine, John Frankenheimer,
Robert Mulligan. Un chef opérateur est à l'honneur : Russell Mettj'.
Les années soixante à Universal seront marquées - hélas! - par les comédies
de Doris Day, de Rock Hudson et de Sandra Dee, aussi sûrement que les
années trente l'avaient été par les films d'horreur. Pendant cette sombre
période, le principal titre de gloire du studio est Alfred Hitchcock, qui
tourne tous ses derniers films à partir de The Birds pour Universal
(Psycho, distribué par Paramount, avait été tourné sur les plateaux
Universal, où l'on peut encore aujourd'hui voir la fameuse maison de Norman
Bâtes). Mais, à de rares exceptions près (Freud de Huston, Charade et
Arabesque de Donen, The Killers de Siegel [ce dernier est un téléfilm]...),
la production de la décennie est profondément déprimante. Nous abandon
nerons la chronologie du studio en 1970, avec le dernier film Universal
produit ]}ar Ross Hunter : Airport, qui lance un genre - le film-catastrophe -
et introduit une époque en même temps qu'une décennie.

COLUIVIBIA

Si Universal est un Major aux allures de parent pauvre, Columhia est au


contraire le véritable parent pauvre, qui, parti de rien, finit par accéder au
rang des plus grands studios. Depuis sa fondation, au début des années vingt
(CBC Film Sales Company, créé par Jack et Harry Cohn et Joe Brandt,
adopte la raison sociale Columhia en 1923)jusqu'à la mort de Hairy Cohn
en 1958, le studio est totalement dominé par la personnalité de ce producteur
LES STUDIOS

dictatorial, dont la vulgarité, la roublardise, voire la férocité, sont restées


légendaires.
Malgré son caractère impossible, la pauvreté de son studio et de ses budgets,
Cohn sut très tôt s'entourer de collaborateurs de talent, dont beaucoup lui
restèrent longtemps fidèles et dont Frank Capra n'est que le plus célèbre. Les
scénaristes Sidney Buchman et Robert Riskin, tous deux fréquents collabo
rateurs de Capra, travaillèrent exclusivement pour Columbia, le premier de
1934 à 1951 (il y devint même vice-président et bras droit de Cohn), le
second de 1931 à 1938. Le chef opérateur Joseph Walker, pris sous contrat
en 1928, fera pratiquement tous ses films pour le studio jusqu'à sa retraite en
1952. Photographe attitré de Capra pendant dix ans (ils tournèrent seize
films ensemble), il met au point avec lui un style photographique très
original, qui apparaît dès Ladies of Leisure (1930) et Platinum Blonde
(1931) et triomphe dans The Bitter Tea of Général Yen. Walker signe
aussi la photo des principaux classiques Columbia dans le domaine de la
comédie : Theodora Goes Wild, The Aivful Truth, His Girl Friday,
Here Cornes Mr. Jordan, celle d'On/y Angels Have Wlngs et, en
couleurs, celle de The Jolson Story. Après Walker, la palme de la longévité
pami les chefs opérateurs revient à Bumett Guffey, qui restera sous contrat
de 1944 à 1965, collaborant à des dizaines de films, dont So Dark the
Night(J. H. Lewis), The Beckless Moment(Ophuls), In a Lonely Place
(Ray), AU the King's Men (Rossen), The Sniper (Dmytryk), et From
Here to Eternity, qui lui vaudra un oscar... Autres chefs opérateurs associés
à Columbia : Lucien Ballard, qui, ayant fait ses débuts en cosignant la photo
de The Devil Is a Woman avec Sternberg à Paramount, suit celui-ci à
Columbia, où il photographie une vingtaine de longs métrages (et de
multiples courts métrages) entre 1935 et 1940 ; Rudolph Maté, photographe
de la plupart des films de Rita Hayworth pour Columbia (Cover Girl,
Tonight and Every Night, Gilda, Down to Earth); Charles Laughton
Jr. {Ladyfrom Shanghai, 3.10 to Yuma, Cow-boy).
Le coup de génie de Cohn fut, sinon d'engager Capra (celui-ci raconte dans
son autobiographie que Cohn fit appel à lui parce que son nom était le
premier sur une liste de réalisateurs au chômage !), du moins de reconnaître
ses qualités exceptionnelles et de lui permettre de les développer. Entre
janvier et novembre 1928, Columbia distribue sept films dirigés par Capra
(soit près d'un quart de la production totale du studio pour l'année), dont le
premier «gros budget» de Columbia, Submarine. Au cours des quelques
années qui suivent, Capra découvre et lance Barbara Stanwyck, qui devient
la première grande vedette Columbia. Il la dirige dans quatre films (Ladies
of leisure, The Miracle Woman, Forbidden, The Bitter Tea of
Général Yen), qui sont, avec Platinum Blonde et American Madness,
tournés à la même époque, ses premières œuvres vraiment personnelles. The
Bitter Tea, film délibérément «artistique», comme le dit Capra lui-même,
est la première incursion du studio dans la production de prestige. Un tel
film - qui, par son sujet et son esthétique, surprendrait venant de n'importe
quel studio - aurait été impensable à la Columbia trois ou quatre ans plus tôt
seulement.
L'obsession de Capra était d'obtenir un oscar (ce vers quoi lorgnait The
Bitter Tea). Aucun film Columbia n'en avait encore remporté ; en fait, le
studio n'avait jamais reçu qu'une unique nomination (pour le scénario de The
LES STUDIOS

Criminal Code). Mais, en 1933, Ladyfor a Day, le film de Capra qui


suit The Bitter Tea, réunit quatre nominations majeures : meilleurs Hlm,
réalisation, scénario, interprétation féminine. Les deux premiers oscars vont à
Cavalcade, le troisième à Little Women, le quatrième à Katharine
Hepbum (pour Morning Glory), mais la quadruple nomination n'en était
pas moins une sorte de consécration pour un studio «pauvre» et généra
lement dédaigné. De plus, Capra et Columbia prennent une revanche
éclatante l'année suivante : Il Happened One Night remporte les cinq
oscars principaux (film, réalisation, scénario, interprétations masculine et
féminine pour Clark Gable et Claudette Colbert, respectivement prêtés par
MGM et Paramount). Il faudra attendre quarante ans et One Flew Over
the Cuckoo's Nest pour qu'un film réussisse à nouveau un tel cumul. En
plus, Columbia obtient cette même année sept nominations (dont celle du
meilleur film) pour One Night of Love, qui remporta deux oscars.
Incontestablement, le studio était lancé.
Les quatre Capra suivants, qui seront ses derniers films pour Columbia,
recevront eux aussi des oscars (meilleur film pour You Can't Take It With
You, réalisation pour Mr. Deeds Goes to Town et You Can't Take It
With You, scénario pour Mr. Smith Goes to Washington, décors et
montage pour Lost Horizon). Mais si Capra est au sommet de la gloire et
du succès, les budgets de ses films atteignent, eux aussi, des sommets : It
Happened One Night avait coûté environ 250000 dollars, Mr. Smith en
coûtera un million, You Can't à peu près autant, et Lost Horizon le
double. Bien que ces trois films fassent les plus grosses recettes Columbia de
la décennie, les deux premiers rentrent tout juste dans leurs frais, et Lost
Horizon restera déficitaire. En 1939, le studio, désormais égal des
«grands», ne fait pas de bénéfices : Cohn payait le prix du prestige auquel,
autant que Capra, il avait aspiré.
Mais ce prix à payer était un ristiue calculé et assumé. Cohn savait que le
prestige, comme tout le reste, s'achète. Les films de Capra (et quelques autres)
lui servent à améliorer l'image de marque du studio. La réussite est totale et
vaut bien l'investissement qu'elle a entraîné. Mais pendant toute la période
Capra, puis pendant les années quarante, l'économie du studio repose en fait
non pas sur les œuvres de prestige, mais sur un flot continu de productions à
bon marché, qui, sans jamais réaliser des bénéfices spectaculaires, en assurent
l'équilibre financier.
De tous les studios, Columbia est le plus actif (plus encore que Universal)
dans la production de séries (Blondie, Boston Blackie, The Whistler,
Jungle Jim...) et de sériais (The Shadow, Terry and the Pirates,
Batman, Brenda Starr). C'est Columbia qui, à une date aussi tardive que
1956, produit le dernier senal, Blazing the Overland Trait - même
Universal avait abandonné ce format anachronique dix ans plus tôt -, sans
oublier les courts métrages comiques (190 «Three Stooges» entre 1934 et
1959!) tournés en trois jours pour quelques centaines de dollars, et dans
lesquels Harry Langdon et Buster Keaton finissent calamiteusement leur car-

Dans son livre de souvenirs, Growing Up in Hollywood, Robert Parrish, qui


avait réalisé le montage de AU the King's Men, de Robert Rossen, pour
Columbia en 1949, rapporte ces propos que lui aurait tenus Cohn à l'époque,
et qui, dans le style pittoresque du vétéran, rendent assez exactement compte
LES STUDIOS

de la politique de production du studio : «Je distribue 52 films par an. J'en


produis environ 40 et j'achète les autres. Tous les vendredis, la porte du
studio s'ouvre et je crache un film sur Gower Street... Si la porte s'ouvre et
que je n'ai rien à cracher, des tas de gens sont au chômage... Je veux un bon
film par an... Donnez-moi un Mr. Deeds, un Jolson Story, un AU the
King's Men, un Lost Horizon, et je ne le céderai pas à l'exploitant s'il ne
prend pas avec les produits alimentaires, les Boston Blackie, les Blondie,
les westerns bon marché, et tout le reste de la camelote que nous fabriquons.
J'aime les bons films aussi, mais comme personne ne sait quand un fihn va
être bon, il faut que j'en fasse cinq ou six pour en avoir un bon, et, pour me
permettre ces cinq ou six, je dois continuer à faire tourner l'usine... »
Cette production de série ne variera guère au cours des années, voire des
décennies, encore que la qualité soit plutôt supérieure vers le début des
années trente que par la suite. Les premiers films de Tim McCoy et de Buck
Jones pour Columbia, par exemple, sont parmi les meilleurs westerns de série
B de l'époque : White Eagle (Buck Jones, 1932) ou The End of the Trait
(McCoy, 1933) valent la plupart des westerns contemporains A ou B, et
William Everson a vanté les qualités « adultes » et la superbe photographie de
The Avenger (Jones, 1930). Parmi les séries, les premiers Blondie, les
premiers Boston Blactde sont très agréables. Même les trois Stooges étaient
parfois supportables à leurs débuts (en 1934, un de leurs meilleurs films fut
nominé pour l'oscar du court métrage 1) et The Whistler a des fanatiques.
La production A traversera, elle, des cycles et des modes. Après It
Happened One Night et pendant une dizaine d'années, le genre dominant
à Columbia sera la comédie, et plus particulièrement cette variété lancée,
dans une large mesure, par le film de Capra, la screwball comedy : aucun
studio n'en tournera autant, et aucun, à l'exception peut-être de Paramount,
ne donnera autant d'oeuvres majeures dans le genre : 20"" Century(Hawks,
1935), The Whole Town's Taltting (Ford, 1935), She Married Her Boss
(La Cava, 1935), Theodora Goes Wild (Boleslavski, 1936), The Awful
Truth (McCarey, 1937), Holiday(Cukor, 1938), His Girl fi-iday(Hawks,
1940), Talk of the Town (Stevens, 1943), Here Cornes Mr. Jordan (Hall,
1943); et, bien entendu, les films de Capra, qui se démarquent d'ailleurs
rapidement de la screwball comedy pour créer leur genre propre.
Les réalisateurs de ces films sont plus souvent de passage à Columbia que
sous contrat. Hawks, s'il tourne trois de ses meilleurs films {20"' Century,
Only Angels Have Wings et His Girl Friday) pour le studio, travaille
aussi à la même époojue pour Samuel Coldwyn, pour Zanuck à la Fox, pour
RKO. The Whole Town restera le seul film de Ford pour Columbia
jusqu'en 1958. McCarey et Cukor ne feront qu'un film pour le studio. Les
metteurs en scène sous contrat les plus typiques sont Alexander Hall,
spécialiste de la comédie, Alfred E. Creen, cinéaste extrêmement éclectique,
un peu plus tard Charles Vidor, et, parmi les réalisateurs de films B, D. Ross
Lederman, Roy William Neill (respectivement metteurs en scène de The End
of the Trait et de The Avenger, cités plus haut), Albert S. Rogell et, plus
brièvement, Joseph H. Lewis (cinq westerns en 1940).
Comme pour les réalisateurs, les vedettes sont souvent de passage : Carole
Lombard ne fait que deux films pour Columbia, Katharine Hepbum un seul.
Irene Dunne, vedette à Universal, où elle se spécialisait dans les rôles
sentimentaux, voire lacrymaux (Back Street, Magnificent Obsession),
LES STUDIOS

passe à Columbia le temps de révéler son très grand talent comique dans
Theodora Goes Wild, puis dans The Awful Truth (elle reviendra au
studio en 1944-1945 pour deux autres comédies : Together Again et
Over 21). Cary Grant, plus régulier, se partage néanmoins entre Columbia
et RKO pendant toute cette période. En revanche, Jean Arthur est, pendant
les années 1935-1945, la vedette Columbia par excellence. Après dix ans
d'obscurité, elle est révélée par The Whole Toivn's Talking et surtout par
Mr. Deeds Goes to Town. Son palmarès est étincelant : You Can't Take
It With You, Only Angels Have Wings, Mr. Smith Goes to Was
hington, The Talk of the Town, The More the Merrier, pour ne citer
que les réussites majeures pour Columbia. Parmi les vedettes masculines sous
contrat se détache nettement Melvyn Douglas, acteur sous-estimé, sorte de
condensé de Clark Gable et de William Powell, dont l'élégance, l'humour, le
charme ironique font merveille aux côtés de Claudette Colbert (She
Married Her Boss), d'Irene Dunne (Theodora Goes Wild), de Jean
Arthur (Too Many Husbands), de Loretta Young (He Stayed for
Breakfast), de Joan Blondell (trois films, dont The Amazing Mr.
Williams), et même de Joan Crawford (They AU liissed the Bride), sans
oublier Dietrich et Garbo, mais pour d'autres studios(Angel et Ninotchka,
de Lubitsch, pour Paramount et MGM).
La screwball comedy jette ses derniers feux pendant les années de guerre, et la
production Columbia va être dominée par d'autres genres, notamment le
thriller et le film noir, la comédie musicale aussi, genre ignoré par Cohn
pendant les années trente. Columbia lance William Holden, Glenn Lord et
Rita Hayworth, qui sera la plus grande star (sinon la meilleure actrice) de
l'histoire du studio. Déjà remarquée dans Only Angels Have Wings et
Angels Over Broadway, elle s'impose dans trois musicals : You Were
Never Lovelier, You'll Never Gel Bich (tous deux avec Lred Astaire) et
Cover Girl (avec Gene Kelly) et atteint le sommet de la popularité avec
Gilda, qui est bientôt suivi par un chef-d'œuvre, The Lady From
Shanghai, de Welles. Après The Loves of Carmen (1948), Columbia
perd Rita Hayworth (c'est l'épisode Ali Khan), mais la retrouvera en 1952,
après son divorce, pour une nouvelle série de films (Salome, Miss Sadie
Thompson, Pal Joey, etc.) qui prendra fin en 1959 avec They Came to
Cordura. Lntre-temps, la liste des vedettes sous contrat s'est renouvelée.
Holden et Lord sont toujours là (ce dernier aura, en tout, une trentaine de
fihns Columbia à son actif entre 1940 et 1960), mais Judy Holliday, Jack
Lemmon (qui tournera 9 de ses 10 premiers films pour le studio) et Kim
Novak (dont Cohn voulait faire une nouvelle Rita Hayworth) ont fait leurs
débuts.
La contribution du studio au film noir, dominée par ces deux classiques :
Gilda et The Lady From Shanghai, compte entre autres des œuvres
comme My Name is Julia Boss et So Dark the Night, de Joseph
H. Lewis, Dead Beckoning (John Cromwell), Shockproof (Sirk), In a
Lonely Place (Ray), The Big Heat(Lang); et également deux productions
indépendantes de Stanley Kramer, The Sniper(Dmytiyk) et The Wild One
(Benedek); et, un peu en dehors du genre, AU the King's Men. Dans le
domaine du western, où le studio s'était peu illustré jusque-là, Columbia
distribue les films de l'équipe Budd Boetticher-Randolph Scott produits par
Harry Joe Brown :The Tall T, Décision at Sundown, Buchanan Bides
LES STUDIOS

Alone, Ride Lonesome, Comanche Station ; deux westerns d'Anthony


Mann, The Man From Laramie et The Last Frontier-, et trois de
Delmer Daves, Jubal, 3:10 ta Yuma et Cowboy.
Columbia n'a pourtant pas totalement abandonné la comédie : quelques-uns
des ses plus grands succès de la décennie sont les films de Judy Holliday {Jt
Should Happen ta ¥ou, Born Yesterday, Phffft!). Dans le domaine de
la comédie musicale, plus de grandes productions ambitieuses comme Cover
Girl, les deux films sur Al Jolson (Pal Joey est une exception), mais des
œuvrettes à très petit budget, souvent dirigées par Richard Quine ou Blake
Edwards (Sunny Side of the Street, Rainbow 'Round My Shoulder,
AU Ashore, So This Is Paris, Bring Your Smile Along), dont il faut
détacher ce petit chef-d'œuvre du genre, My Sister Eileen, de Quine, dont
Columbia avait déjà produit une version non musicale en 1942.
Mais le phénomène essentiel pour Columbia dans les années cinquante, et
qui achève de faire oublier la vieille image de marque du studio, est
l'importance prise par les films de prestige, drames psychologiques à thèse ou
superproductions «adultes» ; AU the King's Men (qui valut à Columbia
son troisième oscar du meilleur film - le premier en dix ans) avait montré la
voie en 1949, mais avait été un demi-échec financier. Au contraire, les grands
films de prestige des années cinquante(On the Waterfront, Front Here to
Eternity, Picnic, The Caine Mutiny, The Bridge on the River Ktvai)
furent de grands succès commerciaux aussi bien que critiques. Eternity,
Wateifront et Kivai, qui remportent chacun l'oscar du meilleur film et
celui de la meilleure mise en scène, ne totalisent pas moins de vingt-trois
oscars à eux trois.
Waterfront et Kwai étaient des productions indépendantes (financées et
distribuées par Columbia) de Sam Spiegel (qui se faisait encore appeler
S. P. Eagle à l'époque de Waterfront). Il devient le producteur Columbia le
plus prestigieux des années 1950-1960 avec ces deux films, suivis en 1962 de
Laivrence of Arabia. Kwai et Lawrence sont en fait des productions
britanniques, comme le seront plus tard d'autres succès du studio, tels A
Man for AU Seasons, Georgy Girl et Oliver!Ironiquement, Columbia
connut le premier déficit de son histoire l'année qui suivit The Bridge on
the River Kwai, un des ses plus grands succès. 1958 est aussi l'année de la
mort de Harry Cohn... Par la suite, le studio souffrira sans doute d'être
dirigé par des hommes qui furent plus des administrateurs que de véritables
producteurs, et ce jusqu'à l'arrivée du tandem Hirshfield-Begelman en
1973... Pour Columbia, la disparition de Harry Cohn marque vraiment la fin
d'une époque.

Studio sans studios, United Artists, seul des Majors à avoir été créé non par
des commerçants mais par des artistes - et quels artistes : Chaplin, Eairbanks,
Griffith, Pickford! -, occupe une place à part, et d'une importance capitale,
dans l'histoire de Hollywood. Entité distributrice avant tout, et productrice
seulement dans la mesure où elle finançait certains films, Enited Artists fut
pendant des décennies le principal débouché pour la production indépen
dante de qualité au sein d'une industrie dominée par les grands studios et
LES STUDIOS

leur monopole de fait. Les hauts et les bas de UA correspondent donc, en


gros, à ceux de la production indépendante aux Etats-Unis. Le triste déclin
du studio depuis 1980 (déclin à la fois qualitatif et quantitatif :en 1986, par
exemple, UA, fusionné avec MGM depuis plusieurs années, ne distribue que
cinq films, tous négligeables) ne doit pas faire oublier que United Artists, du
triomphe de Broken Blossoms (1919) au désastre de Heaven's Gâte
(1981), qui prélude à l'absorption par MGM,compte à son catalogue quelque
1600 titres, parmi lesquels un grand nombre d'œuvres majeures.
Il n'existe pas de «style UA» à proprement parler, puisque le studio n'était
pas directement impliqué dans l'aspect matériel et artistique de la production,
mais il y a des constantes United Artists, la principale étant un souci de
qualité - même si on peut parfois contester la conception de la qualité qui s'y
impose (le style Goldwyn, par exemple), et même si le studio, comme tous les
autres, eut sa part de productions purement alimentaires. Autre constante (si
l'on excepte une longue période de transition) : la stabilité administrative.
Joseph Scbenck tient les rênes de la compagnie de 1924 à 1935, le tandem
Arthur Krim-Robert Benjamin de 1951 à 1978.
Pendant les années vingt, l'essentiel de la production UA était constitué par
les contributions des fondateurs - surtout celles de Fairbanks et de Pickford -,
auxquels se joignent Buster Keaton et Norma Talmadge (amenés par Joseph
Sbcenck, qui prend la présidence en 1924), Gloria Swanson, qui quitte
Paramount pour produire ses propres fdms pour UA, Rudolpb Valentino, lui
aussi transfuge de Paramount (il tourne ses deux derniers pour UA). Ainsi, la
plupart des plus grandes vedettes du moment se retrouvent sous la bannière
United Artists. S'y retrouvent également d'importants producteurs indé
pendants : Samuel Goldwyn (qui signe un contrat de distribution exclusif
avec UA en 1924), Howard Hugbes, Mack Sennett, William S. Hart...
Résultat, un palmarès éblouissant : Broken Blossoms, Way Down East,
Orphans of the Storm (Griffitb), A Woman of Paris, The Gold Bush,
The Circus (Chaplin), The Mark of Zorro, The Three Musketeers,
Bobin Hood, The Thief of Bagdad (Fairbanks, dirigé par Dwan, Walsb
ou Niblo), The Général, Steamboat Bill Jr. (Keaton), Tumbleweeds
(Hart), Miss Sadie Thompson (Swanson, dirigée par Walsb), The Win-
ning of Barbara Worth (superwestern Goldwyn dirigé par Henry King,
qui lance Gary Cooper), sans oublier une douzaine de films de l'infatigable
Mary Pickford, et quelques œuvres résolument peu commerciales, comme le
Salome d'après Wilde, produit par Nazimova, et le premier fdm de
Stemberg, The Salvation Huniers.
Les fondateurs de United Artists étaient tous profondément enracinés dans le
cinéma muet (ils en avaient donné les premiers chefs-d'œuvre), et leurs
carrières respectives, à l'exception de celle de Chaplin, ne survécurent pas
longtemps au parlant. Griffitb tourne son dernier film en 1932, Pickford en
1933, Fairbanks en 1934. De même, Norma Talmage cesse de tourner en
1930, Swanson en 1934, Keaton (passé à la MGM en 1928) tourne son
dernier long métrage en 1933... En fait les acteurs-producteurs sont devenus
une rareté et un anachronisme ; le catalogue UA sera dominé toute la
décennie par les films des producteurs-producteurs, à commencer par les
deux grands indépendants : Goldwyn (qui ne quittera UA qu'en 1940) et
Selznick (dont UA distribuera tous les films de 1936 à 1945, à l'exception de
Gone With the Wind), ainsi que, plus brièvement, Howard Hugues
LES STUDIOS

(Scarface, The Front Page), Walter Wanger (You Only Live Once,
Stagecoach), Hal Roach {A Champ at Qjford, Saps at Sea, de Laurel
et Hardy, Topper Takes a Trip) et Disney (mais UA perdra ce dernier au
profit de RKO avant la sortie de Snow White). En 1933-1935, UA distribue
également les productions de 20''' Century Pictures, compagnie fondée par
Zanuck avec Schenck en 1933 (au moment de la fusion avec Fox, Schenck
quitte UA pour devenir président de la nouvelle firme, Chaplin, Fairbanks et
Pickford ayant refusé Zanuck comme partenaire).
On serait tenté d'écrire que le style UA à cette époque, si tant est qu'il existe,
est synonyme de style Goldwyn. Les productions Goldwyn dominent le
catalogue, ne serait-ce que numériquement : une cinquantaine de films, dont
34 entre 1930 et 1939. Un grand nombre d'entre eux sont des films de
prestige, et la plupart se révèlent des succès commerciaux. La carrière
d'Eddie Cantor et de ses comédies musicales, par exemple, est phénoménale :
Whoopee!, The Kid From Spain et Roman Scandais figurent tous
trois parmi les dix meilleures recettes des années trente. The Kid From
Spain arrive en troisième position (plus ou moins ex aequo avec San
Francisco de 20"'' Century-Fox) pour la décennie, après Gone With the
Wind et Snow White.
Dans un registre plus ambitieux, Goldwyn, assoiffé de respectabilité, adapte à
tour de bras les grands romans, qu'il s'agisse de classiques de la littérature
internationale (Nana, Résurrection - qui devient We Live Again -, Wuthering
Heights), ou d'oeuvres américaines contemporaines {Stella Dallas, Arrowsmith,
Dodsworth), et les succès dramatiques de Broadway (Dark Angel, The
Children's Hour - qui devient These Three -, Dead End, The Little Taxes),
Dans ce domaine, le style Goldwyn est lui-même associé au style Wyler, le
metteur en scène de prédilection du producteur (à ce sujet, on peut se
reporter au texte sur Wyler dans le Dictionnaire des réalisateurs).
1936-1937 sont deux années typiques de cette décennie et donnent une idée
de la teneur de la production UA et de son niveau : These Three, Come
and Cet It, Dodsworth, Dead End, The Hurricane, The Adventures
of Marco Polo (Goldwyn), Little Lord Fauntleroy, A Star Is Born,
Nothing Sacred, The Prisoner of Zenda, The Garden of Allah
(Selznick), You Only Live Once, History Is Made at Night (Wanger),
ainsi qu'un fort contingent de productions anglaises prestigieuses : Rem
brandt, Things to Come, Eléphant Boy, Pire Over England, Drums,
d'Alexander Korda.
En 1940, la compagnie est au sommet de la gloire, avec The Great
Dictator, Rebecca, The Long Voyage Home, The Westerner, The
Thief of Bagdad, Our Town. Ces films et quelques autres valent au studio
une quarantaine de nominations aux oscars ; Rebecca remporte celui du
meilleur film et celui de la meilleure photo noir et blanc. The Thief of
Bagdad gagne dans les catégories photo couleurs, direction artistique et
effets spéciaux. Mais ces triomphes préludent en fait à une des périodes les
plus sombres - économiquement du moins - de United Artists, période qui va
se prolonger pendant pratiquement toute la décennie. En 1941 et 1942, le
studio rentre tout juste dans ses frais, en 1944 il est déficitaire (pour la
première fois depuis 1932), et il le sera de nouveau en 1948, 1949, 1950.
Tous les grands noms qui avaient contribué à consolider l'image de marque
de UA au cours des années trente s'en vont les uns après les autres : Goldwyn
LES STUDIOS

et Wanger en 1941, Korda en 1942, Selznick en 1946 (bien que toujours lié
contractueliement, ce dernier ne donne aucun film à UA entre Rebecca et
Since Vou Went Away quatre ans plus tard ; il refusera de laisser UA
distribuer Duel in the Sun, pour lequel il formera sa propre société de
distribution).
Pour le cinéphile, toutefois, la production UA des années quarante est loin
d'être inintéressante. Il y a d'abord, bien sûr, les quelques œuvres majeures
incontestables : Monsieur Verdoux, Ta Be or Not To Be, The Shanghai
Gesture, Spellbound, Bed Biver... Par ailleurs, les producteurs qui
prennent la relève, sous des apparences plus discrètes que les Goldwjm et les
Selznick, se révèlent souvent remarquablement inventifs. Une partie de ce
nouveau contingent est d'origine européenne (Arnold Pressburger, Seymour
Nebenzal, les frères Hakim) et, coïncidence ou non, les sujets traités sont
souvent eux-mêmes européens, et plus particulièrement français : adaptations
de Maupassant {The Private Affairs of Bel-Ami), Mirbeau (The Diary of
a Chambermaid), Dumas (The Corsican Brothers, Black Magic),
Pierre Benoit (Siren of Atlantis, lointainement inspiré de iAtlantide), des
mémoires de Vidocq (Scandai in Paris). Les réalisateurs d'origine
européenne - nouveaux arrivants ou hollywoodiens de longue date - dominent
eux aussi, qu'ils soient français (Renoir, Clair, Florey, Moguy), allemands
(Sirk, Lubitsch, Ulmer) ou russe (Ratoff).
Parmi les producteurs bien américains figurent Benedict Bogeaus, qui
deviendra le spécialiste des petites productions fauchées, mais originales, et
qui, à ses débuts, est tout à fait ambitieux (The Bridge of San Luis Bey,
Diary of a Chambermaid)-, Albert Lewin, également ambitieux, qui
produit So Ends Dur Nighl, de Cromwell d'après Remarque, et les
adaptations littéraires qu'il écrit et dirige lui-même (The Moon and
Sixpence, Bel-Ami), le prolifique Edward Small (associé à UA depuis
1934), qui produit un peu de tout, des fibns de cape et d'épée, comme
l'excellent Corsican Brothers, aux farces traditionnelles (dont Dwan tourne
une série de remakes, par exemple l'hilarant BrewstePs Millions).
United Artists renoue aussi avec la tradition des acteurs-producteurs, en
distribuant les films des frères Cagney (Johnny Come Lately, Blood on
the Sun) et des frères Crosby. Vers la fin de la décennie, UA distribue les
productions d'un nouveau studio indépendant aux méthodes originales,
Enterprise, qui, malheureusement, sera coulé par l'échec financier de la
plupart de ses films, notamment Arch of Triumph (leurs meilleurs films :
Force of Evil, qui fut distribué par MGM, et Body and Sont). Stanley
Kramer, qui avait été producteur associé d'Albert Lewin, produit lui-même
Champion et Home of the Brave, marquant le début d'un nouvel âge
d'or pour la production indépendante. Comme il se devait, UA jouera un rôle
essentiel dans cette renaissance.
Les jeunes cinéphiles qui découvraient le cinéma américain dans les années
cinquante ne pouvaient manquer de remarquer la fréquence avec laquelle le
discret logo UA apparaissait au générique de petits films passionnants - le
plus souvent des thrillers, plus rarement des westerns -, dirigés par des
nouveaux venus la plupart du temps, films régulièrement négligés par la
critique de la grande presse, mais qui, pour les amateurs, constituaient une
des raisons principales de placer ce cinéma alors tant décrié au-dessus de tout
autre. La liste de ces réalisateurs est éloquente : Aldrich, Boetticher, Karlson,
LES STUDIOS

Kubrick, Lewis (J.H.), Losey, Mann (Anthony, mais aussi Delbert), Oswald,
Parrish, Siegel... Quelques titres, cités chronologiquement : Gun Crazy, He
Ran AU the Way, The Prowler, Park Roiv, Apache, Mght of the
Hanter, Kiss Me Deadly, KillePs Kiss, The Killer Is Loose, The
Killing, Sweet Smell of Success, Raby Face Nelson, Men in War,
The Wonderful Country, Day of the Outlaw... Cela pour s'en tenir à des
films qui, en leur temps, restèrent pour la plupart relativement obscurs. Il y
a, bien entendu, les œuvres célèbres et admirées, souvent à juste titre, de The
African Queen (1951) et Limelight (1952) à Some Like R Mot (1959),
et, en 1960, année où UA atteint un sommet artistique équivalant à celui de
1940, The Apartment, Elmer Gantry, Exodus, The Unforgiven, The
Magnificent Seven.
Les indépendants les plus connus produisant pour UA sont évidemment
Stanley Kramer et le tandem Harold Hecht-Burt Lancaster (qui deviendra un
trio avec l'adjonction de James Hill). Stanley Kramer produit The Men
(premier film de Brando), le célèbre High Noon, The Défiant Ones, qu'il
dirige lui-même, tous films pleins de bonnes intentions, mais commence assez
tôt à s'égarer dans de douteuses grosses productions strictement commerciales
{Not As a Etranger, The Pride and the Passion). Le palmarès de
Hecht-Lancaster (avec ou sans Hill) est limité, mais impressionnant :
Apache, Vera Cruz, Sweet Smell of Success (tous trois avec Lancaster
en vedette) et, dans un registre très différent, Marty et The Rachelor
Party, films importants, ne serait-ce qu'historiquement, car ils initièrent une
collaboration entre la télévision et le cinéma, deux médias jusque-là
totalement et farouchement étrangers l'un à l'autre.
En plus des réalisateurs nouveaux venus déjà nommés (Aldrich, Fuller,
Kubrick...), les principaux metteurs en scène nouvellement indépendants et
distribués par UA sont Huston (The African Queen, Moulin Rouge,
Real the Devil), Preminger, qui défie le code de la production, avec The
Moon Is Elue et The Man With the Golden Arm (UA démissionne de la
MPAA quand le code refuse son sceau à ce dernier), Mankiewicz (The
Rarefoot Contessa, The Quiet American). C'est aussi une époque où de
nombreux acteurs se lancent dans la production indépendante. Kirk Douglas
fonde Bryna, John Wayne Baijac ; leurs films(Paths of Glory, The Indian
Fighter, Legend of the Lost, The Alamo...) sont distribués par UA.
La prospérité de la compagnie pendant les années cinquante correspond à
une période de stabilité unique : Arthur Krim et Robert Benjamin,
respectivement président et chairman du conseil d'administration, resteront
en poste plus de vingt-cinq ans. Ils réorganisent United Artists, développant
la participation aux financements, et encouragent les créateurs indépendants.
En 1956, ils deviennent seuls propriétaires de la compagnie après avoir
racheté les actions encore détenues par Chaplin et Pickford. UA est coté en
Bourse en 1957, pour la première fois de son existence. L'acquisition par
Transamerica dix ans plus tard affectera assez peu le mode d'opération de
l'équipe Krim-Benjamin, du moins dans les premiers temps. 11 faudra dix ans
pour que les tensions entre la maison mère et le studio s'aggravent au point
d'entraîner le fracassant départ de Krim et de son équipe. Entre-temps, Krim
était devenu une figure légendaire, un des executives les plus admirés et
respectés de Hollywood.
LES STUDIOS XLVIII

En 1957, les frères Mirisch fondent The Mirisch Company, qui fournira à
UA bon nombre de ses plus grands succès des dix ou quinze années
suivantes : West Side Story, The Great Escape, In the Heat of the
Mght, The Thomas Crown Affair, la série des Pink Panther et tous les
films de Billy Wilder à partir de Some Like It Hot (Wilder et Blake
Edwards sont les piliers de la Mirisch et donc de UA, avec une dizaine de
films chacun pour la compagnie). Wise, Jewison et John Sturges sont parmi
les autres réalisateurs maison. Pendant la même période, UA développe ses
rapports avec le cinéma britannique, distribuant tous les films de la série
«James Bond» (qui se révéleront infaillibles au box-office), les films des
Beatles (et une demi-douzaine d'autres films de Richard Lester, leur metteur
en scène, de The Knack à Juggernaut), aussi bien que le Marat/Sade,
de Peter Brook (rare exemple d'un film «art et essai», voire d'avant-garde,
distribué par un Major), et les douteuses adaptations de Jean Genet et de
Marguerite Duras par Tony Richardson...
Si les autres studios perdent leur style distinctif pendant les années soixante,
parfois plus tôt, on peut paradoxalement continuer à déceler une certaine
continuité à United Artists, studio sans «style», sans doute parce que la
compagnie se distinguait par une approche, une philosophie, plutôt que par
des caractéristiques formelles - approche et philosophie qui se maintiennent
pendant tout le règne d'Arthur Krim. Pendant cette période, Woody Allen
devient l'auteur UA par excellence. Tous ses films, produits par Jack Rollins
et Charles Joffe dans une très grande indépendance par rapport au
distributeur, seront des films UA jusqu'au départ de Krim, qu'Allen et ses
producteurs suivront à Orion... On continue à trouver dans ia production
United Artists, à côté de films franchement commerciaux, le même souci de
qualité, la même disposition à prendre des risques avec des sujets difficiles et
des réalisateurs peu connus. Quelques-uns des films américains les plus
attachants (et les moins commerciaux) de la période (Inserts, de John
Byrum, CuttePs Way, d'Ivan Passer, Who'll Stop the Rain ?, de Karel
Reisz, Thief, de Michael Mann, produit par sa vedette, James Caan) viennent
de United Artists. Même Rocky semblait au départ un projet relativement
peu commercial, voire risqué, avec comme vedette et scénariste un acteur
pratiquement inconnu qui n'avait jamais rien écrit.
Pour beaucoup, le départ de Krim et de son équipe en 1978 (départ qui
survient, symboliquement, entre la mort de Chaplin un an plus tôt et celle de
Mary Pickford en 1979) marque la fin de United Artists, même si le studio se
survit à lui-même à travers les multiples vicissitudes des dix années suivantes
: le désastre de Heaven's Gâte, l'absorption par MCM, l'acquisition de
MCM/UA par Ted Turner (pour leur catalogue) et leur rachat par Kirk
Kerkorian. Aujourd'hui le studio, sous la raison sociale MCM/UA Communi
cations Co., est en veilleuse, le moins actif des Majors (si tant est que l'on
puisse encore le considérer comme un Major). Pendant les années quatre-
vingt, seuls les « James Bond » et les Rocky ont assuré sa survie commerciale.
Si l'esprit United Artists subsiste néanmoins, c'est à Orion, que Krim et ses
partenaires, Eric Pleskov, William Bernstein et Mike Medavoy (Benjamin est
mort en 1979), ont réussi à bisser au rang des Majors en pratiquant les
mêmes méthodes que jadis à United Artists. Les films de Woody Allen
symbolisent cette continuité, mais bien d'autres la soulignent également :
Under Pire, Desperately Seeking Susan, Hoosiers, Something Wild,
LES STUDIOS

Married to the Mob, Colors, tous des projets originaux, personnels, au


potentiel commercial souvent problématique. Et comme Rocky dix ans plus
tôt à UA, Platoon, très gros succès commercial et détenteur de quatre
oscars, dont meilleur film et meilleure réalisation, se présentait au départ
comme une entreprise risquée... Notons enfin que, toujours dans la même
tradition de qualité et d'originalité, Orion Classics, la division spéciabsée
dans l'acquisition des films étrangers, a constitué depuis 1982 un catalogue
impressionnant, de Ran, de Kurosawa, au Sacrifice, de Tarkovski, en
passant par tous les films d'Eric Rohmer (les responsables de la division
viennent eux aussi de UA, où ils animaient précédemment une division
similaire) ; Orion Classics est la seule survivante de ces sections spécialisées
des Majors qui proliférèrent au début des années quatre-vingt, et ils ont
obtenu des succès inattendus et spectaculaires avec les Ailes du Désir, de
Wim Wenders, et Chocolat, de Claire Denis.
EVOLUTION
DE HOLLYWOOD
Le tableau qui suit retrace, année par année, l'évolution du cinéma américain de 1940 à 1993.
L'étude de chaque année est divisée en trois parties : les faits, les œuvres et les talents.

LES FAITS

L'évolution économique, structurelle, corporative, technologique, juridique et sociale.

LES ŒUVRES

Sélection forcément arbitraire, mais (jui se veut représentative, des films marquants de l'année,
choisis le plus souvent pour leur qualité artistique, mais aussi, le cas échéant, pour leur importance
commerciale ou historique (après chacjue titre fijïure le mois de distribution aux Etats-Unis). Les
titres sont donnés sans ordre particulier, mais sont parfois groupés par «affinités» (de genre, de
sujet, etc.).
Nous avons fait suivre celle sélection de trois rubriques annexes :
A REDECOUVRIR : films peu connus et intéressants que nous avons vus ou revus {lendant la
rédaction de l'ou\Tage. ou dont la réputation auprès de certains cinéphiles justifie qu'on en
recommande la vision.
LE COIN DU NANAR : évocation de (juelques-uns des produits les plus ahurissants, les plus
hilarants (involontairement, toujours) du cinéma de série Z ultra-fauché, type de production
aujourd'hui défunt.
COURTS MEJRAGES:sélection, très brièvement commentée, de quelques-uns des shorts marquants
de 1 année. Il s'agit pratiquement toujours de films d'animation, le court métrage de prise de vues
directe échappant rarement à la médiocrité pendant la période considérée (nous excluons la
production dite d avant-garde, trop confidentielle)'.

LES TALENTS

Sélection d'événements marquants dans la carrière de personnalités cinématographiques. Pour la


période 1940-1965, ce tableau reprend le texte de notre précédente édition, revu, corrigé et
augmenté le cas échéant.
Nous indiquons en tête de la première de ces trois parties le film ayant obtenu l'oscar de la
meilleure production pour l'année, et le nombre de films américains distribués au cours de l'année.
Notre source principale pour ce dernier chiffre est le Eilm Daily Kear6ooA: jusqu'en 1969 (le
Yearbook cesse de paraître en 1970), et Ylnteniational Molion lecture Almanac. ainsi <|ue le
magazine corporatif Variety par la suite. A partir de 1969, seuls les films au financement américain
sont pris en considération, d'où une chute sensible du nombre de litres distribués. Ce nombre doit
de toute façon être pris sous toute réserve pour les années soixante-dix et quatre-vingt, car la
nationalité exacte des coproductions tournées à l'étranger et la nature de leur financement sont
parfois difficiles à établir.

1. Cette sélection n'est représentative que jusque vers 1965 environ. En effet, les studios ayant cessé
de produire des courts métrages (et les salles ayant cessé d'en programmer) vers la fin des années
soixante, la production devient ensuite artisanale, marginale, et médiocrement ou pas du tout
diffusée, du moins commercialement. (Notons cependant ({u'eii 1988, à la suite du succès de Who
Framed Roger Rabbii et de son personnage, les studios Disney ont décidé de reprendre la
production de courts métrages de première partie : Tuntnty Trouble et Roiler Coasier Rabbit,
les deux premiers, ont été distribués respectivement avec Honey, / Shrunk the Kids. 1989, et
Dick Tracy, 1990.) Pour les vingt-cinq premières années de la chronologie, toutefois, nous avons
tenu à rendre hommage à l'extraordinaire richesse du dessin animé américain, que la nature du livre
ne nous permet pas de commenter par ailleurs.

OSCAR : REBECCA
1940 PRODUCTION : 477 films

LES FAITS

A la suite d'une action en justice intentée par le gouvernement en 1938, contre les distributeurs
(New York Equity Suit), les cinq Majors acceptent, pour une période d'essai, les dispositions d'un
Consent Decree (jugement rendu par une cour avec l'accord des parties) dont le but est de protéger
les exploitants contre l'arbitraire dans l'organisation de la distribution, et en particulier contre les
excès du block-booking (obligation pour les exploitants d'acheter les droits d'exploitation pour un
groupe de films «en bloc», et non un par un). Les trois Minors (Columbia, Universal et United
Artisls) ayant refusé de signer cet accord, le gouvernement poursuit contre eux la procédure
engagée.
A la suite de sa désignation, en 1939, par le National Labor Relations Roard, comme seul
représentant officiel des intérêts des écrivains de cinéma, la Screen Writers Guild signe un accord
avec la Motion Piclure Producers and Distributors of America (MPPDA). Les termes screenplay
(scénario) et orignal story (sujet original) y sont définis et le texte précise que ni l'un ni l'autre de
ces deux stades de l'histoire ne pourra être signé au généri(|ue par plus de deux ou, dans des cas
très exceptionnels, trois auteurs (mis à part le cas des auteurs travaillant de façon régulière en
équipe, comme Billy Wilder et Charles Brackett, l'éfjuipe comptant alors pour un seul). Un
producteur ne peut signer un scénario, à moins de l'avoir entièrement écrit lui-même. La Guild
arbitrera les différends opposant écrivains et producteurs ou écrivains entre eux.
Premières émissions publiques de télévision prévues par NBC mais interdites par le gouvernement
jusqu'à l'établissement d'une réglementation de la transmission.

LES ŒUVRES Brackett (après Midgnight. 1939). Très originale


comédie «engagée» qui mêle audacieusement mari
vaudage et drame.
The Great McGinty (août). Satire de la cor The Grapes of Wrath (mars). The Long Voyage
ruption politique. Brian Donlevy «gouverneur Home (novembre). Ford signe deux adaptations
malgré lui». La première mise en scène de Preslon littéraires (jui ouvrent une période de recherches
Sturges. formelles ambitieuses.
Remember the Night (janvier). Un des chefs
d'œuvre du réalisateur Mitchell Leisen et du scé The Sea Hawk (août). Un des grands classiques
nariste Preston Sturges (dont c'est le dernier script du film de pirates, écrit par Howard Koch, magis
pour un autre). Une voleuse et le jeune procureur tralement dirigé par Michael Curtiz.
chargé de la condamner passent les fêtes de Noël à The Wesierner (septembre). Wyler revient au
la campagne dans la famille de celui-ci. Un miracle western, genre de ses débuts. Ralenti, réfléchi,
de délicatesse et d'humour. intellectuel. Décrit par un critifjue français comme
Arise My Love (octobre). Nouvelle réussite de «le Dernier des Mohicans récrit par William Faulk-
l'équipe Mitchell-Leisen-Billy Wilder-Charles
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

The Letter (novembre). Brillant mélo d'après la LES TALEMTS


pièce de Somerset Maugham, adaptée par Howard
Koeh. TJn des meilleurs films de Wyler et un des
meilleurs rôles de Bette Davis.
Engagé l'année précédente comme réalisateur-
producteur par la RKO, avec entière liberté pour
The Great Dictator (octobre). Chaplin, à la fois le choix de ses sujets et de ses collaborateurs,
Chariot et Adolf Hitler, dans une œuvre comique Orson Welles travaille à deux projets qu'il aban
et idéologi(|ue ; c'est le plus ambitieux de ses films. donne pour Citizen Kane. Tournage d'août à
novembre.
His Girl Friday(janvier). Nouvelle version fulgu
rante de The Front Page par Howard Hawks et L'équipe John Ford-Dudley Nichols-Gregg Toland
reformée pour The Long Voyage Home.
Charles Lederer, qui changent le sexe d'un des
deux personnages principaux. 92 minutes de dia Deux Anglais, Alfred Hitchcock et Robert Ste
logue ininterrompu, mené à un rythme vertigineux. venson, tournent leur premier film à Hollywood
(Rebecca, Tom Brown*s Schooi Days).
Pinocchio (février). Trois ans après Snow Ben Hecht signe sept scénarios en deux ans
White, les studios Walt Disney se surpassent avec (1939-1940), dont un codirigé et produit par lui-
leur chef-d'œuvre. L'art de l'animation classique à même : Àngels Over Broadway.
son apogée.
Oscars d'interprétation ; James Stewart pour The
Fantasia (novembre). Le dessin animé au service Philadelphia Story. Ginger Rogers pour Kitty
de la musique classique et réciproquement. Inégal, Foyle.
mais de grands moments d'animation (Mickey en Autres interprétations mémorables de l'année :
apprenti sorcier; l'hilarante Danse des heures exé James Stewart et Margaret Sullavan dans The
cutée par un corps de ballet d'autruches et d'élé Shop Around the Corner, Rosalind Russell
phants). dans His Girl Friday, Judith Anderson dans
Rebecca, Henry Fonda et Jane Darwell dans The
The Shop Àround the Corner (Janvier). vie Grapes of Wrath, Akim Tamiroff et Brian Don-
quotidienne des employés d'une boutique à Buda levy dans The Great McGinty, Errol Fiynn dans
pest, d'après une pièce hongroise entièrement The Sca Hawk. Bette Davis dans The Letter et
récrite par Samson Kaphaelson pour Ernst Ali This and Heaven Too, Walter Brennan dans
Lubitsch. Une parfaite réussite de la comédie senti The Westerner, Barbara StanA\7ck dans Remem-
mentale. Le film favori de Lubitsch, ber the Night. Ida Lupino et Ann Sheridan dans
They Drive by Night, Edward G. Robinson dans
LE COIN DU NANAR : Turnabout(Hal Roach). Dr. Ehrlich^s Magic Ballet, Raymond Massey
Une sorte de fakir intervertit les sexes dans un dans Abe Lincoln in lllinois, Elia Kazan dans
couple. Sujet exceptionnel pour l'époque, atro City for Conquest et, bien entendu, Charlie
cement mal traité, mais qui reste une réelle curio Chaplin dans The Great Dictator.
sité. Débuts à l'écran d'Anne Baxter (Twenty Mule
Team, The Great Profile), Dana Andrews (The
COUim METRAGES (animation) : A Wild Hare Westerner), Glenn Ford {Heaven With a Bar-
(Tex Avery). Moment d'histoire : premier véri bed Wire Fence pour Fox et 6 films Columbia
table Bugs Runny. première rencontre Bugs-Elmer dont Lady in Question où il est pour la première
Fudd, premier fVhat's up. Doc? fois partenaire de Rila Hayworth), Robert Ryan
Knock Knock (Waller Laniz). Première appa {Golden Gloves) et du tandem Abbott et Costello
rition de Woody Woodpecker. Andy Panda le {One Night in the Tropics).
capture en lui mettant du sel sur la queue.
You Ought to Be in Pictures (Friz Freleng).
Premier des films du trio Bing Crosby. Bob Hope
et Dorothy Lamour pour Paramount : Road to
Daffy Duck persuade Porky Pig d'abandonner les
dessins animés pour devenir vedette de «vrais»
Singapore.
films. Mélange d'animation et de prise de vues Bob Hope reçoit un oscar spécial «en reconnais
directe. Ap[)arition de Léon Schlesinger, qui sance de ses services bénévoles pour l'industrie
déchire le contrat de Porky. cinématographique ».
OSCAR : HOW GREEN WAS MY VALLEY
PRODUCTION : 492 films

LES FAITS

Consent Decree : le système d'arbitrage établi par la MPPDA statue sur 78 cas et, pour 7 d'entre
eux, donne raison aux exploitants.
Grève de 61 jours des animateurs chez Walt Disney. Ils obtiennent une augmentation de salaire de
10 % rétroactive, mais Walt Disney se refuse à reconnaître leur syndical.
En mai 41 le premier vrai accord est signé entre les producteurs et la Screen Writers Guild,
reconnaissant l'exislence de la Guild et établissant un salaire plancher de 120 dollars par semaine,
malgré l'opposition véhémente de Harry Warner qui voit là «un complot communiste destiné à
détruire les Studios».

La Screen Actors Guild obtient des augmentations de salaires (cent dollars par semaine minimum
pour les acteurs non attachés par contrat ou payés à la journée); de meilleures conditions de travail ;
et de nouveaux avantages, en particulier un droit de regard sur les génériques et la manière dont les
scénaristes y sont mentionnés.
Joseph M. Schenck, président de 20th Century-Fox, est condamné à un an de prison pour fraude
fiscale et corruption de dirigeants syndicaux.
Spyros Skouras, jusque-là responsable de la chaîne des salles Fox, devient président du studio,
succédant à Joseph M. Schenck. démissionnaire.
Le producteur indépendant Samuel Goldwyn quitte llnited Artists pour RKO.
William Randolph Hearst essaie d'empêcher la sortie de Citizen Kane. Louis B. Mayer propose à
RKO d'acheter le négatif pour le détruire. A sa sortie, le film est boycotté par les journaux de la
presse Hearst.
7 décembre : attaque japonaise sur Pearl Harbor. Entrée en guerre des Etats-Unis. Création de
l'Office of War Information dont le Bureau cinématographique assurera la liaison entre Washington
et Hollywood. Il doit se consacrer en particulier à superviser la diffusion de films d'information et
de propagande officielle relative a la guerre.
TELEVISION. La chaîne NBC diffuse ses premières émissions commerciales à New York.
Démonstrations de télévision en couleurs et de transmission télévisuelle sur grand écran en salle de

LES ŒUVRES Meet John Doe (mai). L'homme de la rue


existe-t-il ? Une chasse à l'Américain moyen aboutit
à Gary Cooper. Une fois de plus, Capra fonde une
Citizen Kane (septembre). Bilan de vingt ans de comédie sur sa propre conception de la société et
cinéma et manifeste des vingt ans à venir. Orson de la morale. Un chef-d'œuvre d'intelligence et de
Welles entre dans l'histoire dès son premier film. subtilité.
The LUtle Foxes (août). Après These Three
(1936), Wyler adapte une autre pièce de Lillian Sergeant York (septembre). Un héros de la
Hellman, avec Bette Davis à la tête d'une famille Première Guerre mondiale glorifié par Howard
diabolique. Psychologie et qualité dans la tradition Hawks. Guerrier récalcitrant, Gary Cooper cap
de Dodsworth et Jezebel. ture tout de même une compagnie entière à lui tout
seul. Un de ses rôles majeurs.
The Maltese Falcon (octobre). Troisième version
filmée du roman de Dashiell Hammett, ce premier
film dirigé par John Huston inaugure néanmoins How Green Was My Valley (octobre). La désin
officiellement, pour les historiens français, ce tégration d'une famille de mineurs au pays de
qu'ils appelleront le «policier noir». Huston intro Galles. Malgré la noirceur du sujet, John Ford fait
duit son thème favori : la quête absurde. Dis du film un hymne aux valeurs traditionnelles et
tribution sublime. exalte l'esprit communautaire.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

The Sea Wolf (mars). Splendide adaptation de épisode - My Friend Bonito - au Mexique, en
Jack London. Un des grands Michael Curtiz. Scé novembre) et Journey inlo Fear (dont Welles
nario de Robert Rossen. confie également la mise en scène à Foster, lui
faisant interrompre le tournage de My Friend
TTie Lady Eve (février), Sullivan'8 Travels
Bonito).
(décembre). Deux classiques de Preston Sturges.
Henry Fonda, fils de famille passionné d'ophio- John Huston, qui débute dans la mise en scène
logie («Les serpents sont toute ma vie»), est avec The Maltese Falcon, signe aussi deux scé
arnaqué par un cou[>le père-fiIle de joueurs pro narios importants : High Sierra et Sergeant
fessionnels(The Lady Eve); Joël McCrea, célèbre York.
réalisateur de comédies, décide de tourner un film
Fred Zinnemann tourne son premier long métrage
à contenu «social» [Sullivan^S Travels).
à Hollywood {Kid Glove Killer).
Man Hunl (juin). Walter Pidgeon réussit presque
à assassiner Adolf Hitler et est pourchassé par les
Autres débuts dans le long métrage : Jules Dassin
nazis dans un Londres expressionniste. Un très (Nazi Agent), Jean Negulesco (Singapore
grand suspense de Fritz Lang. Woman), Irving Rapper (Shining Victory),
George Sidney (Free and Easy).
High Sierra (janvier). Gangster sentimental et
Jean Renoir, René Clair et Robert Siodmak
malchanceux. Humphrey Bogart meurt dans la
montagne. Script de John Huston et W. R. Burnett tournent leur premier film à Hollywood (Swantp
(d'après le roman de ce dernier). Raoul Walsh dans
Water, The Ftame of New Orléans, West
sa grande période Warner (ses trois autres films de Point Widow).
l'année : The Slrawberry Blonde, Manpower John Ford reçoit l'oscar de la meilleure mise en
et They Died Hllh Iheir Boots On). scène (pour la seconde année consécutive) pour
Suspicion (septembre). Cary Grant cherche-t-il
How Green Was My Valley. Autres oscars pour
ou non à tuer Joan Fontaine? Un suspense en ce film : photo (Arthur Miller), décor et second
valse-hésitation d'Alfred Hitchcock, qui ne répond rôle (Donald Crisp), en plus de «meilleur film».
pas à la question. Oscars d'interprétation à Joan Fontaine (Suspi
cion) et Gary Cooper (Sergeant York).
Ihe Shanghai Gesture (décembre). Huis clos Walter Huston incarne le diable dans AU That
infernal dans une salle de jeu. Un monument Money Can Buy, Claude Rains un envoyé du ciel
d'exotisme baroque et d'érotisme trouble. Le der dans Here Cornes Mr. Jordan.
nier grand film hollywoodien de von Sternberg.
Autres interprétations mémorables de l'année :
A REDECOUVRIR Among the Living Barbara Stanwyck dans Meet John Doe, The
(décembre), The Face Behind the Mask Lady Eve et Bail of Fire\ Olivia De Havilland
(février). Deux remarquables et originales séries B dans Hold Back the Dawn, Dorolhy Comingore
dues à Stuart Heisler et Robert Florey. dans Citizen Kane, Gary Cooper dans Meet
COURTS METRAGES (animation) : Chef Donald John Doe. Sydney Greenstreet et Peter Lorre
(Jack King). Donald fait des gaufres au béton. The dans The Maltese Falcon, Mary Astor dans The
Great Lie et The Maltese Falcon.
Trial of Mr. Wolf (Friz Freleng). Version révi
sionniste du Petit Chaperon rouge, présentant le Premier <les deux films de Fred Aslaire avec Rita
point de vue du loup. Hayworth (YouJl Never Gel Rich).
Débuts à l'écran d'Orson Welles, Joseph Colten,
Agnes Moorehead, Everelt Sloane (tous dans Citi
zen Kane). Sydney Greenstreet (The Maltese
LES TALENTS Falcon).
Débuts du compositeur Bernard Herrmann, qui
Orson Welles entreprend trois films : The Magni- signe la musi({ue de Citizen Kane et de AU That
ficent Àmbersons (tourné d'octobre 1941 à jan Money Can Buy (oscar). Premier film améri
vier 1942), /#'s AU True (film à skelches dont cain du compositeur hongrois Miklos Rozsa (That
Norman Foster commence à diriger le premier Hamilton Woman).
OSCAR : Mrs. MINIVER
PRODUCTION : 488 films

LES FAITS

Consent Decree :le ^ouvernemenl n'ayanl pu faire aboutir dans les délais prescrits son action contre
les trois Minors, les Majors sont décapés des obligations stipulées par le décret.
George Schaefer est remplacé par Charles Koerner à la tête de la production RKO.
William Goetz remplace Darryl F. Zanuck à la tête de la Fox pendant que celui-ci est sous les
drapeaux.
LA GUERRE. I^e nombre des membres de la profession appelés sous les drapeaux ou engagés au
cours de l'année est évalué à près de 28000. dont 5177 dans la branche production (541 acteurs,
224 scénaristes, 32 réalisateurs, 3000 techniciens...).
A la fin de l'année, le gouvernement décide que les producteurs devront désormais soumettre leurs
scénarios à l'approbation de l'Office of War Information.
Les studios produisent bénévolement plus de 150 films de formation à l'usage des forces armées.
Création du War Activities Committee et du Hollywood Victory Committee qui organisent la
participation de l'industrie cinématographique à l'effort de guerre. En septembre, une gigantesque
campagne de toute la profession fait vendre pour près d'un milliard de dollars de fVar Bonds (titres
d'emprunts de guerre).
Le Bureau de stabilisation économique fixe à 25 000 dollars par an le plafond des salaires pour les
membres de la profession.

LES ŒUVRES The Major and the Minor (septembre). Ginger


Rogers. déguisée en fillette, intrigue et trouble Ray
Milland dans cet ancêtre faussement innocent de
The Magnificent Ambersons (juillet). Grandeur Lolita, qui marque les débuts de Billy Wilder dans
et décadence d'une famille américaine à travers la mise en scène à Hollywood. Brillant scénario de
plusieurs générations. D'un roman de Booth Tar- Wilder et Charles Brackelt.
kington qui eût pu inspirer un William Wyler.
Orson Welles tire un film esthélifjuemeni aussi Gentleman Jim (octobre). Biographie de James
neuf que Citizen Kane. mais le public et la Corbett, le premier champion du monde de boxe
critique boudent. poids lourd. Un nouvelle collaboration Walsh-
Flynn, admirable {l'énergie et de vitalité.
Mrs. Miniver (mai). Œuvre de circonstance
aujourd'hui très datée. L'Angleterre en guerre vue To Be or Not to Be (mars). Un vaudeville anti
de Hollywood. Greer Garson in<;arne la ténacité du hitlérien d'Ernst Lubitsch. Jeu dangereux, partie
peuple britannique et obtient un oscar pour sa gagnée : le maître réussit à amuser sans choquer et
])eine. Autres oscars : meilleur film, meilleure mise mène à bien avec brio cet exercice de corde raide.
en scène (William Wyler).
Yankee Doodle Dandy (juin). Biographie
Woman of the Year (février). Les difficultés conventionnelle du chanteur-compositeur George
conjugales d'un chronifpieur sportif et de son M. Cohan (mort en 1942. peu après la fin du
épouse, journaliste internationale, l^^e premier film tournage). Un des grands rôles de James Cagney.
du couple Spencer l'racy-Katharine Hepburn. la
meilleure comédie de George Stevens. Cat Peopie (novembre). Val Lewton et Jacques
Tourneur inventent le fantastique suggéré et la
The Black Swan (décembre). Film de pirates,
terreur en sourdine. Deux scènes d'anthologie : la
bien réalisé par Henry King, très pictural (photo
de Léon Shamroy).
piscine et la traversée nocturne de Central Park.

Wake island (août). Un des premiers films ins Keeper of the Flame (décembre). Spencer Tracy
pirés par la guerre dans le Pacifiiiue (John Far- découvre (]u'un héros américain est en fait un
row). Un ton qui se veut documentaire, réaliste, fasciste. Le film le plus politique de George
mais aussi beaucoup de clichés. Cukor. Ecrit par Donald Ogden Slewarl.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Native Land. Documentaire social qui marque Frank Capra supervise la série de films de pro
Taboutissement de Fronlier film fondé par le pho pagande Why We Fight produite par les services
tographe Paul Strand avec l'aide de John Dos spéciaux de l'armée de terre à l'usage des troupes
Passos, Lillian Hellman, Clifford Odets et Lewis (seul le premier titre. Préludé to War, sera dis
Milestone. Strand coréalise (avec Léo Hurwitz) et tribué en salles).
photographie ce film incroyablement engagé pour
l'époque, qui mêle actualités, reconstitution, plans Val Lewton est engagé par RKO pour produire une
documentaires et images stylisées pour stigma série de films d'horreur à petit budget.
tiser la violation des droits civils. Le producteur et scénariste Albert Lewin dirige
A REDECOUVRIR : The Âffairs of Jimmy son premier film, The Moon and Sixpence.
Valentine (Bernard Vorhaus), pour la photo de Anthony Mann tourne son premier film, Dr.
John Alton et un ton inhabituel.
Broadway.
COURTS METRAGES (animation) : Blits Wolf
James Cagney, au sommet de sa carrière, reçoit à
(Tex Avery). Les trois petits cochons (dont Sergent
Pork) et un loup hitlérien.
la fois l'oscar et le prix de la critique new-
yorkaise pour son interprétation dans Yankee
Doodle Dandy.

LES TALENTS Débuts à l'écran de Gene Kelly {For Me and My


Gai), Yvonne De Carlo {This Gun for Hire,
Boad to Morocco), Ava Gardner (petit rôle dans
De février à juillet. Orson Welles tourne We Were Dancing et autres films MGM).
300000 mètres de pellicule au Brésil pour /l's Ail Elia Kazan acteur dans Blues in the Night
True, devenu un hommage à l'Américjue du Sud, à
d'Anatole Litvak,
l'instigation de Nelson Rockefeller. En juillet,
la direction de RKO interrompt le tournage et Divorce Charlie Chaplin-Paulette Godard.
expulse Mercury Productions de ses studios. Après
des avant-premières désastreuses de The Magni- Décédés : John Barrymore (59 ans); James Cruze
ficent Ambersons. RKO coupe des scènes, en (58 ans); Carole Lombard (34 ans) dans un
fait retourner d'autres (par Robert Wise) et refait accident d'avion (ses derniers films : Mr. and
le montage. Le film est ramené de 131 à 88 Mrs. Smith d'Alfred Hitchcock et To Be or Not
to Be d'Ernst Lubilsch).

OSCAR : CASABLANCA

1943 PRODUCTION : 397 films

i^m LES FAITS

La chaîne de salles National 'Rieatres passe sous le contrôle de 20th Century-Fox.


Sid Rogell responsable des films B à RKO.
1^ redressement financier amorcé par RKO depuis le départ de George Schaefer se confirme. Les
bénéfices du studio pour l'année approchent les 7 millions de dollars. Floyd Odlum, président
d'Atlas Corporation et actionnaire majoritaire, devient président du conseil d'administration.
Le gouvernement engage, ou continue, des poursuites contre plusieurs sociétés accusées de violer les
lois antitrusts.

CENSLUE. Démêlés de Howard Hughes avec la MPPDA au sujet de The Outlaw. Le producteur
refuse de faire les coupures demandées et n'obtient pas le sceau du Code de la production. Après
un essai avorté de distribution sans sceau, le film est retiré de l'affiche. L'incident démontre la
puissance du code et la discipline des membres de la profession devant les décisions de leur

LA GUERRE. Dès 1942, l'industrie du pays s'est orientée pour produire 24 heures sur 24 et toute
l'économie est désormais centrée sur l'effort de guerre, d'où de nombreuses restrictions (journaux
réduits, essence rationnée, pas de voitures neuves). Le cinéma devient la principale distraction. De
nombreuses salles restent ouvertes en permanence (le travail continu en trois équipes quotidiennes
fournit un public à toutes les heures du jour et de la nuit dans les villes industrielles). La
production hollywoodienne, malgré la perte de la plupart des marchés extérieurs et l'atmosphère
d'austérité ambiante, reste donc abondante (elle a, en fait, atteint un point culminant en 1941 et
1942). Les films à petit budget et les films de pur divertissement abondent. La grève du syndicat des
musiciens contre les compagnies de disque, qui interdit tout enregistrement de 1942 au début de
1944 {« Recording Ban»\ explique la fréquence des scènes musicales, des chanteurs et orchestres de
danse, même dans des films qui ne sont pas de vrais musicab. La propagande anti-hitlérienne est
aussi assurée par un flot régulier de bandes patriotiques, antinazies, et de films de guerre exaltant le
courage des troupes américaines.

LES ŒUVRES / Walked With a Zombie (mars). Adaptation


officieuse de Jane Eyre sur fond de vaudou. Le
chef-d'œuvre de Val Lewton et Jacques Tourneur.
Casablanca (janvier). Sortie en exclusivité en
novembre 1942 mais considéré pour les oscars en Heaven Can Wait (juillet). Portrait d'un séduc
1943. Un énorme succès qui deviendra, plus tard, teur impénitent et des femmes de sa vie. A la
un symbole de la mythologie hollywoodienne. fois drôle et bouleversant, le testament d'Ernst
Aventures, exotisme et actualité habilement dosés Lubitsch.
par Michael Curtiz. une affiche mémorable (Paul LE COIN DU NANAR : Hitler Dead or Alive
Henreid, Claude Rains, Peter Lorre, Conrad Veidt (Nick Grinde). Des anciens détenus acceptent
et le couple Humphrey Bogart-Ingrid Bergman), la d'être parachutés en Allemagne pour capturer
chanson As Tinie Goes By, et le célèbre « Play it. Adolf Hitler mort ou vif. Ils réussissent et lui
Sam». rasent sa moustache (!). Il est alors abattu par ses
Shadow of a Doubt (janvier). Alfred Hitchcock propres hommes qui ne le reconnaissent plus. Avec
examine au microscope une petite ville améri Ward Bond. Dialogue stupéfiant.
caine bien tran<]uille que vient troubler un tueur COUIUS METRAGES (animation) : Coal Black
de veuves joyeuses. Psychologie, suspense, terreur and De Sebben Dwarfs (Robert Clampett).
et humour : le film préféré de son auteur. Version modernisée, ethnicisée et jazzifiée de
The Ox'Bow Incident (mai). Un western austère Blanche-Nei^e. Un des sommets du cartoon Warner
aborde le problème du lynchage avec une grande des années de guerre.
force de conviction (William Wellman). Tin Pan Alley Cals (Robert Clampett). Autre
incursion, vraiment démentielle celle-ci, dans le
For Whom the Bell ToUs (juillet). Le film qui fil monde du jazz. Un chat «fats wallérien» s'envoie
dire à son producteur : «Nous ne sommes ni pour en l'air et se retrouve dans un monde nonsen-
ni contre personne, ce film n'a aucune signifi sique peuplé de caricatures d'Hitler, Staline et
cation politique.» Le roman d'Ernest Heming Hiro Hito ainsi que d'un orchestre d'élastitjues
way sur la guerre d'Espagne, adapté par Dudley (jeu de mots intraduisible sur rubber band\).
Nichols, dirigé par Sam Wood, avec Gary Cooper Red Hot Riding Hood (Tex Avery). Relecture
et Ingrid Bergman. Restauré en 1988 dans sa du Petit Chaperon rouge (sa modernisation est
version intégrale. exigée par les personnages eux-mêmes). Nouvelle
Air Force (mars). Howard Hawks retourne à son version du Little Red Walking Hood du même
arme de prédilection : l'aviation. John Garfield Avery pour Warner.
part en mission dans le Pacificjue la veille de A REDECOUVRIR :The Seventh Mctim (Mark
Pearl Harbor. Robson) autre réussite produite par Val Lewton
The Song of Bernadette (décembre). La bio qui annonce Rosemary^s Baby. The Unknown
graphie de Bernadette Soubirous. dirigée avec Guest(Kurt Neumann), suspense intelligent, plein
conviction et talent par Henry King, lance Jennifer d'atmosphère, bien joué par Victor Jory.
Jones.
The Outlaw (février). Fruit de la collaboration
entre Howard Hawks, Jules Furthman et Howard
Hughes. Ce dernier produit et dirige officiel LES TALENTS
lement ce western où Billy the Kid et Doc Holliday
se rencontrent ; le film analyse les rapports entre
trois hommes, un cheval et une fille. Cette dernière Jean Renoir produit et dirige pour RKO This
scandalise les censeurs (distribution limitée : voir Land Is Mine, qui se déroule en France occupée.
les Faits). Curieusement terne et décevant. Dudley Nichols est coscénariste. Le film sera très
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

mal reçu en France après la Libération (André succès financiers de 1943 sont For Whom the
Bazin : «Inénarrable aventure, tissu d'invraisem Bell Tolls, six millions ; The Song of Berna
blances matérielles et psychologiques. [...] La réali dette, cinq millions ; Stage Door Canteen, trois
sation technique est au-dessous du médiocre»}. millions et demi).
Deux autres émigrés européens, Douglas Sirk et
Paul Lukas obtient l'oscar et le prix de la critique
André de Toth font leur premier film américain
new-yorkaise pour son interprétation de Watch on
{Hitler's Madman ; Passport to Suez).
the Rhine.
Débuts en tant que réalisateurs : Delmer Daves
Jennifer Jones, petite actrice de westerns B (sous le
[Destination Tokyo), Mark Robson [The
nom de Phyllis Isley), prise sous contrat par David
Seventh Victim), Vincente Minnelli [Cahin in
the Sky), Dudley Nichols [Goverment Girl), G. Selznick en 1941 et prêtée à Fox pour The
Herman Shumlin [Watch on the Rhine, d'après Song of Bernadette, remporte l'oscar.
la pièce de Lillian Heliman, dirigée à la scène par Ingrid Bergman devient Tune des actrices de Hol
Shumlin). lywood les plus en vue avec Casablanca et For
Conflit entre Preston Sturges et Buddy De Sylva, Whom the Bell Tolls.

chef de la production Paramount, (jui change le Betty Grable en tête de la liste des nioney-making
montage de The Great Moment et retarde la stars établie annuellement par le magazine corpo
sortie de The Miracle of Morgan^s Creek (les ratif Motion Picture Herald.
deux films, tournés en 1942 et début 1943, ne
seront distribués qu'en 1944). Débuts à l'écran : Robert Mitchum (petits rôles
dans 18 films, dont une série de westerns B et
Trois films de Michael Curliz parmi les plus The Human Comedy. Corvette K-225.
grosses recettes de la saison 1942-1943 : Casa Gung Ho! etc.), Jane Russell [The Outlaw),
blanca (pour lequel il obtient l'oscar de la mise Hume Cronyn [Shadow of a Doubt).
en scène), Yankee Doodle Dandy et This Is the Orson Welles épouse Rila Hayworth. Charlie Cha
Army, qui se place en deuxième position au box- plin épouse Oona O'Neill, fille de l'auteur drama
office de tous les temps (après Gone With the tique Eugene O'Neill.
Wind) avec huit millions et demi de dollars de
recettes-distributeur (les trois autres plus gros Décédé : Leslle Howard (50 ans).

OSCAR : GOING MY WAY


1944 PRODUCTION : 401 films

LES FAITS

Le ministère de la Justice dépose un projet de modification des décrets sur les trusts afin d'obtenir
la séparation complète de l'exploitation et de la production-distribution dans un délai de trois ans.
Le gouvernement intente, ou continue, plusieurs procès antitrusts contre diverses entreprises de
distribution et d'exploitation.
I-e gouvernement intente un procès à Charlie Chaplin pour «avoir illégalement transporté Joan
Barry d'un Etat à un autre afin d'avoir avec elle des relations sexuelles illicites». 11 est ac({uitté.
Joan Barry intente un procès en paternité contre lui.
Une nouvelle loi porte à 20 % du prix d'entrée la taxe sur le cinéma, soît une augmentation de
KM)% sur l'ancienne taxe.

Membres de la profession sous contrat chez les Majors ; 804 acteurs, 130 producteurs,
152 réalisateurs, 490 scénaristes.

Hal Wallis, chef de la production Warner depuis 1934, démissionne afin de devenir producteur
indépendant pour Paramount.
Darryl F. Zanuck reprend son poste de président chargé de la production à Fox. William Goetz
quitte Fox et fonde international Pictures avec Léo Spitz.
Joseph Schenck revient à Fox comme producteur.
Léon Sehlesinger vend son studio d'animation (Looney Tunes et Merrie Mélodies) à Warner (qui
jusque-là n'était que le distributeur). Prix de vente selon Vanety:entre 200000 et 300000 dollars.
Edward Seitzer (qui vient du département publicité Wamer) prend la tête du studio.
Accroissement projjressif du quota d'admission des films américains décidé par le Parlement anglais
(un quota sévère avait été imposé au début de la guerre).

LES ŒUVRES The Story of Dr. Wassell (avril). Histoire vécue


du médecin qui ramena tout un hôpital de marins
blessés de Java en Australie en pleine guerre du
Lifeboat (janvier). 90 minutes avec Hitchcock Pacifique. Une orgie d'héroïsme et de bons sen
dans un canot de sauvetage. Les affrontements psy timents, le triomphe de l'imagerie demillienne.
chologiques et idéologiques des naufragés. Double indemnity (avril). Le film noir à son
Going My Way (février). Un jeune prêtre new- plus noir, et à son plus efficace. Une garce enjôle
yorkais réforme sa paroisse en chantant et en un agent d'assurance, le pousse à tuer son mari
vendant ses chansons sous l'œil, d'abord sceptique, puis s'en débarrasse. Billy Wilder, très à son aise
puis convaincu, d'un vieux curé. Humour, émotion dans cet univers, anime avec vigueur les person
et gentillesse. Sept oscars : meilleur film, mise en nages du roman de James Gain. 11 signe aussi le
scène, scénario, interprétation (Bing Crosby et scénario avec Raymond Chandler.
Barry Fitzgerald), etc. Le second triomphe com Meet Me in St. Louis (novembre). Chroni<|ue
mercial de Léo McCarey. nostalgi(|ue et souriante de quatre saisons dans la
An American Romance (novembre). Une épo vie d'une famille modèle au début du siècle.
pée à la gloire de l'Amérique moderne brossée par Sé«juence anthologi(}ue : Halloween. Le premier
King Vidor à travers la biographie d'un industriel. chef-d'œuvre de VIncenle Minnelli.
Entreprise énorme et ambitieuse, mais échec com Ministry of Fear (octobre). Film d'angoisse à
mercial. Un film mutilé.
double fond, où tout, des objets aux person
mison (août). Monumentale biographie du pré nages et aux situations, est truqué et trompeur.
sident Woodrow Wilson. dirigée par un spécia Cauchemardesque et surréalisant, un des films les
liste du genre. Henry King. Le projet favori de plus étranges de Fritz Lang, d'après le roman de
Darryl F. Zanuck. Gros échec financier (ijui fit Graham Greene.
déclarer à Zanuck : «Je ne ferai plus un seul film
The Miracle of Morgan^s Creek (janvier). La
sans Betty Grable»). Léon Shamroy reçoit l'oscar
fille du chef de police de Morgan's Creek. engros
pour sa très belle photo en couleur.
sée par un soldat inconnu, donne naissance à des
7b Have and Have Not (octobre). Une adap sextuplés. Une comédie étourdissante où Preston
tation très libre, insolente, décontractée d'Ernest Slurges viole allègrement tous les tabous du Code
Hemingway, par Howard Hawks. Des chansons de la production et dénonce avec une Ironie déca
de Hoagy Carmichael et des réplitjues devenues pante l'hypocrisie et les contradictions de la société
célèbres : «Si tu as besoin de moi, siffle ». «Avez- américaine.
vous jamais été pi(|ué par une abeille mtn'te ?»
Hail the Conquering Hero (juin). Ou comment
The Hitler Gang (mai). Une chroni(|ue historique fabriquer de toutes pièces un héros militaire.
très sérieuse pour l'époque écrite par Frances Preston Sturges récidive dans celte comédie sati
Goodrich et Albert Hackett (John Farrow). rique (d'ailleurs tournée avant The Miracle of
Bluebeard (octobre). John Carradine trouve son Morgan''s Creek) «jui démarre sur les chapeaux
meilleur rôle en marionnettiste assassin. Un très de roue et se maintient pendant une heure (jua-
bon film d'Edgar G. Limer. rante au même rythme frénétique, ridiculisant
l'hystérie patriotarde et d'autres travers nationaux.
Laura (novembre). Une histoire policière insolite,
célèbre pour une séquence solitaire de Dana Since Vou Went Away (juillet). A l'opposé
Andrews, l'interprétation de Clifton Webb. un des deux précédents, celle production de David
portrait, une mélodie envoûtante (David Haksin), O. Selznick. dirigée par John Cromwell, rend
un retour imprévu, une horloge et le style de hommage à l'héroïsme (]uotidien du home front :
caméra d'Otto Preminger admirablement servi par les épreuves, inquiétudes et espoirs d'une famille
son chef opérateur Joseph La Shelle. El bien dont le chef est sous les drapeaux. Sentimental et
entendu, Gene Tieniey. irrésistiblement émouvant.

The Woman in the Windotv (octobre). Fritz A REDECOUVRIR : None Shall Escape (André
Lang et son thème favori : la culpabilité et ses de Toth). Chef-d'œuvre méconnu, incroyablement
ambiguïtés. engagé, qui anticipe les procès de Nuremberg.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

LE COIN DU NANAR:Nahonga. Julie London, of Glory), Angela Lansbury (Gaslight, Natio


survivante d'un accident d'avion, rencontre dans nal Velvet).
une jungle de six mètres carrés un gorille avec qui
elle fera ami-ami. Un classique (vu au vieux studio Ingrid Bergman reçoit un oscar pour Gaslight
Obligado), réalisé par le grand prêtre du genre,
(George Cukor). Tour de force de Bette Davis qui
Sam Newfield.
vieillit de vingt-cinq ans dans Mr. Skeffington.
Claudette Colbert, mère de Jennifer Jones, et
Destiny. Mélange d'un sketch tourné par Julien
Duvivier et refusé par Universel à cause de sa Shirley Temple dans Since You Wenl Awoy.
noirceur (il devait figurer dans Fïesh and Fan- Margaret O'Brien (6 ans), remarquable dans Meei
Me in St. Louis., reçoit un oscar spécial.
lasy) et de scènes additionnelles dirigées par
F^eginald LeBorg. Cliflon Webb revient à l'écran après vingt ans
COURTS METRAGES (animation) : Barber of d'absence dans le rôle du chroniqueur mentor et
amoureux de Gene Tierney dans Laura. Dick
Seville (Shamus Cullane). Woody Woodpecker-
Barbier de Séville.
Powell change de registre en incarnant Philip
Screwball Squirrel (Tex Avery). Profession de Marlowe dans Murder My Sweet. Alexander
foi anti-disneyienne d'Avery. Un de ses cartoons Knox incarne Wilson dans le film de Henry
les plus «autoréférenliels» (un personnage soulève
King Wilson. Eddie Fîracken héros comique de
le coin de l'image pour savoir ce qui se passe dans Morgan's Creek et Hail the Conquering
la scène suivante).
Hero de Preston Sturges. Hoagy Carmichael
Duck Soup to Nuis (Friz Freleng). Une des plus chante Hong-Kong Blues dans To Have and
mémorables exhibitions de cabotinage de Daffy
Have Not (Howard Hawks) qui lance le couple
Duck, qui expose ses multiples talents tout en légendaire Humphrey Bogart-F^auren Bacall.
fuyant un Porky Pig chasseur. Olivia de Havilland gagne son procès contre
Warner qui refusait de la dégager de son contrat.
Débuts de Robert Wise dans la mise en scène
(The Curse of ihe Cal People pour Val F^ewton,
suite du film de Jaci|ues Tourneur).
LES TALEINTS
1-e scénariste Casey l^obinson produit et écrit
Days of Glory (dirigé par Jacques Tourneur)
Débuts à l'écran de Lauren Bacall (7b Have and avec une distribution d'inconnus et de débutants
Have Not). Gloria Grahame (Blonde Fever). (dont Gregory Peck) sur la résistance soviéti<|ue à
Danny Kaye {Up in Àrms). Gregoi-y Peck {Days l'invasion allemande.

OSCAR : THE LOST WEEKEND


1945 PRODUCTION : 350 films

LES FAITS

Avril : mort de Franklin D. lîoosevelt. Harry Truman IVésident.


Mai : fin des hostilités en Europe.
Août : Hiroshima. Reddition japonaise.
I-a MPPDA prend le nom de Motion Picture Association of America (MPAA). Son président, Will
Hays, démissionne après vingt-trois ans en exercice. Eric Johnston, jusqu'alors président de la
Chambre de commerce des Etats-Unis, lui succède. F-'American Association of Motion Picture
IVoducers (AMPP), association indépendante de producteurs, fusionne avec la MPAA.
Affrontement de deux organismes syndicaux rivaux. l'International Alliance of Tlieatrical State
Employées(lATSE)et la Conférence of Studio Unions (CSU), coalition de gauche fondée pendant la
guerre pour s'opposer à l'FATSE, et qui groupe plusieurs associations de décorateurs, peintres,
menuisiers, machinistes. Malgré l'engagement pris par les syndicats de ne pas lancer d'ordre de
grève jusfju'à la fin de la guerre, les membres de la CSU entrent en lutte en mars. L'FATSE s'oppose
à leur action. Le conflit dure jusqu'en octobre. Violentes bagarres devant les studios Warner. I-e
gouvernement tranche en donnant raison à la CSU.
J. Arthur Rank s'associe à Léo Spitz et William Goetz (International) pour fonder United World
Pictures, organe de distribution. Il passe aussi des accords de production et distribution avec RKO
et David O. Selznick. Stephen Bosustow fonde United Productions of America (UPA) pour la
production de dessins animés.
Le jury du procès de Joan Barry contre Charlie Chaplin n'ayant pu se prononcer (janvier), un
nouveau procès est ordonné par la cour. Cette fois, le jury se prononce contre Charlie Chaplin
(avril), malgré une analyse de sang prouvant qu'il n'est pas le père de la fîlle de Joan Barry.

LES ŒUVRES The House on 92nd Street (septembre). Le


premier des policiers semi-documentaires dirigés
par Henry Hathaway pour la Fox. Extérieurs
The Lost Weekend (novembre). Le drame d'un tournés à New York.
écrivain alcoolique. Billy Wilder et Charles Brac- They Were Expendable (novembre). Le rôle des
kett adaptent le roman întrospectif de Charles torpilleurs {PT Beats) dans la guerre du Pacifique.
Jackson. Oscars : meilleur film, meilleure réali Salué à sa sortie par James Agee comme le
sation, meilleur scénario, meilleure interprétation meilleur film de John Ford.
masculine (Ray Milland).
Pride of the Marines (août). La réadaptation à
The Bells of St. Mary's (novembre). Le retour
la vie civile d'un soldat (John Garfield) qui a
du père O'Malley. Léo McCarey essaie de réé
perdu la vue. Lyrique et émouvant, l'un des
diter le triomphe de Goiitg M}' W(ty avec cette
plus beaux films libéraux. Ecrit par Albert Maltz,
suite des aventures du curé chantant. Cette fois,
dirigé par Delmer Daves.
Barry Fitzgerald n'est pas de la partie.
Mildred Pierce (octobre). Grandeur et décadence The Three Caballeros (février). Fourre-tout
d'une héroïne dévorée par l'ambition. Un soap panaméricain, inégal, mais, par ses délirantes
opéra illustré par Michael Curliz dans l'esprit du explosions de bariolage psychédélique, un des
film noir (oscar pour Joan Crawford). sommets de l'animation disneyienne.

Spellbound (décembre). Thriller psychanalyti(iue A REDECOUVRIR:Johnny Angel, un petit film


d'Alfred Hitchcock. Le faux coupable est névrosé, noir d'Edwin L. Marin ; Strange Illusion, ins
son psychiatre (Ingrid Bergman) prend les choses piré par «Hamlet» (Edgar G. Limer).
en main. Une séquence de rêve par Salvador Dali. COURTS MUFRAOES (animation) : Swing Shift
The Story of G.i. Joe (juillet). Le point de vue Cinderella (Tex Avery). Encore le loup d'Avery,
du fantassin sur la campagne d'Italie. Un film dans une de ses exhibitions de délire erotique
de guerre semi-documentaire, sobre, sévère, très incontrôlable.
dédramatisé. The Shooting of Dan McGoo (Tex Avery).
Droopy et le loup en Alaska. Nouvelle version d'un
The Southerner (mai). Des planteurs de coton
poème classique.
luttent contre une nature hostile. Le Sud vu par
Jean Renoir.
Yolanda and the Thief (décembre). Une date
dans l'histoire de la comédie musicale moderne : le
ballet rêvé (Vincente Minnelli).
LES TALENTS
Anvhors Àweigh (août). La comédie musicale la
plus populaire de l'année réunit Gene Kelly et
Frank Sinatra. Kelly danse avec Jerry la souris. Premier film de John Berry : Miss Susie
Interminable (140 minutes) et éprouvant malgré Slagle*S (produit par John Houseman).
quelques bons numéros (George Sidney).
Premier film d'Elia Kazan : A Tree Grows
Détour (mars). Film noir tourné avec des moyens in Brooklyn.
dérisoires par Edgar G. Ulmer, où le destin
s'acharne sur un des protagonistes les plus mal Garson Kanin réalise en Angleterre un film de
chanceux de l'histoire du cinéma (même le fil du montage de bandes d'actualités sur la guerre en
téléphone y est, accidentellement, meurtrier). Europe : The True Glory (en collaboration avec
Carol Reed), coproduit par les gouvernements bri
Hangover Square (janvier). Un compositeur que tannique et américain. Le film obtient un oscar.
les dissonances rendent meurtrier périra en jouant
son concerto au milieu d'un incendie. Le second John Huston écrit, dirige et photographie pour
des films londoniens de John Brahm avec Laird les services cinématographiques de l'armée The
Cregar. Baroque et cauchemardesque. Battle of San Pietro.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Premier film produit par Hal Wallis pour Para- Gene Tierney, héroïne malfaisante de Leave Her
mount : The Affairs of Susan, dirigé par to Heaven (John Stahl).
William Seiler avec Joan Fontaine.
Performance solitaire de Ray Milland dans The
Fritz Lang fonde Diana Productions avec Walter Lost Weekend.
Wanger. La société produira Scarlet Street et
Secret Beyond the Door de Fritz Lang avec en Premier rôle dramatique de Judy Garland dans le
vedette Joan Bennetl, épouse de Walter Wanger. premier film non musical de Vincente Minnelli :
Frank Capra, William Wyler, George Stevens et The Clock.
Samuel Briskin fondent Liberty Pdms.
Mariage Vincente Minnelli-Judy Garland.
Après quinze ans sous contrat à MGM et une
période de déclin, Joan Crawford inaugure sa Léon Shamroy reçoit l'oscar de la photo en cou
période Warner avec un de ses plus grands succès, leurs {Leave Her to Heaven) pour la seconde
MHdred Pierce. année consécutive (en 1944 pour Wilson).

OSCAR : THE BEST YEARS OF PUR LIVES

1946 PRODUCTION : 378 films

LES FAITS

Année de prospérité exceptionnelle. Tous les studios réalisent des bénéfices records (Paramount :
39 millions de dollars; Fox : 22.5 millions; MGM : 19 millions; RKO : 12 millions; Columbia :
3.5 millions).
The Best Vears of Our Lives (production Samuel Goldwyn, distribué par RKO) dépasse les
10 millions de recettes-distributeur et devient le plus grand succès commercial du cinéma parlant
après Gone With the Wind.
Autres grands succès de l'année : The Jolson Story (Columbia, 7 millions et demi de recettes-
distributeur); Blue Skies (Paramount. 5.7 millions); The Yearling(MGM, 5,2 millions).
David O. Selznick ijuitte United Artists pour créer son réseau de distribution indépendant :
Selznick Releasing Organization. qui distribuera Duel in the Sun.
Lniversal absorbe International Pictures et devient L'niversal-lnternational sous la direction de
William Goetz. Le studio change son image de marque, augmente les budgets, supprime les films B.
Monogram crée Allied Artists Productions pour la production de films à budget élevé (Allied Artists
était jusque-là l'organe distributeur de Monogram).
Création d'Fjnterprise Studio par David Loew (ancien associé d'Albert l^win) et Charles Einfeld :
un programme et une tentative ambitieuse. Le désir de financer des films personnels en intéressant
financièrement les vedettes.

L'agitation sociale continue. Nouveaux affrontements entre les grévistes de la CSU et les membres de
riA'PSE. (jui soutiennent les studios. Bagarres aux portes de Warner et MGM. Ronald Reagan,
président de la Screen Actors Guild. tente une médiation. Hostile à la CSU, il convainc les membres
de la Guild de voter la condamnation de la grève.
Les élections au Congrès manpient une victoire des républicains conservateurs. La lutte contre le
communisme et les retombées du New Deal va prendre toute sa force. L'ultraconservateur J. Parnell
Hiomas devient président de la Commission sur les activités anliaméricaines de la Chambre des
représentants (House Committee on Un-American Aclivities. ou HUAC). qui va entreprendre une
investigation systématique des infiltrations « communistes » à Hollywood.
LES ŒUVRES de l'escroc policier. «Un film presque surréaliste à
la manière des surréalistes français («c)», selon
Douglas Sirk. L'un de ses films préférés.
The Best Years of Our Lives (novembre). La To Each His Own (mai) ou «Le Sacrifice d'une
réadaptation à la vie civile des militaires démo mère». Superbe mélo qui transcende les clichés du
bilisés. William Wyler, dans un film de près de genre à force d'intelligence et de délicatesse dans
trois heures, mène de front et entremêle trois la mise en scène de Mitchell Leison.
histoires. Script de Robert Sherwood, photo de A REDECOUVRIR :adaptations de William Irish,
Gregg Toland. Un film admirable, sans doute le Child of Divorce (Richard Fleischer), Nocturne
meilleur de William Wyler.
(Edwin L. Marin), The Chase (Arthur Ripley) très
My Darling Clémentine (novembre). John Ford curieuse adaptation de William Irish.
revient au western avec sa version des rapports COURTS METRAGES (animation) : Rhapsody
entre Wyatt Earp et Doc Holliday et du règlement Rabbit (Friz Freleng). Bugs Bunny «exécute» la
de comptes à O.K. Corral. Malgré le sujet, un de Deuxième Rhapsodie hongroise de Liszt sur un
ses westerns les plus détendus et riches en traits
piano-machine à écrire.
d'humour. Le montage original de Ford, que The Cat Concerto (Hanna-Barbera). Tom, lui
Zanuck avait modifié et coupé, a été retrouvé aussi pianiste de concert, joue le même répertoire.
en 1993.
Jerry est domicilié dans le piano. Encore un oscar.
Ziegfeld Follies (mars). Dernière des grandes
revues musicales. Toutes les vedettes MGM du
chant et de la danse dans un énorme pot-pourri
orchestré par Vincente Minnelli. Inégal.
NotoHous (septembre). Une histoire d'espionnage LES TALENTS
typique de Hitchcock. Quelques morceaux de
bravoure stylistiques (la scène du baiser, le grand
travelling sur Ingrid Bergman pendant la récep Débuts à l'écran de Burt Lancaster (The Killers,
tion) laissent pantois. où Ava Gardner est aussi remarquée).
The Big Steep (juin). L'univers complexe, sor Oscars pour Fredric March {Best Years) et Olivia
dide et complexé de Raymond Chandler restitué de Havilland {To Each His Oif/i, de Mitchell
avec noirceur et humour par Howard Hawks. De Leisen). Un non-professionnel, Harold Russell,
fameux échanges de sous-entendus entre Lauren reçoit l'oscar du second rôle pour son inter
Bacall et Humphrey Bogart/Philip Marlowe. prétation du soldat amputé des deux mains dans
Best Years.
Fallen Angei (février). Dana Andrews débarque
d'un bus dans un univers nocturne, remarquable et Larry Parks incarne Al Jolson dans The Jolson
sordide, magistralement recréé par Otto Premin- Story (Alfred E. Green).
ger. Charles Bickford en policier sadique. Trois sommets de l'érotisme hollywoodien : Rita
Giida (avril). Plus noir encore que les deux Hayworth dans Gilda, Lana Turner dans The
précédents réunis. Une étrange construction artifi Postman Always Rings Twice et Jane Russell
cielle et symbolique dont l'érotisme subtil défie le dans The Outlaw, longtemps banni et que les
code Hays à chaque instant. Rita Hayworth dans spectateurs américains peuvent enfin juger sur
son rôle le plus célèbre (Charles Vidor). pièces.

The Dark Corner (mai). Encore un autre Interprétations mémorables : Henry Fonda et
excellent film noir, sadique et violent, signé Henry Victor Mature dans My Darling Clémentine^
Hathaway. Dialogue et photos brillants. James Stewart dans iVs a Wonderful Life,
George Sanders dans A Scandai in Paris,
IVs a Wonderful Life (décembre). «Aucune vie Hume Cronyn dans The Postman Always
n'est sans importance.» Un admirable apologue Rings Twice, Olivia de Havilland dans To Each
qui brasse tous les grands thèmes de Frank His Own, George Macready dans Gilda.
Capra. Echec commercial en son temps, reconnu
Le scénariste et producteur Joseph L. Mankiewicz
aujourd'hui comme le chef-d'oeuvre du cinéaste.
dirige son premier film, Dragonwyck, sur son
Margie (octobre). Les émois d'une adolescente propre scénario, produit par Ernst Lubilsch. Une
pendant les années vingt. Recréation nostalgique et réussite.
attendrie de la vie d'une famille dans une petite
Max Ophuls, aux Etats-Unis depuis 1941 et tou
ville. Pur americana et un des chefs-d'œuvre de
jours sans travail, entreprend pour Howard
Henry King. Hughes une adaptation de Colomba. Tournage
A Scandai in Paris (juillet). Une comédie grin interrompu au bout de quelques jours. Il sera
çante où George Sanders incarne Vidocq. Bril remplacé par Preston Sturges, Stuart Heisler et
lamment adapté par Ellis St. Joseph des Mémoires enfin Mel Ferrer.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

OSCAR : GENTLEMAN'S AGREEMENT

1947 PRODUCTION : 369 films

LES FAITS

Procès intenté par le gouvernement à Technicolor Inc. et Eastman-Kodak, pour violation des lois
antitrusts.

75 % des bénéfices du cinéma américain en Angleterre bloqués par le gouvernement britannique.


ACnVlTES AiNTlAMERlCAlNES. Mai : J. Parnell ITiomas, président de la commission, se rend à
Hollywood et reçoit les dépositions de quatorze «témoins amicaux». Il en conclut que le cinéma
américain est gravement infiltré par le communisme. 11 annonce son intention d'assigner des témoins
à comparaître devant la commission à Washington.
Un groupe de dix-neuf hommes de gauche se réunissent pour décider du comportement à adopter
s'il sont appelés à témoigner. Ils décident d'invocpier le premier amendement (garantissant la liberté
d'expression) de la Constitution pour justifier leur refus éventuel de témoigner.
Création d'un Comité pour le premier amendement par William Wyler, John Huston et Philip
Dunne.(pu obtient le soutien d'un grand nombre de personnalités hollywoodiennes.
Prévoyant qu'il sera assigné à comparaître, Charlie Chaplin envoie à J. Parnell Hiomas un
télégramme qui se termine par ces mots : «Je ne suis pas un communiste. Je suis un fauteur de
paix».
Septembre : de nombreuses personnalités, dont les «19», reçoivent des convocations.
Octobre : la commission entend les témoignages de plusieurs témoins «amicaux» dont Jack Warner,
Louis n. Mayer, Adolphe Menjou, Robert Taylor, Ronald Reagan et Gai^ Cooper, puis des témoins
«hostiles» : John Howard Lawson (se.), Edward Dmytryk (réal.). Ring Lardner Jr. (se.), Dalton
Trumbo (se.), Albert Maltz (se.), Alvah Ressie (se.), Samuel Ornitz (se.), Herbert Biberman (réal.),
Adrian Scott (prod.) et Lester Cole (se.), qui refusent tous de répondre aux questions concernant
leur appartenance présente ou passée au parti communiste (ou à la Screen Writers Cuild). La
commission demande qu'ils reçoivent un blâme pour outrage au Congrès et soient traduits en
justice. Ils deviennent ainsi les « Dix de Hollywood ».
Conférence du Waldorf : simultanément, Eric Johnston préside au Waldorf-Astoria de New York
une réunion de tous les chefs de studio et producteurs importants ; ces derniers décident de licencier
ceux de leurs employés qui refusent de témoigner. Seuls Samuel Goldwyn, Dore Schary et Walter
Wanger (sur 50 participants) s'opposent à cette mesure.
Novembre : la Chambre des représentants vote (par 347 voix contre 17) le blâme pour outrage au
Congrès demandé par la Commission sur les activités antiaméricaines contre les «Dix».
Création d'une liste noire où sont inscrits tous ceux qui refusent de témoigner ainsi que, plus
généralement, tous les suspects de «communisme». L'inscription sur la liste ferme la jiorte des
studios aux intéressés. Pour obtenir du travail, ils doivent passer devant un Clearing Office
(commission d'enquête) et désavouer leur prises de position libérales, puis on leur demande de
donner des noms de communistes pour prouver leur bonne foi.

LES ŒUVRES Boomerang (février). Policier semi-documentaire


d'Ella Kazan. Inspiré d'un cas réel, tourné sur les
lieux mêmes.

Crossfire (août). Portrait d'un antisémite assassin.


Duel in the Sun (mars). Un super-western qui Edward Dmytryk dirige un script habile, à la fois
table sur une démesure systématique des lieux, des courageux et prudent, de John Paxton.
caractères, des péripéties et de la forme. Conçu par
Selznick comme un nouveau Gone Wilh the The Fugitive (septembre). Lente et hiératique
Wind. Au moins 5 metteurs en scène dont William adaptation de la Puissance et la gloire de Graham
Dieterle et Josef von Slernberg. Signé par King Greene par John Ford dans la lignée de ses films
Vidor seul. pensants et esthétisants.
Oui of the Past (novembre). Robert Mitchum déjà dans The Three Caballeros, tourmente Donald
victime de Kirk Douglas et de la griffe du passé. photographe et le harcèle de son chant aussi
Un des grands classiques du film noir et un des agressif et lancinant que celui de Woody Wood-
chefs-d'œuvre de Tourneur, écrit par Daniel Main- pecker.
warinp d'après son roman Build My Gallows High. TGng Sise Canary (Tex Avery). Hommage déli
Dark Passage (septembre). Un innocent rant aux vertus du Jumbo-gro ; un des sommets de
condamné s'évade, change de visage et essaie de l'œuvre d'Avery.
refaire sa vie. Un policier onirique admirable de Vncle TonCs Cahana (Tex Avery). Dans la tra
Delmer Daves avec Bogart et Bacall. Une première dition des contes traditionnels modernisés, mais un
partie en caméra subjective. des exemples du genre les plus hilarants.
Monsieur Verdoux (avril). Chaplin/Landru exé
cute au moins autant de tabous que de femmes
dans cette satire sociale trop peu voilée, amère,
ironique et nihiliste qui achève de le déconsi
dérer aux yeux de l'opinion publique américaine.
WmÊm LES TALENTS
Pursued (mars). Un western psychanalytique de
Raoul Walsh. Le scénario s'inspire nettement de
The Master of Baliantrae de Robert Stevenson. Robert Montgomery, acteur invisible dans Lady
Admirable film longtemps sous-estimé. in the Lake. qu'il réalise lui-même en caméra
subjective.
The Exile (novembre). Ophuls signe enfin son
premier film américain, et apporte la suprême Oscars t Ronald Colman {A Double Life), Loretta
élégance de son style à une bondissante aventure Young {Jhe FarmeEs Daughter).
de cape et d'épée où Douglas Fairbanks Jr. renoue
Enterprise produit Body and Soul dont John
avec l'esprit des films de son père. Un enchante
Garfield est la vedette. Ce sera le seul succès de
ment.
celle compagnie.
Body and Soul (août). John Garfield dans un
Elia Kazan cumule les récompenses pour Gent-
film de boxe à conscience sociale. Un des meilleurs
spécimens du genre, par l'écjuipe d'Entreprise
leman^s Agreement. Il fonde l'Actors Studio
avec Cheryl Crawford et Robert Lewis.
Films ; Robert Rossen, Abraham Polonsky, James
Wong Howe. Burt Lancaster et l'ancien chorégraphe Harold
Hecht fondent une maison de production indépen
A REDECOUVRIR : The Gangster, très original dante : la Norma.
petit thriller adapté par Daniel Fuchs de son
roman et dirigé par le décorateur d'Albert Lewin : Mort d'Ernst Lubitsch pendant le tournage de
Gordon Wiles: Black Gold (Phil Karlson); Deep That Lady in Ermine, que Preminger termine.
Valley (Negulesco).
Paramount reforme le duo vedette de Going my
COURTS METRAGES (animation): Clown of the Way : Bing Crosby, Barry Fitzgerald dans WeU
Jungle (Jack Hannah). Rarissime incursion de come Stranger (Elliott Nugent). Le plus grand
Disney dans le comique nonsensique à la Tex succès commercial de l'année après Duel in
Avery. L'infernal oiseau Aracuan, qui sévissait the Sun.

OSCAR : HAMLET (G. B.)


1948 PRODUCTION : 366 filins

LES FAITS

Décembre : réélection de Harry Truman.


Dans une décision à sept voix contre une, la Cour suprême donne raison au ministère de la Justice
et déclare les cinq Majors coupables d'une «conspiration discriminatoire visant à renforcer leur
contrôle de l'exploitation».
Nouveau pacte anglo-américain : fonds américains débloqués.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993 54

Atlas Corporation cède le contrôle de RKO (studios et exploitation) à Howard Hughes pour huit
millions de dollars. Peu après l'arrivée de Howard Hughes, Dore Schary démissionne de la RKO et
entre à la MGM en tant que chef de production.
Republic Piclures entre à la MPAA.
Columbia crée une filiale, Screen Gems, qui se consacrera à la production pour la télévision.
ACTIVITES ANTIAMERICAINES. La Screen Writers Guild et trente écrivains de cinéma
poursuivent en bloc les producteurs qui ont conclu un accord pour ne pas employer de communistes
ou de membres de groupes subversifs. Cinq des «Dix de Hollywood» poursuivent les Majors pour
licenciement.
Décembre : Lester Cole gagne son procès contre la MGM qui doit lui rendre son travail et lui payer
des arriérés. La SIMPP (association de producteurs indépendants dont Chaplin, Samuel Goldwyn,
Walt Disney et David O. Selznick font partie) répudie la politique de licenciements «antirouges».

LES ŒUVRES Red River (septembre). Pratiquement le premier


western de Howard Hawks. Un des grands clas
siques du genre. Premier script important de
The Treasure of the Sierra Madré (janvier). Borden Chase «jui doit s'être inspiré de Mittiny
Un western moderne de John Huston qui reprend on the Bounty.
le canevas du Maltese Faicon : un groupe
Fort Apache (mars). Grandeur et servitude mili
d'hommes se disputent la possession d'un trésor
taire. Portrait d'un officier obsédé par la dis
({ui échappera à tous.
cipline. John Ford s'inspire du massacre de Custer
Rope (septembre). La caméra d'Alfred Hitchcock et de ses troupes. Un final impressionnant.
est la vraie vedette de celte pièce filmée en huit
plans-séquences de dix minutes (jui semblent n'en- Key Largo (juillet). John Huston et Richard
faire qu'un. Son premier film en couleurs. Brooks adaptent Maxwell Anderson et un thème
classique du théâtre américain : les gangsters
The Lady Front Shanghai (mai). Orson Welles bIo(|ués chez l'habitant.
dans le labyrinthe d'une intrigue à dormir debout
qu'il transforme en un cauchemar éveillé et conclut The Naked Ci^(mars). Policier néo-réaliste salué
dans un fracas de miroirs brisés. par la critique comme une révélation, mais Jules
Dassin renie le film, défiguré selon lui par le
Macbeth (octobre). Une adaptation étrange et montage et les coupures.
barbare tournée par Orson Welles et les membres
du Mercury Thealre en 21 jours dans les studios Cait Northside 777 (février). Autre policier
Republic, ordinairement voués aux sériais. semi-documentaire, moins réputé mais plus réussi
<jue le précédent. Loin d'adopter un style visuel
Siate of the Union (avril). «Frank Capra meets misérabiliste, Halhaway travaille avec raffinement
Spencer Tracy and Katharine Hepburn.» Dans les éclairages, la composition, la profondeur de
l'esprit de Mr. Smith Goes to Washington et champ (superbe photo de Joseph MacDonald).
Meet John Doe. une satire politi<|ue sur un can
didat à la présidence ({ui, dégoCité de la politique, Pitfali (août). Film noir très moderne et incisif
s'adresse directement au peuple en utilisant la d'André de Toth <]ui tourne le dos aux stéréo
radio. D'après la pièce de Howard Lindsay et types du genre et viole quelques tabous d'époque.
Russell Crouse (selon certains, le film inspira Brillant dialogue de William Bowers et de Toth.
Harry Truman pour sa propre campagne, et contri
bua à sa réélection). The Big Clock (avril). Un mouvement d'horlo
gerie impitoyable, un suspense claustrophobique.
Force of Evit (décembre). Premier film écrit et La mise en scène de John Farzow privilégie les
réalisé par Abraham Polonsky. Une fable sur plans très longs, générateurs d'angoisse.
le capitalisme et l'inévitabilité de la corruption.
D'après l'ambitieux roman Tucker's People de Ira The Snake Fit (novembre). Histoire d'une alié
Wolfer (1943). nation mentale. Anatole Litvak décrit la vie et les
abus dans un hô[)ital psychiatrique pour femmes.
Letter From an Vnknown Woman (avril). La Succès de critique et de scandale.
lettre d'une mourante à l'homme qui fut son seul
amour évoque toute une vie. Max Ophuls recons The Boy With Green Hair (décembre). Un
truit en studio une Vienne impériale idéalisée. Son drame de l'enfance vu par Joseph Losey (son
chef-d'œuvre américain (d'après une nouvelle de premier film). Une chaleur et une émotion qui
Stefan Zweig). dépassent le simple plaidoyer antiraciste.
Raw Deal (juillet). Un film noir très violent. de Stephen Bosustow. Apparition d'un nouveau
Nouvelle et brillante collaboration entre Anthony graphisme et d'un nouveau style d'animation.
Mann et le chef opérateur John Alton.
Wake of the Red Wï/cft (décembre). Belle his
toire d'aventures stevensonienne racontée en
retours en arrière. Un personnage romantique et LES TALENTS
noir pour John Wayne (Edward Ludwig).
A REDECOUVRIR : Hollow Triumph (réalisé Débuts à l'écran de Montgomery Clift {The
par Steve Sekely, écrit par Daniel Fuchs, pho Search, Red River), Rock Hudson (Fighter
tographié par John Alton); Ruthless (Edgar Squadron), Doris Day {Romance on the High
G. Ulmer); Âlias Nick Real(John Farrow); The Seas) et Marilyn Monroe {Dangerous Vears).
Àrgyie Secrets (Cy Enfield).
Oscars d'interprétation à Jane Wyman {Johnny
LE COIN DU NANAR: Rogue^s Regiment. La Belinda), Laurence Olivier {Hamlet), Walter
I..égion étrangère vue par Hollywood et... Robert Huston {The Treasure of the Sierra Madré),
Florey. Claire Trevor {Key Largo).
COURTS METRAGES (animation): What Makes Premier film produit par Stanley Kramer : So
Dajfy Duck ?(Art Davies). Un petit chef-d'œuvre This is New York, de Richard Fleischer. Stanley
méconnu, très «avérien», dû au moins connu de Kramer est distribué par Columbia.
l'équipe de réalisateurs de cartoon de la Warner.
A la suite du procès des «Dix», Edward Dmytryk
Lucl^ Ducky (Tex Avery). Une autre chasse quitte les Etats-Unis et tourne en Angleterre.
au canard mémorable. Poursuivants et poursuivis
courent si vite qu'ils dépassent les frontières Interprétations mémorables : Charles Laughton
du Technicolor. dans The Big Clock (John Farrow), Everett
Drip Dippy Donald (Jack King). Donald obsédé Sloane dans The Lady From Shanghai, Henry
par un robinet qui goutte ; une mini-apocalypse au Fonda dans Fort Apache, Olivia de Havilland
crescendo habilement orchestré. dans The Snake Pit, Clifton Webb dans Sitting
Robin Hoodlum (John Hubley). Premier cartoon Pretty, et. pour son courage, Ingrid Bergman dans
produit par Uniled Productions of America (UPA) Joan of Arc (Victor Fleming).

OSCAR : ALL THE KING'S MEN


1949 PRODUCTION : 366 films

LES FAITS

Diuorcement (séparation): Paramount est le premier des Majors à abandonner ses salles. Le trust se
scinde en deux : Paramount Pictures Corporation (production-distribution) et United Paramount
TTieatres (exploitation).
Difficultés de la production indépendante : Frank Capra, William Wyler, George Stevens et Robert
Riskin vendent Liberty Fdms à Paramount. Selon un journal corporatif, «au moins 76 sociétés de
production indépendantes ont cessé d'être actives».
Eastman-Kodak introduit une nouvelle pellicule couleur, moins coûteuse que Technicolor.
Fin d'Enlerprise Studio après Caught de Max Ophuls. Selon Variety Charles Einfeld perd
4000(X) dollars et David Loew un million de dollars.

ACTIVITES ANllAMERICAINES. Roy Brewer, président du syndicat lATSE (voir les Faits 1945
et 1946) organise le Motion Picture Industry Council. qui se propose de lutter contre les
infiltrations communistes à Hollywood.
Création d'un Council of Motion Pictures Organizations (COMPO), organisme auquel se joint le
précédent, (jui doit se consacrer aux relations publiques de l'industrie cinématographique.
Les «Dix» : Dalton Trumbo accuse la Screen Writers Guiid et la MPAA d'avoir permis la
réalisation de films anticommunistes «incitant à la guerre» sous la pression du Congrès. Démenti de
la Screen Writers Guild qui accuse les «Dix» de vouloir la dominer ou la détruire.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Les appels de Dallon Trumbo el John Howard Lawson sont rejetés par la cour d^appel de
Washington. Le dernier espoir des «Dix» est la Cour suprême.
J. Pamell Thomas, accusé de corruption, est condamné à 18 mois de prison. Il purge sa peine dans
un pénitencier fédéral où Lester Cole el Ring Lardner Jr. le retrouveront après leur propre
condamnation en 1950.

LES ŒUVRES mier emploi important à l'écran) dans le rôle


de l'accusée.

The Set-Up (avril), The Champion (mai). Deux


Not Wanted (juillet). La dérive d'une mère céliba films durs sur l'envers de la boxe (Robert Wise,
taire. Sans concessions au mélo ou au plaidoyer Mark Robson). Le premier n'a pas pris une ride.
social. Coécrit et presque entièrement réalisé par
Ida Lupino (bien que signé Elmer Clifton, hospita The Fountainhead (juillet). Apologie de l'indivi
lisé après trois jours de tournage). Première mise dualisme créateur. King Vidor, d'après un roman
en scène de Lupino, et peut-être son chef-d'œuvre. fameux d'Ayn Rand.
AU the King^s Men (décembre). D'après le White Heat (septembre). Un policier survolté de
roman de Robert Penn Warren, l'ascension et la Raoul Walsh. James Cagney en gangster défie le
chute d'un politicien idéaliste gagné par la cor monde avant de périr dans les flammes.
ruption ambiante (Robert Rossen). Criss Cross (janvier). Encore un film noir où la
A LeUer io Three Wives (janvier). Trois épouses fatalité s'acharne sur le héros. Le meilleur film de
(«|uatre dans la version originale) font un retour Robert Siodmak à Hollywood.
sur leur mariage et s'interrogent sur leur mari. Reign of Terror (mai). La Révolution française
Joseph L. Mankiewicz et le problème du couple. vue comme un film noir par Anthony Mann, assisté
de John Alton et William Cameron Menzies.
On the Town (décembre). Trois marins dans les
rues de New York. D'après la comédie musicale Superbe visuellement.
(jouée à Broadway) de Léonard Bernstein. Betty Tweive O^Clock High (décembre). Un officier
Comden et Adolph Green. Gene Kelly el Slanley doit envoyer ses pilotes à la mort. Un classicjue du
Donen signent leur premier film et rénovent drame de guerre par Henry King. Magnifique
le genre. retour en arrière <jui fera rêver Jean-Pierre Mel-
ville.
She Wore a Yellow Ribhon (juillet). La der
nière mission d'un officier de la cavalerie avant la A REDECOUVRIR : Sword in the Desert. Le
retraite. Western sans action, nostalgique el cré premier film consacré à la naissance d'Israël. Un
pusculaire. Superbe photo en couleurs de Winton \tré-Exodus qui sera coupé en Angleterre (George
C. Hoch (oscar). Inspiré, selon John Ford, par le Sherman). The Crooked Way (Robert Florey)
style de Frédéric Remington. pour la photo de John Alton. Mighty Joe Young.
They Live by Nighi(novembre). Un jeune couple
Contrairement au stupide Son of Kong (1933),
ce film dû à la même équipe que King Kong
à la Bonnie and Clyde. victime d'un destin inéluc
(1933) est très fidèle à l'esprit de l'original. Le
table. Le romantisme désespéré de Nicholas Ray
singe géant tenant un plateau sur lequel est juchée
s'exprime déjà de façon très personnelle dans ce
Terry Moore devant un piano à queue est une des
premier film, adaptation du roman d'Edward
plus belles images surréalisantes de l'histoire du
Anderson Thieves Like Us (dont Robert Altman
cinéma. A noter une impressionnante séquence
tournera une nouvelle version en 1974). Terminé
en 1947. distribué en Europe avant la sortie améri
d'incendie teintée en rouge.
caine. COURTS METRAGES (animation) : Rad Luck
Blackie (Tex Avery). Pianos, tracteurs el paque
Vnder Capricorn (septembre). Alfred Hitchcock
bots pleuvent du ciel quand un chat noir se décide
poursuit ses recherches formelles de Rope sur le
à porter malheur. Un Tex à emporter sur la pro
plan-sérjuence dans ce drame en costumes avec
verbiale île déserte.
Ingrid Bergman. Un gros échec critique et com Little Rural Riding Hood (Tex Avery). Nou
mercial ({ui deviendra un des films fétiches des
velle variation d'Avery - la dernière et peut-
hitchcockiens français.
être la plus folle - sur le thème du loup lubrique
Adam^s Rib (novembre). Une victime du sexisme aux appétits irrépressibles.
ordinaire revolvérise son mari infidèle. Une avo Fast and Furry-Ous (Charles M. Jones). Pre
cate féministe la défend. Son mari représente la mier film de la série Road Runner avec Wile
partie civile. Le chef-d'œuvre de l'équipe George E. Coyote.
Cukor-Ruth Gordon-Garson Kanin-Spencer Tracy- The Magic Fïuke (John Hubley) et Ragtime
Katharine Hepburn, avec Judy Holliday (son pre Bear (John Hubley): débuts de Mr. Magoo.
LES TALENTS Premier film de Samuel Fuller {/ Shot Jesse
James).

Oscars : Olivia de Havilland remporte son Dernier film de Preston Sturges aux Etats-Unis
deuxième oscar d'interprétation en trois ans (The {The Beautiful Blonde Front Bashful Bend).
Heiress). Broderick Crawford meilleur acteur,
Mercedes McCambridge meilleur second rôle dans Edward Dmytryk tourne Give Us This Day en
AU the King*s Men, Dean Jagger dans Twelve Angleterre.
O'Clock High.
Le couple Fred Astaire-Ginger Rogers reformé La Screen Play Corporation prend le nom de
dans TTie Barkleys of Broadway. Slanley Kramer Productions. Les deux premiers
films produits sous cette raison sociale sont
Tournage de Annie Cet Your Gun, interrompu. Champion et Home of the Brave, de Mark
MGM licencie Judy Garland et la remplace par Robson.
Belty Hutlon.
Premier film du tandem Dean Martin-Jerry Lewis Décédés : Wallace Beery (60 ans), Gregg Toland
{My Friend irma). (45 ans).

OSCAR : ALL ABOUT EVE


1950 PRODUCTION : 383 films

LES FAITS

Wamer, Fox et MGM obtiennent un sursis de trois ans pour rendre effective lu séparation de leurs
activités productrices-distributrices d'avec l'exploitation.
Fin du monopole Technicolor à la suite d'un procès antitrust gagné par le gouvernement contre
Technicolor Inc.

Robert Stevenson accepte de tourner / Married a Communist, un scénario commandé par


Howard Hughes et qui avait été refusé par Joseph Losey, Nicholas Ray, John Cromwell, entre
autres. S'inspire du même fait divers <jue On the Waterfront.
Le Parlement brilanni({ue fixe à 30 % le quota relatif à l'importation de films américains.
Fondation de Cinerama Inc.

Drive-in Théâtres : développement spectaculaire d'un phénomène capital pour l'exploitation. Le


nombre des drive-in passe de 1 200 en 1949 à 2200 en 1950(le premier avait été ouvert en 1933):il
y en avait 300 seulement en 1946. Pendant la même période, plusieurs milliers de salles ont fermé
leurs portes.
Les producteurs associés Jerry Wald-Norman Krasna passent un contrat avec RKO. Ils produiront
en indépendanis des films de Fritz I^ng {Closh by Night) et de Nicholas Ray (Tïie Lusty Men).
ACTJVI'I'ES ANTIAMERICAINES. Violent conflit au sein de la Screen Directors Guild entre Cecil
B. DeMille et Joseph Mankiewicz (élu président en mai). En l'absence de ce dernier, qui fait un
voyage en Europe. DeMille fait adopter par les membres de la Guild un «serment de loyauté» (en
fait une déclaration d'anticommunisme) que tous les réalisateurs devront signer pour pouvoir être
admis. A son retour. Mankiewicz proteste. Deux factions s'organisent. DeMille essaie de faire voter
la révocation de Mankiewicz. Une pétition demandant la convocation d'une session extraordinaire de
la Guild est signée par 25 réalisateurs dont John Huston, Richard Brooks, Robert Wlse, Robert
Parrish, Fred Zinnemann, Joseph Losey, William Wyler, Nicholas Ray, Billy Wilder. Le 18 octobre,
les 15 membres du conseil d'administration de la Guild, sur proposition de Frank Capra, accordent
à Mankiewicz un vote de confiance unanime. DeMille refuse de renoncer au scrutin sur la
révocation de Mankiewicz. Capra démissionne du conseil d'administration. Le 22 octobre,
Mankiewicz présente son rapport à un meeting de la Screen Directors Guild «}ui réunit près de 500
réalisateurs (il appellera plus tard cette réunion «la soirée la plus dramatiijue de mon existence»). Il
est ovationné par l'assistance. DeMille prend la parole et lit une liste d'«organisations subversives»
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

auxquelles certains des signataires de la pétition citée plus haut ont appartenu. John Cromwell,
John Huston, Delmer Daves, entre autres, parlent contre DeMille. George Stevens, membre du
conseil d'administration, dénonce violemment les machinations de DeMille et des autres membres
du conseil et qualifie leurs manœuvres contre Mankiewicz de «conspiration». Don Hartman
demande la démission de DeMille. John Ford demande un vote sur la démission du conseil. I^s
membres du conseil d'administration, DeMille compris, sont contraints de démissionner. La Guild
vote ensuite à l'unanimité sa confiance aux «25».

I^s «Dix» : la Cour suprême des Etats-Unis refuse de prendre en considération l'appel de John
Howard Lawson et Dalton Trumbo. Ils sont condamnés à un an de prison et mille dollars d'amende.
Peu après, les huit autres reçoivent la même sentence (sauf Edward Dmylryk et Herbert lîiberman
qui, ayant comparu devant un juge différent, sont condamnés à six mois seulement).
Inscrits sur la liste noire et sans travail, Jules Dassin et Joseph Losey quittent les Etats-Unis jiour
l'Europe.
LA GUERRE. Début des hostilités en Corée (juin). Eric Johnston, président de la MPAA, envoie à
Harry Truman un télégramme de félicitations pour son soutien à la Corée du Sud. En septembre,
une délégation de membres de l'industrie cinématographique se rend à la Maison Blanche et
déclare au Président : « Nous sommes à votre service, au service de notre pays et des Nations unies. »
Création d'un Comité pour la coopération avec le gouvernement. Les ministères du Commerce et de
la Défense classent le cinéma «activité essentielle».

LES ŒUVRES Broken Arrow (août). Delmer Daves réalise un


grand western pro-indien ((jui devait être tourné
par Joseph Losey), écrit par Albert Maltz. Un film
Àll About Eve (novembre). Un monstre sacré, un (jui change le cours du western.
autre monstre qui voudrait l'être, et les hommes
The Steel Uelmet (février). Le plus grand succès
(jui les entourent. Le monde du théâtre décrit par de Samuel Fuller. Un film de guerre ultraréa
Joseph Mankiewicz.
liste, brillamment dialogué, (|ui sera imité.
Sunsel Boulevard (août). Billy Wilder et
Charles Brackett détaillent avec acuité et férocité
The Gunfighter (juillet). L'un des premiers sur-
l'univers étrange d'une grande vedette déchue. Un westerns psychologiques. Les dernières heures d'un
crépuscule expressionniste sombre et brillant. gunman fatigué évoquées de manière sobre et
pathétique par Henry King. Un précurseur de
Night and the City (juin). Un débrouillard High Noon.
ambitieux et malchanceux se heurte au milieu lon
donien. Le chef-d'œuvre de Jules Dassin et un des Panic in the Slreets (juin). Épidémie et chasse à
meilleurs rôles de Richard Widmark. l'homme à La Nouvelle-Orléans. Tourné sur les
lieux en toute liberté par Elia Kazan, qui se libère
The Âsphait Jungle (juin). Un cambriolage soi de l'académisme de ses premiers films et découvre
gneusement préparé échoue. John Huston renou «le pur plaisir de filmer».
velle un thème classique.
Gun Crazy (janvier). De nouveau un couple à la
The Lawless (juillet). L'exploitation de la Bonnie and Clyde. «De l'amour fou à la révolte
main-d'œuvre mexicaine par les patrons califor folle» (Ado Kyrou). Joseph H. Lewis décrit auda-
niens (Joseph Losey). cieusement le rapport érolique intense entre Peggy
In a Lonely Place (août). Les ennuis d'un scéna Cummins et John Dali, et réussit quelques bril
riste hollywoodien irascible contés par Nicholas lantes séquences (le hold-up en plan-séquence,
Ray. avec la caméra à l'intérieur de la voiture : la
poursuite finale dans les marais).
The Men (août). La réadaptation physique et psy
chologique des soldats mutilés ou paralysés. Un des Caged (mai). Le meilleur fdm réalisé sur une
films sociaux produits par Slanley Kramer (Fred prison de femmes. Une œuvre sombre, pessimiste
Zinnemann) et écrit par Cari Foreman. Un beau et sans concession de John Cromwell,
scénario.
The Breaking Point (septembre). Nouvelle ver
Where the Sidewalk Ends (juillet). Dana sion de To Have and Have Not (plus fidèle à
Andrews, flic brutal, rencontre à nouveau Gene l'original que le film de Howard Hawks), avec
Tierney. Un des grands films d'Otto Preminger. John Garfield. La dernière grande réussite de
Michael Curtiz.
Wagon Master (avril). Une caravane de mormons
et deux cow-boys. Un John Ford serein et détendu, No Afan of Her Own. Très belle adaptation
son chef-d'œuvre pour certains. méconnue de / Married a Dead Man {fai épousé
une ombre) de Cornell Woolrich (William Irish), Actrices : nouveau morceau de bravoure de Bette
par Mitchell Leisen. Le titre français du roman Davis dans AU About Eve. Gloria Swanson res-
servira de titre au remake français de 1982. suscitée par Billy Wilder dans Sunset Boule
vard. Premier rôle en vedette de Judy Holliday
A REDECOUVRIR : Armored Car Rohbery
dans Born Yesterday' (oscar). Marilyn Monroe
(Richard Fleischer), Woman on the Run (Nor
remarquée dans deux petits rôles {AH About Eve,
man Poster), Never Fear et Outrage (Ida The Asphait Jungle).
Lupino), Where Danger Lives (.lohn V. Farrow),
Three Came Home (Jean Neftulesco). Sound of Autres interprétations mémorables de l'année :
fïl/y (Cyril Enfield). Eleanor Parker dans Caged. Peggy Cummins
dans Gun Crazy. Richard Widmark dans Night
COURTS METRAGES (animation) : Gerald Me
Boing Boing (Robert Cannon). Un petit {tarçon and the City. Jack Palance et Zéro Mostel
dans Panic in the Streets, James Stewart dans
qui ne s'exprime (jue par des effets sonores.
Débuts du personnajte. Le plus prand succès LTA. Harvey, Erich von Stroheim dans Sunset Bou
levard. Gene Evans dans The Steel Helmet,
WhaVs up. Doc? (Robert McKimson). L'auto
Lyle Beltger dans No Man of Her Own, Sally
biographie de Rugs Bunny. Histoire de ses débuts
Foresl dans Never Fear. Richard Widmark dans
et de son ascension dans le show-business.
No Out (Joseph L. Mankiewicz), Burt Lan-
Ventriloquist Cat (Tex Avery).
caster dans The Flame and the Arrow (Jacques
Tourneur).
Premier film dirigé par Richard Brooks ; Crisis.
LES TALEINTS
Premier film de l'équipe Anthony Mann-Borden
ChasB-James Stewart : Winchester *73.
Débuts à l'écran de Marlon Brando (Ihe Men), Dernier film des Marx Brothers. Love Happy.
Charlton Heston {Dark City), Sidney Poitier {No
Way Ouf), Jack Palance {Panic in the Streets). Décédé : Al Jolson (64 ans).

OSCAR : AN AMERICAN IN PARIS


1951 PRODUCTION : 391 films

LES FAITS

Procédure de séparation de la production-distribution d'avec l'exploitation en cours d'exécution à la


Fox.

Les frères Warner optent pour la production et abandonnent leurs salles.


L'niled Arlists : Arthur Krim et Robert Benjamin, précédemment à la tête, respectivement, de la
branche américaine de J. Arthur Rank et de la Eagle-Lion, prennent la direction du studio. Ils y
resteront jus<|u'en 1978.
La firme Decca acijuiert 3()5(H) actions de Universel.
Louis B. Mayer ({uitte la MGM. Dore Schary lui succède et conserve le titre de vice-président
chargé de la production.
Une convention d'exploitants se prononce contre la vente des vieux films à la télévision par les
compagnies cinématographifjues.
Les vedettes de westerns Gene Autry et Roy Rogers poursuivent la firme Republic pour vente de
leurs films à la télévision.

Le Code de la production est renforcé, afin de bannir les sujets traitant de l'emploi et du trafic des
stupéfiants, ainsi que l'abus de sexualité et de crimes.
ACTIVITES ANTIAMERICAINES. La commission (HUAC) reprend ses audiences. Parmi les
nouvelles personnalités interrogées, John Garfiehl et José Ferrer nient toute appartenance ou
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

sympathie communiste présente ou passée; Sterling Hayden et Larry Parks admettent avoir été
membres du parti; Howard Da Silva et Gale Sondergaard refusent de répondre. Edward Dmytryk
dénonce John Berry, Jules Dassin, Frank Tuttle, Herbert J. Biberman et Bernard Vorhaus, ainsi
que la plupart des «Dix» comme anciens communistes.

LES ŒUVRES Cry Danger. Aux antipodes du précédent. Bril


lant, sarcastique, très bien écrit par '^Iliam
Bowers. Le premier film de Robert Parrish.
A Place in the Sun (septembre). An American He Ran Ail the Way (juillet). Un policier social
Tmgedy de Dreiser, déjà adapté par Josef von brillamment dirigé par John Berry, dont ce sera le
Sternberg en 1931, revu par (George Stevens qui dernier film américain jusqu'en 1974, et pho
devient Tun des réalisateurs les plus appréciés par tographié par James Wong Howe. Anticipe The
ses confrères et la critique. Desperate Hours (1955) sans la théâtralité de ce
The Red Badge of Courage (septembre). dernier. Le dernier film de John Garfield.
D'après le roman classique de Stephen Crâne sur The Tall Target (septembre). Un policier nommé
la guerre de Sécession vue par un jeune engagé. John Kennedy sauve Abraham Lincoln d'un assas
John Huston désavoue son film, dénaturé par sinat. Un suspense brillant qui se déroule entiè
MGM.
rement dans un train (Anthony Mann).
An American in Paris (novembre). Musical de A REDECOUVRIR : Little Big Horn (Charles
prestige par les deux maîtres du genre, Gene Kelly Marquis Warren : western austère, noir et pessi
et Vincenle Minnelli. Un ballet final célèbre s'ins- miste): The Bullfighter and the Lady dans sa
pirant des peintres impressionnistes. version originale (124 mn au lieu de 87 mn) de
Strangers on a Train (juin). Un échange de Boetticher.
meurtres qui tourne mal. Un suspense qui tourne COURTS METRAGES (animation) ; Rooty Toot
autour d'un match de tennis, d'une paire de Toot (John Hubley). Version jazzifiée de Frankie
lunettes, d'un briquet perdu et d'un manège and Johnny\ un des triomphes du style UPA.
emballé. Un tournant dans l'œuvre d'Hitchcock.

A Streetcar Named Desire (septembre).


pièce célèbre de Tennessee Williams, adaptée par
Elia Kazan <]ui l'avait déjà dirigée à la scène. Un
des chefs-d'œuvre du théâtre filmé.
LES TALENTS
The African Queen (décembre). John Huston
emmène en bateau une vieille fdle puritaine et un
aventurier ivrogne sur un fleuve africain. Oscar à Vivien Leigh pour le rôle de Blanche dans
A Streetcar Named Desire., son premier film
The Big Carnival (mai). Un journaliste ambi
américain depuis 1940. Kim Hunter et Karl Mal-
tieux et sans scrupule exploite (et ralentit) les
den obtiennent l'oscar du meilleur second rôle
efforts pour sauver un homme. Un des Billy
pour le même film.
Wilder les plus noirs et les plus féroces, où il
dénonce autant le voyeurisme des foules <}ue le Tête-à-lêle Bogart-Hepburn dans African Queen,
cynisme du protagoniste. Un film trop dérangeant, film à deux personnages. Oscar pour Bogart.
qui fut un gros échec commercial (autre litre : Ace
Première apparition de James Dean dans Fixed
in the Hole).
Bayonets de Samuel Fuller.
The Dt^ the Earth Stood Still (septembre). Un
John Wayne, en tête des nioney-making stars, suivi
extraterrestre pacifi(|ue mais ferme vient avertir les
de Dean Martin et Jerry Lewis, Betty Grable,
Terriens et est fort mal reçu. Un des films clés de
la science-fiction pré-spielbergienne (il influencera Abbotl et Costello, Bing Crosby, Bob Hope, et, en
dixième position. Spencer Tracy.
d'ailleurs le Steven Spielberg de Close Encoun-
ters et de E.F.). Dirigé par Robert Wise sur un Débuts dans la mise en scène de Richard Quine
très petit budget. (Sunny Side of the Street), de Frank Tashlin
(The Lemon Drop Kid) et de Robert Parrish
On Dangerous Ground. Très beau film noir
(Cry Danger).
écrit par Bezzerides <jui est une des œuvres les
plus personnelles de Ray. Tragitjue et sombre. Michael Wilson. oscar du meilleur scénario pour A
Place in the Sun.
The Prowler (juin). Un policier social qui parle
d'arrivisme, de cupidité et de sexe. Peut-être le Stanley Kramer (qui produit Death of a SaleS'
meilleur film américain de Joseph Losey. man) signe un contrat avec Columbia. Il devra
produire six films par an que celte firme dis the Way), Montgomery Clift (^4 Place in the
tribuera. Sun). Robert Ryan et Ida Lupino (On Dan-
gerous Ground).
Interprétations remarquables : Robert Waiker
{Strangers on a T^in), Katharine Hepburn Décédés : Warner Baxter(53 ans), Robert Flaherty
{African Queen), Van Heflin {TTie Prowler), (62 ans). Maria Montez (SI ans), Robert Walker
John Garfield et Shelley Winters (He Ran AH (32 ans).

OSCAR : THE GREATEST SHOW ON EARTH


1952 PRODUCTION : 324 films

LES FAITS

Apparition de TEastman Color (ainsi que de l'Ansco Color à MGM et du Wamer Color).
Premier film en Cinérama.

Premier film en trois dimensions(Bwana Devit).


Décembre : la Fox acquiert les droits de l'objectif anamorphi<(ue du professeur Henri Chrétien.
Decca Records devient actionnaire majoritaire de Universal. Milton Rackmil, président de Decca,
est élu président de Universal.
Décret signé contre Loew Inc.(MGM)établissant les modalités de la séparation entre production et
distribution-exploitation. Création de Loew's Hieatres Inc. Mais Loew restera actionnaire de cette
compagnie de distribution jusqu'en 1955.
1952 mar<|ue le point culminant de la crise (fue traverse Hollywood depuis 1947 et surtout 1949. Le
nombre de longs métrages tournés est le plus faible de l'histoire du parlant, les recettes tombent au
niveau le plus bas depuis 1943. malgré l'inflation. La fréquentation hebdomadaire moyenne est
tombée de 82 millions, en 1946. à 43 millions.
RKO : le scénariste Paul Jarrico poursuit Howard Hughes en justice pour avoir refusé de le
créditer sur The Las Vegas Story' en raison de ses sympathies communistes. l..a Screen Writers
Guild prend le parti de Paul Jarrico. En avril. Howard Hughes annonce la fermeture temporaire
du studio afin de pouvoir procéder à l'élimination des employés communistes. Une centaine
d'employés («loyaux») sont mis en congé forcé pendant cette période au cours de laquelle aucun
tournage ne s'effei-tue. En septembre. Hughes vend ses actions RKO pour 7 millions de dollars à un
groupe d'investisseurs dirigé par deux hommes d'affaires de Chicago, [.,'un d'eux, Ralph Stolkin,
devient président du studio. Peu après, les nouveaux propriétaires doivent se retirer à la suite de
révélations publiées par la presse sur leurs antécédents douteux. Le studio est pratiquement inactif
pendant les six derniers mois de l'année(un seul tournage entrepris : SplH Second)et enregistre
un déficit de plus de 10 millions de dollars pour l'année.
ACTIVITES ANTIAMERICAINES. Quatre des sept grands studios concluent des arrangements
avec les «Dix» et leur versent des dommages.
Slanley Kramer assigne en diffamation un organisme syndical qui l'avait accusé de produire des
films communistes.
La Commission des activités anliaméricaines interroge Elia Kazan. Clifford Odets, Edward
G. Robinson. Liilian Hellman. Elia Kazan dénonce violemment le communisme et ses anciens
camarades du Group Theatre.
Le Congrès adopte le McCarran-Walter Act. au contenu ultraréactionnaire.
Deux jours après le départ de Charlie Chaplin et de sa famille pour l'Angleterre(où doit avoir lieu
la première mondiale de Limelighl). le ministère de la Justice annonce qu'il a révoqué le visa de
Chaplin (celui-ci n'a jamais adopté la nationalité américaine). Si le cinéaste veut revenir aux Etats-
Unis, il devra se soumettre à une enquête sur ses attaches communistes. A son arrivée en Angleterre,
Chaplin déclare : «Je n'ai pas de convictions politiques. Je suis un individualiste. Je crois en la
liberté.» Il ne retournera aux Etats-Unis qu'en 1972 pour recevoir un oscar spécial.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

CENSURE. La Cour suprême se prononce en faveur du distributeur du film de Roberto Rossellini,


le Miracle, qui avait été interdit par la ville, puis FEtat de New York. Pour la première fois, la
Cour reconnaît au cinéma le droit à la protection de la liberté d'expression garanti par les premier
et quatorzième amendements de la Constitution.
TELEVISION. Le nombre de récepteurs dépasse les 15 millions, soit une pénétration d'environ
35 % des foyers américains.

LES ŒUVRES crucial de la subsistance. L'équipe Anthony Mann-


Borden Chase-James Stewart dans leur deuxième
production commune. Un des gros succès commer
The Quiet Man (septembre). John Ford retourne ciaux de l'année. Admirable.
au pays et y tourne une farce truculente et haute
The Bad and the Beautiful (décembre). Un
en couleur. Un très grand succès critique et com
producteur et ses productions : les êtres qui
mercial.
travaillent pour lui. Hollywood vu par Vincente
Singin* in the Rain (avril). En avance sur la Minnelli.
mode, Gene Kelly et Stanley Donen exploitent le
The Narrow Margin (mai). Un classique du
pittoresque nostalgique des années vingt dans une
thriller de comportement dans la tradition du sus
comédie musicale d'une richesse exceptionnelle sur
pense ferroviaire (Richard Fleischer).
la fin du muet, les débuts du parlant et les débuts
du genre. A REDECOUVRIR : No Boom for the Groom
Viva Zapata!(mars). Une peinture puissante et (Douglas Sirk), My Six Convicts (Hugo Frego-
lyrique de la révolution mexicaine centrée sur
nese), Kansas Ciîy Confidential (Phil Karison).
le personnage de Zapata, incarné par Marlon LE COIN nu NANAR : Red Planet Mars
Brando. L'oeuvre la plus ambitieuse d'Elia Kazan (Harry Horner). Saga anticommuniste avec Mar
à cette date. tiens, savants nazis, cordillère des Andes et Ser
mon sur la Montagne (voir rubrique réalisateurs).
Five Fingers (mars). Un film d'espionnage élé
Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla :
gant et ironique de Joseph Mankiewicz inspiré par
mérite un oscar pour le titre. En vedette les Martin
un personnage réel.
et Lewis du pauvre, Mitchell et Petrillo. Dans la
The Big Sky(août). Le thème de l'itinéraire, celui distribution. Ramona, le chimpanzé. Un classique.
de l'amour et de l'amitié. Un western picaresque de
COURTS METRAGES (animation) : Madeline
Howard Hawks.
(Robert Cannon). UPA adapte Ludwig Bemelmans.
High Noon (juillet). Les débats de conscience Opération Rabbit (Charles M. Jones). Un Rile
d'un shérif et le problème de la responsabilité per E. Coyvte pas comme les autres (et pourtant un des
sonnelle et collective. Succès criticjue inattendu qui meilleurs) : le coyote s'attaque à Bugs Bunny et est
met à la mode le western dit «adulte» et psycho doué de la parole.
logique. Magical Maestro (Tex Avery). Un chanteur
d'opéra tourmenté par un magicien vindicatif
Limelight (octobre). L'amour d'un clown vieil
pendant l'interprétation du grand air de Figaro.
lissant et sur le déclin pour une jeune balle
rine. Mélo sublime de Charlie Chaplin qui consi
Contient un des gags les plus astucieux et les plus
inattendus de l'histoire du cartoon (le fameux
dérait alors le film comme son testament.
cheveu parasite projeté sur l'écran qu'un des per
Pat and Mike (mai). Spencer Tracy entraîneur sonnages arrache).
sportif de Katharine Hepburn. Comédie prati Rock-a-Bye Bear (Tex Avery). Ou l'art de
quement sans intrigue, la plus détendue du couple. souffrir en silence. Un Tex Avery joyeusement
Une des meilleures compositions de Spencer Tracy. sadi(]ue. Refait en 1955 sous le titre Deputy
Dirigé par George Cukor, écrit par Ruth Gordon Droopy.
et Garson Kanin.
The Marrying Kind (mars). Autre réussite de
l'équipe George Cukor-Garson Kanin-Rulh Gor
don. Le ton a des accents plus noirs, plus réalistes. LES TALENTS
Park Row (août). Frénétique hommage de
Samuel Fuller aux pionniers du journalisme amé
ricain. Le héros est l'inventeur de la linotype. John Steinbeck, scénariste de Viva Zapata !,
Traité en longs plans-séquences virtuoses. Dudley Nichols. de Big Sl^, Cari Foreman, de
High Noon. Ben Hecht écrit, produit et dirige
Bend of the River (février). Un western qui se Actors and Sin d'après deux de ses propres
soucie moins de morale abstraite que du problème nouvelles. Collaboration Ben Hecht-Charles Lede-
rer-I.A.L. Diamond pour le script de Monkey dans Clash by Night d'après une pièce de
Business de Howard Hawks. Clifford Odets.

Huntington Harlford produit deux moyens Robert Aldrich, assistant metteur en scène de
métrages réunis et exploités sous le titre général Chariie Chaplin pour Limelight.
Face to Face. Le second, The Bride Contes to
Gary Cooper remporte son second oscar (pour
Yeiiow est un script de James Agee d'après High iVoo/f). Oscars du meilleur second rôle :
Stephen Crâne. Anthony Quinn {Viva Zapata !), Gloria Grahame
David Dradley produit, dirige et interprèle un (The Bad and the Beautiful).
Juiius Caesar avec Charllon Heston dans le rôle Décédés : Jack Conway (65 ans); John Garfield
de Marc Antoine (tourné quehjues années plus tôt (39 ans); Gregory La Cava (59 ans); Elmo Lincoln
en 16 mm, distribué en 1952). (le premier Tarzan, 63 ans); Hatlie McDaniel
Fritz Lang dirige Marlene Dietrich dans un wes (57 ans); Alison Skipworth (88 ans); Malcolm
tern (Bancho Notorious) et Mariiyn Monroe St. Clair (55 ans).

OSCAR : FROM HERE TO ETERNITY


1953 PRODUCTION : 344 films

LES FAITS

La 20lh Century-Fox lance le premier film en CinemaScope : Ihe Bobe. Avec 18 millions de
dollars de recettes-distributeur, le film est le plus gros succès commercial depuis Gone With the
Wind. Devant ces résultats, la politique de grand écran se généralise.
Nette reprise des affaires par rapport aux années précédentes. redressement deviendra sensible
au cours des trois années suivantes.

Fondation de l'American lîroadcasting Paramounl Tlieatres Inc., résultat de la fusion de ABC Inc.
avec United Paramount 'Ilieatres.

Monogram Pic. Corp. prend le nom de Allied Artists Pictures Corporation. Columbia, Wamer et
United Artists présentent des films en trois dimensions «à lunettes». En tout, 24 films en trois
dimensions sont distribués.

ACTIVITES AN^llAMERICAïNES. Capitulation de Robert Rossen, qui accepte de parler.

LES ŒUVRES Astaire et Cyd Charisse. Une profession de foi :


«ThaCs entertainnmity.

Stalag 17 (mai). Billy Wilder dissèque avec féro


Front Here to Eternity (septembre). Quelques cité le comportement de prisonniers de guerre
types psychologiques traditionnels dans une pein américains (dont le gardien est Otto Preminger).
ture de l'armée américaine avant Pearl Harbor
Oscar pour William Holden.
(Fred Zinnemann). D'après le roman de James
Jones. Un succès criti<|ue démesuré. Niagara (janvier). Film noir en couleurs et en
Shane (août). Succès critiijue également démesuré plein air. Mariiyn Monroe, épouse infidèle de
pour ce western psychologi(|ue et archétypal (de Joseph Cotten, déborde de sensualité agressive et
George Stevens) qui veut incarner la quintes en mourra dans un clocher (Henry Hathaway).
sence du genre tout en le dépassant. Take Me to Town (mai). La rencontre d'un
The Band Wagon (août). Quintessence, cette fois bûcheron-prêcheur et d'une chanteuse de cabaret
de la comédie musicale, obtenue par une conjonc recherchée par la police. Décrit par le réali
tion de talents MGM : Vincente Minnelli, Betty sateur, Douglas Sirk, comme « un petit poème
Comden et Adolph Green, Michael Kidd, Fred lyrique dédié au passé de l'Ouest américain». Le
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

premier des dix films tournés par Douglas Sirk COURTS METRAGES (animation) ; The Tell-Tale
avec le chef opérateur Russell Metty. Heart (Ted Parmelee). UTA adapte Edgar Allan
Poe.
The Naked Spur (février). Western à cinq per A Unicorn in the Garden (William Hurtz). UPA
sonnages, entièrement tourné en extérieurs. Un adapte James ITiurber.
sens aigu de l'espace et du décor qui culmine dans Toot^ Whistle, Plunk and Boom (Ward Kim-
la magistrale séquence finale, au-dessus du torrent. ball, Charles Nichols). Une histoire des ins
Anthony Mann en pleine possession de ses moyens, truments de musique produite par Disney dans le
sur un très solide scénario signé Sam Rolfe et style UPA, et en CinemaScope.
Harold Jack Bloom. Duck Amuck (Charles M. Jones). Daffy Duck
Homan Holiday (septembre). William Wyler aux prises avec un animateur diabolique qui se
réussit une comédie à succès sur le vieux thème de révélera être Bugs Bunny.
la princesse incognito. DonH Give up the Sheep (Charles M. Jones).
Avant le quotidien combat pour la vie, le loup et le
Julius Caesar (juin). Joseph Mankiewicz, le chien de berger pointent comme à l'usine.
maître hollywoodien du verbe, adapte le maître du Three Little Pups (Tex Avery). Encore un loup
verbe élisabéthain. famélique dans une variation sur les trois petits
cochons (ici petits chiens). Quelques gags exem
The Sun Shines Brighi (mai). Remake partiel plaires (le boulet de canon qui parcourt une trajec
par John Ford de son Judge Priest (1934), avec toire circulaire pour atteindre sa cible).
Charles Winninger dans le rôle du juge créé par
Will Rogers. Le dernier des films ensoleillés de
Ford.

Moulin Rouge (mars). La vie de Toulouse-


Lautrec recréée par John Huston d'après une bio
graphie populaire du grand peintre infirme. Très LES TALENTS
surestimé en son temps.
The Big Heat (octobre). Un drame policier de la Débuts hollywoodiens d'Audrey Hepburn dans
vengeance, violent et désespéré (Fritz I^ng).
Roman Holiday. Oscar et prix de la critique
Give a Giri a Break (décembre). Stanley Donen new-yorkaise.
dirige Debbie Reynolds, Bob Fosse et Gower Frank Sinalra revient : oscar du second rôle pour
Champion dans un musical éblouissant d'invention From Here to Eternity.
et de charme sous des apparences modestes et
conventionnelles. Sujet de Vera Caspary (Laura, Interprétations mémorables : Marlon Brando et
Les Girls). James Mason dans Julius Caesar, Thelma Ritter
dans Pickup on South Street, Rober Ryan dans
Pickup on South Streel (juin). Une trame anti The Naked Spur, Jack Balance dans Shane,
rouge (qui disparaîtra de la version française), et Lee Marvin dans The Big Heat, Jack Buchanan
pourtant un chef-d'œuvre, lyrique et violent, de dans The Band Wagon.
Samuel Fuller.
Le film d'Otto Preminger The Moon is Blue
LE COIN DU NANAR : Glen or Glenda. L'un défie le Code, les censures locales et le cardi
des films les plus hilarants jamais tournés. Edward nal Spellman.
Wood Jr. traite un sujet autobiographi({ue. A-t-il
le droit de s'habiller en femme, de porter des Joseph Losey tourne pour United Artists Encoun-
chandails en mohair? Il faut avoir vu les plai ter, qu'un autre signera. C'est le dernier travail de
doiries de Bela Lugosi brusquement interrompues Joseph Losey pour une compagnie américaine.(Le
par des plans de bison et d'explosion atomique. film sera coupé et rebaptisé Stranger on the
Robot Monster. Le monstre qui détruit l'huma Prowl.)
nité en quelques secondes et passe le reste du film
à traquer les six survivants planqués derrière un
Joseph L. Mankiewicz fonde Figaro Inc., maison
mur de brique est un malheureux acteur dans une
de production indépendante, pour tourner The
défroque de gorille avec un casque de scaphan Barefoot Confessa.
drier surmonté d'antennes. Il faut le voir déam Herbert J. Biberman tourne Sait of the Earth à
buler en murmurant « I must but I cant» sur des Silver City, New Mexico: incidents pendant le
staccatos pianistiques dus à... Elmer Bernstein. Le tournage. Un député demande l'interdiction du
monstre le plus ridicule de la science-fiction (réali film et la police harcèle l'actrice mexicaine
sateur : Phil Tucker). Rosaura Revueltas. Le FBI l'expulsera avant la fin
du tournage.
A REDECOUVRIR :99 River Street (Phil Karl-
son), The City That Never Sleeps (John Josef von Slernberg tourne son dernier film, Ana-
H. Auer): deux excellents policiers. tahan, au Japon. Il signe la mise en scène, la pho-
tographie, le scénario et le commentaire, et est son Décédés : George S. Barnes (60 ans), Nigel Bruce
propre producteur. (58 ans), Wlliam Farnum (76 ans), Francis Ford
John Ford tourne quelques plans de Hondo, (71 ans), James Finlayson (66 ans), Paul Hurst
western signé John Farrow. loué par André Bazin. (64 ans), Herman J. Mankiewicz (55 ans), Millard
En fait, c'est John Wayne, acteur et producteur, Milchell (50 ans), Irving Reis (47 ans), Edward
qui aurait supervisé la réalisation (en trois dimen Sedgwick (60 ans), Lewis Stone (73 ans), Roland
sions). Young (65 ans).

OSCAR : ON THE WATERFRONT


1954 PRODUCTION : 253 films

mm LES FAITS

Les nouvelles lechni(|ues : 34 films en CinemaScope sont distribués; 11 000 salles s'équipent en
Scope (USA et Canada). I-.es investissements atteignent 50 millions de dollars.
En mars, la Paramount présente son procédé de grand écran Vislavision (premier film : White
Chrisimas).
United Arlists présente le Superscope (premier film : Vera Crus).
L'Easlmancolor supplante définitivement le Technicolor plus coûteux. Eastman introduit la pellicule
noir et blanc Tri-X.

Démonstration d'une nouvelle bande magnétique-image pour cinéma et télévision.


Howard Hughes rachète toutes les actions RKO, firme dont il était déjà président-directeur et
actionnaire important. Coût de l'opération : 24 millions de dollars. Pour la première fois, un
individu isolé est seul propriétaire d'une grande compagnie productrice et distributrice.
Loew's Inc. MGM est le dernier des Majors à abandonner son réseau d'exploitation.
Premier accord MGM-Télévision.

CENSURE. Révision du Code de la production. I.,e Code refuse son sceau à French Line. I-a
RKO distribue néanmoins le film et ne paye pas l'amende que lui inflige la MPAA. Elle continue
cependant à siéger sans ennui à la MPAA : échec pour le Code.
La Cour suprême donne tort aux censeurs des Etats de New York et de l'Ohio, qui avaient interdit
la Ronde et M pour «raisons morales».
ACTlVl'l'ES AN'^nAMERlCAINES. Discrédit de Joseph McCarlhy après sa tentative malhonnête
pour prouver devant une commission sénatoriale de prétendues infiltrations communistes au sein de
l'état-major de l'armée de terre. A la suite de sa chute. le climat de chasse aux sorcières va s'apaiser
au cours des années suivantes.

LES ŒUVRES nous fait assister à un meurtre de l'autre côté de la


cour. Son premier film de la période Paramount.

The Barefoot Contessa (octobre). Après le Apache (juillet): Vera Cruz(décembre). Un wes
monde du théâtre. Joseph Mankiewicz s'attaijue à tern tendre et lyrique, un autre ironique et violent
révèlent un nouveau talent : Robert Aldrich.
celui du cinéma. A travers la vie d'une star
racontée de plusieurs points de vue différents, une Johnny Guitar (août). Une femme de tête vieillis
anatomie du milieu qui est aussi une profession de sante et un lueur fatigué qui fut son amant se
foi.
retrouvent dans un saloon menacé. Un western
Rear Window (septembre). Alfred Hitchcock insolite de Nicholas Ray. On recherche toujours le
s'enferme une fois de plus dans un appartement et nom du scénariste.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

Executive Suite (avril). Rivalités au sein d'un City is Dark (André De Toth), thriller nerveux,
conseil d'administration. Une distribution ail-star bien photographié, auquel Jean-Pierre Melville
et une construction dramatique complexe maî rendra plusieurs fois hommage. Beach Head, de
trisées par Robert Wise. Stuart Heisler, élégant film de guerre.
On the Wateifront (octobre). L'éveil d'un être COURTS METRAGES (animation): When Magoo
fruste au sens de la responsabilité peint par Elia Fïew (Pele Burness). Mr. Magoo en avion. Pre
Kazan à travers un tableau de la corruption syndi mier UPA en CinemaScope.
cale dans le port de New York. FudgeVs Budget (Robert Cannon).
Drag-a-Long Droopy(Tex Avery). Avery donne
Sabrina (octobre). Abandonnant le drame pour la sa version d'un thème classique de western.
comédie, Billy Wilder exploite le succès de William Droopy en sheepman placide mais efficace.
Wyler dans Roman Holiday avec ce film sur
mesure pour Audrey He{)burn.
Sitver Lode (juin). Western antimaccarthyste,
photographié par John Alton. Un des meilleurs
Allan Dwan de la dernière période, le premier de
ses dix films pour le producteur Benedict Bogeaus.
LES TALENTS
A Star Is Born (octobre). Histoire d'un amour,
d'une ascension et d'une déchéance dans le cadre
de Hollywood. Cukor réalise une nouvelle version Grâce Kelly obtient un oscar pour Country Girl,
éblouissante du film de William A. Wellman. contrairement aux pronostics qui prévoyaient Judy
Garland pour A Star Is Born.
Beat the Devit(mars). Un canular autoparodique
de John Huston, écrit avec la complicité de Oscars pour Brando et Eva Marie Saint (second
Truman Capote. Malgré les vedettes de sa dis rôle) dans On the Waterfront. Oscar du second
tribution (Bogart, Jennifer Jones, Gina Lollobri- rôle masculin : Edmond O'Brien (Barefoot
gida), il passe inaperçu, mais sera reconnu dix ans Confessa).
plus tard.
Interprétations mémorables : Burt Lancaster dans
The Witd One (février). Première apparition Apache et Vera Cruz, Judy Garland et James
des blousons noirs motorisés à l'écran et du jazz Mason dans A Star Is Born, Spencer Tracy et
comme musique d'accompagnement. Malgré Mar- Lee .Marvin dans Bad Day at Black Rock (John
lon Brando, ce film passe inaperçu à sa sortie, Sturges), Louis Calhern et Fredric March dans
mais deviendra peu à peu une sorte de classi(|ue Executive Suite, Jennifer Jones dans Beat the
souterrain, avant de sombrer cette fois dans le Devit, James Stewart dans Rear Window et The
ridicule, lors d'une troisième carrière, surtout à Glenn Miller Story (Anthony Mann).
cause du jeu très daté de Brando, car la mise en
John Berry et Jules Dassin tournent chacun un
scène reste efficace et Lee Marvin superbe. Quant
film en France.
à la musi(]ue de Shorly I^ogers. elle est toujours
aussi stimulante. Les producteurs Harold Heeht et Burt Lancaster
Them! (avril): The Naked Jungle (février). adoptent la raison sociale Hecht-I^ancaster pour
Des fourmis géantes atla<|uent Los Angeles, des produire Vera Crus. La firme devient peu après
Hechl-Hill-Lancaster.
fourmis rouges envahissent la plantation de Charl-
ton Heston. Deux réussites dans leur genre : Budd Schulberg, ancien homme de gauche blan
science-fiction et aventures exoti<jues aux conno chi, adapte son roman Waterfront que tourne Elia
tations psychanalytiques dues à Gord«)n Douglas et Kazan. Commentaire de nombreux critiques :
Byron Haskin. «apologie de la délation».
Seven Brides for Seven Brothers (août). En Nombreuses scènes coupées, dans A Star is Born,
dépit d'un sujet redoutable (transfïosition moderne par la Warner, pour ramener le film à une lon
de l'enlèvement des Sabines). une des comédies gueur normale. La version originale sera presque
musicales les plus originales et les plus réussies de restaurée 30 ans plus tard.
l'histoire du genre. Slanley Donen dirige bril
lamment, en CinemaScope, une chorégraphie acro Adrian Scott et Ring Lardner Jr. perdent le procès
batique de Michael Kidd. Excellentes chansons de qu'ils avaient intenté à leurs employeurs respectifs
Gene de Paul et Johnny Mercer. (Fox et RKO) pour mise à pied à la suite de leur
condamnation par le Congrès en 1947.
A REDECOUVRIR : Cry Vengeance, un policier
modeste et tendu, joué et dirigé par Mark Slevens Décédés : Lionel Barrymore (76 ans); Sydney
(le généri<jue aurait été filmé par Busby Berkeley). Greenstreet (74 ans); Will H. Hays, président de la
Jivaro, le fer de lance de l'esthétique macmahon- MPAA de 1922 à 1945, père du Code de la pro
nienne (Edward Ludwîg). Crime Wave ou The duction (75 ans); Irving Pichel (60 ans).
OSCAR : MARTY
PRODUCTION : 254 films

LES FAITS

RKO : la Général Tire and Rubber Company, par l'intermédiaire de sa sous-marque. Général
Teleradio, rachète la RKO Corp. à Howard Hughes. Les nouveaux propriétaires de RKO revendent
tout le catalogue de la firme (740 longs métrages et environ 1 200 courts métrages) à G & C Super
Corp., dirigée par W. S. Mack. Par ce marché, C & C acquiert les droits d'exploitation du catalogue
pour la télévision dans le monde entier (Howard Hughes reste directeur de la société, qu'il cédera
définitivement en 1957).
Paramounl vend 1100 courts métrages à UMM Télévision : CBS achète et dissout la firme Paul
Teri*y (dessins animés).
Warner et MGM passent contrat avec ABC Télévision et Fox avec CBS Télévision, auxquelles ces
compagnies fourniront des spectacles hebdomadaires.
Nouveaux formats : première du Todd AO en octobre {Oklahoma!). Négatif 65 mm tiré sur
pellicule 70 mm.72 films en CinemaScope-couleurs et 10 en Superscope sont distribués(38 % de la
production totale).
Démonstration d'une bande magnétique-image en couleurs, perfectionnée par les Bing Crosby
Enterprises.
Mary Pickford et Charlie Chaplin vendent leurs dernières actions United Artists.
semaine de 5 jours instituée à Hollywood (augmentation des coûts de production : 20 %).

LES ŒUVRES The Big Knife (novembre). D'après la pièce de


Clifford Odets, le portrait d'un producteur tyran
et d'une vedette victime (Robert Aldrich).
Marty (mars). La télévision fait son entrée offi The Seven Year Itch (juin). Marilyn Monroe
cielle au cinéma avec cette pièce écrite par Paddy tente, en vain, de séduire un mari solitaire. Billy
Chayefsky pour le petit écran, dirigée par un réali Wilder en profite pour se livrer à une série de
sateur de télévision, Delbert Mann, dont c'est le pastiches de films à succès.
premier film et (|ui remporte les oscars du meil
Man Withoui a Star (avril): The Man from
leur film et de la meilleure mise en scène.
Laramie (août). Deux portraits d'hommes de
Easl of Eden (avril, Elia Kazan); Rebel l'Ouest, l'un par King Vidor, l'autre par Anthony
Withoui a Cause (octobre, Nicholas Ray). Deux Mann. Les deux westerns majeurs de l'année.
grands metteurs en scène abordent le Cinema-
Scope, James Dean et le mal de la jeunesse.
The Purple Plain (avril). Une vision objective et
forte de la guerre. Une histoire d'amour inter
The Hlackboard Jungle (mars). Richard raciale jouée par une véritable indigène (Robert
Brooks. lui, prend le problème à l'école dans ce Parrish).
noir tableau de l'indiscipline et de la délinijuance.
The Big Combo (février). Un des derniers grands
Ws Always Fair Weather (septembre). Une films noirs (avec Kiss Me Deadly de Robert
sorte de Besi Years of Our Lives chanté et Aldrich). Le plus brillant des films de Joseph
dansé. La comédie musicale jette ses derniers feux H. Lewis, une photo prodigieusement inventive de
dans cette œuvre amère de l'équipe Gene Kelly- John Alton.
Stanley Donen-Bctty Comden-Adolph Green. Kiss Me Deadly Tout le monde cherche la
My Sîsier Eileen (octobre). Cette réalisation clé de la boîte de Pandore, et Mike Hammer la
de Richard Quine est tout le contraire de IVs trouve à ses dépens (et à ceux de l'humanité ?) dans
Always Fair Weather. Une œuvre dynamique, ce thriller allégoriiiue et pervers, dont le fil
qui dégage une joie de vivre exceptionnelle. Bob d'Ariane est un poème de Christina Rossetti. Une
Fosse et Tommy Rail se livrent à un duel dansé invention visuelle constante qui évoque Orson
très spectaculaire. Janet Leigh danse la conga. Welles. Une des œuvres clés des années cinquante.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

The Naked Dawn (novembre). Un bandit philo LES TALENTS


sophe corrompt un couple de paysans. Obscur mais
beau western de Edgar G. Ulmer, écrit par les mys
térieux Nina et Herman Schneider - en fait Julien James Dean fait sensation dans ses deux premiers
Halevy, scénariste placé sur la liste noire. En films en vedette.
voyant ce film, François Truffaul comprit qu'il
était possible d'adapter le roman Jules et Jim Débuts de Susan Slrasberg (Picnic). Shirley Mac
au cinéma.
Laine (The Trouble With Harry). Waller Mat-
thau (The indian Fighter, The Kentuckian).
Moonfleet (juin). Un jeune garçon fasciné par des
Oscar d'interprétation : Ernest Borgnine pour
marins contrebandiers en Angleterre au
Marty. Changement d'emploi radical pour cet
xvMi'" siècle. Drame romanesque et romantique, qui
acteur. Premier film américain d'Anna Magnani :
fut l'une des causes célèbres des cinéphiles et de la
The Rose Tattoo (Daniel Mann d'après la pièce
jeune critique en France. Le premier Cinema-
de Tennessee Williams): elle remporte l'oscar.
Scope de Fritz Lang.
Marlon Brando chante et danse dans Guys and
The Night of the Hunier (novembre). Le seul Doits.
film dirigé par Charles Laughton. Une œuvre
d'une très grande beauté insolite qui renoue avec Extraordinaire composition de Robert Mitchum
la tradition de D. W. Griffith, voire de l'expres dans le rôle du prêcheur psychopathe de Night of
sionnisme allemand. Visuellement envoûtant. the Hunier,
(Photo de Stanley Cortez.) Adapté par James Agee Laszlo Benedek quitte les Etats-Unis et tourne en
d'un roman de David Grubb.
Allemagne (Des enfants, des mères et un
Tennessee^s Partner (octobre). Autre cause ciné- général).
philique célèbre. Considéré par certains comme le Après un long silence, Orson Welles donne un
chef-d'œuvre d'Allan Dwan. D'après Bret Harte. film, tourné en Europe : Mr. Arkadin.
Devait être réalisé pour Enterprise Studio.
Preston Sturges tourne en France.
A REDECOUVRIR : Murder Is My Beat (F^dgar
G. Ulmer), qui a des fanatiques. John Huston est coproducteur de Moby Dick ;
Elia Kazan produit lui-même East of Eden ;
LE COIN DU NANAR : Shack Dut on 101 Howard Hawks fonde la Continental pour laquelle
(Edward Deîn). Le plus fauché des films anticom il produit et dirige Land of the Pharaohs.
munistes : un seul décor misérable. Lee Marvin Robert Aldrich produit son Big Knife (The Asso
joue Slob (s/c) et Terry Moore doit repousser les ciâtes and Aldrich).
avances de toute la distribution. Disponible en
vidéo. Deuxième long métrage d'un inconnu : Stanley
Kubrick (KillePs Kiss). Financement familial,
COURTS METRAGES (animation) ; One Froggy échec financier.
Evening (Charles M. Jones). « Hello my hahy,
hello my honey, hello my ragtime gai!» Une Premiers génériques signés Saul Bass (Carmen.
grenouille phénomène chante les airs de la belle
Jones, The Big Knife, The Seven Year Hch).
épotjue mais refuse de se laisser exploiter commer Alfred Hitchcock prend la nationalité américaine.
cialement.
Lighthouse Mouse (Robert McKimson). Sylves- Carmen Jones interdit en France par les héri
ter le chat aux prises avec une souris et un kan tiers de Henri Meilhac et Ludovic Halévy.
gourou dans un phare. Décédés : Lloyd Bacon (65 ans): Uieda Bara (65
Tm Cold et The Legend of Rockabye Point ans); James Dean (24 ans) dans un accident
(Tex Avery). Avery termine en beauté sa carrière d'auto ; John Hodiak (41 ans); Robert Riskin (scé
de cartoonist de studio avec ces deux hilarantes nariste des meilleurs Capra, 58 ans).
aventures du pingouin Chilly Willy pour Wal-
ter Lantz.
OSCAR : AROUND THE WORLD IN 80 PAYS
PRODUCTION : 272 films

LES FAITS

Loew's Inc.(MGM)annonce son intention de mettre son catalogue d'avant 1949 à la disposition des
stations de télévision locales, de permettre quelques programmations de films récents à la télévision
et d'entreprendre la production de films pour le petit écran au cours de la saison 1957-1958.
Fox lance le Scope 55 {Carousei: The King and I).
Todd-AO : Âround the World in 80 Days.
Harry et Albert Warner vendent leurs parts de Warner Bros. à un groupe financier. Jack Wamer
garde ses actions et reste le plus gnis actionnaire individuel de la firme dont il devient président.
Darryl F. Zanuck (|uitte la Fox et devient indépendant. Ruddy Adler le remplace.
Box-office : The Ten Commandments et Âround the World in 80 Days deviennent les
2 champions du box-office après Gone With the Wind. battant le record établi par The Robe en
1953 : 17 millions de recettes-distributeur {The Ten Commandments : 34 millions, Âround the
World in 80 Dttys : 22 millions).
CENSURE. I^e cardinal Spellman condamne Bahy Doll en chaire, à New York.
1^ Cour suprême annule comme anticonstitutionnelle l'interdiction d'un film sur la drogue par les
censeurs de l'Etal de Pennsylvanie.
Réforme du Code de la production.

LES ŒUVRES nalistes cyni(|ues et un tueur pathologique pathé-


ti(|ue; dans Beyond a Reasonable Doubt, un
canular ({ui tourne mal. un faux coupable qui se
Giant (novembre). L'épopée du Texas en trois révèle vrai, une invraisemblable vérité,
générations, par George Stevens. l/ancêtre de Âll That Ueaven Âllows (janvier). L'amour
Dallas.
contrarié mais finalement triomphant d'un jeune
Written on the Wind (terminé début 1956. sorti jardinier, émule de Henry David Thoreau. et d'une
en Grande-Bretagne en octobre 1956. aux Etats- veuve de la bonne société guindée d'une petite
Unis en janvier 1957. mais considéré pour les ville. L'un des plus convaincants des mélodrames
oscars en 1956). Une autre épopée texane : alcool, de Douglas Sirk, avec There^s Âlways Tomor-
argent, désarroi, échec, jalousie, meurtre, névrose, row, tourné la même année.
pétrole, sexe, voitures. Portrait flamboyant d'une The Killing (juillet). Un hold-up successivement
société malade et décadente par Douglas Sirk. raconté du point de vue des divers participants. Le
Bus Stop (août). Le deuxième film de Joshua film (jui révéla Stanley Kubrick. Ecrit par Jim
Logan. La chanteuse de beuglant et le cow-boy. Un Thompson et Stanley Kubrick lui-même (d'après
rôle pour Marilyn Monroe. Surestimé. un roman de Lionel Wliite).

Bigger Than Life (août). 1^ vie médiocre d'un The Searchers (mai). L'histoire d'une obsession.
professeur bouleversée jusqu'au délire mégaloma- Un vétéran de la guerre de Sécession passe dix ans
niaque par l'absorption abusive <le cortisone. Un de sa vie à la recherche d'une petite fille enlevée
cri d'alarme (Nicholas Ray). par des Indiens. Un des films les plus riches, les
plus Cfimplexes et les plus sombres de John Ford.
Lustfor Life (septembre). La vie de Vincent Van qui le décrivait comme «la tragédie d'un solitaire».
Gogh filmée en couleurs et sur les lieux par Superbe photo (couleurs et Vistavision) de Winton
Vincente Minnelli.
G. Hoch. Ecrit par Frank S. Nugent d'après un
While the City Sleeps (mai): Beyond a Reaso- roman d'Alan Le May. Le film aura une immense
nabte Doubt (seplemltre). Les deux derniers influence sur les cinéastes cinéphiles américains
films de Fritz Lang aux Etats-Unis, pessimistes et (|ui commenceront à tourner dans les années
ironiques. Dans While the City Sleeps, des jour soixante-dix.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Bhowani Junction (juin). Dans l'Inde troublée LES TALENTS


de Gandhi, Ava Gardner hésite entre l'Est et
l'Ouest sous la direction de George Cukor.
War and Peace (novembre). Léon Tolstoï vu par Baby Doit lance Carroll Baker ; The King and
King Vidor. Long, lourd et terne. /, Yul Brynner (oscar), qui est également co-
star dans The Ten Commandments (rôle de
Baby Doll (décembre). Un triangle peu clas Ramsès I) et Anastasia.
sique, bouffon el tragique, s'ébat dans une maison
délabrée du Sud profond. Le tandem Tennessee Kirk Douglas incarne Vincent Van Gogh et
Williams-Elia Kazan. Anthony Quinn Paul Gauguin dans Lustfor Life.
Deux de leurs meilleures compositions (oscar du
Moby Dick (juin). Entre le faucon et les élé second rôle pour Anthony Quinn).
phants, une pièce de taille à ajouter au bestiaire
mythique de John Huston. Une technique de Autres interprétations mémorables : Eli Wallach
couleurs originale (photo Oswald Morris). dans Baby Doit, Gregory Peck dans Moby Dick^
James Mason dans Bigger Than Life, Sterling
Seven Men from Now (août). Pour André Hayden dans The Killing, John Wayne dans The
Bazin, l'un des chefs-d'œuvre du western. Mise en
Searchers, Robert Stack dans Written on the
scène épurée et elliptique de Budd Boetticher ({|ui Wind, Lee Marvin dans Seven Men From
réussit un excellent film noir The Killer is
Now.
Loose)..
James Dean, jeune et pauvre, puis vieux et riche
Invasion of the Body Snatchers (février). Les dans Giant. son dernier film, sorti après sa
habitants d'une petite ville sont graduellement mort accidentelle.
investis par des extraterrestres invisibles. Un clas
sique de la science-fiction métaphorique, écrit par Ingrid Bergman, oscar d'interprétation pour Ana-
Daniel Mainwaring, dirigé par Don Siegel. stasia (Anatole Litvak); Dorothy Malone, oscar
du second rôle pour Written on the Wind.
The Ten Commandments (octobre). Cecil
B. DeMille revient à l'histoire de Moïse. Un film Acteurs-producteurs : en 1955-1956, un certain
monumental, un des plus longs(3 h 40) et des plus nombre de grands acteurs ont formé leur propre
coûteux (13 millions de 1955) jamais réalisés à maison de production. Les principaux sont : John
Hollywood. Il battra tous les records de recettes. Wayne (Batjac Productions), William Holden
The Man Who Knew Too Much (juin). Nouvelle (Toluca), Marlon Brando (Pennebaker), Gary Coo-
version par Alfred Hitchcock de son film anglais per (Baroda), Frank Sinatra (Kent), Gregory Peck
de 1934.
et Kirk Douglas(Bryna), Cornel Wilde ('Hieodora).

Blazing the Overland Trait. Dernier sériai de Dallon Trumbo, sous le pseudonyme de Robert
l'histoire du cinéma américain, réalisé par Spencer Rich, reçoit l'oscar du meilleur scénario pour The
Gordon Bennet. stakhanoviste du genre. Brave Ones (RKO). Personne ne se présente
pour recevoir le jirix. Le scénario est inspiré de
A REDECOUVRIR : Etranger al My Door, My Friend Bonito. commencé en 1941 par
western religieux de William Witney. Orson Welles et Norman Poster (voir année 1941).
COURTS METRAGES (animation) : Gce Whiz- Anthony Mann crée Security Pictures. James
Z'Z (Charles M. Jones). Une des plus brillantes B. Harris et Stanley Kubrick s'associent et pro
collections de gags de la série Coyote-Road Runner. duisent The Killing.
Le coyote devient homme-chauve-souris grâce à
ACME, et à son grand dam. Débuts de Martin Ritt (A Man Is Ten Feet Tali)
Adventures of an Asterisk (John Hubley). Un el de Robert Mulligan (Fear Strikes Out).
graphisme qui évolue vers l'abstraction.
Joseph Losey peut enfin signer un film (en Angle
Around the World in 80 Days (généri({ue :
terre), Time Without Pity. Hugo Fregonese
Saul Bass). Le généritjue de fin (7 minutes) est la
tourne / Girovaghi en Italie.
récompense de l'amateur d'animation (pii a enduré
le film (hélas, la plupart des salles le projetèrent Décédés : George Bancroft (74 ans); Louis Cal-
sur un rideau fermé et toutes lumières rallumées). hern (61 ans): Bela Lugosi (72 ans).
OSCAR : THE BRIDGE ON THE RIVER KWAI (G.B.)
PRODUCTION : 300 films

LES FAITS HHiH

Dernier avatar de la RKO, rachetée par la Desilu (Compagnie productrice de films de télévision
fondée par le couple d'acteurs Desi Arnaz et Lucille Bail).
United Artists devient propriété publique par mise en vente des actions encore disponibles.
Désormais, United Artists se consacre uniquement au financement et à la distribution de
productions indépendantes.
Mike Todd rachète et transforme de nombreuses salles aux Etats-Unis et à l'étranger, pour y
projeter son Àround Ihe World in 80 Days.
Discussions en vue d'un échange américano-soviétique.
Dorothy Dandridge, suivie par de nombreuses autres vedettes, intente un procès en diffamation à la
revue Confidential.
ACTIVmLS ANTIAMERICAINES. Michael Wilson, scénariste de Friendfy Persuasion, mais
non mentionné au générique, intente un procès à la firme productrice (Allied Artists). Michael
Wilson avait rédigé l'adaptation du roman dès 1946. Thèse de Allied Artists et des auteurs : le texte
de Michael Wilson n'était (|u'un canevas, entièrement remanié par la suite (voir aussi ci-après).

LES ŒUVRES {Whisky Galore, The Lady Kiiiers), dialogué


avec panache par Clifford Odets et Ernest Leh-
man, photo (en décors réels) de James Wong
Run of the Arrow (juin). Un western lincolnien Howe. Musi(]ue interprétée par Chico Hamilton.
de Samuel Fuller. U'un de ses meilleurs films, très Heaven Knows, Mr. Allison (mars). Une nonne
polémique et politique. et un marine sur une île du Pacifique infestée de
Forty Guns (septembre). Un autre western pas Japonais. Hilarante comédie à deux personnages
comme les autres de Samuel Fuller. Un film d'une écrite (avec John Lee Mahin) et dirigée par
liberté formelle étonnante. L'ouverture est un des John Huston.
plans-séquences les plus complexes de l'histoire du Les Giris (novembre). Une très brillante comédie
cinéma. pirandellienne où George Cukor s'essaye pour la
Funny Face (avril). Un bas-bleu devient man première fois à la véritable comédie musicale.
nequin et découvre l'amour. Satire du monde de la A Face in the Crowd (juin). L'irrésistible ascen
mode et du pseudo-intellectualisme. Le chant du sion d'un chanteur parti de rien et qui devient une
cygne de la comédie musicale hollywoodienne ori force politi(]ue à la télévision : Elia Kazan dénonce
ginale, et le chef-d'œuvre de Slanley Donen en le pouvoir mystificateur du petit écran et les excès
cavalier seul. démagogiques (}u'il permet.
An Affair to Remember (juillet). Une comédie The Bachelor Party (avril). Enterrement d'une
(jui tourne brusquement au mélo. Nouvelle version vie de garçon dans le New York de tous les jours.
par McCarey de son Love Ajl/blV (1939). qui réin Paddy Chayefsky et Delbert Mann sur la lancée de
troduit les scènes éliminées de la première version. Marty mettent au point le cinéma-télévision.
Scénario de Delmer Daves.
Twelve Angry Men (avril). Encore une pièce
Sweet Stnell of Success (juin). Une sorte de venue de la télévision. Les débats d'un jury
Night and the City new-yorkais. Un échotier pendant une heure et demie : la démocratie améri
impitoyable (et incestueux) manipule un petit caine à l'œuvre.(Note : tous les jurés sont blancs et
publiciste ambitieux et sans scrupules dans le de sexe masculin.) Film de Sidney Lumet.
monde nocturne et menaçant des boîtes de nuit
de Broadway. Premier film américain du réali The Wrong Man (janvier). Un fait divers policier
sateur britannique Alexander Mackendrick et humain traité avec réalisme par Hitchcock.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Saint Joan (juin). La Jeanne de Georjçe Bernard LES TALENTS


Shaw vue par Otlo Preminger. Sous-estimé.
3:10 to Yuma (septembre). Un classique du
Premiers films de jeunes venus de la télévision :
western psychologi<|ue. par Delmer Daves. Une
The Strange One (Jack Garfein, 27 ans); The
admirable photo de Charles Lawton Jr. dans le
Voung Etranger {John Frankenheimer, 27 ans);
style des photos de Mathew Brady et un affron
Twelve Angry Men (Sidney l.umet, 33 ans);
tement puissant entre Glenn Ford et Van Heflin.
Fear Strikes Dut (Robert Mulligan, 32 ans,
The Bridge on the River Kivai (novembre). produit par Alan Pakula, 30 ans qui, associé avec
Metteur en scène anglais (David Lean) mais pro Mulligan, produira plusieurs autres films de ce
duction américaine (Sam Spiegel). Un scénario dernier).
signé Pierre Boulle (qui ne connaissait pas John Huston, en désaccord avec Selznick. aban
l'anglais) cachant deux scénaristes blacklistés (Cari donne le tournage de A Farewell to Arms.
Foreman et Michael Wilson) et aussi Lean lui- Charles Vidor le remplace. Mamoulian tourne son
premier film en dix ans, Silk Stockings, qui sera
son dernier.
A REDECOUVRIR : The Undead (Roger Cor-
man). Débuts de Jean Seberg dans Saint Joan, de Lee
Remick et Andy Griffith dans A Face in the
LE COIN DU NANAR:The Saga of the Viking Crowd, d'Anthony FVanciosa dans A Hatfui of
Women and Their Voyage to the Waters of Rain, A Face in the Crowd et Wild is the
the Great Sea Serpent(Roger Corman). Le titre Wind.
vaut mieux que le film où, seule péripétie amu Les couples de l'année : Audrey Hepburn et Fred
sante, Jonathan Haze se fait foudroyer en bran Astaire {Funny Face): Deborah Kerr et Robert
dissant son épée. Le serpent de mer est nul. Mitchum [Heaven Knows, Mr. Aliison); Debo
The Girl in the Kremlin (Russell lïirdwell). Un rah Kerr et Cary Grant {An Affair to Remem-
classique. En fait. Staline n'est pas mort : il s'est ber)\ Anna Magnani et Anthony Quinn {Wild is
réfugié dans un monastère grec avec la moitié du the Wind).
trésor soviétique. C'est ce (pie découvre Lex Bar- Année Henry Fonda : il produit et interprète
ker. aidé dans son enquête par Zsa Zsa Gabor ((pii Twelve Angry Men,et est vedette de deux autres
joue un double nile : deux jumelles dont l'une est films : The Tin Star et The Wrong Man.
pro-américaine, l'autre pro-communiste) et sans
doute l'archange Gabriel... Sublime. Premier long métrage de Robert Altman : The
Delinquents.
COURTS METRAGES (animation) : WhaTs Joanne Woodward en schiziqdirène à triple person
Opéra, Doc? (Charles M. Jones). Version bur- nalité dans Three Faces of Eve (oscar). Tony
les(jue des Nibelungen avec Bugs Bunny en Brune- Curtis révèle ses talents d'acteur dans Sweet
hilde et Elmer Fudd en Siegfried. Une des œuvres Smell of Success. Cyd Charisse est Ninotchka
les plus ambitieuses de Chuck Jones. dans Silk Stockings, nouvelle version musicale
Three Little Bops (Friz Freleng). Les trois petits du film d'Ernst Lubitsch. Donald O'Connor
(•ochons style 1957 sont des jazzmen bopisants. Le incarne le grand comique du muet, dans The
commentaire rythmé ininterrompu (de Stan Fre- Buster Keaton Story. Richard Widmark remar
berg) anticipe de 25 ans les styles rap et bip hop. quable en Charles VII {Saint Joan).
Musi(|ue de Shorty Rogers.
Birds Anonymous (Friz Freleng). Sylvester fait 1^ Writers Guild of America, pour protester
vœu de «sobriété» et se joint à un groupe, cahjué contre l'attitude des producteurs de Friendly
sur les Alcooli(|ues Anonymes, pour les chats (|ui Persuasion, décerne à Michael Wilson un prix
veulent combattre leur passion dévorante pour les du meilleur scénario.
oiseaux. Oscar. Décédés : Humphrey Bogart (57 ans); Oliver
Greedy For Tweety (Friz Freleng). Tweety. Syl Hardy (65 ans); Louis B. Mayer(72 ans); William
vester et un bouledogue à l'hôpital sous la sur Cameron Menzies (60 ans): Erich von Stroheim
veillance de grand-mère. Des gags d'une violence (71 ans): Norma Talmadge (61 ans); James Whale
sadi(jue peu commune. (60 ans).
OSCAR : GIGI
PRODUCTION : 241 films

LES FAITS

Paramount s'engage dans la diversification en créant Paramount Sunset Corp. (production


télévision) et en ouvrant ses studios aux producteurs indépendants.
Howard Hughes revend ses actions 20th Century-Fox à cette compagnie pour plus de 5 millions de
dollars.

Plus de 235000 actions MCM acquises par des compagnies non cinématographiques, en particulier
Consolidated Foods Corp. of Chicago.
Janvier : signature d'un accord culturel américano-soviétique. Douze films doivent être échangés de
part et d'autre.
Février : grève du syndicat des musiciens AFM contre les Majors.
Septembre : ici abaissant la taxe fédérale sur les places de cinéma. 15800 salles sont en exploitation
(dont 5000 drive-in) contre 18500 en 1954.
Importance croissante des coproductions avec les pays européens et des tournages à l'étranger. Les
recettes des Majors à l'étranger (production et distribution) s'élèvent à environ 300 millions de
dollars par an pour la période 1957-1960, les deux tiers de celte somme étant exempts d'impôts à
l'intérieur.

Commercialisation de la télévision en couleurs.

LES ŒUVRES Gigi (mai). Le Paris de nos grand-mères et de


Colette mis en images et en couplets par Vincente
Minnelli, Cecil Beaton et Alan Jay I^rner et Fre
Vertigo (juin). Tous les grands thèmes de l'œuvre derick Loewe. Neuf oscars, dont celui du meilleur
d'Alfred Hitchcock réunis dans une histoire de film et de la meilleure mise en scène.
(fausse) double personnalité qui commence dans le Night of the DemonICurse of the Démon
pseudo-fantastique et finit dans le vrai sordide. Un (juillet). Le dernier grand Jacques Tourneur,
style envoûtant (renforcé par une des plus belles tourné en Angleterre, dans l'esprit des productions
partitions de Bernard Herrmann) et mystificateur. Val Lewlon. Défiguré par l'adjonction, due au pro
Wind Across Ihe Everglades (septembre). Un ducteur, d'un monstre en surimpression (le Démon
film écologiste avant la lettre. Au tournant du restait invisible dans la version de Jacques Tour
siècle, un héros tiraillé entre nature et civili neur).
sation lutte contre la destruction des aigrettes dans
les marais de Floride. Le premier panneau d'un The Left-Handed Gun (mai). Billy the Kid,
dyptique rousseauiste de Nicholas Ray, qu'il com l'homme et la légende, revus par Arthur Penn.
plétera avec The Savage innocents (1961). Ecrit par Leslie Stevens d'après une pièce télé
visée de Gore Vidal. Ignoré par la critique améri
The Tarnished Angels (janvier). Douglas Sirk caine (ou blâmé pour sa prétention), le film révèle
réalise un très vieux projet, l'adaptation de Pylon en Arthur Penn un nouveau talent majeur.
de William Faulkner. II en fait un mélodrame exis
tentiel bouleversant, plus européen (ju'américain. Man of the West (septembre). Western sombre et
claustrophobique sur la force du Mal, l'emprise du
Some Came Running (décembre). Artistes et passé et l'inévitabilité de la violence. Considéré
bourgeois. Dans une petite ville de province, un par certains comme le chef-d'œuvre d'Anthony
écrivain raté, un joueur professionnel et une fille Mann.
|>as-comme-il-faut se rencontrent et font scandale.
Scope-couleurs flamboyant de Vincenle Minnelli The Big Country (juillet). Grands espaces,
qui s'inspire de «l'intérieur d'un juke-box» pour grandes vedettes (Charlton Heston, Gregory Peck,
ses décors. Jean Simmons, Carroll Baker, Burl Ives), pour
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

166 minutes de projection : William Wyler voit LES TALENTS


^rand dans son premier western en vingt ans.
Empesé et vide.
Front Hell to Texas (juin). Reau western de Plusieurs grands réalisateurs tournent des super
Henry Hathaway sur l'engrenage de la violence. productions à l'étranger : William Wyler {Ben
Tout ce que ne réussit pas William Wyler. Hur, en Italie), King Vidor {Solomon and
Sheba, à Saragosse), Fred Zinnemann {The
The VikingS (juillet). Aventures épiques super Nun^s Story, extérieurs en Afrique), John Huston
bement filmées par Richard Fleischer (photo de {Roots of Heaven, idem).
Jack Cardiff). Kirk Douglas en Viking borgne
convoite Janel Leigh. William Wellman donne deux films de guerre
The Défiant Ones (juillet). Un Noir et un Blanc avant de prendre sa retraite : Darbys Rangers
enchaînés. Pavé de bonnes intentions, un plaidoyer et Lafayette Escadrille.
antiraciste, typique, de Stanley Kramer. Premier long métrage d'Irving Kershner {Stake
Hally ''Round the Flag, Boys!(décembre). Léo out on Dope Street).
McCarey revient avec une comédie à la fois psy
Tyrone Power, vedette avec Marlene Dietrich et
chologique, satirique et burlesque aux péripéties
Charles Laughton de Witness for the Prose-
délirantes.
cution, meurt pendant le tournage de Solomon
The Goddess (avril). Le drame d'une vedette de and Sheba. Yul Brynner le remplace.
cinéma névrosée enfermée dans ses fantasmes.
Dirigé par John Cromwell, écrit par Paddy Marlon Brando, Dean Martin et Montgomery Clift
Chayefsky, qui, selon le réalisateur, fit massacrer au même générique dans The Young Lions.
le film au montage. Frank Sinatra. Dean Martin et Shirley MacLaine
dans Some Came Running.
Touch of Evii (avril). Rentrée hollywoodienne
fracassante d'Orson Welles, qui écrit, dirige et Stanley Kubrick abandonne la réalisation de One-
interprète ce thriller noir sur l'affrontement d'un Eyed Jacks avant le début du tournage. Elle est
policier intègre et d'un policier corrompu dans une reprise par la vedette du film. Marlon Brando.
ville-frontière de cauchemar. Formellement, son
film le plus brillant. Affiche aU-slar pour Separate Tables : Burt
Lancaster, Rita Hayworth. Deborah Kerr, David
The Young Lions (avril); The Naked and the Niven et Wendy Hiller. Ces deux derniers rem
Dead (août): À Tinte to Love and a Tinte portent des oscars,
to Die (juillet). Edward Dmytryk adapte Irwing
Shaw, Raoul Walsh Norman Mailer et Douglas Anthony Quinn signe la mise en scène du dernier
Sirk Erich Maria Remar(}ue dans trois films film produit par Cecil B. DeMille. The Buc-
ambitieux sur la Seconde Guerre mondiale. caneer, nouvelle version du film dirigé par
DeMille en 1938 sous le même litre (et dans lecjuel
Paths of Glory (janvier). Stanley Kubrick, lui, se
Anthony Quinn tenait un petit rôle).
penche sur un épisode peu glorieux de la Première
Guerre mondiale. Un film antimilitariste long Mickey Rooney reprend, vingt ans après, le per
temps invisible en France. sonnage de Andy Hardy (dans Andy Hardy
The Last Hurrah (novembre). Biographie semi- Comes Home).
romancée d'un politicien : sa grandeur et sa chute. Débuts à l'écran de Jack Nicholson {Cry Baby
Un des chefs-d'œuvre de John Ford. Killer) et Gena Rowlands {The High Cost of
Cotvboy (mars). Delmer f^aves démystifie le Loving).
romantisme de la prairie. Le scénario, d'après
Frank Harris, est en fait écrit par Dalton Trumbo. Scénaristes : Reginald Rose (auteur de 12 Angry
mais signé par Edmund H. North. Men) écrit Man of the West pour Anthony
Mann ; Calder Willingham et Jim 'l'hompson sont
LE COIN DU NANAR : Àttack of the 50 ft. coscénaristes de Paths of Glory. Frank Nugent
Wontan (Nathan Juran sous le pseudonyme de signe son dixième script pour John Ford {The
Hertz). Les effets spéciaux les plus fauchés et les Last Hurrah): Paddy Chayefsky écrit The God
plus hilarants du genre. dess et Bud Schulberg Wind Across the Ever-
A REDECOimiR ; The Bonnie Parker Story glades. Cy Endfield, toujours sur la liste noire,
(William Witney). collabore sans signer à Night of the Démon et
Nedrich Young (sous le pseudo de Nathan F. Dou
COURTS METRAGES (animation) : Knighty glas) à The Défiant Ones.
Knight Bugs (Friz Freleng). lîugs Bunny bouffon
à la cour du roi Arthur. Oscar. Robin Hood Décédés : Harry Cohn (66 ans); Ronald Colmaa
(Chuek Jones). Le titre dit tout. Daffy essaie (67 ans); Jesse L. Lasky (77 ans); Marsiiall Neilan
désespérément de prouver à Porky Pig-Frère Tuck (67 ans); Tyrone Power (45 ans); Michael Todd
qu'il est vraiment Robin des Bois. (51 ans): H. B. Warner (82 ans); Harry M. War-
The Seven Lively Arts (John Hubley). ner (76 ans).
OSCAR : BEN HUR
PRODUCTION : 187 films

LES FAITS

MGM : séparation effective entre Loew's Tlieatres Inc. et Loew's Inc. Echec d'une tentative de
Joseph Tomlinson, entré au conseil d'administration en 1958, pour prendre le contrôle de la
compagnie. MGM passe un accord de coproduction avec Cinerama.
L'niversal : première étape de l'acfjuisition par MCA, qui achète les studios Universal afin d'y
tourner ses productions pour la télévision. Universal continuera à tourner ses propres films dans ses
anciens studios à titre de locataire de MCA.
Columbia : accords de coproduction avec l'Angleterre (Hammer Films, Hammer's Bray Studios) et
le Japon ; ac(]uisition d'une compagnie d'édition musicale ; création de Columbia Pictures
Electronics et développement des activités pour la télévision par l'intermédiaire de la filiale Screen
Gems.

Paramount : ac(|uisition d'un système de télévision payante et d'une compagnie productrice


d'équipement industriel.
Technicolor Inc. présente le nouveau procédé Super-Technirama 70 mm (pellicule à déroulement
horizontal) utilisé pour Solomon and Sheba. Herbert T. Kalmus abandonne la direction de cette
compagnie et de sa parente productrice : Technicolor Motion Pictures Inc.
Arthur Rank renonce à son organisation distributrice aux Etats-Unis et passe des accords de
distribution avec Universal.

Importance croissante prise par une grande compagnie d'assurances, la Prudential, dans le
financement cinématographique. Elle contrôle Cinerama qui lui emprunte plus de 15 millions de
dollars pour se lancer dans la production et finance aussi Uniled Artists.
Novembre : inauguration des échanges avec l'UUSS par la présentation simultanée de Marty à
Moscou et de Quand passent les cigognes à New York.
L'Academy Award Association abroge la clause de son règlement tjui interdisait de prendre en
considération pour les oscars des personnalités ayant été portées sur la liste noire.
CENSURE. I^ Cour suprême invalide une loi de l'Etal de New York contre l'immoralité
cinématographifjue à propos de l'interdiction de Lady Chatterleys Lover. Dans ses attendus, la
Cour suprême considère cette interdiction comme une violation du premier amendement de la
Constitution. A la suite de cette décision, l'interdiction de Analomy of a Murder est levée dans
plusieurs villes, dont Chicago.

LES ŒUVRES Hepburn veut faire lobotomiser Elizabeth Taylor


pour s'assurer son silence.

Rio Bravo (avril). Quatre représentants de Some Like It Hot (mars). Le massacre de la
l'ordre, quatre générations, s'enferment pour gar Saint-Valentin sert de pioint de départ à une
der un prisonnier. Le troisième western de comédie-farce de Billy Wilder. Jack Lemmon et
Howard Hawks, sur un script de Jules Furthman et
Tony Curlis travestis dans un orchestre féminin
dont la chanteuse est Marilyn Monroe. Un clas
de Leigh Brackett. Un chef-d'œuvre. Sortira coupé
en France.
sique. La réplique finale - «Personne n'est par
fait» - est l'une des plus célèbres de l'histoire
Suddeniy Last Summer (décembre). Joseph du cinéma.
Mankiewicz adapte la pièce (en un acte) la plus
controversée de Tennessee Williams: homosexua North by Northwest (juillet). Un faux coupable
lité, meurtre, cannibalisme, démence. Katharine poursuivi à travers toute l'Amérique dans un verti-
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

gineux pot-pourri des grandes scènes hitcheoc- The Violonist (Ernest Pintoff). Un musicien cala-
kiennes. miteux et son fidèle chien Félix.

Anatomy of a Murder (juillet). Otto Preminger


dissèque un fait divers scabreux. Un de ses meil
leurs films.
LES TALENTS
Ben Hur (novembre). Nouvelle version gigan
tesque du classique de Fred Niblo ; première
incursion du très sérieux William Wyler dans la Juin : Marlon Brando termine le tournage de
superproduction historique. Une célèbre course de One-Eyed Jacks, qui a duré exactement six
chars (dirigée par Andrew Marlon). Onze oscars. mois. Il a impressionné un métrage record de plus
de 300000 mètres de pellicule. Le premier mon
The Diary of Anne Frank (mars). Adaptation tage dure 4 h 42.
par George Stevens de la pièce tirée du Journal
(TAnne Frank. Anthony Mann, en désaccord avec Kirk Douglas,
abandonne le tournage de Spartacus; Stanley
A Hole in the Head (juillet). Portrait d'un Kubrick le remplace.
perdant pathétique par un Frank Capra à l'opti
misme très tempéré par l'âge. Edward Dmytryk dirige pour Fox une nouvelle
version de VAnge Bleu, avec May Britt et
The Wonderful Coiifilr^'(septembre). Un western Curt Jurgens.
moderne et déchirant de Robert Parrish sur un
Ail Negro Cast pour Porgy and Bess : Sidney
homme sans patrie. L'un des rôles clés de Robert
Poitier, Dorothy Dandridge, Pearl Bailey, Sammy
Mitchum. Belle musique d'Alex North.
Davis Jr. et Diahann Carroll.
The Hanging Tree (février). Les rapports d'une Bette Davis incarne la reine Catherine de Russie
aveugle et d'un médecin misanthrope hanté par son dans John Paul Jones, dernier film de John
passé. Un ton noir et romantique. D'éblouissants Farrow.
mouvements de grue, un sens de l'espace admi
rable. Le dernier western de Delmer Daves. et son Bing Crosby, une nouvelle fois prêtre, chante dans
meilleur (c'est aussi le dernier western de Gary Say Onefor Me.
Cooper). Affiche ail-star pour On Ihe Beach : Gregory
Imitation of Life (février). Douglas Sirk procède Peck, Ava Gardner, Fred Astaire, Anthony Per-
à une mise en accusation en règle de la société kins.

dans cette nouvelle version du mélo de John Stahl Oscars : Chariton Heston {Ben Hur), Simone
(1934) d'après un roman de Fannie Hurst. L'ironie Signoret [Boom al the Top, anglais), Hugh
sirkienne s'exerce sur Blancs et Noirs, riches et Griffiih [Ben Hur). Shelley Winiers {Diary of
pauvres, (|ui, tous, choisissent 1'» imitation de la Anne Frank).
vie». Tdéologiquement discutable mais superbe
ment mis en scène.
Duke Ellington compose la musique de Anatomy
of a Murder (et apparaît dans le film).
LE COIN DU NANAR : Plan 9 From Outer
Space (Edward Wood Jr.). Sacrée le plus mauvais Walt Disney, un des principaux producteurs indé
films de tous les temps, cette œuvre est devenue pendants, a 5 nouveaux longs métrages en distri
objet de culte. bution, dont un dessin animé : Sleeping Beauty.
COURTS METRAGES (animation) : Moonbird Stephen Bosustow produit un dessin animé de long
(John Hubley). Deux enfants cherchent un oiseau métrage : 1001 Arabian Nights, dont le héros
est Mr. Magoo.
fabuleux au clair de lune. Les voix sont celles des
enfants du réalisateur. Poétique et visuellement Décédés : Cecil B. DeMille (78 ans); Errol
très novateur, c'est un des chefs-d'oeuvre de John Flynn (50 ans); Victor McLaglen (72 ans); Preston
Sturges (61 ans); Charles Vidor (59 ans).
OSCAR : THE APARTMENT
PRODUCTION : 154 films

■■ LES FAITS

Budget moyen d'un long métrage : 2 millions de dollars.


Les Majors commencent à distribuer à la télévision leurs films des années 1950-1955 (le premier
accord important, annoncé en février 1961, est celui passé entre 20th Century-Fox et NBC par
lequel la Fox cède à ce réseau 50 longs métrages pour l'année 1%1).
Grèves des acteurs et des scénaristes. 7 mars : la Screen Actors Guild déclenche une grève générale
contre huit grands studios. C'est la première grève dirigée contre les Majors en bloc dans l'histoire
de Hollywood (exception : Universal, qui a signé un accord avec la Guild le l'"'" mars). Les
producteurs indépendants ont conclu des accords avec les acteurs qui ont fait grève en janvier.
Revendication des acteurs : relèvement des salaires minimaux, avantages sociaux et pourcentage
(avec paiement rétroactif) sur la vente à la télévision des Films antérieurs à 1948 (les acteurs de
Universal ont obtenu 3,5 % sur ces ventes).
10 avril : fin de la grève. Les studios accordent la plupart des avantages réclamés.
La Screen Actors Guild compte 14000 membres; l'arrêt de travail a touché 26000 salariés. Neuf
productions ont été interrompues. Par décision de la Guild, les films en cours de tournage à
l'étranger n'ont pas été touchés par la grève.
Parallèlement à la grève des acteurs, les scénaristes sont en grève du 16 janvier au 10 juin. Les
revendications de la Screen Writers Guild sont semblables à celles de la Screen Actors Guild. Ils
obtiennent des avantages sociaux, une augmentation du salaire minimum, et une participation aux
revenus de l'exploitation à la télévision des films auxquels ils ont collaboré (5 % pour les films
d'avant 1960, 2 % pour les productions postérieures).

LES ŒUVRES Wild River (juin). Tradition et innovation


s'affrontent dans une œuvre d'Elia Kazan ins
pirée d'un fait réel : les inondations du Tennessee
Elmer Gantry (juin). Le racket de l'évangélisme en 1937.
provincial pendant les années vingt. Burt Lan-
caster. charlatan ambigu, dirigé dans un style Bells Are Ringing (juillet). Les surprises du télé
flamboyant par Richard Brooks, dont c'est le phone. L'opérette de Betty Comden et Adolph
chef-d'œuvre. Photo de John Alton. Green adaptée par les auteurs et Vincente Min-
nelii.
The Alamo (octobre). John Wayne débute dans la
mise en scène avec un western historique sur la LeVs Make Love (septembre). Le couple Yves
bataille du Fort Alamo. Monland-Marilyn Monroe dans une comédie musi
cale décevante de George Cukor.
The Unforgiven (avril). Le premier western de
John Huston ; Audrey Hepburn, Indienne sans le Sergeant Rutledge (mai). Le procès d'un sergent
savoir. Coupé avant sa sortie. noir injustement accusé de viol (John Ford).
Psycho (août). Un motel désert, une vieille maison
inquiétante, une voleuse sympathique, une mère The Apartment (juin). Une comédie amère et
posthumement abusive, un bon jeune homme schi mélancolique de Billy Wilder. Oscar de la mise
en scène.
zophrène. La scène de meurtre la plus célèbre et la
plus imitée de l'histoire du cinéma. Le film le plus
The Rise and Fall of Legs Diamond (février).
populaire d'Alfred Hitchcock, qui dira à François
Humour et violence dans une reconstitution des
Truffaul : «Ce qui a ému le public, c'est le film grandes années du gangstérisme américain (Budd
pur. »
Boetticher). Remarquable.
Spartacus (octobre). La révolte des esclaves
romains au début de notre ère ; Stanley Kubrick Exodus (décembre). Otto Preminger décrit avec
aborde la grande fresque historique. précision et lyrisme la naissance d'Israël.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Etrangers When We Meet (mai). Une idylle de studios espagnols (Nicholas Ray pour King of
banlieue enlre un architecte et une jolie voisine KingSy Anthony Mann pour El Cid).
névrosée (tous deux mariés). Mélo sentimental
dirigé avec sensibilité et élégance par Richard Contrat sans précédent pour Elizabeth Taylor :
1 million de dollars et 50 % des recettes de Cleo-
Quine.
patra. Elle obtient aussi l'oscar pour Butter-
Private Property (avril). Deux voyous séduisants field 8.
et une femme mariée qui s'ennuie. Théâtral, mais
visuellement efficace, coproduit, écrit et réalisé par Jerry- Lewis signe sa première mise en scène, The
Leslie Stevens (sa première mise en scène). Bellboy^ tourné en quelques jours, sans histoire et
pres(|ue sans dialogues, dans un hôtel de Miami.
Heller in Pink Tights(mars), ou le Carrosse d'Or
dans l'Ouest. Une troupe itinérante interprète Premier film marquant de l'école indépendante
Mazeppa à Cheyenne (Wyoming), fuit ses créan new-yorkaise ; Shadows, produit et dirigé par
ciers au Colorado et tombe sur des Indiens. l'acteur John Cassavetes pour 40000 dollars, le
Quatrième collaboration de George Cukor avec budget le plus bas à cette date pour un long
son conseiller pour la couleur George Hoyningen- métrage commercial.
Huene.
Leslie Stevens tourne Private Property pour
The Savage innocents (sortie USA 1961). Le 60000 dollars en décors réels (sa propre maison).
titre le plus élocjuent de l'année. Les effets néfastes
de la civilisation sur un bon sauvage (Anthony Dallon T'rumbo signe de son vrai nom le scénario
Quinn en Esquimau). Malgré les vicissitudes d'une dExodus^ puis de Spartacus grâce à Otto Pre
production (et d'une distribution) internationale, minger puis à Edward Lewis et Kirk Douglas qui
un très beau film dans la veine rousseauiste de
refusent de capituler devant les pressions, notam
Nicholas Ray. La copie vidéo distribuée récemment ment de l'American Légion.
en France comporte des plans que nous n'avions Oscars pour Burt Lancaster et Shirley Jones
jamais vus. (second rôle) dans Elmer Gantry.
A REDECOUVRIR :Key- Witness (Phil Karlson). Autres interprétations mémorables de l'année :
Anthony Perkins dans Psycho^ Sophia Loren dans
Heller in Pink Tights, Montgomery Clifi et
Jo Van Fleel dans Wild River, Peter Uslinov
LES TALENTS dans Spartacus (oscar). Spencer Tracy et Fredric
Maroh (dans des rôles inspirés par Clarence Dar-
row et William Jennings Bryan) dans inherit the
Productions à l'étranger : Otto Preminger tourne Wind, Jack Lemmon et Shirley MacLaine dans
Exodus en Israël. Anthony Mann Et Cid en The Âpartment, Audrey Hepburn dans The
Espagne, Fred Zinnemann The Sundowners en Unforgiven, Ralph Bellamy, rôle de Franklin
Australie, Vincenle Minnelli Four Horsemen 1). Roosevelt dans Sunrise at Campobello,
of the Apocalypse dans divers pays d'Europe. Warren Oates dans Private Property et The
Rouben Mainoulian (réalisateur) et Walter Wanger Bise and Fall of Legs Diantond.
(producteur) entreprennent le tournage de Cleo-
patra pour la Fox en Grande-Bretagne. A la Débuts à l'écran de Peter O'Toole (The Savage
suite de nombreuses difficultés, Joseph Mankle- Innocents), Bruce Dern (Wild River), Dyan
wicz reprendra le film en main et la production se Cannon (The Rise and Fall of Legs Dia
transportera en Italie l'année suivante. ntond), Jane Fonda (Tall Story). Roger Corman
entame le cycle des adaptations d'Edgar Allan Poe.
Apparition, parmi les [)roducteurs commerciale
ment importants, de Samuel Bronston. (]ui engage Décédés : Ward Bond (55 ans); Clark Gable
de grands réalisateurs américains pour tourner des (59 ans); Frank Lloyd (73 ans); Dudley Nichols
superproductions historiques et biblii^ues dans ses (65 ans); Mack Sennett (80 ans).
OSCAR : WEST SIDE STORY
PRODUCTION : 131 films

LES FAITS

20lh Cenlury-Fox ; déficit de plus de 22 millions de dollars pour Tannée. La compagnie n'équilibre
son budget que grâce à la vente de divers biens, droits sur des projets, location de films à la
télévision, etc. Wall Slreet s'infjuiète de la situation et fait entrer deux de ses représentants au
conseil d'administration. Parmi les grands projets abandonnés par Fox : The Greatest Story Ever
Told, cédé à United Artisls.
En janvier. Fox achète Figaro, la société de production indépendante de Joseph Mankiewicz
(3 millions de dollars), afin de s'assurer les services de celui-ci comme metteur en scène pour
Cleopaira. Le tournage (à Londres) est interrompu en mars par une congestion pulmonaire
d'Elizabeth Taylor. Il reprend à Rome (sans scénario définitiO en septembre.
Production «désertrice» (à l'étranger) : première mesure, limitée mais concrète, de l'industrie.
Syndicat des figurants (Screen Extra Guild) obtient de George Stevens la promesse qu'il tournera
The Greatest Story Ever Told entièrement aux Etats-Unis. Entre janvier et octobre, le tournage
de 60 films américains a été entrepris à l'étranger (509 depuis 1949). Au cours de Tannée, 90 films
réalisés à l'étranger l'auraient été. entièrement ou partiellement, par des producteurs américains.
Nombre de scénaristes sous contrat (chiffres donnés par Variety) : MGM : 20(dont 11 sous contrat
exclusif); Fox : 17 (2 exclusifs); Columbia : 14 (2 exclusifs); Warner ; 9; Universal : 8;
Paramount ; 7 ; Allied Artists : 6.
CENSURE. MPAA publie son interprétation du Code. Section VI (perversions sexuelles) est
modifiée comme suit : «l^e sujet peut être utilisé s'il est traité avec prudence, discrétion et
modération.» Le Code accorde enfin son sceau à The Moon fs Blue et Man ivith the Golden
Ârm.

LES ŒUVRES matiques mais un style efficace et une réelle hon


nêteté (John Frankenheimer).
West Side Story (octobre). Jeunesse délinquante
Breakfast al Tiffany's (octobre). Blake Edwards et problèmes raciaux à New York, chantés et
adapte Truman Capote (script de George Axelrod). dansés cette fois. (Quelques splendides numéros, de
Sous la fantaisie un peu laborieuse, une réelle sen l'humour et de la lucidité, mais aussi des mollesses
sibilité. Audrey Hepburn est une Holly Golightly et des facilités (Robert Wise et Jerome Robbins).
idéale.
One-Eyed Jacks (mai). Une lente et sombre tra
El Cid (décembre). Charlton Heslon et Sophia gédie de la vengeance, interprétée et dirigée par
Loren sont Rodrigue et Chimène dans un film peu Marlon Brando. Un des rares westerns tournés au
cornélien, mais visuellement superbe (photo de bord de l'océan.
Robert Krasker) tourné par Anthony Mann en
Espagne et en Italie. One Two Three (décembre). Un Billy Wilder
déchaîné, plus incisif que jamais, s'en prend cette
The Hustler (octobre). Un drame de la dignité fois à TAllemagrie (Est et Ouest), à l'impéria
humaine et de la volonté de puissance joué au lisme américain, au racisme, au communisme, au
billard. Dirigé par Robert Rossen, dans la grande Coca-Cola et à quel<|ues autres tabous.
tradition du film noir.
Judgment at Nuremberg (décembre). Stanley
Splendor in the Grass (octobre). A travers Kramer adapte une dramatique écrite pour la télé
l'histoire d'amour contrarié de deux adolescents, vision par Abby Mann et transforme les procès de
un Elia Kazan lyrique, passionné et flamboyant Nuremberg en une parade de vedettes, non sans
continue la fresque américaine commencée dans force ni intelligence.
Wild River.
Two Rode Together {^uiWei). Un western de John
The Young Savages (mai). Jeunesse délinquante Ford sur le racisme. Une inoubliable séquence de
et problèmes raciaux à New York. Des facilités dra lynchage et une discussion anlhologique près d'une
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

rivière où James Stewart parle comme John Ford. Autre revenant : Arch Oboler, qui signe son
Un récit décontracté et paresseux. premier film depuis 1953 [One Plus One), ins
piré par le rapport FGnsey.
COURTS METRAGES (animation) : Blaxes
(Robert Hreer). A raison d'une ima;<;e par cadre, Dernier film du tandem Allan Dwan-Benedict
Breer lance un défi à la persistance rétinienne. E. Bogeaus(The Most Dangerous Man Alive).
Calalog (John Whitney). Un des ancêtres de l'ani Ce sera la dernière réalisation d'Allan Dwan.
mation sur ordinateur.
Dernier film de Frank Capra (Pocketful of
A REDECOUVRIR. The Most Dangerous Man Miracles).
Alive (Allan Dwan). Un des rares films de
S.F. rousseauiste.
Dernier film de Michael Curtiz (The Coman-
cheros). avant sa mort en avril 1962.
Débuts à l'écran de Robert Redford (War Hunt),
Burt Reynolds (Angel Baby). Gene Hackman
(Mad Dog Coll. très petit rôle), Warren Beatty
LES TALENTS (Splendor in the Grass) et Sandy Dennis (petit
rôle dans Splendor in the Grass).
.Jerome Hobbins, chorégraphe de West Side Marlon Brando réalisateur exigeant (One-Eyed
Slory' à la scène, dirige l'adaptation cinémato- Jacks) et acteur rétif [Mutiny on the Bounty).
graphi(|ue en collaboration avec Robert Wise. Le
film obtient onze oscars. Distribution all-sUir pour Judgment ai Nurem
berg : Montgomery Clift. Burt Lancaster, Spencer
Roger Corman tourne 7 films pour Amcrican Tracy. Richard Widmark, Marlene Dielrich, Judy
International, dont plusieurs titres du cycle Edgar Garland et Maximilian Schell qui obtient l'oscar
Poe. d'interprétation.
Débuts au cinéma d'un réalisateur de la télé Débuts d'un nouveau producteur indépendant
vision, Sam Peckinpah (sortie de The Deadly ambitieux, Ely Landau (ancien producteur de télé
Companions et tournage de Ride the High vision et propriétaire de salles new-yorkaises répu
Couniry). tées pour la (jualilé de leurs programmes).
L'acteur de westerns George Montgomery produit, Roger Corman finance, produit et dirige son film
écrit et dirige son premier fdm, The Steel Claw. le plus ambitieux. The Intruder. sur le racisme
tourné aux Philippines. dans le Sud. Ce sera pendant longtemps son seul
John Frankenheimer revient définitivement au échec commercial. La vedette en est William Shat-
cinéma, après <|uatre ans de télévision, avec The ner (]ui deviendra célèbre avec Star Trek.
Voung Savages. son deuxième film.
Décédés : Eddie Cline (68 ans): Charles Coburn
Jack Garb'in. autre espoir de la jeune géné (84 ans); Gary Cooper (60 ans); Roy Del Ruth
ration, tourne lui aussi son deuxième film après (66 ans); Barry Fitzgerald (72 ans); Chico Marx
plusieurs années de silence {Something WUd). (70 ans).

OSCAR : LAWRENCE OF ARABIA (GB)


1962 PRODUCTION : 147 films

LES EAITS

20th Century-Fox : déficit de près de 40 millions de dollars. Spyros Skouras démissionne de la


présidence. Darryl F. Zanuck lui succède. (Darryl F. Zanuck, indépendant depuis 1956, est
néanmoins le plus gros actionnaire individuel de la compagnie, jiour la(|uelle il a produit The
Longest Dcty). Réorganisation complète de la production : fermeture des studios et licenciement de
50 % du personnel.
compagnie loue à la télévision un stock de plus de 200 films postérieurs à 1948.
Coût total de Cleopatra, avant tirage et exploitation, évalué à près de 35 millions de dollars.
Music Corp. of Amerita (MCA) absorbe la firme Decca, elle-même actionnaire majoritaire de
Universal, qui devient ainsi une des branches de MCA, La compagnie entreprend la rénovation et
l'extension des studios Universal et annonce son intention d'accroître la production, en particulier
dans le domaine de la télévision.

Le gouvernement ayant intenté un procès contre une autre division de MCA, MCAs Artists Lld.,
agence de placement qui représente de nombreuses vedettes («MCA impose ses services à ses
propres employés», déclare l'accusation), MCA accepte de dissoudre l'agence.
CENSURE. La censure de l'Etat de New York s'oppose à la sortie de The Connection en raison de
l'emploi fréquent dans le dialogue d'un mot grossier. La cour d'appel de l'Etat autorise
l'exploitation du film.

Birdman of Alcatraz (juillet). L'histoire de


LES ŒUVRES
Robert Stroud, meurtrier qui passa 50 ans en
prison et y devint un expert en ornithologie et en
Advise and Consent (juin). Une tempête sous un pathologie des oiseaux. Les neuf dixièmes du film
dôme. Otto Preminger décortique le Sénat amé se déroulent dans une cellule. Quelque peu dédai
ricain mais s'intéresse moins aux rouages de la gné par la critique française en son temps, ce film
politique qu'aux roueries du mélodrame. s'impose comme le chef-d'œuvre de John Franken
heimer (avec Manchurian Candidate) et le
Hatari!(août). Howard Hawks en safari. Chasse meilleur rôle de Burt 1-ancaster (avec Elnter
au fauve et marivaudage, comicjue et drame. Un Gantry).
remake inavoué de Only Àngels Have Wings. Freud (ou The Secret Passion) (décembre).
Lolita (juin). Le roman inadaptable de Nabokov L'invention de la psychanalyse. Dans la tradi
splendidement adapté par son auteur, et dirigé par tion des biographies Warner des années trente-
Slanley Kubrick. Le sujet du film, comme du livre, (juarante mais remartjuablement exempt des sim
est moins une certaine obsession sexuelle que plifications, affabulations et conventions du genre.
l'absurdité, à la fois comi(|ue et cauchemardesijue, Une grande réussite méconnue de John Huston.
d'une certaine civilisation. L'avant-dernier film de Montgomery Clift, et son
dernier film américain.
Ride the High Countr}'[max). Western élégiaque
Barabbas (octobre). L'un des meilleurs films
et crépusculaire : des héros fatigués et vieillissants bibliques jamais tournés, écrit par Christopher Fry
méditent, dans des paysages automnaux, sur la fin
(Richard Fleischer).
d'un monde qui fut le leur (Sam Peckinpah).
7b Kilt a Mockingbird (décembre). Dans une
Loneiy Are the Brave (juin). 11 n'y a plus de petite ville du Sud, en 1932. un avocat veuf élève
place pour l'individualisme des hommes de l'Ouest ses enfants et défend un Noir faussement accusé de
dans la vie moderne. Héros pas fatigué mais ina viol. Généreux et sentimental. Une atmosphère
dapté. Kirk Douglas en meurt, solitaire à che attachante. Ecrit par Horton Foote d'après le
val traqué par des hélicoptères, écrasé par un roman de Harper Lee. Production Alan J. Pakula-
camion sur une route nationale. Mais ce qui meurt Robert Mulligan, réalisation de Mulligan.
vraiment, ici encore, c'est l'Ouest et le western
(David Miller). What Ever Happened to Baby Jane?
(novembre). Comeback fracassant de Robert
The Man Who Shot Liberty Valance (avril). Un Aldrich qui oppose deux monstres sacrés (Bette
western traditionnel, enfin. Pourtant le héros est, Davis, Joan Crawford) dans un long numéro grand-
là aussi, un vieil homme qui se souviimt du temps guignolesijue.
où les légendes de l'Ouest naissaient d'une réalité The Miracle Worker (juillet). La rééducation
quotidienne. Et le film s'ouvre sur le cercueil d'un d'une jeune aveugle sourde-muette, l'histoire de
des hommes qui firent la légende (.John Ford). Helen Keller, d'après une dramatique de la télé
Days of l^ne and Roses (décembre). Un couple vision et une pièce de Broadway, l'une et l'autre
sous l'empire de la boisson. Rlake Edwards, spé dirigées, comme le film, par Arthur Penn. Des
cialiste de la comédie, passe au drame. Chan affrontements d'une violence et d'un réalisme
gement de registre aussi pour Jack Lemmon. Le extraordinaires.
meilleur film sur l'alcoolisme. Sweet Bird of Youth (mars). L'oiseau après la
chatte : deuxième collaboration Tennessee
The Manchurian Candidate (novembre).
Williams-Richard Brooks, de nouveau avec Paul
Etrange et brillante fantasmagorie poliliijue. Newnian. Géraldine Page, au lieu d'Elizabeth
Lavage de cerveaux, complot contre les Etats- Taylor, fait la différence.
Unis, tentative d'assassinat du Président. On croit
rêver, même si l'on sait que la réalité parfois A REDECOUVRIR : fiero's Êsland, écrit et
dépasse la fiction (John Frankenheimer d'après un réalisé par Leslie Stevens, photographie de Ted
scénario de George Axelrod). McCord.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

COURTS METRAGES (animalion) : The Hole Débuts du producteur de télévision Martin Ran-
(John Hubley). Deux terrassiers sentencieux philo sohoff dans la production cinématographique :
sophent. Dizzy Giliespie prêle sa voix à l'un d'eux. Boys^ Night Out, The Wheeler Dealers.
Of Stars and Men (John Hubley). Méditation
Frank Perry produit et dirige son premier film,
p>ascalienne sur les deux infinis. Le film le plus
David and Usa (écrit par sa femme Eleanor
ambitieux de John Hubley.
Perry).
Autres premiers films : Francis Ford Coppola
(Tonightfor Sure.') et Richard Sarafian (Terror
LES TALElVrS ai Black Fails).
Le() McCarey tourne son premier film depuis
1958, le cinquième en quinze ans {Satan Never
Marilyn Monroe licenciée par la Fox (juin); tour
Sieeps).
nage de Something^s Got to Give interrompu,
Dean Martin ayant refusé le remplacement de Interprétations mémorables : Anne Bancroft
Marilyn Monroe par Lee Remick. Le 5 août, mort (oscar) et Patty Duke (oscar second rôle) dans The
de Marilyn Monroe, par absorption d'une dose Miracle Worker^ Peter Sellers et James Mason
excessive de somnifères. dans Lolita, James Mason dans Hérons Island,
Jack Lemmon et Lee Remick dans Days of
Violent différend Zanuck-Mankiewicz à propos du
and Roses, Burt Lancaster dans Birdman of
montage de Cleopatra. Joseph Mankiewicz pré Alcatraz, Gregory Peck dans To Kill a Moc-
sente un montage de 4 h 30 ({ue le producteur
kingbird (oscar), Laurence Harvey et Angela
rejette. Il est licencié (octobre) puis réengagé
Lansbury dans The Manchurian Candidate,
(décembre) afin de tourner à nouveau certaines
Charles Laughton dans Advise and Consent,
scènes (dont la bataille de Pharsale).
Bette Davis dans What Ever Happened to
Massacre de Hte Chopman Report, de George Baby Jane?
Cukor. par Darryl F. et Richard D. Zanuck.
Débuts à l'écran de Robert Duvall (To Kill
En Italie, Robert Aldrich gagne un procès contre a Mockingbird).
la Titanus, pour la façon dont cette compagnie a
Décédés : Frank Bor/age (72 ans), Tod Browning
utilisé le négatif de Sodome et Gomorrhe. La
(82 ans). Michael Curtiz (74 ans). Louise Fazenda
cour reconnaît au metteur en scène la propriété du
(67 ans). Charles Laughton (63 ans), I^ew Landers
film.
(61 ans). 'Iliomas Mitchell (70 ans). Marilyn Mon
Alan Pakula devient indépendant et coproduit To roe (36 ans). Vladimir Sokoloff (73 ans), Jerry
Kilt a Mockingbird avec Robert Mulligan. Wahi (51 ans).

OSCAR : TOM JONES (GB)


1963 PRODUCTION : 121 films

LES FAITS

Année d'austérité dans une période de stabilisation : la production tombe au chiffre le plus bas
jamais enregistré, les recettes sont à peine supérieures à celles de 1962 (qui étaient les plus faibles
depuis 1942 et. en fait, depuis beaucoup plus longtemps si l'on tient compte de la dévaluation du
dollar), la frécpientation hebdomadaire est tombée à 22 millions (contre 55 millions en 1950 et
72 millions en 1946). l^is Etats-Unis ne com|)tent plus <{ue 9250 salles couvertes, contre 14 500 en
1956 et plus de 20000 en 1945. Les drive-in, qui représentent 33 % des recettes d'exploitations, sont
au nombre de 4000(6000 on 1961).
MGM : déficit de 17 millions de dollars, dû en partie à l'échec commercial de Mutiny on the
Bounty. dont le budget a atteint 18 millions de dollars. Chute spectaculaire des actions de la
compagnie. Robert H. O'Brien remplace Joseph Vogel à la présidence.
20th Century-Fox : durée de projection de Cleopatra ramenée de 245 mn à 219 mn puis à 184 mn
après le début de l'exclusivité.
Distribution : United Artists lance la formule du Premier Showcase (remplacement de l'exclusivité
par une sortie simultanée dans de très nombreuses salles de quartier et de banlieue).
LES ŒUVRES et nazisme). Distribution étrange, qui lance un
inconnu (Tom Tryon) et utilise des noms célèbres
(John Huston, Dorothy Gish, Burgess Meredith,
in the French Style (septembre). Robert Parrish Romy Schneider).
retrouve dans celte chronique en demi-teinte des Shock Corridor (août). Un Samuel Fuller déli
échos fitzgéraldiens. Ecrit par Irwin Shaw. rant inflige un traitement de choc au thème de
The Birds (avril). Nouveau lour de force hilch- l'aliénation, et au spectateur.
cockien. Des oiseaux de malheur s'en prennent à The Courtship of Eddie^s Eather (mars). Une
Tippi, à Bodega Bay et, métaphoriquement, à comédie de Vincente Minnelli, à la fois tendre
l'espèce humaine tout entière. Une anecdote volon et curieusement cruelle. Sa première production
tairement lente et anodine débouche brusquement indépendante, qui manque un peu de moyens.
sur des séquences ornithologiques d'une virtuo
sité et d'un réalisme stupéfiants. LE COIN DU NANAR:The incredihly Strange
Créatures Who Stopped Living and Became
Donovah's Reef (juillet). Slapstick irlandais Mixed Up Zombies (Ray Dennis Slreckler).
dans le Pacifique Sud. John Ford, très en forme, Nous n'avons pas vu cette œuvre légendaire jouée
entraîne Lee Marvin et John Wayne dans des dis par l'auteur sous le pseudonyme de Cash Flagg.
putes homériques, ridiculise avec bonhomie le Selon Léonard Maltin, il s'agit d'un film «vraiment
puritanisme bostonien et nous divertit en refusant bizarre, aux couleurs magnifiquement saturées,
fermement de se prendre au sérieux. affreusement joué, hideusement dialogué, à l'atmo
The Nutty Professor (juin). La schizophrénie sphère envoûtante et à l'intrigue minimale».
lewisienne s'explicite et culmine. Jerry Lewis nous Autre titre : The Teenage Psycho Meets
livre son Dr. Jekyll and Mr. Hyde comme d'autres Bloody Mary. En « Hallucinogenic hypnovision».
leur Faust.
COUKTS METRAGES (animation) ; Now Hear
iVs a Mad Mad Mad Mad World (novembre). This(Chuck Jones). Les «Looney Tunes» semblent
Tous les comiques américains valides, et quelques vouloir prendre la relève de UPA. Un appareil dia-
autres, lancés dans un marathon de trois heures boli(iue amplifie les moindres sons.
qui laisse le spectateur épuisé. Stanley Kramer To Beep Or Not To Beep (Chuck Jones). Vingt-
éprouve les nerfs plus qu'il ne dilate les rates. troisième numéro de la série Road Runner. Les
America America (décembre). Troisième volet catapultes et autres machines infernales utilisées
de la trilogie américaine, sur le thème de l'immi par le coyote se retournent contre lui avec encore
gration vers les Etals-Unis et des minorités euro plus d'opiniâtreté qu'à l'accoutumée. Un verti
péennes hrimées. Elia Kazan retrace l'histoire de gineux travelling avant final nous révèle qu'elles
sa propre famille dans un style à la fois intime et sont produites non par ACME mais par la «Road
épique, brûlant de passion et esthétiquement très Runner Manufacturing Company» !
élaboré.
The Critic (Ernest Pintoff). Un film abstrait
accompagné d'un commentaire ininterrompu et
Cleopatra (juin). La montagne, enfin, accouche, biscornu.
non d'une souris, mais disons, d'une colline ou
deux. Joseph Mankiewicz tire son épingle d'un jeu
risqué, mais Fox coupe les meilleures scènes et LES TALENTS
ruine l'équilibre du film.
Love Wilh the Proper Stranger (décembre). Oscars : Patricia Neal (vedette), Melvyn Douglas
Les rapports d'un musicien réticent et de la jeune (second plan) dans Hud ; Sidney Poitier dans
fille qu'il a mise enceinte. A la fois comique et Lilies of the Field.
réaliste. Le premier film qui aborde la question de
Le trio Vincent Price-Peter Lorre-Boris Karloff
l'avortement. Tourné à New York par Robert Mul-
dans The Raven^ de Roger Corman, et The
ligan.
Comedy of Terrors, de Jacques Tourneur, pour
The Great Escape (juillet). Des prisonniers de American Int.
guerre à l'allure florissante passent leur temps à
s'évader sous le nez de geôliers obtus. John Slurges Débuts du réalisateur de télévision Franklin
prétend être réaliste, voire grave, mais reste au Schaffner au cinéma avec The Stripper, d'après
niveau du divertissement invraisemblable. Un des une pièce de William Inge {A Loss of Roses).
gros succès commerciaux de l'année. Deux producteurs s'essaient à la réalisation (Cari
irma la Douce (juillet). L'Trma de Breffort revue Foreman ; The Victors ; Dore Sehary : Act One,
et quelque peu corrigée par Billy Wilder et d'après l'autobiographie de Moss Hart. où Jason
I. A. L. Diamond, interprétée sans chansons par Robards joue George S. Kaufman. Dore Schary
Shirley MacLaine et Jack Lemmon dans un Paris s'en sort un peu mieux que Cari Foreman).
caricatural. Films indépendants Hallelujah the Hills
The Cardinal (décembre). Otto Preminger à (Adolphas Mekas); The Balcony (Joseph Strick-
nouveau aux prises avec un grand sujet (religion Ben Maddow, d'après Jean Genet).
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Décédés : Pedro Armendariz (51 ans), Richard Johnston (président de la MPAA,66 ans), Adolphe
Barthelmess (68 ans), Monte Blue (73 ans), Jack Menjou (73 ans), ZaSu Pitts (63 ans), Dick Powell
Carson (52 ans), John Farrow (56 ans), Eric (58 ans), Sabu (39 ans), Frank Tuttle (70 ans).

OSCAR : MY PAIR LADY


1964 PRODUCTION : 141 films

LES FAITS

Année du redressement : toutes les {jrandes compagnies rétablissent leurs finances et réalisent des
bénéfices importants (United Artists :9 millions de dollars ; MGM : 6,5 ; Universal ; 5 ; Columbia :
3:Fox bat le record avec un bénéfice de 11 millions. Seul Warner est en déficit pour l'année fiscale,
mais l'immense succès de My Pair Lady. distribué en octobre, va renflouer la compagnie dont les
bénéfices, pour l'année suivante, dépasseront les 4.5 millions de dollars). L'augmentation de
l'activité commerciale de l'industrie cinématographique par rapport à 1963 est évaluée à 16 %. Ce
redressement semble dû non seulement à un certain nombre de grands succès commerciaux, mais
aux efforts de nombreuses compagnies pour adapter leur gestion et leur politique de production aux
conditions économiques nouvelles, ainsi «lu'à la diversification des activités et à la part de plus en
plus importante prise par l'industrie à la télévision.
Au début de l'année, le nombre de films de cinéma en exploitation à la télévision est évalué à
environ 11000, soit 8000 antérieurs à 1948 et 3(K)0 postérieurs à 1948.

LES ŒUVRES Kiss Me, Stupid (décembre). Un Billy Wlder


tendre, subtil et drôle déchaîne la rage des cen
seurs. Certains mythes américains sont encore
Dr. Strangelove or How / Learned to Stop tabous.
Worrying and Love the Bomb (février).
Stanley Kubrick nous apprend à aimer la bombe. My Pair Lady (octobre). George Cukor filme
Délirante et effrayante satire d'un monde trop sagement, mais avec un immense talent, le plus
possible. grand succès musical de l'histoire de Broadway.
Rex Harrison, reprenant son rôle, est un superbe
Seven Days in May (février). Fiction politique Henry Higgins, Audrey Hepbum, bien que dou
sur un point de départ diamétralement opposé au blée (par Marni Nixon) pour les chansons, une
film de Stanley Kubrick : les Etats-Unis signent un merveilleuse Eliza Dooliltle. Ce film opulent est
accord nucléaire avec l'URSS. Un groupe de mili reman]uabiement fidèle à la pièce de George
taires réactionnaires complotent pour renverser le Bernard Shaw et à son adaptation cinémalogra-
Président. Mise en scène dépouillée et tendue de phi<|ue de 1938 {Pygmalion d'Anthony Asquith,
John Frankenheimer. Scénario de Rod Serling. scénario de Shaw lui-même) tout comme à la
Distribution ail-star : Burt I^ncaster, Kirk Dou triomphale adaptation musicale d'Alan Jay Lerner
glas, Fredric March. Ava Gardner. et Frederick Loewe.

Cheyenne Autumn (décembre). « The Vanishing Mary Poppins (octobre). La revanche de Julie
Indian». Un John Ford pro-indien. Un coucher de Andrews (créatrice du rôle d'Eliza Doolittle à la
soleil un peu lent et ennuyeux, souvent beau pour
scène, mais dédaignée par Jack Warner au profit
tant.
d'Audrey Hepburn). Son parapluie magique et son
A Distant Trumpet (mai). I^e dernier western de sac de voyage, <|ui contient plus d'un tour, lui
Raoul Walsh. Encombré de jeunes interprèles valent un oscar. Pour une fois, on peut parler de
incompétents. Un peu de la magie, de l'énergie du charmant divertissement pour les enfants de tous
génial vétéran subsiste quand même (la bataille est les âges en omettant les guillemets ironiques habi
remarquablement dirigée). tuels.
The Palsy (juillet). Jerry Lewis continue, avec un Débuts de Julie Andrews dans Mary Poppins et
rôle de comique qui ne fait pas rire. Un style subtil The Americanization of Entily; James Caan
et allusif, des explosions de folie délirante. {Ladyin a cage). Elizabeth Ashley(The Carpet-
baggers). David Carradine (Taggart).
Man^s Favorite Sport? (février). Howard
Hawks va à la pêche et ne perd pas sa place. Les étoiles de demain, d'après le Motion Picture
Presque un remake de son Bringing Up Baby. Herald : Elke Sommer, Annette Funicello, Susan-
The Pink Panther (mars) et A Shot in the nah York, Elizabeth Ashley.
Dark (juillet). Clouseau s'emmêle. Blake Edwards
s'en lire par deux fois. Une sorte de néo-burlesque. Succès d'un film indépendant : One Potato, Two
Potato (Larry Peerce).
Masque of the Red Death (juin). Le plus
ambitieux et le plus brillant des films de Roger Premier film de Philip Kaufman, Goldstein,
Corman consacrés à Edgar Allan Poe. Tourné en tourné pour 40000 dollars à Chicago (coréalisé
Angleterre. avec Benjamin Monaster).
Litith (octobre). Robert Rossen explore la folie.
Son dernier film, et l'un des meilleurs.
Différend Sam Peckinpali-Jerry Bresler pendant le
tournage de Major Dundee (le film sera dis
Marnie (juillet). L'héroïne la plus névrosée et la tribué en mars 1965). Charlton Heston renonce à
passion la plus fétichiste de l'œuvre d'Alfred son cachet pour permettre à Sam Peckinpah de ter
Hitchcock. Un puzzle psychanalytique assemblé miner le film, ({ui sera néanmoins mutilé par le
par le maître avec un dédain suprême du réalisme. producteur et échouera commercialement.
LE COIN DU NANAH : The Creeping Terror
Novembre : en appel, la US District Court of
(Art J. Nelson). Un extraterrestre déguisé en tapis
New York ren<l son verdict («non coupable»)
fait des ravages du côté du lac Tahoe. Comme dans
dans l'affaire Independent Productions Corpora
certains films d'Eric Kohmer. l'œuvre est entiè
tion contre Loew's Inc. et autres (68 accusés, soit
rement commentée (à la suite de la disparition de
l'ensemble des distributeurs américains). Herbert
la bande-son).
J. Biberman et IPC, (jui avaient intenté cette
action huit ans plus tôt, accusaient les distri
buteurs d'avoir boycotté Sait of the Earth. La
date de distribution officielle de Sait of the
LES TALENTS Earth aux Etats-Unis est 1965, soit douze ans
après son tournage.
Sortie de Point of Order\ montage d'actualités
Année Peter Sellers : triple rôle dans Dr. Stran- sur Joseph McCarthy.
gelove. Clouseau dans A Shot in the Dark et
The Pink Panther^ Orient dans The World of Décédés : Eddie Cantor (72 ans). Cedric Hard-
Henry Orient. wicke (71 ans). Alan I>add (50 ans). Peter Lorre
Les quatre oscars d'interprétation sont remportés (59 ans), Harpo Marx (70 ans). Norman Z. McLeod
par des étrangers (Julie Andrews, Rex Harrison. (68 ans). Joseph Schildkraut (68 ans), Wlliam
Peter Ustinov, Lila Kedrova). Seiter (72 ans).

OSCAR : THE SOUND OF MUSIC


1965 PRODUCTION : 155 films

LES FAITS

Paramounl : deux gros actionnaires élus au conseil d'administration essaient de prendre en main la
direction de la compagnie. Adolph Zukor donne sa démission. A la suite d'une série de procès, Gulf
and Western Industries, dont le président fait lui aussi partie du conseil d'administration de
Paramount. devient actionnaire majoritaire et absorbe Paramount (1966).
Fox : The Sound of Music prend la tête du box-office de tous les temps(72 millions de recettes-
distributeur sur le seul marché américain).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

MGM : Philip J. Levin, actionnaire important et membre du conseil d'administration, attaque


violemment la gestion de la compagnie et forme un comité d'actionnaires dissidents se proposant
d'éliminer le président-directeur Robert H. O'Brien. Dr. Zhivago est le plus gros succès
commercial de l'année après The Sound of Music.
Allied Artists : déficit de plus d'un million de dollars. compagnie abandonne la production pour
se consacrer uniquement à la distribution. La filiale Allied Artists Télévision Corp. continue à
produire pour la télévision.
Cinerama : déficit pour la troisième année consécutive.
Walt Disney Prod. ; bénéfices records de 11 millions de dollars (beaucoup plus que tous les Majors,
Uniled Artists étant la seule compagnie atteignant les 12 millions de dollars de bénéfices pour
1%5).
Exploitation : les deux organisations rivales d'exploitants (TOA et Allied Artists) fusionnent et
forment la National Assembly of Tlieatres Owners (NATO).

Steve McQueen dans ce pendant texan de l'urbain


LES ŒUVRES Love With the Proper Stranger (1963).
Red Line 7 000 (novembre). Un film de Howard
The Gréai Race (juin). Les moyens de la super Hawks très controversé. Les courses de voitures
production mis au service du burlesque par Blake sont très conventionnelles, mais les personnages
Edwards. Une surabondance de biens d'où se féminins sont vus avec une acuité très moderne.
détachent une bataille de tartes à la crème défini Tliémaliquement personnel et raté.
tive et un somptueux et savoureux pastiche du Pri
The Collector (juin). Un employé de banque
sonnier de Zenda.
névrosé enlève et sécjuestre une étudiante. Le
The Famiiy Jewels (juin). Jerry Lewis se mul retour de William Wyler, et son meilleur film
tiplie, mais exploite moins les ressources purement depuis très longtemps. D'après le roman de John
comiques du sujet que son côté sentimental, voire Fowles. Tourné en partie en Angleterre.
mélancolique. Des trouvailles d'une délicatesse The Spy Who Came in From the Cold
digne de Harry Langdon (Arthur Penn).
(décembre). Les espions démythifiés, ou l'anti-
Mickey One (octobre). Un climat kafkaïen, des James Rond. Martin Ritt adapte fidèlement le
séquences superbes, angoissantes, mais aussi un roman de John Le Carré (1963) qui révolutionna
esthétisme douteux (Arthur Penn). le genre. Une vision sombre et sans concessions
(film de nationalité anglaise, mais produit par
The Sound of Music (mars). Une opérette lar
Martin Ritt).
moyante qui a fait pleurer les familles. Une ou
deux bonnes chansons, le travail très brillant de The Pawnbroker (avril). Un survivant du
Julie Andrews et très professionnel de Robert Wise nazisme prêteur sur gages à Harlem. Un sujet cou
ne suffisent pas à faire passer le côté gluant de rageux et provocant, mais une mise en scène dis
l'ensemble. cutable (Sidney Lumet).
Major Dundee (avril). Massacré, mutilé par le A High Wind in Jamaica (mai). Les rapports
producteur Jerry Fîressler, ce western contient d'un pirate et d'un groupe d'enfants aux Caraïbes.
({uelques beaux restes où l'on sent la patte de Picaresque et dramati(]ue. une grande réussite
Sam Peckinpah. d'Alexander Mackendrick (coproduction anglo-
américaine). Amputé avant la sortie par la Fox.
Tontb of Ligeia (mai). Un Roger Corman du
cycle Edgar Allan Poe adapté cette fois par Robert A REDECOUVRIR : The Bedford Incident
Towne et tourné entièrement en extérieurs. L'un (James B. Harris).
des meilleurs titres de la série.
How lo Murder Your Wife (février). Comédie
brillante écrite par George Axelrod. Direction de
Richard Quine. très inventive et très personnelle. LES TALENTS
Terry-TTiomas irrésistible en valet misogyne.
Bunny Lake is Missing (octobre). Un sujet Deux actrices, Carroll Baker et Carol Lynley,
qu'Otto Preminger voulait réaliser depuis des interprètent Jean Harlow dans deux films de
années. Quelques moments admirables, mais des Gordon Douglas et Alex Segal.
effets pénibles et une fin discutable.
Sortie en France de deux films interprétés par
Baby the Rain Musl Fait (janvier). Portrait des acteurs de second plan américains ; VArme
d'un instable inadapté. Robert Mulligan dirige à Gauche, de Claude Sautet, où Léo Gordon
affronte Line Ventura, et Je vous salue Mafia Seconds rôles : Shelley Winters (4 Patch of
où Henry Silva (aidé par Jack Klugman) doit Btue): Martin Balsam (4 Thousand Clowns).
tuer Eddie Constantine.
Interprétations mémorables : Laurence Olivier
Débuts dans la mise en scène de Frank Sina- dans Bunny Lake is Missing, Anthony Quinn
tra (None But Ihe Brave)\ Brian G. Hutton dans 4 High Wind in Jamaica, Richard Wid-
(The Wild Seed)\ Sydney Pollack (ihe Slender mark dans Ihe Bedford Incident, Eddie Maye-
Thread); Harvey Hart {Bus Riley's Back in hoff dans How to Murder Your Wife, Terence
Town)\ James B. Harris {The Bedford Stamp dans The Cottector, Oscar Werner dans
Incident)', Daniel Haller {Die Alonster Die!)-, The Spy Who Came in from the Cotd.
Juieen Compton {Stranded); John Boorman
{Catch Us If You Can, en Angleterre). Décédés : Constance Bennetl (59 ans), Mary
Roland (83 ans), Clara Bow (60 ans), Sydney
Débuts a l'écran : Elizabeth Hartman {A Patch of Chaplin (80 ans), Steve Cochran (48 ans), Dorothy
Btue); Géraldine Chaplin {Doctor Zhivago): Dandridge (41 ans). Lînda Darnell (43 ans), Ray
Barbara Harris {À Thousand Clowns): Katha- Enright (69 ans), Judy Holliday (42 ans), Stan
rine Ross {Shenandoah): Woody Allen {WhaVs Laurel (74 ans), Jeanelte MacDonald (64 ans), Mae
New Pussycat ?). Murray (75 ans), Frank Nugent (58 ans), Fred
Oscars d'interprétation : Lee Marvin (double rôle Quimby (79 ans), Zachary Scott (50 ans), David 0.
dans Cal Battou): Julie Christie {Darting). Selznick (63 ans), Everett Sloane (55 ans).

OSCAR : A MAN FOR ALL SEASONS


1966 PRODUCTION : 156 films

mm LES FAITS ^^^m

Acquisition de Paramount par Guif & Western Industries, conglomérat regroupant des sociétés
minières et financières et des industries de fabrication. Frank Freeman, qui était à la tête de la
production depuis 1936, démissionne.
Charles Bludhorn, président de Gulf & Western, nomme Robert Evans vice-président chargé de la
production. Adolph Zukor et Barney Balaban restent à Paramount à des postes purement
honorifiques. C'est la première fois iju'un studio est acheté par un conglomérat.
Les actionnaires de United .Xrtists s'opposent à l'acquisition de la société par Consolidated Foods
Corp. Mais Robert Benjamin (président du conseil d'administration) et Arthur Krim (président du
studio) continuent à étudier des possibilités de fusion (en particulier avec Transamerica, qui
achètera United Artists en 1967).
A la mort de Walt Disney, la valeur du catalogue de films est évaluée à 300 millions de dollars.
MPAA : Jack Valenti succède à Eric Johnston à la présidence.
Adoption d'un nouveau Code de la production. Tous les distributeurs, membres ou non de la
MPAA, sont invités à soumettre leurs films. Le sceau de l'association peut être refusé {Btowup est
le premier film refusé; MGM crée une filiale. Premier Pictures. pour le distribuer quand même
sans quitter la MPAA).
La Légion of Decency (organisme de censure catholique fondé en 1934) prend le nom de National
Catholic Office for Motion Pictures et adopte des critères moins restrictifs.

LES ŒUVRES Le dernier film de John Ford, plus apprécié en


Europe qu'aux Etats-Unis, où il passe inaperçu.
The Group (mars). Dans les années trente, huit
Seven Women (juillet). Frontière chinoise en amies, après l'Université, vivent leur vie chacune à
1935. Un groupe de missionnaires menacés par un sa façon, et se retrouvent périodiquement pour
barbare mongol. Inégal mais original et attachant. échanger des nouvelles et des impressions. Adap-
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

talion ambitieuse (écrile par Sidney Buchman) du Lillian Hellman d'après la pièce et le roman de
roman de Mary McCarthy. Cinq des huit actrices Horton Foote), qui bat le rappel de toutes les
font leurs débuts à l'écran. Mise en scène encore conventions. Toutefois, une très belle séquence
hésitante de Sidney Lumet qui s'attaque au projet d ouverture, et le réalisme du tabassage de Marlon
le plus difficile de sa carrière. Brando sera rarement égalé.
Seconds (septembre). Fable fantastique profon The Wild Angels (juillet). Ou The Wild One,
dément pessimiste sur le mythe de la seconde douze ans plus tard. Un film de Roger Corman,
chance (le vieux désir de changer de peau et très controversé en son temps, sur les gangs
refaire sa vie). Une mise en scène brillante de John de motocyclistes. Des personnages qui s'appellent
Frankenheimer (photo de James Won^j Howe). Heavenly Blues, Loser et Joint (l'héroïne, elle,
Ecrit par Lewis John Carlino. Une entreprise répond au nom de Mike).
audacieuse et personnelle qui sera un total échec
LE COIN DU NANAR : Jesse James Meets
criti(|ue et financier.
Frankenstein^s Daughter (William Beaudine).
The Fortune Cookie (octobre). Sur le thème de Quand on pense que William Beaudine a réalisé
la cupidité universelle, une des comédies les plus des chefs-d'œuvre au temps du muet {Sparrows
acides du tandem Billy Wilder-I. A. L. Diamond. avec Mary Pickford) ! Dans la foulée, il tourne
Walter Matthau dans le rôle mémorable de l'avocat Billy the Kid Vs. Dracula.
marron qui met au point une escroquerie à
l'assurance dont Jack Lemmon est à la fois le béné
ficiaire et la victime. On y trouve des échos de
Double Indemnily.
Who's Afraid of Virginia Woolf? (août). La
nuit infernale d'un couple d'universitaires qui LES TALENTS
s'affrontent impitoyablement et se déchirent. Mike
Nichols adapte la pièce célèbre d'Edward Albee
(scénario d'Ernest Lehman) qu'il avait dirij^ée à la Le scénariste George Axelrod dirige son premier
scène. Grand numéro du couple Richard Burton- film : Lord Loue a Duck. Semi-débuts de Woody
Eli/abeth Taylor. Allen dans la mise en scène (il récrit la bande
A Man for AU Seasons (décembre). Le conflit sonore d'un polar japonais et le rebaptise What^s
historique entre Sir l'honias More et le roi Henry Up, Tiger Lily?).
VIII. Adapté par Robert Boit de sa propre pièce. L'acteur Robert Gisl dirige une adaptation du
Intelligent et académique. Un nouvel exemple - qui roman de Norman Mailer An American Dream.
force le respect sinon l'enthousiasme - du cinéma
adulte et sérieux à la Fred Zinnemann.
Débuts à l'écran : Alan Arkin (The Russians Are
Coming, the Russians Are Coming); Candice
The Sand Pebbles (décembre). L'équipage d'une Bergen et Joan Hackelt (The Group): Karen
canonnière américaine dans la Chine troublée de Black (FouVe a Big Boy Now).
1926. Rlm-fleuve (195 minutes dans sa version
intégrale) très ambitieux où Robert Wise aborde
Oscars d'interprétation : Elizabeth Taylor (Who's
une multitude de thèmes.
Afraid of Virginia Woolf?)-, les quatre autres
nominations sont des actrices étrangères : Anouk
Arabesque (juillet). Comédie d'espionnage diri Aimée, Ida Kaminska et les sœurs Vanessa et Lynn
gée avec brio par Stanley Donen. Redgrave); Paul Scofield (A Man for AU Sea
sons).
Fantaslic Voyage (août). Odyssée de l'espace
intérieur. Des savants miniaturisés naviguent dans Seconds rôles : Walter Matthau (The Fortune
le système sanguin d'un collègue pour lui sauver la Cookie), Sandy Dennis (W^o's Afraid of Vir
vie. A la fois ingénieux et niais (Richard Fleischer). ginia Woolf?).
The Professionals (novembre), ou les Quatre Exilés : .loseph Losey tourne Modesty Biaise en
Mercenaires. Burt Lancaster, Lee Marvin, Angleterre : Orson Welles tourne Falstaff en
Robert Ryan et Woody Strode ont pour mission de Espagne (coproduction Suisse-Espagne).
ramener aux Etals-Unis Claudia Cardinale enlevée
par un bandit mexicain (Jack Palance). La mise en Décédés : Montgomery Clift (45 ans), Walt Disney
scène de Richard Brooks est aussi efficace que les (65 ans). Vincent J. Donehue (50 ans), Wallace
Ford (68 ans), Buster Keaton (70 ans), Herbert
professionnels du titre.
Marshall (75 ans), Clifton Webb (72 ans), Richard
The Chase (février). Premier film hollywoodien Whorf (60 ans), Ed Wynn (79 ans), Herbert J.
d'Arthur Penn. Un désastre majeur (écrit par Yates (85 ans).
OSCAR : IN THE HEAT OF THE NIGHT
PRODUCTION : 178 films

LES FAITS

Acquisition de United Artists par Transamerica, conglomérat de compagnies d'assurances et de


services financiers. Arthur Krim et Robert Benjamin gardent leur poste à la tête du studio.
Jack Warner prend sa retraite et vend ses actions Warner Brothers (il était actionnaire majoritaire) à
Seven Arts Productions, compagnie canadienne. L'acquisition du studio par Seven Arts suit peu
après.
Deux des trois réseaux nationaux de télévision se lancent dans la production de films pour le grand
écran. La MPAA les accuse de concurrence déloyale et de vouloir créer un monopole. Par contre,
les exploitants, qui souffrent de la pénurie de films, approuvent leur initiative.
La FCC (Fédéral Communication Commission) autorise la télévision payante. L'association
nationale des exploitants proteste et crée une commission pour combattre cette décision.
Importante activité de construction de nouvelles salles, en particulier dans les grandes surfaces.

souriant aux révoltes de 1968. Le film qui lance


LES ŒUVRES Dustin Hoffman. Deux des chansons écrites par
Paul Simon pour le film. Sound of Silence et
Bonnie and Clyde (septembre). Un couple de Mrs. Robinson (iju'il interprète avec Art Gar-
hors-la-loi légendaires au début des années trente.
funkel), seront liées à cette période de façon indé
Lyrisme, violence et humour se mêlent dans un lébile. Le plus gros succès commercial de l'année,
écrit par Calder Willingham et Buck Henry, dirigé
film qui introduit les carnages filmés au ralenti, et
par Mike Nichols.
qui se révélera un des plus influents de son
époque. Produit par sa vedette. Warren Beatty, The Dirty Dozen (juillet). Douze G.I. empri
écrit par Robert Benton et David Newman (à l'ori sonnés pour meurtre, viol, vol et autres crimes
gine pour François Truffaut !), dirigé par Arthur s'entraînent pour une mission suicide. Un mélange
Penn. d'anlimilitarisme cynique (dans la lignée
à'AttacIi!) et d'extrême violence ménagée avec
Reflections in a Golden Eye (octobre). L'uni
efficacité par Robert Aldrich.
vers psychologiijue torturé et opaque de Carson
McCullers magistralement adapté par John Hus- In Cotd Btood (novembre). Richard Brooks
ton. Il expérimente un traitement sépia de la dissèfjue magistralement un fait divers dérangeant.
couleur, mais cette version, jugée trop austère, sera D'après le célèbre livre de fiction documentaire de
peu distribuée. Truman Capote. Magnifique photo en noir et
blanc de Conrad Hall.
In the Heal of the Night (août). Un détective
noir de Philadelphie se heurte au racisme ordi Point Btank (octobre). Un thriller fracassant et
naire dans une petite ville du Mississippi. Le pro oniri(|ue. Pour son premier film américain, John
totype du film faussement courageux. Plusieurs Boorman tourne sur Alcatraz abandonné. Le Kiss
oscars : meilleur film, meilleure interprétation Me Deadty des années soixante.
(Rod Steiger). meilleur scénario (Sterling Silli- Two For the Road (juillet). Une comédie douce-
phant), dirigé par Norman Jewison.
amère sur le couple qui mêle passé et présent.
Guess Who''s Coming la Dinner (décembre). Coproduction anglo-américaine tournée par
Autre film prudemment engagé sur le racisme. Le Stanley Donen sur la Côte d'Azur et à Paris.
dernier des Spencer Tracy-Katharine Hepburn. Bedazzted (décembre). Le Faust de Peter Cook
L'inévitable Sidney Poitier est, comme dans In the et Dudley Moore, cjui écrivent pour Stanley Donen
Heal of the Mght, le noble Noir paré de toutes cette hilarante comédie théologique où Peter Cook
les vertus (Stanley Kramer). joue le diable et Dudley Moore sa victime. Les sept
The Graduate (décembre). Un étudiant diplômé péchés capitaux et Dieu lui-même font partie de la
mais désemparé remet en (juestion les valeurs distribution. Avec le précédent, les deux dernières
bourgeoises pendant un été désœuvré. Prélude grandes réussites de Stanley Donen.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

The Honey Pot (mai). Un millionnaire ruiné qui Débuts à l'écran de Faye Dunaway (The Happe-
se prend pour Volpone élabore une mise en scène ning, Hurry Sundown, Bonnie and Ciyde),
compliquée pour piéger trois anciennes maîtresses. Dustin Hoffman (The Tiger Makes out, The
Adapté par Joseph Mankiewicz d'une pièce ins Graduate), Martin Sheen (The Incident)., Jon
pirée d'un roman inspiré d'une pièce. Coproduc Voight (Hour of the Gun), Richard Pryor (The
tion anglo-italo-américaine. Extérieurs tournés à Busy Body), Gene Wilder (Bonnie and Clyde).
Venise.

The Shooting; Ride in the Whirlwind : Oscars : Rod Steiger (In the Heat of the Night),
deux petits westerns tournés en même temps par Katharine Hepburn (Guess Who^s Coming to
Monte Hellman et produits par Roger Corman. Dinner), George Kennedy (Cool Hand Luke),
L'approche la plus originale du genre depuis Estelle Parsons (Bonnie and Clyde). Mise en
longtemps. Le premier est écrit par Carol East- scène : Mike Nichols (The Graduate).
man. le second par Jack Nicholson qui joue dans
les deux. Ils sortirent d'abord en France et ne Interprétations mémorables de l'année : Marlon
furent distribués que très confidentiellement aux Brando. Julie Harris dans Reflections in a
Etals-Unis (où les index et catalogues - comme Golden Eye ; Lee Marvin dans Point Blank et
celui de l'American Film Institute, 1961-1970 - les The Dirty Dozen ; Sandy Dennis dans Up Jhe
ignorent). Dotvn Staircase ; Audrey Hepburn dans Tivo
For The Road ,• Paul Newman dans Hombre,
A Countessfront Hong Kong (avril). Une farce George C. Scott dans The Fîint-Fïant Man ;
dirigée (mais non interprétée) par Charlie Cha Anne Brancoft dans The Graduate.
plin, avec Marlon Brando, Sophia Loren, Sydney
Chaplin et Tippi Hedren. Le dernier film de
Roman Polanski tourne en Europe une copro
Charlie Chaplin. duction anglo-américaine (jui sortira en Angleterre
LE COIN DU NANAR : Astro-Zombies (Ted sous le titre Dance of the Vampires, et aux
V. Mikels). L'un des nanars les plus atrocement Etats-Unis sous celui de The Fearless Vampire
mal Joués de l'histoire du cinéma. John Carra- Killers or:Pardon Me But Your Teelh Are in
dine en savant fou enfile des perles de dialogue en My Neck. Ramené de 118 minutes à 107 puis 91
gardant son sérieux. par MGM, qui refait également le montage et le
doublage. Roman Polanski désavoue cette version
et demande que son nom soit retiré du générique.

LES TALENTS Décédés : Charles Bickford (78 ans), Tom Conway


(63 ans), Jane Darwell (87 ans), David Goodis
(49 ans), Bert Lahr (72 ans), Vivien Leigh (53 ans),
Débuts dans la mise en scène de Peter Bogdano- Anthony Mann (60 ans), Jayne Mansfield (34 ans),
vich (Far^cf-ç), Mel Brooks [The Producers, éga Paul Muni (71 ans), Claude Rains (77 ans). Basil
lement scénario et interprétation). Wlliam Fried- Rathbone(75 ans), Ann Sheridan (51 ans). Spencer
kin {Good Tintes). Tracy (67 ans). Franz Waxman (60 ans).

OSCAR : OLIVER !(G. B.)


1968 PRODUCTION : 180 films

LES FAITS

Exceptionnel succès commercial de The Graduate (sorti en décembre 1967) qui se place en
deuxième position des meilleures recettes de tous les temps après The Sound of Music (ou en
troisième après Gone Wilh the Wind et The Sound of Music si l'on tient compte de l'inflation ;
recettes-distributeur de Gone Wilh the Wind : 31 millions de dollars; de The Graduate :
43 millions).
Hollywood découvre le marché des jeunes.
Adoption par la MPAA d'un système de cotes qui se substitue pratiquement au régime de
l'autocensure et au Code de la production, en vigueur depuis les années trente. Libéralisation
rapide du contenu des films, en particulier dans les domaines de la sexualité, de la violence et du
langage.
Pour la première fois, tous les films produits par les grands studios au cours de l'année sont en
couleurs. Seules des productions indépendantes comme Night of the Living Dead sont en noir et
blanc.

LES ŒUVRES Helt in the Pacifie (novembre). Nouveaux


Robinsons, Lee Marvin et Toshiro Mifune
s'affrontent sur une île déserte du Pacifi<|ue. A
The Pariy (avril). Brillant exercice comique sans travers une mise en scène brillante de John
intrigue de Blake Edwards. Peter Sellers en inef Boorman, le théâtre de l'absurde sur fond de
fable figurant indien qui refuse de mourir, fait jungle.
prématurément sauter un décor entier, et Rachely Racket (août). Une institutrice de
déclenche involontairement une série de cataclys 35 ans. vierge et frustrée, cherche à échapper à
mes dans la réception d'un producteur. Un une existence sans espoir. Le premier film dirigé
moment sublime : Sellers et le canari (« Birdie par Paul Newman (scénario de Slewart Stern
Num Num »). d'après A Jest of God de Margarel Laurence). Une
Ute Boston Strangler (octobre). Reconstitution très belle interprétation de Joanne Woodward.
très adulte, très responsable d'un fait divers. Charly (septembre). Une opération transforme un
Richard Fleischer refuse toute manipulation dra retardé mental en un génie... mais seulement tem
matique et utilise très efficacement le split screen. porairement. Emouvante adaptation de Flowers
Rosentary's Baby (juin). Satanisme ordinaire for Algernon de Daniel Keyes. Oscar pour Cliff
et extraordinaire à Manhattan. Roman Polanski Robertson (Ralph Nelson).
marie le diable et Mia Farrow dans un style qui A HEDECOUVHIH : David Holzman's Diary
mêle le quotidien et le fantastique. Ecrit par (octobre). Journal intime d'un apprenti cinéaste.
Roman Polanski lui-même d'après le roman d'Ira Une parodie démystificalrice du cinéma vérité. Un
Levin. Son premier film tourné aux Etats-Unis. premier film original et prometteur(Jim McBride).
2001^ A Space Odyssey (avril). Méditation LE COIN DU NANAR :/ Saiied to Tahiti With
grandiose - mais non dépourvue d'humour et an AU Girl Crew (Richard Bare). Encore un titre
d'ironie - sur les origines de l'homme et sa des dément plus prometteur (|ue le film.
tinée. Une expérience audiovisuelle sans précédent.
Adapté par Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke COURS METRAGES (animation) : Windy Day
d'une nouvelle de Clarke. La science-fiction ciné (John Hubley).
matographique atteint enfin l'âge adulte.
Will Penny (mars). Western intimiste et très
réaliste, dirigé par Tom Gries. transfuge de la télé
vision. L'un des meilleurs rôles de Charllon Hes-
LES TALENTS
ton et un beau personnage féminin joué de façon
très moderne par Joan Hackelt.
Faces (novembre). Une nuit orageuse dans la vie Premier film de Bob Rafelson (Heads), Ulu
d'un couple en crise. John Cassavetes dissèque Grosbard {The Subject Roses), Jim
ses personnages dans un style brutal, faussement McBride (David Holzman^s Diary). George
improvisé. Romero (Night of the Living Dead). Paul
Newman (RacheG Racket).
Funny Girl (septembre). La comédie musicale de
Broadway sur la vie de Fanny Brice adaptée par Débuts à l'écran : Peter Boyle (The Virgin
William Wyler. dont c'est le premier musical. Président, petit rôle). Slacy Keach (The Heart Is
Barbra Streisand reprend son rôle (oscar). Le plus a Lonely Hanter). Harvey Keilel (H^o's That
gros succès commercial de l'année. Médiocre. Knocking at My Door?). Liza Minnelii {Char-
lie Bubbles). Barbra Streisand {Funny Girl).
Star!(octobre). Autre biographie musicale d'une
vedette (Gertrude Lawrence) de l'entre-deux- Interprétations mémorables : Joan Hackett dans
guerres. Malgré des longueurs dans la deuxième Will Penny. John Cassavetes, Mia Farn)w et Ruth
partie, nettement plus intéressant que le précédent. Gordon (oscar) dans Rosemary's Baby. Tony
Gros échec commercial, qui marque une éclipse Curtis et Henry Fonda dans The Boston Stran
provisoire dans la carrière de Julie Andrews gler. Walter Matthau et Jack Lemmon dans The
(Robert Wise). Odd Couple. Alan Arkin dans The Heart Is a
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Lonely Hunier, Peter Sellers dans The Party, Décédés : Fay Bainler(76 ans). Tallulah Bankhead
Alan Baies dans The Fixer, Seymour Casse) dans (65 ans), Benedict Bopeaus (64 ans), Samuel Bris-
Faces, Lee Marvin dans Hell in The Pacifie. kin (71 ans), Hugo Butler (53 ans), Nick Castle
(58 ans), Fred Clark (54 ans), Wendell Corey
Katharine Hepburn obtient son troisième oscar (ex (54 ans), Albert Dekker (62 ans). Dan Duryea
aequo avec Barbara Streisand) pour The Lion in (61 ans). Charles K. Feldman (63 ans), Kay Francis
Winter(Anthony Haney). Oscar à Cliff Robertson (63 ans). Dorolhy Gish (70 ans), Robert Z. I^eonard
pour Charly (Ralph Nelson). (78 ans), Albert Lewin (73 ans), Mae Marsh
(72 ans), Tommy Noonan (46 ans), Dennis O'Keefe
Exilés : premier film de Jules Dassin aux Etats- (60 ans), William Perlberg (69 ans), l^urence
Unis depuis son départ [Uptight]; Joseph Losey Stallings (73 ans), Franchol Tone (63 ans), Lee
tourne une coproduction anglo-américaine. Tracy (70 ans), Helen Walker (47 ans), Walter
Boom. Wanger (74 ans).

OSCAR : MIDNIGHT COWBOY


1969 PRODUCTION : 118 films

usm LES FAITS

MGM : déficit de 35 millions de dollars pour l'année. Kirk Kerkorian. actionnaire majoritaire,
prend le contrôle de la compagnie et nomme James Aubrey président. Réorganisation et campagne
d'économie (abandon de nombreux projets, vente des magasins d'accessoires et de costumes, vente de
studios à l'étranger, etc.).
Fox : déficit de 25 millions de dollars (le premier depuis celui de 1962). Richard D. Zanuck prend
la présidence. Son père devient président du conseil d'administration.
Ac(]uisilion de Warner Brothers-Seven Arts par Kinney National Service, conglomérat aux activités
très diversifiées (construction, location de voilures, entreprises de pompes funèbres). Ted Ashley
prend la tète de la compagnie. Campagne d'austérité (réductions de personnel, diminution de la
production).
1^ gouvernement interdit la fusion de MCA avec Rrestone pour "conflit d'intérêts».
Des projets de lois antipornographi<|ues sont déposés dans la plupart des Etats.
Sortie de Midnighî Cowboy avec un certificat X.
Succès inattendu de Easy Rider, produit par Peter Fonda, distribué par Columbia. qui lance un
genre nouveau, le road movie.

LES ŒirVRES True Grit (juin). Une petite fille de 14 ans,


décidée à venger la mort de son père, enrôle John
Wayne. Ce n'est ni le meilleur western de John
The Stalking Moon (janvier). Un western angois Wayne (ijui reçoit cependant un oscar), ni celui de
sant dans l'esprit des films de Va! Lewton. l.n Henry Hathaway. <|ui réussit surtout le premier
Indien redoutable et invisible qui veut récupérer tiers et quelques scènes de violence. Gros succès
son fils poursuit Gregory Peck avec un achar commercial.
nement inlassable. Scénario laconi<|ue d'Alvin
Butch Cassidy and the Sundance Kid
Sargent. mise en scène inspirée de Robert Mul-
(octobre). Deux hors-la-loi malchanceux et irrésis
ligan.
tiblement sympathiiiues. couple Paul Newman-
The Wild Bunch (juin). Sam Peckinpah reprend Robert Redford et la charmante, bien (ju'anachro-
et amplifie ses thèmes familiers dans un western ni({ue, Katharine Ross contribuent à faire du film
très sombre sur l'universalité de la cruauté et du de George Roy Hlll (écrit par William Goldman) le
mal. Surenchère sur la violence filmée au ralenti. plus gros succès commercial de l'année. (Note : le
Warner coupera plusieurs scènes après la sortie seul western <|ui se déroule en partie à New York et
(version intégrale : 148 minutes). en Bolivie.)
Midnight Cowhoy (mai). Deux marginaux / Walk the Line, du même réalisateur), fait de
minables dans le monde sordide de la prosti passions secrètes et de désespoirs tranquilles. John
tution masculine autour de Times Square. L'amitié Frankenheimer atteint une sensibilité, une émotion
qui se noue entre ces deux paumés pathétiques dignes du Douglas Sirk de Written on the Wind.
sauve In extremis de la noirceur absolue cette Un grand film méconnu, surtout aux Etats-Unis.
œuvre puissante et sans concessions. Premier film Tell Them Wlllie Boy is Here (décembre). Vingt
américain de l'Anglais John Schlesinger. Ecrit par ans après Force of Evil, le nouveau film d'Abra
Waldo Sali d'après le roman de James Léo Her- ham Polonsky. Au-delà du western libéral, une
lihy. (Un des rares films non pornographiques à réflexion sur le genre et sur ses composantes idéo
avoir reçu un certificat «X».} logiques. Une chasse à l'homme qui débouche iné
They Shoot Horses, DonU They? (décembre). luctablement sur le massacre. Fulgurant, concis et
Un marathon de la danse, métaphore de la condi émouvant.

tion humaine. Sydney Pollack transcrit avec bon A REDECOUVRIR : The Rain People (sep
heur l'univers très noir de Horace McCoy. Un très tembre). La première réussite de Francis Ford
beau décor signé Harry Horner. Coppola. Un univers poélico-dramatique qui
Downhill Racer (novembre). La vie profession évoque certaines nouvelles de Salinger. Errance,
nelle et personnelle d'un champion de ski. Le fuite, et histoire d'amour entre une jeune femme et
premier et le meilleur film de Michael Ritchie, sur l'innocent du village. Une formidable composition
un excellent scénario de James Salter. de Robert Duvall en flic dragueur et jaloux.

Àiice^s Restaurant (août). Arthur Penn porte un


regard compréhensif mais désenchanté sur la géné
ration hippie.
Bob and Carol and Ted and Alice (novembre). LES TALENTS
Deux couples s'essaient à la promiscuité erotique.
La première comédie sur la révolution sexuelle
(morale : « Commencez la révolution sans nous!»). Premier long métrage de Brian De Palma (The
Le premier film de Paul Mazursky, qui cosigne le Wedding Party, tourné en 1964-1966); Bob
scénario original. Fosse {Sweet Charity); Dennis Hopper [Easy
Rider); Alan J. Pakula (The Stérile Cuckoo);
The Arrangement (novembre). Ella Kazan Michael Ritchie (Downhill Racer); Haskell
adapte son roman autobiographique. Son film le Wexler (Médium Cool); Gordon Parks (The
plus personnel, sinon le plus réussi. Un gros échec Learning Tree); Ossie Davis (Cotton Comes to
crili(|ue et commercial. Harlem).
Easy Rider (juillet). Peter Fonda, Dennis Hopper Débuts à l'écran : Al Pacino (A/e, Natalié);
et Terry Southern concoctent le road movie arché- Michael Douglas (Hail, Hero !); Richard Ben
lypal : motos, errance hippie, drogue, psychédé- jamin et Ali MacGraw (Goodbye Columbus);
lisme, rock ininterrompu sur la bande sonore. Un Ryan O'Neal (The Big Bounce); Goldie Hawn
succès commercial inattendu (meilleures recettes de (Cactus Flower, oscar second rôle).
l'année après Butch Cassidy and the Sun- Interprétations mémorables de l'année : Dustin
dance Kid). Dirigé par Dennis Hopper, écrit par Hoffman et Jon Voighl dans Midnight Cowboy,
les trois compères. Jane Fonda dans They Shoot Horses, Don^t
The Honeymoon Killers (novembre). La bana They? Gene Hackman dans Downhill Racer
lité du mal illustrée par un couple infernal, tueur et The Gypsy Moths, Robert Redford dans
de veuves et d'esseulées. Léonard Kastle, compo Downhill Racer. Gig Young dans They Shoot
siteur d'opéras, signe cet étrange premier film,(jui Horses, Don^t They? (oscar second rôle), Jack
restera unique. Nicholson dans Easy Rider, Shirley Knight dans
The Rain People, Nalalie Wood, Elliott Gould et
Take the Money and Run (août). Woody Allen Dyan Cannon dans Bob and Carol and Ted
dirige son véritable premier film. Parodie des and Alice, Robert Blake dans Tell Them Willie
policiers semi-documentaires et des films de bagne. Boy is Here, Susannah York dans They Shoot
Quelques grands moments comiques (le braciuage Horses, Don't They?, Shirley Stoler et Tony Lo
de la banque, les forçats enchaînés chez l'habitant). Bianco dans The Honeymoon Killers.
A Waik With Love and Death (octobre). L'un James Poe, auteur du scénario de They Shoot
des films les plus justes, les plus sensibles sur le Horses, Don^t They?, et pressenti pour diriger le
Moyen Age. Un vibrant plaidoyer contre l'into film, est remplacé par Sydney Pollack qui amène le
lérance. John Huston dirige pour la première fois scénariste Robert Thompson (James Poe et Robert
sa fille Anjelica Huston. Costumes de Leonor Fini. 'ITiompson seront cocrédités).
The Gypsy Moths (août). Un de ces films pro Plusieurs films dirigés et/ou interprétés par des
vinciaux typiques de l'époque (voir aussi, en 1970, Noirs : Cotton comes To Harlem, Change of
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Mind (t(jus deux avec Raymond St. Jacques), The Décédés : Charles Brackett (77 ans), Karl Freund
Learning Tree (écrit et dirigé par Gordon Parks (79 ans), Judy Garland (47 ans), William Goetz
d'après son roman). (66 ans), Jeffrey Hunter (42 ans). Rex Ingram
(73 ans). Boris Karloff (81 ans), l^eo McCarey
Deux victimes de la liste noire, Herbert J. Biber- (71 ans), ITielma Ritler (63 ans), Nicholas Schenck
man et Abraham Polonsky, reviennent à la mise en (87 ans), Sharon 'late (26 ans), Robert Taylor
scène après plus de vingt ans de silence {Slaves et (57 ans), Josef von Slernberg (75 ans), Charles
Tell Them Willie Boy is Here). Winninger (84 ans).

OSCAR : PATTON
1970 PRODUCTION : 137 films

LES FAITS

Nombreux Films à très gros budget : Darling Lili(Paramount. 22 millions), Paint Your Wagon
(Pararnount, 20 millions). Hello^ Dolly!(Fox. 22 millions: sorti en décembre 1969), Tora!
Tora!Tora!(Fox. 23 millions), Patton (Fox, 13 millions). Calch-22(Paramount. 10 millions). A
l'exception des deux derniers, ces films sont de lourds échecs financiers : Darling Lili et Tora!
Tora! Tora! perdent 13 millions chacun sur le marché américain.
Fox : en raison des échecs cités ci-dessus, auxquels s'ajoutent ceux d'une quinzaine d'autres films
déficitaires (notamment The Only Game in Town. dont le déficit approche les 8 millions), Darryl
F. Zanuck est contraint de renvoyer son fils de la présidence. Le déficit de la compagnie atteint
77 millions.

L'nited Artists : déficit record de 45 millions. Le seul succès du studio pour l'année est On Her
Majesty^s Secret Service (sorti en décembre 1969). le premier James Bond sans Sean Connery.
dont les bénéfices sont moitié moindres (jue ceux des précédents films de la série. The Private IJfe
of Sherlock Holmes de Billy Wilder (budget : 10 millions) est un échec total (un million de
receltes-distributeur seulement).
Chute des actions Transamerii-a en Bourse.

MGM et Warner installent leur quartier général sur la côte ouest.


CBS lance un modèle de magnétoscope (]ui échoue.

LES ŒUVRES Patton (mars). De l'Afrique du Nord aux


Ardennes et à Bastogne en passant par la Sicile, les
grandeurs et servitudes militaires de l'un des géné
Five Easy Pièces (septembre), l'n pianiste (Jas- raux les plus controversés de la Seconde Guerre
sique en rupture avec son milieu flirte avec la mondiahu Une fresque puissante qui dépasse les
condition prolétarienne. Variations psycho-socio- conventions du film de guerre (Franklin Schaff-
logiijues sur le road movie. Avec son second film. ner).
Bob Rafelson s'impose comme un des espoirs Catch-22 (juin). Vision beaucoup plus fantai
majeurs du nouveau cinéma américain. siste du même conflit. D'un des chefs-d'œuvre de
Loving (mars). Description douce-amère de la vie la littérature de l'absurde (la guerre revue par
d'un couple. Désillusion, fragilité : l'envers du rêve Jonathan Swift et Lewis Carroll). Mike Nichols tire
américain. Le chef-d'œuvre d'irving Kershner. une adaptation ambitieuse, complexe, coûteuse et
décevante, qui édulcore inévitablement, malgré ses
Little Big Man (décembre). Grandiose évocation audaces, le roman de Joseph Heller.
révisionniste et picaresijue de tous les mythes de
l'Ouest. Toute la gamme des registres du drama A/*i4*S*// (janvier). Une vision totalement irres
tique au burles(|ue. Ecrit par Calder Willingham pectueuse d'un autre confiit (la guerre de Corée)
d'après le roman de Thomas Berger. L'entreprise tel (pie le vivent des chirurgiens militaires plus
la plus ambitieuse d'Arthur Penn. préoccupés de faire des farces (|ue de défendre une
cause. Un succès inattendu qui révèle un réali les mineurs irlandais de Pennsylvanie en 1876.
sateur pratiquement inconnu, Robert Altman (il L'un des rares films prolétariens de Hollywood.
accepta un scénario de Ring Lardner Jr. refusé par Excellent scénario de Walter Bernstein qui, à
32 metteurs en scène). travers l'histoire d'un flic mouchard, nous parle
aussi de la liste noire. L'une des réussites de
Brewster McCloud (décembre). Ou «ses ailes de Martin Ritt, admirablement photographiée par
géant l'empêchent de voler». D'une obsession orni- James Wong Howe.
thologique, Robert Altman tire une comédie noire
qui ne ressemble à rien. LE COIN DU NANAR : Vampire Men of The
Lost Planei, connu sous 6 autres titres {Créa
Puzzle of a Downfall Child (décembre). tures of the Prehistoric Planet, Horror Créa
Portrait-puzzle d'une cover-girl et de sa dépres tures of the Red Planet, etc.). Celte réali
sion. L'envers de la mode, par Jerry Schatzberg, sation de Al Adamson récupère, choix original,
photographe nourri dans le sérail. Un premier film John Carradine et l'oppose à des masses de chutes
plus que prometteur, mais ignoré aux Etals-Unis. provenant d'autres œuvres (notamment d'un film
Love Story (décembre). Une simple et triste d'horreur mexicain teinté).
histoire. Il est riche, elle est pauvre, ils sont
étudiants, ils s'aiment, ils s'épousent, ils sont
pauvres mais heureux, elle tombe malade et meurt.
Adapté par Erich Segal de son propre roman,
dirigé par Arthur Hiller. Un succès phénoménal LES TALENTS
(les plus grosses recettes de la décennie après The
Sound of Music).
There lEas a Crooked Mon... (décembre). La Premier long métrage de Hal Ashby (The Land-
rencontre de deux générations : les jeunes scéna lord), James Bridges {The Baby Maker), Bar
ristes Robert Benton et David Newman (Bonnie bara Loden {Wanda), Jerry Schatzberg {Puzzle
and Clyde) et Joseph Mankicwicz, dont c'est le of a Downfall Child), John Waters {Mondo
premier western. Les rapports ambigus d'un bandit Trasho, dont il est aussi scénariste, chef opé
incarcéré et d'un représentant de l'ordre. Un rateur, monteur et producteur).
premier montage de 165 minutes est ramené à Adrien Joyce, scénariste de deux des films les plus
125 minutes avant la sortie. originaux de l'année : Five Easy Pieces et
Husbands (décembre). Dérive et vaticinations de Puzzle of a Downfall Child.
trois amis mal dans leur peau. La méthode John Débuts à l'écran : Susan Anspach (The Land-
Cassavetes poussée à son point limite. lord), Jeff Bridges {Halls of Ânger), Shelley
Woodstock (mars). L'événement musico-socio- Duvall {Brewster McCloud), Diane Keaton
culturel le plus emblématique de 1968 filmé avec {Lovers and Other Strangers).
ampleur par Michael Wadleigh. Interprétations mémorables de l'année : George C.
Scott dans Patton (oscar), Karen Black et Susan
The Private Life of Sherlock Holmes Anspach dans Five Easy Pieces, Jane Alexander
(octobre). Une lecture originale du mythe de dans The Great White Hope, Faye Dunaway
Sherlock Holmes. Un scénario exceptionnellement dans Puzzle of a Downfall Child, Ben Gaz-
inventif. Le chef-d'œuvre de la dernière période zara. Peter Falk et John Cassavetes dans Hus
de Billy Wilder. Tourné en Angleterre. Décors bands, Bud Cort et Shelley Duvall dans Brews
d'Alexander Trauner.
ter McCloud, Dustin Hoffman dans Little Big
/ Walk Ihe Line (octobre). Après The Gypsy Man, George Segal et Eva Marie Saint dans
Moths. un autre film sur l'Américjue profonde Loving, Carrie Snodgress dans Diary of a
par John Frankenheimer. Une œuvre en creux Mad Housewife.
construite sur le doute, l'échec, l'incompréhension, Décédés : Ed Begley (59 ans), Billie Burke
à l'enconlre des règles de la dramaturgie hollywoo (84 ans), James Edwards (48 ans), Frances Farmer
dienne. Très belle photo de David Walsh. Un (56 ans), Preston Foster (69 ans), Edward Everett
lyrisme doux-amer rythmé par les chansons de Horion (84 ans), Conrad Nagel (72 ans), Alfred
Johnny Cash. Newman (68 ans), Cathy O'Donnell (45 ans), Mar-
A REDECOUVRIR : The Molly JHaguires jorie Rambeau (80 ans), Charles Ruggles (84 ans),
(février). Attentats anarchistes et révoltes chez Harry Stradling (68 ans), Perc Westmore (65 ans).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

OSCAR : THE FRENCH CONNECTION

1971 PRODUCTION : 143 films

LES FAITS

Fox : Dennis Stanfill prend la place de Darryl F. Zanuck, qui resle au conseil d'administration avec
le titre purement symbolique de président d'honneur. Richard D. Zanuck, remplacé par Gordon
Stulherg, passe à Wamer.
Paramount : redressement financier grâce à Love Slory {sorti en décembre 1970), qui devance The
Graduate au box-office et rapporte 50 millions de dollars au studio.
Kinney, propriétaire de Wamer Brothers-Seven Arts, crée une branche communications : Warner
Communications Inc., qui groupe Warner Brothers Pictures, Wamer Cable TV, Warner Books, et
les marques de disque Warner, Electra et Atlantic.
La fréquentation hebdomadaire moyenne tombe à 16000000.
45 % des foyers américains sont équipés d'un téléviseur couleurs.

LES ŒUVRES Sumnter of ^42 (juin). L'archétype du film sur


l'éveil de la sensualité chez les adolescents. De la
sensibilité et du charme, mais aussi des facilités
The Beguiled (mars). Un conte gothique à la et des lourdeurs. Une carte postale nostalgique
Ambrose Bierce : pendant la guerre de Sécession, joliment photographiée par Robert L. Surtees
un soldat prisonnier d'un pensionnai de jeunes (père de Bruce). Musique célèbre de Michel
filles. Magistralement filmé par un Don Siegel ins Legrand. Dirigé par Robert Mulligan.
piré. Débuts impressionnants du chef opérateur
The Andromeda Strain (mars). Un film de
Bruce Surtees.
science-fiction adulte où l'angoisse naît de la
P/e^ Mistyfor Me (novembre). Un animateur de rigueur du récit et de la mise en scène analy
radio menacé de mort par une admiratrice qui tique de Robert Wise (efficace utilisation du splil-
aime trop Erroll Garner. La première mise en screen dans les séquences d'introduction). Reste un
scène de Clinl Eastwood, qui traite le sujet (il sera des chefs-d'œuvre du genre, malgré un dernier
plagié quinze ans plus tard par Fatal Attraction) quart d'heure qui tombe dans la convention et le
avec beaucoup de retenue. Don Siegel passe devant suspense artificiel.
la caméra et joue un barman.
Ihe French Connection (octobre). Une téné
Dirty Harry (décembre). Troisième Clint East breuse (et plus ou moins véridique) affaire de
wood de l'année - le plus célèbre. Il incarne le trafic de drogue. Portrait d'un flic pittoresque,
premier d'une série de flics justiciers qui estiment Jimmy «Popeye» Doyle. Une poursuite en voiture
que la fin justifie les moyens. Contrepied absolu anthologique. Oscars : meilleur film, mise en scène
de The Sniper. le film défend une thèse qui sera (William Friedkin). scénario, montage, interpré
souvent perçue comme fasciste. tation (Gene Hackman). Superficiel.
McCabe and Mrs. A/i/fer (juin). Western désen Klute (juin). Thriller psychologique. Un détective
chanté sur les rapports entre un faux héros et une privé à la recherche d'un disparu et une call-
tenancière de bordel. Une réflexion sur les pou girl libérée. Alan J. Pakula crée une atmosphère
voirs de la légende et du capitalisme, ponctuée par prenante, aidé par la photo de Gordon WilHs et la
des chansons de Léonard Cohen. D'étonnantes
musique de Michael Small. Oscar à Jane Fonda.
images (dues à un flashage du négatif) de Vilmos
Zsigmond. et une bande son d'une immense com The Panic in Needle Park (juillet). Pour sa
plexité (Robert Altman). deuxième mise en scène, Jerry Schatzberg donne
un des meilleurs films jamais tournés sur la drogue
Carnal Knowledge (juin). De l'Université à l'âge
et ses ravages. Ecrit par Joan Didion et John
adulte, les rapports de deux camarades (Jack
Gregory Dunne. Deuxième film et premier rôle
Nicholson et Arthur Garfunkel) avec les femmes.
marquant d'Al Pacino.
Des moments de franchise psychologique et
sexuelle étonnants. Ecrit par Jules Feiffer, dirigé The Last Picture Show (septembre). Avec son
par Mike Nichols. deuxième film, l'ex-critique Peter Bogdanovich
lance le néoclassicisme cinéphilique. Le film Loden réussit un portrait de femme sans la
évoque hélas plus Wyler que Ford ou Hawks, sous moindre concession au charme, à la facilité et
l'égide desquels il se place. Adapté par Larry décrit les non-relations entre son héroïne et un
McMurlry de son roman sur l'agonie d'une petite voleur minable.
ville du Texas au début des années cinquante, et
sur les adolescents désemparés qui la peuplent.
Distribution intéressante.

Minnie and Moskowitz (décembre). John Cas- LES TALENTS


saveles s'essaye pour la première fois à la comédie,
mais sans renoncer à sa manière. Un de ses films
les plus drôles. Trois acteurs dirigent leur premier film : Clint
Eastwood {Play Mistyfor Me), Peter Fonda (The
Bananas (avril). Woody Allen dictateur mal Hired Hand), Jack Nicholson {Drive, He Said).
gré lui. Une ouverture et une conclusion géniales :
l'assassinat politique et la nuit de noces transmis L'acteur Tom Laughlin écrit et dirige en indé
en direct à la télévision et commentés comme une pendant (sous le nom de T.C. Franck) Billy Jack,
manifestation sportive. dont il est aussi la vedette. Très gros succès com
mercial (en particulier pour la ressortie de 1973).
Two-Lane Blacktop (juillet). Quintessence du
road movie, dont Monte Hellman, sur un scé Débuts à l'écran de Timothy Boltoms (The Last
nario très déconstruit et dédramatisé du romancier Picture Show et Johnny Col Dis Gun), Cybill
Rudolph Wurlitzer, dynamite les conventions. Un Shepherd {The Last Picture Show), Randy
laconisme psychologi(}ue à la limite de l'énigma- Quaid {The Last Picture Show), Kris Kristof-
tique. Un total échec critique et commercial. ferson {The Last Movie, dont il écrit aussi les
chansons), Sandy Duncan {Star Spangled Girt),
The Last Movie (septembre). Autre échec cuisant Stockard Channing {The Hospital), Michael
du nouveau cinéma, qui met fin pour plus de Moriarty {My FathePs Place), Keith Carradine
quinze ans à la carrière de réalisateur de Dennis {McCabe and Mrs Miller).
Hopper.
Deux Tchèques, le réalisateur Milos Forman et le
Fiddler on the Roof(novembre). Le triom|)he de scénariste Ivan Passer, réalisent leur premier film
Broadway filmé par Norman Jewison. Le plus gros américain (Taking off et Born to Win). Deux
succès commercial de l'année. Trois heures de pro
réussites.
jection. Oscar de la photographie pour Oswald
Morris. Interprétations mémorables : Jack Nicholson dans
Carnal Knowledge, Seymour Cassel et Gena
Duel. Téléfilm (diffusé par ABC le 13 novembre Rowlands dans Minnie and Moskowitz, War-
1971) qui sera distribué en salle en Europe (et ren Dates dans Two-Lane Blacktop, Al Pacino
obtiendra le Grand Prix au festival d'Avoriaz).
et Kitty Winn dans Panic in Needle Park,
Lance Steven Spielberg. Ecrit par Richard Mathe- Barbara Loden et Michael Higgins dans Wanda,
son. Un automobiliste traqué par un camion. Sera Julie Christie dans McCabe and Mrs Miller.
très imité.
Dalton Trumbo adapte (scénario et mise en scène)
A Clockwork Orange (décembre). Troisième son roman Johnny Got His Gun.
volet (britannique) de la trilogie de science-fiction
kubrickienne. Parabole à l'ironie souvent lourde Premier long métrage de Georges Lucas ;
sur la violence sadique et son traitement. Anthony THX-1138.
Burgess invente une langue. Une utilisation sardo- Décédés : Herbert J. Biberman (71 ans), Spring
nique de la musique de Beethoven, Elgar et... Byington (77 ans), Gladys Cooper (82 ans), John
Arthur Freed.
Dali (50 ans), Van Heflin (60 ans), Harold Lloyd
A REDECOUVRIR : Wanda (mars). Un magni- (77 ans), Paul Lukas (76 ans), Spyros Skouras
fi(jue premier film qui restera unique. Barbara (78 ans), Max Steiner (83 ans), Paul Terry (84 ans).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

OSCAR : THE GODFATHER


1972 PRODUCTION : 181 films

LES FAITS

Richard I). Zanuck et David Brown créent une société productrice indépendante et passent un
contrat de distribution de 5 ans pour 20 films avec Universal (deux de ces films, TTte Sting et
Jaws, seront parmi les plus gros succès commerciaux de l'histoire de Hollywood).
Screen Aclors Guild et divers syndicats prennent Ella Kazan à partie pour avoir tourné The
Visiiors avec une équipe de quatre techniciens non syndiqués.
Fréquentation : selon les résultats d'une enquête commencée en 1969, 73 % des spectateurs ont
entre 12 et 29 ans.

Débuts de Home Box Office (HBO), filiale de Time Inc., premier service de distribution de
programmes payants pour la télévision par câble. Les films constituent l'essentiel de la
programmation.
Apparition sur le marché américain du premier magnétoscope Sony U-VTatic (3/4 de pouce) à usage
professionnel.
Distribution-exploitation : Paramount inaugure une formule nouvelle de distribution avec The
Godfather. la sortie de saturation - 365 salles sur l'ensemble du pays pour la première exclusivité,
avec budget promotionnel exceptionnellement élevé (un million de dollai*s à New York seulement).
Le film sera le premier super-hit instantané des années soixante-dix, avec 7 millions de recettes-
distributeur pour la première semaine d'exploitation seulement... et plus de 80 millions pour
l'année. 11 prend la tête du box-office de tous les temps.

LES ŒUVRES Jeremiah Johnson (décembre). Un hymne à la


nature sauvage et à la vie primitive. Très beau
western méditatif et lyrique de Sydney Pollack,
Fat City (juillet). The Life and Times of Judge écrit en grande partie par David Rayfiel (non
Roy Bean (décembre). Deux films personnels, crédité). Des paysages somptueux (où Robert Red-
très réussis (et très différents) de John Huslon. Fat ford établira plus tard son Sundance Institute).
City. constat social noir, douloureux, filmé sans Deliverance (juillet). L'épopée virile, à la fois
lourdeur. Un appendice à The Grapes of Wrath, glorifiée et démystifiée, par John Boorman.
magnifiquement photographié par Conrad Hall.
The Life and Times of Judge Roy Bean. The Candidate (juin). Michael Rilchie retrouve
western picaresiiue et nostalgique où Ava Gardner, Robert Redford et examine avec exactitude et
sublime Lily Langtry, vient se recueillir sur la humour le folklore électoral américain.
tombe de l'admirateur qu'elle n'a jamais vu et qui The Godfather (mars). Francis Ford Coppola
l'a aimée toute sa vie. Stacy Keach en despe donne une dimension sociologique et historique
rado albinos se fait vraiment trouer la peau. nouvelle au film de gangsters avec celte saga sur la
(Jlzana's Raid (novembre). Autre western violent Mafia, écrite par lui-même et Mario Puzo d'après
et original, (}ui fut méconnu à sa sortie. Près de le roman de ce dernier. Un succès sans précédent.
vingt ans après Apache. Robert Aldrich en donne Le retour de Marlon Brando.
l'envers : une vision antidémagogique, inconfor Cabaret (février). Berlin au temps de la divine
table, sombre et lucide des rapports avec les décadence et des débuts du nazisme. Bien que
Indiens. L'n scénario rigoureux d'Alan Sharp qui d'origine scénique. une approche nouvelle de la
refuse tout manichéisme. coméflie musicale cinématographique. Bob Fosse
Dirty Little Biily (novembre). Billy the Kid, confirme son talent de cinéaste. Oscar pour Liza
Minnelli.
encore une fois, mais sans la légende. Stan Dragoti
recrée l'Ouest selon l'esthétique du réalisme sor Siient Running (mars). Science-fiction écolo
dide. Un premier film attachant (mais une carrière giste. Débuts dans la mise en scène de Douglas
qui tournera court). Produit par Jack Warner. Trumbull, spécialiste des effets spéciaux {2001).
Greaser^s Palace (août). Dans un cadre de Sings the Blues, et même Blacula («te). Les
western, une parabole christique, surréaliste et interprètes noirs les plus en vue sont Raymond St.
burlesque. Le film le plus ambitieux et le plus Jacques, Richard Roundtree, Godfrey Cambridge,
réussi de Robert Downey, d'une facture peu com James Earl Jones. Diana Ross et Cicely Tyson
mune. reçoivent des nominations aux oscars pour Lady
Sings the Blues et Sounder. Gordon Parks Jr.
Slaughterhouse Five (mars). Le film le plus
(fils de Gordon Parks) dirige son premier film
étrange de l'année avec le précédent. Une obscure {Superfly), qui sera un gros succès commercial.
allégorie où le héros voyage dans son passé, son
Sidney Poitier signe sa première mise en scène,
avenir et ses fantasmes. Des séquences halluci
Buck and the Preacher, qu'il interprète avec
nantes sur la Seconde Guerre mondiale. Adap
Harry Belafonte et Ruby Dee. Warner Brothers
tation ambitieuse et inégale par George Roy Hill
distribue un documentaire de long métrage consa
du roman de Kurt Vonnegut Jr.
cré à Malcolm X, auquel participent de nom
The Visitors (février). Elia Kazan tourne en breuses personnalités noires. Un documentaire
16 mm, avec une équipe réduite, un film à très consacré à Angela Davis est également distribué.
petit budget écrit par son fils Chris, mais thémati-
quement très kazanien. Les visiteurs du titre Interprétations mémorables de l'année : Joanne
sont deux anciens de la guerre du Viêt-nam qui
Woodward dans The Effect of Gamma Rays
on Man-in-the-Moon Marigolds, Diana Ross
viennent perturber la vie familiale du camarade
qui avait témoigné contre eux en conseil de guerre. dans Lady Sings the Blues, Jeff Bridges dans
Bad Company et Fat City, Stacy Keach dans
Sleuth (décembre). Un romancier et son rival Fat City et Judge Roy Bean, David Carra-
amoureux jouent au chat et à la souris inlassa dine et Barbara Hershey dans Boxcar Ber-
blement. Le dernier film de Joseph Mankiewicz, tha, Marlon Brando (oscar) et Al Pacino dans
d'après la pièce à deux personnages d'Anthony The Godfather, Joël Grey dans Cabaret (oscar
Shaffer. Un splendide numéro de Laurence Olivier second rôle), Ida Lupino dans Junior Bonner,
et Michael Gaine. Tourné en Angleterre. Cicely Tyson dans Sounder.
Sounder (septembre). Une approche sentimen Curiosités : Michael J. Pollard dans le rôle de
tale, mais honnête et chaleureuse, de la vie d'une Billy the Kid {Dirty Little Billy), Woody Allen
famille durant la Dépression. Souvent émouvant dans le rôle d'un spermatozoïde {Everything You
(Martin Ritt). Musique de Taj Mahal. Always Wanted to Know About Sex...), Jerry
Lacy dans le rôle de Bogart {Play il Again,
Sam). Ray Milland homme à deux têtes dans The
Man with Two Heads, Raquel Welch, cham
LES TALENTS pionne de patin à roulettes {Kansas City Bom-
bers). le couple Warren Oates-Leslie Caron dans
Chandler. Divine («la personne la plus répu
Débuts à l'écran : Bill Cosby {Hickey and gnante du monde») dans Pink Flamingos de
Boggs)^ Madeline Kahn (What's Up, Doc?)Valé John Waters (où elle dévore des excréments de
rie Perrine {Slaughterhouse Five), Sissy Spacek chien).
{Prime Cut).
Films-catastrophes : le succès de The Poséidon
John Milius signe les scénarios de Jeremiah Adventure (plus grosses recettes de l'année après
Johnson et Judge Roy Bean, qui seront consi The Godfather) lance ce genre nouveau.
dérablement remaniés.
Décédés : Bruce Cabot (67 ans). Léo G. Carroll
Débuis de Michael Cimino comme coscénariste de
(80 ans), Richard Day (78 ans), Brandon De Wilde
Silent Running. (30 ans), Brian Donlevy (71 ans), Sidney Franklin
Films de Noirs :à la suite du succès commercial de (79 ans), Miriam Hopkins (69 ans), Rochelle
Shaft (dirigé par Gordon Parks) en 1971, de Hudson (57 ans), Jessy Royce Landis (67 ans),
nombreux films à distribution entièrement ou Sidney Lanfield (74 ans), Waller Lang (73 ans),
principalement noire (et parfois dirigés par des Mitchell Leisen (74 ans), Oscar Levant (65 ans),
Noirs) sont distribués : ShafFs Big Score. Buck Marilyn Maxwell(49 ans), Wesley Ruggles(84 ans),
and the Preacher. The Legend of Nigger George Sanders (65 ans), Akim Tamiroff (72 ans),
Charlie. Corne Bach Charleston Blue. The Frank Tashlin (59 ans), Edgar L4mer(68 ans), Hal
Man, Black Girl, Superfly, Sounder, Lady Walker (76 ans). Marie Wilson (56 ans).
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

OSCAR : THE STING


1973 PRODUCTION : 151 films

LES FAITS

Columbia au bord de la faillite (50 millions de dollars de déficit). Alan Hirshfield devient
président, David Regelman chef de la production. 1.^ nouvelle direction fixe un plafond de trois
millions de dollars pour les budgets, réorganise la distribution, fait appel à des investissements
extérieurs.

United Artists toujours en déficit. David Picker démissionne de la présidence, est remplacé par Eric
Pleskow. Mike Medavoy devient chef de la production.
MGM abandonne la distribution. United Artists ae(|uiert les droits de distribution de tout le
catalogue et des futures productions du studio pour une durée de dix ans. Robert O'Brien dément
les rumeurs selon lesquelles MGM abandonnerait également la production (le studio continuera à
produire «4 à 6 films par an»). Cependant, MGM continue à développer ses activités extra-
cinématographi({ues. en particulier dans l'hôtellerie (ouverture du «Grand Hôtel» à I-as Vegas).
Progrès et problèmes du cinéma X : pour la première fois, plusieurs films pornographiques(Deep
Throal, The Devil in Miss Jones, Behind the Green Door) figurent parmi les meilleures
recettes de l'année. Une décision de la Cour suprême semble donner aux Etats le droit de décider si
une œuvre est obscène. I-,a Cour accepte de considérer l'appel des producteurs de Carnal
Knowledge (1971) Ijue la cour suprême de l'Etat de Géorgie avait déclaré obscène et interdit à
l'exploitation.
AVCO essaie de commercialiser un modèle de magnétoscope,(^artrivision. Coûteux et mal distribué,
il échoue: AVCO perd 50 millions de dollars.
TELEVISION. ABC paie 3200000 dollars pour les droits de The Poséidon Âdveniure (un
passage seulement).

LES ŒUVRES triomphe visuel (photo Panavision de Vilmos Zsig-


mond). Palme d'Or à Cannes, mais passe presque
inaperçu aux Etats-Unis, comme les deux pré
The Long Coodbye (mars). Adaptation moder cédents films de Jerry Schal/berg.
nisée |)ar Robert Altman de favant-dernier roman The Pxorcist (décembre). Une petite fille possé
de Raymond Chandler. Elliott Gould en Phi dée du démon. Friedkin pousse l'horreur jusqu'au
lip Marlowe inadapté au monde contemporain et Grand-Guignol et au-delà. Script de William Peler
réduit en esclavage par son chat. Mark Rydell joue Blatly d'après son roman. Le plus grand succès
un gangster des plus inquiétants. Scénario de commercial de l'histoire de Warner Brothers
Leigh Brackett (qui avait cosigné celui de The Big (dépassera les recettes de The Godfalher).
Sleep). Scandalise les chandlériens puristes.
Sislers (septembre). Ou Bear IMndow -t- Psy-
The Way We Were (octobre). L'évolution idéo- cho. Premier film hitchcockien de Brian De
logi(|ue, psychologique et sentimentale d'un couple Palma. Variations sur le voyeurisme (des person
sur une période de vingt ans. Aborde (entre autres) nages. de la caméra, du public) <|ui débouchent (là
le maccarthysme (timidement). Scénario d'Arthur aussi) sur le Grand-Guignol.
Laurents d'après son roman. Le plus grand succès
commercial de Sydney Pollack à cette date (son Ânterican Graffiti (janvier). Adolescents dra
producteur. Ray Stark, essaiera plusieurs fois de gueurs. voitures, rock'n' roll d'époque. George
lui faire tourner une suite). Lucas met les années cin(]uante à la mode. Meil
leures recettes de l'année après The Exorcist et
Scarecrow (avril). Déambulations cocasses et The Siing.
déses|)érées de deux solitaires, chacun hanté par
un rêve dérisoire. Variations sur l'un des grands The Sting (décembre). George Roy Hill dirige de
mythes américains (dont I^eslie Fiedler trouve nouveau le couple de Butch Cassidy (Paul
l'origine dans le Dernier des Mohicans). Un duo Newman-Roberl Redford) dans un autre film
superbe de Gene Hackman et Al Pacino. et un d'époque (les années trente cette fois). Histoire
d'une arnaque compliquée et improbable. Sept LES TALENTS
oscars : meilleur film, mise en scène, scénario ori
ginal, musique (qui adapte des ragtimes de Scott
Joplin), etc. Premiers longs métrages t John Milius {Dillin-
ger), Jonathan Kaplan (Ihe Siams), Howard Zief
Serpico (décembre). Un policier intègre dénonce {Slither).
la corruption de ses collègues et est victime de
représailles. D'après le livre de Peler Maas sur MGM mutile Pat Garrett and Billy the Kid de
Frank Serpico (script de Waldo Sait et Norman Sam Peckinpah (le film ne sera restauré et présenté
Wexler). Grande réussite du policier documen dans sa version intégrale (ju'en 1989).
taire ; un des meilleurs films de Sidney Lumet. Débuts à l'écran de Bernadette Petcrs (Ace EU
and Rogers of the Skies).
Mean Streets (octobre). Dans son premier film
vraiment maîtrisé, Scorsese explore avec puissance Dernier film de Fredric March (The Icentan
l'influence de la religion catholique et du sen Cometh) et Edward G. Robinson (Soylent
timent de culpabilité sur de jeunes semi- Green).
délinquants de Little Italy (reconstituée à Los Oscars : Jack Lemmon [Save The Tiger). Glenda
Angeles). Un style nerveux et brutal, à l'image des Jackson (4 Touch of Glass).
protagonistes. Interprétations mémorables : l'année est dominée
7he Lasl Détail (décembre). Trois marins, mais par les duos masculins : Al Pacino et Gene
ce n'est pas On The Town. Le dialogue de Robert Hackman dans Scarecroiv, Robert De Niro et
Towne (qui adapte un roman de Darryl Ponicsan) Harvey Keitel dans Mean Streets. Robert De
bat tous les records de grossièreté. Très belle com Niro et Michael Moriarty dans Bang the Drum
position de Randy Quaid. Slowly^ Steve McQueen et Dustin Hoffman dans
Papillon. Lee Marvin et Ernest Borgnine dans
Cinderella Liberty (décembre). Encore un Emperor of the North Pôle. Jack Nicholson et
roman de Ponitsan ((]ui cette fois signe le scénario) Randy Quaid dans The Last Détail. Autres
et encore des marins. Une histoire d'amour banale interprétations notables : Walter Matthau dans
(le marin et la prostituée) traitée avec émotion et Charley Varrick. James Caan et Marsha Mason
lyrisme par Mark Rydell, aidé par une magnifique dans Cinderella Liberty, Kris Kristofferson dans
photo de Wilmos Zfigmond. Blume in Love. Mark Rydell dans The Long
Goodbye.
Blume in Love (juin). Anatomie d'un divorce. Un Le producteur John Houseman (71 ans) devient
avocat (spécialisé dans les procédures de divorce!) acteur dans Paper Chase (il avait précédemment
est obsédé par le souvenir de sa femme qui l'a tenu un petit rôle dans Seven Days in May en
quitté parce qu'il l'avait trompée. Mélo comi<|ue, 1964). Oscar du second rôle (il reprendra le rôle
ou comédie mélodramati<|ue - un mélange typique dans une série de télévision inspirée du film).
de Paul Mazursky.
Nombreux films réalisés ou joués par des Noirs,
Charley Varrick (octobre). Waller Matlhau. pul relevant pour la plupart de la black exploitation
vérisateur de récolles, se reconvertit au braquage (sexe et violence) : Shaft in Africa. Cleopatra
de banques, et est tra(|ué à la fois par la police et Jones. Coffy, The Mack. etc.
la Mafia. Un excellent policier mené tambour Vogue des films musicaux inspirés des Evangiles :
battant par Don Siegel. Jésus Christ Superstar. Godspell (tous deux
Some Cail il Loving (novembre). Un musicien tirés de spectacles scéni<jues). The Gospel Road
de jazz qui improvise sur ses fantasmes se laisse par Johnny Cash (Johnny Cash a produit et écrit
prendre au piège de deux partenaires perverses. ce film ainsi ({ue les chansons).
Un conte insolite, onirique, énigmati<|ue ; un ton Décédés : Robert Armstrong (82 ans). Lex Barker
très inhabituel. Le second film (près de dix ans (54 ans), Sidney Blackmer( 78 ans), Joe E. Brown
après le premier) de l'ancien producteur de (80 ans), Lon Chaney Jr.(67 ans), Merian Cooper
Stanley Kubrick. James B. Harris. (78 ans), Arturo de Cordova (65 ans), John Ford
(78 ans). Arthur Freed (78 ans), Betty Grable
LE COIN DU NANAR : Wicked^ Wicked. Encore (56 ans), l^urence Harvey (45 ans), Jack Hawkins
Richard L. Rare. Le seul film en Duo-Vision (jui (62 ans), Sessue Hayakawa (83 ans), Fay Holden
montre tout le temps deux intrigues parallèles en (79 ans), Tim Holt (54 ans), William Inge (60 ans).
split screen. Sam Katzman (72 ans). Cecil Kellaway (79 ans).
A REDECOUVRIR : Invasion of The Bee Veronica Lake (53 ans). George Macready (63 ans).
Frances Marion (86 ans). Ken Maynard (77 ans), J.
Girls (Denis Sanders) que Léonard Mallin juge
très drôle (volontairement) et très sexy. Carrol Naish (73 ans). Katina Paxinou (72 ans),
Edward G. Robinson (79 ans). Robert Ryan
COURTS METRAGES (animation) : The (63 ans), Diana Sands (39 ans). Robert Siodmak
Crunchbird (Ted Petok). Un diabolique oiseau (72 ans). Eddie Sutherland (76 ans). Constance
dévoreur de ce qui s'énonce devant lui. Talmadge (73 ans).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

OSCAR : THE GODFATHER II


1974 PRODUCTION : 143 films

LES FAITS

Reprise continue : le nombre des entrées pour l'année est évalué à environ un milliard, soit une
augmentation de 17 % sur 1973,8 % sur 1972 et 23 % sur 1971. Pour la première fois les recettes
brutes atteignent et dépassent le chiffre record de 1946. Il faut toutefois tenir compte de l'inflation
(le prix moyen du billet est passé d'environ 0,35 dollar en 1946 à 1,85 dollar en 1974; la
fréquentation était quatre fois supérieure en 1946).
Deux films sortis en décembre 1973 sont responsables de cette excellente performance : Ute
Exorcist ((|ui bat le record de recettes de The Godfather) et The Sting.
Paramount : Barry Diller devient président. Frank Yablans démissionne.
Robert Evans abandonne la direction de la production, devient indépendant (pour Paramount); sa
première production est Chinatown.
Fox : Alan Ladd Jr. prend la tête de la production.
lancement par Western Union du premier satellite de diffusion, Westar I.
Exploitation : développement des multisalles. 1 359 cinémas ont plus d'un écran (2 écrans :
1078 salles: 3 écrans : 127 salles; 4 écrans : 127 ailes; 5 écrans : 6 salles; 6 écrans : 17 salles;
7 écrans : 4 salles). Il y a en tout 13 200 salles et 14 400 écrans.

LES ŒUVRES teclinologie au sein d'un univers du soupçon,


et pose (iuel(|ues problèmes moraux entièrement
contemporains. Un chef-d'œuvre de Francis Ford
Thieves Like Us (février). Après Nicbolas Ray Coppola, (jui, malgré la Palme d'Or de Cannes,
{They Live by Night\ Robert Altman adapte le n'aura (ju'un succès limité.
roman d'Edward Anderson. mettant l'accent sur le The Godfather Part II (décembre). Autre
contexte social, économiijue. sudiste, l'atmosphère triomjihe de Cojijiola. Plus ambitieuse encore que
des années de dépression. Un de ses films les plus la jiremière partie, cette suite (qui sera suivie d'une
simples et les plus émouvants. Très bien éclairé par autre suite) est une dissection politique du gangsté
Jean Boffety. risme (jui va |)lus loin que le livre de Mario Puzo.
Badlands (mars). Un autre couple de jeunes hors- Chinatown (juin). Roman Polanski et Robert
la-loi tragiques. Une série de meurtres gratuits Towne raniment la thématique et l'esthétique du
commis pour laisser une trace par un jeune garçon film noir dans un thriller historique (Los Angeles
obnubilé par James Dean. et raconté par la jeune pendant les années trente) à l'intrigue complexe et
fdle (jui l'accompagne dans sa balade sauvage. Ins opaque dont le mystère a pour clé un inceste. La
piré par un fait divers de 1959. Débuts fracassants photo de John Alonzo évoque l'atmosphère
du réalisateur Terrence Malick. (jui signe aussi d'é|)oque dans des teintes proches du sé|)ia.
le scénario. Musi<jue de Jerry Goldsmith.
The Parallax View (juin). Un journaliste. en(|uê- The Gambler(octobre). Portrait d'un joueur et de
teur tenace, apprend à ses dépens (jue même le sa passion. Le premier film américain de Karel
paranoïa(|ue a des ennemis. Une des grandes réus Reisz (et son premier film depuis Isadora, 1968).
sites de ce cinéma du complot et du soupçon Scénario original de James Toback.
(contrecoup de l'assassinat de J. F. Kennedy) (jui
nous enseigne (jue le pire est toujours certain. Caiifornia Split (août). De nouveau la passion
Produit et dirigé par Alan J. Pakula. du jeu, mais sur un mode moins tragique. Un
joueur invétéré entraîne un copain qui ne l'est
The Conversation (avril). Un autre film sur la guère moins dans une suite d'aventures plus
paranoïa. Un maniac{ue de l'écoute victime de son cocasses qu'inquiétantes. Mise en scène détendue,
obsession. Inspiré lointainement de Blowup et à la démarche très libre, de Robert Altman, qui
plus directement du Walergale. le fdm fonctionne utilise brillamment le système Lion's Gâte (son à
comme une parfaite métaphore sur la place de la huit pistes).
Bring Me the Head of Alfredo Garcia (août). dans ce qu'on appelle la folie. Un psychodrame à
Prenant l'expression du titre au pied de la lettre, la fois bouleversant et comique de John Cassa-
Warren Oates ramène la tête de l'homme à abattre, vetes, une extraordinaire performance de Gena
en dépit des chasseurs de primes, des hors-la- Rowlands.
loi, de la chaleur et des mouches. Sam Peckinpah A REDECOUVRIR : Daisy Miller (mai). Excel
transcende le réalisme sordide des détails pour lente adaptation de Henry James, très différente
déboucher sur une atmosphère à la limite du fan des autres films de Bogdanovich. Cybill Shepherd
tastique, qui évoque celle des contes. fut injustement éreintée par la critique améri
Lenny (novembre). Duslin Hoffman incarne le caine. Toujours inédit en France.
légendaire comique iconoclaste Lenny Bruce, sa
croisade donqaichottesque et suicidaire contre
l'hypocrisie et les censures. Le premier film non
musical de Bob Fosse, qui étend son registre.
Blasing Saddles (février). Pour Mel Brooks, LES TALENTS
champion du comique parodique énorme, tous les
coups sont permis. Un shérif noir, un chef indien
juif, des personnages qui s'appellent tous Johnson, Débuts à l'écran de Teri Garr (The Conver
un gouverneur nommé Lepetomane, l'orchestre de sation, Young Frankenstein), Louise Fletcher
Count Basie dans un western, des vaches dans un (Thieves Like Us). Premier film américain de
salon, un concours de pets. Enorme succès com Marty Feldman {Young Frankenstein).
mercial.
Premiers longs métrages de Jonathan Demme
Young Frankenstein (décembre). Beaucoup plus {Caged Heat), Michael Cimino {Thunderholt
contrôlée que le précédent, celte relecture paro and Lightfoot).
dique de Mary Shelley et du classique de James Premier film américain de John Berry depuis son
Whale reste le meilleur Mel Brooks. Une dis
exil en 1950 (Claudine).
tribution parfaite : Gene Wilder est le meilleur
Docteur Frankenstein de l'histoire, Marty Feldman Oscars d'interprétation : Art Carney (Harry and
(dont la bosse change de côté à chaque scène) un Tonto), Ellen Burstyn [Alice Doesh't Live Here
inoubliable Igor, Peter Boyle un monstre digne de Anymore); seconds plans : Robert De Niro (ihe
Boris Karloff. Godfather if), Ingrid Bergman [Murder on the
Orient Express).
The Sugarland Express (mars). Le Billy Wilder
de Big Carnival revu par Steven Spielberg avec- Autres interprétations mémorables : Keilh Carra-
énergie et conviction. dine et Shelley Duvall dans Thieves Like Us,
Sissy Spacek dans Badlands, Gene Hackman
The Front Page (décembre). Troisième version dans The Conversation, Al Pacino dans The
filmée (après Lewis Milestone et Howard Hawks) Godfather Part //, Goldie Hawn dans Sugar
de la pièce de Ben Hecht et Charles McArlhur, land Express. Elliott Gould et George Segal
dont la vision cynique du journalisme s'accorde dans California Split, Gena Rowlands et Peler
bien à celle de Billy Wilder (voir Big Carnival). Falk dans A Woman Under the influence, Jack
Un festival pour Jack Lemmon et Walter Matthau. Nicholson et Faye Dunaway dans Chinatown,
The White Dawn (juillet). En 1898, des marins Mildrcd Natwick dans Daisy Miller, William
égarés dans l'Arctique partagent la vie des Esqui Finley et Paul Williams dans Phantom of the
maux. Très belle évocation de la vie d'un peuple Paradise.
dans un style documentaire et d'une rigueur aus Décédés : Bud Abbotl (78 ans), Walter Brennan
tère effraya le public. Un des meilleurs films de (80 ans), Donald Crisp (93 ans), Samuel Goldwyn
Philip Kaufman. (91 ans), Anatole Litvak (72 ans), Hal Mohr
A Woman Under the influence (novembre). (79 ans), Agnes Moorehead (67 ans), Léon
Une femme soumise à trop d'influences se réfugie Shamroy (72 ans), James R. Webb (64 ans).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

OSCAR : ONE FLEW OVER THE CUCKOO'S NEST

1975 PRODUCTION : 98 films

mm LES FAITS

Le box-office bat le record de 1974. Fréquentation en au|;inentation de 5 %. Pour la première fois


un film (Jaws) atteint les 100 millions de recettes-distributeur sur le seul marché américain et
canadien. En moins de trois mois d'exploitation, il remplace TTie Godfather en tête de la liste des
plus grosses recettes de tous les temps.
One Flew Over Ihe Cuckoo's Nest devient le plus gros succès de United Artists à ce jour et
remporte tous les oscars principaux.
Wamer : réorganisation sous la direction de Ted Ashley (de retour à la présidence) et Guy
McElwayne à la tête de la production.
Wamer et Fox codistribuent The Towering Inferno,
William Friedkin et William Peter Blatty intentent un procès à Warner (|u'ils accusent de falsifier
les recettes de The Exorcist.

Apparition sur le marché américain du magnétoscope Sony Betamax. qui utilise des cassettes d'un
demi-pouce. Durée d'enregistrement : une heure.

LES ŒUVRES Dog Day Afternoon (septembre). En raison


des motivations du braqueur. le hold-up le plus
étrange de l'histoire (mais inspiré d'un fait réel).
Nashville (juin). 24 personnages, de nombreux Un gangster amateur calamileux prend des otages
destins s'entrecroisent sur fond de campagne poli et connaît son heure de gloire. Sidney Lumet et Al
tique et de country music. Satirique, ironifjue. dra Pacino font de nouveau équipe dans ce thriller
matique, comique et. à l'occasion, énigmati<|ue. La new-yorkais énergique et très réussi.
première fresque sociale de Robert Altman. (jui Love and Death (juin). J'olstoï et (]uelques
invente un genre nouveau. autres Russes revus par Woody Allen. Des pro
The French Connection //(mai). Popeye Doyle duction values et une avalanche de bons mots, dont
à Marseille. Moins tapageur et plus subtil que un certain nombre sur la mort («Considérez-la
William Friedkin dans l'uriginal, John Franken- comme une façon de réduire vos dépenses» est la
heimer fait le portrait d'une aliénation. dernière réplifjue du film). «C'est mon film pré
féré. tout simplement», dira Woody Allen en 1978,
Night Moves (juin). Un policier bachelardien. même après Interiors et Annie Hall.
qui explore les quatre éléments avec toute la
liberté d'une imagination rêveuse. Un héros One Flew Over the Cuckoo^s Nest (novembre).
œdipien qui se prend à son propre piège (Gene Ou l'asile d'aliénés comme métaphore de la condi
Hackman de nouveau, flic encore et toujours tion humaine. Affrontement de l'individu et du
aliéné). Une exploration complexe de rapports système. Le deuxième film américain de Milos
humains triangulaires, enchevêtrés et opa<|ues. Forman. d'après un roman célèbre de Ken Kesey.
Dans une séijuence finale géniale, Arthur Penn Un énorme succès,
fournit l'explication (très compliquée) du mystère The Day of the Locust (mai). John Schlesinger
sans un mot, en termes purement visuels. Par retrouve le scénariste (Waldo Sait) et le producteur
ailleurs, le seul policier américain où l'on dis (Jerome Uellman) de Midnight Cowboy pour
cute les films d'Eric Rohmer. une adaptation du court roman satiriijue de Natha-
Jaws (juin). Steven Sjiielberg mêle horreur, aven nael West qu'ils transforment en une vision apoca-
ture et observation sociale sur un fond idéo lypli(|ue de Hollywood. Inégal, partiellement raté,
logique dérivé de Frank Capra. Un refjuin aussi voire monstrueux, mais passionnant (le film fut
redoutable (bien que moins chargé de symbo hué au festival de Cannes par un public sans
lisme) que Moby Dick. Célèbre musi({ue de John doute dérouté).
Williams. Steven Spielberg s'impose comme le Three Days of the Condor (septembre). Le
magicien du box-office et l^ail la fortune de Uni- Parailax View de Sydney Pollack. Un innocent
versal. plongé dans de sombres complots et envahi par la
paranoïa ambiante. Une fiction sur la CIA qui se derniers films, restituant à merveille le panache,
révélera moins rocambolesque que certaines réa la nostalgie, l'ambiguïté de Kipling. Très beaux
lités. décors d'Alexandre Trauner.(Production anglaise.)
The Yakuza (mars). Un policier exotique de A REDECOUVRIR : Report to the Commis^
Sydney Pollack, qui confronte un protagoniste sioner (Milton Kalselas), thriller écrit par Abby
américain à des yakuzas (gangsters) japonais et Mann et Ernest Tidyman. The Nickel Ride
leur complexe et archaïque code de conduite. (Robert Mulligan).
Scénario de Paul Schrader remanié par Robert
Towne.

Smile (mai). L'n concours de beauté dans une


petite ville américaine. Une vision satirique et LES TALENTS
souriante. Dirigé par Michael Ritchie. scénario de
Jerry Belson.
Uester street (octobre). Une évocation féministe, Le romancier 'IJiomas McGuane écrit et dirige
parfois maladroite mais attachante, de la vie des
92 ht the Shade. II écrit également Rancho
immigrants dans le (piartier juif de New York au Deluxe (dirigé par Frank Perry).
début du siècle. Premier film de la réalisatrice Kirk Douglas dirige (et interprète) Posse.
Joan Micklin Silver.
Débuts à l'écran de Nick Nolte [Return tO
Mandingo (mars). D'après un médiocre roman à Maçon County). Richard Gere (petit rôle dans le
sensation, une magistrale étude de l'économie libi même film), John Travolta {The DeviVs Rain,
dinale de l'esclavage et de la corruption fonda petit rôle). Brad Dourif {One Fleiv Over the
mentale des rapports maîtres-esclaves. Totalement Cuckoo^s Nest), Melanic Griffith {Night
incompris par pres<|uc toute la crili(|ue (la pré Moves ; The Drowning Pool).
tendue complaisance avec laijuelle les scènes de
sadisme et de violence sont montrées est en fait
Katharine Hepburn est la partenaire de John
inhérente au sujet et indispensable à la démons Wayne dans Rooster Cogburn. où ce dernier
tration). Une des mises en scène les plus raffinées reprend son personnage de True Grit. Cathe
de Richard Fleischer.
rine Deneuve partenaire de Burt Reynolds dans
Hustle de Robert AIdrich. Charlotte Rampling
Mitestone (octobre). Dans la lignée de ses pré partenaire de Robert Milchum dans FareweU My
cédents pamphlets révolutionnaires {The Edge. Lovely de Dick Richards, où il incarne Philip
Ice). le cinéaste d'avant-garde Robert Kramer Marlowe (troisième version du roman de Raymond
donne son <L'Uvre la plus complexe et la plus Chandlcr. après Murder My Siveet et The
contrôlée. Un style entièrement personnel, qui Falcon Takes Over).
mêle systémati(|uement documentaire et fiction et
Interprétations mémorables ; Donald Sutherland
rejette toutes les normes hollywoodiennes.
dans Day of the Locust, Gene Hackman dans
The Reiurn of the Pink Paniher (mai). L'ins French Connection II, John Cazale et Chris
pecteur rec«)mmence à s'emmêler. Edwards et Sarandon dans Dog Day Afternoon, Lily Tom-
Sellers reprennent avec bonheur une vieille colla lin dans Nashville. Brian Keith (rôle de 'Hieo-
boration et émergent d'une pério<le sombre. dore Koosevelt) dans The Wind and the Lion,
Michael Caine et Sean Connery dans The Man
Harry Lyndon (décembre). Une fresque histo-
ricjue d'une splendeur visuelle et d'une froi<leur
Who Would Be King. Jack Nicholson dans One
Flew Over the Cuckoo^s Nest (oscar) et The
également inouïes. A force de recherches esthé-
ti<|ues. Stanley Kubrick finît par évacuer la notion
Fortune. Jennifer Warren dans Night Moves,
Louise Fletcher dans One Flew Over the
même de récit. Prodigieuse photo de John Alcott
Cuckoo^s Nest (oscar).
(intérieurs utilisant la seule lueur des bougies
comme éclairage), superbe travail de décoration Année (iene Hackman : il est la vedette de (piatre
(Ken Adam, production designer', Roy Walker. films, dont deux excellents : French Connection
direction artisti<pie). mais des personnages sans II et Night Moves (les deux autres sont Rite the
âme et sans vie. et un héros peu convaincant. Bullet (le Richard Brooks et le désastreux Lucky
Echec financier aux Etats-Unis, le film est sauvé Lady de Stanley Donen où il partage la vedette
par un triomphe en Europe. avec Burt Reynolds et Liza Minnelli).
The Man Who Would Be King(décembre). U'un Curiosités : Roger Corman réunit une distribution
des très rares exemples d'un film rêvé pendant des intéressante pour Capone : Tony Curlis dans le
années (plus de vingt) (jui ne déçoit pas à l'arrivée rôle titre, entouré de Ben Gazzara, John Cassa-
(ce ne fut pas le cas de Galileo de Losey ou vetes, Sylvester Stallone et Royal Dano (le film
de Pirates de Polanski). John Hiiston bénéficie sera dirigé par Steve Carver). Affiche de sexagé
d'une distribution idéale(Sean Connery et Michael naires pour The Black Bird (détestable parodie
Gaine sont plus exacts que Gable et Bogart) et de de The Maltese Falcon): Lionel Stander (sur la
la liberté de ton, de style (|ui caractérise ses liste noire pendant des années). Signe Hasso (son
EVOLUTION DE HOLLYWOOD J940-I993

premier film en dix ans), Lee Patrick et Elisha Décédés : Sidney Buchman (73 ans), Richard
Cook Jr. (qui jouaient tous deux dans l'original) Conte (65 ans), Susan Hayward (55 ans), Bernard
autour de Stéphane Audran et George Segal en Herrmann (64 ans), Rowland V. Lee (84 ans), Mar-
Sam Spade Jr. (sic). jorie Main (85 ans), Fredric March (77 ans),
David Helpern Jr. dirige un documentaire sur George Marshall (84 ans), I^rry Parks (60 ans),
Nicholas Ray produit par James Gutman : Pm a Rod Serling (50 ans), George Stevens (70 ans),
Stranger Here Myself. William Wellman (79 ans).

OSCAR : ROCKY
1976 PRODUCTION : 108 films

mm LES FAITS ^mma

Universal : Ned Tanen nommé président.


Les recettes totales de l'année se placent en deuxième position après le record de 1975.
Nouvelle loi sur le copyright : la loi de 1909 est entièrement révisée. La nouvelle législation institue
une durée initiale de protection égale à la vie de l'auteur plus 50 ans.
Législation fiscale ; abolition de nombreuses dispositions (jui protégeaient de l'imposition certains
investissements dans l'industrie cinématographique {tax shelters).
Universal et Disney intentent un procès à Sony, arguant que l'enregistrement de films et
programmes à la télévision au moyen du magnétoscope Betamax mis en vente par cette compagnie
en 1975 constitue une infraction à la législation sur le copyright (les débats ne commenceront qu'en
1979).
Piraterie : la profession tente de s'organiser pour réprimer la reproduction, la location et la vente
illégales de copies de films. Le FBI ouvre un bureau spécial à Los Angeles pour s'occuper de ce
problème.
CENSURE. Un tribunal fédéral de Memphis condamne une société distributrice de films
pornograjfhiques, ainsi que l'acteur spécialisé Harry Reems et plusieurs coaccusés, qui sont
reconnus coupables de « transport illégal de matériel obscène » d'Etat à Etat. Cette décision est la
conséquence directe de la décision de la Cour suprême en 1973.
TELEVISION PAR CABLE. Viacom International et Teleprompter Corp. lancent un service payant
pour concurrencer HBO : Showtime.

LES ŒUVRES ou Sunrise revu et corrigé par l'esprit des années


soixante-dix. Musique de Bernard Herrmann.
(Martin Scorsese.)
AU The Présidents Men (avril). Recréation
minutieuse et exemplaire par Alan J. Pakula de The Outlaw Josey Wales (juin). Un des plus
l'enquête des journalistes Cari Bernstein et Bob beaux westerns de la décennie. Un héros qui fuit la
Woodward du Washington Post <|ui aboutit à la violence et entraîne avec lui une mini-société de
révélation du complot du Watergale. Scénario de proscrits. Commencé par Philip Kaufman, repris
William Goldman. adaptant le livre célèbre de en main par sa vedette, Clinl Eastwood.
Cari Bernstein et Bob Woodward. Rocambole5({ue
comme The Parallax View du même Alan
The Killing of a Chinese Bookie (février). Por
J. Pakula, mais ici tout est vrai, et dépasse trait d'un entrepreneur marginal et sympathique
la fiction.
dans un Los Angeles obstinément nocturne. Avec
son esprit de contradiction coutumier, John Cassa-
Taxi Driver (février). New York filmée comme vetes prend un sujet de thriller et l'escamote
une Sodome et Gomorrhe nocturne traversée par le complètement pour se concentrer sur le person
taxi de l'Apocalypse. Un film noir métaphysique. nage, ses déambulations erratiques, ses rapports
au monde et aux autres, toujours imprévisibles. Bocky (novembre). Un acteur quasi inconnu, Syl-
Humour et tendresse au sein d'un univers sor vester Stallone, acquiert la célébrité dans le rôle
dide et impitoyable. d'un boxeur minable (|ui devient champion. Script
de Sylvester Stallone lui-même. Le plus gros succès
Mikey and Nicky {îéyrier). Un «à la manière de» commercial de l'année. Oscar du meilleur film et
John Cassavetes écrit et réalisé par Elaine May, de la meilleure mise en scène (John G. Avildsen).
avec John Cassavetes lui-même et Peter Falk. Un
fugitif traqué par des gangsters et l'ami qui Network (novembre). Une satire énorme de la
cherche à le sauver, mais en fait le trahit. Film télévision écrite par Paddy Chayefsky, dirigée par
cahoti<{ue mais passionnant pour l'analyse des Sidney Lumet. Tombe souvent juste, malgré les
rapports des deux hommes, leurs jïropos, le tout outrances et le ton moralisateur caractéristique de
très peu conventionnel et fortement cassavétien. Chayefsky. Peter Finch mémorable dans son der
nier rôle avant sa mort, celui d'un présentateur-
Obsession (juillet). Disciple magistral, Brian De réalisateur (jui se révolte contre le système et
Paima réussit un hommage à Alfred Hitchcock harangue directement le public (son slogan - qu'il
qui dépasse les notions d'imitation ou de plagiat invite les téléspectateurs à crier de leur fenêtre -
en créant une atmosphère véritablement hilchcoc- « Fm mad and / won^t take it anymore », resta une
kienne très efficace. formule à la mode pendant des années).
Carrie (novembre). Horreur, fanlasti(|ue et quo The Last Tycoon (novembre). Elia Kazan revient
tidien se mêlent dans celle adaptation brillante au cinéma et retrouve le producteur Sam Spiegel
d'un roman de Stephen King, un des meilleurs (plus de vingt ans après On the Waterfront)
films de Brian De Palma malgré une tendance à pour cette adaptation de Scott Fitzgerald écrite
l'effet gratuit qui s'aggravera dans des films pos par Harold Pinter. La flamboyance habituelle du
térieurs. cinéaste est très atténuée dans cette méditation
The Missouri Breaks (mai, Arthur Penn): The élégiaque et mélancolique sur un homme (jui
Shootisi (août. Don Siegel). Deux westerns qui tourne le dos au prestige du pouvoir pour se
connurent des avatars et s'en ressentent. John réfugier dans ses fantasmes. Une très belle fin, qui
Wayne fit changer le dernier tiers du second, et se veut symboIi(jue de l'adieu d'Elia Kazan au
Marlon Brando tira le premier vers un numéro cinéma.
extravagant, (|u'on peut aimer ou trouver ridicule, King Kong (décembre) de John Guillermin : A
mais tjui de toute façon déséijuilibre le film. Les Star Is Born (décembre) de Frank Pierson. Deux
deux films relèvent de l'approche démystificatrice remakes affligeants qui saccagent leur modèle sans
et nécrophile du genre caractéristi(jue des années vergogne. Les deux plus grands succès commer
soixante-dix : le scénariste lom McGuane, dans ciaux de l'année après Bocky.
Missouri Breaks^ traite tous les mythes de
l'Ouest par la dérision, en transformant le théâtre The Memory of Justice (octobre). Deuxième
en guignol et en un festival de clins d'ceil : le héros volet de l'admirable trilogie de Marcel Ophuls.
de The Shootisi est un vieillard atteint d'une après le Chagrin et la Pitié et avant Hôtel
maladie mortelle, qui survit dans un Ouest urba Terminus. Un passionnant et corrosif va-et-vient
nisé et modernisé (automobiles, téléphones, entre le passé (le procès de Nuremberg) et le
omnibus). Symboliquement, le film fut le dernier présent, les réactions des participants aux atro
de John Wayne. cités actuelles. Un chef-d'œuvre inédit en France
(278 minutes, distribué par Paramount aux Etats-
Family Plot (avril). Décevant point final d'une Unis).
carrière prestigieuse, le dernier Alfre<l Hitchcock
n'a rien de particulièrement hilchcockien, mal
gré une construction dramatique et formelle fasci
nante dans le premier quart de l'action. Le vrai
film hilchctu'kien en 1977. c'est Obsession de
Brian De Palma. I.ES TALENTS
A Matter of Tinte (octobre). Autre fin de car
rière attristante. Vincente Minnelli semble pour Philip Kaufman, réalisateur de The Outlaw
tant avoir beaucoup d'atouts en main : un sujet Josey Wales^ est licencié par le producteur-
dans ses cordes, un scénariste (John Gay) avec vedette Clint Eastwood qui le remplace (Philip
lequel il a déjà collaboré, une distribution sédui Kaufman avait aussi signé le scénario, avec Sonia
sante : Ingrid Bergman, Charles Boyer, et sa Cliernus). Violente réaction de la Direclors Guild
propre fille, Liza Minnelli (leur premier et unique qui adopte une nouvelle clause spécifiant qu'aucun
film ensemble). Mais, malgré de beaux morceaux, metteur en scène ne peut être remplacé sur un
l'ensemble n'arrive pas à convaincre. Le film tournage par un membre de l'équipe (acteur, tech
fut très malmené par le producteur-distributeur nicien ou producteur).
(Samuel Z. Arkoff, American International) et
reste inédit en France à l'exception d'un passage Débuts à l'écran d'Amy Irving {Carrie), Roby
sur FR 3 grâce à Patrick Brion en 1978. Benson {Ode to Billy Joe).
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Premiers films du réalisateur de télévision John Oscars d'interprétation : Peter Finch, Paye Duna-
Badham {The Bingo Long Traveling Àll-Stars way, Béatrice Straighl, tous trois pour Network.
and Molor Kings) et de John Byrum {Inserts). Jason Robards (second rôle) pour AU the Pré
sidents Men.
Année fertile en interprétations biographiques ;
Irwin Winkler et Robert Chartoff, les producteurs
Rod Sleiger incarne W.C. Fields {W.C. Fields
and Mé); James Brolin et Jill Clayburg, Clark de Rocky, reçoivent des dirigeants de United
Cable et Carole Lombard [Gable and Lom
Artists un mémento exposant toutes les raisons
pour lesquelles le film sera un échec : l'une d'elles
bard); David Carradine, le chanteur folklorique
spécifie que l'action se déroule à Philadelphie.
Woody Guthrie [Sound for Glory); Roger
Mosley, le chanteur de blues Huddie Ledbetter Décédés : Busby Berkeley (80 ans), Lee J. Cobb
[Leadbelly); Dustin Hoffman et Robert Redford, (64 ans), Norman Poster (72 ans), James Wong
les journalistes Cari Bernstein et Bob Woodward Howe (76 ans), Howard Hughes (70 ans), Fritz
[Ali the Présidents Men); Paul Newman et Lang(85 ans), Sal Mineo(37 ans), Barbara Nichols
Géraldine Chaplin, Buffalo Bill et Annie Oakley (47 ans), Rosalind Russell (68 ans), Dalton Trumbo
[Buffalo Bill and Ihe indians). (70 ans), Adolph Zukor (103 ans).

OSCAR : ANNIE HALL

1977 PRODUCTION : 143 films

LES FAITS

Le box-office bat un nouveau record. L'année est marquée par la sortie de deux des plus gros succès
de l'histoire : Star Wiars (qui prend la première place avec 185 millions de dollars de recettes-
distributeur, et ne sera délogé que par £'.7'.) et Close Encounters of the Third Kind. Autre très
gros succès : Saturdoy Night Fever.
Columbia : affaire Begelman. Convaincu d'escrofjuerie, David Begelman est renvoyé, puis rappelé.
Rivalité Ray Stark-Alan Hirschfield.
Pox : grâce à Star IFars, le studio fait plus de 50 millions de dollars de bénéfices. Alan Ladd Jr.
devient président.
United Artists : année la plus profitable de l'histoire de la compagnie (plus de 26 millions de
bénéfices) grâce à Annie Hall, The Spy Who Loved Me et Bocky (sorti en novembre 1976).
Les droits de la comédie musicale Annie sont acquis par Columbia pour la somme record de
9 millions et demi de dollars.

RCA, Zenith, Panasonic. Magnavox et d'autres compagnies d'électronique lancent des magnéto
scopes de format VHS. I^es cassettes ont une durée maximum de deux heures. En tout, environ 250
000 magnétoscopes sont vendus dans l'année.
Apparition des premiers films sur vidéocassette.
Pox est le premier studio à entrer sur le marché vidéo. La firme Magnetic Video distribue ses films.

LES ŒUVRES brables oeuvres épiques, tant littéraires que ciné


matographiques. L'invention considérable de la
première partie est ensuite gâchée par un festival
Star Wars (avril). Un triomphe commercial inat d'effets spéciaux (]ui assimilent le résultat aux Jeux
tendu impose un genre jus(|ue-là abandonné aux vidéo. Le seul des films de la série dirigé par
sériais et à la littérature de science-fiction : Vheroic
George Lucas lui-même.
fantasy, qui mêle épopée médiévale et western Close Encounters of the Third Kind
primaire à la science-fiction. Un scénario simplis- (novembre). La vie paisible de Muncie (Indiana)
sime, que George Lucas mit pourtant deux ans à perturbée par des flottilles d'OVNI. Un Richard
écrire, brasse les réminiscences et échos d'innom Dreyfuss visionnaire fait des pâtés dans sa maison
à la consternation de sa famille. François Truffant Bobby Deerfield (septembre). Mélodrame atta
court le monde en quête de signes et invente un chant. mélancoli(|ue et un peu démodé (l'intrigue
langage musical pour communiquer avec les extra rappelle The Other Love d'André De Toth, autre
terrestres. Les sombres machinations du gouver adaptation d'Frich Maria Remarque, où déjà une
nement n'empêchent pas notre héros d'atteindre la héroïne atteinte d'une maladie incurable avait une
mythique montagne magique et de réussir son liaison avec un coureur automobile). A travers des
retour à la matrice (le Mother Ship). Malgré ses pérégrinations un peu trop touristiques, Sydney
multiples incohérences et sa religiosité insistante, Pollack confronte son public à de vraies audaces
une expérience cinématographi(|ue euphorisante. inconfortables (jue n'aurait pas reniées un Dou
A ne voir, toutefois, (|ue dans de bonnes copies et glas Sirk.
dans des conditions de projection optimales.
Annie Haii (avril). Premier volet de la trilogie
Eraserhead (novembre). Dans un décor à la fuis moderne semi-autobiographique de Woody Allen
ordinaire et cauchemardes(|ue, un couple étrange (dont les deux autres seront Manhattan et Star-
donne naissance à un être (]ui l'est encore plus. dust Memories). Cette première œuvre de la
Cette plongée onirique dans les terreurs de maturité du cinéaste mêle les habituels gags et
l'inconscient est un des films les plus incom traits d'esprit à des préoccupations plus sérieuses
modants et oppressants jamais tournés. Premier et se termine dans la mélancolie. Hollywood
long métrage de David Lynch, financé par l'Ame- reconnaît ce New-Yorkais. contempteur de la Cali
rican Film Institute. fornie, en lui décernant trois oscars personnels
(meilleur film, mise en scène, scénario) qu'il ne
Exorcist // : The Heretic (juin). Des dialogues
vient pas chercher. 1^ première comédie (mis à
emphatiques et une interprétation raide, mais aussi
part les comédies musicales) qui ait remporté
une stupéfiante invention décorative et visuelle
l'oscar du meilleur film depuis 1960 [The
typique de John Boorman. Techniijue et effets
Apartment).
spéciaux sont ici mis au service d'une véritable
appréhension de l'imaginaire. Première utilisation New Yorki New York (juin). Un musicien de jazz
de la Steadycam, et une chanteuse dans le monde des grands
Three Wonten (avril). Une parabole introspective orchestres, des boîtes de nuit et des tournées après
où Robert Altman met à nu chez trois femmes des la Seconde Guerre mondiale. Une fausse comédie
mécanismes d'autodéfense - mythomanie, hystérie, musicale, un film noir et stylisé. Robert De Niro en
refoulement - et leurs causes. Une attention respec saxophoniste (doublé par Géorgie Auld) réussit
tueuse, que le format Scope - magistralement prescpie à enlever h? morceau. Une première demi-
utilisé - entraîne au-delà du naturalisme et du heure fracassante (Robert De Niro poursuivant
regard clinique. L'osmose entre Millie et Pinky inlassablement Liza Minnelli de ses assiduités dans
(Shelley Duvall et Sissy Spacek). cette dernière d'immenses et superbes décors), puis des affron
finissant par s'identifier totalement à son idole et à tements sentimentaux un peu handicapés par Liza
la supplanter, est un des éléments les plus fas Minnelli. (|ui n'est pas à la hauteur de son ful
cinants de ce film d'une richesse thématiijue et gurant partenaire. Très coupé par United Artists
visuelle étonnante. Une fin déroutanits peu après sa sortie, le film a été restauré. Sa
version la plus longue est celle distribuée en vidéo.
Ciiizens Band (titre original) ou llandie Wilh
Care (mai). Un routier bigame pourchassé par Welcome lo L.A. (mars). Errances et mal de
ses deux épouses (qui ont fait connaissance par vivre, intrigue sentimentale dans la cité où «rien
hasard): un jeune radio amateur vertueux (|ui veut ne change, pas même le temps». Inspiré par des
forcer les usagers locaux à respecter les lois: une chansons d«; Richard Baskin, le film adopte lui-
série de rencontres et affrontements saugrenus même une constru«'tion et une démarche musicales.
entre des personnages pittorescjues et radicalement Premier long métrage d'Alan Rudolph, assistant et
américains. Le premier film de Jonathan Demme scénariste de Robert Altman, qui produit le film.
dans sa veine personnelle. Rebaptisé Uandle Une affiche très altmanienne qui réunit Keith
With Care après l'échec commercial total de la Carradine. Sally Kellerman, Géraldine Chaplin,
sortie initiale (noter le jeu de mots allusif dans ce Harvey Keilel, Lauren Hulton. Sissy Spacek et
nouveau titre : dans le jargon des radios amateurs Viveca Lindfors.
de CB. le handle est le surnom utilisé par les
usagers pour communiijuer). A HEDECOUVRIR : Belween the Lines (Joan
Micklin Silver). L'évocation d'un journal under
TwilighVs Last Gleaming (février). Robert ground de Boston. Un ton très juste. Une distri
Aldrich s'atla({ue à la polili<jue-fiction à grands bution formidable (John Heard. Lindsay Grouse.
coups de serpe et de machette. Un constat colé Jeff Goldblum, Jill Eikenberry, Gwen Welles).
rique. complètement mutilé par les distributeurs.
Dans sa version intégrale, un complément indis LE COIN DU NANAR : The Other Side of
pensable à Seven Days in May (le titre est une Midnight (Charles Jarrott). Il faut avoir vu les
citation du deuxième vers de la première strophe scènes d'amour entre Marie-France Pisier et Chris
de l'hymne national américain). tian Marquand.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

LES TALEINTS Rôles biographiques : Jane Fonda incame Lillian


Hellman, et Jason Robards interprète Dashiell
Hammett. dans Julia : Grepory Peck est Douglas
MacArthiir dans MacÀrlhur; Bradford Dillman
Débuts à l'écran : Meryl Slreep dans Juiia (petit est John Wilkes Booth dans The Lincoln ConS'
rôle). Sigourney Weaver dans Annie Hail (petit piracy. Muhammad Ali s'incarne lui-même dans
rôle), Brooke Adams dans Shock Waves, John The Greatest.
Heard dans Between the Lines et Fïrst Love,
Beverley D'Anpelo dans The Sentinei et Firsl Interprétations mémorables de l'année : Diane
Love^ Judy Davis dans liigh RoUing. Keaton dans Annie Hall (oscar), Sissy Spacek et
Shelley Duvall dans Three Women, Lilly Tomlin
Débuts dans la réalisation : Alan Rudolph {WeT et Ali Carney dans The Late Show, Robert De
conte to L.A.), Marty Feldman {The Lasl Niro dans New York, New York, Jason Robards
Remake of Beau Geste). Wes Craven (The dans Julia (oscar du second rôle, son second en
Hills Uave Eyes). deux ans). Richard Dreyfuss dans Close Encoun-
ters of the Third Kind et The Goodbye Girl
Acteurs-réalisateurs : Marty Feldman ; Gene (oscar), Teresa Wright dans Roseland, toute la
Wilder (The WoWrf's Greatest Lover). Alan troupe de Welcome to L.A., John Travolta (pour
Arkin (Fîre Sale): Corey Allen (ex-acteur. Thun' la présence et l'énergie) dans Saturday Night
der and Lightning). Fever.

Robert Allman devient producteur (Welcome tO Décédés : William Castle(63 ans), Charlie Chaplin
L.À.; The Laie Show de Robert Benton). (88 ans). Joan Crawford (69 ans). Bing Crosby
(74 ans), Delmer Daves (73 ans), Andy Devine
Acteurs francophones (français ou suisses) dans des (71 ans), Tay Garnett (83 ans). Howard Hawks
Films américains : Marthe Keller dans Bohby (81 ans). John Hubley (62 ans). Henry Hull
Deerfield et Black Sunday: Bruno Cremer et (87 ans). Nunnally Johnson (79 ans), Groucho
Jean-Luc Bideau dans Sorcerer-, Marie-France Marx (86 ans). Zéro Moslel (62 ans), H.C. Potter
Pisier et ("hristian Marquand dans The Other (73 ans). Elvis Presley (42 ans), Jacques Tourneur
Side of Midnighl. (74 ans). Ethel Waters (80 ans).

OSCAR : THE DEER HUNTER

1978 PRODUCTION : 120 films

LES EAITS

Arthur Krim. Eric Pleskow, Robert Benjamin, Mike Medavoy et William Bernstein, les cin(j
directeurs à la tête de Lnited Artisls. donnent leur démission à la suite de désaccords avec la maison
mère de Transamerica. Andy Albeck prend la présidence. I^fs dissidents fondent Orion Picture. Ils
passent un accord de distribution exclusif avec Warner, <|ui investit 90 millions de dollars dans le
nouveau studio.

Columbia : David Begelman est contraint de démissionner de la présidence. II est remplacé par
Frank Price (ex-président de la branche télévision à L'niversal). David Begelman est inculpé de vol,
faux et usage de faux (il sera condamné à 50(X) dollars d'amende et à 3 ans de «travail
communautaire»). Conflit d'Alan Hirshfield avec le conseil d'administration, qui refuse de
renouveler son contrat de P-DG de Columbia Pictures.

Close Encounters of the Third Kind (sorti en novembre 1977) devient le plus gros succès
commercial de l'histoire du studio.

Paramount : Donald Simpson succède à David Picker comme chef de la production. Enorme succès
de Grease, «jui bat le record de recettes pour l'année et se place derrière Star Wars et Jaws au
box-office de tous les temps avec plus de 96 millions de dollars de recettes-distributeur.
FMI et Sir Lew Grade (TTC) investissent dans la production de films américains et fondent
Associated Film Distribution. EMI produit The Deer Hunier de Michael Cimino (distribué par
Lniversal).
LES ŒUVRES qu'un album d'images, un très grand poème ciné
matographique (Terrence Malick).
An Unmarried Woman (mars). Sous des dehors
Blue Collar (février). Rapports sociaux et raciaux très modernes, beaucoup de situations et d'atti
sur fond de hold-up, affrontements syndicalistes tudes traditionnelles, souvent traitées. Mais il y a
dans une usine automobile de Détroit : des ingré la petite musique de Paul Mazursky, qui filme Jill
dients, un sujet, un cadre rarement évoqués. Clayburgh (dont l'interprétation est extrêmement
Superbement interprété par Richard Pryor et riche) dans tous ses états et dans toutes les tenues.
Hai'vey Keitel. Un premier coup d'essai et un coup Une chronique douce-amère qui joue habilement,
de maître. Ecrit et réalisé par Paul Schrader. mais un peu trop, sur le charme, et reste en deçà
Fïngers (février). Harvey Keitel est la vedette de des implications du sujet.
ce premier film, écrit et réalisé par James Toback. Who^U Stop the Rain ?(août). Porté par le beau
Les aventures d'un mafioso minable qui rêve roman {Dog Soldiers) de Robert Stone (qui cosigne
d'être un pianiste classique tout en exécutant un le scénario avec Judith Roscoe), ce chef-d'œuvre
«contrat». Une œuvre très personnelle qui. à force méconnu de Karel Reisz s'intéresse moins à la
de vouloir choquer, réussit à être incroyablement guerre du Viêt-nam qu'à ses consé(iuences : la cor
perturbante et désagréable. ruption, la gangrène d'une morale, d'une civili
sation. Un ton lyrique, puissant et lucide, qui
Straight Tinte (mars). Devait être la première s'apparente à celui de Force of Evil. Nick Nolle
mise en scène de Dustin Hoffman. Dépassé, il fit est superbe.
appel à Ulu Grosbard. Des acteurs admirablement
choisis et dirigés - qualités propres à Grosbard -, Movie Movie (novembre). Hommage en double
un fort bon scénario d'Alvin Sargenl (tiré du programme aux films Warner des années trente. Le
roman No Beast so Tierce d'Edward Bunker, qui deuxième volet, parabole sur la mort de la comédie
cosigne l'adaptation) font de ce policier social une musicale, dépasse la reconstitution cinéphilique,
réussite, qui révéla 'ITieresa Russell et Harry Dean et semble annoncer AU that Jazz. Une sorte
Stanton, mémorable en cambrioleur excédé par les d'adieu au cinéma, ou du moins à la comédie musi
lenteurs de son complice Dustin Hoffman (dont cale, par Stanley Donen, qui fut un de ses maîtres
c'est un des meilleurs rôles). pendant les années quarante-cinquante.
The Deer Hunier (décembre). Second film de A REDECOUVRIR : Go Tell the Spartans
Micliael Cimino, beaucoup plus ambitieux (jue le (septembre). Dans les premiers temps du (second)
premier. Divisé en trois actes : le pays, la guerre, conflit vietnamien, début 1964, un groupe de
le retour. Des scènes d'une longueur inusitée, un conseillers militaires américains dirigés par Burl
Ion épique qui se mocjue de la vraisemblance, une Lancaster refont l'expérience française et
symboli(jue lyricjue jugée d'inspiration fasciste par esquissent l'expérience américaine à venir. Un des
certains. meilleurs films sur la guerre du Viêt-nam et l'un
des plus méconnus - réaliste, lucide, responsable,
A Wedding (octobre). Une Règle dujeu à l'amé dégagé de toute idéologie. Excellent scénario de
ricaine. Pendant un mariage, toute une série de Wendell Mayes d'après un roman de Daniel Ford.
chasses-croisés sentimentaux et sociaux où l'on se Une réussite majeure dans la carrière très inégale
trompe, s'épie, se blesse. Un des chefs-d'œuvre de de Ted Posl.
Robert Altman. 42 personnages.
Interiors (juillet). Comme dans Tchékhov, et
avant Hannah and Her Sisters. Woody Allen
traite des rapports de trois sœurs dans son premier
film dramatique. Insécurité, jalousies, rancunes, LES TALEIVTS
névroses diverses, suicide sont parmi les ingré
dients de ce drame d'intellectuels, tous plus ou
moins obsédés par leur rapport à l'écriture. Le Premiers longs métrages : Paul Schrader {Blue
même monde que dans les comédies de Woody Collar)', James Toback (Fingers)'. Martin Brest
Allen, gags et bons mots en moins. Une mise en {Mot Tomorrows): Claudia Weil [Girlfriends] \
scène ascétique et immaculée. Robert Zemeckis (/ Wanna Hold Vour Hand).
Days of Heaven (septembre). De l'enfer urbain Débuts à l'écran : Christine Lahti (... And JuS'
des usines au paradis rural des champs de blé. une lice for AU): Steve Martin {Sergeant PeppeFs
vision (juasi bibli(jue. à la fois romantique et dis- Lonely Hearts Club Band): Brooke Shields
tanciée, d'une Améri(|ue disparue. mylhi(jue. Un {Pretty Baby); Mary Beth Hurl {Interiors).
sens de la nature <jui évoque Mark Twain et Louis Malle tourne son premier film américain
D. W. Griffith. Visuellement, un des plus beaux {Pretty Baby).
films jamais réalisés (la photo est de Nestor
Almendros, relayé, pour les dernières semaines de Dernière musique de film (posthume) de Bernard
tournage, par Haskell Wexler), mais beaucoup plus Herrmann (// Lives Again).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Nombreux films biographiques : Billy Dee Wil écrit, dirige et interprète Benaido and Clara
liams incarne Scott Joplin {Scott Joplin de avec Joan Baez, Ronee Blakley, Arlo Guthrie et
Jeremy Paul Kagan); Broderick Crawford. J. Ronnie Hawkins (qui tient le rôle de... Bob Dylan).
Edgar Hoover {The Private Files of J. Edgar
Hoover); Michael Parks. Robert Kennedy et Oscars d'interprétation ; Jane Fonda et Jon Voight
Raymond St. Jacques, Martin Luther King Jr. {Coming Home). Christopher Walken (second
(dans le même film): Keith Carradine, Hillaire rôle, The Deer Hunier), Maggie Smith (second
Bellocq {Pretty Baby); Victor Holchak, Lindsay rôle, California Suite).
Bloom et Royal Dano incarnent respectivement
Howard Hughes, Jean Marlow et Will Hays Interprétations mémorables de Tannée : Dustin
(Hughes and Harlow : Àngel in Hell); Hoffman dans Straight Time, Jill Clayburgh
Anthony Quinn interprète Aristote Onassis, et Jac- dans An Unmarried Woman, Nick Nolte et
(]ueline Bisset incarne Jac(jueline Kennedy (sous Michael Moriarty dans WhoHl Stop the Bain?,
des noms un peu modifiés: The Greek Tycoon). Burt Lancaster dans Go Tell the Spartans,
Brooke Adams et Richard Gere dans Days of
Nombreux films consacrés à des vedettes du rock : Heaven. Harvey Keitel dans Blue Collar et
'Hie Band, Bob Dylan, Neil Diamond, Joni Mit- Fingers, John Cromwell dans A Wedding, Mary
chell. Neil Young, Eric Clapton. etc.. dans The Beth Hurt. Dian(? Keaton, Maureen Slapleton et
Last Wattz. documentaire de Martin Scorsese: Géraldine Page dans Interiors.
Peter Frampton. Alice Cooper, Earth, Wind & Fire
dans Sergeant PeppeFs Lonely Hearts Club Décédés : Charles Boyer (81 ans), John Cazale
Band (hommage à la mu.si<]ue des Beatles): les (42 ans). Dan Dailey (64 ans). Charlotte Green-
Beatles sont également évoqués dans / Wanna w'ood (87 ans). Tim McCoy (86 ans). Jack Oakie
Hoid Your Hand. Gary Busey incarne Buddy (74 ans). Mark Robson (64 ans). Jack L. Wamer
Holly dans The Buddy Holly Story: Bob Dvlan (86 ans). Chili Wills (76 ans). Gig Young (64 ans).

OSCAR : KRAMER VS. KRAMER

1979 PRODUCTION : 122 films

LES FAITS

Alan Ladd Jr. (piitte la présidence de Fox pour créer sa propre société de production. Alan
Hirshfield lui succède.

David Begelman devient président chargé de la production à MGM.


Le box-office bat un nouveau record : Kramer 1^. Kramer est le plus gros succès de Tannée
(62 millions de recettes-distributeur), suivi de Rocl^' H(43 millions) et Alien (40 millions), The
Jerk. sorti en décembre, atteindra les 43 millions en 1980. Apocahpse Now arrive derrière
ces films, avec 37 millions de recettes-distributeur.

VIDEO. ,5(M)(X)0 magnétoscopes et 12 millions de cassettes vi(;rges sont vendus au cours de Tannée
dont 55 % (le format VHS. Paramounl commence à distribuer ses films en vidéocassette.
Multiplication des points de vente et de location.
Procès Lniversal-Disney contre Sony. 1^ cour déboute les plaignants et déclare : « L'enregistrement
à des fins privées d'émissions de télévision gratuites ne constitue pas une infraction à la législation
sur le copyright.» Universal et Disney font appel.
TELEVISION PAR CABLE. Warner-Amex lance un service payant. 'Ilie Movie Channel. transmis
par le satellite Stalcom I.

LES ŒUVRES brasse la guerre du Viêt-nam, Richard Wagner, les


rapports individu-groupe et nature-civilisation, le
souvenir de Joseph Conrad et celui de VAdieu au
Apocalypse Now (août). Ln opéra fantasma- Roi de Pierre Schoendoerffer (dont John Milius,
goriijue, une plongée au cœur des ténèbres qui le scénariste, était nourri). L'œuvre la plus vision-
naire de Francis Coppola, résultat de près de servi par l'interprétation très riche et inventive €le
quatre ans de travail dans les conditions les plus Géraldine Chaplin. Les blues d'Alberta Hunter
difficiles (et ruineuses). Contestable numéro catato- (enregistrés spécialement pour le film) fournissent
nique de Marlon Brando dans la conclusion, mais un contrepoint et un commentaire à l'action.
celui de Robert Duvall en général surfeur est Sorti en France avant les Etats-Unis (où il resta
grandiose. médiocrement distribué), ce deuxième film d'Alan
Rudolph (produit, comme le premier, par Robert
1941 (décembre). Un autre général insolite dans Altman) est un de ses plus réussis.
l'approche différente d'une autre guerre. Echec
presque total en tant que comédie, cette super The Rose (novembre). Un mélodrame, inspiré par
production peu drôle abonde par contre en la vie de Janis Joplin, qui réussit là où le dernier
séquences visuellement excitantes, brillamment A Star Is Born (avec Barbra Streisand) échouait
mises en scène (la bagarre au bal pour les troupes). piteusement. Scénario habile et ingénu de Bo
Gros échec financier (en raison du budget élevé, Goldman, mise en scène à fleur de peau de Mark
partagé par deux distributeurs, Columbia et Uni- Rydell, interprétation non calculée de Bette Mid-
versal), le seul de la carrière de Steven Spielberg à 1er. Harry Dean Stanton inoubliable dans une
ce jour (1989). courte scène.

Ten (octobre). Plutôt que l'utilisation érotique du Alien (mai). Superbement photographié, décoré, et
Boléro de Ravel, ou que les charmes et les tresses filmé par Ridley Scott, cet exercice de terreur
de Bo Derek (qui firent beaucoup pour le succès (transposition inavouée de la Faune de VEspace de
du film), nous préférons retenir de cette excellente Van Vogt) devient un somptueux catalogue de
comédie certains plans burlesques (pie seul Blake symboles freudiens et de peurs misogynes. Le film
Edwards semble être caj)able de réussir : Dudley qui révéla Sigourney Weaver.
Moore sautillant sur le sable brûlant ou la lente
progression d'une servante branlante et pétomane Hair (mars). Essai de ressusciter une légendaire
comédie musicale soixante-huitarde, dont Milos
apportant le thé.
Forman contemplait l'adaptation depuis dix ans. 11
Norma Rae (mars). Nouvelle chroni(|ue sudiste et réussit de belles sé<|uences, et la chorégraphie de
sentimentale pour Martin Ritt. Syndicalisme et Twyla Tharp (malheureusement un peu sabotée par
grèves. Affrontements entre une ouvrière locale et le montage) est sensationnelle, mais les naïvetés, les
un délégué syndical juif de l'Est. A force de fautes de goût, les hnirdeurs ne manquent pas; les
conviction, de sincérité, Martin Ritt fait décoller le chansons paraissent encore plus médiocres (ju'en
film (écrit par ses collaborateurs, Irving Ravetch et leur temps, et l'idéologie hippie se révèle plus que
Harriel Frank Jr.). Oscar mérité et prix à Cannes jamais niaise et suffisante.
pour Sally Field.
AU Thaï Jazz (décembre). D'une méditation sur
Fedora (avril). Un cinéaste vieillissant, dépassé sa propre mortalité. Bob Fosse tire une «comédie»
par les nouvelles générations, tratjiie une star à la musicale testamentaire (|ui aborde audacieusemenl
beauté légendaire, depuis longtemps retirée, pour les problèmes de la création, de l'ambition, des
lui faire tourner une nouvelle version d'Anna rapports de l'artiste au spectacle.
Karénine. Billy Wilder à la recherche d'un passé
fant()matique. plein de chausse-trappes et de men Opening Night (janvier). Gena Rowlands de
songes. En apparence très mélodramatiijue (le nouveau sous influence. Une actrice de théâtre
secret de Fedora) - comme l'avaient été jugés en traumatisée par un personnage de femme vieillis
leur temps Sunset Boulevard et Ace in Ihe sante dont elle cherche à se dissocier par des fuites
Hole - mais surtout cinglant et amer. («J appar dans l'alcool, le fantasme, l'amnésie, la fugue. Les
tiens à une épo({ue où l'on n'avait pas l'habitude de répétitions et la représentation de la pièce dans le
numéroter les guerres.») Produit et tourné en film sont l'occasion d'une version scénique de la
Europe. fausse improvisation cassavétienne. Le film ne
sortit jamais à New York.
Breaking Away (juillet). Première rencontre
Steve Tesich-Peter Yates. (Conflits de générations et Saint Jack (avril). Semi-retour de Peter Bogda-
de cultures : parents et enfants, émigrants et amé novich. ce sympathi(|ue petit film produit par
ricains. La découverte de l'amour et de la bicy Hugh Hefner et tourné à Singapour est curieu
clette. Un projet personnel <|ue Steve Tesich pro sement très proche du Kitting of a Chinese
longera dans son scénario pour Four Friends Bookie de John Cassaveles. dont il reprend les
d'Arthur Penn. thèmes et transpose les situations, prenant pour
protagoniste un personnage semblable, interprété
Remember My Name (mars). Après avoir passé dans les deux cas par Ben Gazzara. Belle photo de
douze ans en prison pour avoir tué (peut-être acci Robby Muller dans les intérieurs.
dentellement) la maîtresse de son mari, une jeune
femme entreprend de se venger. Portrait farou Manhattan (avril). Une autre étape dans l'itiné
chement behavi«)riste d'un des personnages fémi raire (jui mène Woody Allen de la comédie lou
nins les moins conventionnels, les plus idiosyncra- foque vers la grande comédie psychologique et sati
tiques jamais vus sur un écran, merveilleusement rique. Marivaudage moderne et chasses-croisés
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

sentimentaux mi-sérieux, mi-comiques parmi les Dom De Luise {Hot Stuff,, également interprète),
New-Yorkais branchés du monde des arts et des Abel Ferrara {Driller Killer, également mon
spectacles ; mais aussi - comme dans Annie Hall teur).
et plus tard Stardust Memories - les problèmes
du rapport de l'artiste à son œuvre et à son public.
Interprétations mémorables : Géraldine Ghaplin
dans Remember My Marne, Gena Rowlands
Suprême élégance de la photo cinémaScope en noir
dans Opening Night, Sally Field dans Norma
et blanc de Gordon Willis.
Rae (oscar). Diane Keaton dans Manhattan, Ben
Kranter 1^, Kramer (décembre). Quitté par son Gazzara dans Saint Jack, Sigourney Weaver dans
épouse insatisfaite, un père doit conjuguer son Àlien, Peter Falk et Alan Arkin dans The In-
travail et les soins de leur petit garçon. Le genre Laws, Robert Duvall dans Apocalypse Now et
téléfilm sur grand écran, en moins schématique et The Great Santini, Peter Sellers et Melvyn
plus travaillé. Rafle la plupart des oscars prin Douglas (oscar second rôle) dans Being There.
cipaux de l'année : meilleur film, réalisation et scé Roy Scheider dans AU That Jazz, le trio George
nario (Robert Benton), interprètes (Dustin Hoff- Burns-Art Carney-Lee Slrasberg dans Going in
man et Meryl Streep, second rôle). Style.
Being There (décembre). Aux innocents les mains Premier scénario ; Steve Tesich {Breaking
pleines, et heureux les simples d'esprit. Un imbé Awfty), Valérie Curlin (avec Barry Levinson :
cile heureux, dont le laconisme est pris pour une ... And Justicefor AU), Alan Aida {The Séduc
suprême lucidité, devient guru politique. Jerzy tion of Joe Tynan).
Kosinski écrit lui-même l'adaptation de son roman-
parabole, plus iju'honnêtement dirigée par Hal Curiosités : Mae West (87 ans) joue une jeune
Ashby. Des longueurs et des inégalités rachetées mariée dans Sextette (tiré de sa propre pièce);
par l'interprétation minimalisle et uniformément le comte Dracula est incarné par John Carra-
admirable de Peler Sellers.
dine dans Nocturna et par Frank Langella dans
Dracula (de John Badham, d'après la pièce de
A REDECOUVRIR : Last Emhrace (Jonathan Hamilton Deane inspirée du roman de Bram
Denime). un polar néo-hitchcorkien. Stoker); le Christ est incarné par John Rubinstein
dans In Search of Historic Jésus et par Brian
Deacon dans Jésus ; Elvis Presley est incarné par
Kurt Russell dans Elvis.

Décédés : Dorothy Ar/ner (82 ans), Joan Blondell


(73 ans). George Brent (75 ans). Edgar Buchanan
LES TALENTS (76 ans), David Butler (84 ans). John Cromwell
(91 ans). Arthur Hunnicutt (69 ans). Jim Hutton
Débuts à l'écran : Belle Midler (The Rose), Susan (45 ans), Kurt Kasznar (65 ans). Merle Oberon
Anton (Goldengirl), Bill Murray {Mealballs. (68 ans). Mary Pickford (86 ans), Nicholas Ray
film canadien). (67 ans). Aaron Rosenberg (67 ans), Victor Saville
(83 ans). George Seaton (68 ans), Jean Seberg
Débuts dans la mise en scène : Albert Brooks (40 ans). Dimitri Tiomkin (85 ans). John Wayne
{Real Life, également scénariste et interprète); (72 ans), Darryl F. Zanuck (77 ans).

OSCAR : ORDINARY PEOPLE


1980 PRODUCTION : 125 films

LES FAITS

United Arlists : désastre critkiue et commercial de Heaven^s Gale (budget : 40 millions), qui est
retiré de l'affiche après quelques jours d'exclusivité en novembre. Woody Allen cjuitte United Artîsls
pour Orion (son dernier film pour United Artists, Stardust Memories, est un échec critique et
financier).
Wamer : Robert Daley remplace Ted Ashley à la présidence.
Fox :The Empire Strikes Back réalise 134 millions de recettes-distributeur et prend la deuxième
place au box-office de tous les temps.
VIDEO. Après Fox et Paramount, cinq nouveaux studios (Warner, Universal, MGM, Columbia et
Disney) commencent à distribuer leurs films en vidéocassettes.
Débuts du vidéodisque : deux systèmes sont mis en vente - le disque optique à laser de Philips
(fabriqué par Magnavox et Pioneer) et le système RCA, qui utilise une tête de lecture diamant
(fabriqué par RCA mais aussi Hitachi, Toshiba et Zenith).
TELEVISION. Plus de 80 % des foyers américains ont un téléviseur couleurs.
CABLE. Nouveau service payant : Cinemax, qui appartient comme HBO à Hme Inc.

LES ŒUVRES brale du film. Réflexion sur le pouvoir et le


spectacle.
Heart Beat (avril). Sans ostentation ni éclats
Stardusl Memories (septembre). Un comique tapageurs, une chronique traitant des rapports de
qui ne veut plus faire de comédies. Dans cette Jack Kerouac et Neal Cassady (incarnés par John
méditation, très autobiographique, sur son art et Heard et Nick Nolte). Ecrit et réalisé par John
ses rapports au public, Woody Allen s'en prend à Byrum, qui évite les poncifs du film biographique
ses fans, aux critiques, à la vulgarité univer hollywoodien. Un ton différent de celui de son
selle. Son film le plus complexe et le plus ambi premier film, tnserts, mais aussi personnel.
tieux, et un de ses rares échecs critiques (et com
merciaux).
The Shining (mai). Le lout-en-un du genre hor
reur/fantastique. Stanley Kubrick accumule les
Blood (février). Nouveau coup d'éclat de thèmes et motifs familiers - télépathie, prémo
John Huston (jui adapte audacieusement un éton nition, apparitions, revenants, pacte avec le diable,
nant roman de Flannery O'Connor. Une satire possession, hallucinations, paradoxes temporels -
aiguë et compatissante de certaines déviations reli dont chacun pourrait fournir le sujet d'un film
gieuses, dont la liberté de ton et la jeunesse entier. Cette exploration labyrinlhique du para
d'esprit évoquent les derniers Bunuel. Une fin normal ne se conforme à aucune logique, si ce n'est
terrible, sans aucun compromis. La distribution est celle du rêve (et du cauchemar). Esthétiquement, le
aussi inspirée (jue celle de The Maltese Falcon. film est aux produits courants du genre ce qu'une
Âirplane!(juin). Un trio de joyeux iconoclastes Rolls Royce est à une 2 CV.
(Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker) Ordinary People (septembre). Un récit appliqué,
parodient Airporl, les films-catastrophes et toutes sans compromis mais explicatif, sans mystère ni
les conventions du cinéma hollywoodien (jui leur profondeur. Acteurs bien choisis, bien dirigés
tombent sous la main. Illustre le principe - jadis (notamment Donald Sutherland), et mise en scène
admiré par les défenseurs français de Frank illustrative, télévisuelle. Oscars : meilleur film,
Tashlin - d'un gag minimum par plan (et tant pis réalisation (Robert Redford), scénario (Alvin
pour ceux qui tombent à plat). Le film joue systé Sargent), interprétation second rôle (Timothy Hut-
matiquement sur la connaissance que possède le ton).
public des poncifs et des codes particuliers aux Melvin and Howard (septembre). Un mélange
différents genres.
de «conte de faits» et de comédie sociale qui
The Big Red One (juillet). Un sujet rêvé par commence là où les films de Frank Capra finissent.
Samuel Fuller pendant vingt ans. Une chronique Une Amérique provinciale où l'on passe du mobile
guerrière fondée sur ses propres souvenirs, impres home au diner, du topless saloon à l'intérieur pré-
sionniste, fragmentée, personnelle et humaniste. fabri(jué - cette Amérique profonde qui est au
Un film à la première personne, loin des modes. cœur des films de Jonathan Demme. Inédit en
France.
The Empire Strikes Bach (mai). La personna
lité d'irvin Kershner disparaît totalement dans un Gloria (septembre). Un Cassavetes relativement
déferlement d'effets spéciaux et de péripéties. Mal commercial mais qui reste très personnel. Gena
gré les prouesses techniques, on peut juger tout Rowlands en justicière malgré elle, flingue des
cela fort peu inventif. mafiosi aux quatre coins de New York, traînant
derrière elle un moutard portoricain machiste
Raging Bull (novembre). A travers l'ascension et et entêté.
la chute de Jake La Motta on peut lire une
variation sur le rêve américain, une parabole aux Heaven*s Gâte (novembre). La montagne
connotations religieuses, une réponse aussi au accouche non d'une souris, mais d'un monticule
mythe Rocky (produit par les mêmes Irwin Wink- onéreux. Une des entreprises les plus follement
1er et Robert Chartoff), dont Martin Scorsese rend ambitieuses depuis D.W. Griffith et Erich von
flagrante la fausseté. L'extraordinaire numéro de Stroheim, le film est à la fois passionnant et raté,
Robert De Niro devient, porté par une mise en parce que fait de morceaux épars, de moments jux
scène haletante et survoltée, la colonne verté taposés dans un grand désordre, sans souci de
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

clarté ou de cohérence, finalement plein d'ellipses Débuts à l'écran : Dianne Wiest {Ws My Tarn,
et d'obscurité délibérées. Michael Cimino a auda- petit rôle), Timothy Hutton {Ordinary People,
cieusemenl essayé de faire à la fois une épopée oscar), Elizabelh McGovern {Ordinary People),
engagée et une méditation intimiste et nostal Jennifer Jason Leigh (^>vs of a Slranger),
gique, une fresque historique et un discours sur la Laura Dern {Foxes^ petit rôle).
mort, le regret et le deuil : «Ce que l'on aime de la
Interprétations mémorables de l'année : Brad
vie, c'est ce qui s'efface», était le mélancolique
Dourif et Harry Dean Stanton dans lEise Blood,
slogan choisi par Cimino pour la publicité du film.
Shelley Duvall dans The Shining, Donald
Sauvagement démoli par toute la critique améri
Sutherland et Mary Tyler Moore dans Ordinary
caine, Heaven's Gale fut retiré de l'affiche au
People, Charlotte Rampling dans Stardust
bout d'une semaine (avant de ressortir, sans succès,
Memories, Gena Rowlands dans Gloria, Cathy
en février 1981 dans une version ramenée de
Moriarty dans Raging Bull. Mary Steenburgen
3 h. 39 à 2 h. 30). Restaurée en vidéo.
dans Melvin and Howard (oscar du second
Gates of Heaven (o<'iobre). Si Heaven^s Gale rôle). Jason Robards dans le rôle de Howard
est le plus gros budget de l'année, ce premier film Hughes {Melvin and Howard), Robert De Niro
d'Errol Morris, au titre presi|ue homonyme, est dans le rôle de Jake La Motta {Raging Bull,
sans doute l'un des plus petits. Documentaire inso oscar), Sissy Spacek dans le rôle de la chanteuse
lite sur les cimetières d'animaux. Errol Miirris a Loretta Lynn {Coal MinePs Daughter, oscar),
l'art d'écouter, de laisser parler les individus John Heard dans le rôle de Jack Kerouac et Nick
qu'il filme sans prendre parti, permettant ainsi à Nolte dans celui de Jack Cassady {Hearl Beat),
l'étrangelé du réel de se dégager d'elle-même. Joe Pesci {Raging Bull).
The Relurn of the Secaucus 7 (septembre). Affiche familiale pour The Long Riders de
Autre mini-budget, ce premier film du scéna Waller Hill : les trois frères Carradine (David,
riste John Sayles. tourné avec des acteurs non pro Keith et Robei-t). les deux Keach (Stacy et James)
fessionnels, décrit avec beaucoup d'humour et sur et les deux Quaid (Randy et Dennis) interprètent
un ton très authentitfue les retrouvailles d'un respectivement les frères Younger (Cole, Jim, Bob),
groupe d'étudiants soixante-huitards c|uel(iue James (Frank et Jesse) et Miller (Clell et Ed). Bob
dix ans plus tard. Excellent dialogue de John Ford et son frère Charlie sont interprétés par
Sayles, <|ui tient aussi un des principaux rôles. Nicholas et Christopher Guest.
I^awrence Kasdan reprendra le sujet dans The Big
Chili.
Actrices françaises en Amérique : Isabelle Hup-
peri dans Heaven^s Gale, Marie-Christine Bar-
Popeye (décembre). Robert Altman tente bra rault dans Stardust Memories.
vement de donner vie. avec des acteurs et en prise
de vues directe, aux personnages de la célèbre
Dernier film de Steve McQueen (qui meurt en
novembre) : Tom Horn.
bande dessinée de Segar (et des dessins animés de
Dave et Max Fleischer). En travail énorme, multi Stuarl Rosenberg est le réalisateur de Brubaker,
tude de talents comiques (dont le génial Bill film (|ue Bob Rafelson avait longuement préparé
Irwin), bande sonore foisonnante, fourmillement avant d'être renvoyé par Fox après une semaine de
de gags aux quatre coins de l'éi-ran, pour un tournage.
résultat <|ui force plus le respect et l'admiration
Remarijuable partition musiirale de David Mans-
qu'il n'engendre le rire jubilaloire espéré. Sublime
field (débuts) pour Heaven's Gale : arrange
interprétation de Shelley Duvall dans le rôle
d'Olive OyI.
ments de thèmes traditionnels pour cordes et per
cussion (tous les instruments sont joués par David
Mansfield, qui tient aussi un petit rôle de musicien
dans le film).
Robert Redford fonde le Sundance Institute avec
LES TALENTS l'aide financière du National Endowment for the
Arts et de la fondation Rockefeller. L'institut se
Débuts dans la réalisation : les acteurs Robert
propose de former et d'encourager de jeunes réali
sateurs. scénaristes et interprètes débutants.
Redford (Ordinary People), .lames Caan {Hide
in Plain Sight). lliomas Chong {Cheech and Décédés : Gower Champion (61 ans). Jimmy
Chong's Nexi Movie), le chef opérateur Gordon Durante (86 ans). Alfred Hitchcock (80 ans). Sol
Willis {Windows)', le scénariste (collaborateur de Cesser (90 ans), Barbara Loden (48 ans). Steve
Woody Allen) Marshall Brickman {Simon). McQueen (50 ans), Lewis Milestone (84 ans),
Autres débuts : le trio Jim Abrahams-David Elliott Nugenl (81 ans). George Pal (72 ans),
Zucker-Jerry Zucker {Airplane !), Penelope George Raft (85 ans). Dore Schary (74 ans). Peter
Spheeris (The Décliné of Western Civiliza- Sellers (54 ans), Mae West (88 ans), Raoul Walsh
tion). (93 ans).
OSCAR : CHARIOTS OF HRE (GB)
PRODUCTION : 137 films

LES FAITS

Le magnat du pétrole Marvin Davis rachète toutes les actions Fox pour 700 millions de dollars et
devient ainsi seul propriétaire de la compagnie. Il nomme Alan Hirschfield P-DG de Fox en
remplacement de Dennis Stanfill, démissionnaire.
Kirk Kerkorian vend ses 24 % d'actions dans la Columbia et achète United Artists pour
380 millions de dollars. United Artists est fusionné avec MGM, et la nouvelle compagnie prend le
nom de Métro Goldwyn Mayer/Uniled Artists Entertainment. United Artists reste une entité séparée
qui continuera de distribuer ses propres films, ainsi que les productions MGM.
Création de United International Pictures par MGM/UA, Universel et Paramount pour la
distribution de leurs films à l'étranger.
Zoetrope, la compagnie de Francis Coppola, se trouve en difficulté financière. Des investisseurs
canadiens lui consentent un prêt de 8 millions de dollars pour terminer le tournage de One From
the Heart.

Les recettes de Warner Communications en augmentation de 350 % par rapport à l'année


précédente, principalement grâce au succès du jeu vidéo Atari.
Le coût moyen de production d'un film des Majors est évalué à 9750000 dollars.
Le ministère de la Justice annonce son intention de rééxaminer plus de 1 200 jugements rendus aux
termes des lois antitrusts et des consent decrees (procédures d'arbitrage) de 1948, «afin de
déterminer si leur maintien continue à servir l'intérêt public».
VIDEO. La cour d'appel fédérale (9'' circuit) annule la décision rendue en 1979 en faveur de Sony
et donne raison aux plaignants (Universal et Disney). Selon ce tribunal, l'enregistrement au
magnétoscope d'émissions télévisées, même à usage privé, constitue une infraction à la législation sur
le copyright. De telles pratiques sont préjudiciables aux ayants droit, et les fabricants d'équipement
enregistreur doivent être tenus pour responsables. Sony se pourvoit en cassation. Au Congrès,
introduction de plusieurs propositions de loi tendant à légaliser l'usage privé de l'enregistrement sur
magnétoscope.
Le nombre de magnétoscopes vendus au cours de l'année dépasse le million d'unités pour la
première fois.
TELEVISION PAR CAIÎLE. Disney annonce la création d'une chaîne câblée payante. Création du
CBS Channel. chaîne culturelle financée par la publicité.

LES ŒUVRES non, accentue le côté exercice de style, que com


pensent des acteurs très physiques et bien dirigés
par Lawrence Kasdan.
... AU the Marbles (octobre). Sur un sujet piège The Postman Always Rings Twice (mars). Au
(le catch féminin), un film retenu, nullement lieu de paraphraser les classiques comme Law
racoleur, qui évite tous les écueils avec une rence Kasdan, Bob Rafelson refait l'un des plus
décontraction charmeuse évoquant le John Cassa- célèbres. Lui apportant la dimension érotique
vetes de The Killing of a Chinese Bookie. Pour interdite au film de 1946, il est ainsi plus fidèle au
son dernier film, un pied de nez ironifjue de roman de James Gain, avec lequel il prend par
Robert Aldrich à ses adversaires.
ailleurs de nombreuses libertés. Le dialogue du
Body Heat (août). Du cinéma référentiel (le dramaturge David Mamet (qui signe son premier
film noir, et plus particulièrement The Postman scénario) est minimal et fonctionnel, et fait entiè
Always Rings Tïvice et Double Jndemnity) rement confiance à l'image. Bob Rafelson retrouve
qui se contente de dépoussiérer - non sans habileté Jack Nicholson, vedette de Five Easy Pièces et
- les conventions du genre et de les mettre au goût The King of Marvin Gardens (et dont il avait
du jour. L'absence de tout contexte, conscient ou produit la première mise en scène, Drive, He
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Said), el donne à Jessica Lange roccasion de largement le classicisme de la mise en scène. Les
prouver qu'elle peut tenir un rôle sérieux et diffi deux Robert - Duvall et De Niro - sont des frères
cile. remarquables. Un thriller insidieux sur l'omnipré
sence de la corruption et du mal.
Pennies front Heaven (décembre). Approche
révisionniste d'un autre genre classique, la comé Four Friends (décembre). Arthur Penn évoque
die musicale des années trente. Un effort très ori un passé plus récent mais déjà mythique (les
ginal pour intégrer drame réaliste el comédie musi années soixante ; le film se termine symbolique
cale (quand les personnages se mettent à chanter, ment le jour de l'arrivée des astronautes sur la
ils sont doublés par des enregistrements d'épo(jue). Lune). L'histoire d'une époque retracée à travers
D'après une série de la télévision britannique celle d'un groupe de jeunes. Le beau scénario ori
écrite par Dennis Potter, qui signe le scénario. De ginal de Steve Tesich (qui prolonge celui de
loin le film le plus audacieux d'un réalisateur. Breaking Àway). ambitieusement polyphonique,
Herbert Ross, connu pour sa prudence et son sens s'harmonise parfaitement à la thématique d'Arthur
du commerce. Penn (rapports de l'individu et du groupe, besoin
S.O.B. (juillet). Un cinéaste comi(|uement suici d'enracinement, (}uête d'une identité, idéal et
daire, puis obsédé par son travail, transforme une désenchantement).
comédie musicale style The Sound of Music en Reds (décembre). En pleine guerre froide, Warren
porno soft (Julie Andrews y dévoile ses seins !) Beatty, auteur complet, donne son monumental
pour le sauver de la catastrophe commerciale.
hommage (3 heures 20 minutes de projection) à la
Pdouté par son épouse/vedette/partenaire el par
révolution d'Octobre et au légendaire John Reed,
son distributeur, il meurt abattu en essayant de en (]ui Léon Trotsky salua le «chroniqueur et
voler les bobines de son propre film. Rlake poète de la Révolution». Film dominé par le
Edwards règle ses comptes avec Hollywood dans verbe (conversations passionnées, discussions inter
cette satire burlesque à l'humour très noir, souvent
minables, discours, disputes, monologues). Tous les
très drôle, souvent d'un mauvais goût énorme.
personnages sont des intellectuels politi(juement
Raiders of the Lost Ârk (juin). Encore un vieux engagés - fait rarissime dans le cinéma américain.
genre. L'équipe George Lucas-Steven Spielberg Reds sait faire de la parole un élément de l'action,
réinvente le film à épisodes des années trente- et se révèle en même temps une œuvre inten
quarante à coups de millions el d'effets spéciaux. sément visuelle. Une réussite totalement inattendue
Inflation des péripéties et des rebondissements. digne d'admiration.
C'est le triomphe de la technologie sur l'innocence,
du savoir-faire sur la poésie de (juatre sous des Ragtinte (décembre). Autre fresque historique
modèles. Sujet de George Lucas et Philip Kauf- qui se termine à peu près là où Reds commence.
Milos Porman renonce à la construction kaléido-
man, scénario de Lawrence Kasdan.
scopique du roman de Doctorow pour un trai
Mommie Dearest(septembre). Toujours la fasci tement linéaire beaucoup plus traditionnel, ne
nation du vieux cinéma. Celte évocation de Joan retenant qu'un très petit nombre des multiples
Crawford et des traitements quasi sadiques (ju'elle intrigues enchevêtrées du livre. Inévitablement
aurait fait subir à sa fille adoptive Christina (le inégal, le film est toutefois sauvé du disparate et de
film est fondé sur le livre accusateur de celle l'épisodique par une réelle unité thématique.
dernière) est platement filmée par Frank Perry. et
ne brille ni par la subtilité ni par la richesse psy- Prince of the City (août). Un des rares sujets
chologi({ue, mais l'interprétation de Paye Duna- contemporains de cette sélection annuelle. Der
way, dans sa grandiloquence même, est prodi nier volet de la trilogie policière new-yorkaise de
gieuse. Comme l'écrivait Pauline Kael, il s'agit de Sidney Lumet (après Serpico et Dog Day Àfter-
quel(|ue chose de «plus profond <|u"une imitation: noon). Comme Serpico, le film (fondé sur un
elle se transforme en Joan Crawford. certes, mais livre de Robert Daley) s'inspire de l'histoire d'un
elle est plus Paye Dunaway (jue jamais». Le film policier qui découvre et tente de dénoncer la cor
est devenu l'un des grands succès rétro de la ruption de ses collègues. Plus ambitieux encore,
décennie, mais, comme le remanjuait encore Pau rigoureux et sans compromis. Prince of the City
line Kael. Paye Dunaway transcende le kitsch : dévoile un engrenage judiciaire impitoyable, un
«On ne peut s'empêcher de rire du film, mais il est monde paradoxal et en dehors de toutes normes
impossible de rire d'elle.» morales, où la démarcation entre criminalité et
activités légales et policières finit par s'estom
True Confessions (septembre). Une autre évo per complètement.
cation d'époque. La toile de fond est un fait divers
célèbre des années (juarante (le meurtre d'une pro On Golden Pond (novembre). Une pièce super
stituée à Los Angeles), mais le film se déroule dans ficielle, platement photographiée par Mark Rydell,
des milieux inattendus (la haute hiérarchie de qui traite de façon banale un sujet grave : la
l'Eglise catholique). Comme dans Straight Tinte, vieillesse et l'approche de la mort. A voir uni
le film précédent d'Ulu Grosbard, la distribution quement (mais absolument) pour le trio Katharine
et une direction d'acteurs rigoureuse compensent Hepburn-Henry Fonda-Jane Fonda.
My Dinner With André (octobre). Un beau par (décédé en 1986) dans Ragtime; Rich and
leur (André Gregory) et un faire-valoir béat Famous de George Cukor (décédé en 1983)
d'admiration (Wallace Shawn) mangent des cailles
dans un bon restaurant. Expérience très origi Interprétations mémorables de l'année : Peter Falk
nale de Louis Malle qui prouve une fois de plus dans ... AU the Marbles; Bob Balaban dans
son éclectisme. Gregory déborde de charme intel Absence of Malice ; Michael Lerner dans The
lectuel. Ecrit par Wallace Shawn avec la collabo Poslman Always Rings Twice ; Sandy Dennis
ration de Gregory dans The Four Seasons ; Treat Williams dans
Prince of the City; Amanda Plummer dans
Cattle Annie and Little Britches (débuts à
l'écran); Steve Martin, Jessii-^ Harper et Chris-
topher Walken dans Pennies from Heaven ;
Maureen Stapleton (oscar du second rôle) dans
LES TALENTS Reds; Katharine Hepburn (oscar). Henry Fonda
(oscar) et Jane Fonda dans On Golden Pond;
Débuts dans la réalisation ; Alan Aida (The Four Diane Keaton dans Reds ; Faye Dunaway dans
Seasons), Jim Jarmusch [Permanent Vaca Mommie Dearest.
tion), Michael Mann [Thief), Andrew Bergman Débuts à l'écran : Kim Basinger(Hard Country),
[So Fine). Daryl Hannah [Hard Counlry). Tom Cruise
Revenants (date de leur précédent film entre (Taps), Sean Penn [Taps). Michèle Pfeiffer
parenthèses). Acteurs : James Cagney dans Rag- [Charlie Chan and the Curse of the Dragon
time(1961); Tab Hunter dans Polyester(1975); Queen). Kevin Costner [Shadows Run Black),
Douglas Fairbanks Jr. dans Ghost Story (1951); Denzel Washington [Carbon Copy).
Jerry Lewis dans Hardly Working (1970), (ju'il
Décédés : Beulah Bondi (92 ans), Richard Boone
dirige également. Réalisateurs : George Cukor avec
(63 ans). Paddy Chayefsky (58 ans), Melvyn Dou
Rich and Famous (1976). Arthur Penn (1976)
glas (80 ans), Allan Dwan (96 ans), Gloria Gra-
avec Four Friends.
hame (55 ans). Edith Head (82 ans), Wlliam
Derniers films : Melvyn Douglas (décédé en 1981) Holden (63 ans), Robert Montgomery (77 ans),
dans Ghost Story; Fred Astaire (décédé en 1987) Arthur O'Connell (73 ans), Eleanor Perry(66 ans),
dans Ghost Story; Henry Fonda (décédé en Norman Taurog (82 ans), Vera-EIlen (55 ans),
1984) dans On Golden Pond; James Cagney Natalie Wood (43 ans), William Wyler (79 ans).

OSCAR : GANDHI(GB)
1982 PRODUCTION : 186 films

LES FAITS

Box-office ; entrées en augmentation de 4 %, recettes de 16 % par rapport à 1981. E.T. The Extra-
terrestrial bat tous les records de recette.

Production : les Majors n'ont tourné ijue 50 films aux Etats-Unis en 1982 (chiffre le plus faible
depuis 1970), tandis que le nombre de tournages à l'étranger est en augmentation de 75 % par
rapport à 1981 (35 films).
Emploi :le syndicat des machinistes et techniciens(lATSE)estime que 40 % de ses 22 000 membres
sont sans emploi. Le pourcentage est de 75 % pour la Writers Guild et 50 % pour la Directors
Guild.

Majors. Fox : déficit de près de 17 millions de dollars au 31 août. Sherry l.ansing démissionne de la
jirésidence de la production.
Universal : grâce à E.T., le studio réalise 30 % des recettes totales de l'année. Ned Tannen quitte la
présidence après six ans de poste.
Columbia : Coca-Cola achète le studio pour plus de 700 millions de dollars.
Indépendants : échec commercial de One From the Heart. Francis Coppola met Zoetrope en
vente, mais ne trouve pas d'acquéreur. La Securiiy Pacifie Bank demande le remboursement d'un
EVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

prêt de 7 millions de dollars consenti à Zoetrope. En octobre, une période de grâce de trois mois est
accordée à Coppola.
L'acteur Vie Morrow et deux enfants viêlnamiens figurants sont tués dans un accident d'hélicoptère
au cours du tournage de TwUigM Zone • The Movie. Des poursuites sont engagées contre le
réalisateur John Landis et ses collaborateurs pour négligence criminelle.
VIDEO. Deux millions de magnétoscopes vendus au cours de l'année (le double de 1981).

LES ŒUVRES débouche que sur une angoisse épidermique, des


effets peu ragoûtants.
Personal Best (février). L'amour d'une jeune
Blade Runner (juin). L'univers paranoïaque de sportive olympique pour une aînée, et leur rivalité.
Philip K. Dick enfin porté à l'écran à travers une Ecrit et réalisé par Robert Towne qui, pour sa
mise en scène somptueuse et oppressante de Ridley première mise en scène, fait le contraire d'un film
Scott. Pour une fois, les effets spéciaux sont de scénariste, privilégiant le physi(|ue et le visuel
porteurs de sens et aident à créer un véritable plutôt que le dialogue.
univers futuriste, balayé par la pluie. L'un des
chefs-d'œuvre de la science-fiction. La version inté ET. The Extra-terrestrial 0"in). Un extrater
grale, avec sa vraie fin, a été restaurée en 1992. restre fœtal et aussi mignon qu'un ours en peluche.
Parabole christique en prise directe avec l'incons
Victor/Victoria (mars, Blake Edwards); Tootsie cient collectif. L'infaillible Steven Spielberg réussit
(décembre, Sydney Pollack). Ou selon le mot le film le plus populaire de tous les temps. Rap
immortel de Jack Lemmon dans Sonte Like it pelons la formule hilarante de Julius Epstein
Hot (il s'agit des femmes): «C'est un sexe complè (Casablanca) : « E.T. ressemble terriblement à
tement différent!» Deux comédies sur les para Menahem Begin et a à peu près autant d'humour
doxes et les ambiguïtés du travesti et de l'identité que lui.»
sexuelle. Illake Edwards suggère <|ue le meilleur
travelo est encore une femme faisant croire qu'elle Poltergeist (juin). Cette fois, les extraterrestres
est un homme pour mieux se féminiser. Sydney sont malfaisants. La face cachée et menaçante de
Pollack moralise : de son expérience féminine, le Steven Spielberg, qui produit son propre scénario
héros sortira un homme meilleur. Dans les deux et le laisse diriger par un spécialiste de l'horreur,
cas, hommage à la féminité. Tobe Hooper. En supervisant de [)rès.
Corne Back to the 5 & Dime Jimmy Dean, One Front the Heart (mars). Francis Ford Cop
Jimmy Dean (novembre). Vingt ans après le pola met la réalité à la casse. Dans un Las
tournage de Giant et la mort de James Dean. les Vegas de rêve (un immense décor ultra-stylisé de
quatre membres d'un James Dean Fan Club local Dean Tavoularis), six personnages errent et s'entre
(trois femmes plus une (jui ne l'était pas encore) se croisent, suivis par les caméras vidéo de Zoetrope.
retrouvent, s'affrontent et révèlent le mensonge sur Enorme budget, désastre commercial et critique.
lequel la vie de chacune est fondée. Robert Altman The World According to Garp (juillet). Adap
recrée dans un style très cinématographique sa tation inégale du foisonnant roman picaresque de
mise en scène de Broadway d'une pièce d'Ed John Irving, que divers scénaristes avaient estimé
Graczyk : sa caméra, extrêmement mobile, explore inadaptable (Steve Tesich tient la gageure). Une
un lieu clos où les miroirs ouvrent sur le passé. obsession de la castration (littérale ou métapho
Superbe interprétation de groupe de Sandy rique). une angoisse de vivre névroti(jue, qui sont
Dennis, Cher, Marta Heflin et Karen Black (dans au cœur du roman, passent imparfaitement à
le rôle de Joanne, le transsexuel). l'écran.
48 Hours (novembre). Le firincipe de The Sophie^s Choice (décembre). Autre roman diffi
Défiant Ones remis au goût du jour. Un Noir et cile à adapter, sur un sujet redoutable. A New
un Blanc raciste doivent apprendre à s'entraider. York, peu après la Seconde Guerre mondiale, une
Des dialogues très drôles, une mise en scène à Polonaise rescapée d'Auschwitz essaie de se réa
effets (Walter Hill) rajeunissent tous les clichés. dapter à la vie normale et sombre dans un autre
Formidable présence de Nick Nolte, et numéro cauchemar (peut-être un écho du premier). Alan
ébouriffant d'Eddie Murphy. J. Pakula signe lui-même l'adaptation, qui parvient
Cat People (mars); The Thing (juin). Deux à résoudre certains des problèmes posés par le
remakes (jui font vraiment regretter les originaux. livre. Un film courageux et émouvant malgré ses
Paul Schrader (Cat People) reste loin de Jacques inévitables faiblesses. Mery! Streep est Sophie
Tourneur (malgré la beauté de Nastassia Kinski et comme nulle autre actrice n'aurait pu l'être.
les extérieurs néo-orléanais), et la virtuosité de Fast-Walking (octobre). A l'intérieur d'une pri
John Carpenter - qui respecte plus que Howard son, une parabole érotico-politique sur le pouvoir
Hawks et Christian Nyby la nouvelle originale -, ne et la corruption qui évoque le ton sarcastique
et moral de Jim Tliompson. Ecrit (d'après le LES TALENTS
roman d'Ernest Brawley The Rap) et réalisé par
James B. Harris. Totalement ignoré par la critique
américaine (montré au festival de La Rochelle). Premier long métrage : Robert Towne {Perso
nal Best), Wayne Wang {Chan is Afissing),
Hammett (novembre). Wim Wenders, contrarié Barry Levinson {Diner), Susan Seidelman {Smi-
par son producteur Francis Coppola et brimé ihereens).
par le studio (le film est une production Orion-
Zoetrope-Warner-Bros.), signe là une œuvre déco Acteurs-réalisateurs : Charllon Heston dirige et
rative et relativement impersonnelle, agréable à interprète Mother Lode. Dennis Hopper dirige
regarder mais languissante, où l'on cherche en vain et interprète Oui of the Blue. Richard Ben
le centre, la dynamique. Le film fut tourné deux jamin dirige My Favorite Year.
fois. Après dix semaines en extérieurs, Coppola, Oscars d'interprétation : Meryl Streep {Sophie^s
mécontent, fit retourner la plus grande partie en Choicé), Louis Gosselt Jr. {An Officer and a
studio (selon Wim Wenders « il reste plus de 30 % Gentleman, second rôle), Jessica Lange {Tootsie,
et moins de la moitié du premier tournage dans la second rôle).
version définitive»). Interprétations mémorables de l'année : Jessica
Barbarosa (juillet). Western écrit par William 1-ange et Kim Slanley dans Frances. Scott Glenn
Wittliff et réalisé par le metteur en scène aus dans Personal Best. James Woods dans Fast-
tralien Fred Schepisi (auteur de l'excellent The Walking. Béatrice Straight dans Poltergeist.
Chant of dimmie). Une vendetta entre Willie Kevin KJine et Peter MacNicol dans Sophie's
Nelson et Gilbert Roland continue à faire rage Choice. Glenn Close et John Lithgow dans The
alors qu'on a oublié ce qui l'avait déclenchée. Ori World According to Garp. Julie Andrews dans
ginal et picaresque. Victor/Victoria. Sissy Spacek et Jack Lemmon
dans Missing.
Burden of Dreams (septembre). Passionnant Débuts à l'écran : Geena Davis (Foo/ste), Michael
documentaire de Les Blank sur le tournage diffi Keaton {Night SMft).
cile de Fitzcarraldo de Werner Herzog au
Pérou. Plus captivant que le film de W. Her- Décédés : John Belushi (33 ans), Ingrid Bergman
zog lui-même. (67 ans), Hans Conreid (66 ans), Marty Feld-
man (49 ans), Henry Fonda (77 ans), Victor
Missing (février). Cosla-Gavras trouve une nou Jory (79 ans). Grâce Kelly (52 ans), Henry King
velle inspiration. Film engagé et sincère, l'histoire (96 ans). Vie Morrow (50 ans), Warren Oates
authentique d'un père recherchant son fils dis (52 ans), Eleanor Powell (69 ans). Lee Strasberg
paru au Chili. D'après un livre de 'ITiomas Hauser (80 ans), King Vidor (88 ans), Charles Walters
(oscar pour la meilleure adaptation). (68 ans), Jack Webb (62 ans).

OSCAR : TERMS OF ENDEARMENT


1983 PRODUCTION : 184 films

LES FAITS

Box-office : receltes records, mais nombre d'entrées très légèrement en baisse. En janvier, après
31 semaines d'exploitation, ET. double le record précédemment établi par Star Wars, avec près de
195 millions de dollars de recettes-distributeur (marchés américain et canadien).
La production est en augmentation, l^es Majors terminent ou entreprennent 120 nouveaux films
(contre 85 en 1982). 1^ production indépendante est en augmentation de 30 %.
Triomphe commercial de The Return of the Jedi (George Lucas-Fox), troisième volet de
la trilogie Star Wars. (jui dépasse les recettes du second et approche celles du premier.
Les coûts de production sont en augmentation de 15 % par rapport à 1982. Coût moyen d'une
production des Majors : 113000(K) dollars.
Wamer Communications : important déficit dû aux mauvais résultats de la filiale Atari (qui
avait réalisé des bénéfices spectaculaires en 1981-1982).
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Trois avocats spécialisés dans l'industrie du spectacle achètent New World, la société de production
indépendante de Roper Corman. pour I65(X)0()0 dollars.
Nathaniel Davis, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Chili, intente un procès en diffamation
contre Universel, Constantin Costa-Gavras (producteur et réalisateur de Missing) et l'auteur du
livre donl le film est tiré.

John tandis et les autres inculpés dans l'affaire Twilight ZA>ne sont acquittés (avril), mais une cour
supérieure rouvre l'instruction (novembre).

LES ŒUVRES cers) mais pas l'esprit d'Ernsl Lubilsch, ni son


sens du rythme (dirigé par Alan Johnson).
Breathless (mai). The Mon Who Loved
The Right Sluff (octobre), t'ère des astronautes Women (décembre). Encore deux nouvelles ver
télécommandés succède à celle des pibites d'essai. sions de classi(|ues. français cette fois. Démarches
Une fres(iue à la fois épicjue et ironitjue où Philip opposées de Jim McBride. qui ne s'inspire (|ue
Kaufman fait heureusement passer les effets spé lointainemenl d'4 bout de souffle, et de Blake
ciaux au second plan et s'attache aux person- Edwards, (jui, lui, reste très près du film de
na{îes. avec un respect, une attention (jui évotjuent François 'l'ruffaut, mais n'en donne pas moins une
le David Lean de Breaking the Sound Barrier. œuvre aussi américaine (jue celle de Truffant était
Emouvant et chaleureux. Excellente interprétation française.
d'ensemble.
Star 80 (novembre). Silkwood (décembre). Deux
The Big Chili (septembre). L'ère des yuppies portraits de femme, deux histoires vraies. Bob
succède à celle des contestataires. Une bande de Fosse évo(jue Dorolhy Stratten, naïve modèle de
copains embourgeoisés se retrouvent (à l'occasion PlayhoY. assassinée par son amant jaloux. Mike
du suicide de l'un d'eux). évo(|uenl leur jeu Nichols décrit le combat de Karen Silkwood. (jui
nesse idéaliste, évaluent leurs itinéraires respectifs, dénonça les dangers d'une usine nucléaire. Le
s'affrontent un peu, rigolent beaucoup. Après ses premier hésite à traiter vraiment son sujet (l'exploi
scénarios dérivatifs pour Stevim Spielberg-George tation sexuelle sous ses diverses formes,(^t en parti
Lucas et son pastiche de film noir (Body Heat). culier la fi)rme praticjuée par Hugh Hefner et
I,.awrence Kasdan s'essaye à une œuvre plus per Plavboy). le second ne peut éviter d'aborder le
sonnelle. qui reprend d'ailleurs exactement le sien, mais préfère, lui aussi, se concentrer sur les
thème du film de .lohn Sayles. The Relurn of the individus. Deux films qui ont leurs limites, mais
Secaucus 7 (1980). avec plus de moyens et plus furent néanmoins sous-estlmés par la critique
de roublardise. française.
Tender Mercies (mars), (dmonique familiale Never Cry Wolf(septembre). L'un des seuls films
enracinée dans l'Américjue du Sud-Ouest, qui (jui retrouvent le lyrisme, le sens de l'aventure, de
raconte la régénération d'un homme, sa redécou l'insolite, propre à Jack London. Une étonnante
verte de sentiments très simples. Mélange attachant réussite de Carroll Ballard, très supérieure à The
et irritant de sentiments très justes, très profonds, Black Stallion. 1.es rencontres avec les Escjui-
et d'une dramaturgie trop calculée. (Coproduit par maux sont d'une drôlerie dénuée de toute condes
Robert Duvall et le scénariste. Ilorton Foote (qui cendance.
obtinrent chacun un oscar), dirigé par Bruce Under Pire (octobre). Un journaliste découvre le
Beresford.
rôle de la CIA et les exactions commises par le
Blue Thunder (mai). Wargantes (mai). Deux gouvernement qu'elle soutient au Nicaragua. Un
films brillants et efficaces de John Badham, for film d'inspiration très progressiste, proche de celle
mellement impersonnels et tributaires de la mode, de iMissing de Costa-Gavras (antérieur, mais que
mais fjui abordent deux sujets similaires et sti les auteurs ne connaissaient pas lors du tournage).
mulants ; le danger provotpié par la surgadgé- Les interprètes (Nick Noite, Ed Harris. Joanna
tisation des m»)yens de répression (Blue Thunder) Cassidy) sont très convaincants, le score de Jerry
et par l'abandon de certains postes clés aux ordi Goldsmith superbe. Roger Spotliswoode. ancien
nateurs (Wargames, dont le point de départ est monteur (de Sam Peckinpah et Karel Reis/.) consi
passionnant). dère Under Pire comme son véritable premier
film.
Scarface (décembre). To Be or I\/ot To Be
(décembre). Deux classiques dans une nouvelle King of Comedy (février). Un comique man(]ué,
version. Brian De Palma met Howard Hawks au obsédé par son idole, l'enlève et devient célèbre.
goût du jour (drogue, sexe, inceste) dans un Martin Scorsese confronte Robert De Nlro et Jerry
des films les plus graphiquement et efficacement Lewis. <|ui joue pres<jue son propre rôle. Une
violents de la décennie. Mel Brooks retrouve vision sombre et sarduni({ue du monde des émis
Hitler (sa Nemesis paradoxale dans The ProdU' sions télévisées et des fans.
L" elig (juillet). Woody Allen caméléon, ou le faux Premiers longs métrages : Paul Brickman (Risky
et usage de faux considéré comme un des beaux- Business). Lizzie Borden {Born in Fiantes).
arts. Un maître de l'imitation se donne ici une bat Adrian Lyne [Flashdance). James L. Brooks
terie de rôles à sa mesure. Un impressionnant {Terms of Endearmeni,({ui reçoit 5 oscars, dont
travail sur le matériau photographiijue et Hlmique. celui de la meilleure réalisation).
Rumble Fish (octobre). Sur un sujet prétexte (les Dernier film de Sam Peekinpah {The Osterman
gangs d'adolescents dans les années cinquante), Weekend) qui va mourir en 1984. Dernier film
éblouissant exercice de style de Francis Coppola, (posthume) de Natal ie Wood, morte noyée en
qui tient plus de l'opéra et du ballet que du réa novembre 1981, ({uelques jours avant la fin du
lisme traditionnel. L'invention visuelle et sonore tournage (Brainstorm).
constante transcende les conventions du matériau
Oscars d'interprétation : Robert Duvall {Tender
(un roman de S.E. Hinton, dont Coppola avait pré
Merdes), Shirley MacLaine {Terms of
cédemment adapté TTte Outsiders, sur un sujet
Endearmeni), Jack Nicholson {Terms of
semblable). Admirable travail de Dean Tavoularis,
Endearmeni, second rôle).
le production designer attitré de Coppola, de
Stephen H. Birum pour une hallucinante photo en Interprétations mémorables de l'année : Scott
noir et blanc (avec de rares ponctuations colorées), Glenn et Ed Harris (dans les rôles des astronautes
sans oublier la musique (Stewart Copeland), la Alan Shepard et John Glenn) dans Tlte Righl
prise de son et le montage. Un film scandaleu Sluff. Mary Steenburgen (dans le rôle de la
sement méprisé par la quasi-totalité de la criti<îue romancière Marjorie Kinnan Rawlings) dans
américaine. Cross Creek. Meryl Slreep (dans le rôle de Karen
Silkwood) dans Silkwood. Cher dans Silkwood.
A REDECOUVRIR : Cross Creek (Martin lîilt).
Nick Nolte, Joanna Cassidy et Ed Harris dans
Ris/^' Business (Paul Brickman). Under Pire. Charles Martin Smith dans \'ever
Cry Woif. Christopher Walken dans The Dead
Zone. Robert De Niro, Jerry Lewis et Sandra
Bernhardt dans King of Comedy. Al Pacino et
Michèle Pfeiffer dans Scarface. Debra Winger
LES TALENTS dans Terms of Endearmeni. Eric Roberts dans
Slar 80.

Acteurs-réalisateurs : Barbra Streisand écrit, pro Décédés : Robert Aldrich (65 ans), Buster Crabbe
duit, dirige et interprète Yentl. d'après Isaac (75 ans), George Cukor (83 ans), Dolores Del Rio
Singer (qui désavoue l'adaptation). David Carra- (78 ans). William Demarest (91 ans). Joan Hackett
dine produit, dirige et interprète Americuna. (49 ans), David Niven (74 ans), Simon Oakland
Sylvester Stallone écrit, produit et dirige Staying (61 ans). Norma Shearer (80 ans), Walter Slezak
Alive. Robert Duvall écrit et dirige Angelo (80 ans), Gloria Swanson (84 ans), Tennessee
M\' Love. Williams (69 ans).

OSCAR : AMADEUS
1984 PORDUCTION : 189 films

LES EAITS

Zoetrope : le financier canadien Jack Singer, qui avait prêté 3 millions de dollars à Francis Coppola
en 1981 pour terminer One From Ihe Heari, et forcé le studio à se déclarer en faillite en juillet
1983. achète Zoetrope aux enchères pour 12 300000 dollars. Francis Coppola en avait demandé un
minimum de 20 millions en 1982.

Disney : création du label Touchslone pour les productions du studio non destinées au public
familial. Le premier film Touchstone est Splash, un des gros succès de l'année. financier Saul
Sleinberg, qui dirige le Reliance Group essaie de prendre le contrôle de la compagnie en acquérant
12 % des actions Disney. Roy Disney (frère de Walt) démissionne de la présidence du conseil
d'administration (avril) puis revient Disney rachète 11 % de ses actions à Saul Sleinberg pour
près de 300 millions de dollars. Saul Sleinberg réalise un bénéfice considérable, et les actions
Disney tombent en flèche, bien que les revenus du studio aient augmenté de 25 %. Un autre groupe.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993 124

Minstar, essaie à son tour de contrôler la compagnie, mais ses intérêts sont rachetés par les frères
Bass, du Texas, <}ui réunissent près de 25 % des actions.
Paramount : Barry Diller. après dix ans au studio, abandonne la présidence pour succéder à Alan
Hirshfield à la tête de la Fox. Franck Mancuso est nommé au poste de Barry Diller. Mike EIsner, le
bras droit de Barry Diller depuis huit ans, donne sa démission.
MGM/UA : accord de distribution avec Cannon. UA Classics devient MGM/UA Classics et son
siège est transféré de New York en Californie.
Distribution : Paramount sort Indiana Jones and the Temple of Doom simultanément sur
1685 écrans (dont 6(K) en 70 mm)et Star Trek HJ sur 1966 écrans.
Recettes : deux films dépassent les 100 millions de recettes-distributeur sur le seul marché
américain : Ghostbusters (122 millions) et Indiana Jones and the Temple of Doom
(109 millions).
Litiges : procès Twilight Zone. A la suite de Taudition de 35 témoins et experts présentés par
laccusation, le juge décide «jue le réalisateur John lundis, le pilote de l'hélicoptère et le responsable
de la coordination des effets spéciaux doivent être inculpés de négligence criminelle.
Affaire du Cotton Club : le producteur Robert Evans après sa défection financière est évincé par
les frères Doumanis (jui reprennent en main la production du film. Evans leur intente un procès.
Un arrangement à Tamiable met fin au litige en août : Robert Evans abandonne tous ses intérêts aux
bénéfices et reconnaît aux frères Doumanis 100 % de la propriété du film. Il reçoit en contrepartie
une compensation monétaire importante, et conser\e son titre de producteur.
Conflit Blake Edwards-MGM/UA : le studio demande 340 millions de dommages et intérêts à Blake
Edwards pour «dépenses inutiles et excessives» pendant le tournage de Curse of the Pink
Panther. Trait of the Pink Panther. et Victor/Victoria, (ilette action répond à un procès
intenté par Blake Edwards contre le studio en septembre 1983. Il reprochait à MGM/UA d'avoir
délibérément nui au succès commercial de Curse of the Pink Panther en réduisant le budget
publicitaire de moitié, et imputait de plus au président du studio des propos diffamatoires contre
lui-même et sa femme Julie Andrews.
Conflit Sergio Leone-Alan l.add Jr. : Sergio Leone condamne la version écourlée (de 3 h 45 à
2 h 15) et re-montée de Once Upon a lime in America présentée aux Etals-Unis par ITie l^dd
Company (distribution Warner Bros.). Selon Leone. Alan Ladd Jr. n'a pas tenu son engagement de
sortir le film dans une version de 2 h 45 minimum.

VIDEO : Media Home Entertainment paie une avance de 2600(MX) dollars pour les droits vidéo de
Santa Claus, The Movie. avant même le début du tournage. Family Home Entertainment paie
3250000 dollars pour les droits de Supergirl(rword précédent : un million pour Silk^ood).

LES ŒUVRES Ghostbusters (juin). Comédie fantastique très


cool, aussi new-yorkaise (jue Repo Man est cali
fornien. et tout aussi «mode». Les monstres atta-
Under the Volcano (mai). Adapter le (juent Central Park West et la bibliothè(|ue de
chef-d'œuvre de Malcolm Lowry. roman rumi- la 42'" Rue avant de s'en prendre au réfrigé
natif et sans action, était un pari insensé (au(|uel rateur de Sigourney Weaver. Dialogue inventif et
rêvèrent Herbert J. Biberman et Joseph Losey). décontracté. Ecrit par Dan Aykroyd et Harold
Huslon passe à côté avec les honneurs de la guerre. Remis (deux des quatre pourfendeurs de fan
Si on oublie Malcolm Lowry, on voit un beau film tômes). dirigé par Ivan Rtûlman.
hustonien où le jeu trop appliqué d'Albert Finney
se perd dans une superbe description du Mexi(|ue. Stranger Than Paradise (octobre). Encore de
la comédie cool. mais cette f<)is dans le registre
Repo Man (mai). Une comédie noire bâtie en minimaliste. L'errance wendersienne revue par
référence (un peu trop) à Kiss Me Deadly et à la Andy Warhol et le W.C. Fields de The Fatal
mode californienne. Souvent drôle, notamment Glass of Beer. Deux marginaux dérisoires et irré
(]uand Harry Dean Stanton détaille la philosophie cupérables splendidement joués par John Lurie
du récupérateur de voitures. Les nombreux petits et Richard Edson (qui se ressemblent comme
gags incongrus et dis<Tets séduisent plus que la des frères jumeaux, jusqu'à leur chapeau). Eszter
science-fiction parodi<|ue finale. Balint. mémorable en immigrée maussade et verti-
gineusement dépourvue d'humour, qui découvre comme paralysé par le budget et le décor. Duke
une certaine forme de rêve américain. Jim Jar- Ellington (l'homme et sa musique) totalement sacri
musch impose un ton, et un style formel très fié aux histoires de gangsters. Toutefois, une belle
rigoureux (plan-séquence systématique) qui sert envolée finale, qui fait déboucher le film sur
parfaitement son comique pinee-sans-rire. l'univers de la comédie musicale.

Strangers Kiss (octobre). Reconstitution fiction- Amadeus (septembre). Milos Forman adapte la
nelle du tournage d'une petite production fauchée sombre fantaisie théâtrale de Peter Shaffer qui
en 1955 - en fait, le Killer^s Kiss de Stanley déboulonne le mythe du divin Mozart. Brillante et
Kubrick. Plus qu'un hommage cinéphilique, ce peu conventionnelle évocation historico-musicale
premier film de Matthew Chapman crée sa propre qui, malheureusement, s'essouffle dans le dernier
atmosphère, son propre univers. Les personnages tiers de ce très long film (158 minutes).
sont traités avec respect, acuité, subtilité, et très Beverly Hills Cop (décembre). Sur un sujet pour
bien interprétés, en particulier par Peler Coyote série télévisée, un film d'action vigoureusement
dans le rôle du metteur en scène. Un des très rares
mené, construit sur la personnalité sympathique
films sur le cinéma où le travail du cinéaste et
d'Eddie Murphy. Le gros succès commercial de
de ses collaborateurs, et leurs problèmes, sont l'année après Ghostbusters. Drôle mais répétitif.
vraiment montrés au lieu d'être occultés, simplifiés
ou mythifiés.
Love Streams (août). Ou l'amour est un long
fleuve agité. Un romancier dragueur et une divor LES TALENTS
cée inconsolable (sa sœur), également excentriques,
confrontent leurs conceptions de la vie. de l'amour,
des rapports aux autres et au monde. Ils se réconci Difficultés de Jonathan Demme et Jerry Schatz-
lieront en transformant la maison du romancier berg avec leurs producteurs : Goldie Hawn, vedette
(qui, dans la vie, est aussi celle des deux inter et productrice de Swing Shift fait couper le
prètes) en arche de Noé. L'avant-dernier film de film et oblige Jonathan Demme à tourner des
John Cassavetes, sa dernière œuvre personnelle, et scènes supplémentaires. Misunderslood de Jerry
un de ses chefs-d'œuvre. Gena Rowlands y est. Schatzberg, produit par Tarak Ben Ammar, est
comme toujours, admirable. également modifié et remonté.
Micki and Maude (décembre). Ou une femme Deux acteurs dirigent leur premier film : Rob
peut en cacher une autre, et récipnujuemenl. Reiner {TTiis !s Spinal Tap), Léonard Nimoy
Comment un bon mari qui veut des enfants (Star Trek UI).
devient, par la force des choses, bigame et père
Autres débuts dans le long métrage : Jim Jarmusch
illégitime. Blake Edwards, prenant comme point
(Stranger than Paradise). Marisa Silver (Old
de départ un adultère des plus ordinaires, en tire
Enough). Kathryn Bigelow {The Loveless).
toutes les conséquences possibles et imaginables
(ou même inimaginables). Inégal mais très per Robert Altman filme la pièce à un seul person
sonnel: contient des moments hilarants et déli nage de Donald Freed et Arnold Stone Secret
rants. Honor^ avec Philip Baker Hall dans le rôle
de Nixon.
indiana Jones and the Temple of Doom
(mai). Une ouverture fulgurante, des effets spé Retour de Jerry Lewis, acteur, dans Slapstick of
ciaux impressionnants, mais aussi des [lassages à Ânother Kind. d'après le roman Slapstick de
vide, un racisme endémique et une misogynie galo Kurt Vonegut (dirigé par Steven Paul). Mal reçu.
pante, un goût morbide pour les images répu
Débuts à l'écran : Andie MacDowell dans Grey-
gnantes et/ou sadicjues. Steven Spielberg confirme stoke : The Legend of Tarzan, Lord of the
sa notoire tendance sado-anale.
Àpes (où sa voix est doublée par Glenn Close),
Places in the Heart (septembre). Country (sep John Malkovich (Ihe Killing Fîelds).
tembre). The River (novembre). Trois cinéastes,
Oscars ; F. Murray Abraham (Amadeus), Sally
Robert Renton. Richard Pearce et Mark Rydell. se
Field (Places in the Heart).
penchent simultanément sur le sort de ce grand
oublié : le fermier américain, pendant les années Interprétations mémorables : Christine I^hti dans
trente {Places) et aujourd'hui. Trois films géné Swing Shift, Philip Baker dans Secret Honor,
reux et très traditionalistes tant dramaticjuement Bill Murray et Sigourney Weaver dans Ghost
qu'idéologi(iueinenl, qui privilégient les person busters. Dudley Moore dans Micki and Maude,
nages féminins (Sally Field. Jessica Lange. Sissy Matthew Modine et Nicolas Cage dans Birdy, Tom
Spacek). Hulce dans Amadeus, Harry Dean Stanton dans
Repo Man et Paris, Texas, John Cassavetes et
The CoHon Club (décembre). Un talent (jui Gena Rowlands dans Love Streams.
tourne à vide. Une très grande recherche visuelle,
mais un scénario superficiel (malgré la présence Décédés : Richard Basehart (70 ans), Richard
d'un bon écrivain, William Kennedy) qui semble Burton (58 ans), Peggy Ann Garner(53 ans), Janet
ÉVOLUTION DE HOLLYIVOOD 1940-1993

Gaynor (77 ans), Frances Goodrich (93 ans), Lil- Mahin (81 ans), James Mason (75 ans), Ethel
lian Hellman (79 ans), Sam Jaffe (93 ans), William Merman (75 ans), Sam Peckinpah (59 ans), Waller
Keighley (94 ans), Norman Krasna (74 ans). Peter Pidgeon (87 ans), William Powell (91 ans), George
Lawford (61 ans), Joseph Losey (75 ans), John Lee Waggner (90 ans), Johnny Weissmuller (79 ans).

OSCAR : DUT OF AFRICA

1985 PRODUCTION : 224 films

LES FAITS

Première année de stagnation économique depuis 1980. I^es recettes sont en diminution de 7 % et
les entrées de 11 % par rapport à 1984.
Le magnai de la presse internationale Rupert Murdoch achète 20th Cenlury-Fox à Marvin Davis
pour 575 millions de dollars. Rupert Murdoch achète également six stations de télévision aux Etals-
Unis. Ted Turner et son lumer Broadcasling System négocient Tacquisition de MGM/UA.
Coca-Cola achète Embassy Communications pour 485 millions de dollars et revend le catalogue de
films et la branche distributrice d'Embassy à Dino De Laurentiis, qui leur donne le nom de Dino
De Laurentiis Entertainment Group. Dino De l.aurentiis se lance dans la production de films aux
Etats-Unis.

Suite à l'annonce par le ministère de la Justice que le gouvernement n'a pas l'intention de réviser
ces décrets, Columbia absorbe la chaîne de salles new-yorkaises Waller Reade. C'est la première fois
qu'un Major se tourne vers l'exploitation depuis les décrets de 1948 qui avaient institué la
séparation de la production/distribution d'avec l'exploitation.
Le circuit de salles canadien Cineplex Odeon (460 écrans au Canada) achète la chaîne américaine
Plitt TJiealres (600 écrans) pour 65 millions de dollars. Cineplex Odeon entreprend simultanément
une campagne d'expansion sur le territoire américain qui, en moins de deux ans, placera la chaîne
au deuxième rang (après Unîted Artists Communications) pour le nombre d'écrans aux Etals-Unis.
Alan f^dd Jr. est nommé président de United Artists. Frank Yablans, précédemment président de
MGM/UA, ne reste à la tête que de MGM, puis démissionne deux mois plus tard pour former une
société de production indépendante (Northslar Entertainment) avec PSG Delphi. Alan Ladd Jr.
prend alors le poste de P-DG de MGM/UA.
Warren Reatty et la Directors Guild réussissent à empêcher Paramount et le réseau ABC de
diffuser une version écourtée de Reds.

LES ŒUVRES le meilleur rôle à ce jour. Premier rôle important


de Rosanna Arquette (avec celui d'A/ter Hours).

After Hours (septembre). Scorsese en pleine Losi in America (février). Comédie très person
forme réussit une sorte d'ange exterminateur new- nelle (dirigée, coécrite et interprétée par Albert
yorkais. une comédie (|ui tourne au rêve, puis au Brooks), injustement méprisée par la critique fran
cauchemar, où l'on retrouve tous ses thèmes et çaise. Les mésaventures d'un couples de yuppies à
toutes ses obsessions (culpabilité et notations reli la recherche de la pureté originelle. Queh|ues
gieuses, tabous sexuels et errances nocturnes). Sa scènes désopilantes (Albert Brooks évoquant ses
première collaboration avec le chef opérateur souvenirs d'Easy Rider avec un policier venu lui
Michael Ballhaus, remarqué par Michael Powell. donner une contravention).
Desperately Seeking Susan (mars). Tout aussi Back to the Future (juillet). Cette comédie
new-yorkais quAfier Hours, mais aussi diurne et anodine se fonde - grâce à l'alibi du voyage dans le
éclaté que le Scorsese est nocturne et claustro- temps - sur un fantasme freudien vertigineusement
phobique. Comédie branchée, au dialogue vif. Un troublant : le voyageur rencontre sa mère dans le
deuxième film maîtrisé de Susan Seidelman. Pre passé et a la possibilité non seulement d'empêcher
mière apparition à l'écran de Madonna. dont c'est son mariage, mais de se substituer au (futur) père.
Le thème n'est pas traité (comment pourrait-il film. Confronte comiquement l'innocence du vieux
l'être?), et Robert Zemeckis. réalisateur et coscéna- cinéma et la rude réalité qu'il prétendait ignorer.
riste, accumule les gadgets, les effets spéciaux et les Dut of Àfrica (décembre). La vie de Karen
plaisanteries faciles (la meilleure, sur Ronald Rea Blixen, alias Isak Dinesen, incarnée par Meryl
gan et Jerry Lewis, est en même temps tota Streep. Sydney Pollack réussit ce beau portrait
lement prévisible, voire inévitable). Le plus gros d'une femme exceptionnelle sur fond de safari et
succès commercial de l'année (devant Rambo // et
d'atmosphère coloniale. Sept oscars, dont meilleur
Rocky iV). film, mise en scène, scénario, photographie, etc.
PrizzVs Honor (juin), ou Vanii-Godfather.
John Huston piétine le mythe de la Mafia, ses
codes et ses lois avec un humour colérique et
décapant. De ce rassemblement de marionnettes
lyranniques, de crétins avides de pouvoir, il fait un
LES TALENTS
pamphlet sur la corruption des valeurs, une allé
gorie d'une stupéfiante jeunesse sur l'Amérique
moderne.
Réalisateurs étrangers aux Etats-Unis : les Austra
The Color Purple (décembre). Voulant prouver
liens Peter Weir {Witness), Fred Schepisi {Plenty)
qu'il peut faire un film sérieux, adulte, avec une et Bruce Bcresford {King David), Andrei Kon
conscience sociale. Sleven Spielberg adapte le chalovsky {Mariais Lovers ; Runaway Train),
roman de la féministe noire Alice Walker et
Louis Malle {Alamo Ray).
sombre dans le mélo bariolé et manipulateur, les Débuts dans la mise en scène : Tim Burton
effets outrés jus<{u'au grotesque. Une intéressante {Pee-Wee^s Big Advenlure), Joël Coen {Blood
distribution noire, malheureusement encouragée Simple), le scénariste Alan Sharp {Liitle Trea-
à cabotiner. sure).

Pale Rider (juin). Western visuellement somp Débuts à l'écran : Michael J. Fox {Back to
tueux (à ne pas voir à la télévision, la photo de the Future), Pee-Wee Herman (Paul Reubenfeld,
Bruce Surlees étant audacieusemenl sombre), dont Pee-Wee^s Big Àdventure). Madonna [Despe-
le scénario allégori(|ue évoque Shane mais aussi rately Seeking Susan), Wlioopi Goldberg et
les westerns précédents de Clint Eastwood {High Oprah Winfrey (Ihe Color Purple), River Phoe-
Plains Drifter et The Outlaw Josey Wales) : nix, Ethan Hawkes {Explorers).
un héros solitaire, prêcheur mythique, inspire une Horton Foote signe les scénarios de The Trip tO
communauté de mineurs menacée.
Bountiful (réalisateur Peter Masterson), d'après
The Journey of I^atty Gann (octobre). Un film sa propre pièce, et de 1918 (réalisateur Ken Har-
pour enfants qui évite les poncifs des productions rison), produit par sa femme Lilian et inter
Walt Disney. La mise en scène de Jeremy Kagan prété par Hallie Foote et Horton Foote Jr.
est proche de l'esprit de James O. Curwood et Interprétations mémorables : Jessica Lange dans
Jack London. Sweet Dreams. Ed Barris dans Sweet Dreams
et Alamo Bay. Nastassia Kinski dans Mariais
Mariais Lovers (janvier). Runaway Train Lovers. M. Emmett Walsh dans Blood Simple.
(décembre). Deux films très différents d'Andreî Rosanna Anjuette dans Desperately Seeking
Konchalovsky produits par Golan-Globus. Dans le Susan. Cher dans Mask. Albert Brooks et Julie
premier, excessif mais personnel, sentiments exa Hagerty dans Lost in America. Harry Dean
cerbés. passions violentes, lyrisme débridé. Le Stanton dans Fool for Love. Jon Voighl dans
cadre est américain mais le ton, l'atmosphère, les Runaway Train.
plans de nature évoquent une sensibilité russe.
Runaway Train est une brillante démonstration, Oscars d'interprétation : William Hurt {Kiss of
un peu impersonnelle, du métier du réalisateur, the Spider Woman), Géraldine Page (The Trip
qui utilise remar(|uablement un train emballé, sans to Bountiful), Don Ameche (Cocoon. second
conducteur, à travers une tempête de neige. rôle), Anjelica Huston (PrizzVs Honor. second
rôle).
Sweet Dreams (octobre). Karel Reisz donne un
film complètement différent de son précédent (The Décédés : Anne Baxter (62 ans). Louise Brooks
French LieutenanVs Woman, 1981): une bio (78 ans), Yul Brynner (70 ans), Stepin Fetchit
graphie de la chanteuse country western Patsy (83 ans), Ruth Gordon (88 ans), Margaret Hamil-
Cline. subtile et délicate, (pii évite la plupart des ton (82 ans). Henry Hathaway (87 ans). Harold
écueils du genre, sans le renouveler. Remarquable Hecht (77 ans). Rock Hudson (59 ans), Lloyd
interprétation. Nolan (83 ans), Edmond O'Brien (69 ans), George
O'Brien (85 ans), Phil Silvers (73 ans), Kent Smith
The Purple Rose of Cairo (mars). Une fantaisie (78 ans), Gale Sondergaard (86 ans), Sam Spiegel
pirandellienne de Woody Allen. Les personnages (82 ans), Joseph Walker (92 ans), Orson Welles
du film dans le film se mêlent aux personnages du (70 ans).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

OSCAR : PLATOON

1986 PRODUCTION : 292 films

LES FAITS

Les Majors el Texploitalion : Paramount achète les chaînes Trans-Lux, Mann Théâtres et Festival
Enterprises, soit 485 écrans, pour 285 millions de dollars.
Tri-Star achète la chaîne I^ews (230 écrans) pour plus de 200 millions de dollars.
MCA (Universal) adjuiert la moitié des intérêts de Cineplex Odeon.
Cineplex Odeon continue son expansion, achète ({uatre chaînes de salles, et dépasse les 1 500 écrans.
Avec la collaboration de MCA. Cineplex commence la construction d'une multisalle de 18 écrans à
Universal City.
MGM/LA : l'acquisition de MGM/UA par Ted Turner (Turner llroadcasting System) est
officiellement annoncée le 25 mars. Prix d'achat : un milliard et demi de dollars. 4ed Turner revend
immédiatement United Artists à la firme Tracinda de Kirk Kerkorian. En juin, il revend les studios
MGM à United Artists. En juillet, il forme une société d'exploitation du catalogue de films MGM
(toute la production MGM plus de nombreux films RKO et Warner). L'opération a eu
essentiellement pour but d'acquérir ce catalogue, afin d'alimenter les programmes de la station
câblée de Ted Turner. WIllS (basée à Atlanta mais relayée par satellite à la plupart des systèmes de
câble du pays). Par suite de l'endettement nécessité par ces transactions. WTIIS enregistre un déficit
de |>lus de 120 millions de dollars pour l'année.
Coût moyen d'un film [iroduit par les Majors : 16 millions 3000(M) dollars.
Le volume de la production augmente de 70 % par rapport à 1985. Selon Variety, les Indépendants
à eux seuls ont entrepris 463 tournages au cours de l'année. Cet accroissement est dû à l'expansion
du marché vidéo.

Columbia ; Coca-Cola nomme le producteur britanni<|ue David Pultnam (Local Hero. Chariots
of Pire, The Mission), président de Columbia Pictures.
La Securities & E!xchange Commission enquête sur les activités financières du Cannon Group.
Le ministère de la Justice engage ou continue des poursuites contre plusieurs groupes d'exploitants
pour product splitting (prati<|ue qui consiste |>our les exploitants d'une région donnée à décider
entre eux. sur une base non-concurrentielle. <|uelles salles présenteront (juels films).
Début du procès de John I.andis et autres inculpés dans l'affaire île la mort accidentelle de Vie
Morrow et deux enfants au cours du tournage de The Twilight Zone en 1982.
rapport de la commission Meese sur la pornographie recommande une application plus stricte
des lois tant locales <}ue fédérales concernant l'obscénité dans les médias.
La Cour suprême déclare que les municipalités peuvent cantonner les salles porno dans certains
quartiers. Dans une autre décision, la Cour déclare (|ue les films ou publications saisis par des
tribunaux locaux pour obscénité ne sont pas protégés par le premier amendement sur la liberté
d'expression.
Colorisation : MGM signe un contrat avec Color Syst(;m Technology pour la colorisation de
100 films noir et blanc. Disney passe également contrat avec CST pour la colorisation de 16 films
Fox dont The Disney Channel a ac<]uis les droits d'exploitation à la télévision par câble. Premiers
films coloriés : ITs a Wonderful Life, Miracle on 34th Street, Topper, Yankee Doodie
Dandy, The Maltese Falcon.
Parmi les nombreux grimpes cjui protestent contre la colorisation figurent la Direclors Guild, la
Writers Guild. l'American Society of Cinematographers. l'American Film Institute, le National
Council on the Arts. John Huston émet une violente protestation à la suite du passage à WTBS de
son film The Maltese Falcon en couleurs.

VIDEO. HRO achète les droits d'exploitation non exclusifs câble de 72 films MGM/UA pour
300 millions de dollars. D'autre part, HBO renouvelle un accord avec Warner Bros. aux termes
duquel le service câble participera au financement d'un certain nombre de films (contrat de 5 ans
pour un investissement total de 500 millions de dollars).
Showlime achète pour 400 millions de dollars les droits d'exploitation câble de 140 films Disney,
Cannon, De Laurentiis.

LES ŒUVRES fille), famille à laquelle Max von Sydow et Lloyd


Nolan (ce dernier dans un personnage inspiré par
John Farrow) s'intègrent admirablement. Woody
Salvador (mars). L'un des très rares films poli Allen, lui, est désopilant en hypocondriaque. Un
tiques de la décennie, chaotique, maladroit, mais de ses chefs-d'œuvre.
prenant ouvertement position. Vrai premier film Crimes of the Heart (décembre). Encore trois
du scénariste Oliver Stone. MafînifHiue dernière sœurs. Tiré de la pièce de Beth Henley, adaptée
séquence. par son auteur. Le dialogue reste souvent trop
She*s Gotta Have il (août). Autre premier film, théâtral, et la pièce est mineure, mais Bruce
celui de Spike Lee révèle, malgré des inéga Beresford l'aère et l'anime assez habilement. A
lités. un tempérament comique très personnel et voir à tout le moins pour le trio Diane Keaton-
une approche peu conventionnelle du cinéma. Jessica Lange-Sissy Spacek.
Down b}' Law (septembre). Errances et tra Aliens (juillet). Festival d'effets spéciaux savam
vellings dans les bayous. De beaux plans, des ment orchestré par l'auteur de l'amusant Termi'
sé«|uences irrésistibles avec Roberto « / am a good nator, James Cameron. Uniquement technolo-
egg" Benigni, mais des passages à vide, et une mise gi(|ue. mais efficace et parfois même assez
en scène (jui semble s'inspirer des exégèses de effrayant. Comme dans le premier Aiien, excel
Stranger than Paradise. le film précédent de lente utilisation du son.
Jim Jarmusch. TTte Fly (août). Nouvelle version impressionnante
d'un mini-classique de la science-fiction des années
Blue Velvet (septembre). Très surestimé par une
cin(]uante. Graduellement, en une succession de
partie de la critique américaine, le troisième film
détails de plus en plus horribles, Jeff Goldblum se
de David Lynch (après le désastre de Dune)est un
transforme en mouche devant nos yeux. Contrai
thriller inégal <|ui, comme son précédent, introduit
assez gratuitement (quelques obsessions sadomaso
rement au fantastique horrifique d'Allen, celui
de David Cronenberg possède une dimension
chistes (poussées un peu trop loin dans une
humaine qui transcende les effets spéciaux.
scène grolescjue avec Dennis Hopper). Des idées
curieuses (dont le travelling avant de la séquence Manhunter (août). Troisième film de Michael
d'ouverture qui pénètre dans les herbes pour y Mann, le producteur-auteur de la série TV « Miami
découvrir une oreille coupée), des cadrages très Vice », cette très curieuse adaptation du roman
appli(jués, servent d'alibi à une mise en scène rela Red Dragon de lliomas Harris est un tapageur
tivement plate. mais brillant ancêtre de The Silence of the
Lambs (du même romancier). Un ancien agent du
Pegg}' Sue Got Married (septembre). Un « à la FBI lente de capturer un tueur en série et
manière de» Frank Capra fabri«jué et insipide. demande, déjà, de l'aide à Mannibal Lecter - ici,
personnalité de Francis Coppola disparaît dans Dr. Lektor - joué par Brian Cox - pas aussi
cette entreprise commerciale <|ui court après le impressionnant «qu'Anthony Hopkins.
public de Back to Ihe Future. Son plus gros
succès commercial depuis longtemps. 52 Pick-up (novembre). Policier brutal et tei
gneux qui, pour une fois, rend justice à l'univers
Blake Edwards^ ThaVs Life! (septembre). d'Elmore Léonard (il cosigne l'adaptation de son
Aussi personnel (comme son litre l'annonce) que le roman avec John Steppling). Un trio de crapules
précédent est impersonnel. 48 heures de la vie stupides, incompétentes, et qui n'en donnent pas
d'un couple, lui architecte déçu et hypocondria(jue, moins froid dans le dos. Un brillant retour de
elle chanteuse menacée d'un cancer. Une médi Frankenheimer, bien que le film soit passé ina
tation - bien (jue souvent sur le mode burles<jue - perçu (on devrait le redécouvrir dans quelques
sur le vieillissement, la peur de la mort, le matéria années).
lisme. les idéaux et les vraies valeurs.
ileartburn (juillet). Mike Nichols à la recherche
Hannah and Her Sisters (février). Trois sceurs d'un sujet. Nora Ephron adapte son médiocre
(et les hommes de leur vie), leurs rivalités, leurs roman autobiographique sur son mariage avec
inquiétudes, leurs rêves. Est-ce le changement de Cari Bernstein, héros du Watergate et phallo
chef opérateur (Carlo I)i Palma remplace Gord»)n crate. Elle est l'épouse parfaite, il est l'incarnation
Willis)? Le film est plus chaleureux, plus serein du mal/ mâle. Le film hésite entre le sérieux et la
que les précédents. Un film de famille et en famille caricature, et ne trouve jamais sa voie. Des acteurs
(tourné dans l'appartement de Mia Farrovi', avec (Meryl Streep. Jack Nicholson) plus grands que
Maureen O'Sullivan jouant la mère de sa propre leurs rôles.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

The Color of Money (octobre). « Fm back! » Donna Deitch {Desert Hearts), Robert Harmon
25 ans après, Paul Newman reprend son rôle de {The Hitcher), Spike I^e {She^s Gotta Have If),
The Hustler. Sur le thème classique du vétéran
Paul Mazursky tourne une nouvelle version de
qui prend en main un jeune doué, mais pré
Boudu sauve des eaux, sous le titre Down
somptueux. Martin Scorsese et son chef opérateur
Michael Ballhaus tirent un brillant parti des tables and Oui in Beverly Hills avec Nick Nolie dans
le rôle de Michel Simon.
de billard et des carambolages.
Kirk Douglas et Burt Lancaster de nouveau réunis
Something Wild (octobre). Une jeune excen
trique, redoutable et irrésistible, entraîne un jeune dans Tough Guys.
homme sage dans une aventure calamiteuse. Cette Débuts à l'écran : Keanu Reeves {Fîying), Wesley
comédie située dans des décors chers à Jonathan Snipes {Wildcats), Winona Ryder {Lucas).
Demme change brusquement de ton et passe du
marivaudage à la violence la plus brutale. Oscars d'interprétation : Paul Newman {The Color
of Money), Marlee Matlin {Children of a Ces
Sherman's Match (septembre). Du documen ser God), Michael Caine et Dianne Wiest {Han-
taire comme journal intime. Sous prétexte de nah and lier Sisters).
retracer la marche hislori({ue du général Sherman
à travers la Géorgie en 1864, Ross McElwee. Autres interprétations mémorables : Roberto Beni-
auteur complet, rend visite à sa famille et filme gni dans Down by Law ; Jeff Goldblum dans
diverses rencontres et errances. Cet essai auto
The Fly; Melanie Griffith dans Something
biographique très original est sous-titré : «Médi Wild; Spike Lee dans She^s Gotta Have it;
tation sur la possibilité de Famour romanti(]ue Sissy Spacek dans Crimes of the Heart et
dans le Sud pendant une ère de prolifération ^night, Mother, Barbara Hershey dans Hannah
nucléaire.»
and Her Sisters et dans Hoosiers, Jeff Daniels
dans Something Wild, Dexter Gordon dans
Round Midnight.
Irwin Winkier produit Round Midnight de
LES TALENTS Bertrand Tavernier pour Warner Bros. avec Dex
ter Gordon. Tourné en anglais et en français.
Oscar à Herbie Hancock pour la musique (premier
Premiers films : deux actrices dirigent leur pre oscar remporté par un musicien de jazz).
mier film Sandra Locke {Rat Boy), Penny
Marshall {Jumpin" Jack Flash). Décédés : Cary Grant (82 ans). Sterling Hayden
(70 ans). Eisa Lanchester (84 ans), Ray Milland
Anthony Perkins se dirige lui-même dans Psycho (81 ans), Vmcente Minnelli (83 ans), Otto Pre-
tu. David Byrne, du groupe rock 'Falking Heads, minger (80 ans). Robert Stevenson (81 ans), Paul
dirige True Stories. Autres débuts intéressants Stewart (78 ans), Hal Wallls (87 ans), Keenan
dans la réalisation : David Anspaugh [Hoosiers). Wynn (70 ans).

OSCAR : THE LAST EMPEROR

1987 PRODUCTION : 478 films

LES FAITS

Nouvelle année record au box-office : 12 % d'augmentation par rapport à 1986. Néanmoins, le


krach boursier d'octobre affecte la plupart des compagnies cinématographiques. A la fin d'octobre,
la plupart des actions des Majors ont perdu au moins 20 %(Tri-Star : 39 %, Orion : 37 %, Disney :
30 %, Gulf & Western : 18 %).
Paramount : le studio totalise 20 % des recettes-distributeur totales de l'année, grâce à trois gros
succès : Beverly Hills Cop //, Fatal Attraction et The Untouchables, respectivement n" 1, 3
et 5.

Columbia : Coca-Cola absorbe Tri-Star et fonde une nouvelle société, Columbia Pictures
Entertainment, groupant Tri-Star et l'ex-Entertainment Business Sector de Coca-Cola (y compris
Columbia Pictures et Coca-(!]ola Télévision). A la suite d'une distribution aux actionnaires, Coca-
Cola n'est plus propriétaire de Columbia Pictures Ent. qu'à 49 %. Victor Kaufman, président de
Tri-Star, est nommé P-DG de la nouvelle compagnie, et devient ainsi le supérieur de David
Puttnam, qui démissionne peu après. Dawn Steel, directrice de la production à Paramount, est
nommée à sa place.
Désastre critique et commercial de deux films Columbia à très gros budget :Ishtar(50 millions) et
Léonard Part Vi(25 millions).
Cannon Croup : plus de 60 millions de dollars de déficit au cours de l'année fiscale 1986-1987 de
la compagnie. La SEC (Commission des opérations de Bourse américaine) assigne Cannon pour
déclarations financières frauduleuses.
Disney : les revenus provenant du cinéma doublent par rapport à 1986 et atteignent 130 millions de
dollars.

VIDEO. Les revenus des ventes et locations de films en vidéocassette atteignent 7 milliards
400 millions de dollars (près du double des recettes-salle). La part de ces revenus revenant aux
studios dépasse les deux milliards.
TELEVISION PAR CABLE. I^ loi de 1984 déréglementant Tindustrie du câble prend effet le
P'" janvier 1987. Les taux d'abonnement ne sont plus soumis à aucun contrôle.

LES ŒUVRES innerspace (juillet). Une comédie échevelée qui


saccage joyeusement un postulat dramatique jadis
utilisé pour Fantastic Voyage. Joe Dante
Street Smart (mars). Lin journaliste ambitieux applique avec bonheur une méthode très hawk-
fabrique un personnage (jui se révèle plus fort (|ue sienne.
lui. Un drame violent, exigeant, moral, de Jerry Barfly (octobre). L'atmosphère et le ton de
Schatzberg qui évite toute manipulation. Charles Bukowski, auteur assez surestimé, filmés
Blind Date (mars). Une nuit de galère à la Blake avec beaucoup de compréhension par Barbet
Edwards. L'infortuné Bruce Willis voit sa carrière Schroeder. Mickey Rourke met au point une inter
détruite par les facéties d'une Kim Basinger trop prétation (|u'il recopiera par la suite de façon
sensible à la boisson, et sa vie menacée par l'ex- éhontée dans des films où il est moins tenu. Paye
amanl maladivement jaloux de la même, un John Dunaway. superbe alcoolii|ue. Malheureusement,
I-.arroquette incroyablement agressif et violent. (juehjues poncifs dramatiipies (le personnage de
Une profusion de gags edwardiens. l'éditrice) et des conventions peu réalistes (les
bagarres homériques dont les participants sortent
Watt Street (décembre). Oliver Stone passe de la toujours sans la moindre égratignure. comme dans
jungle vietnamienne à la jungle boursière. Un com les vieux westerns) gâtent cette œuvre par ailleurs
mentaire sur les valeurs dominantes des années
sans concessions.
quatre-vingt, cupidité et soif de puissance en tête.
Michael Douglas joue les arrivistes mégalomanes Roxanne (juin). Steve Martin modernise et améri
comme son père (dont il est le portrait craché) canise le Cyrano de Bergerac de Rostand. Dirigé
trente ans plus tôt. avec délicatesse et élégance par Fred Schepisi.
House of Cames (octobre). Une psychiatre arna- Cardens of Stone (mai). Les effets de la guerre
(juée par des joueurs professionnels. Une escro- <iu Viêt-nam sur ({uelques soldats stationnés au
tjuerie à tiroirs, machiavéli(]ue, où les jeux de cimetière d'Arlington. Une approche indirecte,
hasard sont des jeux psychologiques avec le feu. obli(|ue, toute en ruptures, un ton amer, ironique,
Brillants débuts dans la mise en scène de David désabusé. L'un des films les plus profonds de
Mamel. un des auteurs dramati<]ues les plus Francis Coppola.
importants de sa génération (mieux inspiré ici (jue Full Métal Jacket (juin). Encore le Viêt-nam,
pour son scénario de T7te Untouchabies). d'abord de loin, puis sur place, La première
The Untouchabies (juin). Typi<{ue d'un cinéma partie, sur le thème souvent traité de la formation
qui gonfle artificiellement péripéties, décors, durée des jeunes marines, est l'autopsie d'un engrenage
des scènes. Au style laconi(|ue du petit Phil (lui transforme des hommes en robots, en machines
Karlson dont il est le remake, Brian De Palma à tuer. La deuxième partie montre ces hommes à
substitue une débauche d'effets, parodie le Cui l'œuvre sur le terrain. Un Viêt-nam brillamment
rassé Potemkine dans une sé<pience de fusillade reconstitué par Stanley Kubrick en Angleterre.
brillante mais très tape-à-l'oeil. Un certain humour Adapté par Gustav Hasford de son roman The
dans le traitement du personnage d'Eliot Ness Short Timers, avec Michael Herr, auteur de Dis-
(beaucoup moins super-héros (|ue dans la série patches.
télévisée, où il était incarné par Robert Stack), Good Morning Vietnam (décembre). Toujours
l'humanité de celui de Sean Connery rachètent le Viêt-nam, cette fois sur le mode léger. La moitié
l'aspect superficiel de nombreux passages. du film est consacrée à des plans de soldats riant
EVOLUTION DE HOLLYWOOD I940-I993

aux plaisanteries de Robin Williams, l'autre moitié Empire of the Sun (décembre). Adaptation du
à Robin Williams débitant ses plaisanteries. Un roman autobiographique de J.G. Ballard par Ste-
point de départ assez drôle, gâché par une auto ven Spielberg (scénario de Tom Stoppard). Avec
satisfaction pseudo-libérale très confortable. Dirigé The Color Purple, le film le plus ambitieux
par Barry Levinson. (par ses prétentions au sérieux) de Steven Spiel
berg.
Tin Men (mars). Plus satisfaisant et plus personnel
que le précédent. Barry Levinson retourne à Balti The Dead (décembre). L'admirable dernier film
more et évoque le monde étrange et pitlorescjue des de John Huston, ambitieux, drôle, affectueux,
représentants en revêtements d'aluminium pendant dégagé de toute intrigue, à la fois simple et
les années cin<(uante. Un sens remarquable du complexe. Adaptation très intelligente d'une nou
comique incongru, de l'absurdité quotidienne, de velle de James Joyce, cette veillée où l'on chante,
la richesse du langage populaire. Le conflit qui mange, parle de choses importantes ou insigni
oppose Richard Dreyfuss à Danny De Vito, et son fiantes, où l'on fait le point sur sa vie, se conclut
escalade, tient de la méthode Laurel et Hardy. par un bouleversant monologue, testament d'une
liberté de ton presque unique dans l'histoire
Fatal Attraction (septembre). Ou des graves du cinéma.
dangers de l'adultère. Moins racoleur et super
ficiel que les deux précédents films d'Adrian Lyne
{Fïashdance et 9 1/2 IPcefcs), celui-ci retient
d'abord l'attention par sa présentation de person
nages qui semblent avoir une existence réelle,
LES TALENTS
appartenir à un contexte social défini ; les choses
se gâtent lorsque commencent des acrobaties ero Producteurs indépendants : énorme activité du
tiques qui évo(|uent le grotesque de 9 1/2 Weeks: Cannon Group de Menahem Golan et Yoram
et Adrian Lyne achève de se déconsidérer dans une Globus, (jui distribue 20 films au cours de l'année,
dernière partie mélodramatique et grand-guigno- dont Street Smart et Barfly (autres titres :
lesque (le climax - substitué à la fin origina Superman /F, Death Wish /Ù, The Hanoi
lement tournée après des previeivs décevantes - Hilton. Dancers et le film de Norman Mailer
avec Glenn Close noyée ressuscitant pour nuire de Tough Guys DonU Dance). Vestron produit
nouveau pourrait sortir de n'importe fjuel film 6 films, dont The Dead.
d'horreur à petit budget). Un très gros succès
commercial. L'acteur noir Robert Townsend écrit et interprète
sa première réalisation : Hollywood Shuffle.
Radio Days (janvier). September (décembre). Diane Keaton dirige un documentaire : Heaven
Même mineurs, les films de Woody Allen seront (série d'interviews avec des personnalités diverses
toujours les bienvenus. Une évocation nostalgique sur leur conception du Paradis).
et souriante des années quarante et de l'omnipré
sence magique de la radio ; une tragi-comédie en Le scénariste Chris Columbus (Gremlins) dirige
chambre qui rappelle le goût de Woody Allen pour son premier film : Adventures in Babysitting.
un théâtre psychologique un peu démodé. Le per Jonathan Demme filme le monologue de Spalding
sonnage paumé de Mia Farrow est louchant, celui Gray (Swimming lo Camhodia) sur sa partici
de sa mère, actrice hollywoodienne à la Lana pation au film The Killing Fïelds.
Turner, maintenant sur le retour, est remarqua
blement écrit et interprété par Elaine Stritch. Oscars d'interprétation : Michael Douglas {Wall
Street). Cher, Olympia Dukakis {Moonstruck).
Ihe Princess Bride (septembre). Le réalisateur Scan Connery [The (intouchables).
Rob Reiner et le scénariste William Goldman
Autres interprétations mémorables de l'année :
trouvent un ton tout à fait original pour raconter
Jack Nicholson et Meryl Streep dans Ironweed,
un conte de fées avec un humour distanciateur
Elaine Stritch dans September, Morgan Freeman
constant mais sans jamais pourtant tomber dans
dans Street Smart, James Caan dans Gardens
la parodie.
of Stone. Joanne Woodward dans The Glass
Near Dark (octobre). Dans son second long Menagerie, Lindsay Crouse dans House of
métrage, Kathryn Bigelow renouvelle entièrement Games, Glenn Close dans Fatal Attraction,
le film de vampires en l'enracinant dans la réalité Steve Martin dans Roxanne, Vincent D'Onofrio
américaine contemporaine (non pas celle d'une et Lee Ermey dans Full Métal Jacket, Martin
Nouvelle-Angleterre gothi(|ue, mais celle d'un Short dans Innerspace, Richard Dreyfuss et
Middle West rural). Danny De Vito dans Tin Men. Debra Winger dans
Black Widow. Robert De Niro (Al Capone) dans
Raising Arizona (mars). Epoustouflante comé The Untouchables.
die dirigée (et coécrite) par Joël Coen. Un mélange
détonnant et irrespectueux de poursuites, de satire, Débuts à l'écran : Madeleine Stowe (Stakeout).
d'humour noir et de splastick, filmé de manière Distribution all-star de vétérans pour The Whales
survoltée. of Augusl de Lindsay Anderson : Belle Davis,
Lillian Gish, Vincent Price, Ann Sothem, Harry Elizabeth Hartman (45 ans), Rita Hayworth
Carey Jr. (68 ans). John Huston (81 ans). Danny Kaye
(74 ans), Mervyn LeRoy(86 ans), Joseph E, Levine
Décédés : Fred Aslaire (88 ans), Mary Astor (81 ans), Rouben Mamoulian (90 ans), Lee Marvin
(81 ans). Spencer Gordon Bennet (94 ans). Cla- (63 ans), Géraldine Page (62 ans), Robert Preston
rence Brown (97 ans), Madeleine Carroil (81 ans), (69 ans), John Qualen (87 ans), Russell Rouse
James Coco (58 ans). Bob Fosse (60 ans), Her- (74 ans), Randolph Scott (84 ans), Andy Warhol
mione Gingold (89 ans), Jackie Gleason (71 ans). (59 ans).

OSCAR : RAIN MAN


1988 PRODUCTION : 325 films

LES FAITS

MGM/UA : bataille à Tintérieur du studio malgré de gros succès {Moonsiruck, A Fish Called
Wanda). Kirk Kerkorian, l'actionnaire majoritaire (dont la seule idée créatrice fut un James Bond
noir) annonce son intention de vendre. I-.ee Rich, le président du conseil d'administration,
démissionne. Il est suivi par Alan Ladd Jr., président de MGM, et par Tony lliomopoulos,
président de Lniled Artists. Programme d'austérité et de restructuration. Uniled Artists cesse d'être
une entité séparée et est absorbée par MGM. Environ 150 cadres sont licenciés. En novembre, Sony
offre d'acheter la compagnie pour un milliard de dollars, mais ce projet n'aboutit pas.
De I^urentiis Enlerlainmenl Group (DEG) : en janvier les difficultés du groupe s'accentuent, la
cote de l'action DEG en Bourse tombe de 90 %. Dino De I.aurentiis se retire. DEG vend les droits
vidéo de son catalogue de 320 films aux Etats-Unis et en Europe. Les bureaux de distribution aux
Etats-Unis ferment. En août, la société se déclare en faillite.
Lorimar : 260 millions de dollars de déficit pour la première moitié de l'exercice 1988. Le projet de
fusion avec Warner Communications est ralenti par une action en justice intentée par une société

Cannon : Menahem Golan et Yoram Globus vendent la compagnie aux financiers italiens Giancarlo
Parretti et Florio Fiorini.

Disney : les recettes du studio représentent près de 20 % du marché pour l'année, grâce à trois
grands succès, Wto Framed Roger Rabbit. Three Men and a Baby- et Good Morning
Vietnam. La compagnie enregistre des revenus et bénéfices exceptionnels pour l'année fiscale
prenant fin au 30 septembre.
Fox : la branche distributrice du studio est reconnue coupable de block booking (obligation
d'acheter les droits d'exploitation des films en bloc et non séparément) sur le marché de Milwaukee.
I-.e tribunal condamne Fox à 500000 dollars d'amende et aux dépens.
Une grève des scénaristes dure de mars à août, mais affecte principalement la télévision.
Colorisation : les héritiers de John Huston gagnent leur procès contre la cin(|uième chaîne (France)
(|ui se proposait de programmer la version colorisée de 7he Asphalt Jungle. Ted Turner (l'urner
Broadcasting System), délenteur des droits d'exploitation du film, fait appel, arguant cjue la décision
du tribunal aurait dû se fonder sur la législation américaine et non française. 11 perd cet appel en
décembre, mais gagnera un troisième procès. L'affaire est en cassation. (l.a version colorisée est
programmée en août.)
Législation : le Congrès approuve les termes de la convention de Berne et prépare une législation
protégeant le droit moral des auteurs. Mais le projet est considérablement affadi en comité. Il
n'aboutit (ju'à la création d'un National Rlm Préservation Board (|ui sélectionnera chaijue année
25 films à protéger : ces films ne pourront être modifiés, par colorisation ou toute autre technique, à
moins (|ue le fait ne soit signalé sur la copie.
Piraterie : plus de 200 raids ont été menés au cours de l'année. 1^ MPAA estime que son action
vigoureuse contre les pirates, avec la collaboration du FBl, a enrayé la progression de ce commerce
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993 134

illicite des copies (rdms et cassettes) qui représente une perte de 10 % des revenus globaux de
l'industrie.

VIDEO. Près de 15 millions de copies de E.T. sont vendues en cassette. C'est un record absolu,
suivi de loin par Cinderella de Walt Disney (environ 7 millions).
Plus de 100 Films sont distribués directement sur le marché vidéo sans avoir été exploités en salle.

LES ŒUVRES cité musicale (malgré certaines options techniques


discutées par les puristes).
Naked Gun. Nouvelle et hilarante expédition
The LInbearable Lightness of Being (février). kamikaze du trio Zucker, Zucker et Abrahams,
Adaptation ambitieuse, intelligente et Fidèle (bien cette fois sur le Film policier. Leslie Nielsen admi
que simpliFiée) du beau roman de Milan Kundera, rablement impassible incarne le policier le plus
par Philip Kaufman. Prague brillamment reconsti stupide depuis l'inspecteur Clouseau qui cause un
tué à Lyon (l'entrée des Soviétiijues dans la ville désastre dès qu'il se gare ou prend sa voiture.
est une grande réussite de montage et de mise en
scène). Ce très long film s'essoufle et se dis Cop (janvier). .James Ellroy porté à l'écran pour
perse un peu vers la Fin. la première fois. James B. Harris édulcore le
roman (lilood on the Moon) mais réussit quelques
Dead Ringers (septembre). Des frères jumeaux séquences très noires, très fortes. L'interprétation
gynécologues sombrent dans la mégalomanie et la de James Wood renforce l'ambiguïté, la morbi
folie. Toutes les obsessions de David Cronenberg dité du ton. Une dernière réplique antliologique.
parfaitement maîtrisées. Morbide, malsain, éprou
vant et fascinant. Une très grande performance de Rig (juin). Une comédie charmante dont les rebon
Jeremy Irons dans le double rôle des jumeaux. dissements très astucieux parviennent à rendre
crédible un postulat fantastique. Tom Hanks nous
Who Framed Roger Rabbil (juin). Un pro
offre une interprétation fine et drôle. Ecrit par
digieux tour de force technique qui pousse le Anne Spielberg (sœur de Steven), dirigé par Penny
mélange d'animation et de prise de vues directe à
Marshall.
un degré de complexité et de perfection jamais
approché. Un postulat ingénieux. Certains aspects The Thin Rlue Line (août). Compte rendu - for
du scénario et l'atmosphère générale évoquent - mellement très stylisé - d'une enquête menée par le
sans doute intentionnellement - Chinalown (le réalisateur lui-même, Errol Morris, sur les cir
ghetto de Los Angeles où vivent les Toons remplit constances entourant la condamnation à mort d'un
la même fonction (|ue le (juartier chinois dans le innocent. Le Film entraîna la révision du procès du
Film de Roman Poianski). Après une ouverture condamné et sa libération. Mélange d'interviews
percutante, le film a du mal à tenir le niveau et (dont une avec le vrai coujiable, qui blanchit
s'enlise parfois dans la banalité, mais retrouve tout l'accusé et avoue pratiquement son crime) et de
son punch pour un Final euphorisant (|ui convo(|ue reconstitutions délibérément antiréalistes. Digne
tous les personnages de dessin animé de l'histoire de l'auteur de Gales of Heaven, l'insolite
du cinéma américain. Dirigé [lar Robert Zemeckis documentaire d'Errol Morris sur les cimetières
et, pour l'animation, Richard Williams, présenté d'animaux.
par Steven Spielberg.
Rain Man (juillet). Un jeune arriviste enlève son
The Milagro Reanfield War (mars). Une comé frère autiste pour obtenir un héritage. Une sorte
die éi'ologique dirigée comme un téléfilm par de Midnighi Run sans poursuites ni rebondis
Robert Redford. Des intentions sincères et très sements. Ici. l'accent est vraiment mis sur les
louables, mais finalement trahies par un désir de rapports entre les deux personnages. Le meilleur
plaire, de ne pas déranger, d'où une débauche film de Barry Levinson avec Tï/i Mien.
d'effets pittores<|ues faciles, de couchers de soleil
carte postale et d'éclairages rornantiipies. Tucker : The Man and His Dream (août). Un
grand film musical, sans musi(|ue. Hommage nos-
Rird (septembre). Contrairement au précédent, cet lalgi(|ue mais résolument optimiste de Francis
hommage de Clinl Eastwood à Charlie Parker Coppola à l'esprit d'entreprise américain, Filmé
prend le contrepied de tous les poncifs du style dans un style flamboyant et plus grand <|ue nature.
téléfilm. Non content d'aborder un sujet fort peu Evoque à la fois Frank Capra et \1ncente Minnelli.
commercial. Eastwood le traite sans aucune conces
sion : construction non chronologique déroutante, Anolher Woman (octobre). Dix ans après inlet'
photo très sombre (allusion aux Films noirs des iors, Woody Allen donne son second Film entiè
années <|uarante). évacuation de la plupart des rement dramatiijue. et un de ses chefs-d'œuvre.
clichés du film biographique, respect de l'authenti Une femme de cinquante ans se penche sur son
passé. L'influence d'Ingmar Bergman esl assumée, LES TALENTS
assimilée et maîtrisée. Une <listribution riche réu
nit Gena Rowlands, Mia Farrow. Gene Hackman,
Sandy Dennis, John Houseman et Blythe Danner. Retours à la mise en scène : après six ans de
The Last Temptation of Christ (août). Un silence, Robert Towne signe sa deuxième réali
Christ humain, tro{) (?) humain. Martin Scorsese sation, Tequila Sunrise: Paul Schrader tourne
réalise enfin le projet de sa vie, souvent différé, Patty Hearst, son premier film depuis IHis-
Tadaptation du roman révisionniste et spéculatif de hima (1985).
Nikos Ka/antzaki. Tous les thèmes du cinéaste au David Mamet et Shel Silverslein collaborent au
premier degré. Une approche contemporaine, <|ui scénario de Things Change, deuxième film dirigé
dépoussière la tradition et scandalise les demeurés par David Mamet.
pour qui, hors de Saint-Sulpice, il n'est point
de salut.
Interprétations mémorables de l'année : Jeremy
Irons dans Dead Ringers: Foresl Whitaker dans
Married to the Mob (août). Avec son humour Bird: Dean Stockwell dans Tucker (rôle de
très personnel, Jonathan Demme traite la Mafia Howard Hughes) et dans Married to the Mob:
par la dérision souriante. Dean Stockwell specta Lena Olin dans The (Jnbearable Lightness of
culaire en mafioso chantant <les hymnes aux ham Being: Robert De Niro et Charles Grodin dans
burgers et essayant vainement de tromper une Midnight Run: Duslin Hoffman (oscar) et Tom
épouse hysiériquement jalouse. Décors, costumes, Cruise dans Rain Man\ Michèle Pfeiffer dans
ameublement d'un grandiose mauvais goût. Married to the Mob et Dangerous Liaisons
(Michèle Pfeiffer : «Tout ce <|ue nous avons est (elle joue aussi dans Tequila Sunrise)'. Gene
tombé d'un camion.») Hackman dans Another Woman et Mississippi
Burningi Bill Murray dans Scrooged: Melanie
Dangerous Liaisons (décembre). Un dra
Griffith dans Working Girl, Jodie Fosler (oscar)
maturge-scénariste (Christopher Hampton) et un
dans The Accused. Meryl Streep dans .4 Cry in
réalisateur (Stephen Frears) britanniques, des
the Dark. Christine I^thi et River Phoenix dans
interprètes américains réussissent une adaptation
Running on Empty.
profondément fidèle (sauf à la fin) et convaincante
du chef-d'œuvre de Choderlos de Laclos, long Débuts à l'écran : Julia Roberts {Satisfaction)^
temps réputé inadaptable (et <jue Roger Vadim Annetie Bening {The Great Outdoor).
avait massacré dans une version modernisée gro
Décédés : DeWill Bodeen (79 ans), I. A. L. Dia-
tesque en 1959). mise en scène de Stephen
mond (68 ans). «Divine» Harris Glen Milstead
Frears. à la fois élégante et incisive, fait preuve
(42 ans), George Folsey (90 ans). Melvin Frank
d'une invention constante. John Malkovich et
(75 ans), John Houseman (86 ans), Trevor Howard
Glenn Close incarnent un Valmont et une Mer-
(71 ans), Norman Krasna (84 ans). Henry Koster
teuil inoubliables.
(83 ans), Joshua Logan (79 ans), Ral|)h Meeker
.1 REDECOiVIilH : Five Corners (Tony lïill) (67 ans). Colleen Moore (85 ans). Albert S. Rogell
écrit par John Patrick Shanly ; méhidramalique (86 ans), Harold Rossen (93 ans). Milton Sperling
parfois, mais personnel et souvent convaincant. (76 ans).

OSCAR : DRIVING MISS DAISY

1989 PRODUCTION : 446 films

LES FAITS

Box-office : record de recettes sur le marché nord-américain (cin<| milliards de dollars).


Fré(juenlation en augmentation de 13 % par rapport à 1988. Batman réalise 150 millions de
dollars de recettes-ilistributeur sur le seul marché américain et prend la ijuatrième place au box-
office de tous les temps, fndiana Jones and the Last Crusade. en deuxième position pour
l'année, dépasse les 115 millions de recettes-distributeur.
Warner Communicalions-Time Inc. : les deux géants annoncent leur intention de fusionner pour
devenir la plus grande compagnie de communication du monde (mars). Paramount essaie d'acheter
Time Inc. pour empêcher la fusion. Une action en justice se termine par la victoire de Time Inc. et
Paramount doit abandonner ses plans d'acquisition. L'achat de Warner par Time Inc. pour
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

14 milliards de dollars est confirmé (juillet). Wamer Communications annonce des bénéfices
exceptionnels pour le dernier trimestre 1988.
MGM/UA : la société australienne Quintex Australie Limited offre d'acquérir la plus grande partie
des intérêts du studio pour un milliard neuf cents millions de dollars. Après plus de six mois de
discussions, MGM/UA met fin aux négociations quand Quintex se révèle incapable de faire un
premier versement de 50 millions. MGM/UA intente un procès à Christopher Skase, président de
Quintex. La compagnie se déclare en faillite en novembre et est placée sous administration
judiciaire. Le déficit de MGM/UA pour l'exercice 1988-1989 (l'"'" septembre-31 août) s'élève à
75 millions de dollars.

Columbia-Sony : Sony achète Columbia pour 3 milliards et demi de dollars et nomme les
producteurs Jon Peters et Peter Guber coprésidents à un salaire annuel de 2 millions
750000 dollars chacun (Sony achète également leur société de production, Guber Peters
Entertainment pour 54 millions de dollars). Warner Bros. intente un procès à Sony,alléguant(jue le
studio avait un accord préalable avec Peters et Guber. Aux termes d'un arrangement à l'amiable,
Warner obtient 50 % des intérêts du CBS Record/Video club (qui appartient à Sony)ainsi que les
droits de distribution câble des films Columbia. Lanc(r estime à six milliards de dollars le coût total
de l'opération pour Sony.
Fox : 20th Century-Fox prend le nom de Fox Film Corp. 1^ producteur et réalisateur indépendant
Joe Rolh est nommé président. C'est la première fois (]u'un cinéaste est à la tête d'un studio depuis
Ernst Lubitsch à Paramount pendant les années trente.
New World : la compagnie est achetée 145 millions de dollars par Andrews Group, une société
holding (Giancarlo Parretti en avait précédemment offert 138 millions).
Menahem Golan fonde 2Isl Cenlury Film et se sépare de Yoram Globus après une association de
25 ans. Yoram Globus reste avec Pathé (cjui a absorbé Cannon) qui devait initialement financer
21st Cenlury Film.
Alan l^dd Jr. prend la tête de Pathé Entertainment.
Les producteurs Ray Stark et Dan Melnick fusionnent leurs compagnies qui deviennent
Rastar/lndie Productions.
Disney : le nouveau parc d'attractions Disney-MGM Studios ouvre en Floride le l'"'" mai. Les films
Disney sont boycottés par les deux plus grandes chaînes de salies du pays (United Arlists 'Hieatres et
Cineplex Odeon) (|ui protestent contre les nouvelles méthodes de distribution du studio (les
exploitants doivent acquérir les droits des films par voie d'enchères).
Exploitation : important déficit de Cineplex Odeon. deuxième chaîne de salles du pays
(1880 écrans). Le fondateur et président, Garlh Dabrunsky, est éliminé, ainsi ijue son vice-
président. Ils s'engagent à n'avoir aucune activité dans le domaine de l'exploitation. Programme
d'austérité : nombreux licenciements et interruption du programme d'expansion.

LES ŒUVRES sa femme, recherche dans New York le respon


sable de plusieurs meurtres et tombe sur Ellen
Barkin. Leurs scènes d'amour sont à la fois pas
Do the Right Thing (Juillet). Ou Chester Mîmes sionnées et pleines de suspense. Belle photo de
revu par Malcolm X. Cette chroni(|ue au vitriol Michael Balhaus. Le meilleur Harold Becker
d'un (|uartier de Brooklyn n'épargne pas plus les depuis The Onion Field.
Noirs (|ue les Blancs, jusqu'à une fin volonta
Casualiies of War (août). Brian De Palma sort
riste qui brouille un peu les caries. Remanpiable de son registre habituel et réussit son meilleur
interprétation de Danny Aiello et de Spike Lee. le film, évitant presque tous les pièges (voyeurisme,
réalisateur, en livreur de pizzas.
exploitation de la violence) inhérents au sujet \ le
Drugstore Cowboy((Jctobre). Cette odyssée déri viol et le meurtre d'une Vietnamienne par une
soire d'une bande de drogués qui dévalisent drugs patrouille américaine au Viêt-nam.
tores et hôpitaux pour trouver leur ration de médi
Dead Poets Society(juin). Robin Williams, prof
caments est à la fois cocasse, minable et louchante.
libéral et passionné, secoue les colonnes de l'Esta
Interprétation surprenante de Matl Dillon. Le
blishment et fait découvrir le sens de la poésie à sa
scénariste-metteur en scène Gus von Sant réussit
classe. Sous un vernis littéraire, un schéma wes-
une galerie de personnages grotes<]ues.
ternien jouant à fond et avec une réelle habileté
Sea of Love (septembre). Excellent polar écrit sur le processus d'identification, sur la séparation
par Richard Prîce. Al Pacino, flic abandonné par entre les bons et les méchants. Gigantesque succès
populaire surtout chez les jeunes, conquis par le Michigan, classée «ville des Etats-Unis où la
propos vag;uement anarchiste. (Peter Weir.) qualité de la vie est la plus médiocre», après la
fermeture des usines Général Motors. Michael
Batman (juin). La montajrne promotionnelle
Moore, natif de Flint, dont c'est le premier film,
accouche d'une (chauve-) souris. Privé de son fidèle
essaie vainement de se faire recevoir par Roger
Robin et débarrassé de l'aura kitsch qui s'attachait
Smith, président de Général Motors, et se fait
au personnage depuis la célèbre série télévisée des
régulièrement éjecter. En tant qu'interviewer, son
années soixante, le moins cinématographique des
talent consiste à écouter parler les gens sans
super-héros de bande dessinée (son mode d'opé
trucages ni traîtrise et à les laisser s'enferrer à leur
ration est désespérément balourd) paraît bien falot
insu - qu'il s'agisse d'officiels, de notables, de per
et terre à terre (ses ailes de géant l'empêchent de
sonnalités du spectacle en visite ou d'une impavide
marcher). La vraie vedette est le décor, qui fait ter
Miss Michigan (future Miss America).
riblement décor (c'est certes voulu) et s'affiche
presque autant que Jack Nicholson, cabotin insup The Music Box (décembre). Costa-Gavras réussit
portable. (Tim Burton.) là où il avait échoué avec Betrayed. Du cinéma
direct, efficace, qui démontre insidieusement que
indiana Jones and the Lasl Crusade(mai) ou le fascisme et ses implications n'appartiennent pas
«Indie trouve un père». Ce troisième volet, un peu
seulement au passé, à l'Histoire. En voulant prou
essoufflé, de la trilogie de Spielberg (il est plus ver l'innocence de son père, Jessica Lange (remar
proche du premier que du deuxième) s'ouvre sur
quable) découvre son existence au présent. Très
une séduisante évocation de l'enfance du person
belle partition de Philippe Sarde.
nage et de la naissance du mythe. Le reste est sans
surprise majeure, et le mysticisme de pacotille Enemies, a Love Story (décembre). Portrait
devient pénible sur la fin, mais Sean Connery d'un velléitaire déchiré entre trois femmes, sa
emporte tous les suffrages en patriarche sardo- maîtresse et deux épouses - la première, qu'il avait
nique. crue disparue dans un camp de concentration,
resurgit dans sa vie. Formidable trio d'actrices
New York Slories (mars). Les trois grands ténors dans une mise en scène plus fluide, plus large que
du cinéma américain contemporain réunis à la
d'habitude. Cocasse, émouvant et personnel (Paul
même affiche pour l'épreuve redoutable du film à Mazursky).
sketches. Martin Scorsese domine l'ensemble avec
une méditation comique, inspirée de Dostoïevski, Hôtel Terminus (octobre). Dernière et admirable
sur les rapports entre la créativité et le désir. partie d'une trilogie consacrée à la responsabilité
Woody Allen se livre à de nouvelles variations sur et à la justice. Cette enquête au scalpel fascine
le thème éprouvé de la mère juive abusive. Francis autant <}ue les meilleurs films noirs labyrinthiques
Coppola donne un conte de fées moderne, écrit et {The Mask of Dimilrios, Àrkadin). Marcel
tourné en famille. Ophuls n'entend pas étudier Barbie, mais plutôt la
manière dont il agit comme un révélateur du mal
sex, lies and videotapes (août). A mi-chemin et de la corruption ambiante. Il dresse au passage
entre Wenders et Jarmusch (et pas loin non plus de un portrait impitoyable du rôle des services secrets
Woody Allen), le premier long métrage de Steven américains. Combien d'années faudra-t-il attendre
Soderbergh n'en est pas moins une œuvre origi pour qu'il soit programmé sur une chaîne fran
nale et très personnelle. Comédie à l'humour inso çaise ?
lite, plaisamment déconcertant, qui dérive peu à
peu vers le sérieux en approfondissant ses person
nages, ce film a pu être décrit (par Terrence
Rafferty) comme un «remake de Shane en psy LES TALENTS
chodrame sudiste». Andie MacDowell, digne de
Carole Lombard ou Irene Dunne, est irrésis
tible dans sa scène avec son psychiatre, et sa Robert De Niro crée une société de production,
rencontre avec John Spader est anthologique. TriBeCa Productions Inc., et ouvre un studio à
Palme d'or à Cannes. New York, le TriBeCa Film Center. Robert De
Niro est également le producteur exécutif et la
Crimes and Misdemeanors (octobre). Ou «Si
vedette de We*re No Angels. nouvelle version du
Dieu n'existe pas. tout est permis». Dans cette
film de Michael Curtiz d'après la Cuisine des
tragi-comédie, le plus pessimiste et misanthropique
Anges d'Albert Husson (scénario David Mamet), et
des films de Woody Allen, le crime paie, la vertu
la vedette, avec Jane Fonda, de Stanley and Iris
est punie et le vice récompensé. Plus que jamais
de Martin Rilt (sortie janvier 1990).
moraliste (pour ne pas dire moralisateur), Allen
dresse le bilan désabusé d'une époque (en gros, les Eddie Murphy écrit et dirige Harlem Nights
années quatre-vingt, l'ère Reagan) vouée au culte (musique Herbie Hancock).
de la réussite matérielle et éthiquement déficitaire.
Jack Nicholson interprète et dirige The Two
Roger and Me (décembre). Documentaire facé Jakes, suite de Chinatown, écrit, comme l'ori
tieux, quelque peu tendancieux, voire démago- ginal, par Robert Towne (sortie prévue pour Noël
gi(jue, mais néanmoins irrésistible sur Flint, 1989, repoussée à 1990).
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Warren Beatty produit, interprète et dirige Dick Débuts à l'écran : Rosie Perez {Do the Right
Tracy (sortie en 1990). Thing).
Novembre : Francis Coppoia entreprend le tour
nage à Rome de TTie Godfather /// sur son Interprétations mémorables : Alan Aida et Mar
propre scénario avec une partie de ré(|uipe origi tin Landau dans Crimes and Misdemeanors:
nelle (le chef opérateur Gordon Willis. le déco Andie MacDowell et James Spader dans sex, lies
rateur Dean Tavoularis, les interprètes Al Pacino, and videotapes ; Michèle Pfeiffer dans The
Diane Keaton et lalia Shire). Fabulous Baker Boys ; Robin Williams dans
Dead Poets Society: Jessica Tandy dans Dri-
Martin Scorsese termine le tournage de Good- ving Miss Daisy: Michael Fox et Scan Penn
FelloSy produit par Irwin Winkler, avec Robert De dans Casualties of War.
Niro, et tient le rôle de Vincent Van Gogh dans le
film «rêvé» d'Akira Kunisawa.
Décédés : Mal Ashby (51 ans). Jim Backus(76 ans),
Sortie après plus de vingt ans de The Ploi Lucille Bal!(78 ans). Irving Berlin (101 ans), John
Àgainst Harry de Michael Roemer,(comédie ter Carradine (83 ans), John Cassavetes (59 ans),
minée en 68 et bloquée depuis: le second long George C«)ulouris (85 ans), Jack Cummings
métrage du réalisateur après Nothing But a (89 ans), Bette Davis (81 ans), Emile De Antonio
Man.
(69 ans), Maurice Evans (87 ans), Joseph LaShelle
Premier long métrage : Steven Soderbergli {sex, (84 ans), Laurence Olivier (82 ans), John Payne
lies and videotapes), Michael Moore {Roger (77 ans), Richard Quine (68 ans). Franklin Schaff-
and Me). ner (69 ans), Lee Van Cleef (64 ans).

OSCAR : DANCES WITH WOLVES


1990 PRODUCTION : 292 films

LES FAITS

MGM/LA : Pathé Communications (Giancarlo Parretti) achète le studio pour un milliard et demi de
dollars. I^'acquisition est en grande partie financée par le Crédit Lyonnais. La dette totale de
MGM/UA est évaluée à plus de 740 millions de dollars.
L'niversal : la firme japonaise Matsushita achète M(^A. maison mère de Lniversal, pour six milliards
cin<|uante-neur millions de dollars.
Time-Warner : déficit de 220 millions de dollars pour le dernier trimestre 1989. La compagnie
promet à Pathé un prêt de 650 millions de dollars pour financer l'acipiisition de MGM/UA, puis
retire son offre et intente un procès à Giancarlo Parretti et Pathé pour rupture de contrat.
Francis Coppoia dépose le bilan d'American Zoetrope. Il se déclare également en faillite
personnelle : ses dettes s'élèvent à vingt-neuf millions de dollars. Cette annonce est faite en janvier,
pendant le tournage en Italie du Parrain 3.
Carolco paie la somme record de trois millions de dollars à Joe Eszterhas pour le scénario de Basic
Instinct (sortie en 1992). Record précédent : un million sept cent cin({uante mille dollars à Shane
Black pour le scénario de The Last Boy Scout., également en 1990.
Droits d'auteur : la Cour suprême déclare <|ue MCA (maison mère de Universal), James Stewart et
les héritiers d'Alfred Hitchcock ont violé la législation sur le copyright en redistribuant Rear
Window sans obtenir l'autorisation du détenteur <lu copyright de la nouvelle de Cornell Wooirich
dont le film est tiré. Après la mort de Wooirich, les droits de la nouvelle avaient été rachetés par un
agent pour 650 dollars.
Colorisation : la Directors Guild s'oppose à la colorisation du film de Robert Wise The Haunting
(1962) par Ted Tumer, invoquant le contrat de Wise aux termes duifuel le film devait être tourné en
noir et blanc et ne pouvait être modifié sans l'accord du réalisateur.
LES ŒUVRES exceptionnellement complexes, troubles et opaques,
remarquablement interprétés par Gabriel Byrne,
John Turlurro et Jon Polito (entre autres). L'impé
Dances With Wolves (novembre). Il fallait à nétrable monologue de Polito qui ouvre le film
Kevin Coslner une réelle audace pour se lancer vaut à lui seul le prix d'entrée. Par ailleurs,
dans une telle aventure : réaliser un western (genre MillePs Crossing est une contribution majeure
mort et enterré) de trois heures dont plus du tiers à la sémiologie du couvre-chef au cinéma.
serait sous-titré, les Indiens devant parler leurs Whiie Hunier, Black Heart (septembre). Les
langues. Le résultat, touffu, inégal, s'il n'est pas à péripéties qui précèdent le tournage d'un film en
la hauteur des ambitions, ne mérite pas le mépris Afrique (en fait, The African Queen de John
cinglant dans lequel l'ont tenu certains critiques Huston, bien qu'il ne soit pas nommé). Clint
(Pauline Kael et ses fidèles, aux Etats-Unis), Eastwood se dirige lui-même dans le rôle du réali
mépris qui s'est manifesté après une première sateur quelque peu mégalomane et plus préoccupé
vague de critiques enthousiastes et un succès com de chasse à l'éléphant que de cinéma. D'après le
mercial spectaculaire. De nombreuses séquences ne roman de Peter Vierlel (1953), qui avait colla
manquent ni de souffle ni d'allure. On peut boré au scénario de The African Queen, et co
ergoter sur le sentimentalisme écologique boy signe celui de White Hunier, Black Heart. Cet
scout, politiquement correct de certains épisodes argument passionnant se révèle être un faux (car
(tout ce qui concerne l'épouse indienne de Costner trop) bon sujet. S'il évite les pièges de l'hagio
est conventionnel et plat), sur l'opposition factice graphie comme de la démystification facile, East
entre les bons et les mauvais Indiens, l'absence wood reste à l'extérieur du personnage, peut-
d'invention scénaristique du dernier tiers ; dire que être à cause de la distance inconfortable par
Fuller avait déjà traité tout cela en trois fois moins rapport au modèle à la(]uelle il se place (John
de temps dans Run of the Arrow - et saluer Wilson est Huston sans l'être tout en l'étant). Très
néanmoins les mérites du film :l'ouverture notam honorable, dans la lignée des entreprises ambi
ment (la charge suicidaire de Costner, la des tieuses d'Eastwood, le film laisse un peu insa
cription d'un hôpital de campagne) contient les tisfait, sans qu'on puisse clairement déceler com
plus beaux plans sur la guerre de Sécession depuis ment il aurait pu être plus satisfaisant.
Ford, dignes d'Ambrose Bierce.
Home Atone (novembre). Un gamin exaspérant à
Wild at Heart (août). Blue Velvet rencontre force d'improbable astuce se joue de deux cam
lïvin Peaks dans celte variation grinçante et sar- brioleurs incroyablement balourds et malchanceux
donique sur le thème du couple de jeunes délin dans un registre comique proche du cartoon. Sous
quants en cavale. Un festival d'images surréali des allures de comédie burlesque, le film de Chris
santes, des explosions de violence et des moments Columbus récupère et tranquillise la mauvaise
comiques également insolites, également déran conscience des parents américains contemporains
geants. Willem Dafoe, équipé d'une fascinante (qui n'ont plus le temps de s'occuper de leurs
prothèse dentaire, incarne un monstre maléfique enfants). Un des plus gros succès commerciaux
dans la lignée du Dennis Hopper de Bitte Velvel de l'année.
et du Kennelh McMillan de Dune. Palme d'or
à Cannes, peu apprécié aux États-Unis (David Edivard Scissorhands (décembre). Entre deux
Lynch). Batman, Tim Burton, fidèle à son univers fantas
tique, donne un conte onirique et ironique, à
TTie Grifters (décembre). Dangereuses liaisons : cheval entre le merveilleux, l'horreur et la satire
un trio infernal (dont un «couple» mère-fils peut- sociale. Beau travail du décorateur Bo Welch.
être incestueux) dans un monde sordide et sans Dernière apparition à l'écran de Vincent Price,
pitié. Passant de Laclos à Jim Thompson, Stephen r«inventeur» d'Edward.
Frears évo(|ue avec bonheur l'univers trouble et
désespéré de celui-ci. La scène de la «punition» The Russia House (décembre). Remarquable
d'Anjelica Huslon par Pat Hingle fait preuve d'un film d'espionnage, très sous-estimé, où l'on
sadisme cool qui donne froid dans le dus. retrouve les enchevêtrements politiques, l'absurde
quotidien de John Le Carré, dont c'est peut-
Henry and June (octobre). Autre trio, ambigu être la meilleure adaptation à l'écran (scénario de
sinon infernal : Henry Miller, sa femme June et Tom Stoppard). La mise en scène de Fred Schepisi,
Anais Nin (maîtresse d'Henry, entre bien d'autres, par d'incessants mouvements d'appareil en longues
et peut-être de June) dans le Paris des années focales, de brus(]ues changements de point de vue,
1930-35 réinventé par Philip Kaufman. D'après le des rapports de plans qui ne paraissent obéir à
livre autobiographique d'Anais Nin (fabulatrice aucune règle, fait sourdre de manière oblique,
notoire). De beaux moments d'érotisme nostal implacable une atmosphère de paranoïa, de perpé
gique, sanctionnés aux Étals-Unis par un certi tuelle instabilité, de voyeurisme :on a l'impression
ficat X. que les personnages sont sans cesse épiés, mani
MillePs Crossing (septembre). Violence, passion pulés. L'absence totale d'esbroufe, de clinquant
et dérision. Joël et Ethan Coen dépaysent le publicitaire contribue à faire du film une réflexion
film de gangster. Des personnages aux rapports sur le cinéma, et le rapport moral au récit. Sean
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Connery est une nouvelle fois excellent, tout sente comme une parabole d'inspiration biblique
comme Michelle Pfeiffer, qui parle anglais avec un où le réalisateur-scénariste Charles Burnett (dont
accent russe totalement convaincant et parvient c'est le troisième long métrage) oppose le bien et le
même à rougir comme une actrice soviétique. mal, l'innocence et la corruption. Son film se
signale surtout par des qualités «négatives» : enfin
Dick Tracy (juin). Somptueuse adaptation, sty un «film de Noirs» sans drogue, sans prostituées,
lisée, intelligente, fantasmagorico-culturelle de la sans violence, sans gangs, sans conflits raciaux, et
bande dessinée de Chester Gould, qui fit l'objet sans rappers (les personnages appartiennent à la
de plusieurs sériais (dont trois Witney-English)
classe moyenne aisée). Mais aux clichés familiers,
et quelques films B. Un triomphe visuel, une Burnett, au gré d'un récit sans intrigue et un peu
débauche de talents - mais le matériau initial
languissant, en substitue beaucoup d'autres : tous
méritait-il tant d'efforts? On aboutit, malgré le les personnages sont plus ou moins stéréotypi(|ues.
superbe travail du décorateur Richard Sylbert, du Le film bénéficie d'une réputation quelque peu
chef opérateur Vittorio Storaro, malgré les compo excessive auprès de la critique américaine, mais
sitions d'Al Pacino, Dustin Hoffman et d'autres, à
Burnett est un cinéaste incontestablement attachant
une œuvre inerte et vaguement ennuyeuse. (son Killer of Sheep, film à deux personnages
Where the Heart is (février). À l'issue de la dont il est l'auteur complet, attendit près de quinze
première projection, Jeffrey Katzenberg, PDG de ans pour être distribué).
Disney, déclara : « Malgré tous nos efforts, nous TTte Godfalher 3 (décembre). Malgré le peu
n'avons pas un film Disney, mais un film de d'enthousiasme professé par Coppola pour trans
John Boorman sur les bras.» Commercialement, il former son célèbre dypti<jue en tryptique, ce
voyait juste, car cette fable, ultra-personnelle, troisième volet, sans égaler The Godfather 2,
déroutante, si peu a la mode, fut un échec reten n'est pas indigne des deux autres. Michael Cor-
tissant. Hoorman y bat en brèche avec une cocas leone, vieilli, malade, solitaire, défié par ses
serie irréaliste, une extravagance sans mesure, enfants (qui veulent «vivre leur vie»), n'a pas
quel<|ues mythes très «chic» : la pauvreté, les perdu le goût du pouvoir : il aspire maintenant -
SDF. L'interprétation, malheureusement, surtout signe des temps : nous sommes en 1978-80 - à
celle de Dabney Coleman. (jui fait regretter Scan contrôler une multinationale. Débarrassé de toutes
Connery, ne suit pas toujours. ses activités illégales (ce que lui permet sa fabu
Reversai of Fortune (octobre). Barbet Schro- leuse richesse) il aspire aussi à la respectabilité : il
eder se penche sur le mystère von Bulow sans fait don de cent millions de dollars au Vatican, se
jamais tomber dans les pièges qu'il lui tendait. confesse au futur pape (qui lui donne l'absolution),
Faux documentaire tout autant que faux film de achète un vote de la bancjue du Vatican qui lui
fiction, le film refuse de se conformer à l'une ou permet - du moins le croit-il - d'arriver à ses fins.
l'autre catégorie mais louvoie entre les deux avec Plus il «monte» dans la hiérarchie du pouvoir
une rigueur et, finalement, une honnêteté exem international, plus il constate - c'est un des thèmes
plaires. Le «mystère» reste entier, l'ambiguïté majeurs du film - l'universalité de la corruption (le
voulue par le cinéaste faisant écho aux incerti film s'inspire librement de divers scandales finan
tudes de la «réalité». Très solide scénario de ciers et politi(|ues contemporains ; Coppola et
Nicholas Kazan d'après le livre d'Alan Dershowitz, Puzo. mêlant assez audacieusemenl réalité et fic
l'avocat-vedette de von Bulow. brillamment incarné tion. suggèrent ({u'un groupe de financiers euro
par Ron Silver. Jeremy Irons est admirable dans péens hostiles à Corleone empoisonnent Jean-
un rôle extraordinairement difficile. Paul I). Visuellement et formellement, le film est
très fidèle à l'atmosphère des précédents (Cop
GoodFellas (septembre). Peut-être le chef- pola retrouve leur chef opérateur. Gordon Willis,
d'cEuvre de Martin Scorsese à ce jour ; cette stu et bien entendu son décorateur habituel, Dean
péfiante plongée dans un maelstrom d'agitation Tavoularis). mais sa structure est moins solide - on
hyperactive et de violence insane est son film le a souvent l'impression d'une suite d'épisodes sans
plus survolté et - malgré la révulsion (pie peuvent grand lien entre eux. d'une collection de morceaux
inspirer certains personnages, certaines actions de bravoure qui paraphrasent ceux des deux autres
représentées - le plus euphorisant. Les «affran films. La sé(juence finale, à l'opéra de Palerme, est
chis» de Nicholas Pileggi (qui adapte avec Scorsese toutefois un triomphe de montage créatif (encore
son livre Wiseguy. biographie d'un petit gangster (|ue tout ce qui s'y passe ne soit pas entiè
new-yorkais) sont des crapules, voire des monstres, rement compréhensible, surtout à la première
mais de chacun on pourrait dire qu'il est «une vision). La version vidéo fait 161 minutes (9 de
force qui va», force (|ue propulse et redouble une plus que la version salle) et est donnée comme le
mise en scène torrentielle. Le « What do you mean. final direclvris cul.
rm funny?» de Joe Pesci devient une réplique
aussi anthologique cpie le « You^re talking to me ? »
de De Niro dans Taxi Driver.

To SIeep With Anger (octobre). Cette chronique


sério-comique de la vie d'une famille noire se pré
LES TALENTS depuis Hattie McDaniel dans Gone mth the
Wind (1939).
Interprétations mémorables : Joe Pesci dans
Jerry Zucker dirige son premier film seul : Ghost GoodFellas (oscar), Kathy Bâtes dans Misery de
(scénario de Bruce Joël Rubin), qui se place
Rob Reiner (oscar), Jeremy Irons (oscar) et Glenn
premier au box office de l'année, loin devant les Close dans Reversai of Fortune, Anjelica Hus-
numéros 2 et 3, Pretty Woman et Home Alone. ton dans The Grifters, Robin Williams dans
Roger Corman, vingt ans après son dernier film, Awakenings, Johnny Depp dans Edward Scis-
revient à la mise en scène avec Roger Corman^S sorhands, Patrick Bergin et John Hanning Speke
Frankenstein Vnbound. Il produit aussi quatre dans Mountains of the Moon (Bob Rafelson).
films B pour sa compagnie. Concorde. Les studios distribuent un nombre record de
Début dans la mise en scène : Hal Hartley (The «suites» : Predator 2, Robocop 2, Die
Vnbelievahle Truth); Dyan Cannon, qui écrit, Hard 2, Delta Force 2, Gremlins 2, Chiid
dirige et interprète The End of innocence. Play 2, Young Guns 2, Rack to the Future 3,
The Exorcist 3, The Godfather 3, Rocky 5.
Acteurs-réalisateurs : Jack Nicholson (The Two
Jakes, son troisième film comme metteur en Remakes : The Narrow Margin de Richard
scène), Dennis Hopper {The Hot Spot). Fleischer (1952) et The Desperate Hours de
William Wyler (1955) sont refaits, respectivement
Sortie tardive de Killer of Sheep, tourné en 1973 par Peter Hyams et Michael Cimino (dans les deux
par Charles Burnett, qui en est l'auteur complet cas, le titre du remake perd l'article 77ie).
(production, scénario, photo, montage, mise en
Troisième version de Stella Dallas (après celles
scène). En 1990, la Bibliothèque du Congrès a mis d'Henry King. 1925, et King Vidor, 1937) sous le
le film sur la liste annuelle d'œuvres cinémato-
titre Stella (John Erman).
graphi(]ues à protéger.
Décédés : Eve Arden (82 ans), Pearl Baîley
Barbara Kopple oscar du meilleur documentaire
(72 ans), Joan Bennett(80 ans), Léonard Bemstein
de long métrage pour American Dream (elle
avait déjà obtenu cet oscar pour liarlan Coimiy^ (72 ans), Karl Brown (93 ans), Aaron Copland
USA en 1977).
(90 ans), Robert Cummings (82 ans), Sammy Davis
Jr. (64 ans), Howard Duff (76 ans), Irene Dunne
Robert De Niro, très actif, joue un gangster (91 ans). (Charles Farrell (89 ans), Greta Garbo
{GoodFellas). un illettré {Stanley and iris, de (84 ans), Ava Gardner (67 ans), Jack Gilford
Martin Ritt), et un patient (|ui s'éveille d'un coma (81 ans), Paulette Goddard (84 ans), Dexter Gor
de trente ans (Awakenings, de Penny Marshall). don (67 ans), Rex Harrison (82 ans), Jill Ireland
(54 ans). Arthur Kennedy (75 ans), Mike Mazurki
Julie Roberts (débuts en 1988) fait sensation dans
(82 ans), Joël McCrea (84 ans), Gary Merrill
Pretty Woman de Garry Marshall et devient (74 ans), Hermes Pan (80 ans), Michael Powell
l'une des actrices américaines les plus recherchées. (84 ans), Anne Revere (87 ans), Martin Ritt
Le film est le plus gros succès commercial de (76 ans), Raymond St Jacijues (60 ans), Barbara
l'année après Ghost.
Stanwyck (82 ans), Terry-Thomas (78 ans), Jimmy
Whoopi Goldberg, oscar second rôle pour Ghost. Van Heusen (77 ans), Jean Wallace (66 ans), Lyle
C'est le premier oscar accordé à une actrice noire Wheeler (84 ans).

OSCAR : THE SILENCE OF THE LAMBS


1991 PRODUCTION : 378 films

LES FAITS

Columbia : Columbia Pictures Entertainment (acquis par Sony en 1989) prend le nom de Sony
Pictures Entertainment. Jon Peters abandonne la coprésidence, qu'il partageait avec Peter Guber.
MGM-Pathé t Alan Ladd Jr. démissionne du conseil d'administration. Suite du procès Crédit
Lyonnais contre le studio et Giancarlo Parretti. Celui-ci a des difficultés avec les Services de
l'immigration. En décembre, il est arrêté à Rome pour fraude fiscale.
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Orion : le studio est en difficultés financières. Arthur Krim (81 ans), chairman du CA, démissionne
et est remplacé par Eric Pleskow, qui laisse la présidence du studio à William Bemslein. Krim avait
fondé Orion en 1978 avec Pleskow et Robert Benjamin. A la fin de Tannée, le studio dépose son
bilan.

Tri-Star : le budget de production de Terminator 2:Judgment (James Caineron), évalué à


environ 90 millions de dollars, serait le plus élevé de l'histoire du cinéma américain. Le film réalise
200 millions de recettes au box-office américain... Tri-Star, <|ui fait partie du complexe Sony
Pictures, est rebaptisé Tristar (sans trait d'union).
Colorisation : à Paris, la Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel du 6 juillet 1989 qui
avait autorisé l'exploitation à la télévision française d'une version colorisée de The Asphalt
Jungle de John Huston.
En 1991, la fréquentation aux États-Unis a été la plus faible depuis 15 ans. Les Américains ont
dépensé plus de deux fois plus en achat et location de vidéocassettes qu'en billets de cinéma. Le
prix d'entrée moyen (près de cinq dollars) est en augmentation de 15 % sur 1990.

LES ŒUVRES comi<{ue inoffensif, bien (}u'insolite. des premières


scènes, le film dérive progressivement vers le cau
chemar. la fantasmagorie surréalisante, culminant
The Silence of Ihe Lambs (février). Specta dans l'embrasement oniri<|ue du couloir de l'hôtel.
culaire changement de t(m et de registre pour Michael Lerner est génial dans le rôle du pro
Jonathan Demme (si Ton excepte les {)roductions ducteur, amalgame de Jack Warner, Harry Cohn
Corman de ses débuts) avec ce film noir grinçant et et L(mis B. Mayer. et John Goodman trouve le rôle
ultraviolenl. où il semble vouloir prouver aux de sa vie dans le personnage de l'assureur peu ras
studios (ju'il est capable d'abandonner les demi- surant. Quatrième film des frères Joël et Ethan
teintes pour les grandes orgues. Du cinéma exci Coen. Barton Fink est le plus original et le
tant, ramassé, très maîtrisé, d'une efficacité un tan plus maîtrisé.
tinet mystificatrice. A défaut d'en nier l'impact - (décembre). Portrait d'un visionnaire méga
incontestable dès le premier affrontement entre lomane. Benjamin Siegel, gangster autodidacte,
Anthony Hopkins et Jodie Poster, et (|ui culmine charmeur et quel({ue peu psychopathe, ne parvient
avec l'évasion d'Hopkins - on peut en (juestionner ni à devenir vedette de cinéma (il meurt abattu en
le sens, ou plutôt la très curieuse absence de regardant son bout d'essai), ni à assassiner Musso
sens. Contrairement à tant de grands films noirs, lini, mais en revanche «invente» Las Vegas. Les
celui-ci. malgré sa fin ouverte, ne suscite aucune tensions engendrées par l'étrange collaboration de
seconde lecture morale, sociale ou métaphysi(jue. James Toback (scénariste), Barry Levinson (réa
Demme a pourtant voulu «dépasser» le matériau lisateur) et Warren Beatty (producteur-vedette)
(du moins le dit-il et. compte tenu de ses anté créent une œuvre riche, foisonnante, où des épi
cédents, on a tendance à le croire), mais la nature sodes d'une violence sadi(|ue vraiment dérangeante
sensationnelle du personnage d'Hannibal Lecter (la scène où Siegel humilie un rival) alternent avec
semble l'avoir contraint à s'en tenir à une simple des moments d'humour surprenants (Beatty avec sa
opposition, l'affrontement discutable entre un to<|ue de cuisinier courant infatigablement de la
«bon» et un «mauvais» (tout étant relatiO sériai cuisine au salon pour essayer de concilier sa vie de
kiiler. Il convient néanmoins de saluer l'interpré famille et sa vie professionnelle). On n'oubliera
tation grandi«)se d'Anthony Hopkins qui impose, pas la mantra de Siegel : « Twenlr dwarves took
sans effets, un des personnages les plus terri turns doing handstands on the carpet », exercice
blement effrayants de l'histoire du cinéma (I.ecter phonéti4|ue surréalisant digne du « Moses sup
apparaît déjà dans une précédente adaptation de poses >> de Singin^ in the Bain.
TTiomas Harris. Manhunter de Michael Mann.
1986). Billy Bathgale (novembre). Autre portrait de
gangster (Dutch Schull?-), mais vu par les yeux d'un
Barton Fink (août). Un dramaturge populiste jeune innocent (jui d(»nne son titre au film. L'un
genre Clifford Odets débanjue à Hollywood en des meilleurs films de Robert Benton (adapté par
1941 et s'installe dans un vieil hôtel aussi in«|uié- Tom Stoppard du roman de E.L. Doctorow), mais
lant (c'est, presque littéralement, l'enfer...) (jue commercialement handicapé par la concurrence de
celui de The Shining. Il doit alors faire face à la divers autres films de gansters «réels» (dont
page blanche (son scénario pour Wallace Beery en Bugs}% comme Places in the Heart l'avait été
catcheur ne dépassera pas le premier paragraphe), en 1984 par Country et The River.
à un voisin de chambre Imprévisible, à un pro
ducteur mégalomane et vociférant, à des policiers For the Boys (novembre). De la Seconde Guerre
grossiers et antisémites (pour couronner le tout, il mondiale au Viêt-nam en passant par la Corée,
se réveille avec un cadavre dans son lit)... Du Bette Midier, condensé de Martha Raye, Bob
Hope et Marlene Dietrich, chante inlassablement très convaincante, où l'ordinaire et l'insolite - et
pour les troupes. Mark Rydell réussit un premier l'insolite de l'ordinaire - contribuent à créer une
tiers brillant, mais le film - de bout en bout esti atmosphère réellement prenante. Le film sombre
mable - s^enlise un peu dans sa partie la plus hélas dans la banalité lorsqu'il passe du noir et
ambitieuse (la plus «critique»); et Midler octo blanc à la couleur pour une aventure pseudo-
génaire n'est guère convaincante. onirique plus proche de l'univers de James Bond
que de celui de l'auteur du Château.
«/FAT(décembre). Fracassant film à thèse libéral (ce
qui en 1991 n'est guère à la mode), tonitruant, Closet Land (mars). Un policier interroge une
mais parfois terriblement efficace. Oliver Stone jeune femme, auteur de livres pour enfants, et
nous passionne quand il reconstitue brillamment cherche inlassablement à lui faire «avouer» que
l'assassinat de Kennedy, questionne ou démonte les ses œuvres sont secrètement subversives. Le scé
contradictions et les trous de l'enquête officielle, nario de ce premier film, écrit et réalisé par Radha
anéantissant au passage le mythe du tueur unique Bharadwaj, semble avoir été conçu à l'origine
au cours d'une séquence percutante et imparable, comme une pièce de théâtre, et souffre de cer
digne, jusque dans son didactisme, du meilleur taines conventions dramatiques qui passeraient
Richard Brooks. Mais à force de vouloir accré sans doute mieux à la scène. Mais la distan
diter à tout prix le complot fasciste, sa démons ciation qu'elles engendrent par rapport au réalisme
tration devient discutable, manipulatrice, sa lec traditionnel ne nuit pas à la tension créée par cet
ture réductrice. En inventant de toutes pièces, sans affrontement, dont l'issue reste incertaine - ou
jamais questionner son caractère fictionnel, un trop certaine. De la persuasion doucereuse à la
personnage visiblement inspiré du «Deep Tliroat» torture (d'autant plus effrayante qu'elle est laissée,
de Ail the Présidents Men^ personnage qui hors champ, à notre imagination) en passant par
apporte en fin de parcours les bonnes réponses toute la gamme des menaces, des humiliations,
(celles en tout cas que l'auteur voulait imposer au des intimidations, l'interrogateur, inépuisable, fait
public), Stone retombe dans les travers qu'il entend appel à toutes les ressources psychologi(jues et
dénoncer, et cède à la dramaturgie la plus simplifi physiques à la disposition des autorités dans un
catrice. D'autant plus que Jim Morrison, dont il régime totalitaire, ou simplement répressif (un
fait un traditionnel «justicier seul contre tous», carton final nous rappelle le nombre de pays qui
fut, dans la réalité, beaucoup moins héroïque et continuent à pralicjuer régulièrement la torture).
désintéressé. Si JFK est un film de bout en bout Remarcjuablement interprété par Madeleine Stowe
passionnant, c'est aussi un film inquiétant, voire et Alan Rickman, dans un décor unique oppressant
dangereux, en ce qu'il représente une des manifes conçu par Eiko Ishioka.
tations les plus achevées de la tendance très
contemporaine des médias à effacer la distinction Trust (juillet). Un humour décapant, une écriture
entre fiction et réalité, voire à en nier l'existence. originale, à la fois distanciée et incisive, un
dialogue sans cesse éclaté, un traitement minima-
Thelma and Louise (mai). Un Butch Cas- liste ou oblique des sentiments, des événements,
sidy... féminin et féministe (trop, et trop lour des rapports entre les personnages font de Trust
dement selon certains). Le scénario de Callie Me, réussite infiniment personnelle et touchante,
Khouri (oscar) renouvelle habilement le thème du le chef-d'œuvre de Hal Hartley, qui malheureu
couple hors la loi en cavale. Les deux fugitives, sement transformera toutes ces qualités en pro
victimes des hommes, des circonstances et de la cédés quelque peu répétitifs dans ses films suivants
malchance conjugués (mais aussi d'une nette ten (suivant en cela l'exemple de Jim Jarmusch).
dance aux comportements impulsifs et lourds de
conséquences), foncent vers leur destinée au volant My Own Private tdaho (septembre). Médi
de leur décapotable à travers des paysages for- tation aussi étrange qu'ambitieuse sur le déraci
diens. Échevelées et sans apprêt. Geena Davis et nement et l'errance, la chute et le rachat, l'usage
Susan Sarandon sont superbes de bout en bout, du pouvoir et l'incertitude des rapports humains,
avec une mention spéciale pour la première, dont le troisième film de Gus van Sant amalgame en un
c'est sans doute la meilleure performance à ce jour. collage audacieux envolées oniriques, scènes, très
Le rapport entre les deux actrices est quasi mira crues, de la vie sordide de jeunes prostitués
culeux, et Ridley Scott le sait, qui ne peut se lasser homosexuels, et citations de Shakespeare, dont des
de les filmer dans tous leurs états - sans négliger tirades entières (tirées des deux parties ài"Henry IV)
toutefois l'environnement, le paysage, qu'il pare de surgissent au mépris du réalisme dans la bouche
la même aura hyperréalisle que ses héroïnes. des personnages (van Sant invoque l'influence du
Welles de Chimes at Midnight : «J'ai été frappé
Kafka (décembre). A la question - implicitement de voir combien les personnages de Falstaff et du
posée par ce second film de l'auteur de sex^ prince Hall ressemblaient à ceux que j'étais en
lies and videotapes, «la vie quotidienne de train d'écrire.») Une œuvre parfois rebutante,
Franz Kafka était-elle kafkaïenne ? » Soderbergh souvent excessive dans ses partis pris esthétiques,
ne donne qu'une réponse ambiguë et incertaine. La mais courageuse et sincère, et qui ne peut laisser
première partie, tournée à Prague (très belle photo indifférent. Le titre est emprunté à une chanson du
en noir et blanc de Walt Lloyd), est une évocation groupe «B-52's».
ÉVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Jungle Fever (juin). Spike Lee traite de nouveau leurs ramifications. Excellente photographie,
des conflits interraciaux, mais de façon moins souvent nocturne, de Robert Richardson.
violente et provocatrice que dans Do the Right
Thing. Une famille noire et une famille italienne
sont diversement affectées par une liaison (extra-
maritale) entre le protagoniste, un architecte noir LES TALENTS
genre yuppie, et sa secrétaire blanche (leur amour
ne résistera pas à la pression des conventions et des
préjugés - sociaux autant que raciaux). Comme Débuts dans la mise en scène : le producteur Irwin
toujours joyeusement lucide et irrévérent, Lee Winkler {Guilty by Suspicion), le scénariste et
n'épargne personne et se soucie peu d'être politi romancier Michael Tolkin (FTte Rupture), le scé
quement correct. film offre une grande variété nariste David S. Ward [King Ralph), le chef opé
de tons, du comique au mélodramatique (l'épisode rateur Barry Sonnenfeld (Ihe Addams Family),
concernant le frère drogué). La mise en scène est les acteurs Martin Sheen {Cadence), Scan Penn
vive, survoltée, souvent virtuose dans l'utilisation [indian Runner), Jodie Poster {Little Man
de mouvements d'appareil longs et complexes. Taie). Bill Duke (A Rage in Harlem).
Paris Is Burning (mars). Du travesti comme Egalement débutants, les jeunes réalisateurs «afro-
métaphore polyvalente. Ce documentaire de Jennie américains» Matty Rich {Straight Dut of
Livingston sur les clubs de voguing du Harlem Brooklyn), Mario Van Peebles {New Jack City),
noir et hispanique aurait inspiré Thomas Carlyle, John Singleton {Boys N the Hood), Joseph
cet ancêtre négligé de la sémiologie du vêtement. B. Vasquez {Hangin' With the Homeboys).
Une galerie de personnages extravertis (jui ne Parmi d'autres « films de Noirs» :The Five Heart-
peuvent s'affirmer qu'en étant « autre » (un autre qui beats (Robert Townsend). True identity(Charles
ne saurait passer que par le déguisement) révèle Lane), Talkin^ Dirty After Dark (1 opper
une structure sociale marginale extrêmement com Carew), Livin' Large (Michael Schultz)...
plexe, sous-tendue par une idéologie aussi cohé Interprétations mémorables : James Caan dans
rente qu'apparemment aberrante.
For the Boys, Joël Grey dans Kafka, Ben
Hearts of Darkness : Â fïlmmakeVs Apo Kingsley et Warren Beatty dans Bugsy, Steven
calypse (novembre). Contrairement à tant de Hill dans Billy Bathgate, Anthony Hopkins
«77ie Making of...» promotionnels, superficiels et dans The Silence of the Lambs (oscar), Kevin
mystificateurs, ce documentaire sur le tournage de Coslner et Donald Sutherland dans JFK, John
Apocalypse Now nous aide vraiment à com Turturro, John Goodman et Michael Lerner dans
prendre ce (jue fut cette extraordinaire aventure. Barton Fink, Alan Rickman dans Closet Land;
Qu'une bonne partie du matériau (filmé par Juliette Lewis dans Cape Fear, Annetle Bening
Eleanor Coppola pendant le tournage, et aussi pas dans Bugsy, Bette Midler dans For the Boys,
sionnant que son journal contemporain) n'ait pas Michelle Pfeiffer dans Frankie and Johnny,
été, à l'origine, destinée à être montré au public y Geena Davis et Susan Sarandon dans Thelma
est sans doute pour quei({ue chose... On se prend à and Louise, Jodie Poster dans The Silence of
rêver à ce (jue nous apporterait un document sem the Lambs («)scar). Ellen Barkin dans Switch.
blable sur, par exemple, le tournage des Rapaces Oscars seconds rôles :Jack Balance dans City Slic-
de Stroheim... (Fax Bahr, George Hickenlooper). kers (Ron Underwood), Mercedes Ruehl dans
Ihe Fisher King (Terry Gilliam).
City of Hope (octobre). Par la multiplicité de ses
thèmes (jeux politiques, compromissions et cor Décédés : Irwin Allen (75 ans), Jean Arthur
ruption ordinaire, conflits familiaux, amoureux, (90 ans), Ralph Bellamy (87 ans), Niven Busch
raciaux), l'abondance - et la diversité - de ses per (88 ans). Frank Capra (94 ans), Joan Caulfield
sonnages (ils sont plus d'une trentaine), et la (69 ans), Mildred Dunnock (90 ans), Dean Jagger
complexité de leurs rapports, ce film est sans doute (87 ans), David Lean (83 ans). Aline MacMahon
le plus ambitieux de John Sayles. C'est aussi l'un (92 ans). Pred MacMurray (83 ans). Daniel Mann
des meilleurs, car sa mise en scène rend justice à la (79 ans), John Mcintire (83 ans), Alex North
richesse de son scénario (il signe aussi le montage, (81 ans), Joe Pasternak(89 ans). Aldo Ray(64 ans),
très nerveux). Dans le [)remier tiers, une approche I>ee Remick (55 ans), Tony Richardson (63 ans),
kaléidoscopique nous fait constamment passer d'un Donald Siegel (78 ans), Richard Tliorpe (95 ans),
lieu, d'un groupe de personnages à un autre. Un Gene Tierney (70 ans), Régis Toomey (93 ans),
dialogue très rapide, d'incessants mouvements de 'Iliomas Tryon (65 ans).
caméra, un montage haché ajoutent à une impres
sion de complexité <jui demande l'attention sou
tenue du spectateur pour ne pas se muer en
confusion. Les rapports entre les personnages ne se
précisent que très progressivement, et ce n'est que
dans le dernier tiers environ de ce long film
(129 minutes) qu'ils apparaissent enfin dans toutes
OSCAR : UNFORGIVEN
PRODUCTION : 252 films

LES FAITS

MGM : Giancarlo Parretti et ses partenaires sont éliminés du conseil d'administration. Le Crédit
Lyonnais place Dennis Stanfill à la tête du studio, où il sera coP.-D.G. avec Alan I^dd Jr., ce
dernier supervisant la production, Stanfill l'administration. En mai, MGM-Pathé est vendu aux
enchères, au Crédit Lyonnais, son principal créancier, pour 483 millions de dollars.
Fox : Barry Diller quitte la présidence et devient président de QVC,chaîne câblée spécialisée dans la
vente directe de produits au public. Rupert Murdock, chairman et P.-D.G. de News Corp.
(propriétaire de Fox), déclare son intention de prendre une part active à la direction du studio.
Paramount : le studio obtient deux très gros succès avec The Addams Famity (sorti en novembre
1991), adaptation d'une série TV, et WoHd^ dont les personnages ont été créés dans
l'émission de TV satirique «Salurday Night Live». Wayne^s Worid^ petit budget sans vedettes
connues, réalise 122 millions de recettes salles. Ces succès entraînent de nombreux projets inspirés
par la télévision.
Controverse autour de JFK:Jack Valenti, président de la MPAA,prend l'initiative exceptionnelle de
publier une déclaration de sept pages accusant Oliver Stone de déformer l'Histoire et d'insulter la
mémoire de Lyndon B. Johnson (Valenti avait été un proche collaborateur de Johnson pendant sa
présidence). 11 <{ualifie le film de «chef-d'œuvre de propagande» et de «canular». Le magazine TJie
Nation et l'université Columbia organisent un débat avec Stone sur le thème : «Hollywood et
l'Histoire; la responsabilité des cinéastes à l'égard des faits historiques». Norman Maiier et Nora
Ephron sont parmi les participants. A Washington, Stone milite auprès des politiciens pour la
publication des archives sur l'assasinat de John F. Kennedy.
Litige : l'humoriste Art Buchwald gagne le procès qu'il avait intenté à Paramount pour plagiat
en 1989.Buchwald soutenait(jue le scénario de Cominglo A/îierica(1988,John Landis)s'inspire d'un
synopsis de lui intitulé King for a /Jar (le sujet de Coming io Âmerica est crédité à sa vedette,
Eddie Murphy). Le studio doit payer neuf cent mille dollars à Buchwald, qui demandait six
millions.

LES ŒUVRES histoire qui n'est autre <fue celle du film que nous
venons de voir.

The Player (avril). Féroce satire du Hollywood Unforgiven (août). A la fois révisionniste et réca
contemporain, cette comédie très noire, qui pitulatif, ce «dernier des westerns» (selon l'expres
marque le retour triomphal de Robert Altman sion de son réalisateur) rassemble la plupart des
dans le mainstream, est entièrement fondée sur thèmes majeurs du genre mais leur donne une
le principe de la duplication et du redoublement, inflexion nettement post-moderne ; antihéro vieil
sur les jeux de miroirs et les mises en abîme - lissant et fatigué, accumulation de fiascos, de
comme l'annonce symboli(}uement une séquence conduites d'échec, discours démyslificateur inséré
d'ouverture virtuose où des personnages filmés en dans le récit lui-même (les scènes entre le scribe et
un long plan à la grue discutent... de plans le shérif). Ce western ruminatif et avare d'action
séquences filmés à la grue. Le scénario se nourrit évoque l'atmosphère du film noir : protagoniste
d'innombrables situations empruntées au vieux hanté par son passé et que la fatalité semble
cinéma («11 n'y a pas un élément de cette histoire poursuivre, vision du monde pessimiste, abondance
qui ne provienne d'un film... d'un mauvais film» a des scènes nocturnes et pluvieuses... Eastwood
déclaré Altman), et ce à deux niveaux, puisque les cherche-t-il vraiment à «en finir» avec un genre
personnages eux-mêmes passent leur temps à expo qu'il a mieux illustré que n'importe quel autre réa
ser des «idées» de film, à raconter des histoires, à lisateur de sa génération ? Le moribond a la vie
recycler de vieux synopsis. L'intrigue elle-même se dure : ironiquement, le succès de Unforgiven
calque sur celte démarche psittaciste, jusqu'à la apporte au genre un regain de vigueur. Quoi qu'il
conclusion où, bouclant la boucle, le mystérieux en soit, un des chefs-d'œuvre d'Eastwood (sur un
scénariste vengeur propose au producteur une très beau scénario de David Webb Peoples).
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Baiman Reiitrns (juin). De même que THe God' le décalage, jus(]u'à l'illustrer par quelques plans
father Part // dépassait et critiquait the God- aux cadres très artificiels, en rupture avec les
father, ce nouvel épisode prend prati<|uement le autres ruptures du film. Œuvre totalement maî
contre-pied du premier. Pour ne pas parier de la trisée, admirablement jouée, d'Harvey Keitel à
bande dessinée de Bob Kane <|ue Tlm Burlon met Lawrence Tierney en passant par Quentin Taren-
en pièces. Aux aventures héroïques et chevale tino lui-même, dont on sort pourtant avec un léger
resques, il substitue des affrontements noirs, impla malaise, l'impression d'avoir été bluffé par un très
cables, impose une galerie de personnafîes aux brillant joueur de poker ou de bonneteau. Atten
allures dickenslennes (des obsédés du «politique dons la suite.
ment correct » ont même cru voir dans le person Toys (décembre). Une usine de jouets-microcosme
nage du Pingouin des allusions antisémites). Ces est envahie par les forces du mal... Expérience
névrosés, solidaires, incapables de communiquer le curieuse, en partie ratée mais attachante, qui
moindre sentiment, s'affrontent pour dominer ou louvoie entre le burlescjue, la satire, le fantas-
sauver - on se demande pour(|uoi - un univers ti(|ue et le conte de fées sans vraiment entrer dans
glauque, morbide, encore plus déprimant (jue celui aucune de ces catégories. Très beau travail du
de Blade Runner. Fascinante fable psychana directeur artisti(]ue Edward Hichardson et du
lytique sur TAmérique qui n'a que le tort d'être décorateur Ferdinando Scarfiotti (jui créent un
condamnée, de par sa nature à un piétinement dra univers stylisé totalement irréaliste. Produit et
matique. et de par son budget - la pléthore des réalisé par Barry Levinson pour sa compagnie,
effets spéciaux - à une longueur excessive. Baltimore Pilms. Un échec commercial malgré la
One False Move (mai). Petit film noir dont la présence de Robin Williams.
principale force est de raconter une histoire au Malcolm X (novembre). Ni hagiographie respec
lieu de se reposer sur des situations plus ou moins tueuse à la Gandhi^ ni brûlot révolutionnaire,
pittoresques, de recopier des schémas éprouvés. l'immense fres<jue (|ue Spike Ix'C consacre à son
Après un premier quart d'heure laborieux, conven- idole («Je suis un de ceux dont il a trans
tionnellemenl filmé, entre en scène un shérif rural, formé et amélioré la vie») reprend les schémas
un vrai pé(]uenol jovial et pataud (ju'on croirait familiers propres à l'évocation des héros-martyrs,
sorti d'un roman de Jim l'hompson ou de Charles mais leur insuffle une vitalité, une force de
Williams et que des gangsters en cavale vont conviction peu communes. La richesse, la diversité
prendre pour un plouc demeuré. De faux intel de l'itinéraire de Malcolm. de la délinquance
ligents bernés par un faux benêt, voilà encore un au messianisme, de conversions en révoltes et
thème thompsonien ({ui donne au film sa couleur rejets ldénlogi<|ues, fimrnit au cinéaste une ample
et une originalité un peu desservie par le manque matière picares(jue, dans la(]uelle il puise avec
de rigueur de la mise en scène (troisième film de délectation. Son film est un hommage (ni imitatif,
Cari Franklin, après deux petites productions ni parodi(]ue) à divers genres traditionnels : le
Roger Corman). biopic. bien entendu, mais aussi le film de gang
sters (dans la première partie), le film de prison
Réservoir Dogs (octobre). Les minutieux prépa (dans la seconde), la comédie musicale (la magni-
ratifs et les conséijuences ultra-sanglantes d'une fi(jue sé(juence d'introduction, très minnellienne ;
attaque de bijouterie (jue l'on ne verra jamais, les scènes au Roseland Ballroom...). Mais Lee ne
filmés non chronologi<|uement mais pratlfiuement cherche pas. dans la deuxième moitié du film, à
en temps réel. A l'exception de l'histoire racontée minimiser l'importance de la vocation politi(]ue de
par M. Orange, l'une des plus longues parenthèses cet homme de «discours» (plus (jue d'action) (jue
de l'histoire du cinéma. Débuts fracassants pour devient Malcolm ajjrès sa conversion à l'islam et
Quentin Tarentino. cinéaste cinéphile. res|jectueux sa |»rise de conscience de son nïle de leader : les
et iconoclaste. Ce fils de Melville et de Fuller déclarations j)ubli(jues du héros deviennent de
croise, oppose les styles et les procédés d'écriture, plus en j>lus nombreuses, de j)lus en j)lus longues,
juxtapose longs plans fixes et mouvements d'appa citant Verbatim ou paraphrasant des discours réels.
reil complexes, hyperréalisme et stylisation, cadre Audace cxcej)tionn('lle. et jjayante, Lee fait alter
théâtral et découpage très cinématographique, ner des jilans d'archivé de Malcolm et des plans de
vérité et artifice, film de genre et film «sur» un Denzel Washington i»rononçant le même discours :
genre. Prenant une galerie de personnages arché- loin d'être ch()(jués j)ar le contraste entre réalité
typiques. il les fait parler de sujets inattendus, cons et fiction, nous restons stuj)éfaits |>ar l'osmose (jui
tamment décalés par rapport à l'action {hrics de se crée entre elles (l'extraordinaire interprétation
Madonna. feuilletons de '{"V). invente de longs de Denzel Washington y est j)our beaucouj»).
affrontements aussi acharnés <|ue saugrenus tandis Autre audace. I^e. conscient de l'indifférence
<|u'ils pataugent dans l'hémoglobine. Comme si de la masse du jeune |)ublic noir actuel à l'égard
leur existence dépendait davantage de ce qu'ils des grandes figures charismatiques des
disent que de ce qu'ils font. A l'image de l'histoire années cinquante-soixante, établit un lien méla-
de M. Orange, flic infiltré dans la bande, histoire j)hori(jue entre passé et j)résent, évo(juanl le tabas-
inventée, répétée, mise au point afin d'asseoir sa sage (le Rodney King dans l'introduction et le
crédibilité et qui occupe plus de décors (|ue le combat de Nelson Mandela en Afri(jue du Sud
reste du film,'larentino va même, pour augmenter dans sa conclusion.
Basic instinct (mars). Paul Verhoeven, qui fit pour ne pas dérouler le public, édulcoranl la force
jadis quelques bons films dans son pays d'origine, vitale, la violence métaphysique qu'elles avaient
a vendu son âme à Hollywood el achève de se dans le livre.
déconsidérer avec ce thriller racoleur qui fait
paraître génial Fatal Attraction, un de ses Lorenzo^s OU (décembre). Confronté à une col
modèles. Carolco a payé à Joe Ezterhas la somme lection de thèmes délicats, voire scabreux (enfant
record de trois millions de dollars pour un scé atteint d'une maladie incurable, parents s'obstinant
nario débile et malhonnête, catalogue de clichés à à chercher le remède miracle), George Miller
la limite de la parodie (un des «coups de théâtre» transforme ce <jui aurait pu être un Rocky
du film s'inspire d'ailleurs d'une parodie : le ballet médical en un opéra passionnel, un torrent tumul
policier de Band Wagon, où Cyd Charisse, tueux. Tournant le dos au naturalisme, il dyna
comme ici Jeanne Tripplehorn, dissimulait son mite ou survolte tous les ingrédients sentimen
identité sous une perruque). Le retournement taux propres aux feelgood nwvies à grands coups
final, lui, bat le record de gratuité putassière. d'élans lyritjues, de mouvements de grue ver
Comble de l'audace érotique, l'héroïne ne met pas tigineux, de cadrages abrupts ; seul point faible,
de culotte, et en fait état dans la conversation Nick Nolte dont l'accent italien |>ourtant très
(moyennant quoi Sharon Stone, vue el oubliée proche, paraît-il, du personnage ayant servi de
dans une poignée de films d'action - dont Total modèle, sonne faux et fabri({ué. Interprétation par
Recall de Verhoeven - devient une supervedette contre grandiose de Susan Sarandon, l'une des
à cinq millions de dollars par film). Ce person plus grandes actrices actuelles. L'invention visuelle
nage de romancière meurtrière en série, nympho de Miller, son goût de la démesure, qui ne
mane bisexuelle (on nous laisse entendre qu'elle l'empêchent pas de réussir toute la partie satirique,
couche avec Dorothy Malone, revenante sexagé traitée avec une rare acuité, parviennent à com-
naire) et sado-maso a vraiment tout pour plaire : muni<|uer au spectateur un peu de la fièvre quasi
Michael Douglas. (|ui refait son numéro de Fatal hystéri<]ue (jui anime ses deux héros, à nous faire
Attraction, ne pouvait ({ue tomber dans ses bras douter d'eux. Et de nous.
et ses filets... L'infantilisme malsain du propos n'a Bob Roberts (décembre). Dans ce vrai-faux
d'égal <]ue celui du public qui en redemande. documentaire où le Capra de Meet John Doe est
revisité par Richard Leacock, Tim Robins utilise
Passion Fish (décembre). Une actrice de soap le langage, les principes du cinéma-vérité pour
victime d'un accident et incapable de marcher va mener une en(|uête fictionnelle sur un candidat
réapprendre à aimer la vie au contact d'une jeune populiste (ju'il interprète avec une délectation sar-
infirmière noire. Sujet périlleux <|ue John Sayles. casli(|ue. Il en profile pour débus(juer l'idéologie
également scénariste et monteur, traite avec délica réactionnaire, la démagogie fascinante (jul se cache
tesse. évitant un bon nombre de pièges, subver- derrière les propos de cet émule du Hal Philip
tissant les situations les plus attendues, aussi bien Walker de Nashville. Ce retour surprenant au
dans les rapports raciaux (jue sentimentaux. On cinéma radical des années soixante-dix nous vaut
regrette un style un peu trop télévisuel, la carica l'un des très rares films engagés de la décennie. On
ture de certains personnages secondaires, défauts peut reprocher à Robbins de connaître à l'avance
rachetés par la chaleur du ton. notamment lors les réponses aux (|uestions «ju'il prétend poser, de
d'une belle scèn<? de discussion entre l'héroïne et faire du cinéma carré, sans nuances. Nous sommes
trois amies comédiennes qui débou<*he sur un de ceux (jui trouvons, en ces temps de convictions
magnifuiue monologue de l'une d'entre elles, évo molles, cette franchise revigorante, stimulante,
quant de manière émouvante ses débuts d'actrice. digne dans ses meilleurs moments de Ken Loach.
Epoustouflant travail de caméra de Jean L'Epine.
A River Runs Througt it... (octobre). Ou la
pêche à la mouche (-omme école de la vie, comme Bram StokeFs Dracula (novembre). Diver
manière d'appréhender la nature et le monde. Tel gence profonde entre les auteurs sur cette nouvelle
était le sujet du beau récit autobiographi<]ue de adaptation de Bram Stoker ({uatorze ans après
Norman MacLean. porté à l'écran par Robert celle, assez calamiteuse. de John Badham. L'un ne
Redford pour sa troisième réalisation et sa meil voit (]u'une très ennuyeuse et très vide accumu
leure à ce jour. Une direction d'acteurs attentive, lation d'effets pyrotechni<|ues là où l'autre loue
sensible, une retenue pudi<jue. une fin très émou l'expérimentation formelle, la splendeur gothi({ue
vante. de magnifiques plans de nature (tiscar pour de certains épisodes, généralement oubliés ou
la photographie de Philippe Rousselot. pourtant bâclés depuis Murnau (le voyage de Dracula en
moins réellement inspiré (]ue chez Boorman) mais bateau), la magnifique photo de Michael Balhaus,
aussi un découpage plus explicatif (|ue lyri(jue, une l'invention insolite de certaines idées : Dracula
surabondance de cadrages serrés, monocordes, de découvrant le cinématographe... Certes les effets
plans trop courts, trop timides, de scènes sans spck'iaux paralysent parfois la progression drama-
point de vue. Le scénario de Richard Friedenberg ti(]ue et figent les vélléités éroti(|ues. Mais dans les
discret, intelligent, recourt trop souvent au com meilleurs moments on sent chez Coppola un plaisir
mentaire (celui (le la fin est magnifi<]ue). réduit à filmer, une générosité visuelle (|ui laissent pan
l'importance et la longueur des scènes de pêche tois.
EVOLUTION DE HOLLYWOOD 1940-1993

Shudows and Fog(mars). Total échec critique et des chassés-croisés amoureux très familiers, le style
commercial aux Etats-Unis, cette comédie « expres tend à casser (ose-t-on dire déconstruire ?) la
sionniste», à la fois ambitieuse et mineure, apporte fiction, et la tension entre une intrigue classique et
pourtant un nouveau démenti à tous ceux qui une forme pertubatrice n'est pas le moindre attrait
prétendent que Woody Allen ne se renouvelle pas. de cette œuvre qui, la même année que Shadows
Auteur profondément référentiel, Allen cède ici à and Fog (autre expérience sur la forme mais d'un
son péché mignon plus que dans aucun autre film. ordre complètement différent) confirme l'étonnante
Ses sources d'inspiration sont non seulement le diversité d'inspiration de son auteur.
cinéma allemand préhitlerien (Murnau, Lang.
Pabst - les citations visuelles étant renforcées par
une utilisation massive de la musique de Kurt
Weill) mais aussi toute une tradition cinémato LES TALENTS
graphique - ou, plus exactement, une constel
lation de traditions - qui va de Griffith et
Borzage à Welles et Bergman (quant aux réfé Débuts dans la mise en scène : l'acteur John
rences littéraires, la ville anonyme peut évoquer le Turturro {Mac), la scénariste-romancière Nora
Dublin de Joyce, le personnage de l'infortuné Ephron {Tliis /s My Life), la scénariste Allison
Kieinman l'œuvre de Kafka - via Welles, dont Anders [Cas Food Lodging; Anders est tou
Allen paraphrase une scène du Procès). Si l'action tefois créditée comme coréalisatrice avec Dean
n'est située précisément ni dans le temps ni dans Lent et Kurt Voss, de Border Radio, 1988).
l'espace, c'est qu'elle se déroule plutôt dans le
passé cinématographique, la mémoire cinéphilique. Oscars : Unforgiven est le second western dans
Tout au plaisir de cette excursion nostalgi{|ue, l'histoire des Academy Awards à recevoir l'oscar
Allen s'est peu soucié de nous faire rire, ou même du meilleur film (le précédent est Cimarron,
sourire. Son personnage familier de nebbish frous 1931). Clinl Eastwood est le premier réalisateur à
sard, geignard et raisonneur semble incongru dans recevoir un oscar de mise en scène pour un
le contexte qu'il a créé - incongruité dont par western... Oscars d'interprétation : Al Pacino
ailleurs il ne tire aucun effet particulier. Ses one- {Scent of a Woman). Emma Thompson
liners «métaphysiques» sont passablement fati {Howards End). Seconds rôles : Gene Hack-
gués, et la fin nous laisse sur notre faim, comme le man (Unforgiven). Marisa Tomei (My Cousin
ferait le spectacle d'illusionnisme auquel elle se Vinny).
réfère. L'entreprise n'en est pas moins sympa Woody Allen-Mia Farrow : rupture et accusations
thique, et ({uelques séquences se détachent de réciproques. Husbands and Wives est le dernier
l'ensemble, dont celle du bordel, où un quatuor de d'une série de douze films (plus un sketch, dans
prostituées - incarnées par Lily Tomlin, Jodie New York Stories) qu'ils ont tournés ensemble
Foster, Kathy Bâtes et Anne Lange - évoquent les depuis 1992.
perversions sexuelles de leurs clients (vieux thème
allenien), et où la pudique avaleuse de sabres L'équipe productrice Kathleen Kennedy-Frank
incarnée par Mia Farrow découvre les joies de Marshall, qui produisait les films de Spielberg
la vénalité, depuis 1984, quitte Amblin' pour former sa propre
compagnie à Paramount.
Husbands and Wives (septembre). Inévitable Marlon Brando demande ijue son nom soit retiré
ment jugée «autobiographique» cette méditation du générique de Christophe Columbus : The
sério-comique sur l'absurdité de l'infidélité et Discovery, produit par llya Salkind ; il proteste
l'impossibilité de la fidélité amoureuses ne l'est contre l'inexactitude historique du film et le fait
sans doute pas plus <jue bien d'autres films de qu'on n'ait pas tenu compte de ses suggestions,
Woody Allen (toute fiction étant peu ou prou auto- malgré les promesses qui lui avaient été faites.
biographi({ue, de même (|ue toute autobiographie
est plus ou moins fictionnelle). Biographies filmées : Malcoim X de Spike Lee;
Allen adopte pourtant ici un ton de confession, Chaplin de Richard Attenborough (avec Robert
de journal intime - les personnages s'adressent Downey Jr. dans le rôle-titre, Géraldine Chaplin
périodiquement à un «interviewer-narrateur» invi