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L’ASSURANCE AUTOMOBILE

CONSTAT ET PERSPECTIVES

Par MADANI Mekki

L’assurance des véhicules automobiles, est une activité qui intéresse un large
public et qui est en même temps un sujet de discussion et de controverses
quotidiennes.

En effet, sa souscription est obligatoire, pour plus de trois millions de véhicules


qui circulent en Algérie.

La circulation routière a engendré durant l’année 2004, 43.777 accidents


corporels avec 4356 décès et 64.714 blessés dont certains handicapés à vie.

Le coût économique de ces accidents avoisine annuellement pour l’état algérien


40 milliards de dinars.

Les compagnies d’assurances enregistrent chaque année plus de 600.000


déclarations de sinistres matériels et plus de 57.000 déclarations de sinistres
corporels.

Pour l’année 2004, le montant des indemnisations en automobile pour


l’ensemble des compagnies, s’est élevé à 11.591 millions DA sur un montant
total de 17.150 soit 68%, alors qu’elles ne représentaient que 56% en 2003.

Ceci démontre l’évolution de la sinistralité automobile en fréquence et en


intensité

Car les déclarations de sinistres matériels ont évolué entre 2003 et 2004 de 3.5%
Celles des sinistres corporels ont progressé de 18% ?

Dans le même sens les coûts moyens des sinistres ont évolué de 14% en matériel
et 25% en corporel.

Plusieurs questions peuvent être posées :

l’assurance automobile est-elle rentable pour les compagnies ?


les assurés et les victimes sont ils satisfaits de la prestation ?
• délais de règlement

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• quantum de l’indemnité
peut – ont dire que l’assurance automobile est un produit d’appel qui permet
aux compagnies d’offrir plus de sécurité au monde du travail en particulier
et à la société en général ?

Pour tenter de répondre à ces questions, essayons de voir le système de


responsabilité en vigueur et le régime d’indemnisation des dommages pour
enfin voir les solutions qui ont été envisagées par le secteur.

LE SYSTEME DE RESPONSABILITE

On doit rappeler que jusqu’en 1974 c’est la loi française de février 1958
reconduite par la loi algérienne de 1962 qui avait régi le système de
responsabilité et l’indemnisation des dommages causés par les accidents de la
route.

C’était le droit commun qui était en vigueur, il appartenait à la victime de


prouver la faute de l’automobiliste impliqué dans l’accident.

Il suffisait à l’époque à ce dernier de soulever le cas de force majeure ou le fait


d’un tiers ou de la victime pour être exonéré.

A cela s’ajoute le fait que les indemnités allouées aux victimes diffèrent d’un
tribunal à un autre pour le même poste de préjudice.

L’ordonnance 74.15 du 30/01/1974 relative à l’obligation d’assurance des


véhicules automobiles et du régime d’indemnisation des dommages ; est le 1er
texte algérien qui a apporté beaucoup de changements notamment pour
l’indemnisation des dommages corporels.

C’est l’article 1er de cette ordonnance qui oblige tout propriétaire d’un véhicule
avant de le mettre en circulation de souscrire une assurance couvrant les
dommages causés aux tiers par ce véhicule.

Dans l’article 2, il est stipulé que l’Etat dispensé de l’obligation d’assurance est
tenu pour les véhicules dont il est propriétaire ou gardien d’indemniser les
victimes d’accidents causés par ces véhicules.

Dans l’article 4, l’obligation d’assurance doit couvrir la responsabilité civile du


souscripteur, du propriétaire du véhicule ainsi que toute personne ayant avec

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leur autorisation la garde ou la conduite du véhicule à l’exclusion des voleurs et
des professionnels de l’automobile : garagistes, courtiers, réparateurs,
dépanneurs et leurs préposés qui doivent souscrire des assurances particulières à
leurs activités.

Ce que prévoit le texte c’est uniquement, la responsabilité civile à l’égard des


tiers victimes d’accident de la circulation.

Que couvre la garantie responsabilité civile ?

Elle couvre l’assuré du véhicule en circulation contre les conséquences


pécuniaires qu’il peut encourir en raison des dommages corporels ou
matériels causés à autrui.

En cas de : accident, incendie, ou explosion causé par ce véhicule ou par son


attelage lorsque cet attelage est prévu aux conditions particulières de la
police d’assurance, par les accessoires du véhicules ou par les objets et
substances qu’il transporte.

Elle couvre également l’assuré en cas de chute des accessoires du véhicule,


des produits, objets et substances transportées.

Au titre de la police d’assurance responsabilité civile, toute victime ou ses


ayants droit alors même qu’elle n’aurait pas la qualité de tiers vis à vis de
l’assuré ; est indemnisée.

Les dommages causés par le véhicule assuré hors circulation, sont


indemnisables.

L’assuré est garanti contre les conséquences pécuniaires qu’il peut encourir
en raison des dommages corporels ou matériels causés à autrui et résultant
des événements cités ci dessus.

Cette responsabilité couvre également les dommages causés aux tiers par les
occupants passagers du véhicule assuré.

La responsabilité est également étendue aux conséquences pécuniaires que peut


encourir l’assuré en cas de vol, de violence ou d’utilisation du véhicule à l’insu
de l’assuré.

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REGIME D’INDEMNISATION

DOMMAGES MATERIELS :

Par dommages matériels indemnisables au titre de la responsabilité civile, on


entend les dommages subi par le véhicule adverse victime lorsqu’il s’agit d’une
collision. Les autres dommages matériels subis par les tiers tels qu’une
habitation ou une usine et qui peut prendre feu à la suite d’un heurt ou projection
d’un véhicule suivi d’un incendie.

L’évaluation des dommages directement subis c’est à dire d’expert.

Article 21, ordonnance 74.15, pour les dommages aux véhicules et article 13 de
l’ordonnance 95.07 relative aux assurances pour les autres dommages aux biens.

Contrairement, aux dommages corporels, on retient totalement ou partiellement


suivant les cas, la faute de l’assuré.

En ce qui concerne la détermination des responsabilités en cas de collision entre


deux ou plusieurs véhicules, les assureurs se réfèrent à l’infra-code, convention
entre assureurs qui schématise et chiffre le degré de responsabilité de chaque
véhicule impliqué dans l’accident.

Il s’agit d’un barème, qui suivant le cas de figure, attribue toutes les
responsabilités à l’un ou à l’autre des conducteurs, ou bien le partage à 50%, ¾,
1/3 2/3 :
Cas plus fréquents dont on fait application par les constatations de fait sur les
circonstances de l’accident, établies le plus souvent par le constat amiable
d’accident.

Il est par ailleurs essentiel de savoir que dans le cadre du constat amiable, les
assureurs ne tiennent compte que de certains éléments, essentiellement la
position des véhicules, leur direction respective, les marques au sol, les feux de
signalisation, les manœuvres effectuées et en excluent complètement d’autres,
notamment la vitesse et l’éclairage du véhicule.

L’assuré à droit au remboursement des frais de réparation lorsque celle ci est


possible ou à la somme nécessaire à l’acquisition d’un véhicule équivalent si

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celui ci a été détruit ; déduction faite de la valeur des objets récupérables
(Article 37, ordonnance 95.07 du 25 janvier 1995)

DOMMAGES CORPORELS

La nouveauté apportée par l’ordonnance 74.15 réside dans les articles 8, 13, 14,
et 15, une nouveauté par rapport au système qui existait à l’époque.

Personnes ouvrant droit à indemnisation :

Article 8 : « tout accident de la circulation automobile ayant entraîné des


dommages corporels, ouvre droit à indemnisation pour toute victime ou ses
ayants droit, alors même qu’elle n’aurait pas la qualité de tiers vis à vis de la
personne civilement responsable de l'
accident"

Il s’agit d’une septième « NO FAULT » ou système de responsabilité objective.

Le législateur s’est occupé plus par la réparation de la victime que par la


recherche de la responsabilité dans l’accident, sauf quelques exceptions.

Il s’agit d’une réparation forfaitaire et non intégrale des dommages directement


subis. Indemnisation calculée par référence à un barème annexé à l’ordonnance
74.15 puis modifié par la loi 88.31.

Personnes exclues de l’indemnisation :

Ce sont les articles 13, 14 et 15 de l’ordonnance 74/15 qui ont limité les
personnes exclues.

Article 13 : « s’il est retenu une part de responsabilité à la charge du conducteur


du véhicule pour toutes fautes que celles visées à l’article suivant, l’indemnité
qui lui est allouée est réduite proportionnellement à la part équivalente de la
responsabilité mise à sa charge sauf en cas d’incapacité permanente égale ou
supérieure à 50%. Cette réduction n’est pas applicable à ses ayants droit en cas
de décès. »

Article 14 : « si la responsabilité totale ou partielle de l’accident est déterminée


par la conduite en état d’ivresse ou sous l’effet d’un état alcoolique, de
narcotiques prohibés, le conducteur condamné à ce titre ne peut prétendre à
aucune réparation. Ces dispositions ne sont pas, toutefois applicables à ses
ayants droit en cas de décès. »

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Ces dispositions ne sont pas applicables aussi lorsque le taux d’IPP du
conducteur dépasse 66%. (article 5 alinéa 3 du décret 80.34 du 16.02.1980 fixant
les conditions d’application de l’article 7 de l’ordonnance 74.15)

Article 15 : « lorsque le véhicule a été volé, le voleur et les complices sont


totalement exclus du bénéfice de l’indemnisation. ces dispositions ne sont pas
applicables à leurs ayants droit en cas de décès ainsi que aux tiers transportés ou
à leurs ayants droit. »

Postes de préjudices indemnisables :

- Décès :

Les salaires ou revenus professionnels servant d’assiette de calcul de l’indemnité


sont nets d’impôts et d’indemnités non imposables de toutes natures et doivent
résulter d’une activité professionnelle réellement exercée par la victime.

L’indemnité allouée ne doit pas dépasser un montant mensuel égal à huit fois le
SNMG à la date de l’accident.

Lorsque le revenu ne peut pas être justifié, l’indemnisation est déterminée sur la
base du SNMG.

- L’incapacité permanente partielle :

Il s’agit d’un préjudice physiologique, déterminé par le médecin expert,


l’indemnité alloué est obtenue en multipliant le taux d’IPP par la valeur du point
correspondant à la tranche du salaire ou revenu figurant sur le barème lorsque le
taux d’IPP est égal ou supérieur à 80%, le montant du capital ou de la rente
viagère augmente de 40% pour frais pour personne accompagnatrice sur avis du
médecin expert.

- L’incapacité temporaire de travail :

Il s’agit d’un arrêt de travail limité dans le temps et consécutif à l’accident de la


circulation, et fixé par le médecin expert.

L’indemnisation de cette incapacité s’effectue sur la base de 100% du salaire de


poste ou du revenu professionnel de la victime. A défaut en doit prendre comme
base le SNMG à la date de l’accident.

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Frais médicaux et pharmaceutiques :

Les frais médicaux et pharmaceutiques sont payes et remboursés intégralement :

Frais de séjour à l’hôpital ou à la clinique


Frais médicaux et pharmaceutiques
Frais d’appareillage et de prothèses
Frais d’ambulance
Frais de garde de jour et de nuit
Frais de transport pour se rendre chez le médecin lorsqu’ils sont justifiés par
l’état de la victime.

A titre exceptionnel et en cas de besoin, la victime peut bénéficier d’une prise en


charge par l’assureur.

Lorsque l’état de santé de la victime, dûment constaté par le médecin conseil de


l’assureur nécessite des soins à l’étranger, les frais y afférents sont pris en
charge conformément à la législation en vigueur en matière de soins à l’étranger.

Préjudice esthétique :

Les interventions chirurgicales nécessaires à la réparation d’un préjudice


esthétique suivant expertise médicale sont remboursées ou payées intégralement.

Pretium doloris :

L’indemnisation du prix de la douleur est déterminée par l’expertise médicale :

Pretium doloris faible Aucune indemnisation

Pretium doloris moyen Deux fois le SNMG mensuel à la date de


l’accident

Pretium doloris important Quatre fois le SNMG à la date de l’accident

Préjudice moral :

Le préjudice moral résultant d’un décès peut être réparé au profit de chacun des
père et mère, conjoints, et enfants de la victime dans la limite de trois fois le
SNMG mensuel à la date de l’accident.

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Frais funéraires :

L’indemnité est égale à cinq fois le SNMG mensuel.

Personnes bénéficiaires des indemnités en cas de décès

- Victime majeure :

Le capital constitutif pour chaque bénéficiaire est obtenu en multipliant la valeur


du point correspondant au salaire ou revenu professionnel de la victime à la date
d’accident par les coefficients ci après :
Conjoints 30
Chaque enfant mineur à charge 15
Père et mère 10 pour chacun et 20 au cas où la victime majeure n’a laissé
ni conjoint ni enfant.

Les enfants mineurs, orphelins, intégraux bénéficient à parts égales de la


fraction d’indemnité prévue en cas d’accident pour le conjoint de la victime.

La somme des capitaux constitutifs servis aux ayants droit conformément à


l’alinéa ci-dessus ne peut excéder la valeur du point correspondant au salaire ou
revenu professionnel annuel de la victime multiplié par 100

En cas de dépassement, la part revenant à chaque catégorie d’ayants droit ferait


l’objet d’une réduction proportionnelle.

- Victime mineure :

L’indemnisation, pour une victime mineure n’exerçant pas d’activité


professionnelle, s’effectue au profit des père et mère à parts égales ou du tuteur
tel que défini par la législation en vigueur comme suit :

Jusqu’à six (6) ans : deux (2) fois le montant annuel du SNMG à la
date de l’accident
Au delà de six (6) ans : jusqu’à 19 ans revolus trois fois le montant
annuel du SNMG à la date de l’accident.

En cas de disparition de l’un des deux parents, le survivant perçoit la totalité de


l’indemnité

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Modalités de règlement des indemnités :

L’alinéa 2 l’article 16 de la loi 88.31 du 19/07/1988 laisse la liberté à la victime


ou à ses ayants droit de choisir le mode de règlement, « …l’indemnisation due à
la victime ou à ses ayants droit est effectuée, au choix des bénéficiaires majeurs,
sous forme de rente ou de capital dans les conditions fixes à cette annexe ».

L’indemnité due aux mineurs, à quelque titre que ce soit, est versée
obligatoirement sous forme de rente temporaire lorsque son montant est
supérieur à quatre (4) fois le montant annuel du SNMG.

L’indemnité due aux victimes ou ayants droit majeurs reconnus incapables est
versée obligatoirement sous forme de rente viagère lorsque son montant
dépasse le seuil prévu à l’alinéa précèdent.

FAIBLESSE DES TEXTES


L’ordonnance 74.15 et la loi 88.31

Préjudices non prévus :

Préjudice des organes génitaux


Préjudice scolaire : l’indemnité pour frais de rattrapage scolaire
Préjudice d’agrément, pour les personnes s’adonnait à des occupations à titre
de passion ou de plaisir

Standardisation des préjudices :

Exemple : l’indemnité est la même pour perte de doigt pour un avocat ou un


chanteur et un pianiste ou un informaticien ou un bijoutier.

Accolage entre l’évolution des tarifs et les indemnisations.

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PERSPECTIVES

Les dommages matériels :

Convention d’indemnisation directe des assurés


Le corps des inspecteurs régleurs

Objectif raccourcir les délais de règlement

Le bonus malus :

Personnaliser relativement la tarification en fonction du risque assuré

Objectif : la prévention diminue les accidents et atténuer l’intensité des


dommages

L’agrément des garagistes réparateurs :

Soulager l’assuré et lui éviter les surcoûts de réparation


Récupérer la TVA

Objectif : rétablir la confiance des assurés

La formation des experts des avocats et des médecins

aboutir à une réparation équitable et rapide


favoriser le règlement amiable des dommages corporels
prendre en charge correctement les assurés devant les tribunaux

Objectif : viser un véritable partenariat et jouer le rôle de l’assureur conseil

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