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LES DIARRHÉES CHRONIQUES

Professeur Jean-Marie REIMUND, Service d’Hépato-gastro-entérologie et


d’Assistance Nutritive, Hôpital de Hautepierre

INTRODUCTION

De multiples causes et mécanismes peuvent aboutir à la survenue d’une diarrhée chronique.


Leur connaissance est d’une aide essentielle au médecin confronté à cette situation clinique.
Combinée à une anamnèse minutieuse et à un examen clinique systématique, elle facilite
l’établissement du diagnostic étiologique en étant le plus économe possible d’examens
complémentaires inutiles.

DÉFINITIONS

Elle se définie par la fréquence et la consistance des selles (« diarrhée ») et la durée du


symptôme (« chronique »). La diarrhée est une émission de selles trop fréquentes, trop
abondantes, et de consistance anormale (liquides ou très molles). Selon l’OMS on parle de
diarrhée lorsqu’il y a au moins 3 selles très molles à liquides par jour. D’un point de vue plus
scientifiquement mesurable, on parle de diarrhée quand le poids quotidien des selles dépasse
200 g/jour. Elle est appelée « chronique » lorsqu’elle évolue depuis plus de 4 semaines.

LES PRINCIPAUX MÉCANISMES ET LEUR IMPACT SUR LA


PRÉSENTATION CLINIQUE

Une diarrhée peut résulter (i) d’une accélération du transit (diarrhée « motrice »), (ii) d’une
malabsorption (diarrhée « par malabsorption »), (iii) d’une sécrétion intestinale dépassant les
capacités d’absorption d’aval (diarrhée « sécrétoire »), ou (iv) d’un effet osmotique entrainant
un afflux liquidien dans la lumière digestive (diarrhée « osmotique »).
Diarrhée motrice

Les patients ayant une diarrhée motrice ont souvent une première selle matinale avant le
lever et/ou le petit-déjeuner (parfois appelée selle « réveille-matin »), les autres selles de la
journée étant essentiellement voire exclusivement post-prandiales précoces ou survenant en
fin de repas. Elles sont souvent émises en plusieurs fois de façon rapprochée et sont
habituellement de petit volume (en salve). Habituellement, elles sont impérieuses (ne
peuvent pas être différées de plus de 15 minutes), voire urgentes (ne peuvent pas être
différées de plus de 1 à 5 minutes), ou encore ne peuvent pas être retenues. Parfois, la
présence de résidus alimentaires non digérés dans les selles (souvent d’origine végétale) est
signalée par les patients (c’est la lientérie). Habituellement une diarrhée motrice ne
s’accompagne pas d’altération de l’état général, et l’efficacité des ralentisseurs du transit est
souvent remarquable.

Diarrhée par malabsorption

A l’inverse, la diarrhée par malabsorption est fréquemment associée à une altération de l’état
général (en particulier un amaigrissement), et/ou est responsable de carences (malgré le fait
que les apports nutritionnels quantitatifs et qualitatifs alimentaires sont souvent conservés).
Ces carences concernent en premier lieu certains électrolytes (calcium, magnésium), les
vitamines (vitamines liposolubles : A, D, E, K ; certaines vitamines hydrosolubles, en
particulier la vitamine B12 ou les folates ou vitamine B9), ou enfin certains minéraux ou des
oligo-éléments comme le fer, le zinc ou encore le sélénium. Deux grands mécanismes peuvent
conduire à une malabsorption : la maldigestion et la malabsorption « vraie » par
« insuffisance intestinale ».

Malabsorption par maldigestion

Dans cette situation, les capacités d’absorption sont conservées. L’intestin est sain mais la
maldigestion quelle qu’en soit l’origine (le mécanisme le plus fréquent étant une insuffisance
pancréatique exocrine chez les malades ayant une pancréatite chronique) place l’intestin face
à des nutriments incomplètement digérés. De ce fait, les transporteurs entérocytaires sont
incapables de faire franchir la barrière épithéliale à certains nutriments (mal digérés donc trop
« volumineux ») et/ou les enzymes de la bordure en brosse entérocytaire ne peuvent achever
le processus de digestion intraluminale, et de ce fait ne peuvent être transportés de la lumière
intestinale vers la circulation mésentérique.
Malabsorption par « insuffisance intestinale »

Dans cette situation, le processus de digestion (enzymes salivaires, gastriques, et/ou


pancréatiques) n’est pas altéré. En revanche, l’intestin grêle, soit du fait d’une réduction
majeure de la surface d’absorption (« grêle court anatomique », par exemple suite à une
résection étendue du grêle compliquant un infarctus mésentérique), soit du fait d’une maladie
diminuant fortement ses capacités d’absorption (l’exemple typique est celui de la maladie
cœliaque), n’est plus en mesure d’assurer suffisamment sa fonction d’absorption. Dans ces
deux situations, les selles sont classiquement abondantes, volontiers boueuses, parfois
graisseuses (auréole huileuse sur le papier hygiénique). Leur fréquence peut être normale. La
diarrhée est souvent dépendante de l’alimentation (ne persiste pas à son arrêt).

Diarrhée sécrétoire

Normalement, les entrées liquidiennes orales ajoutées aux sécrétions liquidiennes des
différents étages du tube digestif (gastriques, pancréatiques, biliaires, etc.) excèdent les
pertes fécales grâce aux capacités absorptives de l’eau et des électrolytes du grêle et du
côlon. Typiquement, la diarrhée est abondante (> 500 ml/jour si elle est mesurée), les selles
sont le plus souvent complètement liquides. Elles sont réparties sur le nycthémère, et des
selles nocturnes sont possibles. La diarrhée persiste au moins en partie lors du jeûne.

Diarrhée osmotique

Elle est due à l’effet osmotique (impliquant une rétention d’eau) dans l’intestin grêle puis dans
le côlon, de molécules ingérées qui sont peu ou ne sont pas absorbées dans le grêle. Les
selles sont liquides, leur horaire et leur rythme sont dictés par l’ingestion des molécules
osmotiques. La diarrhée cesse lors du jeûne ou de l’éviction des molécules responsables.

APPROCHE DIAGNOSTIQUE

La présentation clinique et plus particulièrement les caractéristiques de la diarrhée constituent


une aide essentielle au diagnostic étiologique, et doivent être précisées par l’anamnèse.
D’autres éléments nécessitent d’être systématiquement recherchés.

Anamnèse

Elle s’attache à préciser les antécédents (personnels et familiaux, médicaux incluant les prises
médicamenteuses et chirurgicaux), les caractéristiques de la diarrhée, ainsi que les
symptômes digestifs ou généraux associés à la diarrhée.
Parmi les antécédents personnels on cherchera l’existence de voyages avant le début de la
diarrhée (même si cet antécédent concerne davantage les diarrhées aiguës ou prolongées),
une irradiation abdomino-pelvienne, une maladie endocrinienne (affection thyroïdienne,
diabète) ou rhumatologique chronique (spondylarthropathies HLA B27 ou non), ou encore un
antécédent de résection intestinale. Il est aussi indispensable de connaître l’ensemble des
médicaments qui ont été pris au cours des 3 mois précédents l’apparition de la diarrhée (en
particulier les anti-inflammatoires non-stéroïdiens, les antibiotiques, l’olsalazine, la colchicine,
les biguanides, ou les médicaments responsables des colites microscopiques), et de savoir s’il
existe des habitudes alimentaires particulières (consommation excessive de certains aliments
sucrés pouvant entraîner une diarrhée osmotique).

Il est important de savoir s’il existe des antécédents familiaux de maladie inflammatoire
chronique intestinale [MICI : maladie de Crohn (MC) ou rectocolite hémorragique (RCH)], de
maladies auto-immunes, ou de cancers (en particulier coliques ou rectaux).

L’anamnèse précise ensuite les caractéristiques de la diarrhée : mode de début (soudain ou


plus progressif) ; durée et survenue antérieure d’épisodes de diarrhée ; aspect des selles
incluant la présence d’aliments non digérés, de glaires et/ou de rectorragies, leur fréquence et
leur moment de survenue ; degré d’impériosité et éventuelle incontinence ; horaire des selles
(plutôt regroupées le matin au lever / post-prandiales précoces voire parfois avant la fin du
repas / réparties sans horaire précis dans la journée / diurnes et/ou nocturnes) ; facteurs
aggravants (alimentation, etc.) ou améliorants la diarrhée (jeûne, prise de ralentisseurs du
transit comme le lopéramide, etc.) ; symptômes digestifs (douleurs abdominales, nausées
et/ou vomissements), extradigestifs (douleurs articulaires, manifestations cutanées ou
oculaires), et généraux (en particulier l’amaigrissement – qui doit être systématiquement
recherché -, l’asthénie ou la fièvre, des flushs) associés.

Examen clinique

L’estimation de la perte de poids éventuelle et l’examen abdomino-pelvien (recherche d’une


sensibilité et/ou d’une masse abdomino-pelvienne, examen de la région périnéale et toucher
rectal) sont essentiels. L’examen clinique doit aussi s’attacher à chercher des signes orientant
vers certaines causes, en particulier au niveau des téguments et de la cavité buccale, de la
glande thyroïde, ou encore des aires ganglionnaires (Tableau 1).
Tableau 1. Signes cliniques orientant vers certaines causes en cas de diarrhée
chronique.

Examens complémentaires

► Examens complémentaires systématiques

●● Des examens biologiques systématiques (de première intention) sont habituellement


demandés à la recherche de signes carentiels ou d’un syndrome inflammatoire biologique,
l’existence de signes carentiels orientant vers une diarrhée par malabsorption, celle d’un
syndrome inflammatoire vers une MICI, en particulier si le patient est jeune.

Ils comprennent : (i) une NFS avec numération plaquettaire (la thrombocytose est un signe
biologique d’inflammation, une anémie pouvant être inflammatoire et/ou carentielle – carence
martiale – quand elle est microcytaire, ou refléter une carence en vitamine B12 en cas d’iléite
terminale au cours de la MC – quand l’anémie est macrocytaire -), (ii) le dosage de la protéine
C-réactive (syndrome inflammatoire), (iii) un ionogramme sanguin (syndrome carentiel par
exemple en cas d’hypocalcémie ou encore témoin de l’importance des pertes fécales en cas
d’hypokaliémie), (iv) la détermination de la fonction rénale (témoin de l’importance de la
diarrhée), (v) un bilan martial, (vi) le dosage de l’albumine plasmatique (syndrome carentiel
ou perte d’albumine par entéropathie exsudative, sauf s’il existe une insuffisance
hépatocellulaire, ou signe négatif d’inflammation), et (vii) le dosage de la vitamine B12
(malabsorption par atteinte de l’iléon terminal). Souvent, la TSH est demandée au cours de ce
bilan de première intention. (vii) Bien qu’une diarrhée chronique est exceptionnellement
d’origine infectieuse, il est habituel de demander une coproculture et la recherche de parasites
dans les selles (ne serait-ce que pour éliminer une surinfection ; par exemple à Clostridium
difficile en cas de suspicion de MICI).

●● Les examens endoscopiques sont très souvent nécessaires. Une coloscopie totale avec
iléoscopie si possible est indiquée à la recherche d’une lésion organique. Il est indispensable,
même en cas de coloscopie normale, de demander des biopsies étagées systématiques
(surtout au niveau du caecum/côlon droit, du sigmoïde et du rectum) à la recherche d’une
colite microscopique (lymphocytaire ou collagène). Souvent, une oeso-gastro-duodénoscopie
(endoscopie haute) est réalisée en particulier s’il existe des signes carentiels. Elle recherchera
une atrophie villositaire par la réalisation systématique de biopsies duodénales (D2 ou D3).

●● D’autres examens complémentaires ne sont en principe nécessaires qu’en cas


d’orientation clinique particulière. Néanmoins, une échographie abdominale - examen
simple, peu coûteux et non invasif -, peut apporter des informations importantes
(épaississement de la paroi intestinale en cas de MICI, anomalies échographiques
pancréatiques en cas de pancréatite chronique, localisations secondaires hépatiques en cas de
tumeur neuroendocrine sécrétante comme une tumeur carcinoïde par exemple, adénopathies
mésentériques inflammatoires ou tumorales, etc.).

► Examens complémentaires de seconde intention ou orientés en fonction du


contexte clinique

Certains examens biologiques pourront être demandés en fonction du contexte clinique


(Tableau 2). Notons que certains examens ne sont plus réalisés ou le sont exceptionnellement
comme le test au rouge carmin, la mesure de la clairance de l’ 1-antitrypsine, le test
respiratoire au glucose ou encore le calcul du trou osmotique fécal.

Tableau 2. Examens sanguins et urinaires utiles au diagnostic dans un contexte


clinique particulier.
Ceci est aussi le cas pour certains examens morphologiques. En cas de suspicion de MC de
l’intestin grêle, quand l’iléoscopie est normale ou techniquement impossible, une entéro-IRM
peut-être utile. Des examens comme la vidéocapsule de l’intestin grêle, une entéroscopie ou
encore un Octréoscan® ne sont utiles que dans des situations particulières.

PRINCIPALES CAUSES DE DIARRHÉE CHRONIQUE


Diarrhée motrice

La cause la plus fréquente de diarrhée motrice est le syndrome de l’intestin irritable (SII ; on
parle aussi de « trouble(s) fonctionnel(s) intestinal(aux) ») au cours duquel il n’y a pas de
retentissement sur l’état général. Les causes organiques sont plus rares. Dans le SII, il n’y a
pas d’anomalie biologique et les examens endoscopiques sont normaux. Dans certaines
circonstances, en particulier quand la diarrhée motrice est isolée (dans le SII, la diarrhée est
accompagnée d’autres symptômes digestifs comme les douleurs abdominales et/ou les
ballonnements), il convient d’éliminer une cause endocrinienne telle que l’hyperthyroïdie (en
dosant la TSH) et beaucoup plus rarement d’autres tumeurs endocriniennes comme les
tumeurs carcinoïdes (dosage de l’acide 5-Hydroxy Indole Acétique urinaire des 24 heures) ou
encore les cancers médullaires de la thyroïde (sécrétant la thyrocalcitonine).

Une diarrhée motrice peut aussi exister en cas de diabète insulino-requérant ancien et mal
équilibré ou en cas d’amylose, ces maladies occasionnant une dysautonomie intestinale. En
général, le diabète ou l’amylose sont déjà connus lorsque la diarrhée apparaît.

Diarrhée par malabsorption

Malabsorption par maldigestion

La cause la plus fréquente est la pancréatite chronique. Là encore, le diagnostic est en


général connu lorsque la diarrhée survient. Habituellement, il existe aussi un amaigrissement,
parfois des douleurs abdominales de type « douleurs solaires », voire un diabète insulino-
dépendant. Le bilan biologique montre rarement des signes de malabsorption et les enzymes
pancréatiques sont le plus souvent normales. Lorsqu’elle est recherchée, une stéatorrhée est
fréquente. Habituellement, les examens radiologiques (échographie, TDM ou IRM) montrent
des anomalies de la glande pancréatique et des canaux pancréatiques, et souvent des
calcifications pancréatiques.

Malabsorption par « insuffisance intestinale »

La cause la plus fréquente est la maladie cœliaque. Il s’agit d’une maladie auto-immune qui
se développe chez des sujets génétiquement prédisposés (dans 99 % des cas, ils sont de
groupe HLA DQ2 ou DQ8), caractérisée par une intolérance à la gliadine, une protéine
contenue dans le gluten (blé, seigle, orge). Assez souvent, la maladie cœliaque survient chez
des patients atteints de dermatite herpétiforme ou d’autres maladies auto-immunes (diabète,
thyroïdite, cirrhose biliaire primitive, vitiligo), mais les formes pauci-symptomatiques ne sont
pas rares, les malades se présentant alors comme ceux ayant un SII. En cas de suspicion de
maladie cœliaque, le dosage des anticorps anti-transglutaminases (de type IgA) est
habituellement positif (sauf chez les malades ayant un déficit en IgA, auquel cas une
demande spécifique de dosage des anticorps anti-transglutaminases de type IgG est utile au
diagnostic) et conduit à la réalisation d’une endoscopie haute avec biopsies de D2 et/ou D3.
Celles-ci montrent une atrophie villositaire sub-totale ou totale, une augmentation des
lymphocytes intra-épithéliaux et un infiltrat inflammatoire du chorion, permettant d’affirmer le
diagnostic. L’histologie duodénale reste l’élément essentiel du diagnostic. Le dosage des
anticorps anti-gliadine n’est plus utilisé, et celui des anticorps anti-endomysium très rarement
nécessaire. Le génotypage HLA est exceptionnellement nécessaire.

D’autres maladies peuvent être responsables d’une malabsorption occasionnant une


diarrhée chronique. Ceci peut être le cas de la MC lorsqu’elle touche l’intestin grêle. Dans ce
cas, la diarrhée est rarement le seul symptôme. Elle est souvent accompagnée de douleurs
abdominales, parfois d’un amaigrissement (lorsque l’atteinte est étendue), et dans certains
cas des symptômes extradigestifs sont signalés à l’anamnèse (qui doit s’attacher à les
chercher), ceux oculaires (uvéites à répétition), cutanéo-muqueux (aphtes buccaux, érythème
noueux) et/ou rhumatologiques (arthralgies périphériques et/ou axiales) étant les plus
fréquents. Sur le plan biologique, la plupart des malades présentent un syndrome
inflammatoire, parfois des carences (une hypoalbuminémie – qui peut aussi être un reflet
négatif du syndrome inflammatoire -, une carence martiale – qui peut aussi être liée à
l’inflammation -, une hypocalcémie, et quand la MC concerne l’iléon terminal, une carence en
vitamine B12). La coloscopie avec iléoscopie permet la plupart du temps d’en faire le
diagnostic en montrant des signes endoscopiques typiques. Elle permet aussi le plus souvent
de faire le diagnostic différentiel avec une RCH (dans ce cas la diarrhée, glaireuse comme
dans la MC est souvent accompagnée de rectorragies ce qui est rare dans la MC).

Plus rarement, la malabsorption complique une entérite radique ou survient chez un malade
ayant eu une ou plusieurs résections de l’intestin grêle (ce qui compte étant la longueur du
grêle restant et non pas la longueur de grêle réséqué). Dans ces deux situations, l’anamnèse
oriente rapidement le diagnostic.

Enfin, une diarrhée par malabsorption peut survenir en cas de lymphome étendu du grêle,
d’entéropathies médicamenteuses, d’une ischémie intestinale chronique, d’une pullulation
microbienne chronique ou encore d’une maladie de Whipple. Ces diagnostics sont rares.
Diarrhée sécrétoire

Les causes de diarrhée chronique dont le mécanisme est au moins en partie sécrétoire sont
toutes les colites, en particulier les MICI (MC et RCH), et les colites microscopiques.
Les colites microscopiques – la colite collagène et la colite lymphocytaire – se manifestent
le plus souvent par une diarrhée chronique sécrétoire (une fois sur deux elles peuvent débuter
de façon aiguë), aqueuse, abondante, sans glaires ni rectorragies, parfois accompagnée d’un
amaigrissement et sur le plan biologique d’une hypokaliémie. Dans ces deux maladies la
coloscopie est généralement normale, le diagnostic étant posé à l’examen histologique des
biopsies coliques qui doivent donc être réalisées de manière systématique. Elles touchent
préférentiellement les femmes après 50 ans, et sont associées dans 50 % des cas à des
maladies auto-immunes ou à des maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde.
Elles sont soit d’origine médicamenteuse (veinotoniques, lansoprazole, ticlopidine, etc.) et
dans ce cas, elles sont le plus souvent réversibles à l’arrêt du traitement responsable de la
colite microscopique, soit idiopathiques.

Beaucoup plus rarement, certaines parasitoses chroniques peuvent être responsables d’une
diarrhée chronique sécrétoire, comme par exemple les infections à Giardia
intestinalis, Isospora belli, ou Cryptosporidium pouvant survenir chez des sujets
immunodéprimés.

Enfin, il existe de très rares causes de diarrhées sécrétoires pures parmi lesquelles les
tumeurs sécrétant la gastrine (dans le cadre d’un syndrome de Zollinger-Ellison) ou celles
sécrétant le VIP (Vasoactive Intestinal Peptide).

Diarrhée osmotique

Elles sont rares. Leurs principales causes sont (i) les diarrhées après ingestion de grandes
quantités de lactose (à l’âge adulte l’activité lactasique de la bordure en brosse des
entérocytes diminuent fortement, réduisant la capacité de l’intestin grêle à absorber de
grandes quantités de lactose) ou de sucres-alcools (ingestion de grandes quantités de
boissons sucrées par exemple), (ii) ou encore consécutives à la prise de magnésium.

DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS

Les principaux sont :

(i) les émissions afécales glairo-sanglantes qui doivent orienter davantage vers un
syndrome dysentérique que vers une diarrhée chronique. Le syndrome dysentérique associe
habituellement des faux besoins (émissions afécales de glaires, de sang, et de pus) et des
douleurs à type d’épreintes (coliques sigmoïdiennes ou rectales précédant les émissions
glairo-sanglantes) et/ou de ténesmes (douleurs ano-rectales à type de pesanteur, et/ou
sensation de corps étranger intra-rectal, précédant ou succédant aux faux besoins). Elles
doivent impérativement conduire à chercher une lésion organique ano-rectale ou un
envahissement rectal (par exemple un cancer de la prostate chez l’homme),

(ii) la « fausse diarrhée » du constipé (fécalome)

(iii) la diarrhée induite par la prise occulte de laxatifs (il s’agit habituellement d’une diarrhée
de type osmotique)

(iv) l’incontinence fécale, qu’il est essentiel de distinguer d’une diarrhée chronique.

SYNTHÈSE : STRATÉGIE DÉCISIONNELLE

La démarche diagnostique en cas de diarrhée chronique est initialement relativement simple,


si on se pose certaines questions de façon systématique. Comme déjà indiqué, elle repose
essentiellement sur l’anamnèse, un des éléments essentiels étant la caractérisation précise de
la diarrhée.

La première question qu’il convient de se poser est :

Quel est le type de la diarrhée ?

S’agit-il d’une diarrhée glaireuse ou glairo-sanglante (à distinguer des émissions glairo-


sanglantes du syndrome dysentérique – cf. ci-dessus -), d’une diarrhée graisseuse, ou d’une
diarrhée hydrique ?

S’il s’agit d’une diarrhée chronique glaireuse ou glairo-sanglante, un bilan biologique


simple répond alors à deux autres questions : Y a-t-il un syndrome inflammatoire ? et, Y
a-t-il un syndrome carentiel ? S’il y a un syndrome inflammatoire, il faut avant tout
éliminer une MICI et réaliser une iléocoloscopie. En cas de MC, un syndrome carentiel peut
aussi être associé au syndrome inflammatoire (soit carence isolée en vitamine B12 en cas
d’atteinte iléale isolée, soit carences multiples en cas d’atteinte étendue du grêle). S’il y a un
syndrome carentiel (en particulier une hypocalcémie et/ou une carence martiale) sans
syndrome inflammatoire, on éliminera en premier lieu une maladie cœliaque en demandant
un dosage des anticorps anti-transglutaminases et en faisant réaliser une endoscopie haute
avec biopsies duodénales.

S’il s’agit d’une diarrhée graisseuse, les deux causes essentielles sont la maladie
cœliaque ou une insuffisance pancréatique exocrine du fait de l’existence d’une pancréatite
chronique. Dans ces deux cas, on peut confirmer la nature graisseuse de la diarrhée en
demandant un poids des selles avec recherche de stéatorrhée, mais ceci est rarement
indispensable au diagnostic. En cas de maladie cœliaque, le diagnostic repose sur la recherche
d’anticorps anti-transglutaminases et les biopsies duodénales. En cas de pancréatite
chronique, l’anamnèse et l’existence d’autres signes cliniques de pancréatite chronique
permettent en général de poser facilement le diagnostic qui sera confirmé par une imagerie
du pancréas (échographie, TDM ou IRM). Dans ce cas, une iléocoloscopie n’est souvent pas
nécessaire.

S’il s’agit d’une diarrhée hydrique, la recherche de la cause est souvent plus difficile.
Dans ce cas, on réalisera systématiquement dans le cadre du bilan initial : un bilan biologique
simple incluant le dosage de la TSH, une iléocoloscopie avec biopsies coliques systématiques
(à la recherche d’une colite microscopique), une endoscopie haute avec biopsies duodénales
(à la recherche d’une maladie cœliaque), et une échographie abdominale pour vérifier
l’absence de métastases hépatiques d’une éventuelle tumeur carcinoïde.

Lorsque le bilan initial simple (bilan biologique de première intention avec dosage de la TSH,
endoscopie haute, iléocoloscopie, échographie abdominale) est négatif, un avis
gastroentérologique spécialisé est souhaitable.

CONCLUSION

Les causes de diarrhée chronique sont nombreuses. Toutefois, avec une anamnèse et un
examen clinique minutieux, en particulier l’établissement d’une sémiologie fine de la diarrhée
qui va guider la stratégie diagnostique, des examens biologiques de première intention
simples, et le plus souvent des examens endoscopiques avec biopsies et une échographie
abdominale, la cause de la diarrhée est le plus souvent assez facile à déterminer. Ce n’est que
face à un diagnostic rare, ou encore lorsque la diarrhée s’inscrit dans le cadre d’un trouble
fonctionnel intestinal que la recherche de la cause peut être plus complexe (ou nécessiter des
explorations plus avancées pour poser par élimination le diagnostic de SII). Dans ce cas, un
avis gastroentérologique est souvent utile.

RÉFÉRENCES

Les fondamentaux de la pathologie digestive. Collégiale des universitaires en hépato-gastro-


entérologie. Coordonné par Laurent Beaugerie et Harry Sokol. Elsevier Masson Ed., 2014.

Hépato-gastro-entérologie. Collégiale des universitaires en hépato-gastro-entérologie.


Coordonné par Philippe Marteau. Elsevier Masson Ed., 2012 (2ème édition).