Vous êtes sur la page 1sur 5

UNIVERSITE Mouloud MAMMERI Laboratoire de toxicologie

Dr. L.KACI
TIZI OUZOU

INTOXICATION PAR LES PRODUITS DOMESTIQUES

I- INTRODUCTION :

Les intoxications par les produits ménagers sont majoritairement accidentelles et surviennent
principalement chez l’enfant âgé moins de 5 ans. Si la mortalité est extrêmement faible, la morbidité
est encore trop importante. L’ingestion de substances caustiques reste un accident fréquent avec
comme complication principale la sténose caustique de l’oesophage. L’ingestion de solvant de type
hydrocarbure quant à elle, doit faire craindre la survenue d’une pneumopathie d’inhalation.

II- TOXICITE DES PRINCIPAUX PRODUITS MENAGERS :

Si la formulation exacte est souvent variable d’une marque à l’autre pour un type de produit, elle peut
aussi varier au cours d’une même année pour un même produit. Il est donc indispensable de contacter
le centre antipoison pour connaître le risque spécifique du produit mis en cause. En effet, le risque
toxique d’un produit ménager est directement lié à sa formulation (composants et présentation) et il est
alors possible de définir un profil toxicologique en fonction des propriétés physicochimiques du ou des
composants essentiels du produit. Ainsi les produits ménagers peuvent être uniquement moussants, de
simples irritants, fortement caustiques, neuro- ou cardiotoxiques du fait de la présence de solvants ou
tout à la fois.

A- Produits très moussants :


Savons liquides pour les mains, liquides pour laver la vaisselle à la main, lessives liquides ou poudres
pour laver le linge à la main ; leur formulation est à base de tensioactifs anioniques et non ioniques,
leur pH proche de la neutralité ; en général, ils sont peu nocifs, et en cas d’ingestion la
symptomatologie, quand elle est présente, est simplement digestive (irritation ORL, nausées,
vomissements parfois coliques intestinales).

B- Produits peu moussants mais irritants :

Lessives (poudres, liquides et tablettes) pour le lavage du linge en machine, nettoyants ménagers
multi-usages (sols, murs, surfaces de travail) ; si leur formulation est essentiellement à base de
tensioactifs anioniques et non ioniques, ils contiennent aussi des substances irritantes (aux
concentrations utilisées) telles que des sels alcalins (sulfate, perborate, carbonate ou silicate) de
sodium pour les lessives en poudre, quelques glycols pour les lessives liquides, de l’ammoniaque ou
de l’eau de Javel pour certains nettoyants ménagers ; le pH des lessives en solution à 1 % est voisin de
10, celui des nettoyants multi-usages est proche de la neutralité.
La symptomatologie est fréquente et essentiellement digestive (nausées, vomissements, sensation de
brûlures dans la bouche, douleurs digestives ou abdominales).

C- Produits fortement irritants :

Détachants textiles avant lavage dits « sans Javel » et assouplissants textiles. À base de peroxyde
d’hydrogène (détachants textiles) ou d’ammoniums quaternaires (assouplissants textiles), ces produits
sont très irritants, notamment pour les formulations concentrées (> 10-15 % d’ammoniums
quaternaires). De plus, en cas d’ingestion massive, les glycols contenus dans certains assouplissants
peuvent être à l’origine de convulsions et de troubles de conscience. Les produits de rinçage (lave-
vaisselle) contiennent des tensioactifs non ioniques, de l’isopropanol et des chélateurs du calcium
(acide citrique ou sulfamique, EDTA).

D- Les produits caustiques :

La gravité des lésions dépend de différents paramètres physico-chimiques :


– pH acide (détartrants WC, antirouilles pour les textiles), basique (décapants pour fours, déboucheurs
de canalisations, lessives sous formes liquides, de pastilles ou en poudre pour laver la vaisselle en
machine) ;
– pouvoir oxydant (eaux de Javel concentrées, peroxyde d’hydrogène en solutions concentrées) ;
– présentation (liquide, gel, poudre, pastilles) (tableau 1); les lessives liquides ou en gel semblent bien
moins caustiques que celles en poudre dont l’alcalinité est plus de deux fois supérieure. La viscosité
du produit augmente la durée de contact avec les muqueuses et la gravité des lésions ;
– quantité ingérée et temps de contact avec la muqueuse digestive.

Tableau1 :

Ils ont tous une toxicité locale par contact, sauf les acides fluorhydrique et oxalique qui possèdent en
plus une toxicité systémique (hypocalcémie, atteinte rénale).
- Les acides forts (pH < 2) sont responsables d’une nécrose par coagulation avec formation d’une
escarre qui limite l’extension des lésions. Les lésions siègent préférentiellement au niveau du tiers
inférieur de l’oesophage et de l’antre gastrique.
- Les bases fortes (pH > 12,5) sont responsables d’une nécrose liquéfiante des protéines de surface
avec thrombose vasculaire et extension en profondeur (possibilité de perforation). Les lésions
siègent essentiellement au niveau oesophagien (1/3 supérieur).
- Les oxydants tels que le peroxyde d’hydrogène et les ammoniums quaternaires ont souvent un pH
proche de la neutralité. Les lésions peuvent siéger tout au long du tractus digestif, parfois
préférentiellement au niveau gastrique. Le risque secondaire pour les solutions concentrées de
peroxyde d’hydrogène est l’embolie gazeuse, qui reste exceptionnelle.
Quel que soit le caustique fort en cause, son ingestion entraîne des douleurs oropharyngées, une soif
importante, une douleur à la déglutition, une hypersalivation ; des vomissements, voire une
hématémèse peuvent apparaître ensuite.
L’examen de l’oropharynx recherchera des brûlures blanchâtres ou jaunâtres (plutôt superficielles) ou
noirâtres (profondes), parfois saignant au contact, entourées d’un bord érythémateux.
L’indispensable examen endoscopique, fait entre la 6e et 24e heure, permet un bilan exact des lésions.
 Cas particulier de l’eau de javel :
L’eau de Javel ou hypochlorite de sodium est commercialisée sous différentes formes correspondant à
différentes concentrations :
 Les berlingots mous contiennent de l’eau de Javel concentrée (48° chlorométriques).
 Les bouteilles du commerce contiennent 1l d’eau de Javel diluée (12° chlorométriques).
- En cas d’ingestion :
 Solution diluée : troubles digestifs mineurs, avec sensation, de brûlures buccales et
épigastrique
 Solution concentrée : caustique majeur et peut provoquer en cas d’ingestion, une ulcération,
perforation et hémorragies digestives et à terme sténose œsophagienne avec risque de
cancérisation.
- En cas de projections oculaires :
 Douleur locale immédiates.
 Si le contacte est prolongé, l’eau de javel, même diluée est responsable d’ulcérations des
muqueuses oculaires.
- Le mélange d’eau de javel et produits acide (détartrant WC) : dégagement de gaz caustiques :Cl2,
responsable d’irritations bronchiques et d’œdème aigue pulmonaire(OAP) qui peut être mortel.
- Mélange eau de javel et produits ammoniaqués : formation de chloramine aussi irritant pour les
voies respiratoires.
Traitement :
La conduite à tenir consiste d’abord à interdire les vomissements provoqués et l’ingestion de liquide.
 En cas d’ingestion d’eau de Javel diluée, en quantité modérée, un pansement digestif peut
calmer les douleurs digestives.
 En cas d’ingestion d’eau de Javel concentrée, ou d’une grande quantité diluée, un examen
endoscopique s’impose pour constater l’importance et la localisation des lésions.
L’administration préalable d’un pansement digestif est contre-indiquée car elle empêche cet
examen diagnostique.
 Les projections oculaires et cutanées imposent une décontamination immédiate, à l’eau
pendant 15 minutes, puis une consultation ophtalmologique et dermatologique.

 Cas particulier des antirouilles :

 A base d’acide fluorhydrique et/ou oxalique, chélateurs du calcium.


 Un traitement spécifique s’impose pour lutter contre l’hypocalcémie.
 Après ingestion, on utilise du chlorure ou du gluconate de calcium.
 Après contact cutané, la décontamination à l’eau doit être suivie d’applications successives de
gel de gluconate de calcium.

 Cas particulier de l’esprit de sel : « l’acide chlorhydrique ».

L'acide chlorhydrique est une solution aqueuse de chlorure d'hydrogène HCl. C'est un acide fort,
utilisé comme nettoyant domestique sous forme d’un liquide incolore, il est très corrosif et peut avoir
un pH inférieur à 1 s’il est concentré.
L'acide chlorhydrique fortement concentré forme des vapeurs acides. Ces vapeurs et la solution d'acide
ont toutes deux un effet corrosif sur les tissus humains, et peuvent endommager les organes
respiratoires, les yeux, la peau et les intestins.
La gravité de l’intoxication dépend de la concentration et de la quantité du produit auquel le sujet a
été exposé, ainsi qu’à la durée du temps de contact.
 Ingestion : irritation du tractus digestif, qui peut aller de la simple érosion buccale, œdème
laryngé, jusqu’à la formation de lésions graves de l’épithélium gastrique avec ulcérations
qui peuvent être hémorragiques, qui évoluent vers une nécrose extensive, inhibition du
péristaltisme, perforation œsophagienne ou gastrique.
Traitement :
-Fibroscopie oeso-gastro-duodénal pour déterminer la gravité et l’étendue des lésions.
-Pas d’évacuation digestive.
-Alimentation parentérale.
-Antisécrétoire gastrique : azentac, primperon.
-corticothérapie pour l’œdème laryngé.
-chirurgie, dans les cas graves : oesophagectomie.
 Projection cutanée :
Apparition d’érythème, œdème, des phlyctènes et des ulcérations.
Traitement :
Débarrasser la victime des vêtements contaminés et réaliser un lavage abondant à l’eau (10-15 mn).
 Projection oculaire :
Lésions sévères de la cornée, la conjonctive et la sclérotique.
Traitement :
-Lavage à grande eau pendant 10-15mn.
-Si douleur empêche l’ouverture de l’œil : anesthésique locale.
-Voir un ophtalmologue.

E- Solvants et hydrocarbures
De nombreux solvants sont utilisés dans la maison, pour le détachage du linge, le décapage des
peintures, le nettoyage des pinceaux… Ils sont également présents dans les colles, les vernis.
 Les solvants aliphatiques halogénés comme le trichloréthylène sont très irritants pour le tube
digestif, le risque essentiel est cardiaque avec troubles du rythme, tachycardie et fibrillations
ventriculaires.
 Les hydrocarbures aromatiques comme le benzène, le toluène et le paradichlorobenzène ont
une toxicité neurologique.
 Les solvants aliphatiques non substitués comme l’essence, le pétrole, le fuel et l’essence de
térébenthine provoquent, après ingestion, des vomissements, des diarrhées et pour des
quantités importantes, un état ébrieux avec somnolence.
Le risque de régurgitation dans les poumons, avec apparition d’une pneumopathie fébrile, est toujours
à surveiller et contre-indique formellement toute tentative de vomissements provoqués.

III- TOXICITE DES PRODUITS PHYTOSANITAIRES DOMESTIQUES :


Les principes actifs sont les mêmes que ceux utilisés en agriculture (OP,OC,carbamates,pyrèthres),
mais le risque est généralement moindre car utilisé à des concentrations beaucoup plus faible, et de ce
fait ,il est surtout lié au solvant(notamment pétrolier) qui leur est souvent associé des gaz propulseurs
pouvant être responsables d’une irritations respiratoire.

- Engrais pour plantes : ils sont peu toxiques pour les concentrations utilisées.

- Boules antimites :(paradichlorobenzène)

La toxicité dépend de la quantité de paradichlorobenzène absorbée. Une intoxication sévère n’est


probable que si la dose ingérée est supérieure à 300mg/kg. (Troubles digestifs, dépression du SNC et
convulsions).

- Les insecticides :
 Les organophosphorés sont présents dans certains antimoustiques.
Action anticholinestérasique puissante.
 Les insecticides à base de carbamates ont la même toxicité que les organophosphorés mais
leur action anticholinestérasique est plus facilement réversible.
 Les insecticides à base pyréthrinoïdes (exemple : deltamétrine) sont les plus utilisés car ce
sont les moins toxiques.
À fortes concentrations, ils peuvent provoquer une irritation cutanée, oculaire, respiratoire.
- Les herbicides
 Le chlorate de sodium est l’herbicide le plus utilisé pour l’usage domestique.
L’ion chlorate est un oxydant puissant. L’ingestion provoque une hémolyse avec libération de
l’hémoglobine dans le plasma puis l’oxydation irréversible de l’hémoglobine en
méthémoglobine.
 Les autres herbicides (paraquat, diquat, glyphosate, aminotriazoles), plus toxiques, sont moins
utilisés pour un usage domestique.
- Raticides : le plus souvent à base d’antivitamine K très faiblement dosé. (Surveillance du TP, vit
K).

- Les antifourmis : souvent peu toxiques. Aux concentrations utilisées le cacodylate de Na (sel
d’arsenic) est toxique.