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Université Abdelmalek Essaadi ‫جامعة عبد المالك السعدي‬

Faculté des Sciences Juridiques, ‫كلية العلوم القانونية واالقتصادية واالجتماعية‬


Economiques et Sociales ‫طنجة‬
- TANGER -

Faculté des sciences juridiques économiques et sociales de Tanger


Semestre 5 : droit privé (section française)

Matière
Le Droit des entreprises en difficulté
Prévention interne et externe-conciliation-sauvegarde-redressement et liquidation
judiciaires
(A Jour de la Loi 73-17 relative aux difficultés de l’entreprise et de la jurisprudence)

Madame LYAZAMI Nahid


Professeure de droit des affaires à la Faculté de Tanger

Année universitaire : 2020-2021

1
Syllabus indicatif du cours
Généralités

Partie I : les procédures de résolution amiable des difficultés de l’entreprise

Titre 1 : Les techniques de prévention des risques de défaillance des entreprises


Chapitre 1 : la prévention interne
Chapitre 2 : la prévention externe
Titre 2 : la procédure de conciliation
Chapitre 1 : déroulement de la procédure
Chapitre 2 : nomination d’un conciliateur
Chapitre 3 : le procédé de la suspension provisoire des poursuites individuelles
Titre 3 : la nouvelle procédure de sauvegarde
Chapitre 1 : les faits justificatifs d’ouverture de la sauvegarde
Chapitre 2 : préparation et choix de la solution

Partie II : les procédures de traitement des difficultés de l’entreprise

Titre 1 : la procédure de redressement judiciaire


Chapitre 1 : la gestion de l’entreprise
Chapitre 2 : le choix de la solution
Titre 2 : la procédure de liquidation judiciaire
Chapitre 1 : conditions d’ouverture de la liquidation judiciaire
Chapitre 2 : les effets de la liquidation judicaire
Section 1 : plan de continuation
Section 2 : plan de cession totale ou partielle
Chapitre 3 : les opérations de la liquidation judiciaire
Titre 3 : les sanctions à l’encontre des dirigeants de l'entreprise
Chapitre 1 : sanctions civiles
Section 1 : sanctions patrimoniales
-action en comblement du passif
-extension de la procédure aux dirigeants de la personne morale
Section 2 : sanctions extrapatrimoniales
-la déchéance commerciale

2
Chapitre 2 : sanctions pénales
Section 1 : la banqueroute
Section 2 : autres infractions (dirigeants-créanciers-syndic)
Titre 4 : les voies de recours
Annexes

3
Séance introductive du droit des difficultés de l’entreprise -Généralités-

Généralités

Qu’est-ce que c’est que le droit des entreprises en difficulté ?


Tantôt on parle du « droit des entreprises en difficultés » ou le « droit des difficultés de
l’entreprise », et tantôt on fait usage du terme le « droit des procédures collectives ».
Ce droit de l’entreprise financièrement malade, dont la santé financière n’est pas bonne est un
droit dérogatoire au droit commun un droit qui vise à empêcher les créanciers du chef
d’entreprise d’agir chacun pour soi, d’où la dénomination du droit des procédures collectives,
il vise à geler le passif du débiteur momentanément afin de lui permettre de réorganiser son
actif patrimonial.

Vers une dépénalisation ou déjudiciarisation du droit des procédures collectives ?

Avant la promulgation de l’ancien texte de loi formant code de commerce ; la loi 15-95
promulguée le 1er aout 1996 et entrée en vigueur une année plus tard soit 19971, le constat était
le suivant :

Un chef d’entreprise qui a manqué à ses engagements de paiement ou de remboursement de


dette était automatiquement soumis à des mesures avilissantes, intimidantes pour ne pas avoir
rempli ses devoirs, le droit était purement répressif, coercitif qui tend à réprimer le débiteur en
situation de détresse financière et psychologique2.

Cette logique fut bannie et substituée par un droit purement préventif, anticipatif qui vise à
sauver l’entreprise, en la faisant bénéficier des plans d’étalement des dettes, tout en permettant

1
Loi n°1995-15 du Dahir n°1-96-83 du 1er Aout 1996. Bulletin Officiel n°4418 du 3 octobre 1996. Cette Loi avait
remplacé l’ancien code terrestre de 1913 qui traite la faillite du débiteur d’entreprise en difficulté. Ce code « très
rigoureux » fût une loi sanctionnatrice, coercitive visant à éjecter le débiteur du monde des affaires en raison de
son insolvabilité, peu importe qu’il soit malhonnête ou malchanceux et victime de conjonctures qui lui dépassent.
Par contre la loi 15-95 et la 73-17 permettaient au chef d’entreprise malheureux de pouvoir bénéficier de la règle
de la « seconde chance » afin d’éviter au maximum le recours aux procédures contentieuses de redressement, ou
la de liquidation judiciaire le cas échéant.
2
LYAZAMI Nahid, « la prévention des difficultés de l’entreprise » : étude comparative entre le droit français et
le droit marocain », thèse de doctorat en droit privé, Toulon 2013, page 15. Changement de logique : Le mot
faillite a cédé la place au Règlement Amiable tout d’abord puis en cas d’échec, un redressement ou une liquidation
judiciaire de l’entreprise exsangue pourront être ouverts selon les circonstances.
A noter que l’adoption de la nouvelle loi 73-17 a entrepris un changement sémantique : le vocable règlement
amiable de l’ancienne loi 15-95 est remplacé par la nouvelle procédure de conciliation.

4
à l’entreprise de se redresser via l’adoption des accords amiables avec les créanciers qui
acceptent d’accorder des délais de paiement ou des remises et rééchelonnement des dettes du
débiteur afin de lui permettre de rebondir au lieu de mettre les clés sous la porte ou fermer
boutique.

Cette tentative de conclusion d’un l’accord amiable, peut être couronnée de réussite ou
escomptée d’échec selon le degré de collaboration des créanciers. Mais, aussi selon le
comportement du débiteur bénéficiaire de fractionnement des dettes, car en pratique celui-ci
peut tenir sa parole et commencer à payer les créanciers selon le nouveau calendrier convenu
entre eux, puis après un certain moment s’abstenir de régler ses dettes, ce qui donnera lieu à la
prononciation par le président du tribunal de commerce de la résolution de l’accord amiable et
l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire.

Quel est l’arsenal législatif qui régit la matière ?

Le droit des difficultés de l’entreprise est régi par les dispositions dérogatoires au droit
commun, soit le livre V de la nouvelle loi 17-73 abrogeant et remplaçant le livre V de la loi 15-
95. On se réfère désormais à la loi 73-17 du Dahir n°1-18-26 du 19 Avril 2018 publiée au
Bulletin Officiel n°6732 du 6 décembre 20183, ci-après la loi 73-17 relative aux difficultés de
l’entreprise4.

On ne peut pas procéder au désintéressement des créanciers d’un débiteur dont l’entreprise n’est
pas in bonis, sans faire référence à toute une panoplie de textes législatifs.

Le paiement des créanciers en droit des procédures collectives nous emmène ; inexorablement ;
à consulter :

-le dahir des obligations et des contrats ;

-le code du travail, la loi 65-99 ;

-le droit des sûretés ;

-le code pénal ;

-le code de recouvrement des créances publiques,

3
Consultez le secrétait général du governement.www.sgg.gov.ma. en annexes aussi.
4
LYAZAMI. Nahid «« plus de vingt ans d’application du droit préventif de difficulté de l’entreprise : un bilan
mitigé », Revue Marocaine d’administration locale et de développement, n°148, septembre-octobre 2019.
On regrette l’inertie législative concernant les « textes réglementaires » toujours en gestation, alors qu’ils s’avèrent
primordiales afin de lever le voile sur quelques dispositions opaques ou éparses.

5
-le droit cambiaire ou le livre III de la loi 15-95 du 1er aout 19965.

Un droit d’arbitrage de plusieurs intérêts contradictoires :

le droit des difficultés de l’entreprise désormais (DDE) est, un droit d’arbitrage de plusieurs
impératifs dont il est difficile de les conjuguer de façon simultanée, pour trouver un juste
équilibre aux différents intervenants ou intéressés, sans privilégier les uns et sacrifier les intérêts
des autres ; ce dilemme s’avère difficile à dénouer comment peut-on s’en sortir alors ?

Quels sont alors ces impératifs ?

Le droit des procédures collectives tend essentiellement :

-A préserver l’entreprise en tant qu’entité créatrice de richesse et d’emploi. ceux-ci dit, le


débiteur personne physique ou le représentant légal de la personne morale n’est plus éjecté du
monde des affaires à la moindre apparition de difficulté de paiement, le débiteur depuis la loi
15-95 tombée en désuétude et remplacée par la loi 17-73 pourra bénéficier d’une large palette
de procédures dites préventives et amiables visant à désamorcer les signes prémonitoires de
difficulté avant leur éventuelle aggravation en essayant de prévenir la chute désagréable dans
la cessation des paiements.

Cette cessation de paiement quand elle persistante et non pas passagère, elle pourra entrainer ;
immanquablement ; la liquidation de l’entreprise et sa disparition et par conséquent la perte des
emplois ;

-le maintien de l’emploi, préserver l’emploi est un enjeu de grande taille, la masse salariale
constitue la locomotive de l’entreprise, quand l’entreprise est menacée de disparition cela
pourra donner lieu à des licenciements abusifs, et qui dit licenciement dit toute une cascade de
problèmes car la créance salariale équivaut à une créance alimentaire de subsistance super
privilégiée qui correspond à une dextérité manuelle, physique du salarié.

-apurer le passif et désintéresser des créanciers, le droit des entreprises en difficulté tend à
assurer le paiement des créanciers sur le même pied d’égalité. Cependant ; il faut tenir en
compte le rang des priorités de chacun d’eux, un créancier privilégié sera payé en priorité et par
préférence au créancier chirographaire en raison de la sureté ou privilège qu’il détient.

5
LYAZAMI Nahid « Le contentieux du chèque et la préservation d’une entreprise viable : quelle
corrélation ? ».Revue Trimestrielle spécialisée de Droit Marocain, REDMAR, n°38 Juillet 2018, page 35 et suiv.

6
Le rang de paiement des créanciers en DDE est source de polémique, la confusion qui règne
sur les textes de loi mais également la multiplicité des textes législatifs débouche sur des
situations d’incohérence dans le traitement des créanciers de l’entreprise6.

L’éligibilité aux procédures de difficulté de l’entreprise7

Donc au visa l’article 545 de la loi 73-17 «le commerçant personne physique débiteur et les
sociétés commerciales débitrices sont éligibles aux procédures de prévention (alerte interne-
externe et conciliation), à la procédure de sauvegarde, mais aussi au redressement et liquidation
judiciaire.

Le chef d’entreprise visé, est le commerçant personne physique débitrice, ou le représentant


légal de la personne morale débitrice. Article 546.

Le DDE est un Droit à refaire ou à parfaire8 ?

A notre sens, le DDE est un droit ni à refaire ni à parfaire, car il ne suffit pas de créer des lois
ou bannir d’autres, il faut plutôt un changement dans la mentalité de l’agent économique
marocain, La culture entrepreneuriale ou managerielle marocaine n’est pas prédisposée, à
anticiper les difficultés, à agir le plus en amont possible avant la détérioration de la situation
financière de l’entreprise.

Malheureusement ; aujourd’hui le chef d’entreprise demande l’intervention du président du


tribunal que lorsque l’entreprise est en état de cessation de paiement notoire, la trésorerie est
fatalement insidieuse et les chances de rebondissement s’annoncent faibles à l’horizon.

Donc à quoi bon promulguer des lois, si le justiciable, chef d’entreprise dans notre cas, n’en
fera pas usage, cette réticence d’opter pour la voie amiable ne fait qu’empirer les choses.

6
LYAZAMI. Nahid « le rang de paiement des créanciers dans les procédures collectives : comment trouver un
dosage subtil à ce dilemme ? ».Revue juridique Censeur.n°7, Avril 2019.
7
Les articles 550 et 560 de l’ancienne loi 15-95 abrogés et remplacés avaient accordé le bénéfice de la procédure
du règlement amiable et des procédures de traitement aux sociétés artisanales en difficulté et à l’artisan personne
physique débitrice. On regrette une telle suppression et on aurait aimé par contre voir élargir le champ des
personnes éligibles à ces procédures à l’instar de ce qui est prévu par le droit comparé français, car même les
professions libérales et indépendantes peuvent s’en prévaloir.
8
LYAZAMI. Nahid « Plus de vingt ans d’application du droit préventif des difficultés de l’entreprise : un bilan
mitigé», Revue Marocaine d’administration locale et de développement REMALD, N °141- juillet-aout
2018.page 119 et suiv.

7
A cela s’ajoute l’absence des textes réglementaires9 pour l’ancienne loi 15-95 et pour la
nouvelle loi 17-73, ce qui rend l’application de la loi ardue, et donne lieu à des interprétations
équivoques voire anarchiques.

Certes, le président du tribunal de commerce est un juge d’opportunité, susceptible, de juger du


caractère opportun ou non de chaque mesure à adopter ou procédure à ouvrir. Cependant, cette
appréciation discrétionnaire et souveraine doit être délimitée.

Le juge est un être humain. Certes, l’erreur est humaine mais le juge n’a pas le droit à l’erreur
en matière de droit des entreprises en difficulté car c’est un droit d’arbitrage de plusieurs intérêts
intrinsèquement liés, et donc prendre des décisions inopportunes peut causer des conséquences
désastreuses pour l’ensemble des parties antagonistes.

Le manager marocain, exprime peu d’engouement pour les procédures amiables,


extrajudiciaires, car selon ses convictions, ce sont des mesures vouées à l’échec d’emblée, et il
lui est impossible de ne pas affronter ses créanciers devant les tribunaux, par crainte d’être
pointé du doigt et offusqué dans le milieu dans lequel il vit.

Si le DDE est un droit purement économique que juridique, en matière des procédures amiables,
l’aspect social (éducation-entourage familial-idéologie-conviction…) priment sur
l’économique et le juridique.

La philosophie de la législation relative aux entreprises en difficulté s’articule autour des axes
suivants :

Le mécanisme de prévention qui peut être scindé en deux catégories :

La prévention interne entreprise par le chef d’entreprise lui-même, par le commissaire aux
comptes ou les associés, c’est dire les organes internes à l’entreprise

-la prévention externe, comme son nom l’indique fait appel à l’intervention du président du
tribunal de commerce en tant qu’organe externe à l’entreprise, est compétent le tribunal du lieu
du principal établissement du commerçant ou le lieu du siège social de la société.

Le président du tribunal de commerce est le seul habilité à juger sur la nécessité de nommer ou
non un mandataire spécial selon les circonstances de l’affaire.

9
L’urgence est à l’appel pour un décret réglementant la profession du syndic. L’accès à cette mission devient de
plus en plus démesuré. Le syndic est désigné parmi les agents du secrétariat greffe sans aucun statut réglementaire
concernant sa mission, sa durée, son remplacement, sa destitution ou sa rémunération.

8
Si le mandataire spécial est nommé mais ne s’est pas parvenu à trouver un accord amiable avec
les créanciers et leur débiteur, après la prorogation de la durée de sa mission ou après sa
substitution par un autre mandataire, une autre procédure dite de conciliation pourra être ouverte
à condition que l’entreprise ne soit pas déclarée en cessation de paiement.

-en cas d’échec de la procédure de conciliation, l’accord constatant cette conciliation sera
résolu, une autre procédure dite de sauvegarde sera ouverte en faveur du débiteur, mais toujours
à la seule condition que l’entreprise ne soit pas acculée à la cessation de paiement.

-la procédure de sauvegarde une fois ouverte, pourra donner lieu à l’adoption d’un plan de
sauvegarde pour une durée de cinq ans, s’il existe des perspectives sérieuses pour aplanir les
difficultés suite au rapport du syndic et des contrôleurs et après avoir dûment entendu le chef
d’entreprise débitrice.

Le mécanisme de traitement des difficultés de l’entreprise :

Le point de départ ou le critère de déclenchement crucial des procédures de traitement des


difficultés de l’entreprise (redressement ou liquidation judiciaire) est la cessation des paiements
du débiteur, ce dernier est tenu de demander l’ouverture du redressement judiciaire dans les 30
jours10 qui suivent la constatation de la cessation des paiements.

L’ouverture de la procédure de redressement judiciaire peut déboucher sur l’adoption soit d’un
plan de continuation, soit d’un plan de cession totale ou partielle.

Si l’entreprise se trouve dans une situation irrémédiablement compromise, une procédure de


liquidation judiciaire est ouverte à son encontre.

Partie I : les procédures de résolution amiable des difficultés de l’entreprise

Le législateur soucieux de préserver des entités viables et saines, offre une large palette de
procédure en faveur du chef d’entreprise pour lui venir en aide quand ce dernier passait par des
situations de gêne financière qui pourra être passagère ou notoire.

Toujours dans le souci de rendre à meilleure fortune une entreprise dont la trésorerie est
boiteuse, le législateur marocain avait prévu dans le livre V de la loi 73-17 des procédures dites
non contentieuses soit amiables et préventives et d’autres procédures de traitement des
difficultés de l’entreprise qui se déroulent sous l’égide du tribunal de commerce.

10
Dans l’ancienne loi 15-95 tombée en désuétude, le chef d’entreprises était tenu de demander l’ouverture du
redressement judiciaire dans les 15 jours qui suivent la constatation de la cessation des paiements.

9
« Il vaut mieux prévenir que guérir », ce crédo qui trouve ses lettres de noblesse en matière
d’hygiène sanitaire, pourra jouer un rôle incontournable en matière de prévention des signes
avant-coureurs de difficulté.

Cela signifie qu’il faut agir le plus en amont possible avant que le mal se produira, car

Toute réaction ou prise de décision retardée est une difficulté à sauvegarder. Il faut agir
opportunément, pour désamorcer les signes précurseurs de difficulté ou même de simples
germes de difficulté quel que soit leur nature : juridiques, économiques, financières, sociales.

A notre sens « Venir avant l’heure ce n’est pas l’heure, et venir après l’heure ce n’est plus
l’heure ». En pratique il est difficile de préciser le moment exact pour intervenir et faire face à
ces clignotants de difficulté, car on peut intervenir et notre intervention sera réputée précoce,
comme on peut agir et notre action peut paraitre tardive.

C’est un vrai dilemme, car l’intervention précoce peut altérer la renommée de l’entreprise et
déclencher la suspicion et la défiance des partenaires, (fournisseurs et autres créanciers du chef
d’entreprise), et l’intervention tardive videra la procédure de prévention de sa substance qui est
celle de l’anticipation et la détection précoce des difficultés11. Il faut savoir tuer dans l’œuf les
difficultés dès leur surgissement mais aussi avant leur prolifération.

Comment peut-on prévenir les difficultés de l’entreprise en droit marocain, et quels sont les
choix mis à la disposition du chef d’entreprise par la nouvelle loi 17-73 pour sauver son entité ?

Titre 1 : Les techniques de prévention des risques de défaillance des entreprises

Afin de préserver des entités viables et saines et leur éviter tout dépôt de bilan et cessation de
leur activités pour défaut d’actifs suffisants, le législateur a adopté la procédure de prévention
qui vise comme son nom l’indique, à prévenir, à prévoir ou à pronostiquer les signes pressureurs
des difficultés avant leur aggravation.

Un chef d’entreprise peut être victime de circonstances économiques ou financières et se


trouver insusceptible d’honorer ses engagements au temps convenu, puis tomber par la suite
dans la cessation des paiements.

11
A notre avis le législateur doit répertorier les clignotants ou les signes précurseurs de difficulté, en les classant
par ordre du plus important, significatif et objectif au moins important, subjectif ou subsidiaire. Pour de plus
amples informations. LAHBIB RHALIB MOULAY.M et BOUABIDI.Z « l’essentiel du droit des entreprises en
difficulté : droit et pratique –à jour de la loi 73-17 ».1ére édition février 2020. Page 23 et suiv.

10
Ce même chef d’entreprise peut tomber dans la cessation des paiements et c’est une deuxième
hypothèse mais cette fois ci non pas parce qu’il n’arrive pas à affronter les aléas du monde des
affaires, ou qu’il est malchanceux, mais plutôt parce qu’il est malhonnête et il organise son
insolvabilité en créant une fausse apparence d’insolvabilité.

Une troisième hypothèse est toujours posée celle d’un débiteur qui non pas il ne pouvait pas
payer ses dettes, mais il ne voulait pas payer ses dettes pour des raisons bien définies12.

On va traiter à travers ce titre les deux typologies de prévention celle interne et externe.

La nouvelle loi 17-73 dans son livre V relatif aux procédures des difficultés des entreprises,
avant de traiter les procédures de traitement, projetait la lumière sur les procédures de
prévention et d’anticipation de ces difficultés, elle prévoyait une première procédure dite de
prévention interne.

Chapitre 1 : la prévention interne

Le vocable interne signifie à notre sens l’éradication du problème à l’intérieur même de


l’entreprise en évitant que les problèmes dits passagers ne prennent des proportions beaucoup
plus importantes, en essayant d’aplanir cette difficulté qui pourra dans un court, moyen ou long
terme basculer l’entreprise dans la cessation de paiement.

Ce traitement du mal à l’intérieur même de l’entreprise est une mesure judicieuse.

Le chef d’entreprise est pour son intérêt d’éviter à ce que les difficultés13 se propagent comme
une trainée de poudre, car toute extériorisation du problème ne va que susciter la méfiance
accrue des partenaires et pourquoi pas des abstentions pour octroi des lignes de crédit (Exemple
des banques), ou le refus de livraison de marchandises (exemple des fournisseurs), refus de
conclusion de contrat ou résolution de contrats dans certains cas.

Selon l’article 547, le chef d’entreprise doit lui-même régulariser sa situation ou corriger les
irrégularités, s’il a omis de le faire, le Commissaire aux comptes ou l’associé sont tenus
d’informer le chef d’entreprises des faits et des difficultés de nature juridique, économique,
financière ou sociale susceptibles de compromettre la continuité de l’exploitation de l’entreprise

12
Un débiteur qui conteste la créance elle-même, (frappée de prescription, créance forclose pour absence de
déclaration de la créance dans le délai légal, n’est pas échue, la créance n’est pas monnayable et quantifiable ou
tout simplement la dite créance a été déjà réglée…)
13
-d’ordre financier-économique-Juridique-sociale ou d’exploitation.

11
dans un délai de 8 jours de la découverte de ces difficultés par lettre RAR l’invitant à redresser
à la situation.

Le second alinéa traite l’hypothèse d’un chef d’entreprise qui se trouvait insusceptible de
dénouer la situation même après la réunion du conseil d’administration ou de surveillance dans
le cas des Sociétés anonymes , qui doit faire intervenir l’assemblée générale toujours dans le
but de remettre l’entreprise sur les rails.

Faits générateurs :

Faits ou difficultés de nature juridique-économique-financière-sociale de nature à


compromettre la continuité de l’exploitation de l’entreprise14.

Auteurs d’alerte :

-Le commissaire aux comptes (CAC)

-associé

-chef d’entreprise lui même

Délais impartis :

8 jours pour le CAC et associé pour alerter le chef d’entreprise

15 jours pour le chef d’entreprise pour redresser la situation par réunion du conseil
d’administration ou surveillance ou en faisant appel à réunion de l’assemblée générale.

Article 548 offre une autre issue en fonction de l’évolution de la situation :

Si la continuité de l’exploitation demeure toujours compromise malgré la tenue d’AG ou en cas


de non tenue d’AG, l’intervention du président du tribunal de commerce s’impose, ce dernier
est informé par CAC ou associé ou chef d’entreprise.

Les prémices d’une prévention externe s’annoncent déjà, on assiste à la saisine du PTC en tant
que personne extérieure à l’entreprise d’où la dénomination prévention externe.

Chapitre 2 : la prévention externe

Présentation :

14
A préciser que l’ancienne loi 15-95 n’a pas détaillé la nature des faits ou difficultés, elle s’est contentée d’indiquer
les (faits de nature à compromettre la continuité de l’exploitation…)

12
Selon Article 549 et en préservant toujours la discrétion et la confidentialité sans divulgation
des difficultés, le président du tribunal de commerce( PTC) convoque dans son bureau le chef
d’entreprise soit d’office ou à la demande de ce dernier lorsqu’il constate à travers tout acte ou
procédure que l’entreprise souffre de difficultés juridiques, économiques, financières ou
sociales, ou des besoins qui ne pouvaient être couverts par un financement adapté aux
possibilités de l’entreprise.

La présence du PTC ne pourra pas dénaturer la procédure de prévention et lui ôter son caractère
amiable et non contentieux, le chef d’entreprise lui sera demandé d’exposer les difficultés
compromettantes ainsi que les moyens d’y faire face pour trouver des solutions salvatrices à
l’entreprise en difficulté.

Faits justificatifs :

Condition négative : absence de la cessation des paiements

Condition positive : difficultés juridiques, économiques, financières ou sociales15, ou des


besoins qui ne pouvaient être couverts par un financement adapté aux possibilités de
l’entreprise.

Auteur de la procédure :

Président du tribunal de commerce (PTC), informé par le CAC, le chef d’entreprise ou


l’associé16.

Mesures à prendre :
Le PTC en tant que « juge d’opportunité » peut et non pas doit désigner sur proposition du
chef d’entreprise et non pas sur sa demande :

Un mandataire spécial pour désamorcer les oppositions entre le chef d’entreprise et ses
partenaires habituels ou ;
Un conciliateur pour faciliter la conclusion d’un accord avec le débiteur et ses créanciers.
Nomination d’un mandataire spécial : (ci-après MS)

Article 550, l’opportunité ou non de la nomination du mandataire spécial demeure tributaire du


pouvoir discrétionnaire et souverain du PTC, seul habilité à nommer le MS, en lui fixant ses

15
Les difficultés sociales prévues par la loi actuelle faisaient défaut dans l’ancienne loi 15-95.
16
Le Pouvoir d’information accordé à l’associé n’était pas possible dans l’ancienne législation, la loi 15-95.

13
honoraires qui doivent être consignés dans la caisse de dépôt et de consignation du tribunal de
commerce le plus en amont possible.

L’insuccès de l’intervention du MS en tant que tierce personne afin de rapprocher les parties
antagonistes, pouvait engendrer soit à la prorogation de la durée de sa mission, soit à sa
substitution par un autre après avoir eu l’assentiment du chef d’entreprise.

L’on regrette l’absence des textes réglementaires qui précisent les délais pour dépôt
d’honoraires du MS ainsi que les délais à respecter pour ne pas être privé de cette nomination,
mais également le montant de ses honoraires et la durée de mission de cet intermédiaire entre
le débiteur et ses créanciers. On ignore également la durée de cette prorogation de sa mission.

On se demande si, l’intérêt de l’entreprise et de son dirigeant supposent à ce que cette durée
soit courte ou au contraire plus étoffée ?

Titre 2 : la procédure de conciliation17

Le législateur avait substitué la procédure du règlement amiable prévu par l’article 550 de la
loi 15-95 par la nouvelle dénomination de procédure de conciliation prévue par l’article 551
de la loi 17-73.

Chapitre 1 : déroulement de la procédure

Faits justificatifs :

La conciliation est régie par les articles 551 à 559 ; elle est ouverte à toute entreprise qui sans
être en cessation de paiement éprouve des difficultés économiques et financières ou des besoins
qui ne peuvent être couverts par un financement adapté aux possibilités de l’entreprise.

À noter que le législateur avait supprimé l’entreprise artisanale, la suppression est


insignifiante18.

17
LYAZAMI. Nahid « Plus de vingt ans d’application du droit préventif des difficultés de l’entreprise : un bilan
mitigé» Revue Marocaine d’administration locale et de développement REMALD, N °141- juillet-aout
2018.page 114 et suiv.
18
L’ancien règlement amiable concerne toute entreprise, commerciale ou artisanale, qui, sans être en état de
cessation de paiement, éprouve une difficulté juridique, économique, ou financière, ou des besoins ne pouvant être
couverts par un financement adapté aux possibilités de l’entreprise.

14
Pour bénéficier de la conciliation, la loi prévoit une condition négative et une autre condition
positive cumulatives et non pas alternatives19.

La condition négative suppose que l’entreprise ne doive pas être en cessation de paiement20 ;

La condition positive signifie que l’entreprise doit éprouver des difficultés économiques et
financières ou des besoins qui ne peuvent être couverts par un financement adapté aux
possibilités de l’entreprise.

Demande de conciliation par le chef d’entreprise :

Doit contenir l’énoncé des difficultés rencontrées par le chef d’entreprise dont la nature est
économique, financière, et sociale, ainsi que les moyens de financement pour empêcher leur
développement.

Les investigations du PTC :

Avant de décider si la conciliation sera ouverte ou non en faveur du chef d’entreprise, le PTC
doit procéder à une enquête préalable avant toute prise de décision à mauvais escient exemple :
C’est le cas d’ouverture d’une conciliation alors que le chef d’entreprise est déclaré déjà en
cessation de paiement.

Pour y parvenir, il pourra valablement obtenir information susceptible de lui donner une image
claire sur la situation économique et financière de l’entreprise ; de la part des collaborateurs
suivants :

Collaborateurs avec PTC

-l’expert à travers une expertise ;

-commissaire aux comptes

-représentant des salariés21

-administrations publiques (CNSS-FISC)

20
ANDRE. Jacquemont « la future procédure de conciliation : une attractivité nouvelle pour les entreprises en
difficulté et ses créanciers ». Revue des procédures collectives 2004, N°6, page 290. Le législateur français ouvre
la possibilité au débiteur de pouvoir bénéficier de la conciliation même s’il se trouve dans un état de cessation de
paiement depuis moins de 45 jours et qui éprouve des difficultés juridiques, économiques ou financières avérées
ou prévisibles. Article L 631-4 Du code de commerce. V. André Jacquemont « la future procédure de conciliation :
une attractivité nouvelle pour les entreprises en difficulté et ses créanciers ». Revue des procédures collectives
2004, N°6, page 290.
21
Le législateur a remplacé le mot représentant du personnel A 548 de la loi 15-95 par le représentant des
salariés A552 de la loi 73-17.

15
-institutions financières (banques)

La loi lui confère à travers A 552 le droit de solliciter la désignation d’un expert qui va établir
un rapport exhaustif sur l’état de santé financière de l’entreprise, sa situation, économique,
sociale et financière pour avoir une image limpide sur sa trésorerie, ses actifs et ses passifs.

Chapitre 2 : nomination d’un conciliateur (6 mois : durée de mission maximale)

La nomination d’un conciliateur ad hoc, est indéniablement importante, dans la mesure où cet
intermédiaire joue un rôle pionnier en rapprochant les parties en conflit, et en essayant de
trouver un commun accord, un terrain d’entente pour favoriser le dialogue, assurer le
remboursement des créances, et faire bénéficier le débiteur d’un temps de répits pour régulariser
sa situation financière et réorganiser sa solvabilité.

Selon les termes de A553, le PTC de par son pouvoir d’appréciation souveraine22,mais
également en prospectant le terrain, et en ayant une idée claire sur les capacités de
remboursement du chef l’entreprise, pourra ordonner l’ouverture de la procédure de conciliation
et nommer un conciliateur pour une durée de 3 mois renouvelable une seule fois23 à la demande
de ce dernier, et si nécessité existe.

Chapitre 3 : le procédé de la suspension provisoire des poursuites individuelles

Principe :

Selon l’article 555, une suspension provisoire des poursuites individuelles (ci-après SPP)
pourra être adoptée s’elle s’est avérée opportune selon le chef d’entreprise et le conciliateur et
lorsqu’elle est réputée être favorable à la conclusion d’un accord avec les créanciers.

Sous peine de nullité des paiements, la SPP contient :

-interdiction pour les créanciers de déclencher la machine judiciaire (action en justice) ainsi
que toutes les (voies d’exécution) sur les biens meubles et immeubles du débiteur ;

22
Article 553 commence par, s’il apparait au PTC ou s’il s’avérait que … », Le PTC peut refuser l’ouverture d’une
conciliation si l’entreprise est acculée déjà à la cessation de paiement, dans cette hypothèse, une procédure de
redressement ou de liquidation judiciaire sera déclenchée.
23
La durée de mission du conciliateur était élargie par la loi 73-17, alors qu’elle était fixée à 4 mois maximum (3
mois prorogée d’un mois au plus) dans l’ancienne loi 15-95. Voir .A 553 de la loi 73-17.

16
-il est interdit au créancier de déclencher toute action en justice qui tend au paiement d’une
somme d’argent ou visant la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme
d’argent ;

-les délais impartis sont suspendus également, à peine de déchéance ou de résolution des droits ;

-interdiction pour les créanciers d’exiger le paiement des cautions qui acquitteraient leurs
créances, ils leur sont interdit de demander d’exécuter un cautionnement contre le débiteur
pendant toute la durée de la suspension, et ne peuvent pas recourir contre les personnes qui ont
cautionné le débiteur (banque par exemple)24. Article 559 « les cautions peuvent se prévaloir
de la suspension provisoire des actions et procédures).

-interdiction également de consentir une hypothèque ou nantissement sauf autorisation donnée


par le président du tribunal de commerce.

-Le non-paiement touche les créances nées antérieurement à la décision de suspension.

Dérogation au principe de l’article 555 ou le privilège de l’article 558

Ne seront pas soumise à l’interdiction de règlement, la catégorie des créanciers suivante :

1) Les créanciers ayant consentis dans le cadre d’un accord de conciliation, un apport
nouveau en trésorerie ;

2) Les personnes qui ont accepté de continuer à fournir des marchandises ou services à
l’entreprise en difficulté, ou ceux qui financent toujours l’entreprise par l’argent frais
(octroi des concours financiers ou lignes de crédit), cette catégorie de créanciers est
traitée par préférence par rapport aux autres car ils disposent du privilège du l’argent
frais « privilège du new money ». Puisqu’elles ont eu le courage de ne pas rompre avec
un débiteur en gêne financière, malgré le risque persistant de ne pas être payé par la
suite25 ;

3) les créances nées postérieurement26 à la décision de suspension peuvent être réglées


sans aucun inconvénient,

24
Le cautionnement est un engagement pris par un tiers envers un créancier d’accomplir lui-même l’obligation de
paiement de créance au créancier lorsque le débiteur n’y satisfait pas lui-même.
Les personnes qui ont cautionné le débiteur ne peuvent pas être poursuivies par les créanciers pour payer à la place
du débiteur.
25
A ne pas confondre avec les participations des actionnaires ou associés dans le cadre du procédé d’augmentation
du capital. Article 558 l’avant dernier alinéa.
26
-Il s’agit des créances nées après le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde ;
-Les créances nées après le jugement d’ouverture de la procédure de redressement ;

17
4) La SPP ne s’applique pas sur les créances résultantes d’un contrat de travail, qui
demeurent à l’abri de cette interdiction de paiement.

Ne sont pas concernées par la SPP les actions suivantes :

-action en exécution d’une obligation de faire (livraison de marchandises), ou de ne pas faire


(cesser un trouble comme la concurrence déloyale)

-action en résolution d’un contrat pour cause autre que le défaut de paiement (marchandises
périssable ou obsolescence des produits – non-respect des clauses contractuelles).

Finalité de SPP :

Permettre au débiteur d’organiser sa solvabilité et de réorganiser sa trésorerie à travers un gel


momentané du passif patrimonial de l’entreprise, pour éviter l’appauvrissement et l’épuisement
de l’actif patrimonial de l’entreprise.

Car les créanciers soucieux de récupérer leur dus seront amenés à ester en justice avant
l’aggravation éventuelle de la situation de l’entreprise, vont alors exercer une pression sur le
débiteur ce qui pourra être contraire à l’esprit de la conciliation et perturber la mission du
conciliateur qui tend à rapprocher les positions des parties.

A noter que s’il est strictement interdit au créancier d’exiger le paiement, le débiteur quant à lui
ne doit jamais procéder à des paiements ou procédant à désintéresser les uns au détriment des
autres, ou faire des actes de disposition étrangers à la gestion normale de l’entreprise. Le passif
de l’entreprise doit être figé momentanément pendant la durée de mission du conciliateur soit
(6 mois), c’est le (moratoire forcé).

Conclusion d’un accord de conciliation :

Les créanciers du chef d’entreprise peuvent soit accepter les termes de l’accord de conciliation
en accordant un rééchelonnement des dettes au débiteur et en acceptant les nouveaux délais de
paiement, soit refuser en bloc les termes de l’accord de conciliation, et personne ne peut les
obliger d’y participer.

L’accord peut être homologué par le président du tribunal, cette homologation a une portée
plutôt psychologique plus que juridique27, car l’intervention du président tend essentiellement
à exercer une sorte de pression psychique sur les parties signataires pour respecter les termes

-Les créances nées après le jugement d’ouverture de la procédure de liquidation judiciaire.


27
Car la conciliation est une procédure purement amiable, non contentieuse, visant la résolution extrajudiciaire
des difficultés de l’entreprise.

18
de l’accord et afin de garantir une bonne fin de l’accord et un bon dénouement de l’obligation
de paiement.

L’homologation est facultative quand l’accord est conclu avec les principaux créanciers
seulement, elle est obligatoire si tous les créanciers acceptent de participer au règlement amiable
de leurs créances.

Titre 3 : la nouvelle procédure de sauvegarde

La loi offre une large palette de procédés ou procédures visant précisément la préservation des
entreprises viables et saines, tout en évitant qu’elles dérapent vers les procédures de traitement
dont l’issue n’est pas toujours bienveillante.

L’éclosion de la nouvelle procédure de sauvegarde a suscité l’engouement des uns comme elle
a été jugée comme inutile par les autres puisqu’elle présentait des traits de similitude avec la
conciliation, et son avènement ne va que rendre les justiciables encore plus perplexes quant au
choix qu’ils doivent faire.

La nouvelle procédure de sauvegarde tend essentiellement :

-à surmonter les difficultés de l’entreprise ;

-à assurer la poursuite de son activité ;

-à apurer le passif (les dettes) ;

-à maintenir les emplois.

Parmi les finalités de l’adoption de cette nouvelle loi 17-73 figure le fait d’assurer une
attractivité pour les procédures amiables qui ont beaucoup perdu en notoriété en raison de
plusieurs facteurs intrinsèques.

A quoi consiste la nouvelle procédure de sauvegarde ? Quels sont ses conditions d’ouverture ?
Et quel est le sort des créanciers et du débiteur après l’adoption d’un plan de sauvegarde ?

Chapitre 1 : les faits justificatifs d’ouverture de la sauvegarde

1) Critères d’accès à la sauvegarde

Les faits justifiants la demande d’ouverture de la sauvegarde sont ; selon les termes de l’article
561 de la loi 17-73 ; « la procédure de sauvegarde peut être ouverte à toute entreprise
commerciale qui sans être en cessation de paiement éprouve des difficultés qu’elle n’est pas

19
en mesure de surmonter de nature à conduire dans un proche délai à la cessation des
paiements »28.

La demande d’ouverture de la procédure de sauvegarde doit être faite par le chef d’entreprise
en difficulté auprès du tribunal territorialement compétent, sa demande doit être déposée au
service du secrétariat greffe tout en exposant la nature des difficultés qui vont compromettre
la continuité de l’exploitation de son entreprise comme il doit faire parvenir au tribunal (preuve
à l’appui) tout document qui atteste de l’existence et de l’aggravation de ces difficultés dans un
future proche.

Le débiteur sous peine d’irrecevabilité doit joindre à sa demande d’ouverture de sauvegarde,


un projet de plan de procédure de sauvegarde qui doit énoncer les mesures nécessaires pour
préserver l’activité de l’entreprise et définir les modalités de règlement du passif, ainsi que les
garanties disponibles et proposées pour financer le dit plan et assurer son exécution29.

Condition négative : absence de l’état de cessation de paiement ;

Condition positive : existence de difficultés insurmontables ;

Initiative de la demande d’ouverture : chef d’entreprise

Tribunal compétent : tribunal de commerce dans le ressort duquel se trouve le siège social de
l’entreprise, ou le lieu du principal établissement du chef d’entreprise débiteur. Article 581.

2) Décision du tribunal :

L’acceptation ou le refus d’adoption d’un plan de sauvegarde revient au tribunal de commerce


qui avant de trancher pourra valablement consulter toutes les entités (CNSS- service de
fiscalité-trésorerie du royaume-les banques…)30 qui peuvent lui fournir des informations plus
amples sur la situation économique, financière et sociale de l’entreprise boiteuse comme il peut
mener une expertise dans ce sens en faisant appel à un expert.

28
Affaire Stroc industrie 12 juillet 2018. Tribunal de commerce de Casablanca, jugement N°92 n° de dossier
59/8301/2018. La première société qui a eu l’opportunité de bénéficier d’un plan de sauvegarde juste après l’entrée
en vigueur de la loi 73-17. Suivie d’une autre Affaire de la société Sotravo 01 octobre 2018.Tribunal de commerce
de Casablanca n°123, n° dossier 2018 /8315/113 ayant également bénéficié de la nouvelle procédure de sauvegarde
3 mois après.
Affaire de la société Delattre Levivier Maroc mise sous plan de sauvegarde judiciaire 19 décembre 2019 tribunal
de commerce de Casablanca. Jugement n°42, dossier n°30/8315/2019.
29
Le débiteur doit accompagner sa demande par l’ensemble des documents qui figurent dans l’article 577 de la
nouvelle loi.
30
Ces entités ne peuvent pas se retrancher derrière le secret professionnel et s’abstenir de fournir les informations
nécessaires, toute disposition contraire est réputée non avenue. Article 563 de la loi 73-17.

20
Le tribunal toujours ; à qui revient le dernier mot, est tenu de convoquer personnellement le
chef d’entreprise à huit clos (en chambre de conseil) afin d’écouter ses propos et ce dans un
délai de 15 jours à partir du dépôt de la demande d’ouverture de la sauvegarde.

3) Circonstances de conversion de la sauvegarde à une procédure de traitement


(redressement-liquidation)

Article 564 prévoit la conversion de la procédure de sauvegarde en une procédure de traitement


des difficultés de l’entreprise, s’il s’est avéré que le jour du jugement d’ouverture de la
procédure, l’entreprise était déjà sombré dans la cessation de paiement. Devant cette hypothèse
le tribunal doit fixer la date de cessation de paiement qui ne peut être antérieure à 18 mois de
la date du jugement d’ouverture. Article 713 de la nouvelle loi.

Si l’ouverture de la sauvegarde suppose l’absence de l’état de cessation de paiement du


débiteur, il serait anodin de préserver un plan de sauvegarde pour une entreprise qui cesse de
payer ses dettes, l’immixtion de la notion de CP à mi-chemin entraine inévitablement la
substitution de la sauvegarde par un redressement ou une liquidation selon la situation de
l’entreprise « malade ». On peut dire que la notion de Cessation des Paiements est une ligne
séparatrice entre l’amiable et le contentieux.

4) Le sort des créances nées après l’ouverture de la procédure de sauvegarde :


Principe :

Les créances légalement nées postérieurement au jugement d’ouverture de la sauvegarde,


relativement aux besoins de déroulement de la procédure ou à l’activité de l’entreprise sont
réglées en priorité par rapport à toute autre créance assortie ou non de privilège ou de garantie.

Ces créanciers qui détiennent le privilège du new money sont payés par préférence, ce traitement
de faveur correspond à une prise de risque qu’ils ont démontré et qui nécessite une prime de
risque en contrepartie.

5) Pouvoirs du chef d’entreprise et du syndic dans le cadre de la sauvegarde :

Chef d’entreprise en difficulté :

Habilité à exercer des actes de gestion seulement, il ne peut agir que sur le contrôle du syndic
et du juge-commissaire pour tous les actes d’exécution du plan de sauvegarde.

Le débiteur doit mettre à la disposition du syndic et du juge-commissaire une liste exhaustive


des biens de l’entreprise grevée de sûretés ainsi que tout son actif ( inventaire du patrimoine

21
de l’entreprise) et les droits qui peuvent faire objet d’action en revendication ou des actions
obliques de la part de leurs titulaires.

Chapitre 2 : préparation et choix de la solution

Dans le cadre de la préparation de la solution : le syndic est tenu de présenter au tribunal un


rapport détaillé sur la situation économique, financière et sociale de l’entreprise. Ce bilan lui
permettra de proposer au tribunal soit l’approbation du projet de plan de sauvegarde, ou sa
modification, soit l’ouverture d’un redressement ou liquidation judiciaire31.

Le choix de la solution : reste tributaire du contenu du rapport du syndic. Si la situation de


l’entreprise présente des perspectives sérieuses de rebondissement et de sauvetage, le tribunal
peut décider d’adopter le plan de sauvegarde pour une durée qui ne dépasse pas 5 ans, après
avoir dûment entendu le chef d’entreprise et les contrôleurs.

L’arrêt des poursuites individuelles :

Principe :

Article 686 de la loi 73-17 interdit après ouverture d’une procédure de sauvegarde, toute
poursuite en justice de la part des créanciers dont la créance a pris naissance (antérieurement)
au dit jugement et qui tendent à condamner le débiteur à payer des sommes d’argents ou à
résilier un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.

Le même article interdit également toute mesure d’exécution de la part des créanciers sur les
biens meubles ou immeubles du débiteur.

Exception :

Le créancier privilégié titulaire d’une sûreté mobilière pourra demander au juge-


commissaire au visa de l’article du dernier alinéa de l’article 686 la vente du bien objet de la
sûreté, quand ce dernier est de nature périssable ou pourra tomber après un laps de temps dans
l’obsolescence.

31
C’est la période de la préparation de la solution ou la période d’observation, fixée à 4 mois et pourra être
renouvelable une seule fois à la demande du syndic. Sur le plan pratique cette règle est transgressée. Le syndic
dans la majorité écrasante des cas n’arrive pas à déposer son rapport révélateur de la situation exacte de l’entreprise
dans les délais impartis par le législateur, comme il ne réussit pas à proposer un plan de redressement et ce
nonobstant la prorogation du délai. Ce sont malheureusement les contraintes sous-jacentes que révèle la pratique
devant les tribunaux et qui attestent l’existence d’une grande dichotomie entre le cadre normatif et la réalité
concrète du terrain.

22
Suspension des instances en cours :

Il se peut que le créancier ait déjà déclenché la machine judiciaire avant la prononciation du
jugement d’ouverture de la sauvegarde, dans ce cas de figure, la dite action en justice sera
suspendue, jusqu’à ce que le créancier ait déclaré sa créance auprès du syndic.

Une fois la créance déclarée, l’instance pourra être reprise, mais seulement pour constater la
dite créance ou bien pour déterminer son montant exacte, mais aucun paiement ne pourra être
effectué sous peine de nullité du dit règlement.

Paiement des créances antérieures au jugement d’ouverture de la sauvegarde :

Principe et dérogation :

Mentionnée noir sur blanc dans l’article 690, l’interdiction de payer les créances antérieures au
jugement d’ouverture de la sauvegarde n’est pas absolue, la relativité de ce principe est
clairement apparente au visa du deuxième alinéa du même article qui permet au syndic ; sur
autorisation du juge commissaire ; de procéder au règlement des créances antérieures afin de
retirer un gage utile et nécessaire à la poursuite de l’activité de l’entreprise débitrice.

Tout paiement effectué en dehors de ces conditions, sera réputé attentatoire au principe sacro-
saint de l’interdiction de paiement des créances antérieures au jugement d’ouverture de la
sauvegarde et ; par conséquent ; il pourra être frappé de nullité par tout intéressé dans un délai
de 3 ans à compter du paiement de la créance, ou de la conclusion de l’acte.

Le sort de la caution :
Comme dans l’accord de conciliation, La caution qui a garanti la créance incluse dans le plan
de sauvegarde, pourra se prévaloir des dispositions du plan de sauvegarde et de l’arrêt du
cours des intérêts légaux et conventionnels qui doivent s’arrêter de s’accumuler , ainsi que
tous les intérêts de retard ou de majoration32.
La résiliation du plan de sauvegarde :

Le tribunal peut décider d’office ou suite à la demande de l’un des créanciers de l’entreprise la
résiliation du plan après avoir entendu le chef d’entreprise et les contrôleurs dans le cas où
l’entreprise ne respecte pas ses engagements convenus avec ses créanciers pouvant aboutir ;
par conséquent ; à l’ouverture du redressement ou la liquidation de l’entreprise en question.

32
Article 692 de la 73-17. Cependant, les intérêts reprennent leurs cours normal, c'est-à-dire redeviennent
cumulables, à la date arrêtant le plan de sauvegarde. En d’autres termes, les intérêts s’arrêtent pendant la période
d’observation, soit durant 8 mois voire plus en pratique.

23
Le procédé de déclaration des créances dans le cadre de la sauvegarde33 :
Article de 719-723

La conversion de la sauvegarde en une procédure de redressement ou liquidation judiciaire


entraine impérativement l’obligation pour les créanciers chirographaires, ou détenteurs d’une
garantie de paiement (sûreté réelle) ou d’une caution (sûreté personnelle) de déclarer leurs
créances déduction faite du montant des créances déjà perçues.

A l’instar de ce qui est prévu en matière de redressement et de liquidation judiciaire, Nous avons
estimé opportun de traiter par anticipation le procédé de déclaration des créances dans ce stade
relativement à la sauvegarde pour mieux appréhender son déroulement, le délai qui lui a été
impartis par le législateur, la typologie des créances visées, ainsi que les sanctions infligées en
cas d’abstention.

Ce procédé constitue tout un processus qui commence par une déclaration de créance, passant
par sa vérification pour clôturer par son admission ou son rejet selon les cas.

Déclaration des créances : article 719

La déclaration des créances est un devoir qui doit être accomplie par les créanciers toute
catégorie confondue (chirographaires ou privilégiés) pendant la période d’observation et ce
auprès du syndic.

Lorsque la demande d’ouverture de la procédure de traitement émane de l’initiative du


créancier, cela ne pourra pas l’exonérer de déclarer sa créance dans le délai légal sous peine
d’être forclos.

Sont exemptés par disposition expresse, les salariés qui détiennent une créance résultante de
leur contrat de travail, ainsi que les créanciers postérieurs au jugement d’ouverture.

Cependant, la nouvelle loi à travers l’article 573 dispose que :

« Sont tenus de déclarer leurs créances, les créanciers titulaires d’une créance postérieure au
jugement d’ouverture de la sauvegarde ».

Cette disposition peu étrange qu’elle parait de premier augure peut être considérée comme
révolutionnaire, car les créances nées postérieurement au jugement d’ouverture (sauvegarde-
redressement-liquidation) bénéficient d’un traitement préférentiel, en d’autres termes elles

33
LYAZAMI Nahid « Le nouveau mécanisme de sauvegarde des entreprises en difficulté : Une vraie « bouée de
sauvetage » pour les entreprises naufragées ? V. «Le procédé de déclaration des créances : un passage obligé ?
Revista de estudios jurídicos y criminológicos de la universidad de Cádiz. España. N°2 diciembre 2020.

24
doivent être payées par priorité par rapport à toute autre créance assortie ou non de privilège ou
de sûreté. Donc leur imposer de déclarer leurs créances peut paraitre anodin.

Le déroulement du procédé de déclaration des créances34 :

Nature de créance et des créanciers :

L’article 719 dispose : sont tenus de déclarer leur créance au syndic tous les créanciers dont la
créance a son origine antérieurement35 au jugement d’ouverture, à l’exception des salariés.

Le législateur avait posé le critère de l’antériorité de la créance, il a énoncé également que la


nature de la créance importe peu (chirographaires ou privilégiés), ainsi que le défaut de la
preuve écrite, cependant, il a omis de préciser de quel jugement d’ouverture s’agit-il
(sauvegarde-redressement-liquidation) ?

Nuance :

-Les créanciers connus du syndic, ou ceux dont les noms figurent sur la liste fournie par le
débiteur au syndic, sont avertis par ce dernier.

-Les Créanciers privilégiés (titulaires d’une sûreté publiée) sont avertis personnellement à leur
domicile élu par le syndic.

Créanciers ordinaires doivent le faire soit en personne soit par le truchement d’un préposé ou
mandataire (avocat par exemple), exemple : l’hypothèse d’un créancier mis sous écrou.

Délais impartis pour déclarer :

Deux mois à partir de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin Officiel, prorogé de


deux mois supplémentaires pour les créanciers résidents hors du royaume du Maroc.

Déchéance du droit de créance : la Forclusion :

C’est une perte du droit à la créance pour inaction de la part du créancier dans les délais fixés
par la loi.

Principe :

34
LYAZAMI. Nahid « Le rang de paiement des créanciers dans les procédures collectives : comment trouver un
dosage subtil à ce dilemme ? », revue juridique le Censeur, n°7 décembre 2018.
35
Tantôt, la loi parle du critère d’antériorité de la créance, tantôt de postériorité, ce critère commence à perdre sa
portée, et devient moins pesant et non-sens.

25
Tout créancier qui ne procède pas à déclarer sa créance dans les délais susmentionnés sera
évincé pour inaction ou négligence, et par conséquent sa créance sera éteinte.

On parle dés lors de l’éviction du créancier et de l’extinction de la créance. En d’autres termes


le créancier sera frappé de forclusion.

Entorse :

-Ne peuvent être frappés de forclusion, ni déchus de leur droit de créance, les créanciers
privilégiés qui n’ont pas été avisés personnellement par le syndic, cette abstention qui ne leur
incombe nullement, ne pourra leur priver de leur droit de créance.

-ne peuvent être frappés de forclusion non plus les créanciers qui ont pu parvenir à prouver que
le défaut de déclaration de leur créance est dû à une force majeure, ou un contingent qui leur a
empêchés d’être assidus pour répondre à ce devoir.

Action en relevé de forclusion :

Cette action peut être déclenchée par le créancier négligent dans un délai d’une année à compter
de la date de décision de jugement d’ouverture.

L’action en relevé de forclusion peut donner lieu soit à son acceptation soit à son rejet qui
dépend du pouvoir discrétionnaire du juge-commissaire selon les faits.

Il peut déclarer la personne du créancier forclose, comme il peut accepter son action et classer
sa créance parmi le passif patrimonial du débiteur défaillant.

Il a été jugé dans une affaire lors d’un arrêt rendu par le tribunal d’appel de commerce de
Casablanca que « une action en relevé de forclusion a été acceptée par le juge qui a découvert
que l’abstention du créancier pour déclarer sa créance revient principalement à l’entreprise
débitrice qui ; de mauvaise foi ; et afin de s’échapper au règlement du créancier avait caché
sa soumission à la procédure de redressement judiciaire »36.
Dans le même contexte, le juge avait estimé opportun d’accepter l’action en relevé de forclusion
enclenchée par un créancier qui a pu prouver que l’omission de déclarer est due essentiellement
à l’abstention et à l’inadvertance de l’entreprise débitrice de procéder aux formalités de
publicité du jugement d’ouverture du redressement »37.
Aux antipodes de ce qui a été décidé par le tribunal d’appel de commerce de Casablanca, la
cour suprême avait refusé une demande de relevé de forclusion de la société générale marocaine

36 Arrêt n°4347 du 28 novembre 2005, revue des tribunaux marocains, n°104 page 100.
37
Arrêt de la cour d’appel de commerce de Casablanca n°4499 du 29 juin 2006, dossier n°11-06/2452.

26
des banques. Puisque cette dernière arguait le fait que le défaut de déclaration de sa créance, est
dû au manque d’intérêt réservé à la donne juridique au Maroc, et qu’il lui a été impossible de
consulter le Bulletin officiel ou autre, et que ce qui marche c’est la circulation de l’information
par la bouche à oreille ou la rumeur publique. Cet argument fut catégoriquement refusé par le
juge qui l’estimait superfétatoire38.
La demande de relevée de forclusion ne suffit pas. Le créancier doit établir que la défaillance
n’est pas de son fait ; pis encore ; le motif invoqué relève du pouvoir discrétionnaire du tribunal
qui peut le « gober » ou le réfuter. Le législateur en instituant le procédé de publicité au BO et
au tableau d’affichage du tribunal39 ; malgré leur portée supposée et non réelle ;40 considérait
que le créancier doit prendre connaissance car nul n’est censé ignorer la loi41.
Procédure de sauvegarde et la pandémie mondiale du Covid 19
Le marasme vécu aujourd’hui par nos entreprises marocaines est ostentatoire.
L’économie mondiale et marocaine a subi un électro choc sans précédent à cause de la
pandémie du covid 19.
On se demande si elles vont vraiment résister à ce coma économique sachant qu’elles étaient
d’ores et déjà fragilisées avant la crise sanitaire et avant la prononciation de l’état d’urgence.
On a pu constater que les dépôts de bilan gangrènent notre tissu économique en raison des
procès incommensurables de liquidation judiciaire qui engorgent les tribunaux de commerce.
La version actuelle du livre V de la loi 73-17 est-elle efficace pour conjurer les effets
endémiques de la crise ?
Les praticiens, académiciens, chefs d’entreprise ne cessent de lever haut leur voix pour
s’indigner contre les dispositions législatives régissant le droit des procédures collectives
marocain. La sagesse voudrait que soit ouvert le bénéfice de la procédure de sauvegarde au
profit des entreprises malgré leur état de cessation de paiement. Avec obligation pour ces
victimes de la crise de prouver que leur état d’impécuniosité était bien enregistré
postérieurement à l’état d’urgence sanitaire, alors qu’avant la crise elles étaient financièrement
confortables et que leur insolvabilité est intrinsèquement liée à la crise, preuve comptables à
l’appui42.

38
Revue marocaine du droit des affaires et entreprises, n°11 page 165, arrêt n°1056 du 29 septembre 2004.
39
Article 584 de la loi 73-17 énonce les modalités de notification les délais de publicité du jugement d’ouverture
de la sauvegarde dans le RC central et local- B.O-JAL- Livres de la conservation foncière.
40
Cour d’appel de commerce de Casablanca, arrêt n°2 du 4 JANVIER 2002, dossier n°2618/2001/11.
41
Cour d’appel de commerce de Casablanca, arrêt n°2488 du 27 septembre 2002, dossier n°1958/2002 /11.
42
Proposition-loi du RNI. N°206, 13-05-2020 pour l’assouplissement de l’article 561 et 575 de la loi 73-17
relativement à la notion de cessation des paiements dont les contours doivent être retracés et taillés selon la crise
actuelle du Covid 19.

27
Les nouveaux contours des critères d’accès à la nouvelle procédure de sauvegarde doivent
repartir sur les chapeaux de roues, puisque les dégâts matériels, voire immatériels laissent sans
voix.
Les mesures du confinement et de distanciation sociales étaient annoncées de but en blanc
causant ainsi un renversement des priorités, une détresse économique, financière, des créances
en souffrance, et une trésorerie insidieuse mais en l’occurrence une souffrance psychologique43
dont les séquelles peuvent perdurer sur le long terme.

On assiste à des scénarios cauchemardesques, car la recrudescence des appréhensions de


l’angoisse et de l’irritabilité est évidente.

Des initiatives indéniablement courageuses étaient prises par l’Etat marocain pour juguler les
effets endémiques de la pandémie, de multiples mesures (fiscales, financières 44, sociales,
juridiques) pour circonscrire la crise.

Toutefois, Une question nous taraudait l’esprit : quid des mesures d’accompagnement
psychologique du chef d’entreprise en difficulté ? Ces dirigeants malheureux espéraient se
relever le matin en ayant l’impression d’avoir fait un mauvais rêve.

Cette détresse avait touchée toutes les couches sociales, personnes physiques mais aussi les
dirigeants des personnes morales, qui sont les chefs d’entreprises en difficulté économique et
financière trouvés du jour au lendemain au fond du gouffre qui redoutaient de ne pas pouvoir
se mettre sur le railles ultérieurement.
On regrette vraiment le peu d’engouement éprouvé au profit des procédures amiables et
préventives, même si notre arsenal législatif promeut la culture anticipative et le rebond, elle
demeure peu usitée.

Un débat houleux subsiste toujours sur l’éventuelle ouverture de cette procédure au profit des dirigeants
d’entreprises se trouvant déjà sombrés dans la cessation de paiement, sous condition de prouver que cette
insolvabilité était intrinsèquement liée à la conjoncture actuelle relative à la pandémie mondiale du Covid 19, sous
peine d’être condamner pour abus de confiance en cas de malhonnêteté ou mauvaise foi.
43
LYAZAMI Nahid « « pandémie mondiale du Covid19, traumatisme psychologique des dirigeants d’entreprise
en difficulté : quelle capacité de résilience ? L’Institut Marocain de l'Information Scientifique et Technique
(IMIST), Revue Journal of Integrated Studies in Economics, Law, Technical Sciences &Communication.n°1
novembre 2020.
44
Le comité de veille économique (CVE) a fait le lundi 16 mars des initiatives pour venir en aide aux entreprises
dont le chiffre d’affaires est inférieur à 20 MDH. Des reports des déclarations fiscales et du paiement de l’impôt,
du 31 mars jusqu’à fin juin.

28
Partie II : les procédures de traitement des difficultés de l’entreprise

S’il est recommandé en matière d’hygiène sanitaire de faire usage de la médecine douce ou
homéopathique avant d’administrer des médicaments ou de choisir une intervention
chirurgicale, ou s’il est souhaitable de prévenir la maladie en étant très sceptique et en
poursuivant une bonne hygiène de vie, il est recommandé également en matière de difficulté
d’entreprise de bien prévenir le risque, de le pronostiquer pourquoi pas et de l’éradiquer dès ses
premières manifestations même s’elles sont bénignes, avant leur éventuelle aggravation.

Cependant, si les signes précurseurs de difficultés sont déjà là, on n’a pas d’autres choix que de
les affronter et essayer de les résorber.

La résorption peut se réaliser à travers l’usage de plusieurs mécanismes ou procédés voire


procédures favorisant soit l’atténuation des effets endémiques que peuvent engendrer ces
difficultés sur l’entreprise elle-même, en la personne de son débiteur, sur les créanciers, les
salariés……soit le traitement de ces effets vulnérables par des mesures plutôt curatives au lieu
de celles préventives.

En cas d’échec des mesures préventives, qui n’arrivent plus à maintenir sous perfusion
l’entreprise moribonde ; ce qui est lamentable ; des mesures curatives peuvent intervenir pour
rendre à meilleure fortune notre entreprise exsangue.

Pour sortir d’un jargon médical pur et dur, le jargon juridique peut se résumer en deux
procédures :

-une procédure de redressement judiciaire qui se déroule sous la houlette du tribunal de


commerce territorialement compétent ; quand l’entreprise est en état de cessation des paiements
de ses créanciers mais à condition de ne pas être en situation irrémédiablement compromise.

-une procédure de liquidation judiciaire est ouverte quand ladite entreprise ne pourra plus
présenter des perspectives sérieuses de redressement, elle ne peut qu’être liquidée car sa
situation est irrémédiablement compromise.

Titre 1 : la procédure de redressement judiciaire

Fait partie des procédures de traitement des difficultés de l’entreprise, son ouverture suppose la
satisfaction d’un certain nombre de critères de fond et de forme.

29
Chapitre 1 : Aux prémices d’ouverture du redressement

Section 1 : Conditions d’ouverture


1- L’entreprise doit être déclarée en cessation de paiement45
2- Incapacité du chef d’entreprise de payer le passif exigible par son actif disponible
3- Incapacité de payer les dettes nées de ses engagements conclus dans le cadre de la
conciliation
4- Le chef d’entreprise a l’obligation de demander l’ouverture de la procédure de
redressement judiciaire au plus tard dans les 30 jours46 qui suivent la cessation des
paiements47
5- Le chef d’entreprise doit obligatoirement déposer sa demande d’ouverture de
redressement après du service de secrétariat greffe, en expliquant les motifs de cette
cessation de paiement, et faire joindre les documents mentionnés dans l’article 577
de la nouvelle loi 17-73 qui doivent être datés signés et certifiés par le chef
d’entreprise.
6- Le chef d’entreprise est tenu de consigner une somme d’argent à la caisse du tribunal
pour couvrir les dépenses de publicité et de déroulement de la procédure.48
Avant de traiter les personnes habilitées à déclencher le redressement, il faut bien cerner la
notion de la cessation de paiement, une ligne séparatrice très étroite qui sépare le préventif et
le curatif ou qui nous fait sortir de l’amiable vers le contentieux.
Qu’est-ce qu’une cessation de paiement ?
La notion de la cessation de paiement et la situation irrémédiablement compromise !

Le législateur marocain donne une définition économique plus que juridique49 de la cessation
de paiement, il parle du débiteur insusceptible de faire face à son passif exigible par son actif
disponible.

45
Pour trancher il faut avancer des preuves dissuasives (dépôt des états de synthèse et des comptes sociaux) pour
éviter de se glisser vers le statut des présomptions.
46
15 jours dans l’ancienne loi 15-95
47
Sinon le chef d’entreprise sera condamné d’avoir maintenu artificiellement une exploitation déficitaire créant
une fausse apparence de solvabilité.
48
Ces frais peuvent être versés par l’un des créanciers qui a intérêt dans le déclenchement du redressement, ou qui
a lui-même pris l’initiative d’enclencher la procédure. (On dit que la procédure est ouverte sur assignation d’un
créancier).
49
On s’appuie plutôt sur les définitions doctrinales et jurisprudentielles.

30
-le débiteur est incapable de poursuivre l’exploitation de son entreprise ce qui peut engendrer
à court, moyen ou long terme une cessation de paiement qui peut être (notoire et persistante)
ou (éphémère et sporadique) ou bien (imminente).

Caractéristiques de la dette :
-exigible et exigée -non contestée -liquide et monnayable et quantifiée –certaine

Deux hypothèses à nuancer :

Débiteur « ne veut pas payer » car il conteste la validité de la dette


-avance le fait que la créance a été déjà réglée ;
-que la créance est frappée d’extinction (compensation, ou subrogation…) ;
-il conteste le montant de la créance en elle-même ;
-conteste son exigibilité c.-à-d. n’est pas encore arrivée à terme ;
-conteste son échéance.
Le débiteur ne veut pas payer car il conteste l’exigibilité de la créance ; sa date ; son montant,
sa prescription, ou que la créance avait été déjà réglée par un paiement qui entraine
l’extinction de l’obligation.

Débiteur « ne peut pas payer » :


C’est l’hypothèse de l’impossibilité de faire face au passif exigible et exigé par l’actif
disponible dans toutes ses composantes :
-Actif immédiatement réalisable, actif circulant qui peut être sous forme de monnaie
fiduciaire ou de dépôt en banque soit monnaie scripturale.
Ou actif immédiatement mobilisable (découvert et facilité de caisse accordés par les banques)
Actif immédiatement monnayable (titres cotés en bourse, OPCVM, bons de trésors)
Est considéré comme actif difficilement réalisable (fonds de commerce et les immeubles)
Soit ce que les autres doivent au chef d’entreprise.
Passif peut être exigible c.-à-d. La dette est échue et arrivée à terme ;
Passif peut être exigé c.-à-d. La dette est non encore échue on parle de dettes à échoir, c.à.d.
seront revendiquées par les créanciers à court, moyen ou long terme.

31
La cessation de paiement doit être appréciée le jour d’ouverture de la procédure de
redressement ou de liquidation et non pas le jour de l’introduction de la demande50.
La date de CP est fixée le jour du jugement d’ouverture qui ne peut être antérieure à 18 mois
qui précédent le jugement d’ouverture (revenir en arrière 18 mois).
Cessation de paiement/insolvabilité : quelle différence ?

Cessation de paiement :
Situation de fait : situation dans laquelle se trouve une personne et qui peut être appréciée ou
caractérisée différemment ou diversement au regard du droit. On parle de la cessation de
paiement.
La CP ne constitue pas le refus du paiement, car une entreprise peut refuser de payer la dette
dans un moment donné mais si on lui accorde un laps de temps supplémentaire la dette sera
réglée.
La notion d’Insolvabilité :
Un état de droit. Un déséquilibre passager dans le patrimoine. L’aspect de la permanence est
décisif.
Insolvabilité concerne une personne physique commerçante, Pour une personne physique non-
commerçante on parle plutôt du surendettement des particuliers.

Section 2 : personnes habilitées à déclencher

1) Qui peut déclencher un redressement judiciaire ? Article 578


Les personnes habilitées à demander l’ouverture d’un redressement judiciaire telles qu’elles
sont énumérées par la nouvelle loi51 sont :
Le créancier :

Le créancier de l’entreprise en difficulté peut légalement demander à ce que soit ouverte une
procédure de redressement, la loi n’a pas exigé un nombre précis de créanciers, elle a par contre
prévu qu’un seul et unique créancier peut assigner le débiteur et peu importe la nature de sa
créance.

50
Article 713 de la loi 17-73
51
Article 578 de la loi 17-73.

32
Même si la nature de la créance n’est pas commerciale, le caractère civil de la dette n’empêche
pas de déclencher une action à l’encontre du débiteur ; exemple de dettes qui n’ont rien à voir
avec les opérations commerciales effectuées dans le cadre de l’entreprise :

-non-paiement d’une quittance de loyer relative à la résidence habituelle du débiteur, ou


abstention de payer la pension alimentaire des enfants dans le cadre d’un procès de divorce….

-dettes sociales de la (trésorerie générale ainsi que les participations et les cotisations au CNSS)

-dettes fiscales relatives aux (administrations fiscales et direction des impôts…)

Débiteur :

Le débiteur lui incombe l’obligation de demander l’ouverture du redressement dans les 30 jours
qui suivent la constatation de CP, sinon il sera condamné d’avoir maintenu artificiellement une
entreprise en activité, comme il peut être condamné pour insuffisance d’actifs, qui donnera lieu
à une action en comblement du passif.

Cette demande d’ouverture reste soumise au pouvoir discrétionnaire du juge, seule habilité à
juger de son utilité.52

-Saisine d’office (tribunal) :

Le tribunal peut se saisir d’office, il ne s’agit ni d’une immixtion, ni d’un abus de pouvoir de
sa part, il vise plutôt à permettre à l’entreprise de remonter la pente et surmonter ses
difficultés53.

Cette saisine d’office est faite en cas de constatation d’un état de cessation des paiements
notoire, et ce via la lecture d’un article de presse, une rumeur publique, à la lecture des états de
synthèse déposés auprès du greffier….

Ministère public :

Sur requête du ministère public du tribunal de commerce et non pas du TPI qui peut
valablement demander l’ouverture du redressement.

52
Selon des études empiriques, il y deux catégories de débiteur :
-Le débiteur peut s’abstenir de demander l’ouverture du redressement car selon la culture managerielle du manager
marocain, le redressement est une fatalité, un échec personnel et un fiasco total.
-Le débiteur au contraire peut procéder à des demandes de redressement jugées dilatoires, intempestives, et
anarchiques pour bénéficier de la SPP laissant derrière plusieurs créanciers lésés et vulnérables.
53
Le PTC est réputé être un « homme de turbulences » et « juge d’opportunité »

33
2) Contre qui peut-il être déclenché54 ? Article 579 et 580

Il peut être déclenché contre le commerçant mais aussi contre un associé selon les critères ci-
après :

Le décès du commerçant : permet d’ouvrir à son encontre une procédure de redressement pour
cause de Cessation de Paiement sous une double condition :

-la cessation de paiement doit être enregistrée antérieurement au décès et non pas
postérieurement, ce qui est cohérent ;

-le créancier est tenu de demander l’ouverture de la procédure dans un délai de 6 mois qui
suivent la date du décès du commerçant –débiteur, sous peine de prescription d’action, et
extinction du droit d’agir du créancier (la fin de non-recevoir)

Cessation d’activité du commerçant :

Permet d’ouvrir à son encontre une procédure de redressement pour cause de CP sous une
double condition :

- la cessation de paiement doit être enregistrée avant sa retraite et non pas ultérieurement.

- le créancier est tenu de demander l’ouverture dans un délai d’un an après la retraite ou la
cessation d’activité du commerçant –débiteur, sous peine de rejet de sa demande

Retrait d’un associé de SNC :

-Un associé tenu solidairement dans une société en nom collectif et qui s’est retiré peut faire
l’objet d’ouverture de redressement à son encontre dans un délai d’un an à, compter de son
retrait de la société.

-encore une fois l’antériorité de la cessation des paiements est cruciale.

Délais impartis par le législateur :


Le tribunal :

Après avoir entendu le chef d’entreprise en chambre de conseil, et toute autres personnes
capables de fournir de plus amples informations ou donner un avis judicieux dans l’affaire, est
tenu de prononcer l’ouverture du redressement judiciaire dans un délai de 15 jours à compter
de l’introduction de la demande à condition :

54
A préciser que l’ancien article 564 de la loi 15-95 prévoyait le déclenchement du redressement contre les
artisans aussi, une disposition qui n’existait plus dans la loi en vigueur 73-17, puisque l’artisan n’est plus
désormais éligible aux procédures des difficultés de l’entreprise.

34
-que l’entreprise ne soit pas dans une situation irrémédiablement compromise
L’agent du secrétariat greffe : ASG

Le jugement d’ouverture du redressement (JOR) doit être notifié au chef d’entreprise et au


syndic par ASG dans le délai de 8 jours suivant le prononcé du jugement.

JOR doit être publié au JAL et au BO dans le délai de 8 jours à compter de son prononcé.

La publication est faite par ASG qui invite les créanciers à procéder à la déclaration de leurs
créances auprès du syndic55.

3) Extension du redressement à d’autres chefs d’entreprise :

Le jugement prononçant l’ouverture du redressement peut être étendu à d’autres entreprises en


raison, de la confusion de leur patrimoine56 avec celui du débiteur ou fictivité de la personne
morale ;

L’extension est faite sur demande du :

-chef d’entreprise soumis lui-même au redressement ;

-le syndic

-le ministère public57

- d’office par tribunal du fond saisi de l’affaire qui est également compétent pour statuer sur
l’action en extension.

Chapitre 2 : la gestion de l’entreprise

55
Vor infra. Le procédé de la déclaration des créances.
56
Arrêt n° 520 du 10 /11/2006, cour d’appel de commerce de Casablanca. Cette extension est bénéfique pour les
créanciers qui auront plus de chance de recouvrer leur créance car ils auront deux patrimoines l’un de la société
qui faisait objet d’une procédure collective, le deuxième patrimoine est celui de l’autre société dont le patrimoine
est intrinsèquement lié avec celui de la première, qu’il demeure difficile de les déceler ou les séparer, en raison de
l’existence des flux monétaires anormaux ou de l’imbrication inextricable des actifs des deux sociétés.
Arrêt n°5209 du 10/11 /2006 cour d’appel de commerce de Casablanca. « Selon la jurisprudence et la doctrine
il y a confusion des patrimoines lorsque les sociétés en question ont les mêmes dirigeants, le même siège social et
des procédés de gestion identiques. Jurisprudence Artémis.ma
57
LYAZAMI Nahid « « éléments de réflexion sur rôle du Ministère Public dans les procédures d’insolvabilité :
étude analytique, critique et comparative entre le droit marocain et le droit Français » Revue Marocaine
d’administration locale et de développement », n°150-151, janvier-avril 2020, «le Ministère Public est une force
coercitive ? » page 77 et suiv.
Constitue une disposition nouvelle, le fait de conférer au ministère public le droit de demander une action en
extension de la procédure de redressement au visa de l’article 585 de la loi 73-17. Le législateur est resté muet
dans la loi 15-95 sur les personnes habilitées à demander cette extension. V. Article 570.

35
La prononciation du jugement d’ouverture du redressement entraine le déclenchement de la
période d’observation58 s’étalant sur 4 mois renouvelable une fois sur demande du syndic59.

PO : commence dès la prononciation du jugement d’ouverture et se termine dès l’adoption d’un


plan de continuation ou de cession, sa durée générale est de 8 mois

-La gestion de l’entreprise simultanément par le chef d’entreprise et le syndic

Mission dévolue au syndic :

-le syndic dispose de 4 mois (renouvelable une seule fois en cas de besoin) à compter de la
prononciation du jugement de redressement pour proposer soit un plan de redressement
(continuation, de cession), ou de liquidation judiciaire, ces propositions doivent être adressées
auprès du juge-commissaire, simultanément au bilan financier économique et sociale en
collaboration avec le chef d’entreprise et l’expert le cas échéant.

-peut demander la substitution du chef d’entreprise par un autre

-dispose d’un droit d’option pour soit la continuation ou non des contrats en cours selon leur
importance pour la continuité d’exploitation de l’entreprise, soit leur résiliation avec obligation
de versement des dommages-intérêts au cocontractant lésé.

-il peut mouvementer les comptes du débiteur sous signature, quand il est frappé d’une
interdiction bancaire ou judiciaire exemple : (débiteur est un interdit bancaire de chéquier…) A
593.

-sous autorisation du juge-commissaire, le syndic peut consentir une hypothèque, gage


nantissement ou caution au nom de l’entreprise pour garantir au créancier le paiement de la
dette.

-paiement prioritaire des créances postérieures au jugement d’ouverture du redressement par


priorité à toute autre créance assortie ou non de privilège ou de garantie. A 590

Premières vues sur le Comité des créanciers :

La convocation à la tenue du comité des créanciers est initiée par le syndic, le juge-
commissaire-le chef d’entreprise ou l’un ou plusieurs créanciers à travers :

58
Ou la période de préparation de la solution
59
En droit français et Selon l’article L621-3 du code de commerce « la poursuite exceptionnelle de la période
d’observation ne peut être demandée que par le procureur de la république ». La loi est sans équivoques, elle
accorde une compétence exclusive au MP, seul autorisé à demander l’allongement au-delà du délai légal. Une
disposition similaire n’est pas prévu par le droit marocain ce qui atteste clairement le rôle en retrait qu’occupe
l’institution du ministère public dans les procédures collectives.

36
- la publication de l’avis dans un JAL

- l’affichage de l’avis sur le tableau réservé à cet effet au sein du tribunal de commerce

-ou par convocation détaillée (heure, lieu, jour et le sujet de la délibération) adressée
personnellement aux créanciers à leur domicile élu ou par voie électronique

Le comité doit être tenu dans un délai de 5 jours à compter :

De la date de présentation par le syndic du projet de plan de redressement pour la continuation


de l’activité au juge commissaire

-les conclusions ou décisions prises au cours des délibérations sont opposables aux créanciers
présents et mêmes ceux qui se sont abstenus d’assister.

Le syndic est tenu de mettre à la disposition des créanciers l’ensemble des documents suivants
et à partir du premier jour qui suit l’affichage de l’avis du tenu du comité :

-toutes les informations relatives à la situation financière de l’entreprise ainsi que tous les
éléments de l’actif et du passif, en précisant les créances chirographaires et celles assorties de
privilèges ;

-inventaire détaillé de l’actif patrimonial

-le projet de plan de redressement présenté par le syndic ou les créanciers.

Si le plan de redressement présenté par le syndic a reçu l’approbation du comité doit être
présenté au tribunal le premier jour ouvrable qui suit la tenue du comité, le tribunal doit
approuver le plan dans un délai de 10 jours à compter de sa réception.

Si le plan de redressement a été désapprouvé par le comité, les créanciers qui ont voté contre
doivent présenter une alternative à ce plan dans un délai de 15 jours à compter de la date de la
tenue du comité.

Quelles sont les conditions de constitution de ces comités ?

Lorsqu’une entreprise est déclarée en redressement judiciaire, la constitution du comité des


créanciers peut avoir lieu notamment, quand ladite entreprise dispose d’un Commissaire aux
comptes CAC et que son chiffre d’affaire annuel est supérieur ou égal à 25 millions de DHS et
qui embauche plus de 25 salariés pendant l’année qui précède l’ouverture du redressement.

Le tribunal peut procéder à la constitution du comité sur demande du syndic et ce nonobstant


le non satisfaction des critères susmentionnés, cette décision est insusceptible de recours.

37
Quels sont les enjeux du comité des créanciers ?

1-délibérer sur le projet du plan de redressement qui vise la continuité de l’activité de


l’entreprise ;

2-délibérer sur le plan de redressement pour la continuation de l’activité de l’entreprise présenté


et proposé par les créanciers eux-mêmes ;

3-faire des adjonctions sur les outils et les finalités du projet du plan de redressement ;

4-proposer la substitution du syndic

5-demander la cession de l’un des éléments d’actifs de l’entreprise

Organigramme du comité des créanciers :

Le comité comporte :

-le syndic comme président du comité ou le juge commissaire en cas de demande de substitution
du syndic

-le chef d’entreprise

-les créanciers titulaires de créances exigibles, non contestées, et non prescrites, qui ont procédé
à la déclaration de leur créance auprès du syndic

Les travaux du comité se déroulent en présence des créanciers en personne ou leurs préposés

Chapitre 3 : le choix de la solution

L’ouverture de la procédure de redressement judiciaire, peut déboucher sur les éventualités


suivantes :

Soit l’adoption d’un plan de continuation, là où le chef d’entreprise demeure présent soit
l’adoption d’un plan de cession, soit la liquidation judiciaire de l’entreprise après avoir dument
entendu le chef d’entreprise, le syndic, les contrôleurs et les représentants du personnel, mais
sur la base du rapport du syndic.

Section 1 : plan de continuation

Le tribunal peut prononcer l’adoption d’un plan de continuation, tant que l’entreprise présente
des perspectives sérieuses de redressement de sa situation et de paiement de ses dettes.

38
Le plan de continuation peut s’étaler sur une période de 10ans sans pouvoir la dépasser, son
adoption peut donner lieu à l’adoption des décisions de changement de stratégie de gestion de
l’entreprise, l’arrêt, l’adjonction ou la cession de certaines branches d’activités, et le cas échéant
à la résiliation des contrats de travail pour motif économique.

L’adoption du plan de continuation tend essentiellement à apurer le passif60 patrimoniale de


l’entreprise selon les nouveaux délais (remises de dettes, rééchelonnement ou fractionnement
des dettes) consentis par les créanciers, selon un calendrier préalablement convenu entre eux et
leur débiteur, le tribunal peut également imposer des délais uniformes pour les autres créanciers.

-SI le plan de continuation a été exécuté, le tribunal pourra prononcer la clôture de la procédure.

-Si le débiteur n’a pas respecté ses engagements convenus dans les délais convenus ou si le plan
de continuation n’a pas été appliqué dans les délais impartis, le tribunal peut d’office ou sur la
demande de l’un des créanciers décider la résiliation61de plan de continuation et la
prononciation de la liquidation judiciaire, après avoir entendu le chef d’entreprise-le syndic62.

Section 2 : plan de cession

Article 635 code du commerce

Toujours dans un le but de maintenir les emplois, d’apurer le passif patrimonial de l’entreprise
et de maintenir les activités susceptibles d’exploitation autonomes, le législateur donne une
autre chance à l’entreprise pour lui éviter de frôler la mort consécutive à l’ouverture de la
liquidation judiciaire. Il s’agit en fait d’adopter un plan de cession totale ou partielle de certaines
branches d’activité afin de permettre sa survie malgré les turbulences et les difficultés de
rebondissement qui y sont rattachées.

60
Article 526 A noter également que si le débiteur faisait objet -avant l’ouverture du redressement- d’une
interdiction bancaire d’émettre des chèques pour des faits antérieurs au jugement d’ouverture, le tribunal peut
ordonner pendant la durée d’exécution du plan de continuation la suspension de cette interdiction et le paiement
des dettes de cette entreprise.
61
Nous estimons plus adéquat l’usage du terme résiliation du plan au lieu de résolution, car la résolution produit
des effets pour l’avenir seulement, alors que la résiliation agit rétroactivement et donc les sommes perçues par les
créanciers doivent faire objet d’une défalcation pour être payer par la suite que sur le reliquat de leur créance
62
Sur un autre point, contrairement au droit français, et à la lecture de l’article 634 de la loi 73-17 on constate que
le ministère public ne fait pas partie des personnes habilitées à demander la résolution du plan de continuation. Le
législateur énonce le « tribunal » à qui fait-il référence au Président du Tribunal de Commerce, au juge
commissaire, à quelle autorité judiciaire plus Particulièrement ?
Alors si on fait référence à l’arrêt de la cour d’appel de Fès « Le ministère public demande la résolution du plan
de continuation et demande la liquidation de l’entreprise car elle n’a pas exécuté ses engagements fixés par le plan
envers ses créanciers ». Arrêt de cour d’appel de Fès. 22/10/2015.n°dossier 2015/8301

39
Cette chronologie dans l’adoption des mesures n’est pas anodine, elle tend à faire bénéficier
l’entreprise des mesures adoucissantes pour dépasser le cap des difficultés, en lui évitant d’être
conduite immédiatement vers la liquidation, issue fataliste, dont les séquelles prennent du temps
pour disparaitre.

Qu’est-ce qu’un plan de cession d’entreprise ?

Le plan de continuation de l’entreprise peut ne pas être couronné de réussite, une autre solution
peut alors s’imposer, il s’agit du plan de cession totale ou partielle de l’entreprise, en d’autres
termes, ses éléments d’actifs, ses branches d’activité, son fonds de commerce peuvent se trouver
en possession d’un nouveau (repreneur-acquéreur-cessionnaire).

La cession doit être effectuée de manière à ne pas causer une sorte d’amoindrissement dans la
valeur des biens qui ne vont pas faire objet de cession, qui forment un corps unique, et que
l’absence d’une unité impactera sur le rendement de l’autre et se répercutera mal sur l’entreprise
cédée.

Les demandes d’offre des repreneurs doivent être communiquées au syndic, elles doivent
contenir les indications suivantes :

-les prévisions d’activité et de financement ;

-prix de la cession et les modalités de règlement

-la date de la réalisation de la cession

-niveau et perspectives d’emploi justifiés (le repreneur doit justifier les salariés qui doivent être
licenciés et ceux qui vont conserver leurs postes

-les garanties offertes pour assurer l’exécution du plan

- les prévisions de vente d’actifs dans les deux années qui suivent la cession

Prise de relais par le cessionnaire :

Le cessionnaire peut procéder à la gestion de l’entreprise cédée sous autorisation et


responsabilité du syndic, dans l’attente de l’accomplissement des actes de cession

-le cessionnaire, peut aliéner, donner en location-gérance ou en garantie un bien corporel ou


incorporel à condition que le prix de la cession soit payé en intégral.

Par exception, le tribunal peut insérer dans le plan de cession, une clause d’inaliénabilité des
biens cédés pour une durée bien limitée. Tout contrat conclu en violation de cette règle sera

40
frappé de nullité. Toute personne intéressée pourra demander la nullité du contrat dans le délai
de 3 ans à compter de la date de signature du contrat.

-La résolution du plan de cession :

Si le repreneur n’a pas exécuté ses engagements préalablement convenus dans le cadre du plan
de cession, le tribunal peut prononcer la résolution du plan, soit d’office soit à la demande du
syndic ou d’un créancier.

En cas de non-paiement du prix de la cession par le repreneur, le tribunal va procéder à la


nomination d’un administrateur spécial pour une durée de «3 mois en fixant sa mission.

Effets de la cession sur les créanciers :

Première résolution heureuse pour les créanciers, est que le jugement qui arrête le plan de la
cession rend exigibles les dettes non encore échues, ces créanciers peuvent bénéficier de la
répartition du prix de la cession.

Exercice du droit de préférence :

Les créanciers titulaires d’un privilège spécial sur un bien immobilier, (hypothèque) ou sur un
fonds de commerce (nantissement) sont payés par préférence et par priorité par rapport aux
autres créanciers, si les biens cédés dans le cadre du plan de cession sont grevés de privilèges.

Exercice du droit de suite :

Si le droit de préférence permet au créancier privilégié d’être désintéressé par priorité avant les
autres créanciers, vu le rang préférable qu’il occupe, ce droit de suite à son tour confère
également au créancier privilégié le droit de suivre le bien grevé de privilège en quelque main
qu’il se trouve. C’est l’hypothèse de l’aliénation ou la vente par le débiteur d’un bien grevé de
privilège, le créancier peut le saisir entre les mains du nouvel acquéreur pour le faire vendre et
être payé sur sa créance. Ce droit tend à réprimer les deux parties prenantes qui dans la majorité
écrasante des cas agissent en connivence et en complicité pour s’échapper au paiement du
créancier.

41
Titre 2 : la procédure de liquidation judiciaire

L’ouverture de la procédure de liquidation judiciaire est la conséquence évidente de l’insuccès


du plan de redressement judiciaire63.

Si le débiteur n’arrive pas dans le cadre d’un plan de continuation à honorer ses engagements
convenus avec ses créanciers, ou si le repreneur cessionnaire dans le cadre où un plan de cession
fût adopté par le Tribunal, ne parviendra pas à financer dans le délai fixé, (non-respect de
l’échéancier du règlement), en même temps une détérioration exponentielle dans la trésorerie
de l’entreprise s’est produite , l’éventualité de l’ouverture d’un liquidation judiciaire s’impose
sans recours.

Chapitre 1 : conditions d’ouverture de la liquidation judiciaire

Faits justificatifs ou les conditions incontournables d’ouverture de liquidation


Selon les termes de l’article 651, Dès lors qu’il apparait que « la situation de l’entreprise est
irrémédiablement compromise ».

La cessation des paiements est une situation qui admet deux hypothèses :

-Tantôt elle est passagère et peut disparaitre ;

-Tantôt elle est constante et cet état devient irréversible

-La notion de « irrémédiablement compromise » est une situation irréversible, sans recours, les
chances de sauvetage sont inexistantes, et toutes les tentatives de sauvetage ont été épuisées,
les difficultés demeurent insurmontables, et aucun rebondissement n’est envisagé car toutes les
voies ont été vidées, et toutes les mesures ont été escomptées d’échec.

L’entreprise ne présente aucune perspective florissante pour juguler les effets endémiques de
la cessation des paiements, un climat de désarroi règne et un débiteur impuissant qui ne dispose
d’aucune source de financement est déjà là.

La liquidation judiciaire n’est pas obligatoirement prononcée après l’échec d’un redressement
judiciaire, elle peut être décidée par le tribunal à partir du moment du dépôt de la demande par
la partie intéressée.

63
La liquidation peut être prononcée immédiatement après la décision d’ouverture d’un redressement, sans être
obliger à attendre l’écoulement du délai de la période d’observation qui peut aller de 4 à 8 mois, soit après la fin
de la période d’observation quand la situation financière et économique de l’entreprise va de mal en pire.

42
Personnes déclencheurs :

La procédure de liquidation judiciaire est ouverte à la demande du :


-ministère public en tant que protecteur de l’ordre économique et de l’intérêt général,
-le chef d’entreprise,
-ou l’un des créanciers.

Chapitre 2 : les effets de la liquidation judiciaire

1) Le dessaisissement du débiteur

Selon les termes de l’article 651 du code de commerce, le débiteur par la force de la loi, est
dessaisi de la gestion et de l’administration de ses biens ; il ne peut pas procéder à des actes de
disposition, de vente ou de règlement des créances.

Il s’agit de priver le débiteur momentanément c.à.d. jusqu'à la clôture de la liquidation judiciaire


de dilapider son actif patrimonial, ou de procéder à des comportements visant à dépenser à
outrance pour priver les créanciers d’être désintéressés.

En d’autres termes, peut organiser son insolvabilité, d’où l’immixtion légal du syndic à qui la
loi confère le droit d’exercer les actions en justice64, par exemple da faire mouvementer son
compte bancaire (retrait-versement), la finalité de cette éviction loin d’être avilissante, vise
essentiellement à préserver les droits des créanciers, à travers la protection des actifs de toute
tentative d’appauvrissement ou d’amoindrissement. Dans le cas contraire une nullité ou
inopposabilité peut être prononcée.

2) -Possibilité de continuité d’activité, et de maintien des contrats de crédit-bail

Cette décision de maintenir l’activité de l’entreprise relève de l’appréciation discrétionnaire du


juge à qui revient le dernier mot et quand nécessité oblige.

Prosaïquement ; quand l’intérêt de la masse salariale est en jeu ou celui des créanciers nécessite
cette continuation, dans ce cas toute discontinuité peut résulter vulnérable pour eux.

L’ouverture de la liquidation n’entraine pas de plein droit la résiliation des contrats de crédit –
bail conclus pour l’activité de l’entreprise.

64
A noter que le débiteur dessaisi peut se porter partie civile dans un procès, s’il a obtenu gain de cause, les
dommages-intérêts qui lui seront versés doivent être réservés à la procédure ouverte et bénéficier aux créanciers.

43
Le syndic lui revient le dernier mot pour décider sur le sort de ces contrats, ils peuvent alors
être résiliés, cédés ou maintenus selon l’intérêt de l’entreprise et ses créanciers.

3) Opérations subséquentes à la liquidation :

La finalité de la liquidation judiciaire est d’apurer le passif patrimonial, via la réalisation ou la


vente de l’actif patrimonial immobilier ou mobilier.

I) La réalisation ou vente de l’actif patrimonial du débiteur :

La vente des immeubles se déroule selon les formes prévues en matière de saisie immobilière
régi par le droit de la procédure civile, la mise à prix, les conditions de vente ainsi que les
modalités de pub sont fixées par le juge commissaire après avoir recueillis les observations du
syndic, du chef d’entreprise et des contrôleurs.

La vente des biens immobiliers se fait par :


-Adjudication amiable sur la mise à prix
-vente de gré à gré

Le juge-commissaire décide sur la forme adéquate selon la consistance, l’emplacement de


l’immeuble ainsi que les offres reçues.

Le produit de la vente est réparti par le syndic sur les créanciers au marc le franc et selon leur
rang de paiement.

S’agissant des biens mobiliers, la vente sera effectuée, sur autorisation du juge commissaire,
via des enchères publiques ou de gré à gré.

Dans l’hypothèse d’un bien faisant objet d’un (hypothèque-nantissement ou gage) sur lequel
s’exerce un droit de rétention par le créancier, le syndic peut procéder au règlement de la dette
au profit du créancier pour retirer le bien saisi, il dispose de 6mois comme délai pour retirer la
chose soumise au droit de rétention.

Le syndic pourra également et toujours sur autorisation du juge commissaire procéder à la


réalisation (vente) du bien mobilier, le créancier doit être informé de la décision de la vente
dans le délai de 15 jours.

II) Apurement du passif patrimonial :

La prononciation de la liquidation judiciaire entraine la déchéance du terme des créances non


encore échues c’est dire que ces créances deviennent exigibles

44
Le produit de la liquidation judiciaire est réparti entre les créanciers selon leur rang de
préférence ou de priorité et selon les dispositions légales régissant cette situation.

Selon l’article 1241 DOC « les biens du débiteur sont le gage commun des créanciers, et le
prix s’en distribue entre eux par contribution, à moins qu’il n’y ait entre les créanciers des
causes légitimes de préférences ».

Pour une meilleure appréhension des répartitions des créances entre les créanciers, il est de
sagesse de procéder à une juxtaposition de toute une palette de dispositions législatives, pour
pouvoir décider sur le sort de chaque créance.

Donc il faut concomitamment comparer le DOC65 et Code Commerce66, code du travail, code
de recouvrement des créances publiques, le livre III du CC relativement au droit
cambiaire67.

Vu la pluralité des textes législatifs, une désharmonie ou manque de logique peut régner sur
l’ordre de paiement des créanciers, et la répartition du produit de la liquidation peut paraitre
inique ou injuste.

4) Clôture de liquidation :
La clôture des opérations de liquidation est envisageable en cas de :

-jugement de clôture pour extinction du passif ; les créanciers ont obtenu tous le montant de
leurs créances

-jugement de clôture pour insuffisance d’actifs, donc il n’y a plus d’actif à réaliser pour payer
les créanciers.

Reprise de la liquidation : Elle est envisageable en cas où un créancier arrive à prouver


l’existence d’une fraude à ses droits68, ou une dissimulation volontaire d’une partie de l’actif
patrimonial69, des poursuites individuelles peuvent être déclenchées dans ce cas-là.

65
Article 1248
66
Article 365-375-630-633-634
67
Article 349
68
C’est hypothèse de l’action oblique, quand le débiteur s’abstient d’exercer ses propres droits sur son débiteur,
afin de priver le créancier d’être payé sur le montant de sa créance, le créancier dans ce cas pour agir à la place du
débiteur pour obtenir le paiement.
69
C’est l’hypothèse de l’action paulienne, quand le débiteur de mauvaise foi procède à des ventes gracieuses sans
contrepartie monétaire pour affaiblir son patrimoine. Dans la majorité écrasante des cas le débiteur agit en
complicité avec l’acquéreur du bien dans le but de nuire au créancier.

45
Titre 3 : les sanctions à l’encontre des dirigeants de l'entreprise

Certes ; le droit des difficultés des entreprises est un droit qui tend à conjuguer plusieurs
impératifs à la fois, parmi ses objectifs c’est l’apurement du passif, ce dernier se creusait au fil
des mois de façon exponentielle suite aux agissements frauduleux et malhonnêtes de certains
dirigeants d’entreprise ou suite à des comportements fautifs dans la gestion de l’entreprise.

Selon l’article 763 de la loi 17-73, le titre réservé aux sanctions concerne aussi l’auto-
entrepreneur, personne physique pour l’entreprise individuelle, comme il concerne le dirigeant
d’entreprise personne morale. Que le dirigeant soit de droit ou de fait, rémunéré ou non.

A noter que le dirigeant de droit est celui qui est légalement investi par les statuts qui participe
à la direction, le contrôle et la gestion de la société ou de ses filiales.

Exemple (signature des effets de commerce et conclusion des contrats).

La loi ne donne aucune définition pour le dirigeant de fait, des définitions d’origine
jurisprudentielle ou doctrinale peuvent nous servir de base « celui qui exerce une activité
positive de gestion, de direction et de contrôle au lieu et à la place du représentant légal, il n’est
investi d’aucun mandat social, mais exerce toutes les attributions dévolues au dirigeant de droit

Chapitre 1 : sanctions civiles

On va traiter les sanctions civiles en les scindant à deux principales typologies, la première est
une sanction dont la nature est patrimoniale et l’autre a une coloration plutôt extrapatrimoniale,
avant de s’attarder sur une autre variante de sanction, celle dont la nature est purement pénale.

Section 1 : Les sanctions patrimoniales

-Action en comblement du passif / action en responsabilité pour insuffisance d’actif ou


l’obligation de répondre aux dettes sociales

« Lorsque la procédure concernant une société commerciale fait apparaitre une insuffisance
d’actif, le tribunal, peut en cas de faute de gestion ayant contribué à cette insuffisance d’actifs,
décider que cette dernière soit supportée en tout ou en partie avec ou sans solidarité par tous les
dirigeants ou seulement certains d’entre eux » article 738.

L’engagement de la responsabilité pour insuffisance d’actif suppose la satisfaction


cumulative et pas alternative de trois conditions :

46
-la faute de gestion (faute) ; peut-être une faute de commission ou d’omission de négligence ou
d’inadvertance de la part du dirigeant

-insuffisance d’actif et cessation de paiement (préjudice) ; ayant rendu le désintéressement des


créanciers impossible

-lien de causalité direct entre la faute et le préjudice apprécié par le juge de fond.

L’action en comblement du passif et l’extension de la procédure aux dirigeants de la personne


morale se prescrivent par 3 ans à compter du jugement qui arrête le plan de redressement
continuation ou cession) ou le jugement qui prononce la liquidation judiciaire.

-extension de la procédure aux dirigeants de la personne morale

Le dirigeant qui ne s’est pas acquitté de la dette sociale après sa condamnation, il peut se voir
ouverte à son encontre une procédure de redressement ou de liquidation.

Mais aussi un dirigeant contre le quel fut relevé des faits bien définis.70

Article 740« en cas de redressement ou de liquidation judiciaire d’une entreprise, le tribunal


doit ouvrir une procédure de redressement ou de liquidation à l’égard de tout dirigeant contre
lequel peut être relevé l’un des faits suivants… »

Le tribunal qui a prononcé le jugement d’ouverture du redressement ou de liquidation contre la


personne morale est lui-même compétent pour mettre en mouvement l’action en extension de
la procédure de traitement ou de liquidation en tant que procédure accessoire à la première.

Les répercussions de l’action en extension de la procédure peuvent touchées aussi bien le


dirigeant que son ayant-droit et ayant cause, l’article 710 se réfère au conjoint du dirigeant et
ses descendants « le syndic peut en prouvant par tous les moyens que les biens appartenant au
conjoint du débiteur ou à ses enfants mineurs ont été acquis avec des valeurs fournies par celui-
ci, demander que les acquisitions ainsi faites soient réunies à l’actif »71.

Section 2 : sanctions extrapatrimoniales ou professionnelles

-la déchéance commerciale

70
L’article 740 énumère sept hypothèses.
71
L’on regrette l’absence de la notion du patrimoine d’affectation en droit marocain, mesure indéniablement
importante pour préserver les biens personnels du débiteur, et leur éviter d’être engloutis par une opération de
liquidation judiciaire.

47
Peut-être définit comme interdiction de diriger, gérer administrer ou contrôler directement ou
indirectement toute entreprise commerciale et toute société commerciale ayant une activité
économique ».

La déchéance commerciale est une sanction purement professionnelle qui touche la capacité du
dirigeant sans viser son portefeuille, il ne s’agit pas d’une sanction pécuniaire, car elle tend à
évincer et à éjecter le dirigeant qui se comporte à mauvais escient du monde des affaires pour
une durée qui ne peut être inférieure à cinq ans.

La sanction de la déchéance commerciale vise le dirigeant personne physique et pas l’entreprise


en tant que telle personne morale.

La déchéance commerciale peut être prononcée à l’encontre de :

-dirigeant de société commerciale A746

-dirigeant d’entreprise A747

-chef d’entreprise individuelle dans le cadre du statut de l’auto-entrepreneur A745

-dirigeant de société en cas de non acquittement de l’insuffisance d’actif A748

Personnes habilitées à déclencher : A749

Le déclenchement de la demande de prononcé de la déchéance peut être fait d’office par le juge,
sur demande du syndic ou le procureur du Roi.

Action de réhabilitation :

Le dirigeant déchu peut demander au tribunal de relever la déchéance commerciale et


l’incapacité d’exercer une fonction publique élective, il s’agit d’une demande de réhabilitation
sous condition d’apporter la preuve d’une contribution suffisante à l’insuffisance d’actif
patrimonial, on parle désormais de l’extinction de la déchéance commerciale.

Chapitre 2 : sanctions pénales

Section 1 : banqueroute

Nonobstant la situation d’ouverture de la procédure collective, le délit de banqueroute constitue


une infraction pénale elle est mise en œuvre devant le tribunal répressif, elle est soumise aux
conditions classiques d’infraction pénale et ses éléments constitutifs (élément légal-moral et
matériel).

48
Le déclenchement des voies de recours contre les décisions rendues en matière de banqueroute
et autres sanctions se fait auprès du tribunal pénal selon les dispositions du code de procédure
pénale.

Pour que la personne soit condamnée du délit de banqueroute, que ce soit dirigeant d’entreprise
individuelle ou à forme sociale, une condition préalable doit exister, il s’agit de l’ouverture
d’une procédure collective réservée à une entreprise qui ne peut faire face à son passif exigible
par son actif disponible.

Les faits constitutifs :

Selon l’article 754 du code de commerce « en cas d’ouverture d’une procédure de traitement
ou de liquidation judiciaire sont coupables de banqueroute les personnes contre lesquelles a
été relevés l’un des faits ci-après :

1-avoir dans l’intention d’éviter ou de retarder l’ouverture de la procédure de traitement, soit


fait des achats en vue d’une revente au-dessous du cours, soit employé des moyens ruineux
pour se procurer des fonds

2-avoir détourné ou dissimuler tout ou partie de l’actif du débiteur

3-avoir frauduleusement augmenté le passif du débiteur

4-avoir tenue une comptabilité fictive…

La banqueroute est punie d’un an à cinq d’emprisonnement et d’une amende allant de 10000
à 100000 dhs.

Les complices de banqueroute encourent les mêmes peines, cette dernière peut être doublée
pour un banqueroutier dirigeant de droit ou de fait d’une société qui dispose des actions cotées
en bourse des valeurs.

Section 2 : autres infractions (dirigeants-créanciers-syndic)

Le délit de banqueroute peut être imputé aux dirigeants, au créancier et au syndic également
selon les cas.

Pour les dirigeants :

Sont punis des peines de banqueroute :

49
-ceux qui dans l’intérêt des personnes suivantes (dirigeant d’entreprise individuelle ou à forme
sociale, dirigeant de droit ou de fait, rémunéré ou non) soustrait, recélé ou dissimulé tout ou
une partie des biens meubles ou immeubles de l’entreprise ;

-ceux qui ont déclaré frauduleusement des créances fictives

Pour le syndic :

Le syndic qui a commis l’un des faits ci-après :

-a sciemment ou de mauvaise foi porté atteinte aux intérêts des créanciers ;

-a fait un mauvais usage des pouvoirs qui lui ont été conférés légalement de manière à nuire au
créancier et au débiteur ;

-a procédé à acquérir de façon frauduleuse les biens du débiteur pour son compte.

Pour le créancier :

-a passé des contrats qui lui sont avantageux mais désavantageux pour les autres créanciers
après l’ouverture de la procédure de redressement et de liquidation judiciaire.

Titre 4 : les voies de recours

Le droit de déclencher les voies de recours est garanti par le droit commun à tout justiciable qui
s’estimait lésé. Voulant obtenir gain de cause, il peut faire valoir ses droits et il suffit d’avoir
l’intérêt-qualité et la capacité pour ester en justice.

Cependant, le droit d’exercer les voies de recours se trouve altéré par certains comportements
incongrus des justiciables qui ne visent pas essentiellement à obtenir leurs droits mais plutôt à
étirer encore plus la procédure, ils déclenchent à titre dilatoire les voies de recours.

Le droit dérogatoire au droit commun impose des délais plus restreints pour déclencher des
recours, ainsi que des conditions plus restrictives. Cette rigueur n’est pas anodine, elle tend
essentiellement à garantir la célérité dans le traitement de ce genre de problèmes relatifs aux
difficultés de l’entreprise. Une rapidité qui s’impose avec acuité, vu l’importance des intérêts
en jeu. Donc la sagesse voudrait un arrêt immédiat des voies de recours intempestives, pour
cela le code de commerce prévoit des délais pour chaque situation à part.

50
Les jugements et ordonnances rendus en matière de sauvegarde, de redressement et de
liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit et assortis de l’exécution provisoire72.
En d’autres termes ils sont commandés par l’urgence et la rapidité.

Des demandes de sursis à exécution provisoire peuvent être formées devant le tribunal d’appel
contre les jugements de liquidation et de cession totale de l’entreprise. Le tribunal d’appel doit
faire tomber son verdict en chambre de conseil dans un délai de 15 jours à compter de
l’introduction de la demande73.

L’appel :

Si selon les règles de procédures civiles « l’appel est de droit dans tous les cas qui ne sont pas
exceptés par la loi », en droit des procédures collectives, des règles dérogatoires au droit
commun sont prévues par l’article 762 de la loi 73-17 :

Peuvent faire l’objet d’un appel les jugements suivants :

1-jugement prononçant l’ouverture de sauvegarde, redressement et liquidation judiciaire ;

2-jugement prononçant l’extension de la procédure de redressement et de liquidation judiciaire


à une autre entreprise ;

3-jugement prononçant la conversion de la sauvegarde à une procédure de redressement ou


liquidation ;

4-jugement prononçant la conversion du redressement à une liquidation

5-décision prononçant la limitation du plan de sauvetage ou de continuation ;

6-décisions rendues en matière de plan de cession lorsque les capacités de financement du


cessionnaire dépassent celles préalablement convenues dans le cadre de la préparation de la
solution ;

7-décisions rendues dans le cas de modification des finalités et des moyens du plan de
sauvegarde ou de continuation ;

8-décisions prononçant la résolution du plan de sauvegarde, de continuation ou de cession ;

9-décisions rendues en matière de nomination, substitution, modification des pouvoirs et


renouvellement du délai de la mission du syndic ;

72
La partie qui a gagné le procès peut poursuivre l’exécution du jugement rendu en première instance malgré
l’appel interjeté par la partie adversaire. Quant à la partie perdante, elle pourra demander devant
73
Article 761 loi 73-17.

51
10-décisions prononçant des sanctions civiles contre les dirigeants de l’entreprise ;

11-décisions rendues par le juge-commissaire relatives à la vente de gré à gré, ou par


adjudication amiable.

Délai d’appel :

10 jours à partir de la notification du jugement sur déclaration devant l’agent du secrétariat


greffe du tribunal de commerce d’appel.

Tierce opposition :
Délai de la tierce opposition :

15 jours à partir de la prononciation du jugement d’ouverture d’un redressement-liquidation ou


le jugement prononçant une déchéance commerciale sur déclaration devant l’agent du
secrétariat greffe du tribunal de commerce.

Pourvoi en cassation :
Délai du pourvoi :

10 jours à partir de la notification de la décision.

Ne peuvent faire objet de recours les décisions prononçant la nomination, ou la substitution du


juge-commissaire.

Les recours contre les jugements rendus en matière de banqueroute sont soumis au code de la
procédure pénale.

Jugements ou arrêts insusceptibles de recours74 :

Décisions relatives à la désignation ou remplacement du juge-commissaire.

Epilogue

La lecture factuelle et pragmatique du droit préventif anticipatif régissant les difficultés des
entreprises au Maroc, atteste que ce droit n’a pas pu attirer l’engouement des chefs d’entreprise
en détresse financière, malgré les coups forts qui frappent leur portefeuille.

Notre législateur a beau trimé de promouvoir la culture du rebond et d’anticipation, mais


vainement.

74
Article 765 loi 73-17.

52
La conjoncture actuelle de la pandémie mondiale avait effacé d’un trait de plume ces
dispositions législatives préventives, les dirigeants n’en rêvent même pas, criblés de dettes
accumulées par la crise, se trouvaient ligotés devant une trésorerie est obérée.

On a pu déduire également que le droit à lui seul est incapable de tout circonscrire. L’art de
prévenir les difficultés de l’entreprise qui est une méthode d’inspiration française est
malheureusement en déclin, les résultats sont en berne, quant aux perspectives elles demeurent
incertaines.

Aujourd’hui il y a une nécessité impérieuse d’inciter les débiteurs à réagir précocement et


d’espérer trouver un dialogue constructif avec les créanciers afin de faire dissiper les signes
avant-coureurs de difficultés et éviter un éventuel naufrage de l’entreprise, il faut agir avant que
le mal ne se produira.

En réalité la justice ne peut être considérée comme ennemie de l’entreprise, la loi a conféré à
ces dirigeants des outils juridiques précieux pour appréhender au mieux leurs difficultés.

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Annexes

55