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Comptes rendus des séances de

l'Académie des Inscriptions et


Belles-Lettres

Note complémentaire sur la loi romaine contre la piraterie


Édouard Cuq

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Cuq Édouard. Note complémentaire sur la loi romaine contre la piraterie. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, 68ᵉ année, N. 4, 1924. pp. 284-294;

doi : https://doi.org/10.3406/crai.1924.75012

https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1924_num_68_4_75012

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284 NOTE SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE
sacrifiés, par ordre de l'oracle de Delphes, à la déesse Artémis
de Patras, parce que Komaithô, prêtresse vierge de la déesse
vierge, aurait aimé dans le temple même le beau Mélanippe.
Insistant sur les noms des jeunes gens, qui signifient poulain
noir et pouliche alezane, M. Reinach suppose que la légende,
restée attachée avec les noms à une tombe, remonte à l'époque
zoomorphique (des cultes animaux), où la divinité, conçue elle-
même comme chevaline, était honorée, aux moments de détresse.
par le sacrifice du couple de chevaux qui en était la vivante
image. La légende telle que Pausanias la raconte est la
transposition d'un rite très primitif dans le langage de la poésie
grecque, après l'avènement des dieux humains et la
quasi-disparition des dieux animaux.
M. Gustave Glotz présente une observation.

COMMUNICATION

NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA


PIRATERIE, PAR M. EDOUARD CUQ, MEMBRE DE L'ACADÉMIE.

M. Gaston Colin vient de publier, avec un commentaire,


une nouvelle édition d'une inscription gravée sur le
monument de Paul-Emile, à Delphes1. Cette inscription contient
la traduction grecque d'une loi romaine, relative à une
expédition contre les pirates. De cette loi on n'avait jus-
qu ici qu'un texte incomplet et sur plusieurs points incorrect,
édité en 1922 par M. Pomtow 2. C'est d'après ce texte que
j'ai fait une communication à l'Académie sur cet important
document 3. Mais aujourd'hui nous avons un texte qu'on
peut considérer comme définitif. M. Gaston Colin n'a
épargné aucun effort pour éditer une loi dont il reste 75 lignes

1. Bulletin de Correspondance hellénique, 1924, t. XLVIIT, p. 58-96.


2. Klio, t. XVII, p. 171.
3. Comptes rendus de l'Académie, 1923, p. 129-150.
NOTE SLR LA LOI ROMAIN i; CONTRE LA PIRATERIE 285
plus ou moins mutilées, et qui intéresse à la fois l'histoire
et la législation de Rome au dernier siècle de la République.
Ce texte difficile, soit à cause de ses lacunes, soit en
raison de certains faits historiques qu'il mentionne, a donné
pieu à des interprétations diverses. Celle que vient de publier
M. Gaston Colin n'est pas la moins séduisante. Je crains
qu'elle ne donne pas une explication satisfaisante de
l'ensemble de la loi, mais les raisons qu il a fait valoir à
l'appui méritent d'être discutées.
Je voudrais indiquer en quoi le texte que Al. Colin vient
d'établir avec le plus grand soin, après une revision
attentive de l'original, modifie ou confirme l'hypothèse que j'avais
présentée sur le contenu et la date de la loi.

D après les constatations matérielles faites sur place par


M. Gaston Colin, il paraît certain que le texte intégral de
la loi n'a pas été affiché à Delphes. On a pu en douter, car
des trois blocs superposés sur lesquels l'inscription était
gravée, on croyait qu'il ne restait rien du premier. M.
Gaston Colin a retrouvé un petit fragment du bloc supérieur
dont il formait l'angle droit, vers le haut. Bien qu'il n'ait pu
déchiifrer que dei*x ou trois mots à la fin des neuf premières
lignes et quelques lettres des 1. 10 et 11, ce qui subsiste
prouve que la prsescriptio (noms des consuls, lieu du vote,
etc.) n'y figurait pas. La première ligne se termine par
O1AION ou OINON. La lecture ΟΙΛΙΟΝ est la plus
probable : en restituant une lettre, on a \~]l ïciov qui devait
être suivi du mot άντίγρ^ον. Une copie de la loi fut en effet
envoyée, d'après la ligne 22, aux villes et aux États désignés
(1. 6 et 7] : [τούτου τοϋ vjsj/ou αντίγραφαν άττοστε'.λζτο) ~ρος τε ~.y.z
ζόλειί"; y.y\ πολιτείας. L'inscription contient une copie d'une
loi, propre à la région de Delphes, un extrait concernant les
provinces de Macédoine et d'Asie.
286 NOTE SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE
Quelle était cette loi ? En rapprochant certaines de ses
dispositions du récit des historiens anciens sur l'expédition
de Pompée contre les pirates, j'avais pensé à l'identifier
avec la loi de imper io Pompeii, dont les décisions auraient
été écrites sur le bloc supérieur ; mais les mots qu'on a pu
déchiffrer ne semblent pas s'y référer. Puis les parties de la
loi, conservées sur les deux autres pierres contiennent des
mesures concernant l'exécution de la loi, plutôt que la loi
qui a conféré à Pompée un pouvoir sans limites. Autre chose
est une loi relative k l'élection d'un magistrat, autre chose
une loi contenant des injonctions aux magistrats, présents
et futurs, édictant des sanctions, déterminant la procédure
à suivre contre ceux qui ne s'y conformeront pas. Il semble
donc qu'il a dû y avoir deux lois, et que celle qui nous est
parvenue eut pour but de faciliter l'exécution de la première,
d'assurer le succès de l'expédition dirigée par Pompée.
Gicéron affirme *, il est vrai, que toutes les dispositions
relatives à la guerre de Pompée contre les pirates formaient
une loi unique : Itaque unalex, unus vir, unus annus . . .nos
liheravit. Mais, peut-être n'y a-t-il là qu'un effet oratoire.
En tout cas si notre loi est distincte de celle qui a conféré à
Pompée le commandement suprême, elle a dû être votée très
peu de temps après et proposée par le même tribun Gabi-
nius, car Pompée a rempli très rapidement la mission qui lui
avait été confiée. Mais cette conclusion suppose résolue une
question fort controversée, celle qui a trait à la date de la
loi.

II

M. Gaston Colin pense que la loi est antérieure à Tannée


74, et même à l'année 89 avant notre ère. A l'appui de cette
assertion , il invoque deux faits consignés l'un dans la ligne 6,
l'autre dans la ligne 9 (pierre B).

1. P. l. Manilia, 19.
Ί\ΌΤΕ SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE 287
C'est d'abord la distinction des citoyens romains et des
alliés latins d'Italie : τ.ο'κϊτχι Ρωμαίοι a[û;x;j.a-/cij τε έκ της
Ιταλίας Λατίνοι, alors que la loi Plautia Papiria, de l'année 89,
a étendu la cité romaine aux habitants des cités fédérées,
domiciliés en Italie. C'est ensuite la mention du roi de
Cyrène parmi les alliés du peuple romain : [~ρος τον βασ'.-
λέα τον έν Κιφηντ, βασιλύεοντα, alors que d'après Appien, la
Cyrénaïque est devenue une province romaine en 74.
Mais le premier fait n'est pas exact dans sa généralité.
La loi Plautia Papiria a subordonné la concession de la
cité romaine aux alliés Latins d'Italie à une triple condition :
qu ils soient inscrits dans une cité fédérée, qu'ils aient été
domiciliés en Italie lors du vote de la loi, qu'ils aient fait
une déclaration au Préteur dans les 60 jours Κ Cette dernière
formalité ne fut pas remplie par bon nombre de Latins,
notamment les Lucaniens et les Samnites2. D'autres Latins,
par l'effet de la loi Cornelia de civitate de l'an 8i , perdirent
la cité romaine qu'ils avaient acquise '■' . Rien d'étonnant que
la tdistinction des citoyens romains et des alliés Latins
d'Italie ait subsisté pendant un certain temps après l'année
89 et qu'elle se retrouve dans une loi de l'an 67. D'après
Velleius Paterculus, elle n'a été effacée que paulatim 4.
Le second fait, rapporté par Appien 5, laisse place à un
doute. Diodore cite la Cyrénaïque parmi les pays soumis
par Pompée à la domination romaine, après son expédition
victorieuse contre les pirates, donc en 66 6. Et alors de
deux choses l'une : ou Diodore s'est trompé, ou il faut
admettre que, dans l'intervalle qui sépare les années 74 et
66, la royauté a été restaurée à Cyrène, et que le pays n'a

1. Cicéron, p. Archia, 3.
2. Appien, B. civ., I, 53.
3. Ibid., I, 100.
i. Hisi. II, 16.
5. Debell. civ., I, 111
6. XL, 19.
288 NOTE SUR LA LOI HUMAINE CONTRE LA P1HATERIE
été définitivement soumis à Rome qu'à cette dernière date.
On récuse ordinairement le témoignage de Diodore pour
deux raisons : 1° parce que la loi, gravée sur le monument
de Paul-Emile, doit être du sixième consulat de Marius,
mentionné dans la ligne 20 (pierre B). Mais il faudrait être
certain que la loi ne contient aucune disposition qui nous
oblige à en reculer la date. Or je montrerai tout à l'heure
que, cette certitude, nous ne l'avons pas, surtout depuis
que M. Gaston Colin a réussi à déchiffrer une clause, dont
il n'a pas d'ailleurs tenu compte dans son commentaire ;
2° parce qu'on suppose que les Romains, en décidant la
création d'une province, ont toujours pris immédiatement
les mesures nécessaires pour y établir leur autorité. Mais ce
que l'on sait sur la situation de la Gyrénaïque pendant la
période intermédiaire (a. 74-67), et même depuis que le roi
Ptolémée Apion a légué son royaume au peuple romain, est
peu favorable à cette manière de voir.
D'après l'epitome de Tite-Live ', le Sénat en 96 a
commencé par déclarer libres toutes les villes du royaume ; il
a cherché à briser l'unité du pays. Le résultat ne s'est pas
fait attendre : dix ans plus tard, Lucullus, envoyé en Afrique
pour y chercher des navires, trouva la Cyrénaïque troublée
par les agissements des tyrans. A la demande des habitants,
il rétablit l'ordre dans le pays et leur donna une
constitution °-. Ce ne fut pas pour longtemps. A l'époque où Mithri-
date était roi de Pont (entre 88 et 63), un tyran, dit Plu-
tarque, régnait à Cyrène ; il y avait massacré un grand
nombre d'habitants :\ Bref, la Cyrénaïque était le plus
souvent en état d'anarchie.
On conçoit aisément que les Romains aient en 74, résolu

1. Epit. LXX : Ptolemseus Cyrenanorum rex, cui cognomen Apioni fuit,


mortuus heredem populum romanum reliquit, el ejus regni civilates
libéras esse jussit senatus.
2. Plut., Lucullus, 2.
3. De mulierum virtutibus, 19.
NOTE SUR LA LOI KOMAINE CONTRE LA PIRATERIE 289
d'en finir en décidant d'ériger en province un pays sur
lequel ils avaient des droits depuis plus de vingt ans. Mais
pour réaliser ce projet il fallait occuper militairement le
pays et le pacifier. En 74 le moment n'était pas propice :
de tous les côtés, les Romains étaient en guerre, en Espagne,
en Orient, en Crète, en Italie, sur toutes les mers \ C'était
aussi l'année de l'expédition préparée par le Sénat contre les
pirates, sous la direction de M. Antoine. L'expédition dura
trois ans et se termina par un échec 2. Dans l'intervalle il
semble que, pour gagner du temps, Rome eut recours k un
expédient : elle rétablit la royauté au profit d'un prince sur
lequel elle crut pouvoir compter, et conclut avec lui un traité
d'alliance. Mais ce roi de Cyrène, celui qui est mentionné
dans notre loi, dut trahir la cause des Romains pendant
l'expédition de Pompée contre les pirates ; car la guerre terminée
victorieusement, Pompée envoya en Cyrénaïque un de ses
légats, Lentulus Marcellinus, celui précisément qui avait été
chargé du secteur de l'Afrique et de la Libye : in novam pro-
vinciam Curenas missus est, dit un fragment de Salluste 8.
La Cyrénaïque fut dès lors une province nouvelle, bien que sa
création ait été décidée depuis sept ans ; mais la décision
du Sénat n'avait pas été suivie d'effet. C'est pour cela sans
doute qu'Eutrope 4 place l'annexion de la Libye à l'Etat
romain au temps de la guerre de Crète, guerre qui dura
trois ans, de 69 à 66.
On a enfin prétendu que le récit de Diodore est sans
valeur : il résumerait une inscription consacrée par
Pompée à son propre éloge. C'est, dit-on, une de ces
fanfaronnades familières à Pompée. Mais l'intervention d'un de ses
1. Appien le constate dans le passage relatif à la création de la
province de Cyrénaïque (B. G., I, 111) : πο'λεαο-. ο' r/.ααζον...
2. Vell. Paterc, II, 34.
3. Salluste (fvg. II, Î3, donne à ce légat le prénom de P(ublius).
L'inscription citée plus bas pi'ouve que son prénom était Gîiîkus ; il était le fils de
Publius.
4. Ilisl. VI. 9.
1924. 19
290 ΝΟΙΈ SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE
légats en Cyrénaïque, le rôle que Lentulus Marcellinus a
joué dans la pacification du pays, sont confirmés par une
inscription grecque de Cyrène que mon confrère M. Gsell
a bien voulu me signaler. Publiée par Smith et Porcher1,
elle est reproduite dans le recueil de MM. Gagnât et Tou-
t a in Ci. :

Pjvaîov Κορνήλ'.ον Λέντολον,


Wctz'/J.m uibv, Μαρν.ελλίνον, ττρεσ-
βευταν άντ'.στράταγον, tcv
-άτρωνα και c-ωτηρα, Κυρ avais ι.

G'est la dédicace d'une statue érigée par les Cyréniens en


l'honneur du légat Gn. Cornélius Lentulus Marcellinus, fils
de Publius, « notre patron et notre sauveur '■'>. »
Cette inscription prouve aussi que la Cyrénaïque n'était
pas encore organisée en province et qu elle était restée dans
un état d'anarchie : le légat de Pompée apparut aux
Cyréniens comme un sauveur.
La mention d'un roi de Cyrène à une date postérieure à
celle où, d'après Appien, fut créée la province, et
spécialement à l'époque de notre loi, peut ainsi être conciliée avec
ce que l'on sait de l'histoire de la Gyrénaïque pendant la
période comprise entre 74 et 66 avant notre ère.
Il n'y a donc jusqu'ici aucune raison décisive pour écarter
la date que j'ai attribuée à la loi. On a vainement tenté de
la faire remonter, non pas même au sixième consulat de
Marius, mentionné dans un passage mutilé de la ligne 20
(pierre B), mais à l'année précédente 101. M. Gaston Colin
n'a pu soutenir cette opinion qu'en introduisant dans le texte
une restitution peu vraisemblable, comme la démontré
M. Th. Reinach. M. Colin lit en etïet : \û μ.ή εκεί] ε-χιρ*/]εία
1. History of the récent discoveries ut (hjrene. 1S6Î, p. 109, pi. 77.
2. Inscripliones Griecœ ;id res /ionuiws pertinentes, I, 1040.
3. Le buste de Gn. Cornélius Lcnlulus est une des sculptures trouvées
dans le temple d'Apollon. History, p. 99, et pi. 65).
, NOTE SLR LA LOI ROMAINE CONTRE LA i'IHATERIE 291
έ γε ivîTC, et il traduit ainsi le passade : « Que les
gouverneurs autres que les consuls qui seront désignés pour la
Macédoine et] l'Asie, — à moins que G. Marius et L. Vale-
rius n'aient ces contrées] pour provinces, — envoient] des
;

;
lettres aux peuples f amis et alliés j. » II est difficile de croire
que les amis de Marius, résolus à lui préparer un grand
commandement en Asie, aient fait voter une loi applicable
aux gomrerneurs autres que les consuls, mais qui cependant
ne sera pas appliquée à Marius et à son collègue s'ils
obtiennent l'un la province d'Asie, l'autre la Macédoine.
M. Th. Reinach évite cette contradiction en supposant une
erreur commise par le graveur ; mais corriger un texte pour
l'expliquer, c'est un procédé qui, d'après M. Th. Reinach
lui-même, est peu recommandable.
D'autre part, les intentions que Ion prête aux amis de
Marius et qui les auraient déterminés à proposer la loi, sont
une simple hypothèse. Aucun texte n'y faitallusion, de l'aveu
même de M. Gaston Colin.
Il y a plus. La conjecture d'après laquelle la loi
remonterait à 104, souffre une grave objection : elle ne tient aucun
compte de deux passages de la loi.

III

Le premier est relatif à la sanction (1. lo-20, pierre C).


La rédaction de ce passage mérite l'attention : la loi ne se
borne pas, suivant l'usage, à édicter une peine pécuniaire
contre ceux qui ne se ''conformeront pas à ses dispositions.
Elle entre dans des détails minutieux sur toutes les formes
que peut prendre la contravention ; elle énumère une série
d'actes qu'elle tient pour équivalents. Elle entend ne laisser
place à aucune échappatoire. Elle cherche à atteindre tous
ceux qui, d'une manière quelconque, essaieront de nuire au
succès de l'expédition contre les pirates. Elle punit jusqu'à
l'abstention. Elle vise surtout les magistrats et leurs agents
dont elle redoute la mauvaise volonté.
292 NOTE SUR LA LOI ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE
De telles précautions pour assurer l'exécution d'une loi
se rencontrent fort rarement. On trouve à peine quelque
chose d'analogue dans la loi Acilia contre les
concussionnaires ', mais la rédaction est bien moins condensée. Dans
l'un et l'autre cas ces précautions ne peu\^ent s'expliquer que
par l'idée de prévenir des abus que l'expérience avait
révélés. Il est inutile de rappeler les moyens variés dont faisaient
usage les magistrats concussionnaires pour se soustraire k
la loi : en un quart de siècle il a fallu trois lois successives,
Calpurnia, Juma, Acilia pour rendre la répression efficace.
Quant aux expéditions contre les pirates, organisées par le
Sénat, notamment en 74, les abus de toute sorte commis
par M. Antoine et ses légats sont bien connus 2 et justifient
les mesures prises par la loi, si elle est plus récente, comme
la loi Gabinia de 67. M. Colin a négligé d'indiquer les faits
antérieurs à l'année 101 , qui auraient motivé la défiance du
législateur et l'auraient décidé à allonger, dans une mesure
inusitée, la liste des cas présumés contraires à la loi.

IV

Le second passage est relatif à l'ordre donné aux consuls


d'introduire au Sénat les députés des Rhodiens έκτος τη ς
συντάξεως (ligne 18, pierre Β). S'agit-il simplement de leur
accorder un tour de faveur, de leur donner audience έκτος
του στίχου, suivant l'expression du sénatus consulte de Stra-
tonicée de l'an 81 ? Tel est l'avis de M. Gaston Colin. Il
n'y a, d'après lui, aucune différence entre une invitation
adressée au consul par le Sénat et un ordre émanant du
législateur. Il n'a pas pris garde k la clause finale du paragraphe,
clause qu'il a réussi k déchiffrer et dont il a donné une
excellente restitution.
Dans l'édition de M. Pomtow on lit seulement : τοΰτο

1. Corp. inscr. lat., I2, 583.


2. Cf. Foucart, Journal des Savants, 1906, p. 560.
NOTE SLR LA [.01 ROMAINE CONTRE LA PIRATERIE 293
ZKAT έςέστο) -οιτ,τζ'.. Dans celle de M. Colin, la clause
commence par του! τ]: -.1 ai et se termine par ί'ζίτ-ω
r.y/ήζχ'.. Gomme il s'agit de la permission de faire un acte,
v/.~lç της συντάξεως, il n'a pas été difficile de compléter le
troisième mot dont les deux premières lettres ont été
conservées. M. Colin lit y'ir^uur. (mot qui se retrouve, pierre C,
1. 19 '), et il le fait suivre du pronom αυτώ'., commandé par
le verbe έςεστο). On obtient ainsi cette clause importante :
τουιτ i τε τ.'ίΐτ^ύον. αυτώ'.] έςεστω T.o'/qzz'., que M. Colin traduit
très exactement : « le tout, sans encourir aucune pénalité. »
La conclusion s'impose : la ιόνταςις, dont notre loi écarte
l'application en faveur des députés de Rhodes, était
sanctionnée par une peine infligée au consul.
Qui donc a établi cette pénalité ? Ce n'est pas le Sénat
qui n'avait pas qualité pour cela, et qui avait d'autres moyens
de faire sentir son autorité à un magistrat récalcitrant. La
loi seule avait ce pouvoir, et l'on n'en connaît pas d'autres
que la loi Gabinia de senatu leyatis dando. L'innovation a
consisté, non pas à obliger les consuls à donner audience
aux députés étrang-ers pendant le mois de février, car l'usage
existait déjà, mais à le sanctionner : Quod lege Gahinia
sanctum sit, dit Gicéron 2. Le règlement sur l'introduction
des députés étrang-ers au Sénat étant sanctionné par une
peine, il était nécessaire d'y dérog-er en faveur des Rhodiens,
et de déclarer que le consul qui leur donnerait audience
contrairement à la loi g-énérale, mais conformément à la loi
nouvelle, n'encourrait aucune pénalité.
En somme, le mot σ-ΰντα;'.ς désigneun leçjh'.inius legationum
ordo, comme il y a unjudiciorum ordo, suivant l'expression
employée par les juristes de Rome pour indiquer Tordre dans
lequel se succèdent les phases de la procédure. L'un et l'autre
ont été consacrés par l'usag-e avant d'être sanctionnés par
la loi.
1. Cic\, adQuinl. l'r. II, 15.
2. Ό*ό; αϋτωι 'αζ'ηαίωι u.t, έςί; ίΐνα·..
29i LIVRES OFFERTS
On a dit, il est vrai, que cette loi n'est pas de 67 : elle
aurait été proposée par Gabinius pendant sa préture en 61,
et non en 67 pendant son tribunat '. Mais la lettre de Gicé-
ron (ad Ait. I, 14) qu'on a citée à l'appui ne prouve pas
l'inexistence de la loi en février 61. En décidant d'ajourner
toute affaire, même de legationibus, tant que le consul
n'aurait pas soumis au peuple le projet de loi contre Glodius,
le Sénat cherche à exercer une pression sur un consul
défavorable au projet (rogationin dissuasor). C'est le consul, et
non le Sénat, qui était passible de la peine de la loi Gabinia.
Ces observations suffisent. Elles montrent que, pour
interpréter sainement la loi affichée à Delphes, il ne faut
pas considérer uniquement la difficulté résultant de la
mention du roi de Cyrène et du sixième consulat de Marius :
il faut examiner si la solution proposée s'accorde avec
l'ensemble des dispositions de la loi. On permettra à un juriste
de rappeler la sage maxime du jurisconsulte Celsus : Incivile
est, nisi tota lege perspecta, una aliqua particula ejus prn-
posita, judicare vel respondere.

LIVRES OFFERTS

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau, de la part de


M. Adrien Blanciiet, une brochure dont il estl'auteur, intitulée : Deux
bronzes antiques de Néris (extrait de la Revue archéologique, 1924].

Le R. P. Sciieil a la parole pour un hommage :


J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie une modeste notice écrite en
souvenir de l'orientaliste Joseph-Etienne Gautier, 1861-1924.
J. Et. Gautier entreprit généreusement à ses frais :
1° Les fouilles de l'île de Homs (1893-94), dont la relation se lit aux
domptes rendus de l'Académie (1895) ;
2° les fouilles de Licht en Egypte (1894-96), dont les brillants
résultats se montrent au Musée du Caire, el. dont la relation faite en col-
1. Villems, Le Sénat de la République romaine, II, 157.

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