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SAVOIRS & ACTUALITÉS

© Patrick Delapierre pour l'INRS


Dossier

INSTALLATIONS ÉLECTRIQUES :
COMMENT INTERVENIR
EN TOUTE SÉCURITÉ ?

 Ce qu ’il faut savoir  La formation au risque électrique :


sur le risque électrique et sa prévention un préalable nécessaire à l’ habilitation
P. 24 P. 33

 Conception et maintenance  Les équipements


des installations de protection en électricité
P. 27 P. 37

 Aspects réglementaires de la prévention  Implication de sous‑traitants : retour


du risque électrique sur les lieux de travail d’expériences d’ un réseau de préventeurs
P. 30 P. 43

Elle ne se voit pas mais nous percevons les manifestations de son utilisation,
telles que la lumière, la chaleur et le mouvement. Aujourd’hui énergie la plus utilisée,
l’électricité est devenue indispensable dans la vie courante et dans l’entreprise.
Si les accidents ayant pour origine l’électricité restent rares, ils sont souvent très graves.
La prévention repose, d’une part, sur la mise en sécurité des matériels et installations
et, d’autre part, sur le respect des règles de sécurité par les personnes. Ce dossier aborde
les différents aspects de la prévention de ce risque : conception et maintien en état
des installations électriques, choix des équipements de protection, formation préalable
à l’habilitation, réglementation et normalisation. Il propose également un retour
d’expérience d’une initiative industrielle pour améliorer la sécurité lors des interventions.

ELECTRICAL INSTALLATIONS: HOW CAN INTERVENTIONS BE MADE COMPLETELY SAFE? –


It cannot be seen, but the evidence of its use is visible through light, heat and movement.
Today, the most frequently used form of energy – electricity – has become an essential
part of daily and industrial life. Although accidents caused by electricity remain rare,
they are often very serious. Prevention relies, first, on making materials and installations
safe, and second, on the persons intervening on these installations complying with safety
regulations. This review addresses the various aspects of prevention of risks related
to electricity: design and maintenance of electrical installations, selection of protective
equipment, training prior to authorisation to intervene, regulations and standardisation.
It also proposes feedback from an industrial initiative to improve safety during interventions.

Dossier coordonné par Jean-Louis Poyard et Sandrine Hardy, INRS, département Expertise et conseil technique
SAVOIRS & ACTUALITÉS

CE QU ’IL FAUT SAVOIR


SUR LE RISQUE ÉLECTRIQUE
ET SA PRÉVENTION
Électrisation, électrocution, brûlures, incendies : tels sont les principaux risques liés
à l’électricité. La prévention de ces risques repose sur des dispositions réglementaires
figurant dans le Code du travail et s’appuie sur les principes généraux de prévention.
Elle concerne la mise en sécurité des installations et des matériels électriques, et ce dès
leur conception. Elle comprend également le respect des règles de sécurité lors de leur
utilisation, ou lors des opérations sur ou à proximité des installations électriques.

L’
énergie électrique a largement • l’arc électrique pouvant engendrer une brûlure ;
SANDRINE
contribué au développement des • une étincelle ou surchauffe pouvant être à l’ori-
HARDY,
pays industriels et a remplacé au fur gine d’un incendie ou d’une explosion.
JEAN-LOUIS
et à mesure d’autres énergies, comme L’origine de ces causes se trouve dans la concep-
POYARD
la vapeur. Sa place dans les industries tion, la réalisation, l’utilisation ou l’entretien des
INRS,
est aujourd’hui indiscutable. Cette énergie présente installations et en particulier :
département
cependant des risques pouvant être à l’origine d’ac- • les installations non conformes aux normes ;
Expertise
cidents graves pour les personnes. • les installations conformes dont la qualité d’ori-
et conseil
gine, principalement l’isolation, se détériore
technique
Des accidents rares mais souvent graves au cours du temps, à la suite d'agressions qui
Selon les statistiques de la Caisse nationale de peuvent être d’origine mécanique, thermique,
l’assurance maladie (Cnam), le nombre d’accidents chimique… ;
ayant pour origine l’électricité est faible comparé • les installations initialement conformes et modi-
aux autres accidents du travail. Toutefois, ils restent fiées sans respecter les normes ;
particulièrement graves. • les installations improvisées, où l’on utilise des
Les derniers chiffres publiés par la CNAM montrent conducteurs mal protégés ou des dispositifs de
qu’en 2016, 1,16 % des accidents du travail (AT) protection inadaptés ;
avec arrêt liés au risque électrique sont mortels, • les installations « bricolées », où la bonne volonté
contre 0,082 % pour l’ensemble des risques. Il en est et l’incompétence provoquent souvent des situa-
de même pour les AT graves : concernant le risque tions potentiellement dangereuses ;
électrique, 9,14 % des AT avec arrêt engendrent • les installations temporaires mal réalisées dès
une incapacité permanente, contre 5,46  % pour l’origine, sous le prétexte qu’elles ne sont que
l’ensemble des risques. provisoires.
Dans le domaine de l’électricité, les secteurs les
plus accidentogènes appartiennent aux branches Électrisation et électrocution
d’activité professionnelles rattachées aux CTN 1 B Une personne est électrisée lorsqu’un courant
(Bâtiment et travaux publics), I (Activités de ser- électrique lui traverse le corps et provoque des
vices II et travail temporaire) et A (Métallurgie) blessures plus ou moins graves. On parle d’électro-
(Cf. Tableau). cution lorsque ce courant électrique provoque la
mort de la personne.
Les causes du risque électrique La gravité d’une électrisation dépend de plusieurs
Comme pour la majorité des autres accidents, les facteurs liés au courant, comme sa fréquence, son
causes sont multiples. Parmi celles en relation intensité, sa durée de passage et sa trajectoire
directe avec l’électricité, on peut citer : dans le corps humain (Cf. Encadré).
• le contact avec une pièce nue sous tension, appelé Il est à noter qu’en 2016, environ deux tiers des
contact direct ; accidents ont pour origine un contact direct et un
• le contact avec une pièce mise accidentellement tiers, un contact indirect. Pour la même année, six
sous tension, appelé contact indirect ; des sept décès ont pour origine un contact direct.

24 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

ANNÉE
LIBELLÉ AT-ARRÊT AT - IP DÉCÈS
2016
A Métallurgie 93 6 1
B Bâtiment et travaux publics 154 23 3
Transports, eau, gaz
C et électricité, livre, 52 7 2
communication
D Alimentation 83 5 0
E Chimie, caoutchouc, plasturgie 14 0 0
Bois, ameublement, papier-
F carton, textiles, vêtement, cuirs 24 1 0
et peaux, pierres et terres à feu
G Commerces non alimentaires 35 3 0
H Activités de services I 27 4 0
Activités de services II
I 120 6 1
et travail temporaire
  Total électricité 602 55 7
Ensemble des accidents
626 227 34 202 514
du travail
GTABLEAU
Répartition des
Pourcentage des accidents accidents d’origine
0,10 % 0,16 % 1,36 %
dus à l’électricité électrique par CTN
pour l’année 2016.

Les brûlures qui ne sont pas liées aux besoins des utilisateurs,
Les brûlures d’origine électrique sont essen- et si l’énergie électrique produite n’est pas consom-
tiellement provoquées par des arcs électriques. mée immédiatement, il est impératif de la stocker.
Un arc peut jaillir entre deux conducteurs ou deux Ce stockage est réalisé actuellement par des batte-
récepteurs électriques voisins, portés à des poten- ries ou des super-condensateurs. De plus, la mobi-
tiels différents. Dans les installations électriques, lité croissante (des équipements, des hommes
l’arc électrique ou arc flash est la résultante d’un et des marchandises) renforce la dépendance
court-circuit conduit dans l’air qui peut avoir des vis-à-vis de cette énergie  : l'électricité sera de
conséquences importantes. Chez l’homme, l’arc plus en plus utilisée et devra être embarquée, en
électrique peut être à l’origine de brûlures plus ou plus d’être disponible en quantités suffisantes.
moins graves, mais également de blessures irréver- La prolifération des applications comme les moyens
sibles, telles que des lésions oculaires provoquées de transport (voitures électriques ou hybrides, avions,
par l’intensité lumineuse… drones…), les moyens de communication (téléphones,
tablettes…), les objets de « loisirs » (baladeurs, ciga-
Les risques d’incendie ou d’explosion rettes électroniques...), les outils ou dispositifs por-
Pour les installations électriques, les échauffements tatifs (de la perceuse à l’exosquelette…), multiplie les
ou les arcs peuvent être à l’origine d’incendies ou sources d’énergie électrique embarquées et sera à
d’explosions. l’origine de nouvelles situations dangereuses.
Selon l’Observatoire national pour la sécurité élec- Les batteries et les super-capacités (ou super-
trique (ONSE), 25 % des incendies auraient pour ori- condensateurs) sont de plus en plus performantes,
gine une source électrique. Les principales causes
sont l’échauffement des câbles dû à une surcharge
(mauvaise conception), le court-circuit provoquant
ENCADRÉ
un arc électrique, des contacts défectueux provo-
quant un échauffement…
QUELQUES REPÈRES
SUR LES EFFETS DU COURANT
L’émergence d’autres risques ALTERNATIF SUR L’HOMME*
Si produire de l’énergie électrique est bien maîtrisé Perception cutanée : 0,5 mA
de nos jours, la stocker est plus complexe. Or le Contracture entraînant une incapacité
besoin de stockage augmente, du fait de la néces- de lâcher prise : 5 à 10 mA
sité de faire de plus en plus appel à des énergies Troubles cardiaques à partir de : 40 mA
décarbonées, telles les énergies renouvelables pro- (5 secondes)
duites par les panneaux photovoltaïques ou les *En savoir plus : www.inrs.fr/risques/electriques/
accidents-origine-electrique.html
éoliennes. En effet, le fonctionnement de ces instal-
lations est dépendant de conditions météorologiques q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 25


SAVOIRS & ACTUALITÉS

mais tous les risques liés à ces moyens de stoc- placée sous son autorité, à accomplir, en sécu-
kage ne sont pas encore totalement identifiés. rité vis-à-vis du risque électrique, les tâches qui
On peut toutefois citer, en plus des risques élec- lui sont confiées. L’habilitation résulte de la mise
triques « traditionnels », les risques liés à des dys- en œuvre du dernier des principes généraux de
fonctionnements tels que : prévention, qui consiste à « donner les instructions
• la perte de confinement des produits (électrolytes appropriées aux travailleurs ». Attention cependant
liquides, dont les propriétés ne sont pas toujours à ne pas se focaliser uniquement sur l’habilitation,
connues), à la suite de la rupture de l’enveloppe qui ne constitue qu’un volet de la prévention du
étanche ; risque électrique.
• l’emballement thermique, avec inflammation des
composés du lithium ou décomposition des élec- Conclusion
trolytes entraînant des dégagements gazeux (aux La prévention du risque électrique nécessite la
propriétés pas toujours connues) ; mise en œuvre de nombreuses règles pour la
• l’explosion et les projections enflammées. conception et l’utilisation des installations élec-
triques. Les préventeurs trouveront dans ce dossier
La prévention du risque électrique des informations sur la conception et le maintien
La prévention du risque électrique repose simul- en état des installations électriques (Cf. article
tanément, d’une part, sur la mise en sécurité des «  Conception et maintenance des installations  »,
installations et des matériels électriques prévue p.27) ; les aspects réglementaires de la prévention
par les règles de conception et d’installation et une des risques d’origine électrique (p.30) ; la forma-
maintenance adaptée ; et, d’autre part, sur le res- tion préalable à l’habilitation électrique (p.33) ; et
pect des règles de sécurité lors de leur utilisation le choix des équipements de protection collective
ou lors des opérations sur ou à proximité des ins- et individuelle, avec un développement spécifique
tallations électriques. Elle s’appuie pleinement sur sur l’arc flash (p.37). Ce dossier est complété par
les principes généraux de prévention 2. le retour d’expérience d’une initiative industrielle
La règle fondamentale pour les opérations sur, ou pour améliorer la sécurité lors des interventions
à proximité, des installations électriques est de
privilégier les opérations hors tension en interve-
de sous-traitance (p.43).  •
1. Les Comités techniques nationaux (CTN), au nombre
nant sur une installation consignée, en respectant de neuf, sont des organismes paritaires représentant
les distances de voisinage. C’est la mise en œuvre les branches d'activités professionnelles. Ils sont identifiés
par des lettres, de A à I.
du premier principe, qui consiste à «  éviter les
2. Voir : les neuf principes généraux de la prévention sur :
risques » 2. www.inrs.fr/demarche/principes-generaux/introduction.html
Pour les installations industrielles et tertiaires, per- Lire aussi : p.8 (encadré 2)
manentes ou temporaires, la prévention repose sur
des dispositions réglementaires contenues dans
le Code du travail. Ces règles de prévention s’im-
posent aux maîtres d’ouvrage lors de la conception POUR EN SAVOIR
et de l’exploitation des installations électriques.
Elles s’appliquent également aux employeurs qui • Dossier web « Risques électriques »,
utilisent ces installations, en assurent les vérifica- consultable sur : www.inrs.fr
tions et effectuent des opérations sur ou à proxi- • INRS Élec : Une application pour travailler en
mité de ces installations. Introduites en 2010 par sécurité face au risque électrique destinée aux
décrets, ces dispositions ne contiennent que des personnes titulaires d'une habilitation électrique.
Son objectif est d'aider ces travailleurs à repérer
objectifs techniques à atteindre. Le respect des
des situations potentiellement dangereuses lors
normes de conception, comme la NF C 15-100
de la réalisation d'opérations d'ordre électrique.
pour les installations électriques basse tension et
• Affiches : série de six affiches et de deux
la NF  C  13-200 pour les installations électriques
autocollants ; références A 807 à A 812,
haute tension, donne présomption de conformité
AK 813 et AK 814. Accessibles sur :
aux prescriptions contenues dans le Code du tra- www.inrs.fr/actualites/serie-affiches-
vail. C’est la mise en œuvre du troisième prin- risque-electrique.html
cipe de prévention : «  combattre les risques à la
• Brochures INRS :
source » 2. ED 6127 – L’habilitation électrique.
Pour les travailleurs amenés à réaliser des opé- ED 6177 – Travailler en sécurité
rations sur ou dans le voisinage des installations face au risque électrique.
électriques, l’habilitation électrique est maintenant ED 6187 – La prévention du risque électrique –
obligatoire après avoir suivi une formation adap- Textes réglementaires relevant du Code du travail.
tée. Prononcée par l’employeur, l’habilitation est Accessibles sur : www.inrs.fr
la reconnaissance de la capacité d’une personne

26 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

CONCEPTION ET MAINTENANCE
DES INSTALLATIONS
Le bon fonctionnement des entreprises est dépendant pour partie de la qualité
de leurs alimentations électriques, cette énergie étant devenue indispensable.
La conception des installations doit répondre à des règles précises contenues
dans les textes réglementaires et les normes qui formalisent les règles de l’art.
Mais cela ne suffit pas car la qualité de ces installations peut se dégrader,
du fait d’une maintenance déficiente. Les vérifications qui jalonnent la vie
d’une installation permettent de signaler les anomalies, afin que son utilisateur
y remédie préventivement.

A
vant 2010, la réglementation du tra- réalisées conformément à ces normes bénéficient
PATRICE
vail, les « décrets du 14 novembre » d’une présomption de conformité.
BUKISOW
(1962 1 et 1988  2
) ainsi que leurs Au nombre de sept, ces normes visent aussi bien
responsable
arrêtés d’application, imposaient des les installations basse tension que les installa-
technique
solutions techniques aux utilisateurs tions haute tension. Par exemple, la NF C 15-100 5
du domaine
des installations. À la suite de l’introduction dans concerne les installations à basse tension. Les pres-
« Installations
le Code du travail de quatre décrets publiés en criptions contenues dans cette norme reprennent
électriques »
2010, de nouvelles règles de prévention s’im- de façon générale les textes des documents
pour Consuel
posent, d’une part, aux maîtres d’ouvrage 3 pour la d’harmonisation ou des normes internationales.
et conseiller
conception et la réalisation des installations élec- Le respect des prescriptions de cette norme est pri-
technique
triques, d’autre part, aux employeurs qui utilisent mordial pour assurer la prévention du risque élec-
en électricité
ces installations et en assurent les vérifications. trique et, en particulier, pour la protection contre :
pour le
• les chocs électriques ;
ministère
Les règles actuelles • les brûlures d’origine électrique ;
du Travail
Les règles de conception sont rédigées dans le • les risques d’incendie et d’explosion ;
respect des principes généraux de prévention. • les surintensités ;
JEAN-LOUIS
Elles fixent des objectifs techniques à atteindre • les perturbations de tension et les perturbations
POYARD
de façon à prévenir les risques de chocs élec- électromagnétiques.
INRS,
triques (électrisation, électrocution), de brûlures, Le choix des dispositifs de protection est impor-
département
et les risques d’incendie ou d’explosion d’origine tant du point de vue de la sécurité des installa-
Expertise
électrique. tions et des personnes car ils doivent interrompre
et conseil
Les règles techniques portent principalement sur : un circuit lors de l’apparition d’un défaut, comme
technique
• la protection contre les chocs électriques par un défaut d’isolement, une surcharge ou un court-
contact direct ou indirect ; circuit. Par exemple, un disjoncteur doit être
• la protection contre les surintensités ; choisi en tenant compte de nombreux paramètres
• les dispositifs de coupure d’urgence ; que seul un professionnel peut maîtriser. En effet,
• les canalisations électriques (mode de pose) ; ce n’est pas seulement la section des conducteurs
• l’identification des circuits et des appareillages ; qu’il faut prendre en compte pour déterminer le
• le choix des matériels en fonction de la tension calibre : la règle des « cinq ampères par mm2 » est
et de l’environnement ; dépassée depuis longtemps car il faut prendre en
• les locaux à risque d’incendie ou d’explosion ; compte, en plus de la section, la nature du câble,
• les locaux de service électrique. son mode de pose… Il faut s’assurer également que
Ces règles renvoient à des normes d’installation le temps et le pouvoir de coupure du disjoncteur
pour leur mise en œuvre. sont en adéquation avec les caractéristiques de
l’installation protégée.
Les normes d’installation Pour les dispositifs sensibles aux courants diffé-
Les normes d’installation sont citées dans un arrêté rentiels résiduels, plusieurs facteurs sont égale-
du 19 avril 2012 4. Elles ne sont pas d’application ment à prendre en compte, comme la valeur de
obligatoire. Les installations électriques qui sont la résistance de la prise de terre ou l’impédance q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 27


SAVOIRS & ACTUALITÉS

INSTALLATIONS VÉRIFICATIONS QUAND OBJECTIF QUI


Lors de la mise en service Conformité aux
Initiale et après modification prescriptions Organisme accrédité
de structure réglementaires de sécurité
Périodiquement, tous les
un ou deux ans Maintien de la conformité Personne qualifiée
Permanentes
Périodique (sous conditions aux règles de santé appartenant à l’entreprise
définies par un arrêté et sécurité applicables ou organisme accrédité
du 26/12/2011)
Sur demande Sur demande de Conformité de tout ou
Organisme accrédité
de l’Inspection du travail l’Inspection de travail partie de l’installation
Organisme accrédité
Conformité et maintien
Première vérification, ou personne qualifiée
de conformité aux règles
vérification complémentaire, appartenant à l’entreprise
de santé et sécurité
vérification périodique annuelle en fonction de la taille
Temporaires applicables
du chantier

Sur demande Conformité de tout ou


Organisme accrédité
de l’Inspection de travail partie de l’installation

DTABLEAU de la boucle de défaut, mais également la division tion aux prescriptions de sécurité ou du maintien
Vérifications
réglementaires de l’installation afin de limiter les conséquences de la conformité aux règles de santé et sécurité
obligatoires.
d’un défaut, les perturbations électromagnétiques applicables.
de façon à limiter les risques de déclenchements
indésirables… Les composantes continues, qui sont Les vérifications : un acte de prévention
de plus en plus présentes dans les installations L’employeur est tenu de vérifier ou de faire vérifier
(variateurs de vitesse ou de lumière…) sont éga- les installations permanentes ou temporaires qu’il
lement à prendre en compte pour choisir le type utilise (Cf. Tableau). Pour les installations perma-
Une opération de protection. nentes, on distingue trois types de vérifications :
de maintenance
électrique Le fait de vouloir remplacer ou modifier un dis- • initiale, lors de la mise en service de l’installation
préventive de positif de protection est un travail de spécialiste. et après une modification affectant la structure
ventilateurs de Une installation ne se bricole pas. Les vérifications de l’installation (augmentation de la puissance du
désenfumage
du métro imposées par les textes réglementaires ont pour transformateur principal, création d’un atelier de
parisien. objectif de s’assurer de la conformité de l’installa- fabrication, par exemple) ;

© Gaël Kerbaol/INRS

28 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

•d es risques d’incendie et d’explosion ;


ENCADRÉ •de la protection contre les surintensités des
DÉFINITIONS canalisations et récepteurs ;
•de l’identification des différentes parties de
• Personne qualifiée l’installation.
Personne, entreprise ou organisme
Le contenu détaillé, ainsi que les méthodes à uti-
compétents dans le domaine
liser lors de ces vérifications, font l’objet d’un
de la prévention du risque électrique
arrêté du ministère chargé du Travail 9.
et connaissant les dispositions
réglementaires. Pour les installations temporaires, des disposi-
tions spécifiques ont été précisées par des arrêtés.
• Organisme accrédité
Ces vérifications peuvent être réalisées suivant le
L’accréditation est la procédure par laquelle
un organisme faisant autorité reconnaît cas par une personne qualifiée appartenant à l’en-
formellement qu’un organisme treprise ou un organisme accrédité par le Cofrac 10
ou une personne est compétent pour (Cf. Encadré).
effectuer des tâches spécifiques. Il existe d’autres types de vérifications, non obli-
En France, l’organisme accréditeur est le gatoires mais parfois demandées par les assureurs,
Comité français d’accréditation (Cofrac). comme par exemple, le contrôle par thermogra-
Fin 2017, on dénombre 131 organismes phie infrarouge. L’objectif de ce contrôle est de
accrédités dans le domaine de l’électricité. détecter les échauffements anormaux pouvant
entraîner une panne ou un départ de feu. Il se
matérialise par la délivrance d’un certificat Q 19.
• périodique  ;
• sur demande de l’Inspection du travail. Conclusion
Les vérifications initiales ont pour objectif de Bien conçue et bien entretenue, une installation
vérifier la conformité de l’installation aux pres- électrique ne présente pas de risque pour les tra-
criptions de sécurité. Elles doivent être réalisées vailleurs. Les opérations sur ces installations sont
par un organisme accrédité. cependant complexes et nécessitent de faire appel
Il est à noter que la vérification initiale est dif- à des professionnels. Le bricolage et l’improvisa-
férente des vérifications effectuées pour remplir
les imprimés «  Consuel 6  ». Ces imprimés accom-
tion ne sont pas de mise. •
1. Décret n° 62-1454 du 14 novembre 1962 portant
pagnent les attestations de conformité  7
, qui règlement d'administration publique pour l'exécution des
doivent être visées par le Consuel pour obtenir dispositions du livre 2 du Code du travail en ce qui concerne
la protection des travailleurs dans les établissements
du distributeur d’énergie électrique la mise sous qui mettent en œuvre des courants électriques.
tension d’installations nouvelles. L’étendue des 2. Décret n° 88-1056 du 14 novembre 1988 pris pour
vérifications par le Consuel ne couvre ni les appa- l'exécution des dispositions du livre II du Code du travail
reils amovibles, ni les aménagements spécifiques (titre III : Hygiène, sécurité et conditions du travail)
en ce qui concerne la protection des travailleurs
de l’activité professionnelle. dans les établissements qui mettent en œuvre
Les vérifications périodiques ont pour objectif de des courants électriques.
s’assurer du maintien de la conformité de l’ins- 3. Par « maître d’ouvrage », on entend la personne physique
tallation aux règles de santé et de sécurité appli- ou morale qui décide de réaliser l’installation et en assure
ou fait assurer le financement.
cables. Elles peuvent être réalisées soit par un
4. Arrêté du 19 avril 2012 relatif aux normes d’installation
organisme accrédité, soit par une personne qua- intéressant les installations électriques des bâtiments
lifiée appartenant à l’entreprise et dont la com- destinés à recevoir des travailleurs.
pétence est appréciée par l’employeur sur la base 5. Norme NF C 15-100 (version de septembre 2002)
d’un arrêté 8. Cette personne doit posséder une et amendements A1 à A5 « Installations électriques
à basse tension » (disponible auprès de l'Afnor).
formation juridique, technique, professionnelle et
6. Comité national pour la sécurité des usagers
en santé et sécurité, pratiquer régulièrement l’ac- de l'électricité.
tivité de vérification et être capable de rédiger les 7. Les installations neuves sont soumises aux dispositions
rapports correspondants. Il est préférable que ce prescrites par les articles D. 342-18 à D. 342-21 du Code
ne soit pas l’utilisateur habituel, qui pourrait s’être de l’énergie (contrôle des installations intérieures raccordées
au réseau public de distribution).
adapté à un fonctionnement dégradé.
8. Arrêté du 22 décembre 2011 relatif aux critères
Les vérifications portent, entre autres, sur les dis- de compétence des personnes chargées d’effectuer
positions vis-à-vis : les vérifications périodiques des installations électriques
• des risques de contact direct et indirect et, en et de mettre en œuvre les processus de vérification
des installations électriques temporaires.
particulier, du bon fonctionnement des disposi-
9. Arrêté du 26 décembre 2011 relatif aux vérifications
tifs sensibles aux courants différentiels résiduels, ou processus de vérification des installations électriques
de la continuité des conducteurs de protection, ainsi qu’au contenu des rapports correspondants.
de la valeur des prises de terre… ; 10. Comité français d’accréditation (www.cofrac.fr).

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 29


SAVOIRS & ACTUALITÉS

ASPECTS RÉGLEMENTAIRES
DE LA PRÉVENTION DU RISQUE
ÉLECTRIQUE SUR LES LIEUX
DE TRAVAIL
La réglementation du travail fixe les mesures de prévention applicables aux activités
professionnelles susceptibles d'exposer les travailleurs au risque électrique.
Elles concernent les maîtres d’ouvrage, lors de la conception et la réalisation
des installations, et les employeurs, qui assurent l’exploitation et la maintenance
des installations électriques.

L
a question de la prévention du risque de transport tels que les tramways, les métros et
ALINE
électrique dans les lieux de travail est les trolleybus) 4.
MÉNARD
une préoccupation ancienne du légis- Les domaines de tension sont définis dans l’article
INRS,
lateur. Déjà, en 1962, le ministère du R. 4226-2 du Code du travail (Cf. Tableau).
département
Travail avait publié un ensemble de Certaines mesures distinguent également les ins-
Études, veille,
textes, revu en 1988. Les règles actuelles sont tallations électriques permanentes des installa-
assistance et
désormais intégrées dans le Code du travail. tions électriques temporaires énumérées à l’article
documentation
Elles respectent la démarche de prévention initiée R. 4226-3 du Code du travail, telles que celles des
par la directive cadre européenne 89/391/CEE stands situés dans des champs de foire, des mar-
du Conseil du 12 juin 1989 et déclinée pour les chés, des parcs de loisirs, des cirques, des lieux
lieux de travail dans la directive 89/654/CEE du d'expositions ou de spectacle, des chantiers du
Conseil du 30  novembre 1989. Conformément à bâtiment ou encore des chantiers forestiers.
ces directives, le Code du travail s’articule autour Ces dispositions sont applicables aux employeurs
de prescriptions, d’une part, pour la conception et de droit privé, à toute personne placée sous l’auto-
la réalisation des installations qui relèvent de la rité de l’employeur (salariés, stagiaires), à certains
responsabilité du maître d’ouvrage  et, d’autre part, établissements publics et établissements de la
pour l’utilisation des installations qui s’imposent fonction publique hospitalière, ainsi qu’aux établis-
à l’employeur. Dans tous les cas, l’objectif de pré- sements relevant de la fonction publique d’État 5 et
vention consiste à « protéger de manière adéquate aux collectivités locales 6.
contre les risques d'accident qui peuvent être causés
par des contacts directs ou indirects » 1. Le rôle du maître d’ouvrage
Les règles de prévention du risque électrique ins- La prévention du risque électrique doit être
crites dans le Code du travail sont issues de quatre prise en compte le plus en amont possible, dès la
décrets de 2010, complétés par seize arrêtés et construction d’un bâtiment destiné à recevoir des
sont commentés dans une circulaire du ministère travailleurs ou lors du réaménagement d’un bâti-
du Travail de 2012 2. ment existant, avec ou sans permis de construire.
Il revient au maître d’ouvrage de concevoir et
Champ couvert par la règlementation réaliser les installations électriques des lieux de
Les mesures de prévention relevant du Code du travail en respectant les dispositions des articles
travail concernent les installations électriques des R.  4215-1 à R. 4215-17 du Code du travail.
lieux de travail, c’est-à-dire « l’ensemble des maté- En outre, la réalisation des installations électriques
riels électriques mis en œuvre pour la production, la selon les normes d’installation référencées par
conversion, la distribution ou l’utilisation de l’énergie arrêté 7 leur confère une présomption de confor-
électrique » 3. Toutefois, sont exclues de cette défi- mité aux dispositions réglementaires.
nition les distributions d’énergie électrique régies Afin de permettre à l’employeur d’assurer la main-
par la loi du 15 juin 1906 sur les distributions tenance des lieux de travail, le maître d’ouvrage
d’énergie (réseaux HTB de transport, réseaux HTA doit établir un dossier technique  8
décrivant les
et BT de distribution, installations de traction élec- installations réalisées et leurs caractéristiques.
trique utilisées pour le réseau ferroviaire, réseaux Ce dossier doit être transmis à l’employeur dans le

30 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

dossier de maintenance des lieux de travail, lors de


la prise de possession des locaux ou au plus tard,
dans le mois qui suit.

Obligations de l’employeur, utilisateur


des installations ou exploitant
Utilisation et vérifications des installations
électriques
Conformément aux articles R. 4226-1 à R. 4226‑21
du Code du travail, l’employeur doit mettre à la
disposition des travailleurs des installations élec-

© Gaël Kerbaol/INRS
triques conformes aux règles de conception et
les maintenir en état, assurer leur surveillance et
leur maintenance dans le respect des dispositions
concernant les opérations sur ou à proximité des
risques électriques.
En complément de l’entretien et de la maintenance Ainsi, lorsque les installations électriques sont Avant
des installations, l’employeur doit faire procéder situées dans des locaux ou emplacements pré- d'intervenir
sur un tableau
aux vérifications obligatoires des installations sentant des risques d’explosion, l’employeur doit électrique,
électriques permanentes et temporaires pour s’as- mettre en œuvre les mesures spécifiques à ces le technicien
surer de leur conformité. risques 13. Lors de la maintenance, des mesurages enfile des gants
adaptés et met
Les vérifications initiales des installations élec- ou essais, il doit délivrer une autorisation écrite et le système hors
triques permanentes, lors de leur mise en service donner des instructions aux travailleurs 14. tension.
ou lorsque leur structure est modifiée, doivent Dans les locaux à risques particuliers de choc élec-
être réalisées par un organisme accrédité à cet trique où la protection contre les contacts directs
effet 9. Les vérifications périodiques peuvent, pour est assurée par obstacle ou éloignement ou, pour
leur part, être effectuées soit par un organisme les installations en basse tension, la protection
accrédité, soit par une personne qualifiée de l’en- contre les contacts directs n’est pas obligatoire,
treprise. Le contenu et les modalités de ces vérifi- l’employeur doit signaler ces locaux et interdire,
cations ainsi que les compétences des personnes par des dispositifs matériels, leur accès aux per-
et organismes sont précisés par arrêtés 10. sonnes non autorisées 15.
Les modalités de vérification des installations
temporaires sont identiques à celles des instal- Protection des travailleurs exposés
lations permanentes. L'employeur doit toutefois au risque électrique
appliquer un processus de vérification spéci- q Évaluation de l’exposition des travailleurs
fique 11 et, selon la catégorie et le classement de effectuant des opérations sur ou à proximité
l’installation, faire appel à un organisme accrédité d’installations électriques
ou à une personne qualifiée de l’entreprise. L’exposition au risque électrique, dont découlent
L’employeur peut aussi réaliser des installations les mesures à mettre en œuvre, repose sur la défi-
électriques permanentes nouvelles ou des ins- nition des opérations exécutées par les travailleurs.
tallations temporaires, ou modifier la structure Selon l’article R. 4544-2 du Code du travail, elles
de certaines d’entre elles. Il doit alors se confor- comprennent :
mer aux règles de conception des installations • les opérations d’ordre électrique ou non réalisées
électriques 12. au voisinage d’installations électriques, c’est-
En outre, il convient de noter que des mesures par- à-dire dans une «  zone définie autour de pièces
ticulières sont prévues pour certaines installations nues sous tension dont les dimensions varient en
électriques (les installations de soudage électrique, fonction du domaine de tension  », détaillée dans
l’utilisation et le raccordement des appareils élec- l’arrêté du 9 juillet 2013.
triques amovibles, l’éclairage de sécurité) et pour Il est à noter que, au-delà de cette zone, les tra-
certains locaux à risques spécifiques. vailleurs ne sont pas considérés comme exposés

TENSION NOMINALE EFFICACE EN TENSION NOMINALE EN COURANT


INSTALLATION ÉLECTRIQUE
COURANT ALTERNATIF (Un) CONTINU LISSE (Un)
Domaine très basse tension (TBT) Un ≤ 50 Volts Un ≤ 120 Volts
Domaine basse tension (BT) 50 V < Un ≤ 1000 V 120 < Un ≤ 1500 V
Domaine haute tension A (HTA) 1000 V< Un ≤ 50 000 V 1500 V < Un ≤75 000 V GTABLEAU
Les domaines
Domaine haute tension B (HTB) Un > 50 000 V Un > 75 000 V de tension. q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 31


SAVOIRS & ACTUALITÉS

au risque électrique. Cependant, dans le cadre de q Habilitation et aptitude médicale


l’obligation générale de formation à la sécurité, ils des travailleurs chargés des opérations
pourront recevoir une information sur les risques sur ou au voisinage des installations électriques
électriques dans leur environnement de travail ; Seuls les travailleurs titulaires d’une habilitation
•
les opérations sur les installations électriques  : adaptée à la nature des opérations et aux types
d’une part, les travaux hors tension et sous ten- d’installations et reconnus aptes par le médecin du
sion, les manœuvres, mesurages, essais et véri- travail peuvent réaliser des opérations sur les ins-
fications exécutés dans les domaines haute et tallations électriques ou dans leur voisinage 18.
basse tension, d’autre part, les interventions dans Ces travailleurs doivent bénéficier d’un suivi indi-
le domaine basse tension. viduel renforcé. Dans ce cadre, un examen médical
Des normes précisent ces définitions et recom- par le médecin du travail est obligatoire pour s’as-
mandent les modalités d’exécution des opérations surer de leur aptitude médicale avant leur affecta-
sur les installations électriques ou dans leur voi- tion à ces travaux. Il doit ensuite être renouvelé au
sinage et les opérations sur véhicules et engins à plus tard tous les quatre ans.
moteur thermique, électrique ou hybride 16. L’habilitation que délivre l’employeur est désor-
Les opérations ainsi définies sont soumises aux mais une exigence du Code du travail. Elle néces-
dispositions des articles R. 4544-1 à R. 4544-11 site au préalable une formation théorique et
du Code du travail. pratique sur les risques dus à l’électricité et sur les
mesures de sécurité à respecter. Pour les travaux
q Respect de la démarche de prévention : sous tension, cette formation doit être assurée par
suppression ou réduction du risque des organismes agréés. La démarche d’habilitation
En application des principes généraux de préven- s’appuie sur les modalités techniques fixées par les
tion, l’employeur doit en priorité supprimer le normes NF C 18-510 pour les opérations sur les
risque électrique en s’assurant que : installations et NF C 18-550 pour les opérations
•les installations électriques sont mises hors sur véhicules et engins.
tension durant l’exécution d’une opération en
appliquant une procédure de consignation  / q Travaux interdits aux moins de dix-huit ans
déconsignation ; Les opérations sous tension sont interdites aux
• aucune opération d’ordre non électrique, à l’ex- jeunes. Il leur est également interdit d’accéder à
ception de celles qui concourent à l’exploitation et des locaux présentant un risque de contact avec
à la maintenance des installations, n’est réalisée
au voisinage de pièces nues sous tension.
des pièces nues sous tension. •
1. Directive 89/654/CEE du Conseil du 30 novembre 1989
À défaut, le risque doit être réduit autant que concernant les prescriptions minimales de sécurité et de
possible. santé pour les lieux de travail, point 3 des annexes I et II.
Si les conditions d’exploitation rendent dangereuse 2. Circulaire DGT 2012/12 du 9 octobre 2012
la mise hors tension des installations ou si cela est relative à la prévention des risques électriques.

techniquement impossible, l’employeur doit mettre 3. Article R. 4226-2 du Code du travail.

en œuvre des mesures de protection collective, 4. Art. R. 4226-4 du Code du travail.

telles que la protection par éloignement, par obs- 5. Art. 3 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 modifié.

tacle ou par isolation et, si nécessaire, mettre en 6. Art. 3 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 modifié.

place des mesures complémentaires de protection 7. Arrêté du 19 avril 2012 relatif aux normes d'installation
intéressant les installations électriques des bâtiments
individuelle. destinés à recevoir des travailleurs.
En outre, les travaux sous tension ne peuvent être 8. Art. R. 4215-2 et R. 4211-3 du Code du travail et
entrepris que sur un ordre écrit du chef de l’éta- arrêté du 20 avril 2012 relatif au dossier technique des
blissement où ont lieu ces travaux, justifiant de la installations électriques des bâtiments destinés à recevoir
des travailleurs.
nécessité de travailler sous tension.
9. Art. R. 4226-15 du Code du travail.
Les travaux au voisinage de pièces nues sous
10. Art. R. 4226-17 du Code du travail ;
tension, des domaines HTA ou HTB, doivent être
arrêtés des 21, 22 et 26 décembre 2011 et 30 avril 2012.
effectués sous la surveillance permanente d’une
11. Art. R. 4226-21 du Code du travail ;
personne habilitée, chargée de l’application des arrêtés des 22 et 26 décembre 2011.
mesures de sécurité. 12. Art. R. 4226-6 du Code du travail.
Enfin, il convient de noter que seules les personnes 13. Art. R. 4227-42 à R. 4227-54 du Code du travail.
habilitées peuvent pénétrer dans des locaux à 14. Art. R. 4226-8 du Code du travail.
risques particuliers de choc électrique. Toutefois, 15. Art. R. 4226-9 du Code du travail.
des personnes non habilitées peuvent y effectuer 16. Normes NF C 18-510 – janvier 2012 et NF C 18-550 –
des travaux d’ordre non électrique, à condition août 2015, référencées dans l’arrêté du 20 novembre 2017.
d’être placées sous la surveillance d’une personne 17. Art. R. 4544-6 du Code du travail.
habilitée 17. 18. Art. R. 4544-9 à R. 4544-11 du Code du travail.

32 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

LA FORMATION AU RISQUE
ÉLECTRIQUE : UN PRÉALABLE
NÉCESSAIRE À L’ HABILITATION
Dès lors que l’évaluation des risques met en évidence la possibilité de pouvoir entrer
en contact avec des pièces nues sous tension, la question de l’habilitation électrique
se pose. Pour l’obtenir, une formation préalable obligatoire doit être suivie.
Même si, dans la majorité des cas, l’employeur fait appel à un prestataire
pour la réaliser, son rôle n’en est pas moins important et sa responsabilité engagée.

M
ême si le mot «  habilitation  » Enfin, la norme NF C 18-510 de janvier 2012 6 a été
FRANCK
ne figurait pas dans le décret désignée comme norme de référence par un arrêté
LOMBARD
n° 88-1056 du 14 novembre 1988 ministériel 7. Cela fait donc près d’une trentaine d’an-
Carsat Centre-
modifié 1, relatif à la protection des nées que cette notion d’habilitation a été introduite
Val-De-Loire,
travailleurs dans les établissements dans le périmètre de la prévention du risque élec-
ingénieur-
qui mettent en œuvre des courants électriques, trique avec, toutefois, un renforcement plus récent
conseil à la
c’est dans ce texte réglementaire que sont appa- de l’idée qu’elle n’est pas une fin en soi, mais l’abou-
Direction
rus les principes fondateurs de l’habilitation élec- tissement d’une démarche pertinente et structurée
des risques
trique. À partir de cette date, les opérations sur les passant par une analyse rigoureuse du besoin.
professionnels
installations ne pouvaient être confiées qu’à des Toutefois, la complexité des textes, qui est souvent
personnes qualifiées et possédant une connais- une conséquence de la complexité des situations
sance des règles de sécurité en matière électrique. que les experts ont identifiées et ont souhaité trai-
De plus, l’employeur devait remettre à chaque tra- ter, conduit parfois à rendre difficile leur compré-
vailleur concerné un recueil des prescriptions. hension par un non expert et annihile le sens que
La circulaire DRT n° 89-2 modifiée 2 indiquait que le législateur voulait donner à la démarche. Force
la publication UTE3 C 18-510  4
constituait, pour est de constater que les employeurs, sur lesquels
l’établissement du recueil de prescriptions, « l’une repose la responsabilité du maintien de l’intégrité
des meilleures expressions des règles de l’art en la physique de leurs salariés, notamment par la mise
matière  » et que l’habilitation prévue dans cette en œuvre des principes généraux de prévention, s’y
publication concrétisait la reconnaissance, par l’em- perdent, quelquefois jusqu’à en oublier le bon sens
ployeur, que le travailleur concerné possédait « la nécessaire à la mise en œuvre de toute démarche
pleine connaissance des règles de sécurité à appli- de prévention, quel que soit le risque que l’on veut
quer pour éviter les dangers d’origine électrique ». traiter.
L’habilitation a trouvé, pour la première fois,
une signification régalienne lorsque le décret Formation préalable à l’habilitation
n° 2010‑1118 du 22 septembre 2010  5
, a intro- À l’exception du domaine des travaux sous tension,
duit dans le Code du travail l’article R. 4544-9 la formation préalable à l’habilitation électrique
qui indique que «  les opérations sur les installa- peut être dispensée soit par les moyens propres
tions électriques ou dans leur voisinage ne peuvent de l’employeur (formation interne), soit sous-trai-
être effectuées que par des travailleurs habilités.  » tée par exemple à un organisme de formation. Il est
L’habilitation est prononcée par l’employeur et important de souligner qu’il n’existe pas, à ce jour,
l’article R. 4544-10 indique qu’ « avant de délivrer de dispositif permettant d’encadrer ces formations
l’habilitation, l’employeur s’assure que le travailleur a afin d’en garantir la qualité. Ni label, ni agrément, ni
reçu la formation théorique et pratique qui lui confère habilitation ne sont requis pour dispenser les for-
la connaissance des risques liés à l’électricité et des mations en prévention des risques électriques du
mesures à prendre pour intervenir en sécurité lors domaine hors tension, à l’inverse du domaine sous
de l’exécution des opérations qui lui sont confiées ». tension (Cf. Encadré 1).
Ce même texte a précisé, dans l’article R. 4544-10, Aussi, lorsque le calendrier impose une mise à
que l’employeur doit remettre à chaque travailleur niveau (recyclage), ou des formations initiales, les
un carnet de prescriptions. employeurs se tournent, dans la majorité des cas, q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 33


SAVOIRS & ACTUALITÉS

vers des experts tels que les organismes de forma- Beaucoup plus rarement, les questions visent un
tion ou les organismes institutionnels de prévention objectif de résultat en termes de prévention du
par exemple. risque d’accident d’origine électrique grâce, entre
Les questions posées par les employeurs au réseau autres, à une formation de qualité et adaptée au
Assurance maladie – Risques professionnels (AM‑RP : besoin.
Cnam/DRP, Carsat/Cramif/CGSS, INRS, Eurogip), sou- Tels que définis dans la norme NF C 18-510, les
vent pertinentes, répondent à un besoin ponctuel. périmètres des opérations, les limites des zones
Mais lorsqu’on approfondit par un jeu de questions d’environnement, le rôle des acteurs, les mesures
complémentaires, on remarque fréquemment que la de prévention, etc., sont autant d’informations qui
démarche de réflexion n’a pas été conduite comme répondent à des situations de terrain bien identifiées
elle aurait dû l’être, et que des raccourcis ont été pris au départ. Mais les clés de lecture sont parfois diffi-
pour atteindre la finalité de premier niveau, à savoir ciles à détecter ou encore, la conjonction des situa-
fournir le titre d’habilitation, qui semble constituer, tions rencontrées peut conduire à une variété de
à lui seul, le « sésame » de la protection juridique, réponses possibles, alors qu’on espérait une réponse
la réponse unique et indispensable aux exigences simple et universelle.
réglementaires. La finalité de la réflexion, du point De fait, les employeurs devraient raisonnablement
viser un périmètre d’habilitation à spectre large, afin
de couvrir un plus grand nombre de situations, allant
même au-delà du besoin. Dans le meilleur des cas, ils
ENCADRÉ 1
se tourneront vers un organisme de formation com-
L’AGRÉMENT DES ORGANISMES DE FORMATION
pétent qui saura leur apporter les conseils utiles et
POUR LES TRAVAUX SOUS TENSION
nécessaires et sera en capacité de proposer une for-
« Tout travailleur qui effectue des travaux sous tension mation de qualité et adaptée. À l’opposé, ils pourront
est titulaire d’une habilitation spécifique délivrée par l’employeur avoir affaire à un organisme bien moins scrupuleux,
après l’obtention d’un document délivré par un organisme qui répondra à la demande et ajustera sa proposition
de formation agréé attestant qu’il a acquis les connaissances
pour bénéficier de la commande à tout prix.
et les compétences nécessaires »*.
L’instruction technique des demandes d’agrément est réalisée
Vers un référencement des organismes
par l’Organisme des travaux sous tension sur les installations
électriques (ORG TST-IE**). L’agrément est prononcé
de formation
par le ministère du Travail au vu du rapport technique établi Pour faire face à la double difficulté des
par l’ORG TST-IE et après avis du Conseil d’orientation des employeurs, d’une part, de ne pas forcément
conditions de travail (COCT). maîtriser les normes et en particulier la norme
* Article R. 4544-11 modifié par le décret n° 2016-1318 du 5 octobre 2016 NF C 18-510 et, d’autre part, de ne pas forcément
relatif aux opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage. avoir de visibilité sur les compétences des presta-
** www.orgtst-ie.fr
taires qui proposent des formations préalables à
l’habilitation électrique, certains services de pré-
vention ont souhaité référencer des organismes à
de vue du réseau AM-RP, poursuit un but plus ambi- partir d’un cahier des charges spécifique. C’est le
tieux 
: inciter les entreprises à mener et piloter cas de la Carsat Centre— Val de Loire qui, sur la
une véritable mise en œuvre de la prévention des base de critères d’éligibilité rigoureux puis d’enga-
risques. gements réciproques, référence des organismes
de formation et propose une liste en libre accès
Viser un périmètre d’habilitation large aux entreprises de la région. Les critères portent
En général, les questions des employeurs aux pré- sur la structure administrative de l’organisme,
venteurs visent souvent un objectif de moyens, à les connaissances et les compétences techniques
savoir être en phase, d’un point de vue réglemen- et pédagogiques des formateurs, les formations
taire, en aboutissant rapidement à l’habilitation : proposées qui doivent respecter les programmes
• quelle est la durée de formation pour un chargé de tels qu’ils figurent dans les normes en vigueur, les
travaux basse tension, pour un chargé de consi- modèles de documents échangés avec les entre-
gnation basse tension ? prises, qui doivent permettre à l’entreprise de
• mon salarié ne fait que des opérations en télépho- valider le besoin et de pouvoir s’assurer de la
nie. Est-ce que je suis obligé de l’habiliter ? Quel est cohérence entre le besoin et la prestation fournie,
le texte qui le dit ? etc.
• j’habilite 150 personnes qui réalisent des tests Il est à noter que les entreprises sont libres de choi-
électriques. De cette façon, je suis couvert, mais sir les prestataires indépendamment de cette liste
cela reste lourd à gérer. Est-ce que je peux réduire d’organismes référencés. Toutefois, il leur est offert,
le temps de formation ? par le biais de cette démarche, la possibilité de
• etc. recourir à des organismes qui s’engagent à proposer

34 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

des formations d’un niveau jugé suffisant et s’inscri- de l’exécution des opérations qui lui sont confiées,
vant dans une démarche raisonnée et de bon sens. avant de délivrer l’habilitation. Son implication en
amont est aussi incontournable que sa responsa-
La responsabilité de l’employeur bilité est engagée.
Même si, dans la majorité des cas, un employeur fait La norme NF C 18-510 de janvier 2012 aborde pré-
appel à un expert pour apporter des réponses à un cisément le champ de la formation préalable à l’ha-
besoin d’habilitation et de formation, son rôle n’en bilitation électrique dans son article 5, qui stipule
est pas moins important et sa responsabilité reste que « les actions de formation peuvent être assurées
engagée dans la définition du besoin, au regard des par l’employeur, confiées à un organisme extérieur ou
missions qu’il confie à ses salariés et que lui seul être réalisées en combinant ces deux options ».
connaît. Si l’employeur décide d’encadrer la formation par
Rappelons que c’est bien à l’employeur qu’il ses propres moyens, il est vivement recommandé
revient de s’assurer que le travailleur a reçu la qu’il dispose des ressources et des moyens suffi-
formation théorique et pratique qui lui confère la sants pour pouvoir s’assurer que les personnels pos-
connaissance des risques liés à l’électricité et des sèdent les connaissances et les compétences pour
mesures à prendre pour intervenir en sécurité lors travailler en sécurité face au risque électrique.

ENCADRÉ 2
LA DÉMARCHE D’HABILITATION
Étape 1 – Analyse de l’activité
Étape 2 La première étape de la démarche consiste à répertorier
Étape 1
Compétences et aptitude l’activité qui sera confiée au travailleur. Cette analyse
Analyse de l’activité
à réaliser les tâches
d’activité doit être la plus précise possible. Elle facilitera,
entre autres, le dialogue employeur – formateur.

Étape 2 – Prise en compte des compétences et aptitudes


du travailleur devant être habilité
Cette deuxième étape consiste à évaluer, d’une part,
les compétences techniques du travailleur et, d’autre part,
Étape 3 NON
les aptitudes du travailleur.
Adéquation ?
Étape 3 – Adéquation entre activité, compétences
OUI et aptitudes
Une fois les étapes 1 et 2 réalisées, il faut s’assurer
qu’il y a bien adéquation entre l’activité envisagée,
Étape 4
Formation préalable les compétences techniques du travailleur et ses aptitudes
à l’habilitation à exécuter en sécurité les opérations.
(théorique et pratique)
Pour progresser efficacement et formaliser
les étapes 1 à 3 de la démarche, la brochure ED 6127
(INRS) propose une trame en vue de tracer les éléments
à recueillir et de faciliter les échanges avec le formateur.
NON Étape 5
Avis positif du formateur ? Étape 4 – Formation préalable à l’habilitation
Le choix de la formation dépend directement des étapes
précédentes et comprend une partie théorique
OUI
et une partie pratique.

Étape 5 – Avis du formateur


Étape 6
Habilitation À l’issue de la formation, le formateur rédige
un « avis après formation » et le remet
à l’employeur et à l’apprenant.

Étape 6 – L’habilitation
Étape 7 L’habilitation est délivrée par l’employeur.
Remise en cause NON
de l’habilitation ?
Elle est formalisée par un titre d’habilitation.

Étape 7 – Remise en cause de l’habilitation


OUI L’habilitation doit être remise en cause à échéance
prédéterminée et, en cas de modification de l’installation,
d’évolution des méthodes de travail, de changement
d’affectation du travailleur habilité…

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 35


SAVOIRS & ACTUALITÉS

Cela suppose non seulement une réelle capacité à normes de référence avec le concours d’experts
mettre en œuvre les principes tels que présentés du réseau. Parmi celles-ci, l’article 5 de la norme
dans la norme de référence, mais aussi à assurer NF C 18-510 6 intègre des principes de bon sens qu’il
la traçabilité des actions et à pouvoir justifier que faut lire et interpréter comme on l’envisagerait pour
les objectifs de moyens (formateurs compétents sur des risques plus « conventionnels », par exemple, le
le plan technique et pédagogique, plateforme tech- risque mécanique, le risque de chute de hauteur ou
nique pour réaliser les travaux pratiques…) et de encore le risque routier. La brochure INRS ED 6127 8
résultats (évaluation du besoin, adéquation, évalua- aide à comprendre la démarche à mener en vue de
tion de la formation…) ont été atteints. l’habilitation électrique et propose une succession
d’étapes à suivre rigoureusement (Cf. Encadré 2).

Conclusion
L’habilitation n’est pas un moyen de protection des
salariés et ne peut pas suffire à elle seule, mais elle
témoigne de l’apport de savoirs et de savoir-faire
dans le champ de la prévention du risque électrique.
C’est un élément des neuf principes généraux de
prévention, parmi lesquels on retrouve la formation.
Les autres principes de prévention sont abordés
© Patrick Delapierre pour l'INRS dans des normes de références et sont plus préci-
sément détaillés sous la forme de bonnes pratiques
pour supprimer ou réduire le risque électrique.
Ils doivent être pris en compte et surtout, mis en
œuvre avec bon sens.
Au-delà de l’habilitation électrique, l’employeur
doit maintenir en bon état de fonctionnement et de
conformité ses installations électriques. Il doit égale-
ment fournir les équipements de protection, collec-
Dans une salle Si l’employeur décide de confier la formation à un tifs et individuels, adaptés, en bon état et nécessaires
de formation organisme extérieur, il doit parfaitement définir à la mise en œuvre des bonnes pratiques de pré-
au poste HTA
(Un ≤ 50 000 V), son besoin au regard de la nature et de l’environ- vention du risque électrique. En outre, il doit veil-
un formateur nement des opérations qu’il souhaite confier à ses ler à la bonne mise en œuvre de l’ensemble de ces
explique une salariés, de l’évaluation des risques, etc. Il est établi principes de prévention et reconsidérer l’habilita-
des étapes de
la consignation que cette responsabilité lui incombe et que le choix tion dès que les conditions initiales, qui ont conduit
de poste. de l’organisme est important, dans la mesure où il à la délivrance du titre d’habilitation, s’en trouvent
délègue la formation. Il lui revient, avant de délivrer
l’habilitation, de s’assurer que le travailleur a reçu
modifiées et, a minima, une fois par an. •
1. Décret n° 88-1056 du 14 novembre 1988
la formation théorique et pratique qui lui confère pris pour l'exécution des dispositions du livre II
du Code du travail (titre III : Hygiène, sécurité et conditions
la connaissance des risques liés à l’électricité et des du travail) en ce qui concerne la protection des travailleurs
mesures à prendre pour intervenir en sécurité lors dans les établissements qui mettent en œuvre des courants
de l’exécution des opérations qui lui sont confiées. électriques.
2. Circulaire DRT n° 89-2 du 6 février 1989
Pour ce faire, l’organisme doit être capable de
relative aux mesures destinées à assurer la sécurité
démontrer, preuves à l’appui, qu’il a respecté le contre les dangers d'origine électrique dans les établissements
cadre des préconisations des textes qui font réfé- qui mettent en œuvre des courants électriques,
modifiée le 29 juillet 1994.
rence ainsi que les particularités et exigences de son
3. L’Union technique de l’électricité (UTE) était l’organisme
client, pourvu que ces dernières aient été correcte- français de normalisation électrotechnique.
ment formulées au départ. 4. Publication UTE C 18-510 de novembre 1988,
mise à jour en 2002 – Recueil d’instructions générales
de sécurité d’ordre électrique.
L’habilitation : une démarche rigoureuse
5. Décret n° 2010-1118 du 22 septembre 2010
La démarche globale d’habilitation est fondée sur relatif aux opérations sur les installations électriques
des principes de bon sens qui ne se distinguent ou dans leur voisinage.
pas de ceux que l’on met en œuvre pour d’autres 6. Norme NF C 18-510 (janvier 2012), relative aux opérations
sur les ouvrages et installations électriques et dans
risques plus évidents, car plus courants et visibles un environnement électrique – Prévention du risque électrique.
pour chacun. (Disponible auprès de l'Afnor).
Le réseau Assurance maladie – Risques profession- 7. Arrêté du 20 novembre 2017 relatif aux normes
définissant les modalités recommandées pour l’exécution
nels, qui accompagne les entreprises, s’est investi des opérations sur les installations électriques
de la question de la démarche d’habilitation, sous ou dans leur voisinage — Prévention du risque électrique.
l’égide d’Eurogip, en collaborant à l’élaboration des 8. ED 6127 (INRS) – L'habilitation électrique (voir p. 26).

36 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

LES ÉQUIPEMENTS
DE PROTECTION EN ÉLECTRICITÉ
Dernier rempart contre le risque électrique, les équipements de protection sont encore
méconnus et trop peu utilisés. Cet article présente les principaux équipements
de protection en électricité, et donne également des indications pour sélectionner
les équipements collectifs, les EPI et vêtements de travail adaptés aux caractéristiques
des installations. Il propose un focus particulier sur les EPI contre les arcs électriques.

L
e risque électrique est devenu un risque un obstacle résistant qui, du fait de sa présence et
CHRISTIAN
«  universel  » car, dans de nombreux de son dimensionnement par rapport à l’opération
ATLANI
métiers, les travailleurs y sont exposés. exécutée, empêche la personne de s’approcher des
société Catu,
Bien que la majorité des opérations sur pièces nues sous tension.
expert en
les installations électriques se fassent • Mise hors de portée par isolation : il s’agit de pla-
normalisation —
hors tension ou au voisinage de celles-ci, un inci- cer un dispositif ou un équipement composé de
règlementation
dent d’origine électrique peut survenir, par exemple matière isolante, dont les caractéristiques sont
à la suite d’un contact inopportun avec un conduc- déterminées par rapport à la tension nominale
BERNARD
teur nu, d’un non-respect des distances d’approche, des installations. Ce matériel est soit posé sur
PIERRON
d’une défaillance de matériel provoquant un arc la pièce sous tension, soit placé devant cette
société Sibille
électrique, etc. Dans ces cas, l’utilisation des équipe- pièce. Les caractéristiques du produit garan-
Fameca Electric,
ments de protection collective (EPC) ou individuelle tissent la protection de la personne, même si
expert en
(EPI) contre le risque électrique, par du personnel celle-ci touche la partie extérieure de l’isolation.
normalisation —
réalisant des opérations sur ou au voisinage des Parmi ces protections, on peut citer les barrières
réglementation
installations électriques, est nécessaire. et signalisations qui délimitent les zones dan-
et référent
Bien que la meilleure mesure de prévention soit gereuses, les protections isolantes telles que les
pour le groupe
la suppression du risque, obtenue par la mise hors protecteurs de conducteurs, les nappes et tapis
Novarc
tension, ce n’est pas toujours réalisable du fait de isolants.
l’environnement ou de la technologie des matériels. La normalisation a défini six classes électriques.
Dans ces cas, l’opérateur doit mettre en œuvre Les équipements de protection se référent tou-
des dispositions destinées à le protéger contre ce jours à l’une de ces classes (Cf. Tableau 1).
risque. On reconnaît un produit isolant répondant aux
Quand la mise hors tension n’est pas possible, deux exigences de sécurité aux points suivants  : la
risques sont à prendre en compte : classe électrique, le symbole «  double triangle  »
• le risque de choc électrique qui peut être à l’ori- (Cf.  figure  1) et la référence à la ou aux normes
gine d’électrisation ou d’électrocution ; correspondantes, si elles existent.
• le risque de court-circuit qui peut provoquer L’emploi, l’entretien, le stockage, la vérification
notamment des brûlures, par le phénomène et les limites d’utilisation de ces produits doivent
appelé l’ « arc flash ». tenir compte des prescriptions de la notice d’ins-
tructions du fabricant.
Les grands principes de protection
contre les chocs électriques Les équipements de protection collective
Le principe de protection repose sur ce que l’on En application des principes généraux de préven-
appelle la « mise hors de portée » qui se décline en tion, la protection collective est utilisée prioritai-
trois principes : l’éloignement, la pose d’obstacle ou rement à la protection individuelle.
la pose d’isolation. • Les tapis isolants ont pour but d’isoler l’opéra-
• Mise hors de portée par éloignement : il s’agit de teur du sol, afin qu’il ne soit pas traversé par un
maintenir la personne à une distance de sécurité courant électrique venant d’un retour à la terre
des pièces nues sous tension. C’est l’air contenu par les pieds, en cas de contact direct ou indirect.
entre la source de danger et l’opérateur qui pro- En plus de leur fonction isolante électrique, les
tège la personne. tapis peuvent avoir des caractéristiques complé-
• Mise hors de portée par pose d’obstacle : il s’agit mentaires, afin de permettre leur usage dans des
de placer entre la personne et la source électrique situations particulières. q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 37


SAVOIRS & ACTUALITÉS

un courant électrique, en cas de contact direct


CLASSE AC (V) DC (V)
ou indirect.
00 500 750
Il n’existe pas, aujourd’hui, de norme produit.
0 1 000 1 500 L’utilisateur doit de reporter à la notice du fabri-
1 7 500 11 250 cant qui a minima doit contenir : la référence et
2 17 500 25 500 marque du fabricant, la tension d’utilisation, les
conditions d’emploi.
3 26 500 39 750

4 36 000 54 000
Les équipements de protection individuelle
Tensions éléctriques AC = courant alternatif ; DC = courant continu. •L  es casques isolants ont pour but de protéger la
tête contre les risques de contacts directs avec
DTABLEAU 1 Le tableau des classes électriques
en fonction de la nature des courants et de leur tension. des pièces nues sous tension.
Ils doivent répondre à la norme NF EN 397 en
ce qui concerne les aspects mécaniques et, en
particulier, la protection contre les particules
en fusion. Les seuls casques isolants normali-
sés sont les casques de classe 0 conformes à la
norme NF EN 50365.
On reconnaît un casque répondant aux exi-
gences de sécurité aux points suivants : le mar-
quage CE, la référence aux normes NF EN 397 et
NF EN 50365, la classe 0 et le symbole double
triangle.
DFIGURE 1 Pictogramme normalisé
« approprié aux travaux sous tension – double triangle ». Il existe sur le marché des casques isolants tes-
tés à 20 kV, conformes à la norme américaine
ANSI  Z 89.1. Du fait de l’absence d’information
sur la tension maximale d’utilisation permise
dans la norme, la tension maximale d’utilisation
est de la responsabilité de l’employeur.
• L’écran facial (cf. Figure 2) a pour but de protéger
la face et les yeux contre les particules solides,
les rayonnements ultraviolets et les effets d’un
arc électrique limité aux intensités moyennes de
la basse tension. La matière en polycarbonate de
l’écran assure également une isolation en cas de
contact fortuit d’une pièce nue sous tension BT.
On reconnaît un écran facial répondant aux exi-
© SFE

gences de sécurité aux points suivants : le mar-


DFIGURE 2 Exemple de casque isolant avec écran facial. quage CE, la référence aux normes NF EN 166 et
NF EN 170 et le marquage des oculaires (le sym-
On reconnaît un tapis isolant répondant aux bole R 05 indique la résistance à l’arc électrique
exigences de sécurité aux points suivants  : la de court-circuit). Des écrans faciaux adaptés aux
référence à la norme NF EN 61111, la classe énergies des « arc-flash » sont présentés dans la
électrique et, le cas échéant, les catégories d’uti- suite de cet article.
lisation (C) et le symbole double triangle. • Les gants isolants ont pour but d’isoler les mains
• Les nappes isolantes ont pour but d’isoler l’opé- de l’opérateur de parties nues sous tension sur
rateur d’un contact fortuit dangereux avec une lesquelles ou à proximité desquelles il travaille.
pièce nue sous tension. Il est recommandé de En plus de leur fonction isolante électrique, les
ne pas s’appuyer sur une nappe isolante car ses gants peuvent avoir des caractéristiques com-
propriétés mécaniques sont faibles. plémentaires afin de permettre leur usage dans
On reconnaît une nappe isolante répondant des situations particulières (Cf. Figure 3). Il existe
aux exigences de sécurité aux points suivants : deux grandes familles de gants isolants :
la référence à la norme NF EN 61112, la classe - les gants ayant aussi une résistance méca-
électrique et, le cas échéant, les catégories d’uti- nique. Ils sont réalisés en matériau composite.
lisation (A, H, Z, M, R, C) et le symbole double Ils peuvent être utilisés seuls et possèdent une
triangle. tenue mécanique ;
• Les tabourets isolants ont pour but d’isoler l’opé- - les gants n’ayant que la fonction d’isolation
rateur du sol, afin qu’il ne soit pas traversé par électrique. Ils sont réalisés en élastomère.

38 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

indirect. Elles peuvent remplacer le tapis isolant


pour les classes 00 à 4, dans la mesure où la per-
sonne reste toujours debout. La chaussure iso-
lante n’assure pas de protection si la personne
est à genoux.
On reconnaît une chaussure isolante répon-
dant aux exigences de sécurité aux points sui-
vants : le marquage CE, la référence à la norme
NF EN 50321‑1, la classe électrique (00 à 4), le
symbole double triangle, la norme de constitu-
tion de la chaussure (NF EN ISO 20345, 20346
ou 20347) et son marquage associé.
• Les vêtements isolants ont pour but d’isoler
l’opérateur d’un conducteur sous tension. Bien
que peu utilisés en France, ces vêtements ont
des propriétés isolantes dans le domaine de la
classe 00 uniquement. Leur utilisation est à envi-
sager dans des enceintes exiguës conductrices.
© Patrick Delapierre pour l'INRS

On reconnaît un vêtement isolant répondant


aux exigences de sécurité aux points sui-
vants : le marquage CE, la référence à la norme
NF EN 50286, la classe électrique 00, la désigna-
tion de taille suivant EN ISO 13688 et le symbole
double triangle.
DFIGURE 3 Gants de protection contre le risque électrique.

Les autres équipements de protection


Plusieurs autres équipements contribuent à la
prévention du risque électrique. Ils sont mis en
œuvre soit pour sécuriser l’opération, soit lors du
déroulement des travaux. Parmi ces équipements,
on trouve :
• les outils isolants à main, conçus pour ne pas
mettre leur utilisateur en contact avec une partie
conductrice et pour empêcher la formation d’arc
électrique lors des opérations électriques. Dans
cette catégorie, on trouve aussi les outils isolés,
destinés à protéger les opérateurs ;
• les vérificateurs d’absence de tension ou dispo‑
sitifs de vérification d’absence de tension sont
des détecteurs de tension conçus spécifiquement
DFIGURE 4 Pictogramme normalisé indiquant
la résistance mécanique d’un gant. pour vérifier en toute sécurité l’absence de ten-
sion nominale dans les zones où l’opérateur doit
Du fait de leur fragilité mécanique, ils doivent intervenir. Ils sont communément appelés dispo-
être utilisés avec des sur-gants en cuir siliconé, sitifs de VAT (Cf. Figure 5) ;
afin de les protéger des agressions mécaniques • les perches isolantes sont conçues pour isoler
inhérentes à l’opération. l’opérateur des pièces nues sous tension pendant
On reconnaît un gant isolant répondant aux exi- les opérations où le contact est réalisé. En dehors
gences de sécurité aux points suivants : la réfé- des travaux sous tension, elles servent principa-
rence à la norme NF EN 60903, la classe électrique lement aux manœuvres, à la détection de ten-
et, le cas échéant, les catégories d’utilisation (A, H, sion, aux mises à la terre et en court-circuit, au
Z, M, R, C) et le symbole double triangle. remplacement de fusibles ou aux mesures de
Les gants composites ayant une caractéristique hauteur ;
de tenue mécanique contrôlée, ils sont identifiés • les perches à corps sont conçues pour isoler
en supplément par un symbole (Cf. Figure 4). l’opérateur lorsqu’il est nécessaire de dégager
• Les chaussures isolantes ont pour but d’isoler une victime ou d’écarter une pièce sous tension ;
l’opérateur du sol, afin qu’il ne soit pas traversé • les équipements portables de mise à la terre et
par un courant électrique venant d’un retour à en court-circuit protègent l’opérateur contre le
la terre par les pieds, lors d’un contact direct ou risque l’électrisation ou d’électrocution à la suite q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 39


SAVOIRS & ACTUALITÉS

à l’intérieur de l’équipement, la personne est pro-


tégée. Si le matériel est ouvert pour une raison
quelconque, la protection n’est plus assurée car le
confinement est modifié. Par ailleurs, dans beau-
coup d’installations électriques, il existe des maté-
riels non protégés et, en cas de court-circuit, la
personne doit être protégée.

Comment se protéger ?
FIGURE 5Q
Dispositif de Il existe sur le marché des vêtements, écrans
vérification
faciaux, casques et gants qui sont capables de
d’absence
de tension. protéger les personnes. Ces équipements sont

© CATU
calibrés par rapport à une énergie dissipée en un
point donné. La difficulté est de correctement ana-
lyser et quantifier le risque, afin de bien choisir
les équipements de protection adéquats.
La prise en compte de ce risque et le dévelop-
pement des matériels sont récents en Europe.
Aujourd’hui, de nombreux travaux sur la caractéri-
sation des équipements sont en cours. Pour déter-
miner le comportement d’une protection vis-à-vis
de l’arc flash, il existe à ce jour deux méthodes
d’essais conduisant à des solutions quasi équi-
valentes : la méthode dite de «  l’arc libre  » et la
méthode dite « à la boîte ».
La méthode dite de «  l’arc libre  » correspond à
un arc se dissipant dans l’air sans contrainte
(Cf.  Figure  7). Elle simule un incident sur un
ouvrage de transport ou de distribution d’élec-
tricité. Du fait de l’environnement complètement
ouvert, l’énergie se dissipe sur toute la sphère
autour du court-circuit. Parmi ses avantages, la
méthode de « l’arc libre » est plus précise sur le
niveau de protection, plus proche de la réalité en
termes de risque thermique et adaptée aux très
© Novarc

FIGURE 6Q
hauts niveaux d’énergie.
Équipement
de mise à la terre. La méthode dite «  à la boîte  » (box test) cor-
respond à un arc confiné et dirigé (Cf. Figure 8).
d’un retour de tension, qui peut provenir soit Elle reproduit un incident dans une cellule de poste
d’une source réalimentant le circuit, soit de la de transformation, une armoire ou un endroit
tension issue d’un couplage capacitif ou inductif confiné. Du fait de ce confinement, l’espace autour
(Cf. Figure 6). du court-circuit n’est pas libre et l’énergie inci-
dente arrière est renvoyée vers l’avant, donc en
L’ « arc flash » général vers l’opérateur. La méthode « à la boîte »
L’arc électrique ou arc flash est la résultante d’un est plus représentative en situation d’armoires
court-circuit électrique conduit dans l’air. Il s’agit basse et haute tension. L’évaluation du niveau de
d’un violent dégagement d’énergie thermique pro- protection est limitée et donne un classement de
venant d’une source électrique, pouvant entraîner produits en deux classes uniquement (voir cha-
des blessures irréversibles, telles que des brûlures pitre suivant). Ces classes ne sont pas adaptées
provoquées par l’énergie thermique, des lésions aux hautes énergies d’arc.
oculaires et des éblouissements provoqués par
l’intensité lumineuse, ou encore des lésions pro- Marquage des équipements
voquées par un souffle. Ces deux méthodes conduisent à des marquages
Plusieurs situations peuvent se présenter différents.
lorsqu’une personne travaille près de ou sur une • Pour la méthode de « l’arc libre », le résultat est
installation électrique. Si le matériel électrique exprimé par une valeur d’énergie en cal/cm² à
dans l’installation est entièrement protégé contre l’aide d’une valeur d’arc assignée, exploitée sui-
les conséquences d’un court-circuit se produisant vant une méthode de calcul, à laquelle résiste

40 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

l’équipement testé. Sur les produits actuels, les


niveaux vont de 4 à 100 cal/cm². La future norme
NF EN 61482-1-1 proposera trois méthodes
d’évaluation des énergies relativement proches :
la méthode ATPV (Arc Thermal Performance
Value), la méthode ELIM (Incident Energy LIMit)
et la méthode EBT (Breakopen Threshold Energy).
La méthode ELIM est celle qui a été retenue dans
la directive européenne sur les équipements de
protection individuels.
On reconnaît un équipement protégeant contre
l’arc flash et répondant aux exigences de sécu-
rité aux points suivants : le niveau de protection

© CATU
exprimé en cal/cm² suivant la méthode ELIM, le
pictogramme normalisé protection contre l’arc
flash, le marquage CE et la référence à la norme DFIGURE 7 Dispositif de test pour la méthode dite de « l’arc libre ».

produit NF EN  61482-2. D’autres marquages


optionnels peuvent également être présents.
• Pour la méthode dite «  à la boîte  », le résultat
est exprimé par une classe de protection qui
correspond à une énergie, exprimée en kJ/m²,
à laquelle résiste l’équipement testé. La norme
NF EN 61482-1-2 définit deux classes : la classe 1
(protection simple ou « protection de base ») qui
correspond à une exposition de 135 kJ/m², et la
classe 2 (protection renforcée) qui correspond à
une exposition de 423 kJ/m².
On reconnaît un équipement protégeant contre
l’arc flash et répondant aux exigences de sécu-
rité aux points suivants : la classe de protection
(classe 1 ou classe 2), le pictogramme normalisé
protection contre l’arc flash, le marquage CE et
la référence à la norme produit NF EN 61482-2.
D’autres marquages optionnels peuvent égale-
ment être présents.
Un symbole spécifique a été développé pour
identifier les produits protégeant contre l’arc GFIGURE 8
Dispositif de test
© CATU

flash (Cf. Figure 9).


pour la méthode
dite « à la boîte ».

Comment choisir une protection contre l’arc flash ?


La difficulté pour déterminer la protection adap-
tée contre l’arc flash réside dans le fait que les
produits sont spécifiés en quantité d’énergie et
qu’il est techniquement difficile de déterminer
un niveau d’énergie incident à partir d’éléments
physiques et de l’environnement. Aujourd’hui, des
groupes d’experts de la Commission électrotech-
nique internationale (IEC) travaillent sur le sujet
afin de mettre à disposition des outils facilitant
cette démarche.
Les étapes pour déterminer une protection effi-
cace face à un risque d’arc électrique sont les
suivantes :
• étape 1 : connaître les effets d’un arc, les limites de GFIGURE 9
sécurité et les conditions de travail avec ce risque ; Pictogramme
normalisé
• étape 2 : identifier les opérations et les lieux où il « protection
contre les effets
existe un risque potentiel d’arc électrique ;
thermiques de l’arc
• étape 3 : analyser le risque, sachant que l’énergie électrique ». q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 41


SAVOIRS & ACTUALITÉS

dégagée par l’arc peut être exprimée en :


— cal/cm² (valeur exprimée en ATPV, ELIM, EBT) ;
ENCADRÉ
— classe de protection 1 ou 2, correspondant à
QUELQUES ORDRES DE GRANDEUR une valeur en kJ/m² ;
En s’appuyant sur les documents existants et en particulier • étape 4 : sélectionner et porter des EPI adéquats ;
la norme américaine NFPA 70E, on peut donner les ordres • étape 5 : respecter les règles de sécurité, afin d’éli-
de grandeur* suivants : miner les dommages d’un arc électrique.
• risque 1 : 4 à 8 cal/cm² - Opérations à risque faible : Il existe des méthodes de calcul qui, à partir de la
– ouverture d’un sectionneur ou interrupteur sous capot connaissance du courant de court-circuit présumé
sur les tableaux ≤ 240 V AC ;
et du temps d’élimination des défauts, permettent
– ouverture de capot (accès à des parties nues sous tension)
de définir une énergie dissipée par le court-circuit,
sur des tableaux ≤ 600 V AC.
• risque 2 : 8 à 25 cal/cm² - Opérations à risque modéré : qui sera traduite en cal/cm² ou en kJ/m².
– ouverture /fermeture d’un sectionneur ou fusible sous Cette valeur déterminée doit être inférieure à celle
armoire fermée ≤ 600 V AC ; portée sur les équipements (Cf. Encadré).
– travail sur des circuits avec des pièces sous tension
≤ 240 V AC. Le marché actuel des EPI
• risque 3 : 25 à 40 cal/cm² - Opérations à risque élevé : On trouve actuellement des protections pour l’en-
– installation / désinstallation d’un sectionneur, portes semble du corps (Cf. Figures 10 et 10 bis). La plus
ouvertes, avec un disjoncteur à 600 V AC ;
courante et la mieux quantifiée est la protection du
– ouverture de capot (accès à des parties nues sous tension)
buste. En effet, les normes correspondantes à ce
avec des disjoncteurs à 1 000 V AC.
• risque 4 : 40 cal/cm² et au-delà - Opérations à risque extrême : type de protection existent (norme EN 61482).
– ouverture de capot (accès à des parties nues sous tension) Les autres équipements de protection sont en cours
avec des démarreurs moteur de 2,3 KV à 7,2 KV ; de normalisation. Il existe néanmoins des produits
– ouverture de transformateur de courant (TC) qui répondent à des normes américaines et à des
ou de potentiel (TP). spécifications fabricant pour les autres parties du
*Ces valeurs sont des ordres de grandeur s’appuyant sur les valeurs corps, par exemple concernant la protection de la
nord-américaines, où les puissances de court-circuit sont supérieures aux valeurs face ou de la main.
européennes. La transposition sur les installations françaises est à valider
au cas par cas.
On repère l’efficacité d’un écran facial de protection
contre l’arc électrique répondant aux exigences de
sécurité aux points suivants : le niveau d’énergie
exprimé en classe de protection 1 ou 2, la référence
à la spécification technique allemande GS-ET-29.
Pour la protection de la main, des essais ont mon-
tré que le couple gant isolant plus sur-gant de cuir
protège jusqu’à un « certain » niveau. À ce jour, les
essais pour quantifier les niveaux de performance
sont toujours en cours.

Conclusion
Bien que les EPI soient, dans la hiérarchie des
modes de protection, le dernier rempart pour la
protection des personnes, dans de nombreuses
situations, l’opérateur doit les utiliser pour pouvoir
effectuer les tâches en toute sécurité. Les fabri-
cants d’EPI poursuivent la recherche d’équipements
plus performants et plus ergonomiques. La norma-
lisation, conduite sous l’égide de la Commission
européenne, s’attache à qualifier les niveaux de
performance. Tous les ans, des progrès sont réalisés.
Il n’empêche que seul le choix de l’équipement
adapté et le bon usage de celui-ci donneront des
résultats sur le terrain. L’usage du bon équipement
doit rester une préoccupation quotidienne, parta-
gée à la fois par l’employeur, qui a la responsabilité
de mettre les équipements de protection à la dispo-
©Novarc

©CATU

sition de son personnel, et par le salarié (éventuel-


lement formé ou informé quant à leur utilisation)
DFIGURES 10 ET 10BIS Exemples de tenues contre les effets thermiques de l’arc. qui doit, dans son propre intérêt, les utiliser. •
42 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018
Dossier

IMPLICATION DE SOUS‑TRAITANTS :
RETOUR D’ EXPÉRIENCES
D’ UN RÉSEAU DE PRÉVENTEURS
La prévention ne se décrète pas. Bien que très organisée par la réglementation,
elle nécessite de prendre en compte certaines réalités de la vie des entreprises.
La collaboration et l’échange entre les différents acteurs favorisent la prise en compte
de ces réalités. Une approche partenariale mise en place entre donneurs d’ordre
et sous-traitants, sous l’impulsion d’EDF, a permis de mettre en commun l’expérience
de tous les participants et d’améliorer la prévention des risques. Après quatre années
de fonctionnement, les résultats sont encourageants.

D
ans certaines entreprises, la sécurité
VINCENT
est perçue comme une contrainte.
GUIGNARD
Pourtant, sécurité et rentabilité ne sont
ingénieur
pas antinomiques. Conscient de cette
exploitation
problématique, le groupe EDF a eu pour
et préventeur
ambition de permettre aux équipes internes et aux
sécurité
entreprises intervenantes de réaliser au mieux leur
du CIST,
mission, dans les meilleures conditions de travail
EDF-DPIT
et de vie au travail, avec comme cible « zéro acci-
dent » et « zéro impact » sur la santé. Cette ambi-
tion est fondée sur les principes suivants :
• la responsabilité ;
• l’engagement de tous les acteurs, donneurs
d’ordre et sous-traitants ;
• l’amélioration en continu ;
• le partage entre tous les acteurs.
L’objectif «  zéro accident  » nécessite non seule-
ment une organisation et des moyens, mais éga-
lement une implication quotidienne de la part des
entreprises et des salariés.
Il s’appuie essentiellement sur :
• la compétence et la vigilance collective et indi-
viduelle, qui sont les deux conditions indispen-
sables à la sécurité sur les chantiers ;
• l’expression de celles et de ceux qui sont confron-
tés directement ou indirectement à la réalité des
risques ;
• une forte exigence de sécurité, portée par une
organisation performante. Un engagement et une
© EDF

exemplarité portés par tous les acteurs ;


• un partage de l’information et une réactivité dans
la prise de décision ; sous-traitantes les phases de réalisation de ses
• la conviction que la sécurité améliore la perfor- chantiers, la fréquence des accidents ne peut
mance de l’entreprise. diminuer qu’en impliquant fortement les entre-
prises intervenantes. Un «  groupe préventeurs  »
Implication de tous les acteurs a donc été créé en 2013, sous l’impulsion d’EDF,
Le Centre d’ingénierie système transport (CIST) avec pour objectif essentiel la santé et la sécurité
(Cf. Encadré 1), confiant à un réseau d’entreprises des intervenants. q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 43


SAVOIRS & ACTUALITÉS

ENCADRÉ 1
LE RÔLE DU CIST
Le Centre d’ingénierie les savoir-faire du métier En France, le domaine
système transport (CIST), du transport (domaines d’intervention du CIST s’étend
pôle d’ingénierie et d’expertise des systèmes électriques de la sortie de l’alternateur
transport pour le groupe et des réseaux de transport). des producteurs
EDF, fait partie de la division L’unité compte aujourd’hui au gestionnaire du réseau
Production ingénierie 160 collaborateurs sur le de transport RTE
thermique et conjugue tous réseau français. (Cf. Figure ci-dessous).

GESTIONNAIRE
DU RÉSEAU
DE TRANSPORT
PRODUCTEUR

Thermique Nucléaire

w w w

© Valérie Causse pour l'INRS


Hydraulique
Énergies nouvelles
CIST
POSTES ET LIGNES
D’ÉVACUATION LIGNES ET POSTES
CENTRALES DE PRODUCTION DE TRANSPORT

Le tout est sous-tendu par une conviction forte : à ce réseau les personnes impliquées sur les
le professionnalisme développé collectivement aspects santé au travail, telles que préventeurs,
pour faire progresser durablement la prévention chargés de travaux ou de chantier, mais également
des risques professionnels et la protection de les dirigeants. Ces derniers doivent être convain-
l’environnement sur les chantiers, servira à la fois cus et s’engager sur des dispositions techniques et
la performance globale et celle de chacune des organisationnelles, par la signature d’une charte.
entreprises impliquées.
Fonctionnement du groupe préventeurs
Positionnement du CIST Réunis régulièrement à l’initiative du CIST, les
Afin de faire progresser la sécurité sur les chan- membres du groupe préventeurs mènent une
tiers, une approche partenariale, axée sur la réflexion commune sur les thèmes et problé-
concertation et l’échange, a été privilégiée en matiques sécurité. Chacun expose les difficultés
créant un réseau des préventeurs. Il a été proposé rencontrées, les bonnes pratiques, les solutions
aux entreprises sous-traitantes qui interviennent
sur les installations EDF, de participer à ce réseau
des préventeurs, sur la base du volontariat, pour
partager les informations, les bonnes pratiques ENCADRÉ 2
et les retours d’expériences, avec pour objectif la LISTE DES ENTREPRISES AYANT
diffusion de la culture de sécurité (Cf. Encadré 2). SIGNÉ LA CHARTE EN 2017
Le fonctionnement de ce groupe est souple : les ABB France, GE Grid Solutions SAS,
entreprises peuvent adhérer à une charte sécu- Bouygues Energies et Services,
rité et collaborer avec d’autres sociétés, au sein de CG Services Systemes France SAS,
groupes de travail thématiques réunissant les pré- Clemessy SA, Despagnet, Eqos Energie
venteurs, mais aussi des managers et des chargés Luxembourg SARL, ETPM, HTMS, Engie Ineo
de travaux ou de chantier. Postes et centrales, JST Transformateurs,
Ce réseau s’adresse aux entreprises spécialisées Nexans France, SDELCC, Prysmian Group,
SAG France, SEMI France, Serpollet, Setrel,
amenées à travailler dans les postes HTB (tension
Siemens, SPAC, Spie, Transfo Solutions
électrique supérieure à 50 000 V en courant alter-
Venissieux (TSV), Vinci Energie France –
natif et 75 000 V en courant continu). Piloté par
Omexon, Fournier Grospaud.
le CIST, il réunit des entités d’EDF, ainsi que des
entreprises intervenant sur ces postes. Participent

44 Hygiène et sécurité du travail – n°250 – mars 2018


Dossier

© EDF
éprouvées, etc. La qualité des échanges repose sur tion jusqu’au repli du chantier, ces étapes sont DFIGURE 1
Exemple de point
les principes suivants : illustrées permettant une appropriation rapide de vigilance
(ici, « mettre en
• la conviction de l’intérêt du groupe préventeurs ; de l’impact des actions menées (Cf. Figure 1). place le balisage
• la volonté de progresser ensemble, au-delà de la Le contenu de ce document dépasse le chantier et les moyens de
protection »).
vision donneur d’ordre / sous-traitant ; Haute Tension  B (HTB), l’approche par «  points
• le partage des expériences et bonnes pratiques d’arrêt » pouvant être appliquée à bon nombre de
dans un esprit bienveillant ; chantiers similaires.
• le travail commun sur les problématiques de Cette approche structurée autour des «  points
santé et de sécurité dans le but de faire évoluer d’arrêt  » doit provoquer la réflexion du chargé
tous les acteurs ; de travaux sur son chantier, sur chacune des huit
• l’engagement de chacun à être présent de manière étapes clés suivantes :
assidue aux réunions du groupe ; 1. préparer son intervention, pour s’assurer que
• le droit à la parole et le droit d’exprimer son les moyens mis en œuvre et les modes opéra-
opinion. toires permettent de prévenir les risques ;
2. valider le dossier technique, pour s’assurer de
Des outils pour diffuser les bonnes pratiques la présence de l’ensemble des documents néces-
Le groupe préventeurs est à l’initiative de diffé- saires (plan de prévention, attestation de consi-
rents outils d’information, de communication et gnation, plan de mise à la terre, les plans de la
de formation. Élaborés en commun par les parti- zone de travail…) ;
cipants, ils répondent à des problématiques iden- 3. prendre possession des documents pour s’assu-
tifiées par le groupe et permettent le partage de rer, d’une part, que les titres d’habilitation sont
bonnes pratiques. valides et correspondent aux tâches à réaliser et,
Dans cette logique, le groupe, accompagné de d’autre part, que les principaux documents sont
l’INRS, a rédigé une brochure à destination du présents (attestation de consignation, plan de
chargé de travaux, reprenant tous les points de prévention…) ;
vigilance de sa mission en termes de préven- 4. vérifier la mise en sécurité avant de délivrer
tion des risques. De la préparation de l’exécu- une autorisation d’accès, par une visite commune q

Hygiène et sécurité du travail - n°250 – mars 2018 45


SAVOIRS & ACTUALITÉS

avec le chargé de consignation et la vérification des qualité des échanges ont permis de démontrer à
limites de la zone de travail ; l’ensemble des acteurs que la communication sur un
5. mettre en place la zone de travail et s’assurer chantier a des conséquences sur son déroulement et
avec le chargé de consignation des mises à la terre donc un impact fort sur la sécurité.
et des mises en court-circuit ; Par ailleurs, des outils de communication ont été
6. réaliser l’opération, en s’assurant au quotidien élaborés pour diffuser les messages du groupe pré-
de la bonne compréhension des tâches par tous les venteurs. À titre d’exemple, le groupe a réalisé des
intervenants ; films court métrage en choisissant un thème par an,
7. terminer l’opération, et interdire l’accès à l’ou- et avec différents témoignages des collaborateurs
vrage une fois que le travail est fini ; de terrain sur leur ressenti.
8. restituer l’ouvrage, après avoir réalisé une visite
avec l’exploitant et le donneur d’ordre. Des résultats encourageants
Outre la diffusion de documents techniques, la for- Depuis la mise en place de ce réseau, en 2013, une
mation est également identifiée comme un moyen baisse significative du taux de fréquence, passé
au service de l’objectif « zéro accident ». Partant du d’une valeur du Tfg 1 de 9 en 2012 à 0 en deux ans, a
constat que la qualité des échanges et de la com- été constatée (Cf. Figure 2). Conforté par ce résultat
munication entre les différents acteurs d’un chantier et conscient de la difficulté de maintenir ce niveau
peut avoir des conséquences sur son déroulement et de performance, le groupe préventeurs poursuit ses
travaux et développe des actions de communication
10 et de sensibilisation.
9,34
À la suite d’une évaluation par un collège d’experts
européen en sûreté et santé au travail, sur la base de
8
sept critères (bonnes pratiques, innovations, résul-
7,05 tats obtenus, simplicité, efficience, réplicabilité et
mise en œuvre), la démarche du réseau des préven-
teurs portée par le CIST a été récompensée par un
6
Safety and Health Award en 2016.
Ce prix, décerné par une association européenne
des producteurs d’électricité et de chaleur «  VGB
4
Powertech  » récompense les meilleurs projets ou
démarches qui contribuent à promouvoir et à amé-
2,19 liorer la sécurité et la santé au travail.
2

Actualités et perspectives
En 2017, les travaux du groupe préventeurs ont
0 0
notamment porté sur les sujets suivants :
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
• basse tension  : réalisation d’un document pour
définir les points clés que le chargé de travaux en
Tfg signature charte basse tension doit réaliser avant, pendant et après
son opération ;
DFIGURE 2 donc un impact fort sur la sécurité, un effort particu- • travaux en hauteur : après avoir étudié toutes les
Évolution du taux
de fréquence lier a été porté sur la communication dans le cadre normes, le groupe a formulé des conclusions qui
depuis 2012.
de l’activité professionnelle. seront applicables sur nos futurs chantiers ;
Un stage intitulé « Savoir-être et gestion du conflit », • document opérationnel : validation de deux docu-
animé par une psychologue du travail, a ainsi été ments (Instructions de sécurité pour mise en place
organisé. L’objectif de ce stage est d’être capable de MALT C/C (Mise à la terre en court-circuit) et
d’adapter son mode de communication au type Document d’accès pour des travaux électriques ou
d’interlocuteur et à la situation. Pour cela, le chef non électriques).
de chantier doit acquérir les bonnes pratiques en • travaux à proximité d’un appareil sous pression.
matière de communication, et des thèmes tels que Au vu des résultats du réseau, d’autres acteurs du
l’animation de la sécurité, le management d’équipe transport et de la distribution en électricité vont inté-
ou les relations commerciales sont abordés, au grer ce groupe, notamment Électricité de Strasbourg,
moyen d’exercices en groupe et de jeux de rôles. Le Enedis et RTE. La prévention avance, avec une col-
stage est également ouvert aux chargés d’affaires, laboration accrue entre donneurs d’ordre et entre-
dans le but de faciliter les échanges et la compré-
hension mutuelle des rôles et attributions de chacun.
prises intervenantes. •
1. Le Tfg est le taux de fréquence des accidents
La diversité des profils des stagiaires (qui reflète avec arrêt des agents EDF-CIST et prestataires
celle des membres du groupe préventeurs) et la qui travaillent pour le compte d'EDF-CIST.

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Dossier

FOCUS SUR… Quelques témoignages de membres


du groupe préventeurs

Denis Schmidt, responsable QSE, Spie-Thépault, responsables d’affaire juniors et des monteurs accé-
membre du groupe préventeurs. dant à la fonction d’encadrement chantier. Il en est de
Les activités de Spie-Thépault sont la réalisation et même pour la maîtrise du risque BT. Les « flashs sécu-
la maintenance des réseaux électriques HTB aériens, rité » transmis par EDF-CIST sont également diffusés à
souterrain et des postes de transformation, ainsi que toute l’entreprise.
des études techniques et environnementales pour ce
champ d’activité. Ces évolutions sont-elles mises en œuvre pour les tra‑
vaux effectués avec un autre donneur d’ordre ?
Jean De La Torre, responsable QSE, D. S. : Oui et non. Les bonnes pratiques sont bien sûr
Ineo – Postes et Centrales reprises et appliquées quel que soit le client, dès lors
Engie Ineo propose des solutions électriques et des qu’elles ont été intégrées et sont devenues naturelles
systèmes de communication et d'information pour les (et c’est déjà une belle réussite humaine), mais le cadre
villes et territoires connectés. Sa direction déléguée contractuel et les règles spécifiques de certains don-
Ineo Postes et Centrales est spécialisée dans l'étude, neurs d’ordre ne permettent pas toujours de réaliser
la construction, la maintenance et l'exploitation de exactement les choses de la même manière.
postes de transformation d'électricité à haute tension. J. D.L.T. : Effectivement, car EDF-CIST a donné comme
Ses principaux clients sont des producteurs et trans- directive de produire des livrables dont l’applica-
porteurs d'énergie. tion n’est pas liée à un client ou à un exploitant.
La réflexion est désormais commune, puisqu’elle intègre
Jean-Louis Poyard : La participation au « groupe pré‑ d’autres donneurs d’ordres (RTE et Enedis notam-
venteurs  » est une démarche volontaire. Quelle est ment), ce qui est un gage d’amélioration de la sécurité.
votre implication et quelles sont vos motivations ? Pour un même risque, les règles de prévention doivent
D. S. : Depuis le départ, j’étais convaincu que les échanges être identiques et les plus simples possibles pour être
entre préventeurs entreprises et le CIST, en toute trans- compréhensibles et efficaces.
parence, seraient d’une grande richesse, de par la diver-
sité de nos expériences et de nos points de vue. Cela Cette démarche est-elle bénéfique pour l’entreprise
ne pouvait se faire qu’en participant activement à la (les bénéfices pouvant sortir du champ de la santé au
démarche. De la discussion jaillit toujours la lumière. travail) ?
Nous ne nous sommes pas trompés ! Les réflexions et D. S. : De toute évidence, la démarche est bénéfique sur
groupes de travail menés ensemble ont permis de faire beaucoup de points. On ne peut bien sûr pas générali-
avancer la prévention et de mieux se comprendre les ser, mais certains comportements sur le chantier ont
uns les autres : CIST, entreprises et exploitants d’EDF. changé. Les dialogues se sont enrichis. L’approche de
J. D.L.T. : Bien que l’activité réalisée avec EDF-CIST sécurité « bienveillante » plutôt que « sanctionnante »,
soit marginale, les problématiques abordées nous a permis aux gens de terrain de s’approprier des gestes
concernent au quotidien. La multiplicité des acteurs, et des attitudes plus sécurisantes.
des points de vue et des propositions est source de Mais, en matière de sécurité, il faudra rester humble
montée en compétences pour tout le monde. Avoir su et ne jamais prendre pour acquis les résultats obtenus.
donner une dimension humaine au Groupe préventeurs Le véritable challenge est d’inscrire les actions et les
donne envie à chacun d’enrichir le débat et de faire le dialogues dans la durée en conservant toujours l’éner-
maximum pour être présent aux divers rendez-vous. gie et la volonté profonde de faire avancer les choses.
J. D.L.T. : Toute mise en commun du savoir, toute homo-
Quelles sont les principales évolutions apportées par généisation des interprétations quand la règle est floue,
cette démarche, pour vos équipes ? est automatiquement bénéfique à la communauté.
D. S. : Les équipes apprécient qu’un dialogue se soit éta- La non-maîtrise de la sécurité n’est pas acceptable
bli avec le client sur le domaine de la prévention et de en termes humains, fait perdre de l’argent, dégrade
la sécurité. Le niveau d’exigence attendu est élevé mais l’image de l’entreprise auprès du client et des salariés
il est maintenant étayé et expliqué. Les outils issus des présents ou potentiels. Travailler sur la sécurité, ce
groupes de travail sont des références sur lesquelles ils n’est pas faire respecter le port des EPI et les distances
peuvent s’appuyer. Le fait que ce soit un travail collabo- de sécurité, c’est déjà travailler sur l’organisation, la
ratif entre le client et l’entreprise y est pour beaucoup. préparation, l’anticipation et la communication. Ne pas
J. D.L.T. : Notre entreprise utilise certains livrables, oublier que la non-sécurité chronique est un des symp-
comme la plaquette terrain pour les formations des tômes d’un dysfonctionnement beaucoup plus large. •

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