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Actualités Malentendu islamo-chrétien ou malentendu entre chrétiens sur l’islam ?


par le Père Maurice Borrmans Forum
-Notes de lectures
jeudi 7 mars 2013
-Editorial de Gérard Leclerc Derniers commentaires :
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Derville Ministre (...) :
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incertain (Denis Lensel) - Le marais chrétien
Dites-moi pourquoi le P. Gallez, en son livre, ne cite rien du Document Nostra Aetate ? Est-ce faire - Osez être heureux
-Chroniques des honnêtes
œuvre d’Eglise ? Qui plus est, si vous lisez son livre (je l’ai fait, plume à la main), vous verrez qu’il - Chalet de la création / marché de
gens
ne propose rien de concret en vue du « dialogue de salut » dont il est trop souvent parlé. Je vous Noël de Mulhouse
-Aide à l’Église en Détresse offre la recension détaillée que j’en ai faite pour nos responsables d’Eglise. Je vous invite aussi à - RÉVEILLONS LES CATHOS 2013
-Œuvre d’Orient - PÈLERINAGE ET VOYAGE CULTUREL
prendre connaissance de mon livre Dialoguer avec les musulmans : une cause perdue ou une
EN POUILLES (sud de l’Italie), DU 16
-Le Journal de Gérard cause à gagner ? (Téqui, 2011), pour mieux connaître et comprendre mes sentiments et ceux de AU 23 MAI 2014
Leclerc ceux et celles qui sont engagés existentiellement dans ce dialogue depuis plus de 50 ans. En - Pèlerinage et voyage culturel en
-Gérard Leclerc dialogue toute amitié. Égypte
avec...
Père Maurice Borrmans
-L’article du jour

-Revue de presse Edouard-Marie Gallez, Le malentendu islamo-chrétien, Postface de Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Infos du Web :
archevêque d’Avignon, Paris, Salvator, 2012, 222 p. Delegation That Visits Pope:
-Spectacles - Expositions -
We Are Showing Religions
Musique Prêtre catholique de la Communauté Saint Jean, théologien spécialiste en histoire religieuse, Can Co-exist
-France Catholique, E.-M. Gallez est l’auteur d’une thèse importante qu’il a publiée sous le titre Le Messie et son Vers une véritable
pourquoi ? comment ? réconciliation à Chypre ?
prophète (Editions de Paris, 2005, 2 tomes) qui fait remonter l’islam à un « postchristianisme
Histoire et présent.
judéo-nazaréen », lequel serait contemporain des origines mêmes du christianisme. C’est au UNE AUTRE POLITIQUE
POUR L'ENFANT ET LA
Le magazine France- nom de son approche historico-critique qu’il met en cause le dialogue islamo-chrétien tel qu’il a FAMILLE !
Catholique été vécu depuis 50 ans : selon lui, il y aurait « urgence à changer de cap » car ce dialogue n’a
Web Site Ready for Pope's
jusqu’à présent produit aucun fruit, d’où le titre de ce livre, Le malentendu islamo-chrétien. On May Visit to Holy Land
Point spi
s’efforcera donc d’en résumer loyalement le contenu avant d’en proposer une évaluation sereine Tenderness of Love
Formation et critique pour un meilleur service de ce même dialogue.
Pope Francis: 'The Youth
Espace forum Selon l’Introduction (7-11), « nous sommes, dit l’auteur, face à un triple désert. Celui-ci fonde Are Waiting; We Can't Let
Them Down!'
l’affirmation fondamentale de l’islam : la révélation coranique ne doit rien ni au passé judéo-
France Catho-TV Magazine du 28 février
chrétien, ni à son messager présumé ; elle doit tout à Dieu. Pour lui, la raison humaine se trouve
Bloc-notes face à un dilemme. Ou bien on entre en harmonie avec une logique islamique a contrario, ou la
Boutique révélation coranique divine sert de conclusion en fonction de laquelle ses conditions
d’apparition sont imaginées (le triple désert) ; ou bien on cherche ce qui s‘est réellement passé
(selon la méthode historico-critique). Les protagonistes occidentaux des dialogues islamo-
chrétiens officiels ont fait indubitablement le premier choix. Ils espéraient en tirer des avancées ACTUALITÉS

en terme de rapprochement. Ces rapprochements se sont-ils réalisés, ou est-ce l’inverse qui


27 Fevrier 2014
s‘est produit ? » Le livre a pour but de prouver que c’est « l’inverse qui s’est produit ».
Aux évêques amis du Mouvement des
Focolari (27 février 2014)
Le ch. 1 (13-27) parle d’ Un dialogue islamo-chrétien en crise. Se fondant exclusivement sur les
propos de Benoît XVI à Assise, le 27 octobre 2011, et passant sous silence ce que Jean-Paul II a 26 Fevrier 2014
pu y dire, il insiste sur la nouveauté de « se retrouver ensemble en marche vers la vérité », Audience général du 26 février 2014

preuve de « la volonté (du Pape) de changer de cap », alors que « la seule volonté du pape et de 25 Fevrier 2014
quelques conseillers ne pouvait pas suffire à réorienter une pratique du dialogue érigée en Lettre aux familles (2 février 2014)
système de pensée depuis un demi-siècle, et à propos de laquelle il est permis de s’interroger :
25 Fevrier 2014
quels sont les fruits de cette pratique ? » Selon l’auteur, ils seraient inexistants et il n’y aurait pas «Motu Proprio» Fidelis dispensator et
eu de crise « si l’Eglise d’Occident avait gardé des liens vivants avec les chrétiens d’Orient. Le prudens (24 février 2014)

contexte des années soixante, dit-il, (expliquerait que les) structures de ‘dialogue’ dans l’Eglise 23 Fevrier 2014
latine (aient ajouté, à ce système de pensée), le dédain pour la recherche historique en Angélus, 23 février 2014
islamologie, (car) l’enthousiasme de la période postconciliaire prêtait davantage au rêve et à la
contestation qu’à une recherche rigoureuse ». Pour l’auteur, « la pensée théologique occidentale
a continué à s’enfermer dans des jeux d’abstractions et de spéculations, ce qui l’a amené à
penser que l’opposition séculaire entre l’islam et le christianisme proviendrait d’une
incompréhension mutuelle (tout en reconnaissant que), de fait, celle-ci était aussi réelle du côté | Nous contacter | Mode
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du clergé latin que du côté du musulman moyen ». Et d’accuser « les dialoguistes » de prendre | Plan du site | Espace privé |
d’emploi
pour argent comptant les affirmations islamiques et de manquer d’un « minimum d’honnêteté » | CGV | Copyright
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dans leur présentation de l’islam. Tout le chapitre est du même ton, avant d’affirmer que « les France Catholique 2011
intentions conviviales du ‘dialoguisme’ ont toujours été accompagnées d’un objectif théologique,
tel qu’il apparaît dans la théologie des religions : celle-ci forme indubitablement le cadre
idéologique des dialogues islamo-chrétiens. Cette pensée théologique s’est donnée ce nom et se
diffuse notamment dans les lieux de formation qui, en France, portent précisément le nom
d’Instituts de Science et de Théologie des Religions (ISTR), fondés en marge des Instituts
catholiques. Son projet est-il de discerner, par des études rigoureuses, ce qui serait bon dans
telle ou telle tradition religieuse, en faisant la part entre ce qui y serait marginal ou essentiel ?
Ceci n’est vraiment pas central dans cette théologie. Son propos apparaît bien davantage de
promouvoir les religions « autres » (que chrétienne) au rang de religions inspirées, voire
révélées ». Comme on le voit, l’accusation est grave, tout comme les affirmations du chapitre
s’avèrent infondées. Rien n’y est dit des études et des déclarations du Secrétariat (romain) pour
les Non Chrétiens, fondé en 1964, devenu le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interrreligieux
(CPDI), en 1988, telles celle de 1984, « Attitude de l’Eglise catholique devant les croyants des
autres religions » et celle de 1991, « Dialogue et annonce : réflexions et orientations concernant
le Dialogue interreligieux et l’Annonce de l’Evangile ». Sont passés sous silence le Rapport « Le
christianisme et les religions » de la Commission théologique internationale (1996) et
l’encyclique de Jean-Paul II, « Redemptoris Missio » (1990), alors que le document « Dominus
Jesus » est à peine effleuré. L’auteur semble enfin ignorer que le CPDI a toujours eu des
membres, consulteurs et experts tant d’Orient que d’Occident et que des Orientaux y ont eu la
charge du dialogue avec l’islam : François Abou Mokh (1975-1978), Antoine Mouallem (1979),
Martin Sabanegh (1980-1985) et Khaled Akasheh (1995 à nos jours). Le Père Gallez voudrait-il
intenter un procès d’intention tant aux hommes qu’aux institutions qui, depuis 1964, n’ont cessé
de correspondre aux textes de la Constitution « Lumen Gentium » (§ 16) et de la Déclaration
« Nostra Aetate » ( §3) dont nulle citation n’est faite en ce livre qui prétend résoudre la crise dont
souffrerait le dialogue islamo-chrétien ?

Le long ch. 2 (29-86) met en question L’élaboration du concept du ‘non-chrétien’. Il en faut


résumer la substance, après que le ton en ait été donné dans le ch. 1. Critiquant « un vieux désir
de classifier l’humanité », l’auteur considère qu’ « un tel concept négatif est complètement fictif ;
il est vide et conduit à trois impasses car conceptuellement, on en vient donc à scinder le bloc
des non-chrétiens entre ceux qui, dès cette terre, sont sauvés, et ceux qui ne le sont pas ». Et lui
d’égratigner l’encyclique « Ecclesiam Suam » de Paul VI (1964) dont il critique la répartition
religieuse de l’humanité et sa volonté d’évaluer les religions en fonction d’une « vision en
dégradé de (leur) contenu catholique ». Selon l’auteur, à la question : dialoguer « avec des gens
réels ou avec leurs systèmes de pensée présumés ? », la « théologie des religions » dont il récuse
les variantes, les méthodes et la finalité, a pensé plus judicieux de débattre de « leurs
systèmes ». Il critique, à juste titre, avec « le mythe de la violence religieuse », la fausse
attribution de celle-ci aux religions au nom d’une laïcité dont il constate qu’elle aussi ne garantit
ni la tolérance ni la convivialité. Affirmant, à propos du Concile Vatican II, que « cette manière
dialectique d’opposer le nouveau et l’ancien tente chaque génération chrétienne », il en illustre
la pleine réalisation dans « la dogmatique islamique » et dans « la dogmatique laïciste » (les
Lumières) qu’il considère comme étant les deux « postchristianismes » possibles, le
« messianiste » et le « gnostique ». Pour lui, l’histoire s’articulant autour de la Révélation
chrétienne, il y a donc « ce qui est préchrétien » et « ce qui est postchrétien » : aussi, dit-il,
« parer les adeptes de postchristianismes de valeurs et de vérités telles qu’elles existaient dans
le monde au temps des Apôtres, c’est se tromper gravement d‘époque » . Selon lui, une phrase
de « Lumen Gentium » (n° 16) offre une malheureuse ambiguïté en parlant alors de
« préparation à l’Evangile ». « Dès la fin du 1er siècle »,dit-il, les deux postchristianismes
fondamentaux se sont déjà structurés (les premières hérésies), celui de la gnose, spiritualiste et
individualiste » (salut personnel par soi-même) (relayée par tous les humanismes et laïcismes
contemporains) « et celui du messianisme » (ici, le mal à extirper n’est pas d’abord dans l’homme
individuel mais dans les structures du monde, d’où sa dérive politico-eschatologique) : pour
l’auteur, comme le démontrera sa thèse (ch. 6), l’islam en est la manifestation paragdimatique.
Et devant « l’impasse » qu’il attribue à « la théologie des religions (opposer le particularisme
supposé du Jésus historique à l’universalisme du Christ qui sauve) », il lui reproche de « fonder
son discours sur le pluralisme des voies de salut ».

Le ch. 3 (87-110) entend analyser la relation qu’il y a entre Salut personnel et présupposé
théologique. Il accuse « la théologie latine » de réduire le salut à un acte d’adhésion, qui devrait
être exprimé avant la mort. Il reproche à la « théologie des religions » « la sacralisation de
celles-ci » et s’étonne de voir tant saint Thomas d’Aquin que les cardinaux Journet et Cottier
admettre une foi implicite ou inchoative (« éclairage ambigu du thomisme, conception réductrice
et contradictoire de la foi »). Pour lui, « l’abandon des limbes » par Benoît XVI renvoie au mystère
d’un salut possible postmortem (« Le Christ est descendu aux enfers »). Oubliant que toute la
théologie le dit aussi, il rappelle que le Pape insiste sur « la ‘théologie de la rencontre’ avec le
Christ qui sauve, si bien que celui qui meurt rencontre Jésus dans la descente aux enfers qu’il a
vécue en son âme humaine (c’est le jugement particulier) et que pour ceux qui n’ont pas encore
rencontré le Christ, la vie terrestre n’est pas le lieu du salut mais celui de sa préparation, et la
providence n’en est pas absente » (en « cherchant » et en « faisant la vérité »). « En conclusion »,
dit l’auteur, « il ressort que le dialogue islamo-chrétien tel qu’il a été imaginé dans l’Eglise
occidentale se place dans un vieux contexte théologique étonnamment discutable, et qui ne la
préparait pas du tout au défi ‘interreligieux’, en particulier par rapport à l’islam, pour plusieurs
raisons : l’absence de réflexion sur les postchristianismes comme tels, le manque de rationalité
des raisonnements qui refusent de regarder sur quels présupposés ils sont bâtis, la mise à
l’écart des chrétiens orientaux », toutes choses qui auraient, selon lui, engendré « une
intelligentsia déjà prête à l’islamophilie » ! Mais comment peut-il lui reprocher un manque de
rationalité alors qu’il l’accuse d’avoir mis la foi au service de la raison et la Bible à la mesure de
l’exégèse ? L’accusant de « faire dépendre le salut d’une intentionnalité qui établirait un lien
imaginatif-mémoriel avec l’événement historique de la Passion », il oublie, à ce propos, tout ce
que dit le Concile Vatican II du salut en Jésus-Christ.

Le ch. 4 (111-124) s’en prend à Louis Massignon et aux « massignoniens » : Massignon et le


dialogue islamo-chrétien pratiqué par ces derniers seraient étroitement co-responsables de la
crise actuelle. Selon l’auteur, « la méconnaissance profonde de l’islam » est ce dont souffraient et
souffrent « les universitaires parisiens ou les clercs romains » ! Et d’attribuer « le rôle
déterminant » de L. Massignon à « une mystique fondée sur une expérience » (serait-elle
fausse ?) qui se cristalliserait en « trois commotions (Dieu juge, Dieu amour, Eglise mystico-
spirituelle attirant tous les hommes en son unité) », d’où sa vision d’ « une communion
‘mystique’ avec les musulmans, une communion pour le salut qui se placerait pour ainsi dire
au-dessus du christianisme et de l’islam : il l’exprimera dans l’idée de la paternité abrahamique,
supposée être commune entre chrétiens et musulmans ». N’ayant pas tout lu des livres qui
parlent de L. Massignon et n’ayant pas pris connaissance de tous ses écrits, l’auteur se contente
d’insister injustement sur les rapports étranges de L. Massignon avec Huysmans et Boullan et
sur leur doctrine du « rachat » humain des autres par la « substitution rédemptrice », ce qui est
bien mal comprendre L. Massignon lui-même, car c’est Jésus Christ qui est pour lui l’unique
compatient, sauveur et juge de l’heure ultime. Rien n’est dit de sa fraternité spirituelle avec
Charles de Foucauld, dont il se disait le disciple, et Jean-Mohammed Abd-el-Jalil, dont il était le
parrain. Et peut-on l’accuser d’avoir été « inattentif aux chrétiens d’Orient » alors que sa sodalité
de la Badaliya (1947-1962) a été fondée avec eux et pour eux (il suffit d’en lire les textes) ?
« Aujourd’hui encore, dit l’auteur, ce terme (badaliya, substitution en arabe) forme la référence
de la pensée de ses adeptes et du dialogue islamo-chrétien tel qu’ils le conçoivent ». Les
« dialoguistes » s’inscriveraient ainsi dans la foulée de ses « illuminations », dues au « gnostique
al-Hallâj » et confortées par l’ « amie Cairote, spirite », que serait Mary Kahil ! Selon l’auteur,
Massignon aurait circonvenu et Pie XII et Paul VI et après sa mort, surtout du fait de l’absence de
pensée islamologique étayée dans les milieux romains, sa pensée perça au point de
s’institutionnaliser, notamment par la création du PISAI (Pontificio Istituto di Studi Arabi e
d’Islamistica) ! Tel est l’étrange procès injustement fait aux « dialoguistes », surtout quand on se
permet une note totalement fausse à leur sujet (p. 120).

Le ch. 5 (125-142) fait le bilan de La recherche islamologique : histoire et impasses en Occident,


car « en Orient, autant qu’ils étaient libres de le dire, les chrétiens (« les araméens mais non les
byzantins », sera-t-il précisé) ont toujours transmis que l’islam provient d’une ‘dérive’ d’origine
chrétienne, que les pires potentialités de l’islam ne restent jamais longtemps latentes et que
‘l’évolution de l’islam’ est une illusion idéologique occidentale ». Et l’auteur de refaire une brève
histoire de l’orientalisme et de l’islamologie en Occident selon leurs étapes successives : « les
premiers pas de la recherche, les réductionnismes de type sociopsychologique, Cuse et les
réductionnismes de type ‘mystique’ (et ces rêveries relativistes répandant ‘le présupposé
théologique de la voie parallèle, posant l’islam comme seconde voie de salut, parallèle à la voie
judéo-chrétienne’, (idée) que la théologie des religions a poussé à son paroxysme » ! Cette
affirmation sommaire et très partiale de l’auteur l’amène alors à constater « le clivage persistant
de l’islamologie », laquelle ne résoudrait rien des origines de l’islam.

Le ch. 6 (143-183) offre des Pistes qui déblaient la connaissance de l’islam, car « des percées, dit
l’auteur, ont eu lieu au cours du XXème siècle, dans le domaine de la recherche historique
d’abord, puis dans celui de la compréhension idéologique du phénomène islamique », ce qui lui
permet, utilisant ces percées non sans les interpréter en sa faveur, de présenter sa thèse (« la
piste historique du proto-islam ») qui n’est, somme toute, que l’une des nombreuses hypothèses
possibles quant à l’émergence de l’islam au VIIème de notre ère. « C’est seulement en 2004,
affirme-t-il, qu’une synthèse de tous ces travaux de recherche a été élaborée dans le cadre d’une
thèse doctorale. Parue en 2005 sous le titre ‘Le Messie et son prophète’, elle proposait un
réassemblage du puzzle dont beaucoup de chercheurs ne détenaient que des pièces éparses ».
Récusant « le discours islamique légendologique » relatif à Mahomet, sa thèse soutient
l’existence de « nazaréens », contemporains de la primitive Eglise, ébionites messianistes
désireux d’assurer le retour de Jésus, conçu comme Messie temporel. Il y aurait ainsi « un
proto-islam en amont de l’islam arabe : l’identité de fond de ce qui sera appelé ‘islam’ est
préislamique et a demeuré : elle repose sur la conviction d’avoir été choisi par Dieu en vue de
son projet politico-religieux de salut ; c’était déjà la conviction des nazaréens (et de leur) projet
messianiste et guerrier ». L’auteur invite donc à comprendre « les dérives du judéo-
christianisme » primitif (« postchristianisme ») et de sa grande espérance, celle d’un retour du
Messie. Ceux qu’il appelle « judéo-nazaréens » se seraient retrouvés dans la Syrie maritime et
leur alliance avec des Arabes et leur leader au début du VIIème siècle aurait amené à l’hégire de
ceux-ci à Yathrib/Médine, avant que l’islam naissant ne supplante enfin les premiers et ne se
constitue en religion autonome avec un livre qui lui est propre. D’où, dit l’auteur, « la force de la’
foi’ messianiste » de l’islam. C’est ainsi qu’il entend proposer son hypothèse « doctorale » sur les
origines de celui-ci, avant d’en faire la pierre d’angle du dialogue qu’il pense promouvoir. Si elle
est à respecter, bien qu’elle ne soit guère convaincante, comme toutes les autres hypothèses
relatives aux origines de l’islam, elle ne saurait jamais prétendre rejoindre la seule vérité
historique.

Le ch . 7 (185-205), Vers un dialogue de salut, propose-t-il de nouvelles voies pour le


« changement de cap » souhaité en matière de dialogue ? L’auteur souhaite « une réorientation
profonde de la culture de l’Eglise latine, marquée par un intellectualisme de plus en plus éloigné
de la Révélation, et donc de plus en plus soumis à des influences opposées à celle-ci ». Selon lui,
« l’idée de faire dialoguer les trois religions ‘abrahamiques’ est un vieux serpent de mer qui
resurgit ici et là par souci de convivialité et de compréhension mutuelle, et dont les résultats se
font toujours attendre. Les ‘dialoguistes’ sont les héritiers de cette méconnaissance récurrente
de l’islam et de l’histoire, la méconnaissance de la Révélation et l’ignorance des mécanismes
postchrétiens qui contrefont celle-ci ». Alors, que faire ? « Il est possible, dit-il, de repenser le
dialogue islamo-chrétien sur des bases saines, en y distinguant deux axes : la nécessité de
repartir du point premier de la divergence » (telle qu’elle s’est exprimée entre l’Eglise primitive et
les judéo-nazaréens) « et le sens du Jugement qui vient », celui de Jésus Christ à la fin des temps
(or ce dernier axe est paradoxalement « axial » chez L. Massignon !). Mais peut-on imaginer que
le dialogue consiste à « débattre (aujourd’hui) des discussions et objections que les judéo-
nazaréens eurent contre la foi des Apôtres ? (Et s’) il faut aussi reparler de l’Antichrist dans les
dialogues interreligieux », comme pense-t-il y amener ses interlocuteurs ? L’auteur imagine que
« de tels dialogues peuvent être fructueux, et même fraternels », encore faudrait-il que les
musulmans se reconnaissent fidèles descendants de ces « judéo-nazaréens », ce qui n’est pas le
cas, et aient des idées claires sur le retour du Messie ! Mais faut-il remonter dans le temps, et
même jusque là, pour parler ensemble d’un même « souci partagé de l’avenir de ce monde en
crise avec une exigence de vérité » ? L’auteur oublie (ou ignore !) que, depuis cinquante ans, tous
les dialogues n’ont fait que porter sur ce thème essentiel, même si l’auteur n’y voit qu’un
« discours ‘droits-de-l’hommiste’ » de mauvais aloi. Il lui est trop facile de citer Benoît XVI tout en
dénonçant l’ambiguïté de certains de ses propos. Et que pourrait-il penser de tout ce que celui-ci
a dit à Beyrouth en septembre dernier ? Mais il a raison de dénoncer la collusion incroyable
(voire hypocrite) entre les Etats occidentaux, champions des droits de l’homme, et les
monarchies pétrolières, responsables de la wahhâbisation de l’islam contemporain.

La Conclusion s’explique-t-elle sur le « changement de cap, important et nécessaire », tel qu’il est
souhaité par l’auteur, en son livre, et par Mgr Cattenoz, en sa « postface » ? Rien n’y est suggéré
de positif, hélas ! Il y est répété que « la théologie occidentale s’est représenté l’islam non
comme un postchristianisme historique mais comme un assemblage abstrait de néopaganisme
et d’emprunts au judaïsme et au christianisme ; elle s’est contentée alors de réinterpréter les
légendes islamiques relatives aux Arabes païens de La Mecque à l’aune de ses élucubrations » !
Alors qu’il rappelle opportunément que Jean Paul II invitait à « une connaissance objective de
l’islam », pourquoi l’auteur passe-t-il sous silence tous les efforts des communautés chrétiennes
en vue de l’assurer auprès de tous ? Et pourquoi se plaindre encore de ce que « les instances qui
se sont fait confier un quasi-monopole en matière de formation chrétienne en islamologie ont
continué à s’opposer à toute recherche objective, et à promouvoir une image irréelle de l’islam
fabriquée par leur théologie des religions, faisant miroiter l’évolution de celui-ci vers une
ouverture ‘à visage humain’ » ? Rien ne semble donc ici proposé qui puisse enrichir l’actuel
dialogue islamo-chrétien qui serait en crise, à bien entendre l’auteur. Le fait est que celui-ci
prend ses distances vis-à-vis du Concile Vatican II dont il ne mentionne aucun texte, ignore
l’enseignement de Jean Paul II et de Benoît XVI en matière de dialogue, oppose vainement une
Eglise d’Occident, jugée mal informée, à une Tradition orientale qu’il exalte curieusement en son
expression araméenne, et voudrait que son hypothèse scientifique sur les origines de l’islam soit
au cœur même du dialogue. Le malentendu n’est donc pas islamo-chrétien, mais bien plutôt
intra-catholique entre, d’une part, E.-M. Gallez lui-même et les auteurs auxquels il se réfère en sa
bibliographie et, d’autre part, ces « dialoguistes » qu’il accuse d’ingénuité intellectuelle ou
suspecte de brader leur foi. Il est donc plus que temps de s’expliquer sans préalable entre
chrétiens sur tout ce qui fait problème, surtout si tous veulent reprendre à leur compte ce que
dit Mgr Cattenoz en sa postface : « L’Eglise, dans le trésor de sa foi, affirme que des grâces de
suppléance sont données à tous les hommes qui ne connaissent pas le Christ sans qu’il y ait
faute de leur part, pour les orienter vers le bien. Tout homme qui, tout au long de sa vie, aura
cherché à faire le bien, quand il arrivera au terme de son chemin ici-bas, découvrira le Christ ; et
le poids de tout le bien qui aura habité sa vie le conduira à reconnaître en Jésus l’unique sauveur
de tout homme ».

Cf. Dialoguer avec les musulmans : une cause perdue ou une cause à gagner ?, Paris, Téqui, 2011

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1 Message

8 mars 2013 12:22, par Michael Jeaubelaux

Je n’ai pas lu le livre du Père Marie-Gallez, je n’ai pas les compétences pour le critiquer, pas plus pour faire la
moindre objection au Père Boormans. Mais je crois que la question posée "Malentendu islamo-chrétien ou
malentendu entre chrétiens sur l’islam ?" est la bonne.

Pour ma part je ne puis juger que sur ce que je vois ou ce que j’entends.

Dialogue "islamo-chrétien" me parait déjà être une supercherie dans la dénomination.

En effet il n’y a pas d’interlocuteurs représentant "l’islam", pas plus qu’il n’y en a pour représenter "les chrétiens".
Dialogue "islamo-Catholique" n’aurait pas plus de sens car personne ne représente "l’islam".

Si l’Eglise Catholique est Une et hierarchisée, avec de véritables représentants, l’islam n’a a pas. Chaque musulman
parle pour lui-même et jamais pour les autres...aussi le Dialogue "islamo-chrétien" est-il réduit à des échanges
entres des représentants de l’Eglise Catholique et "des" musulmans, ainsi ces discussions se résument-elles au
mieux à d’aimables conversations entre gens cultivés, quand elles ne sont pas que de simples bavardages entre
ignorants...

Rachid Benzine dans l’émission "islam" sur France 2, Dimanche dernier n’a pas eu peur d’affirmer que depuis le XV
sciècles l’islam "pratique" se résumait qu’a la question du "haram-halal" pour l’immense majorité musulmane (ne
parlons pas des soufis, "l’exception qui confirme la règle", en effet les mystiques peuvent se rejoindre dans leur
expérience de Dieu...mais non seulement ils sont marginaux, mais aussi considérés par beaucoup comme
hérétiques). Dans ces conditions, quels contenus peut bien avoir le "Dialogue islamo-chrétien" ?

http://programmes.france2.fr/les-ch...

Par ailleurs, mon ressenti est que du côté catholique on se repait de Dialogue, de courbettes et de petits
fours...mais du côté musulman ces rencontres ne sont que des faire-valoir...qui hissent des imams de quartiers au
rang d’un Prince de l’Eglise !

Quels sont les fruits de ces décennies de "Dialogue" ? On aimerait bien le savoir. Et le Père Boormans avoue
lui-même qu’ils sont bien maigres.

Ce fameux "Dialogue" fait pas commettre des actes imprudents, voire honteux par certains de nos évêques ou
prêtres qui cautionnent par leur présence,leurs déclarations complices d’organisations ou de prédicateurs
directement liés aux Frères Musulmans (interventions de Mgr Dubost au Congrès de l’UOIF, interview du Père
Roucou,etc...) ou minimisent les persécutions que font subir à nos frères chrétiens, beaucoup de musulmans dans
le Monde. Le Vatican (Mgr Tauran) s’est commis lui-même avec l’Arabie Saoudite pour exiger la criminalisation du
balsphème à l’ONU (heureusement sans succès !).

Mais surtout il occulte complètement la question de "l’Evangélisation des Musulmans" de laquelle tous les
"Dialoguistes" refusent de débattre...inutile m’a dit l’un d’eux, à la longue les musulmans évolueront, il faut leur
laisser le temps, l’islam est une traditions tout aussi valable que le christiannisme pour aboutir au salut...

Voilà le vrai problème : la capitulation totale de la hierarchie catholique qui pratique elle-même l’islamisation de
leurs fidèles et la promotion de l’islam dans leur propre Eglise !

Oui les chrétiens doivent connaitre l’islam, mais pour en dénoncer les dangers, être conscient des différences
doctrinales, des oppositions radicales, des lieux communs, ne pas faire de confusion sur les histoires et les
personnages du Coran, savoir que l’islam ne se résume pas au Coran, mais comprend les hadiths, la Sunna,
connaitre la loi d’abrogation qui annule les versets les plus anciens en cas de contradiction,etc...et pouvoir rendre
compte de leur foi dans un Monde où l’ignorance religieuse est la norme !

Lors du Colloque en mai 2011 à Lyon, "l’islam quels défis pour l’Eglise Catholique" le Père Boormans est sorti
furieux d’une Atelier en disant "ce sont des chrétiens honteux", "il aurait fallu au moins une demie journée pour
rappeller ce qu’est la foi catholique" !

Car malheureusement les premiers à évangéliser sont ceux qui se croient chrétiens sans rien connaitre de leur
propre foi !

Il y a urgence à sortir de la confusion et à nous tourner vers l’essentiel qui n’est pas le "Dialogue" stérile qui est
mené depuis tant d’années...mais vers l’Evangélisation et le témoignage !

Pour cela nous devons d’abord être digne nous-mêmes de ce que nous prétendons être. Non seulement nous
devons savoir en quoi nous croyons et être capable d’en rendre compte, mais surtout être des témoins vivants du
Christ par l’Amour que nous sommes capables de rayonner.

L’urgence absolue c’est d’aimer !

Comme nous l’a dit le Frère André lors de ce colloque : "Comment voulez-vous convertir des musulmans si, d’abord
vous ne les aimez pas comme le Christ nous a aimé ?"

Bon Carême !

Kirie Eleïson ! Christe Eleïson ! Kirie Eleïson !

Le Christ est ressuscité ! Il est vrament ressuscité !

P.S. Je conseille vivement aux internautes les livres du Père François Jourdan, de Rémi Brague et de Mgr Batut.

http://larealiteenface.overblog.com/

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