Vous êtes sur la page 1sur 104

1

Délicatesse

2
3
Maury Damase Ntamack

Délicatesse
(Poésie)

Éditions Soleil

4
5
Maury Damase Ntamack
ÉDITIONS SOLEIL
editionssoleil@yahoo.com
Tel : (+237) 697 39 16 20
©Juin 2019

Toute reproduction intégrale ou partielle, faite sans le


consentement de l’auteur, est illicite et constitue une
contrefaçon sanctionnée par le code de la propriété
intellectuelle.
6
PREFACE

La littérature a toujours semblé être pour les profanes


l’affaire des initiés, et la poésie, qui plus est encore, l’affaire
des sorciers. Serait-il facile de situer ce jeune poète d’un côté
ou de l’autre ? En fait, la poésie est une passion, l’expression
d’une personnalité, l’amour d’un art qui permet de porter haut
et surtout le plus loin possible l’écho d’une parole sourde qui
gémit dans les couloirs de la vie. Les soixante-seize poèmes
qui nous sont livrés ici sont le fruit d’un travail de longue
haleine. Depuis plus d’une décennie, ce jeune poète n’a eu de
cesse de se pencher sur sa plume pour marquer d’une empreinte
particulière ses peurs, ses souhaits, ses rêves, ses envies, ses
déceptions. Il parle ainsi non seulement pour lui-même, mais
aussi et surtout pour ses proches, ses compatriotes, pour
l’humanité entière. Ce recueil, Délicatesse, chante l’amour.
C’est un amour au sens plein du terme, un amour qui prend sa
source d’abord dans l’harmonie de l’univers familial pour se
développer autour de soi. Ce florilège est aussi avant tout la
marque visible et l’expression d’un courage à la hauteur d’un
poète qui sait prendre le risque, le risque de parler sans détour.
Dans une thématique fort variée, le message n’est ni
voilé ni édulcoré. Tout comme Jacques Prévert dont il n’a pas
hésité de faire mention dans son spicilège, il a opté pour
l’écriture libre parce que la liberté lui est un thème cher. Les
réseaux thématiques scandent un idéal qui interpelle, exhorte
ou qui attire l’attention. Ce recueil à certains moments apparaît
7
comme un chant patriotique dont le sentiment nationaliste n’est
plus à démontrer. Les noms qu’on y retrouve rappellent des
figures nationalistes ayant fait date à l’instar d’UM NYOBE et
de Charles ATANGANA. Solidaire à son époque, Délicatesse
est un guide de vie pour les jeunes qui se laissent bercer par les
facilités de la modernité et les attraits de l’ailleurs, l’attrait de
la diaspora qui incendie malheureusement des familles qui
restent éplorées. C’est pour tout dire une œuvre très actuelle.
Le courage relevé repose sur l’abord de certains sujets
tabous dans une société où les valeurs morales sont en
décrépitude exponentielle. L’homosexualité, l’ironie du clergé,
la description des conditions de vie ou de travail dérisoires dans
un système où l’illusion de la liberté gagne du terrain, c’est
autant d’éléments qui traduisent la détermination d’un
combattant aux objectifs nobles. C’est aussi ce qui fait
l’universalité de son texte qui, loin de s’arrêter sur l’évocation
des réalités liées à son environnement immédiat, va au-delà
pour s’adresser à tout un continent, voire au monde entier.
NGOK LITUBA dans ce sens est à prendre comme le symbole
d’une nation. Il ne restera d’ailleurs pas là, il ira puiser dans
son Afrique qu’il aime affectueusement. Les rapports Nord-
Sud ne manqueront pas d’être évoqués.
Que dire du style de ce recueil ? Sinon que c’est la
révélation du génie même de ce jeune auteur qui sait mêler
sonorités, images et symboles qui ne peuvent que disposer le
lecteur à une dégustation certaine. L’évocation de la nature

8
renforçant pour ainsi dire sa poéticité, Délicatesse est
fortement recommandé.
MVONDO MVONDO Armand
PLEG-FRANÇAIS

9
REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier George Mborro,


Mon enseignant,
Mon grand frère,
Mon premier lecteur,
Mon préfacier,
Pour m’avoir aidé dans le choix de ces textes.
L’écriture d’un recueil poétique peut être
À certains moments contraignante et douloureuse,
Car il faut supprimer des textes qu’on aime particulièrement,
Ceux-là même qui nous tiennent à cœur.
George a su me tenir la plume,
Me seconder à ce moment précis.
Qu’il en soit ici remercié.
Merci à toi Landry Mélody dont la musique m’a soutenu.
À ma mère,
À mon fils,
À mes amis,
À ceux qui ne m’aiment pas,
À ceux qui sont insensibles à mon existence,
Je laisse le soin de triller chacun son bouquet
Parmi les mots de mes poèmes.

10
11
SOUS L’ETABLE

Qu’il plût hier et rien aujourd’hui,


Que je valusse autrefois de l’or
Et de la pacotille jetable aujourd’hui,
Même si hier je ris
Et que maintenant je pleurniche,
Que j’écrivisse puis m’écrevisse,
Je reviendrai en surface
Pour exprimer dans les mélodies
De mes poèmes dansants
La douleur de mon corps
Torturé pour les cris de l’âme
Qui un jour a fait l’erreur de paraître
Si dans ma peine, je croise la mort
Si dans ma peine, elle ne passe sans moi son chemin
Vous retrouverez dans un vieux tiroir
« Bocal de larmes et de souvenirs »
Bien malheureux qui vous dictera ma souffrance
Car même la cause de ces larmes
N’a pu m’empêcher de me plaindre et d’écrire.
Vous retrouverez dans mon réfrigérateur
Les traces de mon sang que je vous réserve
Dans une bouteille comme du vin de messe.
À la lecture de ce testament triste,
Que personne ne s’en rie
Que personne ne juge mon heureux toupet
Cette volonté d’écrire, de dire
12
De lire les choses telles qu’elles sont.
Mais que cela pour vous soit un héritage
Et servez-vous-en pour accomplir mes rêves.

13
TUTELLE

Silence diseur de Phébus


Homme de trop de dires sans avis
Homme à la merci de l’autorité virtuelle
Taillable et corvéable à merci
Personne exploitable et malléable
Le vieux continent fade, antique et pauvre
Cette dame effrayante et méchante
Cette fée carabosse et harpie
Te conduit avec cruauté à la violence
On dirait que cette furie
Voit ton talon d’Achille
Elle te tient comme un vilain petit canard
Sans intelligence qui cherche le fil d’Ariane
Du cornélien problème qui l’embarrasse.
Paris ! La grande
Brillante et lumineuse
Paye nos travailleurs en monnaie de singe
Je découvre en cette reine
Une merde dans son bas de soie
Elle cache sous son élégante lumière
Sous les diverses raffineries de sa langue
L’intrigue et le vice
L’ennui et la ruse.
Cette dame nous a épousés de sa main gauche
Madame la paysanne
Cultive à l’ONU son propre jardin
14
Ignorant nos parcelles.
Silence ! Diseur de Phébus…
Nous devons renoncer à ses idées
À ses convictions et principes
Nous devons brûler ce géant qu’on adore.

15
EXODE RURAL

Le travail de la terre devient pénible


Son rendement est faible et irrégulier
La sécheresse traque nos cultures
L’espace cultivable se réduit
D’ailleurs le climat social est oppressant
Il y a la haine, la jalousie et la sorcellerie
Chez nous, la gérontocratie fait siéger
Autour d’un feu de bois les vieillards mourants
Qui optent pour les mariages forcés
Des initiations mystiques et l’excision
La vie au village est si ennuyante
Que j’ai envie de partir
Partir pour vivre en ville
Partir pour fuir les guerres de clans
Partir pour rechercher un emploi moins fatigant
Partir pour taire mes nerfs
Et être éduqué comme les autres hommes
Partir pour une vie meilleure
Pour rencontrer une femme d’ailleurs.

16
INFIDELE

Infidèle !
Infidèle toi ?
Mais je rigole
Je rigole et je rigole encore
Ah ! Dis-moi
Lorsque tu souffrais de maladie
Qui fut à tes côtés ?
Lors de ton accident de balade
Qui fut à ton chevet
Mais toi, infidèle !
Mais je m’en moque
Tu crois me blesser
Sois-le et plus encore
Moi, je te suis dévoué
Mais je ris Colette
Maman, Colette est infidèle
Et moi je suis cocu
Cocu maman !

17
PARADIS DE DOUCES VIES

Mon Afrique, ma mère


Pourquoi te négligeons-nous
Pourquoi te sacrifions-nous
Pourquoi t’abandonnons-nous
Tu nous nourris de ta mamelle
Tu nous donnes ton souffle vital
Dans ton ciel volent les oiseaux
Qui s’épanouissent
Ô ! Tendre mère ! D’un coup seul, tu fournis mille vies
Et même l’orage ne peut le nier
Puisque ton sol est tout vert
Et moi aussi chaque jour, tu étanches ma soif
Celle d’un guerrier bantou
Et dans tes espaces verts
De ton bon miel, je bois des bouteilles
Et si j’ai faim, plusieurs tubercules je mange
Ô terre mienne ! Parle que j’entende
Que j’apprenne cette voix maternelle
Tendre et douce
Cette voix vivante
Mais souvient-toi que les fleuves nous écoutent
Et que les murs ont des oreilles.
J’ai lu sur ton regard innocent
L’amour que tu me portes
Merci maman.

18
LETTRE D’ABSENCE

À cette date, à cette heure


J’étais là et sans doute je reviendrai
Peut-être pour te dire
Pour avec toi rire
Peut-être pour te présenter mes souhaits
Mes vœux, et surtout les meilleurs
Pour cette année nouvelle
De loin j’ai aperçu ta porte
Sans cadenas ni poignet me disant
Sans doute, cette fille est seule
Un peu plus seule
Voire désespérément seule.
Dommage, je la vois à mon approche
Cette porte sans cadenas ni poignet
Fermée et je ne sais pourquoi
Ni par qui et même de quoi
Par chance tu as un protocole
Je dirais un secrétariat
Bien que non bureautique
Il renseigne et quelquefois
Lorsqu’on le désire offre papier, stylo et asseoir
Bien que sans le manger et le boire
Sans doute je reviendrai à la même période
Mais pas à la même époque
Modestine, lis ce poème qui a coulé
De mon esprit pendant cinq minutes
19
De mon temps, de ton temps
De celui qui est et qui reste
Sans passer ni revenir
Ce temps est comme cet amour
Que pour toi je ressens.
Lorsqu’il arrivera à toi
Tien-le sans lui faire de mal
Protège-le afin que j’en sois témoin.
Tu sais, je t’ai attendue, cherchée
Le temps qu’une tortue encerclée de lions
Traverse l’autoroute.

20
CARRELLE

Tu sais ! Toi Carrelle


Ton souvenir m’a hanté toute la nuit
Laissant ainsi cette nuit pleine de gris
Je me suis souvenu de l’amour charnel,
Le passionnel m’a aussi traversé l’esprit.
Laisse-moi aussi Carrelle par des bisous
Goûter à la charité de ton cœur épris
Je voudrais bien t’aimer mais j’ai peur
Et le feuillage tout vert de cette rose
Que je t’ai préparée se meurt
Et là ma chère, je te jure ma sœur,
Les joujoux se perdent dans ce cœur lourd
Mais c’est sûr, l’heure a sonné pour moi de l’écrire
La patience de la chair m’indifférente,
Mon cœur devient de plus en plus lourd
Et plus le temps s’en va
Plus je réalise mon attachement
Et en toi Carrelle, je vois un grand cœur
Dont les pieds sont vêtus de jaune
Faisant ainsi preuve d’un peu de jalousie
Et je ne me rapprocherai de toi par hypocrisie
Mais par peur que ce ne soit pas l’heure
De causer ton indifférence.

21
JE T’ECRIRAI ENCORE

Je t’écrirai encore ces tercets


Ou même ces quatrains et versets
Qui par le passé te plaisaient
Qui dans mes bras t’endormaient
Comme à tes bras ton nourrisson,
Je t’ai ouvert grand le torse de mon veston.

Je t’écrirai encore ces tercets


Ou ces quatrains de mêmes versets
Que toi tu croyais bibliques
Et dans lesquels je te priais
De ne pas me conduire au parquet
Mais dans ta grange de blé en paquet.

Je t’écrirai encore ces tercets


Ou ces mêmes quatrains et versets
Pourront te faire revivre le passé
Si tu me comprends, il faut que tu me laisses te fiancer
Parce que loin de ton souvenir
Je recommence à souffrir
Et si tu ne fais rien pour la bannir,
Je mourrai et pour nous, tout va finir.

22
NGOK LITUBA
Hommage à Jean BIKOKO Aladin

NGOK LITUBA mon pays


Le rocher d’hommes
Le rocher d’eaux
Le rocher qui a des trous
Des trous bénéfiques
Pour des hommes en pierre
Pour des hommes de pierre
Pour les hommes de la pierre
Pour les hommes qui vivent sur la pierre
NGOK LITUBA
Pierre de mon pays
Pierre de mon village
Pierre propre à moi
Pierre de mes rêves.

23
CHEF DE PROTOCOLE

Bonsoir monsieur !
Veuillez faire votre entrée
Monsieur ! Par ici monsieur
Mais pressez le pas
Ils sont nombreux à faire la queue
Qu’ils rejoignent leur table chacun
Oui monsieur ! C’est pourquoi monsieur…
Soyons sérieux et libérons le couloir
Guidez-les vers la table E
Veuillez longer le couloir
C’est la troisième porte de votre gauche
Écoutez la sirène…
Réalisez-vous bien que nous sommes à la traîne ?
Et trop longtemps, cela a duré
Il faudra que tous soient installés
Faites intervenir le service traiteur principal
Et que l’on commence par la table A des mariés
Le second service invitera d’abord la Z.
Soyez responsables
Et que les enfants soient la priorité
Du troisième traiteur…
Il se fait tard
Assurez-vous du bon état du matériel
Et que la sécurité organise les départs

24
Prenez exemple sur la bible :
« Les premiers seront les derniers » …

Merci messieurs
Vous avez assuré
Je me chargerai de vos augmentations
Pour les heures supplémentaires.

25
L’ECRITURE EST LE POUVOIR

« Vous avez reçu le pouvoir


De marcher sur les serpents et les scorpions »
Pour la bible, par la foi en ces écrits
Cela est bien possible.
Par la liberté d’expression
Sur la guerre et la paix
Sur la politique et l’économie
Sur les monts et les ravins
S’exprimer, c’est exister
C’est grandir et voter
C’est choisir et décider
Vous avez reçu le pouvoir
De traquer l’ennemi public
Le jardinier et le balayeur de rue
Le maître et le contremaître
Vous avez reçu le pouvoir
De publier tant qu’il existera des papeteries
Car écrire, c’est jouir de sa liberté.

26
MON REVE

Je reçois cette lueur


Qui me lancine le cœur
Encore ce visage
Icône de mon âge
Ici cette idée
Qui ventile mon haleine
Passer encore cette année
Dans cet indélébile trouble
Que ma peine redouble
Un homme qui se veut bon
Mais qui se sent moribond
Un homme qui voit sa mission bafouée
Je regrette ma venue sur terre
Je préfère la mer
Avec les poissons et les crustacés
Mais, je vais sur Mars
Et je me fous du mois de Mars
Qui est sécheresse en Afrique
Je me veux juste une mission que j’applique.

27
BERCEAU NATAL

Mon village
Mon village natal
Ô ! Cette odeur de manioc
Quelle saveur !
Quelle joie de vivre chez soi !
Avec ces produits de chasse
Avec ces produits du sol riche
Qui nous accueillent à son entrée
Avec ces jeunes flamboyants
Qui nous reçoivent et nous guident
Oh ! Quel plaisir je ressens
À la traversée des rivières qui abondent
Dans le réseau routier de chez moi
Quelle odeur mon nez hume
Cette odeur de miondo
Quelle joie de vivre en famille
De partager des souvenirs
Ceux laissés par nos grands-parents !

28
REVIENS !

Un lion qui quitte la tanière


Y revient certainement lorsque se termine la chasse.
De même les petits et grands oiseaux
Ne perdent pas les traces du chemin du nid.
Membre de la diaspora isolé ou exilé
Dans l’avion ou sur des patins à roulettes,
Mon sac troué laissera tomber
Le grain de blé qui germera
Et m’indiquera le chemin du retour.
Reviens !
Reviens mon frère
Même si tout n’a pas réussi
Même si personne n’est fier de toi
Tu es l’enfant du pays
Tu es l’enfant de ton père
Et tu auras essayé.
Reviens mon frère
Reconnais le chemin de la maison
Car maman a vieilli
Et t’attend pour le soir de sa vie.
Papa n’est plus, l’aîné aussi
Suzanne s’affole et perd le poids
Je suis en larmes depuis ton départ
Je suis en larmes et je t’appelle au secours
Car je suis seul et maman va mourir.
Il faut que tu reviennes maintenant
29
Sinon l’angoisse de maman ne pourra que grandir
Et c’est un frein pour sa santé, a dit le médecin.

30
TRANSPIRE COMME TU PEUX

Avec ces noms qui te titrent


Un gilet et des cartouches
Une arme et une plaque
Tu t’autorises à bannir tes concurrents
De cette si belle surface vitale.
Et peut-être,
Un jour ce sera la violence qui te guidera
Mais si tu as mal,
Si tu ne sais pas confectionner des bouquets de mots,
Alors transpire !
Transpire
Dans les yeux si tu veux
Dans le cœur si tu préfères
Ou sur la peau comme je suggère
Transpire pour celle que tu aimes
Et que ton droit de tuer
Soit au service de la Nation
Car toute violence mal dirigée
Ne peut être que dangereuse
Pour toi, pour moi,
Aussi pour cette nation que tu sers fidèlement.
Transpire du sang si tu y arrives
Mais ne coule pas le sien.
De l’intérieur ou de l’extérieur,
Transpire comme tu peux.

31
AVANT DE M’EFFACER

La marche,
Un vélomoteur
Le long voyage du navire
Ou si tu préfères l’avion ;
Tu pourrais aussi m’accepter et m’héberger
M’éduquer, m’employer pour me payer.
Si je te coûte cher
Rapatrie-moi quand tu veux
Si jusque-là c’est coûteux
Tu peux dans ma peau plonger une cartouche
De ton revolver le plus puissant
Peut-être me noieras-tu dans les profondeurs
De la douce méditerranée vorace
Je suis ici à ta merci comme en mille quatre cents
Mais avant de me rapatrier
Avant de m’effacer
Souviens-toi que je ne l’ai pas fait chez moi.

32
JE ME SOUVIENS DE CES TEMPS

Je me souviens de ces temps


Ces temps où chacun domptait
Suivant son règne
Ces temps en noir et blanc
Ces temps d’hommes squelettiques
Je me souviens de ces temps
Ces temps de végétariens rabougris
Ces temps des noyaux…
Ces temps des noyaux de vaches
Ces temps de sauvageries inégalables
Qui tonnent et détonnent comme un révolver
Et donnent à ma langue une violence virile
Je me souviens de ces temps
Où tous se cachaient dans un vêtement bleu
Jauni de flammes qui en partaient…
Elles brûlaient progressivement les dessous
De ces hommes sans abri.
Ces temps bruyants là
Je m’en souviens aussi
Ceux-là même qui créaient la panique
Je me souviens aussi de l’esclavage
Où mes aïeux ont péri sous le fouet
La colonisation les a effrayés
Et le sang a sans cesse coulé
Et moi aujourd’hui je m’en souviens
Comme si ces pages venaient de se tourner
33
Et dans mes poèmes
Je le rappellerai encore et encore
Pour faire savoir à tous
Que tout a changé dans mon pays.

34
LE RENOUVEAU

Regardez et voyez !
Voyez comme je prends de l’âge
J’arrache et j’abats
Je ruine et je détruis
Je pille, je ravage et j’emporte
Puis j’enflamme la case en paille
J’aménage un grand espace
Pour y piquer quelques plants
Des arbres fruitiers
Et des cultures vivrières
Le maïs, le blé et le sorgho
Aussi les bananiers et la canne à sucre
Le palmier à huile et le caféier
Cet espace vert c’est le renouveau
Des terres nationales
Celui des hommes où l’amour et l’amitié
La paix et la vérité
La justice et la démocratie
Règnent nuit et jour
Ce pays est le mien et le tien
Aussi le sien et le leur
Le nôtre et le vôtre
Il est celui des citoyens
Bons ou mauvais
Il est celui de l’armée qui le protège

35
Il est celui de l’Afrique
Il appartient au renouveau.

36
POURCHASSEZ L’IVRESSE

Stop et fin !
Arrête ce geste…
Arrête de t’enivrer d’un vin
Dont tu ne connais la provenance
Le nom de famille et le statut social
Arrête de noyer cette soif de vivre
Cette envie de voir et de dire
Ce désir de savoir et d’écrire.
Je ne comprends rien aux hommes
Qui implorent les pluies abondantes
Criminelles et noyantes.
Arrête ce geste…
Arrête et tu seras mon dernier amour
Écris et publie sans cesse ces poèmes
Qui viennent de l’au-delà de ton cœur
Écris et tu seras mon poète de toujours.

37
MELANINE

Tu t’appelles Mélanine
Je t’appelle Mélanine
Femme belle d’Afrique noire
Sur mes poèmes dansants
Ton regard toujours s’arrête
Tu es pudique sur tes prises de photos
Photos de femmes belles
Photos de femmes charmeuses
Photos mystérieuses
Dans des éclats de jaune et de rouge
De bleu, de marron et d’orangé
Ou drapées dans du gris,
Du rose
Et aussi vêtues de blancs.
Au-delà de mes vers libres
Des images dont je me fais
Et des couleurs qui exposent ton éclat
Se laissent entendre les mélodies
D’une danse qui est propre à ma culture
La danse du soleil !

38
MA PREFACE

Si seulement Senghor était là


Si Césaire n’était pas mort
Autrement si Mendo Ze
Pouvait l’accepter
Ou si Njoh-Moellé était mon ami…
Je la donnerais à Anomah Ngu
S’il était littéraire
Et à ma mère
Si elle était célèbre
De là,
Sûrement, je serais vite connu.
J’acclame Jean-Claude Awono
J’acclame Uwe Ommer
De « Black Ladies »
Et Ateba Eyene
Pour la chance que leur époque
Leur a offerte gracieusement.

39
JEUNES DE LA NATION

Bonsoir !
Je m’appelle Her Damase
Je ne suis pas toxicomane
Ni alcoolique ni pornographe
Mais je suis jeune
Et je veux vivre
Avoir un avenir
Des enfants et un boulot
Pour m’assurer une retraite
Bien garnie.
Je veux voir se réaliser
Mes rêves, mes espoirs
J’exige une attention particulière
J’exige l’écoute
Rends-toi compte de ce que tu gagnerais
À écouter le vieil homme qui te révèle ses intensions
Car même lui n’est pas fier de sa nation.

40
JE ME PRESENTE

Je suis poète malgré moi


Contraint par la société
Et l’envie de dire vrai en hauteur
Ce qui se dit tout bas
Ma vie est sans tambour ni balafon
Une vie sans rhombe ni musique
Une vie qui se questionne sur l’être
Une vie qui questionne l’homme
Ma poésie !
Elle multiplie les codes de l’enfance,
Du désir, de la paix et de l’amour
Ma poésie combat le racisme et la jalousie
Le mensonge et la dictature
Je prends goût à une poésie qui dénonce
Les mains sales et meurtrières
De la pauvreté et des guerres
Des inondations et des incendies
Et voici que j’expose
Le charabia des politiciens
Je me souviens du passé de l’homme
Je rassemble les mots des tribunes muettes
Je recherche les maux des fils de ma tribu
Et les plaintes de l’enfant
Je range mes connaissances
Dans ce lieu syllabique
Où je respecte l’amitié
41
Et la fraternité des vers longs ou tantôt courts
Mais qui respirent l’éternité de l’instant
Mon souhait
C’est donner une splendeur onirique
Au temps qui me reste malgré moi
Ma poésie est le grain
Qui cherche et trouve sa raison de vivre
Sur un sol caillouteux
Elle est une quête ferme et fiévreuse
D’un devenir de plénitude
Dans l’être humain,
Dans la société animalesque.

42
JE TIENS ENCORE DEBOUT

Je me lève le matin
Tout fiévreux
Pâle
Secoué par des migraines
La famine
Encore une maladie
Des douleurs dans le cœur, dans le cerveau
Mais je suis encore debout
Je résiste.
Ces matins-là, je pense
Maman est vieille
Elle désespère
Et la tienne aussi
Ton père est mort
Et je suis sans nouvelle du mien
Si je reste debout
C’est par la force de la pensée
C’est par ton souvenir
C’est parce que je t’aime
Que je ne craque pas ces matins-là.
Grâce à toi
Je suis encore debout.

43
PRIERE

Dieu !
Grand Dieu
Tout puissant Dieu
Merci !
Merci pour l’amour
La vie
Le souffle de vie de chaque jour
Mes désirs et envies
Ce merveilleux parcours
Merci pour l’argent
Les enfants
La victoire
La gloire
Merci !
Merci encore pour
La guerre et ses alentours
Qui permettent de recycler la vie
Aussi merci pour la misère des Africains
Qui te fait voir le cœur aigri
Des riches assassins.

44
PETIT AIGLE

Pauvre oiseau solitaire


À toute vitesse comme un lion
S’envola là-haut
Au loin dans les airs
Aigle au regard farouche
Ô ! Petit oiseau !
Que de menaces…
Même le gigantesque et brûlant soleil
Tu allas tutoyer de ton regard
Et de ton petit bec
Quoique courageux
N’y reviens pas braisé
Pour me menacer à ton tour.

45
OISEAU ET FEMME

La Cigogne !
Cet oiseau magnifique
Aux ailes grandes et belles…
Et je pense à monsieur Albatros
Qui sur l’océan entier étend ses ailes
Soudain apparaît l’Autruche
Pas celle du chef
Mais l’Autruche du village qui court
Qui court le long de la route
Pour sur les plaines étendre
Ses belles et grandes ailes.
Comme j’aime les oiseaux
Qui courent pour s’envoler
Et ceux qui s’envolent sans courir
Comme j’aime les oiseaux
Les plus grands et les moins grands
Ceux des rivières et des marées
Ceux des arbres et des cimetières
Mais la femme !
Celle d’Afrique noire…
Elle étend sa beauté le long des plages
Le long des piscines
Et elle monte tous les podiums de mode
Comme j’aime les femmes
Qui courent le long des pistes athlétiques
Comme j’aime cette femme victorieuse
46
Forte bien que rebelle.
Petits ou grands
Oiseaux ou femmes
Comme je vous aime.

47
NE PLUS JAMAIS

Je ne boirai plus jamais du vin


Ni la bière et le whisky
Pas même celui des prêtres et des évêques
Qui jour et nuit saoule les hommes.
Je ne boirai plus…
Plus jamais ce qui saoule
Ce qui fait dormir sans aise
Sans rêve
Sans souvenir du passé
Plus de caniveaux comme lit
Plus de bagarres et d’incarcérations
Plus de ration irrégulière
Plus d’échecs et de maladies.
Désormais,
C’est l’économie, l’investissement
Les études et le travail
Je fuis les problèmes
Les femmes et surtout la bière et le vin
Plus jamais je ne boirai
Ni la bière, ni le vin
Pas même le cher whisky qui atteint le foie.

48
EN GUERRE

L’arme lourde et encombrante


L’arme légère et indispensable
Le feu qui s’allume et s’éteint
Les hommes qui grouillent par-ci, par-là
Les femmes qui se plaignent
Des coups de feu et de la foudre
De la poussière qui s’élève
Et des nombreux soldats qui s’en vont
Faire la guerre aux pas des militaires.
Tout sera inscrit dans l’histoire
Puisque tous les médias sont au parfum
Et mes enfants
Et mes petits-enfants
Et ma jeune nation
À cette date défilera pour la paix
Et lorsque le calme reviendra
Morts et survivants célèbreront la victoire
Les coupables seront mis aux arrêts
Les héros seront couronnés
Le public criera : ‘’Que justice soit faite !’’
Tout compte fait, l’ordre règnera dans nos rues.

49
ISOLEMENT

Si seulement la poésie t’était compréhensible


Si tes sens étaient ouverts
Et ton esprit accessible
Tu comprendrais la polysémie des mots
Tu saurais écrire le mot ‘’isolement ‘’
Solitude serait facile à épeler
Et les mots déception
Folie
Douleur
Et souffrance
Libèreraient ton esprit
Mais…

50
GREGOIRE

L’eau
Le feu
L’air la terre…
Il y a la femme
Mon épouse, ma mère
Ma petite fille et ma sœur
Jamais je n’ai été heureux
Jamais je n’ai connu le bonheur
Et aujourd’hui,
Mon épouse porte le bonheur
Malgré la douleur, il y a la joie et l’amour
Car elle porte la vie,
Ma force, mon secours, mon futur
Pour la première fois je me sens vivant
Plein de vie, de gaîté et d’esprit.
Comme elle est belle ! La vie…
Comme elle est belle ! La femme qui enfante.

51
QUE ME VOULEZ-VOUS ?

Que me voulez-vous ?
Moi enfant d’Afrique
Enfant d’un solidaire pays que vous profanez
Enfant que vous indignez et méprisez.
Daignez vous en aller pour notre paix
Pour la liberté et la justice
Au nom de la démocratie républicaine,
Oubliez l’Ouest de l’Afrique
Oubliez l’Est et le Centre de l’Afrique
Oubliez donc le Nord et le Sud
L’Union Africaine et la Ligue Arabe.
Je suis l’enfant des sources orphelines
Et je n’ai ni tristesse ni regret ni remords
La solitude, la douleur ou la mort
Me libèreront de l’insomnie
Vécue durant ma présence
Et la peine de ce peuple pèsera sur vos consciences.

52
VIENS TOUT PRES

Viens tout près de moi


À mes yeux montre-toi,
Ne sois pas ce vilain rêve qui vient et va
Mais rappelle-moi ton nom
Ton ethnie et ton village.
Dis-moi si tu as aussi eu peur
Peur dans ton enfance
Comme moi qui ai vécu le malheur…
Celui de perdre mon unique sœur,
Mon père et mon frère.
Comme moi qui ai eu le malheur…
Celui de perdre mes diplômes et mon emploi.
Dis-moi donc ce que tu as vécu de terrible.
Pour perdre le sourire et te droguer.
Ah ! Si la vérité fut faite pour la terre et ses habitants,
Laisse-toi entrer dans mon cœur,
Range-le confortablement
Et sors-le des espaces funèbres
Puis rapatrie-le dans mon corps
Qui le réclame sans arrêt.

53
NOUS REVOILA

Après toutes ces années


Où tu vivais dans le silence
Nous revoilà…
Nous revoici ce soir-ci
Côte à côte
Plein de sourire
De joie et d’espoir
Plein de discours d’amour.
Et moi j’ai particulièrement faim
Faim de te servir
Faim de te blottir
Faim de chérir
De chérir celle que j’ai connue.
En ce soir si calme
Où les eaux s’écoulent sans bruit
Où les palmes se balancent à peine,
En ce soir doux et agréable,
Je désire tant de choses
Mais le temps de mon absence t’a changée
Et je ne veux plus te chérir
Ni te blottir dans mes bras.
Tu es bien trop belle pour moi
Et ce que tu me dis de ton passé
Est très beau pour être vrai.

54
VEUVE

J’ai rempli mon cœur d’affection


D’amitié et d’amour pour toi
Et pour moi tu es devenu le meilleur
Mon héros, mon ami
Mon ineffable amour
Inconditionnel et indéfectible.
Avec toi, tout qualifiait le bonheur
Tout se pardonnait
Tout se supportait
Je t’aimais par-dessus tout,
De toute la nature
De toutes les œuvres d’art,
Rien n’était plus beau que l’amour
Quand je regarde ton visage pâle
Tes yeux qui par le passé étaient châtains
Lorsque j’observe ta bouche
Qui laisse toujours par toi sourire
Voir tes blanches dents…
Ô ! Mon héros,
Le merveilleux, le meilleur
Mon espoir, ma force et mon courage
Moi j’ai soif depuis que tu es parti.

55
FORME PRONOMINALE

Je me "mois" mais depuis rien ne va


Tandis que tu te "tois" toute en tuile
Et lui ton ami, il se soit de croco
Pourtant dans le sous-bois, nous nous nouons
Et là, vous profitez pour vous vouer vos crimes
Et les étudiants, les chômeurs, ils se pavanent sans succès.

LA-BAS

Pourquoi méprises-tu notre amour


Pourtant ton angoisse se nourrit de mon humeur
Tu veux fuir tes horizons pour là-bas
Pourquoi là-bas pourtant nous sommes bien au pays bas
Passion a dévoré ton esprit
Tourbillon a enflammé notre petit.
J’ai peur ?
J’ai peur !
J’ai peur.
De te perdre pour la ville là-bas
J’aimerais que tu me donnes une chance pour là-bas
Car je voudrais te rendre heureuse là-bas
Est-ce que tu m’aimes pour là-bas ?
Car je te vois là-bas.
Mais je reste en bas.

56
AMOUR FORT

Le temps est passé


Malgré qu’on s’est embrassés
Notre amour ne fait que m’enchanter
Pourtant toi tu ne fais que chanter
Je n’ai pas pu terminer cette histoire
Alors que tu te marres
Tu penses que nos chemins vont s’éloigner
Mais alors on ne fait que se rapprocher
Tu ne peux m’épargner
Car je t’ai cherché
On ne peut fuir son destin
En voulant faire le malin
Cet amour que je ressens pour toi
N’est-il pas la même chez toi ?
Tu penses me décevoir
Mais je suis en face comme un miroir
Présentement tu ne ressens rien
Mais ensemble nous serons bien

57
LES MAUVAIS MOMENTS

En ce moment je me sens bouleversé


Puisqu’on m’a blessé
Puisqu’on m’a pénétré
Puisqu’on m’a transpercé
Puisqu’on m’a vidé
Lorsque je ferme les yeux
Je ne veux point les ouvrir
Je ne veux point revivre
Car je ressens du dégoût
Je ne suis pas heureux
Car on me traite de peureux
Lorsque j’écoute cela je me sens malheureux
Où est-ce que je peux me retrouver si on me traite de piteux
La vie nous réserve de nombreuses surprises
Mais elle n’est pas éprise
Je veux bien la contenir
Pour qu’elle ne puisse s’enfuir

58
ENQUETES

Notre tueur était dans la pièce


Et vient de s’en aller
C’est un peintre
Un dessinateur
Un photographe
C’est un jeune homme grand
Il est fort et armé
C’était son amant
Son protégé.
Il est de cette famille
C’est un criminel
Un assassin
Un meurtrier
Il sait manier une seringue
Erreur fatale est sa signature
Pour tous ses crimes.
C’est notre homme
On le tient
Cherchons dans son passé
Qu’a-t-il fait ces dix dernières années
Il doit être un repris de justice
Une erreur de la loi.
Soldats ! Le criminel doit sortir de ses tripes.

59
COMME UNE FEMME

L’homme puis la femme pour achever la création


Pour accéder à la triangulation
Au début, l’homme est fait roi et chef
Il y a des présidents de partis et de républiques
Présidents d’associations et de jurys
Il y a des directeurs
Des chefs de familles et d’églises
Le mot Dieu lui-même est au masculin
Il ne sort pas du quotidien
Pour sa venue comme pour son départ
Il apparut mais en premier à la femme
Qui commençait à revendiquer
Sa place dans le cœur de Dieu
Et dès lors,
Il y a des femmes pour les affaires
Des femmes pour les présidences
Des femmes de directions
Des femmes d’églises
Des femmes chefs d’entreprises et chefs de bureaux.
Dieu reviendra c’est sûr
Mais s’il revenait en femme !
S’il revenait en femme pour lui dire
Le merci rayonnant qui réjouit tant de cœurs
Pour lui dire : merci femme !
Merci pour la vie dans la douleur
Merci pour la vie dans la misère
60
Merci pour la vie dans la solitude
Merci maman
Merci madame !

61
PAUVRE PAPA
À ma petite Nani

Il paraît que papa est mort


Mais quelle importance puisqu’il est déjà mort
Et que mes pleurs n’y changeront rien
Même si tous ses faits étaient bien.

Il paraît que papa est mort


Mais quelle importance puisque je suis son héritier
Et que je suis plus riche qu’un charpentier
Même si je dois partir pour le Grand Nord.

Il paraît que papa est mort


Mais quelle importance puisque je suis coupable
Et que les lignes écrites sont irremplaçables
Même si leurs larmes me donnent tort.

Il paraît que papa est mort


Mais quelle importance puisque maintenant je gémis
Et que mes larmes coulent sur son corps
Même s’il est déjà parti.

62
SUR LE CHEMIN

Hier, des arbres grands la recouvraient


Et l’ombrage de leurs feuilles m’abritait
Chaleureusement.
Pour me souvenir de cette époque
J’ouvre un square dans la ville
Où étaient plantés ces acajous.
Plus vite qu’un sprint,
Demain arrivera et la forêt suivra
Plus vierge qu’une fillette
Bien que très biologique
Pour prévenir la dégradation de la nature.

63
PETIT BOSQUET SOMBRE

Retrouve-moi au petit bosquet sombre


Où nous avons fait connaissance
Où ce jour de Noël tu m’as maintenu dans l’ombre,
Retrouve-moi comme toutes mes vieilles connaissances…

64
LA MAGIE

Il y a la mer qui vogue


Les flaques qui débordent,
Il y a du rouge en étoffe
La paille sur des murs
Des hommes
Des femmes
Des enfants !
Il y a une natte et des bouteilles
Des vides et pleines
Des os d’hommes et d’animaux
Un sorcier qui invoque les esprits
Et un homme qui les abrite dans son corps
Il y a la magie qui vogue dans les corps des patients
Il y a la magie qui détruit l’imagination des hommes
Des patients et du magicien.

65
PARTIE TROP TOT

Tu es entrée par effraction


Moi je suis arrivé par infraction
Parce que tu étais partie sans prévenir
Laissant nos parents tout tristes et forçant le sourire
À mon arrivée mais ton souvenir reste présent
Je n’ai pas de place dans leurs cœurs
Je suis chiffonné par le charabia de leurs sentiments arrangés.
Clairement, il n’y a pas d’amour !
Le lien du sang se détruit
Et le sang jadis dense qui unissait les frères
Est devenu moins épais que l’urine.
Ils parlent sans cesse de toi
Ils me blâment pour être né homme
J’ai fait tomber leur famille comme un flagrant déluge.
Je suis entré par infraction
Et si je reste là, je vais repartir en fraction.
Tous les jours, j’apprends sur moi
J’apprends sur mon père et ma mère
J’apprends sur mes frères et la terre
Mais c’est assez ! Je dois m’en aller pour sauver ma vie.

66
LITTERALE BEATITUDE

Voyant que je gardais les yeux ouverts


Sandras la femme mûre
La femme muette et silencieuse
Sandras se leva sans se hâter
Alluma la lampe tempête à mon chevet
Et éteignit la lumière crue du plafond
Et malgré toutes les conditions
Toutes ces précautions étaient inutiles
Tant le sommeil,
Un sommeil engourdissant m’envahit inexorablement
Comme pour m’obliger à faire le vide en moi
Je me sentais fatigué
Épuisé
Enchaîné
Emprisonné
Affaibli
Et je revoyais cet horrible accident
Qui a pris la vie de toute ma famille
Mon époux
Mes enfants
À cause de l’hésitation du conducteur
Le vide dans ma tête ne se fera pas cette fois
J’ai baigné dans mon sang
Celui de mon tendre époux
Celui de mes chers enfants
Ni les bains de lumière naturelle ou artificielle
67
Jamais produite ne me replongeraient
Dans notre littérale béatitude
Au milieu de ce que je pense être une multitude d’anges
Sans ailes ni vêtements blancs.
Ils s’extasiaient autour de moi
Rivalisant de civilités et de tendresses à mon égard
La compagnie de mon tendre époux était par défaut
Appréciable face aux scènes paradisiaques.
Et le docteur Sandras ne pouvait m’ôter
Ces beaux souvenirs de ma vie de couple.

68
DOCTEUR SANDRAS

Toujours est-il qu’un jour tu t’éveilleras


Sous des regards largement souriants de ton docteur
De tes amis
De tous ceux qui t’aiment et qui sont restés en vie
Et moi je suis là
Là avec toi nuit et jour
Bien que tu n’arrêtes de me voir d’un étrange regard
Moi qui tiens entre mes mains la vie
Le sort de ton sourire
Et là sans doute tu devras te faire un vide dans la tête
Qu’y a-t-il donc Hélène
Que se passe-t-il dans ta si belle tête
Ouverte que je ne peux ni voir ni toucher
Oublie un peu ton passé
Ce bonheur dépassé
Un élégant mensonge qui te condamne
Je connaissais parfaitement ton mari
Et j’ai vu naître tes cinq enfants.
Rien de formidable.

69
VISAGE FAVORI

Mon avenir comme ton visage dessiné


Comme les nervures sur les feuilles
Comme les branches du feuillage
Comme le silence transitoire de la nuit
Ta bouche quand tu ris
Ton sourire, la clarté de tes yeux
Ton regard chatoyant
Ta lèvre peu vulgaire
Tu es à ma mesure
Cisaillé dans l’épaisseur des flammes
La douceur de tes doigts, de ta peau
Celle de tes lèvres et de tes mots
Tu es un vase plein de gouttelettes d’eau
Voici donc qui est ma raison de vivre
De garder le sourire et d’avancer
Dans l’incertitude de l’obscurité de la nuit
Qui résonne à travers mon sang
Ma chair et mes os.
Mes adversaires dispersent ma vie
Tous me découpent en lamelles puis en fibrilles.
Mais ton amour rassemble mes côtelettes
Collecte mon sang, ma lymphe et ma salive
Et ton délice à chaque instant me recrée
Tel un cœur ses battements.

70
MES DESIRS

Entre clarté et volupté mon amour


Je prends à témoin la température de ta peau
L’empreinte de ta lèvre
Et l’angle de ton meilleur regard à la lumière
Je voudrais conquérir ton sourire
Mériter ta convoitise
T’appeler par mon nom et te prendre dans mes bras
Répondre par le plaisir à tous tes désirs
Effacer par du goudron les traces du vide
Où circulent les rivières de larmes que tu coules
Éloigner de toi la solitude
Et vaincre dans la guerre de succession
Qu’a lancée ton cœur par annonce médiatique.
Tu sortiras du labyrinthe où tu t’es perdue
Je te veux dans mes bras
À fleur de peau
Toute souriante.

71
IL Y A…

J’en vois tout le temps…


Il y a des brassées d’étoiles dans le ciel
Des poignants rêves en nous
Des chemins assombris par le soir
Il y a des imprévus chaque jour
La sueur des femmes courbées dans les champs
Pour les récoltes d’arachides
Il y a des impressions
Des inconnus
Des rendez-vous qui fusent de partout
Et encore des gens qui souffrent de fièvre
De faim puis de famine et de soif
D’amour et bien plus encore.

72
LA KRIBIENNE

Hier j’ai regardé devant moi


Dans la foule et je t’ai vue
Dans la poussière tu étais là
Dans la forêt aussi
Occupée à faire la cuisine
À tourner du bon couscous
Pour des hommes affamés
Venus d’une partie de ‘’Songo’o’’
Au bout de tous mes voyages, tu es la plus belle
Le ‘’Mamy-wata’’ du profond grand fleuve
Celui du bord de l’Atlantique
Entre mes bras je t’ai pris
Et dans mes rêves je t’ai vue t’arrêter
Tu es ma kribienne sortant de l’eau
En haute et basse marée.

73
CE QUE JE SAIS

Ce que je sais dans mon cœur


Dans ma tête et mes doigts
Ce que je sais par les caresses
Mon goûter et mon regard
Par mon courage et mes recherches
Qui pourrait le partager avec moi
Ces secrets toujours bien rangés en moi.
Seule ma plume avec moi les partage
Sinon nul autre ne les connaîtrait
Dites-lui merci.

JE VIS

Je ne vis pas pour moi


Ni pour me faire plaisir
Je vis pour toi comme tu l’as demandé
Je vis grâce à toi comme tu l’as recommandé
Je vis en toi comme tu l’as programmé
Dans la nuit, une étrange nuée aveugle mon âme
Par mon amour pour toi, j’étonne même les cieux.

74
UN DOCTEUR, SEPT VILLAGES

Aujourd’hui c’est notre tour


Le lundi est notre jour
Le docteur est ici
Les villageois se rendent au dispensaire.
Dans notre village, il est bien présent
Il repartira avant la tombée de la nuit pour un autre village.
Si j’écris les pensées que roulent les langues
De mes frères paysans, vous en seriez choqués
Ils sont pris de colère
Non, colère n’est pas le mot
Ils sont assaillis de fureur
De rage
Une folie désespérée
L’effroi.

FANTOME

Je remonterai du plus profond puits


De la terre magnétique
S’il le faut, je viendrai à bout de l’amour de la mort
De ce tombeau pour vivre à votre place
Je connaîtrai votre douleur,
Votre peine et votre sensibilité
Votre faim et tous vos problèmes.

75
INDIFFERENCES

Tu es riche et moi pauvre


Je suis orphelin et toi non
Tu as un emploi bien rémunéré
Tu as une famille bien à toi et pas moi
Mais tu es un homme comme moi
Quelqu’un de réfléchi
Un humain qui a des rêves
Des espoirs
Des exemples
Des modèles
Tu as un vécu une expérience
Comme moi
Et pourquoi nos songes sont-ils différents ?
Pourquoi n’identifient-ils que ceux que nous connaissons ?

76
JE RESTE MOI

Je suis né et j’ai grandi en Afrique


Un beau continent naturel
Je n’ai jamais pris l’avion ni le métro
Mais je vis
Je n’ai pas été à Paris, à Milan ni à Berlin
Je ne connais pas New-York, L.A ou Dubaï
Ces grandes villes lumineuses
Mais rien n’a changé
Je reste jeune, fier de mon manioc
De son travail, de son odeur et son goût
De la sauce jaune au taro pilé
De la boue sur mes chaussures.

77
MON QUARTIER

Ici c’est désolé


Tout est pourri, malsain et abîmé
Tout est aigu :
Les odeurs, les bruits
Ils n’y a pas de route
Pas d’énergie électrique
Pas d’eau de robinet potable
Tout est bruyant
Ah rien de beau
Rien de radieux
Toujours, il y a des garçons qui apportent le trouble
Les inspections policières
Les radars de douanes
Les contrôles qualité
Les descentes d’huissiers
Les ingénieurs en bâtiments et hydrauliques
Un tuyau s’est cassé et le quartier est trempé
Un de nos enfants essaye de se conduire comme un truand
Mais après son réchauffement, je regarde
Puis je vois à l’intérieur de lui
Comme une lumière au fond
Tout cela est une merveille
Ce n’est qu’un enfant, un innocent
Mais quelquefois j’ai peur aussi
Peur de savoir qu’il chemine avec un gang.
78
J’ai en lui trouvé quelque chose qui me rend heureux
C’est mille fois que de trouver
Quelque chose qui me rendrait opulent.

79
LE MARASME

Enfants, hommes et femmes souffrent et meurent


Meurent de maladies rares
Des maladies oubliées
Des maladies dont les effets sont tragiques
Dévastatrices et purement mortelles.
Nous en comptons le kwashiorkor
Le béribéri et le marasme
La poliomyélite et la diphtérie
La tuberculose et certains cancers
Et pourtant le vilain SIDA fait toujours la une des journaux
La maladie des infidèles
Une récompense qui déshonore
Nous avons faim et soif
Pas de caviar ni de pattes de lézards
Pas de vin ni de Saint James
Un buffet de rois
Mais de manioc notre subsistance
D’une agriculture qui émerge.

80
LES VOIES DE L’EMERGENCE

Les voies de l’émergence sont terribles


Bien aménagées
Bien dressées mais pas droites
Un système à plusieurs inconnus
Avec des équations et des inéquations
Dont certaines sont dotées d’un paramètre.
Il y a des incertitudes, on tâtonne et on essaye
L’émergence c’est le goût du risque
Un chemin qui ne mène pas forcement à Rome
Et sur cette route convaincante
Il faudra traverser les enfers pour atteindre le ciel.
Voici mes larmes qui couleront
Avec des dos d’ânes
La tragédie d’une population vieille
Qui enrichira les seuls étrangers.
Les voix de l’émergence sont toutes terribles.

81
TRAITRE

Tout le monde peut le voir


Sauf le trahi
Le cocu
Le voisin
Le cousin
L’ami
Un vrai ennemi pour le trône
La puissance
La tulipe
L’honneur
La jalousie s’installe après la convoitise
L’orgueil
L’antipathie
Les mensonges
La révolte
Le traitre.
C’est l’homme de main
Souvent très humble
Le plus serviable
Très beau et coquin
Très serviable et irréprochable
L’ange de lumière pourtant rebelle.

82
TRIOMPHE

Souvent il y a des gens qui souffrent


Ils connaissent la faim, la pauvreté
La famine, la peine
Les échecs, les maladies
Le désespoir et les tragédies
Toutes les formes de stérilité et de désert
Des visages arides et rudes.
Avec toutes certitudes,
Le soleil finira toujours par dominer à midi.
Tout pourra changer
Les deuils, les cris
Les pleurs et les douleurs
Juste les sourires,
La transparence
L’équité
L’égalité
La liberté
La démocratie.
La communion du père et du fils du père
Le Cameroun pourra devenir un modèle.

83
DIMANCHE

Dimanche c’est le jour de dieu


Ou des dieux s’il en existe plusieurs
Et personne ne peut le contester.
Un jour où les policiers quittent les banques
Un jour où les soutanes blanches s’installent à la caisse.

LA NUIT

Le buffet sur la table


Ronde de deux places
Tu es debout devant moi
Ton veston à la main
Tes chaussures sous le lit
Où moi je suis encore en sueur
Un plaisir inachevé
Mais la cerise a jailli du gâteau
Le travail t’appelle
Au revoir mon tendre amour.

84
DESCRIPTION

Là à la clôture vitrée
Sur les bords du monument
À la place du cinquantenaire
Mais lequel ?
Quel cinquantenaire se célèbre là
Les cinquantenaires,
La place des cinquantenaires je veux dire
Là immobile, là debout
À l’oblique et la main à la joue
Tout seul sans sou
À la place des cinquantenaires
Un jeune sans travail, déçu et abattu.

85
PREVERT

Pourquoi toi dis-moi grand homme


Qui croit
Qui croit croire
Qui grignotent avec des vestiges de plumes
C’est vrai je ne sais pas découper le poulet
Ni la perdrix et toute autre volaille
Mais je n’ai jamais donné des choses dangereuses
Ni les canons aux enfants
Pas même des enfants aux canons
Moi je cours
Parfois je vole
Pas pour venger qui que ce soit
Mais pour trouver mon pain et le manger.

LA FILLETTE

Il y va
Ouvre la porte
Attention ! La gamine va hurler
Silence ! Elle paye et il sort
Allume un cigare bien épais et s’en va.

86
LE DEUIL CONTINU

Tenus debout devant le bois


Sous le soleil de midi
Tous habillés en dimanche un vendredi
Et pourtant ! Certains toujours alarmés
Chantant les chants préparés depuis mercredi.
La guerre est finie
Pilate est mort
Judas s’est donné à la mort
Le tombeau s’est retourné sur lui-même
Comme une terre labourée
Mais le patron est toujours là
Bien sûr qu’il est mort mais il est là
Il ne titube pas pour dire au soleil de briller encore
Et de prendre la place de la lune.

87
VICTIME

Victime de l’air
Victime de l’Éire
Victime de l’aire…
Mort écrasé je le suis je le suis
Tout comme le messager et l’artiste
Il s’avance dans le temps et la durée
Dans l’histoire glorieuse qu’il a rédigée
C’est le mauvais vent qui souffle sur les palmes
Le mauvais vin de palme qu’on saigne
Mais ça aussi passera et l’on les reverra
Ils sortiront des gîtes et des abîmes qui les abritent
Surtout qu’ils défendent une cause qu’ils ne partagent pas
Charles, les pas des lâches continuent
De faire des victimes expiatoires
Qui comme toi ont jusqu’aux dernières gouttes
De sauces
De larmes
De sueur et de sang gardé
Sur leur épaules l’arme artisanale
Nous sommes tous victimes de notre odorat
De notre espace et de notre temps.

88
HOMOSEXUALITE

Certainement, vous ne serez pas appelés


Vous ne serez plus pris en compte
Dans mon pays on meurt debout
En combattant
En vainqueur
On meurt pour une cause juste
Bien que jeune nous avons un idéal
Une éducation
Une éthique
La morale
Nous sommes traditionnalistes
Et tant que mon pays sera,
Tant que la tradition se transmettra,
Tant que nos crevettes inonderont les berges du Wouri,
Certainement le Cameroun survivra.
Les enfants de ma terre vous diront non
Septiques
Assurés
Confiants
Nous dirons non à ce que nous trouvons sorcier
Mystique et diabolique
Des rapports qui ne produisent rien de fleurissant
Non au problème mystico-socio-sexuel
Qui dégrade les mœurs.

89
TESTAMENT DU GUERRIER

Dommage qu’il soit mort avant la fin


Dommage qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout
Mais rien de négligeable dans son testament
Sûrement, ton nom y figure
Peut-être le mien aussi
Mais c’est certain les jeunes y ont un héritage
Et nous irons en guerre pour nous battre.
Nous sommes jeunes avec nos idées et rêves
Notre hardiesse et notre énergie
Notre détermination et notre volonté
Nous sommes des universitaires
Nos livres, nos mots et nos maux le montrent
La guerre sera sage, elle changera les choses
Puisse Dieu nous venir en aide
Par sa sagesse et son efficacité
Afin de venir à bout des calamités qui guettent la jeunesse.

90
PAPA

Le grand homme est parti


Il est parti pour donner raison à la mort
Il a été pressé, oppressé et compressé
Certainement s’il était resté, il aurait été corrompu
Il s’est préservé
Il s’est protégé
Il s’est conservé
Il s’est exempté
Il s’est sauvé
Et a garanti son âme
Le sage, il a renoncé
Il a abandonné
Il s’est retiré
Écarté, éloigné, isolé.
Papa est mort grand
Papa est vainqueur
Papa est mort, c’est triste
Et des gens dansent, quelle joie !
Sa majesté n’est plus, il a su quitter
Demeurer loyal à notre culture
Notre refrain, le pivot
Centre d’intérêts
Notre politique
Notre sécurité.

91
LENDEMAIN MEILLEUR

Pour un lendemain meilleur,


La mort devra s’arrêter d’avancer
Les nombreux convois funèbres du vendredi
Bien que l’enrichissement des fleuristes freinera.
Dégager des entraves de la mortalité
Les enfants, les hommes et les femmes
Les nationalistes
Les hommes de la révolution
Les intellectuels
Les universitaires
Hommes de lois et de sciences
Hommes d’armes et d’arcs
Hommes de plateaux et de télé
Les fils de la nation
Fils de la mère patrie
Nourrisson de la mamelle chérie
Pourront après des altérités trouver la solution
Pour repousser les envahisseurs
Les espions
Les missionnaires
Les diplomates
Les escrocs
Des véritables chargés de missions
Les croque-morts qui savent encourager les grandes tragédies
Comme la dictature, le trucage et la famine
Les maladies, la pauvreté et le chômage
92
Les guerres et le terrorisme.
Le pays marque le pas sur place mais ne fléchira pas.

93
NOTRE DEMEURE

Ta niche, le chez toi


Ton bouclier, ta terre et tes cultures
Ta tradition et tes rites
Qu’est-ce qui t’a pris pour t’en aller
À plus de 6000 kilomètres et trahir ton sang
Que t’enseignent les mémoires des grands hommes
Celle de Ruben Um Nyobé
Charles Atangana
Félix Moumié
Celle de Mandela le prisonnier
Mandela le président
Que retiens-tu de l’histoire, de notre culture
Que ressens-tu là-bas
Te sens-tu comme chez toi au village
Où tu n’as pas d’énergie électrique
Où tu t’abreuves dans les marigots
Où tu fais ta marche sans chaussures
Qu’as-tu fait de la saveur du bon vin blanc
Du succulent Ndolè et du bâton de manioc
Et des terres léguées par tes aïeux
Dont tu dois surveiller les tombeaux.
Souviens-toi des cicatrices sur leur peau
Des cruelles traces de fouet
Et surtout de leur combat avant de proclamer
L’État du Cameroun.

94
LA PAIX

Savez-vous ce que c’est que la paix


La paix commence dans la tête
Tout est moral
Elle est spirituelle
Financière et stratégique
Personnelle et familiale
Mon pays est au bord de la paix
Économique, politique ou sociale
C’est une guerre même silencieuse
Un État aux opinions instables
Une échappée de maux institutionnels
Une réforme localisée
La priorité est aux hommes d’armes
Aux administrateurs, un personnel de cafouillage
Un méli-mélo.
Attention à ces mineurs qu’on enlève et qu’on arme
Par dizaines de mille chaque mois de l’année
Le père risque d’être banni par le fils.

95
IL NE FAUT PAS

Les enfants ne doivent pas jouer aux allumettes


L’Afrique
L’Asie
Les Juifs
Les Arabes
Les pauvres et…
Attention la terre est pétrolière
Riche de fer
Riche de bauxite
Riche d’uranium
Attention à vos enfants
Il ne faudra pas que les enfants enrichissent les métaux

96
97
TABLE DES MATIERES

Préface ..................................................................................... 7
Remerciements ...................................................................... 10
Sous l’étable .......................................................................... 12
Tutelle .................................................................................... 14
Exode rural ............................................................................ 16
Infidèle ................................................................................... 17
Paradis de douces vies ........................................................... 18
Lettre d’absence .................................................................... 19
Carrelle .................................................................................. 21
Je t’écrirai encore .................................................................. 22
Ngok Lituba ........................................................................... 23
Chef de protocole .................................................................. 24
L’écriture est le pouvoir ........................................................ 26
Mon rêve................................................................................ 27
Berceau natal ......................................................................... 28
Reviens ! ................................................................................ 29
Transpire comme tu peux ...................................................... 31
Avant de m’effacer ................................................................ 32
Je me souviens de ces temps ................................................. 33
98
Le renouveau ......................................................................... 35
Pourchassez l’ivresse ............................................................. 37
Mélanine ................................................................................ 38
Ma préface ............................................................................. 39
Jeunes de la nation ................................................................. 40
Je me présente ....................................................................... 41
Je tiens encore debout............................................................ 43
Prière...................................................................................... 44
Petit Aigle .............................................................................. 45
Oiseau et Femme ................................................................... 46
Ne plus jamais ....................................................................... 48
En guerre ............................................................................... 49
Isolement ............................................................................... 50
Grégoire ................................................................................. 51
Que me voulez-vous ? ........................................................... 52
Viens tout près ....................................................................... 53
Nous revoilà........................................................................... 54
Veuve..................................................................................... 55
Forme pronominale ............................................................... 56
Là-bas .................................................................................... 56
Amour fort ............................................................................. 57
Les mauvais moments ........................................................... 58
99
Enquêtes ................................................................................ 59
Comme une femme ............................................................... 60
PAUVRE PAPA .................................................................... 62
Sur le chemin ......................................................................... 63
Petit bosquet sombre ............................................................. 64
La magie ................................................................................ 65
Partie trop tôt ......................................................................... 66
Littérale béatitude .................................................................. 67
Docteur Sandras .................................................................... 69
Visage favori ......................................................................... 70
Mes désirs .............................................................................. 71
Il y a… ................................................................................... 72
La kribienne ........................................................................... 73
Ce que je sais ......................................................................... 74
Je vis ...................................................................................... 74
Un docteur, sept villages ....................................................... 75
Fantôme ................................................................................. 75
Indifférences .......................................................................... 76
Je reste moi ............................................................................ 77
Mon quartier .......................................................................... 78
Le marasme ........................................................................... 80
Les voies de l’émergence ...................................................... 81
100
Traitre .................................................................................... 82
Triomphe ............................................................................... 83
Dimanche............................................................................... 84
La nuit .................................................................................... 84
Description ............................................................................ 85
Prévert.................................................................................... 86
La fillette ............................................................................... 86
Le deuil continu ..................................................................... 87
Victime .................................................................................. 88
Homosexualité ....................................................................... 89
Testament du guerrier ............................................................ 90
Papa ....................................................................................... 91
Lendemain meilleur ............................................................... 92
Notre demeure ....................................................................... 94
La paix ................................................................................... 95
Il ne faut pas .......................................................................... 96

101
102
©PHOTO DE COUVERTURE :
Salvador Dali
MONTAGE ET IMPRESSION :
Éditions Soleil
editionssoleil@yahoo.com
Tel : (+237) 697 39 16 20
Juin 2019
103
104

Vous aimerez peut-être aussi