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Les impacts de la végétation en ville

Sur l’air, le climat et la santé

Conférence aménagement urbain et changement climatique


Loos – 11 février 2016

Marie-Amélie CUNY, Leslie VERROUGSTRAETE, Marine BROCVIELLE, Damien CUNY


Les impacts de la végétation en ville sur
l’air, le climat et la santé

• Les enjeux sanitaires


• Les rôles de la végétation
– vis-à-vis du climat
– vis-à-vis de la pollution atmosphérique : NOx, O3 et particules
• Les effets sur la santé
• Outils et actions
La ville : enjeux et contraintes
La ville : enjeux et contraintes
 Concentration d’activités, de bâtiments et d’axes routiers
Étroitesse des rues et hauteur des bâtiments
 Limitation de la diffusion des polluants

 Nombreuses surfaces imperméables, à faible albédo


Souvent peu de place pour la végétation
 Accumulation de polluants et de chaleur

Chauffage Activités humaines

-Oxydes d’azote, CO/CO2, COV


- Particules
- Précurseurs de l’ozone O3
Trafic routier
Existence d’un microclimat urbain
Les enjeux sanitaires

=> C’est en ville que vit


la majorité de la population
Les enjeux sanitaires liés à la pollution de l’air et l’augmentation des températures
Impacts sanitaires (mortalité/morbidité) liés à la pollution atmosphérique (PA)
 Effets à court terme (pics – impact sur population sensible)
Polluants gazeux (O3, NO2) et particules : associations significatives entre niveaux de pollution et
mortalité, notamment par affection cardio-respiratoire
Associations significatives entre PA et hospitalisations pour BPCO, asthme, insuffisance cardiaque,
infarctus myocarde, AVC

 Effets à long terme (chronique – impact toute population)


Lien entre exposition chronique à la pollution de l’air et l’incidence des maladies cardiovasculaires,
l’incidence du cancer du poumon, le développement de l’asthme chez l’adulte

Association positive entre distance à la route principale et bronchite asthmatique


 Vivre à proximité de routes fréquentées serait responsable de 15 à 30 % de nouveaux cas d’asthme,
de maladies pulmonaires et cardiaques
Impacts sanitaires (mortalité/morbidité) liés aux chaleurs urbaines
Coups de soleil, crampes, épuisement thermique, coups de chaleur
+ perturbation du repos nocturne et récupération
+ les pathologies respiratoires liées à la PA (Canicules  stagnation des masses d’air)
Personnes + vulnérables: travailleurs extérieurs, jeunes enfants, personnes âgées, souffrant de troubles
chroniques
Canicule de 2003 : 15000 décès supplémentaires /t à la mortalité habituelle de cette période en France
(coups de chaleur, hyperthermie, déshydratation)
Sources: INVS (2008),CAFE (2005), Programme européen APHEKOM, Morgenstern el al (2008), INRS, INSERM,INVS
Les coûts sanitaires
Coûts sanitaires liés à la pollution atmosphérique

Coût global de la pollution de l’air sur la santé en France : entre 20 et 30 Md €


- entre 20 et 24 Md € pour les PM10 en 1996
- entre 28 et 30 Md € pour les PM2,5 en 2000

Évaluation du coût sanitaire en France lié à la pollution


particulaire en Milliards d’euros (Md € )
 Dépenses de santé, absentéisme, perte de bien-
être
 Les décès représentent la part la + élevée de ces
dommages:
- entre 16 et 18 Md € pour expo aux PM10 en 1996
- entre 20 et 22 Md € pour expo aux PM2,5 en 2000

 Données issues du Projet APHEKOM


-Gain de 6 à 22 mois d’espérance de vie dans 25 villes européennes si respect des valeurs guides des PM2,5
(10 μg/m3), soit un bénéfice de 31,5 Mds d’€
-Vivre à proximité du trafic routier serait responsable de 15 % des asthmes de l’enfant, avec 1 coût associé
de 300 M €/an (10 villes européennes)

Sources:MEDDE
Face à ces enjeux, quels peuvent être les rôles
de la végétation en ville ?
La végétation en ville : des formes et des intérêts écosystémiques variés

Les 6 services écosystémiques en milieu urbain :

Traitement de l’air
Régulation micro climatique

Réduction du bruit
Drainage des eaux de pluie
Parc Charles Bertin à Douai
Traitement des eaux usées Toiture végétalisée (
(ville-douai.fr)
Activités de loisirs au jardin.org)

Alignement d’arbres à Lyon (paysagisme.com)

Jardin des Géants à Lille - Murs végétalisés


(panoramio.com
La végétation permet de réduire l’îlot de chaleur urbain
Impacts locaux de la végétation Impacts sur l’effet de serre

CO2
O2

l’ombre des arbres l’évapotranspiration la photosynthèse


Réduit la température au l ’ eau est transférée du sol vers contribue à limiter l’effet de serre en
sol et à la surface des l’atmosphère, ce qui rafraîchit l’air piégeant le CO2
bâtiments.
des températures locales de l’ordre de 1 à 5 oC , pouvant être reliés à la présence de végétation
Modélisations à Tel Aviv: rafraîchissement lié à la présence d’arbres −> - 4 oC
MAIS seulement -1,3 oC dans certaines rues au trafic élevé

Influence de plusieurs paramètres :


le type d’espaces verts et de végétation plantée (jardins publics, particuliers, parcs…)
leur surface : effet + important si surface 
MAIS les petits espaces et alignements ont aussi leurs effets!!

la circulation de l’air rafraichi par la végétation est primordiale


=> optimisée par la diversité et la disposition de la végétation
Source : Dimoudi et Nikolopoulou, 2003 Susca et al., 2011, Shashua-Bar et Hoffman, 2002 ; Shashua-Bar et al. 2000 ; Scherer, 2007 ; Rosenfeld et al., 1995
Effets de la végétation sur le climat urbain
Les toitures végétalisées peuvent jouer un rôle complémentaire
Modélisation dans des rues encaissées à Londres ou Montréal :
- de - 1,7 à 2,1 oC sur les toits des bâtiments si les murs sont végétalisés (lierre)
- de - 3 à 3,8 oC si les murs et les toitures sont végétalisés (herbacées et lierre).

 baisse optimale de température au niveau des toits et à l’intérieur de ces rues en végétalisant à la
fois les toits et les murs des bâtiments

D’autres facteurs interviennent: Disposition des rues, taille des bâtiments,


type de revêtements de surfaces:

 De la baisse de température de 2 à 4 oC
en associant
augmentation de la surface urbaine végétalisée
(au sol et sur les bâtiments)
ET
augmentation de l’albédo des matériaux
(bâtiments et rues)
Photo : Garrido Marion (IAU IDF).

Sources : Akbari, 2002 ; Ip et al., 2010 ; Jo et Mc Pherson, 2011


Effets de la végétation au niveau des bâtiments
Les plantes grimpantes rafraîchissent l’intérieur des bâtiments pendant l’été
= (- 4 à 6 degrés en été au niveau des façades).

L’ombre des arbres permet de réduire les besoins en climatisation dans les bâtiments.
=>  de la consommation d’énergie et des émissions de polluants atmosphériques.

augmentation de la surface urbaine végétalisée en centre-ville


(x 0,065, latitudes moyennes 25 à 45 °N)

baisse des coûts de climatisation


(-3 à 5%)

Mais augmentation des coûts de chauffage en hiver…


donc les arbres à feuilles caduques sont plus indiqués (frêne, ginkgo, peuplier, tilleul).

Les arbres ont un effet brise vent qui réduit le taux d’infiltration de l’air extérieur.
L’effet brise vent est meilleur avec des haies d’arbres à feuilles pérennes.

Sources : Akbari, 2002 ; Ip et al., 2010 ; Jo et Mc Pherson, 2011


Exemples d’études françaises: projet EPICEA
Exemples d’études françaises: projet VEGDUD
Impact de la végétation sur l’effet de serre

Séquestration du CO2 par les arbres


variable en fonction de l’espèce, l’âge, la hauteur et le diamètre:

peuplier hybride (Robusta x Siouxland) de 20 m de haut de 33 ans: 29,6 kg /an


pin blanc et 13,6 m de haut de 34 ans :15,2 kg/an
frêne vert de 11 m de haut: 10,8 kg /an

Programme « MillionTreesNYC » : 1 million d’arbres plantés à New-York


(en plantant chaque année 100 000 arbres, pendant 10 ans – 2007 à 2017)

 selon les estimations : les 100 000 arbres plantés pourront capter un
maximum de 1500 T de CO2/an, soit 15 kg de CO2 /an/arbre.
Impact de la végétation sur la pollution atmosphérique
 Effets directs via l’absorption/adsorption des polluants par les végétaux (ex. PM, O3, NOx..)

 Effets indirects via le rôle « climatiseur » des végétaux : diminution des émissions liées aux
climatisations et chauffages

Absorption par les stomates


Dépôt en surface
Rugosité, poils, cires

P
P
P
Particules
Oxydes d’azote,
Absorption Ozone , CO2
(taille,
solubilité…) Polluants gazeux hydrophiles et/ou
La végétation est souvent de faible poids moléculaire
une étape transitoire.
Piégeage dans la cuticule cireuse
Schéma : Cuny & Cuny, 2014

Remises en
P COV
suspension P HAP
Lessivées
P

Polluants gazeux lipophiles et/ou de


haut poids moléculaire
Dépôt au sol

Sources : Nowak et al., 2006 ; Santamouris et al., 2001, Cuny & Cuny, 2014
Impacts de la végétation sur les NOx.
Fumigations en laboratoire:
Sur plus de 200 espèces végétales (herbacées, arbustes, arbres)
Parmi les espèces à forte capacité d’assimilation : peuplier noir
Modélisation
Travaux de modélisation:
Absorption des NOx par les arbres et arbustes évaluée à 97 800 T/an sur
l’ensemble des USA

Pour une centaine de R.pseudo-acacia plantés le long d’1 km de route


assimilation de 9,4 kg/an
Photo: APPA NPC NB: émissions de NO2 par véhicule = 10 kg/an.

Des effets très faibles mais significatifs de la présence d'arbres sur la diminution des [NOx].
Les espèces à feuilles caduques apparaissent plus efficaces

Recouvrement des murs et des toits des bâtiments et des routes du bassin de Los Angeles
avec du pétunia (26è/217 plantes testée en fumigation)
 assimilation de 16 000 T /an, soit 3,1 % des émissions annuelles liées au trafic

Recouvrement de 20 % des toitures des locaux commerciaux et industriels de Détroit avec


du Sedum  diminution des concentrations de NO2 dans l’air de près de 900 T/an

Sources : Grundström et Pleijel 2014 ; Morikawa et al. 2003 ; Nowak et al. 2006 ; Takahashi et al. 2005.
Congrès Paysage Urbanisme et Santé -26 novembre 2014
Impacts de la végétation sur les NOx.

- toitures végétales
20 % des toitures des locaux
commerciaux et industriels de
Détroit recouverts de Sedum

Diminution de 889 tonnes par an des


quantités de NO2 dans l’air
Clark et al. 2005 et 2009
Différentes espèces de Sedum (sources internet)
Toiture végétale sur le toit de la Ford Motor Compagny
à Dearborn, Michigan; (Brad Rowe, 2010)

 Espèce la + pertinente ?

Recouvrement des murs et des toits des bâtiments et des routes du bassin de Los Angeles avec
du pétunia (26è/217 plantes testée en fumigation)
 assimilation de 16 000 T /an, soit 3,1 % des émissions annuelles liées au trafic
Impacts de la végétation sur les particules
Effet de la couverture végétale (arbres + végétation rase)
En G.B. : estimation de l’effet de l’augmentation de la couverture végétale totale
 du couvert végétal de 3,7 à 16,5 % =>  des concentrations moyennes de PM10 de 10%
soit une élimination annuelle de 110 t/an.

 du couvert végétal (+ 54%) =  [PM 10] de 30%, soit élimination de 200 T/an.

Santiago du Chili : variation de la couverture végétale


 Du couvert végétal de 12 à 26% =>  [PM 10] de 59 à 84 µg/m3

Plantes grimpantes
Hedera helix , (façades des bâtiments historiques) est capable de fixer PM 2,5 et PM1 µ
 rendement de 2,9.10 10 particules par m2 de lierre.

Végétation herbacée
Mise en évidence de la fixation des PM
et particules ultrafines par la végétation herbacée

Photo: Cuny & Cuny, 2014


Toitures végétalisées
2000 m2 d’herbes non coupées : jusqu’à 4000 kg de particules atmosphériques piégées
 soit 2 kg par m2 d’herbe sur la toiture végétale.
Sources : Cuny et Cuny 2011, Escobedo et Nowak, 2009 ; Johnson et Newton, 1996 ; McDonald et al. , 2007 ; Nowak et al., 2006 ; Rowe, 2011 ; Sternberg
et al., 2010 ; Weber et al., 2014.
Les effets des végétaux en villes ont-ils été évalués
d’un point de vue sanitaire ?
Impacts de la végétation sur la santé
Bénéfices liés à la présence de végétation

  de l’activité physique
  de la pression artérielle et de l’obésité surtout chez les enfants
 bien-être psychologique

Mais…

 Risque d’allergies lié à l’émission de pollens d’espèces potentiellement allergisantes


 Effet néfaste lié à l’utilisation de produits phytosanitaires (cancers, maladies
neurodégénératives…)

Augmentation constante des allergies :


 X2 allergies respiratoires en 20 ans (pays industrialisés)
 X3 des allergies aux pollens en France en 25 ans

En France, + de 10 % de la population allergique aux pollens

Prévalence + élevée chez les adultes jeunes que chez les enfants et
les personnes âgées, et varie d’une région à l’autre.
7 % enfants 6-7 ans
18-20 % enfants 9-14 ans
31-34 % adultes
(ANSES, 2014)
Un exemple de ce qu’il ne faut pas faire
Une forêt de bouleaux (arbre très allergisant) au cœur d’un îlot urbain :

800 bouleaux ont été plantés en plein cœur d’une grande ville française
dans les jardins d’un quartier nouveau à proximité de l’Hôtel de région.

D’après OMS,2003
Institut National de Santé Publique du Québec,2013

Source : Google map images


Une balance coût / bénéfices qui reste à affiner
Végétalisation du centre urbain de
Melbourne passant de 15% à 33%
=>  du taux de mortalité du à la
chaleur de 5% à 28%.

Végétalisation de 25% de la surface


d’une zone de 10 km x 10 km du
centre de Londres = fixation de 90,4
 tonnes de PM10
Pollens PA => 2 décès et 2 admissions
Schéma : RNSA Pesticides ICU hospitalières par an

-Coût sanitaire des pollinoses Gains sanitaires aux USA les plus
dépenses pour le diagnostic, les importants pour  PM2,5 et d’O3 :
traitements et consultation, mais  moy. nationale de 850 décès
aussi absentéisme, perte d'efficacité évités (de 184 à 1634 en
au travail: fonction des états concernés)
 10 Mds francs (1998)  Economies 6,8 Md$ /an (de 1,5
soit 1,5 M € à 13 Md$ en fonction des états).
 392 M € ( 2004-2008)
Quid des gains sanitaires et économies
liés aux autres effets de la végétation en ville
????

 Les projets de végétalisation des villes nécessitent donc des réflexions concertées prenant
en compte leurs conséquences sanitaires et environnementales.
Sources : ANSES, 2014; Chen et al, 2014; Nowak et al, 2013 & 2014 ; Tiwary et al., 2009.
PROJET VIVACES : Recensement d’outils: exemples de guides

Guide gestion de la végétation sans


produit phytosanitaires (Plante&Cité)
Guide « Végétation en Ville »
(RNSA)

Fiche conseil pour végétaliser


la ville (atmo)

Guide « Prise en compte du risque allergique


Dossier en ligne sur Guide de gestion différenciée
dans la gestion des espaces verts »
www.appanpc.fr (Natureparif)
(ARS Aquitaine)
Merci de votre attention

Contact:
marie-amelie.cuny@appa.asso.fr
damien.cuny@univ-lille2.fr