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RESISTANTS
21e R.M.V.E.
1er BMVE
12-2-2021

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1 Mardiros ABRAHAMIAN GR 16 P 1995
Né le 01-05-1912 à Karpouth (Turquix) Recrutemenx Valence (26). Mort pour la
France le 28-06-1946 (Pleikin, Tonkin) Né en 1912 à Karpout (Turquie) Statut
militaire Grade sergent Unité 4e bataillon de montagnards - 1re brigade d'Extrême-
Orient mention Mort pour la France tué au combat

2 Itoc ABRAMO de Szlama SER (Charles SER.:VICI . GR 16 P 2016


Né le 15-10-1909 Kischinef (Roumanix) Recrutemenx SBC (75) Mle 5566. §d Libéréx
Déporté

3 Simon AGRANAT GR 16 P 4130


AGRANAT, Simon. Né le 20-12 1908 au Caire Égyptx Recrutemenx SBC) mle 5468.

4 ==Paul ALTERESCO§d GR 16 P 990.


Né le 04-02-1907 à Ploplana (Roumanix) Recrutemenx Versailles. Déporté Libéréx.

5 Nachman ANGHERT GR 16 P 13821


Né le 03 ou 05-01-1914 à Bervade ou BERSAD, (Ukraine) (Russix) Recrutemenx SBC
(75)

6 ==Samuel ANKER§d GR 16 P 14155


Né le 27.10.1902 à Zakliczyn. (Polognx) Recrutemenx SBC (75). Déporté Résistant
Buchenwald. Mle 43364. Libéréx le 11/04/1945. 13e cie de Pionniers.

7 François ARAK GR 16 P 15882


ARAK, François. Né le 02-11-1906 à Budapest (Hongrix) Recrutemenx SBC (75).

8 Javierre ARCAS†d GR 16 P 16161


ARCAS JAVIERE, Ramiro né le 30.07.1917 à Boltana. (Espagnx) Recrutemenx Tarbes
(81). Faisait partie du convoi de déportés parti le 3 juillet 1944 de Toulouse et arrivé
au KL de Dachau le 28 août 1944. Arcas Javierre Ramiro né le 30/7/1917 (!) est
blessé au cours de mitraillage du train à Parcoul-Médillac. Il meurt à l’hôpital de
Bordeaux le 19/07/1944. MPFXd. Déporté résistant.

9 Edouard AREVIAN GR 16 P 16612


Né le 03ou 05.07.1914 Istanbul. (Turquix) Recrutemenx Perpignan (66).
Épisode de la vie au camp de Barcarès raconté par Édouard Arevian :
« La première affaire du triangle », Képi blanc numéro 490, mai 1989
L'affaire Pechiney-Triangle est un scandale politico-financier de la fin des années
1980. Il s'agit d'une OPA faite par le groupe français Pechiney sur la société
américaine Triangle. Plusieurs personnalités politiques et du monde des affaires y
ont écopé de peines de prison pour délit d’initié.
Edward Arevian né à Istanbul, Turquie, fils d’un agent de change fait ses études
à Paris dans la fin des années. Il quitte en 1939 la Turquie, sa famille et un métier
d’ingénieur électronicien et s’engage au 21e R.M.V.E. « pour partager avec le
peuple français les mauvais jours, puisque j’avais partagé avec lui tant de bons

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moments. » À la fin du conflit, il monte une affaire d’éclairage, Fluorescence, dans
la banlieue de Clermont-Ferrand. Elle était florissante et comptait lorsqu’il se retira,
deux usines et six cents employés.
La première affaire du triangle, fin 1939 à Barcarès est humoristique et n’a pas
réveillé les foudres de la justice. Les volontaires sont arrivés au Barcarès où l’ambiance
est excellente. Ils apprennent le métier militaire. Un jour, vers midi, on réunit la
Compagnie au rapport : « Que tous ceux qui savent jouer de la musique se assent
connaître. Il leur sera accordé une permission de trois jours pour allerchercher leur
instrument à leur domicile ! » « Moi, dit un soldat, je joue du saxophone. » Le nom
est noté en vue de l’établissement de la permission, « Je joue du clairon, moi de la
flûte, moi du violon. » Pour la première fois de ma vie, je regrette d’avoir été un cancre
en solfège et de ne pas avoir l’âme d’un musicien. Soudain, j’ai un éclair de lucidité
« Sergent, je suis musicien ! » « Quel instrument ? » - « Le triangle ». Mon nom est
inscrit sur la liste. Au baraquement, c’est la franche rigolade, surtout lorsque j’avoue
que je suis incapable de différencier le la du sol. Quelques jours plus tard, matin de
ma permission, je débarque à Paris. Inutile de vous décrire la foire mémorable de ce
séjour dans la capitale. Toutefois en farfelu organisé, je suis allé chez un commerçant
de ma connaissance, place Dancourt. Il fabriquait des saxophones. Je lui ai fait part
de ce que je désirais. Trois jours après, muni de mon triangle, je reprends le train en
direction de Perpignan. Le voyage de retour s’effectue dans un profond sommeil. Ma
première occasion de dormir depuis le début de ma permission à Paris ! La section
m’attendait avec curiosité.
Quelques jours plus tard, il y eut une réunion des musiciens dans une baraque,
dénommée pompeusement « salle de musique ». Il y avait beaucoup de monde.
Celui que je détectai comme le chef de musique avait probablement beaucoup de
talents. Cependant, Espagnol d’origine, son vocabulaire n’excédait pas une dizaine
de mots. Pour s’expliquer avec les musiciens, il disposait d’un adjoint, également
espagnol, ayant quelques notions de Français. L’interrogatoire était assez laborieux,
entre ce que l’on comprenait et ce que l’on croyait avoir compris. Le candidat était
invité à jouer quelques notes d’une partition. Après quoi, il restait dans la baraque.
Dans le cas contraire, il devait quitter les lieux, emportant son instrument sous les
bras.
Vers l’heure de la soupe, compte tenu des explications franco-espagnoles
auxquelles s’ajoutait la difficulté de ceux qui ne parlaient ni français ni espagnol (je
crois qu’il y avait cinquante-deux nationalités au 21e R.M.V.E.), nous fûmes
convoqués pour le lendemain. La nuit fut quelque peu agitée. J’avais fait une bêtise,
je me demandais quel en serait le prix à payer. Les musiciens se retrouvèrent
exactement dans les mêmes conditions que la veille. Beaucoup de palabres. Puis vint
mon tour. Je n’ai pas souvenir de l’importance qui était accordée à ma personne et
à mon curieux instrument. Quoique parlant l’espagnol, je pense que, vu la situation
ambiguë, il était préférable de ne pas « ramener ma fraise ». De surcroît, alors que
je parlais couramment le français, je fis semblant de manier cette langue avec
difficulté. Bref, j’essayais de mettre le plus d’atouts de mon côté afin de me réserver
une éventuelle porte de sortie. Après une conversation, à l’aide du traducteur, qui
traduisait ce qu’il voulait faute de comprendre ce que je lui disais (je ne lui facilitais
guère le travail), il fut convenu qu’aucun essai pratique ne pouvant avoir lieu en solo
avec un triangle, je participerais à l’audition générale, lors d’une prochaine réunion.

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Ce jour-là vint, hélas… Avez-vous remarqué combien les évènements que l’on désire
retarder se précipitent vers vous avec une rapidité déconcertante ? Le chef de ce qui
allait devenir une excellente clique avait sa mine des grands jours. Le traducteur qui
ne traduisait pas grand-chose était là. Je crois qu’il avait trouvé une bonne planque
pour échapper aux corvées. Des partitions furent distribuées. Pour ma part,
j’arborais un air entendu. J’acquiesçais aux réflexions des uns et des autres. Dame,
on était entre musiciens ! Je me trouvais justement à côté d’un jeune architecte
hongrois, qui jouait du violon. Il était de ma Compagnie, même section. J’avais un
jour, dans la chambre, fauché son archet. Je l’avais planqué. Le pauvre garçon le
cherchait partout, suppliait qu’on arrête cette blague idiote et qu’on le lui rendît. Je
n’avais rien trouvé de mieux que de raconter qu’on avait perdu l’archet d’ARCHIE.
Cela faisait rire les copains, pas du tout notre pauvre architecte. Revenons aux
choses sérieuses. Le chef de la clique prit un tour de commandement que je ne lui
connaissais pas. Cela ne correspondait pas, en effet, à ma conception du musicien,
dont je faisais, dans mon imagination, un personnage doux et calme. J’entendis enfin
« Losse tamboursses y losse claironesse a drots », « Losse trombosses y todosse
losse ostrosse a gausse. » Prudemment, je restai au milieu. Puis, solennel, il tonna
« A moné mandématé gardebou. »
Je n’en croyais pas mes oreilles. C’était de la musique, de la bonne musique, grâce
au langage international de cet art. J’ai toujours eu un faible pour la musique
militaire. Je fus tiré de ma rêverie, la musique s’était soudain arrêtée de jouer. Je
regardai le chef. C‘est moi qu’il regardait « Alors que faites-vous ? » je balbutiai
quelques mots dont j’accentuai l’incohérence. Nous recommençâmes tout à cause
de moi, n’ayant aucune idée du moment où la musique s’était arrêtée. Je guettai ce
que je croyais être l’instance propice. Je me décidai à taper un grand coup dans le
triangle. Catastrophe, la musique s’arrêta sur un signe du chef. Il vint vers moi, me
prit par le bras et me conduisit vers la sortie. Puis il ferma la porte soigneusement.
Probablement de crainte que je revienne.

10 Salvator ASSAEL
Né le 01-05-1912 à Salonique (Grècx) Recrutemenx Bordeaux (33). Incorporé le 21-
10-39. Caporal, appartenant à la section de commandement de la 10 e Cie (3e
bataillon). Il n’a pas été fait prisonnier. Revenu des armées le 21 juin 1940, il est
affecté au groupe d’unité de passage (n°2506) le 21 juin 1940 au camp de Septfonds
(Tarn-et-Garonne). Démobilisé le 18 août 1940 par le centre démobilisateur de
Caussade (Tarn-et-Garonne).
Communication de son fils Jacques : Bonjour Monsieur Blitte,
Merci pour votre message. Effectivement Édith m'a appelé aujourd'hui et nous
avons fait le point sur nos connaissances communes de cette époque et de la vie de
nos pères. Je n'ai pas entendu parler de Sam ni de Félix Assael. Il y avait plusieurs
familles portant notre patronyme, essentiellement à Salonique et Smyrne (Izmir). Il
y a peut-être des ancêtres communs, mais nous n'avons plus d'archives et je n'ai pu
remonter qu'à mes arrières grands parents. Les archives d'état civil ont été
confisquées par les nazis, récupérées à la libération par les
Russes et sont actuellement stockées à Moscou.
Je vous communique ci-après les informations que j'ai déjà fournies à Édith, cela
vous permettra de vous faire une idée plus précise de la vie de mon père à cette

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époque. Il m'en a longuement parlé lorsque j'étais enfant, mais je m'y intéressais
bien moins que maintenant et je regrette de ne pas lui avoir posé des questions dont
je ne connaîtrai probablement jamais la réponse.
J'ai bien connu des camarades de régiment de mon père, qu'il a continué à
fréquenter de nombreuses années après la fin de la guerre. Je me souviens en
particulier d’Albert et Salomon Calderon (deux frères) Marcel Hassid, Isaac Halevy,
Sam Alcalay... Je possède quelques documents militaires et quelques photos. Mon
père s'appelait donc Salvator Assael. Il est né en 1912 à Salonique. Son père, décédé
en 1936 et que je n'ai donc pas connu, était courtier en terrains et sa mère, décédée
un an avant ma naissance était sans profession. J'ai quelques informations sur la
famille de mon grand-père et sa nombreuse fratrie, mais je ne sais absolument rien
de ma grand-mère, je ne possède que deux photos où elle apparaît. J'ai retrouvé il y
a plusieurs années des cousins à Salonique, nos arrières grands-pères étaient frères.
Papa a quitté Salonique et définitivement la Grèce au moment de la crise de 1929.
Il est parti rejoindre sa sœur aînée et son beau-frère qui commerçait au Guatemala.
Il est rentré à Bordeaux quelques années plus tard. Je sais qu'il a été vendeur sur des
marchés.

Il s'est engagé volontaire en 1939 au 21e R.M.V.E. (La Tramontane) il avait encore
la nationalité hellénique. Les différents récits que j'ai pu lire sur le net relatant
l'histoire de cet éphémère régiment sont parfaitement conformes à ce qu'il m'a
raconté. Sur le blogue d'Édith figure un témoignage de Suzanne Koutachy, parlant
du « jeune et fringant caporal Salvator A. ». Ça ne peut être que lui. Il était en effet
caporal. Mon père m'a parlé de son ami Joseph Koutachy qui était peintre. J'ai même
chez moi un portrait de ma mère qu'il a réalisé. Après « l'armistice », mon père a
vécu de petits boulots dans le commerce dans la région bordelaise/Pyrénées. Au
moment des rafles organisées par Papon, il a vu son nom sur une liste de personnes
« convoquées » à la Préfecture de la Gironde. Un ami lui a conseillé de ne pas s'y
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rendre. S'il y était allé, je ne serais pas là pour vous le raconter. Il a vécu la période
de l'occupation en se cachant et en utilisant de faux papiers (il se faisait appeler
André Servais, né à Montbéliard). Des cousins plus âgés que moi évoquent un
épisode rocambolesque durant lequel il s'est échappé par les toits au moment d'une
rafle. Je crois qu'il n'aimait pas beaucoup parler de l'époque de l'occupation qui a
été très douloureuse pour lui, comme pour d'autres. Heureusement il s'en est sorti.
Il a connu ma mère à cette époque à Nice. Le couple a vécu alternativement à Nice
et à Paris, arrivant tant bien que mal à passer à travers les mailles du filet. Il a
appartenu à la Résistance. Je ne sais pas s'il est possible d'obtenir des informations
sur ses activités à cette époque. J'aimerais bien. Après la libération, il a épousé ma
mère en 1947 et a demandé et obtenu la nationalité française. Je suis né en 1948.

11 AUDIBERT Jean-François. .GR 16 P 21908


Réseau Roger Buckmaster. Né le 05.10.1913 Libourne Gironde. ŸFDX, Libourne,
Gironde. Lieutenant appartenant à la C.A. 3 (Noté CA 1 dans organigramme
Aubagne, sans doute affectation antérieure... Cité 3 juin 1943 : « Officier calme et
plein de sang-froid. N’a cessé de montrer depuis le début des hostilités un entrain
admirable, une valeur franche et un mépris absolu du danger. En mai 1940, au canal
des Ardennes et pendant les successives de décrochage du mois de juin, a su
entretenir dans son unité un allant extraordinaire et un bel esprit de dévouement et
de bravoure. Le 14 juin, à Verrières, est resté jusqu’à l’extrême limite des moyens
appuis de feux d’une unité chargée de protéger le repli du 3e bataillon et a facilité
son décrochage. »

12- Jsaac AVIGDOR GR 16 P 24467


Né le 07.02.1907 à Andrinople (Turquix) Recrutemenx SBC (75).

13 Pedro AVILES . GR 16 P 24503


Né le 29.03.1913 ou 1915 à Nerja, (Espagnx) Recrutemenx Perpignan (66).

14 Benjamin AVRAM GR 16 P 24615


Nè le 08.01.1910 à Bucarest (Roumanix) Recrutemenx SBC (75).

15 Davydas BADASAS§d David BADACHE GR 16 P 26497


Né le 28-04-1909 à Vilnuis (Lithuanix) Recrutemenx Caen (14) —> BADACHE David
Liste N 16. Déporté par le convoi parti de Compiègne le 6 juillet 1942. Parcours
Flossenbürg-Auschwitz (Gleiwitz), Libéréx 25/1/1945. DAVYDAS BADASSAS : Certains
documents le désignent comme Badasas Davydas ; forme lithuanienne des noms
instaurée en 1921 lors de la reconnaissance de l’État de Lithuanie. Né à Vilno le 28
avril 1918, il quitte la Lithuanie pour fuir un service militaire qu’on voulait lui imposer
à 17 ans comme brimade antisémite. Il vient en France faire des études de chimie. Il
obtient son diplôme d’ingénieur avec mention « très bien ». Avec l’appui d’amis
fortunés, il monte une petite usine de fabrication de peinture et de vernis dans le
alvados (14). Au moment de son arrestation, il est domicilié au 216 rue Caponnière,

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à Caen (14). Marié, il est père de deux enfants.
Ayant fait la campagne de 1939-1940 au 21e régiment de marche des Volontaires
étrangers, il rentre chez lui après la défaite, bien décidé à poursuivre la lutte contre
les nazis. Comme la loi l’y oblige, il se déclare comme Juif à la préfecture et reçoit
l’étoile jaune. Ingénieur chimiste de formation, il se fait engager comme ouvrier
peintre sur l’aérodrome de Rocquencourt, près de Caen, occupé par la Luftwaffe. Il
y observe les mouvements et les emplacements des avions et des leurres pour les
transmettre à un réseau de Résistance : son contact est le secrétaire du commissaire
de Caen.
LE PREMIER DÉRAILLEMENT : dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien
Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille
à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village
d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte
28 morts et 19 blessés allemands. L’armée d’occupation met en œuvre des mesures
de représailles importantes, prévoyant les exécutions massives d’otages et des
déportations. Le préfet du Calvados. Il obtient un sursis en attendant les conclusions
de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou
communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.
LE DEUXIÈME DÉRAILLEMENT : dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un Deuxième
déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand
signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au
nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée
d’occupation. Au soir de l’attentat, à partir de listes de communistes et de Juifs (130
noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant, commence
une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec
quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes
au moins sont arrêtés dans le Calvados et sont conduits en différents lieux de
détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenus en
détention ont le statut d’otages. Badache a l’intention de rejoindre la Grande-
Bretagne, via l’Afrique du Nord, en profitant d’un congrès, prévu le 10 mai 1942,
pour quitter le pays. Mais, le 2 mai, la police française vient le chercher à son
domicile, en son absence. Pensant ne rien avoir à craindre, il se rend au commissariat
pour questionner son contact dans la Résistance. Là, il est arrêté comme Juif : il
figure sur une liste d’arrestations exigées par la Kommandantur de Caen à la suite
du déraillement d’un train de permissionnaires allemands à Moult-Argence (Airan).
Au commissariat, il voit arriver le cheminot Georges Auguste, interpellé à la gare
de Caen en descendant de sa locomotive. Ils sont « emmenés à la Maison d’arrêt ».
Le 3 mai, remis aux autorités d’occupation, il est conduit au « petit lycée » où sont
rassemblés les otages du Calvados. Le 4 mai au soir, Badache est inclus au groupe de
48 détenus arrêtés dans la première rafle. Ils sont conduits à la gare de marchandises
de Caen pour être transférés au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu
(Oise, 60) administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122. Polizeihaftlager) ;
ils y arrivent le lendemain, 5 mai en soirée. David Badache est interné dans le camp
« juif ». Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague
d’arrestations, moins importante, a lieu les 7, 8 et 9 mai (19 le 9 mai). Le préfet ayant
cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement
opérées par la Wehrmacht.

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Au total plus de la moitié des détenus sont, ou ont été, adhérents du Parti
communiste. Un quart est désigné comme Juif, la qualité de résistant decertains
n’étant pas connue ou privilégiée par les autorités. Des auteurs d’actes patriotiques,
proches du gaullisme, sont également touchés par la Deuxième série d’arrestations.
Tous passent par le « petit lycée », contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis
Hôtel de Ville) où ils sont rapidement interrogés. Les 8 et 9 mai, 28 otages
communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine, 93) pour la plupart
(trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen. Les
otages juifs du Calvados ne partent pas dans le convoi de représailles du 5 juin 1942,
constitué uniquement de détenus juifs de Compiègne.
Entre fin avril et fin juin 1942, David Badache est sélectionné avec plus d’un millier
d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés
comme Juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées
de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de
Hitler) La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera
déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié
des otages juifs du convoi). David Badache est déporté comme otage juif. Le 6 juillet
1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de
Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train démarre une fois
les portes verrouillées, à 9 heures 30. Le voyage dure deux jours. N’étant pas
ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, David Badache est enregistré au camp souche d’Auschwitz
(Auschwitz-I) sous le numéro 46304 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras
gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont
entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers
7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis
dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire,
ils sont envoyés dans différents Kommandos.
Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations,
moins importante, a lieu les 7, 8 et 9 mai (19 le 9 mai). Le préfet ayant cette fois
refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la
Wehrmacht.
Au total plus de la moitié des détenus sont, ou ont été, adhérents du Parti
communiste. Un quart est désigné comme Juif, la qualité de résistant de certains
n’étant pas connue ou privilégiée par les autorités. Des auteurs d’actes patriotiques,
proches du gaullisme, sont également touchés par la Deuxième série d’arrestations.
Tous passent par le « petit lycée », contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis
Hôtel de Ville) où ils sont rapidement interrogés. Les 8 et 9 mai, 28 otages
communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine, 93) pour la plupart
(trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen. Les
otages juifs du Calvados ne partent pas dans le convoi de représailles du 5 juin 1942,
constitué uniquement de détenus juifs de Compiègne. Entre fin avril et fin juin 1942,
David Badache est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme
communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme Juifs dont la
déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance
communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).La plus
grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera

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déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié
des otages juifs du convoi). David Badache est déporté comme otage juif. Le 6 juillet
1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de
Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train démarre une fois
les portes verrouillées, à 9 heures 30. Le voyage dure deux jours. N’étant pas
ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, David Badache est enregistré au camp souche d’Auschwitz
(Auschwitz-I) sous le numéro 46304 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras
gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont
entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers
7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis
dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire,
ils sont envoyés dans différents Kommandos.
Le 13 juillet, après cinq jours passés par l’ensemble des « 45 000 » à Birkenau,
David Badache fait partie de la moitié du convoi qui reste dans ce camp en
construction, choisi pour mettre en œuvre la « Solution finale » ; un contexte plus
meurtrier. Cinq jours après son arrivée, il est affecté avec Aimé Obœuf au
déchargement de wagons de ciments arrivant de Belgique. Il entend des kapos
polonais exprimer leur volonté de liquider les Français. S’étant déclaré comme
comptable de profession, il est affecté au Block 4 (magasin d’habillement). Il
témoignera avoir observé de Belgique puis ce Block, Himmler venant assister au
début du fonctionnement du Krematorium II, début mars 1943. Sa connaissance
parfaite de l’allemand et du polonais (il parle douze langues et dialectes) facilite son
intégration dans le camp. Atteint de la malaria, puis du typhus, il est extrait du Block
7, celui des mourants, par son chef de Block polonais qui le cache et le fait soigner.
À la mi-mars 1943, son statut de «
Mischlinge » (père protestant et mère juive) figurant dans son dossier, lui fait
attribuer le triangle rouge des politiques. Au même moment, il est transféré à
Auschwitz-I avec un premier groupe de dix-sept « 45 000 ». Il est ainsi le seul détenu
déporté comme juif interné au Block 11 pendant la quarantaine.
À la mi-août 1943, il est parmi les « politiques » français rassemblés (entre 120 et
140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une « quarantaine ».
Exemptés de travail et d’appel extérieur, les « 45 000 » sont témoins indirects des
exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du
camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11. Le 12 décembre 1943,
à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et
après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils
sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.
David Badache est alors affecté au Block 12, TWL (Kommando de ravitaillement
pour l’armée) avec sept autres Français, dont Aimé Obœuf. Le 15 mai 1944, les
connaissances professionnelles qu’il a manifestées amènent les S.S. à le transférer
au camp de Plaszow, à l’est de Cracovie. Il y est employé à des travaux de recherche
en chimie alimentaire au Kommando de recherche en chimie de l’École supérieure
des mines, dépendant de l’Université de Cracovie.
Courant octobre 1944, il est transféré au KL Flossenburg, pour intégrer le
Kommando des ingénieurs chimistes. Il est ramené à Auschwitz le 16 janvier 1945.
Le 17, c’est l’évacuation du camp, à pied, jusqu’à Gleiwitz, à l'ouest de Katowice.

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Devant l’avance de l’Armée rouge, les S.S., qui ont fait embarquer les déportés
dans des wagons à charbon à destination de l’Allemagne, les font descendre en
lisière d’une forêt et fusillent la majeure partie de ses camarades. Il réussit à se
cacher.
Libéré le 23 janvier 1945 par les Soviétiques, il s’occupe du centre de
regroupement des étrangers, jusqu’au 30 avril, date à laquelle il est rapatrié, depuis
le port d’Odessa, par un bateau anglais. Avec Jules Polosecki, ils sont les seuls
rescapés de la « liste juive » du convoi. De retour en France, David Badache relance
son entreprise. Homologué comme « Déporté politique », il est titulaire de
nombreuses décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, croix de Chevalier, puis
d’Officier du Mérite social, Dévouement et services rendus à l’Humanité, officier
d’Académie de l’Éducation nationale, inscription au Livre d’Or de la Médaille
d’Europe, Croix d’honneur de la Société française d’Éducation civique, croix de
commandeur du PAHC. Dans les années 1980, avec la création du Musée Mémorial
de Caen pour la paix, il s’engage dans la défense de cet idéal, notamment en
accompagnant les jeunes dans le cadre d’un jumelage de sa ville avec Würtburg, en
Allemagne. Sur la suggestion d’André Montagne, il obtient des autorités locales
l’installation d’une plaque rendant hommage aux otages caennais et calvadosiens
arrêtés en mai 1942 avant leur transfert à Compiègne. Celle-ci est inaugurée le 26
avril 1987, en correspondance avec le 45e anniversaire de cette rafle d’otages. Le 6
novembre 1991, devant le tribunal correctionnel de Caen, il témoigne contre deux
anciens élèves de l’École d’ingénieurs de la Ville ayant diffusé des idées
négationnistes.
David Badache décède le 3 octobre 1999. Il existe une place David Badache à
Caen, quartier de la Folie-Couvrechef. Sources : — De Caen à Auschwitz, par le
collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire
vive, éditions Cahiers du Temps. Cabourg (14390) juin 2001, pages 7, 20, 33, 36, 68,
69, 96, 97, 99, 100. — Claudine Cardon-Hamet. Triangles rouges à Auschwitz — le
convoi politique du 6 juillet 1942. Éditions « Autrement », collection mémoires, Paris
2005, pages 74 et 75, 361 et 394.
— Jean Quellien (1992) sur le site non officiel de Beaucoudray, Résistance et
sabotages en Normandie. Éditions Corlet.
— Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; relevé
des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été
inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus
immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué).
Sabotages — La résistance en Normandie Badassas Davydas, Caen, 216 rue
Caponière...
Chapitre premier
Trois heures trente du matin. Dans la nuit profonde de ce 16 avril 1942, le train
Maastricht-Cherbourg vient de traverser la gare de Mézidon et s'engage sur la
longue ligne droite qui mène vers Caen. Donnant toute sa puissance, la locomotive
fonce à plus de 90 kilomètres à l'heure, tirant derrière elle dix wagons bondés de
soldats de la Wehrmacht revenant de permission. Les hommes somnolent
paisiblement, bercés par le rythme régulier des bogies. Ouézy, Cesny-aux-Vignes...
Airan ! Brusquement, la lourde machine à vapeur vacille, quitte la voie, laboure
furieusement le ballast sur près de 60 mètres avant de s'immobiliser, entraînant

13
dans sa course folle le tender et les premiers wagons qui se télescopent dans un
fracas épouvantable.
Le choc est terrible, le bruit hallucinant. Puis le silence retombe brutalement sur
la campagne normande, bientôt rompu par des cris et des gémissements. Des
hommes sortent en titubant des voitures, les yeux hagards. Des corps gisent sur le
talus ; des blessés râlent. Le premier moment de stupeur passé, les secours
s'organisent à la lueur des lampes. Alerté à 3 heures 55, le chef de gare de Moult-
Argences, avertit immédiatement la gendarmerie de la commune, distante de
quelques kilomètres seulement de l'endroit du déraillement. La brigade est
rapidement à pied d'œuvre pour aider les soldats allemands à dégager les victimes.
Au commissariat central de Caen comme à la préfecture, le téléphone sonne en
pleine nuit. Les autorités administratives et policières du département, brutalement
tirées de leur sommeil, s'habillent à la hâte et gagnent sans retard le lieu du drame.
À l'hôpital de l'avenue Clémenceau, occupé par l'armée allemande, c'est le branle-
bas de combat ; des ordres gutturaux résonnent dans les couloirs et les escaliers
Grands bruits de bottes et de moteurs. Les ambulances partent en trombe.
Alors que le jour commence à poindre, la voiture du préfet Henri Graux traverse à
vive allure la bourgade d'Airan. Les habitants sont sur le pas de leurs portes, mornes
et soucieux. L’aube se lève. Aux points kilométriques 222 + 0,25, règne une agitation
intense. Au milieu des brancardiers qui achèvent d'évacuer les blessés en direction
de Caen et des équipes de traction de la SNCF venues déblayer la voie, la police
s'affaire. Le commissaire central Courtin et le commissaire aux renseignements
généraux Radiguet, le visage grave, s'entretiennent avec le capitaine Hübner,
commandant de la Geheimefeldpolizei. Le parquet a immédiatement envoyé sur
place le juge d'instruction Jacobsen. Dès son arrivée, le préfet, flanqué du directeur
départemental de la santé, s'informe auprès du docteur Mayer, adjoint du
Feldkommandant et lui offre l'aide des services sanitaires français. Dans les
premières lueurs du jour, on perçoit maintenant l'étendue des dégâts. La
locomotive, son tender et le premier wagon sont couchés à flanc de talus. Le
mécanicien et le chauffeur, deux cheminots du dépôt de Caen, n'ont été que
légèrement blessés. Les deux wagons suivants, à caisse en bois, ont été littéralement
pulvérisés. De leurs débris ont déjà été retirés une vingtaine de cadavres et autant
de blessés graves. Quelques corps n'ont pas encore été évacués. Le Quatrième
wagon est complètement renversé, tête en bas ; l'avant du cinquième enjambe le
déblai. La seconde partie du convoi a beaucoup moins souffert. La sixième et la
septième voiture n'ont que très légèrement déraillé.
Les trois dernières sont restées sur la voie. Les premières conclusions de l'enquête
sont parfaitement évidentes : c'est un sabotage ! Un rail, long de 18 mètres et pesant
900 kilos, a été ripé d'une vingtaine de centimètres vers l'intérieur ; tous les tire-
fond, dévissés, sont restés là, pêle-mêle, sur le ballast ; les éclisses reliant le rail aux
autres ont été déboulonnées. Malgré des recherches minutieuses aux alentours de
la voie et dans les prés environnants, aucun outil n'a été découvert, pas plus que le
moindre indice concernant les saboteurs.
L'affaire est particulièrement grave. La réaction allemande peut être terrible.
Aussi tous les moyens doivent-ils être mis en œuvre pour retrouver les coupables au
plus tôt. Les meilleurs limiers de la Troisième brigade de police judiciaire de Rouen,
dirigés par le commissaire Dargent, sont attendus d'un moment à l'autre. Paris a

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immédiatement été mis au courant des faits. Le commissaire divisionnaire Delgay, le
chef de la première brigade de la PJ, accompagné par plusieurs de ses hommes,
s'apprête à quitter le Quai des Orfèvres pour le Calvados afin de prendre en main la
direction des opérations.
En milieu d'après-midi, ce dernier arrive à la gendarmerie d'Argences où
l'attendent ses collègues. Au même moment, le préfet Graux, qui vient d'être
convoqué d'urgence, pénètre dans l'Hôtel Malberbe à Caen, siège de la
Feldkommandantur 723.
Face à lui, le lieutenant-colonel Elster. Un homme déjà âgé, les cheveux en brosse,
presque blancs ; les traits du visage sont énergiques, le menton volontaire, les yeux
bleus très clairs et durs ; Autrichien de naissance, il a servi autrefois sous l'empereur
François-Joseph.
Depuis 1940, il exerce la responsabilité de Feldkommandant pour le département
du Calvados. S'il n'est pas nazi, il n'en cultive pas moins un profond dédain pour les
Français, « des barbares qui portent les lapins par les oreilles et les poules par les
pattes » ! Tour à tour hautain, brutal ou obséquieux avec ses interlocuteurs, il se plaît
à les houspiller à la moindre occasion. Gardant un calme étonnant, mais d'un ton
sec, il notifie au préfet les premières décisions prises par le Militärbefehlshaber in
Frankreich.
De lourdes sanctions sont à attendre ; elles devraient être décidées dans les
heures à venir. Mais dans l'immédiat, vingt civils français devront désormais
accompagner tous les convois ferroviaires allemands entre Cherbourg et Amiens. La
mesure entrera en application le soir même à 19 heures.
Dix-huit heures trente, dans le hall de la gare de Caen. Les premiers « otages »
sont là, désignés à la hâte dans la population caennaise. Parmi eux des
commerçants, des ouvriers, des fonctionnaires, un cadre commercial, un étudiant et
deux employés de préfecture. Destination Amiens, et après quelques heures de
repos, direction en sens inverse vers Cherbourg et enfin retour à Caen. Si tout se
passe bien, ils seront rentrés dans 72 heures. Des policiers municipaux leur
distribuent une musette de victuailles. Pour trois jours de route : 1 kilogramme 350
grammes de pain, 300 grammes de viande froide, un saucisson, trois boîtes de
sardines, une tablette de chocolat, une crème de gruyère, un litre de vin et un demi-
litre de café en bouteille thermos. Compte tenu des circonstances, il ne leur sera pas
demandé de tickets de rationnement en échange. Bien faible consolation ! La femme
du préfet est là, en sa qualité de présidente du Comité départemental des œuvres
de guerre, distribuant sourires crispés et cigarettes.
Le voyage se passera sans encombre jusqu'à Amiens. Mais à peine descendus du
train, les otages ont été emmenés directement en prison par des Feldgendarmes.
Simple « malentendu », un coup de téléphone au préfet de la Somme permettra de
les faire libérer rapidement. Dix-sept avril 1942, conférence au sommet à la
gendarmerie de Moult-Argences. Les recherches policières s'orientent vers une piste
bien précise et les principaux responsables de l'enquête confrontent leurs points de
vue.
Un train de marchandises est passé sans encombre à Airan vers 3 heures du matin,
le 16 avril. Même si les saboteurs ont commencé à agir avant, l'essentiel u travail a
eu lieu après, soit en moins de 40 minutes ; il n'a dû être achevé que peu de temps
avant l'arrivée du Maastricht-Cherbourg.

15
Le coup a été monté et exécuté avec précision. Pour le commissaire Delgay, il ne
peut être que l'œuvre de plusieurs hommes, quatre ou cinq sans doute ; des
spécialistes du sabotage sur voie ferrée ; certainement des communistes de
l'Organisation Secrète. Son collègue de Rouen acquiesce. D'ailleurs d'autres actes du
même genre ont déjà eu lieu dans sa circonscription : près d'Harfleur le 26 mars, à
Préaux le 10 avril, sans parler du déraillement d'un train de marchandises à Pavilly
en octobre 1941. Tous ont été commis à peu près de la même façon : détirefonnage
complet d'un rail, partiel pour l'autre, dés-éclissage et ripage pour détruire le
parallélisme. Certains de leurs auteurs ont été découverts. Effectivement des
communistes appartenant à l'O.S. Ce n'est pas un coup d'essai non plus dans le
Calvados, ajoute le commissaire de Caen. Dans la nuit du 22 au 23 mars, une
tentative a eu lieu à Bellengreville, à cinq kilomètres de là. Le déraillement a été évité
de justesse grâce à un tire-fond récalcitrant ; le rail n'a pas pu être suffisamment
déplacé. C'est un cheminot qui a découvert le sabotage dans l'après-midi suivant.
Il reste que les coupables ne seront pas faciles à identifier. Premiers interrogés,
les habitants de la région de Moult, Airan, Argences n'ont remarqué aucune allée et
venue suspecte dans les jours et les heures précédant l'attentat, pas plus que les
conducteurs des cars amenés à traverser la région. Les gardiens des postes SNCF les
plus proches n'ont rien vu. La garde-barrière du passage à niveau, pourtant à
proximité immédiate du lieu du sabotage, affirme n'avoir pas même entendu le bruit
du déraillement.
Dix-huit avril 1942 : la presse nationale se fait l'écho de la grande information du
jour : le retour au pouvoir de Pierre Laval. Le maréchal Pétain l'avait écarté sans
ménagement en décembre 1940, pour confier peu après la responsabilité du
gouvernement à l'amiral Darlan. Sous la pression allemande, particulièrement vive,
il a dû faire machine arrière et rappeler auprès de lui l'homme de Chateldon. Pour
la majorité des Calvadosiens, résolument anglophiles et profondément
antiallemands, cette nouvelle ne dit rien qui vaille. Elle signifie l'accentuation d'une
politique de collaboration presque unanimement réprouvée. Seul objet de
satisfaction, la désignation d'un homme du cru, particulièrement populaire dans les
milieux ruraux, Jacques Leroy-Ladurie, « Mait'Jacques », à la tête du ministère de
l'Agriculture et du ravitaillement.
Mais, en ce 18 avril, le préfet Henry Graux a d'autres motifs d'inquiétude. Le matin
même, deux détenus de la prison de Caen ont été fusillés par les Allemands, à titre
de représailles, dans une cour de la caserne du 43e régiment d'artillerie. Maurice
Levasseur, 22 ans, et Marcel Kerelo, 27 ans, avaient été condamnés quelques mois
auparavant par la Section spéciale de la Cour d'Appel de Rouen à six ans de travaux
forcés pour « activités communistes ».
L'après-midi, le préfet assiste aux obsèques des soldats allemands tués l'avant-
veille et transmet, au nom du gouvernement français, ses condoléances au Général
de la Wehrmacht qui préside la cérémonie. Sous les tièdes rayons d'un soleil
printanier, un imposant cortège quitte l'hôpital Clémenceau pour le cimetière voisin
de la route d’Ouistreham. Recouverts du drapeau à croix gammée, vingt-huit
cercueils portés à bras d'homme, suivis d'un long ruban vert de troupes d'infanteries
avançant au bruit sourd et cadencé des bottes frappant l'asphalte.
Surmontant le son voilé des roulements de tambour, la musique régimentaire
joue la traditionnelle marche funèbre de Beethoven. Avec son chef de cabinet, le

16
préfet est le seul civil au milieu d'une grande profusion d'officiers allemands detous
grades.
Il parvient difficilement à masquer son trouble. D'autant que depuis quelques
heures, il connaît les décisions prises par le Général von Stülpnagel, commandant
militaire en France occupée ; elles sont particulièrement dramatiques. Par voie
d'affiches et de presse, la population va bientôt en prendre connaissance :
« AVIS.
Le 16 avril 1942, sur la ligne de chemin de fer entre Amiens et Cherbourg, des
criminels ont fait dérailler un train de la Wehrmacht allemande. Il y a eu des morts
et des dégâts matériels. À cause de cet attentat, il est ordonné que dès aujourd'hui,
dans tous les trains de la Wehrmacht allemande, un assez grand nombre de civils
français doivent voyager.
AINSI, CHAQUE ATTENTAT CONTRE LES LIGNES DE CHEMIN DE FER MET LA VIE
DES FRANÇAIS EN DANGER.
Pour expier cet attentat, il est ordonné ce qui suit :A — POUR LE DÉPARTEMENT
DU CALVADOS :
La circulation des véhicules et des personnes est interdite entre 19 heures
1) 30
2) et 6 heures ;
2) Tous les restaurants doivent être fermés à 18 heures ;
3) Tous les établissements d'amusement, cinémas, théâtres et autres resteront
fermés ;
4) Toutes les réunions sportives et toutes les autres réunions sont supprimées.
B — DE PLUS, IL EST ORDONNÉ :
5) Que 30 communistes, juifs ou d'autres personnes adhérentes au milieu des
malfaiteurs seront fusillés ;
6) Que pour le cas où le criminel ne serait pas retrouvé dans les trois jours à partir
de la publication de cette ordonnance, l'exécution de 80 et la déportation à l'Est de
1.000 communistes, juifs ou d'autres sujets adhérents au milieu criminel, auront
lieu.
Saint-Germain-en-Laye, le 18 avril 1942 Der Chef der Militärverwaltung Bezirkes
K.A. » Certains journaux locaux, comme Ouest-Éclair et le Journal de Normandie se
borneront à reproduire le communiqué allemand. D'autres croiront devoir y ajouter
quelques commentaires personnels.
« Une affreuse catastrophe s'est produite, écrit ainsi Le Bonhomme Normand ; eh
bien ! Ça, ce n'est pas la guerre ! Voyons ! L'Allemagne et la France ne se battent
plus et même en action belligérante, faire sauter ainsi un train de non-combattants
ne serait pas un fait d'armes bien reluisant. D'autant que ceux qui l'ont accompli
auraient dû se douter des conséquences qu'il pouvait entraîner. » Le rédacteur en
chef de La Presse caennaise, Crétin-Vercel, chaud partisan de la collaboration, est
plus véhément encore : « Quand un sabotage est commis dans une nation qui ne
combat pas, il constitue un crime odieux autant qu'une stupide provocation.
Trouvera-t-on les malfaiteurs qui se sont réunis pour cette action nocturne ? On ne
peut que le souhaiter, car on constaterait sans doute qu'ils portent des noms en —
ski ou en — off et qu'ils n'ont pas de sang français dans les veines et on saurait à
quelle obédience exacte ils appartiennent, on doit l'espérer pour que seuls des
responsables soient châtiés... Le sabotage de Moult ne se place pas par hasard à la

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veille de la prise de pouvoir de Pierre Laval. Ses inspirateurs comme ses auteurs
voulaient créer des difficultés à la politique nouvelle et forcer les représailles qui
alourdissent l'atmosphère. Leur jeu est trop grossier pour durer longtemps ! » Mais
pour l'heure, l'enquête ne progresse guère, en dépit des moyens considérables qui
ont été mis en œuvre : une vingtaine d'inspecteurs, plusieurs centaines d'agents et
de gendarmes... sans compter la police militaire allemande.
Comme les premières investigations se sont révélées infructueuses dans la région
même du sabotage, les recherches ont été étendues à Caen et dans une bonne
partie du Calvados, en premier lieu dans tout le Pays d'Auge. Pas moins d'un millier
d'hôtels, de garnis ou de meublés ont été systématiquement visités. Des milliers de
fiches compulsées. Plusieurs centaines de suspects font l'objet d'une vérification
poussée de leur identité et de leur emploi du temps. En pure perte !
Dès l'aube du 17 avril 1942, des dizaines d'anciens militants communistes ou
sympathisants ont été perquisitionnés. « Aucune arrestation n'a été effectuée et l'on
n'a pas découvert le moindre tract », déplore un commissaire. Il est vrai que depuis
plusieurs mois, on a pris l'habitude de ces visites policières matinales et désormais
des précautions sont prises. C'est compter sans l'acharnement d'un policier
rouennais, le commissaire Nazareth, qui s'est déjà distingué à plusieurs reprises par
son ardeur à pourchasser les résistants en général et les communistes en particulier.
L'un d'eux, employé à la Société Métallurgique de Normandie, est arrêté par ses
soins quelques jours plus tard. Il se nomme Émile Leconte, dit « Mimile ». Or
quelque temps auparavant, le démantèlement d'un groupe communiste en Haute-
Normandie avait révélé que l'un des responsables clandestins du parti pour le
Calvados, dont on ignorait le reste de l'identité, portait ce prénom. Le
rapprochement est peut-être un peu hâtif ; néanmoins, l'homme sera transféré vers
Paris, à la direction centrale des renseignements généraux, en vue d'un
interrogatoire approfondi.
Le mardi 21 avril 1942, un gigantesque coup de filet est lancé à la gare de Caen.
Les sentiments des cheminots sont bien connus et on n'ignore pas que la Résistance
a fait de nombreux adeptes parmi eux. Sous la conduite d'officiers de police
judiciaire, une nuée de policiers investit simultanément les ateliers du dépôt et les
locaux des différents services. Ouvriers et employés doivent subir une fouille sans
concession. Mécaniciens, chauffeurs et conducteurs sont littéralement cueillis sur
les quais à l'arrivée des trains et soumis au même traitement. Voitures, fourgons,
voitures-restaurants sont inspectés de fond en comble. Rien ! Seule la visite des
vestiaires du personnel apporte une satisfaction, bien mince il est vrai Dans le
placard d'un individu nommé Louis Allard, ajusteur, un gardien de la paix a découvert
un tract. Une piste enfin ? Pas vraiment. Car il s'agit d'un tract gaulliste intitulé
« Prière du soir » et commençant par ces mots : « Notre de Gaulle, qui êtes au
feu... » Aucun rapport sans doute avec l'affaire d'Airan. Qu'importe, l'homme est
placé en garde à vue et la Geheimefeldpolizei viendra quelques heures plus tard en
prendre possession.
Parallèlement, on s'intéresse aux voyageurs ayant transité par les gares de Caen,
Lisieux ou Mézidon. Mais comment en retrouver la trace ? Les préposés aux guichets
et les contrôleurs sont interrogés en vain. Bien sûr, ils en connaissent certains.
Quant aux autres... Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Les
bicyclettes et les moto bécanes enregistrées pour leur transport comme les billets

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délivrés sur présentation de carte de réduction permettent bien de glaner le nom de
quelques personnes ; mais toutes sont rapidement mises hors de cause. Les
descentes de police dans les débits de boisson et les interpellations sur la voie
publique ont beau se multiplier, aucun élément nouveau n'est découvert. Dans les
campagnes, les gendarmes visitent sans désemparer toutes les communes,
interrogent, contrôlent... sans plus de résultat.
Il faut se rendre à l'évidence : les coupables seront très difficiles à appréhender.
Or, le temps presse. Les autorités allemandes n'ont laissé que trois jours pour les
retrouver. Passé ce délai, de nouveaux otages seront exécutés et des centaines
d'autres prendront le chemin de la déportation. Tout au plus le Feldkommandant a
t-il accepté de reporter le début de ce compte à rebours tragique au 20 avril 1942.
Le préfet Graux a résolu de jouer toutes les cartes. Téléphonant À Paris au préfet
Jean-Pierre Ingrand, chargé de représenter le ministère de l'Intérieur de Vichy en
zone occupée, il lui suggère d'intervenir personnellement auprès de Pierre Laval. À
l'occasion de l'avènement de son nouveau gouvernement, celui-ci pourrait peut-être
obtenir une mesure de clémence du Militärbefehlshaber ; ce qui aurait pour effet,
précise-t-il à son interlocuteur, « de favoriser le développement d'une politique de
rapprochement franco-allemand ».
Le 21 avril en fin de matinée, la réponse arrive à la préfecture du Calvados. Le
secrétaire général la note d'une main fébrile : « Le Président Laval revient de Vichy
en automobile cet après-midi et se rendra directement au Majestic pour intervenir
au sujet des 80 otages ». L'espoir renaît.
Mais en attendant, l'enquête ne doit pas se ralentir. Les Allemands ont décidé de
lui donner une nouvelle impulsion. Ils ont fait paraître dans la presse un avis
promettant le rapatriement de prisonniers du Calvados en l'échange d'informations.
Sur ordre des autorités d'occupation, le préfet a lui-même été contraint d'offrir une
récompense de 100.000 francs à toute personne susceptible de fournir des
renseignements qui aboutiraient à la capture des saboteurs. Depuis lors, des lettres
anonymes pour la plupart, s'amoncellent sur le bureau du commissaire central de
Caen.
L'une d'elles retient particulièrement l'attention des policiers. Elle met en cause
un cantonnier des Ponts et chaussées, André G., domicilié à Airan. L'homme, au
cours d'une conversation avec un certain M., aurait prononcé les paroles suivantes :
« Je sais que les ponts sont minés ; je les ferai sauter au moment propice. J'ai ramené
d'Angleterre une lampe qui peut servir à faire des signaux aux avions... Il n'est pas
difficile de se procurer les outils nécessaires et de faire dérailler un train en
déboulonnant un rail... Si les Allemands savaient ce que j'ai fait contre eux, je
mériterais d'être fusillé. »
Las, une rapide enquête ne tarde pas à montrer que la dénonciation n'est qu’une
basse vengeance de la femme M., ancienne maîtresse du cantonnier, éconduite par
son amant quelques semaines plus tôt. Et c'est le mari infortuné en personne qui
innocente son rival... et camarade de beuverie. Tous deux ont l'habitude de taquiner
la bouteille et, l'alcool aidant, il leur arrive de se laisser aller à quelques propos
antiallemands... et à des vantardises bien imprudentes. L'inspecteur dépêché à Airan
a tôt fait de conclure : « Les renseignements recueillis sur G. sont bons. Ils sont
nettement défavorables sur la femme M., qui est de mauvaise conduite, médisante

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peu intelligente et vicieuse. Il est de toute évidence que dans les propos qu'elle prête
à G., il y en a qui sont absolument invraisemblables ». Affaire classée !
Tout comme le cas de cet habitant de la rue de Vaucelles, à Caen, dénoncé comme
« communiste » ... par sa femme en instance de divorce ; ou de cet homme,
demeurant non loin de là, rue de Falaise, victime de la même accusation, proférée
cette fois par une voisine avec laquelle il entretenait de mauvais rapports depuis de
nombreuses années. Comme l'esprit de vengeance, l'appât du gain délie les langues.
Un bourrelier de Glos, près de Lisieux, rapporte avoir reçu la visite de deux hommes
inconnus dont le comportement lui avait paru louche.
Ils se disaient agents d'assurances et ils lui avaient posé des questions sur les
fermiers des environs. Une épicière de Beuvillers a remarqué dans son magasin trois
jeunes gens « au type étranger », parlant cependant très correctement le français.
En quittant sa boutique, ils s'étaient dirigés vers le passage à niveau de la ligne Paris-
Cherbourg. Airan a beau être situé à 30 kilomètres de là, on ne sait jamais... Une
autre lettre met en cause les réfugiés espagnols d'un centre d'hébergement situé
près de Sées, dans l'Orne. Son auteur est bien connu de la police. C'est le bouillant
Georges Daragon, de son état courtier en produits pharmaceutiques à Caen et
surtout dirigeant départemental d'un parti de collaboration, le M.S.R. (Mouvement
Social Révolutionnaire).
À plusieurs reprises déjà il a eu maille à partir avec les autorités locales qu'il
trouve, à l'instar de Vichy, beaucoup trop réservées à l'égard de la collaboration
franco-allemande. Selon lui, plusieurs Espagnols auraient quitté leur camp vers le 15
avril pour se rendre dans la région de Mézidon. D'ailleurs, le responsable de son
mouvement pour la région de Sées pourra donner toutes indications utiles à ce
sujet. Alerté, le commissariat d'Alençon envoie sur place deux inspecteurs. Un
contrôle minutieux de l'emploi du temps des hommes montre qu'effectivement l'un
d'entre eux a séjourné à Lisieux à la mi-avril. Mais il n'a pas quitté son hôtel dans la
nuit du 15 au 16. Le patron s'en porte garant. Une dame Georgette S., de Lieury près
de Saint-Pierre-sur-Dives rapporte, elle, avoir remarqué le 15 avril 1942 entre 19
heures trente et vingt heures, au buffet de la gare de Mézidon, quatre hommes qui
parlaient à voix basse. Tendant l'oreille, elle avait pu saisir au cours de leur
conversation le mot « rail ». L'affaire parut suffisamment importante pour que le
commissaire Delgay en personne recueille le témoignage de cette femme.
Ils étaient âgés de 25 à 30 ans, de taille moyenne, de corpulence mince. Trois
avaient les cheveux peignés en arrière tandis que le Quatrième portait la raie sur le
côté. L'un, revêtu d'un imperméable jaune clair, était très brun, les sourcils épais, le
teint basané ; il avait un peu le genre espagnol ou originaire du midi. Tous étaient
proprement mis, portant le complet veston. Dernier détail : l'un d'entre eux était
muni d’une de couleur petite mallette marron foncé avec des rivets jaunes
autour.Leur signalement est immédiatement diffusé dans tout le département.
Quelques jours plus tard, la brigade de gendarmerie de Lisieux signale que quatre
hommes pouvant fort bien être ceux de Mézidon ont été vus attablés dans un café
de la ville, rue Henry-Chéron, dans la matinée du 18 avril, soit deux jours après
l'attentat. L'un d'eux, très brun, muni d'une petite valise, portait un imperméable
beige clair avec une tache de cambouis sur le côté droit. Le même jour, vers 19
heures, ils avaient été également remarqués sur le quai de la gare où ils attendaient
le train pour Paris. Cette fois la piste paraît sérieuse : quatre hommes, c'est-à-dire la

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taille supposée du commando ; la mallette ; et enfin cette tache de cambouis. Mais
comment les retrouver ?
Vingt-trois avril 1942 : les policiers allemands alertent leurs collègues français. Ils
viennent d'être avertis que quatre hommes suspects ont été repérés à Paris dans un
hôtel du 19e arrondissement. La tenancière, d'abord intriguée par les paquets qu'ils
transportaient, les a entendus parler d'un sabotage sur la ligne Paris-Cherbourg et
crut comprendre qu'ils arrivaient du Calvados. Mais, renseignements pris, il faut
bientôt déchanter. D'abord les faits datent du 16 avril au soir ; ensuite, les
signalements ne correspondent pas du tout à ceux relevés à Mézidon et Lisieux ;
enfin, ces hommes ont quitté l'hôtel sans laisser de traces. Quant à leurs mystérieux
paquets, il pourrait s'agir tout simplement de précieuses victuailles rapportées d'un
bref et fructueux séjour en Normandie. Sans doute s'agissait-il de vulgaires
trafiquants de marché noir, qui auraient tout simplement entendu parler de l'affaire
d'Airan dans le train au cours de leur retour. Le fil de la piste semble
irrémédiablement rompu ! Mais la dame S., première informatrice dans cette
affaire, et décidément en veine de confidences, offre à nouveau ses secours à la
police. Cette fois il s'agit d'une femme de Saint-Pierre-sur-Dives qui entretient des
apports suivis avec un habitant de Roubaix, lequel se serait vanté auprès d'elle
d'avoir commis un déboulonnage de rails sur la ligne Paris-Cherbourg.
Une perquisition à son domicile permet de mettre la main sur une
correspondance stupéfiante. Elle émane d'un homme répondant au nom
d'Alphonse Egels. Mais à la lecture des lettres, les policiers découvrent qu'il s'agirait
en fait d'un agent britannique, Freddy Mac Way Willington ! Au fil des lignes, il
évoque ses contacts avec Londres, une mission secrète en Allemagne, une autre
dans les Ardennes, la destruction d'un train de munitions à Arras...
Des instructions sont immédiatement envoyées à la police judiciaire de Lille afin
qu'elle se saisisse au plus tôt de cet individu. Absent de son domicile, l'homme est
spectaculairement arrêté en pleine rue et immédiatement envoyé de Roubaix vers
Caen, sous bonne escorte. À son arrivée, des officiers de la Geheimfeldpolizei
l'attendent. Mais quelques heures d'interrogatoire suffisent à établir la vérité. Le
« gros poisson » supposé n'est pas même du menu fretin ; simplement un malade
mental.
Une fausse piste de plus. Et le temps passe inexorablement. Le délai fixé par les
Allemands pour retrouver les auteurs du sabotage d'Airan est expiré depuis
plusieurs jours. Mais on sait qu'à Paris des négociations ont lieu au plus haut niveau.
C'est le dernier espoir pour sauver de nombreuses vies.
Vingt-sept avril 1942 : appel téléphonique urgent en provenance de la capitale
pour le préfet du Calvados. À l'autre bout du fil, le ministre de l'Agriculture, Jacques
Leroy-Ladurie : L'exécution des otages et les déportations sont suspendues jusqu'à
nouvel ordre ! On ignore la nature exacte des tractations entre Laval et les
Allemands. En dépit de leurs concessions, ceux-ci ont néanmoins décidé de faire
fusiller pour l'exemple deux nouveaux détenus de la prison de Caen.
Et le 30 avril 1942, Louis Bouillard et Jean Surmatz, arrêtés dans les mois
précédents pour propagande communiste, tombent sous les balles du peloton
d'exécution.
Quinze jours après le déraillement meurtrier d'Airan, et en dépit de ce dernier
drame, le préfet Graux a tout lieu de penser que le pire a été évité se trompe.

21
Chapitre deux
Villers-sur-Mer, une petite maison bien anodine, dans un virage non loin de la
gare. Depuis plusieurs jours, trois hommes vivent cloîtrés là, ravitaillés de temps à
autre par une femme de Dives. Marius Sire, Joseph Étienne et Émile Julien forment
depuis quelques mois le triangle clandestin de direction du Parti communiste pour
le Calvados. Ce sont eux que la police traque avec autant d'acharnement que
d'insuccès depuis la mi-avril.
Marius Sire, dit « Kléber », est un ouvrier ébéniste de Flixecourt, près d'Amiens.
Ancien responsable des Jeunesses communistes et de la cellule locale du Parti,
activement recherché, il a dû quitter la Somme pour la Normandie au cours de l'hiver
1941-42. Assez grand, mince, le cheveu très noir, fine moustache, Sire serait plutôt
« joli garçon » s'il ne lui manquait quelques incisives nuisant quelque peu à son
sourire. Fantasque, un peu hâbleur, il aime la poésie, la musique... et le vélo. Ancien
coureur cycliste, il lui arrive de faire de rapides aller et retour de Caen à Amiens
pourvoir sa femme, au grand dam de ses camarades de combat, irrités par ses
imprudences.
Ancien contremaître dans une usine textile de Lisieux, Joseph Étienne vit dans
l'illégalité totale depuis plus d'un an, sous le pseudonyme de « Jean ». Au
printemps 1941, il a abandonné sa famille et son métier pour se consacrer
totalement à la Résistance.
Râblé, tout d'une pièce, d'un caractère un peu brusque, c'est un méthodique,
toujours précis et efficace. « Maurice », de son véritable nom Émile Julien, est un
ouvrier chaudronnier. Maigre, discret, d’une taille petite et d'apparence effacée, il
n'en est pas moins un redoutable homme d'action ; dès 1940, il a participé à la
reconstitution clandestine du Parti communiste dans le Calvados.
« Maurice » et « Jean » ont directement participé au sabotage d'Airan en
compagnie de deux cheminots. Le premier, Désiré Marie, de Frénouville, cantonnier
SNCF, a fourni les clés à tire-fond dérobées à la brigade de Cagny ; comme il peut se
déplacer à son aise le long de la voie ferrée, c'est lui qui a choisi l'endroit précis de
l'attentat, au beau milieu de la ligne droite entre Mézidon et Caen, là où le convoi
atteint sa vitesse maximale. Le second, Charles Reinert, travaille à la gare de Caen,
comme sémaphoriste au poste 70. Depuis son entrée dans la Résistance en juillet
1941, il assure la liaison entre les chefs clandestins du Front National, l'organisation
de lutte mise sur pied par le Parti communiste, et les responsables de ce mouvement
au sein des cheminots caennais : le triangle Siegel, Millemann, Marie pour les
ateliers du dépôt ; Neveu, Maine et Barthélémy au service voies et bâtiments.
Grâce à l’installation d’une vieille ronéo et d’une machine à écrire, son domicile,
au fond d'une cour de la rue Saint-Pierre, sert à la fois de point de ralliement et
d'imprimerie clandestine.
Du fait de son emploi, les horaires des trains allemands n'ont pas de secret pour
Reinert ; sans difficulté, il a donc pu fournir à ses camarades les renseignements
nécessaires et le choix s'est ainsi porté sur le « SF 906 » Maastricht-Cherbourg, en
raison de son heure de circulation. À Villers-sur-Mer, « Kléber », « Jean » et
« Maurice » évoquent une fois de plus leur coup d'éclat, lorsque quelques coups
donnés à la porte les interrompent brusquement. L'un d'eux jette un rapide coup
d'œil par la fenêtre. Sur le pas de la porte, une jeune femme brune, au teint pâle,
bien mise, avec un chignon impeccablement tiré. « C'est Lucienne. Ouvre ! »

22
« Lucienne », c'est Edmone Robert, l'institutrice de Saint-Aubin-sur-Algot, une petite
commune rurale près de Mézidon. Une vieille connaissance pour « Jean ».
Ils ont milité ensemble au Parti communiste avant la guerre. En juin 1940, ils ont
parcouru la région pour tenter de récupérer quelques-unes des armes et des
munitions abandonnées par les troupes françaises en pleine débâcle. C'est ainsi
qu'ils ont mis la main sur un fusil mitrailleur, entreposé depuis lors dans l'une des
planques du groupe à la Hoguette près de Falaise.
Edmone Robert est un peu l'âme de la résistance communiste dans le Pays
d'Auge. À Saint-Aubin-sur-Algot, elle reçoit fréquemment des clandestins et des
responsables venus transmettre des ordres. Malgré leur discrétion, ces visites,
souvent nocturnes, n'échappent pas à certains de ses voisins. « Des cousins de
passage », répond-elle aux curieux. Ce qui ne convainc pas toujours et les plus
malveillants lui prêtent des mœurs légères. Du moins personne ne se doute de ses
véritables agissements. Et fort heureusement, car « Lucienne » joue un rôle décisif
dans cette partie du Calvados. Elle a participé à la préparation du sabotage d'Airan
et c'est elle en personne qui a été à Deauville, chez André Louvel, chercher le pistolet
qui sert au groupe pour se protéger lors de ses pérégrinations nocturnes. C'est chez
elle que « Jean » et « Maurice » se sont d'abord repliés la nuit du 15 au 16 avril 1942,
tandis que Désiré Marie et Charles Reinert regagnaient leur domicile.
Ce jeudi matin-là, « Lucienne » est venue apporter des nouvelles à ses camarades
qu'elle n'a pas revus depuis le déraillement. Elle leur raconte l'énorme
retentissement du sabotage, l'extraordinaire déploiement de forces policières, les
sanctions allemandes ; mais aussi la peur et l'angoisse de la population. La plupart
des gens se montrent hostiles à de pareils coups de main en raison des représailles
qu'ils encourent.
Cela, nos trois hommes le savent. La stratégie « terroriste », comme l'écrit la
presse vichyste, ne fait pas l'unanimité au sein de la Résistance. C'est risquer
inutilement la vie de civils innocents, disent les uns. C'est la guerre, répondent les
autres ; et toute action de guerre comporte forcément des dangers pour la
population ; le 14 avril 1942, la veille même du sabotage d'Airan, un violent
bombardement de l'aviation britannique sur l'usine de la SMN n'a-t-il pas entraîné
la mort de 9 personnes ?
Le débat a eu lieu parmi les communistes eux-mêmes. Mais les réticences
individuelles ont été balayées par l'implacable engrenage de la guerre. Depuis près
d'un an, en effet, un combat sans merci s'est engagé entre la résistance communiste
et l'occupant, dans le Calvados comme ailleurs.
Fortement éprouvé par sa dissolution sur ordre de Daladier quelques jours après
la signature du fameux accord germano-soviétique du 23 août 1939, désorganisé par
l'arrestation de nombre des militants, le Parti communiste s'est progressivement
reconstitué dans la clandestinité au cours des mois qui ont suivi la débâcle des
armées françaises.
Dans le Calvados, des diffusions de plus en plus nombreuses de tracts témoignent
de sa reprise d'activité à l'automne 1940. Leur contenu est sans surprise : des
attaques virulentes contre Vichy ; ce qui entraînera une série d'arrestations par la
police française dès janvier 1941.
Par contre, le mutisme est complet vis-à-vis de l'occupant ; telle est la
conséquence de l'attitude ambiguë de la direction nationale encore empêtrée dans

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le piège du pacte de non-agression conclu entre Staline et Hitler.
Pourtant, sur le terrain, la situation est plus complexe. Ainsi, à Dives-sur-Mer, dont
toute la vie s'ordonne autour de l'usine électrométallurgique, l'arrivée des
Allemands — qui se sont empressés de transférer toutes les machines outre Rhin —
a réduit au chômage 1 300 ouvriers.
Sous l'impulsion d'André Lenormand (membre du premier trio de direction du
parti pour le Calvados) les militants communistes ont mis sur pied un comité de
chômeurs et organisé plusieurs manifestations populaires, aux cris de « Du travail et
du pain ! », dont le sens n'échappe à personne. En avril 1941, ils se sont
ouvertement opposés à la déportation brutale de deux cents chômeurs vers Lorient
où l'organisation Todt travaille alors à l'aménagement de la base sous-marine.
Dans le même temps, les tracts distribués dans le département, sans appeler
encore à l'affrontement, n'en sont pas moins de plus en plus explicitement tournés
contre les Allemands. D'ailleurs, ceux-ci ne s'y trompent guère. Au printemps 1941,
ils ont exigé des sous-préfets un rapport circonstancié sur les agissements
communistes dans leurs arrondissements.
Quelques semaines plus tard, l'invasion de l'URSS a jeté les communistes dans la
lutte, sans retenue cette fois, tout en ayant pour premier effet de les exposer à une
formidable répression. Dès la fin juin, des milliers d'entre eux sont arrêtés sur
injonction allemande en zone occupée.
Dans le Calvados, des perquisitions sont menées simultanément dans tout le
département au matin du premier juillet par la gendarmerie et la police. La
découverte du moindre tract — même s'il date d'avant-guerre — a pour
conséquence immédiate la prison. Une vingtaine de militants connaîtront ce sort.
« La Feldkommandantur m'a fait savoir que toutes les affaires communistes
devaient lui être soumises », note le préfet en août dans son rapport avant
d'ajouter : « Afin d'éviter dans toute la mesure du possible que la répression ne
devienne entièrement l'œuvre de l'armée occupante, les communistes devenant de
ce fait des martyrs aux yeux de la population, j'ai fait une démarche auprès du
procureur général afin d'obtenir immédiatement la mise en fonctionnement de la
Cour spéciale qui doit siéger à Caen ».
Tragique surenchère où les autorités de Vichy, croyant défendre la souveraineté
française, s'aventurent en fait dans une voie dangereuse. C'est ainsi qu'une dizaine
de communistes de Dives, dont André Lenormand, auront le triste privilège d'être
les premières victimes de l'une de ces sections spéciales mises sur pied par le
gouvernement Darlan, jugeant en vertu des trop fameuses lois rétroactives inspirées
par le ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu.
Mais les Allemands n'entendent pas se départir de la direction des opérations. Le
15 août 1941, le Général von Stülpnagel, commandant militaire en France occupée,
a publié un avis particulièrement inquiétant : « Le Parti communiste français étant
dissous, toute activité communiste est interdite en France.
Toute personne qui se livre à une activité communiste, qui fait de la propagande
communiste ou tente d'en faire, qui soutient de quelque manière que ce soit des
agissements communistes est l'ennemi de l'Allemagne. Le coupable est passible de
la peine de mort, qui sera prononcée par une cour martiale allemande. La menace
n'est pas vaine. Car dans les jours précédents et au cours de ceux qui vont suivre,
plusieurs jeunes communistes sont passés par les armes pour avoir participé à des

24
manifestations patriotiques à Paris le 14 juillet et le 13 août 1941. »
La réponse ne se fait pas attendre. Le 21 août 1941, Pierre Georges (le futur
« colonel Fabien ») abattait de deux balles l'aspirant Moser, de la Kriegsmarine, sur
le quai du métro de la station Barbès. « Ce coup de feu », écrira plus tard Albert
Ouzoulias, « résonna comme une riposte au terrorisme nazi, en même temps qu'un
appel au combat armé à travers toute la France ». Effectivement, les attentats vont
dès lors se multiplier, en dépit des sévères avertissements du Militärbefehlshaber :
désormais, tous les Français arrêtés par les autorités allemandes, ou sur leur ordre
seront considérés comme otages et exécutés en cas de nouvelle agression. D'ailleurs
l'administration militaire a prescrit à chaque Feldkommandantur de la zone occupée
d'établir des listes officielles d'otages avec la collaboration des autorités françaises.
C'est dans ce but que le lieutenant-colonel Elster a demandé le 20 octobre 1941 au
préfet du Calvados de lui fournir ce document dans un délai de 48 heures, en
classant les individus déjà détenus en fonction de la gravité des faits reprochés ; cet
ordre de priorité devant être scrupuleusement suivi en cas d'exécutions capitales
décidées par les autorités supérieures de l'armée d'occupation. Dès réception de la
note allemande, le préfet Graux a sollicité une entrevue pour signifier au
Feldkommandant son refus catégorique ; une pénible conversation s'est engagée.
« Cette demande vous est faite dans un souci purement humanitaire, explique le
colonel Elster. Vous connaissez bien mieux que nous vos ressortissants. Supposez,
que demain je reçoive l'ordre de fusiller dix prisonniers français ; je prendrai les dix
premiers inscrits sur votre liste, en sachant que vous avez tenu compte de la gravité
de la faute commise, des antécédents, de la situation de famille ou de tout autre
élément d'appréciation. Autrement, nous risquons de faire de graves erreurs ;
erreurs qui peuvent, grâce à vous, être évitées et que nous serions les premiers à
regretter d'avoir commises. »
« Ma conscience s'y oppose de façon absolue, rétorque le préfet. Il n'est pas
question de substituer la moindre parcelle de ma responsabilité à celle de l'autorité
allemande surtout s'il s'agit de supprimer des vies humaines. J'ai le regret de ne
pouvoir accéder à votre requête ! »
L'Allemand blêmit de colère. Puis brusquement se met à hurler en foudroyant du
regard l'interprète française qui accompagne comme d'accoutumée le préfet.
« Vous êtes une femme incorrecte. J'en ai assez d'être traité ainsi. Lorsque vous
traduisez les paroles du préfet, vous dites : “Monsieur le préfet a dit ceci...” Lorsque
vous traduisez mes paroles, vous dites : “Il” demande... Je n'accepterai plus à l'avenir
pareil manque de respect. »
Visiblement, le Feldkommandant, ulcéré par le refus du préfet, passait sa colère
sur la malheureuse ; et l'entretien prit fin sur cette sortie brutale.
Dès le lendemain le préfet Graux se rendit à la délégation du Ministère de
l'Intérieur à Paris. Le préfet Ingrand l'approuva dans sa décision. Quelque peu
rasséréné, il alla dès son retour confirmer son refus à la Feldkommandantur. À sa
grande surprise, le colonel Elster le reçut avec une cordialité inaccoutumée,
l'assurant, avec un certain sourire au fond des yeux, que, puisqu'il ne voulait pas
prendre ses responsabilités, lui, il assumerait les siennes.
Le préfet ne devait pas tarder à comprendre les raisons de cette attitude :
Pendant son absence, des policiers allemands avaient investi les locaux des
Renseignements généraux et exigé du commissaire qu'il leur remette son fichier des

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communistes. Après avoir refusé, ce dernier avait fini par s'exécuter. Ce qui devait
permettre aux Allemands d'avoir tous les renseignements souhaités et, de surcroît,
de faire arrêter dans les jours suivants une quinzaine d'hommes supplémentaires
qui allèrent immédiatement grossir dans un camp les rangs des victimes désignées
pour le prochain sacrifice.
Alors même que ces évènements se déroulent à Caen, le lieutenant-colonel Hotz,
Feldkommandant de Nantes, est tué en pleine rue par un commando le 20 octobre
1941. Le lendemain, c'est au tour d'un autre officier supérieur, le conseiller militaire
Reimers, de subir le même sort à Bordeaux. Dans les heures qui suivent, 98 otages,
communistes pour la plupart d'entre eux, sont passés par les armes à Châteaubriant,
Nantes et Bordeaux.
Le choc est considérable dans l'opinion publique, car il s'agit des premières
exécutions massives en France à titre de représailles. Le fils de l'un des suppliciés de
Châteaubriant, Henri Barthélémy, travaillait à la gare de Caen. Accompagné par son
camarade Henri Neveu, il se rendit quelques jours plus tard en Loire-Inférieure pour
récupérer les affaires de son père et fleurir sa tombe. Tâche difficile, car les
dépouilles avaient été dispersées anonymement dans les cimetières des communes
environnantes. Ils déposèrent donc leurs fleurs un peu au hasard. À son retour à
Caen, Henry Neveu décida d'adhérer au Parti communiste et entra dans la
Résistance dont il devait être désormais l'un des animateurs au sein des cheminots
caennais. À Vichy, le maréchal Pétain s'émeut : « Nous avons déposé les armes. Nous
n'avons pas le droit de les reprendre pour frapper dans le dos les Allemands ». De
Londres, de Gaulle fait connaître sa désapprobation quant aux méthodes employées
par les communistes : « Il est absolument normal et absolument justifié que les
Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la
mort de nos mains, ils n'avaient qu'à rester chez eux... Mais il y a une tactique à la
guerre. La guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge...
Actuellement, la consigne que je donne pour le territoire occupé, c'est de ne pas
y tuer d'Allemands. Cela pour une seule raison : c'est qu'il est, en ce moment, trop
facile à l'ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément
désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l'attaque, les
ordres voulus seront donnés. »
Ce à quoi, un résistant communiste répondra après coup : « La guerre consiste
d'abord à exterminer l'ennemi ; et avant de l'exterminer par bataillons entiers, il faut
le détruire en détail. » L'Humanité clandestine parle, quant à elle, de légitime
défense : « Il faut agir pour que tous les morts ne soient pas du même côté... Oui, il
vaut mieux se battre pour détruire l'ennemi que de se laisser assassiner par lui ! »
En tout cas, la volonté des communistes ne faiblit pas. Fin novembre et début
décembre 1941, les actions contre les Allemands se multiplient à Paris, Porte
d'Orléans, rue Championnet, boulevard magenta, rue de la Convention : officiers
abattus dans la rue, bombes lancées dans des hôtels ou des mess, matériel saboté...
Le 14 décembre, le Général Stülpnagel ordonne de faire fusiller cent otages, à
nouveau choisis en priorité parmi les communistes. Soixante-dix sont exécutés le
lendemain au Mont-Valérien. Mais parmi les victimes figurent aussi treize détenus
de la prison centrale de Caen, des Parisiens pour la plupart, dont le secrétaire
général de L'Humanité, Lucien Sampaix.
La dernière journée de leur vie a commencé par un réveil brutal à six heures du

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matin, afin de leur apprendre le sort qui les attendait et de leur laisser le temps
d'écrire une dernière lettre. Le téléphone arabe a rapidement fonctionné et la prison
entière hurle sa colère et son indignation. Neuf heures : les 46 condamnés sont
rassemblés dans la cour d'honneur où les attendent trois prêtres pour les
accompagner. À la face de leurs bourreaux, ils entonnent la Marseillaise. Puis c'est
l'Internationale ; cette fois c'en est trop ! L'officier allemand, impassible jusqu'alors,
hurle des menaces bien dérisoires. « Il faudrait pouvoir nous tuer deux fois », lui
réplique Sampaix.
À 9 heures 15, le premier fourgon cellulaire emporte la moitié d'entre eux vers la
caserne du 43e régiment d'artillerie ; l'autre suivra une heure plus tard. Pendant tout
le trajet, les suppliciés continuent de chanter.
Les exécutions, deux par deux, commencent à 10 heures 18 ; elles vont se
poursuivre pendant près d'une heure et demie. Alors qu'on l'attachait au poteau, le
plus jeune s'évanouit en criant « Maman ». Michel Farré avait vingt ans. C'était un
jeune communiste de Colombelles, près de Caen. Il avait été arrêté par des
gendarmes français deux mois auparavant alors qu'il distribuait des tracts avec son
camarade François Kalinicrenko. Celui-ci, plus heureux, avait réussi à s'échapper.
Depuis lors, il avait trouvé refuge dans une planque à Saint-Loup-de-Fribois, sous le
pseudonyme de « Marcel Lavergne », bien décidé à venger son camarade. À
l'automne 1941, la direction du parti communiste a résolu d'accélérer l'organisation
et l'élargissement de ses groupes de combat. Une directive demandait à 10 % des
militants de se porter volontaires pour l'action armée.
L'OS (Organisation Spéciale constituée depuis la fin de l'année 1940) allait
progressivement céder la place aux FTP (Francs-Tireurs et Partisans) créés en avril
1942 et placés sous la responsabilité d'un Comité Militaire National aux ordres de
Charles Tillon.
Il restait à implanter le mouvement sur le territoire, divisé en inter-régions.
La Normandie-Picardie figure avec le Nord et la région parisienne parmi les plus tôt
structurées et les plus solides. Elle s'étend sur six départements : la Somme, l'Oise,
la Seine-Inférieure, l'Eure-et-Loir, le Calvados et la Manche.
Au début du printemps 1942, deux des responsables interrégionaux, Jean Petit et
Maurice Lemaire, des traminots d'Amiens, sont venus à Caen pour répercuter les
nouvelles directives du Comité militaire. La priorité est désormais donnée aux
sabotages sur la voie ferrée, avec la mission de mettre au point la technique de
déraillement la plus efficace possible. Le groupe du Calvados a résolu de s'attaquer
aux trains de permissionnaires qui empruntent quotidiennement la ligne Paris-
Cherbourg. La guerre du rail est commencée !
Le 22 mars 1942, Joseph Étienne, Émile Julien et Charles Reinert sont partis de
Caen en vélo avant le couvre-feu. À Frénouville, ils ont rejoint Désiré Marie muni de
ses clés à tire-fond et, de là, gagné Bellengreville. Dissimulés dans une haie non loin
de l'endroit choisi, il leur restait à attendre patiemment la nuit. Une demi-heure
environ avant le passage du train, ils ont commencé à enlever les éclisses puis à
dévisser les tire-fond. Mais l'un d'eux a résisté à toutes les tentatives et le rail n'a pu
être déplacé comme ils l'entendaient. Alors que le commando regagnait Caen, le
convoi passa sans encombre, tout comme ceux qui le suivirent plusieurs heures
durant.
Quelques jours plus tard, le groupe récidiva, en employant cette fois un autre

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procédé. « Maurice » (Émile Julien) avait fabriqué une bombe avec des bâtons
d'explosifs récupérés dans une carrière. Elle devait exploser au premier contact avec
la locomotive. L'engin en place, les hommes décampèrent. À peine avaient-ils fait un
kilomètre qu'ils entendirent le train passer... Rien ! Demi-tour pour récupérer la
charge et s'en débarrasser dans un bosquet.
La Troisième tentative, au cours de la fameuse nuit du 15 au 16 avril 1942, fut la
bonne. On avait décidé cette fois d'en revenir à la première méthode, tout en tirant
la leçon de l'échec précédent. Un vaporisateur rempli de pétrole devait servir à
débloquer plus aisément les tire-fond. Mais il fallait laisser le temps au produit d'agir
et la durée de l'opération s'en trouvait pratiquement doublée. Aussi l'équipe était-
elle à pied d'œuvre dès 2 heures 30.
À la lueur de son briquet, « Jean » regarda sa montre. Bientôt trois heures. Le
train de marchandises signalé par Reinert arrivait dans le lointain. Vite, il fallut se
dissimuler dans un fourré. Quelques minutes plus tard, les quatre hommes en
ressortaient pour achever leur besogne. Cette fois le rail était entièrement libre. Arc-
boutés sur les manches des clés faisant office de leviers, ils réussirent à le déplacer
d'une bonne dizaine de centimètres. Il était temps de disparaître. Alors qu'ils
s'éloignaient à toutes pédales, le fracas du déraillement, rompant brutalement le
silence de la nuit, leur apprit qu'ils avaient réussi !
L'affaire d'Airan connut un extraordinaire retentissement dans les milieux de la
résistance communiste. Le groupe de sabotage du Calvados fut cité en exemple ; de
hauts responsables se déplacèrent pour connaître avec précision la technique qui
avait été employée. Un petit manuel fut même édité sur ce sujet et distribué dans
la France entière. Pareil succès en appelait d'autres. La nuit du 1er mai allait en
fournir l'occasion.
Chapitre trois
Un premier mai de lutte ! Telle est la décision arrêtée depuis plusieurs semaines
par les instances clandestines du Parti communiste. Grèves, débrayages,
manifestations devront ponctuer cette journée symbolique.
De son côté, le Général de Gaulle a demandé à tous les Français de répondre « à
l'appel des travailleurs de France » en défilant, après 18 heures 30,
« silencieusement et individuellement devant les statues de la République et les
mairies des villes et des villages ».
Mais les communistes, fidèles à leur stratégie, sont bien résolus à aller au-delà de
cette démonstration symbolique. Partout les groupes de combat sont prêts à passer
à l'action.
Dans le Calvados, un nouveau sabotage sur la voie ferrée a été décidé. Toujours
secondés par Désiré Marie, « Maurice » et « Jean » seront à nouveau de la partie.
« Kléber » remplacera Charles Reinert, de service à la gare de Caencette nuit-là. Mais
où frapper ?
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, à 4 heures du matin. Henri Graux est
réveillé en sursaut par le concierge de la préfecture. Coup de téléphone très urgent
de la gendarmerie d'Argences... Un nouveau déraillement... Encore un convoi de
permissionnaires allemands, oui ! De nombreuses victimes ! Le préfet saute dans sa
voiture et s'élance vers des lieux qu'il ne connaît que trop bien, après avoir pris au
passage le docteur Digeon, responsable départemental de la santé. « Vous ne
tarderez pas à avoir un autre préfet. » « Pourquoi ? Vous n'êtes pour rien dans cette

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malheureuse affaire ! » « Bien sûr, mais les exigences allemandes vont être telles
cette fois-ci que je ne pourrai pas les satisfaire. »
À quinze jours d'intervalle, l'histoire se répète étrangement, jusque dans les
moindres détails. À Airan, le petit jour de ce 1er mai découvre un spectacle que tous
ceux qui sont là ont le sentiment d'avoir déjà vu. Le même train a déraillé à la même
heure, exactement au même lieu. Les saboteurs ont poussé l'audace et
l'outrecuidance jusqu'à déboulonner le même rail.
Même enchevêtrement de voitures et de rails tordus ; même spectacle de corps
écrasés et sanglants ; allongés sur le remblai, des hommes en uniforme
affreusement blessés ; certains hurlent de douleur. Derrière la locomotive, couchée
sur le flanc, le premier wagon, métallique, a peu souffert. Heureusement, car à
l'intérieur avaient pris place les vingt otages français contraints d'accompagner les
Allemands : des hommes de la région de Valognes ; ils sont tous indemnes. À la vue
du préfet, ils accourent et se présentent : le maire, le procureur de la République,
l'archiprêtre, un notaire, deux médecins... Réveillés en plein sommeil par un choc
terrible, ils ont été précipités les uns contre les autres ; mais sans mal, quelques
contusions tout au plus. Juste derrière leur voiture, deux wagons en bois ont été
littéralement déchiquetés en s'entrechoquant. Cette fois-ci, on dénombre dix morts
parmi les soldats de la Wehrmacht et une vingtaine de blessés graves.
La réaction policière a été particulièrement rapide. Dès 6 heures du matin,
quatre-vingt barrages de gendarmerie étaient mis en place sur l'ensemble du
territoire du Calvados avec mission d'arrêter et de fouiller méticuleusement toutes
les personnes se trouvant sur les routes. Le préfet Graux a lui-même immédiatement
alerté ses collègues de la Seine-Inférieure, de l'Orne, de la Manche et de l'Eure pour
qu'ils prennent d'urgence les mêmes mesures. Sans plus attendre, la gare de Caen a
été « bouclée ». Des inspecteurs ont pris place dans le train du matin pour Paris,
parti avec un grand retard en raison des dégâts sur la voie. Tous les voyageurs seront
contrôlés pendant le trajet. Mais d'autres ont emprunté le convoi supplémentaire
hâtivement constitué au départ de Mézidon. Les saboteurs peuvent également se
trouver parmi eux. Aussi des forces de police imposantes ont-elles pris position sur
les quais de Saint-Lazare pour les intercepter à leur arrivée et vérifier
systématiquement leur identité. À onze heures du matin à l'Hôtel Malherbe, sont
réunis dans le bureau du lieutenant-colonel Elster, le préfet Graux, le commissaire
divisionnaire de la brigade de police judiciaire de Rouen et le commandant de la
gendarmerie du Calvados et ils écoutent le Feldkommandant. Sur un ton modéré,
mais le regard glacé, il donne ses instructions en vue de coordonner les recherches
avec les autorités allemandes. Pour l'heure, il ne parle pas de sanctions. Mais tous
ses interlocuteurs y pensent avec angoisse. Il incline à penser que les auteurs de
l'attentat sont à rechercher parmi les cheminots de la gare ou de l'important dépôt
de Mézidon. Rien au cours de l'enquête précédente n'avait permis de le démontrer ;
mais c'est entendu, un inspecteur de police français se rendra sur place pour y
mener des investigations poussées.
Beaucoup plus inquiet que soulagé, le préfet Graux regagne ses services où l'un
de ses subordonnés l'attend avec impatience, l'air visiblement bouleversé. La Cour
martiale allemande vient de rendre son verdict dans le procès d'un groupe de
résistants qui s'était ouvert le 29 avril 1942. Trois condamnations à mort ont été
prononcées, deux condamnations aux travaux forcés à perpétuité et huit autres

29
variant de cinq à dix ans. L'affaire n'avait rien à voir avec les sabotages d'Airan. Il
s'agissait d'un réseau démantelé à l'automne 1941 à la suite d'une dénonciation. Les
13 accusés étaient inculpés de « propagande gaulliste », notamment pour avoir
distribué des journaux clandestins ayant pour nom « Les Petites Ailes de France »
ou « Résistance ».
L'affaire ne paraissait pas d'une gravité extrême. D'ailleurs, la veille, dans son
réquisitoire, le procureur s'était montré relativement modéré. Mais ce matin, le
président de la Cour, en rendant sa sentence, s'est lancé dans une attaque d'une
extrême violence contre « les Français qui assassinent les Allemands alors que ceux-
ci leur tendent la main » ; puis il a fustigé les attentats commis récemment contre
l'armée allemande sur divers points du territoire et en particulier ceux d’Airan. D'où
la lourdeur des peines ! André Michel, Jacques Dugardin et Gaston Renard, tous de
Caen, ont ainsi été condamnés à la peine capitale. La sentence, irrévocable, devrait
être exécutée dans les jours suivants. Bien mauvais présage quant aux réactions
allemandes à venir. L'après-midi est déjà entamé et elles se font toujours attendre.
Pour l'heure le préfet achève son rapport pour ses supérieurs et rédige un appel
solennel à la population du Calvados :
« L'odieux attentat qui avait le 16 avril 1942 causé à l'armée allemande la mort de
plusieurs de ses membres et à la population française de sévères représailles vient
de se renouveler à quinze jours de distance, avec des conséquences aussi
tragiques... Il n'est pas un Français digne de ce nom qui ne condamne pas un si
abominable forfait et qui ne puisse pas souhaiter le châtiment des coupables. »
Tous les moyens de police, français et allemands, sont mis en œuvre pour
rechercher les auteurs de ces deux attentats. C'est un devoir pour la population que
d'apporter à cette recherche toute la contribution possible. Le Préfet du Calvados,
en flétrissant un acte aussi lâche, fait un appel pressant à ses administrés pour qu'ils
sachent comprendre et remplir ce devoir. Il remettra une récompense de 200.000
francs à quiconque aura donné des renseignements dont l'exploitation aura permis
de trouver les criminels.
Dix-neuf heures. Cette fois ça y est ! Le Feldkommandant a convoqué d'urgence
le préfet pour lui faire part des sanctions décidées par le quartier général de Paris.
En quittant sa préfecture pour gagner l'Hôtel Malherbe, son regard est attiré par
une foule inaccoutumée déambulant devant la mairie toute proche et sur la Place
de la République. Près d'un millier de personnes ont répondu à l'appel lancé par
Radio-Londres pour commémorer le 1er mai. Mais ses préoccupations sont ailleurs.
Le lieutenant-colonel Elster est bref. Il remet au préfet un dossier, tout en allemand,
comportant des listes de noms, en lui résumant brièvement le contenu Il s’agit
d'arrêter sans tarder les personnes indiquées sur les documents, des communistes
et des juifs ! À la préfecture, les interprètes se sont immédiatement mis au travail :
« Dans le courant de la nuit du 1er au 2 mai 1942, les communistes désignés sur
la liste ci-jointe doivent être arrêtés, soit à leur domicile soit à leur lieu de travail, en
collaboration avec la gendarmerie allemande.
La même mesure est applicable pour tous les juifs du département. Les
personnes arrêtées doivent être gardées en sûreté dans des maisons d'arrêt sous la
responsabilité des autorités françaises, jusqu'à ce que la Feldkommandantur ait
donné de nouveaux ordres. Lors de l'arrestation doivent être observées les
directives portées sur la notice spéciale. »

30
Que dit cette notice ? : « Sont à arrêter :
1. Les hommes seulement ;
2. Les hommes de 18 à 55 ans accomplis ;
3. Les hommes aptes au travail seulement ;
4. Seulement des sujets français ou apatrides ;
5. Pour les juifs, ceux possédant la nationalité des pays occupés par l'Allemagne :
Norvégiens, Belges, Hollandais, Polonais, Russes, Yougoslaves, Luxembourgeois. »
Et voici les fameuses listes ; elles ne sont pas traduites, mais ont-elles besoin de
l'être :
« Liste der Kommunisten de Caen :
Alves Antonio, Handwerker, Av. Ste-Thérèse Auguste Georges, Mechaniker, rue
Eustache-Restout. Aune René, Hilfsarbeiter, 25 rue Basse Beuron, Édouard,
Docarbeiter, 144 rue St-Jean. Soixante noms au total ; et derrière ces noms autant
d’hommes qui ne savent pas encore que leur destin est scellé.
La liste des 58 juifs maintenant :
Aranson Abraham, Caen, 34 rue Bicoquet ; Augier Nuta, Neuville, Azef Élie, Caen,
92 rue d'Auge ; Badassas Davydas, Caen, 216 rue Caponière... »
Dans le même temps, les Kreiskommandantur ont transmis elles aussi aux sous-
préfets de Vire, Bayeux et Lisieux des listes de communistes et de juifs à arrêter, soit
une vingtaine de victimes supplémentaires.
Comment ont-ils pu se procurer tous ces noms ? Vraisemblablement à la suite de
la perquisition dans les services des renseignements généraux en octobre 1941.
Visiblement, les listes ont été établies à la hâte, sans vérifications. On y relève
ainsi le nom de Roger Bastion, ouvrier forgeron à Caen ; en fait, l'ancien secrétaire
fédéral du Parti communiste a quitté clandestinement le Calvados depuis près d'un
an ; et il a même été arrêté en février à Cherbourg en compagnie d'autres dirigeants
importants de la résistance. Même chose pour André Lenormand, déjà emprisonné ;
Gaston Gandon autre figure du parti, en fuite depuis longtemps, ou Georges
Mauduit, ancien maire de Mondeville, destitué en 1940 et introuvable depuis.
Quel sort les Allemands réservent-ils à tous ces hommes ? Depuis les exécutions
massives de Châteaubriant, Nantes, Bordeaux ou du Mont-Valérien, on peut
craindre le pire. Toutefois, il ne faut arrêter que « les hommes aptes au travail » ; ce
qui pourrait laisser présager une déportation en Allemagne.
Quoi qu'il en soit, il s'agit bien d'otages, même si le mot n'apparaît pas dans les
ordres allemands et n'a pas été prononcé par le Feldkommandant. Et le préfet est
bien placé pour connaître les instructions en vigueur à cet égard.Il a tôt fait de
retrouver ses textes : Une note du gouvernement français du 25 octobre 1941,
confirmée par une décision du 20 novembre émanant de l’état-major administratif
du Militärbefehlshaber. En vertu des clauses de l'armistice du 22 juin 1940, les
autorités françaises sont tenues de prêter leur concours aux opérations de police
ordonnées par les Allemands ; mais elles ne doivent pas y prendre part s'il s'agit
d'appréhender des otages.
La décision du préfet Graux est prise. Il fera arrêter les hommes figurant sur les
listes, puisqu'il ne peut se dérober à cette injonction, mais il ne les remettra pas aux
Allemands. Entre temps, les lieutenants commandant les sections de gendarmerie
des départements, convoqués de toute urgence, sont arrivés à la préfecture. Ils en
repartent immédiatement, munis d'ordres précis allant également dans ce sens.

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La terrible nuit peut commencer. Tout le personnel des commissariats de Caen a
été mobilisé. Les Feldgendarmes sont là aussi, les armes en bandoulière. Voitures et
fourgons vont sillonner les rues de la ville des heures durant pour accomplir leur
sinistre moisson. Moshe Tarakanoff, 5 rue Saint-Sauveur ; Émile Isidor, au numéro 15
de la même rue ; Marcel Cimier, 13 rue Gémare ; Charles Lelandais, 122 rue de
Geôle ; Aaron Goldstein, 101 rue Saint-Pierre... Coups redoublés frappés aux portes,
incrédulité et stupeur d'hommes réveillés en sursaut ; des cris, parfois des coups, les
larmes des femmes et des enfants, David Polosecki, place du Marché au bois ;
Raymond Confais, rue Leroy ; Émile Hallais, rue Sainte-Anne ; Gaston Besnier et
Adolphe Vannier, rue du Vaugeux...
Revenant de Mondeville, un fourgon déjà lourdement chargé s'arrête rue
d'Auge, devant le n° 92. Félix Bouillon est brutalement sorti de son lit. Face à lui des
policiers français et quelques Allemands, commandés par le fameux inspecteur
Chate. Un homme qu'il connaît trop bien pour avoir déjà eu maille à partir avec lui
avant la guerre, comme d'ailleurs beaucoup de Caennais.
— Bouillon, prends un vêtement, une couverture, un casse-croûte si tu veux et
suis-nous ! Tu vas revenir tout à l'heure.
Encore tout abasourdi, il a juste le temps de mettre quelques affaires dans une
vieille valise et le voilà dehors. Dans le fourgon, il retrouve son ami Jean
Lebouteiller ; l’inspecteur Chate les ligote ensemble avec des menottes. Il y a là aussi
une demi-douzaine d'ouvriers de Mondeville ou du quartier de la gare ; des
débardeurs, des cheminots... Destination le commissariat central !
Onze heures, une petite troupe d'hommes à pied s'arrête devant le n°13 de la
Place de l'Ancienne-Comédie. Quelques agents de ville accompagnés d'un
inspecteur et d'un gigantesque Feldgendarme gravissent rapidement l'escalier
jusqu'au second et frappent rudement à une porte. Un jeune homme âgé d'une
vingtaine d'années leur ouvre. Il venait à peine de se coucher. Son regard se porte
immédiatement sur l'Allemand, impressionnant avec son casque, sa plaque d'acier
autour du cou et sa mitraillette.
— André Montagne ?
— Oui.
— Il faut nous suivre !
— Pour aller où ?
— Vous le verrez bien !
Les parents surgissent, affolés, interrogent les policiers, tentent de discuter en
vain. Le groupe redescend. Le père d'André le suit, pieds nus, jusque dans la rue où
les policiers le repoussent sans ménagement vers l'intérieur de l'immeuble.
André Montagne a immédiatement compris ce qui lui arrivait. Militant des
Jeunesses communistes, il avait déjà été arrêté en janvier 1941 et a subi une peine
de plusieurs mois de prison. Son nom n'a pas dû être bien difficile à retrouver dans
les fichiers de la police. Avec ces déraillements, le sort qui l'attend cette fois n'est
que trop évident ! Il sera certainement fusillé à l'aube. Comme il songe au gros
bouquet de lilas qu'il a offert à sa mère en cette journée du 1 er mai — sa mère qu'il
ne reverra sans doute jamais — la petite troupe s'arrête au numéro 44 de la rue des
Jacobins. Quelques hommes y pénètrent.
Une nouvelle proie à saisir. Cette fois, c'est un médecin juif, le docteur Pecker. La
nuit est profonde et les rues entièrement noires en raison du couvre-feu. Pourquoi
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ne pas tenter le tout pour le tout ? André n'a rien à perdre. Mais la mitraillette de
l'Allemand l'impressionne. Et d'ailleurs, il est trop tard. Voici le commissariat central,
rue Auber.
À l'intérieur règne un brouhaha extraordinaire. Plusieurs dizaines d'hommes, les
traits tirés, visiblement paniqués pour la plupart, interrogent leurs gardiens. Que
fait-on là ? Que va-t-on faire de nous ? Mais les policiers éludent les questions. On
ne sait pas ! On a des ordres ! André Montagne aperçoit immédiatement quelques-
uns de ses amis des Jeunesses communistes, arrêtés comme lui l'année précédente :
Serge Greffet, André Guillard, Joseph Besnier. Il y a là aussi quelques militants
ouvriers très connus sur la place de Caen : Étienne Cardin, ancien responsable du
syndicat CGT des métaux ; François Stéphan, l'organisateur du syndicat des
chômeurs dans les années trente ; René Blin, ex-secrétaire du syndicat des agents
hospitaliers. Les heures passent et d'autres voitures apportent leur lot de victimes.
Combien sont-ils au total?
Cinquante, soixante peut-être. Brusquement les policiers s'agitent et donnent des
ordres. Les otages sont poussés dans les fourgons. Pour quelle destination ?
Beaucoup pensent à la caserne du 43e, là même où tant d'hommes ont déjà péri
devant les pelotons d'exécution. Mais non, le convoi prend la direction inverse, vers
la Maladrerie et la prison centrale. Là, les hommes sont entassés à 10 ou 15 par
cachot, dans les lugubres mitards, d'ordinaire réservés aux prisonniers punis. Par
terre, des paillasses infectes. Bien peu dormiront en cette fin de nuit.
Le samedi matin 2 mai 1942, c'est l'heure des comptes. La police et la
gendarmerie ont arrêté 84 personnes sur l’ensemble du département, 56
communistes et 28 juifs. Une quinzaine d'autres ont été laissées en liberté, en vertu
même des instructions données par les Allemands : quelques femmes, mais surtout
des hommes âgés de plus de 55 ans ou malades. Une trentaine enfin avaient disparu
de leur domicile depuis plus ou moins longtemps ou étaient momentanément
absents.
Pour certains d'entre eux, ce ne sera d'ailleurs qu'un sursis de quelques heures.
Comme ce mécanicien de la SNCF, Georges Auguste, cueilli au matin sur le quai de
la gare de Caen, à l'arrivée du train de Cherbourg, alors qu'il descendait de sa
locomotive. Comme David Badache qui par une incroyable méprise ira se jeter lui-
même dans la gueule du loup. À dix-sept ans, il avait quitté sa Lithuanie natale pour
fuir l'antisémitisme virulent qui y régnait et trouver refuge en France, terre d'asile.
Engagé volontaire en 1939, il a regagné Caen après la défaite, bien décidé à
poursuivre sa lutte contre les nazis. C'est ainsi qu'il a réussi à se faire embaucher au
terrain d'aviation allemand de Rocquancourt, où il relève des renseignements qu'il
transmet à un secrétaire du commissariat de police de Caen, Lemonnier.
En regagnant son domicile, rue Caponière, au matin du 2 mai, il apprend que des
policiers français sont venus le demander. Lemonnier certainement, sans doute
quelque chose d'important. Immédiatement, il enfourche son vélo et gagne le
commissariat où l'inspecteur Chate, ravi de cette aubaine, se saisit de lui. Au même
moment, les prisonniers de la maison centrale sont extraits de leurs cachots pour
être conduits dans des pièces plus vastes et mieux éclairées où ils reçoivent
l'autorisation d'écrire à leur famille. Sans doute la dernière lettre des condamnés à
mort ?

33
Chapitre quatre
Le 2 mai en début d'après-midi, la liste des hommes arrêtés par les autorités
françaises est portée à l'Hôtel Malherbe. La réaction du Feldkommandant ne se fait
pas attendre. À 15 heures, il fait savoir au préfet que le nombre d'arrestations est
notoirement insuffisant puisque 130 noms lui avaient été fournis. Si certains
individus n'ont pu être pris, il fallait faire preuve d'initiative et les remplacer par
d'autres
À Vire, des incidents sérieux se sont d'ailleurs produits à ce sujet entre le sous-
préfet et les officiers de l’Ortskommandantur de Flers. Pour des raisons diverses,
aucune des six personnes désignées n'a été appréhendée, à l'exception du docteur
Drücker, médecin au sanatorium de Saint-Sever, déjà incarcéré depuis quelques
jours pour un autre motif.
Rendus furieux, les Allemands ont alors exigé du sous-préfet Liard qu'il fasse saisir
tous les communistes et juifs de son arrondissement ; mais ils se sont heurtés au
refus catégorique de ce dernier, bien résolu à s'en tenir aux noms qui lui avaient été
indiqués.
En conséquence, le lieutenant-colonel Elster transmet cette fois au préfet Graux
des ordres qui vont bien au-delà de ceux donnés la veille :
« Outre les personnes nommément mentionnées sur les listes qui vous ont été
données, tous les communistes et juifs connus de vous doivent être immédiatement
arrêtés. Il y a lieu également d'arrêter les personnes qui étaient autrefois connues
comme communistes, même si récemment aucun élément positif n'a pu être établi
sur leurs activités pour lesquelles il y a présomption suffisante, qu'après comme
avant, ils se sont attachés en secret à la propagation et à la réalisation des buts du
parti communiste interdit. »
Par ailleurs, les Allemands ont avancé une nouvelle exigence. La ligne Paris à
Cherbourg devra dorénavant être gardée par des civils français sur toute la longueur
de son trajet dans le Calvados. Dans un premier temps, 1.300 hommes sont à
désigner d'urgence pour être à pied d'œuvre à 18 heures ! Ultérieurement, le plan
de surveillance sera étoffé et complété, ce qui pourrait porter à 2.500 le nombre
quotidien de requis dans un proche avenir.
Comment trouver autant d'hommes en si peu de temps ? Il ne reste plus qu'à
opérer une réquisition massive dans les rues de Caen. L'application brutale de cette
mesure, dont on ignore le sens, provoque instantanément un début de panique.
Effrayée par les rumeurs les plus folles, la population déserte les principales artères
de la ville comme sous l'effet d'un violent orage. Pendant plusieurs semaines,
l'angoisse va régner !
Désemparé devant les terribles responsabilités qu'on veut lui faire endosser, le
préfet Graux alerte immédiatement les autorités de Vichy. À 18 heures 45, de Paris,
le préfet Ingrand lui confirme par message téléphoné la conduite à tenir : « Suite à
votre communication demandant instructions pour répondre à la
Feldkommandantur, je vous rappelle que par décision du Gouvernement français du
25 octobre 1941, les préfets ne sont pas autorisés à arrêter et à désigner des
personnes susceptibles d'être considérées comme otages. Je vous demande de prier
l'administration locale allemande de se référer à la décision du commandant des
forces militaires en France du 20 novembre 1941, disposant textuellement u'aucune
exigence ne sera présentée aux autorités françaises concernant

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l'arrestation d'otages. »
Fort de ce soutien, le préfet obtient dans l'heure suivante de rencontrer le
Kriegsverwaltungsrat, second du Feldkommandant. Le docteur Meyer, juriste
berlinois, est un nazi convaincu. La partie est difficile et le dialogue tendu : Les
personnes arrêtées au cours de la nuit et celles qui pourraient l'être en vertu de vos
derniers ordres sont-elles susceptibles d'être considérées comme otages ?
— Il est impossible de vous apporter une précision sur ce point.
— Dans ce cas, les arrestations auxquelles je pourrais procéder le seront pour le
compte de l'administration française et les individus arrêtés ne seront pas remis
entre les mains des autorités allemandes.
— Votre attitude sera-t-elle la même pour les personnes arrêtées la nuit dernière ?
— Oui !
— Je ne suis absolument pas de votre avis ! Et s'il en est ainsi, nous vous
dessaisirons de vos pouvoirs de police ; d'ailleurs, cette question sera tranchée par
les autorités supérieures !
Le dimanche 3 mai 1942, de bonne heure les murs de Caen se sont recouverts de
sinistres affiches rouges, bordées de noir comme des faire-part de deuil :
« Avis à la Population
Dans la nuit du 1er mai 1942, à proximité de Caen, des éléments criminels ont, à
nouveau, fait dérailler un train de l'armée allemande, mettant ainsi en danger la vie
non seulement de militaires allemands, mais encore de civils français qui, en vertu
de mon avis du 14 avril 1942, doivent voyager dans chaque train allemand. Cette fois
encore, il ressort de tous les indices que les malfaiteurs sont des membres de
l'ancien parti communiste, des Juifs ou d'autres individus sympathisant avec ceux-
ci. Pour sanctionner ce lâche attentat, le Militärbefehlshaber in Frankreich a ordonné
ce qui suit :
1. Les mesures qui ont frappé le département du Calvados à la suite du premier
attentat (nouvelle fixation de la durée du couvre-feu, heures de fermeture des
restaurants et des cafés, interdiction de toutes sortes de spectacles et des réunions
publiques) demeurent en vigueur.
2. 30 communistes, juifs et autres personnes sympathisant avec le milieu des
auteurs de ce crime ont été immédiatement fusillés.
3. Si les coupables n'étaient pas arrêtés d'ici le 12 mai 1942 à minuit, un nombre
beaucoup plus important de personnes, appartenant aux mêmes milieux, seraient
exécutées. La population civile est invitée à contribuer activement à l'identification
et à l'arrestation des criminels. C'est uniquement par cette contribution que le
danger causé par les agissements de ces criminels et qui menace le Français
accompagnant les trains allemands pourrait être écarté. C'est le seul moyen
d'empêcher les suites fâcheuses qu'entraînerait la répétition d'un semblable crime.
Signé Der Chef des Militärverwaltungs Bezirkes Nord-Est Frankreich. »
Le même jour vers midi, cette fois c'est le Feldkommandant en personne qui fait
face au préfet. Il a reçu de ses supérieurs de l'Hôtel Majestic et notamment du
Général von Lippe, des ordres précis : les 80 communistes et juifs arrêtés dans la nuit
du 1er au 2 mai devront être remis aux autorités allemandes ce jour avant 20 heures.
Le préfet Graux a beau argumenter, rappeler les instructions françaises et
allemandes, citer les références précises, le Feldkommandant balaie toutes ses
objections d'un revers de la main : les autorités supérieures allemandes considèrent

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ces textes comme « équivoques » et d'ailleurs ils sont devenus caducs du fait de la
multiplication des agressions commises contre les membres de l'armée allemande.
En conséquence il ne reste plus qu'à obéir, et sans retard !
— Qu'en sera-t-il pour les personnes qui restent à arrêter ? Dix-huit doivent l'être
au cours de la nuit.
— Vous pourrez les conserver jusqu'à nouvel ordre.
— Monsieur le Feldkommandant, pouvez-vous me donner votre engagement
écrit ?
— C'est impossible !
Nouvel appel à l’aide en direction de Paris. Le chef du cabinet du préfet Ingrand.
Cornut-Gentille, ne cache pas son embarras. Cette fois, Vichy a cédé. On ne sait trop
quelles pressions les Allemands ont exercées. Mais le résultat est là. Il faut leur livrer
les hommes déjà détenus et procéder aux nouvelles arrestations demandées !
Le 3 mai en fin d'après-midi, les détenus de la prison de Caen arrêtés dans la nuit
du 1er au 2 sont remis aux autorités allemandes. Immédiatement, ils sont
transportés en voitures cellulaires ou autocars vers un bâtiment contigu du Lycée
Malherbe, connu sous le nom de « Petit Lycée ». Sur la place Guillouard et devant le
tribunal, un service d'ordre impressionnant a été déployé. André Montagne
n'oubliera jamais cette image. Des dizaines de gendarmes ou de gardes mobiles
casqués et armés, une mitrailleuse en batterie dans une allée, prête à tirer sur
d'éventuels fuyards. Des Allemands aussi ; et puis cet officier de gendarmerie
français qui visiblement exulte devant le spectacle de ces communistes et de ces
juifs rassemblés là.
Prestement, les otages sont conduits dans une vaste pièce au premier étage du
Petit Lycée, sous la garde de soldats allemands. Dans un coin de la salle, quelques
sous-officiers ont installé un bureau. Réaction humaine, mais bien illusoire, quelques
prisonniers engagent le dialogue avec eux dans l'espoir d'obtenir leur libération.
D'autres se sont affalés à même le sol, pensant que cette fois tout est perdu.
Bientôt arrivent les otages arrêtés le 1er mai dans le reste du département et
jusqu'alors détenus à Bayeux, Vire, Lisieux, Pont-l'Évêque, Mézidon ; une bonne
trentaine en tout. La nuit se passe, dans des conditions pénibles, où l'on tente de
dormir à même le plancher.
Pendant ce temps, policiers et gendarmes ont repris leur triste besogne. Dans
Caen, le bruit des rafles s'est répandu comme une traînée de poudre. La population
vit dans la peur, comme l'observe dans un de ses rapports le commissaire aux
Renseignements généraux :
« L'émoi qui a été la conséquence de ces mesures a provoqué de multiples
commentaires, lesquels, colportés et déformés, ont créé une atmosphère de
frayeur... On dit partout que les Allemands prennent tous les hommes de 18 à 25
ans pour les emmener en Allemagne, qu'il en faut 25.000, que de nombreux
anglophiles sont arrêtés et que des dizaines de personnes ont déjà été exécutées. »
Aussi, ceux qui se sentent particulièrement menacés sont-ils sur leurs gardes. Et
cette nuit-là, la police fera souvent chou blanc. Un seul homme, l’ouvrier tourneur
Georges Millemannn, sera appréhendé à son domicile.
Les autres auront plus de chance, comme Robert Charron ou Lucien Vautier qui
réussiront à s'enfuir de chez eux au nez et à la barbe des agents dirigés par

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l'inspecteur Chate.
Dans le reste du département, les opérations de police ont malheureusement été
plus fructueuses. Treize hommes, communistes ou censés l'être, ont été pris. Parmi
eux, un vieux militant lexovien, Armand Étienne, plusieurs fois le candidat de son
parti aux élections législatives ; à Potigny, quelques mineurs ainsi que l'instituteur,
interprète de la communauté polonaise. Comme le milieu des cheminots de
Mézidon est particulièrement suspecté, en raison de la proximité du lieu des
sabotages, sept employés de la gare et des ateliers seront emmenés par les
gendarmes. Mais les Allemands ont suivi le même raisonnement et, ignorant
totalement les agissements des autorités françaises, ils ont décidé de frapper au
même endroit. Le 4 mai dans l'après-midi, Lucien Lefèvre travaille comme
d'ordinaire dans la scierie des ateliers SNCF de Mézidon-Canon. En levant les yeux
de sa machine, il aperçoit brusquement un groupe d'Allemands qui vient de
pénétrer dans le local. Dehors, des soldats en armes ont pris position et encerclé les
bâtiments. Un coup dur, pense instinctivement Lucien. Les officiers entrent dans le
bureau du chef d'atelier et exigent de lui qu'il leur désigne huit de ses ouvriers. Ils
seront arrêtés comme otages en représailles des sabotages d'Airan. L'homme refuse
énergiquement et tente de parlementer. Peine perdue ! Les Allemands se dirigent
vers un fichier et, au hasard, en extraient des noms : Delavallée René, Duval Pierre,
Jourdheuil Eugène, Lefèvre Lucien, Le Gall Julien, Oeuillot Michel, Piquet Émile,
Renouf Léon. Certains sont là dans l'atelier, d'autres sur les voies, sont occupés à
réparer des wagons. En quelques minutes, ils sont rassemblés et emmenés, sans
même avoir eu le temps de se changer et de passer au vestiaire pour prendre leurs
affaires. Aussitôt direction Caen, où sur le quai de la gare les attendent une dizaine
d'autres hommes, arrêtés au cours de la nuit à Vire, Condé-sur-Noireau, Touques et
Percy-en-Auge. De là, ils sont prestement conduits dans la cour du Petit Lycée.
À l'intérieur du bâtiment, les otages connaissent maintenant le sort qui les attend.
En début d'après-midi, un sous-officier allemand parlant le français s'est avancé au
milieu de la pièce, en ordonnant le silence : « Le Führer vous a graciés ! Vous ne
serez pas fusillés et vous irez travailler à l'est ! » Explosion de joie ! Des cris et un
énorme soulagement. Certains ont peine à y croire. Pourtant, un peu plus tard, les
familles, qui depuis plusieurs heures déjà se sont massées sur la place Guillouard,
pourront venir leur apporter valises, sacs, vêtements. Beaucoup d'émotion et une
belle pagaille, dont certains pourraient profiter peut-être pour tenter de s'esquiver.
Mais à vrai dire, personne n'y songe alors.
Pour l'un, les nouvelles sont meilleures encore. Antonio Alvez vient d'apprendre
qu'il va être relâché immédiatement. Arrêté comme communiste, il doit sa libération
à sa nationalité portugaise. Dix-huit heures trente, deux cars arrivent au Petit Lycée
pour conduire les otages vers la gare. La gare... ou la caserne du 43e d'artillerie et le
peloton d'exécution ? Quelques-uns doutent encore du sort que leur réservent les
Allemands. Les véhicules lourdement chargés traversent l'Orne et tournent à gauche
après le pont ; ils ne prennent pas la rue de Falaise et suivent le quai Hamelin.
Sauvés !
Quelques instants plus tard, ils franchissent une grande porte et pénètrent dans
l'enceinte de la gare de marchandises. Non loin de là, quelques wagons à bestiaux
attendent. En descendant du car avec ses camarades d'infortune, André Montagne
aperçoit son père, qui a tant bien que mal réussi à les suivre jusque-là en vélo. Un

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soldat allemand, le fusil en travers, l'empêche d'avancer plus avant. Avec cette
dernière image au cœur, il rejoint ses compagnons dans les wagons. Les portes se
referment et commence alors une interminable attente. La nuit vient. Vingt-deux
heures trente, le convoi s'ébranle enfin.
Une demi-heure plus tard, arrêt-surprise à Mézidon. Sous un prétexte
quelconque, le chauffeur et le mécanicien ont réussi à stopper le train dans la gare
de triage... où les familles des huit hommes arrêtés quelques heures plus tôt,
averties, se sont rassemblées. La solidarité du monde des cheminots n'est pas un
vain mot. Le coup a été préparé à Caen. Reste à convaincre les Allemands d'ouvrir
les portes des wagons. Ils s'y opposent d'abord, puis finissent par accepter et
accordent quelques minutes aux amis et aux parents pour faire leurs adieux. Et le
convoi reprend sa route. Vers quelle destination ?
À l'étonnement de tous, les cheminots reconnaissent, au bruit de la voie, les
points d'un trajet qu'ils ont si souvent accompli : l'aiguillage du Mesnil-Mauger, le
tunnel de l’Houblonnière... Le train va vers Paris. Le voyage est lent, mais plus court
que beaucoup ne l'avaient imaginé. Au matin du 5 mai, il s'arrête en gare de
Compiègne. De là, les otages sont conduits au camp de Royallieu distant de quelques
kilomètres seulement.
Royallieu, un ancien camp de manœuvres de l'armée française, aujourd’hui aux
mains des Allemands. Un grand quadrilatère de 400 mètres de côté, hérissé de
murs, chevaux de frise, barbelés et miradors où des centaines de prisonniers
s'entassent dans une vingtaine de baraques en attendant d'être transférés vers
l'Allemagne ou l'Europe centrale. Royallieu, l'antichambre de la déportation ! Mais
à Caen la Feldkommandantur s'estime toujours insatisfaite. Il faut encore une
trentaine de victimes pour atteindre le chiffre fatidique des 130 otages exigés pour
assouvir la vengeance du Reich.
Le lieutenant-colonel Elster et le Docteur Mayer s'étonnent auprès du préfet qu'il
n'ait pas encore livré les hommes arrêtés dans la nuit du 3 au 4. Surpris par cette
mauvaise foi, celui-ci oppose un rejet formel et en termes vifs rappelle à ses
interlocuteurs leurs engagements, à peine vieux de 48 heures. Le Feldkommandant
réprime un geste de colère et clôt la discussion par une menace : « Monsieur le
préfet, je rendrai compte à Paris de votre refus ! » En regagnant son cabinet, Henri
Graux jette rageusement dans son journal : « J'ai l'impression de m'être égaré dans
un repaire d'aventuriers, dans une officine d'individus visqueux, à la conscience
trouble, sans foi ni loi. »
Le 7 mai 1942, les Allemands reviennent à la charge. Un peu après midi, alors que
le préfet se prépare à aller déjeuner, le téléphone sonne. « Ici la police allemande,
nous avons à vous entretenir d'une affaire urgente. Nous vous prions de nous
recevoir. »
Quelques minutes plus tard, deux hommes jeunes, en manteau de cuir noir,
pénètrent dans le bureau. « La Gestapo » songe en lui-même le préfet. L'un d'eux,
très blond et l'air insolent, s'assied sans même y avoir été convié. À peine Henri
Graux a-t-il eu le temps de demander le but de leur visite qu'il prend la parole dans
un français très clair :
— Nous nous présentons devant vous, Monsieur le Préfet, pour vous dire que
nous procéderons aujourd'hui à des arrestations en rapport avec l'attentat près de
Moult-Argences. Nous comptons sur l'aide de votre police et de la gendarmerie !

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— Cette question a déjà été envisagée avec le Feldkommandant en personne.
— Nous sommes venus ici de sa part. Si vous ne nous croyez pas, téléphonez au
« Malherbe ».
— Je ne peux que vous confirmer ce que j'ai déjà dit au lieutenant-colonel Elster.
Mes services de police ne se soumettront plus désormais aux ordres de la
Wehrmacht qu'à la condition expresse et écrite que les personnes arrêtées ne seront
pas considérées comme des otages.
— Vous n'avez pas à poser de conditions à l'armée allemande
— Eh bien dans ce cas, ma réponse est non ! Et le préfet se lève de son fauteuil,
signifiant par là qu'il n'a rien à ajouter. Les policiers se dressent brusquement.
— Vous vous opposez donc à l'enquête ouverte en vue de découvrir les criminels,
rétorquent-ils. Votre attitude constitue un acte de sabotage des ordres de la
Wehrmacht. Nous prendrons des décisions en conséquence ! Sans prendre congé,
les deux hommes sortent en claquant la porte avec vigueur. Puis le blond la rouvre
brutalement en hurlant :
— Sabotage d'un ordre de la Wehrmacht !
Le préfet Graux sait désormais qu'il lui faut s'attendre au pire. Il convoque son
secrétaire général pour prendre les dispositions nécessaires au cas où il serait arrêté.
Il prévient aussi sa femme ; puis rédige une lettre de protestation à l'intention du
Feldcommandant.
Après quoi il ne lui reste plus qu'à attendre le déchaînement de l'orage. Les
premières heures de l'après-midi s'écoulent sans nouvel incident.
Dix-huit heures quinze : convocation d'urgence à l'hôtel Malherbe.
Le colonel Elster n'a pas cet air glacé qu'il affecte si souvent. Il se veut désinvolte
et engage la conversation d'un ton détaché, presque ironique :
— Je vous remercie, Monsieur le Préfet, de vous mettre à ma disposition pour les
arrestations que nous avons décidées de faire.
— Monsieur le Feldkommandant, je vois que vous avez sous les yeux la lettre que
je vous ai fait porter tout à l'heure. Veuillez la lire. Vous y trouverez les réserves
expresses que je crois devoir formuler.
— Mais vous n'avez pas à nous dicter vos conditions !
— Considérez donc que ma réponse est négative.
L'Allemand marque un temps d'arrêt, avant de poursuivre :
— Pourquoi avez-vous interdit à votre police et à votre gendarmerie de coopérer
avec la police allemande ? Vous savez que cela peut entraîner pour vous les plus
graves conséquences.
— Que voulez-vous dire, Monsieur le Feldkommandant ? Et à quels faits précis
faites-vous allusion ?
— Ce matin même, le chef de la brigade de Lisieux a refusé de procéder à une
arrestation avec la Feldgendarmerie. Il a affirmé que les ordres venaient de vous.
— C'est exact ! J'ai ordonné à la gendarmerie et à la police de ne plus répondre
aux réquisitions de l'armée allemande sans m'en avoir référé auparavant.
— Finissons-en, voulez-vous ! Votre réponse à ma demande de collaboration est-
elle « oui » ou « non » ? Il me faut un « oui » ou un « non »
— Dans les conditions que vous m'imposez, ma réponse est non !
À ces mots, le colonel Elster se lève, décroche son téléphone et demande Paris. Il
obtient presque immédiatement sa communication, signe que tout avait été bien

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mis au point à l'avance.
— Monsieur le préfet, le docteur Medicus désire vous parler.
À l'autre bout du fil, une voix s'exprimant dans un français impeccable, presque
sans accent ; celle du docteur Franz Albrecht Medicus, chef de l'administration
militaire de la France occupée, l'adjoint direct de Stülpnagel. Un personnage
considérable ; il fait partie de ceux dont on peut dire qu'ils détiennent entre leurs
mains la vie ou la mort de millions d'hommes.
Après les formules de politesse d'usage, l'homme engage la conversation sur un
ton modéré, plus politique que militaire, tantôt doucereux, tantôt plus pressant,
mais sans jamais se départir d'une parfaite courtoisie.
— Monsieur le préfet, je suis au courant des difficultés que vous créez à la
Feldkommandantur depuis quelques jours.
— Des difficultés existent, il est vrai. Vous les connaissez, Monsieur, elles sont
tragiques et, en ce qui me concerne, je n'épargne aucun effort pour les pallier dans
toute la mesure de mes moyens.
— J'observe depuis longtemps votre attitude. Elle n'est pas celle qu'on peut
attendre d'un préfet qui se doit de collaborer loyalement avec l'Administration
militaire allemande. Au cours d'une même quinzaine, vous l'avez modifiée dans un
sens exactement opposé à celui auquel nous devions nous attendre. Pour n’en
donner qu’un exemple, vous avez assisté aux funérailles des victimes du premier
crime de Moult-Argences ; et la Wehrmacht a parfaitement apprécié votre geste.
Mais vous n'étiez pas aux obsèques des victimes du second attentat et de cette
abstention nous ne pouvons que tirer certaines conclusions.
Le préfet a peine à contenir sa fureur, non contre Medicus, mais contre l'hypocrisie
du Feldkommandant Elster ; il s'était pourtant excusé auprès de lui ; son absence
était purement involontaire, simplement attribuable à une mauvaise transmission
des informations par ses services. L'incident avait été considéré comme clos ;
visiblement il ne l'était pas !
— Cela n'est rien, poursuit le docteur Medicus ; ce qui importe c'est ce que vous
allez faire maintenant. J'ai pris connaissance de la lettre que vous avez écrite
aujourd'hui même au Feldkommandant de Caen et je n'ai pas besoin de vous dire
que la Wehrmacht ne saurait tolérer de votre part aucune condition ou accepter la
moindre réserve. Ceci, vous devez le comprendre. Agiriez-vous autrement à notre
place ? Et que diriez-vous si vous aviez à Caen des S.S. ? Eh bien ces S.S., je vais vous
les envoyer et vous me direz ce que vous en pensez. La Wehrmacht a décidé que des
arrestations auraient lieu. Il faut que vous y concouriez. Jamais aucun préfet, dans
un cas semblable, ne nous a opposé pareille résistance. Ne perdez pas de vue que
votre responsabilité personnelle est engagée dans cette affaire. Vous avez pris
l'engagement, au poste que vous occupez, de collaborer avec nous. Je sais bien que
ce que nous vous demandons est désagréable. Aussi, nous admettons fort bien —
et je vous prie d'apprécier cette concession — que vous éleviez une protestation.
Protestez vigoureusement ; protestez par écrit même ; protestez de tout votre
cœur ; cela je le répète, nous le tolérerons. Mais à aucun point de vue nous ne
saurions accepter une réponse négative !
— C'est auprès de vous que je me permets de protester, Monsieur, car il y a tout
de même une décision signée au nom du Général von Stülpnagel, que je ne cesse
d'invoquer et qui prévoit qu'aucune exigence ne sera présentée aux autorités

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françaises en ce qui concerne l'arrestation d'otages. Je ne demande pas autre chose
que le bénéfice d'instructions toujours en vigueur...
— Non, non ! Elles sont périmées ; il n'en est plus question ! Mais la discussion
entre nous, Monsieur le Préfet, est terminée. Je regarde ma montre : il est 18 heures
40. Je vous donne jusqu'à 19 heures pour réviser votre décision. La Wehrmacht a
des arrestations à faire et elle est pressée. Nous n'avons pas de temps à perdre.
Rappelez-moi. Je suis persuadé que vous saurez comprendre votre intérêt !
Vingt minutes ; vingt petites minutes. Le délai est bien court. Mais la résolution
du préfet Graux est prise. En bon breton qu'il est, il ne cédera pas ! Il demande
simplement à pouvoir mettre son gouvernement au courant de son entretien avec
le docteur Medicus. Le colonel Elster accède sans rechigner à sa demande et
l'introduit dans un bureau attenant au sien, mais en prenant bien soin de laisser la
porte ouverte et en enjoignant même à deux officiers qui occupaient la pièce de
rester sur place. Précaution bien humiliante, mais inutile. Henri Graux se contente
d'informer brièvement la Délégation générale de Paris des derniers évènements,
sans se livrer au moindre commentaire.
À peine a-t-il raccroché que le docteur Mayer s'approche de lui :
— Monsieur le préfet, il est 19 heures !
Au regard interrogateur du Feldkommandant, il répond par un simple « Nein! »
L’officier appelle l’Hôtel Majestic à Paris et communique la réponse en une seule
phrase, avant de se retourner vers son interlocuteur.
— Notre entretien est terminé. La Wehrmacht procédera seule aux arrestations.
Le reste sera réglé ultérieurement !
Le reste ? C'est sans doute moi, songe Henri Graux en regagnant sa préfecture.
Mais il est presque soulagé, éprouvant le sentiment d’avoir accompli son devoir, et
aussi la sensation un peu égoïste d'une délivrance, quel que puisse être son sort
futur.
Dans l'immédiat il faut pourtant poursuivre la résistance passive contre les
Allemands. S'ils veulent s'emparer d'autres otages, ils devront le faire seuls. Brigades
de gendarmerie et commissariats de police ont partout reçu confirmation des
instructions préfectorales : en aucun cas ils ne devront prêter leur concours à
l'armée d'occupation.
Vingt-deux heures trente, le 7 mai 1942. Un adjudant de gendarmerie allemand
flanqué d'un interprète pénètre dans le commissariat de police de Deauville et
requiert l'aide des agents pour aller arrêter un Juif du nom de Nissim Mizrahi.
L'homme avait déjà été inquiété dans la nuit du 1er au 2 mai. Comme il avait plus de
55 ans, sa libération était intervenue dès le lendemain. Cette fois, son âge ne pourra
pas le sauver.
Que reproche-t-on à cet homme ? Questionne l'inspecteur de garde. Naturalisé
français depuis 1927, il habite Deauville depuis de nombreuses années et n'a jamais
fait parler de lui. Tous les jours, il vient régulièrement au commissariat signer la
feuille de contrôle des juifs comme le veut la loi ; et d'ailleurs les ordres de ses
supérieurs interdisent de fournir assistance à la Feldgendarmerie. L'adjudant
s'emporte et réplique d'un ton courroucé que les ordres de la Feldkommandantur
l'emportent sur ceux du préfet ! Ébranlé, le policier consent à faire accompagner les
deux Allemands par un sous-brigadier jusqu'au domicile de Mizrahi, avec la consigne
de se retirer immédiatement et de ne prendre part en aucune façon à l'arrestation.

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Ce qui fut fait.
À Caen, les Allemands se sont heurtés à la même résistance passive et c'est donc
sans aide qu'ils ont dû accomplir leur besogne en frappant cette fois dans les milieux
réputés anglophiles. Ils ont ainsi appréhendé le doyen de la faculté des lettres de
l'Université, le professeur René Musset. Dans ses cours de géographie, celui-ci ne
manque jamais une occasion d'exprimer ses sentiments, expliquant par exemple à
ses étudiants que la puissance maritime du Royaume-Uni est un garant sûr de sa
victoire finale ; cela a fini par se savoir et parvenir aux oreilles de l'occupant. René
Musset, 2881-1977 vit sa carrière interrompue trois années par une déportation qui
le conduisit successivement dans les camps de Compiègne (de mai 1942 à janvier
1943), de Sachsenhausen-Oranienburg (de janvier 1943 à janvier 1945) et de
Buchenwald (de janvier 1943 à janvier 1945). Rentré affaibli physiquement, mais
moralement intact, il reprit aussitôt ses activités et ne prit sa pleine retraite qu’en
1954. Tout au long de ses 23 ans de retraite, il continua de publier. Modeste, il
n’accepta que la dignité d’Officier de la Légion d’Honneur et la médaille de la
résistance.
De même celui-ci (l’occupant) n'ignore rien des idées qui circulent à l'intérieur de
l'École Primaire Supérieure de la rue de Bayeux. La « Sup », comme l'appellent les
élèves, passe pour être un « repère anglophile et gaulliste ». Non sans raison !
Nombre de ses enseignants n'hésitent pas à afficher leurs convictions, comme ce
professeur de mathématiques, monsieur Kaix, mutilé de la Première Guerre
mondiale. Lorsque des avions britanniques survolent la ville, il a pris l'habitude
d'interrompre son cours pour aller à la fenêtre, l'ouvrir parfois, en disant :
— C'est beau, vous ne trouvez pas ? L'homme est d'ordinaire sévère et dur avec
ses élèves, mais en ces circonstances ils le trouvent admirable. Le directeur de
l'établissement, monsieur Colin, ne l'est pas moins. Tous les 11 novembre, il
rassemble les élèves dans la grande salle de dessin pour leur tenir un discours au ton
très patriotique.
Le 11 novembre 1941, avec la complicité de son ami Emmanuel Desbiot,
professeur d'anglais, il avait même décidé d'organiser une manifestation silencieuse
devant le monument aux morts de la Grande Guerre, place Foch... à quelques pas
de la Kommandantur. Un nombre important de collégiens et d'étudiants y participa ;
mais elle tourna court et ne dura que quelques minutes, car la scène n'avait pas
échappé longtemps aux Allemands. Ils tentèrent même d'encercler les manifestants.
La plupart réussirent à s'esquiver. Mais voyant deux de ses élèves interpellés par
un Feldgendarme, Emmanuel Desbiot s'approcha du groupe pour tenter de
parlementer. Le ton monta et il dut présenter ses papiers d'identité. Quelques
semaines plus tard, il avait été traduit devant un tribunal de simple police. Sans
suite ; c'est du moins ce qu'il avait pu penser jusqu'à ce soir du 7 mai 1942.
Il est presque vingt-deux heures. Le professeur Desbiot aperçoit par la fenêtre de
sa salle à manger deux soldats allemands entrant à l'École Primaire Supérieure,
distante de quelques dizaines de mètres de son domicile. « Il serait grand temps que
je fasse mes valises », confie-t-il à sa famille, « mais il est sans doute trop tard ».
Effectivement, quelques minutes plus tard, on sonne à la porte d'entrée. Les
Feldgendarmes sont là. Il faut les suivre. Il a tout juste le temps de demander à son
fils de détruire les documents dissimulés sous la tapisserie de son bureau.
Emmanuel Desbiot est un résistant. Mais les Allemands l'ignorent ; s'ils sont venus

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l'arrêter, c'est pour sa participation à la manifestation du 11 novembre.
À la même heure, d'autres gendarmes allemands sont venus chercher dans leur
chambre d'étudiants, rue Barbey-d'Aurevilly, Lucien et Marcel Colin, deux des fils du
directeur. Conduits immédiatement au Petit Lycée, ils y retrouvent le doyen Musset,
Emmanuel Desbiot et une dizaine d'autres personnes.
Le lendemain matin, au cours d'un bref interrogatoire, ils comprennent que les
Allemands cherchent leur père, mais qu'ils ne l'ont pas trouvé. Et pour cause
! Révoqué par les autorités de Vichy quelques mois plus tôt, il a quitté la région
pour Avranches où il gère désormais un commerce.
Le soir, ordre est donné aux prisonniers de se tenir prêts pour le lendemain 7
heures. À l'heure dite, le petit groupe est chargé dans un camion. Le bruit des
arrestations s'est répandu et, malgré l'heure matinale, de nombreuses personnes
sont là, massées devant le Petit Lycée : les familles, des étudiants... Beaucoup les
suivront jusqu'à la gare et pourront même discuter plusieurs heures avec eux sur le
quai, avant que le train ne les emmène vers Compiègne, grossir les rangs des
déportés caennais.
Chapitre cinq
Les jours passent et insensiblement se rapproche l'échéance fatidique fixée par les
Allemands. Si les coupables des deux sabotages d'Airan ne sont pas retrouvés avant
le 12 mai 1942, de nouveaux otages seront fusillés. Or l'enquête policière piétine.
Des mesures exceptionnelles ont été prises. Une gidantesque chasse à l’homme s’est
mise en place dès la nouvelle du second attentat. En une dizaine de jours, des milliers
de contrôles d'identité ont été effectués dans les rues de Caen, Lisieux ou Mézidon
comme à la gare Saint-Lazare. À nouveau, les fiches des clients ont été
systématiquement vérifiées dans tous les hôtels, garnis et meublés de la région ; à
la suite de quoi, 2.147 interpellations ont eu lieu dans le Calvados, la Manche, l'Orne,
la Mayenne, la Sarthe, la région parisienne et même jusque dans les Deux-Sèvres !
L'emploi du temps de 1 034 personnes a été minutieusement vérifié ; sans le
moindre résultat ! Les services centraux de la SNCF ont été invités à transmettre à la
police la liste de tous les cheminots révoqués depuis 1939 en raison de leur
appartenance au parti communiste : 604 noms et autant d'enquêtes individuelles
pour retrouver la trace des intéressés et recueillir des renseignements sur leurs
activités depuis qu'ils avaient quitté les chemins de fer.
Parallèlement, l'enquête se poursuit sur les lieux mêmes des déraillements.
Des cheminots de Mézidon ont signalé avoir vu le 30 avril vers minuit, au cours
de leur service, des lueurs le long de la voie ferrée en direction de Caen. Plusieurs
témoins affirment avoir entendu cette nuit-là un mystérieux avion survoler la région.
Certains n'hésitent pas à parler d'un audacieux coup de main accompli par un
commando britannique ; d'ailleurs les parachutes auraient été cachés chez un
habitant de Saint-Pierre-sur-Dives ; ils sont effectivement retrouvés à l'adresse
indiquée ; mais il s'agit de parachutes allemands destinés à des appareils de
météorologie ; notre homme les avait subrepticement dérobés dans un bâtiment du
camp de Percy où il travaillait au service des troupes d'occupation.
Une demi-douzaine de personnes de la région, dont un médecin d'Argences, sont
dénoncées par une lettre anonyme : « Gaullistes et francs-maçons » notoires, ils
sont tout à fait susceptibles d'avoir pris part aux sabotages. Mais des vérifications
minutieuses les mettent rapidement hors de cause et concluent à une basse

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vengeance ; une de plus ! Les lettres anonymes, en effet, continuent de s'accumuler.
L'une d'elles signale trois hommes jugés particulièrement dangereux : « François
Robineau, chauffeur de taxi à Caen, propriétaire d'un camion et d'outillage qui
pourraient être utilisés pour des déraillements comme celui de Moult — Maurice
Gilles, contrôleur des autocars à Caen dont le domicile est fréquenté par de jeunes
gaullistes et possesseur d'un poste émetteur — Robert Douin, professeur de
sculpture, rue de Geôle à Caen, qui rassemble chez lui les jeunes gens capables
d'exécuter des sabotages. » Enquêtes et perquisitions montrèrent que le premier
n'avait ni camion ni outillage spécial ; le second ne cachait pas de poste émetteur ;
quant à Robert Douin, directeur de l'école des Beaux-Arts, il avait quitté Caen depuis
quelques mois déjà pour Saint-Aubin-sur-Mer où il travaillait à la réfection d'un
monument.
Quelques jours après le second attentat, la Geheimefeldpolizei, en battant la
campagne autour d'Airan, découvrit un indice paraissant être du plus grand intérêt.
Piqué sur le tronc d'un arbre, un petit morceau de papier, déjà jauni, portant ce bien
étrange message : « Dario et Paul sont partis à Mézidon (huit kilomètres.) ». Mise à
contribution, la police française s'engagea à son tour sur cette piste. Au dos du
papier figurait un programme de cours commercial. Le tour des établissements de
Caen fut vite accompli et les « coupables » prestement retrouvés : deux jeunes de
17 ans, élèves de l'école privée Eudine qui, au cours d'une innocente vadrouille dans
la Région, avaient simplement laissé une brève missive à l’intention de leurs
camarades de promenade.
Décidément l'enquête ne progressait guère et rien ne laissait présager un
aboutissement prochain. Afin que les Allemands ne puissent pas lui reprocher de
s'opposer à son bon déroulement, le préfet Graux obtempéra à l'ordre reçu le 7 mai
1942 de procéder à de nouvelles arrestations. Le 8 et le 9, la gendarmerie se saisit
d'une dizaine de personnes, principalement choisies cette fois dans la région de
Saint-Pierre-sur-Dives. Mais elles ne seront pas livrées à l'occupant et iront rejoindre
les 14 hommes déjà appréhendés dans la nuit du 3 au 4, et toujours conservés dans
les prisons françaises en dépit des menaces du Feldkommandant.
Sans même attendre l'expiration du délai accordé pour retrouver les auteurs des
sabotages, les Allemands mettent à exécution leurs sinistres menaces. Vingt-huit
communistes sont fusillés en deux groupes le 9 et le 12 mai, au Mont-Valérien pour
la plupart, mais aussi à Caen. Le 9 au matin, trois détenus de la maison centrale,
Pierre Faures, Jean Becar et Pierre Mangel, sont passés par les armes à la caserne
du 43e ; tragique journée, puisque l'après-midi c'est au tour des hommes
condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » de tomber sous les balles des
mêmes pelotons. Le 14 mai, onze nouveaux communistes sont fusillés à Caen ; ce
qui porte à 61 le nombre total de victimes pour le Calvados depuis 1940.
La cruauté de l'occupant est-elle enfin satisfaite ? On peut le penser lorsque le 20
mai 1942, la Feldkommandantur lève la plupart des sanctions en vigueur depuis le
16 avril : le couvre-feu est ramené à 23 heures et la circulation pourra reprendre à
partir de 5 heures du matin. Les cafés, restaurants, cinémas et stades vont rouvrir
leurs portes.
Est-ce l'épilogue de cette affaire tragique ? Pas tout à fait. Car le 6 juin 1942, le
préfet Graux reçoit l'ordre de se présenter sans retard à Paris, rue de Monceau, siège
de la Délégation du ministère de l'Intérieur en zone occupée.

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Le préfet Ingrand en personne est là pour le recevoir et lui annoncer la décision à
laquelle il s'attend en fait depuis son sévère affrontement avec les autorités
allemandes le 7 mai. Son interlocuteur a en main copie de la lettre envoyée la veille
par les services de l'Hôtel Majestic au Président du Conseil ministre de l'Intérieur
Pierre Laval. Signée du docteur Werner Best, chef de l’état major administratif du
Général von Stülpnagel, elle est brève et sèche comme un couperet : « Je vous invite
à rappeler Monsieur Graux, préfet du Calvados, et à ne plus l'employer dans les
territoires occupés. »
Depuis longtemps, il était sur la sellette, car les récriminations contre lui
s'accumulaient auprès des services allemands de Paris. Dès octobre 1941, son renvoi
avait déjà été évoqué à la suite de son refus de fournir des listes d'otages. À la même
époque, il avait refusé d'accepter la présidence d'honneur du groupe
« Collaboration » dont le marchand de meubles Julien Lenoir venait de créer une
section à Caen ; son absence à une conférence donnée en décembre par l'une des
figures de cette organisation, Georges Claude, n'était pas passée inaperçue et cette
attitude ouvertement hostile avait fortement déplu à la Kommandantur. Le 25 avril
1942, il avait même fait placer en résidence surveillée le responsable départemental
d'un autre mouvement de collaboration, le MSR, auquel il reprochait d'entretenir
une agitation malsaine contre les autorités préfectorales. Son comportement dans
l'affaire des sabotages d'Airan et des prises d'otages devait achever d'exaspérer
l’occupant. Une note établie en mai par les services administratifs du Majestic
concluait à la nécessité de son renvoi immédiat en précisant : « s’il est
particulièrement important que dans les départements côtiers que ne soient mis en
place des préfets prêts à collaborer ».
Pourquoi cette décision avait-elle tardé plus d'un mois ? Henri Graux allait
l'apprendre. Dès le 8 mai, le Docteur Mayer et le chef de la police de sécurité
allemande pour le Calvados avaient été convoqués à Paris ; puis 48 heures plus tard,
ce fut au tour du Feldkommandant. Un désaccord s'était élevé sur la nature de la
« punition » à lui infliger. La police penchait pour l'arrestation, la Wehrmacht pour
la révocation. La seconde thèse avait finalement prévalu. Rentré à Caen, Henri Graux
reçoit quelques jours plus tard la notification officielle de son renvoi. Le
gouvernement Laval, dans le souci de ne pas compromettre sa politique de
collaboration, a résolu d'accéder à la demande allemande. Fin juin, il devra quitter
ses fonctions pour être placé en position « hors cadre », en attendant une possible
nomination en Zone libre.
La nouvelle ne tarde pas à se répandre et de tout le département des marques de
sympathies parviennent à la préfecture. Réconforté, Henri Graux consacre ses
dernières journées dans le Calvados à l'expédition des affaires courantes. Il donne
ainsi les instructions nécessaires à la police et à la gendarmerie pour remettre
progressivement en liberté la plupart des hommes arrêtés sur son ordre entre le 3
et le 9 mai et qui n'avaient pas été livrés aux Allemands.
Mais le 22 juin 1942 survient un coup de théâtre. Une nouvelle tentative de
sabotage vient d'avoir lieu sur la ligne Paris-Cherbourg à Écajeul, deux kilomètres à
l'est de Mézidon.
À 18 heures 43, à peine plus d'une minute après le passage du train de
permissionnaires allemands SF 846, une explosion a partiellement endommagé la
voie. Les dégâts sont minimes. Visiblement, l'auteur de l'attentat est un novice en la

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matière, car il a glissé son explosif sous le rail, alors qu'il aurait fallu placer deux
charges latérales, en quinconce sur chaque côté, pour être certain de le couper.
De plus, pour se donner le temps de fuir, il a utilisé une mèche lente ; méthode
forcément imprécise. Les gendarmes ont d'ailleurs retrouvé plusieurs morceaux
d'enveloppe ; à coup sûr il s'agit de matériel ordinairement employé par les carriers.
Mais surtout, au cours de sa fuite, l'homme a été vu par un témoin ; un jeune
instituteur des environs qui se rendait à pied à Mézidon en suivant la voie ferrée. Il
était convoqué au dépôt de la SNCF pour participer le soir même au service de garde
sur la ligne Paris-Cherbourg. Chemin faisant, il s'était assis à l‘ombre dans un petit
chemin. Quelques instants après le passage d'un train, il avait vu surgir un cycliste
venant de la voie et alors que celui-ci s'éloignait à toutes pédales, une violente
explosion avait retenti.
Les gendarmes l'interrogent sur le signalement de l'individu. Un homme d'une
trentaine d'années, mince, le teint bronzé, est coiffé d'une casquette et est habillé
d'une chemise grisâtre et d'un pantalon noir ; il portait un sac à dos paraissant assez
gonflé.
Dans le petit chemin mal entretenu longeant la voie à cet endroit, les gendarmes
découvrent des traces dans les broussailles ; le saboteur a dû se dissimuler là en
attendant le passage du train. À proximité, ils trouvent même une feuille arrachée
d'un agenda et portant deux noms : « Cauchard » et « Fillâtre »
Rapidement avertie, la police judiciaire de Rouen a tôt fait d'opérer un
rapprochement. Deux jours auparavant, la Sicherheitspolizei de Rouen avait arrêté
un communiste du nom de Fillâtre. Mais l'interrogatoire de celui-ci ne devait pas
permettre d'en savoir plus.
Quelques jours plus tard, un concours de circonstances va pourtant servir les
investigations policières. Le 4 juillet, un peu avant midi, des inspecteurs de la brigade
mobile de Rouen font irruption dans la petite maison des gardes-barrières de Trelly,
près de Coutances. Ils sont à la recherche de « deux terroristes » particulièrement
importants. Maurice Lemaire, « Adrien », originaire de la Somme, responsable
interrégional du parti communiste est bien caché là, accompagné de son fils ; mais
ils ont le temps de s'échapper par la fenêtre. Poursuivis, ils parviennent à s'enfuir et
à traverser la Sienne à la nage, sous les balles des policiers. Portant sur le dos son fils
blessé à la cheville, « Adrien » trouve refuge dans une grange à Quettreville. Le
fermier les découvre au matin et promet de se taire. Mais dans l'heure suivante, les
Allemands sont là et capturent les deux résistants sans coup férir. Sur son carnet,
Maurice Lemaire a noté à la date du 22 juin : « Écajeul ». Il nie être l'auteur du
sabotage, mais finit par avouer que celui-ci avait été commis par un certain
« Maurice », responsable politique du parti communiste pour le Calvados.
Effectivement, l'homme que l'instituteur avait vu filer en vélo sous son nez le 22
juin 1942 et dont la police connaît désormais le, pseudonyme à défaut de l'identité,
était bien Émile Julien. Ce jour-là, il avait agi seul en utilisant une façon d'agir rendue
nécessaire par les circonstances. Depuis le début mai en effet, par ordre des
Allemands, sur toute la longueur de son trajet dans le Calvados, la ligne Paris-
Cherbourg est gardée chaque nuit par des civils requis Pour beaucoup d'entre eux,
ces soirées sont devenues prétextes à ripailles et à joyeuses beuveries ; aussi leur
« surveillance » laisse-t-elle souvent à désirer. Mais certains ont pris leur rôle au
sérieux et mènent leurs rondes très consciencieusement le long de la voie ; ce qui

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rend désormais très difficile l'action de saboteurs éventuels ; surtout s'il s'agit de
démonter entièrement un rail, car l'opération demande beaucoup de temps et
nécessite plusieurs hommes. Le risque d'être repéré est devenu trop grand. Les FTP
du Calvados ont donc décidé de recourir à la dynamite, méthode plus rapide, mais
beaucoup moins efficace comme les faits viennent de le démontrer. Ce n'est
cependant que partie remise, car le groupe est bien décidé à frapper de nouveau.
Pendant ce temps-là, à Compiègne, les otages du Calvados, au milieu de milliers
d'autres, attendent d'être fixés sur leur sort. Chaque jour, Lucien Colin consigne ses
impressions sur un petit cahier d'écolier. « La vie du camp, quelle est-elle ? Le lever
à 7 heures. L'Appel à 7 heures 15. La Toilette. Le Lit. Lorsqu'il y a une corvée de
pluches, c'est à 10 heures 30. Vers 12 heures 30, soupe dans la chambrée. Nous
sommes tranquilles jusque vers 16 heures 15, heure à laquelle nous touchons 1/60
de boule de pain. À 17 heures, le jus qui est une tisane appelée ici “boldo”. À 18
heures 15 départ pour l'appel. Coucher à 10 heures, heure à laquelle nous ne devons
pas sortir sans risquer de provoquer sur nous le tir des mitrailleuses situées dans les
miradors... Notre chambre contient 52 types, dont 18 de Caen. Nous formons une
bonne équipe de cinq et nous mettons nos produits en commun : Marcel et moi,
Mr Musset, Mr Desbiot et Mr Mondhard, représentant en bois de la maison Savare,
ancien prisonnier de guerre, de Saint-Aubin, qui comme nous ne sait pas pourquoi il
est là. »
Nous sommes à peu près 2 000 dans le camp français. Le moral est
formidablement élevé malgré le temps, la lassitude, la peine, le peu de nourriture,
de confort et la crainte de « passer à la casserole » ; car de temps en temps ils
piquent dans le camp... Le temps, si précieux, s'écoule lentement, dans l'angoisse
constante du lendemain. La recherche de nourriture est une préoccupation
essentielle. Certains prisonniers en sont réduits à arracher de l'herbe, dans un coin
du camp, pour en faire une bien maigre soupe. L'espoir et le désespoir
s'entremêlent.
Lundi 8 juin 1942 : Hier soir, j'ai terriblement souffert, car j'ai broyé des idées
noires. C'était un véritable cauchemar tout en étant éveillé. Je suis sorti pour
prendre l'air dans le couloir pour me changer les idées... Puis cela m'a repris. J'ai la
fièvre, j'ai mal à la tête. Vraiment, je ne suis pas bien, aussi bien physiquement que
moralement. Que le temps est long...
Mardi 9 juin 1942 : j'ai passé une bonne nuit. À 14 heures 15 paraît une liste de
colis ; il y en a un pour Marcel. Quelle joie ! De qui est-il ? Nous allons le chercher.
C'est de papa et maman. J'en pleure tellement j'en suis ému et heureux. Que le
moral est relevé ! En même temps, le bruit qui a couru hier soir se confirme : il y a
un débarquement sérieux à Ostende. On donne des détails, mais ce sont de soi-
disant nouvelles et nous devrons attendre quelques jours. Du coup notre libération
passe au second plan. Nous bavardons beaucoup...
Vendredi 12 juin 1942 : longue promenade avec Marcel. Nous avons discuté et
pensé que nous serions libérés, mais que cela pourrait demander encore un certain
temps. Puis du lit à la cour. Le temps ne passe pas. Nous avons faim et ne voulons
rien prendre, car les provisions s'épuisent. Un tri continue à se faire dans le camp.
Les anciens craignent quelque chose. Espoir, confiance, patience ! Où serai-je le jour
de mes 19 ans ?
Dimanche 21 juin 1942 : 14 heures 30, je vais sur l'escalier du bâtiment des colis.

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Il n'y a personne ; alors je pleure, je pense à mon pauvre papa et à ma maman qui
doivent souffrir. Le moral est bas. Le dimanche n'est pas gai ici. On voudrait pouvoir
se dire dimanche nous serons chez nous ; mais non ! Que va-t-on faire de nous ?
Combien de temps resteront nous entre des barbelés ? Reverrons-nous tous ceux
qui nous sont chers ? Pour se rendre compte de nos souffrances, il faut avoir vécu
les semaines que nous venons de passer. Certains prisonniers auront plus de chance.
Des libérations ont lieu périodiquement.
Le 25 mai, au cours d'un rassemblement dans la cour, vingt-huit hommes sont
appelés. Parmi eux, douze Calvadosiens, tous cheminots, dont les huit de Mézidon,
ont été arrêtés par les Allemands le 4 mai. Sans aucune explication, ils sont conduits
à la sortie du camp. Ils peuvent partir ; ils sont libres ! Il leur suffit de gagner la gare
pour rentrer chez eux ! Incrédules, ils voient les portes s'ouvrir. Un soldat leur tend
la main. La plupart l'ignorent. L'homme a pourtant l'air sincère. Lucien Lefèvre est le
seul à la lui serrer.
En fait, les autorités françaises sont intervenues en leur faveur, expliquant qu'avec
vingt-huit arrestations au total, le monde des cheminots avait été trop lourdement
frappé par les prises d'otages ; ce qui risquait de nuire au bon fonctionnement du
service. Quant aux hommes de Mézidon, une enquête n'avait-elle pas montré qu'il
s'agissait « de bons agents de la SNCF qui n'avaient jamais été signalés comme
communistes » ? Les Allemands s'étaient ralliés à ce point de vue. Le 17 juin, un
cordonnier de Lisieux, Gaston Gouyet, est relâché à son tour, sa femme devant
mettre au monde un enfant.
Pour les autres détenus, l'attente continue, interminable. Mais fin juin, les
rumeurs d'un départ imminent vers l'est se font plus pressantes. D'ailleurs, quatre
jours durant, tous les prisonniers ont dû subir une visite médicale.
Samedi 4 juillet 1942, 10 heures 15 : un rassemblement inhabituel. Un millier
d'hommes sont désignés pour partir travailler en Allemagne ; ordre leur est donné
de préparer immédiatement leurs affaires. Parmi eux, environ quatre-vingts des
otages du Calvados. Les frères Colin sont du nombre. Rentré dans son baraquement,
Lucien jette quelques mots, les derniers, sur son cahier : « Ce journal, je l'envoie à
mon papa et à ma maman chérie, avec mes plus gros baisers ainsi que ceux de
Marcel. Confiance, courage, nous reviendrons, nous l'espérons. Bien gros baisers à
tous nos parents et amis. Priez pour nous comme nous prierons pour vous. Dieu
nous garde et nous protège tous. Ne vous inquiétez pas, restez tranquilles et calmes,
nous reviendrons. »
Ils ne reviendront pas !
Le matin du 6 juillet 1942, le convoi quitte la gare de Compiègne pour une
destination inconnue. Dans l'un des wagons, quelques-uns des déportés caennais
ont résolu de profiter de ce transfert pour s'évader. Depuis longtemps déjà Félix
Bouillon et ses camarades Jean Lebouteiller, Eugène Baudoin, Émile Hallais... ont
mûri leur projet. Dans le camp, en fouillant un tas de détritus, ils ont réussi à trouver
une mince lame de ressort à matelas qu'ils ont patiemment façonnée et aiguisée,
avec un tiers-point récupéré de la même manière, pour en faire une petite scie. Sur
sa valise, Bouillon a collé une grande étiquette sous laquelle il a glissé l'outil. Au
moment du départ, les Allemands ont bien ouvert la valise pour la fouiller, mais ils
n'ont pas songé à regarder... sur le couvercle. Sans perdre de temps, on commence
à attaquer les lames du plancher, en se relayant. Les cheminots donnent des

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conseils : il vaut mieux percer sur les bords, car en sortant par le milieu, ils risquent
de heurter le système d'attache des wagons.
Bientôt le trou est suffisamment large pour pouvoir se glisser au travers. Il faut
maintenant attendre le moment propice... en souhaitant qu'il n'y ait pas de
locomotive à l'arrière. Le jour commence à baisser. Une côte ; le train ralentit.
Emmitouflé dans un épais vêtement pour amortir le choc, Félix Bouillon se laisse
glisser le premier sur les rails. Le train passe sur lui, tout entier, car il était dans le
premier wagon. Ça y est ! L'évasion est réussie ! Par chance, les sentinelles
allemandes avec leur mitrailleuse, sur la plateforme en queue de convoi, n'ont rien
vu. Il se relève, mais il est seul. Ses camarades ont dû hésiter ou bien ils n'ont pas eu
le temps de sauter. Si, à cinq cents mètres sur la voie, il aperçoit l'un d'eux,
Lebouteiller.
Les deux compères se rejoignent, couverts de poussière et de cambouis. Non loin
de la voie, ils avisent un petit cours d'eau. Faire un brin de toilette ne sera pas
superflu. Mais leurs ablutions terminées, ils sont surpris quelques kilomètres plus
loin par une patrouille allemande.
Des gardes-frontières ! Par une malchance extraordinaire, ils ont sauté du Train
juste derrière ce qui est maintenant la limite entre la France et la Lorraine, désormais
rattachée au Reich. Tandis qu'ils sont conduits sous bonne garde à Metz, le convoi
transportant leurs camarades continue inexorablement sa route vers l'est. Les
otages ignorent encore qu'ils font partie du premier grand convoi de déportés
politiques vers Auschwitz, le camp de la mort !
Chapitre six
Le 28 juin 1942, un chaud dimanche d'été. Au café de la Bosquetterie, à la sortie
de Lisieux sur la route de Caen, quelques clients d'apparence bien anodine
s'installent autour d'une table.
Et pourtant il y a là Edmone Robert, Émile Julien et Joseph Étienne, alias
« Lucienne », « Maurice » et « Jean », trois des principaux dirigeants de la résistance
communiste du Calvados. Ils ont fixé rendez-vous à quelques nouvelles recrues :
René Préaux, un garagiste de Saint Désir-de-Lisieux ainsi que ses deux ouvriers, Henri
Papin et Henri Rebut. Depuis plusieurs semaines déjà, « Lucienne » leur transmet
des tracts avec mission de les distribuer dans leur entourage. L'heure est maintenant
venue de les convaincre de passer à une action plus déterminée. Pour éviter les
oreilles indiscrètes, le groupe se lève bientôt pour continuer la conversation en
marchant le long de la route. « Jean » parle longuement des buts poursuivis par le
Front National et de la nécessité de mener la lutte armée contre l'occupant. Le
garagiste n'est pas très chaud, mais le plus jeune de ses ouvriers, Papin, a l'air plus
décidé. D'ailleurs, quelques mois plus tôt il avait essayé de trouver un moyen pour
gagner l'Angleterre. C'est décidé, « Jean » et « Maurice » feront bientôt appel à lui.
Depuis plusieurs mois, les responsables locaux du Front National multiplient les
contacts pour développer et structurer l'organisation des FTP dans le Pays d'Auge.
Ils peuvent ainsi compter désormais sur l'aide et l'appui d'un menuisier de la
Hoguette, Alexandre Demieux ; d'un briquetier de Dozulé, Henri Daudet et de son
contremaître Liebert ; d'un paysan de Saint-Loup-de-Fribois, Blanchard et de
quelques autres encore à Mézidon, Lisieux, Neuvy... Autant de « planques » où il est
possible de se cacher entre chaque coup de main. Le groupe de combat lui-même
s'est étoffé par le renfort d'un réfractaire, René Fairant et de François Kalinicrenko,

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qui avait échappé aux gendarmes de Colombelles à l'automne 1941 et vivait depuis
lors dans la clandestinité sous le pseudonyme de « Marcel Lavergne ». Aussi
sabotages et attentats vont-ils maintenant se succéder à cadence élevée.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1942, les FTP s'attaquent à la ligne du chemin de
fer transportant le minerai de fer de Potigny à Colombelles, sur le territoire de la
commune de Bourguébus. Comme la voie n'est pas gardée, ils peuvent en toute
quiétude démonter entièrement un rail. Mais au matin du 15, un ouvrier circulant
en draisine découvre le piège
« Maurice » a décidé de mettre Papin à l'épreuve. Le 31 août il l'accompagnera à
Lisieux pour incendier le garage des Courriers normands, servant d'entrepôt à
fourrage pour l'armée allemande. Vers cinq heures du matin, les deux hommes sont
à pied d'œuvre. Le bâtiment n'est pas gardé. « Maurice » sort de sa poche un petit
étui de brosse à dents en celluloïd rempli de poudre et muni d'une mèche. Il brise la
vitre d'une porte, met le feu au cordon et lance prestement l'engin avant de prendre
la fuite, suivi de son jeune complice, encore tout éberlué devant cette maestria.
En quelques minutes l'entrepôt se transforme en brasier, malgré l'intervention
des pompiers de Lisieux et de Livarot. La façade du garage s'effondre bientôt,
blessant grièvement un adjudant de pompiers. Huit cents tonnes de fourrage
viennent de partir en fumée! L'enquête policière conclura à un accident dû à la
canicule des journées précédentes et à l'échauffement excessif de foin et de paille
trop humides imprudemment entassés dans un hangar couvert d'une verrière.
Nuit du 9 septembre 1942, deux ombres se glissent furtivement, vélo à la main,
derrière l'un des hangars réquisitionnés par les Allemands de la foire de Caen, Place
d'Armes. « Kléber » est accompagné d'une frêle jeune fille à peine âgée de vingt ans
dont c'est aussi le premier « coup ». Dès la fin 1940, Gisèle Guillemot (1922-2013) a
appartenu à un petit groupe de résistance communiste formé avec quelques-uns de
ses amis du « Plateau » de Colombelles : Michel Farré, François Kalinicrenko, Robert
Estival, Marcel Déterpigny. Désormais, elle est devenue « Annick », la responsable
des jeunes du Front National pour le Calvados. Mais elle sert aussi d'agent de liaison
auprès du triangle de direction clandestin... et éventuellement de membre supplétif.
« Tiens ! » lui dit « Kléber » en lui plaçant un énorme revolver entre les mains.
« Attends-moi là ! » Gisèle n'est pas vraiment rassurée, car elle serait bien en peine
de se servir de cet engin en cas de nécessité. Mais voilà « Kléber ». Vite, ils montent
sur leurs vélos et déguerpissent. De loin, ils ne tarderont pas à voir le résultat de leur
œuvre : un beau feu d'artifice, car le hangar à fourrage devait aussi contenir des fûts
d'essence.
Trois cent cinquante tonnes de paille, de foin et d'avoine perdus pour l'ennemi.
Cette fois encore, les investigations policières aboutiront à la thèse de l'accident, car
« le hangar étant étroitement surveillé et parfaitement clos, nul ne pouvait s'y
introduire pour y commettre un attentat sans éveiller l'attention ».
La tentative suivante fut moins heureuse. Il s'agissait cette fois de faire sauter la
voie ferrée Mézidon-Argentan, très fréquentée par les convois de marchandises
allemands. « Maurice » avait confectionné un engin d'un nouveau modèle : un gros
tube de fer de 30 centimètres de long, bourré d'explosifs et muni d'un détonateur
relié d'une part à une pile électrique, d'autre part à des plaques de cuivre destinées
à être placées sur le rail. Au passage de la locomotive, les plaques de cuivre devaient
entrer en contact et déclencher l'explosion. La machine infernale fut mise en place

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dans la nuit du 5 novembre, à Vendeuvre, quelques kilomètres au sud de Saint-
Pierre-sur-Dives.
Dispositif bien compliqué ; trop sans doute, car il ne fonctionna pas en dépit du
passage de plusieurs trains et l'engin devait être découvert le lendemain matin.
Début décembre 1942, explosifs et poudre viennent à manquer. Il faut s'en
procurer d'urgence. Non loin de Falaise, à Vignats, existe une importante carrière de
pierres où l'on trouvera le nécessaire. Un commando de quatre hommes est formé.
Outre « Maurice », il comprendra « Marcel » (Kalinicrenko) Fairant et Papin. Depuis
près d'un mois, celui-ci est d'ailleurs entré dans la clandestinité. Requis pour aller
travailler en Allemagne, il a quitté le garage Préaux pour trouver refuge à la
briqueterie Daudet à Dozulé. Il porte désormais le pseudonyme de « Charles » et
suprême honneur, « Maurice » lui a remis, chargé de 9 cartouches, un pistolet
7 mm 65. Le ralliement est fixé pour le samedi 12 décembre 1942 à la Hoguette chez
le menuisier Demieux. Après dîner, vers 21 heures, le petit groupe se met en marche
en empruntant des chemins à travers bois pour gagner la carrière distante de
quelques kilomètres seulement. Tapis à l'abri de la bruyère, les quatre hommes
attendent la nuit. Ils savent qu'il n'y aura pas de gardien en cette fin de semaine.
Vers minuit, ils sortent de leur cachette, brisent un carreau et pénètrent dans les
bureaux. Dans le grand sac qu'ils ont apporté, ils déversent détonateurs, explosifs,
cordons... sans oublier du matériel de bureau, des boîtes de pansements, des
médicaments et une bouteille d'éther. Dans un tiroir ils trouvent la clé de la
poudrière où ils s'emparent de quatre caisses renfermant chacune vingt kilos
d'explosifs. Le tout n'a pas duré plus de vingt minutes. Il faut maintenant rentrer,
lourdement chargé, en employant le même chemin. À la Hoguette, le précieux butin
est caché dans une grange en plein champ, proche du domicile de Demieux.
Après une journée de repos, les quatre hommes décident de se séparer. Tandis
que Fairant et « Charles » restent sur place, « Maurice » et « Marcel » ont décidé de
regagner Caen via Mézidon. Ils sont à peine arrivés sur le quai de la gare que
« Maurice » avise un convoi de marchandises allemand : du foin et de la paille.
L'occasion est bien tentante. « Si on mettait le feu ? » Son camarade n'est pas très
« chaud », mais il l'entraîne dans les toilettes et sort de sa poche son sempiternel
étui de brosse à dents et un morceau d'amadou en lui expliquant ses intentions.
Revenus sur le quai les deux hommes déambulent nonchalamment près des
wagons. « Maurice » s'arrête, sort une cigarette en ouvrant sa veste pour protéger
la flamme du briquet que lui tend « Marcel ». Un geste bien naturel. Mais ils en
profitent pour allumer aussi la mèche. Reprenant leur marche, l'un dissimulant
l'autre, ils s'arrêtent une fraction de seconde qui suffit à « Maurice » pour placer son
tube incendiaire entre deux balles de pailles.
Plusieurs minutes passent. Alors que le train de Caen entre en gare, le feu
commence à se déclarer et, trouvant un aliment de choix, s'étend rapidement.
Panique sur le quai. Des Allemands arrivent de partout en gesticulant et en hurlant.
Le chef de gare donne un ordre de départ précipité pour le train de voyageurs. Et
tandis que celui-ci s'ébranle, nos deux compères voient l'incendie gagner d'autres
wagons. Le désastre sera attribué officiellement à une escarbille lancée au passage
par une locomotive !
Le 14 décembre 1942, « Maurice » et « Marcel » sont de retour à la Hoguette où
Papin et Fairant les attendent, avertis d'un « coup » important sur la ligne Paris-

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Cherbourg pour le soir même. Tout l'après-midi se passe à confectionner des engins
explosifs avec la dynamite volée à la carrière. Puis l'heure vient de partir, en groupes
séparés pour ne pas attirer l'attention sur les routes. Point de ralliement, un
passage à niveau près de Saint-Julien-le-Faucon. Un peu après vingt heures, les
quatre hommes sont au rendez-vous et de là gagnent en bicyclette le lieu où
« Maurice » a décidé de frapper : à Lecaude, entre la sortie vers Caen du tunnel de
l’Houblonnière et la gare du Mesnil-Mauger. Arrivés sur les lieux, Fairant et Papin
sont laissés en arrière-garde pour faire le guet, car il faut se méfier des rondes.
Pendant ce temps, « Maurice » et « Marcel » mettent en place leurs bombes.
Quelques minutes ont suffi et les voici de retour. Le convoi arrive. Stupeur, il passe
sans encombre. Dépité, « Maurice » repart immédiatement afin de comprendre ce
qui s'est passé et récupérer ses explosifs. Mal lui en prend, car il tombe nez à nez
avec un garde-voie qui l'agrippe aussitôt. Après une courte bagarre, il réussit
pourtant à se dégager et, revenant en courant, donne l'alerte à ses camarades. Fuite
éperdue. Les quatre hommes réussissent à gagner leur « planque » la plus proche,
à Saint-Loup-de-Fribois, où ils passent la nuit dans la grange du fermier Blanchard.
Le lendemain vers midi, « Maurice » et Fairant partent pour Caen qu'ils
parviendront à atteindre sans encombre. Une demi-heure plus tard, « Charles »
(Papin) et « Marcel » ont pris la direction de la Hoguette. À peine ont-ils parcouru
un kilomètre qu'ils sont stoppés par un barrage de gendarmerie. Dès la nouvelle de
l'attentat manqué, un vaste dispositif policier a été mis en place dans toute la
région. L'un des gendarmes s'avance au milieu de la route, le bras tendu en l'air :
— Halte ! Vos papiers.
Les deux hommes s'exécutent et s'apprêtent à sortir leurs fausses cartes
d'identité. Mais les gendarmes ont reçu des consignes précises et donc ils
entreprennent de les fouiller. « Marcel » porte des explosifs dans sa sacoche et
« Charles » a un revolver dans sa poche. Paniqué, il sort l'arme... et la jette parterre.
Les gendarmes tentent alors de les ceinturer. « Charles » se débat et distribue de
violents coups de poing. Après quelques secondes de bagarre, « Marcel » réussit à
ramasser le pistolet et tire plusieurs fois sur les gendarmes, qu'il manque. Mais
mettant à profit ce moment de flottement, les deux résistants parviennent à
s'enfuir à toutes jambes à travers champs, abandonnant musettes et vélos sur
place.
Les gendarmes de Mézidon ont laissé échapper leur proie, mais ils disposent de
très sérieux éléments pour les retrouver. L'un des deux individus a perdu son
portefeuille dans la bagarre. Une carte d'identité au nom de Charles Gaudard, né à
Évreux et demeurant à Barneville. Vraisemblablement, elle est fausse. Mais il y a
surtout cette photographie dédicacée d'une jeune fille, portant au dos son nom,
Louise M., ainsi que son adresse à Lisieux. La brigade mobile de Rouen est
immédiatement alertée et sous la direction du commissaire Nazareth, secondé par
une demi-douzaine d'inspecteurs, elle va rendre l'affaire en main et la mener
rondement.
Ignorant totalement les derniers évènements, « Maurice », rentré à Caen,
poursuit son action. Le 16 décembre 1942, il fait sauter le bureau de placement
allemand, 43 boulevard des Alliés. Cette fois, il ne peut pas s'agir d'un accident et
la Feldkommandantur exigera désormais que la gendarmerie française monte nuit
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et jour une garde armée devant cette officine. Pendant ce temps, à Lisieux,
l'enquête policière progresse rapidement. Très impressionnée, Louise M. a tôt fait
de renseigner les policiers. Cette photo, elle l'a donnée il y a quelques mois à deux
jeunes ouvriers de monsieur Préaux. Venus effectuer une réparation chez son
patron, ils lui avaient fait un brin de cour. Voilà tout ! Le garagiste Préaux est
interrogé à son tour. Ses deux ouvriers l'ont quitté depuis quelques semaines. Papin
a été réquisitionné pour partir en Allemagne.
Quant à Rebut, il travaille désormais à la caserne Delaunay, route de Pont-
l'Évêque, pour le compte des Allemands. Son domicile est rapidement retrouvé et
le 21 décembre à la première heure, le commissaire Nazareth et ses hommes font
irruption au numéro 28 de la rue Henry-Chéron. Une fouille en règle permet de
découvrir des tracts ainsi que des cartouches dérobées à la caserne. Rebut est en
mauvaise posture, il le sait. Depuis quelques mois, il a pris ses distances avec la
Résistance, mais il sait néanmoins beaucoup de choses et pour se disculper, il
parle ! Il donne des noms, des adresses... La photo, c'est Papin qui l'avait conservée.
Où est-il? Certainement caché à Dozulé ou la Hoguette.
Quelques heures plus tard, les forces de l'ordre surgissent à l'improviste chez les
époux Demieux, près de Falaise. Papin n'est pas là, mais dans une grange en plein
herbage, non loin de la maison, on découvre des caisses d'explosifs, des
détonateurs, des munitions diverses, des tracts et même un fusil mitrailleur. Le
couple est appréhendé.
Au même moment, à Dozulé, un détachement d'une quarantaine de gendarmes
et de policiers, sous la conduite du commissaire Nazareth en personne, encercle la
briqueterie Daudet. L'usine est systématiquement fouillée, jusque dans ses
moindres recoins. Dans une galerie conduisant aux fours, un homme est caché.
C'est Papin ! Il est arrêté en même temps que Daudet et son contremaître.
21 décembre 1942 en fin d'après-midi, la classe se termine à l'école de Saint-
Aubin-sur-Algot. Par la fenêtre, Edmone Robert aperçoit soudain quatre hommes
pénétrant dans la cour. Des policiers.
Sans perdre son sang-froid, elle se saisit d'une poignée de documents dans le
tiroir de son bureau et les glisse rapidement dans le cartable d'une élève avant de
laisser partir les enfants.
Près de deux heures de perquisition, en vain. Les hommes de la brigade mobile
n'ont rien trouvé ; ni dans l'école ni au domicile d'Edmone Robert. Qu'importe, ils
se saisissent d'elle pour la conduire au commissariat de Lisieux.
Dans la soirée, Préaux et sa femme assistent à une représentation au théâtre. À
l'entracte, un policier du commissariat s'approche de Préaux et lui glisse à l’oreille :
— « Rebut est arrêté ; il t'accuse ! »
Le garagiste pourrait fuir, mais il ne veut pas abandonner sa famille. Il restera. Le
lendemain vers 11 heures, les inspecteurs de la brigade mobile sont chez lui et
l'emmènent bientôt, au terme d'une perquisition sans résultat.
Ce même matin, Fernand Robert, interprète à la sous-préfecture et frère
d'Edmone, apprend par un agent de ville que sa sœur a été arrêtée la veille. Au
commissariat, grâce à la complicité du brigadier Gorget — un des nombreux
résistants de la police lexovienne — il peut voir celle-ci quelques instants. Elle peut
même lui confier la clé d'un petit appartement, rue de Caen, avec mission de
53
détruire tout ce qui peut s’y trouver de compromettant. Effectivement, il y avait là
de nombreuses brochures de propagande du Front national ainsi que des livrets
d'instructions à l'usage des FTP qui disparurent dans le poêle d'une voisine,
Madame Lizet. Lorsque la police mobile découvrit cette adresse quelques jours plus
tard, elle ne devait rien y trouver. À force de rouerie et de brutalités, les inspecteurs
de la brigade mobile de Rouen ont réussi à extorquer à leurs victimes de nombreux
renseignements. Il est aisé de leur faire croire qu'ils ont été dénoncés par d'autres,
qui ont eux-mêmes tout avoué. Alors, pourquoi se taire ? Ces braves gens ne sont
pas des criminels endurcis et ils tombent presque tous dans le piège, se chargeant
mutuellement. Pour les plus récalcitrants, reste la manière forte. Préaux, Papin,
Demieux sont systématiquement roués de coups, à un point tel que le bâtonnier de
Resbecq, du barreau de Lisieux, chargé d'assister les prévenus, déposera une
réclamation officielle contre ces méthodes indignes, au mépris de son propre sort.
Seule Edmone Robert résiste obstinément aux interrogatoires, en dépit des horions
et des insultes. Elle sait que les policiers n'ont aucune preuve matérielle contre elle.
Il faut tenir.
— C'est vous, « Lucienne » ?
— Je me nomme Edmone, Nelly, Mercédès.
Une violente claque au visage ponctue cette réplique pleine de mépris.
— Le 28 juin 1942, vous avez été vue au café Lepart à la Bosquetterie où vous,
« Maurice » et « Jean », aviez donné rendez-vous à Préaux et à ses ouvriers. J'ai là
la déposition de la patronne.
— Je suis allée une seule fois dans ce café, il y a trois ans.
— Tous les autres vont ont formellement reconnue, Papin, Préaux, Rebut...
— Je connais un peu Monsieur Préaux. C'est tout !
Papin, je l'ai rencontré par hasard chez une amie. Depuis, il est parti en
Allemagne, je crois.
Confrontation générale ; les trois hommes en question réitèrent leurs
accusations. Mais Edmone nie tout, en bloc :
— Je n'ai jamais assisté à la réunion dont parlent ces hommes. Je nie
formellement avoir donné des tracts à qui que ce soit. Je ne connais pas les nommés
« Maurice », « Kléber », « Jean » dont il est question. Je n'ai jamais appartenu à la
moindre organisation. Je ne comprends pas les motifs qui poussent ces hommes à
agir ainsi !
Cette fois, c'en est trop. Les trois prisonniers ont à peine quitté la pièce que
l'inspecteur Pannetier se rue sur Edmone, la gifle à nouveau, arrache son corsage
et lui tord le bout des seins. Mais rien n'y fait. Elle ne cédera pas !
Remis en liberté provisoire (avant d'être incarcéré à nouveau quelques jours plus
tard) le contremaître de la briqueterie de Dozulé, Liébert, a eu le temps de venir à
Caen avertir les responsables départementaux des FTP des dangers qu'ils couraient,
car Papin, sous la torture, a beaucoup parlé.
« Kléber » s'est immédiatement précipité vers leur principale planque, place
Saint-Gilles. Deux ans de clandestinité ont aiguisé son sixième sens. Il a tôt fait de
repérer deux hommes suspects au pied de l'immeuble. Qu'importe, avec une
audace incroyable, il réussit à y pénétrer tout de même en passant par une petite
cour intérieure et à se glisser dans l'appartement où il se saisit rapidement de
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nombreux documents compromettants. A-t-il tout pris ? Non hélas, il en a oublié.
« Jean » décide de retourner sur place, en empruntant le même chemin dérobé.
Arrivé sur le palier, il entend des bruits de voix dans la pièce dont la porte est
ouverte. Trois inspecteurs sont là. Il a tout juste le temps de redescendre
furtivement l'escalier et de s'éclipser.
28 décembre 1942, le maire de Saint-Aubin-sur-Algot, Mr Adolphe « B » se rend
à la gendarmerie de Lisieux. La veille, l'un de ses administrés, père d'une élève de
Mlle Robert, est venu lui montrer les singuliers papiers que celle-ci avait glissés dans
le cartable de sa fille quelques jours plus tôt. Et l'homme d'étaler sous les yeux du
gendarme un petit carnet avec de nombreuses annotations à l'encre bleue ou noire,
une feuille avec des formules d'explosifs et plusieurs plans dont un représente
visiblement le port de Caen avec l'indication des défenses antiaériennes
allemandes. Mais le maire trop zélé est mal tombé, car le gendarme Pennec est un
résistant et comprend immédiatement la gravité de cette trouvaille. Il refuse
d'enregistrer ces documents et, à mots couverts, fait comprendre à son
interlocuteur qu'il ferait mieux de s'en débarrasser en les détruisant. Mais le maire
de Saint Aubin s’entête.
Il sait où est son devoir ! Il ira donc directement à la sous-préfecture. Le
secrétaire général Bason le reçoit. « C'est extrêmement grave, en effet ! »L'homme
pourrait prendre les documents et les confier à son supérieur, le sous-préfet Daty.
Mais il connaît trop bien ses opinions antiallemandes de celui-ci ; sentiments que
lui-même ne partage guère, tout au contraire. « Il faut transmettre ces pièces au
tribunal ! » Ce qui fut fait. Le juge d'instruction Arrachart, bien qu'il ait tout fait, en
vrai patriote, pour ne pas trop lourdement charger le dossier des inculpés, ne
pouvait dissimuler ces preuves accablantes qui allaient condamner Edmone Robert
et réduire à néant son extraordinaire résistance.
Quelques jours plus tard, en janvier 1943, les autorités françaises sont dessaisies
du dossier par les Allemands. Mais le travail est déjà largement entamé. Le groupe
de résistance du Front national pour le Pays d'Auge est anéanti ! Dans
l'arrondissement de Lisieux, une vingtaine de personnes ont été arrêtées. Grâce aux
indications arrachées aux uns ou aux autres, Fairant a été capturé fin décembre à
Cholet où il avait cru trouver un refuge solide, loin du Calvados. Certes, « Marcel »,
« Jean », « Maurice » ou « Kléber » sont en fuite, mais désormais la police possède
pour chacun d'eux un signalement terriblement précis. Une bonne partie de leurs
« planques » sont désormais grillées. À Caen même, plusieurs personnes ont été
appréhendées à la suite de l'affaire de Lisieux comme Marcel Victoire, un agent des
PTT ou Joseph Duval dont le domicile, rue de Geôle, servait de boîte à lettres.
Le commissaire Nazareth a réussi à identifier ceux que dans la résistance on
surnomme « le ménage Patrick », les époux Macé. Depuis de longs mois, ils
hébergent dans leur maison de la route d'Harcourt de nombreux responsables de
passage. Le 4 février, en milieu d'après-midi, la police vient arrêter Georges Macé.
Quelques heures plus tôt, « Jean » était là, en train de prendre son repas comme il
le faisait souvent. Pire, début février, divers recoupements ont permis à la police
d'établir avec certitude l'identité de « Maurice », Émile Julien né à Chelles le 24
novembre 1908 et de « Jean », Joseph Étienne, né le 8 octobre 1901 à Douville-sur-
Andelle (Eure). Seul le véritable nom de « Kléber » reste à découvrir. L'étau se
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referme !
Chapitre sept
Bien que serrés de près par la police, les rescapés du groupe FTP n'en sont pas
moins résolus à poursuivre la lutte. Ils le démontrent dès le 22 janvier 1943, en
s'attaquant à l'embranchement de chemin de fer menant de la gare aux bâtiments
de la foire de Caen et aux bassins de commerce. À 21 heures, une violente explosion
détruit un aiguillage à hauteur de la rue Neuve-du-Port, pulvérisant toutes les vitres
aux alentours.
Dans la nuit du 19 au 20 février 1943, une ronde de police découvre rue Saint-
Jean, devant le café de Paris, un bidon rempli d'explosifs. La mèche avait été
allumée, mais s'était éteinte en tombant dans l'eau du caniveau où l'engin avait été
déposé.Mais à la suite des arrestations de décembre, les effectifs sont devenus
insuffisants. Il faut impérativement recruter de nouveaux volontaires pour
poursuivre l'action. C'est dans cette perspective que « Maurice » a fixé une
rencontre avec deux jeunes ouvriers des chantiers navals de Blainville, le 11 février,
le long du canal près du pont de Calix. Les contacts préliminaires ont été noués
depuis quelques semaines déjà par l'intermédiaire de Michel Legois, un ouvrier
mécanicien chargé de recruter des adhérents pour le Front national au sein de cette
entreprise. Claude Gardelein et Jean Gillain sont exacts au rendez-vous. Le premier
est électricien, le second dessinateur, ils ont l'un et l'autre 18 ou 19 ans. « Maurice »
leur présente l'homme qui l'accompagne, à peine plus âgé qu'eux : « Georges ». Il
s'agit de Gilbert Pineau, un étudiant parisien, responsable interrégional du Front
Patriotique de la Jeunesse.
En marchant le long du canal, les quatre hommes parlent des chantiers navals,
de la fabrication de vedettes pour le compte des Allemands et de la nécessité de
saboter la production. On projette ainsi de mettre hors d'usage la locomotive de
l'usine. À vrai dire, dans l'esprit de « Maurice » et « Georges » il s'agit surtout de
tester la valeur et le degré de résolution de leurs interlocuteurs. On se reverra la
semaine suivante, route d’Ouistreham. Le 18 février, Gillain et Gardelein annoncent
qu'ils ont trouvé un autre camarade prêt à les aider, René Verheecke. « Maurice »
leur remet un engin explosif composé de cinq bâtons de dynamite et d'une mèche
en ajoutant quelques conseils : il faudra choisir une partie essentielle de la
locomotive pour la mettre hors d'usage à coup sûr.
Le lendemain, grand conciliabule dans le bureau où travaille Gardelein. Ni lui ni
Gillain, qui habitent chez leurs parents, ne peuvent s'introduire dans les chantiers
la nuit. Verheecke est logé sur place, dans l'usine. C'est donc lui qui agira. Par
sécurité, ils décident d'utiliser une mèche beaucoup plus longue. Vers 20 heures
30, Verheecke quitte discrètement son dortoir et place sa bombe sur le cylindre de
la première roue de la locomotive. Une heure plus tard, alors qu'il a regagné son lit
depuis longtemps, une brutale explosion brise le silence de la nuit. Très fiers de leur
exploit, les jeunes gens rendent compte de leur mission à « Maurice » le 25 février.
Immédiatement celui-ci leur fixe une nouvelle tâche pour la nuit du dimanche 28
février 1943 au lundi suivant. Gillain et Gardelein hésitent. Ils ne peuvent s'absenter
de chez leurs parents sans donner l'éveil. Une nouvelle fois, le sort désigne
Verheecke. Il devra se trouver dimanche soir vers 22 heures à Moult, près du pont
de chemin de fer de Billy, non loin de la route de Saint-Pierre-sur-Dives. Il n'a pas
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de vélo ! Qu'importe, Gardelein lui en procurera un.
À l'heure dite, cinq hommes sont rassemblés à l'orée d'un petit bosquet qui
jouxte la voie ferrée : « Maurice », « Jean », « Kléber », « Georges » et le jeune
René Verheecke. Les trois premiers connaissent parfaitement ces lieux, à moins de
700 mètres de la gare de Moult et tout près de l'endroit où ils accomplirent leurs
sabotages en avril et mai 1942. Ils ont d'ailleurs décidé d'en revenir à la méthode
qui avait fait leurs succès : le déboulonnage. Ils n'ignorent pas que la tâche sera
particulièrement difficile à cause des rondes de surveillance. Mais ils ont pris des
précautions en conséquence. Tandis que « Maurice », Jean « et » Kléber
« s'attaqueront au rail, Georges » et Verheecke feront le guet de chaque
ôté,cinquante mètres devant, reliés à leurs camarades par une ficelle pour les
avertir en cas d'urgence.
Minuit, le commando dissimule les bicyclettes dans les fourrés et gagne
prudemment la voie. « Maurice » a remis un revolver à Verheecke ; les autres sont
déjà armés. La nuit est très noire et un brouillard assez épais s'étend sur la plaine.
Le travail est long et périlleux. Tous les quarts d'heure environ, il faut s'interrompre
et se tapir derrière le remblai pour laisser passer le garde-voie.
Deux heures cinq, Marcel B., de son état égoutier à Saint-Aignan-de-Cramesnil,
effectue sa ronde tout en pestant contre ces maudites réquisitions qui reviennent
trop souvent et l'obligent à passer tant de nuits hors de chez lui. Il passe le pont de
Billy et continue son chemin en direction de Mézidon, sans rien remarquer. Les
saboteurs se remettent à l'œuvre. Six traverses ont déjà été débarrassées de leurs
tire-fond.
Deux heures dix, Ernest C. quitte avec cinq minutes d'avance le local de la gare
de Moult, qui abrite l'équipe de garde du secteur, pour prendre son tour. Soudain,
juste après le pont, malgré la brume, il aperçoit devant lui, à moins de trente
mètres, trois hommes qui s'affairent sur la voie. Après un moment de stupeur, les
individus escaladent le remblai et détalent à travers un champ fraîchement labouré
vers le bois de Billy. « Halte là ! Halte-là ! » Mais les ombres se perdent dans la nuit.
Tandis que les FTP récupèrent leurs vélos et s'enfuient sans demander leur reste,
le garde-voie rentre en courant au poste et donne l'alarme. Accompagné cette fois
de son chef de secteur et de quelques hommes, il revient sur les lieux. Des tire-fond
ont été dévissés. C'est un sabotage !
Le chef de gare, l’Ortskommandantur de Moult et la gendarmerie sont avertis en
quelques minutes. Avant même la fin de la nuit, les premières investigations
permettent de retrouver quelques indices dispersés entre la voie et le petit bois un
cache-nez, un gant de peau fourré et de nettes traces de pas et de pneus de vélo.
Caen, le 1er mars 1943 à cinq heures trente du matin. Comme la plupart de leurs
collègues de la région, les gendarmes Lefrand et Laderrière ont été brutalement
tirés de leur sommeil cette nuit-là. On recherche des saboteurs. Conformément aux
ordres de leurs chefs, ils se sont mis en faction le long de l'Orne, sur la place du
36e.Un cycliste arrive de la rive droite, il franchit le pont de Vaucelles et s'apprête à
tourner vers la place de la Mutualité.
— Halte ! Vos papiers s'il vous plaît.
L'homme s'exécute de bonne grâce. Fargeas Roland, né le 30 avril 1911 à Saint-
Quentin (Aisne) électricien, demeurant à Ranville. Il rentre chez lui après un
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dimanche passé chez des amis à la campagne. Les gendarmes ont à peine eu le
temps de noter son identité et de le laisser aller qu'arrive un autre individu en vélo.
Celui-ci se trouble aux questions qu'on lui pose. Il porte la main à son côté. Aussitôt
les gendarmes dégainent leurs armes, le ceinturent et le fouillent. Pétrifié, le jeune
homme se laisse faire. Dans une poche un revolver chargé, dans l'autre des balles.
Voici sa carte d'identité : Verheecke René, né le 19 mars 1921 à Rosendael (Nord)
employé de bureau aux chantiers navals. Menottes aux mains, il est conduit à la
gendarmerie de Caen séance tenante.
Après avoir vainement tenté d'expliquer qu'il revenait de passer la nuit chez une
femme de Falaise, il ne résista pas longtemps à l'interrogatoire. Il ne le pouvait pas
d'ailleurs, car outre son arme, on avait retrouvé sur lui un plan sommaire indiquant
le lieu de la tentative de sabotage. Il expliqua son histoire et dit ce qu'il savait. Le
nombre de ses complices : quatre. Leurs noms ? Il n'en connaissait qu'un :
« Maurice ». L'homme qui le précédait sur le pont de Vaucel les faisait-il partie du
groupe ? Oui ! S'appelait-il bien Roland Fargeas ? Un coup de téléphone à la brigade
de gendarmerie de Saint-Quentin permit d'obtenir rapidement la réponse : inconnu
à l'état civil.
Claude Gardelein et Jean Gillain sont inquiets. En prenant leur travail ce lundi
matin, ils n'ont pas vu René Verheecke et nul ne sait où il peut être. Ses camarades
de dortoir confirment son absence. Averti, Legois décide d'organiser un rendez-
vous dans la soirée, place Courtonne. D'ici là, il aura pris les contacts nécessaires
avec « Annick ». Comme Gardelein n'a plus de vélo, Gillain s'y rendra.
18 heures 45, la jeune fille est bien là, petite, brune, toute de noire vêtue, le vélo
à la main avec une serviette suspendue au guidon. Elle ne sait rien. Mais voici
Legois. Il entraîne Gillain vers un café où un homme les attend à une table. C'est
« Jean ». Tout va mal ! Verhecke a été arrêté. Il le tient d'un policier du
commissariat, membre du Front national. Gillain et Gardelein doivent être mis en
sûreté. Il faut simplement le temps de trouver une planque pour les cacher. Il est
convenu de tous se retrouver le lendemain au même endroit, à la même heure.
Mardi 2 mars 1943, vers 18 heures, place Courtonne. Le commissaire
Decarreaux, de la Troisième brigade mobile de Rouen, contient avec peine son
impatience. Le matin même, ses hommes ont arrêté un certain Claude Gardelein. Il
a été trahi par la plaque de la bicyclette qu'il avait prêtée à son ami Verheecke. Il
n'a pas tardé à craquer et à avouer sa complicité ainsi que le rendez-vous qui lui
avait été fixé pour la fin d'après-midi. Il a même formellement reconnu sur une
photographie l'homme rencontré la veille au café : Joseph Étienne, dit « Jean ». Une
grosse prise en perspective. Le policier a disposé les inspecteurs Bolloch, Touchard,
Pare et Geffroy aux endroits stratégiques.
Un peu après 18 heures 30, trois d'entre eux repèrent un suspect, l'entourent et
le saisissent sous les bras. « Vous allez nous suivre. Vérification d'identité ! »
L'homme, visiblement ébahi, se laisse conduire sans résistance au commissariat
central. Tandis qu'un inspecteur reste pour l'interroger, les deux autres rejoignent
leurs collègues. Au même instant, « Annick » et « Kléber », venant de la rue Saint-
Jean, arrivent place Courtonne. Au bout de la rue de traverse, leur regard est
immédiatement attiré par un grand jeune homme très blond : Gardelein. Il est
debout près d'une voiture avec des inconnus qui ont tout l'air de policiers. Un
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piège ! Pourvu que « Jean » puisse s'en apercevoir aussi. Ils s'interrogent sur
l'attitude à tenir lorsque brusquement éclate une série de violentes détonations.
En revenant du commissariat, les inspecteurs Pare et Geffroy ont garé leur
véhicule rue Samuel-Bochard. Le premier a à peine parcouru vingt mètres lorsqu'il
croise sur le trottoir deux hommes visiblement inquiets, remontant vers la rue
Basse. Instantanément, il reconnaît l'un d'eux, en dépit des grosses lunettes
d'écaille qu'il porte : Étienne ! Rebroussant chemin, il les suit tout en faisant des
signes à l'inspecteur Geffroy, resté près de la voiture. Celui-ci a compris. Comme les
deux hommes arrivent à sa hauteur, il les interpelle en montrant du doigt son
collègue qui accourt :
— Je crois que monsieur vous appelle.
Ils se retournent brusquement. Joseph Étienne a compris. Tandis que son
compagnon reste sur place, paralysé, il s'échappe à toutes jambes. Halte ! Première
sommation, un coup de pistolet en l'air. Le fuyard ne s'arrête pas. L'inspecteur
Geffroy ajuste deux coups dans sa direction. Étienne plonge en avant, comme s’il
voulait échapper aux balles. Non, il est touché ! Il se relève péniblement en
s'adossant à un mur et semble porter la main à son côté. Le policier tire encore
deux fois. Cette fois, il s'affaisse. L'inspecteur Pare lui passe les menottes. Il n'est
pas armé. L'autre homme, qui n'a pas bougé, est également appréhendé. Il se
nomme Michel Legois.
Bien qu'atterrés par les coups de feu et ce qu'ils peuvent imaginer sur le sort de
leurs camarades, « Annick » et « Kléber » doivent d'abord penser à se sauver. Or,
sur le pont de l'Orne, voilà un barrage allemand. Pas question de revenir sur ses
pas. Il faut continuer. « Kléber » est un homme de sang-froid. En jouant les
amoureux, ils s'approchent nonchalamment des factionnaires, tendent les papiers
qu'on leur demande... et passent.
Conduit tout couvert de sang au commissariat, Joseph Étienne est
immédiatement examiné par un médecin. Plusieurs blessures aux jambes et
certainement une balle dans la vessie. Il faut le transporter d'urgence à l'hôpital du
Bon Sauveur. Son état est très grave. Les policiers devront attendre un certain temps
avant de l'interroger. En attendant, reste à arrêter Gillain, ce qui sera fait dès le
lendemain. Quant aux autres, leur tour ne devrait pas tarder. Mais près d'un mois
après la capture de « Jean », « Maurice » et « Kléber » restent introuvables ; tout
comme la mystérieuse « Annick » dénoncée par Gillain et Gardelein. Le 30 mars
1943, perquisition de routine au numéro 11 de la rue de Vaucelles, domicile d'un
dénommé Jules Godfroy, commissionnaire à la gare. Il a été dénoncé pour marché
noir par une de ses voisines. Effectivement, le grenier de cet homme est une
véritable caverne d'Ali Baba. Des victuailles de toutes sortes, des jambons pendant
aux poutres... Mais stupeur, parmi le sucre et la farine, on découvre une ronéo, des
stencils, des tracts et des brochures du Front national, des plaquettes incendiaires.
Et dans la chambre de son fils Jean-Pierre, des étiquettes gommées de propagande
et une carte d'identité vierge avec la photographie d'un inconnu.
Depuis de longs mois, la maison de Jules Godfroy sert en fait de cache et de dépôt
pour les principaux responsables du Front national du Calvados. Sur la ronéo, on
imprime tracts et journaux locaux à partir des stencils dactylographiés par
« Annick » ou l'une de ses collègues de travail, Madame Seulet. Quant aux
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provisions, elles sont destinées à nourrir les clandestins et réfractaires. L'homme
doit savoir beaucoup de choses. Mais il fait preuve d'un mutisme têtu et d'une
résistance extraordinaire face aux interrogatoires ; malgré les coups, il nie tout,
même l'évidence, et ne livre aucun nom ! Son fils en dépit de ses seize ans, ne
montre pas moins de courage et de détermination.
Le 31 mars 1943, le jeune Jean-Pierre Godfroy est assis dans le poste du
commissariat de quartier où il vient d'être reconduit après une nouvelle
perquisition en sa présence dans sa chambre. Sur le banc, deux autres prévenus
auxquels on reproche de petits larcins. Il est 13 heures passées. Comme ses
collègues sont partis se restaurer, le gardien de la paix Godin assure seul la garde.
Un besoin pressant. Il s'éloigne quelques instants. Plus qu'il en faut au jeune garçon
pour s'éclipser à toute allure. Le policier s'en aperçoit et s'apprête à se lancer à sa
poursuite. Mais les deux autres risquent de s'enfuir aussi. Il hésite. Trop tard, il a
filé !
Malheureusement, l'épouse de Jules Godfroy n'est pas de la même trempe que
son mari et son fils aîné. Les policiers exercent sur elle un odieux chantage auquel
elle va céder. Si elle ne parle pas, ses plus jeunes enfants seront mis à l'assistance
publique. Elle ignore qu'entre temps, « Kléber » et « Annick », avertis des
évènements, sont venus les subtiliser chez une voisine pour les conduire en lieu sûr.
Elle accepte donc de donner quelques indications. De « Maurice », elle ne sait rien.
Mais « Kléber » doit loger dans une chambre rue de Gaillon, chez un huissier ; quant
à « Annick », elle travaille, le matin seulement, dans une administration. Laquelle ?
La police allemande a décidé de prendre l'affaire en main. Tous les matins,
accompagné de plusieurs policiers, l'infortuné Gardelein sera systématiquement
promené d'administration en administration : PTT, préfecture... Le 9 avril, ils sont
dans les locaux du ravitaillement général. Le directeur, monsieur Adam, n'est guère
rassuré. Il appartient lui-même à une organisation de résistance ; mais ce n'est pas
lui qu'on cherche. Dans l'un des bureaux, Gardelein désigne une jeune fille.
« Annick ? » lance un policier. Gisèle Guillemot feint de ne pas comprendre. En pure
perte. Elle est conduite dans les locaux de la sécurité allemande, rue des Jacobins,
l'ancien domicile du docteur Pecker, l'un des otages de mai 1942.
Reste « Kléber ». Après vérification de l'indice fourni par la femme Godfroy, il
s'avère qu'aucun huissier n'habite rue du Gaillon, ni même dans le quartier. Mais
peut-être ne s'agit-il que d'un intermédiaire dans la location, intervenu simplement
au titre de gérant d'immeubles. Dès lors commencent des recherches aussi longues
que fastidieuses. Tous les fichiers des huissiers et hommes d'affaires de Caen sont
épluchés en détail. Enfin, chez l'un d'entre eux, place Saint-Sauveur, les policiers
trouvent ce qu'ils cherchent : une chambre mansardée au Troisième étage du
numéro 14 de la rue du Gaillon louée à un certain Roland Fargeas. Or, tel était le
nom de l'homme contrôlé par les gendarmes sur le pont de Vaucelles au matin du
1er mars, et qu'ils avaient laissé filer juste avant de capturer Verheecke.
Aussitôt une demi-douzaine d'inspecteurs de la brigade mobile de Rouen met en
place une surveillance active autour de l'immeuble en question. Effectivement, un
homme correspondant au signalement de « Kléber » rentre tous les soirs vers 23
heures au 14 de la rue du Gaillon et en part tous les matins très tôt, entre 5 et 6
heures.
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Au bout de quelques jours, la décision est prise. Le 15 avril, une véritable
souricière a été mise en place. Des policiers ont discrètement pris position dans tout
le quartier, y compris sur les toits pour éviter une fuite par les mansardes. 23 heures,
le mystérieux « Kléber » regagne sa chambre. Quelques minutes plus tard, le
commissaire Chaffenet, assisté de nombreux inspecteurs et gardiens de la paix,
arrive sur le palier. Sommations d'usage. Aucune réponse. Il donne l'ordre
d'enfoncer la porte. Elle cède. Un moment de surprise, la pièce paraît vide. Mais
juste en face de l'entrée, il repère un placard légèrement entrouvert. Nouvelles
sommations. Cette fois « Kléber » sort et se rend. À son tour il est pris.
Dans sa chambre on découvre un véritable bric-à-brac : cartouches d'explosifs
rouleaux de cordon bickford, un pistolet automatique chargé, des munitions, des
tracts, trois vélos, du matériel pour ronéo, des Ausweis en blanc, des cartes
d'identité et des cachets officiels... y compris celui du commissariat de Caen.
Immédiatement interrogé, « Kléber » avoue sa véritable identité : Sire Marius, né le
20 décembre 1912 à Ville-Le-Maclet (Somme). Sans trop se faire prier il donne aussi
les noms des responsables de la résistance communiste pour les différentes régions
du Calvados : pour Caen, il s’appelle « Claude » qui doit être électricien ou
mécanicien ; pour Bayeux, c'est « Arthur », un ouvrier ; à Lisieux, « Henri », un
cheminot... Renseignements tous aussi faux les uns que les autres. Il faudra quelque
temps à la police pour s'en apercevoir.
À la fin du mois d'avril 1943, les Allemands et les hommes de la brigade mobile
de Rouen ont toutes raisons d'être satisfaits. L'organisation des FTP du Calvados
semble anéantie. Seul « Maurice » leur a échappé ; sans doute a-t-il quitté le
département. Mais tous les autres sont entre leurs mains.
Joie de courte durée, car le 8 mai tombe une nouvelle incroyable : Joseph Étienne,
« Jean », vient de s'évader !
Opéré au Bon Sauveur, il a été transféré plusieurs semaines plus tard à l'hôpital
Clémenceau, où il est désormais placé sous la garde des Allemands. Son état
s'améliore, et il sait qu'il lui faudra bientôt subir un interrogatoire et probablement
affronter la torture. Il doit s'échapper coûte que coûte. Mais comment faire avec la
sentinelle à la porte et les barreaux à la fenêtre ?
L'occasion se présente le 7 mai 1943. Ce jour-là, ses gardiens sont passablement
éméchés. Ils ont fêté quelque chose et visiblement bu plus que de raison. Il pourrait
s'en aller sans qu'ils le voient. Mais en plein jour, il n'irait pas bien loin. Dehors, il y a
des travaux et depuis quelque temps il a repéré des outils dans la cour. En quelques
secondes il sort de sa chambre et s'empare d'une pioche avec laquelle il descelle
prudemment un barreau. Puis il rebouche le trou sommairement avec de la terre.
Le soir vient. Par chance, la nuit est très noire et une forte tempête souffle sur
Caen. « Jean » enlève le barreau et se glisse difficilement par l'ouverture. Il longe les
murs de l'hôpital, parvient à sauter à l'extérieur dans un jardin... où il atterrit sur un
tas de fumier. Reste à traverser la cour et le voici dans la rue. De là, il gagne le
Vaugueux. Au hasard, il frappe chez une épicière, qui accepte de le cacher dans sa
remise à choux et de lui trouver quelques vêtements. La nuit suivante, il lui faut
traverser toute la ville à pied pour gagner la rive droite où il pourra trouver de l'aide.
Un long calvaire, car ses blessures le font encore souffrir. Au petit matin, Gaston
Baratte le découvre, épuisé, caché dans les waters au fond de son jardin, rue
Armand-Marie.

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Baratte est un vieux militant communiste et syndicaliste. Il a d'ailleurs été lui-
même arrêté comme otage le 1er mai 1942, avant d'être relâché en raison de son
âge. « Jean » ne peut rester là. Il lui trouvera une planque pour quelques jours à
Mondeville. Mais l'air du Calvados est devenu malsain. Baratte contacte alors son
ami cheminot Barthélémy, comme lui l'un des dirigeants de la CGT clandestine. Henri
Neveu, responsable du Front national pour la gare de Caen, convoiera le fugitif dans
la Sarthe pour le mettre à l'abri en lieu sûr. Au jour prévu, « Jean » est là, dans la
salle des machines du poste central d'aiguillage, au beau milieu des voies. Il est coiffé
une superbe casquette de la SNCF et muni de la carte professionnelle de Barthélémy.
Le train de messageries pour Le Mans attend le départ, au pied de la tour.
Discrètement Henri Neveu et son compagnon montent dans le wagon de queue.
Quelques heures plus tard, ils sont parvenus à destination, sans encombre.Joseph
Étienne pourra reprendre son combat après encore une semaine ou deux de
convalescence. La lutte continue contre l’occupant.
Épilogue
Que sont devenus les acteurs ou victimes de ces évènements tragiques, signes
d'un temps qui ne l'était pas moins ? Quelques mois après leur arrivée au camp, 90
010 des otages déportés à Auschwitz avaient disparu ! Gazés ! Morts de faim,
d'épuisement, du typhus et des multiples souffrances endurées. Assassinés par les
S.S. ou les kapos polonais à coups de pioches, de matraques ou d'une balle dans la
tête. Tués sans raison, par plaisir ou par désœuvrement. Sur les 80 Calvadosiens,
seuls 7 ont survécu. André Montagne, David Badache et David Polosecki sont
aujourd'hui les derniers témoins du martyre de leurs camarades. La cinquantaine
d'autres otages ont connu des sorts divers ; certains sont restés à Compiègne jusqu'à
la Libération, comme le docteur Drücker ; quelques-uns ont été progressivement
libérés ; beaucoup ont connu ultérieurement la déportation, tel le doyen Musset qui
eut la chance de rentrer de Buchenwald au printemps 1945. Ce ne fut hélas pas le
cas de tous. Le préfet Henri Graux, après sa révocation, reçut une affectation au
Ministère de l'Intérieur ; par prudence, on lui confia un poste dans lequel il ne devait
avoir aucun contact avec les Allemands ! Après la guerre, il fut pendant douze ans
maire du XVIe arrondissement de Paris. Il est mort en 1979.
À la suite des deux vagues d'arrestations de décembre 1942 et mars-avril 1943,
vingt-trois résistants du Calvados appartenant au Front national furent traduits en
juillet 1943 devant une Cour martiale allemande siégeant à Paris, rue Boissy-
d'Anglas. Elle prononça seize condamnations à mort ! Marius Sire, Jules Godfroy,
René Préaux, Alexandre Demieux, Henri Daudet, Claude Gardelein, Henri Papin,
René Fairant... furent fusillés le 14 août 1943 au Mont-Valérien. Seules les deux
femmes furent graciées, mais déportées en Allemagne. Edmone Robert, très
affaiblie, mourut dans l'ambulance qui la ramenait en France au printemps 1945,
quelques jours après sa libération par les Américains. Le maire de Saint-Aubin-sur-
Algot, responsable de sa condamnation, fut triomphalement réélu aux élections
municipales de l'automne, malgré la violente campagne menée contre lui par le
Front national. Gisèle Guillemot, cinquante ans après, a conservé l'énergie de sa
jeunesse et continue de défendre avec ardeur la mémoire de ses camarades. Le
cantonnier Désiré Marie, qui avait pris part aux deux sabotages meurtriers du 16
avril et du 1er mai 1942, fut arrêté par les Allemands le 30 octobre 1942 pour
braconnage et purgea trois mois de prison. Le cheminot Charles Reinert, se sentant

62
menacé par la vague d'arrestations du début de l'année 1943, partit se réfugier dans
le sud de la France où il demeura jusqu'à la fin de la guerre. « Marcel » (François
Kalinicrenko) tomba les armes à la main en octobre 1943 à Chambly-sur-Oise, au
cours d'un accrochage entre un groupe de FTP et les Allemands. « Maurice » (Émile
Julien) pourchassé par la police, quitta le Calvados au printemps 1943 et devint,
quelques mois plus tard, responsable interrégional des FTP pour la Bretagne. Arrêté
par des miliciens en mai 1944, il fut torturé et emprisonné à Angers où l'avance alliée
le rendit à la liberté en août. Il vit aujourd'hui dans la région de Bordeaux. « Jean »
(Joseph Étienne) après sa convalescence, reprit la lutte dans la région de Rouen avec
d'importantes responsabilités. Il termina la guerre avec le grade de lieutenant-
colonel dans les FFI. Retiré dans l'Eure, il s'est éteint en mars 1990.
Cette fiche faite par Marc Fineltin se termine par (Yanchel Frenc ou Jean FRENCK ou
Jean French) Voire ce nom à son emplacement alphabétique. Voire aussi articles
internet de Claudine Cardon-Hamet, historienne

16 Bernard BARATI (Harnard) GR 16 P 31120


BERNARD HENRI BARATI, né le 12.09.1912 à Săveni (Roumanix) Recrutemenx
Montpellier. Hans Habe a écrit : « … notre marche vers la ferme Saint-Denis… Avec
les autres observateurs, le Hongrois Garai, le diplômé roumain Barati, les Russes
Imoudsky et Ouchakoff et le Suisse Kellenberger, j’établis qu’il s’agissait sans aucun
doute d’avions allemands… » « … cardiologue réputé… Barati était un bon gars.
Avant notre départ (le 10 juin 1940, du PC du bataillon dans la forêt de Noirval au
poste d’observation au bord de la route Le Chesne-Châtillon) il s’absenta pour quérir
nos rations de vingt-quatre heures. À l’exception du fromage amené d’Alsace, il ne
restait plus grand-chose, c’est pourquoi Barati nous revint avec une double ration
de gniole… » Worldcat Identities : Contribution à l'étude de l'état des capillaires
dans les cyanoses des insuffisances cardiaque. Harnard Barati 1937 Montpellier.2-
cabinet de médecin ; Harnard Barati, 1 rue d’Albisson 34000 Montpellier. Entreprise
fermée le 13 juin 1986. Résistant FFI. Harnard Henri BARATI Né le 12-09-1912 à
Saveni (Roumanie).

17 Jukob BART (Jacob Jacques Bart) GR 16 P 35531


Né 14.01.1901 à Colomea Polognx. Recrutemenx Fort de Vancia (69) le 05/12/1939,
Jacob Bart, né à Kolomya. Pologne, mais venu de Vienne, Autriche en janvier 1939
est interné dans un camp de concentration, puis libéré de par son engagement à la
Légion étrangère. Il intègre le 8 décembre 1939 le premier RMVE, est envoyé en
Algérie jusqu’en décembre 1940, puis démobilisé et incorporé dans un GTE le 18
janvier 1941). Cf. Thèse de Laurence Prempain.

18 ==Hermann BAUMANN§d GR 16 P 39561


Né 13.06.1912 à Mayence. (Allemagnx) Recrutemenx SBC (75) —> BAUMAN
(Armand) 13-6-12, Mayence, 2' cl. 21' R.I. Liste N 17. Déporté Libéréx..

19 Antoine Henri BEILLE; GR 16 P 43667


Antoine Henri Césaire Paul BEILLE né le 30.08.1917 Nissan-lez-Enserune Hérault
ŸFDX Aspirant C.A. 3 ; décédé à 90 ans le 13.1. 2007 (30 août 1917-13 0ctobre 2007).
Incorporé conformément à son choix dans le 21e régiment de marche des
Volontaires étrangers, 3e bataillon C.A.3 il fut grièvement blessé le 27 mai 1940 dans
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les Ardennes. Il ne quitta l’hôpital militaire de Cahors qu’en juin 1941. Appelé Nassin
dans la résistance.

Beille appelé Nassin dans la résistance. 16 janvier 2007:


Antoine Beille, un Juste au Panthéon : Le mercredi 17 janvier 2007, la cérémonie
sera retransmise à la télévision, en direct. Le Président de la République, sur
proposition de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, présidée par madame
Simone Veil rendra hommage au nom de la Nation aux 90 ans en 2007 (30 août
1917-13 0ctobre 2007). Incorporé conformément à son choix dans le 21e régiment
de marche des Volontaires étrangers, il fut grièvement blessé le 27 mai 1940 dans
les Ardennes. Il ne quitta l’hôpital militaire de Cahors qu’en juin 1941. Appelé Nassin
dans la résistance.
16 janvier 2007 : Antoine Beille, un Juste au Panthéon : Le mercredi 17 janvier
2007, la cérémonie sera retransmise à la télévision, en direct. Le Président de la
République, sur proposition de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, présidée
par madame Simone Veil rendra hommage au nom de la Nation aux Justes de
France, dans la nef du Panthéon. Le Sétois Antoine Beille, grand résistant, officier de
la Légion d’honneur, combattant pour la paix, Juste parmi les Justes, la plus haute
distinction de l'État d'Israël, pour avoir sauvé, avec sa famille, trente Juifs de la folie
nazie, est invité à la cérémonie au côté d’un des Juifs qu’il a sauvés. Il partira demain,
accompagné de son fils et sera aux côtés, lors de la cérémonie, d’un des Juifs qu’il a
sauvés.
— « Il avait 17 ans à l’époque, il en a 80 maintenant, s’exclame Antoine Beille. »
Pendant la guerre, à la tête d’un réseau de résistance, il a caché de nombreux Juifs
dans son village natal de Nissan-lez-Ensérune.
— « Il fallait le faire », dit-il simplement.
— « Nous connaissions les risques, mais il fallait quand même sauver ces gens »,
concède-t-il tout juste.
À 90 ans, il en sera encore une fois récompensé le mercredi 17 janvier 2007, au
Panthéon. Antoine Beille, membre du comité d’honneur de l’ARAC, invité à
l’hommage aux Justes parmi les Nations : lors de la cérémonie du 17 janvier au
Panthéon, la caméra a montré, à plusieurs reprises, au premier rang des invités,
Antoine Beille, membre du comité national d’honneur de l’ARAC, président du
comité départemental ARAC et de celui de L’ANACR et du comité départemental de
la Résistance de l’Hérault.
— « Je tiens, ajoute-t-il, à associer à cet hommage mon épouse, ma mère et mon
père, tous les trois titulaires de la médaille des Justes et de la croix de Combattant
volontaire de la Résistance et membres de l’ARAC et de l’ANACR. »
Biographie :
Si notre camarade a été ainsi honoré, c’est parce qu’il est aussi un « Juste parmi
les Nations ». Mobilisé en septembre 1939, Antoine Beille est nommé aspirant au
21e R.M.V.E. (C. A. 3 du Troisième bataillon) en formation à Barcarès, régiment qui

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comptait dans ses rangs beaucoup de Juifs, de républicains espagnols, d’antifascistes
autrichiens, polonais. Au contact de ces hommes, le sentiment de solidarité s’est
conforté chez ce jeune officier grièvement blessé dans les Ardennes le 27 mai 1940.
Après sa convalescence, Antoine est nommé professeur au collège de Saint-Pons-de-
Thomières.
Rapidement, avec deux autres enseignants, il crée le réseau Front national de
libération, auquel adhère l'imprimeur Maraval. « Nous éditions des tracts, La Voix
de la Patrie, ancêtre de La Marseillaise et Le Patriote de Toulouse ». Ils créent le
maquis Jean Grandel, qui devient une école de cadres.
— « Nous y avons formé de futurs grands chefs de la Résistance ».
Max Neijman, Juif parisien, qui luttait à ses côtés dans les Ardennes, retrouve
Antoine à l'hôpital de Cahors. Max veut sauver sa femme et ses enfants des rafles.
Antoine n'hésite pas : il les confie à ses parents, à Nissan, près de Béziers. Trente
personnes, famille et amis de Max, les rejoignent. Les parents d'Antoine Beille et sa
fiancée les hébergent et les cachent dans le village.
Dès sa démobilisation, avec le concours de ses parents et de son épouse, domicilié
à Nissan-les-Ensérune, petite localité proche de Béziers, Antoine contribua à
soustraire une trentaine de Juifs à la barbarie nazie. Lui et sa femme Césarine
accueillirent et hébergèrent plusieurs familles juives réfugiées à Nissan dès 1940, et
ce, jusqu’à la libération.
La plupart de ces réfugiés originaires de Paris s’étaient groupés autour du tailleur
Max Nejman qui avait fait la guerre de 1940 sous les ordres d’Antoine Beille au 21 e
R.M.V.E. Trois foyers de fabrication de faux papiers se signalèrent particulièrement :
la mairie où les trois secrétaires généraux étaient complices, la préfecture et
l’Université.
— « C’est donc par souci d’humanité que je me suis lancé dans une telle action,
déclare-t-il, je sentais qu’il fallait exprimer ma reconnaissance pour ces hommes que
j’avais côtoyés sur le front des combats et qui s’étaient engagés spontanément pour
la durée de la guerre afin de défendre leur seconde patrie qui les avait accueillis ; il
me fallait aussi faire preuve de solidarité avec cette communauté juive, alors
persécutée par les nazis, les policiers et gendarmes de Vichy. »
Résistant de la première heure, Antoine Beille se donna pour mission d’accueillir
les anciens Volontaires étrangers et en particulier les Juifs pourchassés. Il leur prêta
main-forte pour franchir la ligne de démarcation entre les deux zones, occupée et
libre, les aida à se procurer de nouvelles cartes d’identité et d’alimentation, et
parfois même un passeport pour l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre et l’Amérique.
Cependant, l’arrestation du colonel Paul Debuissy, chef d’état-major de l’Armée
secrète en Roussillon en 1942 par la Gestapo mit fin brutalement à l’activité de cette
organisation, mais pas à l’action d’Antoine Beille en faveur des Juifs. Un an plus tard,
nommé enseignant à Saint-Pons, dans les hauts cantons de l’Hérault, il poursuivit
son activité de résistant en participant, en 1942, avec deux de ses collègues, André
Allègre et Henri Lauriol, à la création d’un réseau du Front national de libération,
puis, en 1943, du maquis « Jean Grandel » dont il fut un des dirigeants sous le
pseudonyme de commandant Nassin. Rappelons que Jean Grandel fut maire
communiste de Gennevilliers et exécuté par les Allemands dans la carrière des
Fusillés de de Châteaubriant en octobre 1941. C’est donc un hommage mérité qui
fut rendu par le président de la République à Antoine Beille et aux hommes et aux

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femmes qui ont sauvé l’honneur de la France en accomplissant, au péril de leur vie,
ces actes de résistance à l'oppression nazie.
Après la guerre, Max a demandé pour ses sauveurs la médaille des Justes,
décernée par l'État d'Israël à ceux qui ont mis leur vie en danger pour sauver des
Juifs. C’est ainsi qu’Antoine a été invité, le 17 janvier 2007, au Panthéon, pour
l'hommage rendu par la Nation aux Justes de France. « — Max n'a jamais oublié que
j'avais agi dans l'ombre pour dissuader les quelques collabos de Nissan de dénoncer
les Juifs à la milice », et il ajoute, l’air malicieux, « ils ne l'ont su qu'après la guerre.
Pas un instant, ils n'avaient soupçonné mes activités clandestines : je jouais le père
tranquille. »
Il était en fait le commandant Nassin (l'anagramme de Nissan) l'un des
responsables de la Résistance dans l'Ouest héraultais ! Décédé le 13/10/2007.
—BEILLE Antoine, Henri, Paul, Pseudonyme dans les : FTP : commandant
NASSIN. Né le 30 août 1917 à Nissan (Hérault), mort le 13 octobre 2007 à Sète
(Hérault) ; professeur ; Résistant ; dirigeant de la Fédération de l’Hérault du PCF ;
conseiller municipal et adjoint au maire de Sète (1952-1983).
Fils d’un petit viticulteur Ernest Beille (1898-1951), athée et laïque, un de fondateurs
de la cave coopérative de Nissan, secrétaire de la section socialiste SFIO, Antoine
Beille reçut les premiers sacrements catholiques. Grâce à sa tante, institutrice laïque
et à son oncle, économe du petit lycée, il effectua ses études secondaires au lycée
de Montpellier, obtint le baccalauréat puis une licence de lettres (Espagnol) et un
diplôme d’études supérieures d’Espagnol à la Faculté de Montpellier. Il avait vécu
intensément les évènements politiques de la deuxième moitié des années 1930.
Antifasciste, solidaire avec les Républicains espagnols, pacifiste, sursitaire, il
préparait l’agrégation quand la mobilisation intervint. Affecté à l’École des officiers
de réserve à Saint-Maixent, puis aspirant dans le 21e régiment de marche des
volontaires étrangers, composé surtout d’Espagnols républicains au Barcarès
(Pyrénées-Orientales), il fut grièvement blessé en mai 1940 dans les Ardennes. Il
quitta l’hôpital militaire de Cahors (Lot) en juin 1941. Il épousa le 6 juillet 1941 à
Nissan Germaine Albert, étudiante en pharmacie, fille de viticulteurs aisés de
Nissan, d’opinions radicales-socialistes.
Antoine Beille, en 1941, adressa une famille juive à ses parents et son village de
Nissan accueillit une trentaine de juifs qui reçurent de faux papiers. L’État d’Israël
lui décerna en 1983, ainsi qu’à son épouse et à ses parents, la Médaille des Justes.
Membre de l’Armée secrète, il créa en octobre 1942 le Front national à Saint-Pons
(Hérault) où, jusqu’alors maître d’internat (1941-1942), il venait d’être nommé
professeur d’Espagnol au collège moderne. Il participa à la création du maquis
Francs-tireurs et partisans français Jean Grandel, essentiellement composé de
communistes de Sète. Refusant sa réquisition pour le Service du travail obligatoire
en janvier 1944, clandestin, il devint responsable militaire du réseau Front national-
FTPF de Nissan à La Salvetat, sous le pseudonyme de « commandant Nassin ». Il
participa aux combats de la Libération (20-21 août 1944 et présida le comité de
libération de Nissan (août 1944-mai 1945). Son grade de commandant FFI fut
homologué comme lieutenant. Il fit notamment placer sous séquestre l’usine de jus
de raisins « Jurozé » dont le patron, collaborateur, en fuite, avait vidé les caisses. Il
organisa avec les cent-cinquante salariés un comité de gestion ouvrière qui
fonctionna jusqu’au retour, encouragé par la nouvelle municipalité, de l’ancien

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patron. En accord avec son père, Beille se prononça en faveur d’une liste d’union
aux élections municipales de mai 1945. Mais la section socialiste SFIO décida de
présenter une liste séparée qu’il refusa de conduire. En contact avec Jean Zyromski,
il adhéra comme lui au Parti communiste en décembre 1945 à Nissan. Son père, qui,
déçu, ne reprit pas sa carte du Parti socialiste SFIO, refusa de l’imiter.Professeur
certifié d’Espagnol, Antoine Beille obtint sa mutation pour le lycée technique
Dhuoda puis pour le lycée Alphonse Daudet de Nîmes (Gard) en 1947. Membre du
Syndicat national de l’enseignement secondaire depuis 1944, il milita aussi à la FEN-
CGT. De 1947 à 1949, il était membre des bureaux du S1 du SNES et de l’Union locale
CGT de Nîmes. Il appartenait aussi à la section locale du Mouvement de la paix.
Nommé au collège devenu lycée Paul Valéry à Sète, Beille devait y rester jusqu’à sa
retraite en 1977. Il cumula les responsabilités syndicales : secrétaire de la section
FEN-CGT (1949-1951) et du S1 du SNES (1952-1977). Il participait aussi au bureau
de la section locale des fonctionnaires CGT. Il resta membre du SNES après sa
retraite.
Antoine Beille fut membre du bureau de la section communiste de Sète jusqu’en
1956 où son épouse tenait une pharmacie. Il était au milieu des années 1960
membre du comité de la section sud de Sète. Il participa au comité de la fédération
communiste de 1956 à 1968, chargé du travail en direction des pêcheurs entre 1962
et 1966. Responsable des pêcheurs dans la cellule communiste et président de la
commission extra-municipale des pêches maritimes, il avait aidé les pêcheurs dans
leurs luttes contre la municipalité de droite, alliée de la Chambre de Commerce et
des mareyeurs. Ils revendiquaient notamment la construction d’un bassin
d’épuration des coquillages qui fut réalisé, avec l’aide de l’Institut des pêches
maritimes, par le syndicat des pêcheurs de coquille et géré en coopérative « Le
Dauphin » dirigée par Casimir Liberti. Par la suite, il participa à la création d’une
cellule communiste dans son lycée dont il assura le secrétariat.
Beille, élu conseiller municipal de Sète en 1952, devint adjoint au maire (1959-1965),
délégué à l’enseignement public, à la culture. Pendant ce mandat, furent réalisés de
nombreux travaux dans les locaux scolaires, une maison de la culture, la
construction du lycée technique Joliot-Curie, le musée François Desnoyers, une
académie des Beaux-Arts, le théâtre de la mer Jean Vilar, la piscine Maurice Thorez,
la gratuité des livres scolaires pour tous les niveaux d’enseignement. Adjoints
délégués aux Anciens Combattants, il proposa et anima un Comité pour l’édification
d’un monument aux martyrs de la Résistance et de la Déportation qui fut réalisé. En
1965, les communistes constituèrent une liste d’union avec les socialistes et il
s’effaça pour permettre à un socialiste de devenir adjoint.Président du comité local
du Mouvement de la paix qu’il avait contribué à créer, Beille, membre du conseil
départemental du Mouvement, fut désigné en 1958 à son conseil national. Il avait
été condamné, avec six autres communistes, par le Tribunal correctionnel de
Montpellier pour son action pour la paix en Algérie pour avoir arrêté le premier train
transportant des appelés du contingent en partance pour l’Algérie. Une collecte,
organisée immédiatement parmi les manifestants protestant aux abords du
Tribunal, couvrit largement les peines d’amende. Beille avait été candidat
communiste aux élections cantonales partielles à Capestang le 27 mars 1977.
Parallèlement, il anima la campagne électorale à Nissan où, pour la première fois,
une liste communiste fut élue. Antoine Beille enfin militait dans les associations

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d’anciens combattants et de résistants, entre autres, président fédéral (1954-1994),
puis président d’honneur, et membre du conseil national de l’Association
républicaine des anciens combattants, vice-président de la section de Sète de
l’Union fédérale des anciens combattants à partir de 1964, président d’honneur de
la fédération de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance,
président d’honneur et membre du conseil national de la Fédération des officiers
de réserve républicains. Membre du conseil national de France-Cuba (1962-1977),
il présidait l’association des mutilés de guerre de Sète. Depuis la fin de la guerre
d’Espagne, Antoine Beille avait participé aux actions d’aide aux républicains. Après
la guerre, membre correspondant de l’Union des combattants de la guerre
d’Espagne, en contact par l’intermédiaire du PCF avec des militants espagnols pour
leur fournir aide, ravitaillement, matériel de propagande, argent, faux-papiers,
soins, il assurait le secrétariat du comité de défense des victimes du franquisme tout
en étant le correspondant de l’Europe occidentale pour l’amnistie aux emprisonnés
et exilés espagnols. Après avoir participé au congrès national de l’ARAC à
Montpellier en novembre 1979 avec une délégation espagnole de l’Union des ex-
combattants de la guerre d’Espagne (UNEX), il fut en février 1981 et en décembre
1982 le délégué de l’ARAC à la conférence internationale de Madrid pour la sécurité
et la paix en Europe. Il avait créé un Cercle d’études hispaniques et hispano-
américaines qui organisait des manifestations culturelles. Comme adjoint à la
culture, il accueillit entre autres à la mairie le poète cubain Nicolas Guillen. Depuis
1959, Beille, qui avait été le secrétaire du comité local d’action laïque et l’animateur
du patronage laïque, était délégué départemental de l’Éducation nationale. Il écrivit
un ouvrage pour soutenir les revendications des viticulteurs du pays d’Ensérune qui
souhaitaient obtenir une appellation. En 2004, il travaillait, avec un étudiant en
Histoire, pour une histoire de Sète et des Sétois dans la Résistance. Il préparait aussi
un ouvrage de souvenirs sous le titre « Mémoires d’Antoine ». Croix de guerre avec
palme au titre de la Résistance, Antoine Beille était aussi chevalier (avec Henri Rol-
Tanguy comme parrain en octobre 1983), puis officier (2003) de la Légion
d’honneur. En 2007, son nom fut donné à la salle des professeurs du lycée Paul
Valéry à Sète ainsi qu’à l’école primaire de Nissan-Lez-Enserune en 2015.
https://maitron.fr/spip.php?article1616, notice Beiller Antoine, Henri, Paul.
Pseudonyme dans les FTP : commandant NSASSIN par Hélène Chaubin, Jacques
Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 janvier
2019.

20 André BENOIT ❤. GR 16 P 47808.


—>BENOIT (André) ŸFDX 16-10-09, Ouges (C. d'Or) serg. 21' R. I. V. E. List 17.

21 Domingo BIELSA (Dominique alias Toto) GR 16 P 58998


Né le 04-08-1908 à Alcorisa Espagne (Polognx) Recrutemenx Albi (81).

22 BIESVILLE Georges RAVEL de BIESVILLE §d GR 16 P 501042


Né le 15.10.1896 à Angers Maine-et-Loire France Georges RAVEL alias Commandant
Georges ŸFDX Baron Georges Ravel de Biesville : 3e Bataillon du 21e R.M.V.E.
BIESVILLE (Georges Ravel de) ; 15-10-98, Angers, capitaine 21e R.I.E. Of.VI A : Liste N
50. Commande la 11e Cie, puis à compter du 17 juin le 3e bataillon. Cité par Léon de
Rosen. Déportation de Ravel de Biesville Georges né le 15/10/1898 à Angers (49) —
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France mle : 54009. Avant la déportation lieu de résidence : Lugrin (74) — France.
Profession : officier, chef de bataillon d'infanterie déportation lieu de départ :
Compiègne, le 22/01/1944 déportation : Buchenwald, le 24/01/1944 déportation :
Mauthausen, le 25/02/1944 les déportés de l'opération Meerschaum les déportés
arrivés de Buchenwald le 25 février 1944. Parcours au sein du complexe
concentrationnaire : affectation au camp central et kommandos extérieurs
affectation : Steyr, le 08/03/1944. Affectation : camp central, le 16/05/1944
libération et rapatriement lieu de libération : Mauthausen, Libéréx le 05/05/1945.
Pau, 22 janvier 1958 : La cour de Pau a relaxé tous les prévenus.
. - La cour d'appel de Pau a rendu son arrêt dans l'affaire des pensions de Bayonne,
pour laquelle avaient été cités il y a un mois le docteur Birade, médecin-chef du
centre de réforme de Bayonne ; le docteur Ferdières, médecin expert de cette ville,
et neuf pensionnés. L'accusation reprochait aux médecins des expertises de
complaisance et aux pensionnés d'avoir de ce fait bénéficié d'une majoration
abusive du taux de leurs pensions.La cour a prononcé une relaxe générale. Dans la
première affaire, le tribunal correctionnel de Bayonne avait condamné un
pensionné, M. Ravel, se faisant appeler de Biesville, et se parant du titre de colonel,
à huit mois de prison et 100 000 francs d'amende pour escroqueries. Le docteur
Birade, accusé de délivrance de faux certificats, avait été, lui aussi, condamné à six
mois de prison avec sursis et en outre à cinq ans d'interdiction de la fonction
d'expert.
Dans ses attendus la cour a estimé qu'elle n'avait pas à connaître si Ravel a usurpé
un nom ou un grade, et qu'il est seulement reproché au prévenu de s'être fait
attribuer par de faux certificats de résistant déporté une pension militaire à laquelle
il n'avait pas droit. La cour observe que le principe du droit à pension était acquis à
Ravel dès 1947, que toutes ses pièces portaient la mention " résistant ", et que c'est
à ce titre que cette pension lui a été servie. D'ailleurs, ce n'est pas le droit à pension
qui est en cause, mais le taux de celle-ci, et ce taux ne peut dépendre de la qualité
de résistant, mais de l'état physique. La cour a également estimé que le docteur
Birade n'a pas souscrit à une mesure abusive, puisque Ravel s'était vu accorder
quelques mois auparavant le même bénéfice par le tribunal des pensions de Nîmes,
et que la commission spéciale départementale avait maintenu le taux que le docteur
Birade avait proposé.
Au docteur Ferdières il était reproché certaines surestimations des taux d'invalidité,
et aussi d'avoir accepté d'examiner comme expert des clients personnels, puis
d'avoir recruté une certaine clientèle chez des pensionnés expertisés par lui. La cour
estime que, si le fait d'avoir recruté de la sorte une clientèle est une faute évidente
contre le code de déontologie, il ne revêt à priori rien de répréhensible dès lors qu'il
n'est pas établi que ce choix des malades a été le paiement d'une complaisance.
En ce qui concerne certaines surestimations du docteur Ferdières, la cour a jugé que
celui-ci a pu parfois agir avec légèreté et que, devant une surestimation trop
fréquente des taux d'invalidité, le lieutenant-colonel Lartigue, dont l'enquête fut à
l'origine de la découverte de l'affaire, a pu s'émouvoir à juste titre, mais qu'il
convient de laisser aux autorités compétentes le soin de prendre sur le plan
administratif ou professionnel les mesures qu'elles jugeraient nécessaires.

23 Jacob BORENSZTAIN§d GR 16 P 74122

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Né le 21-10-1910 à Pulawy (Polognx) Recrutemenx SBC 75) Mle 1840 —>
BORENSZTAJN (Jacob) 21-10-10 Pulawy (Pologne, 2e cl. 21e R.I. Liste N 17. Déporté
Résistant : Libéréx?

24 Nicolas BRODY GR 16 P 92290


Né le 12-03-1917 à Mátészalka (Hongrix) Recrutemenx SBC (75).

25 Borah BRUHMAN (Boris HOLBAN) GR 16 P 93906


Né le 20.04.1908 à Atachi, village de la partie ukrainienne de la Bessarabire
Bessarabie alors ratachée à la Russie. (Russix) Recrutemenx SBC (75) HOLBAN Boris
(Alias de BRUHMAN) —>BRUHMAN (Borah) 20-4-08, Cucanea (Russie) caporal 21'
R. I. Liste N 17. Le réseau des FTP-MOI a été fondé en mars 1942 par Boris Holban(34
ans) de son vrai nom Bruhman. Il est issu d'une famille juive russe. Le pays où s’est
installée sa famille, la Bessarabie, a été retiré de la Russie et attribué à la Roumanie
après la Grande Guerre. Ses activités de résistant communiste en Roumanie
l’obligent, après plusieurs emprisonnements et la perte de sa nationalité, à se
réfugier en France en 1938. Boris Holban s'engage en 1939 au 21e R.M.V.E. Fait
prisonnier, il réussit à s'évader le 11 janvier 1941 grâce au réseau d'une religieuse
de Metz, Sœur Hélène (François Mitterrand, Léon de Rosen, etc.bénéficieront du
même réseau) et d’une militante juive, communiste et, parlant l’allemand, la
Roumaine Irma Mico, Irma Miko, née Rosenberg (1914->2014). En mars 1942, Boris
Holban met sur pied les FTP-MOI parisiens avec des équipes de Roumains, de Juifs
polonais et d'Italiens sans compter un détachement spécialisé dans les
déraillements et des services de renseignement, de liaison et de soins médicaux. Au
total trente combattants et Une quarantaine de militants des services de
renseignement, de liaison et de soins médicaux. De juin 1942 à leur démantèlement
en novembre 1943 par la brigade spéciale des renseignements généraux (BS2) les
FTP-MOI avaient commis à Paris 229 actions contre les Allemands, la plus
retentissante étant l'assassinat, septembre 1943, du Général S.S. Julius Ritter,
superviseur du Service du travail obligatoire (STO) et responsable de l'envoi en
Allemagne de centaines de milliers de jeunes travailleurs français.
En 1985, à l’occasion de la diffusion du film « Des terroristes à la retraite », la veuve
de Missak Manouchian a accusé Boris Holban d’avoir indirectement provoqué la
mort de son mari et de ses camarades en leur refusant le repli en zone sud.
C’est pour démentir ces accusations que Boris Holban a publié en 1989 ses
mémoires sous le titre « Testament… » (Calman Lévy.) B. Holban a rappelé à ses «
détracteurs » qu’à cette époque il se trouvait depuis plus de trois mois en province
à la suite d’un désaccord avec son supérieur hiérarchique, Rol Tanguy, sur la tactique
de masse que le comité militaire interrégional du parti voulait lui imposer. Il
obtiendra la nationalité française et il sera décoré de la Légion d'honneur le 8 mai
1994 sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile par le président Francois Mitterrand.
Décédé à 96 ans en 2004 à Étampes (Essonne) Holban est enterré au cimetière de
Bagneux. Extrait d’un article de Claude Lévy. Quatre ans après « l’affaire » du film de
Mosco, « Des terroristes à la retraite » …
Les mémoires de Boris Holban, ancien combattant F.T.P. /M.O.I. de la région
parisienne (« Roger » / « Olivier ») ont été rédigés « au soir de sa vie » et après son
retour en France. Le Testament englobe toute sa vie de militant communiste, de sa

70
jeunesse dans la Roumanie royale et fasciste jusqu’à son retour après 1945, avec un
long travelling sur le Paris de la guerre et de la Résistance. La trahison était ailleurs
avec ce « Davidovitch » Joseph Dawidowitch Albert qui avait travaillé sous ses
ordres, et dont, à son retour à Paris, il avait recueilli les aveux et fait assurer
l’exécution. À ce propos, le vieux chef insiste sur le fait important que le « traître »
aurait fait moins de dégâts — trois quarts des effectifs FTP/MOI sont tombés dans
ce novembre noir — si deux facteurs n’avaient pas favorisé son « extension ». Ses
révélations ont indubitablement « facilité et accéléré » la « grande traque » que la
2e section des « Brigades péciales » (BS 2) menait depuis plus d’un an contre des
militants souvent très jeunes, dont la vigilance s’est parfois relâchée.
Et puis, signale justement Holban, 1943, les 51 combattants dont disposait
seulement la MOI constituaient pratiquement en octobre 1943 l’unique force dont
pouvait user le PCF affaibli depuis 1942, mais qui voulait s’imposer face à De Gaulle,
en vue de la libération.
Son parler vrai rejoint le diagnostic que deux historiens Du communisme, S.
Courtois et D. Peschanski ente autres, et un grand acteur, A. Rayski, ancien
esponsable de la section juive, ont dressé dans un ouvrage remarquable « Du milieu
des années vingt à la résistance »
Son parler-vrai rejoint le diagnostic que deux historiens du communisme, S.
Courtois et D. Peschanski, entre autres, et un grand acteur, A. Rayski, ancien
responsable de la section juive, ont dressé dans un ouvrage remarquable « Du
milieu des années vingt à la Résistance » sur les immigrés de la MOI (Italiens et Juifs
surtout) particulièrement nombreux à Paris, de leur protohistoire…Nos trois auteurs
ont bien montré comment, avec les principes d’exclusion posés par Vichy, celui-ci
avait libéré les agissements de la police à l’égard d’étrangers communistes ou juifs
(ou les deux à la fois).
À les lire, on s’aperçoit que ces « métèques » avaient plus de chances de s’en tirer
en tombant entre les mains de la 3e section des renseignements généraux (chargée
des étrangers) dont certains membres étaient résistants, et qui transmettait « en
priorité » à la justice française, plutôt que dans les griffes de la BS 2, grande
pourvoyeuse de la Gestapo. Extrait d’un article de Claude Lévy.

26 Mathieu Jean François BUVAT GR 16 P 98813


Né le 06.10.1910 Moulins Allier France —> BUVAT (Jean) ŸFDX 6-9-10, Moulins
(Allier), médecin-lieutenant, 1er' R.M.V.E. Liste N° 22 (3e bataillon). Léon de Rosen le
décrit ainsi : « …, le Dr Buvat raconte des histoires drôles. Personnalité curieuse que
ce docteur-lieutenant. Épicurien au possible. L’air toujours vaguement ennuyé.
Connaissances très étendues. Très spirituel et cultivé. Très riche et par conséquent
très “à gauche”. L’un de ces Français qui nient tout, ne croient à rien, vivent une
bonne vie, dénigrent l’honneur et le devoir, mais en ont et le font tout autant, sinon
plus que d’autres. Politiquement parlant, type du mauvais “citoyen”, dans l’intimité
l’homme le plus agréable, amusant qui soit. »
Citation : « Médecin ayant une haute conception de son devoir. — Il a effectué son
service avec une conscience professionnelle et un dévouement élogieux. En mai
1940, il a déployé de jour et de nuit une inlassable activité, parcourant les premières
lignes pour s’assurer de l’état de santé des combattants. En juin au cours de
nombreuses opérations de décrochage, a su obtenir en toutes circonstances un

71
dévouement de son personnel. Il a réussi en dépit des moyens précaires, à sauver
une grosse partie du matériel sanitaire du régiment et à conserver une organisation
de secours et d’assistance viable… »

27 Jésus CACHAFEIRO GR 16 P 99598 CACHAFEIRO


Né le 13-07-1918 à Campo Lameiro province de Pontevedra. (Espagnx) Recrutemenx
Perpignan (66).

28 Jacques CARASSO GR 16 P 105784


Jacques Jean CARASSO né le 10.08.1916 Thessalonique (Grècx) Recrutemenx
SBC)75) Mle 5759 −> CARASSO (Jacques) 10-8-15, Salonique (Grèce) Serg. 21e R.I
Liste N 17.

29 Théodore CEVEYTCH GR 16 P 115463


Né le 30-08-1912 à Begec (Yougoslavix) Recrutemenx Grenoble (38) —> CEVEYTCH
(Théodore) 30-8-12, Begec (Youg.) cap. 21e R.M.V.E. 142. Liste 32.

30 Joseph CLISCI †g GR 16 P 134074


(Extrait de Combattants & Martyrs de la Résistance de David Diamant, Éditions
Renouveau. Né le 12 novembre 1915 à Cliscaudi (Bessarabie) Joseph Clisci perdit sa
mère à sa naissance et fut élevé par une grand-mère qui lui donna une instruction
très religieuse. Son père, qui était comptable, l'envoya au lycée de Hotin où il
montra de vives dispositions pour les mathématiques, mais il était obligé de donner
des leçons tout en étudiant pour pouvoir gagner sa vie et payer ses études. Il
poursuit des études brillantes à Bucarest, où il passe son baccalauréat et entre à
l'École Polytechnique. Son action contre la terreur que font régner la Sigourantza
(police secrète) et la Garde de Fer (organisation antisémite et fasciste) le désigne
aux autorités. Arrêté puis mis en liberté provisoire, il s'enfuit… Il est alors à Paris où
il poursuit ses études, mais à la Faculté de Lettre cette fois…
Lorsqu'éclate la guerre, il s'engage, comme la plupart des jeunes émigrés, dans
l'armée française. Affecté au 21e R.M.V.E. dans une Compagnie de mitrailleur, il est
atteint d'une maladie pulmonaire qui le fera réformer à la veille de l'invasion
allemande. Marié depuis peu, il retrouve sa femme à Paris et ne tarde pas à militer
dans les organisations clandestines de la Résistance. Il sera un des premiers
volontaires du premier détachement de F.T.P. roumains lors de sa fondation, et
malgré sa santé, il participe à toutes sortes d'actions.
À cette époque, les F.T.P. n'ont pas encore d'armes et c'est avec des bouteilles
explosives que Joseph et ses camarades provoquent incendies et explosions, en
particulier dans les parcs et garages.
Nommé chef de groupe de partisans au début de 1942, Joseph fait montrede ses
grandes qualités militaires ; il est audacieux et dévoué et il ne tardera pas à être à la
tête de toute l'unité F.T.P. roumaine. L'attaque du Soldatenheim de l'avenue Simon
Bolivar en janvier 1943 fut l'une des actions les plus brillantes qu'il ait organisées…
C'est le 2 juillet 1943 que Joseph devait livrer son ultime et dernier combat. Il
s'agissait d'une attaque contre deux colonnes allemandes à Clichy. L'attaque avait
été menée à bien, mais Joseph, blessé, eut du mal à s'éloigner de l'endroit
dangereux. Les ennemis, fous furieux, firent donner l'alerte pour essayer de

72
s'emparer des partisans…
Joseph se traîne péniblement jusqu'à la cave d'une maison, 2, rue de l'Abreuvoir,
mais des soldats et des officiers sont sur ses traces et tirent au jugé une première
rafale de mitraillette à l'intérieur de la cave. Joseph attend patiemment qu'ils
s'approchent et, à son tour d'une rafale, fauche plusieurs nazis. Un groupe de S.S.
arrive à la rescousse. Tous tirent au hasard et chaque fois qu'ils croient en avoir fini
avec ses maudits « terroristes » et s'approchent du soupirail, ils sont reçus par les
balles de Joseph qui en tuent quelques-uns. Cette bataille dura six heures… Enfin
percé de balles, ayant perdu beaucoup de sang, ayant épuisé toutes ses munitions,
à bout de force, Joseph se sert de sa dernière balle pour mettre fin à sa jeune et
glorieuse vie…
Extraits du livre « Testament… » de Boris Holban
Page 288 : « Clisci (Joseph) dit Albert, Juif originaire de Bessarabie, né en 1915,
membre du PC Membre du 1er détachement. Devenu responsable militaire du
détachement après les chutes de décembre 1942. Blessé lors d’une action le 2 juillet
1943. Il se suicide pour ne pas tomber aux mains des Allemands. Mle 10010. »
Page 106-107 : « Réorganisé », le commandement militaire du détachement fut
confié à Joseph Clisci (nom de guerre Albert). Étudiant juif originaire de Bessarabie,
il a dû quitter la Roumanie pour son activité révolutionnaire. La guerre le trouve en
France où, bien que malade des poumons, il est l’un des premiers à s’engager
comme volontaire. Envoyé à Barcarès, il est affecté au 21e régiment de marche des
volontaires étrangers, à la compagnie de mitrailleur du premier bataillon. Malgré sa
volonté de combattre, sa maladie s’aggrave et Clisci traîne péniblement sa vie de
soldat jusqu’à la débâcle.
Démobilisé en août 1940, il rentre à Paris, où il participe au premier groupe de
jeunes de la lutte armée, ainsi qu’à différentes actions de sabotage. Au terme de la
fusion de ces groupes avec l’OS (Organisation spéciale créée à l’automne 1940 par
le parti communiste) il devient le chef d’une équipe du premier détachement. Lors
de nombreux sabotages et attaques à la grenade, il témoigne de remarquables
qualités de combattant et d’entraîneur d’hommes. Promu chef de détachement, il
contrôle certaines actions d’envergure.
Ainsi le 2 juillet 1943 au matin, il tient à vérifier sur place l’exécution d’une attaque
contre un autobus allemand qui va de la porte de Clichy à l’hôpital Baujon. Il ne doit
pas participer à l’exécution, mais sachant l’équipe désignée jeune, il préfère
s’assurer que tout se passe bien. Le chef d’équipe, qui devait mener l’assaut, est
absent. Pour ne pas laisser capoter une opération préparée et donner l’exemple aux
jeunes, il prend le commandement. L’attaque réussit bien, mais, dans leur surprise,
les Allemands tirent dans tous les sens.
Clisci est blessé. Sentant qu’il ne pourra s’échapper, il intime à ses camarades de
se replier, assurant qu’il connaît bien le quartier. En fait, il n’y connaissait personne
et c’est seul à bout de forces, qu’il se réfugie dans la cave d’un immeuble, au 2, rue
de l’Abreuvoir, à Clichy.
Dénoncé par un locataire, il est cerné par les Allemands qui tentent en force de
s’emparer de lui. Mal leur en prend. Clisci est armé et chacune de ses balles fait
mouche.
Ne voulant pas tomber vivant aux mains des nazis, il se réserve la dernière
cartouche. Son exemple de courage et d’abnégation fut alors popularisé dans toute

73
la France à la Libération, une plaque à sa mémoire fut apposée sur l’immeuble où
son destin avait été scellé. »
« Aux pages 269 à 271, Boris Holban dénonce la façon dont Philippe Ganier-
Raymond dans son livre L’Affiche rouge dénature notamment les actions du héros
Joseph Joseph Clisci, en les décrivant comme une sorte de mascarade
chevaleresque grotesque et de très mauvais goût. »

31 Alexandre CORNESCO GR 16 P 142914


Né le 02-10-1908 à Bucarest (Roumanix) Recrutemenx SBC (75) Mle 7280.

32 Marcel CORNU . GR 16 P 143268


Né le 07.08.1905 Beugnies —> CORNU (Marcel) ŸFDX 7-8-05, Beugnies, adj.-ch., 21e
R.M.V.E. 121.List 33.

33 CRAUS Bénédich GR 16 P 149857


—> Né le 14-3-1917 Bacău (Roumanix) Recrutemenx I ; 2e cl. 21e R.I. Liste N 17.

34 Szulim CYMBALISTA GR 16 P 153619


Né le 15-01 1908 à Przytyk (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 9860.

35 Roger DAVASSE (?) GR 16 P 160079


Né le (25-11-1900, ???) 7 10 1916 recrutemenx SBC (75) —> DAVASSE (Roger) 7-10-
1916, Grenades (Caraïbx) serg. 21' R.M.V.E. Stalag XI A. Liste N 14.DCD 7-3-1993.

36 Maurice DAVIDOWICZ GR 16 P 160793


Né le 27-06-1916 à Pabjanice (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 3692 —>
DAVIDOVICI (Maurice) 27-6-16, Pabjanice (Polog.) 2' cl. 21' R.M.V.E. 194 List 39.

37 Paul DEBUISSY Colonel GR 16 P 162816


Paul Henri Albert Debuissy né le 28.07.1887 à Laventie Pas-de Calais ŸFDX, décédé
le 19 février 1962. Instituteur ayant participé à la Grande Guerre, il fait carrière
militaire et ses différents grades et affectations apparaissent au journal officiel et
aussi l’Ordre de la Légion d’honneur. Dans les années 1933-1935, il était chef de
bataillon au 4e régiment étranger au Maroc. Lt Cl (réserve) au 21e R.M.V.E. Le
11/7/39 Hans Habe a écrit : « Son large visage traversé de veines rouges était gris
et fatigué. Cet homme corpulent approchait la soixantaine ; il appartenait à la
Légion étrangère, avait combattu durant la Grande Guerre avec distinction et avait
eu une longue carrière en Afrique. Taillé à la hache avec de larges épaules et de
fortes hanches, il était l’image typique de l’officier colonial français, moins sensible
et moins subtil que l’officier anglais, souvent peut-être plus brutal, mais surtout plus
sincère et plus direct. Il se sentait quelque peu surpris par une guerre si différente
de ses campagnes africaines et de sa Grande Guerre. » Document Paul Debuissy en
tête de livre. Il est en fait de six années, plus jeune que les généraux Pierre
DECHARME (1881-1956) et François Delaissey (1881-1955) et le Colonel Martyn
(1883). Le Colonel, pour qui la Légion ne recule jamais, sera mis aux arrêts par Vichy
pour avoir refusé de déposer les armes après l'Armistice. Arrestation du colonel
Paul Debuissy, chef d’état-major de l’Armée secrète en Roussillon en 1942 par la
Gestapo.

74
Histoire du camp d'instruction militaire de Barcarès par Ilex Beller dans
NotreVolonté 2001 page 11 : La 11e Compagnie revient des exercices. Il fait un temps
affreux aujourd'hui. Un vent cinglant frappe sans pitié. Les soldats traînent les pieds,
leurs yeux sont rouges et enflés. Ils reviennent d'une marche de 40 kms. Arrivé au
camp, le colonel Debuissy du 21e R.M.V.E vient à leur rencontre. Un gaillard de
presque deux mètres de haut, pesant sans aucun doute plus de 100 kg. De sa voix
tonitruante, il commande « haaalt ! »
Tout le monde s'arrête. Que se passe-t-il ?
Le colonel appelle le lieutenant et lui demande : « montrez-moi le plus mauvais
soldat de la Compagnie ». Le lieutenant ne se laisse pas prier, il s'approche de
Mendélè, le mécanicien de Belleville, « un gars dur » dit-il « un sale caractère ».
Mendélè devient rouge comme une tomate, que peut-il faire ? Le colonel tâte les
biceps des bras puissants de Mendélè : « C'est un brave garçon, il ne se laisse pas
faire. Cela prouve qu'il a quelque chose dans le pantalon. Donne-lui quatre jours de
permission ». Mendélè essuie la sueur qui lui coule sur le front : « Diable ! il m'a
foutu une de ces frousses ... »
C'est le même colonel Debuissy qui, par la suite, aux jours sombres de
l'occupation allemande, visitait les camps d'internement vychissois dans le sud de
la France et faisait l'impossible pour libérer les juifs : « ses soldats ». Un jour, en
1942, le colonel Debuissy se présente au camp de Rivesaltes, près de Perpignan ou
des milliers de Juifs sont internés, en attente d'être transportés d'abord à Drancy,
puis déportés à Auschwitz. Le colonel est arrivé en grand uniforme, avec toutes ses
décorations. Il a convoqué les autorités du camp en poussant les hauts cris : «
Comment, j'apprends que vous détenez ici mes soldats ? » Les gendarmes français
qui ont la garde du camp prennent peur. Ils s'empressent de faire l'appel de tous les
volontaires juifs et de leur famille qui sont internés là. Quand tous se trouvent
rassemblés, il leur ordonne de se mettre en rang, comme au Barcarès. Il prend la
tête de la troupe en criant : « En avant marche ! » ; Et tous ensemble, ils quittent le
camp vers la liberté… Par Ilex Beller, paru dans Notre Volonté de janvier 2001 et
d’avril 1962.

38 Jean Henri Gabriel Édouard DECOTTIGNIES GR 16 P 163874


ŸFDX Né le 10/8/18 à Vichy, Alliers 03. Sous-lieutenant à la 6e Cie (2e bataillon, puis
à la C.A.3—> Oflag VI. Interné §d Libéréx?

39 Salomon DEN-AREND GR 16 P 174466


Né le 01-08-1914 à Rotterdam (Pays-Bax) Recrutemenx SBC (75) Mle 8939. —> DEN
AREND (Salomon) 13-8-14, Rotterdam, (Pays-Bas) serg. 21' R.M.V.E. 204. Liste N 54.

40 Alfred DENU GR 16 P 175559


DENU, Alfred Jules né le 18.03.1915 à Strasbourg. —> DENU (Alfred) ŸFDX 18-3-15,
Strasbourg, serg. 21e R.M.V.E. St. XI A. List 45.

41 Léon DE ROSEN GR 16 P 177169


DE ROSEN, Léon Richard né le 16.11.1912 à Stockholm. —>ROSEN (Léon de) 16-11-
12, Stockholm, sergent. 21’ R. I. Liste N° 17. Appartenait à la 11e Compagnie 3e
section (3e Batail.). (Russix) Recrutemenx i. Léon de ROSEN nous a quittés le 7 août
2004 à l’âge de 91 ans. Élu membre de la section Génie rural de l’Académie

75
d’Agriculture de France en 1971. Son père, le Baron (Léon) de Rosen, était diplomate
à la cour de Russie. Lors de la révolution russe de 1917, il s’est réfugié en France à
Vence. Léon de ROSEN fait de brillantes études au lycée Henri IV, lorsqu’il doit les
abandonner, en 1929, par suite du départ de son père. Il entre alors chez Simca
comme balayeur et 10 ans plus tard, en 1939, il se retrouve Directeur de la publicité,
ce qui montre bien la valeur de l’homme. Il s’engage dans l’armée comme Volontaire
étranger lorsque la guerre éclate. Il appartient à la 11e Compagnie du 3e Bataillon,
Compagnie commandée par le capitaine Ravel. Il s’évade de Metz le 14 janvier 1941
par la filière de sœur Hélène, soit trois jours après Boris Holban (Bruhman). Entré
dans la Résistance, il se réfugie à Londres au printemps 1943, puis à Alger, où il
devient aide de camp de Giraud dont il a établi le contact avec les Américains.
En 1945, il se trouve en Allemagne où il refuse le grade de Général et prend en
charge les réfugiés, avant de rejoindre Rockefeller aux É-U pour créer le réseau des
maisons internationales. Il retourne chez Simca en 1950 où il devient le numéro
deux de l’entreprise qu’il quittera volontairement en 1961, lors du rachat par
Chrysler. Membre du Conseil économique et social de 1958 1963, Directeur général
de Jour de France, il devient PDG de Massey-Fergusson France en 1966, Président
du Syndicat du sucre, puis de l’Association Nationale des Industries agricoles et
alimentaires. Il est aussi Président de l’Union Internationale de Chefs d’Entreprise
chrétiens et siégera à Vatican II. Il dirige la Croix rouge en France, participe à la
création du Haut Comité français pour l’Environnement et prépare le sommet de
Rio. Il est Commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur, Grand Officier de l’Ordre
National du Mérite. Décoration : Commandeur de la Légion d’honneur, Grand
Officier de l’ordre national du Mérite, Croix de guerre 39-45. Commandeur de l’ordre
de Saint-Grégoire-le-Grand et de l’ordre d’Orange-Nassau.

42 Fernand DOUET GR 16 P 190846


ŸFDX Fernand Jules DOUET, né le 01.02.1907 Le Puy-Notre-Dame Maine-et-Loire —
> DOUET (Fernand) ŸFDX 01-02-07, Le Puy-Notre-Dame (M.-et-L.) adj.-ch. 21e R.I.
Liste N° 17. Chargé des transmissions : De Rosen a écrit : « … on voit des gens arborer
des décorations auxquelles ils n’ont pas droit. Je pense entre autres à ce brave D…
qui, pour avoir pétri du pain dans une solide cave à Allain, s’était inscrit en premier
sur la liste des propositions de Croix demandée par le commandant Ravel. Inutile
d’ajouter que ce dernier ne le proposa aucunement, ce qui n’empêche pas notre
boulanger d’arborer une croix, qu’il promenait fièrement, torse bombé, la canne à
la main, avec des allures que sans doute Louis XIV n’eût pas désavouées. Il était
surnommé “Le roi Soleil”… » Et plus loin :
« Douet, le Roi soleil, qui se fait toujours précéder de sa canne. » Et encore :
« Sensationnels débuts de Douet, “Le roi Soleil”, qui déguisé en Clown est grotesque
à souhait. » Mais Modéna rapporte (Verrières) : « L’adjudant-chef Douet m’apporta
son aide pendant une grosse partie du repli. »

43 DUBOIS (René Étienne) GR 16 P 194549


Né le 16.07.1912 Thumeries, Nord. —> ŸFDX adj. 21' R.I. Liste N 17 (s’évadera le 16
octobre 1940 : cf. de Rosen). Décédé le 10 août 1991.

44 == Berek DUDKIEWICZ alias Bernard GR 16 P 197221

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Né le 04-09-1904 à Radomsko (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 3530.
DUDKIEWIEZ Berck né le 04/09/1904 à Radomsko, déporté par le convoi n° 15 le
05/08/1942 à Auschwitz Déporté par le Convoi 15 de Beaune la Rolande, à
Theresienstadt, Litomerice, Bohemia, Tchécoslovaquie le 05/08/1942 groupe
derésistance juive « Solidarité » mené par Félix Guterman §dLibéréx. 1014
déportés, 5 survivants. Est enterré au cimetière de Bagneux.

45 Alexandre ECONOMON (ECONOMOU) GR 16 P 207451


ECONOMOU, Alexandre 05.05.1912... Né le 05-05-1912 à Athènes (Grècx)
Recrutemenx SBC (75).

46 Léon EHRLICH (ou Leizer EHRLICH) .GR 16 P 207948


EHRLICH, Léon né le 01.12.1915 à Enskirchen.

47 Joseph Maurice FARGES GR 16 P 216285


ŸFDX Né le 15/2/1896 Arcachon Capit- à la 10e Cie jusqu’en mai 1940 (maladie). Dcd
25/12/1981; grand martyr de la Gestapo et qui pleure son fils unique mort en
déportation qui s’était laissé arrêter pour faire relâcher son père.

48 Abram FEFERKORN GR 16 P 219774


Né le 11-10-1896 à Biala Rawaska (Polognx) Recrutemenx SBC (75).

49 Mahmod FERIC (Mahumond Ferid) GR 16 P 220784


Né le 15-02-1906 à Izmir (ex Smyrne) (Turquix) recrutemenx SBC (75) Mle 7224.Cf
Adjoubel: et les sergents Fehrid et Pinhas...

50 Abraham FERNAND GR 16 P 220913


Né le 04-12-1914 à Lublin (Polognx) Recrutemenx SBC (75).

51 Aladar FEUERLICHT GR 16 P 222845


FEUERLICHT, Aladar. Né le 14-01-1908 à Budapest (Hongrix) Recrutemenx Périgueux
(24).

52 Geisak FIHMAN
== FIHMAN Paul né le 13-02-1915 à Ravcani (Roumanix) Recrutemenx SBC (75) Mle
5711 : Sans doute est-ce : FIHMAN Paul né en Bessarabie Visible dans le film les
régiments ficelles de Mignerot… » Décédé en 2016 à 101 ans. Rapatrié sanitaire en
1941, il a participé à la résistance. (Bulletin Notre Volonté N 32, page 6.

53 ==Seraphin FILATOFF GR 16 P 223710


Né le 04-12-1909 à Tambou (Russix) Recrutemenx SBC (75, Mle 5676).

54 Ber FINIFTER GR 16 P 224417


FINIFTER, Bernard François. Né le 10-01-1909 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx SBC
75).

55 Henry FINKELSTEIN GR 16 P 224340


Né le 03-11-1910 à Bivolari (Roumanix) Recrutemenx SBC (75)

77
56 Marcel FINKEWICZ ou FINKICWICZ ou Mendel FINKIEWICZ ou FINKEWIECZ
GR 16 P 224444
Né le 15-03-1907 à Radomsko (Polognx) Recrutemenx SBC Mle.165 —> FINKICWICZ
(Mendel) 15-3-07, Ravousko (Pologne) 2' cl. 21' R.I. Liste N17.

57 Ernest FISCHER GR 16 P 224720


FISCHER, Ernest né le 03.08.1911 à Târgu Mureş (Roumanix) Recrutemenx SBC
(75) Mle 5822.

58 FISCHER Yacov (Jacques « Hardy ») †g .


(Roumanix) Recrutemenx i Né en Transylvanie en 1911. Selon le récit de F
Kammermeyer, Yacob Fischer, roumain, aurait aussi été légionnaire au Maroc au 4e
R.E.I. de 1931 à 1935. Se faisait appeler Jacques Fischer et surnommer Hardy.
Ensuite, il se serait fait naturaliser dans les organisations juives. Sur invitation d’un
colonel connu au Maroc, sans doute Debuissy, il se serait engagé au 21e officier de
liaison de Debuissy à la ferme Saint-Denis. Lors de la défaite, il fuit parce que Juif.
Aurait dirigé un maquis du côté d’Agen et aurait été tué à sa tête début 43
(printemps ?).

59 Victor FLEISCHL GR 16 P 225610


Né le 27.00.1908 Kiskunhalas Budapest (Hongrix) Recrutemenx SBC (75) —>
FLEISCHL (Victor) 27-1-08, Kiskunhalas, serg. 21e R.M. Stalag XI A. Liste N 44.

60 Yanchel FRENC ou Jean FRENCK ou Jean FRENCH GR 16 P 234694 et AC 21


P 609061
Né le 12-04-1920 à Balti (Roumanix); Déporté résistant Recrutemenx SBC (75). Engagé en
1939, dans la Légion étrangère (21e R.M.V.E à l’âge de 20 ans, il fait une campagne
exemplaire dans les Ardennes ; affecté à la 11e Compagnie, il connaît le feu entre
Sedan et Montmédy. Son action dans la résistance : Il devient l'Agent de liaison du
Colonel Debuissy, le Colonel, pour qui la Légion ne recule jamais. Jean Frenck sera
mis aux arrêts pour avoir refusé de déposer les armes après l'Armistice. Il est fait
prisonnier et enfermé au camp d’Essey les Nancy, il est emmené à 50 kilomètres de
là pour participer au déminage d'un fort, transportant dans chaque bras et dans un
escalier glissant, des obus non éclatés datant de la guerre de 14-18. Transféré à
Essen, en Allemagne, il s'évade du Stalag avec un camarade Suisse nommé Bosser
et revient en France en traversant la zone rouge. Il travaille dans un chantier rural à
Aussonnes, puis rejoint le réseau du Colonel Debuissy qui le charge, pour le
Renseignement, de travailler au Conti, un café très fréquenté de Toulouse tenu par
Mahler, un admirateur de l'armée allemande. Contacté par Pujol, l'agent du Colonel
Debuissy, il traverse plusieurs fois la Ligne de Démarcation avec des armes et du
matériel destiné à la Résistance. Arrêté par la Milice, il est emmené à la sous-
préfecture de Loches, d'où il s'évade en sautant du 1er étage. Tentant de passer en
Espagne, afin de gagner Londres, il est arrêté par les feldgendarmes dans les
Pyrénées.
Enfermé dans l'hôtel d'Angleterre, il est torturé par la Gestapo. Il est interné par
la suite à la prison de la rue des Fleurs à Toulouse (aujourd'hui, rue des Martyrs). Le

78
7 septembre 1943, il est interné au Camp de Royallieu à Compiègne pendant 4 mois.
Le 19 janvier 1944, il est déporté au camp de Buchenwald, Mle 40451 ; il restera
près de neuf mois au Petit Camp. Le 28 octobre 1944, il est transféré à Dora où il
entrera en enfer ; il est affecté à la Mittelwerk, dans les Tunnels. Le 12 avril 1945,
jour de son anniversaire, lors de l'évacuation du camp avec des centaines de
compagnons de misère, il s'évade en se laissant tomber du wagon plateau sur lequel
on a installé les détenus. Le 1er mai 1945, il est à Paris à l'Hôtel Lutetia où il a la joie
de retrouver son frère Simon. — Décoré de la Médaille militaire, — de la Croix de
guerre 1939-1945 avec palme, — de la Médaille des Évadés — de la Croix du
Combattant volontaire 1939-1945, — il reçoit, le 8 mai 1989, la Légion d'honneur
des mains du Président François Mitterrand. §d Libéréx Auteur de la fiche : Marc
Fineltin.

61 Henri FUCS GR 16 P 236731


Né le 05-04-1916 à Ploesti (Roumanix) Recrutemenx SBC (75) —> FUCS (Henri) 5-4-
16, Plozti (Roumanie) cap. -ch., Inf. 21' R.M.V.E. 161. Liste N 32.

62 Salvador GATTEGNO GR 16 P 245804


Né le 25.03.1907 à Salonique (Grècx).) Recrutemenx SBC (75) —> GATTEGNO
(Salvador) 23-3-07, Salonique, sergent. 21' R. I. Liste N 17. Il est cité par Léon de
Rosen : « Gattegno, le légionnaire, raconta alors comment, rendu à Rabat pour les
obsèques du maréchal Lyautey, il but copieusement après la cérémonie selon
l’usage de tout bon légionnaire. Le soir venu à l’heure où il faut rentrer au quartier,
notre Gattegno, zigzaguant, monte dans une calèche. À un moment donné, il
aperçoit au bout de l’avenue, une patrouille qui avance. Saoul, mais non pas au point
de ne pas réaliser son état, il se dit : “Voyons, il ne faut pas que la patrouille voie
que je suis saoul, il faut que je sois aimable avec elle !” Au moment de l’inévitable
passage, Gattegno se lève dans la calèche, se penche etd’une voix suave : “Bonjour,
la Patrouille !” Il récolta 15 pains ! » Il est cité aussi par Hans Habe : « … Le baron
Ravel était aussi arrivé. Sa Compagnie, la Onzième, défendait le passage sur le canal ;
elle avait subi de lourdes pertes dans la nuit. Le capitaine Ravel avait lui-même été
légèrement blessé, mais il avait refusé de laisser sa Compagnie. Avec l’aide du Juif
Gattegno, un Légionnaire venant de Tarnopol en Ukraine ( ?), il avait rejeté de
nouveau l’avant-garde allemande derrière Le Chesne. »).

63 ==Chaïm David FRUCHTER GR 16 P 236488


Né le 08.10.1903 à Maksimowka (Makasymowka ?). (Polognx) (Ukraine !) (Russie !).
Recrutemenx SBC (75) Mle 7633. David FRUCHTER
64 Henri GENTIL ? GR 16 P 250932
—> Henri GENTIL ŸFDX 2-10-10, Coulommiers, serg.ch., 21' R.l.V.E. List 18.

65 ==Abraham GHERCHANOC GR 16 P 253754


Né le 10.01.1910 à Chisinau MOLDAVIE alias Kichinew (Roumanix) Recrutemenx
SBC (75.

66 Georges GHERTMAN ou Zulik ou Zelic, . GR 16 P 253768


Né le 10.10.1919 à Kichineff (Roumanix) (= Chisinau Moldavie, Russie ou Roumanie
!) Recrutemenx SBC (75) Mle 5709. Décédé 15/02/2000. Journal L'Humanité du

79
Vendredi 29 décembre 2000 ; En Hommage à Thérèse Ghertman : " À Thérèse, pour
les 78 ans qu'elle n'a pu atteindre ; de notre enfance joyeuse au tragique, mais
héroïque passé de résistante, à sa douleur enfouie et digne. À bientôt.
" Ces quelques mots accompagnaient le chèque de 5 000 francs adressé au journal
par Rosette Weiss-Ghertman, la sœur de Thérèse Ghertmam. Après le décès de son
mari, Georges Ghertman, survenu le 15 février dernier, son épouse Thérèse, née
Feld, vient de disparaître à son tour. Résistante de la première heure à Paris, elle
connut la prison comme son mari. Les drames qui frappèrent sa famille, son frère
Maurice, F.T.P. fusillé par les nazis, son nouveau-né mort auprès d'elle en prison, ses
parents victimes du génocide contre les juifs, la marquèrent pour le restant de sa
vie.
L'Attentat du Métro Barbès-Rochechouart
Début août 1941, la lutte armée change de visage. Il est très probable que ce soit
par Danielle Casanova, secrétaire des Jeunes Filles de France et membre du comité
exécutif de l'Internationale communiste de la Jeunesse, que les nouvelles directives
du Komintern parviennent aux JC parisiennes. Il s'agit désormais d'abattre des
officiers allemands. Assumant la direction politique pour les JC de plusieurs
arrondissements de Paris, Odile Arrighi se charge de faire passer la consigne aux
responsables sur le terrain par l'intermédiaire de Georges Ghertmann, alors
secrétaire des JC du Xe. Ce dernier, qui a fait la campagne de mai-juin 1940 au sein
du 21e régiment de marche des volontaires étrangers, formé à Barcarès, a connu le
baptême du feu dans les Ardennes. Il semble à Odile avoir l'ascendance et
l'expérience nécessaires pour préparer les combattants. insi Ghertmann demande-
t-il à Gilbert Brustlein de faire des marches dans la forêt et de s'exercer à poignarder
des officiers allemands avec des bâtons. Ces consignes suscitent une réprobation
quasi-unanime de la part des futurs combattants, qui savent que la direction du PC
a toujours condamné les attentats individuels... Tentatives avortées, hésitations et
reculades se succèdent.
Sous la houlette d'Albert Ouzoulias ("Marc") - à qui, depuis le 2 août, a été confiée
la direction politique des Bataillons de la jeunesse -, et de son adjoint, Pierre
Georges ("Frédo", devenu colonel "Fabien") une vingtaine de jeunes des groupes
armés suivent, vers le 15 août, un stage d'entraînement de trois jours dans la forêt
de Lardy (actuellement dans l'Essonne). "Marc" et "Frédo" cherchent à convaincre
les jeunes de franchir le pas. Gilbert Brustlein ("Benjamin") tente bien d'abattre un
officier, gare de Lyon, mais au dernier nomment, ses camarades (Fernand Zalkinow,
Acher Semahya et Tony Bloncourt) l'en empêchent. « Frédo n'était pas tellement
content de nous ; "Bon sang, je vais vous montrer comment il faut faire » nous dit-il,
raconte Gilbert Brustlein. L'exécution de son ami, Szmul (ou Samuel) Tyszelman,
fusillé avec Henri Gautherot le 19 août après avoir été arrêté à la manifestation du
13 août, donne un motif supplémentaire à "Frédo" de montrer l'exemple. Le 21
août, Frédo a donné rendez-vous à Robert Gueusquin ("Bob") et à Gilbert Brustlein
à huit heures du matin au métro Barbès-Rochechouart, sur le quai en direction de
la porte d'Orléans. Ces deux derniers reviennent, chacun de leur côté, d'une
tentative nocturne de déraillement sur le réseau ferré qui va vers l'Est, à Nogent-le
Perreux. L'alarme ayant été donnée, le groupe de Gilbert, commandé par Bob",
responsable de l'opération, avait cessé de déboulonner les éclisses et s'était replié.
Gilbert Brustlein arrive au rendez-vous avec Fernand Zalkinow ("Benoît") qui

80
porte le sac contenant les outils du déraillement. "Fabien" leur annonce qu'ils vont
faire un coup à cet endroit. Brustlein doit assurer sa protection tandis que
Gueusquin doit rester sur le quai et rendre compte de l'opération. Zalkinow, qui ne
semble pas vouloir partir, s'éloigne à l'autre extrémité du quai. Une vingtaine de
personnes attendent leur train pour se rendre sur leur lieu de travail. Il est 8h 05.
Dans son livre, Gilbert Brustlein rend compte, avec force détails, de cette opération
: « Un allemand en uniforme bleu marine descend l'escalier et pénètre sur le quai,
près de nous.
"Tu vois, c'est lui qui va payer" me chuchote Fabien. Le poinçonneur ferme le
portillon d'entrée car la rame entre en gare. Elle stoppe, et le wagon de première
est devant nous. Les portières s'ouvrent. L'allemand pénètre dans le compartiment
; alors Fabien se précipite derrière lui et tend son 6.35. Deux coups de feu : pan, pan
! Je suis à côté de Fabien ; j'ai sorti mon arme pour le protéger. L'allemand tente de
se retourner vers moi, chancelle et s'effondre. Fabien fait demi-tour et court en
direction de l'escalier de sortie. Je le suis, tenant toujours mon 7.65 pointé en avant
pour parer à toute tentative d'interception contre lui. Mais il n'y a aucune réaction
sur le quai, et il range son arme dans sa poche [...]
Arrivé presque en haut de l'escalier, Fabien crie : "Arrêtez-le". [..] alors voyant mon
arme pointée, un courageux tente d'escalader la rampe pour me ceinturer. [...] Je
l'esquive et je me précipite vers la grande porte battante par où Fabien s'est
échappé. [...] Je le retrouve ; il m'a attendu dans le grand hall situé au niveau du
terre-plein du boulevard Barbès. [...] nous sortons sans hâte [...] nous traversons le
boulevard et nous empruntons la rue Bervic [...] puis nous entamons un pas de
course en direction du square Willette. Personne ne nous poursuit, mais Fabien
augmente l'allure de la course et prend quelques mètres d'avance sur moi [...] Il
s'exclame : "Titi est vengé". »
Le poumon perforé par deux balles de 6.35, celui que "Frédo" prend pour un
officier s'effondre à l'intérieur du wagon. Le sergent Gerecht, présent dans le wagon,
allonge le corps de l'officier sur une banquette du quai et part prévenir la police.
Quelques minutes plus tard, un car de police-secours emporte le corps à
l'Ortslazarett de l'hôpital Lariboisière : Alfons Moser, Feldpost n°01039 M.B,
auxiliaire d'intendance (Hilfs-Assistent) affecté aux magasins généraux
d'habillement de la Marine à Montrouge (Marine-Bekleidungsmagazin) vient de
décéder d'une hémorragie interne.
En dépit de son élégant costume bleu à boutons dorés, du poignard qu'il arbore à
la ceinture, et de sa haute caquette blanche, Alfons Moser n'était pas un officier.
Tout juste venait-il d'être promu aspirant. Informée de l'attentat à 9h1 0, la
Kommandantur dépêche sur place une équipe de quatre policiers du groupe GFP
610. Les premiers éléments de l'enquête apprennent que les deux coups ont été
"vraisemblablement tirés d'une poche de veste, atteignant le dos. La distance du tir
ne peut avoir été que très minime étant donné les traces de poudre à l'entrée de la
plaie".
La description des auteurs de l'attentat par quatre témoins français présents sur
le quai, trop vague pour être utile, apprend néanmoins aux policiers allemands et
français que les auteurs sont relativement jeunes. À midi, le groupe GFP 11, dirigé
par le docteur Momsenn, reprend le dossier. Il procède le soir même, à minuit, à
une reconstitution de l'attentat avec le wagon qui avait été aussitôt scellé et parqué

81
sur une voie de garage (mais seulement après avoir effectué son parcours jusqu'à
la porte d'Orléans !).
Très tôt, la police française penche pour un assassinat politique commis par des
communistes. Elle suggère également à ses homologues allemands, dont certains
parlent d'un crime crapuleux, un probable lien avec les rafles de Juifs qui ont eu lieu
la veille dans le XIe, en représailles à la manifestation du 13 août au cours de laquelle
de nombreux Juifs, parmi lesquels Tyzselman, ont été arrêtés.
Cependant, la thèse de la vulgaire affaire de mœurs est reprise et amplifiée par
le PC lui-même qui cherche à brouiller les pistes. Ainsi peut-on lire dans un tract du
mois de septembre 1941 : " L'officier prussien qui a été abattu à Barbès a subi la loi
de sa Jungle. GANGSTER et NOCEUR - il a manqué de galanterie à l'égard d'une
dame de bonne compagnie. La réponse du chevalier en titre de la dame fut
vengeance et mort. Ouvriers, travailleurs, intellectuels, petits commerçants de
Paris, VOICI LA VÉRITÉ QUE LES PATRIOTES FRANÇAIS VOUS FONT CONNAÎTRE.’’
Mais les policiers allemands, à la suite de leurs collègues français, ne s'y trompent
pas. Des mesures immédiates sont prises par les autorités allemandes et françaises.
L'avis que fait paraître, le lendemain de l'attentat, le commandant du Grand-
Paris Ernst Schaumburg (le MBF Stülpnagel étant absent de France) suivi du décret
du 23 août, amorce le système des otages. L'amiral de la Kriegsmarine exigeant au
moins six exécutions immédiates comme mesure de représailles, le MBF, qui
préfère mettre en avant le gouvernement français, accepte que celui-ci adopte, de
façon rétroactive, un projet de loi instituant une juridiction spéciale contre les
communistes. D'autre part, de vastes perquisitions dans les Xe, XIe et XVIIIe
arrondissements débutent le 23 août au matin : 180 Feldgendarmes, 120 à 150
membres de la GFP et 600 policiers français sont déployés sur le terrain. Une
brigade forte de 130 hommes est créée pour surveiller les lignes importantes de
métro. En vain.
Quant à "Frédo", le lendemain de l'attentat, il a rendez-vous à midi avec Jacques
d'Andurain, au restaurant du 7 rue Le Goff, entre la rue Gay-Lussac et la rue Soufflot.
Sous la table, il lui rend le revolver que celui-ci lui avait prêté. "Il manque deux
balles". Ce revolver Herstal, que Jacques avait subtilisé à sa mère, était le seul à
avoir fonctionné sans s'enrayer lors de l'attentat du 14 août dernier à la
manufacture des isolants d'Ivry-sur-Seine. Le sachant, "Frédo" était venu le trouver
pour le lui emprunter. "De toute ma vie, ce sera mon seul dessous de table"
commente Jacques dans ses souvenirs.
Il faut attendre l'arrestation du groupe de Gilbert Brustlein, à la fin du mois
d'octobre 1941, pour que les polices française et allemande commencent à mettre
un nom sur l'auteur présumé de l'attentat du métro Barbès. En effet, le 17
novembre 1941, lors d'un interrogatoire, Roger Hanlet affirme qu'au cours d'une
discussion avec Acher Semahya et Tony Bloncourt, ceux-ci auraient dit que Brustlein
était l'auteur de l'attentat de Barbès, en réponse à l'exécution de son camarade
Tyszelman. Ce que confirment Christian Rizo et Fernand Zalkinow. Mais Brustlein
s'est volatilisé. Cela n'empêche pas la préfecture de police de pavoiser. Dans son
rapport intitulé Communisme et Terrorisme I (septembre-décembre 1941) elle
s'enorgueillit d'avoir arrêté les "auteurs et complices de plusieurs sabotages et
attentats, parmi lesquels les meurtriers de l'aspirant de marine Moser à Paris et du
82
lieutenant-colonel Hotz à Nantes". Ce que conteste le commissaire Jessen de la GFP
dans son rapport du 22 janvier 1942.
Ce n'est qu'avec l'arrestation de Tony Bloncourt (5 janvier 1942) que le
Sonderkommando fur Kapitalverbrechen und Sabotage, le service chargé des
enquêtes sur les attentats contre les membres des forces d'Occupation, obtient la
certitude de la participation de Brustlein à l'attentat de Barbès, soit comme auteur,
soit comme complice. En effet, les déclarations de Tony concordant en tout point
avec les éléments de l'enquête, ils en concluent que les précisions qu’il donne - en
'occurrence que Brustlein a tiré sur Moser par la porte du métro, n'ont pu lui être
données que par l'auteur du coup ou une personne qui était sur les lieux. Le
véritable nom du tireur ne sera connu qu'avec l'arrestation de Frédo, le 30
novembre 1942, au métro République. Dans son interrogatoire du même jour, il
déclare aux policiers français : « Au lendemain de l'exécution de Gautherau (sic) par
les autorités allemandes, j'ai réalisé de ma propre initiative un attentat contre un
aspirant de marine allemande. C'est moi qui ai tiré. J'étais accompagné par
Brustlein.
Cette affaire a eu lieu au métro Barbès-Rochechouart, le 21 août 1941. » Si la
valeur militaire de l'attentat du métro Barbès-Rochechouart est quasi-inexistante,
en revanche sa portée symbolique et sa valeur d'exemple pour les membres des
Bataillons de la Jeunesse sont très fortes : c'est l'indiscutable signal de la lutte
armée. Le soir-même du 21 août, quelques membres du groupe de Brustlein se
rendent à la station de métro Bastille, dans l'espoir de réitérer l'exploit du matin.
Le Club Sportif Populaire du Xe arrondissement, CPS X, fondé en 1935 et que
Georges Ghertman refondera en 1944 cachait sous cette étiquette anodine une
véritable mine de Résistants. Le 13 août 1941 deux jeunes membres du club,
Samuel Schmultz Tyszelman surnommé Titi et Auguste Gautherot avaient été
fusillés pour avoir participé à une des toutes premières manifestations hostiles à
l'occupant sur le Boulevard-Sain-Denis.

67 Émile Elie GHERTZMAN Alias Michel Gerdan GR 16 P 253770


Né le 10-04-1912 à Kichineff (Roumanix) (= Chisinau Moldavie)
Recrutemenx SBC (75GHERTZMAN, Emile 10.04.1912 Chisinau MOLDAVIE.

68 Richard GIUSTINIANI Richard Jim GIUSTINIANI alias Rémy Richard GR 16


P 259228
Né le 20.10.1913 à Istanbul. (Turquix) Recrutemenx Clignancourt (75). 5e Cie.
Épouse Marie Jeanne Clavet en 1946.

69 Chil GOLDBERG alias AchilleChil GR 16 P 261707


Né le 14-11-1906 à Zlozcew (Polognx) Recrutemenx SBC (75). Zlocsew.

70 Isaac GOLDBERG GR 16 P 261715


GOLDBERG Isaac dit Jean. Né le 23-07-1907 à Paris Seine ou Varsovie (Polognx)
Recrutemenx SBC (75) Mle 2607 —> GOLDBERG (Isaac) 23-7-07, Paris cap. 21e R.I.
Liste N.17

71. Emeric GOLDBERGER GR 16 P 261726


83
Né le 15.10.1911 ou le 15-11-1911 à Sighet (Roumanix) Transylvanie Recrutemenx
SBC (75).
72 Alexandre GOLEMBA GR 16 P 261931
Né le 05.05.1895. Kiev (Russix) Recrutemenx SBC (75) Capitale de l’Ukraine =
période soviétique 1920-1998.

73 Luis ou Louis Fernandez GONZALEZ GR 16 P 263246


Né le 09.10.1918 Venta Del Moro, commune de la povince de Valence (Espagnx)
Recrutemenx Perpignan (66) —> GONZALEZ (Louis) 9-10-18, Barcelone, Espagne, 2e
cl. 21e R.I. Liste N 17 1-07.

74 Theodore GONZALEZ GR 16 P 263262


Né le 09-05-1915 (?) à Léon (Espagnx) Recrutemenx Châteauroux (36) —>
GONZALEZ (Théodore) 9-5-09 (?). Léon (Esp) cap 21e R.I. Liste N 17.

75 Ladislas GOTTSEGEN GR 16 P 264119


Né le 09-02-1910 à Mezőcsát (Hongrix) Recrutemenx SBC (75).

76 Bajniski GOUTMAN (ou Bajnisky GOUTMAN ou Bajnisy GOUTMAN) alias


Gutman) GR 16 P 281517
GUTMAN, Jean Zysman. né le 27-10-1908 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx i —>
GOUTMAN (Bajnisz) né le 27-10-08, Varsovie (Pologne) 2' cl. 21' R. M. V. E. List 15.

77 Israël GUTKIND GR 16 P 281502 ???


Né le 29-06-1905 ou le 16-11-1905 à Nowy Dwor (Polognx) Recrutemenx SBC (75).

78 Hirsz GUTRACH GR 16 P 281528


GUTRACH, Henri Né le 24-01-1907 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx SBC (75) —>
GUTRACH (Hersz) né le 24-1-07, Varsovie (Pologne) 2 cl, 21’ R.I. Liste N 22.

79 Richard HASDAY
HASDAY Haim Richard. Né le 11-01-1912 à Stamboul (Turquix) Recrutemenx SBC
(75).> 1e B.M.V.E. II a fait partie des FFI à Toulouse avec son ami Rafael PENSO.
Richard, 4 médailles, est dcd en 1983. Livre : La saga des Hasday par Marcel Hasday.

80 Szulim HAUSBERG GR 16 P 287125


Serge HAUSBERG né le 23.04.1911 à Swaryszów (Polognx) Recrutemenx SBC. —>
HAUSBERG (Sacha) 23-4-11, Starjkoff (Russie) 2' cl. 21' R.I. Liste N 17. Citation à
l’ordre du Régiment : Hausberg Serge (FFI). Prisonnier libéré affecté en qualité
d’interprète à l’infirmerie du fort de Queuleu (près de Metz) a organisé les évasions
de nombreux soldats français. Par son attitude courageuse a permis de faire libérer
dans les plus brefs délais plusieurs dizaines de sanitaires « A bien mérité de la
France. Cette citation complète l’attribution de la croix de guerre avec étoile de
bronze.

81 Joseph HELD alias Schuck GR 16 P 288680


Joseph MauriceHELD né le 09.04.1909 à Menor ou à Monor (Roumanix?)
84
Recrutemenx Larochelle (17).

82 Hers HERSZTENZANG†d
Né le 02-05-1915 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 540.
HERSZTENZANG Hers né le 02/05/1915 à VARSOVIE déporté par le convoi n° 18 le
8-12/08/1942 de Gurs à Auschwitz. Profession tailleur. Résistance en ARIÈGE
MPFXd. Déportés 1007. Gazés à l’arrivée 705. Survivants 10.

83 Camille HOUBAILLE R 16 P 296345


Né le 12-11-1904 à St. Aubin (Belgiqux) Recrutemenx Charlev--Mézières (08).

84 ==Arthur HUSCHAK GR 16 P 299716


Autrichien EVDG officier ; né 23 février 1903 Kolomea/Galicie, (Polognx)
Recrutemenx SBC (75) mort. Juin 1971, Klagenfurt. Cheminement : En Autriche,
Militaire (officier) Augsburg. En France : 1939 ; en Allemagne en 1940 ; 1941 France
; Allemagne 1944 ; 1945 France ; 1947 Autriche. Il est le fils du colonel Jonas
Huschak. Il étudie à la Grande école militaire secondaire de Marburg (Maribor, en
Basse Styrie), Slovénie et établissement d’enseignement d’état
(Staatserziehungsanstalt) de Traiskirchen Basse-Autriche, à partir de 1922 comme
soldat professionnel ; après avoir terminé le cours de l'école de l'Armée Enns
/Haute Autriche : lieutenant en 1926, lieutenant capitaine en 1930, capitaine en
1936. Finalement, déclassement à Klagenfurt en avril 1938 ; suite à l’Anschluss du
12 mars 1938, et mise en retraite forcée en mai 1938 ; à l'été 1939, en raison de la
menace d'une arrestation, il fuit vers la France via probablement la Hollande. Son
père né le 6 juillet 1868, colonel dans un régiment de montagne (Gebirgschützen
Regiment) converti au catholicisme avait repris la religion de ses ancêtres en
protestation contre l’Anschluss. Il est resté à Klagenfurt et y est mort en 1939. La
femme d’Arthur était catholique et était restée aussi à Klagenfurt. Septembre 1939 :
passage d’Arthur au stade Yves-du-Manoir de Colombes et internement au camp
de Meslay-du-Maine (Mayenne). Volontaire EVDG SBC (75) dans l’armée française.
Examen d’officier au printemps 1940 à Rennes ; affectation comme sous-lieutenant
réserviste de la région Béziers-Perpignan, fin avril. Appartenant au 21e R.M.V.E., il
est blessé le 14 juin 1940 (éclat de Minenwerfen) et fait prisonnier ; il peut se faire
passer pour un soldat français s’appelant Jean Pierre Oudry. Envoyé à
Görlitz/Silésie, affecté à un Kommando de travail à Kohlenrevier
Waldenburg/Silésie. Avec la complicité de médecins français, retour dans le midi de
la France comme invalide de guerre. D’abord séjour à l’hôpital, puis veilleur de nuit
dans un camp militaire à Toulouse. À l’été 1944, arrestation par la Gestapo,
détention en prison à Toulouse et envoi au camp de Buchenwald. HUSCHAK Arthur
né le23/02/1903 déporté par le convoi n° 81 le 30/07/1944 à Buchenwald. En mars
1945, il est Libéré par les troupes américaines. Évacuation par
Lipperode/Westphalie. Retour à Toulouse, affecté vers Paris, capitaine de l’armée
française. Jusqu’en 1947, participe avec Karl Hartl à un travail de premier plan —
concernant le triage et le retour des prisonniers de guerre autrichiens. Et à
l’organisation d’un bataillon de volontaires autrichiens, qui par la suite sera utilisé
dans le service frontalier au Tyrol. En février 1947, il est démobilisé et retourne en
Autriche. Agent contractuel, puis fonctionnaire à la direction financière de
85
Klagenfurt, il est rappelé en août 1956 dans les Forces armées autrichiennes,
lieutenant-colonel ; jusqu’en 1958, commandement pour la Corinthie ; de 1958 à
1966, grade de colonel pour la Basse Autriche. De 1966-1968, détaché
complémentaire au ministère de la Défense nationale. 1967 : avancement au grade
de Brigadier. Janvier 1969 ; pensionné. Plusieurs décorations militaires françaises.
En 1964, Décoration or pour services rendus à la République et aux Forces armées
autrichiennes 3 KI ; 1965, Légion d’honneur pour service au Land de Basse Autriche,
1968, Légion d’honneur pour service à la république autrichienne. 1970, décoration
des Forces armées autrichiennes 1 et 2 KI. Ainsi que barrette décoration des Forces
armées autrichiennes. Décès en 1971. La biographie d'Arthur Huschak se trouve
dans le livre "Politik, Wirtschaft, Öffentliches Leben" publié par Werner Röder,
Herbert A. Strauss Spiegel, Résistance ; ISÖE.QU : Arch. Publ. Z. – IfZ. Le sous-
lieutenant Arthur Huschak appartenait à la 5e Cie du 21e R.M.V.E. Sur
l’organigramme que m’a fourni le fils du capitaine Félicien Duvernay, il le signale
avec une croix ce qui signifie mort ( !) Il est noté aussi mort !) en 1944 sur le
mémorial juif ! On peut supposer que le prête-nom Jean-Pierre Oudry lui est venu
du sous-lieutenant Pierre Odry qui était avec lui à la 5e Compagnie (2e Bataillon) du
21e R.M.V.E. Mémorial de la Déportation : TRANSPORT PARTI DE TOULOUSE LE 31
JUILLET1944 (I.252): 69287 (Bu) HUSCHAK Arthur M 23.02.1903 Kolomea (?)
F ? R. §d Libéréx

85 Louis IMBACH GR 16 P 301238


Louis François IMBACH né le 28.06.1913 Nancy Meurthe-et-Moselle. —> IMBACH
(Louis) ==, ŸFDX, né le 28-6-1913, Nancy (M.-el-M.) lieutenant. 21' R.M.V.E. 160.
Liste N 19 et 28. Il appartenait à la CDT : Compagnie de Commandement dirigée par
Billerot. Habe raconte : « … Le colonel décida qu’il fallait poser des mines entre nous
et l’ennemi. Imbach, le lieutenant alsacien, reçut la mission de rassembler un
groupe d’hommes pour cette dangereuse mission… Imbach portait le casque que
son père avait porté à la Grande Guerre, c’était un casque allemand… » Habe
encore : « … (à Mécrin à dix kilomètres de Commercy, le 16 mai) Imbach, le
lieutenant alsacien était assis dans le bureau du postier et écrivait une lettre quand
je lui rapportai ce que j’avais entendu dans la rue.
— Si c’est le cas, dit-il, je vais juste adresser ma lettre à la Croix-Rouge à Genève.
Et il continua d’écrire. » Une heure plus tard, nous partions vers Commercy
malgré tous les bobards qui circulaient.

86 Maurice JOIGNAUX GR 16 P 310199


Né le 31.10.1913 Chooz Ardennes —> JOIGNAUX (Maurice) ŸFDX 31-10-13, Chooz
(Ardennes) adj., 21' R.I.V.E. List 17.

87 Joseph JOSSUA GR 16 P 31174


Né le 20-04-1914 à Smyrne (En Turc Izmir) (Turquix) Recrutemenx SBC (75) —>
JOSSUA (Joseph) 20-4-14, Izmir, cap. 21' R. I. Liste N 17.

88 ==André JUST GR 16 P 315226


Né le 22-10-1911 à Gyor (Hongrix) Recrutemenx SBC (75) —> JUST (André) 22-10-
11, Gyôr (Hongrie) 2' cl. 21' R. M. Liste N17. 4e sec 10e Cie ?
86
89 ==Mendel JUSTER GR 16 P 315277
Né le 25 ou 29-03-1906 à Jassy (Roumanix) Recrutemenx SBC (75)

90 Chaïm KALMAN (alias Thomas Gleb) .


Né le 05-12-1912 à Zelow (Polognx) Recrutemenx SBC (75). KALMAN Chaïm
déporté par le convoi n° 78 le 11/08/1944 de Lyon à Auschwitz. Démobilisation à
Toulouse le 9 juillet. 1940; arrêté par la Gestapo le 8 juillet 1944, il est transféré à
Lyon (fort Saint-Luc, puis prison Saint-Paul). Parti en convoi le 11 août en direction
de l’Allemagne, il réussit à se glisser hors du train à Sérocourt dans les Vosges au
sud de NANCY. Il se cache près de Sérocourt jusqu’à l’arrivée de la Division Leclerc
et des Américains. §d Libéréx Peintre renommé décédé en 1991Thomas Gleib de
son nom Yeouda Chaïm KALMAN. Il est né le 05-12-1912 à Zelow, petite ville au
sud-ouest de Lodz au centre de la Pologne. Il est le second d’une famille de 5
enfants. Moïse Kalman, son père est tisserand, sa mère est née Laskier. Chaïm entré
à 5 ans à l’école primaire yiddish apprend l’hébreu et se familiarise avec la Bible.
Dès l’âge de dix ans, il exerce divers petits métiers, graveur de tampons, vendeur
d’eau et de petits pains; il dessine en cachette. En 1925. À 15 ans il est tisserand,
mais l’année suivante il devient l’élève de Jozef Miller (1895-1939) et apprend le
dessin réaliste. Sa véritable carrière artistique commence en 1929 lorsqu’il entre à
l'atelier Start à Lodz où il dessine des modèles d'après nature et aborde la peinture
à l'huile (portraits, natures mortes) En 1930, Il quitte la Pologne pour Paris et
prenant son nom d'artiste Thomas Gleb. Il entame des recherches picturales. Tout
en exerçant de petits métiers : retoucheur de portraits photographiques,
décorateur de soldats de plomb, décorateur. Il considère le peintre Arthur Rennert
comme son maître et fréquente l’atelier de GROMAIR.
En 1935, il fait sa 1re exposition, dans son atelier, rue de la Chine dans le 20e
arrondissement avec le photographe Wladyslaw Slawny. Il Rencontre sa future
femme Malka Telebaum, dite Maria née en 1910 à Biala Podlaska, ville de 58 000
habitants située à l’est de la Pologne (ils se marieront à la mairie du 10 en 1939).
Parti à pied voire l’exposition Rembrandt à Amsterdam, il se fixe quelque temps à
Bruxelles où il rencontre le metteur en scène Fernand Piette et exécute des décors
et des costumes. De retour à Paris il continue cette activité et réalise 17 décors
pour le Théâtre Jean Piat (situé au 3, rue Joseph Lafon à Canet en Roussillon)
jusqu’en 1939. Il participe en 1938 au salon d’automne à Paris.
En 1939, c’est la seconde guerre mondiale, durant laquelle toute sa famille, qui
vivait dans le ghetto juif de Lodz, sera décimée. Il restera marqué toute sa vie par
ce drame. Engagé au 21e régiment de marche des volontaires étrangers.
Probablement replié avec le train régimentaire du 21e R.M.V.E., il échappe à la
capture et est démobilisé à Toulouse le 9 juillet 1940.
En 1940, son atelier est saisi et pillé par les allemands : il s’installe 15, rue des Beaux
Arts. Il entre dans le groupe de résistance juive « Solidarité » mené par Félix
Guterman sous le pseudonyme de Raymond Thomas. Il illustre des tracts.
Décédé en 1991. il est né le 05-12-1912 à Zelow, petite ville au sud-ouest de Lodz
au centre de la Pologne. Il est le second d’une famille de 5 enfants. Moïse Kalman,
son père est tisserand, sa mère est née Laskier. Chaïm entré à 5 ans à l’école
87
primaire yiddish apprend l’hébreu et se familiarise avec la Bible. Dès l’âge de dix
ans, il exerce divers petits métiers, graveur de tampons, vendeur d’eau et de petits
pains; il dessine en cachette. En 1925. À 15 ans il est tisserand, mais l’année
suivante il devient l’élève de Jozef Miller (1895-1939) et apprend le dessin réaliste.
Sa véritable carrière artistique commence en 1929 lorsqu’il entre à l'atelier Start à
Lodz où il dessine des modèles d'après nature et aborde la peinture à l'huile
(portraits, natures mortes) En 1930, Il quitte la Pologne pour Paris et prenant son
nom d'artiste Thomas Gleb. Il entame des recherches picturales. Tout en exerçant
de petits métiers : retoucheur de portraits photographiques, décorateur de soldats
de plomb, décorateur. Il considère le peintre Arthur Rennert comme son maître et
fréquente l’atelier de GROMAIR.
En 1935, il fait sa 1re exposition, dans son atelier, rue de la Chine dans le 20e
arrondissement avec le photographe Wladyslaw Slawny. Il rencontre sa future
femme Malka Telebaum, dite Maria née en 1910 à Biala Podlaska, ville de 58 000
habitants située à l’est de la Pologne (ils se mariront à la mairie du 10 en 1939).
Parti à pied voire l’exposition Rembrandt à Amsterdam, il se fixe quelque temps à
Bruxelles où il rencontre le metteur en scène Fernand Piette et exécute des décors
et des costumes. De retour à Paris il continue cette activité et réalise 17 décors
pour e Théâtre Jean Piat (situé au 3, rue Joseph Lafon à Canet en Roussillon)
jusqu’en 1939. Il participe en 1938 au salon d’automne à Paris.
En 1939, c’est la seconde guerre mondiale, durant laquelle toute sa famille, qui
vivait dans le ghetto juif de Lodz, sera décimée. Il restera marqué toute sa vie par
ce drame. Engagé au 21e régiment de marche des volontaires étrangers.
Probablement replié avec le train régimentaire du 21e R.M.V.E., il échappe à la
capture et est démobilisé à Toulouse le 9 juillet 1940.
En 1940, son atelier est saisi et pillé par les allemands : il s’installe 15, rue des
Beaux-Arts. Il entre dans le groupe de résistance juive « Solidarité » mené par Félix
Guterman sous le pseudonyme de Raymond Thomas. Il illustre des tracts. VOIR liste
alphabétique.
De 1940 à 1946 : c’est la période dite « breughélienne » Un solide talent de
dessinateur : Le Village Polonais 1940 et 1946 (comme une série de petits tableaux)
La Grande Bagarre 1940 : c’est la période dite « breughélienne ». En 1941,
naissance en 1941 de Yolanda, sa fille aînée. En 1943, il se réfugie avec sa famille à
Grenoble. Fait deux expositions sous son nom de résistant à la galerie Répellin.
Portraits de Mme K et de Mme R. l se lie d’amitié avec Farcy (le conservateur du
Musée), Séverac et Émile Gilioli (1911-1977) l'un des chefs de file de l'abstraction
dans la sculpture française des années 50 aux côtés de Brancusi et de Arp.
En 1944, influence de Picasso. Arrêté par la Gestapo le 8 juillet, il est transféré à
Lyon (fort St Luc, puis prison St Paul). L'atelier de Grenoble est pillé et saisi
"L’enfant précoce "; parti en convoi le 11 août en direction de l’Allemagne, il réussit
à se glisser hors du train à Sérocourt dans les Vosges au sud de NANCY. Il se cache
près de Sérocourt jusqu’à l’arrivée de la Division Leclerc et des Américains qui ont
décidé de reprendre Épinal. L'atelier de Grenoble est pillé et saisi "L’enfant précoce
En 1945, Naissance de Jean le 20 juillet, la famille s’est « réinstallée » à Paris. Il
expose à Lyon à la Galerie Folklore. De retour en France et après la guerre, les
contacts noués parmi le cercle de résistants vont lui apporter des commandes. En
88
1947, Premier prix pour une peinture murale au club de la jeunesse polonaise à
Paris.
En 1948-1950, il a une période de posture d’artiste engagé.
En 1948, rencontre et amitié avec Fernand Léger.
En 1949, nombreuses expositions à Paris. Amitié avec le poète François Dodat et
Jeanssou. Il Expose à Tunis. Il dessine des affiches de propagande et peint une séri
de scènes de la vie quotidienne des travailleurs « La Douche des mineurs »
explications de MM. Dans le contexte de la reconstruction de l’Europe, les mineurs
jouent un rôle décisif. La plupart d’entre eux sont membres du Parti Communiste
qui les élève au rang de « héros de la classe ouvrière ». Ce thème devient
incontournable pour les peintres : Edouard Pignon en 1948-52, Fougeron pour qui
le Parti Communiste organise une exposition en 195151 « au pays des mines »
Thomas Gleb lui aussi consacre entre 1948 et 49 une série à ce sujet dont on ne
connait plus que 3 œuvres actuellement (mais si le projet de catalogue raisonné
voit le jour il est possible qu’on en retrouve) La Descente à la mine, 1949,
représentant un groupe de mineurs munis de casques et de lampes et s’apprêtant
à descendre à la mine. Une Sortie du travail non datée et La Douche des mineurs
1949. (Série de détails, visages, pieds, main). MM voit là une influence de Picasso à
cause des fronts dégagés, des cheveux coupés courts, des longs sourcils arqués, de
la finesse du menton et du bas du visage qui donnent à ces mineurs un caractère
idéalisé et juvénile, hommage au travail des mineurs en représentant le moment le
plus agréable de leur journée. Très engagé pendant cette période, Thomas Gleib
perdra sa foi dans les idéaux artistiques communistes : Il écrira en 1959 : « Je
combattais naguère pour un Art pour le peuple. Y a-t-il un tel Art ? Non ! Il n’y a
qu’un ART tout court. Quand c’est de l’Art, c’est pour le peuple. Faire une Art pour
le peuple équivaut à un langage Ze, ZE, ZE en s’adressant à un enfant. C’est mal le
comprendre, c’est le regarder de haut, le mépriser, le dédaigner »
En 1950-57, c’est la période polonaise
En 1950, 1950, il s'installe avec sa famille à Varsovie. 1
En 1951 - Décès tragique de sa fille, Yolanda, des suites d'une opération
chirurgicale, appendicite mal soignée.
Il développe un style réaliste, inspiré de son enfance (sujets ruraux et paysans)
Cycle du Coq (jusqu'en 1955) Cycle du Cirque (jusqu'en 1957) Grâce à son statut
d'artiste officiel il voyage, en Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, RDA,
t en Islande en 1956 au titre des relations polono-islandaises. Reçoit un prix pour
de la céramique et réalise une trentaine de pièce. Se dit tenté par l'abstraction.
En 1957, retour précipité en France pour fuir le régime communiste polonais
devenu trop oppressant. Installe sa famille à Millemont près de Paris. Rencontre
Chagall. Participe à l'exposition des peintres juifs de France à Paris. Commence une
érie de tableaux sur les Douze Tribus d'Israël. Amitié avec Waldemar Georges (Jerzy
Waldemar Jarocinski) et Kahnweiler. Participe à la Biennale de Paris.
1960-1963 Travaille au Centre Culturel de l'Abbaye de Royaumont. Réalise trois
tapisseries issues de la série des douze tribus d'Israël : Joseph, Joséphite, Benjamin.
En1961 - Le Musée des Beaux-Arts de Nantes lui achète deux œuvres. En1963 -
Exposition à Tel Aviv, au cours de cette période il enrichit sa culture hébraïque.
xpositions aux Pays-Bas, Suède (Musée de Göteborg) au Musée d'Art Moderne
89
de la Ville de Paris, États-Unis, Yougoslavie, Australie,
Montréal. Fait Chevalier des Arts et Lettres en 1966.
1964-1970 Collaboration avec l'atelier de Saint-Cyr : Pierre Daquin interprète ses
papiers déchirés, ils créent ensemble la série de tapisseries Blanc sur Blanc. En
1969, à la demande du P. Philippe Maillard o.p. réaménagement de l'Oratoire de
l'Hôtellerie de la Sainte-Baume.
En1970, commande de « La Joie » tapisserie (70 m2) par l'architecte Jean Willerval
pour le siège social de la société Pernod Ricard à Créteil.
En 1971 - Projet de Couvent à Saint Mathieu de Tréviers près de Montpellier avec
l'architecte Geneviève Colboc. Fin des travaux 1976. Collaboration avec l'atelier
Legoueix à Aubusson.
En 1972-1977 : Circuits d'expositions organisées par le Ministère des Affaires
Étrangères en Afrique 1972 : Dahomey, Togo, Nigeria, Ghana, Zambie et
Madagascar (succès particulier), 1973 Grèce, Éthiopie, Turquie, Islande, 1974
jibouti, 1977 Pakistan, Arabie saoudite, Syrie, Koweït, Jordanie, Émirats arabes unis.
En 1978 - La Communauté Urbaine de Bordeaux lui commande la tapisserie
monumentale Bord' Eaux.
En 1979 - Chapelle du Carmel de Niort et lieu cultuel rue Amyot à Paris, tapisserie
pour l'UER de pharmacie, et décoration de la cité scolaire Jolimont de Toulouse.
En 1980 - Grand Prix Nationale de Tapisserie.
En 1982, Il s'adresse au président de la République pour une demande de
naturalisation, qui n'aboutira manifestement pas. Il garde le statut d'apatride et de
réfugié politique.
En 1990 : il fait don à la ville d'Angers d'une partie de son œuvre, Françoise de Loisy,
conservateur du Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, installe une
rétrospective complète de ses œuvres dans cinq salles d'exposition permanentes.
Libéréx.
Il décède le 7 août 1991 à Angers à 78 ans.

91 Émile KALT GR 16 P 316218


Lvov. Né le 28-04-1906 à Lvov. (Polognx) Recrutemenx Nice (06).

92 François KAMMERMEYER alias SANTA


KAMMERMEYER (François) 21-2-07, Budapest (Hongrie)

93 == Szlama KIELBIK. GR 16 P 319909


Né le 06-09-1916 à Klinovtow ou Klinoutow (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle
3743.

94 Ajzyk KIRZBAUM GR 16 P 320388


KIRSZBAUM, Ajzyk Lajb né le 28-12-1918 à Lodz (Polognx) Recrutemenx SBC (75)
Mle 8056 —> KIRSZBAUM (Henri) 28-12-18, Lodz (Pologne) 2' cl. 21' R. I. V. E. Liste
N 17.

95 Emeric KLAUSNER GR 16 P 320527

Né le 02-05-1906 à Miskolez (Roumanix) Recrutemenx SBC (75).

90
Boris Holban : « KLAUSNER Imre, ce technicien dentaire hongrois (sic) engagé au
21e R.M.V.E. Emeric KLAUZNER appartiendra à la résistance FTP MOI à Paris. ».

96 Henryk KLAUSNER (Henri alias Martin) GR 16 P 320524


Né le 01.11.1910 Francfort-sur-le-Main (Allemagnx) Recrutemenx SBC (75).

97 Jules KLEIN GR 16 P 320761 KLEIN


Jules Victor. Né le 14-10-1917 à Esch-sur-Alzette (Luxembourx) Recrutemenx
Thionville (57).

98 Ladislas KOHN GR 16 P 321768


Né le 08-11-1917 à Budapest (Hongrix) Recrutemenx SBC (75). Naturalisé avril 1947.
FFI.

99 Theodore KOPILOFF 16 P 322260


Renseignements reçus par Internet provenant de M. Boris Lavieville :ILOFF❤ 16 P
« ... Mon grand-père est décédé en 1973 à Arras, Pas de Calais. Il y a vécu à partir
des armées 30 avec ma grand-mère polonaise. Je suis le fils d’une de leurs filles, et
ayant passé beaucoup de temps avec eux, jusqu’à mes 15 ans, j’ai créé avec eux un
sentiment de proximité et d’amour pour eux. J’ai décidé de comprendre il y a peu
de temps leurs conditions d’arrivée en France, leurs histoires personnelles;
malheureusement, ma maman ainsi que mes oncles qui auraient pu avoir une
partie d’informations ne sont plus de ce monde. Je suis parti d’une photographie
trouvée dans une revue russe des années 30 où j’ai découvert mon grand-père en
uniforme français sur lequel on a ajouté un écusson aux couleurs russes... Photo de
fin décembre 1917. Mes informations sont aujourd’hui partielles; je vous tiendrai
au courant de mes recherches. Détail : Mon grand-père est né le 26/02/1897 à
Preobrachenskaya, quartier sans doute du nord-est de Moscou Il a dû arriver le 30
avril 1916 en France avec le corps expéditionnaire russe, la 1re Brigade débarquant
à Marseille. CERF, Corps expéditionnaire russe en France, arrivé en 1916, il rejoint
la Légion Russe rattachée à la 1re DM le 23/12/1917.La photo de 1917, déjà citée,
le montre avec son unité, le 1er bataillon, porteur de la célèbre Chapka et avec des
officiers de l’Armée française. Il a donc, du 23 décembre 1917 jusqu’à l’armistice,
participé avec la Légion Russe pour l’Honneur mise sur pied en 1917 et comptant
entre 600 et 650 hommes. Commandée par le Colonel Gothoua, puis par le
Capitaine Loupanoff, la Légion russe est affectée au 8e Régiment de Zouaves de la
1re Division Marocaine du Général Gaugan qui continua le combat notamment au
cours de le seconde bataille de la Marne. Cette Unité se c ouvrira de gloire le 26
avril à Villers Bretonneu, le 30 mai à Soissons, et les 2, 3 et septembre à Soin.

. Kopinoff est le soldat debout à droite du pope.


91
À la sortie de la Grande Guerre, il semble qu’il se soit engagé dans la Légion
Étrangère et aurait été envoyé au Moyen-Orient, au Liban, entre autres, afin de
participer à l’établissement du mandat français en 1920-1922. Il serait parti ensuite
au Maroc y participer à la Guerre du Rif. Le 20 septembre 1939, il signe son
engagement au 1er RMVE à Arras; 4e Compagnie, 1er bataillon, grade de caporal il
est blessé au combat du 17 juin 1940, évacué sur l’hôpital de Troyes il est fait
prisonnier et interné au Stalag 13 C du 2 août 1940 au 4 juillet 1941. Libéré, il rejoint
sa famille et reprend ses activités professionnelles tout en commençant des actes
de résistance « individuels ». Il est arrêté le 12 novembre 1941 pour activités
antiallemandes, emprisonné à Arras, puis à la prison de Loos les Lille. Il est libéré le
12 janvier 1943. Il rejoint officiellement les FTPF le 27 mars 1943. Il est en charge
de la remise en état des armes et à l’arrivée des troupes américaines du
« nettoyage d’Arras » (1er sept-1944).

100 Pinkus KORNFELD GR 16 P 322382

.
Paul Kornfeld N V juin 1966 p6
Né le 14-05-1903 à Wodzislaw (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 15549.

101 Jean KOVAL GR 16 P 323109


Né le 05-03-1919 à Odessa (Russix) Recrutemenx Toulouse (31).

102==Samuel KOVARSKI GR 16 P 323126


Sam Pierre KOVARSKI, né le 26-10-1907 à Daugavpils (LettoniX) Recrutemenx
Bordeaux (33) —> KOVARSKI (Samuel) 26-10-07, Perpignan, 2' cl. 21' R I Liste N 17.
Il est cité dans le livre de Léon de Rosen avec prénom Édouard… : « Planton, un vrai
Russe, solidement planté, calme et poli… » Et en date du 4 janvier 1941, « Kovarski
en est à son 100e essai d’évasion, mais on le laisse toujours tomber ! Chaque jour il
“reçoit” — longs conciliabules avec un camarade qui veut fuir. Chose curieuse, c’est
chaque fois le camarade qui partet Kovarski qui reste. » Naturalisé 1947.

103 Pierre KRASS GR 16 P 323363


Né le 24-11-1911 à Helligenovald (Allemagnx) Recrutemenx Albi (81) —> KRASS
(Pierre) 24-11-14, Cordes (Tarn) 2e cl. 21e R.I. Liste N 17. (masques?)

104 Peter KUNZ GR 16 P 324362.


Né le 16-06-1914 à Duisburg (Allemagnx) Recrutemenx Périgueux (24

105 Joseph KUTIN (KUTYN) GR 16 P 324517


Né le 17-10-1911 à Rowno (Polognx) Recrutemenx Rouen (76), mort en mars 1995
en France ; militant communiste ; Brigadiste ; résistant FTP-MOI dans le Rhône ;
retourné à Pologne où il fut vice-ministre, revenu en France. Joseph Kutyn avait
92
quitté sa Pologne natale en raison de l’antisémitisme qui y régnait et de la
répression anticommuniste. Il appartenait en effet au PC polonais. En France, il
milita à la MOI et fut volontaire pour venir en aide à l’Espagne républicaine. Il
termina comme commandant de bataillon. À son retour en France, il fut interné au
camp du Vernet (Ariège) dont il s’évada et à la déclaration de guerre s’engagea
dans l’armée française (21e R.M.V.E.). Il reçut la Croix de guerre.
Il participa à la reconstitution clandestine du Parti communiste et à la mise sur
pied de l’OS. Il fut envoyé à Lyon pour y constituer en 1942 les FTP-MOI et assura
la direction du bataillon Carmagnole sous le pseudonyme d’Antoine. Il fut arrêté au
cours d’une mission en mars 1943 à Saint-Étienne (Loire), puis déporté à Auschwitz.
Il revint en France en 1945.
En 1947 ou 1948, Joseph Kutyn, après s’être remis à peu près de son séjour à
Auschwitz, et après la prise de pouvoir à Varsovie par le POUP, retourna à Varsovie
pour participer à la construction du socialisme dans son pays. Comme il parlait
plusieurs langues, avait une connaissance de l’étranger, et des compétences en
particulier sur les questions de chimie, y compris celles du charbon et du souffre et
leurs dérivés – produits que la Pologne exportait – il entra au Ministère du
Commerce Extérieur, et en devint assez rapidement directeur de la branche chimie
puis Vice-Ministre en charge de cette activité.
Joseph Kutyn a négocié nombre d’opérations avec l’ouest, particulièrement avec
la Belgique, entre autres l’engineering chimique Coppée-Rust du Baron Coppée,
devenu plus tard Lafarge-Coppée.
Vers la fin des années 1960 une nouvelle vague d’antisémitisme toucha la
Pologne, Joseph Kutyn fut déchargé de ses fonctions de Vice-ministre et assigné à
résidence, sans qu’aucun reproche précis ne lui ait été formulé. Lorsque le PCF en
fut informé il demanda aux Autorités polonaises de permettre à Joseph Kutyn de
revenir en France, dont il avait la nationalité depuis 1945, ce qu’il obtint. Kutyn fut
alors recruté par ses relations de la MOI – notamment Jacques Alembik, ancien MOI
(mais peut-être était-ce un pseudo) – pour travailler au service de Pierre Detoeuf,
ex-sous-préfet de la Libération et animateur de sociétés développant la
coopération industrielle entre la France les pays socialistes, notamment l’URSS et
la RDA.
De 1973 à 1982 ou 83, Joseph Kutyn a conseillé les entreprises que représentait
Pierre Detoeuf, notamment pour des projets en Hongrie (Usines d’engrais), pour
des ventes à l’URSS d’acide phosphorique et super-phosphorique.
Marié, père d’une fille, il habitait dans le XIVe arrondissement.
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?.notice KUTYN Josrj.

106 Jean LANGLOIS GR 16 P 336430


Jean Jacques LANGLOIS, né le 19.10.1913 Paris 20, Seine. —> LANGLOIS (Jean) ŸFDX
19-10-13, Paris Adjdt 21e R.I. Liste N 17. FFL BRUTUS,

107 Raymond LAUBER FFI. GR 16 P 341388


Raymond Laurent Louis LAUBER. —> Raymond LAUBER, ŸFDX 24-9-13, Val-et-
Châtillon M-M. Serg. 21e R.I. List17.

93
108 ==Isy LAZARE GR 16 P 345087
Né le 15 ou 16-11-1907 New York États-Unix). Recrutemenx SBC (75) Mle 5666 —
> LAZARE (Isy) 16-6-09, New-York, 2' cl. 21' R. I. Liste N 17.

109 ==Paul LEESCU FFI. GR 16 P 352560


Né le 01.10.1909 Kilia ROUMANIE. Né le 13-10-1909 à Kilia (Roumanix)
Recrutemenx SBC (75) Mle 2869.

110 Louis LE MADIC GR 16 P 359435


Louis Marie LE MADIC né le 11.02.1920 à Gourin Morbihan. (Belgiqux)
Recrutemenx Lorient (56) —> MADIC (Louis) List N 43 ?

111 Baruch LERNER (Boria Lerner) †g FFI GR 16 P 365217


Boruch LERNER né le 15-12-1914 à Lipcani, Bessarabie (Roumanix) Recrutemenx
SBC (75). MPfxg. Il suivit ses parents dans leur dure pérégrination dans la
tourmente de la 1ère Guerre Mondiale… Ils retournèrent en Bessarabie mais au
cours d'un cruel exode, Boria avait vu sa petite sœur tuée par une balle dans les
bras même de leur mère. Il devint vite un militant actif du mouvement
révolutionnaire et, arrêté à plusieurs reprises, il connut la prison pendant de
nombreuses années. Il parvint à gagner Paris, en 1938, dans l'intention de joindre
les Brigades Internationales mais la guerre d’Espagne touchait à sa fin et il resta en
France. En septembre 1939 il s'engage dans l'Armée Française pour combattre
l'hitlérisme, on l'envoie comme beaucoup d'autres à Barcarès dans un R.M.V.E., sa
santé minée par tant de dures années ne résiste pas aux épreuves; il tombe
gravement malade,

112 Benjamin LEWINSKY FFL GR 16 P 370810


Né le 15-5-1916, à Varsovie Pologne (SBC 75) Mle 11509. ---> 1er B.M.V.E.)
L’épopée de Benjamin Lewinsky « De la guerre d’Espagne à la guerre mondiale,
récit remarquable, bon compagnon de Szlama SER (Charles SER. (1er BMVE).Par un
beau soir de mars 1984, peu avant ma retraite, je rentrais chez moi avec un
exemplaire de La Vanguardia sous le bras, qu’un client catalan avait laissé dans sa
chambre, en quittant l’hôtel de Nice où je travaillais.
J’étais à cent lieues de me douter que la lecture de ce journal de Barcelone, allait
me bouleverser à un tel point qu’elle provoquerait en moi une émotion si forte
que, cette nuit- là, toute une période dramatique de ma vie allait resurgir dans ma
tête, me ramenant brusquement cinquante ans en arrière, aux événements
tragiques qui avaient entraîné la brutale disparition de la jeune République
espagnole, écrasée par le fascisme international, sous les regards, presque
indifférents, des pays démocratiques, s’abritant derrière une cynique non-
intervention, la conscience tranquille.
Ayant rarement l’occasion de lire la presse espagnole, je lus La Vanguardia de «
cabo a rabo » et tombais soudain en arrêt, sous l’emprise d’une indicible émotion,
en parcourant un article de la rubrique littéraire, où un philosophe américain
expliquait les motivations d’un certain George Orwell, écrivain anglais, auteur du
best-seller «1984», qui l’avaient incité — à la fin de 1936 — à s’engager dans les
94
Milices du POUM, parti politique de gauche, marxiste et léniniste, de tendance
trotskyste, pour aider les républicains espagnols — désarmés — à se défendre
contre le fascisme.
Comment un Français, juif polonais d’origine, dont la langue maternelle devait
être le yiddish, était-il si familiarisé avec l’idiome de Cervantes et ému à un tel
point, par un article à première vue anodin ? L’explication en est fort simple car, à
la fin de 1936 et à peine âgé de 20 ans, j’étais le capitaine commandant l’unité
internationale du POUM, unité fort disparate, composée d’une centaine de jeunes
catalans, encadrés par des volontaires étrangers, dont beaucoup étaient des
vétérans de la guerre 14/18 et parmi lesquels il y avait une forte section de
britanniques dont quelques personnalités remarquables de l’Independent Labour
Party.
J’eus beau tourner et retourner ce nom dans ma tête, George Orwell me restait
complètement inconnu. M’imaginant alors qu’il pouvait s’agir d’un « pen’s name
», je pris le problème à rebours et m’arrêtai finalement sur un syndicaliste fort
connu et respecté — Bob Edwards — et sur un grand échalas d’intellectuel — Eric
Blair — les seuls, à mon avis; ayant les qualités potentielles d’un possible écrivain
parmi mes compagnons anglais, les miliciens qui combattaient avec moi en 1937 et
dont je me souvenais parfaitement des noms. Après ma mise à la retraite, je me
rendis un jour à la bibliothèque municipale de Nice et consultai les titres
disponibles de ce mystérieux George Orwell. Une traduction de son Homage to
Catalonia m’attira immédiatement, je la demandai aussitôt et dès l’avant-propos je
vis que je ne m’étais pas trompé. Orwell, mon mystérieux Orwell n’était autre que
mon vieil ami Eric Blair, le seul Anglais à parler un excellent français et qui m’avait
été d’un grand secours lorsque j’avais des problèmes linguistiques avec mes
camarades britanniques.
Dans les Milices espagnoles, au début de la guerre civile, une grande camaraderie
régnait entre officiers et simples miliciens. Les miliciens avaient le droit de donner
leur opinion et les officiers en tenaient souvent compte. Donc, le livre en main et
sachant qui l’avait écrit, je le dévorai d’une traite, étreint par une émotion
incommensurable car, dès le second chapitre, il me fit une large place dans son
récit. Il me fit revivre nos souffrances de l’époque, nos constantes privations, la
crasse due au manque d’eau et nos combats, nos coups de main plutôt, car nous
manquions d’armes offensives, pas d’artillerie, très peu de mitrailleuses, le POUM
se heurtant constamment au blocage que le PSUC (parti communiste stalinien)
provoquait contre nous dans les hautes sphères « del Ejercito del Este » (Armée de
l’Est).
Ses grands dons d’écrivain me mirent les larmes aux yeux lorsqu’il relata le long
calvaire de George Kopp, mon chef direct, ce colosse au grand cœur, mon grand
ami qui m’avait mis à la tête de la Compagnie de miliciens que je commandais. Je
dévorais les pages et, au fur et à mesure de leur lecture, je réussis à percer le
mystère des événements des journées de mai 1937 à Barcelone et les raisons de la
dissolution de la 29e Division Lénine du POUM, durant l’été de cette même année,
dissolution à laquelle j’avais assisté, contraint et forcé, dans une caserne de
Barbastro — entre Lérida et Huesca — m’obligeant à suivre les conseils de mes
compagnons d’armes de l’Armée régulière : changer de nom et me rendre —
95
contrairement à mes désirs — à Albacete pour me mettre à la disposition des
Brigades internationales, pour pouvoir continuer la lutte.
Que s’était-il passé en Espagne ? Orwell et Kopp, pourchassés sauvagement par
les staliniens du PSUC, ne purent participer qu’à la première année de la guerre
civile. L’Anglais, la mort aux trousses, obligé de fuir l’Espagne qu’il était venu
défendre contre le fascisme et qu’un ennemi imprévisible — le national-
communisme stalinien qui s’était implanté en Catalogne— menaçait à son tour.
Quant au commandant Kopp, arbitrairement emprisonné, il attendait stoïquement
les douze coups d’un peloton d’exécution de la Tcheka catalane. Je vais essayer de
compléter le récit d’Orwell, ayant eu la chance de sortir vivant du front d’Aragon
en. 1936/1937, des menaces sournoises du parti stalinien durant l’hiver 1937/1938
et des combats durant l’offensive de Gandesa, à la tête d’une Compagnie de
l’Armée régulière, commandant une unité entièrement composée d’Espagnols, de
la 44e Division Pastor, Bataillon « Mencia ».
Pour moi, tout avait commencé après les flons-flons des bals du 14 juillet 1936.
Les lampions à peine éteints, un coup de tonnerre venu d’Espagne m’annonça,
dans les journaux du 19 juillet 1936 que la veille, un Caudillo nommé Francisco
Franco Bahamonde avait provoqué un soulèvement pour écraser la République
espagnole, démocratique et souveraine — autant que légale — car elle était issue
des urnes, contrairement aux usages des nazis et autres fascistes, dont le système
de gouvernement était basé sur la brutalité la plus odieuse.
L’indignation du peuple français, révolté par l’action d’une caste militaire, était à
son comble. Les combats de rues à Barcelone et à Madrid — où le peuple ne
disposait que de ses mains nues pour faire face aux mitrailleuses — faisaient la une
de la presse parisienne et finalement après des journées de combats sanglants et
indécis, la résistance des démocrates espagnols permit de sauver la moitié du pays,
dont les villes les plus importantes. Le Parti communiste français canalisa les efforts
des ouvriers et des intellectuels de gauche, pour former des Brigades
internationales et les diriger sur le front de Madrid où les combats faisaient rage.
Franco reçut immédiatement l’aide logistique des Allemands et des Italiens. Quant
aux républicains, seuls l’Union soviétique et le Mexique leur envoyèrent une aide,
mais pour considérable qu’elle fût, elle ne suffisait pas et les pays démocratiques
européens avaient inventé la non-intervention.
L’armée espagnole étant passée au fascisme, la République dut créer des milices
de bric et de broc. Je me tenais au courant de ce qui se passait dans la péninsule
voisine et j’entrevoyais sérieusement la possibilité — moi aussi — de rejoindre
l’Espagne démocratique […]
Désirant me joindre aux républicains espagnols qui faisaient face au fascisme
hitlérien, lequel voulait s’implanter en Espagne et convaincu qu’en aidant les
démocrates espagnols j’aidais mes malheureux coreligionnaires juifs d’Allemagne,
spoliés, roués de coups et même assassinés par les nazis, je décidai de me rendre
en Espagne par mes propres moyens.
Un matin de fin juillet 1936, ayant lu dans la presse parisienne qu’un cargo
espagnol — le Cabo San Antonio — effectuait à Marseille un chargement de
matériel et de denrées alimentaires devant appareiller sous peu pour Barcelone, je
pris le premier train du soir pour le grand port phocéen.
96
La surveillance très étroite exercée par la police portuaire de La Joliette
m’empêcha de me mettre en rapport avec les marins espagnols et, n’ayant pas
beaucoup d’argent, je me rendis — à pied et en autostop — en direction de la
frontière espagnole. Je mis deux ou trois jours pour atteindre Puerto de la Selva —
sur la Costa Brava — que j’atteignis après avoir franchi, de nuit, les Pyrénées entre
Cerbère et Port-Bou, avec tous les risques que cela comportait, en contournant les
nombreux ravins et en escaladant les rochers des montagnes, trop abruptes pour
l’alpiniste néophyte que j’étais.
Arrivé à Puerto de la Selva, je fus pris en charge par des gars du POUM et conduit
à Figueras, où d’autres volontaires étrangers se trouvaient déjà. Ayant appris que
le POUM était un parti marxiste non stalinien, je sympathisai immédiatement avec
mes camarades du partido obrero de unificación marxista et bientôt nous
rejoignîmes Barcelone et fûmes hébergés à l’hôtel Falcon, sur la Rambla, en face
de Novedades. Après être passé par la même filière que celle décrite par George
Orwell dans son livre Homage to Catalonia, j’arrivai sur le front de Huesca en pleine
ebullition. La forteresse médiévale de Monte-Aragon venait d’être prise d’assaut,
ainsi que le col de Estrecho Quinto, libérant ainsi la route directe de Sietamo à
Huesca. Tout le monde crut que Huesca allait tomber d’un jour à l’autre, mais
Huesca ne fut jamais prise et Franco lui conféra le titre de Huesca La Invicta —
Huesca l’invincible —.
L’unité à laquelle j’appartenais contrôlait la zone entre Tierz et Quicena. Je ne
sais si ces villages existent toujours, mais la petite bosse que je conserve sur
l’arcade sourcilière gauche se souvient très bien de la Fábrica de Guano de Quicen
où, à l’aube d’un matin d’octobre 1936, étant de faction, une balle franquiste
frappa ladite arcade, qui se fendit tout net et, tel un boxeur sur le ring, la face
ensanglantée, je poussai un cri, plutôt de surprise que de douleur, avant d’être
emporté vers le botiquín le plus proche, où un practicante, tout étonné de me voir
encore tenir debout, s’exclama « Vaya suerte muchacho ! ».
Pendant que je me remettais de mes émotions, se présenta un jour un énorme
bébé de près de cent kilos et mesurant un mètre quatre-vingt-cinq, à la figure
souriante et aux joues roses, me dépassant de la tête et des épaules.
Je partageais ma « casita » avec un vieil anarchiste italien qui s’était réfugié en
France, grande gueule, fort sympathique malgré ses soixante « piges » et dont ie
hobby était la cuisine, italienne naturellement, et tous deux nous étions en train de
savourer « ses » gnocchiqu’il venait de préparer, lorsqu’on frappa à la porte. À
mon adelante ! nous vîmes apparaître ce gros bébé qui se présenta, d’une voix
tonitruante et en français : commandant Georges Kopp, belge, de l’état-major de
Rovira qui était le nom du général qui commandait notre 29e Division.
Mon ami Mario Traverso, l’anarchiste, s’empressa de l’inviter à notre banquet et
tout en s’asseyant, le « Comandante » Kopp me regardait attentivement puis,
pointant son index vers moi me dit : Benjamin El Whisky, c’est bien toi ? En guise
de réponse, je lui souris en acquiesçant d’un hochement de tête, connaissant
l’innocente manie de mes camarades catalans qui m’avaient donné ce sobriquet.
Tout en savourant notre repas, Georges Kopp se mit à me parler, sautant d’une
langue à l’autre, en espagnol, en allemand et en anglais. J’étais un peu vert dans
cette dernière langue, mais mon ami Mario nous interrompit en italien en lui disant
97
de parler français, pour que tout le monde comprenne et Kopp nous expliqua
aussitôt l’objet de sa visite.
S’adressant directement à moi, il m’informa que le POUM occupait sur la route
de Saragosse, dans la Sierra de Alcubierre, un secteur dont il devait relever l’unité
qui s’y trouvait pour l’envoyer à l’arrière, pour un repos bien mérité. Pour cette
relève, il disposait d’une centaine de jeunes Catalans de la région de Lérida et pour
les encadrer il comptait sur trente ou quarante étrangers, principalement des
Belges francophones et des Anglais. Quant aux germanophones, ils étaient envoyés
systématiquement au Bataillon de choc du commandant Ritter, un antifasciste
allemand, ex-officier de l’armée allemande durant la première guerre mondiale.
Le problème de Kopp était qu’il n’avait pas encore d’Espagnol tant soit peu
polyglotte pour « coiffer » cette nouvelle unité et il était à la recherche d’un
étranger parlant espagnol ; ayant entendu parler de moi comme d « un valiente
franchute, algo polaco y mucho judío » qui parlait le castillan correctement et assez
bien le catalan, il était donc venu me voir.
Drôle d’affaire qu’il me proposait là. Je savais bien manier un fusil, un « naranjero
» (pistolet-mitrailleur), une mitrailleuse, éventuellement un petit mortier de 60′,
peut-être lire correctement une carte d’état-major, mais à peine âgé de 20 ans et
jeune ouvrier fourreur je ne me sentais pas de taille à assumer une telle
responsabilité et je le lui dis.
Le commandant Kopp était un homme de décisions rapides et brusquement il
me dit : « Tu seras nommé capitaine avant huit jours et comme tu te sens si jeune
j’ajouterai à ta « filiación » (état civil) quatre ans de plus. Je reviens après-demain
te chercher pour t’emmener à Alcubierre. Tu prendras le commandement de la
Milice internationale que je te confierai. Si tu as des problèmes, tu te débrouilleras
avec les Anglais ou les Wallons qui ont fait la guerre de 14/18. Comme tu parles
allemand, j’essayerai de t’envoyer un adjoint, avec de l’expérience, du « Batallón
de Choque » du Commandant Ritter » Adjoint fantôme que je n’ai jamais vu. Puis il
partit me laissant complètement abasourdi, devant un Mario qui me fit un
cérémonieux salut militaire et comme un vieux taquin qu’il était, il se paya ma tête
en m’envoyant des « auguri ! auguri ! Signore Capitano. Che fortuna, amico ! ». Et
voilà comment je fus nommé capitaine, commandant une Milice du POUM. Nous
étions en hiver sur les hauteurs des ingrates sierras des steppes aragonaises à plus
de 1 500 m d’altitude, il n’y avait ni eau pour se laver ni bois pour se chauffer.
Quelques semaines plus tard se présenta un Anglais du nom de Eric Blair qui, sous
le pseudonyme de George Orwell, raconta notre odyssée dans un livre qu’il
intitula Homage to Catalonia.
À l’époque des tragiques événements de Barcelone — en mai 1937 — je me
trouvais de nouveau sur le front de Huesca et je n’avais qu’un faible écho de ce qui
se tramait contre le POUM. En lisant le livre d’Orwell, je fis un retour en arrière et
je compris enfin, un demi-siècle plus tard, les raisons qui amenèrent le Haut-
Commandement « del Ejercito del Este » à dissoudre notre 29e Division Lénine du
POUM à Barbastro, en plein été de 1937. Dissolution à laquelle j’assistai triste et
impuissant.
Des officiers espagnols, qui ne s’occupaient que de la guerre et pas de politique,
me conseillèrent de me rendre à Albacete, où se trouvait le commandement des
98
Brigades internationales. Là aussi, je n’ai réalisé qu’avec un demi-siècle de retard
pourquoi mes amis insistèrent pour que je change de nom et, pour appuyer leur
amicale insistance, ils m’établirent un sauf-conduit pour Barcelone et l’un d’eux me
remit même une lettre d’introduction pour un de ses amis, le général soviétique
Antonov-Ovseenko qui se trouvait au Consulat russe de la capitale catalane. Par
cette lettre, il recommandait, chaleureusement, son camarade français — Bernard
Launoy — qui désirait combattre sur le front de Madrid, dans les Brigades
internationales. (Je rappellerai que le général Antonov-Ovseenko fut fusillé sur
ordre de Staline à son retour en URSS en 1938).
À Albacete, où tous les rouages étaient entre les mains des communistes
français, je me présentai un jour devant le commissaire politique de la base arrière
des Brigades. Il me demanda si je voulais rester à son service, comme interprète.
J’acceptai et je restai à Albacete jusqu’en janvier 1938.
En dehors de mes fonctions d’interprète — surtout avec le personnel espagnol
de la base et les passagers ne parlant pas français — j’étais chargé du contrôle des
tickets de repas, dans un mess situé dans notre immeuble, en face de la voie de
chemin de fer.
Un jour, un élégant lieutenant, un Français blond et sympa avec l’air d’un fils à
papa, vint me voir au sujet des tickets de repas et me montra ses papiers au nom
de Henri Suhard. Machinalement, je lui demandai si par hasard il ne serait pas le «
fils » du Cardinal Suhard, si célèbre en France. Il me répondit froidement que non,
mais que Son Eminence — frère aîné de son père — était bel et bien son oncle. Du
coup, j’eus un peu honte de ma plaisanterie. Ne voulant pas être en reste, je lui
serrai la main en me présentant : Bernard Launoy, « arrière-petit-fils du Grand-
Rabbin de Varsovie ». Le nom était faux, la qualité réelle, mais il crut le contraire
[…]
Il m’apprit que sa blessure — contractée sur le front de Madrid — étant guérie,
il était en attente d’une nouvelle affectation. Ce matin-là, le chef d’état-major, qui
était un Yougoslave du nom de Josip Broz (le futur Maréchal Tito) lui avait proposé
la direction du Centre de convalescence de Dénia, près d’Alicante, où se refaisaient
une santé les grands blessés et les grands malades des Brigades internationales.
Des malades du Centre s’étant plaints qu’un marché noir éhonté s’était organisé —
à la tête même de l’administration — l’état-major était à la recherche d’un
intellectuel dont l’honnêteté et la probité ne feraient aucun doute. Un officier
antifasciste, neveu d’un cardinal devait faire l’affaire, Henri Suhard avait pensé qu’à
nous deux nous pourrions nous en occuper parfaitement. Le lendemain nous
partîmes pour Dénia via Murcia, où nous devions prendre livraison d’une
ambulance désaffectée et qui devait nous servir de camionnette, comme moyen
de transport du Centre. On devait également nous remettre — à Murcia — des
médicaments, des cigarettes américaines, des vêtements, du chocolat et d’autres
douceurs pour soulager les souffrances de nos camarades.À l’hôpital de Murcia,
j’eus le loisir de rencontrer de nombreux médecins juifs, avec qui je m’entretins en
yiddisch, et je leur racontai les raisons de mon voyage… Mais avec la menace
franquiste de couper la zone républicaine en deux — du côté de Tortosa — après
avoir confié le centre à un couple de médecins bulgares, nous partîmes, Henri et
moi, pour Barcelone.
99
Henri Suhard, voyant la partie perdue, rentra à Paris immédiatement. Je l’y ai
retrouvé au début de 1939, puis à la déclaration de la guerre, au moment où il allait
s’incorporer dans son unité.
On m’informa que j’avais été nommé officiellement au grade de capitaine, ma
nomination ayant paru au Diario oficial en même temps que celle d’autres officiers
de la 29e Division, les choses s’étant calmées après la dissolution de la fameuse
Division du POUM, dont presque tous les éléments furent incorporés dans l’armée
régulière.
Nous discutâmes de la situation politique et militaire ; ce n’était guère brillant du
côté républicain. Néanmoins, l’offensive — surprise déclenchée par le colonel
Modesto sur l’Ebre dans la région de Gandesa — avait l’air de progresser
favorablement et je me risquai à rester en Espagne croyant aux miracles.
Je me présentai donc à l’état- major « del Ejercito del Este » où on s’empressa de
m’affecter à la 44e Division Pastor. Quelques jours plus tard, je rejoignis mon
nouveau Corps et je pris le commandement d’une Compagnie — entièrement
composée de jeunes Espagnols — du Bataillon Mencia. Un jour, une grande
opération fut montée dans la région de Villanueva de la Barca, au bord du Rio
Segré. Nous devions traverser la rivière, soutenus par quelques blindés, le rio ne
charriant pas beaucoup d’eau. Toutefois, les franquistes nous jouèrent un sale tour
en ouvrant les vannes d’un barrage en amont du Segré, immobilisant nos blindés,
qui restèrent en rade au milieu de la rivière, notre belle attaque tombait « à l’eau
» dans tous les sens du terme. Quelques heures plus tard, une noria de
bombardiers allemands ou italiens nous cloua sur place nous occasionnant de
nombreuses pertes. Lorsque l’alerte fut déclenchée, j’éparpillai mes hommes
autour d’une église toute proche, précaution qui permit à ma Compagnie de sortir
presque indemne des terribles effets du bombardement.
En novembre 1938, Juan Negrin, le Premier Ministre espagnol, demanda aux
étrangers de rentrer chez eux, dans le vain espoir que Franco en ferait autant. Il
n’en fut rien. L’armée républicaine se sépara de ses volontaires étrangers mais les
nazis et autres fascistes restèrent, pour achever ieur oeuvre de destruction. Un
matin de novembre 1938, je dis « Adios » à mes « valientes compañeros » et je
partis à pied à travers champs, sous un fort bombardement d’artillerie et sous une
pluie froide et désagréable. A mesure que j’approchais de l’autocar qui tenait lieu
de quartier général à la Division, les obus de « diez y medio » (105) tombaient à
foison. Malgré tout, je parvins sain et sauf à l’autocar du Commandement de la 44e
Division, où on me remit les papiers de démobilisation, que j’eus la précaution de
demander au nom de Bernard Launoy, né à Longwy-Haut (Meurthe & Moselle).
J’eus du mal à faire comprendre à l’officier qui devait établir mes papiers, que la
Commission française de rapatriement ne m’autoriserait pas à rentrer en France,
en tant que Benjamin Lewinsky né à Varsovie (Pologne). Il finit par comprendre et
m’établit les documents selon mes désirs.
Documents que je déchirai et j’en éparpillai les morceaux sur la voie de chemin
de fer, dès que j’eus dépassé Perpignan, croyant que mon aventure espagnole était
terminée à jamais. Il a fallu que je tombe — près d’un demi-siècle plus tard — sur La
Vanguardia, pour que mon vieux copain — Eric Blair — me fasse revivre ce drame,
une seconde fois.
100
En quittant l’Espagne, je savais que la démocratie espagnole agonisait et qu’elle
était sur le point de succomber sous les coups de la brutalité des nazis. La péninsule
ibérique — j’en étais convaincu — était jonchée des cadavres des premières
victimes de la seconde guerre mondiale, je venais donc de participer aux prémices
des futurs holocaustes.
La République espagnole agonisait, succombant non seulement sous les coups
de ses ennemis, mais victime, également, des coups bas de ses amis, soi-disant tels
et qui l’avaient trahie, les pays démocratiques l’abandonnant à son triste sort. Ils
ne tarderont pas à payer leur lâcheté […]
En 1936 — à Barcelone — avant de partir pour le front de Huesca, j’avais entamé
un réel effort pour apprendre rapidement l’espagnol. Je lisais ia presse catalane,
entre autres La Batalla du POUM et Solidaridad obrera des anarchistes (imprimés
en castillan) et Treball, en catalan d’obédience stalinienne (organe du PSUC,
Partido socialista unificado de Cataluña), mais où les socialistes n’avaient pas voix
au chapitre. Toutefois, grâce à l’italien et au français, il m’était plus facile de
comprendre le catalan que le castillan.
La lecture du Treball était édifiante. Ses pages étaient destinées — presque
exclusivement — à dénigrer le POUM et les anarchistes. Ils en oubliaient
complètement le véritable ennemi, Franco et ceux qui aidaient Hitler et Mussolini,
les ennemis jurés de la démocratie espagnole. Parmi mes amis du POUM, il y avait
un éventail d’hommes de gauche, de véritables démocrates tels que Joaquín
Maurín, Andres Nín, Andrade Gorkín, etc. et tous étaient traités de fascistes. Même
Joaquín Maurin qui avait été assassiné en Galice au début de la guerre civile n’était
pas oublié dans leurs sarcasmes. Début décembre 1938, lors de mon retour à Paris,
j’appris le lâchage, la lâcheté de Munich. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie
venait d’être sacrifiée…
Lorsque je partis pour l’Espagne, je tiens à le répéter, j’étais surtout poussé par
ma sensibilité de démocrate et de « jeune » homme de gauche. Mais en voyant le
fascisme allemand intervenir, je voyais que le danger hitlérien massacrant déjà les
Juifs depuis plus de trois ans, menaçait les démocrates espagnols. Ma solidarité
avec le peuple espagnol était ma façon d’aider les Juifs allemands, pourchassés,
spoliés et massacrés, sans pitié.
Les balles nazies tuaient ceux de ma race en Allemagne et leurs bombes
massacraient les enfants espagnols à Guernica et à Almería. Il était de mon devoir
de Juif, de Polonais et d’homme de sensibilité française, d’aider, autant que faire
se peut, les Espagnols, qui couraient le même danger. J’étais parvenu à la
conclusion que le 18 juillet 1936 était, bel et bien, le commencement de la seconde
guerre mondiale. Mais il m’était difficile de prévoir qu’un demi-siècle plus tard, le
monde en souffrirait
Me voilà à Paris, en septembre 1939, à quelques jours de l’automne et je fais la
queue du côté de la Gare Saint-Lazare, dans un drôle de bureau d’embauche. Oui !
je fais la queue pour aller faire la guerre, une guerre que la France et l’Angleterre
ont été obligées de déclarer à l’Allemagne nazie, la Pologne, mon pays natal, ayant
été envahie, assommée, triturée et écrasée sous les bombes.
Je fais la queue ce matin-là, ayant lu la veille, dans la presse parisienne, que des
régiments de marche seraient formés pour permettre aux étrangers, résidant en
101
France, de s’engage pour défendre leur nouvelle patrie.
Depuis un mois, moi, je n’ai plus de patrie du tout, les Polonais ne voulant plus
de moi. Au retour d’Espagne, pour renouveler ma carte de séjour – périmée -, la
Préfecture de Police de Paris a exigé de moi un passeport polonais, en bonne et
due forme. Étant arrivé en France en 1925, à l’âge de 9 ans, porté sur le passeport
de ma grand-tante qui m’avait élevé, je n’en possédais pas. Le consul de Pologne à
Paris, consulté, me déclara tout de go qu’il pouvait m’en fournir un POUR UN
VOYAGE ALLER EN POLOGNE, afin d’y accomplir mon service militaire, vu que
j’avais 23 ans et que mes obligations, en tant que citoyen polonais, m’y
astreignaient.
Sachant et avec certitude que Hitler allait envahir la Pologne d’un jour à l’autre,
j’en fis la remarque au consul, qui voulut me jeter dehors. Devant mes
protestations, il appela le sympathique flic qui était de faction devant le Consulat,
à qui j’expliquais mon cas, lui disant que je refusais de me rendre en Pologne pour
me faire massacrer. Finalement, on me remit un papier stipulant que, bien quené
à Varsovie, je ne remplissais pas les conditions prouvant ma citoyenneté polonaise.
En tant qu’apatride, ma carte de séjour fut renouvelée et je pus, quelques mois
plus tard, m’engager dans les RMVE, c’est-à-dire les Régiments de Marche de
Volontaires Étrangers, pour la durée de la guerre.
Que je le voulus ou non, j’étais obligé d’être volontaire. Mes origines d’abord et
mes convictions de démocrate m’y obligeaient. Un Juif, né en Pologne et habitant
en France ne pouvait agir autrement. En faisant la queue, je gambergeais. Il y a
moins d’un an que je suis revenu de la guerre d’Espagne où je suis resté plus de
deux ans et demi à combattre les fascistes de tous bords. Les bombardements, les
attaques à la grenade, les privations et la crasse, la crasse sur la peau et dans la tête
des gens. Finalement, je signe mon acte d’engagement : Benjamin Lewinski, né à
Varsovie (Pologne), nationalité : apatride. Puis je demande : et maintenant, qu’est-
ce que je fais ? On me répondit : Vous serez convoqué pour être incorporé dans
deux ou trois semaines.
J’habitais et je travaillais chez un cousin artisan fourreur, dont la mère, une sœur
de ma grand-mère maternelle, m’avait élevé en Pologne, depuis 1920, année de
l’effroyable épidémie de typhus qui fit, à Varsovie, des dizaines de milliers de morts.
C’était aussi l’époque de la meurtrière guerre d’Indépendance de la Pologne contre
l’invasion bolchevique. Durant cette épidémie moururent ma mère et mes grands-
parents. Quant à mon père, soldat polonais du Tsar, il était prisonnier des
Allemands depuis 1917.
En septembre 1939 – à la déclaration de la guerre – mon cousin fit évacuer sa
femme et ses deux enfants vers Le Mans. Lui et moi étions restés à Paris pour y
travailler et sa mère s’occupait de la maison. Une semaine avant la convocation de
l’Intendance, je décidai d’aller dire au revoir à mes petits cousins que je considérais
comme mes petits frères.
Je partis donc pour Le Mans en enfourchant un vieux vélo. 215 km à parcourir.
Entre Chartres et Nogent-le-Rotrou, je croisais des troupes, anglaises et françaises,
se dirigeant probablement vers l’Est. Je croyais revoir les troupes, les mêmes
équipages de chevaux que dans les films sur la guerre 14/18 tels que « A l’Ouest
rien de nouveau » ou « Les croix de bois ». Je regardais défiler une armée à peine
102
mieux lotie que l’armée républicaine espagnole. Les franquistes avaient d’autres
armes, un matériel allemand bien plus moderne dont une artillerie autotractée plus
mobile et mieux préparée pour une guerre nouvelle. Depuis 1933, il était visible
que les nazis s’organisaient pour prendre leur revanche sur la défaite subie en
1918. N’importe quel esprit sain pouvait s’en rendre compte, à condition de bien
vouloir le voir !
Lorsque Hitler remilitarisa la Rhénanie, il n’y eut que de vagues protestations de
la part des gouvernements français et anglais. Je me rappelais une conversation
que j’eus avec Orwell en 1937 qui me fit part de son indignation envers une certaine
noblesse britannique qui faisait étalage de son admiration – ostensiblement –
envers Adolf Hitler. Toujours est-il que Hitler, ayant liquidé la Pologne, se sentant
à l’aise du côté slave, grâce à son pacte de non-agression, faisait venir vers l’Ouest
ses divisions blindées pour « s’occuper » derechef de la France. Où m’étais-je donc
fourré ? De toute façon, je n’y pouvais rien. Rien d’autre qu’attendre.
Début octobre 1939, je fus convoqué par l’Intendance de la rue de Reuilly et, au
cours du même mois, je partis avec des milliers d’autres étrangers, en train, dans
les Pyrénées Orientales dans l’immensité sablonneuse du Camp de Barcarès, pour
y suivre une instruction militaire. Décidément, quand il y a de la bagarre dans l’air,
c’est toujours en Catalogne que je me retrouve. En Espagne, c’était de l’autre côté
des Pyrénées et maintenant c’est de ce côté-ci.
À Barcarès (certains disent « au » Barcarès) où nous étions plus de vingt mille
étrangers ayant répondu à l’appel de la France, on nous enseigna rapidement l’art
et la manière de nous faire massacrer à Soissons et à Péronne. Ainsi, Georges Kopp,
mon ami et mon supérieur hiérarchique dans la 29e Division en Espagne, s’étant
échappé de la Tchéka catalane de Barcelone, y a laissé sa santé, grièvement blessé
sur les bords de la Marne. Il est mort des suites de ses blessures, presque en même
temps que son camarade et beau-frère Orwell en 1951.
Pourquoi ne me trouvai-je pas sur les champs de « massacre » entre la Marne et
la Belgique ? Le hasard, ce hasard que, si j’étais croyant, j’appellerais la Providence.
En janvier 1940, mon « instruction militaire » terminée, une note de service,
affichée sur la porte du bureau de ma Compagnie, attira mon attention. Elle disait,
plus ou moins, ce qui suit :
« Un bataillon spécial sera formé par des volontaires étrangers. Il fera partie d’un
corps expéditionnaire destiné aux États du Levant (Syrie et Liban). Les volontaires
peuvent s’y faire inscrire. La liste sera close dès que l’effectif de ce bataillon sera
atteint ».
Naturellement, je fus l’un des premiers à m’inscrire, à l’étonnement de mes
camarades et à la stupeur de ma famille. La liste ne fut jamais close, le quota
n’ayant pas été atteint. Je savais que ma chance était là et je ne me trompais pas.
En février 1940, notre Bataillon fut embarqué sur le Patria et huit jours plus tard
nous débarquâmes à Beyrouth pour être immédiatement dirigés sur Baalbeck,
dans la vallée de la Bekaa où à ce qu’il paraît Dieu installa le Paradis Terrestre pour
l’homme, mais dont l’homme fit un enfer tel que celui du Dante avait a l’air d’un
barbecue.
Arrivé à Baalbeck, notre Bataillon fut baptisé Ier BMVE – Bataillon de Marche de
Volontaires Étrangers – et on nous installa dans une très belle et moderne caserne,
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proche de la gare, sur la route de Beyrouth. On apercevait, de l’autre côté de la
ville, les magnifiques et très hautes Colonnes de Jupiter.
En 1940, il y avait à Baalbeck d’autres militaires, un Bataillon du 6e Régiment
étranger d’Infanterie de la Légion. A cette époque, la plupart des légionnaires
étaient des réfugiés antifascistes allemands, polonais, tchèques, yougoslaves et
surtout de nombreux républicains espagnols. En somme, les Régiments étrangers
étaient composés d’éléments qui ressemblaient – à s’y méprendre – aux Brigades
Internationales, que j’avais connues en Espagne.
Après le 10 mai, les journaux français de Beyrouth nous apprirent la tournure
tragique que prenaient les combats en France. Tous les jours je traduisais, pour
mes camarades espagnols, les comptes-rendus du carnage et de la débâcle. Puis
survint l’armistice de la honte et du désespoir. Mes amis espagnols étaient aussi
désespérés que moi.
Comme l’Angleterre continuait la guerre, beaucoup de volontaires espagnols
désertèrent pour passer en Palestine et continuer le combat avec les Britanniques.
Ils partirent à bord de camions qu’ils réquisitionnèrent à la hâte. Presque tous
furent arrêtés avant d’atteindre la frontière dans le triangle Tyr-Sidon-Merdjayoun,
par les légionnaires du 6e REI et les gendarmes Tcherkesses.
Moi aussi, je désirais ardemment passer en Palestine, mais grâce à un ami Chiite,
j’étais au courant de ces arrestations massives. C’est lui qui m’informa de l’appel
du Général De Gaulle et que des milliers de soldats français, de retour de Norvège,
s’étaient rangés sous ses ordres et qu’une bonne partie des colonies d’Outremer
s’étaient jointes au Général.
Une idée germait dans mon esprit. Je pensais qu’il était préférable de se
présenter aux Turcs, plutôt que de déserter par la voie directe, vers la Palestine, les
« pétainistes » nous attendant au tournant, à la frontière.
Vers la fin juin, j’en parlai avec des amis espagnols, comme moi anciens officiers
de l’armée républicaine. L’idée leur plut et nous commençâmes à organiser notre
fuite « vers l’avant ». Un beau matin, à l’aube, nous réquisitionnâmes deux camions
Citroën et nous partîmes (98 espagnols ainsi que deux autres juifs) avec deux jours
de vivres. Nous fonçâmes en direction de Homs- Hama-Alep et Abou Kemal où
j’estimais que devait se trouver la première ville turque, non loin de la frontière.
Les réservoirs de nos camions étaient pleins à ras bord, et nous pensions pouvoir
atteindre cette frontière sans trop de problèmes, profitant de la pagaille qui régnait
dans l’armée. Entre Hama et Alep, nous fûmes arrêtés par un barrage, que des
militaires avaient établi sur la route, à peine avions-nous contemplé les
magnifiques jardins sur l’Oronte – chers à Pierre Benoit – les oreilles encore
assourdies par le vacarme de l’immense noria – grâce à laquelle ces jardins sont
irrigués – à l’entrée de la sinistre ville de Hama, dont les femmes vêtues, ou plutôt
couvertes, de la tête aux pieds de leurs tchadors noirs donnaient à cette cité un air
sinistre. Arrêtés, nous fûmes incarcérés à Homs, dans les locaux disciplinaires du
camp des Polonais, qui eux avaient réussi à passer en Irak, avec les Anglais. Du
moins je le crois.
Durant deux mois, nous restâmes emprisonnés. Entre temps, le IIe BMVE fut
dissous… et rejoignit Homs. Dissolution dictée par la commission allemande
d’armistice. Les volontaires continuèrent – comme tous les militaires – à porter le
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même uniforme, à conserver leurs armes et à être payés selon leur grade. La seule
différence était qu’ils émargeaient sur des feuilles de paie spéciales du Groupement
des Travailleurs Étrangers du Levant.
À la fin de l’automne 1940, le GTEL fut ramené à Baalbeck et en janvier 1941 –
pendant que j’essayais d’organiser une autre désertion en escaladant le Hermon,
pour passer en Galilée par le Golan – j’eus un lamentable accident. Mon chirurgien
était un jeune toubib, le Docteur Huot, qui fut mobilisé au début de la guerre. Je
m’aperçus un jour de manière fortuite qu’il était, comme moi, un sympathisant de
De Gaulle. Il me dit un jour de façon très rapide : Dans la chambre 12, il y a un blessé
palestinien « un juif » qui a peut-être besoin d’aide !
Jusqu’à mon lit de mort je me rappellerai cet échange émouvant entre deux Juifs
estropiés, moi l’ashkenaze et lui le Sabra Sefarad. Il avait été arrêté par la police de
Vichy, lorsqu’il essayait de faire passer en Palestine des juifs, des transfuges venant
d’Europe via la Turquie. Au moment de l’interrogatoire, il avait essayé de s’échapper
en sautant par la fenêtre du premier étage, s’était fracturé une jambe et aussitôt
emmené à l’hôpital. Il me dit aussi que sa jambe guérissait plus vite qu’il ne s’y
attendait, grâce à l’excellent docteur qui le soignait et qu’il comptait « s’envoler »
de l’hôpital dans une semaine ou deux.
Mes genoux guérissaient lentement mais ils guérissaient, je commençais à
pouvoir les plier, les rotules et les ménisques répondaient à mes sollicitations. En
mai 1941, je tombai par hasard sur un poste palestinien qui donnait des
informations en yiddish et je sus ainsi que les FFL se trouvaient en Palestine, dansun
camp proche de Haiffa. Du coup, je n’eus rien d’autre en tête que de hâter ma
guérison. Mon idée était de rejoindre mon unité à Baalbeck et – grâce à ma
convalescence – organiser une nouvelle « fugue » pour rejoindre les Forces
Françaises Libres, qui se trouvaient à moins de 200 km à vol d’oiseau. Arrivé à
Baalbeck, avec un mois de convalescence en poche, j’eus tout loisir d’organiser ma
« belle » et je me mis rapidement en cheville avec deux Roumains, deux Tchèques
et un Suisse. Au dernier moment, se joignit à nous un Marocain espagnol. C’était un
« réfugié espagnol », ex-déserteur de la cavalerie maure de Franco.
Comme les dimanches matin il n’y avait pas d’appel, nous partîmes un samedi
soir, nos musettes bien remplies de boîtes de conserve et nos bidons de deux litres
pleins d’eau.
Notre intention était de rejoindre le Mont-Hermon et, si nous parvenions à
l’escalader sans incident, la descente vers la Galilée serait facile et la réussite de
notre « virée » ne ferait aucun doute. Il nous fallut presque une semaine pour
atteindre le sommet du Hermon qui culmine à 2 825 mètres. Heureusement, même
au début juin, il y avait de la neige à plus de 2 500 mètres d’altitude et nous pûmes
mplir à nouveau nos bidons, complètement vides. Nous nous déshabillâmes et
prîmes un formidable bain de soleil et « de neige ».
Nous nous reposâmes un peu, en attendant que la nuit tombât. Un campement
entouré de barbelés nous arrêta bientôt. Dans la pénombre, nous distinguions des
baraquements – bien alignés – à l’européenne. Ce ne pouvait être qu’un kibboutz
et, brusquement je pris mon courage à deux mains et me mis à crier, de toutes mes
forces et en yiddishs que nous étions sept militaires français, en uniforme, mais sans
armes, dont un juif, originaire de Varsovie et six « Goïms » (chrétiens). Bientôt une
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voix de jeune fille me répondit dans la même langue. Soudain, plusieurs
baraquements s’éclairèrent et des jeunes gens armés nous ouvrirent, en dégageant
les chevaux de frise qui bouchaient l’entrée. Je leur dis, d’une voix forte Toda Raba
! (Merci beaucoup) et brusquement une jeune fille se sépara du groupe, courut
vers moi et m’embrassa sur la bouche de toutes ses forces.
Le lendemain, tard dans la matinée et après avoir dormi dans une grange, bien
reposés et bien propres, la police anglaise vint nous chercher. On nous interrogea.
Puis je rejoignis les FFL La 13e Demi- Brigade de Légion Étrangère de la 1re Division
de la France Libre était une Unité « française », cantonnée à Qastina, dans la
banlieue de Haiffa. Le camp français était presque vide, le gros des FFL était déjà
en Syrie, dans la région de Damas. À Qastina ne restaient que quelques bureaux et
une Compagnie sous le commandement du Capitaine Paris de la Bollardière. Ce fut
devant lui que je signai mon acte d’engagement pour les Forces Françaises Libres
et pour la durée de la guerre, et je fus aussitôt affecté à sa Compagnie, dont la
plupart des « anciens » avaient participé au débarquement de Narvik, en Norvège,
en avril 1940.
À ma connaissance, la 13e DBLE est peut-être la seule unité française ayant
combattu – sans défaillance – durant les six années de la seconde guerre mondiale,
jusqu’à la signature de l’armistice. Dans ses rangs, ont combattu de nombreux
officiers et soldats, rescapés de la malheureuse armée républicaine espagnole,
avec abnégation et courage. Combien en ai-je vu tomber sous les coups des nazis
durant les quatre années que nous combattîmes ensemble, en Libye, en Italie et en
France.
Au bout de quelques jours, le camp de Qastina se vida des éléments de la France
Libre, nous partîmes pour la Syrie.
De furieux combats eurent lieu. Personnellement, je m’en sortis
miraculeusement, un 88 allemand, un obus qui explose toujours eut pitié de moi
en… n’explosant pas ce jour-là, tombant entre mon ami Kelemen et moi, pendant
que nous nous creusions un trou individuel pour nous protéger. Nous nous
relevâmes, plus morts que vifs, couverts de sable de la tête aux pieds, nous
regardant, blancs comme des statues de sable avec le sentiment d’être revenus
vivants du jugement dernier.
La Campagne de Syrie terminée et pendant que les combats faisaient encore rage
au Liban, les Russes, qui se croyaient à l’abri, reçurent l’avalanche meurtrière des
hordes nazies, qui cherchaient à s’emparer des récoltes ukrainiennes et du pétrole
de Bakou. L’invasion eut lieu plus tôt que prévu, les calculs de Staline s’avérèrent
faux, les « capitalistes » français n’ayant résisté que quelques semaines, donnant
une victoire éclair à la Wehrmacht, qui lui permit -moins d’un an après – de fondre
sur l’Armée rouge, désemparée depuis trois ou quatre ans, Staline l’ayant
décapitée.
Oui ! l’Armée rouge, décapitée par Staline ne put résister au terrible choc des
Allemands et reculait de toutes parts. La terre russe était rougie des flots de sang,
versés par ses enfants, surtout à cause de la malfaisante politique stalinienne
envers cette armée dont les principaux chefs furent lâchement assassinés sur son
ordre. La 13e DBLE se réorganisa avec l’aide des Anglais et les FFL furent incorporés
dans la 8e Armée, en automne 1941. Au début de 1942, nous quittâmes nos
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quartiers d’hiver d’Alep que deux ans auparavant je n’avais pas été capable
d’atteindre, et en avant ! pour les tempêtes de sable de Libye, que les Anglais
appelaient The Western Desert. Au début de cette guerre saharienne, nous
n’eûmes que peu de problèmes avec les Italiens de la Division Ariete, mais lorsque
Rommel mit son grain de… sable avec son formidable Afrika Korps, la vraie guerre
commença.
En juin 1942, ce fut un sauve qui peut général, une traversée du désert dans tous
les sens du terme. Mon camion de ravitaillement, grâce à une réserve de fûts
d’essence et d’eau, ne s’arrêta qu’à Helouan, dans la banlieue du Caire.
Fin octobre 1942, la 8e Armée, remise à neuf par Montgomery, avec des chars
plus modernes et une excellente artillerie fort nombreuse, une aviation maîtresse
du ciel égyptien, nous reprîmes l’offensive, pour ne nous arrêter qu’en Tunisie – en
mai 1943 – où l’Afrika Korps et les débris des fameuses armées mussoliniennes,
encerclées dans la presqu’île du Cap Bon, durent se rendre et sans conditions.
À cause des luttes intestines en Afrique du Nord, nous, les Forces Françaises
Libres, fûmes obligés d’aller en Libye et de retourner dans les sables près de Tripoli.
J’étais persuadé, lorsque les Forces Françaises du Maréchal Juin furent ramenées
des Marches de la Toscane vers le Sud de l’Italie, et embarquées dans les ports de
Tárente, Bari, Brindisi et même des ports d’Afrique du Nord, j’étais persuadé que
nous allions débarquer sur les plages yougoslaves où, avec l’aide de la guerrilla de
Tito, notre Corps expéditionnaire, fort de plus de trois cents mille hommes,
balayerait facilement les unités allemandes d’éclopés ramenés de Russie en de bien
mauvaises conditions.
Si Tito leur infligeait des pertes sévères nous, nous pouvions arriver à Vienne en
moins d’un mois. Pendant ce temps-là, les Allemands, ne sachant plus où donner
de la tête, se replieraient rapidement derrière le Rhin, sur le front français, feraient
remonter vers le Nord les troupes de Grèce, malmenées et harcelées par la
résistance grecque. Les troupes débarquées en Normandie et celles débarquées en
Yougoslavie feraient rapidement leur jonction du côté de Prague, ou même plus à
l’Est et la guerre pouvait se terminer avant la Noël 1944.
Aussi, quel ne fut pas mon étonnement et ma déception, lorsque le 13 août 1944
au soir, le bateau sur lequel j’avais été embarqué avec le 1er bataillon de la 13e
DBLE, cingla vers l’Ouest, le lendemain matin notre bateau filait plein Nord, donc
vers le midi de la France, quelque part entre Toulon et Nice pour y être – facilement
débarqués -.
Ma déception fut atténuée par le fait que j’allais enfin retrouver la France, mais
je ne comprenais pas…
Nous étions dans le vrai, mes camarades belges et anglais et moi-même, lorsque
« nos penseurs », les Kopp, Orwell et Edwards nous expliquaient – et avec quelle
clarté – lorsque nous combattions sur le front d’Aragon – que ce 18 Juillet 1936
était le commencement de la seconde guerre mondiale.

113 Hans LIATCHEFF †g GR 16 P 371948


LIATCHEFF, Hans 10.12.1916 Sofia BULGARIE. Né le 10-12-1916 à Sofia (Bulgarix)
Recrutemenx SBC (75) Engagé FFI en 1941 au Liban. S-Lt. Tué 5/9/1943. MPFXg.
107
114 William LINDEN FFI GR 16 P 373273
Né le 03-05-1906 à Koilonisza (Polognx) Recrutemenx SBC (75) et est réformé.
Lorsque les armées allemandes envahirent la France, il prit avec sa femme et son
bébé la route de l'exode sous un bombardement incessant et il finit par être interné
dans le camp de Briens, puis Rivesaltes où les républicains espagnols et les juifs
étaient entassés dans des conditions telles que son enfant fut emporté par une des
épidémies qui décimaient le camp. En 1941, Boria et Hadassa Lerner réussirent à
s'évader et s'efforcèrent de regagner Paris où ils échouèrent dans le 11°
arrondissement précisément ce jour du mois d’août où eut lieu la grande rafle qui
remplit pour la première fois le camp de Drancy.
Plus décidé que jamais à lutter, Boria réussit à prendre contact avec le 2°
détachement des Partisans Juifs qui venait d'être constitué et il fut chargé d'en
prendre la tête. Il dirigea plusieurs expéditions armées dont une attaque contre un
hôtel allemand du boulevard Raspail et un attentat à la bombe contre le Ministère
de la Marine, rue Royale, occupé par les Allemands.
Puis il fut chargé d'organiser la fabrication des bombes pour les partisans juifs et
il installa un laboratoire et un dépôt d'explosifs, rue Saint-André-des-Arts. Cette rue
du quartier Latin était le théâtre d'une grande activité des partisans et la police y
organisait fréquemment des rafles.
C'est au cours de l'une de celle-ci, le 26 juin 1943, que Lerner et sa femme furent
arrêtés. Il fut aussitôt si affreusement torturé que, lorsque sa femme avec la
complicité d'un policier patriote parvint à le voir, il était absolument
méconnaissable. Il n'avait cependant rien perdu de son énergie et il lui dit " Je ne
me fais aucune illusion sur ce qui m'attend. Je n'ai pas peur. Je n'ai donné personne
et je ne donnerai personne, tu peux en être tout à fait sûre ". Le 20 septembre
1943, il futt condamné à mort et sil fut fusillé le 1er octobre après avoir passé dix
jours dans une cellule avec trois autres camarades condamnés comme lui. Sa
femme Hadassa, après de longues souffrances, revint de déportation. Extrait de
Combattants Héros & Martyrs de la Résistance.de David Diamant Édition
Renouveau.

115 ==Joaquim LLAMAZARRES GR 16 P 374221


Né le 18.08.1918 Valmartino Espagnx. Statut Interné résistant. Recrutemenx SBC
(75) —> LLAMAZAVES (Joaquin) 18-8-18, Valmartino, serg. 21’ R. M. V. E. Liste N 11.

116 Hermann LOPATIN (FFI) GR 16 P 376218


Henri Herman LOPATIN, né le 03-05-1912 à Dorohoï (Roumanix) Recrutemenx SBC
(75) Mle 7119. 1er RMVE.

117 Joseph LOPES GR 16 P 376231


Né le 15-08-1914 à Tourais (Portugax) Recrutemenx Saint-Étienne (42). Engagé le
18/10/39 —> LOPEZ (Joseph) 15-8-14, Tourais-de-Lopa (Portugal) 2’ cl. 21'
R.M.V.E. Liste N 16. Médaille de la résistance

118 == Alphonso LOPEZ GR 16 P 376250


Né le 12.01.1914, Barcelone Espagne, né le 12-01-1914 à Antequera
108
(Espagnx) Recrutemenx Perpignan (66).

119 Moritz MAER GR 16 P 382579


Masurice MAER né le 22-02-1916 à Braila (Roumanix) Recrutemenx Tours (37).

120 ==Elie MAISSI GR 16 P 385616


Né le 14-01-19121 à Jérusalem (Palestinx) Recrutemenx SBC (75) Mle 7006—>
MAISSI (Elie) 14-1-11, Jérusalem, serg. 21’ R.I.E. St. XI A. Liste N 44 7e Cie.

121 Alfred Antoine MALLERET GR 16 P 387312


Né le 15.12.1911 Paris 14 —> MALLERET (Alfred Antoine) ŸFDX (Naturalisé)15-12-
11, Paris (14') adjudant. 21' R I. Liste N 17. Né le 15 décembre 1911 à Paris (14e)
Décédé le 20 février 1960 à Arcueil, département de la Seine. Un des quatre
généraux issus de la résistance, les trois autres étant Maurice Chevance-Bertin,
Pierre Guillain de Bénouville, Jacques Chaban Delmas. Membre de la première et
de la seconde Assemblée nationale constituante (Seine) il est député de la Seine de
1946 à 1958 ; le père d’Alfred Malleret est un ancien mineur qui a gagné la capitale
pour y devenir chauffeur de taxi.
À quinze ans, titulaire du brevet d'enseignement primaire supérieur, il entre
comme employé à la Barclay's Bank, qu'il quittera quelques années plus tard pour
rejoindre la Compagnie d'assurances La Nationale ; mais ses goûts le portent plutôt
vers la littérature, l'art et surtout la musique.
C'est également en autodidacte, et sous l'influence de son ami Maurice Kriegel
qu'il fait la découverte de Marx et des penseurs communistes ; ces lectures le
conduisent à adhérer en juin 1937 au Parti communiste. Mobilisé en septembre
1939 au 21e Régiment de Marche des Volontaires Étrangers, Alfred Malleret, sous-
officier à la 7e Compagnie, est fait prisonnier le 23 juin 1940 en Lorraine. Il parvient
à s'évader le 6 avril 1942 à sa deuxième tentative, et, par l'intermédiaire de Maurice
Kriegel, rejoint la Résistance à Limoges.
Excellent organisateur, courageux et discret, il devient au début de l'année 1943,
sous le nom de Joinville, chef de région du mouvement Libération, dirigé par
Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Lorsque les Mouvements unis de Résistance
(MUR) naissent en janvier 1943 de la fusion des trois grands mouvements de
résistance de la zone sud (Combat, Libération et Franc-Tireur) Alfred Malleret en
devient le chef pour la région Rhône-Alpes ; épaulé par Marc Bloch, il dirige et
coordonne l'action des maquis, alors que s'intensifie la répression allemande.

En mai 1944, après l'arrestation du Général de Jussieu, « Joinville » prend la tête


de l'état-major national des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) ; à ce titre, il prend
une part déterminante aux combats pour la libération de Paris. À la fin du mois
d'août 1944, nommé au grade de Général, il installe son quartier général rue Saint-
Dominique, au ministère de la guerre. De là, il suit la fusion difficile entre les troupes
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de la résistance intérieure et celles des Forces françaises libres ; simultanément, il
supervise les opérations militaires que mènent les FFI pour libérer l'est de la France
et les « poches » de l'Atlantique.
Le 15 mai 1945, une semaine après la capitulation de l'Allemagne, Alfred Malleret
est démobilisé dans la foulée, il se présente sous le nom de Malleret-Joinville aux
élections pour la première Assemblée constituante du 21 octobre 1945, en
Deuxième position sur la liste conduite par Maurice Thorez dans la 4 e
circonscription de la Seine. La liste remporte un succès remarquable : avec 150 567
voix sur 376 209 suffrages exprimés, elle s'octroie quatre des huit sièges à pourvoir.
Derrière Maurice Thorez, Alfred Malleret-Joinville, Marie Claude Vaillant-Couturier
et Albert Petit font leur entrée à l'Assemblée nationale constituante ; les autres élus
de la circonscription sont les chrétiens-démocrates Paul Bacon et Simone Rollin et
les socialistes Édouard Depreux et Jean-Daniel Jurgensen.
Fort de sa légitimité dans le domaine militaire, Alfred Malleret-Joinville est
nommé membre de la Commission de la défense nationale. Il dépose le 7 février
1946 une proposition de loi tendant à établir une procédure rapide d'acquisition de
la nationalité française au profit des étrangers engagés volontaires. Il intervient en
outre au cours de la discussion du projet de budget pour le premier trimestre 1946,
pour déplorer notamment que soient « maintenus en place trop d'officiers
vichyssois ». Avec ses collègues du groupe communiste, Alfred Malleret-Joinville
vote les nationalisations et approuve, le 19 avril 1946, le premier projet de
Constitution de la IVe République ; le texte est cependant rejeté par le référendum
du 5 mai, ce qui entraîne la convocation d'une nouvelle Assemblée constituante.
Les élections se tiennent le 2 juin ; Alfred Malleret-Joinville figure toujours en
Deuxième position derrière Maurice Thorez dans le 4e secteur de la Seine. Malgré
un très léger recul, avec 147 921 voix sur 377 267 suffrages exprimés, la liste
communiste emporte de nouveau quatre sièges. Siégeant à nouveau à la
Commission de la défense nationale, Alfred Malleret-Joinville approuve le second
projet de Constitution, voté par l'Assemblée le 28 septembre 1946 et ratifié par
référendum le 13 octobre. Lors des élections législatives qui suivent, le 10
novembre, ce sont cette fois neuf sièges qui sont à pourvoir. La liste communiste,
sur laquelle Alfred Malleret-Joinville occupe toujours la Deuxième place derrière
Maurice Thorez, obtient son meilleur résultat, avec 154 696 voix sur 371 575
suffrages exprimés. Les équilibres électoraux de la 4e circonscription de la Seine
sont modifiés par l'émergence d'une liste gaulliste « d'union contre le tripartisme »,
conduite par Étienne-André de Raulin et Michel-Maurice Peytel, qui obtient deux
élus ; pour la SFIO, seul Édouard Depreux retrouve son siège.
Alfred Malleret-Joinville retrouve la Commission de la défense nationale, dont il
est élu secrétaire, puis le 1er mars 1947, président. Il est aussi nommé membre de
la Commission chargée d'enquêter sur les évènements survenus en France de 1933
à 1945.Son activité parlementaire est totalement tournée vers les questions
militaires. Il intervient à de nombreuses reprises pour dénoncer la politique
militaire du gouvernement, le niveau exagéré des dépenses militaires, et l'adhésion
de la France à la « politique belliqueuse » menée par les États-Unis en Europe ; le
Gouvernement présente le pacte atlantique comme un instrument international
capable d'assurer la sécurité française et de maintenir la paix. « Depuis Munich,
110
On n'avait pas encore aussi grossièrement tenté de tromper l'opinion, assure-t-il le
25 juillet 1949. »
Aux élections du 17 juin 1951, Alfred Malleret-Joinville figure toujours en
deuxième position sur la liste conduite par Maurice Thorez dans la 4e
circonscription de la Seine. Avec 140 458 voix sur 366 132 suffrages exprimés, la
liste communiste accuse un léger repli, mais retrouve ses quatre élus. Le scrutin est
marqué par le succès de la liste RPF, qui obtient trois élus : Louis Vallon, Michel
Peytel et Irène de Lipkowski. Alfred Malleret-Joinville est nommé membre de la
Commission de la défense nationale. Il est l'un des plus virulents adversaires de la
politique coloniale menée par les gouvernements successifs, n'ayant de cesse
d'exiger le retour du corps expéditionnaire français d'Indochine et l'abandon par la
France de ses positions dans la région.
Il dénonce aussi avec véhémence, à plusieurs reprises, « l'inféodation de l'armée
française au commandement de l'OTAN », et le danger que fait peser le
réarmement de l'Allemagne sur la sécurité de l'Europe. Aux élections du 2 janvier
1956, Alfred Malleret-Joinville occupe cette fois la Troisième place sur la liste
conduite par Maurice Thorez. Dans un scrutin marqué par une très forte
participation, la liste recueille 174 393 voix sur 465 075 suffrages exprimés, et
emporte quatre des neuf sièges à pourvoir. Alfred Malleret-Joinville retrouve une
nouvelle fois la Commission de la défense nationale.
Au cours de la législature, il dénonce la politique menée par le gouvernement en
Algérie, exigeant la reconnaissance du « fait national algérien » ; il commente la
crise de Suez en déplorant la collusion entre la France et Israël, eten soulignant le
danger que fait peser sur la sécurité du territoire national la politique du cabinet
Guy Mollet. Alfred Malleret-Joinville est par ailleurs l'un des premiers à signaler au
Parlement les activités plus que douteuses menées en Algérie par les services
d‘action psychologique de l'armée française. Il intervient longuement sur ce thème
le 27 février 1958 à la tribune de l'Assemblée : — « Il faudrait que chaque député
lise les cent pages du livre de Henri Alleg, que ses amis viennent de faire paraître. Il
a pour titre La Question, au sens médiéval du mot. Tout homme digne de ce nom
ne pourra manquer de se sentir brûlé comme par un fer rouge à chacune de ses
pages. En les parcourant, en voyant agir les tortionnaires de Henri Alleg, chacun
aura envie de crier, il faut l'espérer : non, ce n'est pas vrai ! Non, il est impossible
que des officiers français aient pu faire cela et aient pu dire cela ! »
Parlementaire sans interruption depuis octobre 1945, Alfred Malleret-Joinville ne
sollicite pas le renouvellement de son mandat aux élections législatives de
novembre 1958. Il décède à Arcueil un peu plus d'un an après, le 20 février 1960.
MALLERET-JOINVILLE Alfred [MALLERET Alfred, dit]. Pseudonymes dans la
Résistance : MARTIAL, BUSSY, BAUDOIN, BOURDELLE, puis JOINVILLE. Site de
L’Assemblée nationale.

122 Conrado MANZANARES GR 16 P 390401


MANZANARES, Conrado né le 24.04.1919 à Pedro Munoz (Espagnx) Recrutemenx
Perpignan (66).

123 Antonio MARTINEZ GR 16 P 399556


Né le 26-11-1914 à Barcelone (Espagnx) Recrutemenx Grenoble (38).
111
124 René MAUFROID GR 16 P 404778
Né le 17-11-1906 à Monceau (Belgiqux) Recrutemenx Valenciennes (59).

125 Cala Meker (Charles Meler) GR 16 P 409408


Né le 28-12-1902 à Wyzoka (Polognx) Recrutemenx Périgueux (24).

126 MODÉNA (Amédée) .


EVDG. 22-8-95, San Remo, (Italix) Recrutemenx SBC (75) capitaine, 21’ R.E. Oflag
XVII A. Liste N. 51 Fils de Giobattista. Amédée Modéna est un Garibaldien de 1914-
1918 (Les Garibaldiens de 14 splendeur et misère des chemises rouges en France
de Hubert Heyriès page 558. 2005). : Sgt 6e Cie, puis te Cie 2e bataillon. Au 21e
R.M.V.E il est à la C. A. 1 jusqu’au 29 mai. Sabadie étant blessé le 26 mai et décédé
le 29) Modéna est muté (à la demande de Mirabail) à la tête de la 9e Compagnie
(3e Bataillon).
Extrait du rapport du Capitaine Amédée Modéna à Aubagne);
Le Captaine Modéna à pris ses fonctions à la tête de la 9e Cie le 1er juin et il revient
sur les évènements des jours précédents: « ... La 9e Cie a été relevée, ainsi que le
3e Bataillon, dans la nuit du 31 mai au 1er juin. Cette Cie a été très éprouvée à la
défense du village des Petites Armoises. À part le Capitaine Sabadie, blessé et
évacué, elle compte 19 hommes hors de combat dont le sergent Paul Sébastien
Savin tué à l’ennemi. Selon les dires du Capitaine Duvernay, Commandant la 10e
Cie, il y aurait eu un peu de flottement après l’évacuation du Capitaine Sabadie et
le Capitaine Duvernay aurait eu à refouler, revolver au poing, des hommes de la
section du Lieutenant Henri Dugros, qui avaient quitté leur poste de combat...... »
Robert Gildea « Marianne in Chains : in search of the German Occupation of France
1940-1945 Robert Gildear raconte dans « Marianne in Chains » au sujet de
l’occupation allemande de la France en 1940-1945 : La lutte de la communauté
locale contre l’Autorité centrale n’était pas la seule ligne de faille à apparaître dans
l'engagement envers les prisonniers de guerre. Même les communautés locales qui
étaient supposées avoir un but et une identité communes étaient en fait divisées,
si bien que le comité d’aide aux prisonniers devint un forum où les antagonismes
locaux entrèrent en action. Saint-Brévin-les Pins est une commune de l’estuaire de
la Loire située du côté opposé à celui de Saint-Nazaire et faisant face à l’Atlantique.
Pour autant qu’on pût s’éloigner de la frontière avec l’Allemagne, la localité
contenait des habitants venus de l’extérieur dont les opinions ne coïncidaient pas
forcément avec la communauté locale.
Le Comité des prisonniers mis sur pied par le maire Guillou en 1940 fonctionna
sans incident jusqu’à l’été de 1942 quand Auguste Hérault, un cordonnier blessé de
guerre, franc-maçon et membre de la Ligue des Droits de l’homme accusa son rival
politique, Raoul Marchand, un commerçant et conseiller municipal de droite, de
voler du chocolat des colis destinés aux prisonniers et de le vendre au marché noir.
Le maire convoqua le comité pour régler le conflit et après une dispute Marchand
démissionna.
Guillou compléta alors le comité avec des prisonniers qui avaient été libérés,
dont le capitaine Amédée Modéna, un Italien qui avait combattu dans la Légion
Étrangère en 1914 et en 1940 et avait reçu récemment la nationalité française.
112
Mais Hérault ne renonça pas à sa chicane et allié avec un autre outsider, le
capitaine en retraite Victor-Antoine Mas, qui était arrivé en 1980 en tant que
réfugié, il raviva dans la Presse de septembre 1943 les accusations de vol de
chocolat par Marchand, et comme Modéna se porta à l’aide de Marchand, Hérault
se porta alors contre Modéna, l’accusant d’être un ruffian transalpin, un
communiste et un juif, faisant courir sur Modéna le risque d’attirer l’attention de la
Gestapo.
Après la Libération, Hérault essaya de rallier le nouveau préfet à sa version des
évènements, tandis que Modéna argua qu’il avait rejoint la Résistance, alors
qu’Auguste Hérault et Max étaient des collaborateurs et des antisémites. Cette
querelle qui avait commencé à propos de barres de chocolat destinées aux
prisonniers exposa la faille qui existait dans le village côtier : Gauche contre droite,
les résidents locaux contre les nouveaux venus, soi-disant résistants contre
supposés collaborateurs. L’unique satisfaction fut que la dispute resta dans la
communauté et n’amena pas des dénonciations à la Gestapo qui auraient mené à
des déportations et à une tragédie.

127 ==Juan MOLA 12/3/06. GR 16 P 42442


Né le 13-03-1906 à Tortosa (Espagnx) Recrutemenx Perpi gnan (66) —> MOLA
(Jean) 13-3-06, Tortoza, 2' cl. 21' R. I. Liste N 17. Déporté MOLA CANALDA Juan né
le 12/03/1906 à Tortosa Mle 3421 venant du St. XII C Parcours Steyr Gusen arrive
le 14-05-1941 à Mauthausen. §d Libéréx à Gusen le 5-05-1945.

128 Georges Jules NADAY GR 16 P 438843


Né le 21-01-1906 à Sanicle (Roumanix) Recrutemenx SBC (75) Habe a écrit : « Le
grand Nadai, un radio ingénieur hongrois... »
129 Gabriel NADIM GR 16 P 438913
Né le 12-10-1913 à Damas (Syrix) Recrutemenx Tulle (19).

130 Max NEUMANN GR 16 P 442482:


« né le 14-12-1911 (Indéterminé () »? né le 30-09-1911 à Lodz (Polognx) (RMVE)
Recrutemenx SBC (75) Matricule 3929

131 == Pierre ODRY GR 16P449051


Né le 18-10-1911 à Bizerte (Tunisie) —> ODRY (Pierre), ŸFDX 28-10-11, Bizerte
(Tunisie) Sous-lieutenant, 21e R.I.E. Oflag VI A. —. Liste N 49 Sous-lieutenant à la 5e
Cie (2e bataillon). (Chef de section il prend en charge la 5e Cie à la mort du capitaine
De Brem) : « Après la mort glorieuse du capitaine, j’ai eu l’honneur de commander
une quinzaine de jours la 5e Compagnie » (Tramontane). Pierre Marie Jean-Baptiste
Mairesse-Lebrun, né le 16 mai 1912 à Bauzy dans le Loir-et-Cher, mort le 6
décembre 2003, est un officier de cavalerie de l'armée française devenu célèbre
par son audacieuse évasion du château de Colditz le 2 juillet 1941 : Lebrun et le
Lieutenant Pierre Odry profitèrent d'une autre promenade pour quitter le groupe,
et foncer vers la clôture située au fond du parc. Odry se place de dos à trois mètres
de la clôture et joint ses mains pour que Lebrun puisse poser son pied. Ainsi
positionné, Lebrun est catapulté par-dessus les barbelés. Abasourdis par l’audace,
113
les gardes allemands reprennent leurs esprits et ouvrent, sans succès, le feu sur le
détenu qui s'échappe. Lebrun escalade alors un ultime mur et s'enfuit vers la
liberté. Odry s’évadera aussi. (Oflag II). Voir Chapitre IV documents rapport 2 e bat.
5e Cie Odry... Arthur Huschak en se faisant passer pour un soldat français s’appelant
Jean Pierre Oudry a peut-être utilisé un document venant de Pierre Odry ?...

132 Ichok ORFUS GR 16 P 451172


Né le 26 08-1905 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 10356.

133 Faustino OVIEDO GARCIA . GR 16 P 453431


Né le 13.04.1919 Riopar. (Espagnx) Recrutemenx Pau (64).

134 Bronis PAVLAVITCHIUS GR 16 P 461817


Né le 20-12-1904 à Kowno (Lithuanix) Recrutemenx Valence (25) —>
PAVLAVITCHIUS (Bronis) 20-12-04, Kowno (Lithuanie) serg. -c, 21’ R.M.V.E. Liste 44.

135 Jean PEREIRA (Isaac) GR 16 P 466035


Né le 21-05-1913 à Izmir (ex Smyrne) (Turquix) Recrutemenx i —> PEREIRA (Isaac)
21-5-13, Smyrne (Turquie) sergent. 21' R I. Liste N 17. De la 1re section de la 10e Cie
(3e bataillon)

136 Georges PETIT GR 16 P 471345


Né le 20.12.1913 Emerchicourt Nord. —> PETIT (Georges) ŸFDX 20-12-13,
Emerchicourt, adj., 21' R.M.V.E. St. XI A. Liste N .44.

137 Jacques PHILOSOPH GR 16 P 474621


Né le 27 ou 28-03-1912 à Istanbul (Turquix) Recrutemenx SBC (75).

138 Édouard PICK GR 16 P 475963


Né le 02-05-1906 à Budapest (Hongrix) Recrutemenx SBC (75) Mle 3912.

139 Israel PODGUSZER GR 16 P 482731


Né le 14-06 (10 ?) -1903 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx Rouen (76).

140 ==Georges PRAGER GR 16 P 489924


PRAGER, RX 1712. Né le 13-11-1913 à (Mommenheim (67 Bas-Rhin) forces
françaises combattantes (FFC) réseau THERMOPYLES France. Né le 13-11-1913 à
Berlin (Allemagnx) Recrutemenx Marseille (13) —> PRAGER (Georges) né le 13-11-
13 à Budapest (Hongrie) cap. 21' R. I. Liste N 17. PRAGER Georges né le
13/11/1913 à BERLIN déporté par le convoi n° 79 le 17/08/1944 à Buchenwald. §d
Libéréx. D 1255. Survivants 656.

141 Salomon PUPKO GR 16 P 493843


Né le 28-07-1907 à Sida (Polognx) Recrutemenx SBC (75

142 Abraham QUADRAT


Né le 16-12-1907 à Bochnia (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 7736 —>
QUADRAT (Abraham) 16-12-07, Bochnia (Pologne) caporal. 21' R I. Liste N 17. De
114
Rosen : « On a installé au bureau quatre comptables pour établir les cahiers de
charge. Comme il fallait qu’ils parlent l’allemand, nous avons tout naturellement
pris quatre Juifs allemands. Parmi eux, Quadrat qui, ne trouvant pas le travail à son
oût, saisit la première occasion pour venir dire à l’Ober Inspektor qu’ils étaient des
Juifs… »
143 Francisco QUITIAN CEVEYO GR 16 P 496196
Né 28-03-1914 à Madrid (Espagnx) Recrutemenx Mautauban (82).

144 Adolphe RABINOVITCH†d GR 16 P 496643


Né le 27-5-1918 à Moscou. Recrutemenx SBV (75) Mle 11058. (Égyptx) —> Né le
27-5-1918 à Moscou. Recrutemenx SBV (75), Caporal 21’ R. M. V. Liste N° 15. En
août-septembre 1944, il est exécuté au camp de concentration de Gross-Rosen en
Pologne : Dcd MPFXd.

(Né à Moscou, de nationalité égyptienne. Sa famille s’installe aux États-Unis. Lui


poursuit ses études à Paris, puis s’installe aux États-Unis. Le 26 octobre 1939, il
s’engage dans la Légion étrangère et il rejoint le 2e R.M.V.E., puis le 1er R.M.V.E. 1re
Classe, puis caporal le 1er mars 1940 ; il est fait prisonnier le 24 juin 1940 près de
Toul et interné à Saint-Mihiel. Il s’évade le 17 septembre 1940 et est démobilisé le
22 octobre 1940. Il devient agent du (SOE) Special Operation Executive. GR16
P496643 a première mission en France : opérateur radio sous le nom d’Arnaud du
réseau SPINDLE de Peter Churchill. Il est parachuté « blinde » dans la nuit du 27 au
28 août 1942, à une trentaine de kilomètres au nord de Grenoble. Il doit servir
d’opérateur radio à un réseau parisien. Il ne réussit pas à établir à Grenoble les
contacts voulus et mène pendant quinze jours une vie errante. Un agent réussit à
le rejoindre et le ramène à Cannes pour y attendre de pouvoir le réexpédier à Paris.
À Cannes, il rencontre Peter Churchill (1909-1972) chef du réseau Spindle qui lui
propose de devenir son opérateur radio en remplacement d’Isidore Newman qu’il
a décidé de faire rentrer en Angleterre. Rabinovitch accepte et Peter Churchill
obtient l’aval de Londres. Le réseau Spindle, basé à Saint-Jorioz à l’ancien hôtel de
la Poste est composé de trois agents, Peter Churchill (Raoul) Odette Samson (Lise)
et l’opérateur radio Adolphe Rabinovitch. Le contre-espionnage allemand, l’Abwehr,
s’est infiltré dans l’hôtel de la Poste et quand, venant de Londres, Peter Churchill
est parachuté au-dessus de Saint-Jorioz sur les rives du lac d'Annecy dans la nuit du
14 au 15 avril 1943, il est capturé le 14 avec
Odette Samson et tous deux sont déportés en Allemagne (mariés en 1947,
divorcés en 1956.) Adolphe Rabinovitch logé à Faverges n’est pas arrêté. Avec Victor
Hazan, « Gervais », il clôture les affaires avec les contacts du réseau autour
d’Annecy et sur la Côte d'Azur. Il retourne en Angleterre via l’Espagne. Il est ensuite
adjoint du maréchal de Tassigny. Sa deuxième mission en France est de monter et
commander le réseau Bargee. Il est parachuté pour la deuxième fois en France dans
la nuit du 2 au 3 mars 1944, avec le Québécois Roméo Sabourin. Mais le terrain
était contrôlé par les Allemands.
115
Avec Sabourin, il est blessé et capturé à l’atterrissage. Il est déporté en Allemagne.
En août- septembre 1944, il est exécuté à Gross-Rosen en Pologne, il est exécuté à
Gross-Rosen en Pologne : Sabourin subit le même sort le 14 septembre à
Buchenwald. Peter Churchill et son agente de liaison Odette Samson reviendront
des camps. Ils se marieront en 1947 et divorceront en 1956. Peter Churchill né en
1909 épousera en 1957 l’actrice américaine Lois Maxwell ; il décédera en 1972. Lois
Maxwell (1 fils, 1 fille) née en 1927, décédera en 2007 à 80 ans de cancer.

145 Benjamin RAJNBERG GR 16 P 498159


Né le 14-04-1902 à Bialobizegi (Polognx) Recrutemenx SBC (75).

146 Alfonso REDONDO GR 16 P 503039


Né le 07-02-1917 à Mazarrón ou Barcelone (Espagnx) Recrutemenx Perpignan (66).

147 Séverino RICO GR 16 P 510468


Né le 29.04.1920 Milhaud (Gard). France Nationalité (Italix) ? Recrutemenx
Perpignan (66). Séverin RICO alias Tardy Roger né le 29-04-1920 à Milhaud (30 -
Gard, France)

148 Fernando RIESTRA GR 16 P 510866.


Né le 21-09-1919 à Mieres (Espagnx) Recrutemenx Perpignan (66

149 Francisco RODRIGUEZ 16 P 516875


Né le 12.06 à1912 à Chillon (Espagnx).) Recrutemenx Perpignan (66).

150 ==Michon ROMANO GR 16 P 519065


Né le 04-ou le 6 12-1910 à Istanboul (Turquix) Recrutemenx SBC (75).

151 Pédro ROMERA (Pierre) GR 16 P 519198


Né le 05-05-1917 à Herreria (Espagne) Recrutemenx Lyon (69)) —> ROMERA
(Pedro) 5-5-17, Herreria (Espagne) 2' cl. 21' R. M. Liste N 17.

152 Émile ROSENBERG GR 16 P 520367


Né le 01-01-1907 à Boroti (Roumanix) Recrutemenx Clignancourt (Paris 75).

153 Joseph SCHUSS GR 16 P 541563


SCHUSS, Joseph 01.06.1905 Mielec POLOGNE.Né le 01-06-1905 à Mielec (Polognx)
Recrutemenx SBC (75). Déporté en 1944 SCHUSS Joseph né le 01/06/1905 à Nielec
Pologne. Départ le 24 juin 1944. Parcours Klagenfurt, Dachau, Mauthausen
(Ebensee). §d Libéréx le 06/05/1945.

154 Szlama SER (Charles SER) GR 16 P 545173


SER, Charles Léon 22.08.1907 Wolomin POLOGNE.Né le 22-08-1907 à Volomin
(Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 11509. Les mutations furent fréquentes entre
les différents régiments ficelles et légionnaires, d’où différents parcours. Nous
avons cité à son ordre alphabétique Léon Citrome (« 50 ans de ma vie »). Charles
Ser comme Citrome a transité du 22e au 21e et ailleurs. Son parcours est
représentatif et instructif tant du point de vue historique que du personnel est
116
décrit dans Notre Volonté, il est transcrit ici Barcarès-Beyrouth-Roanne Turin
Roanne-Turin.
« Barcarès-Beyrouth-Roanne Turin Roanne-Turin. Modèle de xénophobie.
Les mutations furent fréquentes entre les différents régiments ficelles et
légionnaires, d’où différents parcours. Nous avons cité à son ordre alphabétique
Léon Citrome (« 50 ans de ma vie ») ; Charles Ser comme Citrome a transité du 22e
au 21e et ailleurs. Son parcours est représentatif et instructif tant du point de vue
historique que personnel et le voici décrit dans la revue « Notre Volonté » avec
quelques retouches de ma part. (Le texte original est sur le site de L’UEVACJEA).
Dans notre liste de prisonniers du 21e se trouvent des volontaires venus du 23e et
du 22e et vice et versa :
« Engagé volontaire dès le début des hostilités, j’ai été envoyé comme beaucoup
d’autres à Barcarès, Barcarès des vents, de sable et de puces, que le fascisant
Gringoire nous enviait tellement. Je fus incorporé dans la 10e Compagnie du 22e
R.M.V.E., où j’ai retrouvé les camarades Salomon, Walcman, Rubin Kon et autres.
On nous dirigea au baraquement n° 23, où se trouvaient déjà entre autres
connaissances parisiennes, le docteur Lewinas et Mendelsohn.
Dans notre baraque, il y avait un Espagnol nommé Antonio, j’ai oublié son nom
de famille. Il ne comprenait guère le français. Le soir, quand nous occupions
notretemps à la chasse aux puces, il fredonnait des choses si tristes que nos cœurs
se serraient.
Quelques jours après notre passage au premier bureau, un ordre fut donné à
Antonio de ramasser ses effets et de se préparer à être conduit dans un camp
d’internement des républicains espagnols. Une collecte fut organisée en sa faveur,
et nous avons fortement ressenti le fait de considérer ce combattant antifranquiste
indésirable dans le combat contre l’Allemagne hitlérienne. J’ai d’abord été muté au
21e R.M.V.E. et au mois de mars 1940 on m’embrigada, contre mon gré, dans le 1er
Bataillon Étranger d’Infanterie stationnant dans le camp Maréchal Joffre (1er
B.M.V.E. formé à Barcarès). On nous équipa « richement », on nous fit faire des
exercices intensifs, notre bataillon ayant été destiné pour être envoyé en Finlande.
Mais il était déjà trop tard.
Le 7 avril 1940, on nous dirigea vers Marseille. Suivant des ordres et contrordres
(nous devions entre autres aller à Narwick) et enfin nous sommes embarqués, le 9
avril, en compagnie des artilleurs français et des troupes coloniales sur le bateau «
Patria » (il sombra quelques années plus tard, dans le port de Haïfa le 25 novembre
940, avec une cargaison de réfugiés juifs se dirigeant vers la Palestine) en direction
de Beyrouth où nous arrivâmes après neuf jours de voyage au Liban et en Syrie.
La France concentrait à cette époque, sous le commandement du Général
Weygand, une armée destinée, destinée à intervenir, le moment venu, contre
l’Union soviétique et à occuper les territoires pétrolifères du Caucase. Nous prîmes
nos quartiers dans la ville historique de Baalbek. Nos chefs se succédaient presque
sans trêve.
Avant la capitulation de la France, le Général Weygand a été appelé pour
remplacer le Généralissime Gamelin. Après lui on a eu droit au Général
Mittelhauser. (Il remplace Weygand le 17 mai 1940, il rentre en métropole en juillet
1940. Lors de l’armistice, il dut régler le retrait des troupes françaises qui
117
collaboraient avec les Britanniques pour les concentrer sur le Liban et la Syrie). On
a même envoyé chez nous le tristement connu préfet de police Chiappe qui
participa au putsch fasciste de 1934, mais il périt en cours de route, l’avion qui
l’emportait vers Beyrouth étant tombé dans la mer (Jean Chiappe est nommé le 25
novembre par Pétain haut-commissaire de France au Levant, mais l’avion d'Air
France qui le mène au Liban et en Syrie est abattu on ne sait par qui le 27 novembre.
Le Général Dentz Gouverneur militaire de Paris, qui avait eu la mission de
remettre la capitale à l'ennemi le 14 juin 1940 fut, nommé par le régime de Vichy
haut-commissaire en Syrie en décembre 1940. Gracié par De Gaulle, Dentz mourra
le 13 décembre 1945 dans une geôle humide malsaine.
Après la débâcle de la France, un grand désarroi régnait dans notre
commandement. On nous rassembla et nos chefs nous déclarèrent que nous
pouvions nous diriger où nous voulions. Pendant quelques jours, le désordre fut
complet. Nombreux furent ceux qui prirent le chemin de la Palestine qui se trouvait
sous mandat britannique. Enfin le Général Mittelhauser (Commandant du 24 mai
au 16 juillet 1940) décida de se soumettre au régime de Vichy. C’est nous qui
devions payer les frais de la pagaille. Ceux qui avaient quitté les cantonnements
furent emprisonnés. On nous désarma et nous fûmes envoyés en Syrie. La vie y était
très dure.
Pendant trois mois, nous fûmes soumis à un régime spécial — réveil à 2 heures
30 du matin, marches forcées de 60 kilomètres avec exercice tout en portant notre
équipement. Ensuite nous fûmes incorporés dans des Compagnies de Travail, les
Espagnols dans des Compagnies punitives. Au mois de juin 1941 commencèrent les
attaques des Anglais aidés des contingents de la France Libre contre les troupes de
Vichy. On nous a demandé de reprendre les armes, mais nous avons refusé.
Le 28 août 1941, le reste de notre bataillon a été embarqué sur le Marrakech, le
6 septembre nous arrivâmes à Marseille. À Aubagne (Bouches-du-Rhône), on nous
incorpora dans des Compagnies de Travail. Je faisais partie du 4e groupement de
travail des Bouches-du-Rhône contre le chômage. Il y avait parmi nous des Anciens
de la Légion étrangère, tous les jours nos rangs augmentaient de réfugiés de
diverses nationalités.
Nous devions construire pour l’organisation allemande Todt une autostrade
reliant Marseille à Toulon pour faciliter le transport des livraisons allemandes pour
l’armée italienne. Ceux qui refusaient de travailler étaient privés des tickets de
ravitaillement. Après de longs efforts, et à l’aide d’un officier patriote du Centre de
Démobilisation de Marseille, un certain nombre d’entre nous, dont moi-même,
réussit à se faire démobiliser.
J’ai appris par la suite que nombre de nos camarades qui ne parvinrent pas à se
faire démobiliser ont été déportés en Allemagne, de même qu’un certain nombre
d’Espagnols envoyés dans des camps d’internement.
Pour moi, commença une nouvelle phase de la lutte antihitlérienne. À Lyon, je
contactai les organisations juives de la résistance. Envoyé à Roanne (Loire) j’y prisla
direction des groupes de combat juifs. À partir du 1er août 1943, nous combattions
au sein du maquis F.T.P.F. du secteur Paul-Vaillant-Couturier. À mon initiative fut
constituée avec l’aide des camarades André Colombé (Dédé) Français, et Antonio
Caligaris (Tony) Italien, la 6e Compagnie F.T.P.M.O.I. du 302eBataillon Roanne Loire.
118
Elle était composée de 30 jeunes Juifs et d'un certain nombre de combattants de
toutes origines. Cette Compagnie prit le nom de Charles Wolmark, assassiné par les
nazis en 1944. Nous prîmes part aux combats contre les troupes allemandes battant
en retraite en direction de l'Allemagne. Nous avons pourchassé les Allemands
jusqu'à 50 kilomètres de Roanne.
Fin novembre, nous fumes envoyés la frontière italienne, où on nous incorpora
dans le 99e Régiment d’Infanterie Alpine. Nous avons occupé des positions
avancées dans la montagne. L'hiver y était rude, mais le moral était excellent. Enfin,
le 26 avril 1945, nous reçûmes l'ordre de pénétrer en Italie ; nous nous sommes
arrêtés à Turin. Grande fut ma joie quand, en tant qu'adjudant-chef de l'armée
française, je fus convoqué, le 8 mai 1945, vers 15 heures, à l’état-major du régiment,
où je reçus la mission de former une patrouille pour faire sonner les cloches dans
toutes les églises de Turin annonçant la défaite définitive du Reich hitlérien et la
victoire des Alliés. Les cloches sonnaient la victoire, notre auto avançait lentement,
arrêtée continuellement par la foule rassemblée dans les rues. J'étais fier de
participer activement à cet évènement historique. Je ne l'oublierai jamais. »

155==Jacques SILBERFELD (alias Michel CHRESTIEN) GR 16 P 548457


Michel Chrestien ou Jacques Silberfeld né le 4 juillet 1915 à La Haye, Pays-Bas.
Décédé à Paris le 17 janvier 1991, était un traducteur et homme de lettres français
d’origine juive polonaise. Né le 04-07-1915 à La Haye (Pays-Bax) Recrutemenx SBC
(75) Mle 7705. 11e Cie 3e bataillon du 21e R.M.V.E. Prisonnier au stalag 17A, s’évade
et rejoint la résistance Déportation=Transport parti le 3 juillet 1944 de Toulouse
SILBERFELD Jacques né le 04/07/1915 à La Haye (NL). §d Libéréx par évasion du
train fantôme le 20/08/1944 à L’Homme d’Armes (26) Drôme). GR16 P548457
SILBERFELD, Jacques 04.07.1915 La Haye.

156 Primitigo SILIO GR 16 P 548509


Né le 01-11-1915 à Santander (Espagnx) Recrutemenx SBC (75) Mle 11069 —> SILIO
(Primitive) 1-1-15, Santander (Espagne) 2' cl. 21' R.M.V.E. Liste N 22.

157 Daniel-David SOBOL (0u David SOBOL) GR 16 P 551721


Né le à 04.07.1909 Odessa Ukraine. Né le 14-07-1909 à Odessa (Russix)
Recrutemenx SBC (75). Naturalisé 1947.

158 Oscar STOHR GR 16 P 557514


Né le 21-07-1897 à Wallenried (Suissx) Recrutemenx Tulle (19).

159 Jankuel SZYFMAN dit YANG †d MPFXd.


Né le 31-12-1909 à Varsovie (Polognx) Recrutemenx SBC (75) U.J.R.E. 1946 Yang né
en 1910 à Varsovie, SZYFMAN de son vrai nom. (D’après la biographie par Moshé
Schulstein Izkor buch » U.J.R.E. 1946 : Études au Heder. Émigré en 1924avec ses
parents en Palestine. Banni en janvier 1931 par les Britanniques pour activités
révolutionnaires, il revient en Pologne. Il y exerce à Varsovie divers métiers. Il
collabore aussi à la « Tribune littéraire ». Souvent en prison pour ses activités
politiques. Part à Paris en août 1936. Collabore à la « Naïe Presse » et au « Parizer
Journal. En 1939, il édite son livre « Oyf schwern grunt » et la même année il
119
s’engage volontairement dans l’armée française. Il fait ses classes à Barcarès, mais
il est démobilisé pour une grave maladie des yeux. Sous l’occupation allemande, il
vit à Paris avec sa femme Chawa dont il a un fils Albert en 1941. Plus tard réfugié
dans la sois-disant zone libre il est arrêté avec sa femme et son fils dans l’Indre. Ils
s’échappent du camp de Douadic. Après un long périple, ils trouvent refuge en
Savoie. Lorsque les Allemands prennent contrôle de la Savoie, Yankl entre en
résistance. Arrêté en mission en novembre 1943 à Chambéry, il est déporté à
Auschwitz-Birkenau, gazé le 25/11/43. Convoi 62.
Famille Szyfman - Jankiel Szyfman est né en Pologne en 1909, communiste,
écrivain et journaliste, son épouse Chawa et leurs fils Albert, né en 1941, quittent
Paris pour Aigurande (Indre). Arrêtés lors des rafles du 26 août 1942, ils sont
internés au camp de Douadic. Libérés, ils arrivent début 1943 à l'hôtel Beauséjour
à Aiguebelette. Jankiel est arrêté le 13 novembre 1943 à Chambéry et sera déporté
sans retour vers Auschwitz par le convoi n° 62 le 20 novembre 1943. Chawa
Szyfman reste à Aiguebelette jusqu'à la libération puis retourne à Paris avec Albert.
AJPN

160 Wilhem TCHAPPSKY GR 16 P 563856


Né le 06-08-1925 (Oh ! 1905) à Riga (Lettonie)FFI. Né le 06-08-1905 à Riga
(LettoniX) Recrutemenx Montpellier (34). Appartenait à la 4e section de la 10e Cie.
Disparu depuis Vaucouleurs selon Duvernay....

161 Joseph TEPER †d GR 16 P 564905


TEPER, Joseph 30.09.1907 Rawa Mazowiecka né le 30-09-1907 à Rowa (Polognx)
Recrutemenx SBC (75). Teper (Joseph, Menasze) né 30/9/07 à Rawa, Dcd 29/8/42
Auschwitz MPFXd. TEPER Joseph né le 30/09/07 à RAWA déporté par le convoi n°
23 Train 901-18 le 24/08/1942 à Auschwitz. Déportés 1000. Gazés 908. Survivants
23.

162 THENIER (Maurice) GR 16P 567016


—> ŸFDX Né le 2-3-13, Angers, serg. -chef, 21e R.I. List 17. Maurice Thenier alias
Tallien Giraud Gaillard né le 2.3.1913 a Angers- Maine et Loire,France. FFI.

163 Reinold THIEL GR 16 P 568354

Né le 06-05-1910 à Neufchâtel (Suissx) Recrutemenx SBC (75) Mle 5844. Le colonel


Debuissy avait à la bonne un Suisse, Reynold Thiel, né à Neuchâtel en 1910, et lui
avait demandé de former la musique du régiment « Thiel le rouge ou double
Mètre » (il mesurait un mètre quatre-vingt-dix) pianiste et espion communiste,
venait des Brigades internationales. Thiel s’était engagé au 21e régiment de
Volontaires étrangers dès le premier septembre alors que la guerre commençait
par l’assaut allemand contre la Pologne. Il suivait le mot d’ordre du parti
120
communiste : il fallait apprendre le métier des armes en vue de la lutte qui se
préparait en France. Pour former la musique, Thiel fit jouer ses relations. Il
convainquit Edwige Feuillère de remettre un cadeau à chaque homme du régiment
pour Noël. Pour la musique, il fallait des instruments qui coûtent cher : Thiel obtint
un don généreux de l’héritière des grands magasins Macy’s à New York. (Journal Le
Temps ; Thiel, un communiste méconnu. Alain Campiotti). Thiel fut démobilisé n
avril 1940 sans qu’on sache les circonstances. Reynold Thiel fera de la résistance
dans le Morvan.
Le 4 septembre 1963, il fait partie des 80 passagers tués dans l'explosion d'un
appareil Caravelle de Swissair. Le Neuchâtelois Thiel était couturier et pianiste
virtuose avant d’être communiste. Il était aussi compositeur. Fin 2008, début 2009
quelques partitions de Thiel ont été retrouvées, un quatuor, des pièces pour piano
et des poèmes mis en musique (LeTemps).

164 François UGARTE GR 16 P 580806


Né le 04.12.1907 à Bilbao (Espagnx) Recrutemenx SBC (75).

165 Henri Arthur VANDEVELDE Alias Noel GR 16 P 584848


Né le 23-02-1908 à Courcelles (Belgiqux) Recrutemenx Cambrai (59).

166 Charles VIGNERON GR 16 P 594171


Charles Paul Joseph VIGNERON, né le 15.10.1917 Nancy Meurthe-et-Moselle
France. —> VIGNERON (Charles) ŸFDX 15-10-17, Nancy, médecin lieutenant.. 21’
R.M. St. XII A. S’agit-il du docteur Vigneron cité par Hans Habe (Dulag de Dieuze) ?
Il y aurait alors 2 raisons pour laquelle Habe ne l’aurait pas choisi pour s’évader :
Vigneron de Nancy et du 21e R.M.

167 Gabriel Louis VILLOT GR 16 P 595739


Né le 10.12.1909 Savignac-Lédrier Dordogne. —> VILLOT (Gabriel) ŸFDX 1-12-09,
Savignac-Ledrier (Dord.) serg. -ch., 21e R.I. 5e Cie.

168 Szaja WARSAGER ou WARZAGER Chaya Sacha †d GR 16 P 601069


Né le 11-01-1900 à Bedzin (Polognx) Recrutemenx SBC (75) Mle 1364. WARZAGER
Szaja né le 11/01/1900 à BEDZIN déporté par le convoi n° 2 le 05/06/1942 à
Auschwitz. DCD le 15 mars 43. MPFXd. Dep 1000. Surv 41.

169 ==Nicolas WEISZ . GR 16 P 602292


WEISZ, Nicolas né le20.03.1910 Kunhegyes (Hongrix) Recrutemenx SBC (75).

170 Eugène François YERNAUX GR 16 P 605250


YERNAUX, Eugène François, né le 14-04-1907 à Couillet (Belgiqux) Recrutemenx
Versailles (78) —> YERNOUX (Eugène) 14-1-07, Couillet (Belgiq.) 2 'cl. 21' R.I. Liste
N 17.
171 Isaac ZIPKIN . GR 16 P 607642
Né le 15-11-1891 à Odessa, Ukraine (Russix) Recrutemenx Larochelle (17)

121
Table des matières
1 Mardiros ABRAHAMIAN GR 16 P 1995.......................................................................................................................................... 5
2 Itoc ABRAMO de Szlama SER (Charles SER.:VICI . GR 16 P 2016 ................................................................................................... 5
3 Simon AGRANAT GR 16 P 4130 ...................................................................................................................................................... 5
4 ==Paul ALTERESCO§d GR 16 P 990. ................................................................................................................................................ 5
5 Nachman ANGHERT GR 16 P 13821 .............................................................................................................................................. 5
6 ==Samuel ANKER§d GR 16 P 14155 ............................................................................................................................................... 5
7 François ARAK GR 16 P 15882........................................................................................................................................................ 5
8 Javierre ARCAS†d GR 16 P 16161 .................................................................................................................................................. 5
9 Edouard AREVIAN GR 16 P 16612 .................................................................................................................................................. 5
10 Salvator ASSAEL ........................................................................................................................................................................... 7
11 AUDIBERT Jean-François. .GR 16 P 21908 .................................................................................................................................... 9
12- Jsaac AVIGDOR GR 16 P 24467 .................................................................................................................................................... 9
13 Pedro AVILES . GR 16 P 24503 ....................................................................................................................................................... 9
14 Benjamin AVRAM GR 16 P 24615 ................................................................................................................................................ 9
15 Davydas BADASAS§d David BADACHE GR 16 P 26497 ............................................................................................................... 9
16 Bernard BARATI (Harnard) GR 16 P 31120 ................................................................................................................................ 63
17 Jukob BART (Jacob Jacques Bart) GR 16 P 35531 ...................................................................................................................... 63
18 ==Hermann BAUMANN§d GR 16 P 39561................................................................................................................................. 63
19 Antoine Henri BEILLE; GR 16 P 43667 ........................................................................................................................................ 63
20 André BENOIT . GR 16 P 47808. .................................................................................................................................................. 68
21 Domingo BIELSA (Dominique alias Toto) GR 16 P 58998 .......................................................................................................... 68
22 BIESVILLE Georges RAVEL de BIESVILLE §d GR 16 P 501042 ..................................................................................................... 68
23 Jacob BORENSZTAIN§d GR 16 P 74122 ..................................................................................................................................... 69
24 Nicolas BRODY GR 16 P 92290 .................................................................................................................................................... 70
25 Borah BRUHMAN (Boris HOLBAN) GR 16 P 93906..................................................................................................................... 70
26 Mathieu Jean François BUVAT GR 16 P 98813 ........................................................................................................................... 71
27 Jésus CACHAFEIRO GR 16 P 99598 CACHAFEIRO ...................................................................................................................... 72
28 Jacques CARASSO GR 16 P 105784 ............................................................................................................................................ 72
29 Théodore CEVEYTCH GR 16 P 115463 ....................................................................................................................................... 72
30 Joseph CLISCI †g GR 16 P 134074 .............................................................................................................................................. 72
31 Alexandre CORNESCO GR 16 P 142914 ...................................................................................................................................... 74
32 Marcel CORNU . GR 16 P 143268................................................................................................................................................ 74
33 CRAUS Bénédich GR 16 P 149857 .............................................................................................................................................. 74
34 Szulim CYMBALISTA GR 16 P 153619 ........................................................................................................................................ 74
35 Roger DAVASSE (?) GR 16 P 160079............................................................................................................................................ 74
36 Maurice DAVIDOWICZ GR 16 P 160793..................................................................................................................................... 74
37 Paul DEBUISSY Colonel GR 16 P 162816 .................................................................................................................................... 74
38 Jean Henri Gabriel Édouard DECOTTIGNIES GR 16 P 163874 ................................................................................................... 75
39 Salomon DEN-AREND GR 16 P 174466 ...................................................................................................................................... 75
40 Alfred DENU GR 16 P 175559..................................................................................................................................................... 75
41 Léon DE ROSEN GR 16 P 177169 ................................................................................................................................................ 75
42 Fernand DOUET GR 16 P 190846 ............................................................................................................................................... 76
43 DUBOIS (René Étienne) GR 16 P 194549 .................................................................................................................................... 76
44 == Berek DUDKIEWICZ alias Bernard GR 16 P 197221 ............................................................................................................... 76
45 Alexandre ECONOMON (ECONOMOU) GR 16 P 207451........................................................................................................... 77
46 Léon EHRLICH (ou Leizer EHRLICH) .GR 16 P 207948 ................................................................................................................. 77

122
47 Joseph Maurice FARGES GR 16 P 216285 ................................................................................................................................... 77
48 Abram FEFERKORN GR 16 P 219774 .......................................................................................................................................... 77
49 Mahmod FERIC (Mahumond Ferid) GR 16 P 220784 ................................................................................................................ 77
50 Abraham FERNAND GR 16 P 220913 ......................................................................................................................................... 77
51 Aladar FEUERLICHT GR 16 P 222845........................................................................................................................................... 77
52 Geisak FIHMAN ........................................................................................................................................................................... 77
53 ==Seraphin FILATOFF GR 16 P 223710 ...................................................................................................................................... 77
54 Ber FINIFTER GR 16 P 224417 .................................................................................................................................................... 77
55 Henry FINKELSTEIN GR 16 P 224340........................................................................................................................................... 77
56 Marcel FINKEWICZ ou FINKICWICZ ou Mendel FINKIEWICZ ou FINKEWIECZ GR 16 P 224444 ................................................. 78
57 Ernest FISCHER GR 16 P 224720 ................................................................................................................................................ 78
58 FISCHER Yacov (Jacques « Hardy ») †g . ..................................................................................................................................... 78
59 Victor FLEISCHL GR 16 P 225610 ................................................................................................................................................ 78
60 Yanchel FRENC ou Jean FRENCK ou Jean FRENCH GR 16 P 234694 et AC 21 P 609061 ........................................................... 78
61 Henri FUCS GR 16 P 236731 ....................................................................................................................................................... 79
62 Salvador GATTEGNO GR 16 P 245804 ....................................................................................................................................... 79
63 ==Chaïm David FRUCHTER GR 16 P 236488 ............................................................................................................................... 79
64 Henri GENTIL ? GR 16 P 250932 .................................................................................................................................................. 79
65 ==Abraham GHERCHANOC GR 16 P 253754 ............................................................................................................................. 79
66 Georges GHERTMAN ou Zulik ou Zelic, . GR 16 P 253768.......................................................................................................... 79
67 Émile Elie GHERTZMAN Alias Michel Gerdan GR 16 P 253770 ................................................................................................. 83
68 Richard GIUSTINIANI Richard Jim GIUSTINIANI alias Rémy Richard GR 16 P 259228 ............................................................. 83
69 Chil GOLDBERG alias AchilleChil GR 16 P 261707 ..................................................................................................................... 83
70 Isaac GOLDBERG GR 16 P 261715 .............................................................................................................................................. 83
71. Emeric GOLDBERGER GR 16 P 261726...................................................................................................................................... 83
72 Alexandre GOLEMBA GR 16 P 261931....................................................................................................................................... 84
73 Luis ou Louis Fernandez GONZALEZ GR 16 P 263246 ................................................................................................................ 84
74 Theodore GONZALEZ GR 16 P 263262 ....................................................................................................................................... 84
75 Ladislas GOTTSEGEN GR 16 P 264119 ....................................................................................................................................... 84
76 Bajniski GOUTMAN (ou Bajnisky GOUTMAN ou Bajnisy GOUTMAN) alias Gutman) GR 16 P 281517 ................................... 84
77 Israël GUTKIND GR 16 P 281502 ???.......................................................................................................................................... 84
78 Hirsz GUTRACH GR 16 P 281528 ................................................................................................................................................ 84
79 Richard HASDAY ......................................................................................................................................................................... 84
80 Szulim HAUSBERG GR 16 P 287125 ........................................................................................................................................... 84
81 Joseph HELD alias Schuck GR 16 P 288680 ................................................................................................................................ 84
82 Hers HERSZTENZANG†d ............................................................................................................................................................. 85
83 Camille HOUBAILLE R 16 P 296345 ............................................................................................................................................. 85
84 ==Arthur HUSCHAK GR 16 P 299716 ......................................................................................................................................... 85
85 Louis IMBACH GR 16 P 301238 .................................................................................................................................................. 86
86 Maurice JOIGNAUX GR 16 P 310199 ......................................................................................................................................... 86
87 Joseph JOSSUA GR 16 P 31174 .................................................................................................................................................. 86
88 ==André JUST GR 16 P 315226 ................................................................................................................................................... 86
89 ==Mendel JUSTER GR 16 P 315277 ............................................................................................................................................ 87
90 Chaïm KALMAN (alias Thomas Gleb) . ....................................................................................................................................... 87
91 Émile KALT GR 16 P 316218 ....................................................................................................................................................... 90
92 François KAMMERMEYER alias SANTA ..................................................................................................................................... 90
93 == Szlama KIELBIK. GR 16 P 319909 .......................................................................................................................................... 90
123
94 Ajzyk KIRZBAUM GR 16 P 320388 ............................................................................................................................................. 90
95 Emeric KLAUSNER GR 16 P 320527............................................................................................................................................ 90
96 Henryk KLAUSNER (Henri alias Martin) GR 16 P 320524 .......................................................................................................... 91
97 Jules KLEIN GR 16 P 320761 KLEIN ............................................................................................................................................ 91
98 Ladislas KOHN GR 16 P 321768 ................................................................................................................................................. 91
99 Theodore KOPILOFF 16 P 322260 .............................................................................................................................................. 91
100 Pinkus KORNFELD GR 16 P 322382 .......................................................................................................................................... 92
101 Jean KOVAL GR 16 P 323109 ..................................................................................................................................................... 92
102==Samuel KOVARSKI GR 16 P 323126....................................................................................................................................... 92
103 Pierre KRASS GR 16 P 323363 .................................................................................................................................................. 92
104 Peter KUNZ GR 16 P 324362. ................................................................................................................................................... 92
105 Joseph KUTIN (KUTYN) GR 16 P 324517 .................................................................................................................................. 92
106 Jean LANGLOIS GR 16 P 336430 .............................................................................................................................................. 93
107 Raymond LAUBER FFI. GR 16 P 341388 .................................................................................................................................. 93
108 ==Isy LAZARE GR 16 P 345087 ................................................................................................................................................. 94
109 ==Paul LEESCU FFI. GR 16 P 352560 ........................................................................................................................................ 94
110 Louis LE MADIC GR 16 P 359435 .............................................................................................................................................. 94
111 Baruch LERNER (Boria Lerner) †g FFI GR 16 P 365217 ............................................................................................................ 94
112 Benjamin LEWINSKY FFL GR 16 P 370810 ............................................................................................................................... 94
113 Hans LIATCHEFF †g GR 16 P 371948 ....................................................................................................................................... 107
114 William LINDEN FFI GR 16 P 373273...................................................................................................................................... 108
115 ==Joaquim LLAMAZARRES GR 16 P 374221 .......................................................................................................................... 108
116 Hermann LOPATIN (FFI) GR 16 P 376218 ............................................................................................................................... 108
117 Joseph LOPES GR 16 P 376231 ............................................................................................................................................... 108
118 == Alphonso LOPEZ GR 16 P 376250...................................................................................................................................... 108
119 Moritz MAER GR 16 P 382579 ............................................................................................................................................... 109
120 ==Elie MAISSI GR 16 P 385616 ............................................................................................................................................... 109
121 Alfred Antoine MALLERET GR 16 P 387312 ........................................................................................................................... 109
122 Conrado MANZANARES GR 16 P 390401............................................................................................................................... 111
123 Antonio MARTINEZ GR 16 P 399556...................................................................................................................................... 111
124 René MAUFROID GR 16 P 404778 ......................................................................................................................................... 112
125 Cala Meker (Charles Meler) GR 16 P 409408 ........................................................................................................................ 112
126 MODÉNA (Amédée) . .............................................................................................................................................................. 112
127 ==Juan MOLA 12/3/06. GR 16 P 42442 ................................................................................................................................. 113
128 Georges Jules NADAY GR 16 P 438843 .................................................................................................................................. 113
129 Gabriel NADIM GR 16 P 438913 ............................................................................................................................................ 113
130 Max NEUMANN GR 16 P 442482: .......................................................................................................................................... 113
131 == Pierre ODRY GR 16P449051 .............................................................................................................................................. 113
132 Ichok ORFUS GR 16 P 451172 ................................................................................................................................................ 114
133 Faustino OVIEDO GARCIA . GR 16 P 453431 .......................................................................................................................... 114
134 Bronis PAVLAVITCHIUS GR 16 P 461817 ............................................................................................................................... 114
135 Jean PEREIRA (Isaac) GR 16 P 466035 ................................................................................................................................... 114
136 Georges PETIT GR 16 P 471345 .............................................................................................................................................. 114
137 Jacques PHILOSOPH GR 16 P 474621 .................................................................................................................................... 114
138 Édouard PICK GR 16 P 475963 ............................................................................................................................................... 114
139 Israel PODGUSZER GR 16 P 482731 ....................................................................................................................................... 114
140 ==Georges PRAGER GR 16 P 489924 ..................................................................................................................................... 114
124
141 Salomon PUPKO GR 16 P 493843 .......................................................................................................................................... 114
142 Abraham QUADRAT ............................................................................................................................................................... 114
144 Adolphe RABINOVITCH†d GR 16 P 496643 ........................................................................................................................... 115
145 Benjamin RAJNBERG GR 16 P 498159 ................................................................................................................................... 116
146 Alfonso REDONDO GR 16 P 503039 ...................................................................................................................................... 116
147 Séverino RICO GR 16 P 510468 .............................................................................................................................................. 116
148 Fernando RIESTRA GR 16 P 510866. ...................................................................................................................................... 116
149 Francisco RODRIGUEZ 16 P 516875 ....................................................................................................................................... 116
150 ==Michon ROMANO GR 16 P 519065 .................................................................................................................................... 116
151 Pédro ROMERA (Pierre) GR 16 P 519198 .............................................................................................................................. 116
152 Émile ROSENBERG GR 16 P 520367 ....................................................................................................................................... 116
153 Joseph SCHUSS GR 16 P 541563 ............................................................................................................................................ 116
154 Szlama SER (Charles SER) GR 16 P 545173 ............................................................................................................................ 116
155==Jacques SILBERFELD (alias Michel CHRESTIEN) GR 16 P 548457 ....................................................................................... 119
156 Primitigo SILIO GR 16 P 548509 ............................................................................................................................................. 119
157 Daniel-David SOBOL (0u David SOBOL) GR 16 P 551721 ...................................................................................................... 119
158 Oscar STOHR GR 16 P 557514 ................................................................................................................................................ 119
159 Jankuel SZYFMAN dit YANG †d MPFXd. ................................................................................................................................ 119
160 Wilhem TCHAPPSKY GR 16 P 563856 .................................................................................................................................... 120
161 Joseph TEPER †d GR 16 P 564905 .......................................................................................................................................... 120
162 THENIER (Maurice) GR 16P 567016 ....................................................................................................................................... 120
163 Reinold THIEL GR 16 P 568354............................................................................................................................................... 120
164 François UGARTE GR 16 P 580806 ......................................................................................................................................... 121
165 Henri Arthur VANDEVELDE Alias Noel GR 16 P 584848 ........................................................................................................ 121
166 Charles VIGNERON GR 16 P 594171 ...................................................................................................................................... 121
167 Gabriel Louis VILLOT GR 16 P 595739 ................................................................................................................................... 121
168 Szaja WARSAGER ou WARZAGER Chaya Sacha †d GR 16 P 601069 ..................................................................................... 121
169 ==Nicolas WEISZ . GR 16 P 602292 ......................................................................................................................................... 121
170 Eugène François YERNAUX GR 16 P 605250.......................................................................................................................... 121
171 Isaac ZIPKIN . GR 16 P 607642 ................................................................................................................................................ 121

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