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La discrimination positive comme correction des inégalités socio-

économiques

PARTIE I : LA DISCRIMINATION POSITIVE


SOCIO-ÉCONOMIQUE

I- PRÉSENTATION DE LA DISCRIMINATION POSITIVE :


Déjà, en soi, la notion de discrimination positive n’est pas aussi simple à
cerner qu’on le croit généralement. Mais en outre, il faut bien l’avouer,
c’est le confusionnisme le plus complet qui règne à son sujet.
La discrimination positive n’est pas seulement un moyen d’intégrer les
« minorités visibles ». Il s’agit aussi d’un principe qui peut être appliqué en
matière de protection sociale. En effet, Comme le montre les textes
consacrés aux définitions de la discrimination positive, il convient donc de
distinguer entre une définition large et une définition rigoureuse du
concept : selon la première, il s’agirait seulement de « donner plus à ceux
qui ont moins », ce avec quoi tout le monde, ou peu s’en faut, ne peut
qu’être d’accord et qui ne pose en vérité aucun problème de principe ;
selon la seconde, en revanche, il s’agirait, en vue de réparer un handicap
injuste, non seulement de donner plus à ceux qui en ont été victimes, mais
de leur réserver, grâce à une politique de quotas, des avantages
compensatoires auxquels, seuls, ils auraient accès. C’est bien là ce qu’on
nomme aux États-Unis l’affirmative action, et seule cette seconde
acception définit réellement la discrimination positive. C’est elle nullement
la première, qui fait véritablement problème.

Les politiques de discrimination positive ont en commun de chercher à


rétablir l'égalité des chances et de corriger les effets négatifs de situations
créées par l'histoire et les inégalités devant l'accès à l'emploi, à la
formation, au logement pour des groupes désavantagés voire discriminés.

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La discrimination positive comme correction des inégalités socio-
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Dans un rapport publié en 1977, la US Commission on Civil Rights


proposait une définition de l'affirmative action qui en résume la
philosophie tout en permettant d'en appréhender le champ et la souplesse
d'application. Il s'agit de toute mesure qui, au-delà de la simple cessation
des pratiques discriminatoires, permet de corriger ou de compenser les
discriminations passées ou présentes ou d'empêcher leur survenue dans
l'avenir.

Ces dispositions visent à "réparer", à "corriger", à "compenser", à


"contrebalancer", à "inverser" les effets des discriminations ethniques,
sexuées, économiques même sociaux et les tendances naturelles à la
pérennisation, d'une génération à l'autre, des inégalités qui en découlent.

En faveur de la discrimination positive, trois arguments sont généralement


avancés :

1. Elle serait utile, voire nécessaire, pour compenser des


discriminations Anciennes (liées par exemple à la colonisation ou à la
pratique de l’esclavage), ou pour corriger des discriminations
actuelles (à celles qui subsistent des temps anciens s’ajouteraient
d’autres discriminations, pour ainsi dire « structurelles » ; le modèle
étant celui des inégalités de traitement entre homme et femmes).

2. Elle permettrait d’assurer une plus juste représentation de «


minorités », ou même de groupes majoritaires mais sous-
représentés (les femmes) et d’assurer ainsi une réelle diversité dans
la démocratie représentative.

3. À ces deux arguments majeurs s’ajoute parfois un troisième, qui


n’est pas négligeable : seule la discrimination positive fonderait une
politique réellement volontariste en matière d’égalisation des
conditions.

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Elle contribuerait à redonner une pertinence aux gouvernements


qu’une mise en œuvre imparfaite de l’idéal de l’égalité des chances
conduit chaque jour davantage à décrédibiliser aux yeux d’une
fraction importante de leurs concitoyens. Les discussions qu’elle
suscite, les contestations qu’elle provoque, auraient pour ainsi dire
une vertu intrinsèque : elles permettaient, ne serait-ce qu’en raison
de la médiatisation dont elles font l’objet, d’attirer l’attention sur
des problèmes qui, autrement, risqueraient de continuer à être
sous-estimés ou passés sous silence.

Toutefois la discrimination positive pose plusieurs problèmes qui sont


principalement :

1. La définition de la population sur laquelle elle s'applique. Peut-on


classer les citoyens suivant leur appartenance ethnique ? Comment
définit-on les appartenances ethniques ?

2. L'action positive ayant pour but de ne pas devenir une


discrimination, même positive, elle doit être limitée dans le temps.
On constate en effet dans les pays qui ont mis en œuvre ce type de
législation que les effets en sont réels et que cette politique doit être
supprimée, ou amendée. La Convention des Nations unies sur la
discrimination raciale n’approuve les programmes de discrimination
positive que dans les seuls cas où ils revêtent ce caractère
temporaire et remplissent cette fonction de rééquilibrage. Loin de
s’opposer à l’idéal de la séparation de l’Etat et de l’ethnicité, la
discrimination positive est une façon de tenter de la réaliser.
L’objectif ultimement visé est le retour à une société aveugle aux
différences, et non l’accomplissement d’une société où l’on
différencierait de manière définitive les groupes ethnoculturels.

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II- LES EXEMPLES DE LA DISCRIMINATION SOCIO-

ÉCONOMIQUE :

Les discriminations s'expriment principalement dans le monde du travail


et dans l'enseignement supérieur. Elles portent sur les groupes ethniques,
mais aussi sur les catégories socioprofessionnelles. L’obstacle est que les
banlieues regroupent à la fois les minorités ethniques et les catégories
socioprofessionnelles les plus défavorisées.
Les comportements étant discriminatoires, il semblerait logique que la loi,
temporairement, compense cette inégalité.

Dans l’enseignement : Il sera toujours plus difficile à un fils


d’ouvrier de devenir cadre qu’à un fils de cadre de devenir cadre à son
tour. Il est aujourd’hui malheureusement quatre fois plus difficile pour un
jeune d’un milieu défavorisé de rentrer dans une préparation aux concours
de grandes écoles qu’il y a quarante ans.

Longtemps, l’école a permis de gommer ces différents marqueurs sociaux


et donné la possibilité à des jeunes gens d’origine modeste de mener par
la suite de brillantes carrières. C’est de moins en moins le cas et la trappe
donnant accès à l’escalier social se referme.

« Aujourd’hui, seuls 30 % des enfants d’ouvriers accèdent à


l’enseignement supérieur contre près de 80 % pour les enfants de cadres.
Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, les étudiants issus des
milieux modestes représentent à peine 15 % des effectifs » (Stéphane
Beaud, dans « Le modèle social français », Cahiers français, n° 330,
2006).

Selon une enquête de l’Observatoire des discriminations (Université Paris


I), une personne d’origine maghrébine a cinq fois moins de chances
d’obtenir un entretien d’embauche à CV équivalent. Le taux de chômage

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des jeunes (18-25 ans) en zone urbaine sensible atteint 38%, soit le
double de la moyenne nationale pour cette tranche d’âge.

Pour y remédier la première étape consiste à casser la carte scolaire, qui


interdit aux élèves de banlieue d'étudier ailleurs que dans les
établissements de banlieue. Cette politique accentue le phénomène de
ghetto que tout le monde dénonce.

La deuxième étape consisterait à informer tous les élèves de la même


manière sur les possibilités d'études qui s'ouvrent à eux, et surtout sur les
débouchés professionnels qu'ils proposent. On constate en effet que les
élèves de classes préparatoires, l'élite des étudiants, sont presque tous
issus de milieux privilégiés.

Ensuite, il faudra probablement en venir à des quotas, des places


réservées aux meilleurs élèves issus des minorités et des banlieues
défavorisées.

Dans le monde professionnel : La lutte doit se faire sur deux


fronts : L'embauche et le « plafond de verre ».

L’embauche comme le cas des handicapés qui sont toujours très


discriminés en matière d'emploi, malgré une législation plus
contraignante pour les entreprises, soulignant les associations qui ont mis
sur pied des compagnes de sensibilisation pour convaincre les employeurs
de leur ouvrir leurs portes.

Le plafond de verre correspond au niveau maximum qu'on autorise les


minorités à atteindre. On constate que dans les grandes organisations,
même si un peu de diversité existe en bas de l'échelle, plus on monte et
plus la population est socialement et ethniquement homogène. Les
meilleurs éléments progressent jusqu'à un certain niveau, puis ils sont

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plafonnés. Ils constatent que les autres sont systématiquement promus


avant eux.

Les CV anonymes sont un outil utile, mais insuffisant. L’Etat n'a pas le
pouvoir d'imposer des quotas dans les entreprises. Il doit commencer par
le faire dans les administrations et dans les entreprises publiques, puis
favoriser l'évolution des mentalités dans le secteur privé.

Chiffre pour mémoire :

-- Les Français nés de parents algériens connaissent un chômage quatre


fois supérieur à leurs homologues nés de parents français.

-- Le taux de réussite à bac + 2 est près de deux fois inférieures pour les
étudiants ayant un de leur parent né à l'étranger (hors Union européenne)

-- La part des jeunes d'origine populaire dans les grandes écoles est
passée de 21 % au début des Trente Glorieuses à 7 % aujourd'hui. Comme
les statistiques ne nous disent pas la part des jeunes "issu(e)s de
l'immigration" dans ces 7 %...

-- 22 % des femmes actives de la tranche de 15-24 ans sont au chômage


contre 34 % pour les femmes d'origine étrangère.

-- La présence des Français d'origine étrangère ou originaires étrangères


parmi les cadres des grandes entreprises publiques ou privées est "faible,
voire très faible"

-- L'origine ethnique est un facteur qui pèse négativement sur l'attribution


d'un logement social.

-- En Grande-Bretagne, 10 % des effectifs de la BBC et 6 % de ses


présentateurs sont issus de l'immigration. En France, on en est à un
niveau dix fois inférieur.

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-- La France consacre 0,36 % du PIB à ses "territoires défavorisées".


L’Allemagne a consacré 3,5 % du sien aux territoires.

-- Diverses sources statistiques montrent que les jeunes issus de


l'immigration sont nettement sous-représentés dans les dispositifs en
alternance du fait essentiellement de la politique des entreprises. D'autre
part, quand ils bénéficient de stages réalisés dans des centres de
formation, ces jeunes sont plus massivement orientés vers les substituts à
l'emploi alors que quand cette formation se déroule en entreprise et se
rapproche de l'emploi, ils sont moins représentés.

-- La probabilité de rester sans-emploi est plus forte parmi les jeunes dont
un parent est immigré.

-- Comment remédier au fait qu'aux Etats-Unis, à statut social égal, les


élèves blancs issus de familles pauvres sont six fois plus nombreux à
réussir les tests d'admission à l'université que leurs homologues noirs et
hispaniques?

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PARTIE II : LA « DISCRIMINATION POSITIVE


» COMME CORRECTION DES INÉGALITÉS
SOCIO-ÉCONOMIQUES

I. PROMOUVOIR UN ETAT PROVINCE VERITABLEMENT SELECTIF :


Une forme de discrimination positive consiste à orienter vers les plus
démunis une part accrue des prestations sociales et des dépenses
publiques, par la mise en place d’un Etat-providence désormais sélectif,
qui choisit les ayants droits et les usagers en fonction de critères socio-
économiques, recentrage vers les plus démunis qui se traduit par une
mise sous condition de ressources d’un nombre accru de prestations.

L’idée est de faire face à la crise financière que traverse partout,


aujourd’hui, l’Etat-providence. Un principe d’égalité compensatrice
remplace une stricte égalité de traitement entre les ayants droits et les
usagers.

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Cette forme de discrimination positive a directement inspiré un certain


nombre de réformes opérées en terme de protection sociale,
d’aménagement du territoire ou d’accès au service public, notamment en
France.

Cette allocation de ressources rares est ouvertement discriminante :


donner plus à ceux qui ont moins implique de donner moins à ceux qui ont
plus. Cela contrevient au principe d’universalité des prestations et
d’égalité devant le service public, puisqu’il s’agit de développer des
prestations modulées selon les revenus ou soumises à des conditions de
ressources.

Jusqu’alors, l’Etat-providence a fonctionné comme suit : prendre aux plus


aisés par l’impôt et donner à tous par des prestations sociales, sans
aucune distinction (ou alors avec des plafonds très hauts). Le conflit
oppose ici équité et égalité, une conception dominante dans le monde
anglo-saxon et une conception dominante en France.

Il découpe en effet la société en deux blocs, les bénéficiaires et les exclus,


ce qui fait qu’elle ne peut être légitime que si elle isole soit les privilégiés
en haut, soit les exclus en bas. « La distribution sélective des prestations
sociales se heurte à une contradiction. Pour qu’elle soit efficace
économiquement, elle doit fixer des plafonds relativement bas et donc
exclure une bonne partie des classes moyennes. Mais elle est alors difficile
à gérer politiquement… »

« … Pour que la sélectivité soit facilement acceptée socialement, elle ne


doit par contre éliminer qu’une petite bande de la population. Mais
l’économie réalisée est alors très faible. Il n’y a dons que deux voies
praticables : celle d’une sélectivité modérée, telle qu’elle existe
actuellement en France pour une bonne partie des prestations, ou au
contraire celle d’une aide très ciblée, orientée vers des populations en état
de détresse »

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Le risque inhérent à un recentrage de la protection sociale sur les plus


démunis, c’est de faire éclater le pacte républicain : la force du système
de Sécurité sociale comme facteur de cohésion sociale réside
effectivement sans doute dans le fait que tous peuvent en attendre un
bénéfice. Risque alors de se développer une société duale à l’américaine,
avec d’un côté ceux qui ont suffisamment de ressources pour recourir à
l’assurance privée et les autres, qui perdent leur statut d’assuré au profit
de celui d’assisté.

Corrélativement à cela, une segmentation des statuts et une


parcellisation des droits qui risque d’opposer des catégories de population
les unes aux autres. « Lorsqu’on en sera arrivé là, le risque sera grand que
tous ceux qui paient tout en étant exclus du bénéfice des prestations
soient enclin à penser que l’aide consentie représente une charge à la fois
trop lourde pour la société et néfaste (car démobilisatrice) pour ses
bénéficiaires ».

II- LA DISCRIMINATION POSITIVE TERRITORIALE

La discrimination positive territoriale est partie de l’interrogation suivante :


faut-il traiter à l’identique des populations vivant dans des régions
montagneuses ou sur le littoral, des zones de désertification rurales et des
agglomérations en expansion démographique, des banlieues défavorisées
et des villes prospères,… ?

Face à cette diversité des situations, la loi a admis que l’homme concret
de l’espace économique ne doit pas être considéré comme un homme
abstrait du droit de la citoyenneté. Elle a élaboré la théorie des différences
de situations qui permet d’adapter les règles aux réalités. Et elle a jugé ce

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type de disposition compatible avec le principe d’égalité en considérant


qu’il contribuait à «corriger les déséquilibres les plus graves».

Au-delà des 44 zones franches urbaines et des 416 zones de


redynamisation urbaine, est symbolique de cette politique : il s’agit d’une
répartition géographique volontairement inégalitaire des moyens. Ce
système a l’avantage d’éviter la désignation d’une «population-cible».
Il ne rentre pas dans une discrimination positive relevant de la «justice
ethnoculturelle», mais plutôt de la justice sociale, dans la mesure où la
définition des zones se fait sur des critères tels que le niveau socio-
économique moyen des habitants ou le taux d’échec scolaire.

Cette pratique est donc à mi-chemin entre les notions d’égalité et


d’équité. Toutefois, ce système favorise aussi, indirectement, les
populations immigrées, dans la mesure où il y a souvent corrélation entre
statut d’immigré et condition socio-économique modeste.

Ainsi, la « discrimination positive territoriale », entendue comme un


ensemble de mesures dérogatoires dont l’intensité varie selon le degré de
handicap des « zones » où cette discrimination s’applique. Telle était la
philosophie de la loi d’orientation pour l’aménagement et le
développement du territoire qui créait les zones urbaines sensibles (ZUS)
et les zones de redynamisation urbaine (ZRU).

Le mécanisme de compensation des handicaps territoriaux cherchait à «


assurer, à chaque citoyen, l’égalité des chances sur l’ensemble du
territoire », en garantissant notamment l’égal accès de chaque citoyen
aux services publics. L’objectif visait tout autant les zones rurales
qu’urbaines. Mais, dans les quartiers urbains, il s’agissait surtout de
renforcer le volet économique en instaurant par exemple pour une durée

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de cinq ans, un régime massif d’exonérations fiscales et sociales dans les


zones franches urbaines.

En faveur de la discrimination positive territoriale, certaines


argumentations plaident :
• L'approche territoriale est un instrument pertinent de discrimination
positive, parce que la question de la performance des services et
des prestations collectifs, de la qualité des espaces publics
demeure essentielle dans les quartiers pauvres; et parce que
l'approche territoriale est un instrument complémentaire à la
discrimination positive ciblée vers des individus ou des groupes
sociaux.

• La reconnaissance du droit à la ville pour les quartiers populaires,


alors que les politiques publiques entretiennent l'illusion de régler le
problème par sa dissolution. A titre d’exemple en France la
démolition ne fera pas disparaître les quartiers populaires ou
immigrés ; elle en accélérera le déplacement vers d'autres
interstices urbains.

• La régulation des effets de dévalorisation des quartiers, de «


mauvaise réputation » des collèges, de fermeture du marché du
logement, de segmentation du marché du travail, par lesquels se
rejouent en permanence les mécanismes de classement, de
distinction et d'éviction.

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PARTIE III : LES RISQUES D’EFFETS


PERVERS ET LIMITES INDUITS PAR LA
POLITIQUE DE DISCRIMINATION POSITIVE

I- L’EXPERIENCE FRANCAISE :
La discrimination positive existe en France depuis plusieurs années. Elle
s'applique dans le domaine de l'emploi, par exemple à travers le dispositif
mis en place par la loi du 10 juillet 1987, qui impose à l’ensemble des
employeurs privés, et depuis 2005 aux administrations de l’État et aux
établissements publics à caractère scientifique, technologique ou culturel,

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une obligation d’emploi égale à 6% de l’effectif salarié au bénéfice des


travailleurs handicapés.

En 1990, une directive a été publiée pour favoriser l'accès des jeunes
Français d'origine maghrébine aux permis de conduire et aux grades
supérieurs au détriment des non-JFOM.

À partir de 2001, l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris a été l'un des
premiers établissements à mettre en place un programme de
discrimination positive en France, les Conventions éducation prioritaire
(CEP), lancées par le directeur Richard Descoings.

Une procédure spéciale d'admission pour des lycéens venant de ZEP a été
instaurés ; ils sont dispensés de concours d'entrée et sont recrutés sur
dossier et sur entretien. Ils bénéficient ensuite de la formation normale
des étudiants de l'IEP, qui leur permet notamment d'occuper des postes
de direction en entreprise et au sein de la haute fonction publique.

Le thème de la discrimination positive a été porté dans la perspective de


l'élection présidentielle de 2007 par Nicolas Sarkozy. Dans un premier
temps, il n'excluait pas une discrimination positive basée sur la couleur de
peau : « Les administrations sont obligées par la loi d'avoir 6% de leurs
collaborateurs avec un handicap. Qu'est-ce que c'est, sinon un quota ?
J'aimerais qu'on me dise pourquoi il serait normal de faire de la
discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce
serait anormal pour les concitoyens de couleur » (Le Parisien, 20 octobre
2006).

Dans un deuxième temps, en revanche, il a clairement exclu une


discrimination positive basée sur la couleur de peau : « Je refuse le

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communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible »


(congrès de l'UMP, 14 janvier 2007).

Les nombreux rapports français sur la question de la discrimination


positive privilégient la mise en place de statistiques ethniques pour
pouvoir évaluer correctement la situation, et l'amélioration de l'école
publique française ; le respect véritable du principe d'égalité permettrait
de corriger les problèmes tout en évitant la flétrissement des personnes
concernées et les doutes sur leurs compétences qui seraient entraînés par
un accès différencié aux diplômes et aux emplois.

Plusieurs programmes de discrimination positive visent les jeunes issus


des banlieues défavorisées : en 2001, l'école Sciences Po de Paris a mis en
place une action pour favoriser certains lycéens de ZEP qui entrent sans
passer le concours. En 2002, l'ESSEC a débuté le programme "Une grande
école, pourquoi pas moi ?". Depuis 2005, le lycée Henri-IV réserve une
classe préparatoire aux études supérieures aux lycéens boursiers.

En France, la discrimination positive s'applique non seulement aux


minorités visibles mais aussi aux femmes : les Françaises subissant en
effet des différences de traitement dans le monde de l'emploi (salaires,
conditions d'avancement) et en politique, plusieurs lois ont été votées
pour favoriser l'égalité de droit. La loi sur la parité de 2000 impose aux
partis politiques de proposer 50 % de candidates.

II- LES LIMITES DE LA DESCRIMINATION POSITIFS :

Quelle est l’efficacité des politiques de discrimination positive ? Le


problème est de savoir si les effets pervers des programmes de
discrimination positive ne sont pas pires que les problèmes qu’ils sont
censés corriger.

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Aujourd’hui, l’affirmative action est ainsi remise en cause aux Etats-Unis


par les conservateurs, ce qui va de pair avec la domination de l’idéologie
néo-libérale, laquelle refuse toute mesure qui rend imparfaite la
concurrence des individus sur le marché ; or, c’est bien le cas de la
politique d’affirmative action, puisqu’elle réserve un certain nombre de
postes à des groupes d’individus, par la définition de quotas, sans que soit
suffisamment pris en compte, d’après eux, des critères tels que la
compétence (dans la recherche d’un emploi) ou le niveau scolaire (dans le
recrutement des établissement scolaires) : certains parlent ainsi de
« privilèges ».

On arrive à des cas, affirment les conservateurs, où un Noir incompétent


est préféré à un Blanc compétent, ce qui remettrait en cause le principe
de méritocratie.

Ainsi, depuis 1996, l’affirmative action est fortement contestée par les
conservateurs américains devant les tribunaux fédéraux, parce qu’ils lui
reprochent une « discrimination inversée » à l’encontre des Américains
blancs. Par exemple, la California Civil Rights Initiative (CCRI) a réussi à
entériner par un référendum, en novembre 1996, le démantèlement de
certains programmes. Ce texte interdit de prendre en compte le sexe ou
la race lorsqu’il s’agit de l’entrée dans les universités ou des offres
d’embauche dans le secteur public.

De plus, certains pensent qu’il est contre-productif de chercher à réaliser


l’idéal de « color-blindness » par le moyen de politiques qui s’appuient sur
l’idée de « race ».

La discrimination positive, prétendent-ils, exacerbe précisément le


problème qu’elle devrait résoudre en rendant les gens davantage
conscients des différences entre les groupes et en accentuant leur
ressentiment à l’égard des groupes autres que le leur. Les avantages
accordés aux femmes ou aux victimes de discriminations ne risquent-ils

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pas de légitimer la catégorisation des individus, contrairement à l’objectif


ultime qui est de revenir à une société aveugle aux différences.

Autre argument contre la discrimination positive : certains pensent que


c’est faire une injure aux personnes appartenant à des groupes
défavorisés que de pratiquer une politique de discrimination positive, car
on a l’impression d’une politique de charité, d’assistance, ce qui pousse
ces populations à ne pas faire d’efforts pour s’intégrer par elles-mêmes, et
qui provoque, de la part des non-bénéficiaires de ces politiques, une
flétrissement .

Le risque que les avantages accordés à certaines catégories de personnes


créent une accoutumance aux aides, de telle sorte qu’elles risquent de
développer ce que l’on appelle une mentalité d’assistés ou d’ayants droits.

Certains pensent qu’il est fourbe d’attendre des bénéficiaires qu’ils


reconnaissent jamais avoir atteint l’égalité et acceptent de renoncer à leur
bénéfice. Tout projet de suppression risque d’être dénoncé comme une
atteinte à des droits acquis. Il est plus facile d’accorder une discrimination
positive que d’y mettre un terme. Les mêmes personnes ont tendance à
penser que les mesures de discrimination positive, résolvant rarement les
problèmes qu’elles prétendent régler, entraînent des surenchères, de
sorte que la spirale s’autoalimente, et que l’on finit par devoir imaginer
des adaptations aux effets pervers des ajustements.

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