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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Plan

 Introduction.

 Chapitre 1 : Concept de difficulté de l’entreprise.

I. Notion d’entreprises en difficultés.

II. Symptômes des difficultés des entreprises.

 Chapitre 2 : Diagnostic des difficultés de l’entreprise.

I. La méthode empirique.

II. Les méthodes statistiques.

 Chapitre 3 : La méthode des scores et prédiction des difficultés des


entreprises.

I. Origine de la méthode des scores.

II. La fonction de score de bilans de la Banque de France.

III. La portée de la méthode des scores.

 Conclusion.

 Bibliographie.

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Introduction
Depuis des années, le nombre annuel des défaillances d’entreprise n’a cessé
d’augmenter, cette tendance se confirmant encore davantage lors des périodes de
crises. Ainsi, en vertu de l’adage bien connu : « il vaut mieux prévenir que guérir »,
l’étude des difficultés d’entreprise revêt une importance de premier ordre.

De la situation financière difficile à la faillite, la notion d’entreprise en


difficulté est vaste. En effet, détecter les défaillances des entreprises, connaître les
symptômes de ces défaillances et les traiter est utile non seulement pour l’entreprise,
mais aussi à ses banquiers et ses fournisseurs s’ils désirent contrôler le risque de
défaillance.

Toutefois, le caractère juridique de ce concept est incontournable et il ne peut


être défini sans se référer à la législation qui le régit. La vocation de cette législation
est double. Elle vise, en premier lieu, à prévenir les difficultés avant qu’elles ne
conduisent irrémédiablement à la crise financière, et, dans un deuxième temps, à
organiser le sauvetage de la firme défaillante. En dernier ressort, elle planifie la
liquidation des actifs si l’activité est définitivement compromise.

Le premier chapitre concernant ce travail fera l’objet d’une étude du concept


d’entreprises en difficultés dont on a apprécié les différents symptômes et causes de
ces difficultés.

Le second chapitre de cette étude aura pour objectif d’expliquer l’apport De


l’approche statistique et empirique comme technique pointue dédiée à la détection
précoce, de surveillance et de prévention des difficultés des entreprises et du risque de
défaillance.

Dans un dernier chapitre nous traitons les techniques susceptibles de surveiller


et prévoir le risque de défaillance de l'entreprise à savoir la méthode des scores.

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Chapitre 1 : Concept de difficulté de


l’entreprise

Si l’analyse financière s’est intéressé depuis longtemps au diagnostic de


l’entreprise, ce n’est que depuis les années 1970 qu’elle commence a se préoccuper
des difficultés d’entreprises : Il va sans dire que les difficultés dont il est question ici
ne sont celles courantes, surmontables et qui sont le pair du quotidien des entreprises,
il s’agit plutôt de difficultés graves qui peuvent mettre en péril la pérennité et la survie
de l’entreprise.

I. Notion d’entreprises en difficultés


La notion d’entreprise en difficulté est vaste. Sans doute parce qu’il s’agit d’un
sujet tabou, la terminologie autour des difficultés de l’entreprise est souvent floue.
Toutefois, il est important d’en préciser le sens.

Différents termes, plus ou moins définis, sont utilisés pour la compréhension de la


notion de difficultés des entreprises :

 Défaut de paiement : C’est la première manifestation concrète des difficultés


financière d’une entreprise. Il s’agit du non-respect d’un contrat liant un
débiteur à un créancier. Le débiteur ne règle pas une échéance de dette
(financière ou d’exploitation) ou d’d’intérêts. Ce défaut peut être volontaire ou
non.
 Cessation de paiement : Cette situation survient lorsque le débiteur ne peut
plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible ; on parlera
également de défaillance. Il s’agit dont d’un événement plus grave que le
simple défaut de paiement.
 Dépôt de bilan : c’est une déclaration de la cessation de paiement faite par les
dirigeants de l’entreprise au tribunal de commerce.
 Faillite : Le terme de faillite est essentiellement utilisé en langage commun
pour désigner une procédure collective de redressement judiciaire ou de
liquidation judiciaire.

Jean BRILMMAN, dans son livre « Gestion de crise et stratégie de redressement »,


retient quant a lui, un concept assez étendu : l’entreprise en difficulté n’est pas
seulement une entreprise qui a des problèmes financiers mais aussi une entreprise qui,
rencontrant ou prévoyant des difficultés, prend des mesures immédiates afin de ne pas

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connaitre d’ennuis financiers. Ces entreprises se caractérisent par une faible rentabilité,
un volume d’activité en baisse, une dégradation du climat social voire de grèves ; elles
traversent aussi, pour nombre d’entre elles, une conjoncture difficile.

Pour Philippe PEYRAMAURE et Pierre SARDET, dans leur livre « l’entreprise


en difficulté », l’entreprise en difficulté est celle qui est soumise à une procédure
judiciaire et qui porte en elle généralement d’importants risques de défaillance.

Depuis la situation économique difficile à la constatation juridique de la


défaillance, la notion d’entreprise en difficulté est assez large ; Le processus de
défaillance est progressif et comporte, le plus souvent, trois niveaux : La défaillance
économique, la défaillance financière et la défaillance juridique. Cette dernière n’est
que l’aboutissement des deux premières, elle sanctionne l’incapacité de l’entreprise à
générer un excédent de ressources monétaires rémunérant tous les agents impliqués
dans la création de cette richesse et à honorer ses engagements.

 La défaillance économique peut être définie par des pertes structurelles ou


chroniques. Elle signifie que l’entreprise n’est plus rentable et génère plus de
charges que de produits. Le résultat de l’activité n’enrichit plus l’entreprise et
celle-ci ne contribue plus positivement à l’économie.
Le stade ultime de la défaillance économique est d’avoir une valeur ajoutée
négative c'est-à-dire que l’entreprise consomme les ressources au lieu de les
produire.
 La défaillance financière correspond au cas où l’entreprise ne peut
structurellement pas faire face à ses décaissements et son passif à court terme
est nettement supérieur à son actif réalisable. Elle ne trouve plus de solution
pour gérer sa dette ce qui se traduit par des incidences de paiement. Cette
illiquidité aboutit rapidement à l’impossibilité de payer les créanciers.
 La défaillance juridique est la sanction légale de la défaillance financière et la
constatation juridique de l’insolvabilité de l’entreprise qui la soumet au contrôle
de la justice. Elle signifie, dans la majorité des cas, la disparition à court terme
de l’entité économique.

La notion d’entreprise en difficulté peut alors donner lieu a une définition simple
et claire : on considérera comme telle, une entreprise en état de cessation de paiement,
engagée dans une procédure de redressement judiciaire.

Cela étant, il convient de signaler que le nouveau code de commerce (Loi n° 15-95)
a consacré, tout un livre aux entreprises en difficulté, comportant 191 articles
regroupés en 6 titres. L’intitulé même du livre V, « les difficultés de l’entreprise »,
révèle le bouleversement juridique majeur intervenu en ce domaine.

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Désormais, au lieu de « faillite, banqueroute et liquidation judiciaire » le nouveau


code de commerce parle plutôt, de « prévention des entreprises en difficultés » et de
traitement des entreprises en difficultés ». Le souci du législateur a été à l’évidence,
d’agir alors qu’il est encore temps d’intervenir avant que le redressement ne soit
devenu une illusion.

Ainsi, la protection de l’entreprise en difficultés est devenue l’une des finalités


principales du nouveau droit des affaires. C’est dans cet esprit que le nouveau code de
commerce réglemente les procédures de traitement des difficultés des entreprises et
accorde une phase particulière à la prévention desdites difficultés.

II. Symptômes des difficultés des entreprises


1. Les principaux symptômes

Les symptômes de difficultés d’entreprises sont très divers et il est presque


impossible de dresser une liste susceptible d’être généralisée et applicable à toutes
situations.

Par ailleurs, il est souvent difficile d’affirmer si tel symptôme constitue l’effet
ou la cause de la difficulté d’entreprise. Le premier est généralement reflété par les
états financiers, la recherche de la seconde exige un diagnostic complet est approfondi.

Voici quelques uns des symptômes les plus fréquemment rencontrés dans les
entreprises en difficultés.

 La baisse du chiffre d’affaire

La baisse du volume des ventes, accompagnée du maintien ou de l’augmentation


du volume des achats et donc des stocks, signifie souvent que l’entreprise est
confrontée a des problèmes de mévente, de vive concurrence… surtout si cette
situation n’est pas générale au secteur ou à la branche d’activité.

 Un autofinancement insuffisant

L’insuffisance de l’autofinancement entraine une fragilité accrue de la structure


financière.

Le surendettement met les entreprises à la merci de la conjoncture économique et


l’entreprise surendettée perd son indépendance face à son banquier, ses clients, ses
fournisseurs ou les pouvoirs publics.

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 Fonds de roulement et/ou situation nette négative

Un fonds de roulement négatif signifie un déséquilibre financier – sauf cas


particulier (grande distribution ou au détail)- qui peut s’avérer préjudiciable à la survie
de l’entreprise : le cycle d’exploitation et l’actif circulant sont entièrement financés par
du passif exigible à court terme (passif circulant), et il suffit une détérioration de la
conjoncture économique (baisse de CA par exemple) pour que l’entreprise se trouve en
très mauvais posture.

Par ailleurs, l’accumulation de résultats déficitaires finit par entamer le capital


social et par entraîner une situation nette négative (dettes supérieures aux actifs). Si
l’on excepte des cas particuliers (existence de quasi-fonds propres importants, comptes
courants d’associés), cette situation constitue un signe alarmant indiquant l’existence
de difficultés financières réelles.

 L’accroissement des dettes :

L’augmentation des dettes et la détérioration du ratio d’endettement (fonds propres/


capitaux empruntés) signifient souvent que l’entreprise est incapable d’assurer son
équilibre grâce à son autofinancement et aux apports en capital de se propriétaire.

 Dégradation de la rentabilité

Le résultat est généralement présenté comme l’un des principaux indicateurs de la


réussite. Sa dégradation continue et l’enregistrement des pertes par l’entreprise signifie
que c’est la substance même de celle-ci qui est entamée et que son patrimoine se
dévalorise.

Il est d’ailleurs préférable d’envisager la rentabilité économique (avant frais


financiers et impôts) que le résultat net.

L’enregistrement de mauvais résultat signifie que l’autofinancement de l’entreprise


est mal ou n’est pas assuré.

 La diminution de la liquidité

Cela signifie généralement une dégradation de la solvabilité dont les signes sont
divers : une détérioration des ratios de rotation des stocks, du crédit client et
fournisseurs et de la trésorerie.

Les problèmes de trésorerie sont souvent l’expression financière et l’aboutissement


d’autres problèmes économiques (baisse du CA, de la rentabilité…) ou de gestion
(faible productivité, incompétence du personnel…).

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La spirale des difficultés financières de l’entreprise en difficulté

Difficultés commerciales
et techniques, frais fixes
importants

Cessation de
paiement EBE faible ou
négatif

Blocage progressif Insuffisance de


trésorerie

Recours à un endettement
supplémentaire,
augmentation des charges
financières

Source : Ouvrage de MM. F.CRUCIFIX et A. DERNI

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2. Les causes des défaillances d’entreprises

La connaissance des phénomènes les plus générateurs d’échec pour les entreprises
permet d’éviter certains pièges et de prendre les dispositions nécessaires pour ne pas
s’exposer aux risques classiques.

Au Maroc, le champ d’investigation sur les difficultés des entreprises, leurs


prédictions demeure relativement vierge, ceci peut trouver son explication dans le fait
que notre pays se trouve confronté à des exigences de développement économique et
toute l’attention des responsables est focalisée sur la création d’entreprises, quoi qu’il
ne suffit pas de créer une entreprise, encore faut-il qu’elle continue à vivre et à
prospérer

Par ailleurs, en France, de très nombreuses recherches et études ont été menées
devant la progression alarmante des défaillances d’entreprises.

Nous allons passer en revue les principales classifications des causes de défaillance
d’entreprises. Elles résultent d’études qu’il convient d’envisager avec prudence.

A. Résultat de quelques études réalisées en France :

a. L’étude monographique de l’IREP (Grenoble)

L’étude a porté sur sept monographies d’entreprises défaillantes. Les auteurs ont
retenu quatre principales causes de défaillance d’entreprise.

 LA STRATEGIE PATRONALE

Il s’agit des cessations d’activité volontairement et minutieusement préparées par


les patrons de l’entreprise. Cette stratégie, analysée au travers de trois monographies,
répond :

 Probablement à la volonté de fermer l’usine et d’aller s’installer dans une région


plus accueillante et plus clémente ;

 A l’absence d’une réelle volonté de sauver l’entreprise ;

 A la décision (a priori ou a postériori) d’une multinationale de se débarrasser


d’une filiale locale.

Bien entendu, lorsque la cessation d’activité résulte d’une stratégie volontaire, il est
illusoire d’en rechercher les symptômes au travers d’une communication
volontairement absente ou de documents comptables qui ne sauraient refléter cette
stratégie.

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 LA CONCURRENCE INTERNATIONALE

L’ouverture des frontières et l’internationalisation des marchés se traduisent par


une spécialisation progressive des économies nationales. Celle-ci passe par une
restructuration de certains secteurs de l’économie, qui elle-même suppose quelquefois
des disparitions d’entreprises.

Cette constatation doit donner à réfléchir aux entreprises marocaines qui abordent
l’ouverture des frontières et l’application des nouvelles dispositions du GATT et des
accords de libre échange avec l’union européenne.

 LA POLITIQUE D’INVESTISSEMENT ET D’INNOVATION

On dit souvent que l’investissement et l’innovation sont les moteurs du


développement. A contrario, l’absence d’une politique d’investissement et
d’innovation peut signifier un grignotage progressif des parts de marché de l’entreprise
et, à terme, sa mise en difficulté.

 LES PARTENAIRES COMMERCIAUX ET FINANCIERS

Les auteurs de l’étude notent que les principaux partenaires de l’entreprise,


susceptibles de lui causer de graves difficultés, sont les clients et les banques.

La défaillance d’un ou plusieurs clients de l’entreprise peut être à l’origine de la


cessation d’activité.

b. Les autres études étrangères

Antérieurement à l’étude monographique précédemment citée, d’autres


recherches sur les causes de défaillance d’entreprises ont été réalisées. Nous signalons
parmi elles l’étude de la Caisse Nationale des Marchés de l’Etat (C.N.M.E. –France) et
celle de J. Conan et M. Holder (Thèse d’Etat- Paris Dauphine 1979).

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 L’étude de la C.N.M.E

Cette étude a permis de faire ressortir les dix principales causes de défaillance,
agissant seules ou en combinaison avec d’autres :

1 Défaillance des clients 21%


2 Stocks trop importants 11%
3 Suppression de concours bancaires 11%
4 Frais de personnel trop élevés 10%
5 Décès ou maladie du dirigeant 10%
6 Mauvaise comptabilité 9%
7 Manœuvres malhonnêtes ou déloyales 8%
8 Expropriation-transfert 8%
9 Baisse conjoncturelle du chiffre d’affaire 8%
10 Mauvaise organisation de l’entreprise 6%
Source : BELKAHIA Rachid, OUDAD Hassan, Finance d’entreprise (Tome 1), édition
GAËTAN MORIN, 1997, 551 pages.

On remarque que les problèmes de trésorerie (suppression des concours


bancaires) et de gestion de besoin en fond de roulement (clients, stocks, etc.) sont
prédominants (43% de causes).

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 L’étude de J.CONAN et M.HOLDER

Ces auteurs ont également retenu les dix premières causes de défaillance des
entreprises :

1 Baisse conjoncturelle du chiffre d’affaire 21%


2 Mauvaise organisation de l’entreprise 11%
3 Défaillance des clients 10%
4 Croissance trop rapide 9%
5 Décès du dirigeant ou maladie 7%
6 Obsolescence du produit, erreur de diversification 5%
7 Mauvaise comptabilité 5%
8 Politique d’investissement trop ambitieuse 5%
9 Obsolescence de l’outil de production 4%
10 Suppression des concours bancaire 3%
Source : BELKAHIA Rachid, OUDAD Hassan, Finance d’entreprise (Tome 1), édition
GAËTAN MORIN, 1997, 551 pages.

Les résultats de cette étude divergent beaucoup par rapport à ceux dégagés par
celle de la C.N.M.E.

La cause classée n°4 (croissance trop rapide) peut faire sursauter certains
esprits : la croissance est l’un des objectifs poursuivis et souhaités par bien des
entreprises.

Mais en réalité, une croissance trop rapide, non maîtrisée, se traduit par un
important accroissement du besoin en fonds de roulement (financement des stockes, du
crédit clients, etc.) qui faute d’un financement appropriée peut se traduire par
l’asphyxie financière de l’entreprise.

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 L’agrégat des principales causes

Les divergences entre les deux études ne sont en réalité qu’apparentes : l’agrégat
des différentes causes de défaillance selon leur degré de prévisibilité ou selon qu’il
s’agit de problème de gestion aboutit en réalité à des résultats très convergents :

Cause par ordre de prévisibilité Etude

C.N.M.E J.CONAN et
M.HOLDER

I Causes purement accidentelles 13% 12%

II Modifications de l’environnement de l’entreprise 18% 25%


difficilement prévisibles

III Evolution prévision de l’environnement de 14% 7%


l’entreprise

IV Contraintes préexistant dans l’environnement de 4% 2%


l’entreprise mais posant le problème de façon
soudaine

V Problème de gestion 51% 54%


100% 100%
Source : BELKAHIA Rachid, OUDAD Hassan, Finance d’entreprise (Tome 1), édition
GAËTAN MORIN, 1997, 551 pages

On remarque que les problèmes de gestion sont prédominants (dan les deux études
supérieurs à 50%). Dans ces conditions, et ci ces études devaient avoir une portée
générale ; on peut dire que le rôle de l’expert comptable et/ou du consultant
d’entreprise sera important dans le diagnostic et la prévention des difficultés
d’entreprise.

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B. Les causes de défaillance des entreprises au Maroc : exemple d’une étude

Le champ d’investigations sur les entreprises en difficulté, leur prédiction et leur


prévention est relativement vierge au Maroc : le pays est confronté à des exigences de
développement à des exigences de développement économique et toute l’attention des
responsables est focalisée sur la création d’entreprises.

Pourtant, il ne suffit pas de créer une entreprise, encore fait-il qu’elle continue à
vivre et à prospérer. On peut estimer que, dans bien des cas, les coûts de prévention
des défaillances d’entreprises ou celui du sauvetage d’une entreprise en difficulté
peuvent s’avérer moins élevés que ceux nécessités par la création d’une nouvelle
entité.

Les statistiques sur les défaillances d’entreprises au Maroc sont pratiquement


inexistantes et le recours au nombre de radiations enregistrées au Registre de
commerce peut être la conséquence d’une cessation volontaire d’activité, ou la
disparition d’une entreprise qui sera remplacée par une autre exerçant la même activité
sous un autre nom et une autre forme.

Il est de plus en plus urgent que se développent des études sur la gestion des
entreprises et sur la prédiction et la prévention de leur défaillance, car le Maroc est un
pays jeune dont les ressources financières sont limitées et doivent être allouées avec
sagesse et sans gaspillage.

Une étude de M.Mohammed TAZI –Mémoire de D.E.S.ès les causes de


défaillance des entreprises au Maroc : un essai d’application soutenu à l’université
Hassan II, faculté de droit en Mai 1993- a été menée à Casablanca sur les causes de
défaillance des entreprises portant sur 56 cas. L’auteur a recensé des causes internes et
des causes externes.

 Les causes internes de défaillances d’entreprises :

 Ce sont tout d’abord les problèmes d’ordre organisationnel qui sont à l’origine
de la plupart des défaillances : les causes dues à l’incompétence des dirigeants
et les erreurs de gestion sont observées dans 70% des cas (39 sur 56)

 Les mésententes graves associées engendrent souvent des problèmes de gestion


et, par conséquent, des difficultés pour l’entreprise, qui peuvent mettre en péril
sa survie : elles finissent souvent par la nomination d’un administrateur
judiciaire (47 cas ont été observés entre 1980 et 1985).

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 Viennent ensuite les problèmes d’ordre social tels que les grèves qui peuvent
être paralysantes et coûteuses pour l’entreprise ainsi que les démissions
volontaires du personnel (essentiellement les cadres et les ouvriers spécialisés).

 Le quatrième type de causes internes de défaillance est constitué par « la


déficience des techniques internes de gestion », soit essentiellement le système
d’information comptable et la fonction commerciale.

 Les causes externes de défaillances d’entreprises:

 Parmi les causes externes, l’étude cite la défaillance des clients ou du principal
client de l’entreprise. Lorsque le client est représenté par l’Etat, les difficultés
proviennent des procédures administratives très longues de règlement des
marchés publics.

 Le deuxième partenaire qui peut entrainer ou accélérer la défaillance de


l’entreprise est le banquier qui vient à arrêter brutalement des concours au
moment précisément où l’entreprise en difficulté en a le plus besoin.

 D’après la même étude, les crises économiques sectorielles peuvent également


précipiter la défaillance de l’entreprise.

 Enfin, elle fait apparaître la traduction financière de ces difficultés au travers


des ratios de rentabilité et de solvabilité :

 Entreprises à rentabilité dégradée et à solvabilité affaiblie : 48% ;

 Entreprises solvables et à rentabilité dégradée : 14% ;

 Entreprises à rentabilité élevée et faiblement solvable : 19% Soit 81% du


total de l’échantillon.

Bien que reposant sur des données incomplètes et imparfaites, cette étude a le
mérite d’exister, d’ouvrir la voie à des recherches ultérieures, de mettre en relief un
certain nombre de causes susceptibles d’expliquer les défaillances d’entreprises, et
d’éclairer les dirigeants et les experts comptables (responsables du contrôle des
comptes) sur les points à surveiller et qui peuvent constituer des indicateurs d’alerte.

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Chapitre II: les méthodes de prédiction des


difficultés des entreprises

La prédiction des difficultés des entreprises se manifeste grâce aux différents


outils de l’analyse financière. Les documents comptables (bilan, CPC…) représentent
la traduction monétaire et financière du patrimoine et des opérations de l’entreprise.
Dès lors, il est normal que les analystes y puisent les informations dont ils ont besoin
(ratios…) pour juger la situation d’une entreprise ou analyser les difficultés présentes
ou potentielles qui risquent de remettre en cause sa survie.

Les difficultés liées à l’entreprise sont détectées nécessairement par l’analyse


financière qui a contribué à diagnostiquer et analyser ce phénomène par deux
démarches fondamentales à savoir une démarche traditionnelle, soit dans une
procédure d’investigation élaborée utilisant éventuellement des méthodes statistiques.

I. La méthode empirique :
Cette méthode traditionnelle utilise différents outils dont : le fonds de roulement,
ratios, tableaux de flux… etc., et ce pour aboutir au but final, celui de détecter les
risques et les difficultés qui peuvent toucher l’’entreprise.

Mais la multiplicité des indicateurs soulève un problème en termes de sélection


des indicateurs pertinents, de divergence possible entre les résultats qu’ils permettent
d’établir, d’interdépendance entre les différentes caractéristiques qu’ils traduisent.

Devant ces difficultés pratiques de l’analyse traditionnelle, les chercheurs ont


essayé depuis longtemps à mettre en œuvre des méthodes de notation globale, ou
scoring, qui intègrent de manière conjointe plusieurs indicateurs pertinents.

La note globale ou score vise soit à classer l’entreprise en termes de bonne ou


mauvaise situation financière, soit à lui prédire de graves difficultés ou des risques de
faillite dans un avenir proche.

Cette méthode s’est développée à l’origine aux Etats-Unis dans les milieux
bancaires, et elle est mise en œuvre en particulier à l’occasion de l’’octroi des crédits.

A cet égard, la méthode dite des « crédit men »fournit une illustration largement
connue. Elle consiste à attribuer un score global qui prend en compte les trois éléments
suivants:

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

 Le facteur de la qualité du personnel et de sa gestion ; juge la compétence des


dirigeants et du personnel (pondération : 40%) ;
 Le facteur de la situation et des perspectives économiques ; prend en
considération les éléments conjoncturels de la banque d’activité (20%) ;
 Le facteur de la situation et des performances financières dont l’appréciation se
fait par une combinaison d’un certain nombre de ratios financiers (40%).

Par conséquence, la situation et les performances financières de l’entreprise sont


évaluées grâce à une note synthétique N résultant de la moyenne pondérée de cinq
ratios.

Chacun de ces derniers est pris en compte non pas en raison de la valeur qu’il
prend pour l’entreprise, mais en raison du rapport :

La valeur type du ratio Ri est elle-même établie sur une population d’entreprises
de référence ; il s’agira par exemple de la médiane observée pour les entreprises
exerçant le même type d’activité.

Dès lors : N= a1.R1+a2.R2+a3.R3+a4.R4+a5.R5

L’entreprise ayant une situation parfaitement conforme à la situation de


référence aurait ainsi une note N=a1+a2+a3+a4+a5

D’une manière plus concrète, la batterie de ratios utilisée correspond aux


indicateurs suivants :

Ri Ratios Ai Pondération
R1 Réalisable et disponible/ dettes à cout terme 25%
R2 Capitaux propres/ dettes à long et moyen terme 25%
R3 Capitaux propres/ valeurs immobilisées nettes 10%
R4 Valeur annuelle/ stocks 20%
R5 Ventes TTC/ clients + E à R + EENE 20%
100%
Source : COHEN Elie, analyse financière, 5ème édition, édition ECONOMICA, 2004,
489 pages

Ainsi N=25 R1+25 R2+10 R3+20 R4+20 R5 de sorte que l’entreprise-type présente une
note égale à 100.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Dans cette méthode les ratios sont toujours formulés de telle manière que leur
augmentation traduit toujours une amélioration et leur diminution une détérioration.
Dès lors :

 N>100 signifie une situation meilleure que la situation-type ;

 N<100 signifie une situation plus mauvaise que la situation-type.

La pertinence de cette méthode est confirmé mais malgré cela elle donne lieu à
plusieurs critiques, dont on retient le choix des ratios et des pondérations dans le calcul
de la note globale, puisqu‘ils ne relèvent d’aucune analyse théorique mais plutôt de
l’expérience des utilisateurs, des banquiers et des analystes, ajoutant à cela le fait que
certains ratios ne sont pas pris en considération, entrainant ainsi une restriction
importante de l’information globale disponible sur l’entreprise.

II. Les méthodes statistiques :


Cette méthode consiste à retenir quelques ratios significatifs du risque de
défaillance, et à les tester ce manières comparative sur deux groupes d’entreprises ; un
groupe comprenant des entreprises à risque, et un groupe d’entreprises dans le même
secteur d’activité, choisies au hasard et considérées comme saines

William H.Beaver a mené une étude visant à tester les ratios les plus significatifs
du risque de défaillance en comparant les éléments appartenant à un échantillon
d’entreprises à risque et des unités de taille comparable exerçant la même activité et
choisies par hasard, et il a effectué des comparaisons ratio par ratio et a cherché à
reclasser après coup les entreprises concernées de manière correcte dans le groupe
d’entreprise saines ; d’où l’approche unidimensionnelle.

Le résultat de l’étude est le suivant : l’indicateur le plus discriminant, c’est-à-dire


celui qui permet de reclasser correctement les entreprises, est représenté par le ratio
« autofinancement/ total des dettes » ; le reclassement correct des entreprises
défaillantes a été vérifié dans 87% des cas cinq ans avant.

La principale critique de cette approche réside dans le fait que les indicateurs sont
considérés comme indépendants les uns par rapport aux autres alors que, dans la
réalité, ce qui constitue une faiblesse dans l’analyse puisque les ratios agissent
mutuellement et non pas d’une façon indépendante.

D’où la mise en place des approches multidimensionnelles qui reposent sur la


construction d’une fonction discriminante qui combine de manière linéaire des
variables d’information financière (ratios).

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

A chaque entreprise est associé un score Z :

Z= a1.x1+a2.x2…a3.x3

a1= Coefficient de pondération


x1= Ratios

Afin que la fonction soit opérationnelle, il est souhaitable que le nombre de


variables (ratios) soit limité par exemple au maximum à 10.

Généralement, on distingue entre différents modèles :

1. Le modèle d’EDWARD I.ALTMEN :

E. I Altman est l’auteur le plus célèbre à avoir développé l’analyse discriminante pour
le classement à posteriori des entreprises défaillantes une ou deux années avant la
défaillance. Il a fait une première étude en 1968 et l’a renouvelée en 1977.

Sa fonction discriminante à 5 variables est la suivante :

Z=1,2x1+1,4x2+3,3x3+0,6x4+0,9x5

Dans laquelle :

x1=FDR/Actif total

x2=Réserves/Actif total

x3=EBE/Actif total

x4=Capitaux propres/Dettes totales

x5=Chiffre d’affaire HT/Actif total

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Score limite= 2,675, l’entreprise est considérée comme défaillante ; pour Z=2,675 ;
l’entreprise est considérée comme saine.

Les résultats de l’examen des entreprises formant l’échantillon de base à permis


à l’auteur de reclasser correctement les entreprises, dans 95%des cas un an avant la
faillite, 72% deux ans avant et 30% 5ans avant.

Les travaux d’Edward I. Atman, d’Y. Collongues, de J. Connan et de M.Holder


et de la banque de France.

2. La formulation du CESA

Cette formulation a testé une batterie de 41 ratios sur un double échantillon


d’entreprises de l’industrie textile comportant :

 36 entreprises ayant connu une défaillance sur la période 1968-1969.

 99 entreprises « saines ».

Le test a mis en œuvre une batterie de 41 ratios, permettant d’établir une fonction
discriminante qui comporte 10 variables :

Z= -0,22x1-0,32x2-0,01x3+0,55x4+0,22x5+0,01x6+0,60x7+0,22x8+0,12x9+0,22x10

Avec :

x1=Dettes à long et moyen terme/capitaux permanents ;

x2=Capitaux propres/Dettes totales ;

x3=Capitaux permanents/Dettes à court terme ;

x4=Capitaux propres/Chiffre d’affaires ;

x5=Clients/Chiffre d’affaires ;

x6=Chiffre d’affaire/actif ;

x7=Immobilisations brutes/Amortissements ;

x8=Valeur ajoutée/production ;

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

x9=Frais de personnel/valeur ajoutée ;

x10=Résultat d’exploitation/capitaux propres.

Les résultats relatifs à cette fonction restent relativement faibles par rapport aux
résultats obtenus par la fonction E.I.Altman puisque cette fonction discriminante n’a
permis de reclasser correctement les entreprises un an avant la défaillance que dans
62% des cas. Cependant ce modèle n’a porté que sur un seul secteur ; de ce fait, la
différenciation entre les entreprises est moins nette que pour un groupe d’entreprises
hétérogènes.

3. Le modèle d’Yves Collongues :

Y.Collongues a établi deux fonctions ayant un pouvoir de discrimination équivalent :

La première peut être déclinée ainsi :

Z1= 4,9830x1+60,0366 x2-11,8348 x3

Dans laquelle :

x1=Frais de personnel/valeur ajoutée (HT)

x2=Frais financiers/Chiffre d’affaire(HT)

x3=Fond de roulement net/Total actif

Les décisions seront prises en fonction des scores pris par Z1 :

 Z1> 5,455, l’entreprise est jugée risquée ou défaillante,

 Z1<5,455, l’entreprise est jugée saine.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Z2= 4,6159 x1+22x4-1,9623x5

x1=idem que pour la fonction Z1

x4=Résultat d’exploitation/chiffre d’affaires Hors Taxes (HT)

x5=FDR/Stocks

Les décisions dépondront du score pris par la fonction Z2 :

 Z2>3,0774, l’entreprise est jugée défaillante,

 Z2<3,0774, l’entreprise est jugée saine.

Un an avant la défaillance, la fonction Z1 a permis de reclasser correctement 94% dans


l’échantillon d’analyse et 90% dans l’échantillon test ;pour Z2 ces pourcentages sont
respectivement de 96% et 88%.

4. Le modèle de J.Conan et M.Holder :

Réalisée en 1978, l’étude de J.Conan et M.Holder a porté sur la détérioration de


la situation financière des PME. Les auteurs ont utilisé une batterie de 31 ratios et ont
retenu un échantillon de 95 PME.

La fonction discriminante établie retient 5 ratios peut être exprimé comme suit :

Z1= -0,16x1-0,22x2+0,87x3+0,10x4+0,24x5

Dans laquelle :

x1= (réalisable+disponible)/Actif total

x2=capitaux permanents/passif

x3=Frais financiers / chiffre d’affaires Hors Taxes (HT)

x4=Frais de personnel/Valeur ajoutée (HT)

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

x5=EBE/Dettes totales

Les règles de décision sont remplacées par des probabilités affectées aux
différents scores pris par la fonction Z :

Score Probabilité de défaillance


0,210 100
0,048 90
0,002 80
-0,026 70
-0,068 50
-0,087 40
-0,107 30
-0,0131 20
-0,164 10

La fonction de J.Conan et M.Holder établit un modèle explicatif de la


défaillance des entreprises et essaie de le valider de manière empirique en ayant
recours à l’analyse discriminante.

Le reclassement correct des entreprises défaillantes a tété de 84% un an avant la


défaillance es entreprises et essaie de le valider de manière empirique en ayant recours
à l’analyse discriminante.

Pour les auteurs, la relative faiblesse des résultats s’explique par des
perturbations économiques qui ont affecté la période 1970-1975, celle-ci rendant
difficile la discrimination entre les entreprises saines et les entreprises en difficulté.

Afin de tester le pouvoir prédictif de leur fonction discriminante, construite sur


la période 1970-1975, les auteurs l’ont appliquée sur un échantillon de 46 entreprises
sur la période postérieur 1975-1978.

La fonction Z a permis de classer correctement les entreprises défaillantes un an


avant la défaillance dans 86% des cas, deux ans avant dans 68% des cas et trois ans
avant dans 75% des cas, alors que les entreprises en continuation d’exploitation, la
moyenne de reclassement correcte est de 80% .

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Chapitre III : La méthode des scores et


prédiction de difficulté des entreprises

Plusieurs modèles de prédiction des défaillances d’entreprises ont été élaborés :


certains adoptent une démarche unidimensionnelle (une seule variable à la fois),
d’autres une démarche multidimensionnelle (plusieurs variables en même temps).

I. L’origine de la méthode des scores


L’analyse financière traditionnelle permet de porter une appréciation sur la
situation d’une entreprise (est-elle saine ?est-elle en difficulté ? Présente-t-elle des
risques d’échec ? Etc.) À partir de plusieurs indicateurs : fond de roulement, ratios,
tableau des flux, etc.

La multiplicité de ces indicateurs (exemple : grand nombre de ratios) pose le


problème du choix d’un nombre limité et pertinent parmi eux.

Par ailleurs, certains indicateurs peuvent être soit interdépendants, soit divergents
(exemple : ratio indiquant une bonne rentabilité et ratio d’endettement reflétant un
risque de déséquilibre financier).

Devant ces difficultés pratiques de l’analyse traditionnelle, les chercheurs ont


essayé depuis longtemps à mettre en œuvre des méthodes de notation globale, ou
scoring, qui intègrent de manière conjointe plusieurs indicateurs pertinents.

La note globale ou score vise soit à classer l’entreprise en termes de bonne ou


mauvaise situation financière, soit à lui prédire de graves difficultés ou des risques de
faillite dans un avenir proche.

La méthode de notation globale, ou scoring, a vu le jour outre Atlantique et s’est


développée par la suite dans les autres pays occidentaux.

La méthode repose sur le constat de différences entre les ratios d’entreprises ayant
survécu et celles qui ont été défaillantes. A partir de là, on a cherché à l’utiliser pour
diagnostiquer de manière préventive les difficultés d’entreprises.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Le score est un indicateur global de défaillance, déterminé à partir d’un nombre


sélectionné de ratios pertinents. Son utilisation pour la prédiction des risques d’échec
des entreprises est évidemment très utile pour le choix des moyens de prévention des
échecs.

Les ratios retenus reçoivent chacun une pondération variable selon les modèles, et
leurs valeurs pondérées sont additionnées pour donner une note globale.

 Apports et limites du scoring

1. Intérêts de la méthode des scores

 La méthode des scores contribue à la mise en place d’indicateurs synthétiques


de la situation financière de l’entreprise.

 Les fonctions discriminantes reposent sur une démarche objective pour le choix
des ratios et des coefficients de prédiction; ce qui permet d’aboutir à un bon
pouvoir de discrimination.

 Les fonctions retenues sont couramment utilisées par les études empiriques, ce
qui permet de conférer une certaine fiabilité à ces modèles.

2. Limites de la méthode des scores

 Le score doit être utilisé avec prudence: seule la dimension financière est prise
en compte. Or, d’autres éléments affectent la vie des entreprises.
 Les fonctions discriminantes ne sont pas applicables à certaines entreprises.

 Les modèles retenus ont été élaborés dans un contexte économique déterminé. Il
est donc évident que si les conditions économiques se modifient, les modèles
appellent des modifications des ratios utilisés et / ou des coefficients de
pondération.

 Le score n’est pas un moyen de gestion, il offre une indication sur le degré de
vulnérabilité de l’entreprise.

 Le calcul du score ne se substitue pas à l’analyse traditionnelle par la méthode


classique; en effet, un score défavorable ou favorable doit être expliqué par un
diagnostic commercial, financier...

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

II. La fonction de score ou de bilans de la Banque de France


Ce modèle a été élaboré à partir de l'étude des ratios utilisés par la banque de
France dans son dossier analyse. Ces ratios ont été calculés pour un échantillon de
3000 entreprises industrielles de moins de 500 salariés et classées en entreprises
normales et défaillantes ( ces dernières ont été étudiées durant les 3 dernières années
précédant leurs défaillances). L'observation a porté sur la période 1975-1980. La
fonction se présente ainsi :

100Z = -1,255 R1 + 2,003 R2 - 0,824 R3 + 5,221 R4 - 0,685 R5 - 1,164 R6 + 0,3706


R7 +1,408 R8 - 85,544

R1 = frais financiers / EBE

R2 = ressources stables / capitaux investis

R3 = CAF / dettes totales

R4 = EBE / CAHT

R5 = dettes commerciales / achats TTC

R6 = [VA(n) - VA(n-1) ]/ VA(n-1) ( variation de la VA entre l'année n et l'année n-1)

R7 = encours - avances + créances / production R8 = investissements physiques / VA

La signification du score Z obtenu est le suivant :

 Si Z< 0 : la probabilité d'être en difficulté est de 79,4% et celle d'être "normale


"est de 20,6%

 Si Z > 0 : la probabilité d'être normale est de 76,1% et celle d'être en difficulté


est de 23,9%

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

La centrale des bilans est en droit d'accorder une certaine fiabilité à cette fonction -
score étant donné l'importance de son échantillon et de ses moyens d'étude. Elle
précise pourtant que cette méthode ne peut rendre compte de la totalité des
phénomènes observés et ne constitue qu'un élément d'appréciation parmi d'autre.

Les méthodes de scoring sont intéressantes : la surveillance des scores est une
technique de prévention qui met à la disposition des dirigeants des clignotants
révélateurs de difficultés potentielles. Cependant, seuls les symptômes sont détectés et
non les causes de dégradation.

III. La portée de la méthode des scores


Les méthodes de scoring présentent pour l’analyse financière trois ensembles de
contributions manifestement utiles.

Elles proposent une appréciation synthétique de la situation et des résultats dans


une optique prévisionnelle (« prédiction » ou « détection » de difficultés) comme dans
une optique rétrospective. A ce titre, elles permettent une approche efficace du risque
de faillite soit dans un but d’auto-diagnostic, soit dans une perspective de surveillance
des risques par des partenaires extérieurs et notamment par des établissements de
crédit.

Ces méthodes permettent en outre de tester les ratios et les combinaisons de ratios
les plus efficaces pour prévoir les difficultés d’entreprises. Elles contribuent à résoudre
les difficultés induite par la multiplicité des indicateurs d’équilibre financier, en
traitant de façon rigoureuse les problèmes posés par leur interdépendance sinon leur
redondance, et en orientant vers une sélection et une hiérarchisation qui échappent aux
pièges de la subjectivité ou de l’esprit de chapelle.

Enfin, l’élaboration de ces méthodes a exigé une étude des caractéristiques des
entreprises à risque et des processus de dégradation qui représente en soi une source
essentielle pour la connaissance positive des comportements financiers des entreprises.

Bien sûr, en tant que méthode synthétique, la méthode des scores présente un
caractère réducteur puisqu’elle ramasse un ensemble d’indications complexes en une
note globale. Pourtant, les indications fournies par les méthodes de scoring semblent
assez nettement convergentes avec celles qu’apportent les méthodes « traditionnelles »
d’analyse financière. Par ailleurs, les différentes fonctions-score proposées ne
semblent pas nettement divergentes dans leurs résultats, malgré la diversité de leurs
méthodes d’élaboration.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Au total, la méthode des scores apporte une extension majeure pour l’application
de l’analyse financière, à condition de ne pas être utilisée de façon trop mécanique.

Dans une perspective statistique, elle fournit un outil efficace pour la synthèse
d’indications complexes et parfois disparates relatives au comportement des
entreprises.

Dans une perspective monographique, elle apporte un complément précieux aux


méthodes traditionnelles qu’elle peut renforcer en les orientant de façon plus rapide
vers le dépistage des difficultés majeures des entreprises et en leur apportant un
fondement statistique rigoureux.

Tous les outils étudiés dans ce chapitre permettent de prévoir et de diagnostiquer


les difficultés et les risques. Le risque est inhérent à la vie de l'entreprise La pérennité
de celle-ci exige donc la maîtrise des différents risques encourus, ce qui suppose
d'abord une bonne analyse et ensuite des possibilités de réaction. Dans un deuxième
chapitre, nous allons étudier la gestion des risques.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

Conclusion
La défaillance de l’entreprise par l’incapacité de payer ses dettes exigibles est
un élément grave que tous les acteurs concernés appréhendent et cherchent à éviter.

Améliorer la situation du tissu économique et juguler le taux de faillite des


sociétés industrielles, commerciales ou de services constituent un défi à relever aussi
bien pour les pouvoirs publics que pour les agents économiques concernés par les
difficultés des entreprises.

Ainsi, pour prévenir cette fâcheuse circonstance, de nombreuses recherches ont


été menées et ont permis l’élaboration de modèles de prédiction des défaillances de
l’entreprise. A cet égard, le scoring constitue un argument de taille apportant une
extension majeure pour l’application de l’analyse financière dans un domaine qui reste
relativement vierge.

Il consiste à mesurer le risque de défaillance d’une entreprise et repose sur une


batterie de ratios, affectés de coefficients de pondération et sur l’observation de séries
statistiques élaborées à partir d’échantillons représentatifs d’entreprises.

Par ailleurs, il n’est pas sur que les modèles du scoring explicités plus tôt,
conservent un pouvoir discriminant descriptif si on les utilise pour prédire la
défaillance de certaines entreprises, d’autant plus que les différents modèles ont été
élaborés dans un contexte économique déterminé.

Il en découle que lesdits modèles appellent des modifications soit au niveau des
variables retenues, soit au niveau des coefficients de pondération, soit au niveau des
deux à la fois.

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Diagnostic financier et difficultés de l’entreprise Master Sciences de Gestion

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