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Institut de recherches et d'études sur le


monde arabe et musulman
IREMAM - UMR 7310 - CNRS/Aix Marseille Université

Le grand capital privé marocain

12

L’Islam entre le contrôle de l’état et les débordements de la socié...

Le Maroc actuel

 | 
Jean-Claude Santucci

IV - État et changement social : tensions et nouveaux enjeux

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Table des matières
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Les révoltes urbaines

Jean-François Clément
p. 393-406
Texte Notes Notes de fin Auteur

Texte intégral

● * Professeur agrégé. Ecole d’Architecture. Nancy.


1Note portant sur l’auteur*

● 1 Troin (Jean-François), "Essai de bilan des recherches urbaines au Maghreb" in Maison


de l’Orient, (...)
● 2 Hourcade (Bernard), "Géographie de la révolution iranienne", Paris, Hérodote, n° 18,
1980, p. 16-4 (...)
● 3 Escallier (Robert), Citadins et espace urbain au Maroc, Tours, Centre d’études et de
recherches UR (...)
● 4 Naciri (Mohamed), "L’aménagement des villes peut-il prévenir leurs soubresauts" ? in
Kenneth Brown (...)
2Des recherches très intéressantes, notamment dans la longue durée, ont été consacrées à
diverses villes marocaines. Mais on remarque tout de suite qu’elles ne mentionnent pas les
crises plus ou moins violentes qu’elles ont connues. C’est que l’histoire des tensions ou des
affrontements sociaux que l’histoire a enregistrés dans le milieu urbain marocain est à peine
esquissée. Et cette remarque préalable peut s’appliquer aussi bien aux travaux des géographes
qu’à ceux des historiens. Deux faits à signaler : le premier fait, c’est que la rubrique révolte
urbaine n’apparaît pas dans le bilan des recherches urbaines au Maghreb qui a été publié par
Jean-François Troin1. Et effectivement la situation de la recherche est très différente de ce
qu’on observe pour le Proche-Orient. Les géographes d’Urbama qui, à Tours, se sont
spécialisés dans l’étude du monde arabe, ont peut-être produit quelques travaux sur la crise
urbaine au Maroc mais on chercherait en vain une étude analogue à celle publiée par Bernard
Hourcade sur la géographie des émeutes urbaines en Iran2. On dispose actuellement d’une
très bonne thèse sur l’espace des villes marocaines écrite par Robert Escallier3. Mais il n’y a
pas de travail d’importance comparable qui analyserait spatialement les tensions urbaines.
C’est à peine si on dispose d’articles récents comme ceux du géographe de Rabat, Mohamed
Naciri4.

● 5 Morsy (Magali), "Comment décrire l’histoire du Maroc ? ", Rabat, Bulletin économique
et social du (...)
● 6 Cahen (Claude), "Mouvements populaires et autonomisme urbain dans l’Asie
musulmane au Moyen-Age", (...)
● 7 Berque (Jacques), Ulémas, fondateurs, insurgés du Maghreb, xviie siècle, Paris,
Sindbad, 1982, 297 (...)
3Deuxième fait, souligné il y a quelques années par Magali Morsy : aucun historien n’a jamais
écrit une histoire des révoltes urbaines au Maroc5. Certes il y a un grand nombre de
monographies qui décrivent l’histoire urbaine mais il n’y a pas l’équivalent des travaux de
Claude Cahen ou d’Ira Marvin Lapidus6. On en est donc réduit à ne pouvoir provisoirement
formuler que des hypothèses de travail. Car il n’est pas simple, si on ne veut pas projeter des
schémas anachroniques, de comprendre des révoltes anciennes qui se développaient dans les
villes sans classes sociales, où même la stratification sociale était très faible et où l’identification
de l’individu se faisait par une appartenance à un groupe agnatique et par sa place dans une
division trifonctionnelle des tâches groupées autour des trois pôles de la prière, de la fabrication
et des échanges7.

● 8 Dufourcq (Charles-Emmanuel), L’Espagne catalane et le Maghreb aux xiiie et xive


siècles, Paris, P. (...)
● 9 Lacoste (Yves), Ibn Khaldûn ou la naissance de l’Histoire, Paris, Maspero, 1966, p.
159-176.
4L’étude des révoltes médiévales et des causes de leurs échecs poserait pourtant un problème
fondamental. Celui-ci a été énoncé autrefois par Ch.-E. Dufourq8. Comment expliquer
clairement le fait suivant : alors qu’en Europe un système d’autonomie municipale s’est
développé dès le Moyen-Age, les villes achetant leurs franchises pour sortir de l’espace
contrôlé par le système féodal, cette autonomisation n’a jamais existé au Maroc sinon comme
un fait exceptionnel qui était plutôt le signe de la faiblesse du pouvoir étatique ? Poser une telle
question, c’est s’interroger à la fois sur les dynamiques étatique et sociale, sur des causes de
blocage qu’Ibn Khaldûn aurait peut-être soupçonnées, si du moins on en croit la lecture qu’en
fait Yves Lacoste9. Les enjeux d’une telle question sont énormes. On comprend donc la
prudence des historiens.

● 10 Coindreau (Roger), Les Corsaires de Salé, Paris, Société d’éditions géographiques,


maritimes et co (...)
5Pour le début des temps modernes, on pressent qu’il faut bien distinguer les villes de l’intérieur
dépendantes de leur hinterland rural et les villes côtières. Celles-ci purent parfois s’émanciper
en raison des revenus tirés du commerce maritime ou de la piraterie dans les périodes de
faiblesse des pouvoirs étatiques. Ce fut aussi le cas, et très tôt dans l’histoire, des ports
sahariens. Au nord du pays, Tétouan put acquérir une autonomie au xviie siècle sous le règne
des al-Naksîs. La ville se révolta une nouvelle fois en 1727 sous la conduite de Lûqâch. Ce fut
aussi le cas des deux "républiques" de Rabat-Salé qui connurent après 1627 un système
municipal analogue à celui de la ville andalouse de Hornachos, avec un conseil municipal de
douze membres dirigé par un grand amiral qui joua le rôle de maire de cette commune. Il y eut
une double élection annuelle dans la première république. La deuxième république s’est
construite autour de l’institution d’un conseil municipal de seize membres. Elle fonctionna
jusqu’en 1636. Après la conquête de la ville par les ‘ulamâ’ de Dila, cette institution municipale
fut formellement laissée en place mais elle fut vidée de toute signification institutionnelle
puisqu’un caïd coiffa l’ensemble10.

● 11 Potocki (Jean), Voyages en Turquie et en Egypte, en Hollande et au Maroc, Paris,


Fayard, 1980, p. (...)
● 12 Morsy (Magali), op. cit., p. 128.
6L’histoire de ces périodes d’autonomie locale est aujourd’hui occultée. Mais à la fin du xviie
siècle, elle était encore très présente dans la mémoire collective. C’est ainsi que Jean Potocki
nota à l’occasion d’un voyage le"fait suivant : "les habitants de Fez, qui ont conservé la
politesse et les arts des anciennes dynasties dont elle était la résidence, et les habitants des
villes maritimes, qui la plupart sont issus des maures civilisés de l’Espagne, haïssent les
sauvages de la Cour. Ils tendent vers un gouvernement municipal et se rappellent d’avoir vu
Salé prospérer sous un gouvernement républicain. Téouan a joui du même avantage sous les
règnes orageux de Mohamed Deby et Abdallah et ces temps n’y sont point sortis de la
mémoire"11. On comprend pourquoi les canons des fortins, autour de Fès, sont dirigés vers la
ville et non vers la campagne. Aussi Magali Morsy eut-elle raison d’affirmer : "le problème
historique est donc non l’évolution de la ville mais la mise en échec de sa réalisation à la fois
par le pouvoir royal et par les tribus, le souverain invoquant la menace de celles-ci pour contenir
les villes et au besoin pour les réduire"12.

● 13 Ceci explique des tensions très vives entre les commerçants des villes et les fermiers,
entre l’Et (...)
● 14 Berque (J.), op. cit., p. 263.
7Selon un relevé fait par cette même historienne, il y eut au xviie siècle trois fois plus de révoltes
urbaines que de soulèvements ruraux. Et les deux tiers de ces révoltes eurent pour cadre la
ville de Fès. On ne connaît pas toujours très bien les causes de ces révoltes anciennes. On
peut les penser liées aux aléas de la production agraire eux-mêmes dépendants du climat. On
sait, d’après les recherches de Roland Mousnier, que le climat fut en général clément au sud de
la méditerranée au xviie siècle alors que ce fut l’inverse au xixe siècle. Cela peut expliquer un
enrichissement des villes et donc leurs vélléités d’émancipation comme cela peut expliquer la
prédominance des révoltes rurales au xixe siècle. Mais les chroniques de l’époque donnent de
tout autres causes. Elles insistent sur des facteurs économiques liés aux politiques étatiques.
C’est ainsi que des soulèvements ont lieu après la monopolisation des esclaves privés au profit
de l’Etat, ce qui augmenta brutalement le prix de la main-d’œuvre. Mais l’autre facteur-clé est la
mainmise de l’Etat sur le commerce international par un système de fermes de la laine, du
tabac et de la cire, avec la mise en place d’un réseau de commerçants patentés, souvent juifs,
dépendants directement du souverain et donc l’essentiel des bénéfices est détourné de la ville
vers l’Etat13. Lorsqu’on aura entrepris sérieusement l’étude des acteurs de ces anciennes
révoltes, de leurs motivations et de leurs actes, on risque fort d’avoir des surprises. Comme le
disait J. Berque à propos d’un des leaders d’une des révoltes du xviiie siècle, ‘Abd al Khâlîq
‘Adiyyîl, "lui et ses émules appellent de nouvelles recherches"14.

● 15 Laroui (A.), "Les révoltes urbaines" in Les origines sociales et culturelles du


nationalisme maroc (...)
8Les révoltes du xixe siècle sont un peu mieux connues bien que les monographies fassent
également défaut. Cependant A. Laroui a rédigé une synthèse de la question15. Il constate que
les révoltes urbaines se font plus rares, le gouvernement en cours de centralisation ou
makhzen n’ayant plus peur des citadins affaiblis considérablement depuis un siècle et devenus,
selon les termes mêmes d’un sultan, "djâj bi-qemqûn al-nh’as", c’est-à-dire des "poules au bec
de cuivre", incapables de faire en conséquence le moindre mal à l’Etat. Les principales révoltes
du xixe siècle furent, outre celle de Rabat en 1944, celles d’Azemmour et de Marrakech sous le
règne de Muh’ammad IV, et les trois révoltes de Fès sous les règnes de Mawlây Sulaymân,
‘Abd al-Rah’ mân et H’asan premier.
9La première de ces trois révoltes en 1819-1820 fut successivement celle de grands
commerçants puis de ce qui est nommé dans les textes, al-’âmma, "la masse", entraînée par
les hommes participant aux sociétés de tireurs. Les trois quartiers de la ville élurent des
présidents qui maintinrent l’ordre jusqu’à l’éloignement des Oudayas en 1824. Le soulèvement
de 1873 est parti d’une revendication des tanneurs qui supportaient de moins en moins les
impôts non coraniques des meks ou droits de marchés. On leur fit la promesse de les
supprimer. Mais le fermier de cet impôt, l’amîn al-h’ajj Muh’ammad ben Madanî Bennîs voulut
continuer à les percevoir afin de garder sa source personnelle de revenu. Il arriva à en
convaincre l’Etat. Les violences commencèrent. Le fermier dut se réfugier dans le sanctuaire de
Mawlây Idrîs. Le sultan intervint alors et dut faire le siège de la ville.

● 16 Benzakour (Saad), Essai sur la politique urbaine au Maroc, 1912-1975, Casablanca,


les éditions mag (...)
10Les motivations des deux révoltes de la première décennie du xxe siècle furent politiques. La
profanation d’un cimetière à proximité de la plage de Casablanca par une entreprise française
chargée de la construction d’un chemin de fer fut la cause occasionnelle de la révolte de la ville
en 1907. De même la signature du traité de Protectorat déclencha le soulèvement de Fès le 17
avril 1912. A partir de l’occupation française, la nature des révoltes urbaines va se modifier
rapidement. Tout d’abord, on entre dans une période plus sécularisée et les villes vont changer
considérablement de taille. Ensuite les acteurs des révoltes vont eux-mêmes être très différents
et leurs actes seront rapidement modifiés. Ce qui disparaît dans le Maroc contemporain, c’est le
rôle central des corporations ainsi que des confréries. Le dernier cas où on pourra repérer une
mobilisation sur une telle base religieuse sera la révolte de Meknès en 1955. Désormais
apparaîtront des acteurs définis par leur position dans des strates sociales. Parfois même ils
tireront leur identité de leur appartenance à des embryons de classes sociales. Mais il est
impossible de parler véritablement de classes sociales et donc de luttes de classes. On ne peut
réduire le problème des révoltes urbaines, même contemporaines au Maroc, à celui de
l’isolement des ouvriers dans les villes ou à l’absence d’idéologie révolutionnaire dans le
principal syndicat du pays, l’Union marocaine du Travail, comme on peut le lire dans des
travaux récents16.

● 17 Clement (Jean-François), "Les révoltes urbaines au Maroc", in Bazin, Clément, Girard,


de Gandillac (...)
11Deux études soulignent ces évidences17. Selon Edmund Burke, les causes principales des
anciennes révoltes étaient la famine et la protestation contre des taxes fiscales jugées
illégitimes ou trop élevées. Ce deuxième facteur a eu tendance à devenir de plus en plus
important. Jadis les mouvements de foule allaient de la mosquée principale au palais. La
violence était en général assez faible et pendant qu’elle se développait, la négociation n’était
jamais interrompue entre les émeutiers et les autorités. L’historien Nâcirî a ainsi publié des
lettres échangées entre des révoltés et le pouvoir dans son histoire du Maroc, son Kitâb al-
Istiqçâ. Les médiateurs ne faisaient jamais défaut, à commencer par les ‘ulama , les docteurs
de la Loi. Ces derniers ne se contentaient pas de transmettre les demandes des uns ou des
autres. Ils n’hésitaient pas à prendre part aux débats et à formuler des normes à partir de leurs
connaissances religieuses. Ils pouvaient ainsi légitimer les arguments échangés, d’ailleurs dans
les deux sens. Ainsi tout passait par ce langage de la Loi, de la charî’a, qui exprimait le
consensus des différents groupes au-delà de leurs oppositions apparentes manifestées par la
révolte. La tension urbaine ne se développait donc que sur fond de connivence et cela même si
le petit personnel religieux avait des interprétations de la Loi souvent différentes de celles
produites par ces notables qu’étaient les ‘ulamâ’.
12Ces docteurs, mais aussi des notables ou des saints, assuraient la médiation. Et c’est
souvent après leur premier échec que la violence se déchaînait. Elle visait essentiellement des
symboles, des biens plutôt que des personnes, par exemple les arbres des palais du roi ou de
son représentant si ceux-ci étaient arrosés avec l’eau détournée de la ville. Etaient aussi
détruites les boutiques des riches marchands connus pour pratiquer l’usure et qui, au xixe
siècle, étaient souvent des protégés étrangers. Les percepteurs des impôts illégitimes
pouvaient aussi être menacés. Tels furent les anciens modèles d’inconduite des foules urbaines
révoltées de jadis. De l’examen des objectifs de cette violence, on déduit facilement les
programmes implicites des insurgés.

● 18 Pégurier (Jacques), Espaces urbains en formation dans le Tensift (Essai de sociologie


régionale), (...)
● 19 Par exemple Recherche typologique sur les habitants des quartiers sous-équipés de
Rabat, Salé, Tem (...)
13L’insertion progressive au xixe siècle du Maroc dans l’économie mondiale ainsi que la
création du Protectorat eurent de profondes répercussions. L’Etat devint beaucoup plus
complexe qu’il n’était, plus centralisé. Il disposa de capacités de répression accrues. Il fut donc
moins enclin à la négociation. Les corporations furent peu à peu détruites, les confréries plus ou
moins contrôlées et les ‘ulamâ domestiqués. Aussi l’Etat contemporain, colonial tout d’abord,
national après 1956, connut-il de nouvelles formes de révoltes urbaines. Il y eut tout d’abord en
quelques années un changement considérable d’échelle. Les villes marocaines du siècle
dernier allaient de 3 000 personnes (le seuil de l’interconnaissance) à 200 000 personnes pour
la plus peuplée. Aujourd’hui on est en présence d’un réseau de villes qui vont de 30 000
personnes à 2,5 millions. D’autre part, la multiplication du nombre de villes implique que l’Etat
doive choisir celles qu’il désire équiper en priorité, ce qui pose le problème de l’intégration des
réseaux urbains18. Enfin, dans une même ville, l’Etat doit choisir les groupes sociaux qu’il veut
privilégier, ce qui pose le problème de l’habitat sous-intégré19.
14Dans ces villes nouvelles, avec leurs quartiers jadis européens, leurs nouvelles médinas,
leurs bidonvilles, la protestation va prendre des formes nouvelles inconnues au siècle dernier,
qu’il s’agisse de la grève de travailleurs salariés, des défilés d’étudiants ou de boycott
économique. Ces mouvements nouveaux ne partiront plus d’un espace sacré comme celui de
la mosquée-cathédrale mais d’espaces profanes comme les usines, les lycées, les facultés ou
les quartiers périphériques. C’est que, morphologiquement, les villes nouvelles sont des villes
éclatées qui n’ont plus de centre unique : la médina peut avoir son centre comme la ville
européenne a le sien. Et les foules qui circulent dans cet espace sécularisé sont désormais des
bandes de lycéens, d’étudiants ou de jeunes chômeurs que réunissent des angoisses
communes et non des groupes unis par des réseaux corporatifs ou confrériques.
15Le langage des révoltes lui-même change profondément. Ce qu’on entend au xxe siècle dans
les villes révoltées, ce sont des slogans nationalistes ou des revendications politiques ou
économiques. Ces appels, en dehors de ceux des islamistes, sont dépourvus de légitimation
religieuse explicite. Ce qui ne veut pas dire que l’idée d’une morale économique musulmane
soit absente des représentations des émeutiers. Les intermédiaires nouveaux, députés, pachas,
administrateurs, proviseurs, assez facilement disqualifiés, ne peuvent plus facilement calmer la
violence ou la contenir à un faible niveau. Et l’Etat est tenté, plus que jamais car il en a
désormais les moyens, de noyer la révolte dans le sang. Telles sont les transformations
majeures des révoltes urbaines de ce siècle, liées aux transformations globales de la société
marocaine elle-même.
16Les révoltes de ce siècle ont également ceci de particulier qu’elles ont toutes fait l’objet de
monographies. Toutefois celles-ci sont le plus souvent inédites et difficiles d’accès car il s’agit
de rapports officiels, souvent accompagnés de documents photographiques ou de films que l’on
ne peut trouver qu’au C.H.E.A.M. à Paris ou dans ce qui reste des archives des
renseignements généraux ou du Ministère de l’Intérieur au Maroc. Car ces fonds ont été pillés à
plusieurs reprises, ce qui a pour conséquence que l’Etat n’a qu’une mémoire fragmentaire de
son propre passé.
17A la fin du cycle dépressif qui se développa après la crise de 1929-30, les manifestations de
Meknès furent le prétexte des premières répressions des milieux nationalistes. Mais il y eut
simultanément des incidents très graves à Kénitra ainsi qu’un mouvement à Khemisset dirigé
par un t’âleb ou maître d’école coranique. Dans une lettre privée envoyée par Lyazidi à ‘Alî
Mouline au Caire, l’auteur note que les émeutiers "sont (tous) décidés au sacrifice suprême,
état d’âme qui n’avait jamais été vu dans le passé". Ce changement d’attitude face à la mort
chez les acteurs des nouvelles révoltes urbaines du xxe siècle est quelque chose qui a frappé
tous les témoins de l’époque. Le 7 avril 1947, un massacre fit plusieurs centaines de morts à
Casablanca. La cause occasionnelle fut un conflit à propos de femmes auquel furent mêlés des
soldats sénégalais. Mais la querelle dégénéra et ce fut, selon Erik La-bonne, un des tournants
du Protectorat car le sultan vint sur les lieux du massacre et quelques jours plus tard il prononça
le célèbre discours de Tanger. Se manifesta aussi à cette occasion un changement majeur
dans la géographie des révoltes. Si jadis Fès était le principal lieu de ces mouvements,
Casablanca sera désormais la ville qui se soulèvera le plus souvent et où la gravité des
incidents sera la plus forte.

● 20 BarrAt (Robert), Justice pour le Maroc, Paris, éd. du Seuil, 1953, p. 233-253 ; Leep
(Ignace), Mid (...)
18Du 6 au 8 décembre 1952 se développera à Casablanca la première émeute proprement
bidonvilienne dite des Carrières centrales20. Ici la cause occasionnelle fut l’assassinat du
leader syndicaliste tunisien Ferhat Hached. 5 000 hommes venus du bidonville des Carrières
centrales s’attaquèrent à des boutiques ainsi qu’à un commissariat de police. Lorsqu’ensuite les
émeutiers voulurent marcher sur les quartiers européens, la police reçut l’ordre de tirer. Il y eut
une centaine de morts. "Une bonne répression, c’est dix ans de paix assurés" pensait-on alors
dans les milieux du Protectorat. Le préfet de police était heureux de ce que sa répression ait été
"immédiate et brutale". Cette révolte fut la première à avoir eu d’importantes répercussions à
l’étranger, notamment aux Etats-Unis ainsi qu’au Pakistan.

● 21 de la Varde (Michel), Casablanca, ville d’émeutes, Givors, A. Martel, 1955, 206 p.


● 22 July (Pierre), Une République pour un Roi, Paris, Fayard, 1974, chap. V, p. 163-182 et
Spillmann ( (...)
19L’émeute d’Oujda du 16 août 1953 fit 23 morts et 53 blessés parmi les européens, les
légionnaires, les marocains juifs et les musulmans collaborateurs. De l’autre côté, il y eut
environ 1 000 morts et 1 180 arrestations en flagrant délit qui aboutirent à 788 condamnations.
Après deux ans de troubles sporadiques continus, les émeutes du 14 juillet 1955 à Casablanca
furent déclenchées par des européens à la suite de l’explosion d’une bombe dans un de leurs
cafés à Mers-Sultan21. La foule en colère alluma 150 incendies, surtout de petits taxis conduits
par des marocains mais aussi de magasins dont on croyait que les propriétaires étaient des
"bailleurs de fonds du parti de l’Istiqlal". Cette journée fit 60 morts et 276 blessés. Le 19 août de
la même année, Khenifra se souleva et cette fois-ci ce furent des boutiques françaises qui
brûlèrent et le poste de police de la ville fut assiégé. La ville ne put être véritablement contrôlée
que le 21 août. Le 20 août, des émeutes ont lieu à Mogador, Azemmour, Mazagan, Rabat,
Petitjean, Casablanca et Safi. Mais ce fut surtout la journée des soulèvements de Boujad et
d’Oued Zem22. 49 civils français furent tués ainsi que 710 marocains. Les troubles reprirent du
22 au 26 août et du 2 au 7 septembre, faisant alors plusieurs milliers de morts.
20Ces révoltes de 1955 sont intéressantes à plus d’un titre. Tout d’abord, ce sont les premières
révoltes simultanées qui ont touché un grand nombre de villes, ce qui est rendu possible par le
nouveau réseau d’information. Mais ce furent aussi les premières révoltes où de nouvelles
tactiques de répression furent testées. Ainsi, il est à peu près certain que, malgré les
informations venues du contrôle civil sur l’imminence de la révolte, le général Duval laissa
volontairement la situation pourrir durant cinq heures avant d’intervenir afin d’avoir 10 000
morts, ce qui aurait été une "pacification radicale", assurant pour longtemps l’ordre dans le
Protectorat. Ces illusions réitérées des responsables du maintien de l’ordre, qu’il s’agisse de
Boniface ou de Duval, continueront après l’indépendance. L’idée sera répandue qu’une ville
fortement réprimée restera calme pendant une vingtaine d’années, soit la mémoire d’une
génération. D’où la volonté de ne pas intervenir trop vite dans une répression qu’on désire
efficace.

● 23 Desmazieres (B.), Meknès, 1955-61, genèse et péripétie de la décolonisation, rapport


inédit, Paris (...)
21Le 23 octobre 1956, après l’arraisonnement de l’avion transportant le leader algérien Ben
Bella, eut lieu le soulèvement de Meknès23. Des nationalistes algériens qui s’entraînaient non
loin de la ville chez le "colonel" Miloudi dans les Zemmour proposèrent d’organiser une
manifestation de protestation en ville. Celle-ci eut lieu dans le bidonville de Borj Moulay Omar.
Quelques vitres furent cassées. L’après-midi, après un metting de l’Union marocaine du Travail,
une chasse aux européens commença. Une pharmacie tenue par un algérien, mais qui était
aussi président des officiers français de réserve, est mise à sac puis incendiée. Des maisons de
civils français sont assiégées. Des gardes marocains se révoltent contre les ordres donnés et
assassinent leurs chefs. Une nouvelle manifestation se met en marche. A sa tête, un boucher,
membre de la confrérie des Aïssaouas dont les manifestations religieuses très violentes avaient
été interdites cette année-là. Un magasin d’armes est pillé. Des policiers sont tués. Là aussi, la
répression sera tardive mais parce qu’il y avait alors dualité de commandement et le couvre-feu
ne sera promulgué qu’à 20 heures 30. Il y aura 31 morts et 21 blessés européens.

● 24 Naciri (Mohamed), "La crise urbaine", Paris, Bulletin du Réseau scientifique et


documentaire. Etat (...)
● 25 Cf. le numéro spécial : Maghreb, from Colonialism to a new identity, Rome,
Environmental Design, 1 (...)
22La majorité de la population ne participa pas à ces émeutes. Les révoltés étaient, outre les
para-commandos algériens dirigés par un professeur d’arabe, les membres de l’Association des
algériens de Meknès, des étudiants ou des lycées marocains, des chômeurs ainsi que des
montagnards venus du Rif. Il y eut avant et après ce soulèvement de multiples incidents en
milieu rural autour de Meknès qui firent 11 morts européens, 7 blessés, 81 destructions totales
de fermes et 300 destructions partielles. Peu après ces événements, 10 000 français quittèrent
la ville. Ainsi se termine la période des émeutes justifiées par le nationalisme et les luttes pour
l’indépendance. Cela ne signifie pas pour autant que ces révoltes aient été causées par le
nationalisme même si l’Etat marocain actuel utilise ces révoltes dans son hagiographie en
faisant soigneusement silence sur les révoltes postérieures à l’indépendance. Car les causes
de ces révoltes anciennes sont multiples et complexes. Même durant cette période, il n’y avait
pas, comme aujourd’hui, une seule crise urbaine mais des crises24. Ce qui peut frapper
aujourd’hui l’historien qui se penche sur ces émeutes de la période coloniale, c’est le décalage
qui peut exister entre la qualité des monographies descriptives et la faiblesse de la réflexion
théorique. Personne ne pense à construire une typologie des révoltes en fonction des seuils de
violence atteints, de la durée des événements, de l’implication de l’arrière-pays et de la
désorganisation du réseau des marchés. Et comme on ne dispose pas d’études précises de la
pression sur le marché foncier, des changements du coût des forces de travail, des évolutions
locales de l’inflation, du nombre de m2 disponible par personne dans chaque quartier, des
différentes formes de pollution à commencer par les pollutions sonores qui sont signalées
comme posant des problèmes dès 1940, on est tenté facilement de croire que tous ces
mouvements ont des causes exclusivement politiques puisqu’on ne connaît que ces causes et
qu’on ignore les autres. C’est ce type d’explication, "évident" a priori qui fait qu’on ne s’intéresse
pas à l’identité précise des acteurs et à la géographie des émeutes, et très peu aux slogans
criés et aux comportements précis des acteurs. On se contente de signaler les causes
occasionnelles et on n’entreprend guère l’étude des causes réelles qui peuvent n’être pas
seulement politiques mais aussi des aspirations différenciées aux avantages plus ou moins bien
perçus de la modernité25. Mais il y a aussi ceux qui refusent d’être acteurs de ces révoltes et
qui ne font jamais l’objet d’étude or ils représentent la grande majorité des habitants des villes.
De même, on ne se pose pas souvent la question de savoir ce que deviennent ces
mouvements dans la mémoire de l’Etat ou dans les diverses mémoires collectives. Il est
étrange de constater qu’il y ait eu si peu d’efforts pour répondre à ces interrogations. Ces
remarques peuvent d’ailleurs s’appliquer également à toutes les révoltes urbaines qui ont suivi
l’indépendance.
23L’émeute du 23 mars 1965 à Casablanca est une émeute de type bidonvillien comme celle
qui eut lieu dans cette ville en 1952 ou celle de Meknès de 1956. Le prétexte du soulèvement
fut la publication le 22 mars d’un décret stipulant le renvoi des élèves âgés de plus de 17 ans
qui se trouvaient dans les collèges. Or beaucoup d’élèves n’avaient commencé que tardivement
leurs études après l’indépendance et dans les milieux modestes, les redoublements avaient été
fréquents. Les jeunes élèves menacés investirent la ville en criant des slogans hostiles au
régime. Quelques parents les soutinrent. Des licenciements massifs avaient eu lieu en janvier
dans le commerce et l’industrie et la situation politique était également agitée. "Il faut qu’on
sache que nous mourons de faim... Nous ne sommes que des mendiants que l’on n’écoute pas.
Il vaut mieux mourir que vivre comme nous vivons". Les légitimations de la révolte allèrent tout
de suite bien au-delà du problème scolaire. Des vitres furent cassées, des autos brûlées ainsi
qu’une jeep de police et onze autobus. Trois hommes des forces auxiliaires (mokhaznis) furent
éventrés. C’est alors que les troupes eurent l’autorisation de tirer et l’émeute dégénéra. On vit
alors des scènes de pillage. Des dispensaires, des bureaux de poste, des écoles de quartier,
des cinémas, une école d’infirmières furent attaqués. Le soir, plusieurs dizaines de milliers de
personnes étaient dans la rue. Des transformateurs et des poteaux électriques sont détruits. Le
ministre de l’Intérieur, le général Oufkir, commence par révoquer le commissaire de la ville. Il
demande la venue urgente de groupes légers de sécurité créés peu auparavant justement pour
réprimer les révoltes. Vers 18 heures, 400 camions et 20 chars entrent en ville. Des barrages
de mitrailleuses sont établis. Le commissariat des Carrières centrales est attaqué comme en
1952. Or le général Oufkir avait assisté treize ans plus tôt, impuissant, à cette attaque. Aussi
saute-t-il dans une Alouette II dont il avait enlevé la porte. Et du ciel, il tire lui-même sur la foule
qui assiège le commissariat. Il parvient de la sorte à délivrer les policiers assiégés. Cet
événement restera gravé dans la mémoire collective et vingt ans plus tard, on constatera que
des émeutiers s’attendent toujours à voir surgir du ciel un hélicoptère tirant sur la foule. On aura
même des témoignages affirmant la réalité de ce prétendu fait alors qu’on a, par ailleurs, la
certitude qu’il n’y a rien eu de tel.
24Après cet épisode, des cadavres furent enterrés durant la nuit. Le lendemain, l’émeute
reprendra. Des caricatures du souverain seront faites et détruites par la foule. Des cris hostiles
à la bourgeoisie originaire de Fès seront entendus. Des incidents simultanément auront lieu à
Fès et à Rabat. Au total, il y eut environ 1 000 morts, 500 arrestations et 250 condamnations.
Ces événements auront des conséquences politiques diverses (libération de prisonniers,
instauration de l’état d’exception, autocritique du souverain le 29 mars et plus tard création d’un
groupe gauchiste qui prendra le nom du 23 mars et qui publiera sous ce titre le 23 mars un
journal d’abord clandestin, ensuite reconnu). Cette révolte fera l’objet de commémorations de la
part de l’opposition. Ainsi pour son dixième anniversaire en 1975, il y eut des incidents dans
quatre villes.

● 26 Pour une critique de concept, cf. Clement (Jean-François) : "Les révoltes de la faim au
Maroc", Ly (...)
25Le 29 mai 1981 commença la première des deux révoltes-F.M.I, de ce que la presse
internationale appela les "révoltes de la faim"26. Il avait en effet été décidé d’augmenter la
farine de 40 %, le sucre de 40 à 50 %, l’huile de 28 %, le lait de 14 % et le beurre de 76 %. Le
F.M.I. effectivement avait fait remarquer que les subventions à la consommation, profitant
surtout aux riches, étaient économiquement injustes. Aussi il avait été décidé de supprimer ces
subventions. Des manifestations eurent lieu dans l’oriental et des tracts furent distribués à
Meknès. Les 7 juin, les augmentations furent réduites de moitié. Par ailleurs, le bruit courait
d’un projet qui rendrait payant l’enseignement, tout d’abord dans le supérieur et ensuite dans
les lycées. Or l’économie du pays était dans une passe très difficile, non seulement à cause de
la crise mondiale mais aussi à cause des dépenses militaires du Sahara occidental et la
sécheresse qui sévissait alors dans le pays.

● 27 Sur ces événements, Comité de lutte contre la répression au Maroc, Casablanca,


soulèvement populai (...)
26Le 18 juin, deux syndicats, l’Union marocaine du Travail et la Confédération du Travail
appellent à la grève générale à Casablanca et à Mohammedia. Ailleurs la grève était aussi
décrétée mais partielle seulement. La C.D.T. appelle à une seconde grève le 20 juin. Ses
cadres sont arrêtés préventivement le 19. Le 20 juin au matin, des incidents ont lieu dans des
quartiers périphériques de Casablanca autour de cars qui finissent par être incendiés. Vers
midi, un cortège de 3 000 personnes en provenance de bidonvilles se concentre autour de
l’autoroute. Des barricades sont élevées. Des succursales de banques de ce secteur sont
incendiées. Deux groupes prennent alors la direction de quartiers résidentiels. Les premiers
morts par balles tombent peu après. L’armée déploie ses chars en ville. Des hélicoptères
survolent les émeutiers. On va tirer toute la journée ainsi que le lendemain. En ville, des
magasins de grossistes seront détruits ainsi que 12 pharmacies, 23 banques, 3 agences
postales, 3 dispensaires et 21 voitures. Il y eut des dégâts dans 2 usines, 2 immeubles, 3
maisons, 54 voitures et 45 autobus. Les forces de l’ordre auront 66 morts et les émeutiers
environ un millier dont 637 par balles27. Il y eut environ 8 000 arrestations. La conséquence
immédiate des émeutes fut en juillet la division de la ville en 5 préfectures (dont celle de
Mohammedia) ainsi que la privatisation partielle du réseau des transports, l’accélération des
études du projet de métro et un encouragement à l’embellissement du cadre de vie.

● 28 Pour un récit détaillé de ces révoltes, cf. Clément (Jean-François), "Stratégies


répressives et te (...)
27La deuxième révolte-F.M.I. eut lieu en janvier 198428. Il s’agit plutôt d’un ensemble de
révoltes qui touchèrent 50 villes mais non Casablanca où se trouvait alors une très forte
concentration policière à cause d’une conférence internationale. Tout commença par des
protestations lycéennes à Marrakech à la fin du mois de décembre. Des grèves lycéennes se
développèrent dans cette ville en janvier. Puis il y eut des incidents dans de nombreux lieux
mais la situation ne devint véritablement grave que dans trois villes du nord, al-Hoceïma, Nador
et Tétouan entre le 11 et le 21 janvier. Le 23 janvier tout était terminé. Il y eut environ 37 000
manifestants en tout, 14 000 arrestations dont 1 800 furent maintenues. Cela se solda par 80
procès et 25 siècles d’emprisonnement. Les bilans des victimes furent très contradictoires mais
on peut retenir le chiffre d’environ 200 morts.

● 29 Seddon (David), Die polilische Ôkonomie der "Brotunruhen" in Nordafrika (Marokko,


Tunesien und Sud (...)
28La cause occasionnelle de ces révoltes fut la rumeur d’une augmentation des droits
d’inscription au baccalauréat. A Marrakech, les défilés partirent des lycées et sillonnèrent
l’avenue principale de la ville nouvelle. Mais les lycéens attirèrent à eux d’autres mécontents, en
particulier les jeunes du secteur informel qui n’ont pas d’emploi permanents ainsi que
différentes personnes tentées de protester contre les hausses des prix décidées quatre mois
plus tôt à l’instigation du F.M.I.29. Il semble donc que les causes économiques soient très
importantes. Mais il faut dire que si on cherche à préciser la nature de ces causes en calculant
par exemple l’évolution de l’inflation dans chaque ville à la fois dans le court terme et dans le
long terme, on ne trouve pas de corrélation pouvant servir de base à un modèle explicatif des
révoltes. Il faut être d’une particulière humilité : on ne dispose pas, à l’heure actuelle, d’un
modèle systématique, sans doute assez complexe, qui permettrait de faire des prévisions et qui
pourrait donc être testé à l’occasion. On peut toujours supposer que la sécheresse dans le sud
du pays, les perturbations dans les circuits de contrebande dans le nord ont joué des rôles
essentiels. Mais la démonstration empirique de ces propositions fait défaut.

● 30 Clément (Jean-François), Introduction à une étude géographique de la répression


judiciaire des rév (...)
29On remarque que la répression de l’Etat, qui prend trois formes, policière au moment même
des événements, judiciaire quelques semaines plus tard et enfin pénitentiaire, n’a aucun lien
évident avec la gravité des incidents observés. Qu’il s’agisse des peines de prison ou
d’amendes, des décisions prises en première ou en seconde instance, il y a des écarts
considérables d’une ville à l’autre comme si l’Etat voulait signifier à certaines villes son rejet.
L’étude des réponses différées de l’Etat à la violence urbaine, de la contre-violence étatique,
suscite plus que de l’étonnement30.

● 31 Liauzu (Claude), Meynier (Gilbert), Sgroï-Dufresne (Maria), SignOles (Pierre), Enjeux


urbains au M (...)
● 32 Hourani (A.H.), Stern (S.M.) et al., The Islamic City, London, Cassirer, 1969, 222 p. +
photos ou (...)
● 33 Benani (Ahmed), "Légitimité du pouvoir au Maroc, consensus et contestation", Paris,
Sou al, 1987, (...)
30On peut donc dire qu’une connaissance du Maroc passe aussi par l’analyse de cet objet
nouveau de l’histoire qu’est la révolte urbaine. Pour cela, il faudra dépasser rapidement les
récits plus ou moins descriptifs des chroniques pour poser enfin des problèmes théoriques31.
Mais il faudra de la même manière se défaire de l’idée platonicienne d’une cité musulmane
perçue dans son essence intemporelle32. De même il faudra dépasser les apparences et ne
pas se contenter des discours des acteurs ou des discours usuels de la politique politicienne.
Une révolte urbaine est bien l’analogue d’une fête qui à la fois délégitime et relégitime le
pouvoir33. Moment particulier d’intensité d’une violence qui en réalité est permanente et qui
connaît sans cesse, sous chacune de ses formes, des flux et des reflux. En ce sens, une ville
est toujours en crise et c’est ce qui fait sa vie. La quotidienneté est faite de micro-révoltes, de ce
qu’on peut nommer la politique par en bas.
31Lors des révoltes urbaines récentes, les acteurs ont tenté un bras de fer avec l’Etat pour
refuser des réformes scolaires envisagées ou seulement possibles dans l’esprit des révoltés.
De même, ils ont imposé le maintien de la caisse de compensation et donc des prix inférieurs à
ceux du marché pour des aliments de consommation courante. Ces décisions n’ont pas été
prises unilatéralement au Conseil des Ministres ou par une discussion démocratique au
Parlement. C’est ainsi que des groupes qui ne s’expriment pas par leurs représentants,
théoriquement chargés de synthétiser leurs demandes, se font néanmoins entendre et
participent aux décisions. C’est cette existence du politique en dehors des forums politiques qui
a pour conséquence qu’on ne peut faire l’économie de l’étude des révoltes urbaines. Car cette
forme d’expression annonce des développements possibles. On constate que ces révoltes
restent circonscrites au milieu urbain, sauf à Meknès en 1956 et en 1984 dans les zones du Rif,
mais même là, elles ne touchent pas tous les milieux sociaux de la même façon. On peut donc
supposer que ceux qui manifestent à cette occasion leur volonté d’être entendus vont
prochainement entrer dans le champ politique comme acteurs à part entière. Et l’hypothèse
peut être étendue aux groupes sociaux qui utilisent l’islamisme. Par la répression, l’Etat légitime
ses futurs partenaires qui cessent d’être dominés pour devenir des citoyens. Si le procès de
démocratisation passe par la révolte urbaine, on ne peut que souhaiter le développement des
recherches dans ce domaine.
Notes
1 Troin (Jean-François), "Essai de bilan des recherches urbaines au Maghreb" in Maison de
l’Orient, Politiques urbaines dans le Monde arabe, table-ronde C.N.R.S. tenue à Lyon du 17 au
20 nov. 1982, Etude sur le monde arabe, n° 1, Lyon, 1984, p. 61-69.
2 Hourcade (Bernard), "Géographie de la révolution iranienne", Paris, Hérodote, n° 18, 1980, p.
16-45.
3 Escallier (Robert), Citadins et espace urbain au Maroc, Tours, Centre d’études et de
recherches URBAMA, 2 tomes, rééd. 1984, 407 p.
4 Naciri (Mohamed), "L’aménagement des villes peut-il prévenir leurs soubresauts" ? in
Kenneth Brown, Bernard Hourcade, Michèle Jolé, Claude Liauzu, Peter Slugett et Sami
Zubaida, Etat, ville et mouvements sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient, Urban Crises and
Social Movements in the Middle East, l’Harmattan, 1989, p. 237-248 ; "Les villes
méditerranéennes du Maroc : entre frontières et périphéries", Paris, Hérodote, Alertes en
Méditerranée, n° 45, 2e trim. 1987, p. 121-144.
5 Morsy (Magali), "Comment décrire l’histoire du Maroc ? ", Rabat, Bulletin économique et
social du Maroc, n° 138-139, 1979, p. 128. Il y a eu récemment, du 24 au 26 novembre 1988,
un colloque organisé par la Faculté des Lettres de Ben M’Sik à Casablanca dont le thème fut "la
cité à travers l’histoire du Maghreb" mais aucun des intervenants n’a analysé les phénomènes
de dérégulation sociale.
6 Cahen (Claude), "Mouvements populaires et autonomisme urbain dans l’Asie musulmane au
Moyen-Age", Leiden, Arabica, t. V, 1958, p. 225-250 et t. VI, 1959, p. 25-56 et 233-256 ; Marvin
Lapidus (Ira), Muslim Cities in the Later Middle Ages, Cambridge, Harvard University Press,
1967, 307 p.
7 Berque (Jacques), Ulémas, fondateurs, insurgés du Maghreb, xviie siècle, Paris, Sindbad,
1982, 297 p. Voir en particulier le dernier chapitre de ce livre.
8 Dufourcq (Charles-Emmanuel), L’Espagne catalane et le Maghreb aux xiiie et xive siècles,
Paris, P.U.F., 1966, 664 p.
9 Lacoste (Yves), Ibn Khaldûn ou la naissance de l’Histoire, Paris, Maspero, 1966, p. 159-176.
10 Coindreau (Roger), Les Corsaires de Salé, Paris, Société d’éditions géographiques,
maritimes et coloniales, 1948, 240 p.
11 Potocki (Jean), Voyages en Turquie et en Egypte, en Hollande et au Maroc, Paris, Fayard,
1980, p. 250.
12 Morsy (Magali), op. cit., p. 128.
13 Ceci explique des tensions très vives entre les commerçants des villes et les fermiers, entre
l’Etat et des fermiers déchus ou entre les populations urbaines et les commerçants juifs des
mellahs, tensions que Bat Ye’or se contente de décrire sans jamais tenter de les expliquer, ce
qui donne au lecteur non averti le sentiment qu’il existait jadis au Maroc un anti-judaïsme gratuit
et irrationnel, ce qui est tout à fait faux. Cf. Bat Ye’or, Le dhimmi, profil de l’opprimé en Orient et
en Afrique du nord depuis la conquête arabe, Paris, Anthropos, 1980, 335 p.
14 Berque (J.), op. cit., p. 263.
15 Laroui (A.), "Les révoltes urbaines" in Les origines sociales et culturelles du nationalisme
marocain (1830-1912), Paris, Maspero, 1977, p. 129-131.
16 Benzakour (Saad), Essai sur la politique urbaine au Maroc, 1912-1975, Casablanca, les
éditions maghrébines, 1978, p. 318-330.
17 Clement (Jean-François), "Les révoltes urbaines au Maroc", in Bazin, Clément, Girard, de
Gandillac, Perrin et Piermay, Habitats et Cultures, Villers-les-Nancy, Ecole d’architecture, 1982-
83, p. 9-49 et Edmund Burke III, "Towards a History of Urban Collective Action in the Middle
East : Continuities and Change", 1750-1980, in Brown Kenneth, Hourcade Bernard, Jolé
Michèle, Liauzu Claude, Slugett Peter et Zubaida Sami, Etat, ville et mouvements sociaux au
Maghreb et au Moyen-Orient, Urban Crises and Social Movements in the Middle East, Paris,
L’Harmattan, 1989, p. 42-56.
18 Pégurier (Jacques), Espaces urbains en formation dans le Tensift (Essai de sociologie
régionale), Rabat, Société marocaine des éditeurs réunis, 1981, 444 p. et Rassam (A.), Zghal
(A.) et al.. Système urbain et développement au Maghreb, Tunis, Cérès Productions, 1980, 348
p.
19 Par exemple Recherche typologique sur les habitants des quartiers sous-équipés de Rabat,
Salé, Temara, Kénitra, Rabat, CERF, août 1971, 26 p. + annexes et Quartiers sous-équipés,
Rabat, Salé et Kénitra en 1969, caractéristiques démographiques et socio-économiques, Rabat,
CERF, 1971, 50 p. ou le mémoire de Meryem Hakam, L’habitat marginal au sud de Rabat (en
langue arabe), Rabat, Faculté des Lettres, 1974.
20 BarrAt (Robert), Justice pour le Maroc, Paris, éd. du Seuil, 1953, p. 233-253 ; Leep (Ignace),
Midi sonne au Maroc, Paris, Aubier, 1954, p. 213-219 et Julien (Ch.-A.), Le Maroc face aux
impérialismes, Paris, Jeune Afrique, 1978, p. 258-262.
21 de la Varde (Michel), Casablanca, ville d’émeutes, Givors, A. Martel, 1955, 206 p.
22 July (Pierre), Une République pour un Roi, Paris, Fayard, 1974, chap. V, p. 163-182 et
Spillmann (G.), Du Protectorat à l’Indépendance, Paris, Pion, 1967, p. 216-227.
23 Desmazieres (B.), Meknès, 1955-61, genèse et péripétie de la décolonisation, rapport inédit,
Paris, C.H.E.A.M.
24 Naciri (Mohamed), "La crise urbaine", Paris, Bulletin du Réseau scientifique et documentaire.
Etats, villes, rapports sociaux et mouvements urbains dans le monde arabe, n° 1, 1985, p. 11-
22. Dans le numéro 2 de ce même bulletin, il y a tout un ensemble d’articles sur la crise
urbaine, p. 5-45, en particulier l’article de Guy Léonard sur Casablanca, 1985 année calme...
Regards vers 1978-1981, comportements de la jeunesse dans la crise urbaine casablancaise,
p. 32-45.
25 Cf. le numéro spécial : Maghreb, from Colonialism to a new identity, Rome, Environmental
Design, 1, 1984, The Journal of the Islamic Environmental Design Research Center, Carucci
Editore, 108 p.
26 Pour une critique de concept, cf. Clement (Jean-François) : "Les révoltes de la faim au
Maroc", Lyon, Groupe de Recherche Villes et citadins des tiers-mondes, C.N.R.S.,
O.R.S.T.O.M. et Université de Lyon-II : Programme citadinités, dossier n° 1, Anthropologies des
activités économiques de la vie citadine, avril 1986, p. 178-189 et discussions, p. 190-200.
27 Sur ces événements, Comité de lutte contre la répression au Maroc, Casablanca,
soulèvement populaire, juin 1981, Paris, s.d., 80 p. + annexes (Rapports de Maîtres Mignard et
Charrière-Bournazel, liste des morts, liste des détenus et condamnations) ; U.S.F.P., Bureau
politique, Les événements de Casablanca des 20-21 et 22 juin 1981, Rabat, 55 p. +
Témoignages internationaux sur les événements de Casablanca, 20-21 juin 1981, Rabat, s.d.,
50 p. ; XXX, Casablanca ensanglantée, Paris, Sou’al, n° 1, 1981, p. 83-90 ; le n° 127 de la
revue de Casablanca Lamalif, août 1981, présenta deux articles sur ces émeutes : Daoud
(Zakya) : Le cri de Casablanca et la situation explosive de Casablanca, p. 20-26 et Jibril
(Mohamed) : Les événements et les problèmes de fond, p. 28-31 ; Zouaoui (Khaled), Forces
sociales et politiques marocaines à la lumière de juin, Kénitra, ronéoté, 1981, 56 p. Sur
Casablanca, on peut lire les articles publiés dans le numéro du Bulletin de la Société
languedocienne de Géographie, Montpellier, avril-septembre 1986, tome 20, fasc. 2-3. "Les
métropoles du monde arabe", Kaioua (A.) : "Casablanca : Gestion économique et polarisation
de l’espace, Essai d’analyse du pouvoir de commandement", p. 249-275, Joumady (Kacem) :
"Casablanca : Une grande place financière", p. 277-284 et Troin (Jean-François) : "Le centre
des affaires de Casablanca : Extension et démultiplication", p. 285-297.
28 Pour un récit détaillé de ces révoltes, cf. Clément (Jean-François), "Stratégies répressives et
techniques du maintien de l’ordre, les révoltes urbaines de janvier 1984 au Maroc" in Bulletin du
Réseau scientifique et documentaire Etats, villes, rapports sociaux et mouvements urbains
dans le inonde arabe, n° 5, 1986, p. 3-46. Sur cette même révolte Paul (Jim), "States of
Emergency : The riots in Tunisia and Morocco", Washington, Merip Reports, n° 127,
Insurrection in North Africa, October 1984, p. 3-6 et Seddon (David), Winter of Discontent,
Economic crisis in Tunisia and Morocco, id., p. 7-16. Cf. aussi le dossier de presse publié par le
C.F.E.C.T.I., La "Révolte du pain" en Tunisie et au Maroc à travers les articles parus dans La
Croix, Le Figaro, France-Soir, Libération, Le Matin de Paris et le Monde entre le 30 décembre
1983 et le 4 février 1984 (classement chronologique), Paris, 1984, sans pagination ; Comité
français d’amitié et de solidarité avec le peuple marocain, Brutalité et arrogance féodales,
misère et souffrance d’un peuple, le Maroc, 1965, 1981, 1984..., Paris, 1984, 17 p. + annexes.
Cf. enfin l’article de Guy Léonard dans le numéro spécial de Peuples méditerranéens intitulé
Villes tourmentées, n° 37, oct.-déc. 1986.
29 Seddon (David), Die polilische Ôkonomie der "Brotunruhen" in Nordafrika (Marokko,
Tunesien und Sudan), Berlin, Das arabische Buch, 1986, 100 p. et du même auteur, "Popular
Prolest and Political Opposition in Tunisia, Morocco and Sudan, 1984-1985" in Brown Kenneth,
Hourcade Bernard, Jolé Michèle, Liauzu Claude, Slugett Peter et Zubaida Sami, Etat, ville el
mouvements sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient, Urban Crises and Social Movements in
the Middle East, Paris, l’Harmattan, 1989, p. 179-197.
30 Clément (Jean-François), Introduction à une étude géographique de la répression judiciaire
des révoltes urbaines de janvier 1984 au Maroc, Nancy, 1985, 38 p. et La répression
pénitentiaire des personnes arrêtées après les révoltes urbaines de janvier 1984 au Maroc,
Nancy, 1988, 11 p. Ce dernier texte a été publié partiellement in AISLF, Actes du XIIIe Colloque
(Genève, 29 août-2 sept. 1988), Le lien social. Identités personnelle et solidarités collectives
dans le monde contemporain. Université de Genève, 1989, lome 1 bis, p. 507-514.
31 Liauzu (Claude), Meynier (Gilbert), Sgroï-Dufresne (Maria), SignOles (Pierre), Enjeux
urbains au Maghreb, Crises, pouvoirs et mouvements sociaux, Paris, l’Harmattan, 1985, 218 p.
32 Hourani (A.H.), Stern (S.M.) et al., The Islamic City, London, Cassirer, 1969, 222 p. + photos
ou bien Serjeant (R.B.) et al., The Islamic City, Paris, UNESCO, 1980, 199 p. + appendices.
33 Benani (Ahmed), "Légitimité du pouvoir au Maroc, consensus et contestation", Paris, Sou al,
1987, n° 6.

Notes de fin
* Professeur agrégé. Ecole d’Architecture. Nancy.

Auteur

Jean-François Clément
© Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1992
Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Le grand capital privé marocain


 

L’Islam entre le contrôle de l’état et les débordements de la société civile

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CLÉMENT, Jean-François. Les révoltes urbaines In : Le Maroc actuel : Une modernisation au
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monde arabe et musulman, 1992 (généré le 08 mars 2018). Disponible sur Internet :
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Clément, J. 1992. Les révoltes urbaines. In Santucci, J. (Ed.), Le Maroc actuel : Une
modernisation au miroir de la tradition ? Institut de recherches et d'études sur le monde arabe
et musulman. doi :10.4000/books.iremam.2435
Clément, Jean-François. “Les révoltes urbaines”. Santucci, Jean-Claude. Le Maroc actuel : Une
modernisation au miroir de la tradition ? Aix-en-Provence : Institut de recherches et d'études sur
le monde arabe et musulman, 1992. (pp. 393-406) Web.
<http://books.openedition.org/iremam/2435>.

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SANTUCCI, Jean-Claude (dir.). Le Maroc actuel : Une modernisation au miroir de la tradition ?
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arabe et musulman, 1992 (généré le 08 mars 2018). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/iremam/2411>. ISBN : 9782271081308. DOI :
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Santucci, J. (Ed.) 1992. Le Maroc actuel : Une modernisation au miroir de la tradition ? Institut
de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman. doi :10.4000/books.iremam.2411
Santucci, Jean-Claude, ed. Le Maroc actuel : Une modernisation au miroir de la tradition ? Aix-
en-Provence : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1992. Web.
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Le Maroc actuel
Une modernisation au miroir de la tradition ?
Ce chapitre est cité par

● Bogaert, Koenraad. (2015) The revolt of small towns: the meaning of Morocco's history
and the geography of social protests. Review of African Political Economy, 42. DOI:
10.1080/03056244.2014.918536
● Bogaert, Koenraad. (2011) The Problem of Slums: Shifting Methods of Neoliberal Urban
Government in Morocco. Development and Change, 42. DOI: 10.1111/j.1467-
7660.2011.01706.x
Institut de recherches et d'études sur le
monde arabe et musulman

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○ Titre : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman IREMAM
- UMR 7310 - CNRS/Aix Marseille Université En bref :
Les travaux de l’institut s’inscrivent dans une aire géographique vaste, allant des
rivages méditerranéens de l’Afrique et du Levant au sud du Sahara, et de
l’Atlantique au Golfe persique. Les études peuvent s’y développer à des échelles
diverses, de la monographie locale (un village, une ville, un terroir) à la synthèse
régionale intégrant tout ou partie de cette aire de compétence.
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○ DOI : 10.4000/books.iremam.2435
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