Vous êtes sur la page 1sur 66

1

Pol Pot - Polyglotte


Potentiel

Ayaël Kazuo

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

En lecture libre sur Atramenta.net

2
Avant-propos

L’écriture de cet essai est inspirée à la fois de


mon expérience personnelle et de plusieurs articles
lus du temps où je me demandais encore comment
faire. Maintenant, j’ai compris et vous le partage. Tous
les liens sont partagés dans l’annexe. Vous n’y
trouverez aucun livre.
Je donne mon avis sur le sujet et réponds à
toutes les questions abordées ici. Cela n’engage que
moi, les affirmations qui vous paraîtront irrévocables,
catégoriques et balancées comme des vérités absolues
ne le sont donc pas. Ajoutez-y dans votre tête un « je
pense que » et variantes en lisant. Et non, ce n’est pas
une évidence pour tout le monde.
Actuellement, fin 2019-début 2020, je peux
converser dans quatre langues avec plus ou moins
d’aisance. Et en comptant celles dont je n’ai que des
notions de base, on grimpe jusqu’à une petite dizaine.
Cela ne fait pas de moi un génie : vous avez toutes les
capacités d’en faire autant.
On va commencer par démythifier le sujet,
démonter quelques idées reçues et arguments
courants dans le premier chapitre. Ensuite, le
deuxième chapitre vous expliquera en trois points
comment vous y prendre pour devenir polyglottes,
selon ma vision. Et enfin, le troisième chapitre vous
donnera plusieurs bonnes raisons de vous y mettre.

3
Ne seront traitées ici que les langues
« conventionnelles », écrites et parlées
quotidiennement. Donc pas de mention des langues
des signes, langages informatiques ou autres moyens
de communication plus spécifiques comme le braille
ou le sémaphore.
Évidemment, pour la suite, je pars aussi du
postulat que vous n’êtes ni sourds, ni muets, ni
aveugles.

4
Un superpouvoir ?

5
Les Français sont nuls en langues

Une légende dit que les Français sont nuls en


langues. Une belle réputation, qui fait même l’objet
d’une blague : « personne parlant plusieurs langues :
polyglotte ; personne parlant deux langues : bilingue ;
personne parlant une seule langue : Français ».
Quand on voit le niveau général en classe, à la
télévision où, pire, c’est un objet de dérision
récurrent, ou bien les gens qui affirment être « nuls
en anglais »… on ne peut qu’y croire, en effet.
Mais ce n’est qu’en partie vrai.
La majorité des Français sont incapables de
communiquer avec des non-francophones sans l’aide
de traducteurs automatiques. Ça ne veut pas dire
qu’ils sont incapables d’apprendre ; seulement qu’ils
n’ont pas appris pour diverses raisons.
Premier problème : les Français sont
dégoûtés, voire effrayés, par les langues. La faute à
une méthode scolaire dépassée, mettant l’accent sur
l’écrit et la grammaire plutôt que sur l’oral et la
pratique régulière. Le tout en engueulant les élèves
qui n’arrivent pas à prononcer « the father »
correctement (pour ceux qui ont vu Les quatre cents
coups). D’ailleurs, le « niveau scolaire » évoqué par
les locuteurs signifie généralement que leur niveau de
maîtrise de la langue est très rudimentaire et qu’ils
savent tout juste se présenter. Beaucoup de

6
vocabulaire et de grammaire à apprendre par cœur,
beaucoup d’écrit, peu d’écoute… et les élèves sont
incapables de discuter en anglais – j’en parle parce
que c’est la première langue à laquelle on pense
généralement – ; à l’inverse, ils parlent bien français
sans pour autant en connaître toutes les règles
grammaticales (vous aussi, vous avez l’impression de
ne plus connaître votre langue quand vous prenez un
cours de grammaire ?). Et bien sûr, presque aucun jeu
ou autre exercice d’application pour compenser…
échec total.
Résultat : non seulement les Français sont
persuadés d’être mauvais en langues, mais en plus ils
en sont allergiques. Apprendre l’anglais après tout ce
temps à essayer d’imprimer par cœur des verbes
irréguliers ? Et puis quoi, encore ? Même pas en
rêve ! Les langues, plus jamais !
C’est un peu comme les mathématiques, en
fait. Je suis mathophobe, disons-le clairement (c’est
pour ça que je parle des maths ; ça aurait pu être
l’histoire-géo ou le français, le système scolaire en
général est mauvais). Ça, c’est parce qu’on inculque
les maths par le par cœur et qu’on est souvent
intransigeant avec les élèves. Vous devez apprendre
les cours, et c’est tout. Vous n’y pigez que dalle ?
C’est votre problème. Et si vous êtes nul, vous passez
pour un idiot (le cliché de l’intello premier de la classe
est constamment présenté comme un génie des maths
capable de résoudre une équation de 10 lignes en cinq
minutes, après tout). Alors qu’avec un peu de pratique
ludique et de vulgarisation, ce serait beaucoup moins
hermétique. En plus d’être mauvais en maths, je les
associe à de mauvais souvenirs et expériences par
effet comportementaliste (genre d’effet de Pavlov
inversé, si vous préférez) qui m’en dégoûtent. C’est
pareil pour les langues.

7
Toutefois, l’anglais se popularise de plus en
plus, même auprès de ceux qui disent ne pas en parler
un mot. Je vais briser vos certitudes : même les plus
incompétents, les plus monolingues d’entre vous
connaissent au moins un mot anglais, voire une bonne
dizaine. Un exemple plus qu’évident : le mot
« weekend ». Quant aux plus instruits, ils en sont à
plus de 10. Ils savent se présenter – le minimum –,
demander l’identité, dire « oui » et « non », exprimer
leur goût ou ressenti (« I like chocolate », « I love
you »), dire où ils sont ou vivent (« I live in France »)
… Ça couvre largement plus de 10 mots, sans compter
les noms de fêtes et célébrations (qui ne connaît pas
l’expression « merry Christmas » ou « happy
birthday » ?). Et ça suffit largement pour
impressionner votre auditoire, au passage.
Et je parle de l’anglais, mais le japonais
connaît également un certain essor, surtout parmi les
jeunes générations. Merci les mangas et anime
japonais. Peut-être connaissez-vous des trucs comme
« kawaii ( 可 可 可 ) », « suki desu ( 可 可 可 可 可 ) », « yamete
kudasai (可可可可可可可可) », « konnichiwa (可可可可可) », « nani
(可) »… etc ? C’est du japonais. « Mignon », « j’aime »,
« arrêtez, s’il vous plaît », « bonjour », « quoi ».

Superbe transition pour parler de notre


exposition aux langues étrangères. La France est l’un
des pays d’Europe qui utilisent le plus le doublage.
Films, séries, journaux télévisées, émissions… bon,
des fois, on fait un effort et on « superpose » le
doublage à la voix originale. On entend les trois
premiers mots du locuteur avant que la voix française
ne vienne tout couvrir. Autant dire qu’on n’est
vraiment pas aidés, entre la méthode scolaire
mauvaise et notre manque d’exposition aux langues
étrangères…

8
À l’inverse, les pays d’Europe du Nord et de
l’Est, ainsi que le Portugal, ne doublent que les
programmes pour enfants et sous-titrent tout le reste.
Cela dit, je concède que suivre les actualités avec des
sous-titres en mangeant, ça peut vite soûler…
Toutefois, si d’autres pays le vivent bien… pourquoi
pas nous ?
Au-delà du fait qu’ « on loupe tant de choses
en regardant la version doublée » ou que « la
puissance émotionnelle n’est souvent pas la même
dans la version doublée que dans la version
originale », le doublage est une énorme barrière dans
notre contact avec les langues étrangères, en plus
d’être plus coûteux que les sous-titres. Mais on n’est
pas les seuls. L’Espagne et l’Italie, entre autres, font
pareil, et on dit que les Italiens sont aussi doués que
nous en langues. D’ailleurs, lors de mes voyages,
certains Italiens parlaient très peu anglais ; j’étais
très content de déjà connaître leur langue, à
l’époque !

Un autre point qui pourrait être source du


problème : les publicités sur Internet qui vous
promettent « d’apprendre une langue en une
semaine ». Je vous le dis d’emblée : c’est
humainement impossible. Personne n’en est capable.
En une semaine, avec des séances
quotidiennes, vous apprenez de quoi vous présenter
(prénom, âge, origine, vos langues, vos loisirs, votre
situation…), en admettant que vous ayez mémorisé le
vocabulaire du premier coup. Vous bafouillez la
langue avec un accent des plus français. C’est déjà
pas mal, évidemment, mais c’est à des années-lumière
de ce que vous promettent les pubs.
Préférez les méthodes partagées plus loin, il
n’y a que comme ça que vous avancerez. Si vous êtes

9
assez motivés pour investir financièrement dans du
Assimil, Babbel, Mosalingua ou des cours particuliers,
faites donc, ça vous regarde. Mais gardez bien en vue
qu’il n’y a pas de méthode miracle, sinon ça se saurait
et le monde ne serait probablement pas le même.

Tout le monde est capable d’apprendre des


langues. On vous fait croire le contraire,
volontairement ou non. Et c’est un mythe tenace
contre lequel il faut lutter.
Et puis, entre nous, il serait peut-être plus
logique de dire que ce sont les anglo-saxons qui sont
nuls en langues, dans ce monde dominé par l’anglais,
non ? Pourquoi se fatiguer à apprendre des langues
quand la vôtre est parlée partout où vous allez ?

D’ailleurs, si vous trouvez l’anglais difficile,


une petite suggestion : commencez par l’espéranto, la
langue inventée par Zamenhof. Conçue pour être
internationale et très accessible, ça réglerait bien des
problèmes, comme la barrière de la langue ou
l’hégémonie de l’anglais. Comme ça, vous verrez par
vous-même que vous n’êtes pas nuls en langues.
Et pour ceux qui pensent que l’espéranto ne
sert à rien, est une langue artificielle ou est vouée à
l’échec :
→ aucune langue n’est inutile – le dernier chapitre
vous en dira plus –, surtout celle-ci, qui vous ouvrira
pas mal de portes ;
→ dans le sens ou les langues sont des constructions
culturelles établies par les humains, elles sont
finalement toutes artificielles – et quand on y pense,
ce mot n’a aucun sens ;
→ c’est une langue parlée dans une centaine de
pays par quelques millions de locuteurs, dont des
natifs (« denaskulo »), répartis en de multiples

10
communautés et possédant sa propre culture
(littérature, musique, cinéma…). Aujourd’hui, elle est
largement diffusée sur Internet notamment via
YouTube ou Wikipédia et est apprise par des milliers
de personnes sur Duolingo – 1 million dans la vidéo de
Linguisticae sur le sujet. Elle a pourtant subi des jours
sombres à cause des guerres et des oppressions
politiques qui ont voulu l’éradiquer au cours du siècle
dernier, sans succès, et on lui a préféré l’anglais pour
des raisons, encore une fois, politiques. Si elle était
réellement vouée à l’échec, il est peu probable qu’on
la parlerait encore actuellement.

11
Non-droit à l’erreur

Outre notre allergie aux langues, on a


également une hantise qui nous freine dans notre
apprentissage : la peur de l’échec, des erreurs, de la
moquerie. Les Français manquent de confiance en
eux. Leur peur de faire des erreurs les conduit
ironiquement à commettre l’erreur la plus grosse :
attendre d’avoir un niveau irréprochable dans une
langue avant de la pratiquer à l’oral. Seulement, pour
avoir un niveau irréprochable… il faut justement
pratiquer le plus possible à l’oral !
Sauf que dans notre inconscient, l’erreur est
le propre des enfants. Seuls les enfants ont le droit de
faire des erreurs, puisqu’ils ne connaissent encore
rien de la vie. Les adultes, en général matures et
responsables, sont censés avoir appris de leurs
expériences passées et à l’abri de tout pas de travers.
Commettre une erreur, c’est faire preuve de faiblesse.
Et quand on est adulte, on n’est pas faible. On a vécu,
on a tout vu, on a appris, on a échoué, on a trébuché,
on s’est relevé… au bout d’un certain temps, on a
compris comment fonctionne la vie. Ce qui fait que
quand on se trompe, on devient souvent la cible de
moqueries. Et quand on n’est déjà pas à l’aise en
langues, ça fait plutôt mal.
C’est typique de la mentalité française.
Ce qui est dommage, car la meilleure façon

12
d’apprendre, c’est de faire des erreurs et d’en tirer
des leçons. En cherchant à ne pas commettre
d’erreurs, ou le moins possible, on reste seul avec ses
convictions, sans regard extérieur, sans jamais être
corrigé là où on a faux. Bref, en évitant le plus
possible de faire des erreurs, on ne progresse pas.
En l’occurrence, si attendre de ne plus faire
d’erreurs pour s’exprimer à l’oral dans une langue
étrangère est une grosse erreur en soi, c’est parce
que déjà… eh bien, vous pouvez attendre longtemps.
J’irai même plus loin : en gardant cet objectif en ligne
de mire, vous ne l’atteindrez jamais. Ce ne sera jamais
le bon moment pour vous lancer. Rappelez-vous cette
phrase d’Oscar Wilde : « L’expérience est le nom que
chacun donne à ses erreurs ».

Connaissez-vous l’histoire de l’âne et de ses


deux maîtres ? Un homme et sa femme, propriétaires
du baudet, se promènent dans la rue, à deux sur son
dos, et les passants s’insurgent : « Ils vont l’achever,
cet âne ! Tout ce poids sur son dos ! » ; le lendemain,
l’homme reste seul sur le dos pendant que sa femme
progresse à pied et les passants protestent encore :
« Il ne connaît pas la galanterie ! » ; le lendemain, le
couple fait l’inverse et les passants se moquent : « On
voit qui est le chef à la maison ! » ; le lendemain, ils se
baladent avec l’âne en marchant tous les deux et les
passants soupirent : « Pourquoi ils marchent alors
qu’ils ont une monture ? »
L’idée, c’est que l’avis des gens, quand il n’est
pas constructif, on s’en fout. Il y en aura toujours qui
trouveront quelque chose à dire, car l’être humain est
particulièrement créatif quand il s’agit de critiquer.
Donc n’ayez pas peur de vous tromper, de vous
ridiculiser, d’être moqué… vous verrez qu’au final,
c’est vous qui avancerez. Ce n’est pas évident à court

13
terme : il faut pouvoir affronter le regard des autres,
celui à travers lequel, inconsciemment, on se
construit ; mais à long terme, c’est vous qui gagnerez.
Car là où les autres se sont foutus de vous, vous
maîtriserez votre langue cible, et eux en resteront à
chercher comment se présenter.
Ne cherchez pas à changer la mentalité des
gens et travaillez votre confiance en vous. Il n’y a que
comme ça qu’on progresse. Soyez maîtres de votre
parcours et ne laissez pas quelques complexés vous
bloquer la route.
Gardez en tête que, justement, s’ils se
gaussent, vous êtes sur la bonne voie, car c’est
souvent ceux qu’on critique ou dont on se moque qui
finissent par réussir.

14
Défaitisme

L’être humain est, on l’a vu, créatif pour


critiquer, mais aussi très imaginatif, au point de
raconter toutes sortes d’histoires, mythes et légendes.
Toutefois, là où il est le plus fort, c’est pour trouver
des excuses.
« Je suis nul en langues », « Ce n’est pas fait
pour moi », « De toute façon je n’aime pas les
langues », « Je n’ai pas le temps », « Je ne suis pas
assez intelligent pour parler l’anglais », « Je n’ai pas
de mémoire », « Je n’ai pas les gènes pour ça », « Je
suis trop vieux pour apprendre des langues, c’est trop
tard »… et tant d’autres… Lorsqu’il s’agit de
s’inventer des excuses, on est imbattables.
C’est le pire état d’esprit qu’on puisse avoir. À
force de se trouver une palanquée d’excuses, on finit
par ne jamais agir, et ne jamais progresser.

Tout d’abord, être polyglotte n’est pas une


question d’intelligence, mais une question…
d’apprentissage (ça coule de source, hein). Nul besoin
d’être surdoué, hypermnésique ou doté d’une
mémoire eidétique pour apprivoiser une langue
étrangère. C’est accessible à n’importe qui ayant un
minimum de capacités mentales. Nul en maths,
discipline élitiste associée à l’intelligence, je ne
devrais pas être doué en langues, si ? Pourtant… Au

15
passage, chacun de nous posséderait plusieurs
intelligences, mais comme ce n’est pas le sujet ici,
vous avez un lien dans les sources si ça vous
intéresse.
Également, je ne vois pas ce que viennent
faire les gènes là-dedans. Je suis l’un des rares de ma
famille à parler plus de deux langues, alors que je
descends de pieds-noirs. Peut-être les gènes jouent-ils
effectivement un petit rôle là-dedans, donnant plus de
facilités à quelques individus, certes. Je n’ai pas les
compétences pour y répondre, mais pour moi, ça ne
pèse rien, et ce genre de trouvailles scientifiques
sorties du chapeau, généralement, je m’en méfie.

Si vous pensez que pour y arriver, vous devez


apprendre un régiment de mots par cœur… vous avez
tout faux. Le cerveau humain ne marche pas comme
ça. Il y a une grosse différence entre « apprendre par
cœur » et « connaître par cœur ». L’apprentissage,
c’est de l’adaptation, de l’assimilation, du mimétisme,
de l’habitude, de la répétition, de l’association, de la
compréhension. Le par cœur, ça ne nourrit que la
mémoire à court terme : vous apprenez des choses en
les récitant sans contexte quitte à faire surchauffer la
machine et vous vous en souvenez sur le moment,
mais dans l’heure qui suit ou le lendemain, vous aurez
tout oublié. Beaucoup de souffrance pour pas grand-
chose. Ce n’est pas rentable, et nous, les humains, on
n’aime pas ça.
Pour connaître une chanson par cœur, vous
l’avez écoutée et en avez maintes fois répété les
paroles, non ? Pour apprendre à danser, vous avez
imité les danseurs et répété les mouvements ? Et les
répliques de vos films préférés, vous les avez
mémorisées en les écoutant et les répétant en
boucle ? Sans parler de l’aller-retour de chez vous au

16
travail ou en cours, que vous parcourez maintenant
sans réfléchir, concentrés sur votre téléphone (à pied)
ou en écoutant la radio (en voiture).
« Apprendre par cœur », c’est du bourrage de
crâne ; « connaître par cœur », c’est le résultat du
mimétisme, de l’association, de la compréhension et
de la répétition – d’où la récurrence du verbe
« répéter ». La mémoire trie des milliards de données
par jour et ne retient que celles qui se démarquent
des autres : celles qui se répètent et celles qui
s’associent à des concepts connus ou des émotions
fortes. Au bout d’un certain temps, celles-ci finiront
dans la mémoire à long terme. La mémoire
sémantique, plus précisément (lien dans les sources).
Nul besoin donc de vous farcir la liste Swadesh de
votre langue cible pendant des mois. Nul besoin
d’apprendre des mots bêtement ; pour mieux
apprendre, il faut d’abord comprendre. La répétition
et l’association sont les deux mamelles dont la
mémoire est alimentée. La mémoire, ça s’entraîne et
ça s’entretient. Avec le temps, vous ferez des
miracles !
Vous remarquerez également que le mot
« préféré » est revenu deux fois, ce qui implique la
notion de plaisir. Oui, on apprend mieux en s’amusant
et c’est une chose fondamentale qu’on a tous oubliée
avec le temps. Pas d’inquiétude, on y reviendra, à ce
« plaisir ».

On n’est jamais trop vieux pour apprendre des


langues, et même pour apprendre tout court. Un
proverbe japonais dit même qu’ « on commence à
vieillir quand on a fini d’apprendre ». J’ai connu un
homme qui commençait à apprendre le russe à un âge
plutôt avancé (40 ou 50 ans ; j’ai dit « avancé », pas
« vieux »).

17
On dit que les enfants apprennent plus
facilement que les adultes… C’est vrai, peut-être car
ils n’ont que des habitudes, des notions, des repères à
assimiler en masse. Une fois tout ça acquis, on
apprend de moins en moins vite… du moins, on en a
l’impression. Sans compter que les enfants ont accès à
une myriade de jeux et jouets qui leur permettent de
comprendre le monde qui les entoure, disposent d’une
ouverture d’esprit énorme et posent des tas de
questions, n’ont ni filtre, ni arrière-pensée, ni préjugé,
ne sont pas encore victimes d’idées reçues, privilège
leur permettant d’apprendre en abondance… Et,
évidemment, ils ont le sacro-saint droit à l’erreur, dont
ils profitent allègrement avant qu’il ne soit trop tard.
Il est vrai, également, que les connexions synaptiques
dans le cerveau sont plus nombreuses qu’à l’âge
adulte, mais ça ne veut pas dire que les capacités
d’apprentissage diminuent avec l’âge… au contraire.
Une fois qu’on a assimilé des repères, tout devient
plus aisé, naturel, instinctif et, comme on le verra a
posteriori, plus on apprend, plus c’est facile
d’apprendre.
Et, comble de tout, pour apprendre une autre
langue… il faut laisser certains repères pour en
assimiler d’autres, ce qui demande déjà deux fois plus
de travail. Car les différences entre deux langues ne
résident pas que dans le vocabulaire, mais aussi dans
l’expression, la grammaire, la syntaxe, la culture…
Même deux langues aussi proches que le français et
l’italien sont différentes en plusieurs points !
Apprendre une nouvelle langue, c’est assimiler une
flopée de nouvelles notions et habitudes, de nouveaux
repères… en quelque sorte, c’est redevenir un enfant.
Tant que votre cerveau fonctionne bien, il est encore
capable d’apprendre. Il suffit de le stimuler.
Ne vous laissez donc pas freiner par cette

18
fausse croyance qu’il n’est plus possible d’assimiler de
nouvelles langues étrangères après l’enfance.

Le meilleur pour la fin. Vous êtes nuls en


langues ? Vous pensez que ce n’est pas fait pour
vous ? Vous n’aimez pas ça ? Alors, comment avez-
vous fait pour apprendre votre langue maternelle ?
Parce que vous devez bien la parler, non ? En tout cas,
si vous êtes ici, je suis prêt à le parier sans trop me
mouiller. Mais, pour la parler, il a bien fallu
l’apprendre à un moment donné… Comment avez-vous
fait ? À tout hasard, je dirais… écoute, immersion,
mimétisme, assimilation, répétition, habitude… Oui,
au contact de nos parents, on est directement exposé
à notre langue maternelle ; impossible d’y échapper.
Et le pire, c’est l’école… là, c’est fini, on n’en sort
plus. Avec les amis qu’on se fait, on ne peut plus ne
pas apprendre notre langue natale.
Rappelez-vous : pour parler votre langue
natale, plus que l’apprendre, vous l’avez vécue, vous
avez plongé dedans. Appliquez ça pour les langues qui
vous font rêver et votre vie changera. Vous n’avez pas
le temps ? Prenez cinq ou 10 minutes, pendant vos
repas, au petit déjeuner, avant de vous coucher ou aux
toilettes au lieu de jouer à Clash of Clans, par
exemple, pour faire une ou quelques leçons. C’est
largement suffisant, pourvu que vous soyez réguliers.
Préférez cinq minutes chaque jour plutôt que deux
heures d’un coup chaque semaine et vous verrez la
différence. Vous ne pouvez pas voyager ? Pas grave,
plusieurs méthodes sont listées plus loin.

Entre nous, je n’ai pas toujours été bon en


langues. Moyen en compréhension écrite, mauvais en
compréhension orale, je bafouillais un anglais des plus
exotiques – accent français, bonjour –, mon

19
vocabulaire était limité… Je n’ai fini qu’un livre en
anglais, pour enfants, avec le dictionnaire. Oui, car
j’essayais de progresser en lisant sans écouter, ni
parler la langue (on fait tous des erreurs). Bref, si
vous me lâchiez en Angleterre ou aux États-Unis,
c’était la panique. Je n’ai parlé anglais couramment
que très tard, lors de ma première année de faculté,
précisément, la vingtaine passée, quand j’ai
commencé à regarder des séries en version originale
sous-titrée. Il ne m’a suffi que d’un petit effort : lire
les sous-titres. Et depuis, mon niveau d’anglais a
décollé. J’ai joint l’utile à l’agréable. Bon, je triche un
peu, car ma période d’anime japonais m’a beaucoup
entraîné. Mais j’ai commencé quelque part. Et si j’y
suis arrivé, vous le pouvez aussi.
Surpassez votre réticence envers les sous-
titres car « on ne peut pas suivre les images », on s’y
habitue très vite. D’ailleurs, les mêmes personnes
m’ont déjà dit faire autre chose en écoutant une
émission ou un film à la télé en version française. Pour
ceux qui me répondront qu’ « ils ne regardent pas des
films et séries pour apprendre des langues », posez-
vous les bonnes questions : si vous ne commencez pas
par là, à quel moment allez-vous vous jeter à l’eau ? Il
faut y mettre du vôtre. La balle est dans votre camp.
Vous pouvez apprendre des dizaines de
langues et bien les parler. Il suffit de le vouloir et de
s’y intéresser.

20
Comment apprendre des langues ?

21
Méthodes d’apprentissage

Ici sont listées les méthodes que j’ai essayées


personnellement et qui m’ont plus ou moins satisfait.
Étant fauché (oui, je suis une grosse feignasse), toutes
sont gratuites ; ne comptez donc pas y trouver des
Assimil ou autres Babbel. Des témoignages sont
d’ailleurs attendus pour compléter tout ça… à bon
lecteur. Un témoignage sur Mosalingua – payant
également – est partagé dans les sources.

Sites et applications :

Duolingo : Site, et application, incontournable pour


apprendre des langues étrangères. Impossible de ne
pas en entendre parler quand on s’intéresse à la
chose.
L’une des forces de Duolingo est d’être ludique dans
les leçons, plutôt ergonomique, avec une bonne
interface. Le mécanisme s’assimile à un arbre
composé de leçons que l’apprenant débloque au fil de
sa progression. Il prononce les phrases proposées
dans la langue cible que vous devez traduire
entièrement après avoir appris une poignée de mots,
que les bénévoles ont pris soin d’illustrer, permettant
d’associer un mot à une image, mode d’apprentissage
très puissant, notamment utilisé pour l’éducation des
enfants. Dans la même veine, vous pouvez activer

22
votre micro pour prononcer vous-mêmes les mots à
voix haute, un exercice à part entière !
Il existe aussi un système de récompense,
renforçant le côté ludique : vous pouvez accumuler
des points qui vous serviront pour gagner des bonus,
comme le déblocage d’une leçon « vocabulaire pour
flirter », pour les gens que ça intéresse. Il propose
aussi des cours de grammaire à chaque leçon que
vous vous apprêtez à faire. Enfin, une rubrique
« Histoires » est mise à disposition, dans laquelle vous
pouvez mettre en pratique vos connaissances de la
langue dans des mises en situation où des
personnages discutent sur un sujet donné (seulement
en espagnol, portugais, français et allemand pour les
anglophones, toutefois).
Depuis peu, cependant, l’interface du site a pris une
allure plus juvénile et la progression n’est plus
illustrée par un pourcentage mais par des couronnes.
Un grand défaut de Duolingo, c’est le caractère
obligatoire de l’anglais : il faut maîtriser l’anglais pour
apprendre sur Duolingo, car c’est la langue qui
propose le plus de cours (6 langues en français à côté
des 35 proposées par le site en anglais… peut mieux
faire). Également, les phrases de Duolingo sont très
basiques (sujet, verbe, complément…) et ça peut vite
devenir ennuyeux, mais avec un peu de vocabulaire
graillé sur Memrise et des dicos comme Reverso,
Wordreference ou Glosbe, selon votre langue, vous
pouvez sauter quelques paliers grâce aux petites
astuces, comme les clefs et les tours, notamment.
Mais heureusement, les exercices varient et le
vocabulaire se renouvelle assez régulièrement pour
rythmer l’apprentissage.
Monté, de Linguisticae, a fait des vidéos où il
apprend le suédois sur ce site, si vous voulez vous en
faire une meilleure idée. Elles sont anciennes, donc

23
l’interface est différente, mais le principe et le
mécanisme sont sensiblement les mêmes.
Bref, Duolingo est l’un des premiers sites gratuits
d’apprentissage de langues et ce n’est pas pour rien.

Memrise : L’autre grande référence de


l’apprentissage des langues, basée sur un système de
cartes mémoire, à l’instar de Mosalingua. Les cours
peuvent être faits par la communauté, mais les leçons
de langue du compte Memrise sont très bien faits,
complets et agrémentés de petites vidéos où des gens
prononcent les phrases proposées dans les leçons. Le
système de progression des leçons est illustré sur
téléphone par le décollage d’une fusée ; pour les mots,
c’est une fleur qui éclot. Cette image est absente sur
ordinateur. Le concepteur étant un spécialiste de la
mémoire, l’apprentissage est basé sur son
fonctionnement, d’où le nom, aussi le site fait-il
revenir les mots avec lesquels vous avez le plus de
mal, pour vous aider à mieux les imprimer. Vous
pouvez aussi agrémenter vos leçons en ajoutant des
illustrations, appelées « mèmes » pour mieux les
retenir.
Le gros avantage de Memrise sur Duolingo, c’est
que les cours sont plus variés pour plusieurs langues,
atténuant ainsi l’indispensabilité de l’anglais. Vous
pouvez apprendre le japonais, le chinois, l’arabe, le
coréen et même le russe si vous parlez français, en
plus des principales langues européennes. Une petite
astuce, si vous avez plusieurs langues en vue : une
fois acquise votre première langue, attaquez la
deuxième avec des leçons destinées aux locuteurs de
votre première langue ; autrement dit, si vous
commencez par l’espagnol et voulez faire l’allemand
ensuite, apprenez l’allemand avec des leçons pour les
espagnols, ça vous permet de consolider vos bases

24
dans celle-ci pendant que vous apprenez la nouvelle !
Pour les traductions, vous les faites vous-mêmes
quand il s’agit de mots simples, et avec des étiquettes
à remettre en ordre quand il s’agit d’une phrase ou
expression.
Petit point faible : le site est gratuit, évidemment, si
vous vous limitez à apprendre des leçons et revoir des
bases ; si vous voulez aller plus loin, parler avec des
natifs ou revoir les mots les plus durs, par exemple, il
faudra songer à prendre un abonnement Premium.
Comme disait l’autre : « Les Hommes naissent libres
et égaux (en droit). Après, ils se démerdent ».

Hellotalk : Ce n’est pas un site d’apprentissage,


mais une application pour téléphones permettant de
trouver des correspondants natifs de votre langue
cible. Vous enseignez votre langue à votre
correspondant, qui vous enseigne la sienne. Tout en
vous faisant des amis et nourrissant votre répertoire
de contacts à l’étranger. Munissez-vous également de
WhatsApp ou variante pour compléter, car la
communication y sera plus simple, sachant que votre
nouvel(le) ami(e) pourra vous demander votre numéro
de téléphone tôt ou tard, si affinités il y a. En plus de
ça, Hellotalk vous met en correspondance avec les
natifs par calculs suivant votre niveau dans la langue
cible, que vous avez vous-même estimé.
Un petit défaut : Hellotalk est gratuit, tant que vous
pouvez vous contenter d’une langue à la fois. Vous
pouvez choisir plusieurs langues cibles ou enseignées,
à condition de souscrire à un abonnement Premium ;
ou alors vous devrez tout simplement la changer.

Tandem linguistique : Le site s’appelle littéralement


comme ça. C’est à peu près le même principe que
Hellotalk. Vous faites votre profil, vous choisissez vos

25
langues d’apprentissage (jusqu’à deux), mettez vos
coordonnées et attendez d’être contacté ou allez vous-
même vers les autres si vous êtes motivés et si
l’embarras du choix ne vous bloque pas. L’avantage de
ce site sur Hellotalk, c’est que, comme déjà dit, vous
avez le choix entre plusieurs langues d’apprentissage,
mais aussi que vous pouvez rencontrer votre tandem
directement en vrai. Là où, sur Hellotalk, chacun se
parle de chez soi.

Duolingo et Memrise sont complémentaires.


Pour un apprentissage optimal, mieux vaut travailler
sur les deux. Emmagasiner du vocabulaire sur
Memrise et appliquer tout ça sur Duolingo en
traduisant pour mieux assimiler le système de la
langue est très efficace. Et si vous pouvez approfondir
tout ça auprès de natifs grâce à Hellotalk, ou même
Tandem linguistique, ce n’est que mieux. Duolingo et
Memrise en même temps, ça vous paraît long ? Avec
une leçon par jour sur chaque site, sur ordinateur,
vous y passerez entre 10 et 20 minutes, voire 30 dans
le pire des cas ; divisez ces nombres par deux si vous
travaillez sur téléphone. Sachant que rien ne vous
force à faire les deux dans la foulée.
Un autre point de comparaison entre les deux
sites, qui est à la fois un défaut et une qualité :
Memrise, au contraire de Duolingo, est carré sur
l’écriture des réponses et sensible à la casse comme
Javascript (majuscules et minuscules). C’est un détail
qui peut être affreusement soûlant à la longue car il
vous compte tout faux, ou presque, pour une lettre en
minuscule, voire pour des points que vous avez
oubliés alors que la traduction est parfaite (si, si, c’est
du vécu, et ça, c’est vraiment casse-bonbons). Mais ça
peut être nécessaire dans le cas de l’allemand où
écrire les noms sans majuscule équivaut à une erreur

26
orthographique, et même grammaticale. A contrario,
Duolingo s’en fout, il est beaucoup plus flexible sur
l’orthographe comme sur les traductions. Vous pouvez
tout écrire en minuscule si vous avez la flemme ou
mettre des mots différents de ceux attendus, tant que
le sens est juste et que les lettres sont globalement là
où il faut dans le mot, dans la limite du tolérable, bien
sûr. Duolingo se contentera de vous proposer sa
version en dessous.

Bien entendu, le pré-requis pour toutes ces


méthodes gratuites mais en ligne, c’est d’avoir une
connexion Internet, bonne de préférence. Mais comme
vous lisez ces lignes en ce moment, en principe, le
plus dur est fait. Après, tout le monde n’a pas de
smartphone (« téléphone multifonction » au Canada),
et il faut faire sans.

Quotidien :

Films et séries : Vous aimez regarder des films et


des séries télévisées, je suppose. Surtout d’origine
anglo-saxonne, n’est-ce pas ? Alors faites l’effort de
sauter le pas et tout regarder en version originale
sous-titrée. Comme dit plus tôt, c’est une difficulté
minuscule à dépasser, vraiment un rien du tout. Si
réellement ça vous pose problème, mettez-vous face à
des épisodes dont l’histoire ou le sujet vous indiffère.
C’est vraiment capital pour forger votre oreille à
l’écoute de la langue cible si vous ne pouvez pas
baigner quotidiennement dedans par les voyages. Au
moins un point positif dans l’expansion mondiale de
l’anglais : il n’a jamais été aussi facile de l’apprendre
qu’aujourd’hui.

Vidéos YouTube : La plateforme YouTube a connu

27
un essor monstrueux, ces dernières années. À tel
point qu’elle est nourrie par des centaines de millions
d’utilisateurs à travers le monde et des vidéastes de
ses quatre coins y postent leurs vidéos.
Si vous avez besoin des sous-titres, YouTube
possède une fonctionnalité « sous-titres » dans ses
options de filtrage de vidéos. Et je ne parle pas des
sous-titres automatiques générés par YouTube dont la
qualité fait beaucoup jaser, mais de ceux créés par les
abonnés des chaînes en question. Comme pour les
films, si les sous-titres vous rebutent, préférez des
vidéos dont le sujet vous indiffère totalement en règle
générale. C’est au niveau de l’écoute et du
vocabulaire que c’est intéressant, donc focalisez-vous
là-dessus. Et puis d’ailleurs, l’autre avantage, c’est
que ça vous apprend le vocabulaire courant, de la vie
de tous les jours ! Si voyager est un luxe pour vous,
les vidéos sur YouTube sont un moyen de substitution
très puissant pour approfondir votre maîtrise de la
langue cible.
Si vous n’avez aucune idée de quoi marquer dans la
barre de recherche YouTube, contentez-vous d’un
banal « je réponds à vos questions » ou bien « les
différents types de profs » ou « histoire de [insérer
pays] » dans la langue apprise. Le premier est un
genre de vidéos assez courant, qui pourrait déboucher
sur la découverte d’une ou plusieurs chaînes
intéressantes… linguistiquement parlant, bien sûr (en
français, ce n’est pas du tout mon genre de contenu
préféré). Ou bien si vous jouez d’un instrument de
musique et aimez suivre des tutoriels vidéo, cherchez-
en dans la langue cible. Sinon, contentez-vous de
rechercher sur Internet les chaînes de votre langue
les plus populaires. Au niveau du contenu, ça ne vous
passionnera pas forcément, mais linguistiquement,
vous ne perdrez pas votre temps. Et si les vidéos

28
correspondent à vos critères… c’est parfait, foncez !
C’est comme une simulation d’immersion totale :
avec le vocabulaire quotidien appris dans différents
registres (surtout courant et familier), vous donnerez
l’impression d’être quasiment un natif de la langue, à
condition de bien en imiter l’accent. De là à tromper
vos interlocuteurs sur vos origines ou votre
nationalité, il n’y a qu’un pas ! Et prenez également
l’habitude de lire les commentaires sous les vidéos :
en général, ils sont écrits par des natifs de la même
langue et sont tout aussi instructifs, en plus de vous
entraîner à la lire.
Vous vous attendiez peut-être à des vidéos
proposant des leçons de langues… mais non. Ça
existe, j’ai essayé, ça n’a pas marché. Les vidéastes
sont pleins de bonnes intentions, motivés et sincères
dans leur démarche, mais je n’adhère pas au concept.

Musique : Je vais être honnête avec vous, ce n’est


pas le moyen que j’utilise le plus. Attendez-vous donc
à être en désaccord avec l’avis donné ici
particulièrement.
Elle figure quand même dans cette liste, mais
voyez-y plutôt un moyen d’approfondir votre
connaissance de l’idiome visé. Niveau vocabulaire,
grammaire et écoute, c’est un moyen d’apprentissage
génial, à condition toutefois de déjà connaître des
bases. Ça ne sert à rien d’écouter de la musique dans
cette optique si vous n’y comprenez rien (évident,
n’est-ce pas ?). J’ai beaucoup écouté de musiques
japonaises, surtout des génériques de One Piece. J’en
connais les paroles presque par cœur, mais ne
comprends rien à ce que je chante. Autant dire que ça
m’a aidé à prononcer le japonais, mais pas à le parler.

GPS : On n’y pense pas forcément, mais vous

29
pouvez mettre le géo-positionnement par satellite de
votre téléphone dans la langue que vous visez lors de
vos trajets en voiture, même ceux que vous
connaissez. Le vocabulaire est limité – « tournez à
droite », « tournez à gauche », « allez tout droit »,
« au rond-point, prenez la Nième sortie » –, mais,
encore une fois, c’est primordial pour votre oreille. Et
puis si ça peut vous permettre de vous la péter en
indiquant le chemin à un étranger qui, par chance,
parle votre langue apprise (vous pouvez rêver
d’apprendre le polonais ou le néerlandais, par
exemple, pas forcément l’anglais), c’est tout bénef’ !
Par extension, si vous vous en sentez capables,
mettez carrément votre téléphone dans la langue
désirée. Avec un tel objet du quotidien, c’est un
moyen d’immersion efficace qui pourrait vous
apprendre quelques petits termes techniques non
négligeables. C’est comme ça que j’ai appris
qu’ « écran » se dit « pantalla » en espagnol ou
« schermo » en italien, par exemple.

Soirées linguistiques : D’un niveau au-dessus, car


tout le monde ne vit pas dans les grandes
agglomérations.
Ce genre de soirée est plus susceptible d’avoir lieu
dans des grandes villes étudiantes et/ou à fort
potentiel touristique. En gros, si vous ne pouvez pas
voyager, ce sont les voyageurs étrangers qui viennent
à vous. Vous n’avez qu’à sortir de chez vous et
traverser deux ou trois rues pour papoter en soirée
dans plusieurs langues étrangères.
Recommandé si vous êtes sociable, avez du bagout
et gérez bien les discussions de groupe. Sinon, ce
n’est pas intéressant, surtout si votre groupe, malgré
la présence d’étrangers, parle en français. Efforcez-
vous de trouver un tandem avec qui parler, sinon

30
votre temps sera mieux utilisé en regardant des
vidéos sur YouTube. Mais comme regarder des vidéos
seul chez soi, c’est triste, vous ferez cet effort,
évidemment !
Les soirées figurent dans cette liste, mais peuvent
être payantes, car organisées par une association à
but non lucratif. Vous pouvez payer à l’entrée ou
prendre une consommation obligatoire dans ce genre
de cas.

L’étranger : La méthode suprême, le nec plus ultra


de l’apprentissage d’une langue étrangère est et sera
toujours l’immersion totale dans le pays. Demandez à
Google (ou autres, comme Lilo), tous les sites vous le
diront. Tous vous présenteront l’immersion dans le
pays comme la méthode ultime pour consolider votre
maîtrise de la langue cible. Si vous visez un niveau de
bilinguisme absolu et à toute épreuve, c’est la
meilleure solution envisageable, autrement il faudra
vous contenter d’un niveau courant. Accrochez-vous
bien… c’est amplement suffisant. Rendez-vous dans le
dernier chapitre pour en savoir plus.
De nos jours, il existe des organismes et
associations d’aide à la mobilisation internationale,
qui permettent de voyager à moindre frais. Échanges
interculturels, formations, emploi à l’étranger… si
vous avez moins de 25 ans, service civique ou service
volontaire européen, il y en a pour tous les goûts et
toutes les durées.
Et si vous n’avez pas les moyens de voyager,
envoyez paître l’industrie du voyage, prenez votre sac
à dos avec le minimum vital et quittez votre confort
pour visiter les contrées inconnues qui vous
attendent. Pour ça, il faut avoir la bougeotte, du cran,
une vraie grosse envie d’ailleurs, être autonome et
débrouillard et guère attaché à son petit confort. Si

31
l’inconnu ne vous fait pas peur, foncez. Et si ça vous
fait peur, foncez la tête la première. « Les folies sont
les seules choses que l’on ne regrette jamais », disait
Oscar Wilde – oui, encore lui. Et ça vous fera autant
de bons souvenirs et histoires à raconter.
En plus, nul besoin d’aller au bout du monde : on a
la chance d’avoir, en Europe, un véritable vivier
linguistique à notre portée, alors autant en profiter au
maximum !

Lisez. Ici, pas de méthode particulière. Juste un


conseil général : lire beaucoup dans votre langue
d’apprentissage quand vous commencez à vous sentir
vraiment à l’aise – quand vous savez faire plus que
vous présenter et demander votre chemin, en gros.
Lisez des articles Wikipédia sur vos sujets préférés,
par exemple. Ou bien téléchargez des livres pour
enfants en langue originale si possible (ou empruntez-
les dans votre bibliothèque si vous vivez en ville). Vous
pouvez aussi lire des articles de presse du pays de
votre langue, ou alors simplement les messages de vos
correspondants trouvés sur Hellotalk. Quoi qu’il en
soit, lisez, lisez et, encore, lisez. Cela entraînera votre
cerveau jusqu’à ce qu’il soit capable de lire aussi
facilement dans les deux langues.
Et si vraiment vous avez la flemme de jongler entre
votre page étrangère et votre dictionnaire – ça se
comprend –, alors faites une recherche de votre sujet
sur Google suivi de « Wikipedia » et, sur le lien de la
proposition, cliquez sur « Traduire cette page ». Cette
manipulation vous amènera sur la version traduite par
Google traduction de la page en question, et vous
n’avez plus qu’à cliquer sur le bouton « original » à
droite. Vous pouvez changer la langue, si ce n’est pas
la bonne, en changeant juste l’URL dans la barre de
recherche. Les différentes langues de Wikipedia sont

32
représentées par deux lettres dans son adresse : la
version française s’écrit « fr.wikipedia.org » ;
l’anglaise « en.wikipedia.org » ; l’italienne
« it.wikipedia.org. » ; l’allemande
« de.wikipedia.org »… et cetera. Vous pouvez voir
l’abréviation de chaque version en survolant les
langues disponibles visibles dans le menu de gauche.
Vous pouvez voir la traduction des passages qui vous
posent problème en les survolant avec votre pointeur
et, du peu que j’ai vu, le travail est plutôt bien fait. Ça
peut très bien marcher avec d’autres sites, comme
Vikidia, mais j’aime bien Wikipedia.
Pour la version papier, des livres sont réédités en
version bilingue avec, soit deux pages avec les
versions originale et traduite, soit la version originale
flanquée d’une page lexicale pour aider à la
compréhension. Le seul petit défaut par rapport à
Wikipedia, c’est que les livres, ça s’achète. Arrangez-
vous donc avec votre portemonnaie.
Voilà, une petite astuce pour vous faciliter la vie.
Mais faites quand même l’effort de rechercher les
mots dans le dictionnaire de temps en temps. Écrire
aide à concrétiser les mots et notions dans votre
esprit car c’est un acte d’apprentissage actif, tandis
que la lecture relève du passif, et donc moins efficace.
Évidemment, le mieux serait d’écrire également à la
main, car c’est le moyen le plus efficace (mémoire
procédurale, tout ça…).

Sans surprise, l’école n’est pas dans la liste.


L’école, c’est bon si vous voulez découvrir les bases
d’une langue, ou bien suivre une formation en langues
si vous êtes déjà un cador et voulez en faire votre
métier. Avec les méthodes d’enseignement utilisées,
ce n’est pas comme ça que vous parlerez couramment
votre langue étrangère un jour. Si votre objectif est de

33
devenir bilingue, la méthode scolaire est la dernière
que vous devriez suivre, même si certains profs sont
bien meilleurs que d’autres (clin d’œil à mon prof
d’anglais du lycée fan de Banksy, que j’embrasse,
d’ailleurs).
De même, les manuels de langue sont oubliés.
Si vous voulez apprendre à parler une langue, c’est
bon pour la décoration. Ça ne vous servira que si vous
voulez devenir un grammairien de la langue désirée.
Vous connaîtrez ses règles et mécanismes sur le bout
des doigts, mais ne la parlerez jamais ; à vous de
choisir. À la limite, vous pouvez en consulter une fois
que vous maîtrisez bien la langue si vous avez envie
d’en savoir plus sur l’usage – donc mieux la
comprendre – et l’approfondir, mais c’est tout. Vous
n’irez pas plus loin. Notez, d’ailleurs, qu’on n’apprend
la grammaire française à l’école qu’une fois que la
langue est bien acquise et pratiquée au quotidien,
alors qu’on fait l’inverse pour les langues étrangères
en espérant que ça marche. Sauf que, non, ça ne
marche pas. C’est aussi pour ça que je ne consulte
jamais les explications grammaticales de Duolingo. Et
sachez que même certains professeurs, natifs et
grammairiens sont incapables d’expliquer des règles
d’usage, « ça se dit comme ça, c’est tout ». C’est
surtout vrai pour le japonais, si vous vous penchez
dessus : la lecture des kanji change selon la situation.
Pourquoi ? Aucune idée. Donc, les livres, oubliez. Des
fois, il y a des règles qu’il ne faut pas chercher à
comprendre, juste des automatismes à acquérir. C’est
le jeu.
Alors, je vous vois venir : « Apprendre des
langues sans passer par la grammaire, c’est aussi la
meilleure façon d’acquérir de mauvaises bases ». Je
me suis aussi pris cette réflexion et voilà ma réponse :
personne ne parle correctement sa langue natale, n’en

34
respecte fidèlement les règles, en tout cas à l’oral.
Dans le parlé, on fait tous des erreurs, commises à
cause de mauvaises bases acquises au quotidien.
Seuls quelques originaux parlent aussi bien qu’André
Dussollier dans Une belle fille comme moi. Moi le
premier, je ne m’exprime pas parfaitement. Et de
toute façon, si vous vous efforciez de le faire, on vous
regarderait bizarrement, ça ne fait pas du tout
naturel. Ça ne vous fait pas sourire quand quelqu’un
dit « nous avons » au lieu de « on a » ou bien utilise
l’imparfait du subjonctif spontanément quand c’est
adéquat, à l’image d’un locuteur du 17e siècle ? Oui,
parce que c’est devenu bizarre à l’oral, par
raréfaction, alors que grammaticalement c’est juste.
Réussissez déjà à communiquer dans votre autre
langue, vous raffinerez votre langage après.

35
Entretien

Le morceau le moins utile, mais aussi le plus


court du chapitre. Parce son sujet est une évidence.
Souvenez-vous de ce qu’on a vu plus tôt :
« cinq ou 10 minutes par jour suffisent largement,
pourvu que vous soyez régulier ». Oui, le grand secret
de l’apprentissage des langues, c’est l’entretien. La
mémoire, ça s’entretient. On ne retient quasiment rien
du premier coup.
Si vous consacrez une heure par semaine en
un seul bloc à vos leçons de langues, c’est bien, vous
allez beaucoup progresser. Puis, vous vous reposez et,
si ça ne vous a pas dégoûté, vous y revenez une
semaine après. Révélation du siècle : vous aurez eu le
temps de tout oublier, ou presque, de vos premières
leçons et il vous sera extrêmement difficile de faire les
suivantes. Pourquoi ? Parce que votre cerveau n’aura
pas entretenu vos nouvelles notions qui, faute de
récurrence, n’auront pas acquis de valeur suffisante à
ses yeux. Et le cerveau, quand il s’en fout, il jette.
Résultat des courses : vous êtes incapables de faire la
leçon suivante, mais n’avez pas pour autant envie de
vous retaper les précédentes, qui furent si longues à
finir ; inexorablement, vous laissez tomber et vous
convainquez vous-même que les langues, ce n’est pas
pour vous.
Ainsi, si vous apprenez une leçon en 5 minutes

36
le lundi et passez à la suivante le mardi avec les mots
appris la veille, sous réserve d’avoir bien dormi cette
nuit, vos nouvelles connaissances n’auront pas eu le
temps de fuir bien loin. Aussi sera-t-il beaucoup plus
simple et rapide de les rappeler pour mieux les
conserver. « Il faut battre le fer pendant qu’il est
encore chaud », comme on dit.
Il y a là-dedans une histoire de neurones qui
se connectent entre eux par les synapses pour former
un réseau autour de l’information en question afin de
la maintenir plus efficacement, mais on ne s’étendra
pas dessus. Des sites plus compétents en neurologie,
partagés dans les sources, l’expliquent bien mieux.
C’est très intéressant !
Évidemment, il y a des mots que vous
retiendrez plus que d’autres, selon leur récurrence et
votre sensibilité. Selon la loi de Zipf, le mot le plus
courant dans le livre Ulysse de James Joyce revient
8000 fois, le dixième 800 fois, le centième 80 fois, le
millième 8 fois… ainsi de suite. Sans trop se mouiller,
on peut parier que vous retiendrez mieux les deux
premiers. Et si les deux derniers ont un rapport avec
quelque chose qui vous intéresse, comme la vie des
chats ou trier vos chaussettes, par exemple, il y a des
chances que vous les reteniez aussi.
En gros, pour mémoriser, il faut répéter.
Avant d’apprendre tout court, il faut
apprendre à apprendre.

37
Motivation

« Tu parles plusieurs langues ? Trop fort, t’as


de la chance ! »… Je l’ai aussi entendu à de
nombreuses reprises. Et pourtant, loin de m’en
enorgueillir, ça me fait toujours sourire. Non, parler
plusieurs langues, même l’allemand et le japonais,
réputées difficiles pour nous occidentaux (dites-vous
d’ailleurs que la difficulté et la facilité, ça n’existe
pas), ce n’est pas dû à la chance.
Si on écarte les cas particuliers des enfants
bilingues de naissance car nés de parents d’origine
différente, quand vous entendez quelqu’un se
présenter dans quatre ou cinq langues, il y a eu un
immense travail derrière. Une année en moyenne,
selon les objectifs et les langues – apprendre
l’espéranto ne devrait vous prendre que quelques
mois grand maximum. Votre interlocuteur les a
bossées avec les méthodes listées plus tôt, ou
d’autres, de manière quotidienne ou presque. Sauf s’il
a tout appris par cœur, mais avec des questions et de
la traduction, c’est détectable. Soit ils ont assidument
suivi des leçons, soit ils rentrent fraîchement de
l’étranger. Dans tous les cas, ils ne viennent pas de
finir 10 leçons en trois jours.
L’apprentissage d’une langue, c’est un travail
régulier, sinon quotidien, je vous l’ai assez rabâché.
Pour y arriver, il faut s’y intéresser, voire s’en

38
passionner. Une langue vivante, ça se côtoie au
quotidien, ce qui demande des trésors de motivation,
patience, passion, volonté… Et, évidemment, ça
implique d’y prendre du plaisir. Si apprendre des
langues vous incommode, ce qui est peu probable,
renoncez. Si vous n’y arrivez pas, ce n’est pas que
vous n’êtes pas faits pour apprendre des langues,
c’est que vous n’avez pas envie que ça soit fait pour
vous.
Si vous n’aimez pas raisonner sur le long
terme et préférez l’instantané, de deux choses l’une :
renoncez ou éduquez-vous. Car maîtriser une langue
vivante n’est pas un défi qu’on relève autour d’une
bière, c’est un engagement sur la durée. Je vous ai
parlé d’une année de travail, ou de quelques mois en
moyenne ; c’est un délai recommandé pour
l’apprentissage d’une langue. Vous n’arriverez
pratiquement à rien la première semaine, si ce n’est
vous présenter. Si vous connaissez la loi de Pareto
(environ 80% des effets sont le produit de 20% des
causes), elle s’applique aussi aux langues : 20% du
vocabulaire appris vous servira dans 80% des
situations, les 80% restants vous serviront dans 20%
des autres situations. Alors qu’en quelques leçons,
vous assimilerez de nombreuses règles de grammaire,
de manière plus ou moins intuitive, le vocabulaire
s’acquiert tout au long de votre vie. Ne cherchez donc
pas à apprendre une langue par lubie, parce que
« c’est cool » ou pour impressionner votre entourage,
ou autre… c’est beaucoup trop long et prenant. Faites-
le si c’est nécessaire pour vous ou si ça vous
intéresse, rien d’autre.
Je considère personnellement chaque jour
sans leçon de langue comme à moitié perdu et j’aime
les pratiquer au quotidien dans la mesure du possible.
Je ne jure que par les films et séries en version

39
originale sous-titrée, écoute mon GPS en voiture
même quand je connais la route, et adore lire des
textes à voix haute en essayant de bien
prononcer (excellente façon de progresser ! Parlez
tout seul ! Non, ce n’est pas une blague). Les langues,
c’est mon quotidien. Et pour ça, il faut de la passion.
Ça tombe sous le sens : si vous pratiquez un loisir
quotidiennement, c’est que vous adorez ça et y prenez
un certain plaisir, non ? Pour les langues, ça doit être
pareil. Vous devez prendre du plaisir à les apprendre
et à les parler. Ça doit vous faire vibrer.
Oui, apprendre une langue, c’est de
l’investissement, on est bien d’accord. Comme dit plus
tôt, une langue vivante, plus que s’apprendre et se
parler, ça se vit. Il faut être prêt à l’assumer. Mon but
est de vous inciter à surmonter vos préjugés si vous
avez envie d’apprendre une ou des langues
étrangères, mais n’osez pas vous lancer. Si, de base,
vous vous en fichez, je ne peux rien pour vous. La
base de l’apprentissage, c’est l’intérêt. Si l’intérêt
n’est pas là, alors à moins de l’éveiller, il n’y a
simplement rien à faire.
Ce qui nous amène tout naturellement à la
question finale…

40
Pourquoi apprendre des langues ?

41
Découverte

https://www.mondelangues.fr/pourquoi-apprendre-
les-langues-etrangeres ← vous pouvez consulter ce
lien si vous en avez marre : c’est synthétique, clair,
simple, concis, bref… ça vous explique en 10 mots ce
que je vous explique en 1000 dans tout ce chapitre.
Autant un résumé qu’une mise en bouche.

La première raison : découvrir une langue et


sa culture. Le plaisir d’apprendre une langue, c’est le
plaisir de la découverte. L’être humain est curieux, il
adore en général découvrir des choses en tous genres,
peu importe le domaine. De nouveaux mots, de
nouvelles phrases, une nouvelle prononciation,
culture, façon de penser… Un nouveau monde, en
somme. Et la surprise, comme la prononciation d’une
langue. Vous n’avez qu’à essayer le russe ou
l’irlandais pour voir.
Vous découvrirez également une nouvelle
façon de voir les choses qui pourrait faire évoluer la
vôtre. Ainsi selon la langue, vous verrez un arc-en-ciel
comme un « arc pluvial » (« rainbow »,
« Regenboden ») ou un « arc de lumière »
(« arcobaleno ») ; un parapluie comme un « écran à
pluie » (« Regenschirm ») ; ou, plus surprenant mais
amusant, une tortue comme un « crapaud à bouclier »
(« Schildkröte »). En japonais, il y a deux conjugaisons

42
pour trois temps : « mashita ( 可 可 可 ) » pour le passé et
« masu ( 可 可 ) » pour le présent et le futur – sans
compter le neutre –, ce qui peut vous faire considérer
les choses sur un plan plus large, la frontière entre
présent et futur étant ténue (hypothèse de Sapir-
Whorf, tout ça…). « Hamburger » veut dire
« hambourgeois », de Hambourg, sa ville natale, en
Allemagne. « Japon » se dit « Nihonkoku ( 可 可 可 ) »,
littéralement, « le pays d’origine du soleil (koku ; hon ;
ni) », d’où son surnom de « pays du soleil levant ». Le
mot « Japon » serait une déformation d’un mot
chinois, « Zipang », rapporté en Europe par Marco
Polo. Voilà le genre de découverte qu’on peut faire en
apprenant des langues étrangères. Et ce n’est que la
surface.
Vous pouvez même enrichir votre vocabulaire
via votre langue d’apprentissage : en découvrant le
verbe « sintonizzare » en italien, vous rencontrerez la
« syntonie », synonyme d’ « accord », « harmonie ». À
l’inverse, le mot « (hypo)khâgne » n’a rien de grec et
n’est qu’une déformation de la « cagne », pour vanner
les étudiants en lettres classiques qui auraient les
genoux cagneux à force de rester plongés dans leurs
livres.
Vous connaîtrez également les origines des
langues ou de leur nom lui-même. « Espéranto » veut
bien dire « celui qui espère » et vient du pseudonyme
de Zamenhof à l’époque, « Doktoro espéranto ». Le
français est « la langue des Francs », nos ancêtres. Le
français, l’espagnol et l’italien, entre autres,
descendent du latin, rejeton de l’indo-européen. Et
dans la même veine, les Iraniens sont un peuple
d’origine indo-européenne, tout comme nous
occidentaux.
Connaître l’histoire des langues et leur
évolution est important car elles sont intrinsèquement

43
liées à notre histoire et notre identité. Savoir d’où l’on
vient, pourquoi l’espagnol et l’italien sont si proches
du français… Victor Hugo disait, après tout, que
« l’avenir est une porte, le passé en est la clef ». Pour
construire l’avenir, et même le prévoir, il faut
connaître le passé. Connaître les langues, leur
histoire, c’est connaître sa propre histoire, se
comprendre soi-même.
Au-delà de toutes ces découvertes, acquérir
une nouvelle langue pour fera… vous découvrir vous-
même. En effet, vous vous découvrirez de nouveaux
talents, une curiosité insoupçonnée, très
probablement un goût pour l’international et les
cultures étrangères… l’âme d’un explorateur, d’un
voyageur, d’un aventurier. Un pan de votre être qui
restait tapi là, en vous, insoupçonné, ne demandant
qu’à être réveillé. Vous avez beau être Français, vous
êtes faits pour conquérir les langues que vous voulez.
Prenez l’apprentissage des langues comme il
est : une aventure.

44
Confiance en soi, reconnaissance

Une sophrologue m’a dit que la confiance en


soi, « c’est plein de petites choses qu’on sait faire ».
Cela passe par des choses aussi banales que marcher,
parler ou lire, à des trucs un peu plus incroyables
comme faire de l’escalade, savoir jouer aux échecs,
avoir un bon niveau à un jeu vidéo ou encore…
maîtriser plusieurs langues, bien entendu. Pouvoir
communiquer dans deux langues différentes est très
gratifiant et constitue déjà un socle conséquent pour
la confiance en soi – une langue, c’est tout de même
un morceau –, alors trois, voire quatre, là ça devient
remarquable.
Mais ce qui est encore plus grisant, au-delà de
la satisfaction personnelle de réussir à assimiler une
ou plusieurs langues, c’est de surprendre votre
entourage ou même des inconnus.
Il y a peu de choses qui donnent cette vague
de chaleur dans la poitrine comme ce regard que les
gens vous lancent quand vous parlez plusieurs
langues, en particulier les natifs d’une langue, qui
n’est pas l’anglais. Parlez allemand à une personne
allemande, russe à une personne russe, japonais à une
personne japonaise, même les banalités les plus
basiques comme « je m’appelle… je viens de… j’ai tel
âge… », elle vous félicitera et sera fascinée.
Je me souviens parfaitement d’un Espagnol

45
rencontré en Sicile qui m’a dit mot pour mot « Eres
una caja de sorpresas (« Tu es plein de surprises ») »
après m’avoir entendu parler italien. Si vous apprenez
le russe et arrivez à faire vôtre l’alphabet
cyrillique – ne rigolez pas, c’est possible –, les Russes,
comme votre entourage, en resteront bouche bée.
Même chose avec les sinogrammes.
N’avez-vous jamais été stupéfaits devant
quelqu’un ayant parlé successivement trois ou quatre
langues devant vous ? Félicité une personne pour sa
belle maîtrise de la langue en la sachant étrangère ?
Ressenti une admiration au point de vous dire « je
voudrais pouvoir faire pareil » ? Croyez-le, pour une
personne multilingue, c’est l’une des choses les plus
gratifiantes. Même si ça doit être une conséquence
plutôt qu’une fin, c’est très puissant pour la confiance
en soi. Et pour ceux qui trouvent ça prétentieux,
rappelez-vous que :
→ la maîtrise d’une langue représente un travail
lourd, long et assidu ;
→ les polyglottes les plus chevronnés font ça par
nécessité ou intérêt, pas pour se la péter.
Un « bravo », « félicitations », « tu parles ou
prononces très bien la langue », voire une simple
lueur de surprise dans l’œil de la personne en face de
vous est la plus belle récompense pour tout ce travail
abattu. Une simple conversation suivie d’une relation
avec cette personne est le plus beau cadeau que ça
puisse vous apporter sur tous les plans.

46
Cercle vertueux

Je vous ai dit dans la première partie que les


langues, « C’est accessible à n’importe qui ayant un
minimum de capacités mentales »… C’est le moment
d’expliquer tout ça. Vous connaissez les aires de Broca
et de Wernicke ? La première est la zone du cerveau
responsable de la production du langage, celle grâce à
qui on formule les mots, et la deuxième gère la
compréhension du langage, celle qui nous sert donc le
plus dans le processus. En gros, la première est
active, la deuxième est passive. Ce sont les plus
importantes zones que notre cerveau utilise pour
communiquer.
Si vous y arrivez, ça veut dire que vous avez
ce « minimum de capacités mentales ». Vous êtes
déjà, de base, capables de vous débrouiller avec votre
langue natale et, de fait, avec une potentielle autre
langue, ou plusieurs. Il faut bien entendu les utiliser
toutes les deux, autant que possible, à égalité, car
vous vous réaliserez vite que « vous comprenez mais
ne savez pas parler la langue », ce qui implique
certainement un déséquilibre entre les deux aires :
vous n’avez pas assez entraîné votre « capacité de
production » de la langue.

On dit souvent que « plus on apprend de


langues étrangères, plus il est facile d’en apprendre

47
d’autres ». Ce n’est pas un mythe. Grâce à leurs liens
historiques, les langues – ici, les indo-
européennes – possèdent de nombreuses similitudes.
Ainsi, en apprenant l’anglais, vous vous
rendrez compte que nous, Français, avons beaucoup
de mots en commun avec eux et que l’inverse est aussi
vrai. N’avez-vous jamais eu l’impression que des mots
comme « marriage », « journalist », « merchant »,
« industry », « respect » ressemblent juste à des mots
français avec une prononciation anglophone ? De
même, des mots aussi anglais que « suspense »,
« custom », « aunt » ou encore « butler » sont
d’origine française (« suspens », « costume »,
« ante », « bouteillier »).
En italien, il vous suffit de penser au français
« occire » pour retenir que « tuer » se dit
« uccidere » ; en allemand, l’anglais « shoulder » vous
aidera à reconnaître l’ « épaule » derrière le mot
« schulter ». Pareil pour « schal » en allemand qui
désigne l’ « écharpe », ou le « châle ».
Plus basiquement, l’allemand « leben » est
proche de l’anglais « to live » pour « vivre » ;
« gehen » ressemble à « to go » pour « aller » ;
« schwören » s’assimile à « to swear » pour « jurer »,
et cetera…
Mais ça ne dépend pas que du vocabulaire.
Certes, plus on en connaît, plus c’est facile. Mais cela
relève aussi de l’entraînement : plus vous apprenez
des langues, les pratiquez, les mémorisez… plus vous
vous entraînez à jongler avec tout ça. On peut avoir
l’impression que tout ça met un joyeux bordel dans la
tête, mais avec un peu d’entraînement, il est possible
d’arriver à tout ranger, trier. Vous saurez faire la
différence entre « el mismo » en espagnol et « lo
stesso » en italien ; ou encore « descubrir » et
« scoprire ». Comme la différence entre l’espagnol

48
« conejo », l’italien « coniglio » et le portugais
« coelho » (comme l’écrivain Paulo, et ça se prononce
« coëlio ») qui équivalent tous trois à notre « lapin »
français. C’est comme ça que tout devient toujours
plus facile : le vocabulaire et l’entraînement. Le
cerveau, comme tout muscle, a besoin d’être
entretenu, voire renforcé.

Un truc dont on parle peu, c’est la capacité à


reconnaître les accents. N’avez-vous jamais remarqué
que, de l’Angleterre à l’Écosse ou aux États-Unis,
l’accent anglais n’est pas le même ? Probablement
non, si vous ne parlez que très peu l’anglais. Il est
même probable que vous ne voyiez que l’anglais
étatsunien comme le seul véritable, ce qui se
comprend vu son omniprésence médiatique.
Sauf que si vous regardez Harry Potter, Troie,
Game of Thrones – oui, oui – ou encore V pour
Vendetta, dont la distribution est quasi-exclusivement
Britannique, vous entendrez un tout autre anglais que
dans vos séries préférées (genre Friends, Breaking
Bad, Supernatural, Dexter, The Big Bang Theory…).
J’ai déjà lu un commentaire très intéressant disant
que les acteurs de Game of Thrones « prennent soin
de bien articuler » : ils parlent tout simplement avec
un accent britannique, qui est différent de son
homologue nord-américain (États-Unis et Canada). Si
les détails vous intéressent – ici, ce serait compliqué à
expliquer et on s’en fout –, des vidéos YouTube s’en
chargent très bien.
Encore une fois, l’anglais est à l’honneur car
c’est la langue « par défaut », mais il existe également
plusieurs accents en Allemagne : le r est roulé dans
certaines régions alors qu’il ne l’est pas dans la
prononciation standard. De même, tous les italiens ne
roulent pas le r – on dit qu’ils grasseyent le r ou ont

49
« la r moscia ». Il y a d’autres accents en anglais,
comme celui d’Australie, d’Inde, d’Écosse, ou des
différentes régions de l’Angleterre même, mais la
différence la plus classique reste celle entre le
britannique et l’étatsunien.
En sachant ça et aiguisant votre oreille, vous
serez capables assez rapidement de déterminer
l’origine britannique, étatsunienne, ou autre, plus
pointue, d’un acteur ou une actrice en l’entendant
parler quelques instants. Ça ne marche pas à tous les
coups, car l’accent ne correspond pas toujours à la
nationalité, mais ce n’est pas souvent.

50
Travail

À l’heure de la mondialisation, le
multilinguisme représente un atout professionnel non-
négligeable. Avec l’internationalisation des
entreprises, les multilingues sont de plus en plus
recherchés et un curriculum vitae qui affiche
plusieurs langues comme l’anglais, l’espagnol,
l’allemand ou l’italien fera toujours plus de l’œil aux
recruteurs qu’un autre plus « commun ».
Oui, tout le monde ne sait pas parler plusieurs
langues, tout le monde ne s’y intéresse pas. Et, en un
sens, même si c’est parfois décevant, heureusement
qu’aujourd’hui encore, on a besoin de ces super-héros
des relations internationales pour se faciliter la vie.
Les traducteurs automatiques, c’est génial, mais,
malgré leurs progrès, je reste persuadé que rien ne
vaut un esprit humain pour ce genre de chose, car la
traduction et la compréhension d’une langue passent
par l’interprétation, qui comprend une multitude de
paramètres hors de portée de l’intelligence artificielle.
Je réponds plus loin au fait de « privilégier les
langues populaires » ; pour l’heure, je peux vous
donner quelques-unes des langues les plus cotées sur
le marché du travail. Ainsi, à part l’anglais, vous y
trouverez l’allemand, l’espagnol, l’italien, notamment.
Et si vous voulez vous démarquer, penchez-vous sur
une langue plus « rare » comme le russe, le japonais,

51
le coréen, le chinois ou l’arabe. Parler des langues
populaires, c’est bien, ça ouvre de nombreuses
portes… mais parler des langues moins communes
vous aidera à vous démarquer, car la rareté rend
précieux.
Oui, c’est mieux de ne pas vous limiter à
l’anglais. Cette langue est devenue indispensable,
mais insuffisante. L’anglais seul ne suffit plus, il faut
voir beaucoup plus large si vous voulez grimper sur le
podium. Aujourd’hui, dans nos contrées, tout le monde
parle anglais ou est censé le faire. Il faut donc soit
être un tueur dans la langue, soit en connaître une ou
plusieurs autres.
Vous n’avez pas forcément à travailler dans
des entreprises de tourisme, de voyage ou autre… ça
peut s’étendre à tous les secteurs. C’est pour ça qu’on
étudie le droit, la gestion et l’économie en langues
étrangères appliquées à l’université. Si l’informatique
vous branche, vous pouvez même travailler comme
localisateur, un nouveau métier consistant à faire de
la traduction dans le multimédia (informatique, jeux,
application…).

Si le salariat ne vous intéresse pas, il est


possible de vous lancer en tant que traducteur
indépendant. Ça n’a jamais été aussi facile depuis
l’avènement d’Internet : il existe des sites dédiés à la
traduction indépendante ou proposant des services
payants dont la traduction de documents. Si les
langues vous passionnent, c’est quelque chose à
considérer, d’autant que, suivant votre productivité et
vos horaires, vous pouvez en dégager des revenus
confortables (jusqu’à 3 000 € net mensuels).
Sinon, admettons que la traduction ne vous
botte pas tant que ça, que vous estimiez ne pas avoir
le niveau pour un tel travail à responsabilité. Que vous

52
préfériez l’idée de transmettre vos connaissances des
langues étrangères à des profanes, comme des
enfants, par exemple. Cependant… affronter 20 ou 30
gamins sadiques et/ou suivre le programme scolaire
d’un système en déclin vous gonfle ? Devenez prof de
langues indépendant et donnez des cours particuliers
à des élèves volontaires et motivés. Des sites existent
pour ça, dont Superprof, le plus connu. Vous n’avez
qu’à vous inscrire, créer votre profil, fixer votre tarif
et vous vendre. Ou alors, déposez des affiches dans
votre ville pour offrir du soutien scolaire à des élèves
en difficulté, répondez à des annonces qui en
demandent… Les possibilités sont légion si vous
adorez ça.
Si vous aimez les enfants et l’éducation non-
conventionnelle, vous connaissez probablement les
filles ou garçons au pair ? Des jeunes étudiants qui
partent à l’étranger dans une famille d’accueil dont ils
s’occupent des enfants en échange du gîte et du
couvert. Un excellent moyen d’apprendre la langue
vernaculaire et d’enseigner la vôtre.

Les possibilités sont innombrables. Les


langues et la mondialisation ont révolutionné le
marché du travail.

53
Santé

Encore une raison de ne pas vous arrêter à


une seule langue : en plus d’ouvrir sur le monde,
apprendre des langues est bon pour la santé.
Le bilinguisme, voire le multilinguisme
constitue un formidable entraînement pour le cerveau,
notamment la mémoire, on l’a vu. Cela va développer
vos capacités cognitives. Vous serez plus agiles,
alertes, votre mémoire sera plus vive et retrouvera les
informations sollicitées plus rapidement. Je vous l’ai
dit : apprendre, ça muscle le cerveau.
Admettons que vous vous en foutiez, au bout
du compte, d’avoir une mémoire surentraînée ou de
pouvoir parler avec des Anglais, des Polonais ou des
Roumains… Sachez au moins que des études ont
découvert que le bilinguisme, en plus d’améliorer la
mémoire, prévenait les risques de dégénérescence
cérébrale. Vous avez moins de risques d’être atteints
de la maladie d’Alzheimer, par exemple, en parlant
plusieurs langues que quelqu’un qui n’en parle
qu’une. Selon la science, les multilingues peuvent être
atteint de la maladie d’Alzheimer quelques années
plus tard que les monolingues, par exemple (4 ou 5
ans selon les versions). De plus, cet exercice ralentit
le vieillissement du cerveau. Tout ça parce que les
zones stimulées par cet exercice sont celles situées
sur le cortex frontal, que touche la maladie.

54
Ainsi, l’apprentissage des langues étrangères
vous permet d’entretenir votre santé mentale et, tout
en rendant votre cerveau plus performant, vous le
protégez contre les maladies cérébrales beaucoup
plus longtemps. Et ça, si vous kiffez la vie, c’est bon à
savoir.
Après, pour être honnête, ce que dit la
science, je n’y crois jamais complètement et prends ça
avec des pincettes très fines. Mais je trouvais que
c’était quand même bien d’en parler. À vous, donc,
d’en faire ce que vous voulez.

55
Rapports humains

Alors, pourquoi je ne suis pas tout à fait


convaincu que « c’est mieux d’apprendre une langue
parce qu’elle est très parlée » ? Si c’est votre critère
principal, contentez-vous de l’anglais ou de l’espagnol.
Et si vous apprenez les deux, ça vous fait quelques
milliards d’interlocuteurs potentiels dans le monde
entier. On ne comptera pas l’hindi ou le chinois
mandarin qui sont dans le top 5 des langues les plus
parlées, surtout pour des raisons démographiques. En
termes d’expansion, l’anglais et l’espagnol vous
suffiront amplement.
En fait, pour moi, ce n’est pas une bonne
motivation. Le chinois est l’une des deux premières
langues, est-ce que ça vous donne pour autant envie
de l’apprendre ? Il y a fort à parier que si vous aviez à
choisir entre l’anglais et le mandarin, le choix est vite
fait. Et ne parlons pas de l’arabe, qui est la 3e du
classement. Je vous parlais de prendre du plaisir dans
votre apprentissage, donc ne privilégiez pas les
langues les plus parlées, mais celles qui vous plaisent.
À l’heure où j’écris ces lignes, je parle mieux
l’italien que l’espagnol car je préfère la première, or
ils ne sont même pas 100 millions dans le monde à
parler l’italien. Elle est classée 25e du monde en
2018, loin derrière le japonais ; à titre de
comparaison, le turc, 20e mondial, est parlé par 80

56
millions de personnes… je suppose que vous ne parlez
pas le turc. Je ne gagne donc pas vraiment au change.
Est-ce important ? Pas pour moi. Que l’italien soit
moins parlé que l’espagnol, peu me chaut. Ce qui
compte, c’est que l’italien soit parlé. Dans « moins
parlé », il y a « parlé ». L’italien n’est pas la langue la
plus répandue, mais elle est parlée, par des millions
de gens. Il me suffit de croiser une personne italienne
pour être content de savoir le parler. Une seule
personne.
Ne préférez pas les langues les plus
répandues pour ce critère, c’est une fausse
motivation. Pour le temps et l’énergie que demande
l’apprentissage d’une langue vivante, ça ne vaut
vraiment pas le coup d’en assimiler une si elle ne vous
plaît pas à la base. Vous n’en tirerez pas de plaisir, ça
sera contre-productif, et vous finirez par abandonner.
D’autant qu’on pourra en dire ce qu’on veut, on l’a
déjà vu, même l’anglais a ses limites. Aussi répandu
soit-il, tout le monde ne le parle pas, donc même les
langues moins populaires finissent par servir, voire
être nécessaires. Ou alors parmi vous se terre une
exception qui apprend le mandarin pour ça et qui s’y
acharne avec plus ou moins de succès. Tant mieux
pour cette personne, mais ce n’est qu’un cas isolé.
Je connais des gens qui apprennent le japonais
avec passion, malgré son écrit difficile. Et le japonais
n’est que 13e avec moins de 150 millions de locuteurs,
agglutinés sur une île. C’est plus que l’italien, mais
guère impressionnant à l’échelle mondiale.

Ensuite, dans l’absolu, être bilingue, ça ne


sert à rien. Non, ce n’est pas une blague. Lisez la suite
avant de vous insurger devant une telle ineptie.
Pourquoi parler couramment une langue est
plus que suffisant au quotidien ? Avant de vouloir

57
devenir bilingue dans une langue, demandez-vous
dans quel but. Vivre à l’étranger ? Regarder des films
et séries, lire des livres de manière autonome (et
encore, ce n’est pas l’objectif le plus solide…) ? Votre
conjoint(e) est d’origine étrangère et ça vous
faciliterait la vie ? C’est plus pratique pour votre
travail ou carrière ? C’est nécessaire pour votre
avenir ? Dans ce cas, foncez. Si c’est juste pour vous
la péter, ça ne vaut pas le détour.
Pour le rappel, être bilingue ne signifie pas
« savoir se présenter et demander son chemin dans
une langue étrangère », mais bien « parler, lire et
écrire deux langues indifféremment, avec le même
niveau ». On est entre le niveau courant et le
biculturalisme. C’est à peu près le niveau C2 selon le
Cadre européen commun de référence pour les
langues (CECRL, voir sources). En tant que bilingue,
vous ne faites presque plus la différence entre votre
langue natale et votre langue étrangère qui, d’ailleurs,
ne l’est plus. Autant vous dire que si vous voulez
devenir bilingues, il va falloir voir plus loin que les
applications et Internet. Vous devrez vivre la langue à
fond.
Quant à parler couramment, ce n’est pas être
bilingue, mais « pouvoir tenir une conversation fluide
sur une grande diversité de sujets avec votre
interlocuteur et avec une certaine aisance ». Vous
n’êtes pas à l’abri de maladresses, d’hésitations,
d’oublis, de manque de vocabulaire, n’êtes pas
forcément exemptés de lire les sous-titres et pas
forcément capables de lire un livre étranger de
manière totalement autonome, mais vous savez
pratiquer votre langue étrangère au quotidien sans
souci. Et ça, dans votre vie, c’est largement suffisant.
Si vous êtes capables de comprendre et de vous faire
comprendre dans cette langue qui n’est pas la vôtre,

58
la mission est d’ores et déjà accomplie.

Ces deux points maintenant clarifiés, venons-


en au fait. La découverte, la connaissance de sa
propre langue, l’estime de soi, la reconnaissance, la
santé mentale, tout ça… c’est bien beau. Mais l’une
des meilleures motivations pour apprendre une langue
étrangère réside dans la possibilité de faire des
rencontres.
Oui, ça paraît évident, mais l’apprentissage
d’une langue vous offre une myriade d’occasions de
faire des rencontres de tous horizons, de vous ouvrir
au monde qui vous entoure. Ça paraît cucul la praline,
dit comme ça, mais c’est vrai. La raison la plus
classique donnée par les personnes multilingues est
d’ailleurs la suivante : « J’ai appris [telle langue] car
ma copine est [telle origine] ». Enfin, « je t’aime » est
la phrase internationale par excellence. Vous savez, à
coup sûr, dire – sinon comprenez – au moins « I love
you », « Ti amo », « Te quiero », ou encore « Ich liebe
dich », voire « Ya lyublyu tebya (Я люблю тебя)) »,
« Aishiteimasu ( 可 可 可 可 可 可 ) » et, en bonus, « Mi amas
vin » pour les plus fous furieux. Les jurons mis à part,
c’est l’une des premières phrases qu’on apprend dans
n’importe quelle langue, avec « merci » ou « bonjour »
(essayez, vous serez surpris).
En tant qu’animal social et grégaire, le
relationnel est un puissant moteur pour l’être humain,
et l’une de ses principales raisons de vivre. Si vous
voyez dans une langue un fouillis de mots bizarres et
des règles de grammaire alambiquées, j’y vois des
humains qui communiquent. Le fait de parler
plusieurs langues révolutionnera vos relations et vous
fera rencontrer des personnes que vous n’auriez
sûrement jamais connues autrement et qui pourraient
changer votre vie, personnelle et professionnelle, du

59
tout au tout. Vous connaîtrez peut-être même une
personne d’origine allemande, polonaise ou même
vietnamienne qui pourrait devenir l’un(e) de vos
meilleur(e)s ami(e)s.
Et, qui sait, vous pourriez peut-être vivre une
aventure avec l’une d’elles ? Oui, vous me direz, « il y
a suffisamment de quoi faire dans son propre pays
pour ne pas aller chercher son bonheur ailleurs »,
mais si une personne anglaise, italienne, iranienne ou
japonaise vous plaît au point de ne vouloir la rater à
aucun prix, si vous ne parlez que votre langue natale,
qui n’est pas la sienne, on fait comment ? D’autant
que ça pourrait devenir la plus belle relation de votre
vie. Tout peut arriver. À l’heure où les civilisations
dépassent les frontières et où le mot « étranger » ne
cesse de perdre son sens, c’est une question à ne plus
ignorer.
Oubliez l’image stéréotypée du premier de la
classe à lunettes qui fait des exercices de langues
avec ses feuilles et ses manuels, elle est fausse. J’ai
les lunettes, mais pas les manuels. Et je connais des
gens avec qui pratiquer mes langues. Des Espagnols
m’ont redonné goût à la langue et j’ai ajouté le persan
dans ma liste suite à ma rencontre avec une
Iranienne. Revendez vos livres de langues, pratiquez
et allez rencontrer des gens d’autres horizons.
Et puis, vous connaissez certainement cette
phrase de Nelson Mandela : « If you talk to a man in a
language he understands, that goes to his head. If you
talk to him in his language, that goes to his heart. »,
« Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il
connaît, vous parlez à sa tête. Si vous lui parlez dans
sa langue, vous parlez à son cœur. »
Il n’y a pas d’activité plus sociale que
l’apprentissage des langues.

60
Annexes

61
Liens

Vocabulaire et apprentissage

https://bilingueanglais.com/blog/1728/combien-de-
mots-anglais/
https://www.mosalingua.com/blog/2019/05/29/
combien-de-mots-pour-parler-une-langue/
https://www.mondelangues.fr/memoriser-du-
vocabulaire
https://www.ispeakspokespoken.com/500-mots-
frequents-anglais/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Zipf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_Swadesh
https://www.mondelangues.fr/repetition-espacee-et-
cartes-memoire
https://www.mondelangues.fr/etudier-une-langue-
universite
https://www.mondelangues.fr/enfants-adultes-
langues-video
https://www.mondelangues.fr/y-a-t-il-un-age-pour-
apprendre-les-langues
https://papapositive.fr/enfants-apprennent-vite-
devrions-imiter/
https://www.mondelangues.fr/noubliez-plus-votre-
vocabulaire-grace-a-mosalingua

Neurologie

62
https://www.reussirmavie.net/Comment-fonctionne-
notre-memoire_a145.html
https://www.sebastien-martinez.com/differents-
types-de-memoire/comment-fonctionne-la-memoire/
https://www.educatout.com/eductv/parler-plusieurs-
langues--un-atout-pour-le-cerveau.htm
http://sydologie.com/2018/01/10-effets-positifs-de-
lapprentissage-dune-nouvelle-langue-cerveau/
https://www.topsante.com/medecine/troubles-
neurologiques/alzheimer/le-bilinguisme-stimule-le-
cerveau-73375 (normalement d’autres articles sur le
même thème vous seront proposés en bas de page,
c’est pourquoi seule celle-ci est partagée, sans critère
particulier… il en fallait bien une)
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_
%C3%A0_long_terme
https://sante-medecine.journaldesfemmes.fr/
contents/798-memoire-a-long-terme
https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/
memoire-memoire-571/
https://www.inserm.fr/information-en-sante/
dossiers-information/memoire

Divers

https://linguish.fr/apprentissage-de-langlais-et-
genetique/
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-
psy/des-difficultes-a-apprendre-une-langue-etrangere-
la-faute-de-la-genetique_30730
https://fr.wikipedia.org/wiki/
Doublage#Doublage_ou_sous-titrage_?
https://fr.wikipedia.org/wiki/
Liste_de_langues_par_nombre_total_de_locuteurs
https://fr.wikipedia.org/w/index.php?

63
title=Liste_de_langues_par_nombre_total_de_locuteur
s&oldid=165344950 (archive de la page ayant servi
d’appui pour le paragraphe sur la popularité des
langues, écrit avant le classement 2020, qui est
différent)
https://fr.wikipedia.org/wiki/
Liste_des_langues_par_nombre_de_locuteurs_natifs
https://eduscol.education.fr/cid45678/cadre-
europeen-commun-de-reference-cecrl.html
https://www.victorias.fr/dossiers/niveaux-langue/
niveau-anglais-cecrl.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cadre_europ
%C3%A9en_commun_de_r%C3%A9f
%C3%A9rence_pour_les_langues#
%C3%89chelle_globale
https://www.mondelangues.fr/7-mythes-sur-
lapprentissage-des-langues
http://augredesbalades.canalblog.com/archives/
2015/04/28/31908768.html (l’âne et ses maîtres)
https://fr.babbel.com/fr/magazine/11-lecons-
langues-etrangeres
https://crm.ooreka.fr/astuce/voir/551901/loi-de-
pareto
https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Pareto
https://www.mosalingua.com/blog/2012/02/05/loi-
pareto-apprentissage-langue/
https://www.assimil.com/blog/y-a-t-il-des-langues-
plus-faciles-a-apprendre-que-dautres/
https://www.mondelangues.fr/devenir-
hyperpolyglotte
https://fr.babbel.com/fr/magazine/hypothese-de-
sapir-whorf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Th
%C3%A9orie_des_intelligences_multiples
https://www.espritsciencemetaphysiques.com/il-
existe-9-types-d-intelligence-lequel-possedez-vous-

64
2.html
https://www.betranslated.fr/bt/tout-savoir-sur-le-
metier-de-traducteur-freelance/
https://fr.babbel.com/fr/magazine/langues-
etrangeres-au-travail
https://www.workwide.fr/les-avantages-a-etre-
multilingue/
https://www.assimil.com/blog/maitriser-langue-
atout-monde-professionnel/
https://www.viedesmetiers.com/formation/langues-
utiles-travail/
https://www.mosalingua.com/blog/2011/09/11/
quelle_langue_apprendre-7-langues-etrangeres-les-
plus-utiles/
https://www.reussirmavie.net/Bien-choisir-ses-
langues-etrangeres_a345.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Polyglotte
https://www.youtube.com/watch?v=LDUszgj24ww
(vidéo de Linguisticae sur l’espéranto)
https://www.youtube.com/playlist?
list=PLobsd1IMyXWEjWB9CW2H7k_syvmBjWMrf
(liste contenant les 5 parties de cette vidéo)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9ranto
https://esperanto-france.org/
https://www.mondelangues.fr/apprendre-esperanto
https://www.youtube.com/watch?v=kVOxyBDqD1k
(vidéo de Linguisticae sur l’anglais)

65
FIN

Merci pour votre lecture.

Vous pouvez maintenant :


• Donner votre avis à propos de cette œuvre
• Découvrir d’autres œuvres du même auteur
• Découvrir d’autres oeuvres dans notre
catalogue « Vie pratique »

Ou tout simplement nous rendre visite :


www.atramenta.net

Suivez-nous sur Facebook :


https://www.facebook.com/atramenta.net