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Université de Bouira 2020 /2021

Département de lettres et langue françaises


M2 Littérature et Civilisation
TD Arts et littérature
Analyser un tableau
Radeau de la méduse
De Jean-Louis-André-Théodore Géricault

1. L’indentification du tableau
Nom de l'artiste : Jean-Louis-André-Théodore Géricault (1791-1824)
Titre de l'œuvre : Le radeau de la Méduse
Années de création : 1818 - 1819
Technique : Huile, toile sur bois
Dimensions : 491 × 716 cm
Lieu d'exposition : Musée du Louvre, Paris
Numéro d'inventaire : INV 4884

2. Artiste et contexte de production du tableau


Géricault, Théodore (1791-1824), peintre français, considéré comme l’incarnation de
l'artiste romantique. Né dans une famille aisée de Rouen, Géricault étudie à l'École des
beaux-arts de Paris, et après avoir échoué au concours du grand prix de Rome, il décide de
partir pour l'Italie où il est impressionné par les peintres de la Renaissance italienne, en
particulier par Michel-Ange.

Dès le début de sa carrière, Géricault témoigne du désespoir et de la souffrance humaine


et devient rapidement le chef de file des peintres romantiques.

Son Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant (1812, musée du


Louvre, Paris) et le Cuirassier blessé (1814, musée du Louvre) relèvent déjà d'une
composition audacieuse, et d'une véhémence de la touche et des couleurs que l'on retrouve

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de façon éclatante dans sa toile la plus célèbre, le Radeau de la Méduse (1819, musée du
Louvre).

Un chef-d’œuvre qui parvient à capturer l'émotion brutale, authentique et brute, Le


Radeau de la Méduse est une peinture achevée en 1818, alors que l'artiste n'avait que 27
ans. Ce tableau grandeur nature qui s'inscrit dans la lignée des grands tableaux d'histoire
décrit un moment terrifiant et exaltant à la suite du naufrage de la frégate Méduse. Le
public français a été scandalisé lorsqu'il a appris ce qui est arrivé à la Méduse, mais il a été
profondément choqué lorsqu'on lui a présenté la version peinte de l'histoire traduisant
l’effroi, la brutalité et le désespoir des naufragés.

En juin 1816, la frégate Méduse s'embarque avec trois autres navires, mettant le cap sur
le port sénégalais de Saint-Louis qui avait été donné aux Français par les Britanniques en
signe de bonne foi au roi de France, Louis XVIII.

La Méduse a accueilli près de 400 personnes, ainsi que le nouveau gouverneur du


Sénégal. Le rôle du capitaine a été confié à Hugues Duroy de Chaumareys, un homme de 53
ans qui n'avait pas été sur un navire depuis vingt-cinq ans et qui n'avait jamais commandé
une frégate de sa vie.

Comme le capitaine était inexpérimenté, tout l'équipage de la Méduse était intéressé à


voyager aussi vite que possible et se tenait près des côtes africaines pour le faire. La frégate a
rapidement devancé les autres navires, mais elle flottait tout simplement trop près du rivage
et a inévitablement heurté une barre de sable.

L'équipage a décidé de jeter du poids supplémentaire par-dessus bord dans l'espoir de


sortir le navire de la boue et de flotter avec la marée. Cependant, effrayé et inexpérimenté,
le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys leur interdit de se débarrasser des canons, car il
ne voulait pas mettre en colère ses électeurs en France.

Finalement, le navire avait touché le fond de l'océan. Les riches ont eu accès aux canots
de sauvetage et ont eu suffisamment d'espace sur les canots de sauvetage, tandis que les 149
personnes restantes ont été forcées de prendre un radeau de fortune qui était attaché par
une corde à l'un des canots de sauvetage.

À un moment donné, le radeau a été coupé intentionnellement ou accidentellement. Ce


qui a suivi a été un cauchemar de deux semaines de mers orageuses, de meurtres brutaux,
de folie et de cannibalisme. De tous les membres d'équipage qui ont été placés sur le radeau,
seulement quinze hommes ont survécu à l'épreuve et cinq d'entre eux sont morts peu de
temps après leur sauvetage.

Cette tragédie est devenue un événement majeur de l'actualité et un scandale de


l'époque, un embarras international dont la cause a été largement attribuée à
l'incompétence du capitaine. De Chaumareys a été traduit en cour martiale, puis acquitté
parce que les Français craignaient d'être ridiculisés par d'autres nations pour avoir mis en
place un capitaine aussi naïf.

Deux ans après le procès de De Chaumareys, l'artiste Théodore Géricault, désireux de se


faire un nom, a révélé sa peinture achetée au final par le gouvernement français. Le tableau
peut maintenant être vu au Louvre. Enfin, il convient de noter que Géricault est décédé
environ cinq ans après son achèvement à l'âge de trente-deux ans.

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3. La description du tableau
L'œuvre montre les survivants du naufrage du navire la Méduse, entassés sur un
radeau de fortune, à l'instant où un navire, visible dans le lointain, leur fait espérer le
salut. Dans son format monumental (491 × 716 cm), l’œuvre dépeint le moment où,
après treize jours de dérive sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau au loin,
alors que leur embarcation est en ruine.

Un radeau sur le point de sombrer au font d’une mer déchaînée, alors que les
naufragés sont anéantis et désemparés. A gauche, un vieil homme tient la dépouille de
son fils sur ses jambes, un autre semble pleurer de rage, abattu ; un cadavre plus à
gauche sans jambes évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau
réel, tandis que des taches de rouge sang rappellent la mutilation des corps et les
affrontements.

Sur le premier plan, plusieurs corps sur le point de tomber à l’eau jonchent sur le
radeau. Au milieu des l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin, et l’un
d’entre eux le montre du doigt, tandis que un homme noir au plus haut à droite debout
sur une barrique agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire.

La composition iconique du tableau est essentiellement composée des deux formes


pyramidales :

La première à gauche est formée par le mât en forme de croix et les cordes qui le
tiennent, englobant des hommes morts, mourant ou désespérés.

La seconde met en scène à sa base des cadavres et des mourants, desquels émergent
les survivants.

Sur le plan plastique, les couleurs semblent réalistes, avec un rouge très dominant
sur les cadavres et un contraste évident entre la pyramide de gauche sombre et celle de
droite plus éclairée.

Enfin, en arrière plan, une vague menaçante sur le point de percuter le radeau,
tandis que tout au loin la silhouette de l’Argus apparait.

4. L’interprétation rhétorique et connotative


Géricault se saisit de l’événement du naufrage pour traduire l’angoisse de la
destinée. Le moment dépeint, lui, reste ambigu, car si l’artiste a choisi d’évoquer le
sauvetage des naufragés plutôt que les scènes de mutinerie ou de cannibalisme, la
question demeure : Est-ce l’image de la délivrance ou celle du faux-espoir, de la liberté
refusée ?

Deux constructions pyramidales rythment l’œuvre : à gauche, sous la voile de


fortune, s’érige la pyramide de l’adversité et des vents contraires ; celle de droite dessine
une courbe plus optimiste, mais le point focal et central de l’œuvre est le chiffon rouge,
symbole d’un possible prochain sauvetage, et que brandit un homme noir.

Le caractère politique de l’œuvre est, par ailleurs, incontestable par sa mise en cause
du régime de Louis XVII, mais aussi par la question de la lutte contre l'esclavage, une
cause chère à Géricault.

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Conclusion
Enfin, audacieux par son thème, sa prise de position, mais aussi par sa composition,
sa touche épaisse, ses violents contrastes d’ombre et de lumière et le réalisme des corps,
le Radeau de la Méduse est exposé au Salon à hauteur d’homme, et la violence que
génère la confrontation directe entre le tableau et le regard des spectateurs, provoque un
véritable scandale. L’entrée au salon de 1818 par ce tableau impose son auteur comme
le fondateur incontestable du romantisme et ouvre la voie à la génération d’artistes
menée par Delacroix.