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European Scientific Journal September 2013 edition vol.9, No.

25 ISSN: 1857 – 7881 (Print) e - ISSN 1857- 7431

IMPACT DES DEPENSES PUBLIQUES


D’EDUCATION SUR LACROISSANCE
ECONOMIQUE EN CÔTE D’IVOIRE

Coulibaly Mamadou
Unisersite Felix Houphouet-Boigny, Abidjan-Cocody,
UFR Sciences de l’Homme et de la Société (SHS),
Institut des Sciences Anthropologiques de Développement

Abstract
Does Education stimulate economic growth? An affirmative answer to this
question is not as obvious as one might think fisrt. That is why this study
uses the time series analysis to examine the true functional relationship
between public education spending and economic growth in Côte d'Ivoire
during the period 1970-2005
The estimation results show that these expenditures have a significantly
positive impact on economic growth. In the short term, the estimated error-
correction model shows that increases of 1% of the growth rate of gross
fixed capital formation and education spending lead increases of 0.1659%
and 5.795% of the rate of economic growth. Education spending thus
appears as the second driving force of economic growth process

Keywords: Public spending on education, Economic growth, Error


correction mode

Resume
L’éducation stimule-t-elle la croissance économique ? Répondre par
l’affirmative à cette question n’est pas aussi évidente comme on pourrait le
penser de prime abor. C’est pourquoi cette étude a recours à l’analyse des
séries temporelles pour étudier la relation fonctionnelle véritable entre les
dépenses publiques d’éducation et la croissance économique en Côte
d’Ivoire durant la période 1970-2005.
Les résultats des estimations montrent que ces dépenses ont de façon
significative un impact positif sur la croissance économique. A court terme,
l’estimation du modèle à correction d’erreur montre que des augmentations
de 1% des taux de croissance de la FBCF et des dépenses d’éducation
entrainent des hausses respectives de 0.1659% et de 5.795% du taux de

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croissance. Les dépenses d’éducation apparaissent donc comme la seconde


force motrice du processus de croissance économique.

Mots-clés : Dépenses publiques d’éducation, Croissance économique,


Modèle à correction d’erreur

Introduction
L’investissement dans le capital humain sous forme d’un meilleur
état de santé et de niveaux d’instruction plus élevés est le moyen le plus
efficace de susciter la hausse de la productivité. Cette dernière stimule à son
tour la croissance de tous les secteurs économiques dans les PED. Cette
opinion, largement partagée par les économistes, prétend que l’amélioration
du capital humain entraine des effets positifs sur la productivité du travail via
des innovations technologiques. Cette amélioration se présente ainsi comme
l’un des moyens les plus sûrs de rendre la croissance durable et de combattre
la pauvreté. En effet, les économistes soutiennent que l’enseignement et la
formation, par des effets vertueux sur les capacités productive, d’innovation
et d’apprentissage dans une économie, améliorent la capacité des individus à
allouer et à utiliser de manière optimale leurs différentes ressources (Cissé et
al., 2004).
Entre toutes les actions publiques visant l’investissement dans le
capital humain, l’éducation et particulièrement ses stratégies de financement
passe pour être un volet important de l’investissement dans le capital humain
(Baldacci et al., 2005). Ce pourquoi, de nombreuses études ont été
consacrées à l’analyse du financement de l’éducation. Ces études sont
d’autant justifiées que la simple augmentation des dépenses d’éducation ne
suffit pas à stimuler la croissance économique, surtout dans ce contexte où
pèsent de fortes et de nombreuses contraintes sur les ressources financières.
Elles visent essentiellement à mener une réflexion poussée sur une meilleure
allocation des ressources financières capable d’enclencher cet effet vertueux
susmentionné (Hanushek, 2005). En effet, le défi auquel sont confrontés les
pays africains actuellement, ce n’est pas l’augmentation des dépenses
d’éducation en elle-même mais plutôt la bonne redistribution de celles-ci au
sein du secteur éducatif ou du moins entre les différents ordres
d’enseignement.
Ainsi, de nombreuses études ont démontré l’incidence positive plus
ou moins directe des dépenses publiques d’éducation sur la croissance
économique. Barro (1991) a par exemple montré une corrélation nettement
positive entre les dépenses d’éducation et la croissance économique.
Gemmell (1996) a identifié les niveaux de capital humain et leurs taux de
croissance comme les déterminants les plus importants de la croissance
économique. Par ailleurs, l’influence de l’éducation sur le taux de progrès

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technologique est nettement mise en évidence dans l’étude de Benhabib et


Speigel (1994).
Par contre, d’autres auteurs, en particulier Devarajan et al. (1996),
sont arrivés au résultat contraire à savoir que les dépenses d’éducation
entretiennent une relation plutôt négative avec la croissance économique.
Ces derniers établissent une corrélation négative entre la part des dépenses
publiques d’éducation dans le budget de l’Etat et la croissance économique
dans la plupart de leurs estimations. Ils attribuent cette incidence négative
des dépenses publiques d’éducation sur la croissance économique dans
certains pays aux sommes assez importantes qui y sont consacrées les
rendant par la même occasion improductives. Comme quoi, ils conviennent
de l’opportunité de rechercher les montants optimaux à injecter dans le
système éducatif.
Par ailleurs, on ne manque pas dans certains pays de décrier la forte
concentration des dépenses d’éducation dans le supérieur car elle
engendrerait ou à défaut encouragerait les inégalités au sein de la société. En
effet, les personnes accédant au cycle universitaire sont généralement issues
de familles aisées. Au Ghana par exemple, ce sont 45% des bourses
d'enseignement supérieur qui sont attribuées aux étudiants issus du quintile
le plus riche des ménages contre 6% seulement pour le quintile le plus
pauvre. Au Malawi, la répartition est davantage plus inégalitaire pour des
parts respectives de 59% et de 1% (Banque mondiale, 1999).
Cette ambivalence du débat sur la relation dépenses publiques
d’éducation et croissance économique laisse nettement transparaitre
d’importants enjeux dont les deux principaux mis en exergue sont l’enjeu
théorique qui voudrait qu’on démontre que le capital humain, et
particulièrement les dépenses publiques qui y sont consacrées, peut avoir des
effets positifs sur la croissance économique et l’enjeu de politique
économique qui permet de déterminer les circonstances dans lesquelles
l’investissement dans le capital humain est véritablement rentable.
La suite de ce chapitre est articulée de la façon suivante. La section 2
est consacrée à la problématique et à la justification de l’étude. La section 3
expose les objectifs et les hypothèses de l’étude. La section 4 présente la
revue de la littérature. La méthodologie de l’étude est exposée dans la
section 5. On procède à une discussion des résultats obtenus dans la section
6. Et pour finir, la dernière section conclut l’étude par une description des
principaux résultats et des recommandations de politiques éducatives.
Problématique et Justification de l’étude
A l’instar des autres pays en développement, l’économie ivoirienne
est structurée autour de trois grands secteurs économiques (à savoir
l’agriculture, l’industrie et le tertiaire), dont le plus important est

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l’agriculture qui emploie près de 60% de la population active et génère


environ les 2/3 des ressources d’exportation (Sangaré, 2012).
Alors que la population active ivoirienne a enregistré une forte
augmentation au taux approximatif de 80%, passant ainsi de 3,5 millions en
1985 à 6,3 millions en 2003 (SOURCE Mamadou Coulibaly), le secteur
agricole semble régresser au cours du temps en termes d’offre d’emplois
quoique le nombre d’actifs du secteur agricole reste pratiquement stable avec
un peu moins de 2 millions de personnes. Toutefois, ce secteur demeure le
principal pourvoyeur d’emplois en Côte d’Ivoire. Cependant, de manière
relative, la population active exerçant dans l’agriculture est passée de 55% en
1985 à seulement 31% en 2003. Aujourd’hui, ce secteur stagne en effectifs et
diminue de façon importante en valeur relative, passant de 46 à 31% de la
population active entre 1990 et 2003. Ce secteur se caractérise par sa faible
exigence en termes de capital humain. Et c’est également un secteur à faible
intensité capitalistique (SOURCE Mamadou Coulibaly).
Quant au secteur industriel, on enregistre une certaine stabilité voire
une légère diminution du nombre d’actifs qui y exercent. Ces derniers sont
passés en nombre de 90 143 en 1985 à 87 203 en 2003. La faible
contribution du secteur industriel à la création d’emploi déjà perceptible en
1985 (2,6%) s’est relativement aggravée pour se situer à seulement 1,4% au
cours de l’année 2003. Ce secteur est à forte intensité capitalistique
comparativement au secteur agricole. Elle exige donc des personnes qui y
exercent un niveau d’éducation on ne peut plus élevé. Le progrès technique a
une vitesse élevée dans ce secteur ; alors que dans le secteur primaire, cette
vitesse est relativement faible.
Concernant le secteur tertiaire (secteur des services par essence), il
demeure le fer de lance de la politique d’offre d’emplois. Les effectifs des
employés du secteur ont fortement évolué, passant de 1,5 millions en 1985 à
4,2 millions en 2003. Ce secteur est très pourvoyeur en emplois notamment
en milieu urbain. Sous d’autres cieux, ce secteur est caractérisé par sa forte
intensité capitalistique et suppose donc des niveaux élevés d’éducation. Par
contre sous nos tropiques, ce secteur est dominé par le commerce et les petits
métiers, nécessitant du coup de faibles niveaux d’éducation aux personnes y
exerçant. Cependant, le progrès technologique est en nette progression dans
ce secteur en raison du développement technologique.
Tous ces secteurs sont caractérisés par une bipolarisation des activités
économiques entre les secteurs formel et informel avec une nette
prédominance pour ce dernier. Cette prédominance est surtout marquée dans
l’agriculture et reste présente dans le secteur industriel, qui n’occupe
globalement qu’un nombre limité de personnes. En effet, le secteur informel
dans l’industrie occupe environ 60% des effectifs globaux. C’est seulement
dans les services que l’emploi moderne est, de façon absolue, assez bien

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représenté avec un chiffre estimé à 431 469 emplois en 2003, soit près de
200 000 emplois pour le secteur public et 230 000 pour le secteur privé. Bien
que les chiffres de l’emploi moderne soient substantiels dans ce secteur
d’activité, la part de l’emploi informel est très majoritaire (89%). En somme,
les emplois modernes ne représentent que 7,1% des emplois totaux en Côte
d’Ivoire. Les effectifs de l’emploi moderne augmente de façon significative,
passant d’une estimation de 291 000 en 1990 à 446 000 en 2003 (soit une
augmentation de l’ordre de 50%), mais en valeur relative, c’est une évolution
presque insignifiante qui est enregistrée, la part de l’emploi moderne est
passée de seulement 6,8% en 1990 à 7,1% en 2003 (SOURCE MC).
De 1990 à 2003, la population active a augmenté globalement de 1,99
millions. Le secteur agricole a perdu 25 000 emplois, alors que le secteur
moderne en a gagné 155 000, et les emplois informels non agricoles ont
progressé de 1,8 millions (soit 92% de l’augmentation totale) (SOURCE
MC).
Un constat s’impose assez clairement. Autant les principaux secteurs
économiques n’ont pas les mêmes intensités capitalistiques, autant ils sont
inégalement pourvoyeurs d’emplois. En effet, les emplois augmentent plus
ou moins rapidement dans certains secteurs alors qu’ils baissent
significativement dans d’autres secteurs. Cet état de fait pourrait augurer de
contributions assez inégalitaires des différents secteurs d’activité au
processus de croissance économique. Se pose alors, en arrière plan certes
mais fondamentalement, la question du financement de l’éducation et de son
incidence sur la croissance économique et celle de la structure de partage
optimale des ressources publiques entre les différents ordres d’enseignement.
L’hypothèse centrale de cette étude stipule qu’une augmentation des
dépenses d’éducation, au même titre que celles des investissements en
capitaux, stimule la croissance économique. En guise d’hypothèses
subsidiaires, nous admettons que les dépenses consacrées à l’éducation sont
relativement contributives à la stimulation de la croissance économique ; et
que l’augmentation de la population active et la participation au commerce
international, de même que celle du capital fixe, favorisent la croissance
économique.
Comme on le voit, l’économie ivoirienne est dominée dans tous ses
compartiments par le secteur informel. Cette situation est non seulement la
cause mais également la conséquence du déficit du secteur de l’éducation. En
effet, il est à noter qu’un peu plus de 50% des actifs du pays soit n’ont jamais
fréquenté l’école soit ont abandonné leurs études avant d’atteindre la
dernière classe du cycle primaire (la très grande majorité d’entre eux étant
analphabètes). Moins de 10% de la population active ont un niveau de
scolarisation qui dépasse celui du premier cycle secondaire. Cette situation
entraine la perpétuation du secteur informel.

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Naturellement, face à la limitation des fonds publics et la


prépondérance du secteur informel dans les différents secteurs, il importe de
s’interroger sur les apports réels de l’éducation à la croissance économique
ivoirienne. En d’autres termes, quel est l’ordre d’enseignement qui constitue
le meilleur emploi des dépenses publiques effectuées en Côte d’Ivoire ? Le
statut de “pilier de l’économie ivoirienne” de l’agriculture, ne fait-il pas des
dépenses consacrées à l’éducation primaire les dépenses à forte capacité de
croissance économique ?
Pour répondre à ces différentes questions, les objectifs et les
hypothèses de cette étude sont définis de la façon suivante.
Objectifs et Hypothèses de l’étude
Objectif général
L’objectif général de cette étude est d’analyser l’impact des dépenses
publiques d’éducation sur la croissance économique en Côte d’Ivoire.
Objectifs spécifiques
De façon spécifique, cette étude vise à :
• identifier les principaux facteurs de la croissance économique
ivoirienne ;
• mesurer l’incidence des dépenses publiques d’éducation sur la
croissance économique ;
• déceler les rendements marginaux des investissements en capitaux, de
la participation au commerce international et de l’accroissement de la
population active.
Hypothèses de l’étude
Comme hypothèses, nous assumons les relations suivantes :
H1 : Des augmentations du stock de capital accroissent le PIB ivoirien ;
H2 : Les dépenses publiques d’éducation sont positivement corrélées au PIB ;
H3 : L’accroissement démographique, indicateur à la fois de l’évolution de la
demande de biens et services et de l’offre de travail, stimule la croissance
économique.
Revue de la littérature
En l’absence de conclusions empiriques évidentes sur l’incidence
positive des dépenses d’éducation sur la croissance économique, Musila et
Belassi (2004) ont envisagé d’analyser l’impact des dépenses d’éducation sur
la croissance économique en Ouganda. Ils ont eu recours aux séries
temporelles pour analyser la relation entre les dépenses publiques
d’éducation par travailleur et la croissance économique durant la période
1965-1999. Leurs résultats montrent que les dépenses d’éducation par
travailleur ont un impact positif sur la croissance économique aussi bien dans
le court terme que dans le long terme. Le modèle à correction d’erreur stipule
qu’une augmentation des dépenses d’éducation moyenne par travailleur
entrainera une augmentation de 0,04% du PIB dans le court terme. L’analyse

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de la cointégration montre qu’une augmentation de 1% des dépenses


d’éducation moyenne par travailleur induit une hausse du PIB d’environ
0,6% dans le long terme.
Hanushek et Kimko (2000) étudient le rôle joué par la qualité de
l’enseignement dans le processus de croissance économique à travers les
différences entre les connaissances inculquées en mathématiques et en
sciences dans plusieurs pays. Ils trouvent qu’une différence de 1 écart-type
dans les notes obtenues en mathématiques et en sciences correspond à un
écart de 1% entre les taux de croissance annuels du PIB par habitant. Ils
démontrent ainsi que la qualité de l’enseignement est véritablement
explicative des écarts de croissance entre les pays. Les retombées de cet écart
de croissance à court terme pourraient être marginales, mais à long terme
(notamment sur une période 50 ans), elles pourraient se traduire par une
hausse des revenus de 64%.
Diallo (2007) tente de mesurer la contribution de l’éducation à la
croissance économique malienne à travers une analyse de l’allocation des
ressources publiques dans le système éducatif. Il défend l’idée principale
selon laquelle le Mali devrait concentrer ses efforts sur le niveau primaire du
système éducatif afin d’établir un cadre plus favorable au développement du
pays.
Cissé et al. (2004) s’interrogent sur les bénéfices des dépenses
publiques d’éducation et leur affectation entre les différents niveaux
d’enseignement sur les enfants issus des ménages démunis au Sénégal. Pour
eux, les dépenses publiques d’éducation doivent être allouées de manière à
ce que l’offre éducative soit mieux distribuée en minimisant les inégalités
entre les régions (zones rurales et zones urbaines), sexo-spécifiques (entre les
garçons et les filles) et entre les groupes socio-économiques. Ainsi, on
pourrait commencer un début d’établissement de l’égalité des chances des
individus dans la société. Ces auteurs trouvent qu’au niveau élémentaire, le
taux de scolarisation des enfants des 20% de ménages les plus riches est près
de 3 fois supérieur à celui des enfants des 20% de ménages les plus pauvres ;
il est 16 fois supérieur dans l’enseignement moyen et 20 fois dans le
secondaire. Ils notent que l’accès des filles issues de ménages pauvres à
l’éducation est davantage limité du fait d’une surveillance parentale plus
stricte, de l’accomplissement de travaux domestiques quotidiens et de
contraintes socioculturelles (mariages précoces).
Les simulations effectuées par Baldacci et al. (2005) stipulent qu’une
hausse des dépenses d’éducation de 1 point du PIB prolonge de 3 ans en
moyenne la durée de scolarisation et entraine un accroissement de 1,5 point
le taux de croissance annuelle du PIB sur 15 ans. Cette incidence a pour effet
de réduire cumulativement d’environ 17% la proportion initiale de pauvres
dans la population.

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Ahishakiye (2012) constate que le taux de scolarisation est faible


dans les différents niveaux d’éducation au Burundi. Pour mesurer l’impact
de l’éducation sur la croissance économique dans ce pays, il étudie la
cointégration et établit l’existence d’une relation de long terme entre la
croissance économique et les différents niveaux d’éducation. Leurs
estimations économétriques ont montré que seul le taux de scolarisation au
primaire a un impact positif sur la croissance économique au Burundi à long
terme, tandis que la scolarisation au niveau du secondaire exerce un effet
négatif. A court terme, aucun niveau d’éducation n’a un impact significatif
sur la croissance économique.
Au plan national, très peu d’études à notre connaissance, semblent
avoir analysé l’impact des dépenses publiques d’éducation sur la croissance
économique, excepté celle de Ouattara (2005) et plus indirectement celle de
Sangaré (2008).
Les résultats de Sangaré (2008) attestent de l’influence positive de la
démocratie et de l’éducation dans l’amélioration des conditions de vie des
populations en Côte d’Ivoire. La méthodologie adoptée par ce dernier
mesure le niveau de pauvreté par le PIB par tête. La relation positive entre
cet indicateur de pauvreté et les variables démocratie et éducation laisse donc
naturellement présager des contributions positives de ces variables dans la
croissance économique en Côte d’Ivoire.
Les résultats de Sangaré (op. cit.) sont quasiment contredits par ceux
de Grimm et al. (2001). Ces derniers prétendent en effet que l’éducation
n’est plus une garantie d’échapper à la pauvreté. En effet, ils constatent que
les niveaux d'éducation (primaire, secondaire ou supérieure) sont, depuis la
fin des années 1990, associés à un plus fort risque de pauvreté dans ce pays
qu’auparavant.
Afin d’analyser la causalité entre la démocratie et la croissance
économique au sein de l’UEMOA, Sangaré (2010) a recours au test de
Granger. Il conclut à l’existence d’une relation vertueuse réciproque entre la
démocratie et la croissance économique aussi bien au niveau de l’Union dans
son ensemble que dans les pays pris individuellement excepté le Bénin et la
Côte d’Ivoire.
5. Méthodologie de l’étude
5.1. Cadre Théorique
Traditionnellement, deux grandes familles de modèles s’intéressent à
l’analyse des déterminants de la croissance économique : la première famille
ayant pour chef de fil Solow (1956) n’attribue aucun rôle spécifique au
capital humain dans la création de richesses (croissance économique). Celle-
ci est expliquée exclusivement par la terre, le travail et le capital. Mais
compte tenu du fait que ces facteurs n’expliquent à eux-seuls toute la
croissance, les partisans de ce courant ont supposé l’existence d’un facteur

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résiduel appelé progrès technique dû notamment à l’amélioration de la


qualité de la main-d’œuvre. La seconde famille (connue sous le nom de
modèles de croissance endogène) par contre assigne un rôle plus central au
capital humain ; et elle est née avec les travaux de Paul Romer (1986). Dans
cette famille, on a deux sous-groupes de modèles dont les uns supposent que
la croissance est causée par l’accumulation du capital humain au cours du
temps (Romer, 1986 ; Lucas, 1988) et les autres prétendent que c’est le stock
de capital humain qui entraine la croissance en permettant l’innovation
(Romer, 1990) ou en permettant au pays d’imiter et de s’adapter à la
technologie nouvelle.
S’inscrivant dans cette dernière famille de modèles de croissance,
notamment dans le premier sous-groupe de cette famille, nous avons inscrit
le cadre théorique de cette étude dans la droite ligne de celle de Musila et
Belassi (2004) avec une application au contexte ivoirien. Nous allons donc
adopter leur démarche scientifique. Ainsi, le modèle utilisé dans cette étude
va reposer sur une fonction de production agrégée définie de la façon
suivante :
(1)
où est le PIB réel, est le capital physique, est le nombre de
travailleurs, est le volume total du capital humain, est le paramètre
technologique, décrit le temps. sont des paramètres à estimer.
Par ailleurs, on définit le capital humain de la façon suivante :
(2)
où représente le niveau moyen d’éducation par travailleur. Dans cette
étude nous admettons que le niveau moyen d’éducation par travailleur est
directement proportionnel à la moyenne des dépenses d’éducation par
travailleur. En introduisant l’équation (2) dans l’équation (1), on obtient :
(3)
où . En posant , avec un paramètre technologique et
un vecteur de variables exogènes susceptibles d’influencer l’output telles que
le degré d’ouverture de l’économie (voir Ouattara, 2007), le niveau de
démocratie (voir Sangaré, 2008 ; Nelson et Singh, 1998) et la dette
extérieure. Ainsi, en introduisant l’expression de dans l’équation (3),
nous pouvons naturellement exprimer le taux de croissance de l’économie
comme suit :

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(4)
où sont les paramètres à estimer
est le terme d’erreur e
est l’indice temporel.
La description des variables utilisées dans le modèle est faite dans le
Tableau 3.1. ci-dessous.
Source des données
Les données utilisées sont de type secondaire et sont relatives à la
période 1970-2005. Elles ont été en grande partie compilées sur le site
internet officiel de la Banque mondiale. Les données relatives à l’indice
démocratique proviennent du site officiel de l’ONG international
FREEDOMHOUSE. Toutefois, certaines données ont été complétées auprès
des services des Ministères de l’Enseignement Supérieur et de l’Education
nationale. Cependant, nous avons procédé à des extrapolations pour quelques
unes d’entre elles. Ainsi, l’indice démocratique de 1972 a été retenu comme
indice des années 1970 et 1971 antérieures à la période de notation de
l’ONG.
Méthode d’analyse
Dans cette section, nous allons successivement décrire les variables
utilisées, analyser statistiquement et économétriquement les données d’étude
et enfin interpréter les résultats.
Description des variables utilisées
La mesure de la croissance économique en tant que variable décrivant
l’évolution du processus de création de richesse au sein d’une nation, s’est
faite au moyen de l’évolution de son taux.
Les variables explicatives clés du modèle sont respectivement les
taux de croissance de la formation Brute du Capital Fixe, de la population,
des dépenses publiques d’éducation, ainsi que des index démocratiques, du
degré d’ouverture économique, du pourcentage de la dette extérieure par
rapport au PNB et de la superficie agricole en pourcentage de la superficie
totale. La première variable mesure l’évolution du niveau d’investissement
réalisé dans le pays. La seconde variable est une variable proxy de
l’évolution de l’emploi. Cette dernière est approximée par la population
totale compte tenu des caractéristiques peu structurée de l’économie et de
l’insuffisance de données de l’emploi par secteurs d’activité. En effet, si elle
a l’avantage de représenter significativement la population active ivoirienne,
elle ne donne cependant aucune information sur la répartition de cette

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population active par secteur d’activité. Et la troisième variable explicative


concerne l’évolution des dépenses publiques d’éducation. Cette dernière
décrit la variation des dépenses publiques d’éducation sans distinction
malheureusement des ordres d’enseignement encore moins du niveau
d’éducation.
Quant à l’index démocratique et le degré d’ouverture de l’économie,
ils ont été pris en compte dans le modèle en raison de leur supposée
contribution significativement positive à la croissance économique (Sangaré,
2008 ; Ouattara, 2007 ; Nelson et Singh, 1998).
L’incorporation de la variable relative à l’évolution de la dette est
justifiée par son rôle potentiellement limitant de la croissance économique
dans les pays en développement. Et l’ajout du pourcentage des superficies
agricoles par rapport à la superficie totale s’explique par la prédominance du
secteur agricole dans l’économie ivoirienne (Kouadio, 2008).
Toutes ces variables utilisées dans cette estimation sont continues.
Tableau 3.1. Description des variables utilisées

VARIABLES DESCRIPTION NATURE

Taux de croissance de l’économie continue


Superficie agricole en pourcentage de la superficie continue
totale
Taux de croissance de la formation brute de capital continue
fixe
Taux de croissance de la population continue
Taux de croissance des dépenses publiques continue
d’éducation
Pourcentage de la dette extérieure par rapport au continue
PNB
Indice démocratique (compris entre 0 et 1) Continue
Degré d’ouverture de l’économie Continue
Source : construit par l’auteur.

Analyse statistique des données


Les vicissitudes et les différentes crises sociopolitiques et
économiques, qui ont jalonnées l’existence de l’Etat de Côte d’Ivoire, ont
énormément bouleversé l’évolution de la croissance économique. Celle-ci
s’est faite en dent de scie (voir Graphique 3.1. ci-dessous) au gré de ces
différentes crises, empêchant du coup l’élaboration et la mise à exécution de
tout projet de développement durable (Sangaré, 2008). Ainsi, l’évolution
croissante du PIB est nettement observable sur toute la période 1960-2012 et

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particulièrement au cours de la dernière décennie (voir Graphique 3.1. ci-


dessous).
Graphique 3.1. Evolution du Produit Intérieur Brut de la Côte d’Ivoire en dollar US courant
de 1960 à 2012.

Source : construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale.

Mais, pour mieux constater les bouleversements dans l’évolution du


PIB, il est conseillé de recourir à l’observation de la représentation graphique
de l’évolution de son taux de croissance (voir Graphique ci-après).
Graphique 3.2. Evolution du taux de croissance du PIB en Côte d’Ivoire de 1960 à 2012.

Source : construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale.

Si l’évolution du capital physique ne s’est pas faite de façon


assidument ascendante, elle a cependant le mérite d’enregistrer une hausse
tendancielle sur toute la période 1960-2012 (voir Graphique ci-après).

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Graphique 3.3. Evolution de la Formation Brute de Capital Fixe en unités de


devises locales courantes de 1960 à 2012.

Source : construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale.

S’agissant de l’emploi, nous avons choisi de l’approximer par la


population des 15 à 64 ans, que nous considérons comme la frange la plus
représentative de la population active. Ce choix s’explique également par le
fait que nous n’ayons pas une répartition des emplois par secteur d’activité.
Au regard du graphique suivant, nous notons que la population des 15-64 ans
enregistre une croissance soutenance sur toute la période d’étude.
Graphique 3.4. Evolution de la population ivoirienne des 15 à 64 ans de 1960 à 2012.

Source : construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale.

Quant à l’emploi, l’on constate une augmentation absolue de


l’effectif. Cependant, les évolutions par secteur d’activités se font de manière

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mitigée. Alors que les emplois sont en nette progression dans le secteur
tertiaire, ils connaissent pratiquement un tassement dans le secteur industriel
où ils n’arrivent pas à décoller. Cela dénote en partie des difficultés de
l’industrialisation de la Côte d’Ivoire. Dans le secteur agricole, le nombre
d’emplois semblent moyennement se stabiliser autour de 2 millions.
Toutefois, l’on constate globalement une nette progression des emplois en
Côte d’Ivoire au taux moyen de 78,76% sur la période 1985-2003, taux porté
majoritairement par le quasi-triplement des emplois (avec un taux
d’augmentation de près de 185% sur la même période) dans le secteur
tertiaire. Dans les secteurs agricole et industriel, les emplois ont enregistré
respectivement des taux de croissance de -3,26% et 0,87% sur la même
période. Il y a donc lieu de noter la perte nette d’emplois dans le secteur
agricole causé en grande partie par le phénomène d’exode rural.
Graphique 3.5. Evolution de la population active par secteur d’activité de 1985 à 2003.

Source : construit par l’auteur/données de la Statistique de l’emploi et du travail, du BIT et


de la base enquêtes de ménages

L’analyse de l’évolution des dépenses d’éducation par rapport au PIB


et aux dépenses totales de l’Etat laisse transparaitre des tendances à la fois
positive et négative sur la période 1990-2007. En effet, par rapport aux
dépenses totales de l’Etat, les dépenses d’éducation enregistrent une
augmentation relative ; et par rapport au PIB, elles enregistrent de manière
relative une diminution (voir Graphique 3.6. ci-dessous). Cela veut dire que
la part des dépenses de l’Etat allouée à l’éducation ne cesse de croitre en
proportion en raison des effectifs de plus en plus croissants dans ce secteur.

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Cependant, tout porte à croire que la baisse relative des dépenses d’éducation
par rapport au PIB laisse transparaitre les besoins énormes à satisfaire dans
ce secteur éducatif ivoirien.
Graphique 3.6. Evolution relative des dépenses totales d’éducation en Côte d’Ivoire de 1990
à 2007.

Source : construit par l’auteur.

Par ailleurs, l’observation des dépenses publiques d’éducation à


destination de la tranche d’âge de 6 à 15 ans laisse apparaitre une
augmentation continue des dépenses par tête. En effet, ces dernières ont
continuellement progressé passant de 2997139 FCFA en 1990 à 4689388
FCFA en 2007, soit une hausse de 56,46% en moins de deux décennies (voir
Tableau A3.1 en Annexe 3).
Graphique 3.7. Evolution des dépenses publiques en éducation en Côte d’Ivoire de 1960 à
2012.

Source : construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale.

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S’agissant des principales variables utilisées dans cette étude, leurs


caractéristiques statistiques sont définies dans le tableau ci-après.
Tableau 3.2. Caractéristiques statistiques des variables utilisées sur la période 1970-2005.

Source : calculs de l’auteur.

Analyse économétrique des données


Le traitement économétrique des données par les moindres carrés
ordinaires nécessite que l’on procède à la stationnarisation des variables si
nécessaire, à l’étude de la cointégration et à l’estimation du modèle à
correction d’erreur. Ainsi, nous avons procédé aux tests de normalité des
résidus, de Ramsey Reset et , d’hétéroscédasticité et d’endogéneité.
Le premier test analyse la normalité d’une variable donnée. Elle a
permis de confirmer la normalité des résidus (voir Tableau A3.2). Le test de
Ramsey Reset permet de tester l’omission de variables pertinentes et/ou une
mauvaise spécification du modèle. La probabilité du test est de 0.1648 ; on
ne peut donc rejeter, au seuil de 10%, l’hypothèse de la non-omission de
variables pertinentes et de la bonne spécification du modèle (voir Tableau
A3.3). Pour analyser l’hétéroscédasticité, nous avons recours au test de
Breush-Pagan qui, avec une probabilité de 0.8517, infirme le rejet au seuil de
10% de l’hypothèse de la stabilité des variances (voir Tableau A3.4).
L’analyse de la stabilité des coefficients de la régression est effectuée à
l’aide du test de Chow. Les résultats de ce test confirme la parfaite stabilité
de notre modèle (voir Tableau A3.5).
 Stationnarisation des variables
Les caractéristiques stochastiques d’une série chronologique ne
peuvent être observées que si elle est stationnaire c’est-à-dire lorsque son
espérance mathématique, sa variance sont des constantes finies et que sa
covariance est une fonction finie indépendante du facteur temporel.
Pour ce faire, il est nécessaire d’étudier la stationnarité des différentes
séries via l’étude des fonctions d’autocorrélation et des tests de racine
unitaire.
L’étude des fonctions d’autocorrélation permettront en ce qui la
concerne de détecter une éventuelle tendance ou saisonnalité dans le

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processus stochastique. Quant aux tests de racine unitaire, ils renseignent sur
le type de non stationnarité de la série qui est, soit de type déterministe
[processus TS (Trend Stationnary)], soit de type aléatoire [processus DS
(Differency Stationnary)]. Quoiqu’il en soit les deux types de processus sont
stationnarisés par écart à la tendance et par le filtre aux différences dont le
nombre permet de déterminer l'ordre d'intégration de la variable
(Bourbonnais, 2005).
De manière empirique, l’analyse de la stationnarité des erreurs est faite
au moyen des tests de Dickey-Fuller augmenté et de Philip-Perron.
 Etude de la cointégration
L’étude de la cointégration ambitionne d’analyser l’existence d’une
relation de long terme entre deux variables utilisées dans un modèle donné.
Spécifiquement, elle permet d’identifier clairement la relation véritable entre
deux variables en recherchant l’existence d’un vecteur de cointégration puis
en éliminant éventuellement son effet (Bourbonnais, 2005). Ainsi, deux ou
plusieurs séries et sont cointégrées d’ordre , si elles sont toutes
les deux integrées d’ordre 1 [I(1)] et il existe une combinaison linéaire des
deux séries qui est intégrée d’ordre avec (Engle et Granger,
1987). Dans le cas où les variables sont du même ordre d'intégration
notamment d’ordre 1 [I(1)], il est possible qu’il existe un ou plusieurs
vecteurs de cointégration. Dans ce cas, la régression d’un variable I(1) sur
une autre variable I(1) pourrait aboutir à une régression fallacieuse. Il
importe absolument de stationnariser les variables concernées avant de
procéder à toute estimation.
Ainsi, le recours au test de Johansen permet de déterminer le nombre
de relation de cointégration. Si ce test se révèle être positif à savoir atteste
l'existence de la cointégration, alors on a besoin de recourir modèle à
correction d'erreur afin de tenir compte de cette relation dans le processus
d’estimation (Bekioua, 2006).
 Modèle à Correction d’Erreur (MCE)
L’étude du modèle à correction d’erreur permet notamment de retirer
la relation commune de cointégration (la tendance commune) d’une part et
de rechercher la liaison réelle entre les variables d’autre part (Bourbonnais,
2005, p. 279).

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Interprétations et Discussion des résultats d’estimations


Interprétations des résultats
Le modèle est globalement significatif avec une probabilité de Fisher
égale à et Cette valeur du stipule que les
variables dans leur ensemble contribue à expliquer près de 76% des
variations du taux de croissance économique ivoirienne. Mais, considérées
individuellement, toutes ces variables n’expliquent pas pour autant le taux de
croissance économique en Côte d’Ivoire.
Ainsi, une augmentation de 1% de la proportion des superficies
agricoles par rapport à la superficie totale entraine une augmentation plus
que proportionnelle de 1.19% du taux de croissance économique. Ce résultat
prouve bien le rôle prépondérant joué par l’agriculture dans l’économie
ivoirienne.
Une hausse de 1% du ratio de la dette extérieure sur le PNB entraine
une baisse de 0.069% du taux de croissance économique. Ce résultat
souligne le caractère limitant du stock de la dette sur le processus de
croissance économique. En d’autres termes, les autorités devraient contracter
de moins en moins des dettes sinon elles sont appelées à optimiser leurs
utilisations ou procéder à leur utilisation efficace.
La croissance démographique est de loin le facteur le plus contributif
à la croissance économique. Une augmentation de 1% du taux de croissance
démographique induit une hausse de 349.66% du taux de croissance
économique.
Des augmentations de 1% des taux de croissance de la FBCF et des
dépenses d’éducation entrainent des hausses respectives de 0.1659% et de
5.795%. Les dépenses d’éducation apparaissent donc comme la seconde
force motrice du processus de croissance économique.
En somme, si la proportion des superficies agricoles, les taux de
croissance démographique, de la FBCF et des dépenses publiques

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d’éducation stimulent le taux de croissance économique ivoirienne, il n’en


est pas de même pour le ratio de dettes extérieures qui freine la croissance
économique et l’index démocratique et le degré d’ouverture qui ne sont pas
significatifs.
Discussion des résultats d’étude
Cette étude atteste la contribution significativement positive des
différents stocks de capitaux au processus de croissance économique. Ainsi,
à l’image de Gemmell (1996), il est prouvé que le capital humain, approximé
par le taux de croissance de la population, participe fortement à la croissance
économique ivoirienne.
Cette étude conforte également les allégations de Benhabib et Speigel
(1994), de Musila et Belassi (2004), de Hanushek et Kimko (2000), de
Baldacci et al. (2005) et de Diallo (2007) selon lesquelles l’éducation et
particulièrement les dépenses qui sont allouées améliorent le taux de
croissance économique. Mieux, elle vient conforter la position de Sangaré
(2008) sur les capacités de l’éducation à stimuler la croissance économique
dans le contexte spécifique ivoirien.
Cependant, elle ne partage pas le point de vue de Sangaré (op. cit.)
sur la contribution significative et positive de la démocratie au processus de
croissance économique. Toutefois dans une étude postérieure à la première,
Sangaré (2010) est revenu sur ses assertions. En effet, en effectuant une
analyse de causalité au sens de Granger au sein de l’espace UEMOA, ce
dernier affirme que la démocratie ne cause pas la croissance économique en
Côte d’Ivoire ; et que c’est plutôt la réciproque à savoir la croissance
économique qui cause la démocratie. Ce résultat est totalement contraire au
contexte du Benin. Tandis que dans les autres pays de l’UEMOA, le lien de
causalité est parfaitement réciproquement. Contrairement à Nelson et Singh
(1998) et Sangaré (2008), cette étude atteste que la démocratie n’explique
aucunement le taux de croissance économique en Côte d’Ivoire. En effet, nos
résultats concluent à la non-significativité du coefficient de l’index
démocratique dans la fonction du taux de croissance économique.
Alors que Ouattara (2007) trouve, au moyen du test de causalité à la
Granger dans l’espace UEMOA, que le degré d’ouverture de l’économie
contribue à la croissance économique, cette étude conclue à la non-
significativité de son coefficient dans la fonction de croissance économique
de la Côte d’Ivoire. Il ne serait donc pas capable d’expliquer l’évolution de
l’économie ivoirienne ; ce que conteste N’Zué (2003). Ce dernier soutient
que les exportations en particulier (et de manière indirecte le degré
d’ouverture de l’économie) stimulent le taux de croissance économique en
Côte d’Ivoire.
Cette étude partage les assertions selon lesquelles la dette extérieure
constitue un frein à la croissance économique. Elle confirme donc les

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résultats de Kumar et Woo (2010) pour leur analyse de l’impact d’une dette
publique élevée sur la croissance économique à long terme basée sur
l’analyse d’un panel d’économies avancées et émergentes au cours de la
période s’étendant de 1970 à 2007.
Comme on devrait s’y attendre, nos résultats confirment le rôle
moteur du secteur agricole dans la croissance économique compte tenu de la
forte corrélation positive entre les superficies agricoles et le taux de
croissance économique.
Cependant, cette étude ne saurait avoir de position tranchée par
rapport au résultat de Devarajan et al. (1996) dans la mesure où elle ne
cherche point à déterminer un niveau optimal de dépenses d’éducation.
Conclusion et Recommandations
Afin d’analyser l’impact des dépenses publiques d’éducation sur la
croissance économique en Côte d’Ivoire, cette étude a eu recours à une
fonction de production agrégée sous la forme Cobb-Douglas. Elle a procédé
ensuite à la linéarisation de cette fonction afin de mesurer les contributions
marginales des différents facteurs à la croissance économique. Ainsi, elle est
arrivée à identifier l’éducation mais surtout la croissance démographique
comme les principaux moteurs de la croissance économique.
Ces résultats n’occultent cependant pas la contribution significative
des facteurs explicatifs traditionnels de la croissance économique. On note
que les investissements en capital de même que les facteurs humains mesurés
par l’évolution de la démographie (population) sont positivement corrélés au
taux de croissance économique. En particulier, une hausse de 1% des
investissements en capital physique et de la taille de la population entrainent
des augmentations du taux de croissance économique respectivement de
l’ordre de 0,165% et 349,66%.
Tous ces résultats confirment certes la forte contribution des dépenses
d’éducation à la croissance économique, mais aussi la concurrence entre le
secteur de l’éducation et les autres secteurs économiques dans l’allocation
efficiente des ressources financières de l’Etat. Au vu de ces résultats,
l’allocation rationnelle des ressources financières de l’Etat s’imposent ; et les
actions suivantes pourraient y contribuer de manière évidente.
Les autorités ivoiriennes sont invitées donc à mener des actions
vigoureuses dans divers domaines.
- au niveau éducatif
Elles devront procéder à l’amélioration quantitative et qualitative de
l’offre de services éducatifs. Les autorités sont donc invitées à poursuivre
leurs politiques de construction de classes dans les différentes régions de la
Côte d’Ivoire et à perfectionner le système d’enseignement.

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- au plan économique
Les autorités sont invitées à mieux gérer les ressources allouées à
l’éducation. Elles devront de manière rationnelle repartir les fonds entre les
différents ordres d’enseignement de sorte à en tirer le meilleur profit.
- aux plans culturel et social
Culturellement, de nombreuses barrières doivent être surmontées par
les populations sous l’impulsion des autorités ivoiriennes. Ces dernières
devraient sensibiliser davantage les populations sur les bienfaits de
l’éducation surtout de la gente féminine
Toutefois, certaines insuffisances de l’étude doivent être soulignées.
L’étude se contente de recommander une amélioration qualitative et
quantitative de l’offre de services éducatifs sans chercher à rentabiliser les
retours sur investissement en éducation tant au niveau individuel qu’au
niveau social (cela est l’objet du chapitre suivant). L’une de ses limites
réside également dans la période de l’étude. Celle-ci est relativement courte
(1980-2010) et naturellement les résultats des estimations économétriques
pourraient en être affectés.

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