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Introduction

La production de l’élève est une des finalités de


l’enseignement, qui est une application des connaissances acquises 
mais aussi permet à l’enseignant d’évaluer les apprenants. Dans le
domaine de la littérature, cette évaluation peut se réaliser, par
exemple au niveau secondaire, grâce à des exercices comme le
résumé, le commentaire de texte (suivi ou composé) ou encore la
dissertation.
Ces exercices pratiques font appel, chez le sujet apprenant, à la
capacité productrice, au sens de la logique, à la cohérence dans
l’analyse, à la rigueur ou encore à la correction dans l’expression.
Autant de qualités qui permettent d’asseoir une argumentation bien
ficelée avec un agencement adéquat des idées organisées dans un
devoir cohérent.
Toutefois, l’expérience a montré que les élèves, même au
niveau secondaire, ont du mal à construire des productions élaborées
dans une argumentation bien conduite. La raison évoquée n’est pas,
le plus souvent, le déficit d’arguments ou encore la complexité des
sujets  mais relève le plus souvent de difficultés dans l’organisation
des idées. C’est pourquoi, ce présent travail cherche à fournir aux
élèves, de manière pratique, les outils d’analyse qui, nous
l’espérons, permettront de remédier aux maladresses récurrentes
dans les différents exercices littéraires. Des cours, il a été question
d’aborder la méthode en partant de productions d’élèves corrigées
dans le cadre d’un mémoire de fin de formation. Ainsi, à la suite des
cours nous avons proposé des esquisses qui sont des corrigés de
travaux d’un nombre d’élèves sélectionnés selon le niveau et les
types d’exercices traités.
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PREMIERE PARTIE
Esthétique des genres
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CHAPITRE PREMIER
La poésie

Introduction
La poésie est une combinaison pertinente d’un sens profond et
d’une forme spécifique. A la différence des autres genres littéraires, la
poésie épuise toutes les ressources du langage en réussissant l’alliage
difficile du contenu intelligible et de l’aspect régi par des règles. Du
Grec « poiesis1 » et du latin « poesis », la poésie renvoie à la création
qui signifie susciter, donner naissance, etc. Une faculté qui n’est pas
ordinaire car nécessitant la conjugaison du rythme, de l’esthétique
pour réaliser un jeu sur le langage. Il ne s’agit, pas bien sûr, d’un
langage commun aux hommes, mais de celui destiné aux initiés et qui
suscite l’admiration du lecteur. Réfléchir sur un tel genre, c’est donc
répondre à ces questions suivantes :
- D’où vient la poésie ?
- Peut-on comprendre un poème ?
- A quoi sert un poème ?
I- Origines de l’inspiration en poésie
La source poétique fait débat. Cela tient au fait que les sources de
l’inspiration ou la genèse du génie est à l’origine de plusieurs
controverses. Pour certains, la poésie est d’origine divine, pour
d’autres, elle naît du cœur car la moi est le siège de la création.
1- La poésie, un don divin
Selon le philosophe grec Platon2 : « Ce n’est pas un effet de l’art,
mais bien parce qu’un dieu est en eux que les poètes créent. » Cette
conviction souligne toute la perception de la poésie à l’époque
antique. En effet, dans la mythologie grecque la poésie serait née à la
suite de la victoire de Zeus sur les Titans. Les neuf filles d’Apollon,
appelées aussi muses composèrent des vers pour chanter la gloire du
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dieu suprême des Grecs. Cette faculté de création est donc une
particularité de ces muses qu’elles offrent à tout être illuminé. Ainsi,
devient poète tout homme visité par la muse inspiratrice qui insuffle le
génie. Cela apparaît à travers les propos du poète romain Julius
Ovidius Naso, dit Ovide3. Poète adulé, à Rome, accusé de corrompre
les mœurs, il devient un proscrit aux yeux du roi César Auguste4.
Exilé de Rome à Tomes, en terre barbare, il explique la pauvreté de
ses vers dans deux textes majeurs, Les tristes et Les Pontiques en
déclarant : «  La muse m’a quitté… » Il est clair donc que pour les
mentalités de la civilisation grecque et romaine, la poésie est l’affaire
des dieux. Ces derniers insufflent à l’homme ordinaire ou à tout
créateur, la magie de la créativité. Joseph Joubert affirme dans cette
logique, dans son œuvre intitulée, Les pensées : « Dieu ne voulant
pas départir les Grecs de la vérité, leur donna la poésie » En d’autres
termes, le génie poétique est de nature divine.
Cette conception antique traverse l’époque médiévale. Au sortir de
cette époque, jusqu’aux premières heures du classicisme, la poésie
garde tout son caractère mythique et mystérieux. Pour des auteurs
comme Ronsard5, Du Bellay6, ou encore Clément Marot7, le génie
poétique naît de « l’enthousiasme » ». Il s’agit d’une sorte d’état
second durant lequel l’homme ordinaire entre dans une phase
d’illumination où, le génie et l’inspiration le visitent pour faire de lui
un illuminé. C’est un bref instant au sortir duquel l’inspiration vient à
l’auteur, qui s’impose un devoir de mettre en texte ses idées de cet
instant d’élévation. D’ailleurs, même Descartes8, au rationalisme
exacerbé, concède cette part de divinité à la poésie lorsqu’il déclare :
«  J’aimais fort l’éloquence, j’étais amoureux de la poésie, mais je
pensais que l’une et l’autre étaient des dons de l’esprit plutôt que
des fruits de l’étude. » En d’autres termes, le génie ne naît pas du
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labeur, mais d’une disposition particulière que le Seigneur offre à


l’homme. Ainsi, toute poésie est l’expression d’un don.
Au 19ème siècle, cette vision de la poésie se perpétue notamment
dans l’art romantique. En effet, selon, les poètes comme Victor
Hugo9, la poésie n’est pas un projet individuel, ou un choix personnel,
mais une disposition que seul Dieu insuffle au poète génie. Dans cette
logique, le langage poétique est celui d’un prophète choisi dans la
masse, dont la plume est porteuse d’un message divin assimilable à
une prophétie qu’il a un devoir de cristalliser à travers la magie de
l’écriture. Ainsi, le poète n’est qu’un simple traducteur comme le
suggère d’ailleurs Victor Hugo en ces mots : « Le poète est un
prophète, un mage, un écho sonore. » En d’autres termes, le poète est
dépositaire de la lumière divine qu’il se charge d’apporter aux
hommes grâce à la magie de la créativité. Il ne s’agit pas de cette
forme de création gratuite, mais d’un procédé de transcription d’une
lumière qui émane d’un dieu parlant du présent et du futur. Hugo
ajoutera, toujours dans la même perspective : « Les pieds ici bas, Les
yeux ailleurs : Dieu lui parle à voix basse » En clair, c’est seulement
lorsque l’homme accède à l’ascèse des idées qui est le summum de la
connaissance qu’il devient poète. Ce regard est un don comme
l’affirme si bien Alphonse de Lamartine : « La poésie est une harpe
intérieure, c’est la seule langue qui parle à Dieu » Poésie diverse.
2- La poésie vient du cœur
Selon de nombreux penseurs, le cœur est le siège de la créativité.
Le génie du poète puise, dans sa création, de l’ensemble de ses
sentiments rencontrés et vécus dans sa vie. Cela évidemment, dans la
mise en texte des perceptions des désirs ou bien des sensations les
plus naturelles. Une telle conviction se lit à travers les propos de
Victor Hugo qui souligne, dès le début des Contemplations  : «  Ma
poésie est la mémoire d’une âme » Autrement dit, le vers est
l’illustration parfaite de la vie intérieure transcrite. Cette façon
d’appréhender la poésie renouvelle le principe premier du
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romantisme : l’expression du lyrisme personnel. Une vérité érigée en


idéologie qu’Alfred de Musset10 exprime dans une formule inépuisable
du point de vue du sens : « Frappe-toi le cœur, c’est là que se trouve
le génie ». Cela veut dire que la magie de la création trouve son siège
dans le cœur humain.
Si l’on s’en tient à Georges Lecomte, dans son ouvrage intitulé Ma
traversée, l’écrivain français s’inscrit dans la perspective du
mouvement romantique et définit la poésie comme telle : « La poésie
est une inspiration à la fois naïve et subtile, toute en nuance des
plus délicates vibrations, des nerfs, des plus fugitifs soupirs du
cœur. » Une définition qui met en évidence la sensibilité ; mais aussi
rappelle le point de vue d’Henri Bergson11 dans son ouvrage titré le
Rire  : «  Toute poésie exprime un état d’âme. »
C’est pourquoi, la poésie est souvent la mise en formule des
sentiments comme l’amour, la solitude, le chagrin, le deuil,
l’amertume, la joie, la passion confessée en forme versifiée. La
tonalité des auteurs, le sens dans les textes sont à rechercher dans leurs
vies personnelles. Alphonse de Lamartine12, poète romantique du
19ème siècle pense : «  Je suis le premier qui ai fait descendre la
poésie au Parnasse et qui ai donné à ce qu’on nommait la muse, au
lieu d’une lyre à sept cordes de convention, mais les fibres du cœur
de l’homme. » Somme toute, il est vrai que la poésie est de source
divine, même s’il faut aussi admettre son caractère lyrique. Toutefois,
la question réelle qu’il faut se poser sur le genre, est peut-on
comprendre un poème ?
II- Débat autour du langage poétique
Le langage poétique, dans sa forme, plonge les théoriciens dans le
terrain difficilement compréhensible des grandes antinomies : ombres
et lumière, hermétisme et clarté ou encore les conventions et la
révolte. Ainsi, il s’agira, dans notre démarche, de traduire
l’hermétisme poétique en se référant à l’analyse d’auteurs et de
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critiques littéraires avant de démontrer, dans une autre orientation,


l’ambition affirmée de la clarté chez certains auteurs.
1-L’hermétisme poétique
La naissance de la poésie coïncide avec la déconstruction du
langage conventionnel des sociétés humaines. En effet, la poésie se
veut comme un langage propre qui va au-delà du sens proposé et figé
par l’invention d’une sémantique métalinguistique. Cela révèle que le
langage poétique est une forme d’expression particulière que l’homme
ordinaire ne peut saisir. Pour s’en convaincre, il est possible de se
référer à Saint Evremond13 qui déclare : « La poésie est tantôt le
langage des dieux, tantôt le langage des fous et rarement celui de
l’honnête homme. » En effet, du fait de son caractère opaque, le verbe
poétique se révèle un langage aux contours flous. Les mots, les sons
sont renouvelés du point de vue du sens.
Dans le même sillage, se trouvent, les poètes symbolistes appelés
aussi, les poètes maudits. Ils perçoivent le langage de la poésie comme
une rupture par rapport aux hommes et par rapport à leurs
conventions. Dans la quête du noumen, le poète érige un hiatus entre
sa vision et celle de l’homme ordinaire emprisonné dans le langage du
sens commun, du monde sensible. Charles Baudelaire, dans les fleurs
du mal affirme à ce propos : «  La poésie, c’est de la sorcellerie
évocatoire » C’est pourquoi, le langage poétique n’est compris que par
les initiés.
Dans la même dynamique se trouve Arthur Rimbaud qui représente
ou assimile le séjour du poète incompris parmi les hommes à « Une
saison en enfer ». Le poète s’identifie à un éternel proscrit qui trouve
son refuge dans les vers en cultivant un langage mystique dans la
poésie. Le vers traduit les délires du poète que l’homme sensé ne peut
saisir. C’est une sorte d’état d’ivresse dans laquelle le génie s’exprime
profondément. Il dira en ces termes : « Je m’habituais à
l’hallucination, je voyais un salon au fond d’un lac… » C’et
l’apologie de la poésie de la divagation. Le résultat est donc la
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difficulté de compréhension chez l’homme ordinaire que Rimbaud14


traduit par ces mots : « J’ai seul la clé de mes parades. » En d’autres
termes, seul le poète est en mesure de produire un sens fiable pour ses
vers.
Egalement, avec la poésie romantique, cette dimension du langage
poétique s’explique par le fait du caractère divin de l’inspiration. En
effet, si le poète est inspiré par Dieu, si sa parole est un message
divin, alors son langage devient mystique, donc incompréhensible
pour l’homme ordinaire. Victor Hugo confesse cette réalité de
l’expression en évoquant le terme «  écho sonore ». Cela veut dire
que le sens profond du vers ne se trouve pas dans les esquisses de
signification, mais dans les sonorités agencées auxquelles on donne un
sens. Le verbe poétique s’identifie donc à une langue spécifique tout
comme le dira Henri Bergson dans Le rire : « Le poète a son propre
langage… » En clair, si le lecteur est souvent dans l’impossibilité de
déchiffrer la forme de l’expression du poète, cela tient au fait que la
poésie elle-même se refuse à toute compréhension.
Au 20ème siècle, avec le mouvement surréaliste, on assiste au
renouvellement de ce culte de l’hermétisme avec des auteurs comme
André Breton ou encore Aragon. Ce dernier, dans son poème intitulé
«  Les yeux d’Elsa », évoque la douceur perdue et la nostalgie de la
femme aimée pour, en réalité, parler de sa France envahie. Cette
forme d’expression substitue les éléments entre eux-mêmes disloquant
les sens habituels et se caractérise à une révolte linguistique qui est le
trait distinctif de la poésie surréaliste en évoquant le mystère de
l’incertain. C’est ce que semble dire Guillaume Apollinaire15 dans
son texte Calligrammes (1918) : « Enfin est né l’art de prédire »
Dans la littérature négro africaine, le sens obscur du verbe dévoile
un souci de donner une identité à la poésie. Tout y parle. Les
sonorités, le ton, le rythme créent un effet de sens et suggèrent une
vérité que le lecteur doit chercher, étant donné que le lecteur n’est pas

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initié, qu’il n’est pas versé dans l’art poétique, le sens lui échappe.
C’est la raison pour laquelle, sans doute, Aimé Césaire16
affirme : « Pour le poète deux et deux font cinq. » Même si au
premier regard, le langage poétique est imperméable, le sens profond
de toute poésie est de parler aux hommes, dans un langage clair.
2-L’obligation de clarté
Dans un autre ordre d’idées, la poésie se conçoit, non pas comme
un genre simpliste, mais comme une lumière qui mène à la vérité.
Cela veut dire que le poète a pour but, non un culte de la langue, mais
sa signification et sa portée. C’est la conviction d’ailleurs de Victor
Hugo qui définit le poète comme « un éclaireur ». Son œuvre doit
être sacrée, sa parole une prophétie, son attitude celle d’un guide. Au
fur et à mesure qu’il vient vers les hommes, l’impératif du langage
clair devient un sacerdoce. C’est ainsi qu’il déclare : « Dans votre
nuit, sans lui complète, lui seul a le front éclairé… »
Une telle réalité explique peut-être l’analyse de René de
Chateaubriand dans on ouvrage intitulé René où il déclare : «  Si en
apparence, la poésie semble cacher ses sens, la vérité de sa
signification est une évidence car tout part de l’homme. » Selon cette
logique la compréhension ne saurait constituer une difficulté selon le
principe doctrinal du romantisme, faisant de la poésie un langage du
cœur humain. Ce langage universel transcende les barrières des mots.
Le sens véritable se trouve dans sa capacité à toucher les hommes. Dès
lors, du fait de l’universalité du sentiment, le langage devient
compréhensible et accessible.
Dans un autre registre, ce qui fait le sens véritable du langage
poétique c’est son habileté à produire un discours porteur de sens dans
le but de servir aux hommes. Une telle conviction est défendue par
Jean Cocteau17 selon qui : «  Le poète véritable est bien plus celui qui
inspire que celui qui est inspiré » Au regard, de toutes ces postures, il
ne serait pas exagéré de dire que la poésie est d’emblée un langage

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destiné aux hommes. Toutefois, il s’agit de parler par la poésie,


transmettre un message. Au-delà de ce débat sur le sens à quoi peut
servir un poème ?
III-Les fonctions de la poésie
Les vocations de la poésie sont plurielles. Il existe autant de poètes
que de fonctions poétiques. En réalité, divers auteurs donnent au vers
une orientation qui lui est propre. C’est pourquoi, parlant de la poésie,
nous pouvons recenser la fonction historique, l’exaltation du moi,
l’engagement, le dévoilement de l’inconnu, l’altruisme, la musicalité,
la fonction esthétique…
1- La fonction historique
Le poète et l’historien souvent se confrontent. Cela tient au fait
que, parfois, le poète se mue en conservateur du passé. Ainsi, le verbe
devient un document raconté où sont consignés des évènements
antérieurs. Le créateur arbore le manteau d’un gardien du passé et le
vers garde une tonalité historique. Un tel aspect de l’écriture du genre
est exprimé par la poésie antique. Genre épique, la poésie est selon
cette société le moyen de consigner dans des œuvres les grands
évènements du passé des peuples. L’exemple d’Homère dans l’Iliade
et l’Odyssée est une belle illustration de cette réalité du vers. Dans le
premier texte, c’est l’histoire de la chute de Troyes au 8 ème siècle avant
Jésus Christ, marquée par l’expression de l’héroïsme du prince Hector
et d’Achille ou encore la mise en texte et la glorification de
l’intelligence avec Ulysse. Les vers sont un pan historique. Il est de
même de L’Eneide de Virgile18 où le poète raconte comment la cité
romaine est née des ruines de Troyes suite à la trajectoire du héros
Enée. C’est sans doute ce qui explique le point de vue d’Aristote 19 qui
pense : « La poésie, c’est les grands événement et la beauté du verbe
conjugués. » En d’autres termes, au même titre que l’historien, le
poète véritable est celui qui fouille dans le passé pour trouver les
vestiges des grands peuples.

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Au 19ème siècle, une telle perception se retrouve chez les


romantiques notamment avec Hugo dans son ouvrage intitulé Les
rayons et les ombres, paru en 1820. Dans ce recueil, précisément dans
son poème intitulé « fonction du poète », il déclare : «  Je marche,
courbé sur vos ruines ramassant la tradition… » Cela veut dire que
le poète, en tant que tel suit les traces de l’humanité en fixant, étape
par étape, les grands évènements du passé.
Si l’on s’inscrit dans la perspective de la littérature négro africaine,
la poésie et l’histoire sont intimement liées. La création africaine,
selon les mots de Jacques Chevrier dans son œuvre intitulée
Littérature nègre : « C’est le verbe qui consigne les repères de
l’histoire. » Cette réalité donne à tous les ouvrages poétiques négro
africains, un arrière plan historique. Comprendre les auteurs africains
suppose avoir une certaine culture historique de l’histoire africaine. A
cet aspect de la poésie nègre, on peut ajouter la dimension
hagiographique qui poétise la trajectoire des grands hommes. On peut
citer à titre d’exemple Quassida en Pulaar ou l’œuvre te la vie de
Cheik Oumar Foutyou Tall racontée par son disciple et soldat
Mamadou Aliou Thiam.
2- L’exaltation du moi
L’exaltation du moi désigne une attitude de création qui consiste à
prendre comme repère d’inspiration, le moi intérieur. Dès lors, la
poésie devient un genre qui exprime la sensibilité personnelle de
l’auteur. L’écriture et la traduction en vers des joies, des peines, des
tristesses, de l’ennui, etc. Créer n’est pas donc sortir de son moi, mais
plonger dans son intériorité pour y trouver des vérités profondes.
L’écrivain, dans ce cas n’est pas motivé par les autres, mais par lui-
même car il devient à la fois créateur et sujet.
Si l’on se réfère à la poésie ovidienne, il faut avouer que la forme
de la poésie est indissociable de la situation de l’état du moment et du
vécu intérieur. En effet, dans Les tristes, la poésie devient une sorte de
lamentations personnelle dans laquelle le poète comme pour implorer
le pardon du roi, son bourreau montre combien il est meurtri par son
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exil qui l’afflige. C’est ainsi que pour demander le pardon du roi, il
envoie son livre se confesser à sa place dans l’espoir d’une clémence.
«  Va mon livre ! Va voir dans la foule s’ils ne m’ont pas oublié, dis
leur que je vis »
Egalement, à regarder la poésie de Ronsard et de Du Bellay.  Au
16ème siècle, nous pouvons dire que parfois le poète est avant tout
motivé par sa propre personne. Ce sont ses sentiments qui dictent sa
création. Dans son poème intitulé Marie, Pierre de Ronsard exprime
son déchirement intérieur par une image métaphorique de la rose
victime du temps. Cette démarche se retrouve aussi chez Du Bellay
notamment Les regrets, œuvre dans laquelle, il exprime sa nostalgie
de la terre natale mais aussi sa désillusion à Rome.
Au 19ème siècle, avec la poésie romantique, l’exaltation atteint son
paroxysme notamment avec le culte du lyrisme personnel. La poésie
est un moyen d’expression du moi individuel qui puise dans les
ressources des âmes la matière à la création. Le poète se révolte ainsi
tel un confident qui témoigne aux lecteurs les troubles de son cœur. La
magie de la poésie devient donc la poétisation des sentiments. Victor
Hugo, Lamartine attestent bien de cette vérité du texte poétique. En
effet, dans Les contemplations, précisément dans la seconde partie
intitulée « Aujourd’hui ». Le poète romantique pleure la perte de sa
fille Léopoldine en affirmant : « Je regarde ma destinée et je vois
bien que j’ai fini… » A sa suite Alphonse de Lamartine dans Les
Méditations poétiques traduit son désarroi individuel suite à la
maladie d’Elvire sa bien-aimée. Le poète pleure le caractère éphémère
du bonheur, la fugacité du temps, etc. lui-même avouait en des termes
explicites : « Je m’exprimais par moi-même et pour moi-même. » En
d’autres termes, la poésie véritable c’est celle qui investit les
labyrinthes du cœur. Cette façon de concevoir la poésie n’élude pas
pour autant le rapport inaliénable entre le poète et son lecteur.
3- La poésie altruiste
L’altruisme est une attitude intellectuelle qui consiste, dans la
création littéraire, à penser d’abord aux autres avant de penser à soi.
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Le moi du poète est un simple prétexte qui lui permet d’accéder à son
lecteur. Ainsi, entre les deux protagonistes, il y a comme un cordon
ombilical qui les lie à jamais. Parler de soi chez le poète, c’est partir
de son moi pour toucher son semblable. Nous avons là l’idée d’une
confusion entre la personne du poète et celle de son lecteur auquel il
se substitue pur donner forme à son œuvre. Parler de ses peines, de ses
sentiments, en somme, c’est évidemment, évoquer la vie intérieure de
son prochain. Le lecteur trouve en la poésie un moyen exutoire, c’est-
à-dire un moyen de se réconforter et de soulager de ses peines. C’est
d’ailleurs, le sentiment de Victor Hugo qui perçoit le lyrisme
romantique comme un lyrisme altruiste. Un point de vue qu’il résume
en ces mots : «  Nul n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui, la
destinée est une, (…) ma vie est la votre, votre vie est la mienne… »
En clair, de ce regard émane l’idée selon laquelle le poète avant de
penser à soi pense d’abord aux autres.
4- La poésie engagée
L’engagement est une posture intellectuelle qui consiste à utiliser les
moyens de son expression, comme une arme. En poésie, la création
obéit à ce but car le poète se mue parfois en défenseur des opprimés
ou en porte parole de ses contemporains. Son œuvre, au lieu d’être une
simple forme d’expression devient une arme que le créateur emploie
contre les maux selon les contextes et les réalités du moment. De
l’avis de Jean Paul Sartre, la création est dictée par la situation. Le
poète est ainsi un homme de combat chez qui toute parole a pour but
de soulager les plus faibles. Cela suppose que l’engagement au coté de
son peuple est un principe inaliénable que le don impose ou qui
s’impose au génie. Le silence est donc une attitude criminelle ou de
traitrise que la morale blâme. Pour le penseur existentialiste : « La
maîtrise du langage implique l’engagement. » En d’autres termes
dès l’instant que le créateur a la magie de la poésie, il doit s’imposer
les défis et les combats au nom de la liberté de ses prochains.
Au 19ème siècle, Victor Hugo élabore une véritable plaidoirie en
faveur de l’engagement poétique. En effet, dans son poème intitulé
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« Fonction du poète » tiré de son recueil Les rayons et les ombres,


paru en 1920. Le chef de file du mouvement romantique exalte
l’engagement et fait la satire d’une certaine poésie musicale ou
esthétique. Selon ses mots, le poète se trahit lorsque, oubliant les
peines de ses semblables, se contente de chanter. Cette poésie gratuite
et vaine enlaidit le génie même. Pour lui, la neutralité est de la
complicité, car le poète est soumis à un impératif d’engagement. C’est
pourquoi, dans Châtiments, le poète conteste le pouvoir de Napoléon
III érigé en monarchie. Il conteste aussi la peine de mort et fustige le
travail des enfants « Honte au penseur qui se mutile… » Dira t-il.
C’est le regard qui fustige l’attitude du poète «  chanteur inutile ».
Au 20ème siècle, Louis Aragon, à l’image de la poésie surréaliste
défend le principe d’une écriture de la révolte où la plume est un
moyen de liberté. Dans le contexte de la domination allemande, la
publication de Les yeux d’Elsa apparaît comme l’expression de cette
plume de feu qui réussit là où les autres canaux d’expression ont
échoué. C’est le verbe pamphlétaire des cris assourdissant de la
révolution par la création. L’écrivain n’est pas un simple créateur mais
un homme au front dont la plume sert au peuple. Dans ce poème, la
France apparaît comme une belle femme à la douceur perdue et à la
pureté violée que le poète réclame et regrette tout en définissant la
vocation première de toute poésie comme le dit ouvertement le poète
français Michel Piquemal : «  Je me révolte donc je suis… » Selon ce
poète le statut de créateur est subordonné à une démarche de révolte.
Dans la littérature négro africaine, les exemples sont légion. Les
poètes engagés sont nombreux. Il s’agira de montrer à la lumière
d’ouvrage de référence comment la poésie africaine s’est consacré une
poésie de la révolution. Avec David Diop, dans son recueil Coups de
pilon, la poésie devient cette plume de la dénonciation où le verbe est
un cri d’amertume en réaction à toute cette littérature exotique
importée et mensongère. La poésie est ainsi une traduction
authentique de la culture, de l’histoire, des croyances pour jeter le
discrédit sur toutes les théories racistes qui ont achevé de convaincre
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de l’infériorité de l’homme noir. Le titre Coups de pilon offre l’image


d’un son ; celui de la révolte, de l’appel à l’émancipation qui retentit
au loin comme pour inciter et impulser les vagues de révolte contre le
Blanc dominateur et spoliateur. Dans ce poème, le ton est satirique ;
ce qui explique la caricature du Blanc désigné par les sobriquets
« vautours », « mystificateurs », etc.
Chez le poète martiniquais, Aimé Césaire, le ton est plus
virulent. L’écrivain se confond à un révolutionnaire à travers une
plume qui crie. C’est l’invention d’une plume moyen de combat et
outil de liberté. C’est cette voix qui, en s’élevant chercher à estomper
les souffrances, les cris, et annonce les vents de la libération. «  Au
bout du petit matin » disait-il. A travers cette forme poétique, le poète
est comme un soldat au front dont la souffrance accroit la motivation
pour faire de la plume une arme libératrice. Dans Cahier d’un retour
au pays natal, le poète confesse comme pour définir la tonalité de son
œuvre : «  Si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerais. »
Dans une large mesure, la littérature négro africaine ou le
mouvement de la Négritude est intimement lié à une volonté, celle de
la révolution, de la libération du peuple. Le poète noir n’a pas ainsi le
temps de chanter, ni de s’extasier devant le beau gratuit, mais son vers
est une psalmodie expression d’un devoir d’engagement. Alioune
Diop, dans son appréciation de la poésie nègre déclare :
« L’humanisme nègre se traduit par un lyrisme, mais celui de la
révolte. » Autrement dit, le poète africain, constamment parle de lui et
son déchirement intérieur car c’est lui-même qui parle dans ses écrit.
Une telle perception de la vocation poétique ne saurait exclure
cependant l’idée d’un vers qui est dévoilement.
5- Fonction de dévoilement
Le dévoilement est un aspect de la poésie qui consiste à apporter la
lumière de la poésie à l’homme victime de l’ignorance, par rapport à
tout ce qui l’entoure. Ainsi, le poète se définit comme le détenteur des
secrets de l’univers, du monde intelligible, par opposition à l’homme
victime dans ce monde sensible. Son regard est une vision obstrué par
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sa sensibilité et l’éloigne du génie solitaire. C’est pourquoi


Chateaubriand affirme : « Vous regardez ce que je regarde, vous ne
voyez ce que je vois. » Il y a là l’idée d’une poésie clairvoyante, seul
genre capable d’apporter la lumière à l’homme frappé de cette cécité
intellectuelle. Il vit dans une forêt de signes, de symboles dont les sens
et la signification sont détenus par le poète. « Ce roi de l’azur », selon
les mots de Baudelaire est pour les symbolistes, un homme singulier,
seul dans la masse. Hugo se présente lui avec un brin d’exaltation : « 
J’ai longtemps éclairé l’homme… » Cette analyse n’est pas sans
rappeler la position de Charles Baudelaire  qui parle «  d’Elévation ».
Les métaphores visent à traduire l’écart entre les regards du poète et
celui de l’homme ordinaire.
6- La fonction distractive
Au lieu de jouer un rôle, d’avoir des vocations, le poète peut se
contenter de distraire son lecteur. On parle ainsi de poésie exutoire.
Dans ce type de poésie, le poète cherche à égayer son lecteur par la
création du beau ou le chant. A travers un jeu de sonorités, sur le
rythme, sur la musicalité en somme, Paul Verlaine défend une telle
définition du genre dans son texte intitulé Art poétique. Il défend
l’idée d’une poésie qui chante plus qu’elle ne signifie : « De la
musique avant toute chose, le devoir de la poésie est de rivaliser avec
la musique, tout ce qu’elle fait d’autre est de la littérature. »
Dans un autre registre, pour distraire, le poète peut exprimer le
beau. L’aspect, la forme, l’expressivité suscitent chez le lecteur un
plaisir de la lecture ou de l’observation. Cette entreprise littéraire fait
du poète un peintre des mots. Il y a dans cette logique la poésie
parnasse du 19ème siècle. En effet, pour les théoriciens de courant,
l’auteur doit avant tout être un esthète, mu par la beauté de l’image au
détriment du rôle et du sens. Les poètes de ce mouvement comme
Théophile Gautier, Lecomte de Lisle, entre autres définissent leur
art par le crédo « L’art pour l’art » D’ailleurs, Lecomte de Lisle,
pour contester cette expression lyrique et romantique fustige la poésie
sentimentale et expressive en ces mots : « Je refuse de jeter mon
26

cœur en pâture à la plèbe carnassière. » En clair, la poésie perd de


son caractère artistique dès l’instant qu’elle se transforme en outil.
26

CHAPITRE DEUXIEME
Le roman
Introduction
Le roman est un genre littéraire écrit en prose qui combine un
schéma narratif et un schéma actanciel qui se construisent autour
d’une action. La structure n’est pas fixe. Cela fait de lui un genre
malléable pour son auteur. Dans le fond, il fait intervenir des
personnages aux trajectoires plurielles qui font se dérouler une histoire
donnée pour vraie, conduite par une trame narrative. Dès lors, un
roman peut se définir comme une histoire construite autour de l’irréel.
Ce genre d’une singularité particulière est pourtant un mode
d’expression et d’instruction incontournable. Cela explique la place
qu’elle occupe de nos jours d’où sa définition par Sainte Beuve dans
son texte Correspondance : « Le roman est un vaste champ d’essai
qui s’ouvre à toutes les formes de génie, à toutes les manières, c’est
l’épopée du futur, la seule que les mœurs modernes comporteront
désormais. » Cette vision qui sonne comme une prophétie annonce le
roman et l’inscrit en lettres d’or dans le processus d’évolution de
toutes les communautés littéraires du monde. Un tel intérêt a-t-il
toujours accompagné le genre ? En quoi consiste le roman ? Sa
structure fait elle l’unanimité  dans les milieux littéraires ? Peut-
on se servir d’un roman ? Ces questions inépuisables du point de
vue du sens nous poussent à étudier d’abord l’origine et les
différentes évolutions du genre. Ensuite l’étude portera sur les débats
au sujet de son esthétique, les polémiques qu’ils alimentent et enfin les
vocations du genre à travers les siècles.
I- Origines et évolutions du roman
Le roman, à ses origines, désigne une langue avant de signifier
un genre. Les emplois les plus anciens du terme se situent dans
l’Antiquité gréco romaine. En effet, le mot serait issu du latin
« romanus » ou « romanice » qui traduit un latin vulgaire dérivé du
26

latin standard. A cette époque, les communautés grecques avaient une


conception égocentrique de la civilisation et de la culture dont la
langue est la forme d’expression la plus aboutie. L’intérieur des cités
était appelée « Polis ». C’était le point focal de la civilisation où le
verbe et la langue donnent à la fois l’identité et le statut aux sujets. A
l’intérieur de ces espaces les citoyens étaient considérés comme des
sujets égaux ou «  homoioi ». Il y régnait le principe de l’isonomie,
c’est-à-dire l’égalité. En dehors de ces espaces, dans les périphéries
comme la Gaule les langues pratiquées distinctes du latin classique
étaient désignées par des l’onomatopée, « bra-bra » qui donnera en
Français le terme barbare qui désigne tout individu non civilisé. Ainsi,
à la source du mot, il y a une perception infériorisant qui nie et refuse
à un type d’homme toute humanité. Ce regard, évidemment, cherche à
différencier ces hommes au model d’hommes latins qui s’exprime en
latin langue de l’humanité et de l’intelligence. Ce regard distinctif et
péjoratif est résumé par Wartburg dans son texte intitulé Evolution
et structure du roman dans lequel il dit : « Le latin devient une
langue savante nettement distincte du parler populaire. Il va s’en
dire que les savants et les clergés regardent le roman comme un
idiome inférieur. »
Ce bas latin, langue populaire et profane s’oppose au latin écrit
et officiel. En ce temps, « faire ses humanités », signifie être initié à
la culture et au savoir par la langue latine tandis que « mettre en
roman » c’est traduire en latin vulgaire. De la langue le mot, roman va
désigner un genre littéraire qui est un récit fictif souvent né de
l’imaginaire populaire, alimenté par le fantastique qui raconte
l’histoire et la trajectoire d’un ou de plusieurs personnages en
conservant son caractère idyllique. Contrairement à ce genre, la poésie
et le théâtre considérés comme des genres sérieux et mode
d’expression de la société civilisée, le roman évolue dans les milieux
populaires. Ca rapport inégal dans l’appréciation des genres se justifie
par leurs origines. Le théâtre et la poésie sont les arts de la cour. Ils
sont écrits. Le roman est un genre mineur déclamé à l’occasion des
26

fêtes foraines. C’est pourquoi, sans doute, dans son ouvrage


esthétique, La poétique, curieusement, Aristote ne parle pas du roman.
Ce mépris traduit bien la place du roman dans les sociétés antiques.
Au Moyen Age, le roman va avoir une trajectoire particulière
sous plusieurs noms qui dépendent souvent de la forme et des thèmes
abordés. Ainsi on voit successivement les chansons de geste qui sont
des récits déclamés par les trouvères et les troubadours relatant de
hauts faits d’arme de grands chevaliers du Moyen Age. Nous pouvons
citer entre autres La chanson de Roland de Turold, La chanson du
roi Arthur, etc. ces gestes conservaient tout le caractère fantastique
des récits romanesques antiques. Lorsque dans les récits, les sujets
abordés sont à l’image des chevaliers à la bravoure débordante, à la
dévotion sans faille, dévouée à sa dame, on parle de roman courtois.
Il y a aussi ce type de roman au sujet chevaleresque que l’on
retrouvait autour de la table ronde ou roman de la table ronde. Dans
son évolution, le roman gardait toujours son caractère antique en
progressant doucement vers sa forme moderne de la Renaissance.
C’est pourquoi, Roland Barthes déclare : «  Le roman c’est l’histoire
et l’évolution d’un genre poly forme. » A la Renaissance, avec le
mouvement humaniste, le genre adopte une nouvelle forme. Récit
écrit, il perd son caractère versifié mais conserve toute sa dimension
fictive et fantastique. Ce genre se destine ainsi à plusieurs rôles. Il
participe à la construction d’une nouvelle forme d’approche de
l’homme. Rabelais dira à ce propos : « Créer c’est former un homme
nouveau. » le roman perd son aspect chevaleresque mais demeure
aventurier de par le choix de ses personnages. On l’appellera le roman
picaresque. Il est possible de citer, entre autres Gargantua et
Pantagruel, des récits dans lesquels le romancier Rabelais fait évoluer
son personnage dans divers espaces.
Au sortir du 17ème siècle annoncé comme l’époque du théâtre, le
roman connait une phase de léthargie. Curieusement, comme pour
ressusciter le mépris antique au sujet du roman, Nicolas Boileau, dans
L’Art poétique, ne parle pas de roman. C’est au 18ème siècle que le
26

genre, avec des auteurs comme Jean Jacques Rousseau connait un


développement fulgurant. Il apparaît le caractère inépuisable de la
prose sous l’égide de l’auteur des Confessions qui affirme : «  A
travers le roman, tous les génies peuvent s’exprimer. » On lui doit
entre autres, De l’Emile ou l’éducation, La nouvelle Héloïse, etc.
Avec Montesquieu, c’est l’affirmation d’un genre qui mêle à la fois,
les caractéristiques de la forme épistolaire et celles du roman de
meurs. Le texte s’intitule Les lettres persanes.
Au-delà de cette perspective diachronique, il faut avouer que le
siècle du roman est principalement le 19 ème. C’est l’époque du
réalisme et du naturalisme qui répondent à un besoin social de
représentation à travers l’écriture. Avec le réalisme, il y a un recours à
l’imagination dans la mise en texte des faits sociaux. On peut citer
des ouvrages comme Le père Goriot d’Honoré de Balzac, Madame
Bovary de Gustave Flaubert. Ces derniers se donnaient pour objet
d’étude l’homme lui-même. C’est pourquoi, Emile Zola parlant de
Balzac affirmera : «  Balzac est un zoologiste humain. » Avec le
naturalisme, le roman offre la même image mais substitue à
l’imagination l’observation minutieuse. Avec Zola c’est la
publication de Germinal, ouvrage majeur naturaliste traitant de la
condition des prolétaires dans une Europe de divisions, de capitalisme,
de minorités, etc. Zola même pour montrer l’importance de la prose
dans cette société aux fortes disparités de classes déclare : «  Le
romancier est un expérimentateur. » Ce siècle du roman laissera
place aux années folles qui ont vu naitre « le nouveau roman » sous
l’exercice d’Alain Robbes Grillet.
II- Le roman, un genre problématique.
L’histoire du roman, c’est l’histoire des contradictions
théoriques. Le genre alimente les débats les plus passionnés
notamment au sujet de son rapport avec la réalité. L’absence de
structure fixe, des règles spécifiques ajoutées aux génies débordants
des auteurs a fait du genre romanesque une forme malléable c’est-à-
dire maniable à sa guise. Ainsi, d’un auteur à l’autre, selon les
26

époques, la nature du roman a été perçue différemment. Si un grand


nombre de critiques littéraires assimilent le genre à une illusion du
réel, l’idée du roman, traduction de la réalité est de plus en plus une
évidence dans les milieux littéraires.
1-Le roman, une pure fiction
Né du génie littéraire, la source même de la prose la rattache à
l’imagination. Ainsi, de par sa nature, le roman ouvre une grande
porte à la liberté dans la création. L’auteur, comme un dieu donne
naissance à une histoire, crée un espace et un temps, choisit de faire
vivre des personnages, leur donne une trajectoire qui varie selon ses
propres gouts. La totalité de l’histoire en tant que telle, trouve sa
genèse dans l’imaginaire fertile du romancier illusionniste. Ce rapport
à l’irréel, dès lors inscrit toute production émanant de la raison du
romancier dans une pure fiction. Le roman est ainsi donc cette forme
d’expression qui nous éloigne de la vérité et où l’auteur ne trouve une
totale satisfaction lorsqu’il réussit à tromper son lecteur à la fois
témoin et complice. Ce constat au sujet du genre se trouve
parfaitement résumé dans les propos de Victor Hugo lorsqu’il
déclare  « Le romancier est un enchanteur. » Cet art fait de
l’ensemble des composantes du roman, non la réalité, mais son
illusion.
En outre, à regarder de près le roman à la lumière des critiques
littéraires et des théoriciens des genres, il faut voir que l’art de
l’écriture romanesque est par excellence une activité de mensonge.
Les personnages, le lieu, la trame narrative appartiennent à un univers
qui n’existe que dans l’imagination de l’auteur. Souvent, le romancier
joue sur l’attention de son lecteur pour le plonger dans des univers
imaginaires avec une étonnante force attractive. Ce type d’écriture
exploite le surnaturel, le merveilleux ou encore le fantastique. Il est
possible de faire référence à La métamorphose de Frantz Kafka,
œuvre dans laquelle, le personnage principal se transforme subitement
en un énorme cancrelat au sein de sa propre famille. L’histoire
racontée est totalement invraisemblable, mais n’existe que dans
26

l’espace du roman. Ca trait du genre lui vient de son origine antique


où la qualité d’un genre dépend de sa capacité à suggérer des
événements fantastiques. C’est sans doute un tel constat qui fait dire à
Louis Aragon : « Le roman est un beau mensonge. »
Egalement, si le roman n’a aucun rapport avec la réalité, cela
tient au fait que c’est voulu, cherché, incarné. La raison fondamentale
tient au fait que le but du romancier n’est pas de reprendre la réalité
telle qu’elle, mais ouvrir à son lecteur, une fenêtre du monde du rêve,
pour des instants de réconfort. Ainsi, le roman s’apparente au conte
car il transporte son lecteur et le soulage en l’extirpant de ce bas
monde marqué par les incertitudes, les doutes et les turpitudes de
l’existence. Dans Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll invite
son lecteur dans un pays imaginaire en suivant la trace d’Alice son
personnage principal. De la même manière Daniel Defoe, dans Les
aventures de Robinson Crusoé transporte son lecteur sur une île
déserte où il fait partager le quotidien solitaire de son personnage
naufragé. Une telle caractéristique du roman semble faire dire à Guy
de Cars : «  Le romancier n’a pas à délivrer de message, le roman
c’est l’évasion. » Cette vérité fait du lecteur un être ivre de lecture
romanesque car le livre a la magie de transporter les lecteurs dans le
monde du personnage. Anatole France affirme à ce propos : «  Ceux
qui lisent des romans sont comme des mangeurs de haschich. » Le
roman est ainsi comme une drogue qui enivre son lecteur dépendant.
Par ailleurs, s’il ya une part de vérité dans le roman elle est
minime car le romancier part de la réalité, considérée comme prétexte,
pour aboutir à l’illusion. Les faits qui impulsent la création
appartiennent certes au réel, mais sont exagérés dans la fiction. La
réalité est un moyen à partir duquel le romancier, sous l’impulsion
d’un génie inspirateur prend les faits constants pour bâtir son récit. La
réalité ne suffit plus, il faut la développer, l’agrandir, pour enfin
l’exagérer. Une trop grande liberté que s’octroie le romancier à tel
enseigne qu’aujourd’hui, il est presque difficile, voire impossible de
dissocier, le vrai du faux dans le roman. Dans Soundjata ou l’épopée
26

mandingue, Djibril Tamsir Niane restitue des faits historiques, mais


laisse libre court à son imagination notamment à l’épisode du baobab.
Aux premiers pas du fils de Sogolon Diatta, pour laver l’affront de sa
mère, non content de lui amener des feuilles de baobab, mais c’est
l’arbre en entier qu’il déracine pour venir le poser devant la porte de
sa mère. A ce niveau du récit, la réalité historique laisse place à la
fiction. Un trait du genre romanesque que l’écrivain Albert
Camus définit en ces mots : «  Un créateur est un concepteur
d’illusion »
En somme, il apparait clairement que le récit romanesque, s’il
est méprisé, la réponse se trouve dans son esthétique qui permet un
épanouissement excessif de l’imagination. Toutefois, ce trait n’occulte
en rien le lien naturel entre le genre romanesque et la réalité.
3- Le roman, une représentation de la réalité
Le roman nait d’une société dont il porte les traits. La couleur que
le romancier imprime à son roman appartient à l’univers qui l’a vu
naitre. Le romancier lui-même est à l’image de son espace dévolution
dont il porte les stigmates. L’homme dans l’impossibilité de créer, ne
fait qu’une sorte de « mimésis » selon les mots d’Aristote. La création
est une forme de tricherie car le génie ne nait de rien ; et la
présupposée inspiration est une activité de souvenir en vue de
représenter ce qu’on a déjà vu quelque part. Ainsi, le romancier est
celui qui entre dans l’intimité des foyers, recense parfois des faits qui
semblent banals mais qui sont constant. Il est ainsi assimilé à un
copiste comme le dira Balzac : «  Le roman est le négatif du monde
au sens photographique du terme. » Cette idée met en avant deux
qualités du roman par rapport à la réalité : la loyauté et la fidélité.
Dans une même perspective, le 19ème siècle voit l’apparition du
roman réaliste caractérisé par un lien atavique avec le réel. Les
principes de ce mouvement font appel à l’imagination dans le but de
représenter au mieux ce que le romancier voit. Ainsi, la matrice ou la
genèse de son œuvre est sa propre société qu’il analyse, intègre,
interprète et plaque. L’écriture est ainsi le calque de la réalité. Nous
26

pouvons citer à titre d’exemples, Le père Goriot de Balzac ; Madame


Bovary de Gustave Flaubert. Le chef de file du réalisme défend ce
regard littéraire en déclarant dès les premières pages de son livre :
« La société française allait être l’historienne, moi je ne serai que sa
secrétaire… » En d’autres termes, le romancier, dans son œuvre n’est
qu’un simple traducteur, l’histoire est racontée par son univers
d’inspiration.
Toujours, à la suite du mouvement réaliste, le naturaliste vient
renforcer cette conception objective de l’écriture du roman. A la place
de l’imagination, ces romanciers défendent le principe de
l’observation car la réalité ne s’imagine pas, elle s’interprète,
s’observe et se représente. C’est pourquoi, on intègre dans la sphère
du roman l’exactitude et la précision scientifique. Pour Emile Zola, le
créateur doit faire une « immersion », c’est-à-dire plonger dans son
espace d’étude, faire corps avec les sujets observés pour aboutir à
l’œuvre. C’est pourquoi, il disait : «  Le romancier est un
expérimentateur. ». Dans Germinal, le romancier séjourne pendant
six mois dans les mines de Montsou avant d’écrire son œuvre. Cette
dimension du roman le lie donc au réel tel que l’affirmera Henri
Beyle Stendhal : «  Le roman est un miroir que l’on promène le
long d’une route. » Gustave Flaubert ajoutera toujours dans le même
registre que le roman est un ensemble «  de petits faits vrais ».
Au chapitre de la représentation des réalités dans l’espace du
roman, l’on peut aussi souligner le cas du roman autobiographique et
biographique. Dans les deux types d’écriture romanesque, la fiction
emprunte à la réalité, la matière à sa création, le personnage
représenté, la trajectoire d’une personne réelle dont le destin est
situable par rapport à un temps et par rapport à un espace. Ecrire, dans
ce cas, c’est suivre pas à pas l’histoire d’un homme qu’on identifie
comme un protagoniste. Si le personnage choisi est différent de
l’auteur, on parle de biographie, par contre, si l’auteur est à la fois
narrateur et sujet, il s’agit là d’une autobiographie, c’est-à-dire, se
raconter soi-même. Dans les deux cas, le souvenir occupe une place
26

importante dans l’inspiration car les événements et les moments


représentés suivent le cours d’un destin qui n’a pas encore fini de se
réaliser. Parfois, la biographie est avouée mais aussi souvent l’auteur
choisit de manière détournée un personnage auquel, il attribue ses
propres caractéristiques, son destin. On peut citer comme exemple
Une si longue lettre de Mariama Bâ à travers ce texte. Il est possible
de mettre en parallèle la vie réelle de Mariama Bâ et le destin fictif de
Ramatoulaye son personnage. Les similitudes traduisent ici une auto
portrait voilé.
Ce regard justifie sans doute les propos d’Andrée Chédid : « 
Derrière toute narration, il ya un auteur qui se raconte. » Cela veut
dire que même si l’auteur évolue dans la fiction, il est intimement lié
aux sujets qui font l’objet de leur représentation. Il y a toujours des
détails, des anecdotes, si minimes soient-ils, que le romancier
emprunte à sa vie pour les incorporer dans son texte. On trouve une
même façon d’écrire chez Williams Sassine dans Saint Monsieur
Baly où la trajectoire de l’auteur se trouve facilement dans ses pages
et dans les destins de son personnage. Il est de même de L’enfant noir
de Camara Laye. L’auteur qui a donné ses lettres de noblesse à la
représentation personnelle est Jean Jacques Rousseau dans son
roman intitulé Les Confessions. Dans ce livre, l’auteur à la fois
narrateur et personnage se représente par rapport à son siècle.
Contesté, combattu, victime d’ostracisme, de l’unanime animosité, il
écrit son œuvre comme le dit Jean Starobinsky, critique spécialiste
de Rousseau, pour, élaborer «  une lancinante volonté de
disculpation ». Dès la première page, il montre la loyauté et la fidélité
de son texte par ces mots : « Si la nature a bien fait ou mal fait de
briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut
juger qu’après m’avoir lu. Que la trompette du jugement dernier
sonne, je viendrai ce livre à la main me présenter le Souverain Juge.
Je lui dirai hautement, voilà ce que j’ai fait, ce que je fus, je n’ai
rien tu de mauvais, rien ajouté de bon. J’ai dit le bien et le mal avec
la même franchise… »
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III- Les fonctions du roman


Les vocations du roman sont nombreuses du fait de son caractère
malléable. Le genre adopte plusieurs formes mais aussi joue plusieurs
rôles. C’est pourquoi, au sujet des fonctions du roman, il y a par
exemple, la dimension historique, idéaliste, engagée, distractive,
instructive, sociale, etc.
1-La fonction historique
Le roman constitue à la fois une fiction et un moyen de
consigner les grands évènements du passé. A travers l’écriture de la
prose ce ne sont pas les dates, mais les faits qui sont regroupés pour
constituer la matière à la création de l’auteur. Lorsque l’histoire
évolue par la chronologie, le roman lui, suit les grands événements et
les destins humains pour les figer, à travers les pages de la fiction
romanesque. C’est ce que affirme Paul Auster dans son extrait de
l’entretien avec Pierre Assouline dans lequel il dit : « Ecrire un
roman c’est raconter une histoire. » Le mot histoire renvoie ici non à
la trame intérieure du récit, mais à des faits marquant que le romancier
regroupe pour écrire son récit. Jacques de La Crételle, dans son
roman titré Silbermann remonte le temps et représente les sociétés
françaises des années 30 pour retracer les ignominies de
l’antisémitisme dans le contexte d’une Europe caractérisée par la
domination allemande.
De la même manière, le romancier refuse la mortalité en
inscrivant, dans l’éternité des faits qu’il cristallise dans le passé. Le
romancier est ainsi quelqu’un qui nie l’oubli et impose le souvenir en
relatant des événements situables dans le temps et dans l’espace. Par
exemple, dans Murambi ou le livre des ossements de Boubacar Boris
Diop et dans L’ainé des orphelins de Tierno monenembo, les
histoires mises en texte sont de poignants témoignages sur le génocide
rwandais de 1994. Un tel aspect de l’écriture justifie les propos de
Howard Phillips Lovercraft dans son ouvrage intitulé Le rôdeur
devant le seuil lorsqu’il dit : «  Le combat contre le temps est le seul
véritable sujet du roman ». Selon cette analyse, le véritable
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romancier, son combat est de fixer des faits qu’il emprunte à l’histoire
réelle. Par exemple, dans Soundjata ou l’épopée mandingue de
Djibril Tamsir Niane, nous assistons à un type de roman qui
concurrence l’histoire dans sa façon de traiter les grands événements.
En effet, l’auteur déclare dans cette logique par la voix de son
narrateur Djeli Mamadou Keita : « Sans nous, la mémoire des
grands hommes tomberait dans l’oubli.. »
Dans la littérature française, une même conception de l’écriture
se trouve chez les écrivains français comme Marguerite Yourcenar et
Victor Hugo. Ce dernier, dans Notre dame de Paris, arbore comme le
manteau de l’historien en figeant des faits historiques. Pour le
romancier, l’histoire s’intéresse aux figures illustres tandis que le
roman raconte l’histoire de tout le monde comme le dira d’ailleurs 
Alphonse Daudet : «  Le roman est l’histoire des hommes et
l’histoire le roman des rois. »
2- La fonction idéaliste
Le roman souvent au lieu d’écrire la réalité la dépasse car le réel
est un prétexte qui impulse l’inspiration. Au lieu de décrire la réalité
telle qu’elle est le romancier présente les faits tels qu’ils devraient
être, en corrigeant la réalité. Il ya à travers ces romans une volonté de
parfaire ce que l’homme vit. C’est le propre de la science-fiction qui
évolue parfois dans un monde de projection. Par exemple dans Et
L’Homme triompha  ! L’histoire se déroule dans le futur car le
narrateur Kampakalas rêve d’un monde où les races se dissiperont,
pour la cohésion entre les humains. Le romancier congolais dira
même : « J’ai créé un futur possible. »
Pareillement, l’écriture d’un roman peut traduire les inspirations
d’un auteur qui voit l’homme ou le monde autrement. Dans Les exilés
de la forêt vierge, Jean Pierre Makouta-Mboukou enseigne la morale
du pardon dans un univers de déchirements politiques. C’est, selon
cette logique, la clémence qui va conditionner la paix et la stabilité de
l’humanité. Mario Vargas Llosa affirme à ce sujet qu’ « il n y a rien
de mieux qu’un roman pour faire comprendre que la réalité est mal
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faite. » En d’autres termes, le romancier en dépassant le réel pointe du


doigt son caractère imparfait.
3-La fonction distractive
Au lieu de nous ramener à la réalité, le roman nous permet d’en
échapper. En effet, pour le romancier, il s’agit dans la création de
procurer à l’homme un espace d’épanouissement où il peut s’apaiser,
connaitre le répit et oublier momentanément les turpitudes de la vie.
C’est cette force du roman qui peut transporter son lecteur dans des
pays imaginaires. Miguel de Cervantès, dans son roman Don
Quichotte de la mancha met en évidence la dimension exutoire de la
prose, à travers les récits pleins d’humour avec Don Quichotte. Cet
aspect de l’écriture est exactement traduit par Guy de Cars  pour qui :
«  Le romancier n’a pas à délivrer de messages, le roman c’est
l’évasion.. » C’est le propre du roman fantastique qui utilise comme
matière le surnaturel. D’ailleurs Daniel Pennac, dans son texte
Comme un Roman déclare : «  Je n’ai jamais eu le temps de lire ;
mais rien, ni jamais rien n’a pu m’empêcher de finir un roman que
j’aimais… » La raison est que le romancier a le don de fournir à
l’homme les plus belles sensations qui se cachent dans les secret de la
lecture. Il ne s’agit pas de cette lecture instructive, mais celle dont la
finalité est de nous faire oublier nos soucis. Le romancier est ainsi un
«  démiurge » comme le définit Jean François Mauriac : « Le
romancier est de tout les hommes celui qui ressemble le plus à
Dieu. » dans son ouvrage titré Le roman. Ainsi, sans le romancier le
monde serait un univers morne où l’homme au lieu de vivre, de
s’épanouir, survit. Ainsi, à l’humanité le romancier est nécessaire car
il est un brin de lumière dans un monde d’obscurité comme le dira
Miguel Unamuno  dans son livre intitulé Le brouillard où il dit : « 
L’ennui fait le fond de la vie, c’est l’ennui qui a inventé les jeux, les
distractions, le roman et l’amour. »
4- L a fonction sociale
Le regard du romancier est un diagnostique qui investit les sociétés
dans leur intérieur pour en recenser les traits caractéristiques et pour
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mieux les expliquer aux hommes. Le roman c’est donc refuser la


banalité des faits en exposant les faits pris pour ordinaires. Sans lui,
l’homme ne les voit pas. Son mérite c’est sa capacité à visiter
l’intimité de tout grâce à un regard inquisiteur qui montre et touche
du doigt ce qui échappe à l’homme. Pour Michel Piquemal :
« l’individu qui pense contre la société qui dort, voilà l’histoire
éternelle du roman » Cela veut dire qu’au sein de la société, le
romancier conscientise en abordant les vraies questions des mœurs.
Dans Une si longue lettre, Mariama Bâ investit la société sénégalaise
pour en analyser les différentes réalités internes relatives à la pratique
de la polygamie, aux problèmes des castes, au matérialisme, au lévirat.
Une démarche d’écriture se retrouve chez Ibrahima Ly qui aborde des
thèmes comme la stigmatisation, l’exclusion, le mariage forcé, etc.
tout comme dans L’ombre en feu, Mame Younouss Dieng traite de
la condition de la femme dans une société patriarcale, la vie précaire
des femmes en milieu rural, le mariage précoce. Ces types de romans
qui réfléchissent sur la société sont des recoupements de faits sociaux
qui permettent de mieux comprendre les réalités que vivent les
hommes Félicien Marceau déclare à ce sujet : «  Le roman n’est pas
posé sur la réalité comme un couvercle sur une boite, mais il est une
autre réalité qui l’explique et l’éclaire. » Ainsi, quand le romancier
crée, il avoue l’ignorance de son lecteur à qui il apporte une
explication sur ce qu’il voit ou sur ce qu’il vit.
Toujours dans cette même logique, le roman peut aborder des
questions relatives à un univers social pour inviter les hommes à
corriger certaines pratiques nuisibles au genre humain. Dans ce regard,
des valeurs sont souvent abordés : le comportement des femmes, leur
traitement, le rejet de la différence, les formes de la marginalisation
liée à la race, à la maladie, à la pauvreté. Nous pouvons citer à titre
d’exemple Madame Bovary de Gustave Flaubert, Moha le sage,
Moha le fou de Tahar Ben Jelloun. Dans le dernier texte, l’auteur
donne la parole à un narrateur fou pour imprimer à son récit une
authenticité. Le regard de toute la société portée sur la petite Dada
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esclave noire, objet de plaisir est mis à nu à travers un récit qui


promène un regard sur toute la société maghrébine. L’écriture, c’est
ici inviter les hommes à une prise de conscience dans le but de lutter
contre les maladies sociales. Ce qu’affirme Irish Murdoch déclare :
« Les bons romans portent sur le combat entre le bien et le mal. »
5- La fonction didactique et instructive
Toujours, au-delà de la fiction le récit romanesque est un vecteur
social qui véhicule les règles et les valeurs de la communauté qu’elle
représente. Elle est ainsi une continuité de l’éducation sous une forme
écrite. Lire un texte c’est donc s’inculquer les enseignements de la
société de son auteur. Dans Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry
promeut des valeurs de civisme, d’altruisme, d’engagement dans les
rapports humains. La même manière Camara Laye dans L’enfant
noir élabore un véritable traité d’éducation en exposant les mœurs et
la morale de sa société d’origine. Il est possible de dire de même de
Toile d’araignée d’Ibrahima Ly ouvrage dans lequel, le romancier
invite à l’acceptation de la différence, s’insurge contre la
stigmatisation, enseigne à l’homme l’amour de son prochain. Un tel
aspect de la fiction romanesque pousse Claude Roy à dire «  Avant
d’être une histoire, une anecdote, une simulation du vrai, le roman
est avant tout une leçon de conduite. » Il faut dire donc que le mérite
du romancier c’est de bâtir par son texte un art de vivre.
En plus de l’attitude, le roman est une somme de connaissances
mises en texte qui renseignent sur l’univers, le cosmos, et sur l’homme
en tant que tel. Ainsi lire un roman c’est ouvrir le grand livre de la vie.
A ce propos Georges Duhamel dit : «  Lire un roman c’est
apprendre par soi. » Il s’agit d’une forme de connaissance où le
savoir est ramassé et où le récit est comme un cours magistral. On
peut parler souvent de roman à thèse comme dans La nouvelle
Héloïse, œuvre dans laquelle Jean Jacques Rousseau appelle au culte
du naturel qu’il définit comme la source du bonheur.
Aussi faut-il noter que par le truchement de la fiction, le lecteur
découvre des univers dans une sorte de voyage où on lui représente
26

des milieux et des endroits souvent très éloignés par rapport à son
espace d’évolution. On parle ainsi de roman découverte. C’est l’avis
d’André Malraux qui déclare : «  Les pages d’un roman sont une
mosaïque que la plume a réussi à aplatir. » Dans Etoile errante,
Jean Marie Gustave Le Clézio remonte le fil du temps et expose à
son lecteur le drame des enfants arabes et juifs du conflit entre Israël
et Palestine. D’ailleurs, l’auteur lui-même affirmait : « Lire un
roman, c’est découvrir un coin du monde. » Dans la même logique
Jean Giono dans son roman intitulé Que ma joie demeure  ! appelle à
la réconciliation avec la nature. Pour lui, c’est la civilisation du
paraitre qui crée un malaise au sein des sociétés. L’homme n’est plus
lui-même. Le roman joue ainsi le rôle de rappel pour redonner à
l’homme son image perdue.
6- La fonction engagée
Le roman est par principe un genre narratif très lié au x sujets de
son temps. C’est donc le destin du romancier de mettre en texte les
larmes, les cris et les luttes de la société de son temps. Les ressorts du
roman révèlent chez le créateur, un sentiment d’appartenance à une
communauté qu’il faut défendre et qu’il faut libérer si nécessaire.
Selon André Brink : « La vocation essentielle de l’écrivain réside
dans une croisade impitoyable contre l’injustice, la dissimulation
et le mensonge… » Cette définition du rôle de l’écrivain souligne un
rôle essentiel du romancier qui transparaît au fil des siècles dans toutes
les littératures. Dans la littérature française, le roman comme genre
engagée s’affirme particulièrement au 19ème siècle. Dans cette époque
d’heurts et d’incertitude, l’écriture romanesque apparaît comme une
alternative à la dénonciation, aux revendications et aux luttes. A cette
époque, Emile Zola considère sa plume comme une arme qu’il
s’agissait de mettre au service de sa communauté. Le roman est donc
le lieu de la traduction des combats qui engagent toute la
communauté. Nous pouvons citer à titre d’exemple des romans
comme Billard et Germinal de Zola qui sont des récits contextuels
inspirés de la division sociale entre les prolétaires et les bourgeois.
26

Cette littérature utilitariste consiste à mettre son génie au service de


ses semblables. Cela fait dire à Christian Chobin «  Il ne faut pas
faire de la littérature, il faut écrire. »
Au 20ème siècle, l’engagement littéraire s’affirme comme un
principe même du roman. En effet, dans la définition du roman, chez
des auteurs comme Jan Paul Sartre, c’est le combat même qui définit
l’écrivain. Ainsi, c’est se trahir même que de penser, crier pour
chanter. Le devoir du romancier est moral, vis-à-vis de ses semblables.
Dès lors des défis l’interpellent car il est en « situations ». En d’autres
termes, c’est la conjoncture ou bien les situations qui obligent à la
création. L’écriture comme arme est un impératif, si le génie évolue
dans un espace où les libertés sont brimées. Et Jean Paul Sartre
d’ajouter «  J’écris par et pour autrui. » Ce sacerdoce enchaine
l’écrivain et lui impose l’engagement comme une visions littéraire que
l’écrivain existentialiste traduit en ces mots : « Longtemps, j’ai pris
ma plume pour une épée… »
Cette vision de la création est similaire à celle d’Albert Camus
dans des textes comme L’homme révolté ou encore L’étranger. Dans
ce dernier ouvrage, le romancier s’insurge contre les « malaises de la
civilisation » selon l’expression freudienne. Il y l’apologie de la
rupture, la contestation de la civilisation ostentatoire et absurde, dans
une forme d’écriture où le verbe crie plus qu’il ne parle. Ce sont les
conditions qui dictent la création. D’ailleurs Albert Camus parle de
marcher à «  contre sens ». Cette dimension de la prose est
universelle, cependant avec la littérature négro africaine, on assiste à
l’émergence d’une littérature qui prend en charge les grands
problèmes des peuples noirs.
Dès 1921, René Maran définit, le ton du roman africain en
déclarant  dans son roman Batouala : « Je ne me lasserai jamais de
dénoncer la méchanceté des boudjous (Blancs), je leur reprocherai
leur cupidité, leur rapacité et leur duplicité. » D’ailleurs, le titre
apparaît comme une injonction ou une invitation à la révolte « Bats-
toi-là ! » L’ouvrage dénonce les conditions des indigènes noirs à
26

Oubangui Chari. Un espace à l’image de tout le continent caractérisé


par l’exploitation de l’homme par l’homme, le travail forcé, la
violation des libertés les plus naturelles de l’indigène noir.
Il existe cependant, un ensemble de textes africains qui, par la
tonalité sont des textes engagés traitant des mêmes thèmes relatifs à la
condition de l’Africain dans sa rencontre avec le monde Blanc. Il
s’agit, entre autres, de Ville cruelle d’Eza Boto ; Le vieux nègre et la
médaille et Une vie de boy de Ferdinand Oyono. Dans ces trois textes
précités, l’histoire se construit autour de deux univers antagonistes. La
proximité de cette différence met l’accent sur le mal profond du
continent déchiré par le colonialisme. Le monde blanc est symbole de
pureté, de violence, de pillage ; tandis que les Noirs confinés dans les
ghettos de l’indigence, vivent les affres d’un système d’exploitation
qui les martyrise et détruit leur monde en leur privant de leur liberté
naturelle. Il y a, à travers ces textes, la dénonciation de l’écart
considérable entre les propos humaniste du Blanc et la réalité des actes
qu’il pose. Ces récits fonctionnent dans la mise en scène de la
trajectoire d’une figure innocente, qui achève sa vie dans la
désillusion, à l’image de tous ses frères noirs victime du même
système. Ils ont pour noms : Meka, Toundi, ou encore sont des Noirs
africains tout court.
Dans Les dents du destin de Jean-Pierre Makouta-Mboukou ; Le
monde s’effondre de Chinua Achebe ; Les enfants sont une
bénédiction de Bucchi Emecheta, il y a la même tonalité que Jacques
Chevrier appelle «  contestation » c’est le récit dénonciateur de ces
vents nouveaux de métamorphose qui marquent l’effondrement des
structures traditionnelles qui ont toujours défini les cultures africaines.
Les récits caricaturent ce monde en bouleversement. Ces textes
identifient une somme d’idées singulières propres à tout le continent
africain. Ces écrivains sont les portes paroles des hommes de leur
époque. Ils exercent un métier altruiste, celui de libérateur. Il ne s’agit
pas de cette libération physique du prisonnier dans une cellule, mais
de celle spirituelle qui amène l’homme à s’émanciper, à se considérer
26

comme membre à part d’une humanité générale au même titre que les
autres races de la terre. C’est la déconstruction d’u complexe
traditionnel de l’homme habitué à la souffrance, au mépris et aux
brimades.
26

CHAPITRE TROISIEME
L’art en question
Introduction
Le domaine artistique est une forme d’approche du réel caractérisée
par la quête de l’esthétique, mais aussi traduit un regard individuel sur
une réalité, un contexte ou encore un événement. A l’origine
expression d’un génie, le mot est aujourd’hui, éclaté. Ainsi le terme
art chante plus qu’il ne signifie. Tout ce qui est beau, tout ce qui
relève de prédispositions innées est désigné par le terme art. C’est
pourquoi, nous avons des expressions comme « l’art de parler »,
« l’art de marcher », « l’art de danser », « l’art de cuisiner ». Dès
lors, le mot est une notion « fourre tout » au sens travesti par les
divers emplois de la langue. Notons seulement que les domaines de
l’art sont pluriels, mais son étude impose une prudence qui seule nous
évite de sombrer dans le piège des vagues généralisations. Ainsi, notre
approche de la question de l’art cherchera, dans une démarche
littéraire de répondre à deux questions principales :
- Peut-on avaliser une vérité en art ?
- Quelles sont les différentes vocations de l’art ?

I- Problématique de la vérité en art.


L’art est à la fois une expression culturelle, et une forme du génie
qui prend forme à travers une œuvre. Le produit de la création désigne
à la fois un objet d’art et représente son auteur dont il porte les
marques et l’identité. C’est ainsi que la vérité en art constitue une
interrogation inépuisable. Il existe autant d’artiste que de perception
de la vérité de l’œuvre. Il serait, sans doute prétentieux de prétendre
épuiser les formes de la vérité artistique. C’est pourquoi, il s’agira,
pour nous de répertorier les aspects les plus communs de l’analyse au
sujet de l’art.
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1) L’art, une vérité subjective.

Selon une certaine analyse, la production artistique est la mise en


forme d’une façon de penser, d’une manière d’apprécier le monde,
d’une forme de relation particulière entre un sujet individuel et
l’univers. Cela traduit le caractère singulier de toute vérité artistique.
Ce qui émane de l’œuvre d’art est la traduction artistique d’une
idéologie, d’une doctrine ou d’une mentalité. Un tableau, même si elle
s’expose, s’interprète garde en son sein le vrai sens de sa forme et de
ses messages que seul l’artiste est en mesure d’exprimer de manière
authentique. L’art est donc un espace d’épanchement où le génie
intérieur est aplanit par la magie de la création. Dans l’espace de la
littérature cette subjectivité naturelle de l’artiste est traduite par des
ouvrages comme Une si longue lettre de Mariama Bâ, Onitsha de
Jean Marie Gustave Le Clézio. Il est possible aussi ce citer les
délires personnels de grands auteurs de la littérature qui apprécient
d’un point de vue personnel, des réalités qui engagent toutes les
communautés. Nous pouvons citer, entre autres Discours sur les
inégalités entre les races de Gobineau ; Essai sur les mœurs de
Voltaire, Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline… A
ce sujet, Emile Zola suggère une vision à la signification inépuisable :
«  L’art est un coin de la création vu à travers un tempérament. ». Il
est clair que l’auteur, dans sa création, l’artiste est souvent victime du
holisme biologique, idéologique ou encore social. Le moi
individualiste est comme une entrave à l’objectivité. Dès Lors, l’art au
lieu d’être l’expression dans une rigueur scientifique, devient le lieu
de traduction des délires personnels d’une artiste au solipsisme avoué.

2) L’art une vérité artistique

Le mot « art » crée une relation entre le génie et le produit.


Le premier est donc identifié comme un illuminé, du fait de sa
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capacité à sublimer l’ordinaire, à faire surgir le beau, à le


créer, à lui donner un sens, à le faire adopter par ceux qui
l’apprécient. Le produit artistique est cette aptitude à susciter
chez le lecteur, ou l’homme ordinaire, le plaisir visuel. Par
exemple, un soleil qui se couche est un spectacle ordinaire
inscrit au calendrier habituel et quotidien des jours qui se
suivent, mais les artifices de l’art le subliment, pour en faire
un firmament ou un fait naturel qui émerveille et suscite la
contemplation de l’homme ordinaire qui s’extasie devant un
tel spectacle. Il est de même de tous les faits ordinaires
auxquels on assiste tous les jours mais qui suscitent
l’émerveillement dès l’instant que la plume de l’artiste réussit
à les fixer.

Cette perception de l’art identifie l’artiste comme un esthète


ou un puriste qui s’insurge contre le caractère imparfait du
monde qui l’entoure. Ainsi, l’artiste concurrence la nature
considérée comme une œuvre d’art mal faite. L’ambition est
de transcender les laideurs qui nous entourent en élaborant des
produits qui vont au-delà de ce qui semble fini dans la nature.
Il ne s’agit pas de faire du « mimesis » selon l’expression
aristotélicienne, mais d’aller au-delà pour parfaire l’image de
ce monde où l’imparfait à achevé de convaincre de la laideur
du monde qui nous entoure. Créer c’est donc consumer ce que
nous voyons, partir de l’ordinaire pour faire germer un chef
d’œuvre artistique. Emmanuel Kant propose une appréciation
assez significative en ces mots : « l’art n’est pas la
représentation d’une belle chose, mais la belle
représentation d’une chose. » Ainsi, pour cette orientation de
26

l’art la vérité c’est ce qui est capable d’exprimer le beau dans


tout ce qui entoure l’homme. Selon cette logique la vie en elle-
même est une œuvre d’art qui magnifie la grandeur de Dieu.
« La vie est une œuvre d'art. » dira Georges Clemenceau
Extrait du L’homme libre.
Dans l’espace de la littérature, le mouvement parnasse considère
que l’artiste doit, non chercher à affirmer une signification ou à jouer
un rôle, mais chercher à faire ressortir le beau qui échappe à l’homme
dans son environnement. « L’art pour l’art » comme crédo sera
l’axiome idéologique de penseurs comme Théophile Gautier, Le
comte de Lisle, etc. Dans un autre registre, il faut dire que cette
définition de l’art trouve ses origines dans les ouvrages de poétiques
antiques. Aristote pense que la nature est la symbolique du beau.
L’artiste ne peut trouver les artifices du beau, mais seulement dans ce
qui l’entoure. Il s’agit juste, de percevoir, de traduire, de créer, en
imitant. Dans sa Poétique, il déclare : « Créer c’est poser un regard
fade sur la nature…. ». Au moyen Age, une même perception se
retrouve chez Saint augustin. En effet, pour ce dernier, la création est
par nature une quête impossible car l’homme en soi ne peut créer, il se
contente de retraduire le beau que le Seigneur exprime dans la nature.
Le beau de l’art est donc à l’image de la beauté divine. Il dira même à
ce propos : « Une créature ne peut être créateur. » Cela veut dire que
le beau qui transparaît dans le produit artistique est la matérialisation
sur un tableau ou sur un texte du beau perceptible dans la nature
3) L’art une vérité objective
De l’avis de Balzac créer c’est poser un regard sur l’ensemble des
réalités qui l’environne. L’artiste est dans l’incapacité de donner
naissance à une œuvre à partir de rien. Son souci est de rendre le réel
tel quel. L’œuvre d’art est ainsi un tableau derrière lequel, l’artiste
garde ses convictions, ses sentiments, ses opinions, mais se limite à
rendre compte par la plume ou par la production de manière générale.
Le culte de l’objectivité identifie l’auteur tel un photographe. Dans la
26

comédie humaine, le théoricien réaliste crée un ensemble de


personnages qui sont des types empruntés à la société française. C’est
pourquoi, même Zola dans l’appréciation de ses romans dira :
« Balzac est un zoologiste humain. » C’est comme si le romancier ou
l’artiste en général concurrence l’état civil. Il faut dire que cette
perception du roman est accentuée avec la naissance du naturalisme.
26

Zola dans sa définition de la création remplace l’imagination par


l’observation. Cette substitution invite la science dans la sphère de
l’art, du moins dans ses méthodes. Il s’agit de penser, de créer, de
donner forme à des œuvres en puisant dans tout ce qui reflète la vérité
de la nature avec exactitude. C’est pourquoi, Bernardin de Saint-
Pierre, pense dans Extrait du La Chaumière indienne  : « Tout
livre est l'art d'un homme, mais la nature est l'art de Dieu. »
C’est la traduction de toutes ces vérités que l’on peut mesurer ou
que l’on peut vérifier ou quantifier dans l’univers qui nous entoure. Le
créateur doit, observer, analyser, interpréter et juger devant toute
situation avant de circonscrire par la plume. Le tableau est le résultat
d’une démarche scientifique. C’est cette rencontre primordiale entre la
science et l’art de la création. A ce sujet Emile Zola pense : « La
création c’est figer le vrai dans ce qui nous entoure… » Le
contexte du 19ème siècle offre un carde approprié pour cette forme
d’expression. La division sociale, les conflits de classe, les grandes
luttes contemporaine dictent le type de plume et donne la forme et la
couleur de l’ouvrage. Un regard que confirme Gustave Flaubert
Extrait du Correspondance, (1847 – 1852) « L’art n’est pas
un mensonge. » Pour Aristote la création est une prétention
inaccessible. L’homme cherche à donner forme à des réalités
qui viennent de son génie en ignorant que le génie lui-même
est tributaire de ce qu’il voit. Toute œuvre n’est donc en
réalité que le reflet de ce qui est déjà, ce qu’on a déjà vu ou
vécu. Au 17ème siècle dans les Caractères La bruyère
affirme «  Tout est déjà dit… » Cette affirmation sous entend
l’absolu de la vérité de la nature et de Dieu qui révèlent une
œuvre finie que l’homme, souvent reprend en supposant créer.

4) L’art une vérité contre l’éphémère


26

Créer c’est autant donner naissance à une œuvre que de figer le


temps et la vie d’un auteur. En effet, derrière chaque œuvre artistique
se cachent un ensemble de vestiges qui portent sur la vie de l’auteur
ou sur un événement situable selon un axe chronologique bien défini.
Il y a ainsi une cristallisation de la vie de l’auteur, autant que l’œuvre
en tant que telle. Créer c’est don refuser la mort l’oubli car le produit
c’est à la fois immortaliser un fait que de s’inscrire dans l’éternité.
Pour André Malraux, « L’art est un antidestin. » A travers, le
théâtre historique Bernard Dadié traduit le quotidien des peuples
africains aux premières heures de la colonisation. Dans Béatrice du
Congo, l’histoire de la figure féminine et résistante est un trait
commun à toutes les figures rebelles e cette Afrique meurtrie par ces
vents nouveaux. C’est un langage qui au-delà du réalisme joue le rôle
de l’histoire. Pour Pierre Brunel « L’art n’est qu’un regard fixe sur
un paysage qui défile. »
Il est aussi possible, dans la création de s’insurger contre les affres
du temps. La création devient donc un acte de révolte contre le temps
qui, comme un monstre ravit à l’homme ses plus doux moments de
bonheur. « Vous faîtes toujours revenir la solitude  autour de ses
pas !» dira Hugo. L’artiste est donc dans un combat perpétuel contre
la mort. Il cherche à s’incarner par son œuvre, à y survivre, à y
transparaître pour la postérité. Alphonse de Lamartine, comme dans
une complainte affirme « Ô temps suspends ton vol… ». Cet appel
est un cri de cœur d’un penseur qui se révolte contre la fugacité du
temps.

5) L’art comme une interprétation du monde


26

L’artiste qui pense face à la société qui dort tel est le destin du
créateur. Il est ce « démiurge » rimbaldien qui va au-delà de la visible
et donnante naissance à une œuvre qui vient éclairer un monde au sens
flou. Victor Hugo parle de Les rayons et les ombres. L’image du soleil
renvoie ici à la raison du poète contre la nuit ou les ombres du grand
nombre. Ainsi le penseur a une lecture de l’univers qui transcende les
formes d’approche habituelles du réel. L’art ainsi, conçoit le monde
comme l’image même d’un monde qu’il faut dépasser pour trouver la
vérité authentique. Dans le Discours de Suède, Albert Camus déclare
« L’artiste est celui ressemble à tout le monde, mais personne ne lui
ressemble. » C’est le propre des musiques révolutionnaires comme le
rap, le reggae, etc. cela traduit la liberté de vision qui se libère des
jougs de la société. Jiddu Krisnamurti affirme à ce propos :
« L'art de voir est la seule vérité. » Extrait du L'éveil de
l'intelligence.

II- Les fonctions de l’art


On associe à l’art une pluralité de fonction. Cela tient au fait
que les préoccupations qui impulsent la création sont aussi
nombreuses que variées. Ainsi, il serait hasardeux de
prétendre répertorier toutes les formes d’utilisation de l’art ;
mais notre démarche cherchera à souligner quelques
orientations de la création en rapport avec ses vocations.
1- La fonction linguistique ou expressive.
Le but de l’artiste c’est de dire ce que seul l’art peut. Son langage
est un aveu de l’indigence des formes conventionnelles de
communication. Selon Maurice merleau Ponty, « Il y a un écart
considérable entre la demande de la pensée et l’offre du langage ».
Cette réalité explique le caractère déficitaire de la langue. Ainsi la
peinture, la danse, la musique, la poésie sont les formes d’expression
les plus à même de traduire fidèlement la pensée de l’homme.
L’expression poétique, par exemple n’est pas une prose explicative ;
26

mais une suggestion de la vérité en un langage direct et expressif.


Lorsque Senghor, parlant de la femme noire dit : «  vêtue de ta
forme qui est vie », là il résume en peu de mots ce que toute une
histoire, tant de mot, tant de langue n’ont pu exprimer. Ce type de
langage allie simplicité, précision et image. C’est le résumé d’un point
de vue contre tous ces délires théoriques qui ont achevé de convaincre
de l’infériorité de la race noire affublée du masque de la bestialité.
Aussi, lorsque la morale ou les règles constituent une censure
contre les idées authentiques, l’art devient une façon de contourner les
règles pour dire ses convictions, ses idées. Ainsi, l’art est un moyen de
dire de manière détournée ses convictions les plus intimes. Pour Henri
Bergson, dans Le rire, « L’art est une autre forme d’expression qui
concurrence les formes usuelles. » nous pouvons prendre, selon une
certaine interprétation, l’image de Léonard de Vinci dans La Joconde.
Coupable de sentiments incestueux envers sa mère, la morale interdit
toute forme d’expression de ce sentiment prohibé, alors l’espace de la
peinture devient un lieu de satisfaction des aspirations interdites. C’est
ainsi qu’il réalise le tableau qui marquera le monde artistique, mais
aussi fera de lui un auteur qui va fasciner tout le monde artistique
français du 15ème siècle, notamment sous le règne de François 1èr.
Un même principe est visible au 20ème siècle chez Aragon, qui de
manière détourné exploite les ressources du langage artistique pour
fustiger l’impérialisme allemand. C’est le dévoilement déguisé par un
style qui, au lieu de spécifier suggère dans un langage à la fois
hermétique et accessible. Dans Les yeux d’Elsa, c’est une insurrection
contre l’oppression des nazis mais dans une forme poétique qui parle
par des symboles et qui invente un langage propre. C’est pourquoi,
Jean PAUL Sartre affirme, dans Qu’est ce que la littérature  ?, « Le
langage de l’artiste est tel un délire où foisonne tout ce qui nous
échappe. »
2- La fonction distractive
Une des particularités de l’art est sans doute sa capacité à procurer
à l’homme un espace de répit, une détente, un instant d’extase unique
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où l’être semble s’extirper des tumultes et des turpitudes de


l’existence. Ainsi, le beau de l’artiste procure à l’homme le bonheur
de la contemplation extatique. C’est une démarche où le regard traduit
une sorte de plaisir qui lie le lecteur ou le contemplateur à l’objet
apprécié. On retrouve ce bonheur dans la représentation des spectacles
divin de la nature comme le coucher du soleil, le ciel, le firmament,
entre autres. Henri Bergson résume bien cette idée au sujet de l’art en
déclarant : « Lentement, l’œuvre d’art nous absorbe et le monde
n’est qu’un profond silence… » Cette capacité à inhiber par l’art est
spécifique à chaque domaine. La musique, par exemple, est à la fois,
un art culturel ; mais se transforme parfois en liturgies destinées à des
cérémonies culturelles qui relèvent de la foi. Il est possible de se
référer à des chants incantatoires dans les cérémonies de « Ndeup »
ou encore de vaudou en Afrique central ou encore dans les traditions
culturelles de certains pays de l’Amérique latine selon l’analyse de
Georges Balandier. Tomber en syncope, entrer en transe sont les
manifestations de cette capacité de la musique à transporter l’individu
dans une seconde dimension. A coté de cette forme mystique, il y a
cette musique profane qui égaye, enivre et envahit tous les sens de
l’homme : « La musique, cette étrange création à la puissance
envoutante. » dira Jean Starobinski. C’est pourquoi, dans cette
industrie de la musique la société est un monde de consommateurs
dépendants chez qui la musique est un espace d’évasion. Elle joue le
même rôle que l’extasie, le haschisch, la drogue, etc. l’espace de
boites de nuit est comme un laboratoire où sont soigné les maladies du
stress liées à la conjoncture et aux difficultés de l’existence. Il est de
même de l’espace littéraire où des genres comme le roman, le conte, le
théâtre et particulièrement la comédie sont des moyens exutoires qui
permettent à l’homme d’oublier ses soucis, ses peines et ses chagrins.
Par le livre, l’homme découvre un monde parallèle où il s’envoler
pour vivre pleinement tous ses rêves inaccessibles. Le regard de Guy
de Cars sur le roman peut sans doute être élargi à tous les autres
genres d’expression. Pour lui, le livre est un espace d’évasion : « Le
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romancier n’a pas à délivrer de messages, le roman c’est


l’évasion… »
3- La fonction de révolte
Le génie est par excellence, un homme à part. Penser, lutter,
combattre, revendiquer, tel est sont sort. Chaque domaine de l’art
entretient un rapport particulier avec la révolte. Dans le domaine de la
musique, il existe plusieurs types d’expression dont l’identité est
même liée à l’engagement. Il y a entre autres, le jazz, le reggae ou
encore le rap qui sont des formes musicales nées dans la contestation.
Le reggae est conçu, dans plusieurs espaces, comme une musique
politique. Les maladies des civilisations, la justice sociale, les drames
des peuples opprimés, la marginalisation des couches faibles sont les
thèmes de prédilection. C’est la traduction artistique de l’imaginaire
collectif et silencieux. Avec Bob Marley, c’est le sort de l’homme
noir qui est la matière à création. Le chant est comme un cri de cœur
où l’artiste parle pour ses pairs. C’est la transcendance du « je »
singulier d’un artiste qui dénonce le mépris, la dislocation des
croyances, l’exploitation des races noires. Il aborde, entre autres, des
questions comme la guerre dans des titres comme « war ». Dans
rédemption Song, l’indigence des Noirs, leurs misères, leurs peines, le
racisme sont dénoncées avec virulence. « Émancipez-vous des
mentalités esclavagistes ! » Cette injonction traduit le ton d’un genre
musical d’un homme à l’attitude anticonformiste.
Une forme d’expression que l’on retrouve chez le chanteur ivoirien
Alpha Blondy qui dénonce, par la musique la succession de régimes
dans la pérennité et la perpétuité des pratiques toujours aussi
machiavéliques. « Tant que cette philosophie qui fait une race
supérieure et une peau inférieure, (…) ce sera toujours la guerre. »
Au-delà de cette diatribe contre la guerre et le racisme l’auteur critique
l’autoritariste des régimes, le népotisme, le clientélisme politique, la
violence injustifiée, le pillage des ressources de l’Etat, etc. il ajoutera
dans un autre titre «  Dans un pays avec plusieurs ethnies, quand
une seul ethnie monopolise le pouvoir pendant plusieurs décennies
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tôt ou tard, ce sera la guerre civile. » Cette vision prophétique fait la


satire du génocide. Il est possible de dire de même de Tiken Jah
Facoly au sujet du néocolonialisme, du rap engagé au Sénégal à
travers le mouvement «  y en a marre. » Ces registres de production
d’opinion préforment le regard du profane sur les questions
d’actualité. Dans l’écriture, des textes comme Roots d’Alex Haley,
Les misérables de Victor Hugo, L’étranger d’Albert Camus, Une
tempête d’Aimé Césaire, Huis clos de Jean Paul Sartre, sont des
ouvrages dont le trait commun est la tonalité contestataire.

Remarque : Il serait prétentieux de vouloir recenser toutes les


fonctions de l’art. Notre démarche a consisté à développer quelques
fonctions du domaine, cependant, il est possible d’identifier, entre
autres la fonction instructive, éducative, idéaliste, historique, sociale,
etc.
26

CHAPITRE QUATRIEME
Le théâtre un genre particulier

Introduction
Le théâtre est un genre littéraire ou l’art du « mimesis »
caractérisé par la représentation scénique ou la mise en texte de scènes
ou de faits repérables dans les cours royales, dans la plèbe et dans
toutes les sociétés humaines. La représentation est un outil culturel
historique qui identifie l’existence comme une vaste scène où chaque
individu est un personnage au rôle défini par la morale et par les
différentes réglementations élaborées par toutes les conventions
sociales. Selon Edwin Goffman dans Façon de parler « L’homme
est un comédien sur scène qui obéit aux principes essentiels de la
théâtralité de l’existence. » Cela témoigne d’un lien naturel entre
l’homme et le genre. C’est comme l’homme sent le besoin naturel de
se représenter tel qu’il est ou tel qu’il ne devrait pas être pour pouvoir
se juger s’apprécier et se définir en même temps que les règles qui
l’identifient. Ainsi, genre littéraire, le théâtre se définit par une double
énonciation en constante métamorphose. La santé du genre se justifie
par ses différentes évolutions au fil des siècles.
C’est l’avis de Jean Vilar qui apprécie les différentes évolutions
du genre en ces mots « De tous temps, le théâtre a cherché à se
transformer. C'est ce qu'on appelle les crises. Tant que le théâtre
est en crise, il se porte bien. » Ainsi, il y a perpétuellement des
poétiques qui proposent des approches du genre. Il y a d’une part, les
dialogues, de l’autre les indications scéniques ou les « didascalies »
qui permettent de préciser le lieu, le temps de l’action, mais aussi le
jeu des acteurs. L’œuvre théâtral n’est pas donc un texte, mais se
destine à la représentation qui donne une certaine valeur au jeu des
acteurs, au décor, au temps. Dès lors, le destinataire devient collectif.
Cependant, le genre a une histoire, des caractéristiques, des sous
26

genres et des rôles. Dans le cadre de cette étude séquencée, il s’agira


de voir les caractéristiques du théâtre, les typologies du genre et les
fonctions de la dramaturgie.

I- Caractéristiques du théâtre
Le théâtre est à la fois texte et représentation. Une identité
qui fait que le genre demeure diversifié.
1- L’écriture dramatique
Les caractéristiques formelles du texte théâtral identifient le
genre avec des traits spécifiques. Sa particularité tient au fait qu’il se
destine à la représentation à la lecture en même temps. Ainsi
d’Aristote à Boileau les contextes dictent des nuances dans la
perception du genre ; mais l’ossature structurelle demeure la même.
D’où l’interrogation de Francis Huster dans Le Petit dictionnaire du
théâtre  : « Un texte de théâtre est à voir. Un texte de théâtre est à
écouter. Est-ce qu'un texte de théâtre est à lire ? » Cette interrogation
révèle à la fois, la double dimension du genre qui explique ses
particularités internes. Le texte théâtral s’élabore par des répliques qui
sont une suite de dialogues organisés en scènes qui forment des actes.
Cette division de la pièce théâtrale s’accompagne d’indication de
scène ou didascalies qui sont des informations sur le temps, le décor,
le lieu, la tenue des acteurs et les accessoires utilisés. Ainsi, la
représentation doit prendre en compte l’espace et la durée du jeu. La
pièce théâtrale organise la distribution des personnages qui participent
au déroulement d’une action. Destinée à la représentation, la pièce
doit s’élaborer en tenant compte des réactions escomptées du public.
A ce sujet, pour Pierre de Corneille, il ne faut pas : « exposer à la
vue de beaucoup de personnages tout à la fois, de peur que les uns
ne demeurent sans action et troublent celle des autres. » Ainsi, le
texte théâtral est ainsi écrit en accordant une grande importance au
public. Il faut éviter de choquer d’ennuyer et de lasser. Une règle
théorisée dès l’Antiquité par Aristote, mais que Boileau résume
26

parfaitement en ce mots : «  En un jour, en un lieu, tout se déroula. »


Il s’agit, en d’autres termes, de l’unité de temps, d’action et de lieu.
Des principes qui cependant traverseront les siècles en subissant des
transformations dictée par des sensibilités doctrinales. Toujours est-il
qu’au-delà de ces spécificités la pièce de théâtre porte forcément sur
une ou plusieurs actions. En effet, une pièce de théâtre avant tout
raconte une histoire dont la forme et la tournure est dictée par un
personnage omniprésent : le dramaturge.
2- L’action dans le théâtre
Dans le genre dramatique, l’action est le fil conducteur qui attire
l’attention du lecteur. Elle est souvent organisée autour d’un conflit,
d’une guerre, d’un litige amoureux ou plus généralement
psychologique. Le conflit est amorcé par la scène d’exposition qui est
une scène de présentation où sont exposés les personnages, les lieux et
le temps. Elle a la valeur d’un incipit dans le lexique romanesque ;
mais avec la particularité de nouer très tôt le problème autour duquel
tourne la pièce. Le conflit évolue et devient complexe sous la forme
d’un nœud que le jeu scénique est appelé à résoudre et à régler. On
parle alors de dénouement. Il est heureux dans le cadre de la comédie
et malheureux dans les tragédies.
3- Le dramaturge
Contrairement au roman ou à la poésie, l’auteur dramaturge ne
peut s’exprimer directement son « je » se heurte et se dissout devant
les dialogues interminables entre les personnages ou acteur. Il
disparait, mais demeure derrière eux celui qui impulse les différentes
orientations de l’action. A la fin de la pièce tout lui est extérieur car la
pièce sera désormais prise en charge par un metteur en scène et des
acteurs, même si on a quelques exceptions comme Molière qui était à
la fois dramaturge, metteur en scène et acteur.
4- L’illusion théâtrale
Le théâtre est fondé sur l’imitation. Selon Aristote, la
représentation et l’imitation totale font la pièce dans son essence. Le
spectateur participe au jeu scénique doit croire à la réalité de ce que
26

les comédiens jouent. Ils participent à l’action et réagit par le rire, le


silence, les murmures, les applaudissements, etc. de son coté, l’acteur
fait semblant d’entrer dans la peau de son personnage, de ressentir les
mêmes sentiments dictés par son rôle. Il incarne le personnage,
l’identifie et fait corps avec lui en imprégnant de sa personnalité.
Selon les formes du dénouement, le public réagi différemment. En
effet, la pièce au-delà de ses personnages peint l’homme et le monde
tel qu’il est ou tel qu’il devrait être. La pièce est ainsi intournable pour
les sociétés humaines, tout comme le dira Jules Renard dans un
extrait de son Journal :    « Nous voulons de la vie au théâtre, et du
théâtre dans la vie. » Ainsi entre l’homme et le théâtre, il y a comme
un lien indélébile car le genre vit des hommes et l’homme est par
excellence est inséparable de cette irascible volonté de se représenter.
II-Quelques genres de la dramaturgie
Selon les dénouements, il existe différentes formes de pièces
théâtrales. En effet, le théâtre est constitué de la tragédie, de la
comédie, de la tragi-comédie, etc. dans cette séquence, il s’agira
d’évoquer les genres les plus abordés : la tragédie et la comédie.
1- La tragédie
Le genre trouve son origine dans les traditions antiques grecques.
Le terme désigne, à l’origine, un chant religieux qui accompagne le
sacrifice de boucs à l’occasion de fêtes traditionnelles dans ces
sociétés fortement déterminées par le mythe, la magie et la religion.
Le mot tragédie même est composé de «  tragos » qui signifie bouc
et de « adein » qui signifie chanter. Ce sont des chants qui
accompagnent des spectacles destinés à provoquer la terreur, la pitié
ou l’admiration. Les personnages sont souvent issus de la mythologie
ou de l’histoire. Ils ont des destins tragiques, exceptionnels qui les met
face à un destin fatal contre lequel ils ne peuvent rien. Dans
l’Antiquité des grands auteurs comme Eschyle, Euripide et Sophocle
seront désignés comme les trois plus grands tragiques, qui ont donné
ses lettres de noblesse au genre. Dans la structure, la pièce conserve
un aspect religieux et traverse ainsi le Moyen Age. De l’église, il est
26

ensuite représenté sur le parvis, puis va devenir une production


profane dont les règles sont successivement définies par Aristote dans
La poétique et Nicolas Boileau dans L’art poétique. Pour ces
théoriciens du genre, la pièce doit faire évoluer des personnages de
haut rang ou nobles à la fin tragique dans une histoire structurée
autour d’une action au dénouement triste. De l’exposition à la fin, la
bienséance et la vraisemblance sont les règles cultivées. Le
dénouement doit être naturel, il ne faut pas l’intervention d’un « deus
ex machina ». La finalité est selon Aristote la catharsis ou la
purgation des passions. Il s’agit de susciter la peur pour pousser les
hommes à s’éloigner de la faiblesse, des vices et des tares des sociétés
humaines. A l’époque classique, deux auteurs incarnent le genre : il
s’agit de Pierre de Corneille et de Jean Racine. Si pour le premier la
tragédie doit peindre l’homme tel qu’il devrait être ; le dernier
considère comme un principe dramaturgique, la représentation de
l’homme tel qu’il est avec ses laideurs.
2- La comédie
Le mot comédie est dérivé du latin « comoedia » qui signifie pièce
de théâtre. C’est avec ce sens qu’il apparaît dans la langue française
en 1361. A partir du 16ème siècle la comédie devient le genre du
divertissement. Au 17ème siècle, avec Molière, elle connait un essor
fulgurant. Plus qu’un genre, il représente à l’homme ses vices pour
susciter la honte devant une auto représentation de ses vices. A la
différence de la tragédie, la fin est heureuse ; mais au-delà du rire, il y
a une morale. Les personnages appartiennent à la moyenne
bourgeoisie et s’expriment dans un langage moins élevé que celui de
la tragédie. L’homme est ainsi mis à nu par un dramaturge qui cherche
à purger ses maladies sociales.

II- Les fonctions du théâtre


Il existe une pluralité de fonctions poétiques, le genre est le plus
souvent utilisé comme un moyen plus qu’une expression littéraire.
1- Les fonctions sociales
26

Le théâtre est la prise en charge, par la représentation, des


maladies internes à la société. Les jeux de scènes sont ainsi le calque
des problèmes internes aux sociétés humaines. L’art de vivre, la satire
des vices sont les thèmes de prédilection de ces dramaturges dont la
plume œuvre pour véhiculer la morale. Le théâtre est ainsi une
expression moralisante, un genre sérieux qui investit la société pour en
purger les maladies. Cette définition du rôle du théâtre est le propre de
la comédie de Molière. Au-delà du rire, c’est l’ensemble des défauts
de l’homme qui constitue les sujets d’analyse d’un dramaturge à la
fois moraliste mais aussi qui distrait. Les maladies des
comportements, même la religion ne sont pas épargnés. Ainsi, dans Le
tartuffe, par exemple, l’instrumentalité de la foi, la fausse dévotion
sont mises à nu dans une représentation qui enseigne autant qu’elle
fait rire. La générosité d’Orgon s’oppose à la cupidité et à l’hypocrisie
de Tartuffe. Au spectateur, une telle représentation vise à soigner les
défauts dont la représentation et l’exposition suscite la honte. Il dira à
ce sujet comme pour dénoncer le comportement de son personnage
homme de Dieu : «  Certains, au lieu de servir la religion, se servent
de la religion. » Au-delà de cette façon d’écrire, il y a une perception
de la comédie qui vise à montrer l’homme tel qu’il est c’est-à-dire
dans sa vraie nature pour l’inviter à se détourner du ridicule de
certains caractères. «  Il faut corriger les mœurs en faisant rire. »
dira- t-il. Une même démarche de représentation apparaît à travers
l’image d’Harpagon dans L’Avare. Les personnages ne sont pas
importants, ils sont des types dont les caractères constituent même
l’essence de la pièce. L’avarice est fustigée dans un verbe qui suscite
l’hilarité. Il est possible de dire de même de Les Fourberies du
Scapin du même auteur.
Par ailleurs, si l’on corrige par le rire comique, dans la tragédie
le dramaturge lui suscite la peur en exposant aux yeux des hommes
leurs propres défauts mis sur scène à la vue du public pour l’inviter à
s’en détourner en suscitant l’aversion. « Il faut décrire l’homme tel
qu’il est » dira Jean Racine. C’est pourquoi dans Phèdre cette
26

logique dicte la création. Le vice du sentiment incestueux, la jalousie,


le mépris de l’autre, les faiblesses sont traités dans une représentation
tragique. Ce rapport à la société tient au fait que le dramaturge lui-
même apparait comme un médecin des mœurs dont il soigne les
maladies. C’est ainsi un genre utile à toutes les sociétés humaines tout
comme le dira Jean Vilar dans une belle formule : « Le théâtre est
une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin... Le
théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le
gaz, l'eau, l'électricité. »
2- La fonction contestataire
La représentation est une forme d’expression propice à l’expressivité
du fait du style direct. Par elle le dramaturge peut traduire sa vision du
monde, ses sentiments, ses craintes et ses révoltes par le truchement de
ses personnages. Dans le contexte africain, il y a entre autres textes
dramatiques de révolte : Une tempête de Césaire, Béatrice du Congo
de Bernard Dadié. Dans ces pièces le sujet commun est la
dénonciation des ignominies de la colonisation, l’exploitation de
l’homme noir, le racisme, le mépris de l’autre, etc. il faut dire que ce
genre africain embrasse les luttes et les grandes questions qui
interpellent tous les intellectuels noirs porte parole des communautés
opprimées. Dans la littérature française, il ya des auteurs comme Jean
Paul Sartre à travers Les mains sales, Huis clos, entres autres textes.
Sa dramaturgie est une invitation à la révolte contre les sociétés
aliénantes. «  Il faut plonger ses mains jusqu’aux coudes dans la
merde et dans le sang » disait-il. Toujours au chapitre des formes
contestataires du théâtre, il y a dans le contexte du 20 ème siècle
Antigone de Jean Anouilh qui apparait comme un véritable traité de la
contestation. « Je suis née pour dire non et pour mourir » fait-il dire
à son héroïne comme pour établir une véritable morale de la
désobéissance.
3- La fonction distractive
On associe le théâtre au rire. Il s’agit plutôt du genre comique qui a
pour but de susciter l’hilarité. Ainsi, le but ultime de la pièce est
26

d’extirper l’homme de la torpeur du quotidien durant le moment de la


représentation. La scène procure la détende, la joie, le bonheur
l’instant de la représentation. Il est question de plaire pour réussir
l’œuvre en tant que tel. Molière se pose une question d’une portée
inépuisable : «  Je me demande bien si la première des règles n’est
elle pas de plaire ? » Ce regard identifie assimile le théâtre au ludique
car le sens, la profondeur, n’ont pas d’importance. Seul demeure le
rire que l’on retient à la fin du spectacle. Bertolt Brecht résume bien
cette caractéristique du genre en ces mots : « Un théâtre où on ne rit
pas est un théâtre dont on doit rire. » cette dimension exutoire se
retrouve dans tous les textes de Molière tels que Tartuffe, L’Avare,
Le malade imaginaire, etc. le théâtre est réussit s’il finit par faire
oublier les tumultes de l’existence. Pour Jean Giraudoux, « Ceux qui
veulent comprendre au théâtre sont ceux qui ne comprennent pas le
théâtre. »

Remarques : Ce repérage n’est pas la totalité des fonctions du genre


car, selon chaque auteur, il y a une fonction particulière du genre.
Ainsi, il existe plusieurs autres fonctions comme la didactique,
l’instruction, l’idéalisme, l’imitation, etc. Des fonctions que l’élève
peut découvrir par des cours théoriques sur les genres ou à un autre
niveau.
26

DEUXIEME PARTIE
Analyse textuelle
26

Etudes de textes
La mort du loup
26

L’exil

Va, petit livre, j'y consens, va sans moi dans cette ville où,
hélas ! il ne m’est point permis d'aller, à moi qui suis ton père; va,
mais sans ornements, comme il convient au fils de l'exilé ; et
malheureux, adopte les insignes du malheur. Que le vaciet ne te farde
point de sa teinture de pourpre ; cette couleur n'est pas la couleur du
deuil ; que le vermillon ne donne pas de lustre à  ton titre, ni l'huile de
cèdre à tes feuillets. Qu'on ne voie point de blanches pommettes se
détacher sur tes pages noires ; cet appareil peut orner des livres
heureux, mais toi, tu ne dois pas oublier ma misère ; que ta double
surface ne soit point polie par la tendre pierre-ponce; présente-toi
hérissé de poils épars çà et là, et ne sois pas honteux de quelques
tâches : celui qui les verra y reconnaîtra l'effet de mes larmes. Va,
mon livre, et salue de ma part les lieux qui me sont chers
Julius Ovidius Naso (Ovide), Les tristes, 763.
26

Prières aux masques


26

Qui pulvis es
26

Fonction du poète
26

Aliénation
Nini prend congé de sa grand-mère et de sa tante. A ce
moment il doit être sept heures passées. Comme il n’y a à
Saint-Louis ni métro ni autobus, elle fera le chemin à pied.
Mais quelle frénésie ! Elle marche vite sur le pavé en ciment
armé. Rien ne permet de déceler en elle une mulâtresse si ce
n’est l’excès de poudre de riz qui couvre son visage ou ses
lèvres un peu forte et sensuelles. Sa démarche ne trahit pas
cette mollesse des gestes et des mouvements qui se remarque
chez toutes les négresses les moins noires.
Kapp ! kapp ! kapp !.... son corps entier est secoué par la
cadences brutale de ses pas. La tête haute, elle ne regarde ni à
droite ni à gauche : elle semble écraser d’un dédain universel
toutes les personnes qu’elle rencontre. Bientôt la voilà arrivée
au bureau. Ses deux camarades, deux Blancs, veulent lui jouer
une farce. Chacun d’eux se met derrière un des battants de la
porte et ils la laissent entrer. Puis « hou…hou…hou… » Nini
sursaute et répond à cette farce puérile par une gaîté forcée.
Elle raconte ensuite les événements survenus dans son
sommeil.
J’ai eu cette nuit un cauchemar…oh ! C’était affreux. Elle
roule de gros yeux blancs, arrondit sa bouche chargée de fard.
Les deux Blancs l’observent comme une bête curieuse et se
demandent si leur petite dactylo n’est pas devenue
complètement illuminée. Mais Nini semble inspirée par une
vision qui ne s’est pas encore tout à fait dissipée :
- Oui, un affreux cauchemar. Imaginez que je me
trouvais dans une forêt noire, mais une forêt, tous ce
26

qu’il y a de plus vierge. Tout à coup, des Nègres ont


surgi armés de grands couteaux. Oh ! quand je pense à
ça !...
Abdoulaye Sadji, Nini Mulâtresse du Sénégal, Paris :
PA, 1988.
26

Extrait de l’aventure ambigüe


26

Elévation
26

A Villequier
Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire,


S'il ose murmurer;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer!

Hélas! Laissez les pleurs couler de ma paupière,


Puisque vous avez fait les hommes pour cela!
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,


Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait!

Victor Hugo, « Pauca meae », Les contemplations, 1856.


26

TROISIEME PARTIE
Etude des ouvrages au
programme
26

CHAPITRE PREMIER
Introduction à l’étude de L’étranger d’Albert Camus
Texte 1 :
Texte2 :
Présentation de l’auteur
Résumé de l’ouvrage
L’absurde
La révolte
La structure de l’ouvrage
Les personnages.
26

CHAPITRE DEUXIEME
Les soleils des indépendances d’Ahmadou kourouma
Texte 1 :

Texte 2 :
26

Etude intégrale

Introduction

Les Soleil des indépendances est l’illustration parfaite de la crise


sociale qui affecte le groupe Malinké. Les Malinkés détenaient les
pouvoirs politique et économique de tout le Horodougou jusqu’à
l’arrivée des français. L’implantation de la colonisation avec ses
26

corollaires entraînera la ruine des représentants Malinkés. Il s’est posé


dès lors des querelles entre les nouveaux et les anciens dirigeants. Le
roman présente des éléments autobiographiques, Kourouma lui-même
est un prince malinké par ses origines. Aussi a-t-il pu s’inspirer de sa
vie pour composer le personnage de Fama. Ainsi ressemblait-il
beaucoup à Fama et Balla, autres personnages authentiques du roman.
Les éléments de la réalité sont très présents dans le texte, et il s’y
ajoute des éléments historiques.

I- biographie de l’auteur
Ahmadou Kourouma est né en côte d’Ivoire à Boundiali en 1927
dans une famille princière musulmane de l’ethnie malinké. Il a passé
une partie de son enfance en Guinée. A l’âge de 7 ans, il est pris en
charge par son oncle qui le fait entrer à l’école primaire rurale. En
1947, il est reçu au concours d’entrée à l’école technique supérieure
de Bamako. En 1949, il est arrêté comme meneur de grève et envoyé
en Côte d’Ivoire. On lui supprime son sursis et il est enrôlé dans le
corps des tirailleurs pour un service de trois ans.
Il est dégradé quelques mois plus tard, et il se rend en France
pour continuer ses études en 1955. C’est à Lyon que son intérêt pour
la littérature et l’art d’écrire se précise. Dès son retour en Côte
d’Ivoire, il entreprend la rédaction du roman qui deviendra Les Soleils
des indépendances qu’il publié à Montréal au Canada en 1968, et aux
éditions du Seuil à Paris en 1970.Il meurt en décembre 2003.
2- Publications
Après Les Soleils des indépendances, dont la publication fut
refusée d’abord en France, car la langue française y est corrompue par
les tournures, les insuffisances du parler Nègre. On attendra près de
vingt ans pour voir la publication en 1990 de Monné, outrage et défis20
aux éditions du Seuil où il peint la période coloniale. En 1999, va
paraître En attendant le vote des bêtes sauvages21 qui dénonce les

20

21
26

dictateurs africains ; et en 2000 Allah n’est pas obligé22 où il parle des


guerres civiles qui ont donné naissance à des enfants soldats.
Kourouma est aussi l’auteur d’une pièce de théâtre Tougnantigui en
1972.

II. Résume de l’œuvre

Fama, prince malinké, dernier descendant et chef traditionnel des


Doumbouya du Horodougou, n’a pas été épargné par le vent des
indépendances, même du fait de son statut. Habitué à l’opulence, les
indépendances lui ont légué pour seul héritage l’indigence et le
malheur, une carte d’identité nationale et celle du parti unique. Parti
vivre avec sa femme Salimata loin du pays de ses aïeux, Fama en
quête d’aumône, se verra obligé d’arpenter les différentes funérailles
afin d’assurer son quotidien. Bien qu’incapable de lui donner une
progéniture pour perpétuer le règne des Doumbouya, celle-ci
s’adonnera corps et âme au petit commerce afin de faire vivre son
ménage.
Excisée puis violée dans sa jeunesse par le marabout féticheur
Tiécoura, elle gardera à jamais le souvenir atroce de ses moments où
elle a souffert. Quelques temps après, à la mort de son cousin Lacina,
Fama devait lui succéder sur le trône de la capitale de Nikinaï 23,
Togobala24. Son retour lui fait découvrir son histoire, la gloire de sa
lignée et de son insignifiant héritage, pour une dynastie naguère riche,
prospère et respectée. Malheureusement, les indépendances
bouleversèrent tout, au système politique et à la chefferie. Fama
décida toutefois de vivre en République des Ebènes en compagnie de
sa seconde épouse Mariam qui est legs de son cousin Lacina.
Malgré les conseils du féticheur et esclave affranchi Balla, Fama
se mit en route pour la République durant une instabilité politique.
Accusé de complot visant à assassiner le Président et de renverser le
22
23

24
26

régime, il fut arrêté puis enfermé avant d’être jugé. Condamné à vingt
ans puis libéré dans la dignité totale d’un homme libre que s’éteignit
avec Fama toute une dynastie et son histoire.

2. La structure du roman
Le roman s’articule autour de trois parties. La première s’étend
sur deux chapitres, la seconde sur cinq et la troisième. L’articulation
de l’ensemble est assurée par les retours en arrière, les ellipses et les
anticipations, ponctués de vrais âges.

III- Les personnages du roman

Fama : Il est le héros du récit. Il est très grand et très noir. Il a les
dents blanches et les gestes d'un prince. Bien qu'il soit réduit à rien, il
reste toutefois fidèle aux traditions de sa tribu et continue à porter les
costumes d'antan. En malinké, son nom signifie « roi » ou « chef ». Il
est le dernier et légitime descendant du prince de Horodougou. Il est
devenu un mendiant, un « charognard » comme on le dit, lui qui était
élevé dans la richesse. La stérilité de sa femme Salimata met fin à son
espoir d’avoir un héritier. Ce vieil homme solitaire et déchu va
invoquer la mort qui viendra le trouver dans la dignité.

Salimata : Salimata est une femme sans limite dans la bonté du cœur.
Elle a les dents régulières, très blanches et une peau d'ébène. Elle
provoque le désir. Le fait que son mari ait une autre femme sous son
toit la rend hystérique. Les années passées n'ont en rien affaibli son
charme et sa beauté. Elle reste toujours la femme droite, pure
courageuse et belle. Sa vie fut bouleversée par son excision et son
viol. Et même elle failli être violer une deuxième fois par un autre
marabout Abdoulaye. Déçue par la vie elle quittera son mari sachant
qu’elle ne pouvait apporter la paix à celui-ci.

Tiécoura : C’est lui le féticheur dans la case duquel Salimata


26

évanouie suite aux douleurs de l’excision, sera violée. Tiécoura est un


marabout féticheur, à l'air effrayant, répugnant et sauvage. Il restera
dans l’imaginaire de Salimata. Aussi refusera-t-elle son premier mari à
cause de lui : « Bafi puait un Tiécoura séjourné et réchauffé ». Son
regard ressemble à celui du buffle noir de savane et ses cheveux
tressés sont chargés d'amulettes et hantés par une nuée de mouches qui
provoquent la nausée et l'horreur. Il a le nez élargi, avec des narines
séparées par des rigoles profondes. Il porte des boucles d'oreilles de
cuivre et a un cou collé à l'épaule par des carcans de sortilège. Ses
lèvres sont ramassées, boudeuses et sa démarche est peu assurée.

Abdoulaye : C’était un marabout renommé, « Longtemps avant de le


voir, Salimata avait entendu parler du marabout sorcier Hadj
Abdoulaye ». Il essaiera d’abuser de cette dernière, et reçut d’elle un
coup qu’il n’oubliera pas.

Mariam : Elle n’apparaît pas beaucoup dans le texte. Elle est souvent
évoquée par les autres personnages. Inconsciente, irresponsable et
agissant surtout par réflexe au début, elle s’affirme de plus en plus et
provoque même ouvertement Fama oubliant le deuil. Seconde épouse
de Fama, elle est la cause de l'hystérie de Salimata. Elle est belle,
ensorcelante, la femme parfaite pour le reste des jours d'un homme.
Dans ses yeux vifs, on peut lire la tendresse et le tempérament. Elle est
bien plus belle et séduisante que Salimata. Malgré son caractère bien
trempé, elle affiche toujours un petit sourire. Mais avec Fama en ville,
elle sera la première à le délaisser et déserter ainsi le toit conjugal sans
aucun remord. C’est une femme très légère et « elle ment comme une
édentée, elle vole comme une toto… » dit Diamourou.

Balla : le vieil affranchi aveugle, est un homme gros et gras. Il porte


toujours des vêtements de chasseur et son pas est hésitant. Des
essaims de mouches tournent autour de son visage boursouflé, jusque
26

dans le creux des yeux et des oreilles. Ses cheveux tressés et chargés
de gris-gris lui donnent un air grotesque qui n’enlève rien à la crainte
qui émane de lui. Il se compare lui-même à un vieux chien ou à une
hyène solitaire. C’est le personnage le plus attaché aux traditions et à
l’histoire de son peuple. D’ailleurs c’est lui qui interprète les songes,
prédit l’avenir et indique les dispositions à prendre dans certaines
circonstances. Aussi avertit-il Fama de sa mort s’il venait à rentrer à la
République.

Diamourou : le griot est l’un des rares personnages à s’adapter aux


finesses des indépendances. Il partage avec Balla une longue
expérience dans le village.

IV. Les thèmes

1. La ville et le village

La description de la ville laisse transparaître la volonté d’opposer


symboliquement la condition des Noirs et celle des Blancs. D’un côté
nous avons l’opulence des bâtiments en bétons, de l’autre la pauvreté
des cases. Le village de Togobala constitue pour Fama le lieu des
survivances des coutumes et des traditions, le lieu du souvenir et du
retour aux sources. Mais durant cette période des indépendances, le
village n’offre pas d’espoir ni de perspective, aussi Fama préférera
retourner en ville.

2. La stérilité

La stérilité est brossée dans le texte à travers le couple Salimata Fama,


mais cette idée dépasse le couple et s’étend à la tribu, au pays, au
26

monde malinké. Elle symbolise l’improductivité et l’incapacité à


assurer la relève et la conservation d’une certaine espèce.

3. Les traditions et les croyances

La nuit est présentée comme chargée de misère, et les hommes sont


attentifs aux comportements des animaux. La mort est considérée
comme un passage dans l’invisible. Les exigences morales sont aussi
évoquées à l’humanisme, la paternité, la solidarité, l’hospitalité mais
aussi le devoir de procréer qui concerne aussi bien l’homme que la
femme.

4. La religion

La religion musulmane et les pratiques animistes se côtoient, se


chevauchent quand il s’agit de conjurer un mauvais sort ou de
demander une faveur à Dieu ou aux puissances occultes de l’au-delà.
C’est ce qui explique la présence de Balla et de Tiécoura à côté des
pieux Diamourou et Fama. La synthèse est quand bien même réalisée
par Fama.

5. L’excision

L’épreuve délicate et douloureuse est à la base de toutes les


souffrances de Salimata. Dans sa description, le narrateur relate à la
fois les questions, les significations, l’atmosphère et la personnalité de
celle qui opère sans oublier les chants traditionnels et les lamentations
des exciseuses.

6. Les indépendances

Le roman dit la déception des malinkés qui se retrouvent par des


prestiges politiques perdues à cause de la colonisation. C’est ainsi
26

l’apparition d’une nouvelle classe politique qui rejette la classe


politique traditionnelle, c’est le régime des fils esclaves.

7. La bâtardise

L’idée de bâtardise parcourt tout le roman, on la retrouve dans le


délire final de Fama comme dernière insulte. Elle prend cette
signification variée qui se ramène à l’idée d’authenticité et de
légitimité que Fama porte en lui. D’ailleurs, selon son aigri
(mécontent) qui ne comprend pas que les choses soient finies et
qu’elles ne reviendront plus.

V. Le Style

En pliant la langue française aux exigences de la pensée et des


structures linguistiques des Malinkés, Kourouma a donné à son récit
une vigueur et un relief saisissant. Tandis que les uns criaient au
scandale, d’autres étaient séduits par l’originalité de l’auteur. Dès lors,
il devient adéquat de comparer le récit dans l’univers malinké : « Je
n’arrivai pas à exprimer Fama de l’intérieur et c’est alors que j’ai
essayé de le trouver dans le style malinké. Je réfléchissais en Malinké,
je me mettais dans la peau de Fama pour présenter la chose », dit
Ahmadou Kourouma.
En effet, l’auteur a volontairement tordu le cou à la langue française
pour mieux ressortir ses idées. C’est ce qui explique la prédominance
d’expressions typiquement malinké dans l’œuvre. Et le nombre de
métaphore, d’images et formules purement malinkés confèrent au
roman sa couleur locale et son originalité.

VI. Signification de l’œuvre

Les Soleils des indépendances connote la déchéance physique et


morale, la misère, voire les déceptions nées des indépendances. Ce
26

nouveau monde annoncé comme période de libération et de faste


apparaît comme la négation d’un univers authentique, traditionnel.
Cette œuvre symbolise la désillusion découlant de l’autonomie. Plus
encore, le roman devient un violent réquisitoire, un procès contre les
indépendances.

Conclusion

Dans ce roman, aux allures tragiques (s’ouvrant sur une scène de


funérailles et clôt par la disparition du héros), on pourra lire l’image
d’une Afrique meurtris, fantôme marquée par une période de
transition qui fut pour beaucoup une époque de déception. L’Afrique y
est peinte sous les traits d’une résistante aux agressions de la dictature,
avec de graves désordres engendrés par l’époque des indépendances.
Mais le sort est loin d’être jeté. Et comme Salimata qui refuse la
résignation, l’Afrique doit relever le défi d’une réelle indépendance.
26

CHAPITRE TROISIEME
L’exil d’Albouri de Cheik Aliou Ndao
Texte 1 :
Texte 2 :
Présentation de l’auteur
Résumé de l’ouvrage
Les thèmes
Les personnages
La structure du texte
26

CHAPITRE QUATRIEME
Antigone de Jean Anouilh

Texte 1 :
Texte 2 :
Présentation de l’auteur
Origine du personnage
Résumé de l’ouvrage
Les thèmes
Les personnages
La structure du texte
26

QUATRIEME PARTIE
Méthodologies et
applications
26

CHAPITRE PREMIER : Les commentaires


A
Le commentaire suivi
Définition
Le commentaire suivi est un exercice littéraire consistant à
annoncer des remarques claires et des remarques à la fois sur le fond
et la forme qui participent à expliciter un texte donné. Il se compose
de trois étapes : l’introduction, l’étude détaillée et la conclusion.
I- L’introduction : Elle se compose de trois parties
1-La situation du texte : Il est possible de situer un texte de deux
manières. Si le passage est tiré d’un ouvrage au programme, il s’agit
de rappeler les idées ou les événements précédents qui éclairent le
texte. Par contre si l’œuvre n’est pas lu, il s’agit de se limiter à
l’exploitation des éléments du para texte, c’est-à-dire préciser le nom
de l’auteur, et quelques éléments de sa vie en rapport avec le sens du
texte, donner la nature du texte, sa source, la date de sa publication,
etc.

2-L’idée générale : il s’agit de dégager l’idée maitresse de la totalité


du texte.

3-Le plan : Il s’agit de décomposer le texte en 2 ou trois parties selon


le sens en donnant un titre à chacune d’elle. Il s’agit de délimiter
chaque partie ligne par ligne ou vers par vers.
II- L’étude détaillée

Il convient d’examiner le texte L/L ou Vers/ Vers. Les


remarques doivent porter sur les éléments de valeurs du texte. Il est
possible, par exemple d’étudier la grammaire, le style, le vocabulaire,
les champs lexicaux, le système d’énonciation, la construction des
26

phrases, les figures de styles. Il faut aussi les relever et les interpréter
c'est-à-dire en dégageant les effets dans le texte.
III- Conclusion : Elle se compose de trois parties

Il s’agit de faire une récapitulation consistant à rappeler les


remarques essentielles de l’étude détaillée. Ce rappel doit déboucher
sur un jugement personnel (sur les idées ou sur le style, ou encore sur
les deux). Enfin, il faut comparer le texte ou son auteur à d’autres
textes ou à d’autres auteurs.

Application sur un texte


Le commentaire suivi
Texte n° 1

Trois ans après

Vous savez que je désespère,


Que ma force en vain se défend,
Et que je souffre comme père,
Moi qui souffris tant comme enfant!

Mon œuvre n'est pas terminée,


Dites-vous. Comme Adam banni,
Je regarde ma destinée,
Et je vois bien que j'ai fini.

L'humble enfant que Dieu m'a ravie


Rien qu'en m'aimant savait m'aider;
C'était le bonheur de ma vie
De voir ses yeux me regarder.
26

Si ce Dieu n'a pas voulu clore


L'œuvre qui me fit commencer,
S'il veut que je travaille encore,
Il n'avait qu'à me la laisser!

Victor Hugo, « pauca meae », Les contemplations, 1856.

Commentaire suivi sur « trois ans après » des Contemplations de


Victor Hugo

Introduction

Ce poème intitulé «  trois ans après » est tiré du quatrième


livre «  pauca meae » des Contemplations de Victor Hugo, publié en
1856. Son auteur, chef de fil du mouvement romantique du 19 ème
siècle, y confesse son deuil suite à la disparition tragique de sa fille
Léopoldine. C’est pourquoi, en deux séquences, il s’agira d’abord de
montrer, du vers 1 au vers 8, l’expression du désespoir du poète.
Ensuite, nous montrerons, du vers 9 à la fin, par quels procédés
stylistiques, le poète réussit à suggérer sa révolte métaphysique.

Extrait de la première partie

Dès le début, le titre évocateur « trois ans après » renvoie à un


repère chronologique qui suggère un temps, un moment ou un
événement. L’adjectif numéral cardinal « trois » traduit trois années
de souffrance, de deuil et de désespoir pour cette âme meurtrie par la
mort. Cela renvoie aussi à trois années de silence pour ce poète mage
et prophète qui sort de son mutisme.

Le premier vers s’ouvre sur un système d’énonciation qui établit


un dialogue direct entre le « je » du poète et un « vous » au sens
éclaté. Cela renvoie à Dieu, mais aussi à ses lecteurs, pris comme
témoin de son drame personnel. Le style intimiste rend compte d’un
lyrisme qui s’exprime par l’utilisation du « je » expression par
26

excellence de la confession, des larmes. C’est l’image d’un poète


éploré qui s’épanche par un verbe authentique. Un tel drame est mis
en texte par l’utilisation de termes comme «  désespoir », « père »,
« cœur », « souffre », « enfant », qui appartiennent au champ lexical
de la souffrance. Il y a ici l’image d’un verbe qui pleure plus qu’il ne
chante. L’alternance des temps passé « souffris » au temps présent «
souffre » suggère une vie assombrie par la tristesse. Le passé simple
renvoie à un drame précis et situable dans le temps. Tandis que le
présent exprime la tristesse du moment et du présent. Il apparaît deux
images du poète, le poète orphelin et le poète père éploré. Cette
omniprésence de la mort explique la tonalité triste avec laquelle le
poète s’écrit et assimile fatalement son existence à un deuil perpétuel.
Une tristesse perceptible dans la voix du poète, même par l’assonance
en «  an ». La répétition du son nasalisé et sonore suggère un trouble
mais aussi l’image d’un poète qui pleure son enfant. Une fille
présente tout au long du poème, mise en évidence par les rimes
féminines « désespère », « père » qui font face aux rimes masculines
« enfant », « défend » à l’image du père qui se confesse. D’ailleurs,
le poète élabore un aveu de sa tristesse et de sa souffrance aux vers 3
et 4 en disant : «  Et que je souffre comme père / moi qui souffris tant
comme enfant »

Transition : Au-delà de l’évocation de ce triste sort du poète, il


y a l’expression d’une révolte métaphysique perceptible à travers un
style particulier… 

Extrait de la deuxième partie

Dès le début, du vers 9, l’adjectif « humble » qui qualifie le


substantif « enfant », il apparaît la figure de l’innocence et de la
pureté par opposition à l’image de Dieu affublé du masque d’un
bourreau sans pitié et accusé par le poète. Le verbe « ravi », dans
son emploi, manifeste l’usage du temps accompli, le passé composé
qui traduit une sentence antérieure. Le ton accusateur se substitue à
26

la tristesse. L’imparfait, « c’était » nostalgique met en évidence le


bonheur perdu. Le système d’énonciation change le style. Ce n’est
plus le « vous » du style direct de la première strophe, mais une
expression où Dieu est désigné par le démonstratif « ce » ou encore
par le pronom personnel « il ». Une forme de dépréciation du
Seigneur accusé par le poète, au paroxysme du désespoir. La
ponctuation exclamative « ! » suggère à la fois une expression de
l’émotion ; mais aussi une révolte intérieure qui dicte la tonalité.
L’affirmation de la condition affiche l’image d’un prophète qui se
révolte contre son maître. D’ailleurs, il affirmera clairement : «  si ce
Dieu n’avait pas voulu clore l’œuvre qu’il me vit commencer (..), il
n’avait qu’à me la laisser » C’est l’expression d’un poète qui se mure
dans le silence de la révolte dont le verbe est un cri contre la
Divinité….

Conclusion

Somme toute, il faut dire que ce poème traduit tour à tour le


deuil du poète attristé par la mort, mais aussi offre l’image d’un père
qui se révolte contre un destin fatal et tragique et contre Dieu. Il est à
noter qu’au-delà du sens, la forme traduit les relents de ce cœur
meurtri par le chagrin. Cette forme poétique rappelle à bien des
égards la poésie d’Alphonse de Lamartine notamment dans « Le
lac » dans Les méditations poétiques.

B
Le commentaire composé
Définition
26

Le commentaire composé est un développement construit et


entièrement rédigé. Il porte sur un texte littéraire et vise à montrer
comment la combinaison des procédés de stylistiques mis en œuvre
contribue à produire un effet de sens donné sur le lecteur. L’élève est
aidé dans sa recherche par la consigne qui suit le texte à commenter
I- Les étapes du commentaire composé
1-Introduction : Elle se compose de quatre parties :
a)-Amener le sujet : Il est possible, pour l’élève de se servir d’une
phrase d’appel. On peut par exemple, rattacher le texte proposé à un
thème, à un courant littéraire, à un genre littéraire précis. Nous
pouvons aussi dégager un caractère bien connu de l’auteur ou de son
époque que le texte confirme ou contredit.
b)-Présenter le texte : Indiquer le nom de l’auteur, les éléments de sa
vie nécessaires à la compréhension du texte, titre de l’œuvre, la nature
du texte, le situer dans l’œuvre en vous aidant du para texte.
c)- Idée générale : il s’agit de préciser l’idée maîtresse qui traverse
tout le texte.
d)-Le plan : Annoncer les parties du texte en partant de la
recommandation contenue dans la consigne. Il n’est pas nécessaire de
délimiter les parties du texte étudié.
2- L’étude détaillée : Il s’agit de relever chaque élément qui est en
rapport avec le thème étudié, mais chaque élément repéré doit être
commenté et son effet dégagé. On peut s’intéresser à la grammaire,
aux temps verbaux, à l’orthographe, aux pronoms, à la ponctuation,
aux figures de style, etc. Cependant, il ne s’agit pas de relever
seulement les figures de style, mais les analyser et étudier les effets
qu’ils expriment. Il faut aussi justifier leurs emplois, en se posant
constamment les questions pourquoi, et quoi. Après l’étude de chaque
centre d’intérêt, l’élève doit récapituler les remarques essentielles
pour créer un lien entre les parties. Ce type de commentaire ne doit
pas obéir à une démarche progressive. Il faut faire une interprétation
qui met l’accent sur les centres d’intérêt.
3- La conclusion : Elle se compose de trois parties :
26

a)-Le résumé des remarques : Il s’agit de faire le bilan des parties


développées dans le texte.
b)-Le jugement personnel : Il s’agit de produire un jugement
personnel sur le texte. Cela doit porter sur les thèmes abordés (intérêt,
actualité, caractère dépassé), sur le style (émotions, souvenir,
réflexion)
c)-La comparaison : Comparer le texte ou l’auteur à d’autres œuvres
ou à d’autres auteurs.

Texte n°2
Celui qui a tout perdu
Le soleil brillait dans ma case
Et mes femmes étaient belles et souples
Comme les palmiers sous la brise des soirs.
Mes enfants glissaient sur le grand fleuve
Aux profondeurs de mort
Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles
La lune maternelle accompagnait nos danses
Le rythme frénétique et lourd du tam-tam,
Tam-tam de la joie, tam-tam de l’insouciance
Au milieu des feux de liberté.

Puis un jour, le silence…


Les rayons du soleil semblèrent s’éteindre
Dans ma case vide de sens.
Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies
Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d’acier
Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible
Pour l’uniforme de fer et de sang.
Votre voix s’est éteinte aussi
Les fers de l’esclavage ont déchiré mon cœur
Tam-tam de mes nuits, tam-tam de mes pères.
26

David Diop (1927-1960), Coups de pilon, P.A, 1956.


Introduction
Le genre poétique est, par excellence, le lieu d’expression des
cris, des larmes et des joies. Cette caractéristique du vers trouve son
illustration dans la littérature négro africaine. Dans ce poème titré « 
Celui qui a tout perdu » tiré du recueil Coups de pilon, publié en
1956, le poète sénégalais David Diop traduit le désespoir et la
désolation causés par la colonisation dans les foyers vierges
africains. C’est pourquoi, en deux volets, il s’agira d’analyser
l’expression de la nostalgie de la joie perdue avant de voir, ensuite
par quels moyens stylistiques le poète réussit à suggérer le drame que
vit le continent.

Extrait de commentaire de la première partie :


Dès l’amorce, le titre annonce la voix d’une complainte, celle de
couleur de la souffrance, de l’être meurtrie par le destin. La
périphrase du titre « celui qui a tout perdu » est une expression
hyperbolique qui suggère de manière authentique l’image de cette
âme noire inscrit tristement dans l’histoire. Le démonstratif « celui »
traduit une singularité, celle du Noir à l’humanité niée par tant
d’années de souffrance. Le poème est bâtit sur une structure
antithétique qui oppose deux états, deux univers, deux conditions. Le
souvenir laisse place à une triste réalité. Dans toute la première
partie, le souvenir rythme l’expression. La nostalgie du bonheur
perdu justifie le ton pathétique de l’homme noir plongé dans ses
rêveries de l’Afrique précoloniale. L’image du « soleil » associée au
verbe « brillait » conjugué à l’imparfait, temps de la description et du
souvenir, est la traduction d’une joie perdue dans ce présent sombre.
Il ne s’agit pas de ce soleil au sens caniculaire du terme, mais de cette
métaphore du bonheur, de la joie, de l’insouciance, de la liberté et de
la plénitude. Un état d’ailleurs suggéré par le champ lexical du
bonheur antérieur illustré par l’utilisation de termes comme :
26

« case », « femmes », « enfants ». La femme met en évidence les


bonheurs intimes, mais aussi la chaleur de l’amour tandis que
l’enfant renvoie à la fois à la pureté et à la liberté. Au-delà de lui, il
s’agit de cette liberté de toute l’Afrique en symbiose avec les éléments
de la nature. « Mes enfant glissaient sur le grand fleuve /aux
profondeurs de mort/ et mes pirogues luttaient avec les crocodiles. »
dira t-il. Cette osmose est un vague souvenir dans l’esprit du poète
d’où la tristesse perceptible dans la tonalité exprimée. A cela s’ajoute
la personnification de la lune «  lune maternelle » qui traduit l’image
de l’africain en parfaite harmonie avec les éléments de la nature qui
le définissaient. Il est aussi à noter la référence au « tam-tam » qui
désigne à la fois un élément culturel, une expression du bonheur, mais
aussi assure la cohésion au sein de la société. L’Afrique dans ses
structures sociale, identitaires et culturelles est ainsi évoquée.
Transition : Au-delà de cette évocation tragique de l’ère des
libertés précoloniale, il y a une certaine volonté de caricaturer
d’exagérer le drame du présent de ce monde noir dévasté par le
colonialisme.
Extrait de commentaire de la deuxième partie :
Dès l’amorce de la seconde partie, est perceptible, la rupture
dans la tonalité. La joie, la lumière laissent place aux larmes, à la
tristesse des ces tempes sombres. Le style narratif employé « puis »
annonce un vent nouveau qui souffle sur tout le continent. L’emploi de
l’article indéfini « un » qui détermine « jour » traduit à la fois
l’incertitude, le doute dans ce nouveau monde où la symbiose, la joie,
le bonheur sont des souvenirs. Les termes comme «  s’éteindre »,
« vide », « rougies », « fer », « sang » suggèrent un temps des
malheurs, les temps de l’esclavage. L’allégorie du « soleil » qui
s’éteint est comme une prémonition lugubre qui annonce la
dissipation du bonheur antique. L‘image de la case  «  vide » traduit
la dislocation de la famille. Le royaume d’enfance apparaît désormais
comme un univers où git la femme violée, mais aussi l’enfant, à
l’innocence volée. «  Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies
26

(…) Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible »dira t-il.


L’adjectif « paisible » rend compte de la quiétude qui aujourd’hui est
une chimère. Les rires, les tam-tams laissent place au silence du
deuil. L’Afrique offre une image funèbre d’un univers dévasté par
l’esclavage et le colonialisme. Ainsi ce poème est comme un cri de
cœur, qui au-delà du simple vers cherche à fustiger le mépris de
l’homme noir, mais aussi rehausse l’image du Blanc affublé du
masque d’un bourreau à la cruauté sans limites….
Conclusion/ En somme, à travers ce poème, il apparaît une
image antithétique de deux univers que le poète évoque avec un brin
de regret. Il s’agit de la nostalgie des libertés perdues, mais aussi du
drame que vit le continent noir. Le style d’écriture, par l’alternance
des images offre, le contraste frappant que vit le Noir au sein d’un
même espace. Cette forme de l’écriture renouvelle cette nostalgie de
l’Eden précolonial qui apparaît tout au long de Cahier d’un retour
au pays natal de Césaire, mais aussi dans la plupart des écrits de
poètes de la négritude.

CHAPITRE DEUXIEME
Les dissertations

La dissertation littéraire est un exercice qui en appelle à la capacité


d’analyse de l’élève dans le cadre d’une production individuelle organisée,
méthodique et organisée25. Elle est différente du compte rendu ou du
commentaire de texte. Elle demande de la part de l’élève une réflexion
personnelle construite autour d’une argumentation cohérente. Il faut donc
en plus de la pertinence de l’analyse, une langue correcte, le respect des
règles de la grammaire, l’orthographe, la conjugaison…Au-delà de ces
considérations formelles, il faut élaborer une démarche cohérente constituée
25
- J. Pappe et D. Roche. La dissertation littéraire. Paris : Armand Colin.2003.
26

d’étapes et de sous étapes. Son élaboration implique un travail préparatoire


minutieux qui permet d’identifier le sujet, son domaine et son sens, avant de
rechercher les exemples et les citations qui vont dans le sens de la réflexion
proposée. La dernière séquence est la rédaction, elle vient achever toute
réflexion nécessaire à la compréhension et à l’analyse adéquate d’un sujet.
I- Le travail préparatoire.
C’est la partie la plus essentielle dans le traitement du sujet de dissertation.
Elle est obligatoire pour la compréhension. Elle évite de sortie du domaine
de la réflexion. Nous pouvons le scinder en deux grandes étapes.
1- l’analyse du sujet
Généralement, un sujet de dissertation est une réflexion qui sous entend
un point de vue et qui interpelle l’élève. Les éléments de sens du sujet et de
la réflexion sont glissés dans la formulation. L’élève devra à ce niveau lire,
relire relever puis chercher le sens des mots clés du sujet afin de le délimiter.
Cela lui évitera de sortir du cadre du sujet, car un sujet est affirmation dont le
sens suggéré par les mots employés doit être l’objet de la réflexion de
l’élève. A ce niveau il faut soigneusement éviter la précipitation par des
lectures hâtives. Cela permettra de ne pas avoir une compréhension
parcellaire ou restrictive du sujet
Au delà de la lecture d’imprégnation, l’élève doit chercher à identifier le
sens ou l’opinion qui se cache dans la pensée proposée. En effet un sujet est
toujours composé du domaine et de la thèse de l’auteur ou ce qu’il convient
d’appeler l’opinion de l’auteur. Par exemple dans le sujet  « Le roman est un
beau mensonge  » définir l’opinion du sujet consiste à souligner qu’Aragon
met l’accent sur la dimension fictive du récit romanesque. Cette étape est
importante car elle permet la compréhension du sujet
Aussi faut-il souligner qu’un sujet de réflexion porte toujours sur un
domaine précis. L’identification du domaine évite à l’élève de sortir du sujet
ou de faire ce qu’il convient d’appeler communément hors sujet. Le domaine
concerné permet de délimiter le sujet ainsi que son champ afin de pouvoir
l’analyser dans un devoir pertinent et cohérent. Par exemple lorsque le sujet
parle du genre romanesque, automatiquement, l’élève doit savoir que la
réflexion doit porter essentiellement sur le roman. Il est de même pour un
sujet qui parle de poésie ou encore d’un sujet qui parle de théâtre ou des
autres genres littéraires. Cependant lorsque le sujet parle généralement de la
26

littérature ou de l’écriture, il faut parler de tous les genres littéraires en


rapport avec l’idée soulevée par le sujet.
Un des éléments les plus importants dans la formulation d’un sujet de
dissertation, c’est la consigne. En effet, l’élève doit attentivement lire la
consigne, et suivre scrupuleusement l’orientation qui en découle. La consigne
permet de saisir exactement la portée du sujet ainsi que les objectifs de
l’évaluation car tout sujet proposé se fonde sur des objectifs d’évaluation
précis.
Dans une suite logique, de la compréhension, une fois l’idée saisie, l’élève
peut élaborer le plan en conformité avec la consigne tout en évitant de
restreindre le domaine ou d’en sortir. Le plan est dicté par la consigne mais
aussi par le type de sujet qu’on traite. Il peut comporter deux ou trois
parties au besoin
2-La recherche des idées
La dissertation est avant tout une argumentation, donc elle doit se
construire sur des idées justifiées par des illustrations. Si la compréhension
du sujet est la première condition, dans l’évaluation d’une copie, les idées
sont capitales. En effet, elles permettent de construire l’argumentation, de
raisonner d’une manière illustrée en faisant appel à des exemples en étroite
relation avec le sujet. Leur fonction première est de justifier une opinion ou
un point de vue en faisant appel à des exemples pour les illustrer.
Une fois le sujet compris, notez vos réflexions en vrac sur une grande
feuille, regroupez-les et classez-les. A ce moment-là vous verrez se dessiner
un plan. N'oubliez pas que l'ensemble des connaissances acquises non
seulement sur l'œuvre au programme, mais aussi sur l'auteur, le mouvement
littéraire et l'époque. Toutes les lectures complémentaires que vous aurez
faites éclaireront le sujet et enrichiront votre devoir en ouvrant des
perspectives et en suggérant des prolongements.

L’idée, en soi, est un argument ou un exemple abstrait tandis que les


illustrations comme les exemples littéraires faisant référence à des ouvrages
ou les citations sont concrètes car situables dans un corpus ou un domaine
bien précis. Dans ce registre, les exemples peuvent être tirés de la littérature,
des genres littéraires, de l’actualité, d’une expérience personnelle, mais en
tenant toujours compte du domaine concerné.
26

L’élève, au brouillon, doit répertorier toutes les idées qui vont dans le
sens du sujet, les exemples et les citations pour se donner une matière à son
argumentation. Ensuite, il devra créer ce lien qui lui permettra d’élaborer
une argumentation cohérente et bien ordonnée. L’élève doit éviter de
vouloir tout mettre dans son devoir, le travail doit être sélectif, car toutes les
idées ne vont pas dans le sens du sujet et le travail est délimité dans le
temps, alors il faut choisir les idées qui expriment mieux les arguments de sa
réflexion pour éviter de sombrer dans la verbosité ou des spéculations
futiles.
II- La rédaction proprement dite
La dissertation littéraire est un travail de rédaction. A partir de rien,
l’élève doit construire un ensemble fruit de son analyse et sous tendu par
une certaine logique dans l’argumentation et l’agencement des idées. Elle
est structurée en des parties spécifiques et chaque partie obéit à des règles
internes qui permettent son élaboration. Il y a dans une dissertation,
l’introduction, le développement, la conclusion. Des parties que l’on va
analyser progressivement.
1-L’introduction de la dissertation littéraire
C’est la porte d’entrée du devoir. Elle donne la première impression
sur l’élève. Elle doit donc être soignée et bien élaborée. Dans sa structure
elle se compose de trois parties obéissant chacune à des règles spécifiques.
A] Partir d’une phrase d’appel
L’élève peut, pour cette séquence, partir de l’histoire ou d’un contexte
littéraire, d’un constat. Il peut aussi formuler l’entrée en partant d’une
citation. Dans ce cas la citation doit entretenir avec le sujet un rapport de
sens. La citation doit être expliquée et mise en rapport avec le sujet. Il est
possible de formuler une entrée en partant de définitions des mots clés du
sujet ou de l’actualité si le sujet est d’ordre général. De cette partie à la
problématique, il faut créer un lien pour ne pas donner dans le devoir
l’impression d’une rupture.

B] La problématique.
Elle est l’étape centrale de l’introduction. Elle pose le sujet de réflexion
et permet ensuite d’élaborer l’analyse. Elle doit être claire et précise dans
son élaboration et dans sa formulation. Il faut reprendre tel quel le sens du
26

sujet avant de l’analyser dans le développement. Si le sujet a une certaine


longueur, il faut le reformuler en gardant le sens, cependant, si le sujet n’est
pas assez long il est possible de le reprendre textuellement mais en
conservant les guillemets. De cette étape, à l’annonce du plan il faut dans
une sorte de glissement lier les parties.
C] Le plan
Il indique les grands axes du raisonnement, il doit être donc précis et
détaillé. L’élève doit éviter les plans évasifs et vagues. Les parties doivent
être annoncées avec précision soit dans une formule interrogative soit dans
une forme affirmative. Il faut aussi éviter les plans trop morcelés. L’élève
aussi doit éviter dans le plan d’employer la première personne du singulier.
Le « je » est prohibé.
Dans l’ensemble la présentation de l’introduction obéit à la même
règle que le paragraphe argumentatif. Elle doit être un bloc ou un tout lié.
L’élève ne doit aller à la ligne, qu’une fois son élaboration terminée. Il faut
éviter les retours abusifs à la ligne. Il faut savoir que selon les types de sujet,
il existe plusieurs types de plan.
C] 1- Les types de plans
Il existe trois types de plan en dissertation littéraire
a). Le plan descriptif
Ce plan est recommandé pour traiter les sujets reposant sur une
citation longue. Il suffit d'organiser le devoir en fonction des idées principales
de la citation en suivant le même ordre que l'auteur.
b). Le plan « dialectique
Le plan dialectique en tant que tel comporte trois parties : thèse,
antithèse et synthèse (facultatif). Mais il est ambitieux et difficile. Deux
parties suffiront dans la plupart des cas soit pour confronter la thèse
soutenue avec la thèse opposée soit pour examiner le bien-fondé de
l'opinion de l'auteur, puis émettre des réserves, plus ou moins importantes
et pour esquisser une synthèse dans la conclusion
c). Le plan analytique
Il permet d'aller du complexe au simple et répond à deux types de
questions : la définition d'une notion (exemple: Qu'est-ce que le roman ?) ou
une demande d'explication (exemple: Pourquoi les contes de le genre
romanesque n’est t-il pas fiable ?). Dans le premier cas les idées seront
26

présentées selon un ordre progressif ; dans le second cas, c’est une


démarche logique qui s'impose : on partira d'un constat pour remonter aux
causes et, éventuellement, examiner les conséquences
2- Le développement
C’est le corps du devoir, il doit correspondre au plan annoncé dans
l’introduction. Il se compose généralement de deux ou trois parties. Il est
structuré en des axes majeurs obéissant à une idée générale ou à un thème
spécifique à la partie. Chaque partie doit être introduite par un chapeau qui
est la synthèse de l’idée directrice de la partie. Une idée développée par des
paragraphes liés par des connecteurs logiques qui permettent de donner à la
partie une certaine cohérence. Chaque paragraphe est une unité autonome
perceptible dans la présentation de la copie. Les paragraphes doivent être
séparés par des alinéas. Dans l’organisation des idées, il faut choisir les
bonnes idées et les ordonner par ordre de pertinence. C'est-à-dire il faut
dans l’agencement des idées partir de l’idée la moins importante à l’idée la
plus importante. Il faut aussi à ce niveau éviter les répétitions et les
argumentations arrêtées ou figées. Le développement doit être progressif. A
la fin de chaque partie, il faut élaborer une conclusion partielle. Elle permet
de résumer l’idée essentielle de la partie. Après cette partie, il faut élaborer
une transition qui rappelle ce qu’on a déjà fait avant d’annoncer ce qui nous
reste à faire. Cette transition doit être synthétique et concise. Tout comme la
première partie, les autres parties doivent obéir aux mêmes règles de
fonctionnement interne. Elles doivent être agencées selon le même ordre. Et
à la fin de chaque partie il faut une liaison pour aller à un autre paragraphe et
à la fin de la partie, il faut faire une conclusion partielle.
3- La conclusion
La conclusion apporte au devoir la dernière touche personnelle. Elle permet
aussi de prendre Congé du lecteur : de ce fait elle demande évidemment à
être soignée pour lui laisser une Impression favorable. C’est la dernière étape
du devoir elle se compose de trois parties. Chaque étape obéit à des règles
d’élaboration. Elle constitue un paragraphe donc doit être un seul bloc il ne
faut pas aller à la ligne au terme des étapes qui la constitue. Nous avons le
bilan, l’opinion personnelle et l’ouverture à d’autres perspectives.
A] Le bilan : On dresse à ce niveau le bilan de notre argumentation en
rappelant les idées développées dans chaque partie. C’est donc la synthèse
26

du développement ou la somme des conclusions partielles. Elle doit être


fidèle aux parties du développement
B] L’opinion personnelle : A ce niveau l’élève doit exprimer son opinion
personnelle, sa position ou son jugement sur le sujet en évitant de parler à la
première personne du singulier « je ». C’est la réponse personnelle à la
problématique énoncée par le sujet et posée dès l’introduction.
C] L’ouverture : C’est l’ouverture à d’autres perspectives. A ce niveau
l’élève doit soulever un aspect non qui n’est pris en compte par le sujet. Si
elle est bien élaborée, elle doit aboutir à une nouvelle réflexion
4.2- Le paragraphe argumentatif
Le paragraphe est la plus petite unité de la dissertation française. Il est
l’élément de base de toute réflexion sur un sujet donné. Il doit donc être bien
structuré. Remarquable par l’alinéa qui en marque le début, il est
essentiellement composé de trois parties. Dans le paragraphe il y a une idée,
un argument et une illustration26. Le début du paragraphe est marqué par
une idée énoncée. Cette idée doit être expliquée. Il faut noter qu’il ne doit y
avoir qu’une seule idée, car un paragraphe égale une idée et une idée égale
un seul paragraphe. Cette idée constitue l’élément essentiel du paragraphe
qu’il faut illustrer par les autres éléments composants du paragraphe. En
clair, l’idée est le noyau du paragraphe, alors elle doit être clairement
énoncée.
L’idée est argumentée par des idées qui viennent se rapporter à l’idée
directrice du paragraphe qu’il doit justifier. Il est possible pour illustrer une
idée d’invoquer plusieurs arguments qui viennent se rapporter à l’idée du
paragraphe. A cela s’ajoute les illustrations qui constituent des arguments
concrets. Il est possible d’illustrer par des citations. Dans ce cas, la citation
évoquée doit être expliquée et mise en rapport avec l’idée générale de la
partie. A ce niveau l’élève ne doit pas aussi abuser des citations et mettre
l’accent sur les arguments. L’élève peut aussi illustrer par des exemples
littéraires tirés d’ouvrages ou par des exemples tirés de la vie ou de
l’actualité. Cependant, les exemples invoqués doivent être expliqués et liés à
l’idée directrice du paragraphe. Toutes ces composantes du paragraphe
doivent être liées. On ne doit pas sentir une rupture entre les séquences car
26
- Blackburn, P. Logique de l’argumentation. Ottawa : renouveau pédagogique. 1989.
26

le paragraphe doit être un tout lié. Les liens permettent de créer une certaine
cohérence et une certaine logique dans l’agencement des idées. Chaque
paragraphe doit aussi être rattaché aux autres paragraphes par des
connecteurs logiques pour éviter au devoir l’impression d’une rupture.
26

Quelques dissertations dirigées


Sujet n° 1  :
Selon un critique littéraire : « Le vers n’est ni une larme, ni un
chant, mais un cri de guerre » Expliquez et discutez cette définition
de la nature et de la vocation de la poésie.
Compréhension du sujet :
Domaine : Le sujet porte sur la poésie. Le mot « vers » renvoie au
genre. Alors l’élève n’a pas le droit de parler, dans son traitement, des
autres genres littéraires.
L’idée ou la thèse du sujet : Le sens du sujet est contenu dans les
termes comme :
-Larmes, suggère la tristesse, le deuil, la souffrance, le malheur, la
tragédie, en somme le sentiment.
-Chant renvoie au rythme, au son, à l’exaltation, à l’apologie, aux
louanges, à la musicalité
-Cri : complainte, révolte, contestation…
-Guerre : combat, lutte, révolution…..
Reformulation : l’élève peut reprendre tel quel le sujet en conservant
les guillemets ; ou bien, il peut reformuler en conservant le sens :
-La poésie au lieu d’être un lyrisme débordant est une arme.
-Le vers est un outil de liberté.
Orientation : dans le traitement, l’élève peut, par exemple, montrer en
deux parties :
- En quoi la poésie est un moyen de lutte.
- Le vers permet l’exaltation des sentiments et de la force
expressive du verbe.
Introduction
Les vocations de la poésie alimentent les débats les plus
contradictoires. D’un penseur à un autre, les postures s’opposent.
Ainsi, si la poésie s’identifie au sentiment, elle est aussi conçue par la
26

plupart des théoriciens du genre comme un verbe contestataire. Sans


doute, dans cette dernière analyse s’inscrit ce critique littéraire qui
affirme : « Le vers n’est ni une larme, ni un chant, mais un cri de
guerre.» Ainsi, il s’agira de montrer d’abord, avec l’auteur en quoi
l’art poétique est avant tout un moyen au service des causes sociales
et politiques. Ensuite, nous verrons, au contraire que la poésie est la
traduction d’une vie intérieure ou l’expression d’une esthétique.
Thèse : La poésie au service des causes sociales
Chapeau : Dans la création, le poète imprime à son œuvre une
tonalité contestataire qui fait de son verbe un cri de guerre. Chanter
c’est donc se trahir en tant que poète car le dessein de toute poésie est
de servir…
1 Paragraphe de la première partie :
Le poète, par sa plume, est un penseur qui met son génie au
service des causes nobles. L’inspiration est à la fois l’expression d’un
génie, mais aussi d’un altruisme débordant car le poète est porteur
des luttes et des défis de son temps. Avec le mouvement de la
Négritude, il s’affirme l’image d’une poésie qui, plus qu’un genre
littéraire se mue en outil de combat. Dans Coups de pilon, David
Diop, dénonce les malheurs du colonialisme. Cette écriture de la
révolte se traduit par l’expression des malheurs de l’homme noir,
mais aussi fustige le système organisé et déshumanisant du Blanc.
Cette démarche de création renouvelle la vision sartrienne de la
poésie lorsqu’il dit : « La maitrise du langage implique
l’engagement » En d’autres termes, l’engagement est une obligation
littéraire et un impératif souvent lorsque, pour le poète, ses pairs sont
dominés.
Transition : S’il est vrai que la poésie se révèle un art de la
révolte et de la contestation, il faut voir en l’art poétique une
expression individuelle et un art esthétique.
Antithèse : La poésie, un art lyrique et esthétique
26

Chapeau : La poésie est d’abord une expression artistique. Le


génie puise dans les abimes de son moi ses relents internes pour
élaborer une œuvre artistique.
1 Paragraphe de la deuxième partie :
Le poète, dans ses vers, est incapable d’échapper au
déterminisme de son moi personnel. C’est précisément, l’auteur qui
transparaît dans ses recueils. L’expression neutre est une vaine
abstraction car le vers est toujours l’expression d’une tonalité, d’un
lyrisme et d’une vie intérieure. Cela tient au fait que l’espace de la
poésie est le lieu de traduction des troubles, des doutes ou des drames
personnels. Ovide, poète romain, sous le règne de César Auguste,
illustre parfaitement cette réalité de la poésie. En effet, exilé de Tomes
à Rome, terre barbare, le poète nostalgique, pleur son drame
personnel dans son recueil Les tristes. Il affirme même comme dans
une confession ce lien étroit entre l’œuvre et son auteur : « Va mon
livre ! Va voir dans la foule s’ils ne m’ont pas oublié, dis leur que je
vis ! » En clair, même le poète ne peut échapper à son lyrisme dans
l’entreprise de la création.
Conclusion
En somme, s’il faut dire que la poésie est un verbe
révolutionnaire, il faut aussi admettre que le poète est à la fois un
esthète et un être au lyrisme expressif. Disons seulement que le mérité
de toute poésie est de servir aux autres. Cependant, dans ce monde où
l’homme ne lit plus à quoi sert le vers ?

Sujet N° 2
Jean Paul Sartre déclare dans Qu’est ce que la littérature ? « 
J’écris par et pour autrui… » Commentez et discutez cette
appréciation du rôle de la littérature.
26

Compréhension
Domaine du sujet : « j’écris », le verbe d’action identifie l’écriture, le
livre, etc. l’élève à la possibilité de parler de tous les genres littéraires.
Idée du sujet : « j’écris » renvoie à la vocation de l’écriture, au rôle,
aux motivations de l’écrivain, etc. il y a aussi les mots comme :
-« Par » : source d’inspiration, origines, genèse, la matière à création,
etc.
-« pour » : but, objet, dessein, rôles,
-« autrui » : société, autres, pairs, prochain, …
Problématique ou reformulation : il est possible de comprendre le
sujet en disant :
-L’œuvre littéraire vient de la société pour lui servir.
-L’écrivain prend en charge les problèmes de son prochain
-La société inspire l’écrivain par ses problèmes.
Orientations ou plan du sujet : Il est possible de traiter le sujet en
montrant, par exemple :
- L’écriture est une entreprise altruiste.
- La plume est par excellence égoïste.
Introduction
Si l’on s’en tient à Aimé Césaire qui proclame, «  Si je ne sais
que parler c’est pour vous que je parlerai… », L’écriture est une
démarche envers son prochain. Un tel aspect de la littérature
explique, sans doute l’idée de Sartre qui déclare : «  J’écris par et
pour autrui… ». Ainsi, il s’agira de voir, en deux volets, en quoi
l’écriture est-elle un lien entre l’homme et sa société. Ensuite, nous
montrerons, ensuite, que le penseur, dans ses textes ne fait que se
raconter…
Thèse : L’écriture altruiste et engagée.
Chapeau : L’œuvre littéraire est un moyen par lequel, l’homme
reprend et traduit les peines et les luttes de ses pairs. Créer c’est ainsi
servir aux autres.
1 paragraphe de la première partie :
26

La société, est pour l’écrivain une matière inépuisable pour son


inspiration. Il écoute les larmes, les cris, les joies de sa société pour
les retraduire grâce à la magie de la création. Ainsi, le génie est un
être omniprésent qui viole l’intimité des foyers pour tout dévoiler.
Victor Hugo, dans Les contemplations élabore une véritable œuvre
altruiste dans laquelle la plume se met au service de ceux qui
souffrent dans la société.les larmes, les malheurs, les cris du poète
traduisent les soupirs du lecteur emmuré dans le silence de
l’impuissance. C’est pourquoi, il invite ses lecteurs à se retrouver
dans ses écrits. «  Prenez donc ce miroir, et regardez vous y ! » dira
t-il. Ainsi, le poète quand il écrit invite son lecteur à se lire.

Transition :
Si parfois, par principe, l’écrivain est motivé par son prochain,
il n’est pas moins vrai que la création c’est d’abord une expression
personnelle.
1 paragraphe de la deuxième partie :
L’ouvrage de l’auteur est souvent l’expression d’une vision
personnelle du monde ou une représentation de sa vie à travers le
livre. Une telle démarche de création fait du roman, par exemple, ou
l’écrivain en général, un être solitaire, égoïste, qui par son œuvre,
réalise un dialogue avec soi. Jean Jacques Rousseau, dans Les
confessions réalise un véritable traité de l’écriture individualiste à
travers un texte où l’auteur est à la fois narrateur et sujet : « Je
forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution
n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un
homme dans toute la vérité de la nature et cet homme ce sera moi. »
Il faut dire donc que le génie est toujours un être solitaire qui n’écrit
que pour lui. La plume est avant tout un moyen d’expression propre
établissant comme une barrière entre l’homme et son monde.

Conclusion
26

Somme toute, il faut dire que l’écriture est, à la fois, un dialogue


avec les autres et une marche intimiste vers soi. Seulement, il est aussi
à noter que si l’écrivain doit servir, son œuvre doit refléter les
problèmes de leurs semblables. Toutefois, face aux médias et moyens
de communications modernes, les genres littéraires ne paraissent-ils
pas obsolètes ?

Sujet n°3
26

Dans Le discours de Suède Albert Camus déclare : «  L’art vit


de contraintes et meurt de liberté. » Expliquez et discutez cette
affirmation.
Compréhension :
Domaine : L’art a un sens large. Donc le sujet porte sur toutes les
formes d’expression artistique. (Cinéma, peinture, danse, sculpture,
musique, etc.)
Idée du sujet ou thèse de l’auteur : Les sens du sujet est contenu
dans les termes suivants :
-« L’art »: création, génie, inspiration, l’œuvre d’art
- « Vit » : nait de, être issu de, est entretenu par, etc.
- « Contraintes » : difficultés, conjoncture, privations, oppressions,
peines, injustices, etc.
-« meurt » : disparait, s’estomper, perd de sens, etc.
-« liberté » : absence de contrainte, être affranchi, libération, etc.
Reformulation ou problématique : il est possible de voir à traves
cette affirmation :
- Le génie se justifie par la conjoncture.
- L’art nait de l’oppression.
- La liberté tue l’art.
- C’est la difficulté qui inspire.
- Créer c’est lutter contre l’injustice.
Orientation ou plan possible du développement : Il est possible de
traiter le sujet en montrant par exemple :
- L’art un moyen de lutte
- L’art, un art.
Introduction
Au sujet de l’art, il y a une multitude d’approches et d’analyses.
Si certains, mettent l’accent sur l’aspect esthétique, d’autres voient,
en la création un outil contre l’injustice. C’est sans doute dans cette
dernière analyse qu’il faudrait inscrire la posture de Camus qui
déclare : « L’art vit de contraintes et meurt de liberté. » Pour
aborder une telle affirmation, nous allons montrer comment l’art
26

permet ‘il la libération. Ensuite, dans une dernière analyse, il sera


question de voir si l’art n’est pas avant tout de l’art.
Thèse : L’art un moyen de l’libération.
Chapeau : L’inspiration, pour l’artiste, est un acte réactionnaire face
à la conjoncture et aux défis de son temps.
1 paragraphe de la première partie :
Entre l’ouvrage et les réalités de son temps, il y a comme un lien
inaliénable. La société fournit la matière à la création tandis que
l’auteur insuffle le ton. Ainsi, il imprime son œuvre des lutes, des
combats et des défis d’une époque et d’un temps. La conjoncture, le
contexte donnent naissances, dès lors à la production. C’est le cas,
par exemple de la musique reggae que l’on désigne comme un art
révolutionnaire et politique. Face aux grands problèmes du siècle,
l’artiste, par sa voix, revendique et lutte pour la liberté de ses pairs.
Avec le musicien ivoirien Alpha Blondy, on assiste à un art engagé.
En effet, dans son titre intitulé SOS, il appelle ses frères artiste à se
battre et à dénoncer lorsque les enjeux de leur époque les interpellent.
Il dira : « Le complot du silence persévère, la langue de bois
exaspère, ce triste constat me désespère… » En d’autres termes, dans
l’oppression, le silence est une trahison vis-à-vis de son époque.
Transition :
Même s’il faut voir en tout art une lutte contre une situation injuste, il
ne faut pas nier cependant que l’art doit avant tout être de l’art.
Antithèse : Art comme art.
Chapeau : L’art n’est ni politique, ni morale, il doit avant tout rester
un œuvre artistique.
1 paragraphe pour la deuxième partie :
Créer est un acte gratuit. C’est une activité qui demeure
artistique tant qu’il garde son caractère désintéressé. C’est donc
trahir sa nature première lorsque l’œuvre cherche à jouer un rôle
dans la société par rapport aux grandes questions de son temps.
Cette perception artistique est défendue par les auteurs parnasses du
19ème siècle. Les thèmes, les questions politiques sont du ressort des
26

autres formes d’approches du réel, selon ces auteurs. Le devoir du


créateur c’est de rester un esthète et un puriste. Il doit privilégier le
beau au détriment du contenu intelligible. Ainsi, il se dénature dès
l’instant qu’il réalise un œuvre utile. D’ailleurs, leur crédo « l’art
pour l’art », est une invitation à un culte de la forme et de
l’esthétique.
Conclusion
Somme toute, si l’art est par principe un outil de liberté, il faut
aussi reconnaitre que l’art doit avant tout demeurer une production
de l’esthétique. L’on peut, cependant, affirmer que la valeur d’une
œuvre réside dans sa capacité à susciter un plaisir visuel. Toutefois,
la question que l’on doit se poser à son sujet, c’est dans un monde qui
souffre à quoi sert de créer ?

Sujet n°4
Un auteur contemporain disait : «  Le théâtre ne sert à rien car
à la fin, le lecteur ne retient que le rire. » Expliquez et discutez ce
jugement.
Compréhension du sujet  :
26

Domaine du sujet : Le sujet porte sur le théâtre. L’élève peut parler


de comédie, de tragédie, de drame, etc. il n’ pas cependant le droit
d’évoquer les autres genres littéraires.
Idée du sujet : les termes comme « théâtre », « rire » portent le sens
du sujet :
-« Théâtre » : imitation, représentation,
- « Rire » : Le terme renvoie à l’expression de la joie, du plaisir.
Cela renvoie au ludique, au loisir, etc.
Reformulation ou problématique : L’élève peut reformuler le sujet
en disant :
-Le théâtre ne sert qu’à faire rire.
-Le rire c’est la seule chose qui reste à la fin de la pièce.
-Le théâtre ne sert qu’à distraire.
Plan ou Orientation du sujet : Il est possible d’aborder l’idée selon
deux axes :
-Le théâtre comme genre de la distraction
-Le dramaturge a plusieurs vocations dans la société.
Introduction
Le théâtre est un art de la représentation. Sa particularité est sa
capacité à captiver en alliant le rire et l’engagement. Souvent, c’est la
distraction qui motive le créateur notamment dans la comédie. Un tel
état de fait explique sans doute l’affirmation qui suppose que le
théâtre ne sert qu’à distraire. Réfléchir sur un tel regard suppose
d’abord montrer en quoi la dramaturgie est un culte du rire. Il s’agit
ensuite de voir si le théâtre n’est pas avant tout un genre utile aux
hommes
Thèse : Le théâtre comme culte du rire.
Chapeau : Si la dramaturgie a plusieurs vocations, les analyses les
plus partagées semblent assimiler d’abord le théâtre à la distraction.
1 paragraphe de la première partie :
Le théâtre est un genre dont le principal rôle est de susciter le
rire. Le sens, les thèmes, sont moins importants que sa capacité à
distraire. La création est donc motivée par un souci de réconforter le
26

lecteur, de l’inviter à s’évader l’instant de la représentation ou de la


lecture. Cet aspect de la dramaturgie est le propre de la comédie.
Molière, dans sa pièce intitulée Les fourberies du Scapin traduit le
ridicule de la gérontocratie en raillant les propensions au pédantisme
pour exalter la ruse de Scapin. Cette façon d’écrire est une rupture
d’avec le sérieux de la tragédie comme le défend bien Molière
lorsqu’il déclare : «  Je me demande bien si la première des règles
n’est telle pas de plaire ? » En clair, le théâtre est considéré comme
abouti si à la fin le lecteur y trouve un espace d’évasion.
Transition : En dépit de son caractère distractif, il faut aussi
reconnaitre que le genre théâtral à des vocations plurielles dans la
société.
Antithèse : Les différents rôles du théâtre dans la société.
1 paragraphe de la deuxième partie  :
Le regard du dramaturge est souvent une vision inquisitrice qui
investit l’espace social pour recenser les maladies qui le gangrène
pour les dénoncer et pousser les hommes vers le progrès. Au 20 ème
siècle la dramaturgie apparait comme un genre qui met en texte les
alaises de la civilisation des années folles. L’art théâtral est à la fois
un art du ludique ; mais aussi un diagnostique constructif de la
société et des mœurs. Dans Les mains sales, Jean Paul Sartre élabore
un plaidoyer magistral en faveur de la révolte contre toute forme
d’injustice. Cette pièce met en évidence le drame de la condition
humaine à travers une tonalité révoltée. D’ailleurs, le penseur
existentialiste affirme : «  Il faut plonger ses mains jusqu’aux coudes
dans la merde et dans le sang. » Cette invitation traduit une vocation
du théâtre qui va au-delà de la distraction.
Conclusion
Au total, il faut remarquer que le théâtre est un genre à la fois
utile et distractif. Toutefois, il faut dire que le but du dramaturge est
d’enseigner, même s’il comporte une certaine part de distraction. La
vraie question qu’il faut se poser c’est peut-être dans un univers qui
a faim et qui a soif, à quoi peut bien servir une pièce de théâtre ?
26

CHAPITRE TROISIEME
Le résumé suivi de discussion
Définition : Résumer un texte c’est le condenser en employant un
vocabulaire plus ou moins personnel. Cette contraction doit retraduire
l’essentiel du texte proposé. Pour cela, l’élève doit chercher à
comprendre le texte ensuite rédiger le résumé proprement dit.
I- Le travail préliminaire
26

Ce travail consiste à une lecture active du texte qui doit mener à sa


compréhension globale. C’est une démarche qui consiste à d’abord
faire un travail de compréhension.
1-Idées générales : Il importe de déterminer les thèmes du texte qui
sont des orientations intérieures à la thèse générale défendue ou elle
rejetée. Ces idées constituent les idées principales.
2-Les mots clés : ce sont les mots ou expressions les plus importantes
qui sont porteurs des idées.
3-Les connecteurs logiques : Ils assurent les articulations logiques
qui soulignent les liens qui unissent les idées opposées, causes,
conséquences, déductions, additions. Il faut les encadrer dans le texte.
4-Le plan : Il s’agit de dégager la structure logique du texte.
II- La rédaction proprement dite : Elle repose sur trois
principes
1-La réduction : Il est possible de proposer de résumer un texte au
1/3, au ¼, au1/5, de sa longueur initiale. Une marge de plus ou moins
10% est généralement tolérée.
Remarque : on appelle mot tout ensemble de lettre ayant un sens et
n’étant séparé ni par un tiret ni par un espace, ni par un apostrophe.
Exemple : c’est-à-dire (4 mots)
2-La sélection : Il s’agit d’éliminer les répétitions d’idées, les
exemples illustratifs, et non les exemples argumentatifs, les
exclamations, les interjections.
3-La fidélité : Le résumé doit être objectif, c’est-à-dire l’élève ne doit
émettre aucun avis personnel. Ainsi, nous ne devons jamais utiliser
des formules comme « l’auteur montre…. l’auteur dit…. etc. »
En revanche, l’élève doit reprendre le système pronominal (les
pronoms, comme, je, tu, il, etc.) et verbal. Enfin, l’élève doit veiller à
la correction de la langue et éviter de faire un montage de citations.
L’élève doit conserver les vocabulaires de base ainsi que les mots
savants et techniques. Les phrases doivent être reliées par des
connecteurs logiques : Par exemples :
26

- Opposition : « mais, cependant, par contre, en revanche,


néanmoins, seulement, toutefois, quoique, etc. »
- Le classement : « d’abord, ensuite, enfin, premièrement, etc. »
- L’addition : « en outre, en plus, puis, ensuite, etc.
- La conséquence : «  par conséquent, en somme, au total,
somme toute, tout compte fait, ainsi, alors, dès lors, d’où,
etc. »
La discussion : c’est une petite dissertation qui aux mêmes règles que
la dissertation mais dont la thèse est déjà proposée par l’orientation du
texte……
Applications sur le résumé
Texte n° 1

Les dynamiques sociales

Aujourd’hui, le débat sur la place des minorités noires et de toutes les minorités
visibles en France bat son plein. Les uns et les autres, nous participons à ce débat. Les
uns et les autres, nous utilisons les moyens qui sont les nôtres. Nous sommes bien loin
d’une quelconque unanimité. Il y a les descendants d’esclaves. Il y a les descendants
de colonisés. Il y a les descendants de négriers occidentaux et orientaux et de colons
occidentaux. Il y a les métis, les quarterons, les octavions, qui ne sont pas noirs mais
sont pris et finissent par se prendre pour des Noirs.
Il y a ceux qui sont des mosaïques de tout - peau- rouge, peau noire, peau jaune,
visage pâle -, ceux-là dont la composition n’a pas encore trouvé place dans les
dictionnaires. Il y a de ces Noirs qui ne sont ni descendants d’esclaves, ni descendants
de colonisés, mais revendiquent comme une gloire, un honneur immense d’être l’un et
l’autre parce qu’ils sont noirs et que tous les hommes noirs auraient la même histoire,
la même culture, le même destin. Tout ce monde anime un débat qui va dans tous les
sens, sur tous les tons et parfois dans une cacophonie indigeste, où des positions
éminemment pertinentes côtoient des délires purement psychédéliques. Il n’est donc
pas exceptionnel d’entendre une personne d’origine camerounaise proclamer qu’il est
descendant d’esclave et un antillais se baptiser africain. Je parle bien de baptême car
généralement tout cela s’arrête à un ostentatoire changement de nom… de plume et à
la psalmodie d’un crédo afro centriste incantatoire, le vécu réel restant bien
évidemment occidental, même s’il se revêt de tenues dites africaines parce
26

qu’appartenant à une supposé mode vestimentaire dogon ; même si le tissu vient en


droite ligne d’une manufacture batave et d’une factorerie chinoise.
Même si le col Mao, symbole vestimentaire de l’authenticité de Mobutu, est
emprunté à Pékin. Les uns concentrent leurs demandes sur un objet unique : davantage
de représentativité des Noirs à la télévision. Si c’était l’indispensable sésame pour
accéder à plus de respectabilité, cela se saurait. Le rapport des Asiatiques avec ces
deux facteurs - représentativité cathodique et respectabilité sociale – nous permet d’en
douter. Certes, les choses sont plus complexes. Certes, on nous l’a toujours dit, ce
n’est pas pareil. Nous y reviendrons souvent. D’autres enfourchent le cheval
économique. Cette revendication est certainement plus objective, plus légitime. Elle va
plus loin que la simple symbolique télévisuelle, pour réclamer le même anonymat
positif pour tous les habitants de ce pays, cet anonymat qui permettra la fin des
discriminations en tous genres.
Gaston kelman Je suis noir et n’aime pas le manioc.
Vous résumerez ce texte en 100mots (tolérance 10%plus ou moins)

DISCUSSION
« Il y a de ces Noirs qui ne sont ni descendants d’esclaves, ni descendants de
colonisés, mais revendiquent comme une gloire, un honneur immense d’être l’un et
l’autre parce qu’ils sont noirs et que tous les hommes noirs auraient la même histoire,
la même culture, le même destin »
Expliquez et discutez

Impressions générales : il est important pour résumer ce texte, pour l’élève de suivre
la consigne car il lui est demandé de le résumer en 100 mots avec une marge de 10%
c’est-à-dire, soit 110, soit 90 mots.

Résumé (proposition)

Nous alimentons tous les débats sur le faciès en France. L’identification à la


« blackitude » est un reflexe chez toutes les minorités. Le mot race est éclaté. Il n y a
pas qu’une seule race noire. C’est la cacophonie autour de la couleur. Quelle réalité
étrange lorsqu’un Camerounais se dit descendant d’esclave tout comme le fils
d’ancien esclave réclamer une africanité.la race est ainsi ostentatoire. Plus que la
réalité, le symbole prime. L’appel à l’émancipation dicte les conduites quand la quête
de la représentativité visible cherche à effacer toutes les différences.
Résumé en 100 mots
26

Texte N° 2
Bien des gens ne lisent que pour éloigner l’ennui, comme ils
écoutent la radio, regardent la « télé », les images, ou feuillettent les
journaux. L’imprimé pullule, et on pourrait dire après tout, que les
gens n’ont jamais tant lu. Mais il y a lire et lire. La vraie lecture
commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir,
mais pour se trouver. Il y a un jour où tout inconsciemment on passe
de l’un à l’autre. Ce peut n’être pas volontaire, mais l’effet du plaisir
même, d’une sorte d’envoûtement dont un livre, qu’on tient dans ses
mains et qu’on ne peut plus quitter est la cause. Ce n’est pas non plus
encore lire que de lire pour apprendre, pour savoir, pour s’informer, et
pour des raisons professionnelles. Joubert* disait que « notre sort est
d’admirer et non pas de savoir ».

La vraie lecture est la chose la plus intime et la plus


désintéressée, encore qu’il ne s’y agisse que de nous-mêmes. C’est un
temps qu’on se donne pour ne plus vivre par influence, par contagion,
mais pour reconnaître, choisir son propre chemin et devenir soi-même.
Un livre est un outil de liberté. C’est un objet devant soi, quelque
chose sur quoi on peut réfléchir, à quoi on peut revenir, qu’on peut
corriger contredire, discuter, quelque chose qu’on juge. Les images,
les sons passent aussi vite que les moments successifs de la vie. Un
écrit, un livre reste. Il faut devant lui dire oui ou non. Un livre est une
conversation et tout ensemble cependant un exercice de solitude. Je
veux ici écarter l’anecdote toute personnelle, mais je repense souvent
à ces nuits de mon adolescence, durant lesquelles je me battais avec le
destin et découvrais dans les livres ce que pouvait être une vie libre
par opposition à celle que je subissais. Lit-on un grand roman? On
s’identifie à son héros. On y vit par procuration. Et cela devient plus
conscient, et vient le moment où on ne lit plus pour aucun intérêt, pour
aucun profit, rien que « admirer », en toute gratuité dans une joie
26

indéfinissable, au-delà de soi-même. Mais un vrai livre est devenu la


chose la plus précieuse. Un homme vous parle et il vous semble qu’il
dise précisément ce que vous attendiez, ce que vous vouliez dire mais
n’auriez jamais su dire. C’est tout simple et merveilleusement étrange.

Ces mots, qui sont aussi vos mots, comme par l’effet d’un
charme, sont doués soudain d’un nouveau pouvoir et vous êtes
curieusement débarrassé de vous-même et devenu un autre, plus fin,
plus délicat, plus profond que vous-même. Vous êtes dans le monde
où vous aimeriez vivre, mais vous n’aviez jamais imaginé qu’il pût
être si beau.

Jean GUEHENNO, Carnets du vieil écrivain, Editions Grasset, 1971.

* Joubert : moraliste français (1754-1824).

Vous résumerez ce texte de 454 mots au quart de sa longueur (avec


une tolérance de plus ou moins 10%).

DISCUSSION : Pensez-vous, comme Jean Guéhenno, que « la vraie


lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et
se fuir, mais pour se trouver » ?
Impressions générales : le texte ne présente pas, à la différence de
compréhension, le sujet est clair et l’expression accessible. Dans la
consigne, il est demandé à l’élève de résumer le texte en 113 ou 114
mots avec une tolérance de 10% plus ou moins.

Proposition de résumé :

L’instant de la lecture est pour les hommes un moment


d’évasion. C’est différent de la vraie lecture, car lire c’est aller vers
soi-même. Il ne s’agit pas de cette lecture instructive, mais celle qui
consiste à se lire. Le livre véritable est celui qui nous fait visiter les
26

voix intimes de notre moi. Le texte est une réalité figée sur laquelle on
peut appliquer notre réflexion. Tout le contraire de l’image qui défile
rapidement. Par la lecture, on embrasse un personnage qui est, à la
fois lui et nous-mêmes, qui traduit nos soupirs à notre place. Lire est
un exercice fascinant et étrange. La lecture vous transporte dans le
monde de vos rêves.
Résumé en 121 mots
26

CINQUIEME PARTIE
Exercices d’application
26

Sujet  1 : « Faire œuvre d’art, c’est non seulement percer… les
apparences pour accéder à la vie du réel…, mais aussi, mais surtout…
transformer notre vision du monde, donc transformer le monde ».
Commentez et au besoin discutez cette affirmation de Léopold Sédar
Senghor.
Sujet 2 : Dans son texte Dieu et Mammon, François MAURIAC
affirme : « Ecrire, c’est se livrer (…), c’est précisément l’écrivain
lui-même que les lecteurs cherchent dans son œuvre.»
Vous apprécierez ces propos en fondant votre argumentation sur des
exemples tirés de vos lectures.
Sujet 3 : En vous appuyant sur les œuvres étudiées, commentez cette
pensée d’un écrivain contemporain : « Le poète doit être un professeur
d’espérance ».

Sujet 4 : « Chaque auteur puise dans sa propre vie la matière de ses
œuvres. Fussent-elles le produit de son imagination. » Quelles
réflexions vous suggère cette affirmation

Sujet 5 :
Dans les Mémoires d’outre-tombe dont la publication a
commencé en février1848, Chateaubriand exprimait cette inquiétude
: « Quelle sera la société nouvelle ? Vraisemblablement, l’espèce
humaine s’agrandira ; mais il est à craindre que l’homme ne diminue,
que quelques facultés éminentes du génie ne se perdent, que
l’imagination, la poésie, les arts, ne meurent dans les trous d’une
société ruche où chaque individu ne sera plus qu’une abeille, une
roue dans une machine, un atome dans la matière organisée ». Dans
quelle mesure la civilisation de masse actuelle permet-elle de vérifier
cette prédiction ? Justifiez vos craintes ou vos espoirs pour l’avenir
sous la forme d’un développement argumenté.
26

Sujet  6 : Zola écrit : « J’aurais voulu aplatir le monde d’un coup de


ma plume, en forgeant des fictions utiles. » Pensez-vous que la
littérature ait le pouvoir d’intervenir sur le monde et sur les
consciences pour les transformer ?

Sujet 7 : « Le moi est une prison d’où le créateur ne peut s’échapper,
tout mot de sa part est la mise en texte d’un sentiment, d’une vision du
monde. »
Expliquez cette analyse du rapport du penseur à la vérité.

Sujet 8 : Doit-on créer et peut on créer dans ce monde ? Que pensez-
vous de cette interrogation ?

Sujet 9 : « La vie est un roman, elle n’a pas besoin d’être vraie »
Expliquez et discutez cette analyse au sujet du roman de Diderot.

Sujet 10 :«  Garde-toi de t’approcher du vers, c’est cette puissance


maléfique et obscure du génie ! »
Que pensez-vous de ce jugement ?

Sujet 11 : Un penseur contemporain, disait «  Une plume dès l’instant


qu’elle parle aux hommes de son temps se trahit »
Expliquez et discutez cette affirmation.

Sujet n°12

Justement l’enfant, comme mordu à l’estomac, se pliait de nouveau,


avec un gémissement grêle. Il resta creusé ainsi pendant de longues
secondes, secoué de frissons et de tremblements convulsifs, comme si
sa frêle carcasse pliait sous le vent furieux de la peste et craquait sous
26

les souffles répétés de la fièvre. La bourrasque passée, il se détendit un


peu, la fièvre sembla se retirer et l’abandonner, haletant, sur une grève
humide et empoisonnée où le repos ressemblait déjà à la mort. Quand
le flot brûlant l’atteignit à nouveau pour la troisième fois et le souleva
un peu, l’enfant se recroquevilla, recula au fond du lit dans
l’épouvante de la flamme qui le brûlait et agita follement la tête, en
rejetant sa couverture. De grosses larmes,
Jaillissant sous les paupières enflammées, se mirent à couler sur son
visage plombé, et, au bout de la crise, épuisé, crispant ses jambes
osseuses et ses bras dont la chair avait fondu en
Quarante-huit heures, l’enfant prit dans le lit dévasté une pose de
crucifié grotesque.

Albert CAMUS, La Peste, Gallimard, 1947.

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le


cadre du commentaire composé, vous montrerez par exemple que le
récit imagé des souffrances de l’enfant est une mise en scène
pathétique qui cherche à dénoncer «la Providence qui torture des
innocents. »

Sujet n°13
Le mort joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots


Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d’importer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
O vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
26

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;


Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857.

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi, ou composé. Dans le cas


du commentaire composé, vous montrerez par exemple par quels
procédés, le poète refuse de prendre au sérieux l’horreur de la mort et
exprime jusqu’au bout une attitude de révolte et de provocation

Sujet n°14

Crépuscule
Elle était pâle, et pourtant rose,
Petite avec de grands cheveux.
Elle disait souvent : je n'ose,
Et ne disait jamais : je veux.
Le soir, elle prenait ma Bible
Pour y faire épeler sa sœur,
Et, comme une lampe paisible,
Elle éclairait ce jeune cœur.
Sur le saint livre que j'admire
Leurs yeux purs venaient se fixer ;
Livre où l'une apprenait à lire,
Où l'autre apprenait à penser !
Sur l'enfant, qui n'eût pas lu seule,
26

Elle penchait son front charmant,


Et l'on aurait dit une aïeule,
Tant elle parlait doucement !
Elle lui disait: Sois bien sage!
Sans jamais nommer le démon ;
Les contemplations, Victor Hugo, 1856.
Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le
cadre d’un commentaire composé vous montrerez par exemple
comment le poète parvient à exprimer la pureté de l’innocence avant
d’étudier l’expression de la joie intérieure.

Sujet N° 15
En route vers Tomes
S'il est quelqu'un dans la foule qui pense encore à moi, s'il est
quelqu'un qui demande par hasard ce que je fais, dis-lui que j'existe,
mais que je ne vis pas, et que cependant cette existence précaire est le
bienfait d'un dieu. Par prudence, et de peur d'aller trop loin, tu ne
répondras aux questions indiscrètes qu'en te laissant lire. A ton aspect,
le lecteur aussitôt se préoccupera de mes crimes, et je serai poursuivi
par la clameur populaire, comme un ennemi public. Abstiens-toi de
répliquer, même aux plus mordants propos ; une cause déjà mauvaise
se gâte encore quand on la plaide. Peut-être trouveras-tu quelqu'un qui
gémira de m'avoir perdu, qui lira ces vers les joues mouillées de
pleurs, et dont les yeux silencieux, de peur des oreilles malveillantes,
invoqueront la clémence de César et le soulagement de mes maux.
Quel qu'il soit, puisse-t-il n'être pas malheureux un jour, celui qui
sollicite l'indulgence des dieux en faveur des malheureux ! Puissent
ses vœux s'accomplir ! puisse le ressentiment du prince s'éteindre et
me permettre de mourir au sein de la patrie !
Quelque fidèle que tu sois à mes ordres, peut-être, ô mon livre! Seras-
tu critiqué et mis bien au-dessous de ma réputation. Le devoir du juge
est d'examiner les circonstances des faits aussi bien que les faits eux-
mêmes ; cet examen te sauvera. La poésie ne peut éclore que dans la
26

sérénité de l'âme, et des malheurs soudains ont assombri mon


existence ; la poésie réclame la solitude et le calme, je suis le jouet de
la mer, des vents et de la tempête ; la poésie veut être libre de crainte,
et, dans mon
délire, je vois sans cesse un glaive menacer ma poitrine. Mais ces vers
devront encore étonner le critique impartial ; et, quelque faibles qu'ils
soient, il les lira avec indulgence.

Ovide Les tristes, 763.

Faites le commentaire suivi ou composé de ce texte. Dans le cadre


d’un commentaire compose, vous montrerez, par exemple comment le
poète confesse son malheur dans l’espoir de la clémence ; mais aussi
le rapport entre l’homme et le vers.

Sujet 16

SUJET I / COMMENTAIRE SUIVI OU COMPOSE


Enfin, mon livre, pars indifférent à l'opinion et ne rougis pas si tu
déplais au lecteur. La fortune ne nous est pas assez favorable pour que
tu fasses cas de la gloire. Au temps de ma prospérité, j'aspirais à la
renommée, et j'en étais avide ; aujourd'hui, si  je ne maudis pas la
poésie, ce penchant qui m'a été fatal, cela doit suffire, puisque mon
exil est aussi l'œuvre de mon génie. Va cependant, va pour moi, tu le
peux du moins, contempler Rome. Dieux ! Que ne puis-je, en ce jour,
être mon livre ! Ne crois pas cependant, parce que tu arriveras étranger
dans la ville immense, que tu puisses y arriver inconnu, sans titre
même. Ta sombre couleur te trahirait, si tu voulais renier ton père. Ne
t'introduis toutefois qu'avec mystère ; mes anciennes poésies
pourraient te nuire, et je ne suis plus, comme jadis, le favori du public.

Ovide Les tristes, 763.


26

Faites le commentaire suivi ou composé de ce texte. Dans le


cadre d’un commentaire composé, vous montrerez, par exemple
comment le poète confesse le malheur de sa déchéance dans l’espoir
de la clémence ; mais aussi le rapport entre l’homme et sa poésie.

SUJET II/ DISSERTATION

« La véritable université de nos jours est une collection de livres »


disait Thomas Carlyle dans Héros et culte des héros. Croyez-vous à
cette comparaison ?

Sujet 17
SUJET I : RESUME SUIVI DE DISCUSSION.

Bien des gens ne lisent que pour éloigner l’ennui, comme ils
écoutent la radio, regardent la « télé », les images, ou feuillettent les
journaux. L’imprimé pullule, et on pourrait dire après tout, que les
gens n’ont jamais tant lu. Mais il y a lire et lire. La vraie lecture
commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir,
mais pour se trouver. Il y a un jour où tout inconsciemment on passe
de l’un à l’autre. Ce peut n’être pas volontaire, mais l’effet du plaisir
même, d’une sorte d’envoûtement dont un livre, qu’on tient dans ses
mains et qu’on ne peut plus quitter est la cause. Ce n’est pas non plus
encore lire que de lire pour apprendre, pour savoir, pour s’informer, et
pour des raisons professionnelles. Joubert* disait que « notre sort est
d’admirer et non pas de savoir ».
La vraie lecture est la chose la plus intime et la plus
désintéressée, encore qu’il ne s’y agisse que de nous-mêmes. C’est un
temps qu’on se donne pour ne plus vivre par influence, par contagion,
mais pour reconnaître, choisir son propre chemin et devenir soi-même.
Un livre est un outil de liberté. C’est un objet devant soi, quelque
chose sur quoi on peut réfléchir, à quoi on peut revenir, qu’on peut
corriger contredire, discuter, quelque chose qu’on juge. Les images,
26

les sons passent aussi vite que les moments successifs de la vie. Un
écrit, un livre reste. Il faut devant lui dire oui ou non. Un livre est une
conversation et tout ensemble cependant un exercice de solitude. Je
veux ici écarter l’anecdote toute personnelle, mais je repense souvent
à ces nuits de mon adolescence, durant lesquelles je me battais avec le
destin et découvrais dans les livres ce que pouvait être une vie libre
par opposition à celle que je subissais. Lit-on un grand roman? On
s’identifie à son héros. On y vit par procuration. Et cela devient plus
conscient, et vient le moment où on ne lit plus pour aucun intérêt, pour
aucun profit, rien que « admirer », en toute gratuité dans une joie
indéfinissable, au-delà de soi-même. Mais un vrai livre est devenu la
chose la plus précieuse. Un homme vous parle et il vous semble qu’il
dise précisément ce que vous attendiez, ce que vous vouliez dire mais
n’auriez jamais su dire. C’est tout simple et merveilleusement étrange.

Ces mots, qui sont aussi vos mots, comme par l’effet d’un
charme, sont doués soudain d’un nouveau pouvoir et vous êtes
curieusement débarrassé de vous-même et devenu un autre, plus fin,
plus délicat, plus profond que vous-même. Vous êtes dans le monde
où vous aimeriez vivre, mais vous n’aviez jamais imaginé qu’il pût
être si beau.

Jean GUEHENNO, Carnets du vieil écrivain, Editions Grasset, 1971.

* Joubert : moraliste français (1754-1824).

Vous résumerez ce texte de 454 mots au quart de sa longueur (avec


une tolérance de plus ou moins 10%).

DISCUSSION : Pensez-vous, comme Jean Guéhenno, que « la vraie


lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et
se fuir, mais pour se trouver » ?
26

SUJET II : COMMENTAIRE COMPOSE OU SUIVI

(Pour khalam)
Tu as gardé longtemps, longtemps entre tes mains le visage noir du
guerrier
Comme si l’éclairait déjà quelque crépuscule fatal.
De la colline, j’ai vu le soleil se coucher dans les baies tes yeux.
Quand reverrai-je mon pays, l’horizon pur de ton visage ?
Quand m’assiérai-je de nouveau à la table de ton sein sombre ?
Et c’est dans la pénombre le nid des doux propos.
Je verrai d’autres cieux et d’autres yeux
Je boirai à la source d’autres bouches plus fraîches que citrons
Je dormirai sous le toit d’autres chevelures à l’abri des orages.
Mais chaque année, quand le rhum du printemps fait flamber la
mémoire
Je regretterai le pays natal et la pluie de tes yeux sur la soif des
savanes.

Léopold Sédar SENGHOR Nocturnes, Paris, Ed. du Seuil, 1961

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le cas


du commentaire composé, vous vous attacherez à montrer comment le
talent du poète réussit à suggérer la douleur de la séparation, la
nostalgie de la femme aimée et le regret du pays natal.

SUJET III : DISSERTATION

Selon un critique littéraire contemporain : « la poésie n’a pas le temps


de la musique ni de l’épanchement mais elle est un cri strident qui
transperce le silence des faibles. »
26

Expliquez et discutez cette analyse de la nature et des fonctions du


poète.

Sujet 18 :
SUJET I : COMMENTAIRE COMPOSE OU SUIVI

Justement l’enfant, comme mordu à l’estomac, se pliait de


nouveau, avec un gémissement grêle. Il resta creusé ainsi pendant de
longues secondes, secoué de frissons et de tremblements convulsifs,
comme si sa frêle carcasse pliait sous le vent furieux de la peste et
craquait sous les souffles répétés de la fièvre. La bourrasque passée, il
se détendit un peu, la fièvre sembla se retirer et l’abandonner, haletant,
sur une grève humide et empoisonnée où le repos ressemblait déjà à la
mort. Quand le flot brûlant l’atteignit à nouveau pour la troisième fois
et le souleva un peu, l’enfant se recroquevilla, recula au fond du lit
dans l’épouvante de la flamme qui le brûlait et agita follement la tête,
en rejetant sa couverture. De grosses larmes, Jaillissant sous les
paupières enflammées, se mirent à couler sur son visage plombé, et,
au bout de la crise, épuisé, crispant ses jambes osseuses et ses bras
dont la chair avait fondu en Quarante-huit heures, l’enfant prit dans le
lit dévasté une pose de crucifié grotesque.

Albert CAMUS, La Peste, Gallimard, 1947.

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le


cadre du commentaire composé, vous montrerez par exemple que le
récit imagé des souffrances de l’enfant est une mise en scène
pathétique qui cherche à dénoncer «la Providence qui torture des
innocents. »

SUJET II : Dissertation


26

« J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans


ignobles. La main à la plume vaut la main à la charrue. » Expliquez
et discutez cette définition de la nature et du rôle de l’écriture
proposée par Arthur Rimbaud.

Sujet 19 :
SUJET I: RESUME SUIVI DE DISCUSSION.

Les productions littéraires et artistiques ne vieillissent jamais, en


ce sens qu’elles sont des expressions de sentiments immuables comme
la nature humaine. On peut ajouter que les idées philosophiques
représentent des aspirations de l’esprit humain qui sont également de
tous les temps. Il y a donc là grand intérêt à rechercher ce que les
anciens nous ont laissé parce que sous ce rapport ils peuvent encore
nous servir de modèle. Mais la science, qui représente ce que l’homme
a appris, est essentiellement mobile dans son expression ; elle varie et
se perfectionne à mesure que les connaissances acquises augmentent.
La science du présent est donc nécessairement au-dessus de celle du
passé, et il n’y a aucune espèce de raison d’aller chercher un
accroissement de la science moderne dans les connaissances des
anciens. Leurs théories, nécessairement fausses puisqu’elles ne
renferment pas les faits découverts depuis, ne sauraient avoir aucun
profit réel pour les sciences actuelles. Toute science expérimentale ne
peut donc faire de progrès qu’en avançant et en poursuivant son œuvre
dans l’avenir. Ce serait absurde de croire qu’on doit aller le chercher
dans l’étude des livres que nous a légués le passé. On ne peut trouver
là que l’histoire de l’esprit humain, ce qui est tout autre chose.

Il faut sans doute connaître ce qu’on appelle la littérature


scientifique et savoir ce qui a été fait par les devanciers. Mais la
critique scientifique, faite littérairement, ne saurait avoir aucune utilité
pour la science. En effet, si, pour juger une œuvre littéraire ou
26

artistique, il n’est pas nécessaire d’être soi-même poète ou artiste, il


n’en est pas de même pour les sciences expérimentales. On ne saurait
juger un mémoire de chimie sans être chimiste, ni un mémoire de
physiologiste si l’on n’est pas physiologiste. S’il s’agit de décider
entre deux opinions scientifiques différentes, il ne suffit pas d’être bon
philologue ou bon traducteur, il faut surtout être profondément versé
dans la science technique, il faut même être maître dans cette science
et être capable d’expérimenter par soi-même et de faire mieux que
ceux dont on discute les opinions. J’ai eu autrefois à discuter une
question anatomique relativement aux anastomoses du
pneumogastrique et du spinal. Willis, Scarpa, Bischoff avaient émis à
ce sujet des opinions différentes et même opposées. Un érudit n’aurait
pu que rapporter ces diverses opinions et collationner les textes avec
plus ou moins d’exactitude, mais cela n’aurait pas résolu la question
scientifique. Il fallait donc disséquer et perfectionner les moyens de
dissection pour mieux suivre les anastomoses nerveuses, et
collationner sur la nature la description de chaque anatomiste : c’est ce
que je fis, et je trouvai que la divergence des auteurs venait de ce
qu’ils n’avaient pas assigné aux deux nerfs les mêmes délimitations.
Dès lors, c’est l’anatomie, poussée plus loin, qui a pu expliquer
les dissidences anatomiques. Je n’admets donc pas qu’il puisse y avoir
dans les sciences des hommes qui fassent leur spécialité de la critique,
comme il y en a dans les lettres et dans les arts. La critique dans
chaque science, pour être vraiment utile, doit être faite par les savants
eux-mêmes et par les maîtres les plus éminents.

Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine


expérimentale,
Paris, Flammarion, 1984, p. 200 à 202.

Vous résumerez ce texte de 548 mots au quart de sa longueur, soit


environ 140 mots (avec une marge de plus ou moins 10%). Ensuite,
dans une discussion bien ordonnée, vous direz si Claude Bernard a
26

raison de proclamer que « les œuvres littéraires ne vieillissent jamais.


»

SUJET II: COMMENTAIRE SUIVI OU COMPOSE.

La Vie antérieure
J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, 1857.


Vous ferez de ce poème un commentaire suivi ou composé. Dans le
cadre d’un commentaire composé, vous montrerez comment le poète
par les images décrit le monde sensible pour exalter la pureté de
l’univers céleste.
SUJET III : DISSERTATION
« Soyez plutôt maçon si c’est votre talent, qu’écrivain du commun ou
poète vulgaire. »
26

Pensez vous que cette vision de Boileau traduise bien la vocation de la


création littéraire.

Sujet 20 :
SUJET I / COMMENTAIRE SUIVI OU COMPOSE

La guerre ! Je l’entendais toujours gronder en mon âme, comme


si elle était d’hier. Elle doit sans doute gronder aujourd’hui encore
dans quelques régions habitées, comme dans mon pays il ya des
années. Et elle répand dans les airs, comme le sang dont elle inonde
l’herbe des champs, dont elle colore les rivières, les étangs et les
fleuves, les rendant impropres à la vie. Si le sang fait battre le cœur,
jamais il ne se désaltère. Et le sang imbuvable de l’héroïsme tombé, et
de l’enfance sacrifié, gronde en coulant dans ma conscience comme la
rivière qui le charrie vers l’inconnu.
J’entends gronder la guerre dans ce Tsabu brulé, de nuages de
deuil enveloppé, nuages que les bourrasques osent à peine transpercer
pour s’y frayer un chemin vers le sol rougi. Un pied y tâtonne
aveuglément, heurtant à chaque instant un crâne d’homme. C’est que
depuis plus d’un an que durait la guerre de sécession, des êtres
mouraient par milliers, chaque jour, abandonnés où la balle les avait
frappés. Et depuis plus d’un an, chacals s’engraissaient et
proliféraient. Et quand le soldat avait faim, il abattait ceux qui
s’aventuraient à portée de son canon ; et il s’en nourrissait. Et
personne ne se plaignait, ni le soldat, ni le chacal : le chacal se gavait
de charogne humaine abandonnée sur le champ de bataille ; le soldat
mangeait le cadavre du chacal tué en chasse. Et le cycle se refermai,
ou recommençait ; c’était la loi de la guerre.
Jean Pierre Makouta-Mboukou, Les dents du
destin, Nouvelles Editions Africaines : Abidjan, 1984.

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le


cadre d’un commentaire composé par exemple, vous montrerez
26

comme la représentation réaliste réussit à traduire le chaos des


indépendances en Afrique avant d’étudier la mise en texte de la
tragédie de la guerre.

SUJET II/ DISSERTATION

« La littérature doit être aisée à comprendre et difficile à écrire, et


non difficile à comprendre et aisée à écrire. » Expliquez et discutez
cette affirmation tirée des Pensée de Wang Chung.

SUJET III / RESUME SUIVI DE DISCUSSION

Depuis le commencement du monde, l’humanité va en effet vers


plus de bien et plus de mal. Elle avance et recule à la fois. Pour ne
regarder que ce qui se jouera dans les cinquante prochaines années.
On peut citer mille exemples de cette simultanéité : l’espérance de vie
augmentera aussi vite que les moyens de tuer ; l’agriculture
progressera et la famine menacera au moins le tiers d’une humanité
dépassant les dix milliards de personnes ; la globalisation des marchés
accentuera la solidarité planétaire alors que la recherche d’identité
multipliera le nombre d’Etats-nations, qui au rythme actuel, dépassera
les deux mille. Les moyens de communication d’apprentissage et de
distraction seront infiniment plus puissants qu’aujourd’hui et en même
temps jamais la solitude n’aura touché autant de gens perdus dans
l’enfer des villes, sans famille ni tribu.
Aussi, il nous faut complexifier la notion du progrès. Il faut
abandonner l’idée simpliste que le progrès technique/économique est
la locomotive entrainant derrière elle les progrès sociaux, politiques,
mentaux et moraux. De plus avons-nous dit, les progrès de notre
26

civilisation comportent leurs parts négatives. Ils ont résolu d’anciens


problèmes en en créant de nouveaux, et ils ont entraîné de nouvelles
carences de nouveaux maux. Bien des gains ont été payés par des
pertes. De toute façon, les progrès acquis ne sauraient être définitifs et
auraient besoin d’être sans cesse régénérés.
Enfin nous devons savoir que nous sommes encore à l’âge de fer
planétaire et dans la préhistoire de l’esprit humain. Cela signifie,
d’une part que tout espoir d’améliorer les relations entre humains ne
peut être envisagé de façon prévisible, mais d’autre part, qu’il ya
d’immenses possibilités de progrès.
Ainsi, le mythe du progrès est mort, mais l’idée de progrès se
trouve revivifiée quand on y introduit l’incertitude et la complexité.

Edgar Morin.

A-Résumer ce texte en 90 mots environ (tolérance 10%)

B- Discussion : Discutez l’affirmation suivante : « Le mythe du


progrès est mort. »

Sujet 21

SUJET II : COMMENTAIRE COMPOSE OU SUIVI

Justement l’enfant, comme mordu à l’estomac, se pliait de


nouveau, avec un gémissement grêle. Il resta creusé ainsi pendant de
longues secondes, secoué de frissons et de tremblements convulsifs,
comme si sa frêle carcasse pliait sous le vent furieux de la peste et
craquait sous les souffles répétés de la fièvre. La bourrasque passée, il
se détendit un peu, la fièvre sembla se retirer et l’abandonner, haletant,
sur une grève humide et empoisonnée où le repos ressemblait déjà à la
mort. Quand le flot brûlant l’atteignit à nouveau pour la troisième fois
26

et le souleva un peu, l’enfant se recroquevilla, recula au fond du lit


dans l’épouvante de la flamme qui le brûlait et agita follement la tête,
en rejetant sa couverture. De grosses larmes, Jaillissant sous les
paupières enflammées, se mirent à couler sur son visage plombé, et,
au bout de la crise, épuisé, crispant ses jambes osseuses et ses bras
dont la chair avait fondu en Quarante-huit heures, l’enfant prit dans le
lit dévasté une pose de crucifié grotesque.

Albert CAMUS, La Peste, Gallimard, 1947.

Vous ferez de ce texte un commentaire suivi ou composé. Dans le


cadre du commentaire composé, vous montrerez par exemple que le
récit imagé des souffrances de l’enfant est une mise en scène
pathétique qui cherche à dénoncer «la Providence qui torture des
innocents. »

SUJET II : Dissertation

« J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans


ignobles. La main à la plume vaut la main à la charrue. » Expliquez
et discutez cette définition de la nature et du rôle de l’écriture
proposée par Arthur Rimbaud.

Sujet 22 :
F R A N Ç A I S:
Epreuve du 2ème groupe

Ce qui est à moi, ces quelques milliers de mortiférés1 qui


tournent en rond dans la calebasse d’une île et ce qui est à moi aussi,
l’archipel arqué comme le désir inquiet de se nier, on dirait une
anxiété maternelle pour protéger la ténuité plus délicate qui sépare
26

l’une de l’autre Amérique ; et ses flancs qui secrètent pour l’Europe la


bonne liqueur d’un Gulf Stream, et l’un des deux versants
d’incandescence entre quoi l’Equateur funambule vers l’Afrique. Et
mon île non clôture, sa claire audace debout à l’arrière de cette
Polynésie, devant elle, la Guadeloupe fendue en deux de sa raie
dorsale et de même misère que nous, Haïti où la négritude se mit
debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité et la
comique petite queue de la Floride où d’un nègre s’achève la
strangulation, et l’Afrique gigantesquement chenillant jusqu’au pied
hispanique de l’Europe, sa nudité où la Mort fauche à larges andains2.
AIME CESAIRE, Cahier d’un retour au pays natal, Présence
Africaine, 1939, pp. 65-67.
(1) mortiférés: voués à la mort.
(2) andains : alignement de foin ou de céréales fauchés et déposés sur
le sol.
QUESTIONS
1) Donnez un titre à ce texte. (02 points)
2) Montrez par un relevé précis d’indices, que l’espace décrit définit
une géographie de la souffrance.
(05 points)
3) Identifiez les figures de style dans les expressions suivantes et
indiquez l’effet produit :
a) « La calebasse d’une île » (Ligne 2) (02 points)
b) « La Mort fauche à larges andains. » (Ligne 11) (02 points)
4) Donnez le sens des mots suivants :
- la strangulation (02points)
- la ténuité. (02 point)
5) Donnez la fonction du groupe de mots souligné.
- où d’un nègre s’achève la strangulation. (Ligne 9) (02 points)
6) Donnez la nature et la fonction des propositions subordonnées
contenues dans ce passage :
«Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle
croyait à son humanité» (03 points)
26

Sujet 23 :

FRANÇAIS
Epreuve du 2ème groupe

Le pays des Diallobé n’était pas le seul qu’une grande clameur


eût réveillé un matin. Tout le continent noir avait eu son matin de
clameur. Etrange aube ! Le matin de l’Occident en Afrique noire fut
constellé de sourires, de coups de canon et de verroteries brillantes.
Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le
monde sur leurs épaules. Ce fut un matin de gésine. Le monde connu
s’enrichissait d’une naissance qui se fit dans la boue et dans le sang.
Cheikh Hamidou KANE, L’aventure ambiguë, Editions Julliard,
1961, p 64.
QUESTIONS
1 - Donnez le sens des mots suivants : constellé - gésine.
Donnez ensuite un mot de la même famille pour chacun de ces mots.
(03 points)
2 - Etrange aube !
Identifiez ce type de phrase. (02 points)
3 - Identifiez le champ lexical dominant de ce texte et relevez les
termes qui le constituent.
(04 points)
4 - Quelle est la phrase du texte qui résume le mieux l’action coloniale
?
Justifiez votre réponse. (03 points)
5 - Identifiez la figure de style et justifiez son emploi :
« Ceux qui portaient le monde sur leurs épaules ». (03 points)
6 – Analyse : Donnez la fonction de :
- sourires (constellé de) (01,5 points)
- ceux qui n’avaient point d’histoire (01,5 points)
26

7 « Le pays des Diallobés n’était pas le seul qu’une grande clameur


eût réveillé un matin.»
Indiquez le temps et le mode du verbe souligné. Justifiez leur emploi.
(02 points

TABLE DES MATIERES


INTRODUCTION--------------------------------------------------------------
-------------------------------------1
PREMIERE PARTIE : Esthétique des
genres-------------------------------------------------------2
CHAPITRE PREMIER : La
poésie-----------------------------------------------------------------------------------------
--
CHAPITRE DEUXIEME : Le
roman-----------------------------------------------------------------------------------------
CHAPITRE TROISIEME : L’art en
question-------------------------------------------------------------------------------
CHAPITRE QUATRIEME : Le théâtre
-------------------------------------------------------------------------------------
DEUXIEME PARTIE : Analyse
textuelle------------------------------------------------------------
« La mort du loup » de
Vigny-----------------------------------------------------------------------------------------
--------
« L’exil »
d’Ovide---------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------
26

« Prière aux masques » de Léopold Sédar


Senghor--------------------------------------------------------------------------
« Quia pulvis es » de Victor
Hugo------------------------------------------------------------------------------------------
----
« Fonction du poète » de Victor
Hugo----------------------------------------------------------------------------------------
« Samba » Cheikh Hamidou
Kane-------------------------------------------------------------------------------------------
-
« Aliénation » d’Abdoulaye
Sadji-------------------------------------------------------------------------------------------
--
« Elévation » de Charles
Baudelaire------------------------------------------------------------------------------------
-------
« A Villequier » de Victor
Hugo------------------------------------------------------------------------------------------
-------
TROISIEME PARTIE : Etude des ouvrages du
programme-------------------------------------
CHAPITRE PREMIER : L’étranger d’Albert
Camus-------------------------------------------------------------------
Etude de texte 1 :
-------------------------------------------------------------------------------------------------
---------------
Etude de texte
2 :----------------------------------------------------------------------------------------------
---------------------
Etude
intégrale --------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------------
CHAPITRE DEUXIEME : Les soleils des indépendances d’Ahmadou
Kourouma------------------------------------
Etude de texte 1 :
-------------------------------------------------------------------------------------------------
----------------
26

Etude de texte
2 :----------------------------------------------------------------------------------------------
---------------------
Etude
intégrale --------------------------------------------------------------------------------------
----------------------------

CHAPITRE TROISIEME : L’exil d’Albouri de Cheik Aliou


Ndao-----------------------------------------------------
Etude de texte 1 :
-------------------------------------------------------------------------------------------------
------------
Etude de texte
2 :----------------------------------------------------------------------------------------------
---------------
Etude
intégrale --------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------

CHAPITRE QUATRIEME : Antigone de Jean


Anouilh------------------------------------------------------------------
Etude de texte 1 :
-------------------------------------------------------------------------------------------------
-------------
Etude de texte
2 :----------------------------------------------------------------------------------------------
-------------------
Etude
intégrale --------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------------

QUATRIEME PARTIE : Méthodologies et


applications--------------------------------------
CHAPITRE PREMIER : Les
commentaires--------------------------------------------------------------------------------
26

A/ Le commentaire
suivi-------------------------------------------------------------------------------------------
-----------
B / Le commentaire
composé--------------------------------------------------------------------------------------
------------
CHAPITRE DEUXIEME : Les
dissertations-------------------------------------------------------------------------------
CHAPITRE TROISIEME : Le résumé suivi de
discussion---------------------------------------------------------------
CINQUIEME PARTIE : Banque de sujets de
d’exercice---------------------------------------