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Le rêve : Un acteur de l’évolution ?

On 10 février 2011, in Découvertes , by Johann

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À soixante ans, un homme a passé près de cinq ans


de son existence dans l’univers prodigieusement
riche du rêve. Ces cinq années de vie imaginaire se
sont écoulées par petites séquences au milieu de
quinze années de sommeil sans rêve. Mais quelle
est la nature des rêves, et leur fonction ? Peuvent-
ils réellement influencer notre avenir ? Peut-être,
mais à l’échelle de l’espèce humaine. En effet, les
études neurobiologiques du rêve depuis 1991, ouvrent sur une théorie liant le
rêve et l’évolution.

Le rêve, moteur de l’homme


Toutes les grandes avancées humaines ont démarré par un rêve.

Pascal Pick est paléoanthropologue au collège de France. Il a fait


considérablement avancer la connaissance de l’évolution de l’homme par
l’étude des grands singes. Il raconte souvent dans ses conférences comment
l’Homme a peuplé l’Australie, il y a 70 000 ans. Depuis le continent, l’Australie
a toujours été invisible, au-delà de l’horizon. Ainsi, l’Homme s’est embarqué de
façon folle pour aller vers l’inconnu. Il n’était pas poussé par la faim, ni par la
pression démographique. Il avait un rêve ! Il rêvait d’un pays imaginaire, au-
delà des limites du monde visible.

Effectivement, les grandes avancées humaines, artistiques et technologiques,


ont toujours été fondées sur des « visions ». La rigueur mathématique, puis
l’évolution technologique venant démontrer, prouver, ce que le rêve avait
pressenti.

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Le rêve, l’imagination, l’inspiration…
Il convient de ne pas tout confondre. Sous le terme de « Rêve », on entend
aussi bien la rêverie éveillée, la projection fantasmatique de nos désirs les plus
fous, et le rêve endormi.

C’est de ce dernier sens dont il est question ici. Et l’homme a sans doute
connaissance de l’état de rêve « endormi » depuis l’âge des cavernes, comme le
suggère une interprétation de La scène du puits, Grotte de Lascaux,
Paléolithique supérieur (environ 17000 ans avant J.C.)

Cette peinture rupestre de la


grotte de Lascaux associe quatre
éléments : un homme couché
sur le dos, en érection, un bâton
surmonté d’un oiseau, un bison
blessé dont les viscères sortent
du ventre et une lance brisée. De
nombreuses interprétations ont
été avancées. Avec beaucoup de
réserve, mais une certaine
conviction, le neurobiologiste
Michel Jouvet propose l’hypothèse suivante : l’artiste aurait représenté à la fois
un rêveur, le concept du rêve et le contenu d’un rêve. On sait aujourd’hui que
l’érection accompagne le sommeil paradoxal qui correspond à l’activité
onirique chez l’homme. Cette érection survient quelque soit le contenu du rêve,
érotique ou non. Nos ancêtres d’il y a presque 20000 ans auraient donc
remarqué cette manifestation physique du rêve qui ne fut découverte qu’en
1965 par Charles Fisher. Le bâton surmonté d’un oiseau évoque l’explication
magique du rêve. Pendant le rêve, l’âme (figurée ici par l’oiseau, comme le Ba
dans l’ancienne Egypte) quitte le corps. Enfin, le Bison blessé par la lance
représente l’imagerie onirique du rêveur.

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L’étude neurobiologique des rêves
Michel Jouvet est une référence mondiale dans le domaine de l’étude
neurobiologique des rêves. Il est à l’origine du terme de « Sommeil
paradoxal » : les mécanismes du rêve sont caractérisés par un état
d’excitation intense des neurones, mais un système inhibiteur bloque les voies
nerveuses motrices : nous rêvons que nous courons mais notre corps reste
inerte car il est paralysé. C’est pourquoi M. Jouvet a qualifié cette phase de
paradoxale. Le terme est aujourd’hui généralisé par la communauté
scientifique pour qualifier l’état de rêve.

Le rêve : Un phénomène élitiste


Seuls les animaux à sang chaud (Les homéothermes, des oiseaux à l’homme)
rêvent. Il n’a pas été possible de déceler le rêve chez les poissons, les
amphibiens ou les reptiles (les poïkilothermes).

Une différence capitale entre les homéothermes et les poïkilothermes est la


poursuite de la neurogenèse (la fabrication de nouveaux neurones) après la
maturation du cerveau. Chez les mammifères, la neurogenèse s’arrête, une fois
le cerveau mature (quelques semaines après la naissance). Alors que chez une
carpe par exemple, le cerveau continu de créer des neurones toute la vie. Ainsi,
chez les animaux à sang froid, la programmation génétique du cerveau se
poursuit continuellement par la neurogénèse.

Il convient en revanche, chez les animaux à sang chaud, de différencier le rêve


avant la maturité du cerveau (c’est à dire pendant la neurogenèse) qualifié de
sommeil sismique, et le rêve post-neurogenèse : le sommeil paradoxal.

Le sommeil sismique pourrait avoir attrait avec la programmation génétique


des comportements innés, ayant cours durant la phase de neurogenèse. Et
l’hypothèse la plus probable aujourd’hui est que le sommeil paradoxal serait
une programmation itérative de l’individualité génétique. En clair, ce qui fait
de chacun de nous un être unique !

« Le sommeil paradoxal ne créé pas de neurones, mais « reprogramme » les


réseaux de connexion entre eux. » (M. Jouvet, 1991)

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De quoi rêvons nous ?
Il est possible de démasquer et d’étudier objectivement le
comportement « onirique » d’un chat. Si l’on supprime
sélectivement le mécanisme d’inhibition active qui s’exerce
sur les voies nerveuses motrices. On assiste alors à des
épisodes spectaculaires : les chats présentent pendant
quelques minutes des comportements de type hallucinatoire.
Ils chassent des souris ou se défendent contre des
prédateurs imaginaires. Rage, agression, défense, toilette,
jeu, tel est le répertoire onirique habituel du chat.

Le rêve met donc en scène des thématiques issues de la « mémoire collective


de l’espèce », mais chaque individu rêve « à sa façon », selon sa personnalité.
(Avec plus ou moins d’agressivité, chacun avec ses thématiques récurrentes)

Le sommeil paradoxal aurait donc pour fonction de relayer la neurogenèse, en


assurant la programmation génétique de l’individu. Non pas la programmation
des comportements instinctifs de l’espèce, qui sont mis en place une fois pour
toutes lors de la neurogenèse, mais celle des comportements spécifiques de
l’individu : sa spécificité psychologique.

Les études scientifiques s’arrêtent là


Mais il est tentant d’aller plus loin.

N’est-il pas séduisant d’envisager que nous rêvons notre être futur, et que ce
rêve le créé, subtilement, en faisant évoluer la constitution de notre cerveau ?

Il apparaît clairement que les rêves sont créateurs. Et ils sont un point de
rencontre entre la mémoire collective, et l’individu. Or, la reconnaissance
formelle de la spécificité de chaque individu, en opposition avec la norme
commune de l’espèce est une des composantes essentielle de l’évolution.

On peut alors se poser la question : les rêves seraient-ils potentiellement


responsables de l’évolution de l’espèce, intégrant « l’acquis » dans la mémoire
collective, le transformant en “l’inné” des générations futures ?

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Présence du sommeil paradoxal (SP) suivant les espèces
En effet il est curieux de constater que les espèces qui évoluent le plus sont
celles qui rêvent le plus. Un crocodile, qui ne rêve pas, est quasiment identique
à son ancêtre préhistorique, alors que les mammifères, gros rêveurs, ont subis
des transformations importantes…

Grâce aux extraordinaires possibilités de liaisons qui s’effectuent dans le


cerveau, pourrait alors s’installer un jeu combinatoire varié à l’infini. Il
utiliserait les événements acquis par chaque individu, et donnerait naissance
aux inventions des rêves, ou se préparerait de nouvelles structures de pensée
qui permettront d’appréhender de nouveaux problèmes.

Chaque individu, par son expérience et sa singularité, participerait alors via le


rêve, à enrichir la « mémoire collective » et à faire évoluer l’espèce toute
entière.

Le rêve garde encore le secret de ses fonctions et peut-être le gardera-t-il


encore longtemps. Un fait est certain cependant : nous ne pourrons pas
expliquer de façon satisfaisante le fonctionnement de notre cerveau tant que
nous n’aurons pas compris le pourquoi de nos 100 minutes nocturnes de rêve.  

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