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TRENTE-SIX DEGRES

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Du même auteur :

La Symphonie Mozart, Edilivre, Paris, 2011.

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André Ngoah

TRENTE-SIX DEGRES

Editions Soleil

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©André Ngoah et Joel Nya (le guitariste)
en lecture-spectacle chez lui, Juin 2016.

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André Ngoah
Éditions Soleil
editionssoleil@yahoo.com
Tel : (+237) 697 39 16 20

Toute reproduction intégrale ou partielle, faite sans le


consentement de l’auteur, est illicite et constitue une
contrefaçon sanctionnée par le code de la propriété
intellectuelle.
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8
La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque
poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l’embue.

Louis Aragon, Chronique du bel Canto

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EN QUELQUES MOTS

« La poésie, pour moi, est comme une arme de


destruction massive. Je me sers d’elle pour me défendre et
pour cracher la vérité à tous ceux qui ne veulent pas voir
la réalité en face…
Ce recueil de poèmes a pour principal objectif de
faire comprendre à tous les amateurs d’écriture que la
poésie peut être faite par n’importe qui.
Du moment où nous avons nos mots à dire en toute
sincérité, nous commençons déjà à comprendre ses
mystères.
Le titre de ce livre a été choisi avec une méthode
quasiment surréaliste qui n’a rien à voir avec la multitude
des thèmes exposés ».
André Ngoah

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À Mamita
et à Ingrid…

sans t’oublier
toi aussi
mon cher frère
et ami
Essama Ela
Gilbert Petis.

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EN GUISE DE PREFACE

Cher André,
Tout d’abord, je te remercie de m’avoir amicalement
associé à cet exercice ludique en publiant directement sur
ma page cette invite d’un autre genre. Je suis ravi, pour
ma part, d’avoir prêté à ce jeu, à quoi tu m’as convié, une
attention des plus particulières. J’ai en effet découvert la
contrée de l’évasion, en ces lieux discursifs, dont les traits
cartographiques ont pris nettement forme sur la toison de
cette échappée poétique hautement brillante. C’est très
peu dire que de dire que ce voyage lyrique me fut
quantitativement et qualitativement plaisant ; pour moi
qui, étrangement, avais embarqué la navette spatiale pour
cette randonnée lunaire comme un passager clandestin…
J’ai ainsi adoré scruter ces lignes majestueuses dans
leurs courbures biscornues, leurs tournures épicées et
dans les sens impérissables d’où elles tirent sans
complexe leur précieux nectar. Ces lignes prennent des
hauteurs titanesques et gargantuesques, comme
l’obélisque que forgèrent autrefois des architectes trop
éclairés pour leurs temps.
Je me suis ainsi laissé border par une poésie
saisissante dont la force des images qu’elle renvoie a fait
détoner mes émotions comme des petits feux d’artifice de
grandes fêtes foraines. De manière inéluctable,
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m’engluant à perte de vue dans les trajectoires bigarrées
où ces lignes m’ont déporté, j’ai été pénétré, il me semble,
par la mystique de ce romantisme sans déchet. Une sorte
de fée m’y a fougueusement damné.
Comme les sorciers antiques d’essence pure sur le
territoire du Dahomey, trois textes précisément pratiquent
le vodou : « Que veux-tu que je fasse », « Le marchand de
la vergogne et la femme », « Elle ».
Mais alors que je croyais la magie à son dernier seuil
paroxysmique dans un horizon quasi indépassable, un
autre texte me fit sortir de cette naïveté ronronnante : «
Le photographe et la belle ». La sorcellerie qu’il opère en
moi met tout mon entendement en péril… On dirait que
chaque strophe qu’il contient forme un puissant rite
impénétrable. A la lecture de cette Odyssée de la beauté
féminine, on est forcément totémisé, transfiguré par une
réalité de plus en plus esthétisante. Sorte d’œuvre
initiatique pour virtuose accomplie, il parle tant mais,
curieusement, sans mot dire. Et l’extase qu’il respire en
sol majeur remplit une fonction cathartique dans le
cœur…
O quels délices indicibles, ce texte splendide !!!

Serge Armand Mbienkeu

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BAMENDA SONG

Bamenda chante une chanson


Triste et mauvaise depuis quelques jours
Cette chanson se joue avec des larmes et du sang
Pour des raisons idiotes
Et les autochtones font une danse macabre
Pour l’accompagner vers l’enfer
Et pourtant cette mélodie
Ne nous fera jamais oublier
Que nous sommes camerounais
Et fiers de l’être malgré ces malentendus

Bamenda chante une chanson


Triste et mauvaise depuis quelques jours
Cette chanson se joue avec des notes de violence
Et de rage qui n’ont plus leur place dans notre beau pays
Nous avons peur pour nos enfants
Nous avons peur pour nos familles
La belle ville meurt petit à petit
La colère a atteint son comble
Elle gronde partout et se laisse manipuler
Et récupérer politiquement par des irresponsables

Bamenda chante une chanson


Triste et mauvaise depuis quelques jours
Dans tous les coins de la rue

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La meute des vandales fait sa loi
Elle se mélange avec la honte et l’incivisme
La république est insultée
La république est méprisée
Et pourtant ce cauchemar devrait s’arrêter
L’unité et la paix sont une priorité

Bamenda chante une chanson


Triste et mauvaise
Dans les mairies et les commissariats
Ça brûle de tous les côtés
Les négociations n’aboutissent pas
Elles deviennent froides et muettes
La meute continue sa haine
Alors que nous sommes tous camerounais
Et fiers de l’être depuis des générations

Bamenda chante une chanson


Triste et mauvaise
Loin des revendications
Et des grèves légitimes
Qui n’ont rien à voir avec le fédéralisme
Les vautours et les hyènes
Veulent dévorer la carcasse de notre histoire
Mais le Cameroun notre beau pays
Restera uni et à jamais
Malgré ce malentendu

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JE RESPIRE…
(ET JE T’ATTENDS PRES DE MON OMBRE)

Je respire les mots


Que je ne saurais pas
Te dire sous les sensations
Je respire les phrases
Que tu aimerais tant
Que je te dise au creux de ton oreille
Mais hélas je suis si timide
Que je tremble comme une feuille morte
Quand je suis près de toi
Je respire les rêves
Les images du bonheur
Que le peintre dessine sur sa toile
Et je te vois comme l’éclat d’un cristal
J’ai pourtant couru dans le temps
J’ai pourtant couru dans le silence
J’ai pourtant couru pour te rattraper dans l’instant
Mais tu es partie si vite que je me suis perdu
Entre les carrefours de l’oubli
Je respire les frissons
Et même les tempêtes
Qui me font chavirer sur les océans

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Je respire le parfum de ta beauté
Je respire ton sourire depuis les rayons du jour
Et même tes caresses
Qui me rendent fou de toi
Ne m’en veux pas si quelquefois
Je suis (si) bavard
Ne m’en veux pas si quelquefois
Je n’arrive pas à t’embrasser
Tu es tellement belle
Que je ne sais plus qui je suis
Je respire les mélodies du jazz
Je respire les flammes de la pluie
Je respire…
Et je t’attends près de mon ombre

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ELLE

Elle danse seule sous la nuit


Sous la lueur des étoiles
Sur la prairie de mon regard
Sur le gazon qui se nourrit de ses secrets
Sa peau vibre sous le rythme des planètes
Ses cheveux s’abandonnent aux vents

Et moi j’aime cette façon


De faire

Elle danse seule sous la nuit


Sous la lueur des étoiles
Et elle chante avec les anges
Et toujours rayonnante comme la clarté du jour
Je la dévore des yeux
Tous les mystères de sa liberté
S’enchaînent dans chaque vibration qu’elle crée
En une flamme d’admiration

Et moi j’aime cette façon


De faire

Sous la musique qui percute les tympans


Sous le mélange du jazz
Du blues et du tango
Comme une bête elle se déchaîne
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Sa robe de satin vole
Et ses escarpins jaillissent en acoustique

Et moi j’aime cette façon


De faire

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LES OMBRES DU PASSE
À Kwendjassi Jean

Les ombres du passé


Me suivent partout là où je vais
Et nulle part je ne peux leur échapper

Que me reste-t-il donc à faire


Si ce n’est que fuir mon propre
Cœur qui saigne à laisser
Suinter chaque goutte de poème
Qui déborde le vase
De mon existence

Moi aussi je voudrais danser


Au rythme tropical au rythme du soleil
En hélant le nom propre de l’espoir
Pour l’inscrire dans chaque feuille
Que mes nuits ont ouverte
Avec la clé des fortuites

Et aussi dans chaque rictus


Qui ont cerné le souffle de mon ombre
Je réclame ma souffrance et la certitude
Que demain moi aussi je serai
L’unique triomphe qui bannira ma peine

Parce que…
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Les ombres du passé
Me suivent partout là où je vais
Et nulle part je ne peux leur échapper

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MA LIBERTE DE DIRE ET DE PENSER

On veut me couper
La langue parce que
Je ne sais pas comment taire
Ce qui m’accable
À l’intérieur de mon être prisonnier
Dans un continent
Qui se vautre dans le mensonge

Alors faudra-t-il paraître lâche


Ou bien fuir sans raison
Avec le ventre des peuples
Aux mains couvertes de sang
Ou encore faudra-t-il
Que les fidèles citoyens de ce pays
Soient métamorphosés
En squelette par la redoutable disette

Non Je ne pense pas


Que l’on me coupera
Comme ces pains de la république
Que Marianne déguste
À sa guise avec l’oncle Sam
Puisque je ne dirai
Que la vérité pour construire
Ma liberté de dire et de penser
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LE PHOTOGRAPHE ET LA BELLE

Assise seule sur un banc public


De l’autre côté du parc
Là où les fleurs sont belles
Là où les ombres ont la couleur des rêves
Il y a une ravissante femme

Une ravissante femme


Qui produit des étincelles d’amour
Sur le cœur des vagabonds
Et des impacts de tendresse
Sous la brise sensuelle des étés

Les jambes croisées


Les cheveux au vent
Le regard constellé de plaisir
Il y a quelque chose en elle

Qui crée le désir et l’envie


Elle est belle vraiment
Belle lorsqu’elle sourit aux fortuités1
Lorsqu’elle lève le soleil de son regard
Vers les pyramides de l’espace
C’est presque impossible de décrire cette déesse

1
Néologisme qui signifie hasard
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L’ancre de la plume coule pour la graver
Pour l’éternité dans un poème fou d’elle
Tandis que les oiseaux passent
Et fredonnent sa beauté à travers les paradis
Mais sous l’ombre des kilomètres
Entre les vagues du frisson
Entre les plages secrètes de l’évasion
Il y a un homme qui la prend en photo

Les yeux par centaine


Ondulent pour voir
Ce qu’elle est sous la pudeur
Sous les caresses crépusculaires
De la tendresse

Elle est belle vraiment belle


Comme l’éclat du jour
Lorsque l’air suave du saxophoniste
Traverse le charme de sa symphonie

Les badauds eux


Le visage assoiffé de satisfaction
Ne cessent de la dévorer
De désir et d’amertume
De l’imaginer biffée par les sexes relatifs
Ou en cascade mais
Il y a un homme qui la prend en photo

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Un homme fou d’elle qui se contentera
De l’épouser sur ses propres clichés
Lorsque le bleu des souhaits
Plongera dans la nuit profonde des regrets
Mais elle…
Saura-t-elle un jour
Tout cet amour vain ?

© Avec Yanik Dooh


au Goethe Institut de Yaoundé en 2016.

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JESUS FRAPPE A TA PORTE

Jésus frappe à ta porte


Ouvre-lui mon ami
Ouvre-lui mon frère
Son cœur est aussi grand que l’univers
Tu as peut-être peur
Tu as peut-être l’angoisse qui te ronge
Alors fais le premier pas
Et il ne t’oubliera jamais
Car il est là pour toi
Rien que pour toi mon cher

Jésus frappe à ta porte


Il est désireux d’entrer
Ses pieds sont tournés vers la route
Et non vers ta porte
Parce qu’il y a des chances que tu le rejettes
Parce que l’accepter coûte cher
Non mon ami
Non mon frère
N’aie pas peur
Car il est là pour toi
Rien que pour toi

Jésus frappe à ta porte


Il est là dehors
De ta fenêtre tu peux l’apercevoir
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De ta fenêtre tu peux le reconnaître
Regarde comme il a souffert pour toi
Ses mains et ses pieds portent
Encore les marques des clous
Tu sais qu’il est la lumière du monde
Qui lave tous les péchés
Car il est là pour toi
Rien que pour toi mon cher

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LA BALLADE POUR ECOUTER DU JAZZ

Quand Louis Armstrong jouait sa trompette


Devant les gens comme un laquais
On l’écoutait sur des planètes
Parfois on donnait des bouquets
De passion pour un ticket
Où un grand concert en extase
Nous faisait sortir nos briquets
Parce que c’était du bon jazz

Avec beaucoup d’argent le risque


Je prenais et une nuit j’ai
Volé sans scrupule un beau disque
Pour prêter l’oreille aux sujets
De la vie qui créaient des budgets
L’orchestre parlait d’une phrase
Que ne comprenaient pas les D.J.
Parce que c’était du bon jazz

Glenn Miller jouait des merveilles


Qui nous transformaient un instant
Et qui adoucissaient l’oreille
Nous étions presque des vivants
Éternels devant Peter Pan
Voilà pourquoi sur notre base
J’avais offert mes deux tympans
Parce que c’était du bon jazz
29
Envoi

Prince ne soyez plus absent


Aux spectacles pour une phrase
Comme vous étiez souvent
Parce que c’était du bon jazz

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LE CAMEROUN EST UN BEAU PAYS

Le Cameroun est un beau pays


Avec sa devise : paix-travail-patrie
Avec son drapeau tricolore
Je t’assure mon frère
Qu’il fait bon de vivre ici
Qu’il fait bon d’être camerounais
Le Cameroun ma chère patrie
N’a rien à envier
Aux autres pays
Je t’assure mon frère
Le Cameroun est un beau pays
Tu veux le quitter
Parce que tu as faim
Parce que tu as soif
Parce que tu es sans emploi
Parce que tu voudrais tenter
Ta chance à Gibraltar
Non ! Mon frère ne pars pas
Nous avons besoin de toi
Pour le rendre plus beau

Le Cameroun est un beau pays


Avec son drapeau tricolore
Avec sa devise : paix-travail-patrie
À Yaoundé je suis allé

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À Douala je suis allé
À Bertoua je suis allé
À Maroua je suis allé
Tout est toujours beau
Tout est toujours magnifique
Aujourd’hui c’est le 20 mai
Aujourd’hui c’est la fête nationale
Tous du Nord au Sud
Tous de l’Est à l’Ouest
Devant le feu ardent de notre vert-rouge-jaune
Nous nous réunirons
Nous nous tiendrons par la main
Pour être Béti
Pour être Bassa’ a
Pour être Duala
Pour être Foulbé
Ou Bamiléké…
Nous nous tiendrons par la main
Pour que son étoile d’or rayonne nos cœurs
Le Cameroun est un beau pays
Avec son drapeau tricolore
Avec sa devise : paix-travail-patrie
Un jour tu comprendras
Un jour tu reviendras
Je t’assure mon frère
Qu’il fait bon de vivre ici
Qu’il fait bon d’être camerounais
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QUE VEUX-TU QUE JE FASSE2

Que veux-tu que je fasse en toi


Pour te prouver le feu ardent
Qui bat mon cœur débordé dans la nuit
À cause des eaux de ma douleur
Qui ne s’achèvent que dans les horizons roses
Sans que tu te raidisses de refoulement

Alors que c’est toi


Que j’aime dans mon cœur

Que veux-tu que je fasse en toi


Pour recoller et ressusciter ton moi absent
Qui mourut devant tant d’amours pâles
Qui n’ont fait que forcir ton estime
Sans éprouver le moindre remord
Quand tout mon être essaya de t’aimer

Alors que c’est toi


Que j’aime dans mon cœur

Que veux-tu que je fasse en toi


Moi qui comme toi fus créé pour graver
Et être gravé dans un rêve bourré
2
Ce poème a remporté le dix-huitième grand prix national de poésie Patrice Kayo 2007. Le prix a
été remis au Hilton Hôtel de Yaoundé.

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D’envie d’aimer lorsque chaque lumière
Qui accompagne les mots que l’oubli t’arrache
Tu refuses de croire au rêve fou de l’idylle

Alors que c’est toi


Que j’aime dans mon cœur

Que veux-tu que je fasse en toi


Pour t’espérer et pour demeurer
Dans le feu de notre époque qui brûle
Nos puzzles de l’existence quand tu étouffes
Les mélodies qui t’ont déchirée
Comme une lettre de déception

Alors que c’est toi


Que j’aime dans mon cœur

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LE MARCHAND DE LA VERGOGNE
ET LA FEMME

Le vieil homme se promenait


Dans la brume, traînant ses peines
Comme une lourde chaîne.
Son manteau était vétuste.
Ses souliers en mauvais état…

Il mendiait le riz et l’hospitalité ;


Mais on crachait sur lui
Avec mépris et dégoût.
Et quelquefois on lui hurlait :
« Éloigne-toi de nous fainéant ! »

Le malheureux, lui ne disait rien.


Et continuait à mendier son obole
Du matin au soir, sans se soucier
De ce qu’il est ou de ce qu’il sera
Car il savait que le monde était comme ça…

Et puis un matin, quand la lueur


Du crépuscule sonnait les gongs de l’espérance ;
Une femme : toute belle, toute ravissante,
Et pleine de grâce l’approcha et lui demanda :
« Qui es-tu homme ? »
Et il répondit :
« Je suis le marchand de la vergogne…
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-pourquoi es-tu le marchand de la vergogne ?
-Parce que personne ne m’aime.
-Et qui te l’a dit homme ?
-Moi-même.
-Pourquoi ?
-Parce que personne ne m’aime.
-Tu t’es trompé homme !
-Qu’est-ce qui te fait le dire ?...
-Parce que moi je t’aime et toute femme aime toujours
quelqu’un
Même un marchand de la vergogne. »

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LA GUERRE EST TERMINEE
La guerre est terminée
Le soldat range
Son arme
Sa tunique
Sa boîte de santé
Et ses photos de famille
Puis le soleil bleu d’azur
Lève le drapeau de la fraternité
Pour que les anges jouent la trompette pacifique
Et Dieu l’approuve
Puisque la guerre est terminée

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YEHOSHUA NAGGAR3

Yehoshua Naggar
Comme toi
Me voici aux griffes des hommes
Tu m’as appris à espérer
Tu m’as appris à faire miséricorde
Et j’ai tout fait…
Mais rien n’a toujours changé

Alors cela valait-il la peine


Puisque les hommes
Sont devenus plus féroces et plus voraces
Au fil du temps
Ils ont même inventé la bombe atomique

Et voici aussi qu’ils essayent


De me clouer sur l’arbre de la honte
Et moi je n’y peux rien

Cette fois-ci que me reprocheras-tu


Tu sais moi je suis las
D’espérer et de me vautrer dans la boue
Au nom de celui qui marche debout
J’aimerais enfin jouir de mes facultés
Sans nécessité

3
Jésus-Christ
38
Puisque jamais
Oui jamais
L’homme ne me donnera l’occasion
De lui offrir ma liberté et mon amour

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NOUS SOMMES TOUS CAMEROUNAIS
À Gilbert Tsimi Evouna

Nous sommes tous camerounais


Tous frères nous sommes
Tous patriotes nous sommes
Tous notre beau pays le Cameroun
Nous aimons

Mais chaque fois on fracasse nos maisons


Parce que nous sommes pauvres
Mais chaque fois on extirpe notre argent
Parce que nous sommes soumis
Mais chaque fois on tue nos enfants
Au fur et à mesure parce qu’ils se révoltent

Nous sommes tous camerounais


Tous frères nous sommes
Tous patriotes nous sommes
Tous notre beau pays le Cameroun
Nous aimons

Mais chaque fois on livre nos estomacs à la famine


Parce qu’on envoie nos récoltes en occident
Mais chaque fois on nous refuse du travail
Parce qu’on est bon ou chrétien
Mais chaque fois on privilégie l’étranger
Parce qu’il est plein aux as
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Nous sommes tous camerounais
Tous frères nous sommes
Tous patriotes nous sommes
Tous notre beau pays le Cameroun
Nous aimons

Mais chaque fois la constitution est révisée


Par les pantins de notre assemblée
Mais chaque fois les chiens de la république
Nous font boire leur urine
Mais chaque fois on nous donne
L’envie de saisir notre chance ailleurs

Nous sommes tous camerounais


Tous frères nous sommes
Tous patriotes nous sommes
Tous notre beau pays le Cameroun
Nous aimons

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JE SUIS UN RDPCISTE

Je suis un RDPCiste
Mon petit tu ne peux pas comprendre
Toi qui critique Biya
Je m’en fous moi je ne veux pas
Perdre ma place au soleil
J’ai une épouse et des maitresses capricieuses
Qui ne portent que des diamants et de l’or au cou
Sans compter mes enfants et mes bâtards
Mes villas et mes Prado
Ne sont plus à la mode
Je dois les changer tous les mois

Je suis un RDPCiste
Je suis un caïd
Rien ne me fait trembler
Mon petit tu n’as encore rien compris
Est-ce qu’on critique le chef
Le chef chez nous c’est Dieu en personne
Quand il tousse tu fermes ta bouche
Nous ne sommes pas chez les blancs
Toi tu ne comprends pas ça
Voilà pourquoi tu croupis dans la misère

Je suis un RDPCiste
Un bon militant et sympathisant
Le baobab de mon village c’est moi
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Tant que je ferme ma gueule
Tant que je ne convoite pas la chaise d’Etoudi
Je serai toujours une élite
Le numéro un de mon département
Garde tes leçons pour toi
Tu dois le savoir notre président est bon
Parle comme tu veux
Et tu vas mourir de faim

Je suis un RDPCiste
J’ai tout gagné avec le Renouveau
Hier j’étais ambassadeur
Aujourd’hui je suis ministre
Je me sers dans les caisses de l’Etat
Comme bon me semble
Et toi tu viens me donner des leçons

J’ai payé le prix fort


Pour être là où je suis
Tu veux du travail
Alors c’est simple
Entre dans le parti
Après tu choisiras
La loge des maçons ou bien des rosicruciens
Un conseil jette ta Bible à la poubelle

Le monde nous appartient


Et cesse de parler à tort et à travers
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Sinon laisse-moi tranquille
Je n’ai que foutre de tes revendications
Toi aussi tu devrais profiter
De l’occasion il est encore temps

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MOI JE SUIS ENSEIGNANT

Moi je suis enseignant


Et j’aime mon métier
Comme les enfants aiment
Les bonbons et les gâteaux
Moi je suis enseignant

Tous les matins


Je me rends à l’école
Dans ma salle de classe
Les enfants sont là
Tous souriants
Avec leurs ardoises
Avec leurs cahiers
Avec leurs livres

Ils se lèvent dès que j’entre


Et avant de s’assoir ils me disent gentiment
Bonjour Monsieur

Moi je suis enseignant


Et j’aime mon métier
Comme les enfants aiment
Les bonbons et les gâteaux
Moi je suis enseignant

45
Je connais tous mes petits
Quand l’un d’eux est absent
Je m’inquiète
Je me renseigne
Je demande
Ce qui ne va pas

À vrai dire
Je ne peux plus vivre loin d’eux
Tous sont mes enfants
Et je les aime de tout mon cœur

Je leur ai appris
Tellement de chose
Grâce à moi
Ils savent compter
Ils savent écrire
Et ils savent lire

Parfois même
Ils récitent le Corbeau et le Renard
Ou bien quelques poèmes de Francis Bebey
Et je suis comblé
Et je suis heureux

Cependant
Il m’arrive d’être triste
Parce que dans notre petite école
46
Il n’y a pas d’électricité
Et il n’y a pas d’eau potable
L’APE se bat tant bien que mal

Mais mes enfants sont là


Toujours souriants
Toujours joyeux
Ils me donnent l’espoir

Moi je suis enseignant


Et je suis fier de l’être
Parce que je forme les futurs
Citoyens de mon beau pays
Le Cameroun

47
48
49
TABLE DES MATIERES

EN QUELQUES MOTS ................................................. 10


EN GUISE DE PREFACE .............................................. 12
BAMENDA SONG......................................................... 15
JE RESPIRE… ................................................................ 17
ELLE ............................................................................... 19
LES OMBRES DU PASSE ............................................ 21
MA LIBERTE DE DIRE ET DE PENSER .................... 23
LE PHOTOGRAPHE ET LA BELLE ............................ 24
JESUS FRAPPE A TA PORTE ...................................... 27
LA BALLADE POUR ECOUTER DU JAZZ ................ 29
LE CAMEROUN EST UN BEAU PAYS ...................... 31
QUE VEUX-TU QUE JE FASSE ................................... 33
LE MARCHAND DE LA VERGOGNE ........................ 35
LA GUERRE EST TERMINEE ..................................... 37
YEHOSHUA NAGGAR ................................................. 38
NOUS SOMMES TOUS CAMEROUNAIS .................. 40
JE SUIS UN RDPCISTE ................................................ 42
MOI JE SUIS ENSEIGNANT ........................................ 45
TABLE DES MATIERES .............................................. 50

50
©Après la lecture-spectacle, juin 2016.

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© Illustration de couverture :
EDITIONS SOLEIL
Montage et impression :
editionssoleil@yahoo.com
Tel : (+237) 697 39 16 20
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