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Université Sidi Mohamed Ben Abdellah

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines -DM-Fès


Département de Langue et de Littérature Françaises
Filière : Etudes françaises
Semestre : 5

Cours de Morphologie

Prof. Rahma BARBARA

Année universitaire
2020-2021
Contenu du cours

Introduction générale
1- Qu’est ce que la morphologie ?
2- Morphème : essai de définition et typologie
Chapitre 1 : Morphologie flexionnelle
1- Morphologie verbale
1-1 Essai de définition
1-2 Typologie des verbes
a- Groupe des verbes
a1- Verbes réguliers et verbes irréguliers
a2- Conjugaison vivante et conjugaison morte
a3- Conjugaison complète et conjugaison défective
Remarques générales
1-3 Radical et désinence du verbe
a- Radical ou base verbale
a1 – Le verbe être : première conjugaison
a2 – Les verbes faire, aller, pouvoir, vouloir et avoir : deuxième
conjugaison et troisième conjugaison
a3 – Les verbes à 4 bases (quatrième conjugaison)
a4- Les verbes à 3 bases (cinquième conjugaison)
b- Désinences
1-4 Catégories grammaticales du verbe
a- Mode
b- Temps
c- Personne et le nombre
d- Voix
2- Morphologie non-verbale (nominale et adjectivale)
a- Définition
b- Genre
b1- Procédés de variation du genre du substantif
b2- Règles de variation du genre de l’adjectif
c- Nombre
Morphologie dérivationnelle (Chapitre 2)
1- Préfixation
2- Suffixation
3- Formation parasynthétique
4- Dérivation impropre
5- Dérivation inverse (régressive)

Chapitre 3 : Composition
1- Composition avec des éléments français
2- Composition avec des éléments grecs ou latins
3- Pluriel des noms composés
4- Autres formes de composition
4-1 Conglomérés
4-2 Synapsie

Exercices d’application
Références bibliographiques

Références bibliographiques

• Béchade, H.D., (1992) phonétique et morphologie du français moderne et


contemporain, Paris, PUF.
• Corbin, D., (1987) Morphologie dérivationnelle et structuration du lexique. Tubingen:
Niemayer. (Vol. 1 &2.)
• De Saussure, M., (1987) Cours de linguistique générale, Paris, Payot.
• Dubois, J., grammaire structurale du français : le verbe, Paris, Larousse, 1967, p. 57.
• Guilbert, L., (1971) « De la formation des unités lexicales », in Grand Larousse de la
langue française en sept volumes. Paris, Larousse.
• Guiraud, P., (1962) Les Mots étrangers, Paris, PUF, Que sais-je ? n° 1166.
• Huot, H., (2005), La morphologie. Forme et sens des mots du français, 2e éd., Paris,
Armand Colin.
• Lehman, A., Martin-Berthet, F., (2000) Introduction à la lexicologie : sémantique et
morphologie, Paris, A. Colin, Lettres Sup.
• Martinet, A., (2008), Éléments de linguistique générale, 5e éd., Paris, Armand Colin.
• Matthews, P. H., (1991), Morphology 2nd ed. Cambridge: Cambridge University Press.
(RES)
• Mittérand, H., (1963) Les Mots Français, Paris, PUF, Que sais-je ? n° 270.
• Obadia, M., R. Dascotte et al., (1976) Grammaire 3, Le Lexique, Paris, Classiques
Hachette.
• Pergnier, M., (1986) Le Mot, Paris, PUF.
• Picoche, J., (1993) Précis de lexicologie française, Paris, Nathan.
• Tamine, J., G., La grammaire, phonologie, morphologie, lexicologie, Paris, Armand
Colin, 1990.
Dictionnaires
• DUBOIS. J., et al. Dictionnaire de Linguistique et sciences du langage, Paris,
Larousse, 1991.
• MOUNIN, G., Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF, 1974.
webographie
• http://www.ac-grenoble.fr/ien.g4/IMG/pdf_pdf_tableau_morphologie.pdf
• http://www.franck-
neveu.fr/mediapool/76/768102/data/Grammaire_du_verbe_en_fran_ais_1_.pdf
• http://coursval.free.fr/coursL2/Morphologie(95).pdf
• http://www.ac-
grenoble.fr/ien.annecy3/IMG/pdf/progression_morphologie_c2_GDML74_doc_
Depoisier_Gentil_relu_F_Vernet.pdf
Objectifs du cours

✓ Examiner le processus de création des mots en langue française et faire


la distinction entre les mots simples, les mots dérivés : radical + préfixe et/ou suffixe et
les mots composés.
✓ Faire la différence entre certains modes de formation des mots, à titre
d’exemple : ceux qui se font par transfert catégoriel par exemple : jaune > jaunir et
d’autres qui se forment sans transfert catégoriel comme : légal >illégal.
✓ Définir les deux types majeurs de la morphologie à savoir : la
morphologie flexionnelle et la morphologie dérivationnelle.
✓ Connaître les règles de variation des mots selon le genre et le nombre.
Introduction générale

1- Qu’est ce que la morphologie ?

La morphologie est une science qui s’intéresse à la formation du mot. C’est une
discipline qui étudie le morphème. C’est une composante très importante de la langue.
Elle est liée à la syntaxe, qui s’occupe de la construction de la phrase, puisque les
morphèmes portent sur la marque de la relation syntaxique, par exemple les marques
d’accord du verbe avec son sujet ou de l’adjectif avec le substantif dont il dépend. Elle
est liée au lexique dans son processus de la formation du mot.

Pour G. Mounin dans son Dictionnaire de la linguistique la morphologie est


définie comme une « étude des formes sous lesquelles se présentent les mots dans une
langue, des changements dans la forme des mots pour exprimer leurs relations à
d’autres mots de la phrase, des processus de formation de mots nouveaux, etc. » 1

Par opposition à la syntaxe qui a pour objectif l’étude des fonctions, la


morphologie est essentiellement l’étude des formes des mots (flexion et dérivation).
Pour J. Dubois,

« la morphologie a deux acceptions (signification) principales :

a- Ou bien la morphologie est la description des règles qui


régissent la structure interne des mots, c’est-à-dire les règles de
combinaison entre les morphèmes racines pour constituer les des mots
(règles de formation des mots) et la description des formes diverses que
prennent ces mots selon la catégorie de nombre, de genre, de temps, de
personne et pour (la flexion des mots en ce qui concerne les langues
flexionnelles).

1
MOUNIN, G., Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF, 1974, p. 221.
b- Ou bien la morphologie est la description à la fois des règles
de la structure interne des mots et des règles de combinaison des
syntagmes en phrases. »2

La morphologie est l'étude de la composition des mots. La composition des mots


se fait à partir de plus petites entités appelées morphèmes. Le morphème est la plus
petite unité lexicale ayant un sens spécifique, c'est-à-dire que chaque morphème est
indivisible tout en ayant un sens particulier. Le mot "tables" comporte par exemple deux
morphèmes: table (la base ou racine) et le pluriel (morphème grammatical). Ces
morphèmes se lient habituellement de façon régulière, de sorte à ce qu'on pourrait
théoriquement faire une liste des morphèmes et de certaines des règles pour aboutir à
une liste des mots d'une langue donnée.

2- Le morphème : essai de définition et typologie

Le morphème est défini généralement comme une unité minimale d’analyse


grammaticale. C’est la plus petite unité de signification de la langue. Il est formé de
phonèmes. Les morphèmes les plus petits peuvent n’en comprendre qu’un comme par
exemple l’article l’ ou la préposition à ; mais puisque l’unité a un sens, elle a un statut
différent du phonème. Souvent les linguistes le définissent en rapport avec le mot du
fait qu’il représente sa limite supérieure et qu’il en représente une partie. Par exemple
le mot perce-neige (ou cure-dent) on distinguera deux morphèmes ainsi que dans le mot
pétrir (pétr-ir). Par contre, le mot fleur ne comprend qu’un morphème. Un mot est le
plus souvent une combinaison de morphèmes, mais la difficulté est comment se fait cette
composition. (Différents procédés de formation de mot). Les linguistes le définiront
comme la forme linguistique qui ait une autonomie. Alors partant de cette définition,
en est-il du morphème -eur (qui est un suffixe) dans le mot chanteur ou du morphème
que l’on trouve dans invisible. Un morphème autonome acquiert le statut de mot, ainsi
pour un phonème qui a un sens constitue un morphème.

2
DUBOIS. J., et al. Dictionnaire de Linguistique et sciences du langage, Paris, Larousse, 1991, p. 327.
La segmentation ou la décomposition du mot en morphèmes nous permet
d’appliquer les deux tests grammaticaux, à savoir, la commutation et la distribution. La
condition nécessaire est en effet pour qu’une partie de mot puisse constituer un
morphème et qu’elle puisse être remplacée par un autre élément, donc commuter avec
lui ;

Ex. Chant -eur

-age

-er, etc.

Il faut ajouter que la commutation doit être pratiquée sur les deux parties du mot,

Ex. Chant-

Vol- eur

Rong-

Ce qui est obligatoire c’est que les éléments ainsi isolés présentent un sens, ce qui
est bien le cas des exemples précédents mais il semble que ce n’est pas général car on
ne peut pas attribuer un sens à certains morphèmes.

Ex. Chap-eau chap-eau

Bat- -elle

Ce sens doit être relativement stable parce que si une forme se trouve associée à
des sens différents entre lesquels on ne peut pas établir une filiation ni historique ni
logique, on posera des morphèmes différents et dans ce cas la commutation permet,
d’abord, dans un premier cas, d’isoler une forme.

Ex. poir-ier, plomb-ier,


La forme isolée dans ces exemples c’est ier, ce morphème ne possède pas le même
sens dans poirier que dans plombier : dans poirier ce morphème a le sens de l’arbre
fruitier et dans plombier il signifie un métier. (Voir homonymes)

Ensuite, dans un deuxième cas la commutation peut isoler des formes dans leurs
apparences et qui ont un même sens, c’est-à-dire un même morphème dont ses formes
sont des variantes (des allomorphes).

Ex. prunier, cerisier, pommier, oranger, pêcher, citronnier…

Nous remarquons que la commutation sur la première partie du mot est donnée par
le corpus lui-même, puisque -ier [je] se trouve associés à différents mots, tout comme -
er [e]. Si on supprime ces deux morphèmes on aura : prune [pryn] pêche [pεƒ]. Ceci dit
que les morphèmes élidés présentent un sens et permettent de fabriquer le nom de l’arbre
fruitier à partir du fruit correspondant.

Notons que nous avons affaire à deux formes graphiquement et phoniquement


différentes [je] et [e] il faut chercher alors le conditionnement de ces deux morphèmes,
c’est-à-dire les raisons qui font apparaitre tel ou tel allomorphe, est généralement de
deux types :

a- Le conditionnement phonologique : c’est l’entourage phonique,


le type de syllabe qui détermine la distribution, ainsi -ier se rencontre après
n’importe quelle consonne sauf les chuintantes après lesquels on rencontre -er,
par contre -ier se trouve ailleurs.
b- Le conditionnement morphologique, à ce niveau, aucune
régularité phonologique ne se laisse déceler et les allomorphes se répartissent
selon les morphèmes avec lesquels ils se combinent.
c- Ex. le morphème de terminaison verbale associé à nous est
généralement -ons, par exemple pour le verbe penser, nous avons pensons,
pensions, penserons, penserions, mais pour le même pronom on trouve une autre
forme -mes, cet allomorphe ne se trouve qu’après le morphème du passé simple
â. Il est donc conditionné morphologiquement, donc -mes et -ons représentent
deux allomorphes d’un même morphème.
➢ La première typologie du morphème c’est de distinguer entre
morphème lexical ou lexème et morphème grammatical.

Le morphème lexical permet au mot une individualité sémantique.

Ex. rong/eur

rong- est un lexème qui permet sa distinction des autres lexèmes comme dans –
eur.

Le lexème peut renvoyer à des concepts abstraits comme le Nom, l’adjectif, et


l’adverbe, c’est la base ou le radical. Il peut être constitué d’une base qui attend un
morphème pour une réalisation morphologique comme il peut être autonome
(individualité sémantique) par ex cœur-peur-orange.

Le morphème grammatical : permet au mot d’être en relation avec d’autres


éléments constituants un mot ou une phrase. Par ex : dans le mot travaillons le –ons est
un morphème grammatical qui indique la conjugaison verbale en justifiant l’accord entre
le sujet et verbe.

Le morphème grammatical : renvoie à une catégorie grammaticale comme le


temps, le mode, la personne, le genre, le nombre, la voix (structure).

➢ La deuxième typologie est le fait d’opposer les morphèmes à l’état


libre, ex. chant-, lav-, rang-, et les morphèmes qui sont liés c’est-à-dire qui sont
obligés d’être en association à d’autres morphèmes comme –ons, -eur, -euse, -
er, -ir.
➢ la troisième typologie (distinction) se base sur l’analyse
morphologique en elle-même.

La base c’est le radical du mot, et à cette base on peut ajouter des affixes qui
peuvent avoir des fonctions pour produire une signification ou modifier le sens de la
base.
Lorsqu’on supprime un affixe, on obtient la base sur laquelle il est formé.

Ex. La base à laquelle s’adjoint le morphème –ir dans irréalisable et le mot


réalisable est composé d’une base réalis- à laquelle s’adjoint le morphème –able.
Lorsque tous les affixes sont supprimés c’est e radical ou la base minimale qui reste.

On distingue différentes sortes d’affixe :

-Les préfixes ou les morphèmes préfixés : qui se placent avant la base comme
dé- dans déloyal, a- dans anormal.

-Les suffixes ou les morphèmes suffixés : qui se placent après la base comme –
eur dans chanteur –ons dans chantons.

Comme on peut le voir, les morphèmes ne se lient pas aléatoirement. Ils


fonctionnent selon des règles préétablies qu’on appelle règles morphologiques. Ces
règles sont spécifiques à chaque langue. En combinant les morphèmes, nous produisons
cependant des mots difficiles à prononcer. Par exemple, pour construire l'antonyme de
certains adjectifs, il faut ajouter la voyelle /i/ et allonger la consonne initiale de l'adjectif,
comme dans "illégal" ou "irrégulier". Cette interaction entre les morphèmes et les sons
donne naissance à un domaine relativement nouveau appelé la morphophonologie

Les règles morphologiques et morpho-phonologiques s'appliquent à la plupart des


mots. Ces règles évitent ainsi que l'on doive mémoriser des dizaines de milliers de mots
isolés alors qu'on peut en apprendre quelques milliers et une centaines de morphèmes
liés pour les combiner en des dizaines de milliers de mots. Il existe cependant des
exceptions. Nous appelons ces exceptions des lexicalisations. La lexicalisation est
l'acceptation d'un mot dans le vocabulaire d'une langue donnée comme entité propre.
C'est le cas pour la féminisation de certains adjectifs en français. Alors que la règle
générale est de prononcer la consonne finale de l'adjectif pour obtenir le féminin, on
retrouve des mots comme "beau/belle", "vieux/vieille", etc. Les formes féminines et
masculines sont donc simplement mémorisées puisqu'il ne semble pas y avoir de règle
pouvant expliquer les différences ou les similarités.
Chapitre 1 : Morphologie flexionnelle

La morphologie flexionnelle a pour unité de mesure le morphème flexionnel. Un


morphème flexionnel ne modifie jamais la catégorie de la base à laquelle il s’ajoute
contrairement à un morphème dérivationnel qui modifie généralement la catégorie de
la base : chant (base verbale) + -ons = chantons (verbe), mais chant (base verbale) + -
eur = chanteur (nom). Quand on parle de morphème flexionnel ou morphème
grammatical, on vise généralement la morphologie nominale et adjectivale (non-
verbale) et la flexion verbale qui s’intéresse aux indicateurs du genre et du nombre et
d’un autre côté (= variations relatives à la forme du nom et de l’adjectif) . On cible
également la morphologie verbale dont le morphème flexionnel regroupe les
catégories du mode, de temps, de personne ou de la voix et tout ce qui concerne la
terminaison verbale. Il en est ainsi pour le morphème du nombre et du genre.

1- La morphologie verbale
1-1 Essai de définition

Le verbe est un mot variable. Sa morphologie varie selon les catégories


grammaticales du mode, du temps (de l’aspect), de la personne, du nombre et de la
voix. La flexion verbale est plus complexe que la flexion nominale, car elle met en jeu
un grand nombre d’affixes flexionnels correspondant aux catégories grammaticales
citées auparavant.

Le verbe se présente sous deux formes :

a- une forme simple quand il se réalise comme un mot unique :


c’est-à-dire un radical exprimant son contenu notionnel complété par des
désinences (terminaisons) postposées et conjointes au radical rendant compte
des diverses catégories grammaticales (exceptée la voix).

Ex. je travaille, je travaillerais, travaillé, etc.

b- Une forme composée quand le verbe se présente comme un


groupe associant l’auxiliaire avoir ou être disjoints + participe passé qui donne
une forme composée. Dans ce cas l’auxiliaire porte les marques désinentielles
et le participe conserve le sens du verbe.

Ex ; J’ai travaillé, j’aurais travaillé, étant travaillé, etc.

1-2 Typologie du verbe


a- Groupes de verbes

On distingue trois groupes de verbes suivant la désinence de leur infinitif et


leur forme conjuguée.

- Premier groupe : comporte les verbes en –er comme danser.


- Deuxième groupe : comprend les verbes en –ir comme finir ajoutant au
radical certaines formes dans certains temps un élément –ss, ex : je finissais, ils
finissent, finissant.
- Troisième groupe : comporte les autres verbes, qui ne rentrent pas dans
les deux premiers groupes, et dont l’infinitif est en –ir, mais ne s’alignant pas
sur le fonctionnement des verbes du deuxième groupe ex. partir~ ils partent,
nous partions, d’autres verbes et les plus fréquents comme (avoir, être, aller,
faire, etc.) les verbes en –oir (savoir, pouvoir, devoir, etc.) et les verbes en –re
comme prendre, vendre, etc. Tous ces verbes forment un groupe disparate.

Ce classement n’est pas sans soulever un certain nombre de limites devant la


difficulté à trancher pour tel ou tel groupe concernant l’appartenance d’un verbe, (finir
vs partir). Il n’ya pas d’ensemble où la forme de l’infinitif soit nécessairement liée à
toute une série de désinences. L’ambigüité de l’infinitif en –ir est significative. Il en
est de même pour certains verbes qui sont réunis dans le même groupe alors que leur
conjugaison est différente, comme résoudre et coudre, ex. je résous, j’ai résolu, je
résolvais, je résolve ; je couds, j’ai cousu, je cousais, je couse.

a1- Verbes réguliers et verbes irréguliers

On parle du verbe régulier quand ce dernier se conjugue sur un radical retrouvé


dans les formes dès lors qu’on enlève la désinence de l’infinitif. Ce radical est constant
dans les verbes du premier groupe (verbes en –er) comme pour chang-er le radical
chang- reste invariable à tous les temps, tous les modes et toutes les personnes. Il en
de même pour les verbes du deuxième groupe (-ir/-issant) comme pour alun-ir le
radical alun-reste invariable. Cependant les verbes irréguliers présentent un radical
variable lors de la conjugaison. Leurs formes ne sont pas prévisibles. Ce sont des
verbes du troisième groupe comme venir (viens, venu, vienne, vint).

Sous cet aspect de verbes réguliers vs verbes irréguliers « on introduit même des
irréguliers d’irréguliers. »1 A titre d’exemple, le verbe dire ne se conjugue pas de la
même manière que ses composés (dédire, contredire) à cause des désinences
personnelles de l’indicatif présent (vous dites, vous contredisez, vous dédisez). La
conjugaison régulière qui rend compte d’un plus grand nombre de verbes (les
paradigmes en –er et en –ir) et l’autre paradigme en –re, -ir et –oir) est qualifié
d’irrégulier.

a2- Conjugaison vivante et conjugaison morte

La conjugaison vivante est la plus fréquente et celle susceptible d’être


enrichie par des verbes nouvellement créés. Cette catégorie rassemble les verbes du
premier et du deuxième groupe. Alors que, la conjugaison dite morte est non
productive et ça concerne les verbes du troisième groupe.

a3- Conjugaison complète et conjugaison défective

La conjugaison défective est celle qui présente des lacunes ou qui est incomplète.
Ce type de conjugaison comporte certains verbes du premier groupe qui ne
s’emploient qu’à la troisième personne du singulier comme : neiger, tonner, (verbes
impersonnels) et d’autres verbes appartenant au troisième groupe d’origine ancienne
comme bruire : il bruit, il bruissait, ils bruissent.

Remarques générales

1
Dubois, J., Grammaire structurale du français : le verbe, Paris, Larousse, 1967, page 57.
Outre la répartition selon la désinence de l’infinitif, la régularité des désinences
temporelles, les formes graphiques se présentent également comme un critère de
classement traditionnel des verbes. Elles se caractérisent par des variations graphiques
lors de l’association de la base verbale et des désinences. Il s’agit alors des exemples
suivants :

- Peler et appeler : j’appelle et je pèle [apεl] et [ pεl]


- Acheter et jeter : j’achète et je jette [aʃεt] et [Ʒεt]

La variation vocalique se fait au même endroit du paradigme.

D’autres verbes représentant des sous-groupes dans le groupe en –er comme


semer, on dit : il sème [sεm], il semait [semε] ou des verbes à variation contrastique
que transcrit une modification accentuelle, comme céder, on dit : il cédait [sedε], il
cède [sεd].

Un autre critère de classement se fait selon la formation des verbes : ceux qui se
forment selon des substantifs ont le paradigme de chanter (chant : chanter) et ceux
qui se font sur les paradigmes de finir (finir : fini). Or les deux transformations se font
sur de nouvelles bases sur les deux conjugaisons en –er et en –ir.
1-3 Radical et désinences du verbe

a- Le radical ou la base verbale

Le radical est l’élément de base sur lequel se conjugue le verbe. Il est


généralement invariable si le verbe appartient au premier ou deuxième groupe, comme
il a été mentionné antérieurement. Cependant certains verbes (verbes du troisième
groupe) qui ont une conjugaison irrégulière changent parfois de radical sinon ils
peuvent avoir plusieurs radicaux (cf ; l’allomorphie) comme le verbe aller qui a
comme base : all-/ v-/ et i- (Ex. vous allez, vous irez, je vais). Ces radicaux remontent
aux trois verbes latins : allare, vadere et ire.

La variation des bases verbales (radicaux) est un critère permettant le classement


verbal : le nombre et la forme des radicaux servent du support aux diverses désinences.
On aura des verbes à 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 radicaux ; sème, semons, semé, jette, jetons,
jeté, aller, va, ira, allions, être, suis, es, sommes, êtes, étais, sois etc.

La distribution des racines selon les désinences est un critère fondamental dans
l’analyse morphologique. On distingue pour les conjugaisons des verbes à deux
radicaux entre :

- Les verbes qui distribuent les deux bases selon l’opposition. Ex. je finis,
il finira, je finissais, nous finissions.
- Les verbes distribuant des radicaux selon l’opposition. Ex. j’appuie, il
appuiera / il appuyait, nous appuyons.

On distingue généralement les conjugaisons verbales selon le nombre de base du


verbe :

a1- Le verbe être : première conjugaison

Le verbe être forme à lui seul la première conjugaison. Son paradigme est
construit sur 7 bases en langue parlée et 8 en langue soutenue si l’on compte le passé
simple. C’est l’ensemble le plus élevé des radicaux pour un seul verbe.
À l’indicatif présent, on rencontre les oppositions suivantes :

- 1re personne (suis) opposée à 2e et 3e personne du singulier (es, est)

- 3e personne du singulier s’oppose (est) à la 3e personne du pluriel (sont)

- 1re, 2e et 3e personne du singulier s’oppose à la 1re personne du pluriel


(sommes)

- 1re personne du pluriel (sommes) est opposée à la 2e personne du pluriel.

La deuxième personne du pluriel est analogue à la deuxième personne du


singulier. Et don on aura 4 formes de « être » à l’indicatif présent.

En plus, la conjugaison de « être » à l’indicatif présent est différente de sa


conjugaison au subjonctif qui possède une seule forme [swa] avec des variantes : (sois,
soit, soyons, soyez, soient).

À l’imparfait, la forme de la base [ε]ne subit aucune modification selon les


personnes : (étais, était, étions, étiez, étaient)

Au Futur, on adjoint les désinences [ra] et [ra] à la base [sәr] (serai, sera, sera,
serons, serez, seront) ou (serais, serait, serions, seriez, seraient.)

Le passé simple est formé sur la base de [fy] (fus, fus, fut, fûmes, fûtes, furent). À
l’oral les trois personnes du singulier ne notent aucune variation, par contre la
modification au niveau des désinences se fait au niveau des trois personnes du pluriel.

Au subjonctif imparfait le verbe être a une seule base [fy] qui change de
désinences selon les personnes et le nombre (fusse, fusses, fusse, fussions, fussiez,
fussent.)

En conclusion, le verbe être compte 4formes à l’indicatif présent, 1 forme à


l’imparfait, 2 formes au passé simple, 1forme au subjonctif, 1 forme au subjonctif
imparfait, 1 forme au futur et 1 forme au conditionnel.
a2- Les verbes à 6 ou à 5 bases, faire, aller, pouvoir, vouloir, et avoir : La
deuxième conjugaison et la troisième conjugaison.

Les deuxièmes et troisièmes conjugaisons sont constituées par des verbes qui ont
5 ou 6 radicaux. Ces verbes sont en usage fréquent en langue française. Le nombre
important de leurs occurrences vient en particulier de leur emploi dans des expressions
idiomatiques ou des syntagmes figés.

Ex. Il veut s’en aller, ça peut arriver, il ne fait confiance à personne, il a mal à
la tête, il a peur, il a sommeil, il veut sortir de son chagrin, etc.

La pluralité des bases est liée à la fréquence d’usage et la fréquence des formes
maintient la diversité des bases.

Ces verbes sont au nombre de 5 :

b1 Les verbes avoir et aller

Ces verbes connaissent des oppositions entre eux et le verbe être.

a- À l’indicatif présent entre la première personne du singulier d’une part et la


deuxième et la troisième personne du singulier de l’autre : j’ai, tu as, il a et je vais, tu
vas, il va.
b- À l’indicatif présent entre la troisième personne du singulier et la troisième
personne du pluriel : il a / ils ont ; il va / ils vont.
c- Entre l’indicatif présent et le subjonctif présent : il a / il ait ; il va / il aille.

Pour le verbe avoir le cas marqué de l’opposition de personne de l’indicatif


présent [ε] dans : j’ai / il a est utilisé au subjonctif présent j’aie / il ait = [ε]. La
distinction est graphique. C’est la raison pour laquelle le verbe avoir n’a que 5 bases et
le verbe aller a 6 bases.

d- Entre l’indicatif présent et le futur : il a / il aura ; il va / il ira


e- Entre la première et la deuxième personne du pluriel de l’indicatif présent et
l’imparfait d’une part, et les autres personnes de l’indicatif présent de l’autre ; (nous
avons, vous avez, il avait), nous allons, vous allez, il allait) (J’ai, tu as, ils ont) ; (je
vais, tu vas, ils vont), c’est-à-dire entre les radicaux.

NB La différence entre les verbes aller et avoir et le verbe être vient de la


suppression de l’opposition morphologique entre la première personne et la deuxième
personne du pluriel de l’indicatif présent.

f- Entre la première et la deuxième personne du pluriel de l’indicatif présent :


nous allons/ vous allez ; nous avons/ vous avez.

b2 Le verbe faire connaît les variations de radical qui se présentent entre


avoir et aller :

- À l’indicatif présent : il fait / ils font.


- Entre l’indicatif et le subjonctif : il fait /qu’il fasse.
- Entre l’indicatif et le futur : il fait /il fera.
- Entre la première et la deuxième personne du pluriel de l’indicatif
présent et de l’imparfait et les autres personnes. : il fait / nous faisons/ il faisait.

Faire ne connaît pas la variation entre la première, la deuxième et la troisième


personne à l’indicatif comme pour avoir ou aller : je fais, tu fais, il fait # j’ai, tu as,
il a et je vais, tu vas, il va.

Néanmoins, l’opposition se fait entre la première et la deuxième personne du


pluriel de l’indicatif présent comme pour être : nous faisons/ vous faites et nous
sommes/ vous êtes.

b3 Les verbes vouloir et pouvoir connaissent les mêmes oppositions


morphologiques que faire :

- À l’indicatif présent entre la troisième personne du singulier et la celle du


pluriel : il veut / ils veulent ; il peut / ils peuvent
- Entre l’indicatif présent et le subjonctif présent : il veut / qu’il veuille et il
peut / qu’il puisse.
- Entre l’indicatif présent et le futur : il veut / il voudra ; il peut / il pourra.
- Entre la première et la deuxième personne du pluriel de l’indicatif
présent et l’imparfait et les autres personnes de l’indicatif présent : il veut/ nous
voulons, il voulait ; il peut/ nous pouvons, il pouvait.

L’intégration du passé simple dans le paradigme de la conjugaison attribue un


radical supplémentaire aux verbes : avoir, faire et pouvoir : j’eus, je fis, je pus ; alors
que les verbes aller et vouloir utilisent le même radical qu’à l’imparfait : il allait/ il
voulait.

Pour conclure, le verbe faire possède alors 7radicaux (faire, fait, font, fera, fasse,
faisait, fis) et les verbes avoir, aller et pouvoir ont 6 radicaux (avoir, ai, as, eus, aurai,
eusse), (aller, vais, va, vont, irai, aille), (pouvoir, peux, peuvent, puisse, pourra, pu).

a3- Quatrième conjugaison : les verbes à 4 bases

Cette catégorie de verbe est limitée avec une fréquence élevée. Plusieurs verbes
appartenant à cette catégorie font partie des 1500 mots du français fondamental. Il
s’agit de : savoir, prendre, apprendre, valoir, comprendre et bien d’autres verbes qui
leur sont analogues.

c1 : ces verbes connaissent à l’indicatif présent les oppositions suivantes :

- À l’indicatif présent entre la troisième personne du singulier et la


troisième personne du pluriel : il vaut/ ils valent ; il sait / ils savent ; il vient/ ils
viennent ; il tient/ils tiennent ; il prend/ ils prennent ; il apprend/ ils
apprennent.

NB Cette opposition est valable pour les verbes de base analogue comme
comprendre.

- Entre l’indicatif présent et le futur : il vaut/il vaudra ; il sait/ il saura ; il


vient/il viendra ; il tient/il tiendra ; il prend/il prendra ; il apprend/il
apprendra.
- Entre les 3 personnes du singulier de l’indicatif présent et le première et
deuxième personne du pluriel ainsi que l’imparfait : il vaut/ vous valez, il
valait ; il sait/ nous savons, il savait ; il vient/ nous venons, il venait ; il
tient/nous tenons, il tenait ; il prend/ nous prenons, il prenait ; il apprend/nous
apprenons, il apprenait.

c2- Ces verbes ne connaissent pas les oppositions que l’on a rencontrées
lors des 3premières conjugaisons :

- Entre la première et la deuxième personne du pluriel de l’indicatif


présent (nous sommes/vous êtes, nous faisons/vous faites).
- Entre les 3 personnes du singulier de l’indicatif présent (j’ai/ il a, je
vais/il va, je suis/ il est ; en cela ils sont conformes au type je fais/il fait.

c3- valoir et savoir connaissent une opposition morpho-phonologique entre le


subjonctif présent et l’indicatif présent, distincte de l’opposition entre la troisième
personne du singulier et la troisième personne du pluriel : il vaut/qu’il vaille/ils valent
et il sait/qu’il sache/ils savent. Or, les autres verbes utilisent au subjonctif la forme
marquée de l’indicatif présent : il vient/ils viennent/qu’il vienne ; il tient/ils tiennent/
qu’il tienne ; il prend/ils prennent/qu’il prenne ; il apprend/ ils apprennent/qu’il
apprenne.

Le passé simple ajoute un radical à la conjugaison de la plupart de ces verbes : je


pris/ils prirent/ils prissent ; je sus/ils surent/ils sussent ; il apprit/ ils apprirent/ils
apprissent ; je vins/ils vinrent/ils vinssent ; je tins/ils tinrent/ils tinssent.

NB le verbe valoir utilise le même radical qu’à l’imparfait pour le passé simple :
il valait/il valut.

a4- La cinquième conjugaison : les verbes à 3 bases


Les verbes à trois radicaux sont plus nombreux que ceux qui forment les autres
groupes. Ils sont de deux types : ceux qui ont une fréquence très élevée et d’autres qui
sont moins fréquents :
- devoir, recevoir, boire, connaître, plaindre, paraître, voir, vivre,
envoyer, s’asseoir
- croire, feindre, geindre, etc.
a- Les désinences

Les désinences sont les marques des catégories grammaticales qui informent sur
le mode, le temps, la personne et le nombre. Elles sont postposées au radical. Il s’agit
alors de :

- Les terminaisons de l’infinitif (-er, -r et –re) qui sont notées à l’oral en


[e] et [r].
- Les éléments ai [ε] et i [j] : le premier se présente comme terminaison de
l’imparfait, ex.j’aimais, tu aimais, il/ elle aimait de la première personne du
passé simple j’aimai. Le [j] est une terminaison conjointe au premier élément
quant à la première personne et à la deuxième personne et de l’imparfait : ex.
nous aim-i-ons, vous aim-i-ez, du conditionnel, ex. nous aime-r-ions, vous
aime-r-iez sans oublier les deuxième et troisième personne du pluriel du
subjonctif présent et imparfait. Ex. que nous aim-i-ons, que vous aim-i-ez, que
nous aimass-i-ons, que vous aimass-i-ez.
- Il est à noter que les marques du passé simple et du subjonctif se
distinguent des autres désinences par leur forme dans certaines personnes –
mes, -âmes [m], ex. nous aimâmes, -tes [t], ex. vous aimâtes –rent [r] ex. ils
aimèrent. Au singulier seule la deuxième personne qui se distingue par la
marque -s à l’écrit tu aimas; les autres étant au degré zéro.
1-1 Les Catégories grammaticales du verbe
a- Le mode

Le mode est traditionnellement défini comme une catégorie grammaticale


associée au verbe servant à exprimer la manière dont l’énonciateur se présente le
procès, notamment quand il le situe dans le cadre temporel. La catégorie du mode
constitue à cet égard un principe fondamental des classifications de l’emploi du verbe.
(cf. F. Neveu p. 234).Il sert au classement morphologique des formes verbales du
français en sept types : l’indicatif, le subjonctif, l’impératif, le conditionnel, le
gérondif, le participe et l’infinitif. En prenant en considération le critère de la
personne, ces modes sont classés en deux catégories à savoir les modes personnels
(indicatif, subjonctif, impératif et conditionnel) et les modes impersonnels (l’infinitif,
le participe et le gérondif).

Remarque : Le conditionnel n’est pas considéré comme un mode mais plutôt


comme un temps verbal faisant partie du mode indicatif. La raison en est que partout
où l’indicatif est possible, le conditionnel l’est aussi.

a1- L’indicatif : il diffère des autres modes puisqu’il est le seul qui permet à
l’actualisation du procès et la situation d’un événement par rapport au moment de
l’énonciation. Il a beaucoup plus de temps que les autres ; dix temps : présent/passé
composé, imparfait/plus-que-parfait, passé simple/passé antérieur, futur simple/futur
antérieur, conditionnel/conditionnel passé.

a2- Le subjonctif : il présente quatre temps : subjonctif présent, imparfait, passé


et plus que parfait. Le subjonctif présent se distingue de l’indicatif présent au à la 4ème
et la 5ème personne ; il en diffère parfois même au niveau du radical, citons à titre
d’exemples :

(1) Vous rédigez, que vous rédigiez.

(2) Vous valez, que vous valiez.


Il apparaît généralement dans une subordonné introduite par que, par une
locution conjonctive se terminant par que ou par un pronom relatif, sans oublier les
tours archaïques :

(3) Je préfèrerais que tu me dises la vérité.

(4) Bien qu’il ait de la bonne volonté, il n’arrive pas à la réparer.

(5) Je cherche un mécanicien qui soit honnête.

(6) Béni soyez-vous.

(7) La paix soit avec vous.

a3- L’impératif : deux temps : impératif présent et passé. C’est le mode de


l’injonction. Son paradigme de conjugaison est défectif, il n’existe que pour trois
personnes : 2ème (va), 4ème (allons) et 5ème (allez). Parfois il est identique à l’indicatif
(marchons), parfois au subjonctif que tu sois courageux, sois courageux ; ayez du
courage, que vous ayez du courage). Il peut aussi avoir des formes qui lui sont
propres : sachons, savons, que nous sachions ; voulons, vouliez, veuillez.

a4 - Le conditionnel : la tradition grammaticale considère le conditionnel un


mode à part entière qui indique un procès dont la réalisation est la conséquence d’une
condition. Cependant, les emplois du conditionnel ne dépendent pas d’une condition.
En plus, il partage des caractéristiques communes avec le futur. Sur le plan
morphologique, on distingue deux formes du conditionnel à savoir une forme simple
appelée conditionnel présent, ex. il lirait et une forme composée appelée conditionnel
passé, ex. il aurait lu.

a5- L’infinitif : il peut apparaître à la même position qu’un SN : sujet, objet,


après certaines prépositions :
(8) Griller un feu rouge coûte cher.

(9) Il prétend avoir gagné.


(10) Il songe à déménager

(11) Sans se fatiguer, après avoir couru,

Sa nature verbale apparaît à partir du fait qu’il garde sa faculté de pouvoir être
suivi de ses propres compléments :

(12) Il voudrait avoir réussi à obtenir sa licence sans s’être donné la


peine de venir à toutes les épreuves.

a6- Le participe : il est souvent défini comme étant la forme adjectivale du


verbe, car il s’accorde avec le nom comme un adjectif. On distingue deux types : le
participe présent et le participe passé. C’est ce dernier qui partage plus d’affinités avec
l’adjectif. Les participes passés des verbes transitifs ayant un sens passif s’accordent
avec le nom auquel ils se rapportent sémantiquement :

(13) La princesse est pleurée de ses fans.

(14) Révoltés par ce jugement, les familles ont déposé un recours en


cassation.

(15) Les livres présentés ici ont eu tous un grand succès.

Les participes passés des verbes intransitifs conjugués avec l’auxiliaire avoir,
ceux des transitifs indirects sont invariables et ne s’emploient en général qu’aux temps
composés ; leur nature adjectivale ne se manifeste pas.

Les participes passés des verbes intransitifs conjugués avec être peuvent être
employés comme des adjectifs s’ils dénotent un état résultatif :

(16) Elle est morte

a7- Le gérondif est toujours précédé de en, il joue le rôle d’un complément
circonstanciel et possède certaines propriétés des adverbes. Ex. il ronflait en
dormant.

b- Le temps
La catégorie du temps permet de situer le verbe dans la chronologie. On distingue
les temps simples et les temps composés.

- Les temps simples : un verbe est conjugué au temps simple quand il est
formé d’un seul lexème (radical du verbe) recevant les marques du temps, du
mode, de la personne. (Exemple : je lis, je lus, je lisais, que je lise, que je lusse,
je lirais, lis, lire, lisant, lu, en lisant.)
- Les temps composés : une forme verbale composée est constituée de
deux lexèmes : le verbe au participe passé et l’auxiliaire être ou avoir conjugué
à un temps simple du mode indiqué et c’est l’auxiliaire qui porte les marque de
temps, de mode et de personne. (Exemple : j’ai aimé, j’avais aimé, j’aurais
aimé, j’aurai aimé, j’eus aimé, que j’aie aimé, que j’eusse aimé, aie aimé, ayant
aimé, en ayant aimé, avoir aimé.)
c- La personne et le nombre

La personne marque le rapport établi entre le verbe et son sujet selon qu’il
désigne la première personne, la deuxième personne ou la troisième personne.

La catégorie du nombre affecte les trois personnes qui ont un singulier et un


pluriel : je travaille, nous travaillons, tu travailles, vous travaillez et il/elle travaille,
ils/elles travaillent.

Un temps et susceptible de prendre six formes selon ces deux catégories


grammaticales. Par contre l’impératif ne comporte que trois formes : la première du
pluriel et la deuxième du singulier et du pluriel.

d- La voix

Cette catégorie grammaticale permet d’indiquer le rôle du sujet par rapport au


procès. On en distingue trois : la voix active, la voix passive (réservées aux verbes
transitifs) et la voix pronominale.

La voix active indique que le sujet est l’agent du procès.


(17) Les disciples de De SAUSSURE ont écrit le cours de linguistique
générale.

La voix passive indique que le sujet est patient du procès.

(18) Le cours de linguistique générale a été écrit par les disciples de


De SAUSSURE.

La voix pronominale indique que le sujet est au même temps agent et patient.

(19) Ce livre se vend bien.


1- La morphologie non-verbale ou nominale (chapitre 2)

Définition

La morphologie non-verbale concerne essentiellement la flexion non-


verbale ou ce qu’on appelle la flexion nominale qui regroupe les variations de
forme du nom et de l’adjectif. Elle concerne le genre et le nombre.

a- Le genre

Il est considéré comme une catégorie grammaticale qui se définit en


français comme l’opposition entre le masculin et le féminin.

Il est important de faire la distinction entre le genre et le sexe : le premier


étant une catégorie linguistique alors que le deuxième est connu comme une
catégorie basée sur des classes naturelles qui sont extralinguistique et donc cela
concerne les référents c’est-à-dire des fragments de réalité auxquels renvoient
les mots.

Lorsque les référents sont des animées, l’opposition de genre correspond


toujours à une opposition de sexe, mais c’est loin d’être la règle générale car
certains mots ne disposent que d’un genre alors que leurs référents se
répartissent en male et en femelle.

(1) Un moineau n’a pas de féminin.


(2) Une mésange n’a pas de masculin.

Et des individus d’un sexe peuvent se trouver identifier par un genre


opposé. Ex. une sentinelle (qui s’applique sur le masculin), un laideron (qui
s’applique sur le feminin).
Il n’y a pas une relation de réciprocité/correspondance, lorsque les référents
sont inanimées la répartition des mots qui les désignent en genre masculin et
féminin et arbitraires et imprévisibles.

Lorsque l’opposition de genre existe en correspondance avec une


opposition de sexe dans la réalité, elle se traduit par différents moyens.

b1- Les procédés de variation du genre

• Opposition lexicale : ex. homme/femme


• Variation du genre du déterminant : ex. une enfant/un
enfant
• Utilisation d’un mot classificateur qui s’adjoint à une
base invariable : ex. un ministre/ une femme ministre / un
professeur/ une femme professeur
• Variation d’un genre en suffixe : ex. : coiffeur/ coiffeuse/
acteur/ actrice
• Ajout du ‘’e’’ du féminin : ex. mineur/mineure,
sultan/sultane, veuf/veuve
• Ajout d’un suffixe : ex. âne/ânesse, traître/traîtresse
• Retrait d’un suffixe : ex. canard/ cane

Le choix du genre pour un nom donné n’est pas aléatoire, une variété de
facteur entre enjeu et déterminé. Ce choix est justifié par des facteurs
morphologiques. Par ex : les mots composés à base verbale sont généralement
masculin ainsi même la glace et boite son féminins, brise-glace et ouvrir-boite
sont masculins. De même, les verbes utilisés dont une fonction nominale comme
le manger sont généralement masculin : le boire et le faire.

Pour le substantif, la flexion n’apparait que comme l’un des moyens pour
marquer l’opposition de genre alors qu’elle est la seule utilisée pour l’adjectif.
Ainsi les règles principales de la flexion en genre pour l’adjectif sont les mêmes
pour le substantif lorsqu’ils s’y prêtent.
b2- Les règles de variation du genre de l’adjectif :

On forme donc le féminin de l’adjectif en appliquant plusieurs procédés


morphologiques.

• L’ajout d’un –e au masculin : ex. grand/grande, fin-fine


• Lorsqu’au masculin l’adjectif est terminé par une consonne,
celle-ci est souvent doublée au féminin :
✓ -Les adjectifs en –l forment leur féminin généralement en –
lle : ex. cruel-cruelle/mortel-mortelle/ visuel-visuelle.
✓ -Les adjectifs en –n forment leur féminin en –nne : ex.
bon/bonne, ancien/ancienne, chrétien/chrétienne, paysan/paysanne.
• Cependant les adjectifs en –ain, -ein, -un, -in ainsi que la
plupart des autres adjectifs en –an forment généralement leur
féminin par –ane : ex. commun/commune, plein/pleine.
• Les adjectifs en –et forment leur féminin en –ette : ex.
violet/violette
• Mais les adjectifs suivants (complet-complète, concret,
discret, inquiet, secret, replet) forment leur féminin en –ète
• Les adjectifs en –ot et –at forment leur féminin en –otte : ex.
sot/sotte, vieillot/veillotte.
• On peut trouver des adjectifs qui forment respectivement leur
féminin en –ate.
• Quelques adjectifs en –s, on double la consonne –sse : ex.
bas/basse, épais/épaisse, gras/grasse.
• D’autres forment leur féminin en –se : ex. gris/grise,
précis/précise.
• D’autres remplacent –s par –che : ex. frais/fraiche
• Les adjectifs qualificatifs en –eur forment leur féminin selon
plusieurs procédés –eur/-euse : ex. flatteur/flatteuse
• -eur/-trice ex : émetteur/émettrice, exécuteur/exécutrice.
• -eur/-eresse : ex. enchanteur/enchanteresse
• -eure/-eure : ex. antérieur/antérieure
• Certains adjectifs qui se terminent par –c ont un féminin en –
che : ex. franc/franche, blanc/blanche.
• Les adjectifs qui se terminent par –c ont un féminin en -que :
ex. public/publique, turc/turque grec/grecque.
• Les adjectifs en -f forment leur féminin en –ve : ex.
bref/brève, neuf/neuve
• Les adjectifs en -x forment leur féminin en –se : ex.
roux/rousse.
• Certains adjectifs en-x changent de morphèmes : ex.
doux/douce, vieux/vielle, faux/fausse.
• Certains adjectifs modifient leur consonne finale quant à la
variation finale : ex. malin-maligne, tiers-tierce.
• Certains adjectifs tel que aquilin, vélin, violat et bien d’autres
n’ont pas de féminin et ne peuvent se rapporter qu’à des noms
masculins. Ex. Un nez aquilin/ Le sirop violat (On ne peut pas
attribuer cet adjectif à un nom féminin).
• Certains adjectifs comme chic, kaki, snob, témoin sont
invariables au féminin : ex. une personne témoin, une chemise kaki,
une femme chic.
• Dans certains mots composés, l’adjectif grand en fonction
d’épithète le plus souvent antéposé et relié au nom par un trait
d’union reste invariable en féminin : ex. grand-père, grand-mère,
grand-messe.
a- Le nombre

Le pluriel des noms communs et des adjectifs se forment en ajoutant un –s au


singulier. Ex. Un livre rouge/des livres rouges

Plusieurs procédés gèrent la variation du nombre selon les procédés suivants :

• Les noms communs en –s, -x, -z restent invariables : ex. le


gros/les gros, le nez/les nez, le choix/les choix.
• Les noms communs et les adjectifs en –al forment le pluriel en –
aux : ex. animal-animaux.

Exceptions : bal, carnaval, cérémonial, chacal, festival, corral, récital, régal,


banal, natal suivent la règle principale qui est l’ajout d’un « s ».

• -Les noms et adjectifs en –eau, -eu, -au forment leur pluriel en


ajoutant un –x : ex. un bateau-bateaux, feu-feux

Par contre bleu et pneu suivent la règle principale

• Les noms communs en –ou forment le pluriel en –ous : ex. le


clou/les clous
• bijou, chou, caillou, hibou, joujou et genou forment le pluriel en –
x
• Les noms en –ail forment le pluriel en –ails : ex.
éventail/éventails, par contre les termes suivants : vitrail, bail, travail,
corail, email forment le pluriel en –aux : ex. vitrail/vitraux,…

NB Certains noms communs comme « argent » sont souvent utilisés au singulier.

• Il est à souligner, également, que les noms composés qui se présentent en


un seul mot forment le pluriel comme les noms simples. Ex. un parapluie-des
parapluies/ un entresol- des entresols.
• Si le nom composé est formé de :
✓ -Adj+Adj : les deux sont variables : ex. sourd-muet/sourds-muets.
✓ -Adj+nom : les deux sont variables : ex. un beau-frère/ des beaux-
frères
✓ -N+N : les deux sont variables : ex. un chou-fleur/ des choux
fleurs.
✓ -N+Adj : les deux sont variables : ex. un compte-rendu/ des
comptes-rendus.
✓ N+prép+N : le premier élément varie : ex. une pomme de terre/
des pommes de terre.
✓ N+nom invariable : le premier élément varie : ex. un timbre-
poste/des timbres-poste
✓ N invariable+N : le deuxième élément varie : ex. un haut-
parleur/des haut-parleurs
✓ V+N : le deuxième élément varie : ex. un tire-bouchon/des tire-
bouchons.
✓ Mot invariable+N : le deuxième élément varie : ex. un en-tête/des
en-têtes
✓ V+prép+v : tous les éléments restent invariables : ex. un va et
vient/ des va et vient.
I- Morphologie dérivationnelle

La morphologie dérivationnelle concerne la formation des mots et consiste


à la création de nouvelles unités lexicales par l’adjonction à une base d’un
suffixe ou d’un préfixe.

Les différents types de variation :

Selon la place de l’affixe dérivationnel et le mode de combinaison avec la


base, on distingue trois types de dérivation en langue française : la préfixation,
la suffixation, la formation parasynthétique.

1- Préfixation :

C’est un processus de formation qui consiste à adjoindre un préfixe à


gauche de la base. Ex. normal-anormal/Prendre-reprendre et bien d’autres cas
d’exemples.

Il est à noter que par opposition à la suffixation, la préfixation n’entraine


pas souvent la création d’un nouveau mot dont la catégorie morphosyntaxique
est différente de celle de la base.

2- Suffixation :

À l’inverse de la préfixation, la suffixation utilise un suffixe placé à droite


de la base. Ex. ranger/rangement, lent/lentement, etc.

Il est à souligner que dans certains cas les suffixes ont une fonction
sémantique comme les suffixes diminutifs. Ex. poule/poulette,
blanche/blanchâtre.

Les suffixes sont généralement considérés comme des indicateurs lexicaux


en situant les mots dans des registres de langue particulière. Ex. Appendicite/
encéphalite.
Par ailleurs les suffixes ont des valeurs grammaticales. Ils ont parfois un
rôle d’indicateur de classe. Ex. adjonction du suffixe –eur à une base
donnée forme un nom. Ex. blanc/blancheur

L’adjonction du suffixe –ment à un adjectif donne un adverbe. Ex.


calme/calmement

Parfois, il peut être un indicateur de genre (critère), à titre d’exemple, le


suffixe-eur permet la création d’un nom masculin et –euse permet la création
d’un nom féminin. Ex. un chanteur/une chanteuse, -trice permet de fabriquer un
substantif féminin. Ex. instituteur/institutrice.

3- Formation parasynthétique :

Ce mode de formation combine la préfixation et la suffixation, il se définit


comme l’adjonction simultanée verbe. Elle permet la création de substantif,
l’adjectif ou de verbe. La base sur laquelle peut se former un parasynthétique est
soit un substantif, soit un adjectif, soit un verbe. Ainsi, une base substantive
(nominale) peut entrainer la création de substantif, d’adjectif ou de verbe. Ex :
en-table-ment /a-dent-er /dé-myth-ifier/ é-hont-é. A une base adjectivale, on
peut entrainer la création de verbe. Ex. a-moind-ir/ a-plat-ir/ é-larg-ir /em-bell-ir.
A la base d’un verbe, on peut créer un adjectif. Ex. im-batt-able/ in-détermin-
able/ in-manqu-able.

Si on supprime un préfixe à ces mots, le résultat est défaillant. Ex. *table-


ment

4- Dérivation impropre :

Elle est en fait improprement nommée, puisqu’on n’a aucun caractère


morphologique et consiste simplement à faire changer un mot de catégorie
morphosyntaxique. Il lui attribuer des nominations nouvelles. Le mot qui est le
résultat de la dérivation impropre n’est pas affecté dans sa morphologie et
accepte les catégories grammaticales de la classe où il se trouve intégré. En
théorie, la dérivation impropre peut affecter toutes les classes lexicales (partie de
discours.) Ex. Un substantif peut devenir un adjectif : une classe-une voiture
classe. Un verbe peut également devenir un nom : sourire-le sourire/ savoir-le
savoir, etc.

5- Dérivation régressive :

La dérivation inverse, appelée également dérivation régressive consiste à


tirer un mot court plus simple d’un mot plus long. Ex. médecin/médecine,
chant/chanter, galop/galoper.
Chapitre 3 : La composition

C’est la formation d’unités morphosémantiques à partir d’au-moins deux


lexèmes. Ces deux lexèmes peuvent donc fonctionner de façon autonome (chou-fleur,
portefeuille) ou non (hippo (cheval) + drome (course)) → hippodrome (champ de
course).

Remarque : Pourquoi sommes-nous devant deux aspects de la composition ? la


réponse à cette interrogation est à chercher du côté de la distinction entre composition
et dérivation, qui est très complexe et n’a pas encore été résolue définitivement. En
effet, nous nous trouvons devant deux situations où il est difficile de trancher :

• Traditionnellement,

✓ la dérivation la suffixation ; tandis que

✓ La composition 2 lexèmes (chou-fleur, porte-fenêtre)

1 préfixe + 1 base (redire,


délaver). La raison en est que dans les langues classiques, beaucoup de préfixes sont
des adverbes ou des prépositions (mots autonomes)

in (dans) pro (en faveur de)

Ex. in extremis (à la dernière minute), in vitro (hors de l’organisme vivant), pro


domo (dévoué à sa propre cause), pro forma (établi à titre provisoire) …

• Mais pour le français, la situation est différente puisque la plupart des


préfixes ne fonctionnent jamais à l’état libre in-, dé-, a- …). Ainsi donc la
suffixation et la préfixation vont ensemble ici ; par conséquent, cette dernière
est exclue de la composition.
- la juxtaposition de 2 éléments qui peuvent servir de base à
des dérivés.

- cette définition est différente de la première (2 éléments


autonomes).

Ex. chou-fleur, porte-mine

anthropologie anthrope n’existent pas seuls mais servent aux


dérivés (cependant différents des préfixes
logie
et suffixes) : anthropien (de l’homme) ;
logistique (ensemble de méthodes).

• Par ailleurs, il existe des points communs entre composition et


dérivation :

Contre contr/er (base pour les dérivés) composition

contredire ; contrefaire commute avec les

redire ; refaire préfixes dérivation

dédire ; défaire

Ces lexèmes forment un tout indissociable (possibilité de commutation avec un


mot simple : chaise longue → fauteuil), qui exprime une notion unique (chou-fleur).

Généralement, le mot composé n’accepte ni insertion ni expansion (*chou de la


fleur ; *chaise très longue ; chaise longue et noire).

Il existe deux types de composition : l’une avec des éléments français


(composition populaire) et l’autre avec des éléments grecs ou latins (composition
savante).
1. La composition avec des éléments français :
Les composés sont ici formés avec des lexèmes français (souvent autonomes),
séparés par un trait d’union ou non.
On peut les classer, selon la nature grammaticale des constituants, en noms
composés, adjectifs composés, adverbes composés, mots de relation composés, etc..
1.1. Noms composés : plusieurs variétés sont à souligner, selon la
structure.
- N + N → chou-fleur ; wagon-restaurant ; café-crème …
- N + Prép + N (appelée synapsie par Benveniste) → pomme de
terre ; machine à laver ; pot-au-feu (viande cuite dans un bouillon de
légumes) ….
- N + Adj → coffre-fort ; blé tendre ; blé dur …
- V + N → portemanteau ; cache-cou ; chauffe-eau …
- V + Prép + N→ tire-au-flanc (paresseux) ; boit-sans-
soif (ivrogne) ; boute-en-train (pers. qui met en gaieté) …
- V + V → savoir-vivre ; savoir-faire ; laissez-passer …

1.2. Adjectifs qualificatifs composés :


- Adj + Adj → sourd-muet ; ivre-mort ; court-vêtu ; mi-clos,
clairsemé …
- Adj + N → bon marché ; dernier cri ; pur fil ; nu-pieds …

1.3. Pronoms composés :


- Celui-ci (Pr. démonstr.) ; quelqu’un (Pr. indéf.) ; n’importe qui
(Loc. pronom.) ; ce qui (Loc. pronom.) ; moi-même (Pr. pers.) …

1.4. Verbes composés : ils sont très rares en français.


- V + N → prendre fin ; prendre feu (s’enflammer)
- V + Art + N → prendre la fuite ; prendre la croix (religieux : partir
en croisades)
- N + V → maintenir
- En complément + V → en venir à …
1.5. Adverbes composés :
- Sur-le-champ ; à brûle-pour-point (brusquement) ; à vau-l’eau (se
perdre, péricliter) ; cahin-caha (péniblement) ; à la dérobée (en cachette) …
1.6. Prépositions et conjonctions composées :
- Afin de (Loc. prép. de but) ; à cause de (Loc. prép. de cause) ;
grâce à (Loc. prép.) ; parce que (Loc. conj. de cause) ; de façon que (Loc.
conj. de conséquence) ; étant donné (Loc. prép.) …

2. La composition avec des éléments grecs ou latins :


Il s’agit essentiellement de mots utilisés dans le domaine scientifique et
technique. En voici quelques formes :
forme sens exemple
-algie douleur nostalgie
aéro- air aérodrome
anthropo- homme anthropologie
-archie gouvernement monarchie
biblio- livre bibliothèque
bio- vie biologie
-céphale tête bicéphale
chrono- temps chronologie
cosmo- univers cosmonaute
-cide tuer Insecticide
-cole cultiver agricole
crate puissance démocrate
déca- dix décamètre
démo- peuple démographie
-fère porter mammifère
-fuge fuir, faire fuir centrifuge (≠ centripète)
-game se marier monogame
gastro- estomac gastronome
géo- terre géologie
-graphie décrire, inscrire photographie
hecto- cent hectolitre
hippo- cheval hippodrome
hydro- eau hydravion
kilo- mille kilogramme
litho- pierre lithographie
-logie étude phonologie
micro- petit microscope
mégalo- ; grand mégalopole ; mégaphone
méga-mono- un seul monoplan
-moteur mouvoir cyclomoteur
-phile qui aime francophile
-phobe qui hait germanophobe
photo- lumière photographie
poly- plusieurs polysémie
proto- premier prototype
pseudo- faux pseudonyme
psycho- âme psychologie
radio- rayon radiographie
-thèque placer bibliothèque
-thérapie soigner psychothérapie
thermo- chaleur thermomètre

3. Pluriel des noms composés


a) N.C soudés ont un pluriel communs → passeports, pseudonymes,
bibliothèques.
Exceptions : bonshommes, gentilshommes, messeigneurs, mesdames, messieurs,
mesdemoiselles.
b) Un élément invariable + N ou Adj : N et Adj varient → avant-derniers,
haut-parleurs, non-lieux, à-coups (secousses, heurts).
c) N + Adj / Adj + N / Adj + Adj : les deux varient généralement →
chaises longues, coffres-forts, grands-pères, basses-cours, sourds-muets.
Cependant, - l’adj « grand » ne varie pas dans les N.C. féminins (grand’-
mères, grand-messes).
- le 1er Adj reste invariable quand il est pris adverbialement (nouveau-nés,
blanc-poudrés).
d) N.C. formés de 2 N. coordonnés : les 2 varient → chefs-lieux, loups-
garous.
Mais - si l’un des 2 N. dépend de l’autre auquel il se rattache ou non par
une préposition, le N. dépendant reste invariable (timbres-poste, arcs-en-ciel, appuis-
main).
- Parfois cependant, le sens exige pour le second N. (et aussi pour
le 1er) une forme unique aux deux nombres (une bête-à-cornes/des bêtes-à-cornes ;
un/des coq-à-l’âne ; un/des pot-au-feu ; un/des tête-à-tête).
e) N.C. constitués de V + COD : ce dernier varie ou non (cf. Le Bon
Usage) :
→ accroche-cœurs, couvre-chefs, couvre-feux …
→ abat-son (mais Petit Robert, 2007 : des abat-sons, lames destinées à renvoyer
le son des cloches vers le sol), casse-tête, porte-bonheur …
- Dans certains cas, le N.C. a la même forme aux deux nombres : un/des brise-
lames (barrage), un/des compte-gouttes, un/des porte-avions.
f) Dans N.C. les mots étrangers restent invariables : post-scriptum,
pick-up, vice-rois.
g) Le 1er élément d’un N.C., qui se termine par –o, ne varie pas :
Anglo-Saxons, pseudo-prophètes …

4. Autres formes de composition


4.1. Les conglomérés : c’est un mot nouveau constitué d’un syntagme
qui comporte plus de deux éléments.
- Syntagme Prédicatif → N : un va-nu-pieds (V + Adj + N),
un meurt-de-faim (V + Prép + N)
- Loc. adv : dorénavant (d’ore en avant), désormais (dès or mais),
auparavant (au par avant).
Un congloméré est ainsi une construction complexe qui se soude en un bloc dont
les éléments sont aisément repérés ou non : un justaucorps (juste au corps), un
gendarme (seul le pluriel « gens » permet la reconnaissance).

4.2. La synapsie
C’est Emile Benveniste qui a forgé le terme de synapsie, pour distinguer ce
phénomène de la composition et de la dérivation. En effet,
- la composition = formation d’une 3ème unité à sens unique et constant, à
partir de deux autres unités identifiables. Elle est de deux types :
▪ greco-latine → centimètre, palmipède (oiseau à pattes palmés :
oie, pingouin), télégraphe ;
▪ française → portefeuille, orfèvre (fèvre : artisan fabriquant des
objets avec des métaux précieux), betterave (blette : plante voisine de la
betterave), averse (à la verse, à verse).
- la dérivation = adjonction d’un affixe (préfixe ou suffixe) à un radical,
dans le but de former un mot nouveau (re- + faire = refaire ; porter + -able =
portable).
- la synapsie = type de composition qui consiste en un groupe de lexèmes,
reliés par différents procédés et fournissant une désignation spécifique et
constante : pomme de terre ; robe de chambre ; clair de lune ; plat à barbe
(bassin ovale). Nous parlons de jonction, de collection de choses jointes.
Par ailleurs, la synapsie ne comporte pas d’éléments greco-latins et c’est un
phénomène très productif actuellement, surtout dans le langage technique : modulation
de fréquence (en radio, opération par laquelle on fait changer de fréquence pour
transmettre un message), avion à réaction …
La synapsie se distingue en outre par un certain nombre de traits définitoires qui
la caractérisent par opposition à la composition et à la dérivation :
1. la liaison entre ses membres est de nature syntaxique, par
opposition à la relation morphologique qui unit les éléments de la
composition (trait d’union, finale -o) → pomme de terre / chou-fleur ;
sino-japonais.
2. l’ordre des mots, Déterminé + Déterminant :
machine à coudre (Inf),
Dété Détã
hirondelle de mer, pain de mie.
3. l’utilisation des joncteurs qui sont des mots de relation
spécifiques unissant les deux termes de la synapsie : à, de, pour
(rarement).
Machine à vapeur ; pied de veau (plante) ;
Dété Détã
Gardien d’asile de nuit
synaptique

subsynaptique

Rqs : ♦ le Détã , qui est précédé de « à », ne peut jamais être un humain sinon il a
un sens péjoratif ou négatif : bouge à matelot (logement misérable) ; fille à soldat ; fils
à papa. Par conséquent, dans ce type d’emploi, la préposition « pour » se substitue à
« à » : tailleur pour hommes ; coiffeur pour dames.
♦ « à » et « de » peuvent avoir plusieurs sens, au niveau du Détã (N2) :

-à la destination (salle à manger ; parc à bestiaux)

la caractéristique distinctive (serpent à sonnette ;


bête à cornes)
l’agent moteur quand l’ensemble désigne une
machine (moulin à vent ; lampe à pétrole.
- de • le Détã est le tout virtuel dont le Dété désigne une partie
peau de renard ; Pied de table
métaphoriquement : tête de loup (balai pour nettoyer le
plafond) ; pied de biche (levier de dentiste) ;

• la circonstance à laquelle l’objet appartient (fusil de


chasse ; chemise de nuit ; salle de jeux) ;

• la classe d’individus à laquelle le Dété est attribué (robe


d’avocat ; voiture d’enfant).

4. Les éléments de la synapsie ont une forme lexicale pleine,


par opposition à la composition (arabo-musulman) et à la dérivation
(port/able) : tête à queue (dérapage d’une voiture).
5. le Détã n’est jamais précédé de l’article : table de travail ≠
table pour le travail.
6. la possibilité d’expansion au niveau des deux constituants
(≠ composition) : machine à écrire → belle machine à écrire (+ rouge) ;
bête à cornes → bête à petites cornes (≠ porte-avions / *porte les avions).
7. Monosémie du Sé qui a un sens unique et constant :
fil de fer (matière métallique) ; fer à repasser (monosémiques)
≠ fil (= de couturière, de métal, du téléphone …
fer (= métal, minerai, …) Polysémie

8. enfin, selon nous, les lexèmes composant la synapsie


n’admettent pas de substitution (≠ composition) : chemin de fer →
*voie de fer ≠ porte-manteaux ; porte-avions ; porte-clefs.

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