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EUROCOMBATE

l n'y a pas de "bonnes" raisons pour soutenir les Palestiniens.


L'Europe ne doit défendre que ses seuls intérêts géopolitiques
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Nato and the architects of the american lebensraum. American
Blueprint for World Hegemony
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Hommage à Paul Chambrillon (1924-2000). Un gran vivant
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In memoriam. Paul Kleinewefers (1905-2002)
[Robert Steuckers] >>> francés | français
Entretien avec Günter Maschke. De la misère allemande actuelle
[Jürgen Schwab] >>> francés | français
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EUROCOMBATE

Il n'y a pas de "bonnes" raisons pour soutenir les


Palestiniens.
L'Europe ne doit défendre que ses seuls intérêts
géopolitiques
Synergies Européennes

1. L'Europe a payé des infrastructures pour les cités ou les camps des
Palestiniens. Toutes les infrastructures détruites par l'armée israélienne
doivent être remboursées à l'Europe, ou reconstruites aux frais de l'Etat
d'Israël. Dans des délais très brefs qui doivent être imposés par l'Europe,
si possible avec le concours diplomatique de la Russie et sans ingérence
aucune des Etats-Unis ou de la Turquie.

2. Israël doit présenter ses excuses à l'UE en général et à l'Espagne en


particulier, pour avoir éconduit Solana et Piqué. Les relations avec l'Etat
d'Israël doivent être réduites au minimum tant que les infrastructures
détruites n'ont pas été entièrement reconstruites et tant que le
gouvernement Sharon n'a pas humblement demandé pardon pour la
grossièreté dont il a fait preuve à l'égard de MM. Solana et Piqué.

3. L'Europe a un droit de regard historique sur l'espace sis entre le Canal


de Suez et le cours supérieur de l'Euphrate en Syrie. Cet espace doit être
un espace de paix; tous les fauteurs de troubles de cette région, qu'ils
soient chrétiens, juifs ou musulmans doivent être combattus. Le
romantisme adolescent qui soutient soit les Palestiniens parce qu'ils font
exploser des bombes dans des supermarchés soit l'armée israélienne parce
qu'elle caracole dans des bidonvilles avec des chars lourds ne sont pas des
prises de position politiques concrètes mais l'expression de névroses et
d'éthiques stériles de la conviction, contraires diamétraux de l'éthique de
la responsabilité, seule fondatrice de durées politiques.

4. La Russie peut partager avec l'Europe ce droit de regard.

5. Les Etats-Unis n'ont aucun droit historique à intervenir ou à asseoir


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une présence dans cette région.

6. Le futur tandem Europe/Russie doit protéger l'intégrité physique des


populations musulmanes, chrétiennes et juives de Palestine, qu'elles
soient de souche ou issues de la diaspora. Pas question de soutenir un
terrorisme, quel qu'il soit: ni sioniste, ni intégriste-musulman (Hamas,
etc.), ni maronite ou autre.

7. Israël a raison de défendre et de venger ses morts, mais pas en


détruisant les biens que l'Europe a offert aux Palestiniens. Les
Palestiniens également ont le droit de venger leurs morts, mais pas
d'avaliser un terrorisme aveugle qui frappe des civils innocents. La
spirale de la haine est inévitable tant qu'une puissance impériale n'impose
pas la paix. Les Etats-Unis en sont incapables et ne le désirent pas
vraiment, leur système politique reposant sur des délires modernes, sur la
fringale acquisitive de l'économicisme et non pas sur des traditions
anciennes, éprouvées par l'histoire. Washington n'est pas Rome en dépit
de ses incommensurables prétentions.

8. Le conflit israélo-palestinien a pour enjeu concret la maîtrise de l'eau


(sources et nappes phréatiques), dans une région qui n'est pas faite pour
abriter une population aussi dense; par conséquent, la politique sioniste
de faire venir un nombre illimité d'immigrants juifs est irréalisable, vu les
contraintes d'ordre géologique, physique et hydrographique. De même, la
démographie galopante et la "guerre des ventres" menée par les
Palestiniens et les Palestiniennes est condamnée à l'échec. Le débit du
Jourdain se réduit d'année en année, désertifiant définitivement cette
magnifique vallée historique, ce qui constituera une perte irréparable pour
l'humanité toute entière, catastrophe dont les zélotes de tous poils
semblent ne pas être conscients.

9. La Turquie, qui aurait pu exercer un rôle impérial, de facture ottomane,


dans la région, est coupable, elle aussi, de la tragédie actuelle, dans la
mesure où elle assèche la Syrie et l'Irak par sa politique de construire des
barrages sur le cours supérieur de l'Euphrate et du Tigre. Cette région, où
l'eau est de fait une denrée rare, se trouve encore davantage fragilisée en
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ce domaine.

10. Le destin du Moyen-Orient implique une politique générale de


pacification, où l'Irak de Saddam Hussein a un rôle clef à jouer. Le
développement industriel et agricole de l'Irak ne peut profiter qu'à toutes
les populations de la région. Les Etats-Unis portent aujourd'hui la
responsabilité de freiner cet essor salvateur, notamment capable
d'absorber une partie du surplus démographique palestinien. De même,
les archaïsmes de l'Arabie Saoudite, alliée majeure des Etats-Unis,
empêchent un développement harmonieux et une circulation optimale des
populations dans l'aire culturelle arabo-islamique.

11. Par conséquent: a) il faut que la Turquie renonce à ses projets de


barrage; b) il faut laisser libre cours au développement industriel et
agricole de l'Irak; c) il faut se débarrasser des archaïsmes saoudiens et
briser l'alliance qui unit Saoudiens et Américains, source de désordre et
d'injustice sociale; d) il faut promouvoir dans toute la région l'idéal
baathiste; e) il faut déconstruire les fanatismes religieux en suscitant des
références constantes aux grands empires pacificateurs, pré-chrétiens et
pré-musulmans, qui ont harmonisé jadis la région; f) il faut que l'Europe
parie sur la Syrie et sur l'Irak, ses meilleures cartes arabes potentielles, ce
qui implique de combattre la politique turque d'assécher ces deux pays et
la politique américaine de maintenir l'Irak en état de sous-développement
industriel et agricole; g) il faut que l'Europe commence à acheter
systématiquement ses hydrocarbures en Russie ou dans les ex-
républiques centre-asiatiques de l'ex-URSS; h) le tremplin de cette
politique pourrait être l'île de Chypre, où il faut soutenir à fond la
communauté grecque cypriote, lui fournir un armement de pointe,
notamment des missiles qui seraient à même de frapper Ankara et
Istanbul, à la moindre velléité turque de prendre pied au sud de la ligne de
démarcation, dès qu'un incident entraînant mort d'homme sur cette même
ligne de démarcation a lieu, à la moindre velléité de reprendre une
politique hydraulique contraire aux intérêts de l'Irak et de la Syrie (atouts
de la carte arabe de la grande politique planétaire d'une Europe digne de
ce nom); i) les Balkans étant le tremplin vers l'Egypte, l'Europe doit
impérativement rompre avec la politique que lui a imposée Washington,
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renouer et réarmer la Serbie, cesser de soutenir la Bosnie et l'Albanie,


organiser un embargo contre ces deux républiques avec la même rigueur
que l'actuel embargo imposé par Washington à l'Irak, organiser l'axe
Belgrade-Skopje-Salonique, prolongement de l'Axe Rotterdam-Vienne-
Budapest), soutenir la Grèce dans toutes ses revendications en Egée
(toute agression turque contre la Grèce valant une agression directe
contre l'Europe et la Russie), organiser une flotte en Mer Noire, soutenir
l'Arménie de concert avec la Russie (même statut que la Grèce: toute
agression de l'Azerbaïdjan ou de la Turquie contre l'Arménie équivaut à
une agression contre l'Europe).

12. C'est par une politique de grande envergure, par un grand projet
géopolitique cohérent, que l'on sauvera et le peuple palestinien et le
peuple irakien, et la Syrie et le Liban, et le peuplement juif et les
communautés chrétiennes du naufrage, de l'horreur et de la guerre
perpétuelle. Et certainement pas par une politique de soutien à des zélotes
écervelés, qu'ils soient israéliens ou palestiniens, ou par des pétitions de
principe qui ne valent pas le papier sur lequel elles sont imprimées.

[10 davril 2002]

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Nato and the architects of the american lebensraum


American Blueprint for World Hegemony
Nikolaj von Kreitor

It was John OSullivan who in 1845 formulated the concept of American


Lebensraum - the Manifest Destiny Doctrine. He coined the term to
signify the mission of the United States "to overspread the continent
allotted by Providence for the free development of our yearly multiplying
millions."(1) For Josiah Strong, the American missionary imperialist par
excellence, the Manifest Destiny had geopolitical destinationthe creation
of a world empire. The America would be the greatest of all empires.
"Other nations would bring their offerings to the cradle of the young
empire of the West, as they had once taken their gifts to the cradle of
Jesus."(2) Since the destiny and its destination were preordained by God,
Americans possessed supreme title to space, preempting and superseding
the right of others. Combined with the Monroe Doctrine, the theological
rationale of the Manifest Destiny Doctrine provided an almost
evangelical explanation of the geopolitical manifest design to conquer
and subjugate space, first the whole Western Hemisphere and then,
beginning with the war against Spain in 1898, the whole world. As Carl
Schmitt has pointed out, in 1898 USA embarked on a war against Spain
and latter against the world which has not ended yet. In this context the
American war against Yugoslavia is only a continuation of the one
hundred years war which the United States began in 1898.

In the history of the United States the expansionist impulse has been as
powerful as religion. The continuity of American expansionist war aims
since the time of the Manifest Destiny Doctrine has been the most
predominant feature of American foreign policy in which the three
components of American expansionist Weltanschauung confluence: The
Manifest Destiny Doctrine the theological component conquest
preordained by God and Providence to carry the will of the Almighty, and
subsequently, conquest to establish democracy or in the interests of
democracy or mankind, The Monroe Doctrine -the geopolitical
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component and the Open Door Doctrine the economical component.

It was at the end of the last century that the intellectual foundations of the
American geopolitical doctrine were formulated by Frederick Jackson
Turner, Brooks Adams, admiral Mahan, and its implementation begun by
Theodore Roosevelt and subsequently Woodrow Wilson. The
geopolitical concepts advanced by Frederick Jackson Turner, Brooks
Adams and admiral Mahan "became a world view, an expansionist
Weltanschauung for subsequent generation of Americans and ...
important to understand Americas imperial expansion in the twentieth
century," writes the noted American historian William Williams. The
policies of American Lebensraum, called "Open-Door" imperialism, and
the enlargement of the American empire through expansion of the
perimeter of the Monroe Doctrine, is the explanation of Americas foreign
policy during this century, including the present policies of NATO
expansion, assertion of American preponderance of power over the whole
Eurasia and the war against Yugoslavia.

The architects of the American Lebensraum provided also the rationale


for NATO. NATO as a geopolitical construct is firmly anchored in the
"Frontier thesis" of the American expansionist foreign policy, appearing
as a function and instrument of the Atlantic Grossraum, as envisioned by
Turner, Adams and Mahan. Or as Senator Tom Connally stated: "the
Atlantic Pact is the logical extension of the Monroe Doctrine". The
creation of the NATO signified the extension of the Monroe doctrine to
Europe - Europe would become for the United States another Latin
America, points out the American historian Stephen Ambrose. (3)

Frederick Jackson Turners main concept was that Americas uniqueness


was the product of an expanding frontier. He defined American historical
existence as perpetual geopolitical expansion toward new frontiers in the
West. "The existence of an area of free land, its continuous recession,
and the advance of American settlement westward explains the
American development"(4) The "universal disposition of the
Americans", an "expanding people, is to enlarge their dominion" and that
the ongoing geopolitical enlargement "is the actual result of an expansive
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power which is inherent in them"(5), claimed Turner. Thus American


history is a history of "continually advancing frontier lineThe frontier is
the line of most rapid and effective AmericanizationMovement has been
its dominant, and the American energy will continually demand a wider
field for its exercise"(6)

The other idea ( in the American imperialist Weltanschauung) is the


thesis of Brooks Adams that Americas uniqueness could be preserved
only by a foreign policy of expansionism."(7) Adams idea was calculated
to preserve Turners explanation of American past and project it into the
future. "Taken together, the ideas of Turner and Adams supplied
American empire builders with an overview and explanation of the world,
and a reasonably specific program of action from 1893 to 1953", points
out William Williams. "Expansion was the catechism by this young
messiah of Americas uniqueness and omnipotence...Turner gave
Americans a nationalistic world view that eased their doubts... and
justified their aggressiveness."(8) Turner, looking at the American past,
saw in the final conquest of West the realization of Manifest Destiny in
the Western Hemisphere. Adams saw the coming new frontier - the
whole world. His mondial vision was inevitable leading to a one world
empirethe American World Empire, not plurality of Grossraüme or
Panregions, as envisioned by Carl Schmitt or general Haushofer.

Brooks Adams The Law of Civilization and Decay(9) (1895) was "a
frontier thesis for the world."(10) He propounded a policy of aggressive
expansionism designed to make Asia an economic colony, allowing
America to acquire a large new frontier in Asia. Essentially the conquest
of Eurasia was commenced then. "One even reissued his foreign policy
recommendations of the 1890s as a guide for the United States in the
Cold War,"(11) points out William Williams. In his book "American
Empire"(12) (1911) Brooks Adams envisioned the coming of the
American world empire and the conquest of all Eurasian geopolitical
space. Theodore Roosevelts, and Woodrow Wilsons interpretation of the
westward movement as a civilizing conquest of Eurasia was influenced
by the works of Turner and Adams. Adams" use economic and military
power to expand the frontier of the United States westward"(13)
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Brooks Adams expansionist design was the foundation of American


foreign policy expansionism first in Asia, then in Europe. "Wilson relied
extensively on Turners frontier thesis in presenting his own interpretation
of American history" All I ever wrote on the subject came from him",
pointed Woodrow Wilson.(14) Borrowing from the vocabulary of the
Manifest Destiny Doctrine - Wilsons slogan "World safe for democracy"
- meant in reality world safe for policies of American Lebensraum. As
Williams adds " even more than in the case of Theodore Roosevelt, the
policies of Woodrow Wilson and subsequently Franklin Delano
Roosevelt were classic Turneris.(15) Turners frontier thesis made
democracy (i.e. American dominion ) a function of an expanding
frontier." F.D. Roosevelt has always been ...a Turnean in foreign policy...
Roosevelt s Turnerism was meanwhile blended with the realpolitik of
Adams." (16)

Woodrow Wilson was the first who gave a glimpse of the coming
American world hegemony. Already conceiving Great Britain subjugated
by the United States and thus John Bull transformed to an obedient
servant of the overseas Atlantic Master, Adams saw the main enemy in
continental Europe.

"The acceleration of movement, which is thus concentrating the strong, is


so rapidly crushing the weak that the moment seems at hand when two
great competing systems will be pitted against each other, and the
struggle for survival will begin...Whether we like it or not, we are forced
to compete for the seat of international exchange, or, in other worlds, for
the seat of empire.....Our adversary (France, Germany and Russia) is
deadly and determined...If we yield before him, he will stuffle us" (17)

Economic supremacy, claimed Adams, was the basis for all power (18).
Free trade and economic internationalism i.e. international economy
under American control, was the key to world domination. "Adams
argued that the United States must take an increasingly large role in
policing the world order. "Economic (and moral) power had to be
translated into military power if America was to have, as Franklin D.
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Roosevelt (influenced by Adams) put it, its "rendezvous with destiny".


(19) Adams American Economic Supremacy (20)(1900) was the old
handbook for American empire builders.

Childs writing in 1945 pointed out: "If Adams had written last year, for
publication this year, he would have had to alter scarcely anything to
relate his views to the world of today"(21). The same is true for the
period after 1991. The father of containment George Kennan, in
explaining and defending the policy of containment, mentioned Adams as
one of the small number of Americans who had recognized the proper
basis of foreign policy...Kennans analysis and argument was in many
respects similar to that of Adams."(22) The Truman Doctrine was a
classic example of the Frontier Thesis designed to facilitate American
expansionism, and in one speech Truman called it "The American
Frontier".

"By the end of W.W.II, American leaders were thinking even more
explicitly within the pattern evolved in the 1890s."(23) "Like a good
many aspect of 20th century American history, the military definition of
the world was a direct product of the frontier-expansionist outlook.(24)

Admiral Mahan provided the earliest rationale for NATO. "Expressing


himself in a menacing and efficient attitude of physical force", Mahan
envisioned a future in which the industrial expansion led to a rivalry for
markets and sources of raw materials and would ultimately result in need
of power to open and conquer new markets. Sea power was the ultimate
vehicle for this expansion, the new "open door colonialism demanded the
services of American navy.

As Walter LaFeber points out, Mahan summarized his theory in a


postulate : "In these three thingsproduction, with the necessity of
exchanging products, shipping, whereby the exchange is carried on, and
colonies...is to be found the key to much of the history, as well as the
policy, of nations bordering on the sea"(25) Production leads to a need
for shipping, which in turn creates the need for colonies.(26)

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John Hays "Open Door Notes" - the proclamation of American


Lebensraum in 1899, and 1900 signified the beginning of the American
commercial invasion of the world, the future American imperialist
expansionism through the policy of Open Door.(27) As I have already
pointed out Woodrow Willsons words "World safe for democracy"
translated in reality "World safe for American Lebensraum". Wilson saw
overseas economic expansion as the frontier to replace the American
continent that has been conquered. In a section of volume V of his
"History of the American People", which reads as a paraphrase of essays
written by Brooks Adams, Wilson claimed that United States is destined
to command "the economic fortunes of the world" through the "Open
Door" expansionism. "Diplomacy, and if need be, power, must make an
open way." In a series of lectures at Columbia University in April of
1907, he was even more forthright:

"Since trade ignores national boundaries and the manufacturer insists on


having the world as a marked, the flag of his nation must follow him, and
the doors of the nations which are closed must be battered
downConcessions obtained by financiers must be safeguarded by
ministers of state, even if the sovereignty of unwilling nations be
outraged in the process. Colonies must be obtained or planted, in order
that no useful corner of the world may be overlooked or left unused"(28).

F. D. Roosevelt conceived his New Deal in geopolitical tradition of


Turner and Adams (29) the New Deal as a New Frontier. American
freedoms could not be preserved in a frontierless society. United States
was again in search of new frontiers. "To expand the Open Door Policy to
the world" became the leitmotiv of American foreign policy.(30) The
Secretary of Commerce said: "We cannot permit the door to be closed
against our trade in Eastern Europe anymore than we can in China."(31)
The Secretary of State Hughes extended the Open Door Policy to all
European colonies and Eastern Europe(32). The Cold War was about the
opening of the Russian and the Eastern European frontiers for American
expansionism and Open Door imperialism. The policy of "containment", i.
e. the traditional blockade of the Fortress Heartland served the same
purpose. Austin Bears had challenged in 1934 the New Deal (Roosevelts
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Administration) to break with the expansionist tradition. He implied that


the New Deal would be involved in another war for empire. Speaking
through the National Foreign Trade Council the corporation community
opposed Beard resolutely: "National self-containment has no place in the
economic policy of the United States."(33)

"American leaders predicted that commercial expansion, as long as the


door remained open, would provide the United States with the economic
advantages of a formal empire without the political responsibilities and
moral liabilities connected with colonies"(34) Nevertheless the end result
of the "Open Door" expansionism was the economic colonization of new
geopolitical space. As the German geopolitician Otto Maull remarked:
"Complete economic penetration is the same as territorial occupation".
"Open Door" warfare inevitably leads to "Open Door " occupation.

AMERICAN BLUEPRINT FOR WORLD HEGEMONY

The British geopolitician Peter J. Taylor introduces in his book "Britain


and the Cold War.1945 as Geopolitical Transition" the concept of
"Geopolitical world order" which denotes a geopolitical regime of
hegemony by a historical country- hegemon in the international word-
system and points out that "the geopolitical order that preceded the Cold
War has been termed the World Order of the British Succession."(36)
Both Nazi Germany and the United States had identical plans for
Weltherschaft and both countries were involved in a struggle for world
hegemony as successor of the previous geopolitical order of Pax
Britannica. "we can interpret the two world wars as contests for the
British succession between Germany and USA"(37). As a result of the
World War II the dominant British political empire was replaced with a
new American economic empire.(38) Already prior to World War II
United States began to plan for the coming American world hegemony.

The minutes of the closet meetings that were held between the State
Department and the Council on Foreign Relations beginning in 1939
explicitly detail the role of the U.S. as a replacement for the British...The
minutes of the Councils Security Sub-Committee of the Advisory
12
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Committee of the Post-War Foreign Policy set the likely parameters of U.


S. post-war foreign policy: ..the British Empire as it existed in the past
will ever reappear and...the United States may have to take its place....
The US must cultivate a mental view toward world settlement after this
war which will enable us to impose our own terms, amounting... to Pax
Americana.(39) . Americans could retain their vitality only by accepting
the logic of endless expansionism.(40) In 1942, the Councils director,
Isaiah Bowman, wrote, The measure of our victory will be the measure of
our domination after victory...(The US must secure areas) strategically
necessary for world control."(41)

The War and Peace Studies Project, initiated by the Council on Foreign
Relations during the F.D. Roosevelt Administration immediately prior to
the Second World War, was then the master plan and blueprint for a new
global order for the postwar world, an order in which the United States
would be the dominant power...The War and Peace Studies groups, in
collaboration with the American government,worked out an imperialistic
conception of the national interests and war aims of the United States."
The American imperialism "involved a conscious attempt to organize and
control a global empire. The ultimate success of this attempt made the
United States...the number one world power, exercising domination over
large sections of the worldthe American empire... Such blueprinting was
by its very nature determining the national interest "(42) of the United
States....The purpose of postwar planning was the creation of an
international economic and political order dominated by the United States.
(43)

Isaiah Bowman, Franklin Delano Roosevelts chief geopolitician, defined


the foreign policy objectives of the United States as pursuit of global
policy of American Lebensraum in response to Nazi Germanys
Lebensraum. Thus the war aims of United States and nazi-Germany were
identical. Bowman in collaboration with H.F. Armtrong even secured an
article from MacKinder on the danger of a strong Soviet Union which
was published in Foreign Affairs under the title "The Round World and
the Winning of the Peace"(44)
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The article is remarkable because in it the old British imperialist


MacKinder in essence argues for transformation of the British Empire
into an American dependence and for the establishment of American
hegemony in Europe: "Britainmoated strongholda Malta on a grander
scale (for the westward movement of the American empire) and France as
a defensible bridgehead"(45)

Memorandum E-B19 concluded with a statement of the essentials for the


United States foreign policy, summarizing the "component parts of an
integrated policy to achieve military and economic supremacy of the
United States within the non-German world." Another main element was
the "coordination and cooperation of the United States with other
countries to secure the limitation of any exercise of sovereignty by
foreign nations that constitutes a threat to the minimum world area
essential to the security and economic prosperity of the United States and
the Western Hemisphere."(46)

At a meeting on October 19, 1940 Leo Posvolski, the Department of


States chief postwar planer, "agreed with the Councils initial blueprint for
world power. His belief that the United States had to have more than just
the Western Hemisphere as living space is indicated in his statement that
if you take the Western Hemisphere as the complete bloc you are
assuming preparation for war(47). Posvolski thus felt that the United
States would have to go to war to gain more living space if limited to the
Western Hemisphere, a conclusion clearly following from the Councils
work."(48) American economy need an elbow room, a new extended
living space in order to survive without major readjustments, claimed the
planners of the Council on Foreign Relations. That elbow room was
conceptualized as the Grand Area, (Grossraum) the United States -led
non German bloc which the United States during 1941 called "world
economy"(sic!).

The Economic and Financial Groups studies had shown how dangerous a
unified Europe, with or without Nazi domination, would be to the United
States. Hamilton Fish Armstrong pointed out in mid-June 1941 that a
unified Europe could not be allowed to develop because it would be so
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strong that it would seriously threaten the American Grand Area. Europe,
organized as a single entity, was considered fundamentally incompatible
with the American economic system."(49)

AMERICAS MINIMUM LEBENSRAUM - THE GRAND AREA

The extensive studies and discussions of the Council group determined


that, as a minimum, most of the non-German world, as a new American
Grand Area, was needed for elbow room. In its final form, it consisted of
the Western Hemisphere, the United Kingdom, the remainder of the
British Commonwealth and Empire, the Dutch East Indies, China and
Japan itself.(50)

Noam Chomsky summarizes the concept of American Lebensraum: "The


Grand Area was to include the Western Hemisphere, Western Europe, the
Far East, the former British Empire (which was being dismantled), the
incomparable energy resources of the Middle East (which were then
passing into American hands as we pushed out our rivals France and
Britain), the rest of the Third World and, if possible, the entire
globe."(51) The whole China was also included.

Unlike Carl Schmitt who in his geopolitical works used the concept of
Grossraum, (and Greater Area is the exact translation of Grossraum), and
who advocated a world order based on coexistence of Grossraüme, the
American concept had nothing to do with a delimited geopolitical space.
US deliberately rejected after the war the scenario of several Monroes
(52). Instead American expansionism had to be unlimited, rejecting thus
the very notion of competing national interests.

The War-Peace studies conceptually embodied the geopolitical


expansionism of Turner and Adams, the Weltanschauung of the
American Open Door imperialism. NSC -68 was nothing by restatement
of those geopolitical objectives, coached in the heavy theology of a
modernized Manifest Destiny Doctrine. (53)

ATLANTICISM
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"The main political objective, both in peace and war, must therefore be to
prevent the unification of the Old World centers of power in a coalition
hostile to her own interests", wrote the American geopolitician Nicholas
Spykman in his book Geography of Peace,(54) restating the main
geopolitical objective of the United States in the post-war Europe.
"Spykman simply is repeating for the United States what has been an
overriding principle for British statecraft since the time of Henry VIII",
comments David Galleo (55).

To the same conclusion came also Hans J. Morgenthau : "United States


European policies largely parallel those of Great Britain from Henry VIII
to the end of the British Empire". Like Great Britain in the past United
States pursues one single objective in Europe prevention of European
unity, rejection of the principle of balance of power and assertion of
unilateral American hegemony and preponderance of power.(56) After
the war the policies of American Lebensraum resulted in the formation of
the Atlantic Alliance, the new Grand Area envisioned by the planners of
the Council on Foreign Relations and the War and Peace studies project.
The American Grand Area was conceptualized and institutionalized as
the Atlantic Alliance.

The Atlanticismthe organizing principle of American postwar policy


toward Europewas build on Europes political dependency. NATO the
linchpin of American post war control was the instrument to manage
American power projection in Europe, points Ronald Steel in his book
"Temptations of a Superpower" (57), in which he emphasizes that for the
American post-war planers a major objective was to prevent Europe from
becoming in the future an economic competitor because an economic
competitor is likely to become a political one too. The American national
interest demanded prevention of Continental unity.

Anticipating the creation of NATO, the leading American geopolitician


of US postwar expansionism Nicholas Spykman, propounded in 1943 the
idea that "European power zone can be organized in a regional League of
Nations with the United States as a extra-regional member."(58)
16
EUROCOMBATE

Commenting on Spykmans proposal, a leading American political


scientist Clyde Eagleton pointed out that : "This is simply incredible-
either that the United States would take on such a risk, or that other states
would permit such interference from outside."(59) Acceptance of the
American proposals would only mean consent to the establishment of
American protectorate over those European states.

Reformulating the old Turnerian "Frontier thesis" Spykman wrote "We


have seen the frontier from an international point of view as an
expression of a relative power relationship, as that line where conflicting
pressures became equalized. From a national point of view of the
individual state, the frontier is the front trench held during the temporary
armistice called peace"(60)

The Europeanist influence tended to see the Atlantic system built around
American hegemony as a transitional construction, born of exceptional
European weakness, bound to be transformed if not discarded once that
weakness had passed. Implied was the view that Europe was not to be
dominated indefinitely.

Geopolitical Atlanticism envisioned just that indefinite domination.


Political Atlanticism saw NATO as a pillar for such indefinite domination
and as instrument for power managing of European geopolitical space.
Atlanticism is a sort of political religion of expansionism with its
geopolitical catechism and doctrine of immaculate conception of
American foreign policy. (Although- befitting its Anglo-Saxon origin, the
Atlantic catechism appears less systematized and less doctrinaire)"(61),
write David P. Galleo and Benjamin M. Rowland in their book "America
and the World Political Economy. Atlantic Dreams and National
Realities".

In the frameworks of the American imperialist Weltanschauung the


establishment of American protectorate over Europe could be
accomplished through NATO.(62) The Atlantic imperial mantle and
American grand schemes for a world military empire were epitomized in
the Atlantic Alliance. David Galleo and Benjamin Rowland point out
17
EUROCOMBATE

that: "Hulls free-trade imperialism might have been expected, but not a
new Roman Empire with an Atlantic Mare Nostrum. It was almost as the
United States, spurning Europes colonies, had decided to annex the
mother countries instead (63).

The Atlantic Alliance, envisioned already by Brooks Adams, "marked the


hegemony of America over Europe (64). Henceforth an American
general, answerable to the President, will usurp the political prerogatives
of Europe. And with the Truman Doctrine a spatially alien power the
United States, asserted and gained control over Western Europe,
obliterating thus the independent political existence of former Great
Powers, including its own ally Great Britain.

NATO AND THE MONROE DOCTRINE

The geopolitical concept of American Lebensraumthe Atlantic Great


Area of American power preponderance needed a direct power
projection in order to guarantee American dominion. NATO became the
institution of hegemony par excellence.

The architects of the American Empire envisioned for NATO the same
role as admiral Mahan envisioned for the Navy a vehicle for conquest of
new markets and geopolitical space and an instrument for the
implementation of the "open door " policy and geopolitical space
management. In short NATO became the military arm of the westward
movement of the American Empire. The "frontier thesis" of the American
foreign policy and the Monroe Doctrine did confluence in NATO. The
Marshall Plan, followed by NATO, began in earnest the era of American
military, political, and economic dominance over Europe, points Stephen
Ambrose.(65)

Senator Henry Cabot Lodge considered NATO as one of series of


regional organizations designed to hem in the Soviet Union. Thus NATO
was also constructed as an instrument of the strategy of blockade of the
fortress "Heartland", identical with the Soviet Union. (Spykmans concept
of the countries of Rimland which had to be controlled by the United
18
EUROCOMBATE

States must be seen as geopolitical theory of blockade).

NATO would assert American domination over Western Europe while


simultaneously allowing the United States to assume a position of
undisputed hegemony over Europe. What that hegemony would be "was
adequately, if somewhat crudely, summed up in the frequent references to
the extension of the Monroe Doctrine. Europe would become, for the
American businessman, soldier and foreign policy maker, another Latin
America" Senator Tom Conally declared "the Atlantic Pact is but the
logical extension of the Monroe Doctrine."(66)

NSC -68 represented the practical extension of the Truman Doctrine,


which has been world-wide in its implications but limited to Europe in its
application . The document provided justification for Americas assuming
the role of world policeman.(67) It was designed to not only to preserving
the power of USA but to extend and consolidate power by absorbing new
satellites and to prevent the rise of competing system of power.

In order to understand the threat that NATO poses against the security of
Russia and other European countries, it is necessary to go to the origin of
the so called Atlantic Alliance. The North Atlantic Treaty, in its origin,
was not an alliance at all, but an unilateral US guarantee of what US
termed European security, and factually an assertion of American
hegemony in Western Europe under the disguise of security. The
essential condition of the original US-European relationship, formulated
in 1949, was totally one-sided. Its raison detre allegedly was security in
reality it was hegemony, in fact an enlargement of the Monroe Doctrine,
such as the announcement of the Truman Doctrine, which initially mostly
effected Great Britain which had to ceaseas in the case of Greece her
spheres of influence to the United States. It allowed the United States to
gain supreme command over Western European armed forces and also to
station American troops on European soil. An editorial in the Wall Street
Journal in April of 1949 correctly characterized the North Atlantic Treaty
Organization "as nullifying the principles of the United Nations."(68)

Historically speaking the unilaterally proclaimed Truman Doctrine was


19
EUROCOMBATE

an extension of the Monroe Doctrine across the Atlantic, i.e. a major


enlargement of the American Grossraum a globalization of the principles
of the Western Hemisphere Grossraum, where the United States is the
sole bearer of sovereignty and thus the first direct assault on the
sovereignty of European states. Although ostensibly promoted as a device
of containment and a policy for global intervention, it was in reality a
device of subjugation and expansionism, serving American policy of
Lebensraum.. The British foreign policy scholar Kenneth Thompson
called the Truman Doctrine a national and expedient act designed initially
to replace British with American power in Central Europe.(69)

Charles de Gaulle, the great French statesman with a kin eye for
geopolitics and propensity to dismantle American myths, rightfully
asserted that NATO was a mere appendage to the United States and that
NATO and (French) national sovereignty were incompatible objectives.
Already in 1951 (June 12) the Paris weekly Le Monde summarized the
essence of the Atlantic Alliance and its military arm NATO:

"The fundamental inequality of the alliance is turning it more and more


into a hidden protectorate in which protestation of national pride are not
enough to compensate for a growing enslavement. The Roman Empire
had its citizens, its allies, and its foreigners. The new American Empire
has its allies of the first zone (the Americans), its allies of the second
zone (the British), and its continental protégés: In spite of all their
haughtiness, the latter are becoming to an ever increasing extend the
Filipinos of the Atlantic."

Leopold Kohr concluded that the Atlantic Alliance is not a partnership of


equality, and that there is only one nation which is truly free in this new
arrangement, "the imperial nation, the American."(70) As Walter LaFeber
has pointed out with the formation of NATO United States accomplished
their victory in what LaFeber calls the First Cold War which President
Wilson started already at the Versailles Peace Conference after the end of
the First World War and the end result of which was the establishment of
American control over the Western Europe i.e. over a significant portion
of Eurasia.
20
EUROCOMBATE

After the end of the Cold War the role of NATO as instrument of
American expansionism, an instrument for administration, control and
enlargement of the American empire, became more clear than ever.
Quoting the French author J.J. Servan Schreiber Benjamin Schwarz and
Christopher Layne describe the roll of the USA in the post-cold war
period as a head of world empire. "Fifty years after NATO founding, as
the post-cold war alliance finds itself at war, the time has come to
reassess US imperial policy in Europe. The war in Yugoslavia is a
watershed in NATOs history. Today, the United States has expanded the
alliances geographical scope and created a new role for it: intervention in
the internal affairs of sovereign states whose domestic policies offend
NATOs values - even when such states pose no security threat to the
alliances partners Hidden by all lofty (and misleading) rhetoric about
NATO and transatlantic partnership is a simple fact: US policy in Europe
aims not to counter others bids for hegemony but to perpetuate Americas
own supremacy...NATO expansion may prove to be a diplomatic blunder
on a par with the 1919 Versailles Treaty...".(71)

Schwarz and Layne point out that NATO serves the following important
functions:

1. Defending and expanding the imperial frontiers of the United States.

2. Establishment of permanent US protectorate over the continent and

3. Undermining the emergence of independent Western Europe.

NATO was used to undermine the pre-existing world order based on the
Helsinki agreement and to obliterate the independent role of the United
Nations. NATO became an instrument of conquest of the Eastern Europe
"peacefully" as in the case of the Visegrad-countries (Poland, Hungary
and Czech Republic ) or by resorting to outright war of aggression
(Yugoslavia). Containment of Western Europe and conquest of the
Eastern Europe are the two main functions of NATO.

21
EUROCOMBATE

In the verdict rendered at the concluding session of the International War


Crimes Tribunal Investigating U.S. NATO War Crimes in Yugoslavia on
January 23, 2000 in Kiev, Ukraine, NATO was declared a criminal
institution within the purview of the Nuremberg codex.

Once again, and now after the end of the Cold War, Europe as a
geopolitical entity is faced by a historical choice either independent
geopolitical existence as a Mitteleuropa or European community, or a
future as dependent appendage to the American empire. An independent
geopolitical existence Europe for Europeans translates into a
Mitteleuropa as antihegemonic block facing and competing with the
American Atlantic Grossraum. The most simple geopolitical axiom is that
NATO is a threat to a future European independence. And above all-
NATO is a threat to Russia.

ENDNOTES

(1) See Anders Stephenson Manifest Destiny. American Expansion and


the Empire of Right (Hill and Wang, New York, 1995) p. XI.
(2) Josiah Strong Our Country: Its Possible Future and Its Present Crisis
(New York, 1985), p. 20. Here quoted from Walter LaFeber The New
Empire (Cornell University Press, Ithaca, 1963), p. 74.
(3) Ambrose, Stephen E. The Military Dimension: Berlin, NATO and
NCS-68 in Paterson, Thomas G.(ed.) The Origins of the Cold War (D.C.
Heath and Company, Lexington, MA, 1974) p. 178.
(4) Turner, Frederick Jackson The Significance of the Frontier in
American History (Henry Holt and Co, New York, 1995) p. 1.
(5) Turner, Frederick Jackson ibid. p.33.
(6) Turner, Frederick Jackson, ibid. p.p. 33, 59.
(7) William Appleman Williams The Frontier Thesis and American
Foreign Policy in Henry W. Berger (ed.) A William Appleman Williams
Reader (Ivan R. Dee, Chicago, 1992) p. 90.
(8) William Appleman Williams The Frontier Thesis and American
Foreign Policy p. 91.
(9) Brooks Adams, The Law of Civilization and Decay (The MacMillan
Co, New York, 1896).
22
EUROCOMBATE

(10) William Appleman Williams The Frontier Thesis and American


Foreign Policy p. 92.
(11) William Appleman Williams The Frontier Thesis and American
Foreign Policy p. 96.
(12) Brooks Adams The New Empire (The MacMillan Co, New York,
1900).
(13) ibid. p. 96.
(14) Williams ibid. 97.
(15) ibid. p. 98.
(16) ibid. p. 99, 100.
(17) Brooks Adams Americas Economic Supremacy, p.p. 80, 104-05,
David P. Calleo and Benjamin Rowland America and the World Political
Economy p. 273.
(18) Thomas J. McCormick Americas Half-Century (John Hopkins
University Press, Baltimore, 1995) p. 18.
(19) McCormick ibid. p.p. 18-19.
(20) Brooks Adams Americas Economic Supremacy (The MacMillan Co,
New York, 1900).
(21) Ibid. p. 100.
(22) ibid. p. 101.
(23) William Appleman Williams The Contours of American History,
Norton and Company, New York, 1988, p. 474.
(24) William Appleman Williams Contours of American History p. 473.
(25) A.T. Mahan The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783
(Boston, 1890) pp.. 53, 28.
(26) Walter LaFeber The New Empire. An Interpretation of American
Expansion 1860-1898 (Cornell University Press, Ithaca, 1963) p. 88.
(27) Williams ibid. p. 86.
(28) Williams, William Appleman The Tragedy of American Diplomacy
p.p. 71, 72.
(29) Graebner p. 134.
(30) Graebner p. 134.
(31) (Charles Evans Hughes p.. 86).
(32) William Appleman Williams The Contours of American History p.
454.
(33) Lloyd C. Gardner The New Deal, New Frontiers, and the Cold War:
23
EUROCOMBATE

A Re-examination of American Expansion, 1933-1945 in David


Horowitz (ed) Corporations and the Cold War (Monthly Review Press,
New York, 1969) p. 108.
(35) Dorpalen, Andreas The World of General Houshofer. Geopolitics in
Action (New York, 1942), p.224.
(36) Peter J. Taylor "Britain and the Cold War. 1945 as Geopolitical
Transition" (Guilford Publications,Inc, New York 1990) p. 17. The
concept of "Geopolitical regime of hegemony", used by Taylor, is quite
similar to the concept of "Historical regime of hegemony " in the political
writings of Antonio Gramsci.
(37) Peter J. Taylor ibid. p. 17.
(38) Peter J. Taylor ibid . p. 17.
(39) Michio Kaku and Daniel Axelrod To Win a Nuclear War. The
Pentagons Secret War Planes (South end Press, Boston, 1987) p.p. 63, 64.
(40) Those views were expressed by Reinhold Niebuhr who, like many
American Cold War planners viewed the American future political
destiny as Manichean interpretation of the virtually uninterrupted
warfare- from the point of the revamped Manifest Destiny Doctrine. In
this conjunction one may recall the view of the American foreign policy
by William Appleman Williams.
In order to understand the foreign policy of expansionism of the United
States Williams urged his students "to study the pirates as a
protocommunity which sought in the Renaissance era and afterwards to
create its own rules, and prompted widespread fear in the existing
empires". See Paul M. Buhle and Edward Rice-Maximin William
Appleman Williams . The Tregedy of Empire (Routledge, New York and
London, 1995) p. 236.
One may also recall that while still allies already during the World War II
the United States started to prepare for war with the Soviet Union. In the
summer of 1945, at the time of the Conference in Potsdam United States
adopted a policy of string the first blow in a nuclear war against the
Soviet Union. To that effect a secret document JCS 1496 was drafted on
July 19, 1945. (p. 30).
The first plan for nuclear attack was drafted soon afterwards by General
Dwight Eisenhower at the order of PresidentTruman. The plan. called
TOTALITY (JIC 329/1) envisioned a nuclear attack on the Soviet with
24
EUROCOMBATE

20 to 30 A-bombs. The plan earmarked 20 Soviet cities for obliteration in


a first strike: Moscow, Gorki, Kuibyshev, Sverdlovsk, Novosibirsk,
Omsk, Saratov, Kazan, Leningrad, Baku, Tashkent, Chelyabinsk, Nizhni
Tagil, Magnitogorsk, Molotov, Tbilisi, Stalinsk, Grozny, Irkutsk, and
Jaroslavl Michio Kaku and Daniel Axelrod To Win a Nuclear War. The
Pentagons Secret War Planes (South end Press, Boston, 1987) pp. 30, 31.
(41) Michio Kaku and Daniel Axelrod To Win a Nuclear War. The
Pentagons Secret War Planes (South end Press, Boston, 1987) pp. 63,64.
(42) Lavrence H. Shoup & William Minter Imperial Brain Trust
(Monthly Review Press, New York 1977, p. 117.
(43) Lawrence Shoup & William Minter ibid. p. 118.
(44) Martin Geoffrey The Life and Thought of Isaiah Bowman (Archon
Books, Hamden, Connecticut, 1980) p. 177. One may also recall that
Isaiah Bowman already in his in 1921 published book "The New World"
envisioned the coming American world empire. Carl Haushofer published
in 1934 a trilogy of books titled "Macht und Erde" which, according to
Otto Maull, was written as the German response to Bowmans "The New
World". Martin Geoffrey, ibid. p. 165.
(45) MacKinder, Halford "The Round World and the Winning of the
Peace" in Democratic Ideals and Reality (W.W. Norton & Co, New York,
NY 1962) p. 274. MacKinders article was originally published in Foreign
Affairs, vol.1 (July 1943) p.p. 595-605.
(46) Memorandum E-B19, October 19, 1940, CFR, War-Peace Studies,
NUL. Here quoted after Shoup & Minter, ibid. p. 130.
(47) Posvolskys statement is in Memorandum A-A11, October 19, 1940
War Peace Studies, Baldwin Papers, Box 117, YUL from which Shoup &
Minter quote .
(48) Shoup & Minter ibid. p. 131.
(49) Shoup & Minter, ibid. p. 137.
(50) Shoup & Minter, ibid p. 136.
(51) Noam Chomsky What Uncle Saw Really Wants p. 12 (Odonian
Press, Berkeley, 1992). The policies of American Lebensraum and the
geopolitical construct of the American Greater Area are discussed in dept
in Joyce and Gabriel Kolko The Limits of Power. The world and United
States Foreign Policy (Harper and Row, New York, 1972) .
(52) See Taylor, Peter J. Britain and the Cold War. 1945 as Geopolitical
25
EUROCOMBATE

Transition (Gilfor Publications, New York, 1990. Not only Carl Schmitt
but also General Haushofer advocated peaceful coexistence of several
competing "Grand Areas" or "Monroes". Carl Schmitt used the concept
of Grossraum, General Haushofer of "Pan-region".
(53) The political objectives stated in the NSC-68 were after the end
(sic!) of the Cold War again restated in the Pentagons Defense Planning
Guidance. With the Soviet Union gone United States embarked on a new
policy of expansionism.
(54) Nicholas Spykman Geography of Peace, New York, 1944.
(55) David Galleo ibid. p. 30.
(56) Hans J. Morgenthau The Mainsprings of American Foreign Policy
Robert A. Goldwin (ed) Readings in American Foreign Policy (Oxford
University Press, New York, 1971) p. 642.
(57) Ronald Steel Temptations of a Superpower ( Harvard University
Press, 1995) p. 70.
(58) N. Spykman Americas Strategy in World Politics p. 468.
(59) Clyde Eagleton, Review of Americas Strategy in World Politics, 222
Annals of the American Academy of Political and Social Science (July
1942), 189-190, P. 190. here quoted in David Willkinson Spykman and
Geopolitics in C. Zoppo and C. Zorgbibe (eds) On Geopolitics: Classical
and Nuclear (Martinus Nijhoff, Dortrecht, 1985), p. 82.
(60) Nickolas J. Spykman and A.A. Rollins "Geographical Objectives in
Foreign Policy I, American Political Science Review, vol. 33, 1939,
p.394
(61) David P. Galleo and Benjamin M. Rowland America and the World
Political Economy. Atlantic Dreams and National Realities (Indiana
University Press, Bloomington, 1973) p. 18.
(62) Ibid. p. 44.
(63) Ibid. p. 46.
(64) Ibid. p. 61.
(65) Stephen E. Ambrose, The Military Dimension : Berlin, NATO and
NSC-68 in Thomas G. Paterson The Origins of the Cold War (D.C. Heath
and Company, Lexington, 1974) p. 178.
(66) Stephen E. Ambrose The Military Dimension : Berlin, NATO and
NSC-68 in Thomas G. Paterson The Origins of the Cold War (D.C. Heath
and Company, Lexington, 1974) p. 117.
26
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(67) Stephen E. Ambrose, ibid. p. 182.


(68) The Wall Street Journal, April 5, 1949.
(69) Kenneth Thompson -Political Realism and the Crisis of World
Politics- An American Approach (Princeton University Press, Princeton,
1960) - at p. 124.
(70) Leopold Kohr -The Breakdown of Nations -ibid., at p. 203.
(71) Benjamin Schwarz and Christopher Layne "NATO: At 50, Its Time
to Quit" (The NATION Magazine, May 10, 1999 pp.17, 18.

27
EUROCOMBATE

Hommage à Paul Chambrillon (1924-2000).


Un grand vivant
Marc Laudelout

En février dernier, pour le numéro en hommage à Alphonse Boudard,


j'avais demandé un article à Paul, très affecté par la mort de son ami. Je
ne pouvais alors imaginer qu'il allait disparaître, à son tour, à la fin de
l'année.Né le 26 décembre 1924, il nous a quittés le 28 décembre 2000,
deux jours seulement après son 76ème anniversaire.

Il m'arrive de dire que j'ai une double dette envers Céline. La découverte
d'une uvre grandiose, bien entendu, mais aussi le bonheur d'avoir
rencontré, grâce à lui, des êtres d'exception comme Arletty, Pierre
Monnier, Éliane Bonabel, Pierre Duverger, Pol Vandromme, et... le cher
Paul Chambrillon pour lequel j'avais une affection toute particulière.

Je le connaissais depuis la fin des années 70, à l'époque où je m'occupais


de feue La Revue célinienne. Je l'avais alors contacté par l'intermédiaire
d'André Clergeat qui avait été, chez Pacific, le second éditeur d'un disque
33 tours consacré à Céline dont Paul avait assuré la réalisation. Le début
d'une longue correspondance allait commencer.

La première fois que je le rencontrai, c'était à Bruxelles ; il y était venu


pour la première d'une pièce de Félicien Marceau. Il travaillait alors pour
l'hebdomadaire Valeurs actuelles auquel il donna une chronique
dramatique pendant des années avant d'être remercié pour des raisons
assez mesquines par Raymond Bourgine. Tout de suite, je fus séduit par
sa cordialité, sa culture foisonnante et sa verve très parazienne. Né trois
ans après le décès d'Albert Paraz, je n'ai hélas jamais connu l'inoubliable
auteur du Gala des vaches, mais j'imagine que Paul Chambrillon, qui fut
d'ailleurs son ami, avait une personnalité fort proche de la sienne. Même
admiration inconditionnelle pour Céline, même curiosité intellectuelle,
même sens de la formule, même anticonformisme, même verve surtout,
tellement roborative. Grand connaisseur de l'uvre célinienne, Paul
28
EUROCOMBATE

considérait qu'elle forme un tout et qu'il est complètement insane de


vouloir en dissocier ce qu'on appelle improprement les "pamphlets". Et, à
l'instar de Pierre Monnier, il n'avait de cesse d'expliquer ce qui avait
conduit Céline à se jeter dans la bagarre, alors qu'il n'avait strictement
aucun intérêt à le faire.

Paul mesurait aussi la difficulté d'expliquer un contexte difficilement


compréhensible aujourd'hui, faute d'avoir les repères nécessaires. Il était
aussi de ceux qui considèrent Bagatelles pour un massacre comme un
incontestable chef-d'uvre.

Amoureux du théâtre, il suivait avec intérêt les diverses tentatives


d'adapter Céline à la scène. Et lon sait qu'il fit beaucoup pour faire
connaître l'initiative de Jean Rougerie qui adapta ( et joua ) les Entretiens
avec le professeur Y. Il fut aussi un spectateur enthousiaste des mises en
scène de Claude Duneton ( Les Beaux draps ), de François Joxe
( L'Église ), et de Daniel Ivernel ( Voyage au bout de la nuit ), pour n'en
citer que quelques-unes.

Une de ses dernières grandes joies aura été de réaliser cette Anthologie
Céline qui constitue, en quelque sorte, son testament spirituel. La
réalisation n'en fut pas chose aisée, les heurts avec l'éditeur n'étant pas
rares, mais Paul tint bon. Même si l'uvre finale ne correspond pas en tous
points à ce qu'il avait rêvé, il n'en était pas moins très fier. Ce double CD
regroupe tous les enregistrements qu'il réalisa de et sur Céline. On sait
que c'est notamment grâce à lui quon dispose de lenregistrement de ce
document extraordinaire que sont Règlement et À nud coulant chantés par
Céline lui-même.

Ces dernières années, Paul était assez désabusé. Ses problèmes de santé et
l'évolution d'un monde qu'il ne reconnaissait plus l'avaient de toute
évidence fort affecté. Mais ses capacités d'enthousiasme demeuraient
intactes : ainsi, peu de temps avant sa mort, il avait relu avec bonheur les
souvenirs d'Henri Rochefort, et rêvait d'une réédition de ce texte
méconnu. C'est lui aussi qui me fit découvrir des livres alors peu
répandus, comme les souvenirs de Viel-Castel ou ce Voyage de
29
EUROCOMBATE

Shakespeare ( de Léon Daudet ) qu'il prisait beaucoup.

Il faudrait aussi évoquer son grand talent de raconteur d'histoires. Nul


mieux que lui n'était capable de narrer avec brio telle ou telle
mésaventure survenue à l'un de ses confrères dont il imitait les
intonations avec un talent consommé. C'était aussi un grand amoureux de
la vie : sa passion pour la bonne chère était à la mesure de celle qu'il avait
pour le théâtre. Il aimait venir en Belgique, et à Bruxelles en particulier.
C'était pour lui une vraie joie que de savourer la bonne cuisine belge,
après avoir été applaudir José Géal et ses marionnettes de Toone. C'est
que Paul aimait la vraie culture populaire et tout ce qui s'y rattache.

Il faudrait surtout parler de sa fidélité en amitié. Il ne se passait pas une


semaine sans qu'il ne me téléphonât pour me faire part de l'une ou l'autre
de ses découvertes, ou tout simplement pour me donner de ses nouvelles.
La dernière fois que je le vis, c'était à Paris, lors de la Journée Céline.
Très fatigué, il avait néanmoins tenu à venir, comme toutes les fois
précédentes, et je me souviendrai toujours de l'attroupement qui s'était
naturellement créé autour de lui. Le cher Paul racontait quelque histoire
devant un public conquis. Grand séducteur, parfois irascible et toujours
sûr d'avoir raison, Paul avait ce qu'on appelle un caractère entier. Il fallait
l'aimer ou le détester pour ce qu'il était : un grand bonhomme tout d'une
pièce, terriblement attachant ou exaspérant ,selon que l'on apprécie ou
non les grands vivants.

[Extrait du Bulletin célinien, n° 217, février 2001]

30
EUROCOMBATE

Promouvoir une pensée dissidente


Alberto Buela

"En mettant en avant lidée du dissentiment, notre projet était délaborer


une pensée dissidente qui soppose aux pensées conformistes des
théoriciens du consensus (Jürgen Habermas, Karl Otto Apel). Pour battre
en brèche le dogme du consensuel, lidée était en fait doser la liberté
intellectuelle. A quoi pouvait servir de donner son assentiment à un
système qui nen a rien à faire et qui est dirigé non par le peuple mais
ailleurs ? Nous avons donc entrepris dopérer la déconstruction de cette
entreprise de supercherie. Evidemment, nous avons commencé par ce quil
y a de plus immédiat, à savoir ce que nous avions sous nos yeux et dont
nous ne voulions pas. Pour nous aider dans cette première étape, nous
avons puisé dans le patrimoine intellectuel ibéro-américain et cest ainsi
que nous avons découvert au-delà des sentiers battus par les penseurs du
mainstream lexistence dune pensée de résistance. Nous avons choisi deux
ou trois penseurs originaires de chacun de nos pays respectifs et nous
avons constitué un matériau de textes appelant à la dissidence par rapport
au système établi. Un penseur comme Albert Rougés(1880-1945), par
exemple, dorigine française mais né en Amérique du Sud, a écrit une
réfutation de Bergson dans Les hiérarchies de lêtre et léternité. Certains
philosophes créoles sont également très intéressants. Je pense par
exemple au mexicain Antonio Caso qui sest attaqué au positivisme dans
un essai de 1941 intitulé Positivismo, neopositivismo y fenomenología et L
´existence(1943). Aussi le bolivien Frank Tamayo dans La creación de la
pedagogía nacional(1910) ; le brasilien Gilberto Freyre et son essai Casa
Grande e Senzala(1933) ; le paraguayen Natalicio González dans Raíz
Errante(1953). Comme nous nous inscrivons dans cette tradition
dissidente, nous oeuvrons pour transmettre ce patrimoine aux générations
à venir. Paradoxalement, le climat intellectuel argentin est relativement
favorable du fait du terreau que constitue le milieu issu du péronisme. En
face, cest le vide de la société conformiste. Comme en France, la grande
majorité vit de manière massifiée tandis quune minorité a le courage de la
dissidence. Certes, il existe une pensée officielle mais elle est
31
EUROCOMBATE

complètement aseptisée et sans originalité. Les partisans de la pensée


conformiste se contentent dânonner les théories élaborées en Europe ou
aux Etats-Unis. Le mimétisme est si puissant dans le monde universitaire
et intellectuel sud-américain que cest la non-pensée et le vide qui règnent.
En fait, nous sommes colonisés idéologiquement par lEurope et les Etats-
Unis. En Argentine, nous navons pas de penseurs de lenvergure de
Richard Rorty ou de Gianni Vattimo. Lironie ou le pensiero debole
constituent le luxe des sociétés qui veulent exercer une influence vis-à-vis
du reste du monde. En revanche, nous ne connaissons pas cette chape de
plomb que produit le terrorisme intellectuel. Dans la mesure où nous nous
trouvons loin des centres de production du conformisme intellectuel, il se
crée un espace de liberté qui rend possible lexpression des idées de
dissidence. Avec le Disenso, nous développons en fait une pensée pour
laprès-modernité. On pourrait parler de pensée postmoderne mais il sagit
plutôt dune pensée pré-moderne dans le sens où nos racines, partagées
par toute lAmérique hispanique, appartiennent a la bas moyen age. En
colonisant lAmérique du Sud, les conquistadores ont apporté le
catholicisme pas seulement comme foi e savoir de salut, mais aussi, et
sur tout, comme catégorie anthropo-culturel et il faut être bien
conscient quon ne peut pas mettre sur un pied dégalité les apports indien
et européen. Cest dans ce creuset que nous puisons lessentiel de notre
pensée discordante. Pour résumer, je dirais que nous essayons de
contextualiser une pensée non-moderne dans un cadre moderne, comme
est il de nos jours.

Cependant, il ne faut pas se limiter à la seule dissidence intellectuelle. La


dissidence doit sincarner pratiquement dans la vie de tous les jours. A cet
égard, il faut lire le philosophe nordaméricain Alasdair McIntyre et
notamment son ouvrage After virtue. A study in moral theory . La
dissidence pratique passe nécessairement par lexercice quotidien de la
vertu, non pas effectué de manière bureaucratique -- comme on le trouve
dans les exercices de planification au niveau de lEducation nationale ou
de toute autre institution établie -- mais de manière généreuse et
sacrificielle. Rompre quotidiennement avec les sollicitations du système
ambiant est une forme dascèse. La dissidence, comme la vertu, résulte
32
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donc dun habitus créé par la répétition dactes de résistance à ce système


corrupteur et totalitaire qui abolit lhomme par la télévision et la
massification et le réduit à la bestialité. Cest une question de dignité qui
nest pas sans lien avec le mystère de lincarnation. Il sagit ici de passer de
luniversel au particulier en incarnant ses convictions dans la vie de tous
les jours. Et la seule manière de le faire découle de la vieille leçon
dAristote, cest-à-dire lexercice de la vertu. Cest cet exercice quotidien
dascèse qui crée la communauté dissidente. Certains diront que cest folie
de vouloir sattaquer à un système qui constitue à leurs yeux lhorizon
indépassable de lhumanité. Je pense au contraire que lattitude dissidente
est quelque chose de tout à fait raisonnable dans la mesure où ce système
na pas les promesses déternité. Son état de crise est patent et le climat
psychologique est plutôt à la morosité. A loptimisme volontariste de la
période moderne, succède désormais une forme de nihilisme désenchanté,
qui, sil sexprime au mieux comme une critique acide de la situation
actuelle, reste une critique purement phénoménologique et descriptive, et
non métaphysique comme elle devrait lêtre. Lattachement au système est
donc très fort. Sur le terrain politique, la crise est également profonde. La
démocratie ancienne manière disparaît au profit de la gouvernance et de
la démocratie procédurale, cette forme mécanique du gouvernement. La
lettre succède à lesprit et la procédure à la norme. Quimporte le jugement
moral, limportant est que la procédure soit respectée. Quimporte que neuf
millions dArgentins, deux cents soixante millions dIbéro-américains ou
toute lAfrique subsaharienne vivent sous le seuil de pauvreté si par
ailleurs les procédures sont sauves. Ce changement de visage du système
politique est certainement lune des raisons qui explique sa perte de
légitimité aux yeux du citoyens. Le système apparaît de plus en plus pour
ce quil est, à savoir un mensonge. Il faut donc désormais en penser la
sortie et ce nest pas en collaborant avec lui que les choses samélioreront.
Cest la leçon que lon devrait tirer en France de léchec de la droite
nationale : elle sest voulue un produit du système et du coup elle a été
absorbée par lui. On ne peut pas sortir du système avec les mécanismes
du système. Evidemment, cette prise de conscience ne doit pas constituer
un alibi pour senfermer dans la tour divoire de la métapolitique : il est
nécessaire de penser et de penser politiquement. La métapolitique doit
33
EUROCOMBATE

déboucher sur laction politique, non pas celle des partis, mais bien plutôt
celle du bonum commune, comme fin de lactivité politique selon le mot
dAristote. La philosophie nest pas autre chose que la rupture avec
lopinion ".

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EUROCOMBATE

Entretien avec Jacques d'Arribehaude,


un "Français libre"
Propos recueillis par Patrick Canavan

Q.: Dans Un Français libre (L'Age d'Homme, 2000), vous menez,


sous le couvert d'un journal intime, une quête qui n'est autre que
l'antique gnôthi seauton hellénique: la recherche et l'étude de soi.
Qui êtes-vous donc? Français ou Gascon? Moderne ou d'Ancien
Régime? Du XVIIe ou du XIIe siècle?

Né au pied des Pyrénées à l'extrême sud-ouest de la France, d'une mère


basque et d'un père gascon, je suis Français d'éducation, de tradition et de
culture, mais ouvert depuis toujours au grand large, à l'esprit d'aventure
et de recherche de nos grands ancêtres navigateurs et conquérants.
J'appartiens une famille dont les archives remontent au XIIe siècle par
mon père, avec des attaches en Béarn, Gascogne et Navarre. On trouve
mes ascendants sur les Sceaux gascons de la Tour de Londres sous
Edouard III, puis sur les rôles d'armes de Gaston Phébus du Béarn au
XIVe siècle, mais dans un déclin constant durant les guerres de Religion
et les désordres de la Fronde au XVIIe siècle. Sous la Révolution, Jean
d'Arribehaude, beau-frère de Raymond de Seze, défenseur de Louis XVI
à la Convention, renonce à ses seigneuries de Lasserre, d'Orgas et autres
lieux pour échapper à la guillotine, et la ruine du patrimoine familial
achève de se consommer au fil des générations. Mon enfance n'en est pas
moins marquée par la forte empreinte des instituteurs au lendemain (très
illusoirement victorieux) de la grande guerre 14-18, ces "hussards de la
République" qui mettaient tout leur c¦ur à exalter la nation comme un
modèle insurpassable de civilisation pour la terre entière. Le désastre
sans précédent de 1940 (j'avais tout juste 15 ans), m'éloigne à tout jamais
du régime qui l'a provoqué, qui m'inspire dès lors le plus définitif dégoût.

Q.: Très jeune, vous avez vécu quelques expériences peu banales:
voir défiler les Prussiens de la Totenkopf, traverser les Pyrénées,
croupir dans une geôle hispanique, découvrir les clans d' Alger,
goûter à toutes sortes de propagandes et même, naviguer ("Il est
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EUROCOMBATE

nécessaire de naviguer"). N'est-ce pas beaucoup pour un jeune


homme encore tout frotté de littérature? Quel était donc son état
d'esprit le 8 mai 1945?

Que faire, quand on a dix-sept ans, que l'on n'accepte pas l'humiliation
d'une telle défaite, que l'on baille au lycée de Bayonne aux trois-quarts
occupé par l'administration de la Kommandantur et de la Gestapo, et qu'il
y a quelque part une France qui se déclare encore libre, sinon vouloir à
tout prix la rejoindre? Cela me vaudra de connaître la prison de Badajoz
au fond de l'Espagne, d'où la Croix-Rouge me tire à grand peine, puis le
spectacle des querelles politiques d'Alger, jusqu'à mon embarquement
sur un pétrolier battant pavillon US, et dont un équipage français
remplace un équipage américain défaillant et rapatrié sur New York,
mais toujours armé de canonniers américains. Je figure, en qualité
d'écrivain de bord (interprète faisant fonction de commissaire( au carré
des officiers, ne regrettant guère d'avoir été déclaré "inapte au service
armé" par la 1ère Division Française Libre que j'avais fini par rejoindre
en Libye, ni la Direction du service Géographique de l'Armée, qui
voulait me retenir comme dessinateur à Alger. Le spectacle de l'Italie
dévastée, de la corruption qui sévit partout sur fond d'épuration, de
misère et de prétendu retour à la morale m'est odieux. J'oublie mes
déceptions en découvrant, dans les ruines d'une librairie italienne, Le
voyage au bout de la nuit où le génie imprécateur de Céline contre la
guerre confirme ce que je ressens devant le bourrage de crâne universel.
La "France libre" dont je rêvais et dont j'ai suivi au fur et à mesure les
querelles de clans et mesquines péripéties n'est que le retour des hommes
et du régime dont l'incompétence et la nullité nous ont conduit au
désastre. Je ne puis que le vomir et remettre tout en question. J'ai vécu au
bout du compte dans l'Italie éventrée de 44-45, la Grèce et la
Yougoslavie exsangues et déchirées, la fin malheureuse de l'engrenage
suicidaire de 1914 au seul profit d'un communisme aussi criminel que le
nazisme, et du mercantilisme américain dont la façade démocratique
recouvre une exploitation éhontée de la planète. On ne m'y reprendra
plus.

Q.: Quels furent vos maîtres?

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EUROCOMBATE

Je dévore Céline dont la force comique fortifie ma lucidité et apaise ma


colère dans le sentiment de ne pas être seul au monde à refuser
l'imposture de ce temps. Je revois mon ancien professeur Louis Laffite
qui, sous le nom de Jean-Louis Curtis, commence à se faire un nom en
littérature, et qui m'encourage à écrire. Jusqu'à sa mort, il y a quelques
années, il soutiendra mes efforts dans ce sens et j'aurais maintes fois
l'occasion d'apprécier son talent, son humour, et la solidité de son amitié.
Dès l'enfance, j'ai la passion de la lecture et vais selon une humeur très
vagabonde des Mémoires d'un âne à La Condition humaine en passant
par Les trois mousquetaires, L'île au Trésor, Robinson Crusoë, Croc-
Blanc, Guerre et Paix, Les Mille et une Nuits de Mardrus (lus par
surprise à la bibliothèque municipale) et Gil Blas. L'été de mes 16 ans, en
41, grand emballement pour Autant en emporte le vent et le personnage
de Rhett Butler, dont le refus d'être dupe, le joyeux cynisme et la
séduction s'offrent en modèle idéal à ma naïve adolescence. Il me faut
l'épreuve de la guerre et de la maladie pour élargir ce modeste horizon.
C'est au sanatorium de Leysin, où je suis admis sur le Fonds Européen de
Secours aux étudiants, en Suisse, que je me plonge durablement dans
Balzac, Stendhal, Flaubert, mais aussi Saint Simon, aussi bien que dans
les grands romanciers américains et russes et en particulier Dostoïevski.
De là date aussi mon goût pour les correspondances et journaux intimes,
au plus près de la vie, telle que la restitue dans son intensité,
l'extraordinaire vision de Saint Simon.

Q.: Vous avez fréquenté le monde des Lettres, approché Céline à


Meudon, Roland Laudenbach rue du Bac, et même un certain André
Malraux. Qui étaient ces trois hommes si différents? Et "La Table
ronde", cette maison mythique, quel était donc son esprit?

Accoutumé dès le départ à la solitude, c'est à Roland et Denise Tual,


rencontrés au Festival du film maudit à Biarritz en 1949, que je dois la
rencontre de Malraux, de Cocteau, de René Clair, de Roger Nimier, de
Roland Laudenbach et autres figures de l'époque, sans que je puisse dire
avoir vraiment et durablement fréquenté le monde des lettres. De
Malraux, j'ai surtout retenu la volonté qui me semblait exemplaire de
"transformer en conscience l'expérience la plus large possible", qui
m'incita à prendre du champ en m'exilant près de trois ans dans ce qui
37
EUROCOMBATE

était alors le territoire du Tchad dans l'Afrique Equatoriale Française,


comme agent de l'unique société chargée de l'exploitation du coton.
Malraux se souvint de moi et m'accorda sa sympathie lorsque je lui
adressai Semelles de vent, et intervint plus tard quand je tentai d'entrer à
l'ORTF, où le désordre de 1968 me permit finalement de pénétrer de
façon durable. "La Table Ronde" se distinguait alors par
l'anticonformisme de ses publications, un éloignement ironique à l'égard
de l'idéologie dominante et l'engagement à sens unique prôné par Sartre
qui nous semblait le comble du grotesque, de la nuisance imbécile, et de
l'aveuglement artistique. J'y rencontrai, auprès de Laudenbach,
Alexandre Astruc, Jacques Laurent, et publiai, avant Semelles de vent, La
grande vadrouille, bien accueilli par la critique, mais sans succès
commercial, et dont Laudenbach eut le tort de vendre le titre (sans que je
puisse m'y opposer( à une production cinématographique sans le moindre
rapport avec l'ouvrage.

Q.: La lecture de Proust ne vous a pas illuminé. Dieux merci, je ne


suis pas le seul à avoir bâillé d'ennui! Rassurez-moi, donnez-moi des
arguments contre le snobisme proustien!

Je dois à la lecture d'avoir échappé à plusieurs reprises au découragement


et à la dépression. C'est le cas avec La recherche du temps perdu, quelles
que soient mes réserves sur les vaines contorsions de Proust pour
transposer et déguiser la réalité de son personnage. Il a beau prendre un
soin infini à masquer l'origine presque exclusivement juive du "monde"
auquel il a accès par l'intermédiaire d'une madame Strauss ou de
Caillavet, d'un Gramont de mère Rothschild, ou de princes moldo-
valaques à généalogie douteuse, pourquoi ne pas dire carrément que les
grands noms dont il se pâme ne sont plus que le reflet de la souveraineté
triomphante de Mammon, accommodée au snobisme éperdu et niais des
élites républicaines dont il fait partie. Malgré cela, et en dépit de tout ce
qu'il peut y avoir d'artificiel et de faux dans la société qu'il dépeint, sa
difficulté d'être lui inspire des pages déchirantes sur la souffrance,
l'amour malheureux, "l'enchantement des mauvais souvenirs", et son
¦uvre s'impose par la création de personnages atteignant la force de types
universels, qu'il s'agisse de Charlus, de madame Verdurin, Norpois,
Cotard, Nissim Bernard, Bloch, etc. La sacralisation contemporaine de
38
EUROCOMBATE

m¦urs considérées naguère comme honteuses et la révérence obligée


devant tout ce qui semble relever particulièrement de la "sensibilité
juive" ajoute sans doute à l'universelle renommée de Proust, et
l'encombre d'une vague de snobisme et d'exaltation parfaitement
insupportable, mais on oublie de souligner la verve comique qui nourrit
souvent les meilleures pages de son ¦uvre, et que le personnage de Bloch
dans son évolution révèle admirablement l'identité profonde et mal
acceptée du narrateur dans tout le grotesque de son pathos verbal, de son
arrivisme mondain, et de ses pathétiques affectations. Au total, un grand
écrivain, qui ne saurait être négligé, mais dont la vision analytique et
critique de la société est plus partiale et limitée qu'il semble le croire, et
très en deçà du fantastique, prophétique et souverain constat de l'¦uvre de
Céline quelques années plus tard. Marcel Proust, nanti de la République
(éminente notabilité du père dans les hautes sphères de la maçonnerie et
des riches alliances juives), confond ainsi pieusement, dans Le Temps
retrouvé, l'effondrement des Empires centraux avec "la victoire de la
civilisation sur la Barbarie" (sic). Le conformisme niais de cet
aveuglement sur la tragédie de l'Europe et l'incapacité démocratique à
concevoir une paix durable relativise la pertinence de son ironie sur le
patriotisme de ses salonnards familiers et les propos héroïques de la
Verdurin trempant son croissant matinal dans un café au lait qui échappe
aux restrictions de l'heure. Nous sommes loin de la dénonciation
autrement puissante et impressionnante du Voyage et du grand souffle
célinien balayant les clichés de "cette immense entreprise à se foutre du
peuple" !

Q.: Dans votre journal, vous avouez une sympathie coupable pour la
mythologie germanique. Quand on est né vers 1925, qu'on appartient
manifestement à une caste d'exploiteurs du peuple (et même si on a
porté le bon uniforme, celui des vainqueurs), ce genre de déclaration
vous rend hautement suspect. Expliquez-vous!

J'ai noté dans mon Français libre l'impression profonde, tous drapeaux
confondus, de la rengaine nostalgique de la Wehrmacht Lili Marlene
durant la guerre. L'affirmation provocante du Sanders de Nimier ("Plus
l'Apocalypse s'est rapprochés de l'Allemagne et plus elle est devenue ma
patrie!"( était la mienne alors même que je vivais la victoire de notre
39
EUROCOMBATE

croisade de la liberté sous pavillon US à bord du pétrolier "Eagle". La


sottise et l'énormité mensongère de la propagande m'exaspéraient. A
l'étalage massif et sempiternel des exclusives horreurs nazies je ne
pouvais m'empêcher de mettre en parallèle toutes les images qu'on nous
cachait, et dont il n'existe aucune trace, de l'anéantissement systématique
de Dresde et de villes entières, de populations errantes, exténuées,
massacrées, ou mourant de faim et de misère sur les routes dévastées.
Quelles qu'aient été les aberrations de Hitler, ce désastre était aussi celui
de l'Europe et donc le nôtre. A cette impression se mêlait ma compassion
pour les vaincus au terme d'une lutte héroïque contre le monde entier, et
pour les causes perdues. Mon goût des légendes, inhérent aux contes du
pays basque transmis dès l'enfance par ma grand-mère, m'inclinait
naturellement aussi à une sorte de familiarité fraternelle avec la
mythologie germanique et l'exaltation wagnérienne de Lohengrin sur
fond d'honneur, de loyauté et d'amour transcendant. Ce genre
d'impression n'était pas destiné à m'ouvrir le meilleur accueil et l'on eût
trouvé plus naturel de me voir tirer parti de mon engagement sous ce que
vous appelez très justement "le bon uniforme", dont je me souciais
comme d'une guigne. Mais la solitude était le prix de ma liberté et
j'acceptais dès le départ qu'il en soit ainsi.

Q.: Vous aggravez votre cas en déclarant à Mauriac en 1951: "il y a


une étude à faire sur l'aide américaine, dans le sens où l'on peut
considérer la démocratie américaine comme le ferment le plus
empoisonné, le plus stupidement pervers et le plus efficace du
désordre mondial". Seriez-vous (je n'ose y croire( hostile au principe
même de l'ingérence humanitaire?

J'ai participé à l'ouvrage collectif Nos amis les Serbes, publié à l'Age
d'Homme, pour protester contre l'infamie de la guerre de l'Otan dans les
Balkans et la criminelle stupidité de notre alignement sur les Etats-Unis
dans ce qui relève de leur seul intérêt avec la création et l'entretien
ruineux d'un abcès incurable, étranger à notre culture et à notre
civilisation au c¦ur de l'Europe. De la même manière, notre strict intérêt
était de refuser toute intervention dans la guerre du Golfe et d'en laisser
la charge et les dépenses aux Etats-Unis, uniques bénéficiaires. C'est
assez dire que je suis résolument contre toute "ingérence humanitaire"
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EUROCOMBATE

qui n'est que le masque grossier de combinaisons sordides et


parfaitement étrangères aux intérêts de l'Europe.

Q.: Vous n'êtes tout de même pas de droite? Je vous demande cela
car j'ai lu quelques phrases ambiguës sur les empires centraux et la
monarchie. A nouveau, rassurez-nous!

On classe volontiers parmi les "anarchistes de droite" tous ceux qui


n'adhérent pas au conformisme de la pensée unique et de l'idéologie
dominante qui s'affiche aussi bien à gauche que dans la droite honteuse
depuis le triomphe des "Lumières". C'est ainsi que je figure dans l'essai
de François Richard, paru il y a quelques années dans la collection "Que
sais-je?" (n° 2580). Je ne récuse nullement cette appellation, mais qui se
soucie aujourd'hui de savoir si Dante, Shakespeare ou Cervantès, ont pu
être de droite ou de gauche? Sans la moindre prétention, je me contente
de croire que celui qui tente de témoigner pour son temps dans
l'isolement d'une création artistique échappe à toute classification
sommaire. Je constate en tout cas que nombre d'écrivains des années
trente parmi les meilleurs, Chardonne, Montherlant, Drieu, Morand,
Jouhandeau et quelques autres, sans parler bien entendu de Céline,
arbitrairement classés à droite, et qui ont payé pour cela, n'en faisaient
pas moins les délices de Mitterrand, qui avait le bon goût de ne pas
cacher sa paradoxale prédilection. Mitterrand, icône de la gauche
officielle, était au fond tranquillement fidèle à sa jeunesse monarchiste,
et mérite considération et sympathie pour tout ce que nos médias lui ont
haineusement reproché à la fin de sa vie (ferme refus de "repentance",
émouvante et brillante improvisation, au Parlement de Berlin, sur le
"courage des vaincus", etc.). Les premiers mots dont je me souviens ont
été ceux d'une berceuse basque toujours populaire en faveur de don
Carlos, "el Rey neto", soutenu par la tradition navarraise contre la farce
constitutionnelle de l'oligarchie prétendument progressiste attachée au
règne factice d'Isabel. Curieusement, Marx a exprimé son estime et sa
préférence pour l'insurrection carliste, dont les "fueros" populaires,
nobles et paysans étroitement mêlés et solidaires, offraient l'image d'une
démocratie autrement juste et authentique que le simulacre bourgeois
hérité de nos mystifications révolutionnaires. C'est à cette image, bien
évidemment de droite pour nos éminents penseurs professionnels, que je
41
EUROCOMBATE

me suis toujours voulu fidèle.

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Questions a Robert Steuckers:


Pour préciser les positions de «Synergies
Européennes»
Propos recueillis par Pieter Van Damme

Dans quelle mesure le "national-bolchevisme" s'insère-t-il dans la


"troisième voie", entre libéralisme et marxisme?

Le national-bolchevisme ne fait pas référence à une théorie économique


ou à un projet de société: on l'oublie trop souvent. Ce vocable composé a
été utilisé pour désigner l'alliance, toute temporaire d'ailleurs, entre les
cadres traditionnels de la diplomatie allemande, soucieux de dégager le
Reich vaincu en 1918 de l'emprise occidentale, et les éléments de pointe
du communisme allemand, soucieux d'avoir un allié de poids à l'Ouest
pour la nouvelle URSS. Avec Niekisch, ancien cadre de la République
des Conseils de Munich, écrasée par les Corps Francs nationalistes mais
mandatés par le pouvoir social-démocrate de Noske, le national-
bolchevisme prend une coloration plus politique, mais s'auto-désigne,
dans la plupart des cas par l'étiquette de "nationale-révolutionnaire". Le
concept de national-bolchevisme est devenu un concept polémique,
utilisé par les journalistes pour désigner l'alliance de deux extrêmes dans
l'échiquier politique. Niekisch, à l'époque où il était considéré comme
l'une des figures de proue du national-bolchevisme, n'avait plus
d'activités politiques proprement dites; il éditait des journaux appelant à
la fusion des extrêmes nationales et communistes (les extrêmes du "fer à
cheval" politique disait Jean-Pierre Faye, auteur du livre Les langages
totalitaires). La notion de "Troisième Voie" est apparue dans cette
littérature. Elle a connu des avatars divers, mêlant effectivement le
nationalisme au communisme, voire certains éléments libertaires du
nationalisme des jeunes du Wandervogel à certaines options
communautaires élaborées à gauche, comme, par exemple, chez Gustav
Landauer. [Pour en savoir plus: cf. 1) Thierry MUDRY, "Le socialisme
allemand: analyse du télescopage entre nationalisme et socialisme de
1900 à 1933 en Allemagne", in: Orientations, n°7, 1986; 2) Thierry
43
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MUDRY, "L'itinéraire d'Ernst Niekisch", in: Orientations, n°7, 1986].

Ces mixages idéologiques ont d'abord été élaborés dans le débat interne
aux factions nationales-révolutionnaires de l'époque; ensuite, après 1945,
où on espérait qu'une troisième voie deviendrait celle de l'Allemagne
déchirée entre l'Est et l'Ouest, où cette Allemagne n'aurait plus été le lieu
de la césure européenne, mais au contraire le pont entre les deux mondes,
géré par un modèle politique alliant les meilleurs atouts des deux
systèmes, garantissant tout à la fois la liberté et la justice sociale. A un
autre niveau, on a parfois appelé "troisième voie", les méthodes de
gestion économique allemandes qui, au sein même du libéralisme de
marché, se différenciaient des méthodes anglo-saxonnes. Celles-ci sont
considérées comme trop spéculatives dans leurs démarches, trop peu
soucieuses des continuités sociales structurées par les secteurs non
marchands (médecine & sécurité sociale, enseignement & université). Le
libéralisme de marché doit donc être consolidé, dans cette optique
allemande des années 50 et 60, par un respect et un entretien des "ordres
concrets" de la société, pour devenir un "ordo-libéralisme". Son
fonctionnement sera optimal si les secteurs de la sécurité sociale et de
l'enseignement ne battent pas de l'aile, ne génèrent pas dans la société des
dysfonctionnements dus à une négligence de ces secteurs non marchands
par un pouvoir politique qui serait trop inféodé aux circuits bancaires et
financiers.

L'économiste français Michel Albert, dans un ouvrage célèbre,


rapidement traduit dans toutes les langues, intitulé Capitalisme contre
capitalisme, oppose en fait cet ordo-libéralisme au néo-libéralisme, en
vogue depuis l'accession au pouvoir de Thatcher en Grande-Bretagne et
de Reagan aux Etats-Unis. Albert appelle l'ordo-libéralisme le "modèle
rhénan", qu'il définit comme un modèle rétif à la spéculation boursière en
tant que mode de maximisation du profit sans investissements structurels,
et comme un modèle soucieux de conserver des "structures" éducatives et
un appareil de sécurité sociale, soutenu par un réseau hospitalier solide.
Albert, ordo-libéral à la mode allemande, revalorise les secteurs non
marchands, battus en brèche depuis l'avènement du néo-libéralisme. La
nouvelle droite française, qui travaille davantage dans l'onirique,
44
EUROCOMBATE

camouflé derrière l'adjectif "culturel", n'a pas pris acte de cette distinction
fondamentale opérée par Albert, dans un livre qui a pourtant connu une
diffusion gigantesque dans tous les pays d'Europe. Si elle avait dû opter
pour une stratégie économique, elle aurait embrayé sur la défense des
structures existantes (qui sont aussi des acquis culturels), de concert avec
les gaullistes, les socialistes et les écologistes qui souhaitaient une
défense de celles-ci, et critiqué les politiques qui laissaient la bride sur le
cou aux tendances à la spéculation, à la façon néo-libérale (et anglo-
saxonne). Le néo-libéralisme déstructure les acquis non marchands,
acquis culturels pratiques, et toute nouvelle droite, préconisant le primat
de la culture, devrait se poser en défenderesse de ces secteurs non
marchands. Vu la médiocrité du personnel dirigeant de la ND parisienne,
ce travail n'a pas été entrepris. [Pour en savoir plus: 1) Robert
STEUCKERS, "Repères pour une histoire alternative de l'économie", in:
Orientations, n°5, 1984; 2) Thierry MUDRY, "Friedrich List: une
alternative au libéralisme", in: Orientations, n°5, 1984; 3) Robert
STEUCKERS, "Orientations générales pour une histoire alternative de la
pensée économique", in: Vouloir, n°83/86, 1991; 4) Guillaume d'EREBE,
"L'Ecole de la Régulation: une hétérodoxie féconde?", in: Vouloir, n°
83/86, 1991; 5) Robert STEUCKERS, L'ennemi américain, Synergies,
Forest, 1996/2ième éd. (avec des réflexions sur les idées de Michel
Albert); 6) Robert STEUCKERS, "Tony Blair et sa Troisième Voie
répressive et thérapeutique", in: Nouvelles de Synergies européennes, n°
44, 2000; 7) Aldo DI LELLO, "La Troisième Voie de Tony Blair: une
impase idéologique. Ou de l'impossibilité de repenser le Welfare State
tout en revenant au libéralisme", in: Nouvelles de Synergies
eruopéennes, n°44, 2000].

Perroux, Veblen, Schumpeter et les hétérodoxes

Par ailleurs, la science économique en France opère, avec Albertini,


Silem et Perroux, une distinction entre "orthodoxie" et "hétérodoxie". Par
orthodoxies, au pluriel, elle entend les méthodes économiques appliquées
par les pouvoirs en Europe: 1) l'économie planifiée marxiste de facture
soviétique, 2) l'économie libre de marché, sans freins, à la mode anglo-
saxonne (libéralisme pur, ou libéralisme classique, dérivé d'Adam Smith
45
EUROCOMBATE

et dont le néo-libéralisme actuel est un avatar), 3) l'économie visant un


certain mixte entre les deux premiers modes, économie qui a été théorisée
par Keynes au début du 20ième siècle et adoptée par la plupart des
gouvernements sociaux-démocrates (travaillistes britanniques, SPD
allemande, SPÖ autrichienne, socialistes scandinaves). Par hétérodoxie,
la science politique française entend toutes les théories économiques ne
dérivant pas de principes purs, c'est-à-dire d'une rationalité désincarnée,
mais, au contraire, dérivent d'histoires politiques particulières, réelles et
concrètes. Les hétérodoxies, dans cette optique, sont les héritières de la
fameuse "école historique" allemande du 19ième siècle, de
l'institutionnalisme de Thorstein Veblen et des doctrines de Schumpeter.
Les hétérodoxies ne croient pas aux modèles universels, contrairement
aux trois formes d'orthodoxie dominantes. Elles pensent qu'il y a autant
d'économies, de systèmes économiques, qu'il y a d'histoires nationales ou
locales. Avec Perroux, les hétérodoxes, au-delà de leurs diversités et
divergences particulières, pensent que l'historicité des structures doit être
respectée en tant que telle et que les problèmes économiques doivent être
résolus en respectant la dynamique propre de ces structures.

Plus récemment, la notion de "Troisième Voie" est revenue à l'ordre du


jour avec l'accession de Tony Blair au pouvoir en Grande-Bretagne, après
une vingtaine d'années de néo-libéralisme thatchérien. En apparence,
dans les principes, Blair se rapproche des troisièmes voies à l'allemande,
mais, en réalité, tente de faire accepter les acquis du néo-libéralisme à la
classe ouvrière britannique. Sa "troisième voie" est un placebo, un
ensemble de mesures et d'expédients pour gommer les effets sociaux
désagréables du néo-libéralisme, mais ne va pas au fond des choses: elle
est simplement un glissement timide vers quelques positions
keynésiennes, c'est-à-dire vers une autre orthodoxie, auparavant pratiquée
par les travaillistes mais proposée à l'électorat avec un langage jadis plus
ouvriériste et musclé. Blair aurait effectivement lancé une troisième voie
s'il avait axé sa politique vers une défense plus en profondeur des secteurs
non marchands de la société britanniques et vers des formes de
protectionnisme (qu'un keynésianisme plus musclé avait favorisées jadis,
un keynésianisme à tendances ordo-libérales voire ordo-socialistes ou
ordo-travaillistes). [Pour en savoir plus: Guillaume FAYE, "A la
46
EUROCOMBATE

découverte de Thorstein Veblen", in: Orientations, n°6, 1985].

Quel est le poids du marxisme, ou du bolchevisme, dans cet ensemble?

Le marxisme de facture soviétique a fait faillite partout, son poids est


désormais nul, même dans les pays qui ont connu l'économie planifiée.
La seule nostalgie qui reste, et qui apparaît au grand jour dans chaque
discussion avec des ressortissants de ces pays, c'est celle de l'excellence
du système d'enseignement, capable de communiquer un corpus
classique, et les écoles de danse et de musique, expressions locales du
Bolchoï, que l'on retrouvait jusque dans les plus modestes villages.
L'idéal serait de coupler un tel réseau d'enseignement, imperméable à
l'esprit de 68, à un système hétérodoxe d'économie, laissant libre cours à
une variété culturelle, sans le contrôle d'une idéologie rigide, empêchant
l'éclosion de la nouveauté, tant sur le plan culturel que sur le plan
économique.

Synergon abandonne-t-elle dès lors le solidarisme organique ou non?

Non. Car justement les hétérodoxies, plurielles parce que répondant aux
impératifs de contextes autonomes, représentent ipso facto des réflexes
organiques. Les théories et les pratiques hétérodoxes jaillissent d'un
humus organique au contraire des orthodoxies élaborées en vase clos, en
chambre, hors de tout contexte. Par sa défense des structures dynamiques
générées par les peuples et leurs institutions propres, et par sa défense des
secteurs non marchands et de la sécurité sociale, les hétérodoxies
impliquent d'office la solidarité entre les membres d'une communauté
politique. La troisième voie portée par les doctrines hétérodoxes est
forcément une troisième voie organique et solidariste. Le problème que
vous semblez vouloir soulever ici, c'est que bon nombre de groupes ou de
groupuscules de droite ont utilisé à tort et à travers les termes
d'"organique" et de "solidariste", voire de "communauté" sans jamais
faire référence aux corpus complexes de la science économique
hétérodoxe. Pour la critique marxiste, par exemple, il était aisé de traiter
les militants de ces mouvements de farceurs ou d'escrocs, maniant des
mots creux sans significations réelle et concrète.
47
EUROCOMBATE

Participation et intéressement au temps de De Gaulle

L'exemple concret et actuel auquel la nouvelle droite aurait pu se référer


était l'ensemble des tentatives de réforme dans la France de De Gaulle au
cours des années 60, avec la "participation" ouvrière dans les entreprises
et l'"intéressement" de ceux-ci aux bénéfices engrangés. Participation et
intéressement sont les deux piliers de la réforme gaullienne de l'économie
libérale de marché. Cette réforme ne va pas dans le sens d'une
planification rigide de type soviétique, bien qu'elle ait prévu un Bureau
du Plan, mais dans le sens d'un ancrage de l'économie au sein d'une
population donnée, en l'occurrence la nation française. Parallèlement,
cette orientation de l'économie française vers la participation et
l'intéressement se double d'une réforme du système de représentation, où
l'assemblée nationale i. e. le parlement français devait être flanquée à
terme d'un Sénat où auraient siégé non seulement les représentants élus
des partis politiques mais aussi les représentants élus des associations
professionnelles et les représentants des régions, élus directement par la
population sans le truchement de partis. De Gaulle parlait en ce sens de
Sénat des professions et des régions.

Pour la petite histoire, cette réforme de De Gaulle n'a guère été prise en
compte par les droites françaises et par la nouvelle droite qui en est
partiellement issue, car ces droites s'étaient retrouvées dans le camp des
partisans de l'Algérie française et ont rejeté ensuite, de manière
irrationnelle, toutes les émanations du pouvoir gaullien. C'est sans nul
doute ce qui explique l'absence totale de réflexion sur ces projets sociaux
gaulliens dans la littérature néo-droitiste. [Pour en savoir plus: Ange
SAMPIERU, "La participation: une idée neuve?", in: Orientations, n°12,
1990-91].

Les visions économiques des révolutionnaires conservateurs me


semblent assez imprécises et n'ont apparemment qu'un seul
dénominateur commun, le rejet du libéralisme...

Les idées économiques en général, et les manuels d'introduction à


48
EUROCOMBATE

l'histoire des doctrines économiques, laissent peu de place aux filons


hétérodoxes. Ces manuels, que l'on impose aux étudiants dans leurs
premières années et qui sont destinés à leur donner une sorte de fil
d'Ariane pour s'y retrouver dans la succession des idées économiques,
n'abordent quasiment plus les théories de l'école historique allemande et
leurs nombreux avatars en Allemagne et ailleurs (en Belgique: Emile de
Laveleye, à la fin du 19ième siècle, exposant et vulgarisateur génial des
thèses de l'école historique allemande). A la notable exception des
manuels d'Albertini et Silem, déjà cités. Une prise en compte des
chapitres consacrés aux hétérodoxies vous apporterait la précision que
vous réclamez dans votre question. De Sismondi à List, et de Rodbertus à
Schumpeter, une autre vision de l'économie se dégage, qui met l'accent
sur le contexte et accepte la variété infinie des modes de pratiquer
l'économie politique. Ces doctrines ne rejettent pas tant le libéralisme,
puisque certains de ces exposants se qualifient eux-mêmes de "libéraux",
que le refus de prendre acte des différences contextuelles et
circonstancielles où l'économie politique est appelée à se concrétiser. Le
"libéralisme" pur, rejeté par les révolutionnaires conservateurs, est un
universalisme. Il croit qu'il peut s'appliquer partout dans le monde sans
tenir compte des facteurs variables du climat, de la population, de
l'histoire de cette population, des types de culture qui y sont
traditionnellement pratiqués, etc. Cette illusion universaliste est partagée
par les deux autres piliers (marxiste-soviétique et keynésien-social-
démocrate) de l'orthodoxie économique. Les illusions universalistes de
l'orthodoxie ont notamment conduit à la négligence des cultures vivrières
dans le tiers monde, à la multiplication des monocultures (qui épuisent les
sols et ne couvrent pas l'ensemble des besoins alimentaires et vitaux d'une
population) et, ipso facto, aux famines, dont celles du Sahel et de
l'Ethiopie restent ancrées dans les mémoires. Dans le corpus de la ND,
l'intérêt pour le contexte en économie s'est traduit par une série d'études
sur les travaux du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les
Sciences Sociales), dont les figures de proue, étiquetées de "gauche", ont
exploré un éventail de problématiques intéressantes, approfondit la notion
de "don" (c'est-à-dire des formes d'économie traditionnelle non basée sur
l'axiomatique de l'intérêt et du profit). Les moteurs de cet institut sont
notamment Serge Latouche et Alain Caillé. Dans le cadre de la ND, ce
49
EUROCOMBATE

sera surtout Charles Champetier qui s'occupera de ces thématiques. Avec


un incontestable brio. Cependant, à rebours de ces félicitations qu'on doit
lui accorder pour son travail d'exploration, il faut dire qu'une
transposition pure et simple du corpus du MAUSS dans celui de la ND
était impossible dans la mesure, justement, où la ND n'avait rien préparé
de bien précis sur les approches contextualistes en économie, tant celles
des doctrines classées à droite que celles classées à gauche. Notamment
aucune étude documentaire, visant à réinjecter dans le débat les
démarches historiques (donc contextualistes), n'a été faite sur les écoles
historiques allemandes et leurs avatars, véritable volet économique d'une
révolution conservatrice, qui ne se limite pas, évidemment, à l'espace-
temps qui va de 1918 à 1932 (auquel Armin Mohler, pour ne pas sombrer
dans une exhaustivité non maîtrisable, avait dû se limiter). Les racines de
la révolution conservatrice remontent au romantisme allemand, dans la
mesure où il fut une réaction contre le "géométrisme" universaliste des
Lumières et de la révolution française: elle englobe par ailleurs tous les
travaux des philologues du 19ième siècle qui ont approfondi nos
connaissances sur l'antiquité et les mondes dits "barbares" (soit la
périphérie persane, germanique, dace et maure de l'empire romain chez
un Franz Altheim), l'école historique en économie et les sociologies qui y
sont apparentées, la révolution esthétique amorcée par les pré-raphaëlites
anglais, par John Ruskin, par le mouvement Arts & Crafts en Angleterre,
par les travaux de Pernerstorfer en Autriche, par l'architecture de Horta et
les mobiliers de Van de Velde en Belgique, etc. L'erreur des journalistes
parisiens qui ont parlé à tort et à travers de la "révolution conservatrice",
sans avoir de culture germanique véritable, sans partager véritablement
les ressorts de l'âme nord-européenne (ni d'ailleurs ceux de l'âme ibérique
ou italienne), est d'avoir réduit cette révolution aux expressions qu'elle a
prises uniquement en Allemagne dans les années tragiques, dures et
éprouvantes d'après 1918. En ce sens la ND a manqué de profondeur
culturelle et temporelle, n'a pas eu l'épaisseur suffisante pour s'imposer
magistralement à l'inculture dominante. [Pour en savoir plus: Charles
CHAMPETIER, "Alain Caillé et le MAUSS: critique de la raison
utilitaire", in: Vouloir, n°65/67, 1990].

Pour revenir plus directement aux questions économiques, disons qu'une


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EUROCOMBATE

révolution conservatrice, est révolutionnaire dans la mesure où elle vise à


abattre les modèles universalistes calqués sur le géométrisme
révolutionnaire (selon l'expression de Gusdorf), et conservatrice dans la
mesure où elle vise un retour aux contextes, à l'histoire qui les a fait
émerger et les a dynamisés. De même dans le domaine de l'urbanisme,
toute révolution conservatrice vise à gommer les laideurs de
l'industrialisme (projet des pré-raphaëlites anglais et de leurs élèves
autrichiens autour de Pernerstorfer) ou du modernisme géométrique, pour
renouer avec des traditions du passé (Arts & Crafts) ou pour faire éclore
de nouvelles formes inédites (MacIntosh, Horta, Van de Velde).

Le contexte, où se déploie une économie, n'est pas un contexte


exclusivement déterminé par l'économie, mais par une quantité d'autres
facteurs. D'où la critique néo-droitiste de l'économisme, ou du "tout-
économique". Cette critique n'a malheureusement pas souligné la parenté
philosophique des démarches non économiques (artistiques, culturelles,
littéraires) avec la démarche économique de l'école historique.

Est-il exact de dire que Synergon, contrairement au GRECE, accorde


moins d'attention au travail purement culturel et davantage aux
événements politiques concrets?

Nous n'accordons pas moins d'attention au travail culturel. Nous en


accordons tout autant. Mais nous accordons effectivement, comme vous
l'avez remarqué, une attention plus soutenue aux événements du monde.
Deux semaines avant de mourir, le leader spirituel des indépendantistes
bretons, Olier Mordrel, qui suivait nos travaux, m'a téléphoné, sachant
que sa mort était proche, pour faire le point, pour entendre une dernière
fois la voix de ceux dont il se sentait proche intellectuellement, mais sans
souffler le moindre mot sur son état de santé, car, pour lui, il n'était pas de
mise de se plaindre ou de se faire plaindre. Il m'a dit: "Ce qui rend vos
revues indispensables, c'est le recours constant au vécu". J'ai été très
flatté de cet hommage d'un aîné, qui était pourtant bien avare de louanges
et de flatteries. Votre question indique que vous avez sans doute perçu, à
seize ans de distance et par les lectures relatives au thème de votre
mémoire, le même état de choses qu'Olier Mordrel, à la veille de son
51
EUROCOMBATE

trépas. Le jugement d'Olier Mordrel me paraît d'autant plus intéressant,


rétrospectivement, qu'il est un témoin privilégié: revenu de son long exil
argentin et espagnol, il apprend à connaître assez tôt la nouvelle droite,
juste avant qu'elle ne soit placée sous les feux de rampe des médias. Il vit
ensuite son apogée et le début de son déclin. Et il attribuait ce déclin à
une incapacité d'appréhender le réel, le vivant et les dynamiques à l'¦uvre
dans nos sociétés et dans l'histoire.

Le recours à Heidegger

Cette volonté de l'appréhender, ou, pour parler comme Heidegger, de


l'arraisonner pour opérer le dévoilement de l'Etre et sortir ainsi du
nihilisme (de l'oubli de l'Etre), implique toute à la fois de recenser
inlassablement les faits de monde présents et passés (mais qui,
potentiellement, en dépit de leur sommeil momentané, peuvent toujours
revenir à l'avant-plan), mais aussi de les solliciter de mille et une
manières nouvelles pour faire éclore de nouvelles constellations
idéologiques et politiques, et de les mobiliser et de les instrumentaliser
pour détruire et effacer les pesanteurs issues des géométrismes
institutionnalisés. Notre démarche procède clairement d'une volonté de
concrétiser les visions philosophiques de Heidegger, dont la langue, trop
complexe, n'a pas encore généré d'idéologie et de praxis révolutionnaires
(et conservatrices!). [Pour en savoir plus: Robert STEUCKERS, "La
philosophie de l'argent et la philosophie de la Vie chez Georg Simmel
(1858-1918)", in: Vouloir, n°11, 1999].

Est-il exact d'affirmer que Synergies Européennes constituent l'avatar


actuel du corpus doctrinal national-révolutionnaire (dont le national-
bolchevisme est une forme)?

Je perçois dans votre question une vision un peu trop mécanique de la


trajectoire idéologique qui va de la ré-vo-lution conservatrice et de ses
filons nationaux-révolutionnaires (du temps de Weimar) à l'actuelle
démarche de "Synergies Européennes". Vous semblez percevoir dans
notre mouvance une transposition pure et simple du cor-pus national-
révolutionnaire de Weimar dans notre époque. Une telle transposition
52
EUROCOMBATE

serait un anachronisme, donc une sottise. Toutefois, dans ce corpus, les


idées de Niekisch sont intéressantes à analyser, de même que son
itinéraire personnel et ses mémoires. Cependant, le texte le plus
intéressant de cette mouvance reste celui co-signé par les frères Jünger,
Ernst et surtout Friedrich-Georg, et intitulé Aufstieg des Nationalismus.
Pour les frères Jünger, dans cet ouvrage et dans d'autres articles ou
courriers importants de l'époque, le "nationalisme" est synonyme de
"particularité" ou d'"originalité", particularité et originalité qui doivent
rester telles, ne pas se laisser oblitérer par un schéma universaliste ou par
une phraséologie creuse que ses utilisateurs prétendent pro-gressiste ou
supérieure, valable en tout temps et en tout lieu, discours destiné à
remplacer toutes les lan-gues et toutes les poésies, toutes les épopées et
toutes les histoires. Poète, Friedrich-Georg Jünger, dans ce texte-
manifeste des nationaux-révolutionnaires des années de Weimar, oppose
les traits rectilignes, les géomé-tries rigides, propres de la phraséologie
libérale-positiviste, aux sinuosités, aux méandres, aux labyrinthes et aux
tracés serpentants du donné naturel, organique. En ce sens, il préfigure la
pensée d'un Gilles Deleuze, avec son rhizome s'insinuant partout dans le
plan territorial, dans l'espace, qu'est la Terre. De même, l'hostilité du
"nationalisme", tel que le concevaient les frères Jünger, aux formes
mortes et pétrifiées de la société libérale et industrielle ne peut se
comprendre que parallèlement aux critiques analogues de Heidegger et de
Simmel.

Dans la plupart des cas, les cercles actuels, dits nationaux-


révolutionnaires, souvent dirigés par de faux savants (très prétentieux), de
grandes gueules insipides ou des frustrés qui cherchent une manière
inhabituelle de se faire valoir, se sont effectivement borné à reproduire,
comme des chromos, les phraséologies de l'ère de Wei-mar. C'est à la fois
une insuffisance et une pitrerie. Ce discours doit être instrumentalisé,
utilisé comme maté-riau, mais de concert avec des matériaux
philosophiques ou sociologiques plus scientifiques, plus communé-ment
admis dans les institutions scientifiques, et confrontés évidemment avec
la réalité mouvante, avec l'ac-tua-lité en marche. Les petites cliques de
faux savants et de frustrés atteints de führerite aigüe ont évidem-ment été
incapables de parfaire un tel travail.
53
EUROCOMBATE

Au-delà de Aufstieg des Nationalismus

Ensuite, il me semble impossible, aujourd'hui, de renouer de manière a-


critique avec les idées contenues dans Aufstieg des Nationalismus et dans
les multiples revues du temps de la République de Weimar (Die
Kommenden, Widerstand d'Ernst Niekisch, Der Aufbruch, Die Standarte,
Arminius, Der Vormarsch, Der Anmarsch, Die deutsche Freiheit, Der
deutsche Sozialist, Entscheidung de Niekisch, Der Firn, également de
Niekisch, Junge Politik, Politische Post, Das Reich de Friedrich
Hielscher, Die sozialistische Nation de Karl Otto Paetel, Der Vorkämpfer,
Der Wehrwolf, etc.). Quand je dis "a-critique", je ne veux pas dire qu'il
faut soumettre ce corpus doctrinal à une critique dissolvante, qu'il faut le
rejeter irrationnellement comme immoral ou anachronique, comme le
font ceux qui tentent de virer leur cuti ou de se dédouaner. Je veux dire
qu'il faut le relire attentivement mais en tenant bien compte des diverses
évolutions ultérieures de leurs auteurs et des dynamiques qu'ils ont
suscitées dans d'autres champs que celui, réduit, du nationalisme
révolutionnaire. Exemple: Friedrich Georg Jünger édite en 1949 la
version finale de son ouvrage Die Perfektion der Technik, qui jette les
fondements de toute la pensée écologique allemande de notre après-
guerre, du moins dans ses aspects non politiciens qui, en tant que tels, et
par là-même, sont galvaudés et stupidement caricaturaux. Plus tard,
Friedrich Georg lance une revue de réflexion écologique, Scheidewege,
qui continue à paraître après sa mort, survenue en 1977. Il faut donc relire
Aufstieg des Nationalismus à la lumière de ces publications ultérieures et
coupler le message national-révolutionnaire et soldatique des années 20,
où pointaient déjà des intuitions écologiques, aux corpus biologisants,
écologiques, organiques commentés en long et en large dans les colonnes
de Scheidewege. En 1958, Ernst Jünger fonde avec Mircea Eliade et avec
le concours de Julius Evola et du traditionaliste allemand Leopold Ziegler
la revue Antaios, dont l'objectif est d'immerger ses lecteurs dans les
grandes traditions religieuses du monde. Ensuite, Martin Meyer a étudié
l'¦uvre d'Ernst Jünger dans tous ses aspects et montré clairement les liens
qui unissent cette pensée, qui couvre un siècle tout entier, à quantité
d'autres mondes intellectuels, tels le surréalisme, toujours oublié par les
54
EUROCOMBATE

nationaux-révolutionnaires de Nantes ou d'ailleurs et par les néo-


droitistes parisiens qui se prennent pour des oracles infaillibles, mais qui
ne savent finalement pas grand chose, quand on prend la peine de gratter
un peu... Par coquetterie parisienne, on tente de se donner un look
allemand, un look "casque à boulons", qui sied à tous ces zigomars
comme un chapeau melon londonien à un Orang-Outan... Meyer rappelle
ainsi l'¦uvre picturale de Kubin, le rapport étroit entre Jünger et Walter
Benjamin, la distance esthétique et la désinvolture qui lient Jünger aux
dandies, aux esthètes et à bon nombre de romantiques, l'influence de
Léon Bloy sur cet écrivain allemand mort à 102 ans, l'apport de Carl
Schmitt dans ses démarches, le dialogue capital avec Heidegger amorcé
dans le deuxième après-guerre, l'impact de la philosophie de la nature de
Gustav Theodor Fechner, etc. En France, les nationaux-révolutionnaires
et les néo-droitistes anachroniques et caricaturaux devraient tout de même
se rappeler la proximité de Drieu La Rochelle avec les surréalistes de
Breton, notamment quand Drieu participait au fameux "Procès Barrès"
mis en scène à Paris pendant la première guerre mondiale. La
transposition a-critique du discours national-révolutionnaire allemand des
années 20 dans la réalité d'aujourd'hui est un expédiant maladroit,
souvent ridicule, qui ignore délibérément l'ampleur incalculable de la
trajectoire post-nationale-révolutionnaire des frères Jünger, des mondes
qu'ils ont abordés, travaillés, intériorisés. La même remarque vaut
notamment pour la mauvaise réception de Julius Evola, sollicité de
manière tout aussi maladroite et cari-caturale par ces nervis pseudo-
activistes, ces sectataires du satano-sodomisme saturnaliste basé à l'em-
bou-chu-re de la Loire ou ces métapolitologues pataphysiques et porno-
vidéomanes, qui ne débouchent généralement que dans le solipsisme, la
pantalonnade ou la parodie.
[Pour en savoir plus: 1) Robert STEUCKERS, "L'itinéraire philosophique
et poétique de Friedrich-Georg Jünger", in: Vouloir, n°45/46, 1988; 2)
Robert STEUCKERS, Friedrich-Georg Jünger, Synergies, Forest,
1996].

Pourquoi Synergies accorde-t-elle tant d'attention à la Russie, outre le


fait que ce pays fasse partie de l'ensemble eurasien?

55
EUROCOMBATE

L'attention que nous portons à la Russie procède d'une analyse


géopolitique de l'histoire européenne. La première intuition qui a
mobilisé nos efforts depuis près d'un quart de siècle, c'est que l'Europe,
dans laquelle nous étions nés, celle de la division sanctionnée par les
conférences de Téhéran, Yalta et Postdam, était invivable, condamnait
nos peuples à sortir de l'histoire, à vivre une stagnation historique,
économique et politique, ce qui, à terme, signifie la mort. Bloquer
l'Europe à hauteur de la frontière entre l'Autriche et la Hongrie, couper
l'Elbe à hauteur de Wittenberge et priver Hambourg de son hinterland
brandebourgeois, saxon et bohémien, sont autant de stratégies
d'étranglement. Le Rideau de Fer coupait l'Europe industrielle de
territoires complémentaires et de cette Russie, qui, à la fin du XIXième
siècle, devenait le fournisseur de matières premières de l'Europe, la
prolongation vers le Pacifique de son territoire, le glacis indispensable
verrouillant le territoire de l'Europe contre les assauts des peuples de la
steppe qu'elle avait subis jusqu'au XVIième siècle. La propagande
anglaise décrivait le Tsar comme un monstre en 1905 lors de la guerre
russo-japonaise, favorisait les menées séditieuses en Russie, afin de
freiner cette synergie euro-russe d'avant le communisme. Le
communisme, financé par des banquiers new-yorkais, tout comme la
flotte japonaise en 1905, a servi à créer le chaos en Russie et à empêcher
des relations économiques optimales entre l'Europe et l'espace russo-
sibérien. Exactement comme la révolution française, appuyé par Londres
(cf. Olivier Blanc, Les hommes de Londres, Albin Michel), a ruiné la
France, a annihilé tous ses efforts pour se constituer une flotte atlantique
et se tourner vers le large plutôt que vers nos propres territoires, a fait des
masses de conscrits français (et nord-africains) une chaire à canon pour la
City, pendant la guerre de Crimée, en 1914-1918 et en 1940-45. Une
France tournée vers le large, comme le voulait d'ailleurs Louis XVI,
aurait engrangé d'immenses bénéfices, aurait assuré une présence solide
dans le Nouveau Monde et en Afrique dès le XVIIIième siècle, n'aurait
probablement pas perdu ses comptoirs indiens. Une France tournée vers
la ligne bleue des Vosges a provoqué sa propre implosion
démographique, s'est suicidée biologiquement. Le ver était dans le fruit:
après la perte du Canada en 1763, une maîtresse hissée au rang de
marquise a dit: "Bah! Que nous importent ces quelques arpents de neige"
56
EUROCOMBATE

et "après nous, le déluge". Grande clairvoyance politique! Qu'on peut


comparer à celle d'un métapolitologue du 11ième arrondissement, qui
prend de haut les quelques réflexions de Guillaume Faye sur
l'Eurosibérie! En même temps, cette monarchie française sur le déclin
s'accrochait à notre Lorraine impé-ria-le, l'ar-ra-chait à sa famille
impériale naturelle, scandale auquel le gouverneur des Pays-Bas
autrichiens, Charles de Lor-rai-ne n'a pas eu le temps de remédier; Grand
Maître de l'Ordre Teutonique, il voulait financer sa re-con-quê-te en pa-
yant de sa propre cassette une armée bien entraînée et bien équipée de
70.000 hommes, triés sur le volet. Sa mort a mis un terme à ce projet.
Cela a empêché les armées européennes de disposer du glacis lor-rain
pour venir mettre un terme, quelques années plus tard, à la comédie
révolutionnaire qui ensanglantait Pa-ris et allait commettre le génocide
vendéen. Pour le grand bénéfice des services de Pitt!

Dans l'état actuel de nos recherches, nous constatons d'abord que le projet
de reforger une alliance euro-russe indéfectible n'est pas une anomalie,
une lubie ou une idée originale. C'est tout le contraire! C'est le souci im-
pé-rial récurrent depuis Charlemagne et Othon I! Quarante ans de Guerre
Froide, de division Est-Ouest et d'abru-tis-sement médiatique téléguidé
depuis les Etats-Unis ont fait oublier à deux ou trois générations
d'Européens les ressorts de leur histoire.

Le limes romain sur le Danube

Ensuite, nos lectures nous ont amenés à constater que l'Europe, dès
l'époque carolingienne, s'est voulue l'hé-ri-tiè-re de l'Empire romain et a
aspiré à restituer celui-ci tout le long de l'ancien limes danubien. Rome
avait con-trô-lé le Danube de sa source à son embouchure dans la Mer
Noire, en déployant une flotte fluviale im-por-tante, rigoureusement
organisée, en construisant des ouvrages d'art, dont des ponts de
dimensions colossales pour l'époque (avec piliers de 45 m de hauteur
dans le lit du fleuve), en améliorant la technique des ponts de bateaux
pour les traversées offensives de ses légions, en concentrant dans la
trouée de Pannonie plusieurs légions fort aguerries et disposant d'un
matériel de pointe, de même que dans la province de Scythie,
57
EUROCOMBATE

correspondant à la Dobroudja au sud du delta du Danube. L'objectif était


de contenir les invasions venues des steppes surtout au niveau des deux
points de passage sans relief important que sont justement la plaine
hongroise (la "puszta") et cette Dobroudja, à la charnière de la Roumanie
et de la Bulgarie actuelles. Un empire ne pouvait éclore en Europe, dans
l'antiquité et au hait moyen âge, si ces points de passage n'étaient pas
verrouillés pour les peuples non européens de la steppe. Ensuite, dans le
cadre de la Sainte-Alliance du Prince Eugène (cf. infra), il fallait les
dégager de l'emprise turque ottomane, irruption étrangère à l'européité,
venue du Sud-Est. Après les études de l'Américain Edward Luttwak sur la
stratégie militaire de l'Empire romain, on constate que celui-ci n'é-tait pas
seulement un empire circum-méditerranéen, centré autour de la Mare
Nostrum, mais aussi un em-pi-re danubien, voire rhéno-danubien, avec
un fleuve traversant toute l'Europe, où sillonnait non seulement une flot-
te militaire, mais aussi une flotte civile et marchande, permettant les
échanges avec les tribus germa-ni-ques, daces ou slaves du Nord de
l'Europe. L'arrivée des Huns dans la trouée de Pannonie bouleverse cet
ordre du monde antique. L'étrangeté des Huns ne permet pas de les
transformer en Foederati comme les peuples germaniques ou daces.

Les Carolingiens voudront restaurer la libre circulation sur le Danube en


avançant leurs pions en direction de la Pannonie occupée par les Avars,
puis par les Magyars. Charlemagne commence à faire creuser le canal
Rhin-Danube que l'on nommera la Fossa Carolina. On pense qu'elle a été
utilisée, pendant un très bref laps de temps, pour acheminer troupes et
matériels vers le Noricum et la Pannonie. Charlemagne, en dépit de ses
liens privilégiés avec la Papauté romaine, souhaitait ardemment la
reconnaissance du Basileus byzantin et envisageait même de lui donner la
main d'une de ses filles. Aix-la-Chapelle, capitale de l'Empire
germanique, est construite comme un calque de Byzance, titulaire
légitime de la dignité impériale. Le projet de mariage échoue, sans raison
apparente autre que l'attachement personnel de Charlemagne à ses filles,
qu'il désirait garder près de lui, en en faisant les maîtresses des grands
abbés carolingiens, sans la moindre pudibonderie. Cet attachement
paternel n'a donc pas permis de sceller une alliance dynastique entre
l'Empire germanique d'Occident et l'Empire romain d'Orient. L'ère
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carolingienne s'est finalement soldée par un échec, à cause d'une


constellation de puissances qui lui a été néfaste: les rois francs, puis les
Carolingiens (et avant eux, les Pippinides), se feront les alliés, parfois
inconditionnels, du Pape romain, ennemis du christianisme irlando-
écossais, qui missionne l'Allemagne du Sud danubienne, et de Byzance,
héritière légale de l'impérialité romaine. La papauté va vouloir utiliser les
énergies germaniques et franques contre Byzance, sans autre but que
d'asseoir sa seule suprématie. Alors qu'il aurait fallu continuer l'¦uvre de
pénétration pacifique des Irlando-Ecossais vers l'Est danubien, à partir de
Bregenz et de Salzbourg, favoriser la transition pacifique du paganisme
au christianisme irlandais au lieu d'accorder un blanc seing à des zélotes à
la solde de Rome comme Boniface, parce que la variante irlando-
écossaise du christianisme ne s'opposait pas à l'orthodoxie byzantine et
qu'un modus vivendi aurait pu s'établir ainsi de l'Irlande au Caucase.
Cette synthèse aurait permis une organisation optimale du continent
européen, qui aurait rendu impossible le retour des peuples mongols et les
invasions turques des 10ième et 11ième siècles. Ensuite, la reconquista
de l'Espagne aurait été avancée de six siècles! [Pour en savoir plus:
Robert STEUCKERS, "Mystères pontiques et panthéisme celtique à la
source de la spiritualité européenne", in: Nouvelles de Synergies
européennes, n°39, 1999].

Après Lechfeld en 955, l'organisation de la trouée pannonienne

Ces réflexions sur l'échec des Carolingiens, exemplifié par la bigoterie


stérile et criminelle de son descendant Louis le Pieux, démontre qu'il n'y
a pas de bloc civilisationnel européen cohérent sans une maîtrise et une
organisation du territoire de l'embouchure du Rhin à la Mer Noire.
D'ailleurs, fait absolument significatif, Othon I reçoit la dignité impériale
après la bataille de Lechfeld en 955, qui permet de reprendre pied en
Pannonie, après l'élimination des partisans du khan magyar Horka
Bulcsu, et l'avènement des Arpads, qui promettent de verrouiller la trouée
pannonienne comme l'avaient fait les légions romaines au temps de la
gloire de l'Urbs. Grâce à l'armée germanique de l'Empereur Othon I et la
fidélité des Hongrois à la promesse des Arpads, le Danube redevient soit
germano-romain soit byzantin (à l'Est des "cataractes" de la Porte de Fer).
Si la Pannonie n'est plus une voie de passage pour les nomades d'Asie qui
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EUROCOMBATE

peuvent disloquer toute organisation politique continentale en Europe,


ipso facto, l'impérialité est géographiquement restaurée.

Othon I, époux d'Adelaïde, héritière du royaume lombard d'Italie, entend


réorganiser l'Empire en assurant sa mainmise sur la péninsule italique et
en négociant avec les Byzantins, en dépit des réticences papales. En 967,
douze ans après Lechfeld, cinq ans après son couronnement, Othon reçoit
une ambassade du Basileus byzantin Nicéphore Phocas et propose une
alliance conjointe contre les Sarrasins. Elle se réalisera tacitement avec le
successeur de Nicéphore Phocas, plus souple et plus clairvoyant, Ioannes
Tzimisces, qui autorise la Princesse byzantine Théophane à épouser le fils
d'Othon I, le futur Othon II en 972. Othon II ne sera pas à la hauteur,
essuyant une défaite terrible en Calabre en 983 face aux Sarrasins. Othon
III, fils de Théophane, qui devient régente en attendant sa majorité, ne
parviendra pas à consolider son double héritage, germanique et byzantin.

Le règne ultérieur d'un Konrad II sera exemplaire à ce titre. Cet empereur


salien vit en bonne intelligence avec Byzance, dont les territoires à l'Est
de l'Anatolie commencent à être dangereusement harcelés par les raids
seldjoukides et les rezzou arabes. L'héritage othonien en Pannonie et en
Italie ainsi que la paix avec Byzance permettent une véritable renaissance
en Europe, confortée par un essor économique remarquable. Grâce à la
victoire d'Othon I et à l'inclusion de la Pannonie des Arpad dans la
dynamique impériale européenne, l'économie de notre continent entre
dans une phase d'essor, la croissance démographique se poursuit (de l'an
1000 à 1150 la population augmente de 40%), le défrichage des forêts bat
son plein, l'Europe s'affirme progressivement sur les rives septentrionales
de la Méditerranée et les cités italiennes amorcent leur formidable
processus d'épanouissement, les villes rhénanes deviennent des
métropoles importantes (Cologne, Mayence, Worms avec sa superbe
cathédrale romane).

Cet essor et le règne paisible mais fort de Konrad II démontrent que


l'Europe ne peut connaître la prospérité économique et l'épanouissement
culturel que si l'espace entre la Moravie et l'Adriatique est sécurisé. Dans
tous les cas contraires, c'est le déclin et le marasme. Leçon historique
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EUROCOMBATE

cardinale qu'ont retenue les fossoyeurs de l'Europe: à Versailles en 1919,


ils veulent morceler le cours du Danube en autant d'Etats antagonistes
que possible; en 1945, ils veulent établir une césure sur le Danube à
hauteur de l'antique frontière entre le Noricum et la Pannonie; entre 1989
et 2000, ils veulent installer une zone de troubles permanents dans le Sud-
Est européen afin d'éviter la soudure Est-Ouest et inventent l'idée d'un
fossé civilisationnel insurmontable entre un Occident protestant-
catholique et un Orient orthodoxe-byzantin (cf. les thèses de Samuel
Huntington).

Au Moyen Age, c'est la Rome papale qui va torpiller cet essor en


contestant le pouvoir temporel des Empereurs germaniques et en
affaiblissant de la sorte l'édifice européen tout entier, privé d'un bras
séculier puissant et bien articulé. Le souhait des empereurs était de
coopérer dans l'harmonie et la réciprocité avec Byzance, pour restaurer
l'unité stratégique de l'Empire romain avant la césure Occident/Orient.
Mais Rome est l'ennemie de Byzance, avant même d'être l'ennemie des
Musulmans. A l'alliance tacite, mais très mal articulée, entre l'Empereur
germanique et le Basileus byzantin, la Papauté opposera l'alliance entre le
Saint-Siège, le royaume normand de Sicile et les rois de France, alliance
qui appuie aussi tous les mouvements séditieux et les intérêts sectoriels et
bassement matériels en Europe, pourvu qu'ils sabotent les projets
impériaux.

Le rêve italien des Empereurs germaniques

Le rêve italien des Empereurs, d'Othon III à Frédéric II de Hohenstaufen,


vise à unir sous une même autorité suprême les deux grandes voies de
communication aquatiques en Europe: le Danube au centre des terres et la
Méditerranée, à la charnière des trois continents. A rebours des
interprétations nationales-socialistes ou folcistes ("völkisch") de Kurt
Breysig et d'Adolf Hitler lui-même, qui n'ont eu de cesse de critiquer
l'orientation italienne des Empereurs germaniques du Haut Moyen Age,
force est de constater que l'espace entre Budapest (l'antique Aquincum
des Romains) et Trieste sur l'Adriatique, avec, pour prolongement, la
péninsule italienne et la Sicile, permettent, si ces territoires sont unis par
une même volonté politique, de maîtriser le continent et de faire face à
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EUROCOMBATE

toutes les invasions extérieures: celles des nomades de la steppe et du


désert arabique. Les Papes contesteront aux Empereurs le droit de gérer
pour le bien commun du continent les affaires italiennes et siciliennes,
qu'ils considéraient comme des apanages personnels, soustraits à toute
logique continentale, politique et stratégique: en agissant de la sorte, et
avec le concours des Normands de Sicile, ils ont affaibli leur ennemie,
Byzance, mais, en même temps, l'Europe toute entière, qui n'a pas pu
reprendre pied en Afrique du Nord, ni libérer la péninsule ibérique plus
tôt, ni défendre l'Anatolie contre les Seldjoukides, ni aider la Russie qui
faisait face aux invasions mongoles. La situation exigeait la fédération de
toutes les forces dans un projet commun.

Par les menées séditieuses des Papes, des rois de France, des émeutiers
lombards, des féodaux sans scrupules, notre continent n'a pas pu être
"membré" de la Baltique à l'Adriatique, du Danemark à la Sicile (comme
l'avait également voulu un autre esprit clairvoyant du XIIIième siècle, le
Roi de Bohème Ottokar II Premysl). L'Europe était dès lors incapable de
parfaire de grands desseins en Méditerranée (d'où la lenteur de la
reconquista, laissée aux seuls peuples hispaniques, et l'échec des
croisades). Elle était fragilisée sur son flanc oriental et a failli, après les
désastres de Liegnitz et de Mohi en 1241, être complètement conquise
par les Mongols. Cette fragilité, qui aurait pu lui être fatale, est le résultat
de l'affaiblissement de l'institution impériale à cause des manigances
papales.

De la nécessaire alliance des deux impérialités européennes

En 1389, les Serbes s'effondrent devant les Turcs lors de la fameuse


bataille du Champs des Merles, prélude dramatique à la chute définitive
de Constantinople en 1453. L'Europe est alors acculée, le dos à
l'Atlantique et à l'Arctique. La seule réaction sur le continent vient de
Russie, pays qui hérite ainsi ipso facto de l'impérialité byzantine à partir
du moment où celle-ci cesse d'exister. Moscou devient donc la
"Troisième Rome"; elle hérite de Byzance la titulature de l'impérialité
orientale. Il y avait deux empires en Europe, l'Empire romain d'Occi-dent
et l'Empire romain d'Orient; il y en a toujours deux malgré la chute de
Constantinople: le Saint-Empire ro-main germanique et l'Empire russe.
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EUROCOMBATE

Ce dernier passe directement à l'offensive, grignote les terres conquises


par les Mongols, détruit les royaumes tatars de la Volga, pousse vers la
Caspienne. Par conséquent, tradition et géo-politique obligent: l'alliance
voulue par les empereurs germaniques depuis Charlemagne entre Aix-la-
Cha-pel-le et Byzance, doit être poursuivie mais, dorénavant, par une
alliance impériale germano-russe. L'Empereur d'Oc-cident (germanique)
et l'Empereur d'Orient (russe) doivent agir de concert pour repousser les
ennemis de l'Eu-rope (espace stratégique à deux têtes comme l'est l'aigle
bicéphale) et dégager nos terres de l'encerclement ot-toman et musulman,
avec l'appui des rois locaux: rois d'Espagne, de Hongrie, etc. Telle est la
raison his-to-ri-que, métaphysique et géopolitique de toute alliance
germano-russe.

Cette alliance fonctionnera, en dépit de la trahison française. La France


était hostile à Byzance pour le compte des Papes anti-impériaux de
Rome. Elle participera à la destruction des glacis de l'Empire à l'Ouest et
s'alliera aux Turcs contre le reste de l'Europe. D'où les contradictions
insolubles des "nationalistes" français: simultanément, ils se réclament de
Charles Martel (un Austrasien de nos pays d'entre Meuse et Rhin, appelé
au secours d'une Neustrie et d'une Aquitaine mal organisées, décadentes
et en proie à toutes sortes de dissensions, qui n'avaient pas su faire face à
l'invasion arabe) mais ces mêmes nationalistes français avalisent les
crimes de trahison des rois, cardinaux et ministres félons: François I,
Henri II, Richelieu, Louis XIV, Turenne, voire des séides de la
Révolution, comme si, justement, Charles Martel l'Austrasien n'avait
jamais existé!

L'Alliance austro-russe fonctionne avec la Sainte-Alliance mise sur pied


par Eugène de Savoie à la fin du XVIIième siècle, qui repousse les
Ottomans sur toutes les frontières, de la Bosnie au Caucase. L'intention
géopolitique est de consolider la trouée pannonienne, de maître en service
une flotte fluviale danubienne, d'organiser une défense en profondeur de
la frontière par des unités de paysans-soldats croates, serbes, roumains,
appuyés par des colons allemands et lorrains, de libérer les Balkans et, en
Russie, de reprendre la Crimée et de contrôler les côtes septentrionales de
la Mer Noire, afin d'élargir l'espace européen à son territoire pontique au
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EUROCOMBATE

complet. Au XVIIIième siècle, Leibniz réitère cette nécessité d'inclure la


Russie dans une grande alliance européenne contre la poussée ottomane.
Plus tard, la Sainte-Alliance de 1815 et la Pentarchie du début du
XIXième siècle prolongeront cette même logique. L'alliance des trois
empereurs de Bismarck et la politique de concertation avec Saint-
Pétersbourg, qu'il n'a cessé de pratiquer, sont des applications modernes
du v¦u de Charlemagne (non réalisé) et d'Othon I, véritable fondateur de
l'Europe. Dès que ces alliances n'ont plus fonctionné, l'Europe est entrée
dans une nouvelle phase de déclin, au profit, notamment, des Etats-Unis.
Le Traité de Versailles de 1919 vise la neutralisation de l'Allemagne et
son pendant, le Traité du Trianon, sanctionne le morcellement de la
Hongrie, privée de son extension dans les Tatras (la Slovaquie) et de son
union avec la Croatie créée par le roi Tomislav, union instaurée plus tard
par la Pacta Conventa en 1102, sous la direction du roi hongrois
Koloman Könyves ("Celui qui aimait les livres jusqu'à la folie").
Versailles détruit ce que les Romains avaient uni, restaure ce que les
troubles des siècles sombres avaient imposé au continent, détruit l'¦uvre
de la Couronne de Saint-Etienne qui avait harmonieusement restauré
l'ordre romain tout en respectant la spécificité croate et dalmate.
Versailles a surtout été un crime contre l'Europe parce que cette
nécessaire harmonie hungaro-croate en cette zone géographique clef a été
détruite et a précipité à nouveau l'Europe dans une période de troubles
inutiles, à laquelle un nouvel empereur devra nécessairement, un jour,
mettre un terme. Wilson, Clemenceau et Poincaré, la France et les Etats-
Unis, portent la responsabilité de ce crime devant l'histoire, de même que
les tenants écervelés de cette éthique de la conviction (et, partant, de
l'irresponsabilité) portée par le laïcisme de mouture franco-
révolutionnaire. Derrière l'hostilité de façade à la re-ligion catholique
qu'elle professe, cette idéologie pernicieuse a agi exactement comme les
papes simonia-ques du Moyen Age: elle a détruit les principes
d'organisation optimaux de notre Europe, ses adeptes étant a-veu-glés par
des principes fumeux et des intérêts sordides, sans profondeur historique
et temporelle. Principes et intérêts totalement inaptes à fournir les assises
d'une organisation politique, pour ne même pas parler d'un em-pire.

Face à ce désastre, Arthur Moeller van den Bruck, figure de proue de la


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EUROCOMBATE

révolution conservatrice, lance l'idée d'u-ne nouvelle alliance avec la


Russie en dépit de l'installation au pouvoir du bolchevisme léniniste, car
le prin-ci-pe de l'alliance des deux Empires doit demeurer envers et
contre la désacralisation, l'horizontalisation et la pro-fanation de la
politique. Le Comte von Brockdorff-Rantzau appliquera cette diplomatie,
ce qui conduira à l'an-ti-Versailles germano-soviétique: les accords de
Rapallo signés entre Rathenau et Tchitcherine en 1922. De là, nous
revenons à la problématique du "national-bolchevisme" que j'ai évoquée
par ailleurs dans cet entre-tien.

Dans les années 80, quand l'évolution des stratégies militaires, des
armements et surtout des missiles balisti-ques inter-continentaux, amène
au constat qu'aucune guerre nucléaire n'est possible en Europe sans la des-
truc-tion totale des pays engagés, il apparaît nécessaire de sortir de
l'impasse et de négocier pour ré-impliquer la Rus-sie dans le concert
européen. Après la perestroïka, amorcée en 1985 par Gorbatchev, le
dégel s'annonce, l'es-poir reprend: il sera vite déçu. La succession des
conflits inter-yougoslaves va à nouveau bloquer l'Europe en-tre la trouée
pannonienne et l'Adriatique, tandis que les officines de propagande
médiatique, CNN en tête, in-ven-tent mille et une raisons pour
approfondir le fossé entre Européens et Russes.

Blocage des dynamiques européennes entre Bratislava et Trieste

Ces explications d'ordre historique doivent nous amener à comprendre


que les soi-disant défenseurs d'un Occident sans la Russie (ou contre la
Russie) sont en réalité les fossoyeurs papistes ou maçonniques de
l'Europe et que leurs agissements condamnent notre continent à la
stagnation, au déclin et à la mort, comme il avait stagné, décliné et dépéri
entre les invasions hunniques et la restauratio imperii d'Othon I, à la suite
de la bataille de Lechfeld en 955. Dès la ré-organisation de la plaine
hongroise et son inclusion dans l'orbe européenne, l'essor écono-mi-que
et démographique de l'Europe ne s'est pas fait attendre. C'est une
renaissance analogue que l'on a voulu éviter après le dégel qui a suivi la
perestroïka de Gorbatchev, car cette règle géopolitique garantissant la
prospérité est toujours valable (par exemple, l'économie autrichienne
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EUROCOMBATE

avait triplé son chiffre d'affaire en l'espace de quelques années après le


démantèlement du Rideau de fer le long de la frontière austro-hongroise
en 1989). Nos adversaires connaissent bien les ressorts de l'histoire
européenne. Mieux que notre propre personnel politique pusillanime et
décadent. Ils savent que c'est toujours là, entre Bratislava et Trieste, qu'il
faut nous frapper, nous bloquer, nous étran-gler. Pour éviter une nouvelle
union des deux Empires et une nouvelle période de paix et de prospérité,
qui fe-rait rayonner l'Europe de mille feux et condamnerait ses
concurrents à des rôles de seconde zone, tout sim-ple-ment parce qu'ils ne
possèdent pas la vaste éventail de nos potentialités, fruits de nos
différences et de nos spé-cificités.

Quelles sont les positions concrètes de Synergies Européennes sur des


institutions comme le Parlement, la représentation populaire, etc.

La vision de "Synergies Européennes" est démocratique mais hostile à


toutes les formes de partitocratie, car celle-ci, qui se prétend
démocratique, est en fait un parfait déni de démocratie. Sur le plan
théorique, "Synergies Européennes" se réclame d'un libéral russe du
début du siècle, militant du Parti des Cadets: Moshe Ostrogovski.
L'analyse que ce libéral russe d'avant la révolution bolchevique nous a
laissée repose sur un constat évident: toute démocratie devrait être un
système calqué sur la mouvance des choses dans la Cité. Les mécanismes
électoraux visent logiquement à faire représenter les effervescences à
l'¦uvre dans la société, au jour le jour, sans pour autant bouleverser l'ordre
immuable du politique. Par conséquent, les instruments de la
représentation, c'est-à-dire les partis politiques, doivent, eux aussi, être
transitoires, représenter les effervescences passagères et ne jamais viser à
la pérennité. Les dysfonctionnements de la démocratie parlementaire
découlent du fait que les partis deviennent des permanences rigides au
sein des sociétés, cooptant en leur sein des individus de plus en plus
médiocres. Pour pallier à cet inconvénient, Ostrogovski suggère une
démocratie reposant sur des partis "ad hoc", réclamant ponctuellement
des réformes urgentes ou des amendements précis, puis proclamant leur
propre dissolution pour libérer leur personnel, qui peut alors forger de
nouveaux mouvements pétitionnaires, ce qui permet de redistribuer les
66
EUROCOMBATE

cartes et de répartir les militants dans de nouvelles formations, qui seront


tout aussi provisoires. Les parlements accueilleraient ainsi des citoyens
qui ne s'encroûteraient jamais dans le professionnalisme politicien. Les
périodes de législature seraient plus courtes ou, comme au début de
l'histoire de Belgique ou dans le Royaume-Uni des Pays-Bas de 1815 à
1830, le tiers de l'assemblée serait renouvelé à chaque tiers du temps de la
législation, permettant une circulation plus accélérée du personnel
politique et une élimination par la sanction des urnes de tous ceux qui
s'avèrent incompétents; cette circulation n'existe plus aujourd'hui, ce qui,
au-delà du problème du vote censitaire, nous donne aujourd'hui une
démocratie moins parfaite qu'à l'époque. Le problème est d'éviter des
carrières politiciennes chez des individus qui finiraient par ne plus rien
connaître de la vie civile réelle.

Weber & Minghetti: pour le maintien de la séparation des trois pouvoirs

Max Weber aussi avait fait des observations pertinentes: il constatait que
les partis socialistes et démocrates-chrétiens (le "Zentrum" allemand)
installaient des personnages sans compétence à des postes clef, qui pre-
naient des décisions en dépit du bon sens, étaient animés par des éthiques
de la conviction et non plus de la res-ponsabilité et exigeaient la
répartition des postes politiques ou des postes de fonctionnaires au pro
rata des voix sans qu'il ne leur soit réclamé des compétences réelles pour
l'exercice de leur fonction. Le ministre libéral ita-lien du XIXième siècle,
Minghetti, a perçu très tôt que ce système mettrait vite un terme à la
séparation des trois pouvoirs, les partis et leurs militants, armés de leur
éthique de la conviction, source de toutes les dé-ma-go-gies, voulant
contrôler et manipuler la justice et faire sauter tous les cloisonnements
entre législatif et exé-cu-tif. L'équilibre démocratique entre les trois
pouvoirs, posés au départ comme étanches pour garantir la liber-té des
citoyens, ainsi que l'envisageait Montesquieu, ne peut plus ni fonctionner
ni exister, dans un tel contexte d'hy-stérie et de démagogie. Nous en
sommes là aujourd'hui.

Synergies Européennes ne critique donc pas l'institution parlementaire en


soi, mais marque nettement son hostilité à tout dysfonctionnement, à
toute intervention privée (les partis sont des associations privées, dans les
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EUROCOMBATE

faits et comme le rappelle Ostrogovski) dans le recrutement de personnel


politique, de fonctionnaire, etc., à tout népotisme (cooptation de membres
de la famille d'un politicien ou d'un fonctionnaire à un poste politique ou
administratif). Seuls les examens réussis devant un jury complètement
neutre doivent permettre l'accession à une charge. Tout autre mode de
recrutement devrait constituer un délit très grave.

Nous pensons également que les parlements ne devraient pas être


uniquement des chambres de représentation où ne siègeraient que des
élus issus de partis politiques (donc d'associations privées exigeant une
discipline n'autorisant aucun droit de tendance ou aucune initiative
personnelle du député). Tous les citoyens ne sont pas membres de partis
et, de fait, la majorité d'entre eux ne possède pas de carte ou d'affiliation.
Par conséquent, les partis ne représentent généralement que 8 à 10% de la
population et 100% du parlement! Le poids exagéré des partis doit être
corrigé par une représentation issue des associations professionnelles et
des syndicats, comme l'envisageait De Gaulle et son équipe quand ils
parlaient de sénat des professions et des régions. Pour le Professeur
Bernard Willms (1931-1991), le modèle constitutionnel qu'il appelait de
ses v¦ux repose sur une assemblée tricamérale (Parlement, Sénat,
Chambre économique). Le Parlement se recruterait pour moitié parmi les
candidats désignés par des partis et élus personnellement (pas de vote de
liste); l'autre moitié étant constituée de représentants des conseils
corporatifs et professionnels. Le Sénat serait essentiellement un organe de
représentation régionale (comme le Bundesrat allemand ou autrichien).
La Chambre économique, également organisée sur base des régions,
représenterait les corps sociaux, parmi lesquels les syndicats.

Le problème est de consolider une démocratie appuyée sur les "corps


concrets" de la société et non pas seulement sur des associations privées
de nature idéologique et arbitraire comme les partis. Cette idée rejoint la
définition donnée par Carl Schmitt des corps concrets. Par ailleurs, toute
entité politique repose sur un patrimoine culturel, dont il doit être tenu
compte, selon l'analyse faite par un disciple de Carl Schmitt, Ernst Rudolf
Huber. Pour Huber, l'Etat cohérent est toujours un Kulturstaat et
l'appareil étatique a le devoir de maintenir cette culture, expression d'une
68
EUROCOMBATE

Sittlichkeit, dépassant les simples limites de l'éthique pour englober un


vaste de champs de productions artistiques, culturelles, structurelles,
agricoles, industrielles, etc., dont il faut maintenir la fécondité. Une
représentation plus diversifiée, et étendue au-delà des 8 à 10% d'affiliés
aux partis, permet justement de mieux garantir cette fécondité, répartie
dans l'ensemble du corps social de la nation. La défense des "corps
concrets", postule la trilogie communauté, solidarité, subsidiarité, réponse
conservatrice, dès le 17ième siècle, au projet de Bodin, visant à détruire
les corps intermédiaires de la société, donc les corps concrets, pour ne
laisser que le citoyen-individu isolé face au Léviathan étatique. Les idées
de Bodin ont été réalisées par la révolution française et son fantasme de
géométrisation de la société, qui a justement commencé par l'éradication
des associations professionnelles par la Loi Le Chapelier de 1791.
Aujourd'hui, le recours actualisé à la trilogie communauté, solidarité,
subsidiarité postule de donner un maximum de représentativité aux
associations professionnelles, aux masses non encartées, et de diminuer
l'arbitraire des partis et des fonctionnaires. De même, le Professeur Erwin
Scheuch (Cologne) propose aujourd'hui une série de mesures concrètes
pour dégager la démocratie parlementaire de tous les dysfonctionnements
et corruptions qui l'étouffent. [Pour en savoir plus: 1) Ange SAMPIERU,
"Démocratie et représentation", in: Orientations, n°10, 1988; 2) Ro-bert
STEUCKERS, "Fondements de la démocratie organique", in:
Orientations, n°10, 1988; 3) Robert STEUCKERS, Bernard Willms
(1931-1991): Hobbes, la nation allemande, l'idéalisme, la critique
politique des Lumières, Synergies, Forest, 1996; 4) Robert
STEUCKERS, "Du déclin des µours politiques", in: Nouvelles de
Synergies européennes, n°25, 1997 (sur les thèses du Prof. Erwin
Scheuch); 5) Robert STEUCKERS, "Propositions pour un renouveau
politique", in: Nouvelles de Synergies européennes, n°33, 1998 (en fin
d'article, sur les thèses d'Ernst Rudolf Huber); 6) Robert STEUCKERS,
"Des effets pervers de la partitocratie", in: Nouvelles de Synergies
européennes, n°41, 1999].

Bibliographie

- Jean-Pierre CUVILLIER, L'Allemagne médiévale, deux tomes, Payot,


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EUROCOMBATE

tome 1, 1979, tome 2, 1984.


- Karin FEUERSTEIN-PRASSER, Europas Urahnen. Vom Untergang
des Weströmischen Reiches bis zu Karl dem Grossen, F. Pustet,
Regensburg, 1993.
- Karl Richard GANZER, Het Rijk als Europeesche Ordeningsmacht,
Die Poorten, Antwerpen, 1942.
- Wilhelm von GIESEBRECHT, Deutsches Kaisertum im Mittelalter,
Verlag Reimar Hobbing, Berlin, s.d.
- Eberhard HORST, Friedrich II. Der Staufer. Kaiser - Feldherr -
Dichter, W. Heyne, München, 1975-77.
- Ricarda HUCH, Römischer Reich Deutscher Nation, Siebenstern,
München/Hamburg, 1964.
- Edward LUTTWAK, La grande stratégie de l'Empire romain,
Economica, 1987.
- Michael W. WEITHMANN, Die Donau. Ein europäischer Fluss und
seine 3000-jährige Geschichte, F. Pustet/Styria, Regensburg, 2000.
- Philippe WOLFF, The Awakening of Europe, Penguin,
Harmondsworth, 1968.

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EUROCOMBATE

L'allucination du monde d'après Antonin Artaud


Frédéric Schramme

Si notre fin de siècle est si avide de commémorations d'événements de


toutes natures, c'est bien la preuve que, gavée de progrès technologique,
incapable de la moindre innovation politique et sociale, la société
moderne s'enfonce dans un marasme irrémédiable qu'elle aura beau jeu de
travestir en une improbable incarnation de la Fin de l'histoire. Pourtant,
c'est presque en vain que l'on cherchera parmi ces innombrables
remémorations un éventuel hommage rendu à l'occasion du centième
anniversaire de la naissance ou du cinquantenaire de la mort d'Antonin
Artaud (1896-1948). Mais il faut croire que l'¦uvre atypique et inclassable
du poète-acteur-dramaturge ne peut faire les frais de cette insidieuse
tendance largement répandue dans le marigot gouvernemental qui
consiste à ne regarder le monde qu'au travers des ¦illères manichéennes à
bipolarité droite/gauche, alpha et oméga de toute pensée moderne; preuve
s'il en était que nous avons depuis longtemps atteint les grandes
profondeurs abyssales de l'inculture et de la démagogie politicienne.
Cette impossibilité du recyclage de l'¦uvre du "crucifié de la modernité
" (cf. Xavier Rihoit, in Le Choc, n°11) tient pour beaucoup dans le fait
qu'il est un des rares auteurs à véritablement répondre à la volonté
nietzschéenne de "briser les fenêtres et sauter au dehors" des institutions
de la société "où le long suicide de tous s'appelle la vie".

Antonin Artaud, né à Marseille en 1896 était de cette génération conçue


pour le grand sacrifice de la première guerre, période charnière entre un
19ème siècle qui s'était clos sur le constat de "la mort de Dieu " et un
20ème siècle, né dans la violence et le sang d'une civilisation européenne
à l'agonie. Mais s'il fut rapidement démobilisé pour raisons médicales (les
premiers troubles nerveux, issus d'une méningite contractée à l'âge de
cinq ans ou d'une syphilis héréditaire, coïncident avec le début de la
guerre), il n'échappa pas pour autant, par le biais de la maladie, au lot de
souffrances physiques et morales dévolu à ceux de sa classe d'âge, à ceci
près que, dans son cas, le combat dura toute sa vie, avec pour seule trêve
le refuge dans l'opium.
71
EUROCOMBATE

Des simulacres sans force que l'Europe prend pour des pensées...

De son état de maladie permanente, de l'irrépressible décadence de son


corps naît une extrême sensibilité aux manifestations de la Puissance
vitale de l'esprit exprimée par la culture ainsi qu'une révolte radicale
contre ses caricatures car "jamais, quand c'est la vie elle-même qui s'en
va, on n'a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange
parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base
de la démoralisation actuelle et le souci d'une culture qui n'a jamais
coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie". C'est tout le
simulacre de la fausse culture européenne qui est en cause et qu'il faut
reformer, conformément aux aspirations profondes d'une volonté de
retour aux sources de la vie: "Une tête d'Européen d'aujourd'hui est une
cave où bougent des simulacres sans forces que l'Europe prend pour ses
pensées".

Pour retrouver sa nature profonde, pour se sentir vivre dans ses pensées,
la vie repousse l'esprit d'analyse où l'Europe s'est égarée. Comme cette
tâche incombera à une jeunesse plus idéale que réelle, il écrit aux recteurs
des académies de l'Education Nationale, vrais faux prophètes de la
nouvelle idole jadis dénoncée par Nietzsche: "Assez de jeu de langue,
d'artifice, de syntaxe, de jongleries, de formules, il y a à trouver
maintenant la grande Loi du c¦ur, la Loi qui ne soit pas une loi, une prison
mais un guide pour l'Esprit perdu dans son propre labyrinthe. A travers le
crible de vos diplômes, passe une jeunesse efflanquée, perdue. Vous êtes
la plaie d'un monde, Messieurs, et c'est tant mieux pour ce monde mais
qu'il se pense un peu moins la tête de l'humanité". Dans les filigranes de
la pensée d'Artaud, c'est bien sûr encore Nietzsche que l'on retrouve dans
son rejet de la piètre érudition des pharisiens de la pensée. Car la réalité
du monde est que "toute vraie culture s'appuie sur la race et sur le sang.
Le sang [...] garde un antique secret de race, et avant que la race se perde,
je pense qu'il faut lui demander la force de cet antique secret".

Le Théâtre de la Cruauté

C'est par le théâtre qu'Artaud expérimentera sa vision d'une culture vraie.


72
EUROCOMBATE

Il est engagé dans la troupe de Charles Dullin, avant de fonder avec


Roger Vitrac et Robert Aron le Théâtre Alfred Jarry en 1927. Dans le
même temps, il mènera une carrière cinématographique qui lui fera
privilégier les rôles d'illuminés fanatiques comme celui de Marat dans
Napoléon et de Savonarole dans Lucrèce Borgia d'Abel Gance et surtout
celui du moine Frère Massieu dans La passion de Jeanne d'Arc de Carl
Theodor Dreyer. Mais le théâtre est encore l'occasion pour un Artaud
influencé par le théâtre oriental et le théâtre antique, de redéfinir et de
perfectionner un art véritable, débarrassé de tout esthétisme gratuit, du
psychologisme creux de la réalité quotidienne, de la suprématie de la
parole pour redevenir la pure manifestation de la vie elle-même dans sa
dimension la plus sacrée, où la parole, les cris, les sons sont recherchés
d'abord pour leur qualité vibratoire et retrouvent le pouvoir de
l'incantation, où les personnages ne sont plus considérés comme des
hommes mais comme "des êtres qui sont chacun comme des grandes
forces qui s'incarnent". Ce théâtre sera baptisé Théâtre de la Cruauté, la
cruauté signifiant, ici, "rigueur, application et décision implacable,
détermination irréversible, absolue".

En des temps historiquement troublés, la référence révolutionnaire


devient obligatoire pour tous ceux qui penchent du côté de la vie intense
mais elle prendra tout son sens dans la volonté vitale d'Artaud. Un temps
rallié au premier mouvement surréaliste et à ses tentatives spiritualistes, il
opposera rapidement sa révolution personnelle, conçue comme un
véritable retour sur soi-même au ralliement des André Breton et Louis
Aragon au bolchevisme et à la révolution matérialiste qu'il accusera plus
tard de donner naissance à une idolâtrie de nature religieuse "parce
qu'elle introduit une mystique de l'esprit". Mais la liberté inconditionnelle
d'Artaud ne s'embarrasse d'aucun préjugé idéologique et c'est dans le
même état d'esprit qu'il rejettera avec le matérialisme, la république, la
démocratie, le socialisme, le communisme, le marxisme, etc. ... et toutes
les formules creuses gravées au fronton des palais institutionnels mais
sans pour autant s'exclure du monde car: "Il y a une manière d'entrer dans
le temps, sans se vendre aux puissances du temps, sans prostituer ses
forces d'action aux mots d'ordre de propagande... Il y a des idoles
d'abêtissement qui servent au jargon de propagande. La propagande est la
73
EUROCOMBATE

prostitution de l'action, et [...] les intellectuels qui font de la littérature


de propagande sont des cadavres perdus pour la force de leur propre
action ".

A la recherche de sa propre révolution, Artaud, qui connaissait déjà


l'¦uvre du métaphysicien "traditionaliste" René Guénon va se plonger de
plus en plus dans l'étude des textes sacrés des cultures orientales et
aryennes et s'embarquera pour le Mexique, à la recherche d'une
civilisation authentique, constatant à la suite d'Oswald Spengler,
l'irrémédiable décadence de l'Occident. Cet aspect de la décadence, il
l'avait déjà mis en scène par la figure historique de l'empereur d'une
Rome déliquescente, Héliogabale, dans ses débordements chaotiques de
prostitution du Rite et de sacralisation de l'obscène. Mais il n'y a "rien de
gratuit dans la magnificence d'Héliogabale, ni dans cette merveilleuse
ardeur au désordre qui n'est que l'apparition d'une idée métaphysique et
supérieure de l'ordre, c'est à dire de l'unité".

L'anarchiste couronné

A Jean Paulhan, son éditeur qui s'inquiétait de la véracité historique des


faits décrits par Artaud, il répondit "vrai ou non, le personnage
d'Héliogabale vit, je crois, jusque dans ses profondeurs, que ce soient
celles d'Héliogabale personnage historique ou celles d'un personnage qui
est moi ". C'est donc Artaud qui est le véritable "anarchiste couronné ",
contempteur de la décadence et de l'unité perdue du monde et qui vient
annoncer sa définition de l'anarchiste: "C'est celui qui aime tellement
l'ordre qu'il n'en accepte pas de parodie".

Automythographie

En fait, si le théâtre doit être pour Artaud la représentation de la réalité, la


réalité est également un théâtre où Artaud va toute sa vie durant s'efforcer
de mettre en scène Artaud, ce qui lui vaudra d'être qualifié d'homme-
théâtre par Jean-Louis Barrault. La totalité de son ¦uvre est d'essence
autobiographique Camille Dumoulié dans son essai intitulé
simplement Antonin Artaud parle d'automythographie et est ainsi
résumée par l'auteur: "Entre le réel et moi, il y a moi, et ma déformation
74
EUROCOMBATE

personnelle des fantômes de la réalité".

Antonin Artaud, littéralement possédé par son état de fureur permanente


est celui qui aura poussé au plus haut point la logique de la subjectivité,
liberté d'esprit totale garante d'une vision du monde entièrement
débarrassée des conformismes, conventions et idéologies qui réduisent
l'homme à être un simple rouage de l'Etat, pour retrouver l'Intuition de
sa Puissance vitale. Maître de son propre monde et dieu de sa propre foi,
cette âme écorchée vive plutôt que simplement désincarnée payera
pourtant le prix fort de sa quête par neuf années d'internement en maison
psychiatrique. En 1948, deux années après sa libération -mais en ces
temps on libérait les Antonin Artaud des asiles d'aliénés seulement pour y
enfermer les Ezra Pound et les Knut Hamsun il allait s'éteindre, juste
après une ultime vocifération contre l'homme civilisé, justement
symbolisé par l'Amérique qui a cru vaincre la nature mais s'est
entièrement soumis et enchaîné à la technologie. Ce qui reste aujourd'hui
de "l'étendard calciné de la jeunesse " (selon Breton) est l'essentiel; ainsi
pour Roger Blin, un des compagnons de ses derniers instants "je ne
connais Artaud que par sa trajectoire en moi, qui n'aura pas de fin " et
pour le biographe Dumoulié "le legs d'Artaud n'est ni un savoir, ni une
méthode, mais une puissance de contagion qui voue le corps et l'esprit au
travail d'une perpétuelle genèse".

Bibliographie

Antonin Artaud :
- Le théâtre et son double, foliio, essais, n°14.
- Messages révolutionnaires, follio, essais, n°20.
- Pour en finir avec le jugement de Dieu, document sonore.
- Oeuvres complètes, Gaallimard.
- Camille Dumoulié: Antonin Artaud,< coll. Les contemporains, Seuil.

75
EUROCOMBATE

Trascending the beyond from third position


to national-anarchism
Troy Southgate

Mans obsession with trinitarian concepts has lasted for thousands of


years. Indeed, when presented with two distinct choices - both of which
are considered inadequate - we often look for a third alternative. In the
late sixth century BC, the famous Buddhist sage, Prince Gautama,
rejected a life of opulent complacency and experimented with self-
disciple and denial. Consequently, after driving himself to the very brink
of starvation the Prince realised that there was a middle way beyond both
luxury and asceticism. In this case, it was the path of meditation and
detachment, a process in which both lifestyles were transcended and
overcome.

An interesting parallel can be drawn between the example of Gautamas


rejection of hereditary privilege and the search for an alternative to
Capitalism during the late-nineteenth and early-twentieth centuries. The
solution, as we know only too well, was Communism. In fact the last
century may be rightly perceived as having been a furious historical
battleground for two highly adversarial and bitterly-opposed ideologies.
But as Hilaire Belloc observed in The Restoration of Property over sixty
years ago, the differences between the two are not as distinct or clear-cut
as their supporters often like to contend: The only economic difference
between a herd of subservient Russians and a mob of free Englishmen
pouring into a factory of a morning is that the latter are exploited by
private profit, the former by the State in communal fashion. The motive
of the Russian masters is to establish a comfortable bureaucracy for
themselves and their friends out of the proletariat labour. The motive of
the English masters is to increase their private fortunes out of proletariat
labour. But we want something different from either. Thus Communism
is considered, not as the antidote, but as a symptom and a product of
Capitalism. Bellocs own quest for a genuine alternative to both
Capitalism and Communism was represented by The Distributist League,
76
EUROCOMBATE

which he founded in 1936 with G.K. Chesterton. Both were famous


converts to Catholicism and were inspired by Rerum Novarum, a timely
encyclical in which Pope Leo XIII replied to the challenge of atheistic
Communism by proposing that property be distributed more fairly and
workers treated with more dignity. As we shall see below, Belloc and
Chesterton were to become two of the chief ideologues of the new Third
Position.

By the late-1970s Britains largest Far Right organisation, the National


Front (NF), had experienced an unprecedented growth spurt. Virtually
indistinguishable from the more mainstream Conservative Party in that it
defended family values, law and order, capital punishment and several
other Right-wing policies, the NF became a household name due to its
opposition to multi-racialism and support for the compulsory repatriation
of all non-white immigrants. By 1979, however, the Party was heavily
defeated at the ballot box after Margaret Thatcher had herself expressed
one or two outspoken comments about the growing immigration
problem. As a result, most NF supporters left for the comparatively less
extreme realms of the Centre Right, although, predictably, Mrs.
Thatchers pledge to tighten up on immigration was never practicably
consolidated. From that point onwards the NF went through a period of
factionalism, as the complicated mish-mash of ideologies which for so
long had marched beneath the same banner now resulted in a bitter
struggle between reactionary conservatives, blatant neo-nazis and
revolutionaries. NF luminaries like Martin Webster and John Tyndall
were ousted from the Party in the early-1980s, clearing the way for a new
up-and-coming generation of young activists; men like Derek Holland,
Nick Griffin, Patrick Harrington and Graham Williamson. These
individuals had been motivated by third way organisations abroad, not
least by Italys Terza Pozitione (Third Position) and the exiled Roberto
Fiore. The strategy of tension - Anno di Piombo - which had
characterised Italian politics during the 1970s had led to the development
of the Nuclei Armati Rivoluzionari (Armed Revolutionary Nuclei), and
demonstrators had been seen on the streets bearing placards in
simultaneous praise of both Hitler and Mao. Many NF members had also
been inspired by Otto Strasser, a former member of the German National-
77
EUROCOMBATE

Socialist Workers Party who had fought with Hitler over the latters
betrayal of the NSDAPs more socialistic tenets. So, for the NF, this was
to be a new era for revolutionary politics. One in which the boundaries of
left and right were to be totally rejected and redefined.

In 1983 the British NF began to publish a series of revolutionary


magazines, entitled Rising: Booklet For The Political Soldier, in which
detailed articles were given over to the twin concepts of political
sacrifice and struggle. Meanwhile, Derek Hollands pamphlet, The
Political Soldier, inspired yet another generation of new activists and was
heavily influenced by the Italian philosopher Julius Evola. By 1986 the
NF claimed to have finally purged its ranks of Tories and reactionaries
and, much to the chagrin of the traditional Left, was soon forging
alliances with Black separatist organisations like Louis Farrakhans
Nation of Islam and commending the third way stance of Khomeinis
Iran. Indeed, whilst the works of Belloc and Chesterton were used to
provide the NF with a unique economic platform, the organisation was
also advocating Popular Rule, an interesting socio-political theory in
which the structure of British society would become so decentralised that
it would come to resemble that of Colonel Qathafis Libya. Not culturally,
but in terms of establishing street, area and regional committees through
which power could be decisively channelled up from the grass roots.
This, of course, was in stark contrast to the NFs former dependence upon
the electoral voting system. The NF, in awe of its Libyan counterparts,
was now distributing copies of Qathafis Green Book and happily
chanting the mantra no representation without participation. As a
consequence, therefore, the NFs rejection of the ballot box confirmed its
inevitable admittance into the revolutionary domain of extra-
parliamentary politics. The movement went on to express its support for
regional independence, European solidarity, positive anti-racism and co-
operation with Black and Asian communities residing in England.

These were exciting times for supporters of Revolutionary Nationalism,


but the personality clashes which tend to prevail in all political circles
eventually tore the organisation apart during the Autumn of 1989. On
one side were gathered the supporters of Derek Holland, Colin Todd,
78
EUROCOMBATE

Nick Griffin and Roberto Fiore, all of whom were involved in the
establishment of a new rural project in northern France. On the other
were Patrick Harrington, Graham Williamson and David Kerr, who
believed that the administrative core of the organisation should remain in
the British Isles. Holland, Todd, Griffin and Fiore all left to form the
International Third Position (ITP), whilst Harrington and the remaining
supporters of the NF disbanded the movement in March 1990 and formed
Third Way. But for those who believed that the revolutionary dynamism
of the late-1980s could somehow be recreated, it was to end in
disappointment and dejection. Third Way became far more conservative
by supporting anti-federalist and save the pound campaigns, now
portraying itself as the radical centre. The ITP, on the other hand, tried to
influence traditional Catholics grouped around The Society of St. Pius X,
and - to the horror of the overwhelming majority of its membership -
took the disastrous road towards reactionary fascism. So whilst one
segment of the old NF had become respectable and centrist, the leaders
of the other were espousing the principles of Mussolini, Petain and
Franco. For the ITP, the inevitable spilt came in September 1992.

By this time I had been personally involved with the NF - and,


consequently, the ITP - since joining as a teenager in 1984. Throughout
those years I had served as Regional Organiser with both Sussex NF and
the Tunbridge Wells branch of the ITP, publishing magazines such as
The Kent Crusader, Surrey Action, Eastern Legion and Catholic Action.
Combined with Northern Rising (published by the ITPs Yorkshire and
Lancashire branches), these publications comprised five-fifths of the
organisations literary output. When the ITP virtually disintegrated in
1992, these magazines all withdrew their support. The ITP, meanwhile,
was left with Final Conflict, comprising a mixture of skinhead youth
culture and Christian bigotry.

The split occurred for a variety of reasons, most notably the fact that the
ITP had rejected the internal cadre structure which had been used to such
great effect during the NF period. Coupled with the fact that Derek
Holland and several others had left the country and were now completely
disinterested in the Third Positionist struggle in England, Roberto Fiore
79
EUROCOMBATE

was attacked by myself and many others for his involvement in a


ruthlessly Capitalist enterprise which operated from Central London.
Several outgoing ITP activists also accused Holland and Fiore of stealing
many thousands of pounds they had invested in property based within the
groups rural enclave in northern France. But the most decisive factor of
all, however, was the ITP leaderships increasing obsession with
Catholicism and its gradual descent into the reactionary waters of neo-
fascism.

From the tattered remains of the ITP came a new independence


organisation, the English Nationalist Movement (ENM). New attempts
were made to restate the principles of the Third Position, and ENM
publications like The Crusader and Catalyst attacked both Hitler and
Mussolini and preferred to emulate home-grown English socialists like
Robert Owen, William Cobbett, Robert Blatchford and William Morris.
This was combined with a call to arms. The ENM also campaigned
against Unionism, advocating the break-up of the British Isles into seven
distinct nations: England, Scotland, Wales, Ulster, Ireland, Mannin (Isle
of Man) and Kernow (Cornwall). Meanwhile, its publishing service, The
Rising Press, distributed booklets and pamphlets covering a whole range
of topics, including works by Otto and Gregor Strasser, Corneliu
Codreanu and Colonel Qathafi.

In 1998 the ENM changed its name to the National Revolutionary


Faction and began to call for armed insurrection against the British State
in even stronger terms. A series of detailed pamphlets and internal
bulletins were disseminated amongst Nationalists across the length and
breadth of the country, seeking to end the British National Partys (BNP)
obsession with marches and elections. The revamped organisation also
forged contacts with like-minded Third Positionist groups abroad, such
as Nouvelle Resistance (France), the American Front, Spartacus
(Canada), the Canadian Front, Alternativa Europea (Spain), National
Destiny (New Zealand), Devenir (Belgium), Rivolta (Italy), Free
Nationalists (Germany) and the National Bolshevik Party (Russia).
National Bolshevism is a concept which seeks to establish an alliance
between East and West, and has been around for many years. Its earliest
80
EUROCOMBATE

supporters were men like Arthur Moeller van den Bruck and Ernst
Junger, both of whom tried desperately to unite Germany with Russia.
National Bolshevism today is mainly associated with the contemporary
Russian thinker, Alexander Dugin, and has become one of the NRFs
main interests. Not least because the NRF supports the creation of a
decentralised Eurasian bloc in defiance of American hegemony.

In recent years the NRF has rejected Third Positionism and now
describes itself as a National-Anarchist movement. In other words, whilst
Third Positionists are committed to going beyond Capitalism and
Communism, National-Anarchists have taken things one step further by
actually transcending the very notion of beyond. According to the well-
known Anarchist thinker, Hakim Bey, writing in Millennium (1996):
"Five years ago it still remained possible to occupy a third position in the
world, a neither/nor of refusal or slyness, a realm outside the dialectic".
He goes on to suggest that "Where there is no second, no opposition,
there can be no third, no neither/nor. So the choice remains: either we
accept ourselves as the last humans, or else we accept ourselves as the
opposition." This has led the NRF to praise Anarchist thinkers like
Bakunin and Proudhon, as well as to reject the concept of the State and
call for independent enclaves "in which National-Anarchists can live
according to their own principles and ideals". National-Anarchists also
declare that even after the demise of Capitalism they neither hope nor
desire to establish a national infrastructure, believing that like-minded
and pragmatic individuals must set up and maintain organic communities
of their own choosing. This, of course, means that whilst the NRF retains
its vision of Natural Order and racial separatism it no longer wishes to
impose its beliefs on others. The group has also been involved in
ecological campaigns, anti-Capitalist demonstrations and animal
liberation circles.

The NRF has also been heavily influenced by Alternative Green, a group
set up in the wake of Richard Hunts resignation as Editor from the leftist
newspaper, Green Anarchist. Hunts unique economic analysis of the
Western cores exploitation of the Third World periphery, as well as his
wholesale rejection of the division of labour, has led to an open-minded
81
EUROCOMBATE

alliance between Alternative Green, the NRF, Nationale-Anarchie


(German National-Anarchists), the Wessex Regionalists, Oriflamme
(medievalists), Albion Awake (a Christian-Anarchist organisation), the
Anarchic Movement (influenced by both Junger and Evola) and various
other political groupuscles which all firmly believe that opponents of
Capitalism from across the board must come together in order to
exchange ideas and strategies. In May 2000 these elements staged the
first Anarchist Heretics Fair in Brighton, launching a new political
initiative called Beyond Left-Right. This has since been attacked by a
variety of anarcho-dogmatists on the Left, including the International
Workers of the World (IWW) and Anti-Fascist Action (AFA). To date,
however, neither of these organisations has attempted to explain
precisely why the NRF or its allies deserve the fascist epithet or deserve
their threats of violence and intimidation. Furthermore, fewer still have
tried to define the actual meaning of fascism itself.

Given that ideologies such as National-Socialism, National Communism


and National Bolshevism have each attempted to combine two seemingly
diverse and contradictory opposites, the arrival of National-Anarchism
always seemed inevitable. But what distinguishes the NRF from its
counterparts within the prevailing left-right spectrum, however, is the
fact that it is seeking to create a synthesis.

Indeed, Synthesis is the name of a new online magazine established by


the Cercle de la Rose Noire, through which NRF thinkers, Evolians and
prominent ex-members of the now defunct White Order of Thule (WOT)
are promoting the three-fold strategy of Anarchy, Occulture and
Metapolitics. The Circles website,http://obsidian-blade.com/synthesis,
has presented National-Anarchists with an esoteric perspective,
becoming a huge counter-cultural resource from which articles, essays,
poetry, interviews and reviews can be easy obtained.

Troy South gate is an editor of the SYNTHESIS, an intellectual and


cultural journal devoted to Anarchy, Occulture and Metapolitics. He
contributed this article to Pravda.ru. http://obsidian-blade.com/synthesis/

82
EUROCOMBATE

83
EUROCOMBATE

Deutsch-Russische Nachbarschaft (1)


Gerhoch Reisegger

Manchmal könnte man an eine teleologische Gestaltung von Abläufen


denken. Aus eher ganz persönlichen Gründen, der Freundschaft mit
einem Slawisten und Leiter eines Ost- und Süd-osteuropa Institutes,
wurde das Interesse für Osteuropa und Rußland entfacht, als zugleich in
diesem Raum die großen Veränderungen stattfanden und immer noch
stattfinden. Mit auffal-lender Häufigkeit fielen uns dann im Laufe der
Beschäftigung jeweils jene Werke oder Hin-weise zufällig in die Hände,
die sich exakt auf aktuell bearbeitete Themen und Personen bezogen, so
als hätte man gerade nach diesen gesucht. Einem ähnlichen Umstand ist
die Bekanntschaft mit einem vor ca. 15 Jahren verstorbenen Philosophen
und man kann es wohl mit gewissem Recht sagen Universalgelehrten,
Johannes F. Barnick, zu danken. Sein Hauptwerk, Vom Sinn des Ganzen
Die Logik des Schicksals als Schlüssel zur nachabendländischen
Weltzeit ist ganz aktuell geworden, als wir ja am Rande einer von den
USA und Israel ausgelösten apokalyptischen Entwicklung stehen, deren
bisheriger Verlauf sich geradezu als Bestätigung der Ableitungen aus
dem genannten Werk ergibt.

Das früher erschienene kleinere Büchlein über die Deutsch-Russische


Nachbarschaft, es stammt aus dem Jahr 1959, ist deswegen so
faszinierend, weil es Grundlinien einer Politik aufzeigt, die es uns dem
deutschen Volk ermöglichen würde, doch noch einem scheinbar
besiegelten Schicksal, dem Austritt aus der Geschichte und damit dem
Ende als Volk, zu entgehen, wenn wir uns nur dieser fundamentalen
Überlegungen erinnerten und sie befolgten.

Im Zuge der jüngsten Ereignisse um den 11. September hatte mancher


den Eindruck was bei der doch sehr zentral gesteuerten Desinformation
durch westliche Medien nicht ganz über-rascht -, daß sich merkwürdige
Allianzen bilden. Z.B. jene, die der russische Präsident Putin (u. A.)
scheinbar mit den USA eingegangen ist. Wer nun mit der Beurteilung
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EUROCOMBATE

schließlich recht haben wird, wissen wir derzeit noch nicht, aber selbst
wenn es der nicht recht vorstellbare Fall wäre, daß Rußland tatsächlich
den USA auf den Leim gegangen wäre, so könnte sich das nur um einen
schnell als solchen erkannten politischen und strategischen Irrtum
handeln. Wir wären aber dennoch gut beraten, all jene Elemente einer
neuen (alten!) Politik in Stellung zu bringen, die im auch historisch so
bewährten Interesse Deutschlands und Rußlands liegen.

Es ist daher ein Anliegen, diese Gedanken, die Barnick vor über 40
Jahren darlegte, in Erinne-rung zu rufen. Wir wollen das in der Weise
tun, daß wir weitgehend wörtlich zitieren und gelegentlich Bezüge zu den
gegenwärtigen Ereignissen herstellen. Manchmal, um nicht zu lange zu
werden haben wir gekürzt, aber dies nicht extra gekennzeichnet. Die an
den Beginn der Absätze gestellten Seitennummern, sie beziehen sich auf
die (noch in Restbeständen verfügbare (2)) Ausgabe von 1959, sollen es
dem Leser erleichtern dies insgesamt nachzulesen.

In einem anderen Zusammenhang bei der Diskussion ob und inwieweit


heute die Deutsche Burschenschaft noch politisch, ja sich ihrer Wurzeln
und Aufgabe überhaupt bewußt ist haben wir kritisch angemerkt, daß es
seit der Gründung 1815 eigentlich nach dem Ereignis und nicht so sehr
auch als dessen nur Mit-Verursacher/-Gestalter, - nämlich der
Überwindung Napoleons -, dem Wartburgfest 1817 und der Demagogen-
Verfolgung nach den Karlsbader Beschlüssen die die Burschenschaften
zu (im Grunde unverdienten) Märtyrern machte, nichts mehr gibt, mit
dem die Deutsche Burschenschaft Geschichte gemacht hätte.

Man müßte hier viel weiter ausholen, z.B. auch die Philosophen der
Tradition: Julius Evola, Leopold Ziegler, Donoso Cortes, usw.
einbeziehen Uns ist seit der Französischen Revolution der Wahn
eingeimpft, daß "Demokratie" (= egalité) ein Ideal wäre. Das ist ein
fundamentaler Irrtum; sie steht sogar in schärfsten Gegensatz zur
Freiheit, die aber heute - auch bei den Burschenschaften - in einer völlig
degenerierten Form nur mehr "erkannt" wird, nämlich als Libertinage, als
"Freiheit von" anstelle von "Freiheit zu". Die traditionale Gesellschaft
also auch das deutsche Volk - war immer eine organische, d.h.
85
EUROCOMBATE

gegliederte, mit einem Oben und Unten. Der preußische Wahlspruch


"Suum cuique", jedem das Seine, ist nicht egalitär, sondern "gerecht" aus
der höheren Warte des organischen Staates, an dessen Spitze ein
Monarch, und dessen Adel (= edel) unter dem Gesetz der Pflicht für
Kaiser und Staat stand. Auch der Wehrstand hatte eine herausgehobene
Stellung, womit weitgehend diese gegliederte Struktur eines traditionalen
und sittlichen Staates entstand, der auch heute noch Vorbild wäre, gäbe es
ihn noch.

Wir müßten bei allen unseren Fragen oder Handlungen (nicht nur als
volksverbundene Burschenschafter, diese aber wegen ihres
Gründungsprinzips!) eine an die Spitze stellen: Wie ist die Existenz des
deutschen Volkes (3) zu sichern. Das ist die zentrale Aufgabe überhaupt,
hieraus ergibt sich, was wir heute tun müssen! Die tagespolitischen
Sympathien, dieser oder jener Politschwätzer, kindische Abgrenzungen
aus sogenannten "grundsätzlichen" Erwägun-gen, etc. sind völlig obsolet.
Aus dieser einzigen Frage ergibt sich die Hierarchie nachrangiger Fragen
und Aufgaben, die Position die man hierzu nur einnehmen muß, und
daher: was zu tun ist.

Diese verschiedenen Prioritäten werden nur nicht mehr erkannt,


Wichtiges wird von gänzlich Nebensächlichem zugedeckt, oder man ist
überhaupt unfähig geworden, die Freund-/Feind-Unterscheidung noch zu
treffen.

Viele Ältere sofern sie altersbedingt überhaupt noch die Energie


aufbringen sich mit der politischen Entwicklung zu beschäftigen sind
teilweise von den Kriegserlebnissen, der russischen Gefangenschaft oder
Besatzung durch die Rote Armee, u. a. traumatisiert, die Jüngeren oft von
dem primitiven, von der psychologischen Kriegsführung bestimmten Ost-
West-Gegensatz aus der Zeit des Kalten Krieges, von einer ernsthaften
Beschäftigung mit Rußland abgehalten worden. Die vergangen Jahre
zeichneten ein Bild des wirtschaftlichen (und politischen) Niedergangs,
und als ob es nicht mehr lohnte, sich mit Rußland zu beschäf-tigen.
Jedenfalls ist die Folge, daß es meist an Grundsätzlichem und dem (Geo-)
Politischen überhaupt mangelt, und man kaum noch Vorstellungen hat,
86
EUROCOMBATE

wie denn tatsächlich die Fundamente einer Ostpolitik, ja unserer


deutschen Politik schlechthin aussehen müßten.

Was die Deutsche Burschenschaft betrifft, der man ein paar


Mystifizierungen nachsehen mag, wie die (Befreiungs-)
kriegsentscheidende Wirkung des Lützow´schen Freikorps u. ä. Folk-lore-
Verbände, so ist die politische und historische Ahnungslosigkeit doch
erstaunlich und tragisch zugleich. Darum eine paar Klarstellungen, die
dann aus dem Werk Barnicks, das in Erinnerung zu rufen uns wichtig ist,
detailreiche Ergänzung erfahren werden.

1. Durch die von Napoleon erzwungene Niederlegung der


Deutschen Kaiserkrone durch Habsburg, entstand die
Österreichische Monarchie als Völkerrechtssubjekt, dessen
habsburgischer Kaiser (Franz Joseph) eine englische Zumutung in
eine anti-deutsche Allianz einzutreten mit den Worten ablehnte:
Ich bin ein deutscher Fürst. Die politischen Ideen (der
Großdeutschen) bezüglich Österreichs waren und sind daher nur
geo-politische Träumereien gewesen, d.h. in Wahrheit eine
Dummheit. Wie sehr die Zerstörung Österreichs später auch die
totale Niederlage Deutschlands besiegelte, als das Wegbrechen des
starken Pfeilers im Südosten, kann man in Geschichtsbüchern
nachlesen.

2. Napoleon wurde von der Heiligen Allianz, dem Kaiser von


Österreich, dem König von Preußen und dem russischen Zaren,
und keiner freiheitlichen, allgemeinen Volks-erhebung besiegt.

3. Metternich war entgegen der (bis heute fortdauernden,


liberalen!) Greuelpropaganda ein kluger Neuordner Europas, dem
es leider an kongenialen, weitblickenden Partnern fehlte! (Übrigens
schrieben damals wie heute die Sieger die Geschichte! Was davon
zu halten ist, sollte bekannt sein!)

4. Die Neuordnung, die überhaupt den Aufstieg Deutschlands


(unter Preußens Führung) ermöglichte, fand mit der
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EUROCOMBATE

ausdrücklichen Billigung Rußlands statt.

Den letzten Punkt wollen wir da er von uns bisher de facto übersehen
wurde oder überhaupt unbekannt ist näher ansehen. Fjodor Dostojewskij
schreibt in seinem Tagebuch eines Schriftstellers, daß (zu seiner Zeit) die
eigentliche geo-strategische Aufgabe Rußlands, die Orientfrage, d.h. die
Befreiung Konstantinopels von den Türken, gewesen wäre. Ein Ziel, das
am sogenannten Europäischen Gleichgewicht oder dem englischen
Imperialismus nur scheitern konnte. Anstatt sich mit dem militärischen
Sieg über Napoleon an der Beresina zu begnügen, habe die russische
Armee Napoleon bis zur völligen Vernichtung von dessen Herrschaft
durch Europa verfolgt; bereits mit scheelen Augen von den europäischen
Verbündeten betrachtet. Dazu schreibt Dostojewskij:

Als wir im Jahre 1812 Napoleon vertrieben hatten, schlossen wir mit ihm
nicht Frieden, wie es einige wenige weitblickende Russen wünschten,
sondern rückten in geschlossener Front vor, um Europa zu beglücken und
es vom Usurpator zu befreien. Das gab natürlich ein schönes Bild: auf der
einen Seite stand der Despot und Usurpator und auf der anderen der
Friedensstifter und Erwecker zu einem neuen Leben.

Aber unser politisches Glück lag damals durchaus nicht in diesem Bilde,
sondern darin, daß der Usurpator damals gerade in einer solchen Lage
war, daß er sich zum ersten mal in seinem ganzen Leben mit uns
aufrichtig und für lange, vielleicht sogar für immer versöhnt haben würde.

Mit der Bedingung, daß wir in Europa nicht störten, würde er uns den
ganzen Orient abgetreten haben, und unsere jetzige Orientfrage, der
drohendste und unglücklichste Punkt unserer Gegenwart und Zukunft
wäre schon längst gelöst. Der Usurpator hat es später selbst
ausgesprochen und dabei nicht gelogen, denn er hätte nichts Besseres
anfangen können, als sich mit uns zu verbinden mit der Bedingung, daß
uns der Osten und ihm der Westen zufalle.

Mit den europäischen Völkern wäre er sicher auch damals fertig


geworden. Sie alle, England miteinbegriffen, waren damals viel zu
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schwach, um uns im Osten zu stören. Napoleon, oder, nach seinem Tode


seine Dynastie, wäre vielleicht später gestürzt, der Orient aber dennoch
uns verbleiben. (Wir hatten damals das Meer und konnten England auch
auf dem Meere entgegentreten.) Aber wir gaben alles für das schöne Bild
her. ....

Was machten wir aber trotz dieser Lektion in den folgenden Jahren des
Jahrhunderts und sogar bis zur jüngsten Zeit? Haben wir nicht etwa die
Erstarkung der deutschen Staaten begünstigt, haben wir nicht selber ihre
Macht geschaffen, so daß sie jetzt vielleicht sogar stärker sind als wir?
Jawohl, es ist keine Übertreibung, wenn ich sage, daß wir ihr Wachstum
und Erstarken gefördert haben. Sind wir nicht auf ihren Ruf hingezogen,
um ihre Bürger-kriege niederzuschlagen, haben wir nicht ihren Rücken
gedeckt, als ihnen Unheil drohte?

Alles endetet damit, daß jedermann in Europa, jeder Stamm und jedes
Volk einen Stein für uns bereit hält und nur auf den ersten Zusammenstoß
wartet. Was haben wir also in Europa gewonnen? Nichts, nur Haß! ...

Damit hat Dostojewskij unzweifelhaft und vollkommen recht! Rußland


hat Deutschland dazu verholfen, was es schließlich geworden ist, werden
konnte: das mächtigste Volk, die stärkste Nation Europas. Die Russen
wissen das also. England und Frankreich erst recht; sie, aber auch die
kleineren Nationen hätten es niemals zugelassen, und haben, als sie
meinten dies noch einmal rückwärts drehen zu können, auch 1848,
1870/71, 1914/18 und 1939/45 versucht! (Und selbst die sogenannte
Wiedervereinigung 1989/90 wurde von England und Frankreich massiv
bekämpft, und in Wahrheit auch durch politische Winkelzüge der USA
wieder kontakariert: Verhinderung des wirtschaftlichen Wiederaufbaus in
Mitteldeutschland, Einbindung im Weimarer Dreieck, d.h. zwischen
Frankreich und Polen, da es die USA den Franzosen nicht mehr zutrauten
die Deutschen allein unter Kontrolle halten zu können.) Freilich nicht
immer ganz erfolgreich und wunschgemäß, denn Frankreich wurde
seither immer von Deutschland besiegt auch 1914/18 und trotz
Versailles! und erst recht 1939/40. (Der deutsche Bundeskanzler Helmut
Schmidt gestand seinem französischen Präsidenten-Kollegen immer nur
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EUROCOMBATE

zu auf der Seite der Sieger gestanden zu haben nicht aber selbst Seiger
gewesen zu sein. Was diesen natürlich immer ziemlich ärgerte.) Und
England hat überhaupt alles verloren: sein Empire und die imperiale
Vormachtstellung in der Welt, die es an seine ehemalige, abtrünnige
Kolonie USA abtreten mußte (Frankreich übrigens auch, wenngleich
seine Verluste sich nicht annähend mit jenen Englands vergleichen
lassen.)

So stellt sich heraus, was Fürst Bismarck als einziger schon damals
erkannt hatte, daß nämlich Deutschlands Größe, Macht und Bestand von
Rußland abhängig ist! Sein Ausspruch: Wir haben keine Feinde im
Osten verdeckte nur mühsam die Schlüsselrolle, die Rußland damals wie
heute innehatte und -hat. Heute ist Deutschland materiell und noch mehr
geistig am Ende. Aus eigener Kraft ist es unfähig sich aus dem
parfümierten Sumpf des Westens zu ziehen. Rußland ist zwar auch
materiell schwer angeschlagen, laut Prof. Pawlow (4) bzw. Zinoview (5)
sind die Verluste, die der liberale Kapitalismus und die Globalisierung
in den vergangenen 10 Jahren Rußland geschlagen haben, das
Zehnfache der Verluste des 2.Welt-krieges und es würde in 50 Jahren
nicht gelingen dies wieder auszugleichen! Dennoch ist Rußland in einer
besseren geistigen Verfassung als Europa und vor allem Deutschland.
Deutschland bedarf heute Rußland mehr denn je, und mehr als umgekehrt
Rußland Deutschland benötigte. Es wäre somit das dringendste Anliegen
deutscher Politik Rußland wieder als selbstbestimmten Faktor der Politik
handlungsfähig zu sehen und ein gutes Nachbarsnachschafts-Verhältnis
mit Rußland herzustellen.

Wenden wir uns damit dem kleinem Büchlein Barnicks zu. Der erste Satz
in von so großem (Erkenntnis-)Wert bringt es auf den Punkt:

(7) Seit dem Mirakel des Hauses Brandenburg, dem russischen Thron-
und Kurswechsel in der Schicksalsminute des Siebenjährigen Krieges,
ging es Preußen und dem preußisch reorga-nisierten Deutschland immer
dann gut, wenn auch die Beziehungen zu Rußland gut, und dann schlecht,
wenn auch diese schlecht waren. (Das war mit dem Tod der Zarin
Elisabeth am 5. Januar 1762 der Fall. ...)
90
EUROCOMBATE

(13) Zar Alexander I. hatte bezüglich Europas und Preußens konkrete


Vorstellungen. - Er ließ auch keinen Zweifel daran, daß nach Tilsit und
Erfurt Preußen in seinem ungeschmälerten Bestand wiederhergestellt
werden sollte. Es war ihm klar, daß für ein in Osteuropa freie Hand
habendes Rußland Preußen der ideale und einzige Partner unter den
Westmächten war. Frankreich hatte in und mit Polen immer Rußlands
Interessen gekreuzt und England tat dies im Orient. (14) Mit Österreich
gab es noch nicht die Schwierigkeiten auf dem Balkan, ja man konnte
sogar einträchtig gegen die Türken vorgehen. Der Grund, daß Österreich
übrig blieb, lag mehr daran, daß sich angesichts der Rivalität der
deutschen Großmächte, Rußland nur mit einer von beiden verbünden
konnte. Ins Gewicht fiel auch, daß der katholische Österreich und Polen
sich aus russischer Sicht nicht geheuer ausnahmen. Preußen war hingegen
neutral, was die Themen russischer Politik zwischen Ostsee und
Persischem Golf betraf. ... und sperrte durch sein machtvolles Dasein
auch bei nur wohlwollender Neutralität Rußlands Achillesferse, die
Westflanke mit all den allzu grenznah dahintergelegenen Lebenszentren
und den hier kaum vorhandenen Naturhindernissen. Was den Ausfall
Preußens für Rußland heraufbeschwört, sollte napoleon in allernächster
Zeit neuartig-drastisch verdeutlichen, ...

(14) im Spätherbst 1812, als nach dem Brande von Moskau nur noch
hilflose Trümmer der Großen Armee den Njemen erreichten, war
unerwartet rasch ... die entscheidende Wendung da. Alexander zögerte
anfangs, ob er nun seinerseits offensiv werden solle. Der Reichsfreiherr
vom Stein, in seinem Aspekten als Russe, Preuße und Stand förmlich die
Inkarnation der russisch-preußischen Schicksalsverflochtenheit gab ...
den Ausschlag. Die Konvention von Tauroggen, zwischen dem
russischen General Diebitsch und dem Preußen Graf York, brachte eine
Lawine ins Rollen: Napoleons Macht wurde endgültig begraben.
Tauroggen war, trotz des Mythos, die Ausnahme und nicht die Norm,
weil ja Napoleon auch nicht die Norm europäischer Politik war. Aber es
war ein Segen für beide Völker das ganze Jahrhundert hindurch.

(18) Zwischenfälle blieben nicht aus. ... Das Jahr 1848 brachte eine Krise
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der Monarchien, in Pertersburg herrschte statt Alexander Nikolaus, dem


plötzlich Österreich besser gefiel und Rußland stand mit einem Mal in
den deutschen Fragen hinter Österreich. Preußen war in Europa isoliert
wie im Siebenjährigen Krieg, und bequemte sich in der Olmützer Punktu-
ation zu einer kampflosen Niederlage.

(19) Auf Olmütz folgte der Krimkrieg, auf Preußens diplomatischen


Rückzug der blutig erzwungene Rußlands. Denn isoliert wie eben noch
Preußen war nun plötzlich Rußland. Es erntete im gefährlichen
Augenblick keineswegs jenen Dank, den es sich durch eine selbstlos
legitimistische Politik, die Niederwerfung Ungarns, die Zurückweisung
Preußens, speziell vom Hause Habsburg wie allgemein vom
konservativen Europa erworben zu haben glaubte. Nur ausgerechnet
Preußen, das eben noch brüskierte, blieb ungerührt von den Stimmungs-
kurven des Westens, den nervösen Wiener Intrigen, den Sirenenklängen
aus London einsichtig und korrekt.

(20) Die Lektion war unmißverständlich. ... So kam es in den 60-er


Jahren zu einer bewußten Scheitelung der preußisch-russischen
Freundschaft. Nun war auch mit Bismarck ein Mann an der Spitze, der
notfalls auch vor dem Äußersten nicht zurückschreckte, Blut und Eisen.
In Bismarcks Scharfsinn kam die deutsche Antwort: Wenn Österreich den
nationalen bestand nicht mehr wirklich zu schützen vermag, so muß es
eben den ersten Platz räumen, damit Preußen das Nötige tun kann! ... und
zwar rechtzeitig, nicht erst angesichts eines neu errichteten
Rheinbundes! ... Bismarck wurde zum Erben napoleonischen Wesens,
wobei er die Miene der beleidigten Unschuld aufsetzen und dennoch
handeln konnte. Aus dem Bersten jahrhundertealter Konfliktfurchen rund
um Deutschland ergaben und weiteten sich wie von selbst die
Einigungskriege, wie in logischer Deduktion folgte auf Königgrätz Sedan
und auf den Zusammenbruch des französischen Kaisertums die
Errichtung des deutschen.

(24) Und wie sich der französische Revolutionsstaat trotz seiner


Gründunglüge und allerdings unentwegt an ihr krankend immerhin bis
heute behauptete, so hätte dies trotz des gegenteiligen Fehlansatzes
92
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Deutsches Reich, was ja auf eine übernationale Ordnung hinwies, was


der tatsächlich zustandegekommene Nationalstaat nicht war im Prinzip
dem Bismarckreich möglich sein müssen. ... (26) Aber die Abkehr vom
Reich, hat nicht von der deutschen Aufgabe weg, sondern zu ihr
hingeführt.

(27) Der späte deutsche Nationalstaat war notwendig kleindeutsch!


Bismarck wußte das. Eine andere Lösung wäre ja nur über die Zerstörung
Österreichs möglich gewesen, eine Monstrosität die Bismarck fern lag.
Sein tiefes und realistisches Lageverständnis triumphierte an diesem
Punkte ... über den liberalen Nationalismus der Pauskirche ... Bismarcks
Staat sollte ernstlich ein deutscher, nicht bloß ein größerer preußischer
sein.

(28) Den Katastrophentrend einer Großmacht kann man nicht auf


Schönheitsfehler der Staatsform oder gar ein historisches
Selbstverständnis zurückführen. Es muß etwas Prinzipi-elleres sein.

Aus nichts wird nichts! Ex nihilo nihil fit! Der Ofen wärmt, weil Holz in
ihm brennt. Entfällt der Grund, entfällt die Folge. Nach dem Erlöschen
erkaltet er bald. ...

(29) Überall in der Politik, wo ein Grund als zentral erkannt ist, gilt denn
auch zur Sicherung seines Fortdauerns ungefähr jeder Schritt als erlaubt.
Man denke an die ewigen Anschläge des französischen Einheitsstaates
gegen Deutschlands politische Einigung, an die zahllosen Kriege der
hegemonialen britischen Seemacht gegen jedwede Hegemonie auf dem
Festland. ..

Man denke an Deutschland. Seine staatliche Einigung verhielt sich zu der


russischen Rücken-deckung ja nicht anders als zuvor jahrhundertelang
Frankreichs Glanz zu der deutschen Zwie-tracht und Großbritanniens
weltweite Seeherrschaft zu der kontinentalen Kleinstaaterei. Nur hielt in
Deutschlands Fall die Bedingung nicht jahrhunderte- oder auch nur
jahrzehntelang, ja die Ausweitung der Gelegenheit zum Prinzip wurde
hier nicht einmal versucht. ...
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(30) Als Caprivi auf Holsteins Betreiben den Rückversicherungsvertrag


(mit Rußland) nicht verlängerte wurde nur zum ersten Mal und aus
ungeschicktestem Anlaß am deutsch-russischen Verhältnis der neue Riß
sichtbar. Die Fehlentwicklung begann also keineswegs erst nach
Bismarcks Sturz.

(49) Das maßlos gesteigerte moskowitische Selbstgefühl stand freilich in


einem schreienden Gegensatz zur barbarisch rückständigen Wirklichkeit,
zur mehrfach gestuften Kulturunter-legenheit schon Litauen, und
vollends Polen und noch mehr Deutschland gegenüber. ...

(Das) ... zwang einerseits zu jenem Ausbau der Westkontakte, der mit
dem Eingeständnis der Kulturunterlegenheit praktisch zusammenfiel. ...
(Dies) ging nicht immer ohne Schrammen ab ... und führte zu einem
tendenziösen Verklären der eigenen Einfalt. Aber es kam zwischen
Deutschland und Rußland nicht zu jener Nachbarschaft hart im Raum,
wie zwischen Deutschen und Polen. ... So entstand für Rußland auch nie
das Dilemma, dem überlegenen Kultureinfluß nur mittels steriler, rein
antithetisch bedingter Kontrastentwicklung entgehen zu können.
Während Polen schließlich zum Kehrbild Preußens entarten sollte, konnte
Rußland das Neue und Fremde ohne Angst um das Alte und Eigene
annehmen. ...

(50) Vom 17. Jhdt. an machte Moskau ... mit dem Sammeln russischer
Länder Ernst. Und eben jetzt begann auch Norddeutschland, von Berlin
her, auf die zwiefache schwedische und polnische Übermacht mit eigenen
Anstrengungen zu antworten. In das deutsch-russische Grundverhältnis
begann damit von jenem Sachverhalt her, der bereits als
Nachbarsnachbar-schaft vorgemerkt wurde, eine zusätzlich und wieder
günstige Komponente hineinzuspielen. ...

(51) Seit 1386 der litauische Jagiello die polnische Hedwig geheiratet
hatte und also plötzlich in Osteuropa aus zwei mächtigen Staaten ein
gewaltiges Reich entstand, besaßen Deutschland und Rußland, oder
jedenfalls das was man in der zerfallenden Mitte Europas und an dessen
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EUROCOMBATE

fernsten nordöstlichem Rande bei einigem guten Willen so nennen


konnte, einen gemein-samen Nachbarn: Sie waren Nachbarsnachbarn
geworden. Mit seiner östlichen, litauischen Hälfte stand das
Jagiellonenreich tief in Rußland. ...

Im Westen, nach Deutschland hin, lagen die Dinge nicht ganz so kraß ...
Der preußisch-baltische Ostseestaat hatte de facto zum Reich gehört. Sein
Übergang aus der deutschen in die jagiellonische Machtsphäre war zwar,
wie bereits eingeräumt, nicht als nationale Frage empfunden worden, aber
auch nicht einfach als eine dynastische. ... Immerhin hatte es sich hier
nicht zwar um des Reiches, aber um Deutschlands erste massive Einbuße
vor dem Westfälischen Frieden gehandelt. ...

Auch miteinander verbündet waren Brandenburg und Moskowien dem


Giganten in ihrer Mitte zunächst ja allzu grotesk unterlegen, als daß der
Gedanke eines gemeinsamen Vorgehens überhaupt hätte kommen können.

(52) Polens Aufbau war föderalistisch-aristokratisch. Die


ungewöhnlichen Rechte des Adels, der polnischen Schlachta, hatten nicht
ihresgleichen in Europa und zogen daher den litauischen und
ruthenischen Adel stark an. Dies bedingte einen zuverlässigeren
Verschmel-zungsprozeß, als ihn jede andere Staatsgewalt hätte erreichen
können, der das Großreich zusammenhielt. Es entstand, was man als
polnische Adelsnation zu bezeichnen pflegte. ... Nicht allein für den
Adel ganz Europas, sondern für alles, was Freiheit liebte, bedeutet es eine
Faszination. Wie die deutschen Städte der Weichselmündung wäre am
liebsten auch Nowgorod zu der Jagiellonenmacht übergegangen, wenn sie
es nur vermocht hätte, ... Auch die Verfolgten aus Ost und West,
Sektierer und Verschwörer, kasakierende Leibeigene und vor dem
Rekrutendrill flüchtende Bauernsöhne pflegten das große Reduit der
Freiheit jedem anderen Aufenthalt vorzuziehen. Und vielleicht zeugt
gerade dies, diese Anziehungskraft auf das einfache Volk, mehr als alles
sonst für den Rang jener einzigartigen Schöpfung. Die Kosaken am
Dnjepr, die längst als Saporogische Ritterschaft mit undefinierbaren
Status irgendwie zwischen Grenzmiliz und Nation ein kühnes
Sonderdasein entwickelt hatten, waren ebenfalls einige Zeit auf dem
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besten Wege, sich als ein energischer weiterer Typus polonisierten


Kleinadels endgültig in dem großen Adelsreich staatlich zu etablieren.
Die polnische Gegenreformation vereitelte dies wie manches andere.

(53) ... In Lublin war 1569 endlich die Realunion zwischen den beiden
Staaten, die langersehnte Einheit unter der polnischen Krone, zustande
gekommen. Kurz darauf, nur drei Jahre später, erlosch das
Jagiellonenhaus im Mannesstamm. Polens Wahlkönigtum ... war
plötzlich eine ernsthafte Angelegenheit ... und wegen des Streites am
Bekenntnis sich entzündenden Bürgerkriegskonstellation, eine Sache auf
Leben und Tod! In ähnliche Gefah-ren geriet Frankreich ... Aber
Frankreich besaß eine Erbmonarchie und damit einen Ansatz
überparteilicher Selbstvergewisserung, an dem ... die Politiker
weiterarbeiteten. ... Polen besaß keinen solchen Zwinger. Das war bisher
seine Herrlichkeit und nunmehr sein Verhäng-nis. ...

(54) Frankreich war durch die Religionskriege nicht weniger schwer


geschädigt, aber hier griff der reziprok erstarkende Staat sogleich und
allzu gerne kompensierend ein, ... um unter Richelieu dem Rest
gesellschaftlich autonomer Ordnung den Garaus zu machen. In Polen war
die Gesellschaft, deren Zerfall der Staat hätte kompensieren sollen, selbst
die Kompensation für den hier nicht erwünschten Staat. ... So kehrte, als
der jesuitisch durchrationalisierte Katholizismus schließlich mit äußerster
Kraft gesiegt hatte, die Ordnung gleichwohl nicht wieder. ...

(55) In Frankreich war die (neue) Ordnung ausbalanciert, unbeschadet


ihres dogmatisch ein-seitigen Vorzeichens. Und selbstverständlich trieb
auch das wieder katholische Frankreich französische Politik. In Polen
fehlte der unabhängige Staatsgrund ... Polen trieb fortan katholi-sche
Politik, wie sonst nur noch Spanien und Österreich und wie diese
heroisch an den eige-nen Belangen vorbei. Bekanntlich kam Spanien auf
diese Weise um seine Stellung als Weltmacht und Österreich immerhin
um die Prärogative in Deutschland.

(56) Seit der Kirchenunion von Brest 1593 waren die Fronten endgültig
klar. Inzwischen hatte in der Ukraine das große Wählen begonnen, das
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Schwanken zwischen Freiheit und Rechtgläu-bigkeit., zwischen dem


verdächtig gewordenen Adelsreich und dem nach wie vor ungeliebten,
aber nun fast das kleinere Übel erscheinenden Moskowitertum.
Aufbrechen des nationalen und religiösen und zusätzlich sozialen
Gegensatzes (wie in Irland) - Es kommt zum Krieg zwischen Polen und
Rußland und Rußland siegt überraschenderweise. (57) Im Frieden von
Andrussowo 1667 muß Polen zurückweichen und anerkennt die
Autonomie des ukrainischen Hetmanstaates, Kiew kam mit der
Metropolie an den Zaren und ebenso alle Gebiete östlich des Dnjepr
einschließlich Smolensk.

Das war der Anfang vom Ende Polens, trotz der noch immer bestehenden
politischen und kulturellen Unterlegenheit Moskowiens, also Rußlands. -
Polen war ja auch noch im Westen in Kriege verwickelt: mit Gustav
Adolf von Schweden und später auch Brandenburg. Schweden empfand
wegen der katholischen Parteinahme Polens den Erbanspruch Johann
Kasimirs auf den Wasa-Thron als Zumutung und bare Unmöglichkeit und
quittierte ihn mit einem Angriff, der weitere Staatskrisen in Polen
auslöste.

(58) Hier machte Brandenburg nun Politik als Fortsetzung des Krieges
und verbündete sich zuerst mit Schweden gegen Polen, dem es die
preußische Lehenshoheit abrang, und dann mit Polen gegen Schweden,
was diesem ein Profitieren in ähnlicher Weise nicht erlaubte. Damit war
Bandenburg plötzlich ein eigenmächtiger Staat und Norddeutschland
nach der Ostsee und Osteuropa hin nicht mehr schutzlos. Schweden war
auf dem Feld seiner bisher leichtesten Siege unmißverständlich gestoppt.
Es sollte in Deutschland hinfort nicht mehr vordringen. Zurück aber, und
gleichsam die Zeche bezahlen, hatte auch hier nur Polen gemußt.

(60) Ranke sprach einmal von dem einer jeden großen Nation speziell
zugemessenen Welt-tag: Der polnische war jetzt zu Ende.

(61) Es gibt in der Katastrophe noch Rangunterschiede, es gibt in der


Politik nicht anders als in der Strategie neben den Formen des bloßen und
völligen Scheiterns auch den Typ des geordneten, planvoll bemessenen
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Rückzuges aus unhaltbar gewordener Stellung, man denke an den


Venedigs aus der Levante im 17. Jhdt. oder heute den Großbritanniens
aus seinem Weltreich.

Polens Auflösung ist selbst in dieser Skala noch ein düsterer Sonderfall.
Man hat neuerdings mehrfach an den in Bausch und Bogen verurteilten
Polnischen Teilungen noch erschwerend gerügt, daß hier nicht etwa bloß
ein Land, seines Willens gewaltsam beraubt, den Besitzer gewechselt
habe, ... sondern daß dabei zum ersten Mal in der neuzeitlichen
Geschichte eine historische Landschaft willkürlich zerschnitten und also
zu allem übrigen auch die innere Ordnung des brutalisierten Objektes
mißachtet wurde. (Das ist nach dem WW II mit Deutschland noch
brutaler geschehen, und setzt sich heute fort in den Protektoraten etwa
Bosnien-Herzegowinas, oder des Kosovo, usw.)

(64) Die große polnische Adelsnation war verschwunden, Polen war


verschwunden. Was eben noch das polnische Großreich ausmachte, der
weit durch Osteuropa gestreute polnische oder polonisierte Landadel,
trieb jetzt im Chaos als eine politisch hilflose ... Minderheit. ... Der
Großraum zwischen Ostsee und Schwarzem Meer enthielt nun ein
Mosaik von Kleinvölkern, die noch kaum Völker waren, mit sich in
verschiedenen sozialen Höhenlagen überschneiden-den Sprach- und
Konfessionsgrenzen. Und wie das versunkene Ganze waren nun auch
diese Einzelgebilde entwicklungsmäßig gekröpft. Sie hatten unter der
Adelsnation nicht zu reifen vermocht, hatten kaum irgendwo ein
Bürgertum, eine Sprache, ein nationales Eigenwesen hinreichend
entwickeln können.

Alles dies zusammen bedeutet für Osteuropa eine Universalkatastrophe,


wie der Alte Orient sie nach dem Ende Assyriens durchmachte und der
biblische Bericht vom Turmbau zu Babel ewig widerspiegelt: den Sturz
aus hoher Gesamtform in ein rückständiges, politisch hilfloses Sprach-
und Völkergewirr.

(65) ... die Verwandlung des Volkes in eine herrschende Klasse war im
alten Assyrien noch weiter gegangen als später in Polen. (Das erinnert an
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die Juden, die als Erfüllung die in ihren Heiligen Büchern versprochene
irdische Weltherrschaft erwarten. Damit ist eo ipso klar, da sie sich als
nur mehr herrschende Kaste sehen, daß sie sich historisch wie alle
bisherigen Beispiele endgültig aus der Geschichte katapultieren werden.
Man kann zurecht annehmen, daß dies niemand bedauern wird, denn der
Auserwähltheitswahn und die daraus resultierende Hybris hatte zu viel
Haß zwischen allen Völkern und den Juden gesät.) ... Assyrien muß in
dem letzten, äußerlich größten Jahrhundert hoffnungslos unterwandert
gewesen sein. Und es muß es selbst so gewollt haben. Denn es vollzog ja
beide Veränderungen mit unverkennbarer Absicht. ... Wie es sich selbst
vom Volk zur herrschenden Oberschicht, zur Kriegerkaste, verwandelte,
so sorgte es mit kräftigen, härtesten Mitteln für die Verwandlung anderer,
unterworfener Völker in eine einheitliche Unterschicht, ein strukturloses
Völkergemisch. Die Deportation der israelitischen Nordstämme in das
medische Grenzgebiet war eine normale Regierungsmaßnahme: Assyrien
förderte die Unterwanderung, das Einstrudeln an der sozialen Sohle. ...
(Das geschieht heute unter der Regie der USA mit der europäischen
Unterwanderung durch Türken und andere fremdkulturelle
Völkerschaften!)

(66) Als die Meder überraschend siegten, war dies das Ende des Reiches
und Volkes über-haupt: Assyrien verschwand. Seine unfreiwillige
Züchtung aber, das kleinasiatische Völker-chaos, überstand die
Katastrophe ... , wie Unterschichten Katastrophen nun einmal zu über-
stehen pflegen.

Nicht ganz unähnlich ist es in Osteuropa. Großpolen und das Osmanische


Reich sind ver-schwunden. Nicht verschwunden ist das Völkerband, aus
dem sich jene Großreiche einstmals aufgebaut hatten. Es ist innerlich
formlos wie das kleinasiatische Völkerchaos. ... Zwischen Deutschland
und Rußland läuft es immer noch ... von der Ostsee zum Schwarzen Meer
und zum Balkan. Es ist wegen seines inneren Zustandes unberechenbar
labil, eine Einladung für jeden äußeren Machtwillen. Man hatte es als
osteuropäische Schütterzone gekennzeichnet, ja geradezu als den
Teufelsgürtel Europas ... (Gerade erleben wir wieder seit Beginn der 90-
er Jahre, als Sezessions-Kriege maskiert, wie die einzige Supermacht
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USA hier mit ihren üblichen Begründungen Menschenrechte -


eingegriffen hat und von der Öffentlichkeit unbemerkt den größten
Militärstützpunkt außerhalb der USA seit Vietnam aufbaute! Sie sitzen
damit am Lichtschalter Europas und haben außerdem einen weiteren
Stützpunkt ihrer Einkreisungs-Strategie sowohl Rußlands wie auch
Deutschlands hinzugefügt.)

(67) Der Erste wie der Zweite Weltkrieg begann in der osteuropäischen
Schütterzone, die damals wie heute wieder den ernstesten weltpolitischen
Krisenherd darstellt. An zweiter Stelle stand vor dem Ersten Weltkrieg
der Nahe Osten, der Raum zwischen Nil und dem Persischen Golf.

... Wer da neunmalklugerweise glaubt der Raum sei heute nur mehr
wegen des Öls strittig, verkennt die Relation: das Öl ist wegen des
Raumes strittig! Öl auf dem Gebiet der Sowjetunion oder den
Vereinigten Staaten löst bekanntlich derartige Wirkungen nicht aus ...
(Das halten wir für eine unrichtige Einschätzung. Die Triade (6) braucht
für ihre technisierte, industrialisierte Wirtschaft Energie in steigendem
Maße und findest es dort wo es eben ist. Dies hatte ja inzwischen zur
Auflösung der SU geführt, weil damit erst über pseudo-unabhängige
ehemalige Sowjet-Republiken aus dem kaspischen Binnenmeer des
Sowjet-Imperiums eines mit zahlreichen Anrainerstaaten, und ein Zugang
über diese für fremde Mächte die USA - möglich wurde. Daß das Öl der
USA aus den gegebenen Machtver-hältnissen nicht ähnlichen
Begehrlichkeiten ausgesetzt ist, legt nur an der militärischen Stärke der
USA, die jede ausländische Interferenz von ihrem Kontinent fernhalten
kann.)

(68) Das europäische Gleichgewicht bis zum Ersten Weltkrieg, dies


größte neuere und durch Rankes unsterbliche Reflexionen auch
geschichtsphilosophisch bedeutsamste Beispiel einer langfristigen
Ausbalancierung, verschied bekanntlich nicht wie einstmals das System
der Diadochenreiche oder der italienischen Renaissancestaaten an einem
überlegenen äußeren Eingriff, sondern an den Schüssen von Sarajewo:
am Machtwirbel um den schwächsten Punkt.

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Blickt man zurück, so bemerkt man, daß es in Osteuropa schon immer so


war. Dabei meint immer natürlich nur: solange es die Schütterzone als
eine solche überhaupt gibt. ...

(69) Bezeichnend ist das zentripetale Gesamtbild ..., das Eindringen


fremder Mächte von allen Seiten (beim großen Nordischen Krieg): Es ist
die Schwäche, die sich so verrät. Polen hatte den Krieg durch einen
angriff auf Riga begonnen. Aber gleich darauf sank es zurück und war
fortan nur mehr Walstatt, auf der Schweden, Russen, Kosaken und
Türken mit wechselndem Glücke stritten. Als Karl XII. von Schweden ...
nördlich des Dnjepr stand, schien ein schwe-disch-polnisch-kosakisches
Osteuropasystem mit natürlicher Doppelfront gegen Rußland und
Deutschland unmittelbar vor dem Abschluß. Peter der große zerschlug
dieses Projekt durch seinen Sieg bei Poltawa. Der Sultan kam mit seinem
Kriegseintritt gegen Rußland zu spät,... zumal schließlich Preußen
umgekehrt eingriff und Schwedens Niederlage besiegelte. ...

Schweden nahm, aus eigener Kraft wenigstens, seine alten Projekte nie
wieder auf. Aber es kam nun die Zeit der Fragen, der Polnischen und
der Orientalischen ...

Es gab da noch ein Zwischenspiel: ein widersinniges Bündnis


Frankreichs und Rußlands mit Österreich und Schweden, das allein gegen
Preußen realpolitische Gründe hatte ... (70) Als es vorbei war, stand das
Projekt eines schwedisch-polnisch-türkischen Osteuropa für alle
überraschend neu auf der Tagesordnung. Nur ging die Initiative jetzt von
Großbritannien aus. ... Es hätte gerne die Tripelallianz mit Preußen,
Holland in den Dienst dieser Sache gestellt. ... Großbritanniens Absicht
ging dahin, das altersschwache Polen durch eine feste politische Brücke
mit Schweden und dem Osmanischen Reich in derselben Weise zu halten,
wie der Zahnarzt einen künstlichen Zahn zwischen zwei gesunden tut.
Dieses Verhältnis sollte durch eine britisch-holländisch-preußische
Tripelallianz in ein festes Verhältnis gebracht werden. Dann hätte es in
der Tat möglich sein müssen, zugleich das in Osteuropa unruhig aktive
Rußland und das einer Krise sondergleichen zutreibende Frankreich
erfolgreich in ihre Schranken zu weisen. Nur war Preußen in diesem
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Bündnisprojekt die einzige kontinentale Großmacht und damit der nach


Last und Risiko weitaus exponierteste Partner, es hätte ohne rechten
Gewinn die Dauerfeindschaft mit Rußland in Kauf nehmen müssen.
Preußen entzog sich dem zurecht.

(71) Die Dinge kamen aber doch in Fluß. Als der Sultan im Sommer
1787 mit verzweifeltem gegen Rußland losschlug, während Gustav Adolf
III. von Schweden, der Neffe Friedrich des Großen, im Norden bei
demselben Unterfangen fast Petersburg überrumpelt hätte, stand alles
noch einmal auf des Messers Schneide. Freilich wäre Osteuropa, wenn
der bei Poltawa gescheiterte Plan nun doch Erfolg gehabt hätte, einer
diesem Raum noch fremderen macht ausgeliefert worden. Denn daß
Schweden und das Osmanische Reich den großpolnischen Besitzstand
ohne britische Hilfe gegen Rußland und etwa noch gegen die deutschen
Großmächte nicht behaupten könnten, war aller Welt klar. Katharinas
Expansionspolitik, so oft als bloße Marotte und Ausweitungsgier
verschrieen, wirkte angesichts dieser drohenden Möglichkeit nur
vernünftig. Sie wirkte genauso vernünftig wie das sinnverwandte
deutsche Verhalten, das Zögern Preußens und gar das Eingreifen
Österreichs zugunsten der in Bedrängnis geratenen Russen.

Deutschland mußte nun einmal wie Rußland darauf bedacht sein, das
Pulverfaß dicht vor der Tür keinem Dritten, noch dazu einem so
mächtigen, zu überlassen. ... Rußland wäre in seinem Drang nach Süden
du Westen behindert, und Deutschland umzingelt gewesen, wäre das von
den Briten geplante Osteuropasystem gelungen. ... Immerhin hatten
Preußen und Österreich, hatte jede deutsche Großmacht bereits
einwandfreie Erfahrungen. (72) Tief in die Nationaler-innerung
eingegangen war Franz I. von Frankreich mit seinem berühmt-
berüchtigten Türken-bündnis und vollends Richelieu mit seiner
Aktivierung der schwedisch-französischen Nach-barsnachbarschaft gegen
Deutschland. Auch der unentwegte Versuch der Häuser Valois und
Bourbon, Polen dynastisch-verwandtschaftlich einzubeziehen, waren
nicht vergessen. Hier überall war nun Frankreich statt wie jetzt England
als der westliche Hauptakteur aufgetreten, ... (Das hat sich bis heute nicht
geändert: der erbitterte Widerstand Frankreichs und Englands gegen die
102
EUROCOMBATE

Teil-Wiedervereinigung, oder, als sie nicht zu verhindern war, die nun


mithilfe der USA erfolgte Umfassung des größeren Deutschland im
sogenannten Weimarer Dreieck: ein besonderes Bündnis innerhalb der
EU und NATO zwischen Frankreich und Polen, das Deutschland
sozusagen wie in einem Sandwich in die Mitte nimmt.)

Diese Gefahren sah Rußland in größter Deutlichkeit, selbst wenn man in


Wien und Berlin Gespenster gesehen hätte. Man erkannte in England und
Pitt die Urheber der von den Schweden und Osmanen begonnen Kriege.
Mit Zähigkeit und dem Eingreifen Österreichs schied Schweden
schließlich aus. Nach Erledigung der orientalischen Frage würde für
Rußland die Polnische wieder anstehen, was England verhindern wollte.
Die Aufteilung Polens begann 1793 und endete zwei Jahre später, und
stand zum Sieg über die Türken in einem engen Folgeverhältnis. Durch
den Gewinn des Küstenstreifens zwischen Bug und Dnjestr gewann es
bessere Ausgangmöglichkeiten Polen anzugreifen. Es fühlte sich auch
genötigt, weil es geschockt war, daß das bei Poltawa begrabene
Osteuropaprojekt, mit einer Rückendeckung aus unangreifbarer Ferne
(Englands), so schnell wieder auferstehen konnte, was eine
erschreckende Überraschung für Rußland war. Rußland reagierte spontan
und stieß jählings nach Polen vor, annektierte die Schütterzone mit Haut
und Haar, um einen gefährlichen Sog ein für allemal zu verhindern. Hier
lag ... das sittliche Motiv der Aufteilung vorausgesetzt, daß man das
Selbsterhaltungsprinzip überhaupt für gut heißt, aber unabhängig davon,
ob man auch seine präventive Anwendung billigt: Rußland hatte von den
Wirren über die Nordischen Kriege bis zu den jüngsten britisch-
schwedisch-türkischen Interventionen seine bösen Erfahrungen bereits
gemacht. ...

(75) Eine nach neuzeitlichen Begriffen politisch nicht ausgereifte Nation,


mit einer Volks-raum und Formkraft dämonisch oder grotesk
übersteigerten Herrschaftsidee das war keine Alternative, am wenigsten
innerhalb eines notorischen Krisenherdes! So handelte Rußland nach der
zweiten Teilung, einem seinerseits noch gerechten Erwerb, faktisch im
Zwang. ... Polen war nun einmal in einem Zustand, der halbwegs normale
Lösungen ausschloß.
103
EUROCOMBATE

Man sagte oft, Preußen hätte sich von den Teilungen fernhalten sollen, ...
Polen hätte Preußen aus Großmachtskonflikten herausgehalten. Die
Zweifrontenkriege, an denen das preußisch erneuerte Deutschland 1918
und nochmals 1945 zusammenbrach, erscheinen heute als die logischen
Schlußpunkte einer Kausalkette, die geradewegs auf die erste Teilung als
die ... folgenschwerste Handlung der preußischen Geschichte zurückgeht.
Aber im Zweifrontenkrieg zwischen Schweden und Frankreich hatte
Frankreich schon ein reichliches Jahrhundert vor der ersten Teilung
gestanden, gerade hier lag der mächtige Anreiz zur Staatwerdung unter
dem Großen Kurfürsten. Als dann wirklich das hinter Polen gelegenen
Rußland an die Stelle Schwedens die osteuropäische Vormacht darstellte,
war für Preußen in der entscheidenden Hinsicht nichts anders, nicht
jedenfalls besser geworden. ... die Lehren aus dem Sieben-jährigen oder
dem großen Nordischen Krieg zeigte, daß Polen seit langem als
Pufferstaat bereits zu schwach geworden war. Da bot die relativ schmale
westpolnische Randzone die Preußen aufgrund der Teilungen in Besitz
nehmen konnte, einen immerhin solideren Schutz. ...

(77) Trotzdem und trotz mancher anderen ernsten Belastung hielt das
System fast ein ganzes Jahrhundert hindurch. Und nicht nur Deutschland
und Rußland speziell, sondern Europa überhaupt, ja in gewisser Hinsicht
die ganze Welt hatte von dieser Eintracht Gewinn. Indem sich die
verbündeten Monarchien auf eine Ordnung geeinigt hatten, die zwischen
Rhein und Amur nirgends mehr eine Lücke ließ. Wo der liberale Westen
sein Brechwerkzeug hätte ansetzen können, wuchs von dem
kontinentalen Schwerpunkt her der Welt eine Stabilität zu, die letzten
Endes jedem, auch dem Westen, auch dem die Meere beherrschenden
Großbritannien zugute kam, wie umgekehrt das Altern des großen
Jahrhunderts, das Erlöschen der von Europa beleuchteten Weltzeit mit
dem Aufhören jener großen Einigkeit streng zusammenfiel.

Fortsetzung in einem zweiten Teil.

* * *

104
EUROCOMBATE

(1) Johannes Barnick, Seewald Verlag, 1959.


(2) Die von den Lesern beim Herausgeber solange vorrätig bestellt
werden können.
(3) Aber miteingeschlossen sind alle europäische Völker, weil diese unter
demselben Damoklesschwert der liberalen, globalistischen Auflösung
leben und in ihrer Existenz in gleicher Weise bedroht sind.
(4) Prof. Nikolaj Pawlow; Inst. f. Nationale Reform-Strategien: Der
Russische Holocaust. Anläßlich eines Kongresses der Akademie der
Wissenshaften in Moskau vom 14. bis 16. Juni 2001.
(5) Prof. Alexander Zinoview, Globalisierung als eine neue Form des
Krieges. Bei selbigen Kongreß.
(6) Nordamerika, die Europäische Union und die westlichen Länder
Europas die nicht der EU angehören und Japan.

105
EUROCOMBATE

Techniques de manipulation des masses


Ecole des Cadres de "Synergies-France"

INTRODUCTION

Des premières traces de civilisation jusqu'à aujourdhui, toute entité


politique (état, tribu, groupe) a cherché à obtenir ou à maintenir le
pouvoir. Puisquil y a plusieurs entités avec des valeurs différentes,
inévitablement, certains vont entrer en conflit entre eux cherchant à
étendre la grandeur de leur territoire ou à imposer leur politique. De plus,
les dirigeants de létat doivent garder leur emprise sur la population quils
contrôlent et éviter de se faire ravir le pouvoir par dautres groupes qui
pourraient chercher à le prendre.

Une façon de gérer son pouvoir et de chercher à en acquérir plus consiste


à utiliser la force militaire. Une autre approche consiste en lemploi
intentionnel d'action psychologique (McLaurin, 1982). Laction
psychologique (psychological operations ou PSYOPS) comprends toute
forme daction planifiée prise pour affecter la perception ou le
comportement dune cible politique choisie sans lusage de force militaire
(Bloom, 1991 ; McLaurin, 1982). Laction psychologique sinscrit dans le
cadre des relations internationales dans la mesure où un état tente
dimposer sa volonté sur un autre état (McLaurin, 1982).

Sun Tzu était un général chinois qui vécut 3 siècles avant J-C. Il écrivit
un texte nommé lart de la guerre. Son texte traitait à la fois de tactique de
combat et de technique dinfluence. Pour lui, " Ceux qui sont experts dans
lart de la guerre soumettent larmée ennemie sans combat. Ils prennent les
villes sans donner lassaut et renversent un état sans opération prolongées.
" (p.27 ; voir Volkoff, 1986). Les préceptes de son texte touchant les
techniques dinfluence sont nombreux, en voici quelques une : discréditer
les chefs, désorganiser lautorité, ridiculiser les traditions, semer la
discorde entre les citoyens, perturber léconomie, répandre limmoralité et
la débauche, utiliser les hommes vils et dresser les jeunes contre les
106
EUROCOMBATE

vieux.

Le but de ce texte est de décrire les différentes techniques dinfluence


ainsi que les méthodes utilisées pour les planifier. La première partie
consistera en la description des trois grandes catégories dactions
psychologiques (propagande, désinformation et mesure active) ainsi que
certaines de leurs applications. Ensuite, la deuxième partie consistera en
une description des moyens utilisés pour planifier une propagande ou une
désinformation ainsi que pour mesurer les effets de diverses actions
psychologiques.

ACTION PSYCHOLOGIQUE

Comme mentionné précédemment, l'action psychologique


(psychological operations) est définis comme l'utilisation planifiée ou
programmée de toutes formes d'actions humaines non coercitives
désignées pour influencer les attitudes ou les actions des groupes
ennemis, neutres ou alliés de manière à servir les intérêts nationaux
(McLaurin, 1982). Il s'agit donc d'affecter les comportements d'une cible
par l'intermédiaire des cognitions ou des émotions. Les actions
psychologiques ont pour but soit de changer les perceptions des
dirigeants ennemis sur nos intentions, soit de modifier les attitudes de la
population et des soldats ou soit de supporter des mouvements qui
suivent les intérêts de l'acteur. La cible des actions détermine si celles-ci
ont un caractère offensif ou défensif (McLaurin, 1982). Lorsque les
destinataires sont étrangers l'action est dite offensive alors que lorsque
l'action est dirigée vers sa propre population elle est dite défensive
(Durandin, 1993). Son utilisation n'est pas seulement en temps de guerre,
ce qui tend à nuancer les définitions classiques de guerres et de paix
(McLaurin, 1982).

Bloom (1991) donne 7 raisons rendant les actions psychologiques plus


avantageuse que l'usage de la force pour atteindre des objectifs :
• elles sont moins dispendieuses,
• elles permettent d'atteindre un plus grand nombre d'objectifs,
• toutes actions ou situations ont des significations psychologiques qui
peuvent être utilisées par les actions psychologiques,
107
EUROCOMBATE

• la population est peu favorable à l'usage de la force et les actions


psychologiques deviennent un moyen populaire d'imposer ses politiques,
• les dilemmes de sécurité sont des phénomènes psychologiques qui
peuvent avoir plus d'effet sur les actions de l'antagoniste qu'une
démonstration de force,
• les actions psychologiques permettent d'atteindre des objectifs sans
perte de vie et
• les actions psychologiques peuvent être implantées sans que la cible s'en
aperçoive.

Bloom (1991) distingue deux types d'actions psychologiques : la


propagande et les mesures actives. Pour ce travail la désinformation a été
considérée comme un troisième type d'action psychologique car elle peut
servir à la fois à appuyer la propagande et les mesures actives, mais aussi
être une opération en elle même. En temps de guerre, ces trois actions
peuvent venir à se confondre et la délimitation entre les trois devient
nébuleuse.

LA PROPAGANDE

La propagande est définie par Linebarger (1972) comme n'importe quelle


sorte de communication sans moyen violent utilisé pour modifier
l'opinion, l'attitude, les émotions ou les comportements de n'importe quel
groupe dans le but de favoriser l'utilisateur (militaire ou non) directement
ou indirectement. Pour Bloom (1991), il s'agit de stimuli (signe et
symbole) qui transportent un message via un média de communication.
La plupart des techniques de propagandes actuelle se sont développé aux
cours des deux guerres mondiales (Jowett, 1987)

Bien que les méthodes de propagandes et de publicité tendent de plus en


plus à se ressembler (études de marché, population cible, etc..), Durandin
(1993) la distingue de la publicité par le seul fait qu'elle porte un message
politique, idéologique ou d'intérêts publics plutôt que commercial et
qu'elle laisse moins de place aux " free will " pour se manifester.

Selon Durandin (1993), la propagande utilise des informations pour


exercer une influence sur les attitudes. Ces informations visent à amener
108
EUROCOMBATE

une modification du traitement de l'information chez l'individu afin de lui


faire percevoir la réalité autrement (Durandin, 1993). Le propagandiste
espère modifier la conduite à partir de ce changement de perceptions ou
d'opinion. (Durandin, 1993) La propagande a pour but d'exercer une
influence sur l'individu ou sur un groupe soit pour le faire agir dans un
sens donné ou soit pour le rendre passif et le dissuader de s'opposer à
certaines actions (Durandin, 1993). Par sa dépendance envers des
informations, la différence entre la désinformation et la propagande est
mince.

Bien que pour Bloom (1991) le message véhiculé doit être véridique en
majeure partie, le propagandiste peut ajouter de la désinformation à sa
propagande soit en ajoutant/inventant des informations confirmant sa
thèse ou soit en cachant des informations qui infirme sa thèse. Par contre
la propagande se distingue de la désinformation par le fait qu'elle n'est
pas toujours mensongère. En effet, dire la vérité est souvent plus simple
que de mentir. De plus, selon McLaurin (1982), cela permet de garder la
confiance de sa population et de réduire la méfiance de l'antagoniste.
D'autre part, la désinformation a l'inconvénient de faire perdre toute
crédibilité à l'émetteur si le mensonge est exposé au grand jour.

Suite à l'usage qu'en ont fait Hitler et Staline, la propagande possède


maintenant une connotation négative. Certains auteurs (par exemple
Fuller, 1920 ; voir McLaurin 1982) la décrivent comme étant une
corruption de la raison humaine, un minage de l'intellect, une
désintégration du moral et de la vie spirituelle d'une nation par la volonté
d'une autre. Il n'empêche néanmoins que l'utilisation de propagande est
encore très contemporaine ( message d'intérêts publics sur les paquets de
cigarettes, message de Patrimoine Canada, etc.).

MODELES

Modele de Tchakhotine

Tchakhotine (1952, voir Volkoff, 1986) en s'appuyant sur la théorie des


réflexes conditionnés de Pavlov, ainsi que sur une classification des
pulsions humaines a analysé les mécanismes de la manipulation
109
EUROCOMBATE

propagandiste. Selon lui, d'une manière générale, le succès de la


propagande dépend de l'habileté du propagandiste à associer un des
thèmes qu'elle développe à une des quatre pulsions majeures de l'être
humain (agressivité, satisfaction matérielle, désir sexuel, amour
parental ). L'individu soumis à ces pulsions agirait de façon inconsciente
conformément à ce qui lui a été dicté. En étudiant les différentes
entreprises de propagande, Tchakhotine fut amené à remarquer
l'importance de l'utilisation judicieuse des symboles psychologiques
(hymnes, logo, etc.) qu'il considère comme la clef de la propagande. Les
symboles fonctionnent non seulement comme un signe de reconnaissance
entre individus se réclamant d'une même communauté de pensée, mais
aussi comme stimulus conditionnel . Les exemples de propagande ayant
recours à un symbole sont extrêmement nombreux . Le symbole frappe et
suggère sans informer, il fait appel à l'émotivité. De plus, selon cet
auteur, environ 10% de la population (les " actifs ") ne serait pas
susceptible a être influencé par la propagande. Pour convaincre ces "
actifs " le propagandiste devrait développer des arguments très forts. Par
contre, il note que 90 % de la population sont susceptibles à la
propagande (les passifs) et que cela est amplement suffisant pour
atteindre une majorité.

Propagande fasciste

Clyde Miller (voir Vorkoff, 1986) a établit des lois concernant le bon
déroulement de la propagande fasciste:

1- suggérer la peur et faire ensuite entrevoir la possibilité d'atteindre la


sécurité par les actions suggérées,
2- mettre les nouvelles idées en relation avec des idées qui leur sont
coutumière pour les faire accepter par les masses,
3- avoir un nombre relativement restreint de formules tranchantes et
concises afin qu'ils deviennent des symboles,
4- sans cesse exposer la population à la propagande,
5- appuyer la force à la propagande pour empêcher les autres idées de
s'exprimer,
6- employer l'exagération et
7- adapter la propagande en fonction de l'auditoire auquel ont s'adresse.
110
EUROCOMBATE

Bien que ce type de propagande soit de moins en moins influent à cause


des nouveaux moyens de télécommunication, il est intéressant de noter
qu'en Italie, présentement, Silvio Berlusconi du parti Forza Italia (voir
Almeida, 1995) emploie une bonne majorité de ces techniques pour faire
valoir sont parti politique.

Les propagandes varient en fonction de leurs cible. Les propagandes


stratégiques sont celles qui visent les populations civiles (McLaurin,
1982). C'est la vision traditionnelle de la propagande. Les propagandes
tactiques sont celles qui s'adressent à un auditoire militaire (McLaurin,
1982).

PROPAGANDE STRATEGIQUE

La propagande stratégique (ou guerre politique) concerne les stratégies


de communication et de politique nationale ayant pour but de faire la
promotion à la population adverse ou alliée que leurs intérêts sont mieux
servis avec le pays (McLaurin, 1982). Les objectifs de cette forme de
propagande visent à influencer les individus des populations qui ont des
attitudes moins extrémistes (les passifs de Tchakhotine) et dont leurs
actions peuvent faire une différence (McLaurin, 1982). Les objectifs de la
propagande stratégique sont généralement à long terme (changer les
attitudes des individus). Elle peut s'allier à la désinformation quand elle
tente d'exposer au maximum ses forces, de cacher ses faiblesses et de
faire croire que les intérêts du pays vont en fonction du bien-être de
l'humanité (Lerner, 1972).

Pour modifier les attitudes à un niveau défensif, le propagandiste expose


les avantages de sa politique étrangère tout en cachant ses inconvénients
(Lerner, 1972). Les messages transmis visent à influencer l'opinion
publique de son pays soit pour justifier les actions du gouvernement, soit
pour augmenter le moral de la population ou soit pour favoriser l'appui de
la population envers le gouvernement (Lerner, 1972). Afin d'acquérir la
vertu et donc le support de sa population, il est important de faire
percevoir à celle-ci que les ennemis sont soit des sous-humains, soit le
mal incarné ou soit normal, mais mal dirigé (Linebarger, 1972). Le
111
EUROCOMBATE

gouvernement peut désinformer la population avec l'aide de la


propagande pour :

1- éviter de renseigner l'ennemi ou de désinformer l'ennemi par le biais


des renseignements donnés à notre population,
2- ne pas démoraliser la population en leur donnant de mauvaises
nouvelles,
3- ne pas réduire la production en leur donnant de trop bonnes nouvelles
(" ça ne sert plus à rien de se forcer, on gagne ") et
4- pour cacher les crimes de guerres ou les actions moins honorables
(Durandin, 1993).

Dans sa version offensive, ce type de propagande permet d'améliorer le


succès d'une campagne militaire en brisant la volonté de résister d'une
population sans tout détruire dans le pays (Lerner, 1972). Les messages
visent à délégitimer les actions de leur gouvernement, baisser le morale et
réduire les appuies de la population envers le gouvernement antagoniste
(Lerner, 1972). La population ennemie est une cible intéressante car

1- elle influence l'élite aux pouvoirs,


2- elle est le moteur principal de production,
3- elle peut supporter des groupes subversifs au pouvoir établi et
4- elle soutient le moral des soldats en permission (Lerner, 1972).

En aucun cas une propagande ne sera efficace si on attaque l'idéologie


d'un système car c'est ce qui donne un sens à la réalité de la masse
(Linebarger,1972). Plus un régime est dictatorial, plus il contrôle les
communications et moins il tolère que d'autre idéologie soit discutée
(Volkoff,1986). Il est important que la propagande ne soit pas trop loin de
la construction que la population s'est faite de la réalité (McLaurin,
1982). De plus, pour éviter que les actions coercitives fassent mauvaise
publicité, le propagandiste peut affirmer que le conflit n'est pas contre la
population mais contre ses dirigeants (Lerner, 1972). Ce processus amène
une dissociation population/élite qui divise la société en plus de
provoquer des doutes sur leur dirigeant.

Les propagandes stratégique se classifient aussi selon le degré auquel


112
EUROCOMBATE

leur source est cachée (Volkoff,1986 ; Durandin, 1993). La propagande


blanche est celle qui ne cache pas son origine, tandis que la propagande
noire cache son origine et ment quant à la provenance des informations.
La propagande blanche est généralement plus efficace en temps de paix,
mais en temps de guerre les populations adverses sont plus méfiantes des
" propagandes " provenant de d'autres pays. En temps de guerre la
propagande noire est beaucoup plus vraisemblable car la population croit
que les messages proviennent de source sure et amie (Durandin, 1993).
Par contre, Volkoff (1986) affirme que la propagande noire n'est pas sans
désavantage :

1- elle prend du temps à devenir efficace car le propagandiste doit établir


sa crédibilité,
2- elle risque de désinformer son propre coté et
3- si découvert, ce type de propagande perds toute crédibilité.

Il est important pour se rendre crédible, dans ce type de propagande,


d'affirmer plus de vrai que de faux (Durandin, 1993). La propagande
noire sert souvent à propager de fausses informations et se rapproche
donc énormément de la désinformation.

PROPAGANDE TACTIQUE

Bien que toute action militaire provoque des réponses psychologiques


( affect de peur, baisse de morale, stress, etc.) intentionnellement ou non ,
il ne s'agit pas de propagande tactique (McLaurin, 1982). La propagande
tactique ou guerre psychologique implique toute forme de
communication utilisée pour faire support aux combats et pour modifier
le rapport de force par son influence sur les esprits (McLaurin, 1982).
Elle supporte soit en:

1- informant l'adversaire sur les procédures à suivre pour se rendre ,


2- augmentant l'impact des armes puissantes,
3- baissant le morale des troupes en faisant croire la défaite inévitable,
4- supportant les partisans alliés,
5- instiguant du stress ,
6- contrôlant les civils (n'allez pas sur la plage, il y a des combats) et
113
EUROCOMBATE

7- en contre-attaquant la propagande ennemie en affirmant que s'ils se


rendent, les soldats seront bien traités (McLaurin, 1982).

Les objectifs ciblés par une telle pratique sont à court terme, ils ne visent
pas un changement d'attitude et, de plus, ils peuvent dans certains cas être
en contradiction avec les objectifs politiques (McLaurin, 1982).

Ce type de propagande s'adresse obligatoirement à un auditoire hostile,


donc Katz ( voir McLaurin,1982) affirme que la propagande doit être
véridique afin d'éviter de perdre toute crédibilité suite a de fausses
affirmations. De plus, elle doit être employée conjointement avec l'usage
de la force car seul, elle est inutile (Katz, voir McLaurin, 1982). Son
usage est limité aux moments victorieux car le message n'a aucune
crédibilité si les soldats croient qu'ils ont l'avantage au combat. Katz
( voir MacLaurin, 1982) suggère d'éviter le ridicule car il n'y a pas de
place à l'humour au front. Il propose aussi de ne pas teinter le message de
saveur idéologique car l'idéologie a peu d'impact dans une situation de
survie. Il affirme aussi que les messages essayant d'instiguer la peur sont
inefficaces envers des militaires car ceux-ci sont entraînés à contrôler leur
peur. Par contre, ils seraient très utiles face à des civils.

LA DESINFORMATION

La désinformation est la technique la plus complexe, mais aussi la plus


difficile à classifier. Elle peut être utilisée comme action en soi ou comme
support à une autre action que ce soit de manière offensive ou défensive.
Ce concept provient du mot russe dezinformatzia qui signifiait dans
l'encyclopédie russe de 1947 (voir Durandin, 1993) " l'utilisation de la
liberté de presse pour manipuler les masses " (p.17). Montifroi (1994) la
définit comme l'usage délibéré de l'information dans le but de fausser la
perception de la réalité pour la cible. Elle vise soit à tromper l'antagoniste
ou à influencer l'opinion publique soit en amenant la cible à comprendre
certaines croyances qu'ils auraient autrement en aversion ou soit pour
revendiquer un mensonge comme véridique(Montifroy, 1994). Pour
Durandin (1993) il s'agit d'un mensonge organisé dans l'intention de
tromper la cible en faveur de la politique étrangère de l'émetteur à une
époque ou les moyens de diffusion de l'information sont omni-puissant.
114
EUROCOMBATE

Vorkoff (1986) pousse plus loin en affirmant que toute information a une
teneur en désinformation par ce que l'individu est incapable d'atteindre
l'exactitude dans ses perceptions et que chaque individu possède une
appréciation relative de l'importance des choses. Une information
possède deux éléments : le contenu de l'information et sa source. Il y a
mensonge, et donc désinformation, quand un de ces deux éléments
manque d'intégrité (Durandin, 1993).

La désinformation comme action vise principalement l'opinion mondiale


et/ou l'opinion d'une population par l'utilisation de média de masse, mais
pas les dirigeants (Volkoff , 1986). La manipulation des dirigeants se fait
par l'entremise de l'opinion publique (Durandin, 1993). La désinformation
comme support vise à renforcer l'effet des autres actions psychologiques
soit en augmentant leur impact ou soit en favorisant leur caractère
clandestin. Il est important à noter que la désinformation peut aussi être
utilisée pour un bien commun .

LES SIGNES

Les désinformations peuvent se classer (Durandin, 1993) par des


procédés différents constitués des trois catégories suivantes : le signe,
l'opération et les canaux : Les signes

Il peut y avoir plusieurs signes que l'on montre à la cible pour faire une
désinformation : les paroles orales ou écrites, les images (photographies
et films), les faux phénomènes, les fausses actions (manifestations
prétendues spontanées) et les faux documents (contrefaçon). Si plusieurs
signes différents qui s'accordent pour décrire le même mensonge l'effet de
la désinformation augmente. Durandin (1993) note deux sortes de
mensonges : tactique (mensonge visant modifier directement la conduite
d'une cible) et médiatique (mensonge visant à modifier la conduite par
l'intermédiaire de son image publique).

En plus de pouvoir présenter les mensonges en information factuelle,


l'existence de mots fait croire à l'existence de chose, donc par le langage
on peut instiguer un jugement d'existence et de valeur (Durandin,1993) .
115
EUROCOMBATE

Trouver des mots qui portent est plus important que de transmettre des
données objectives.

Le double langage est une sorte de désinformation qui utilise le langage


comme signe. Il consiste à dire deux choses différentes à deux groupes
différents à propos d'un même problème soit en isolant les deux
destinataires ou soit en gardant la vérité qu'aux cadres de haut niveau
(Durandin, 1993).

Le trucage des photos a été pendant longtemps très complexe et la photo


devint un moyen très fidèle pour représenter la réalité. Par conséquent,
elles sont devenues des instruments très vraisemblables pour faire croire
une fausse réalité (Durandin, 1993). Aujourd'hui, avec les moyens
d'infographie actuelle, toutes photos ou tous films peuvent être manipulés
de n'importe quelle façon.

L'utilisation de faux document se fait soit en cachant/détruisant/


substituant des documents ou en créant des faux documents ou en
falsifiant les documents existants (Durandin, 1993). Les " faux faux "
consistent à créer un faux document, le " découvrir " et ensuite en
attribuer la provenance chez l'adversaire (Durandin, 1993). Un autre "
faux faux " consiste à déformer sa signature de façon à se laisser une
porte de sortie ( " Ceci n'est pas ma signature ") si la situation devient
désavantageuse (Durandin, 1993). L'utilisateur peut en faire soit un usage
tactique (influencer le comportement de l'antagoniste) ou médiatique
(nuire à la réputation de la cible) (Durandin, 1993).

LES OPERATIONS

Les opérations constituent les diverses façons d'altérer la représentation


de la réalité. Elle sont fonction du choix que le désinformateur fait des
éléments à montrer ou non et fonction de sa thèse (Durandin, 1993). Ce
dernier peut soit réduire des éléments (omission de faits, négation,
minimisation ou suppression de trace), soit mettre en valeur des éléments
(exagération, exhibition) ou soit faire une combinaison des deux
(exagérer l'importance de certains faits et en omettre d'autres). S'il
manque des éléments pour soutenir une thèse, le désinformateur peut en
116
EUROCOMBATE

inventer. L'omission est l'opération la plus facile car il ne soulève pas de


contradiction (Durandin, 1993).

La surprésentation est une technique donnant l'illusion de participer à


l'activité et pouvoir faire quelque chose à la situation. Il suffit de
présenter un maximum d'informations (souvent en direct) superflues afin
de masquer les informations importantes (Durandin, 1993). Cette
technique est abondamment utilisée sur CNN, et fut l'une des
désinformations principales de la guerre du Golfe (Durandin, 1993) avec
le contrôle des journalistes (McCormack, 1995) et des informations
diffusées (Rakos, 1993)

LES CANAUX

Les canaux sont les moyens utilisés pour transmettre la désinformation.


Certains canaux visent la population dans son ensemble, tandis que
d'autres ciblent des groupes spécifiques (Durandin, 1993). Les canaux qui
touchent la population dans son ensemble sont : les médias de masses
(presse, radio, films, télévisions, etc.), les communications informelles
(rumeur, conversation), les organisations de masses (ONG, groupes
communautaires), manifestation culturelle (fête, sports) ou des
mouvements de masse ( mouvement écologique, pacifique, etc.). Les
canaux qui ciblent des groupes spécifiques sont des périodiques
spécialisés, des organisations professionnelles (congrès, etc.), des signes
prétendus confidentiels, personnes influentes ou des agents d'influence
(membre des services de renseignement). Les destinataires peuvent être
atteint par plusieurs canaux ce qui augmente la crédibilité de la
désinformation (Durandin, 1993).

En plaçant les actions psychologiques sur un continuum partant d'un


extrême communication (propagande) et de l'autre un extrême opération
directe (mesure active). L'usage des médias de masses à des fins de
désinformation transpose celle-ci aux limites de la propagande tandis que
l'usage d'agent d'influences aux limites des mesures actives. Les médias
sont considérés par tous les auteurs comme une cible de premier choix
pour la désinformation à des fins offensives ou défensives (Durandin,
1993 ; Volkoff, 1986 ; Montifroy, 1994). L'utilisation de journalistes est
117
EUROCOMBATE

utile car :
• ils n'ont pas toujours le temps de vérifier leurs sources à cause du milieu
extrêmement compétitif de leur emploi,
• ils sont facilement influençables (chantage, corruption),
• ils sont crédibles et
• ils ont accès à de vastes moyens de diffusion (Durandin, 1993).
Cette situation est le propre des sociétés permettant la liberté
d'expression. Les sociétés ne laissant pas cette liberté sont à toute fin
pratique immunisées contre la désinformation offensive (Volkoff, 1986).
Les journaux peuvent être un moyen de désinformation en temps de paix
soit :
• en imitant un journal existant contenant de fausses nouvelles,
• en créant ou achetant un journal afin de présenter sa vision des choses,
• en subventionnant secrètement un journal,
• en utilisant des agents d'influence sur un journaliste ou
• par l'entremise de publi-propagande payée dans un journal à grand tirage
(Durandin, 1993).

Les ondes radios ne sont pas soumises aux frontières entre les états. La
désinformation peut se faire :
• en émettant à partir d'un poste radio d'un autre pays,
• en utilisant une onde très proche d'une station existante ou
• en achetant une radio existante en temps de paix (Durandin, 1993).

En temps de guerre la radio peut servir à démoraliser l'adversaire


• en lui donnant de fausses mauvaise nouvelle,
• en excitant les ennemis de nos ennemis ou
• en donnant de vraies informations militairement tactiques pour ensuite
donner de fausses informations afin de tendre une embuscade (Durandin,
1993).

Ce type de diffusion est associé à la propagande noire. Aucun poste de


télévision n'a été jusqu'à ce jour considérer noir, par contre le contenu de
certaines émissions aurait put être influencé par certains agents occultes
(Durandin, 1993).

L'acteur désinforme dans un journal ou une radio soit:


118
EUROCOMBATE

• en ne présentant que des nouvelles fausses pour lesquelles l'auditeur ne


peut vérifier,
• en sélectionnant que des nouvelles allant dans le sens de ses intentions,
• en mélangeant des informations véritables et des informations fausses,
• en " commentant " des informations vraies,
• en exposant des nouvelles vraies avec des preuves concrètes dans un
contexte qui en changent le sens,
• en grossissant et défigurant les informations vraies afin de susciter des
sentiments forts chez les auditeurs,
• en donnant une répartition inégale de la longueur et de la qualité des
informations,
• en habillant une information fausse avec un fait réel et
• en donnant l'information sans conclusion de façon à ce que l'auditeur
fasse lui-même la conclusion qui s'impose (Durandin, 1993). Remarquez
que certains journalistes utilisent ces techniques pour présenter leurs
points de vue sans que cela paraisse.

OBJETS DE LA DESINFORMATION

La désinformation peut porter sur les faits, les intentions, les opinions,
les valeurs ou sur les croyances/idéologies : Les faits touchent ce qui peut
être observé par plusieurs personnes, que ce soit des comportements ou
des situations. Plus les faits sont difficiles à connaître, plus il est facile de
les déformer et moins il y a de témoins, plus le fait est propice à la
désinformation (Durandin, 1993). Les événements passés et historiques
sont donc facilement manipulés. Voici quelques moyens simples de
tromper une cible avec des faits (Durandin, 1993):
• Imaginer le futur à la place de la cible : le désinformateur peut présenter
une possibilité du futur comme un fait afin d'aviver l'espoir ou pour créer
de l'angoisse.
• Présenter des faits dans un format scientifique sans avoir de contenu
scientifique est un moyen d'augmenter sa crédibilité en désinformant.
• Utiliser des estimations pour démoraliser l'ennemi à propos de ses
performances
Affirmer des bases idéologiques comme des faits pour donner raison à
nos actes
119
EUROCOMBATE

Volkoff (1986) note que la vérité n'est pas toujours vraisemblable et que
le mensonge a souvent une apparence plus véridique que la vérité. Une
intention est un objet qui peut être facilement dissimulé particulièrement
si elle est un projet d'agression (Durandin, 1993). Les moyens de cacher
ses intentions sont simples : 1- ne pas en parler, 2- utiliser des termes
vagues de façon à provoquer plusieurs analyses possibles, 3- faire
semblant de respecter les valeurs d'autrui et 4- faire de faux plans pour
ensuite les laisser " découvrir " par son antagoniste (Durandin, 1993).

Le désinformateur peut mentir sur une croyance, une valeur ou une


idéologie en faisant semblant d'y adhérer ou de la respecter afin de s'en
servir comme couverture pour parvenir à ses fins . De plus, les croyances
ésotériques peuvent servir à faire des prédictions qui seront perçues
comme des faits et qui renforceront le discours.

LES MESURES ACTIVES

Les mesures actives comprennent toutes opérations directes visant à


influencer les récepteurs (Bloom, 1991). Elles sont habituellement
clandestines et exécutées par des services de renseignements (Bloom,
1991). Ces mesures peuvent être des assassinats, de la diplomatie
coercitive , du chantage sexuel sur l'élite étrangère, du terrorisme, du
soutien financier de partis politiques en dehors du pays, d'infiltration
d'organisation de masses , de formation de spécialistes (guérilla/
antiguérrilla), de sabotage ou d'aide international (Bloom, 1991).

Plusieurs de ces actions sont très coercitives par nature (par exemple un
assassinat) et se trouvent à la limite de l'usage de la force militaire et de
l'action psychologique. Ces mesures sont incluses comme actions
psychologiques car elles visent une modification de comportements de la
part de la cible (individu ou groupe) et non pas sa destruction pure et
dure. L'assassinat d'un journaliste dans un pays se fait pour empêcher que
les journalistes parlent d'un événement sous peine de mort et non pas
dans le but qu'il arrête d'écrire. L'assassinat ne s'adresse pas à la victime
mais à tous ceux qui sont similaires à elle. Il est bon de noter que ces
mesures plus coercitives sont le fruits d'états n'étant pas démocratiques.

120
EUROCOMBATE

Plusieurs de ces actions sont supportées par la désinformation (cacher la


source des actions ou les traces), par contre, les mesures actives
n'utilisent pas obligatoirement le mensonge. L'assassinat d'un journaliste
pour ne pas que les autres parlent ne contient pas de désinformation dans
la mesure où l'état ne cache pas la source de ses actions. Un assassinat sur
un journaliste dans un autre pays, que les instigateurs déclarent provenant
d'un autre groupe contient de la désinformation.

Assassinat et intoxication

Assassinat

Un assassinat comme mesure active peut servir à :


• renforcer la perception des capacités militaires et de la volonté politique
d'un groupe paramilitaire ou rebelle,
• tuer clandestinement certains de ses alliés pour ensuite condamner
publiquement les " massacres " de son adversaire et ainsi prendre du
capital politique,
• induire la peur à une élite scientifique ou corporative pour les empêcher
de collaborer avec l'adversaire,
• assassiner un média afin de forcer les autres journalistes à ne pas
aborder une question du problème et
• dans une dictature, utiliser l'assassinat pour instiguer la peur et maintenir
le pouvoir (Bloom, 1991).

L'intoxication

L'intoxication (ou désinformation tactique) est une autre forme de


mesure active qui consiste à implanter de fausses informations dans les
services de renseignements ennemis par l'entremise d'un intoxicateur
(généralement un agent double) (Volkoff, 1986). Cette mesure consiste à
faire croire aux dirigeants ennemis ce qu'il faudrait qu'il croit pour courir
à sa perte soit sur le plan politique ou sur le plan militaire (Durandin,
1993). L'intoxication la plus efficace fut faite par les nazis envers Staline
(Durandin, 1993) avant la deuxième grande guerre, en lui laissant croire
que la majorité de l'état-major russe conspirait contre lui. Plus de 80 %
des hauts gradés russes furent fusillés avant la guerre.
121
EUROCOMBATE

La subversion

La subversion est une action qui regroupe l'ensemble des moyens


psychologiques ayant pour but le discrédit et la chute du pouvoir établi
sur des territoires politiquement ou militairement convoités (Volkoff,
1986 ; Durandin, 1993). Elle vise à susciter un processus de dégénération
de l'autorité pendant qu'un groupe désireux de prendre le pouvoir
s'engagera dans une guerre " révolutionnaire " (Mucchieli, voir Volkoff,
1986). Un état peut utiliser la subversion afin de créer le chaos dans un
pays étranger soit pour des raisons politiques ou militaires . Elle est la
base du terrorisme et de la guérilla.

Les objectifs de la subversion sont : 1-démoraliser la population et


désintégrer les groupes qui la composent, 2- discrédité l'autorité et 3-
neutraliser les masses pour empêcher toute intervention générale en
faveur de l'ordre établi (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). La subversion
utilise les médias de masses pour manipuler l'opinion publique par
l'entremise de la " publicité " que les nouvelles lui accordent après des
actions spectaculaires (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Cette publicité
survient car elle provoque chez l'auditeur un changement perceptuel
envers les antagonistes comme une forme d'identification à l'agresseur
(Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Les autorités sont perçues de plus en
plus faibles et irresponsables, tandis que les agents de subversion
paraissent plus puissants et plus convaincus de leur cause (Mucchieli,
voir Volkoff, 1986). L'opinion publique vacillera un jour du côté des
agents subversifs . Sans oublier que les groupes subversifs peuvent
utiliser la désinformation et la propagande dans les journaux et les radios
leur appartenant pour renforcer la manipulation de l'opinion publique.

De plus, pour atteindre des groupes clefs, les agents subversifs peuvent
utiliser plusieurs techniques en plus de la manipulation des médias de
masse: 1- intensifier les revendications légitimes, les besoins ou
l'idéologie des groupes désignés, 2- forcer un sous groupes se présentant
comme le champion des intérêts du groupe (modèle) à faire des actions
directes, 3- mobilisation du groupe s'il y a attaque perpétrée contre un
membre du groupe et finalement, 4- la technique provoquation-répression-
122
EUROCOMBATE

appel à l'unité contre la répression (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Cette


dernière technique se fait en quatre temps : 1 acte de brigandage pour
forcer l'autorité à être répressive, 2- répression de l'autorité que l'acteur
doit faire percevoir comme une menace collective pour le groupe, 3-
augmenté le niveau de violence des actions afin d'augmenter la répression
de façon circulaire et 4- appel au front commun contre la répression en
culpabilisant l'autorité et en justifiant les actes de brigandages du départ
(Mucchieli, voir Volkoff, 1986).

LA PLANIFICATION D'ACTION PSYCHOLOGIQUE

La planification est un aspect essentiel de toute action psychologique.


Les actions doivent avoir des objectifs précis. La prochaine section
aborde les méthodes de planification de propagande et de désinformation,
les mesures d'efficacités des propagandes et les facteurs à considérer lors
de l'élaboration de propagande et de désinformation. Aucune des sources
consulté ne parlait de planification de mesures actives.

La première étape à toute action psychologique est la recherche de


renseignement (McLaurin, 1982). Celle-ci peut se faire grâce à des
techniques de recherche de marché (sondage d'opinion, etc.), entrevue,
interrogatoire ou de l'analyse de contenus de documents. Ces techniques
peuvent provenir de sources d'information variées : des renseignements
humains (prisonnier de guerre, civil ennemi ou allié, réfugié), de
renseignements électroniques (écoute électronique, interception de
données informatiques), des documents capturés, des experts ou par une
revue de littérature (rapport de renseignement, périodique/livres,
propagande ennemie, média de masse, études spéciales) (McLaurin,
1982). La recherche de renseignement vise à : 1- définir les audiences
clefs dans une population, 2- évaluer les attitudes et les motivations des
gens, 3- analyser les vulnérabilités d'audience spécifiques et 4-
déterminer le meilleur moyen d'atteindre ses objectifs (McLaurin, 1982).

La deuxième étape d'une propagande consiste à choisir le contenu du


message, les moyens de communications et les techniques utilisées en
fonction des objectifs, de la situation et de l'audience ciblée (McLaurin,
1982). Il est important que le contenu du message soit cohérent avec ce
123
EUROCOMBATE

que les gens croient (Lerner, 1972). La troisième étape consiste à


planifier la logistique nécessaire et à transmettre la propagande
(McLaurin, 1982).

Le propagandiste doit tenir compte de plusieurs facteurs pour élaborer


son message. Ce dernier doit : 1- attirer l'attention, 2- être
compréhensible par la cible, 3- ne pas l'offenser, 4- activer des besoins
individuels et fondamentaux et 5- proposer une réponse pour une
collectivité car les comportements sont fortement influencés par son rôle
et son groupe de pairs (McLaurin, 1982). Les facteurs de persuasion sont
les mêmes qu'en publicité : 1- la source doit être crédible, prestigieuse et/
ou similaire à la cible , 2- le contenu dépend des objectifs, mais il doit
être semblable aux attitudes de la cible , 3- de façon générale, les masses
médias sont plus efficaces et 4- l'audience cible doit être celui ayant les
attitudes les moins prononcées (Bloom, 1991 ; McLaurin, 1982).

Pour pouvoir faire une désinformation, il faut tout d'abord que les
renseignements obtenus démontrent que les cibles sont susceptibles a être
affectée par une désinformation. Cette susceptibilité provient de : 1- une
cible apte à être déformée, 2- un état d'esprit dans la population ou chez
les dirigeants tel qu'il acceptera la désinformation comme légitime, 3- une
désinformation qui doit correspondre avec leur préconception de la réalité
ou leur mode, 4- avoir des canaux de désinformation crédible et bien
établis et 5- la cible doit être convaincue que le désinformateur ne peut
pas l'atteindre (Montifroy, 1994).

Pour les services de désinformations Tchécoslovaques (Bittman ; voir


Volkoff, 1986), après le recueil de renseignement, les agents faisaient des
propositions de désinformations. Les meilleures propositions étaient
choisies en fonction des objectifs à long terme et étaient transmises par :
des agents de renseignement, des agents doubles, des collaborateurs
idéologiques ayant des postes influents ou par du matériel délivré de
façon anonyme.

La dernière étape consiste à mesurer les effets d'une action (McLaurin,


1982). Les mêmes sources d'informations sont nécessaires que pendant la
première étape. En temps de paix, les études de marchés sont simples à
124
EUROCOMBATE

effectuer car elles sont faites sans crainte de contrôle gouvernemental


(Durandin, 1993). En temps de guerre, la situation devient plus complexe
à évaluer et plusieurs questions se posent. Quel critère utiliser pour
mesurer l'effet d'une action psychologique, comment le mesurer et
comment accéder à l'audience ciblée (McLaurin, 1982)? Le problème
devient encore plus obscur lorsqu'on touche à la propagande militaire. La
nature même de la guerre empêche de dire si les effets observés sont dut à
la propagande ou bien tout simplement à l'action militaire (McLaurin,
1982). Les prisonniers de guerre sont souvent hostiles et refusent de
répondre à des enquêtes sur l'efficacité d'une propagande. McLaurin
(1982) propose que le propagandiste intègre un " agent double " à
l'intérieur des prisonniers pour avoir des informations plus valides. Deux
autres méthodes sont aussi proposées : interviewer à fond un très petit
groupe d'individus ressemblant le plus à la population cible ou encore,
questionner un " juge " qualifié qui connaît bien la population et la
culture cible. Il est à noter que ces deux dernières méthodes comportent
des biais.

Les effets de propagandes en temps de guerre peuvent être évalués de


façon quantitative ou qualitative (McLaurin, 1982). Des exemples de
critère quantitatif sont : le nombre de prisonniers de guerre, le nombre de
déserteurs, le temps pour effectuer un rappel de la propagande, un
sondage distribué aux prisonniers et le nombre de pamphlets ou d'heures
de diffusion effectuées. L'analyse de contenu des communications
ennemies, des interviews, des interrogatoires ou l'analyse des lettres des
prisonniers sont des exemples de critères qualitatifs.

CONCLUSION

Les façons d'influencer les adversaires sans utiliser de forces militaires


n'ont pas si changé depuis Sun Tzu. L'action psychologique reste une
alternative pour les états tentants de s'imposer en relation internationale
que ce soit par l'utilisation de propagande, par la désinformation ou par
des mesures actives. L'annexe 1 synthétise les principales techniques de
chacune des trois catégories en fonction de leur nature soit offensive ou
défensive et selon qu'elle s'adresse à une élite, à la population, aux
militaires ou à des groupes/individus influents.
125
EUROCOMBATE

Bloom (1991) remarque que l'actions psychologiques est un sujet


difficile à analyser parce qu'elle est difficile à identifier clairement à
cause de sa nature clandestine. Selon lui, les auteur qui l'aborde présente
plutôt leur jugement moral qu'un bagage de connaissance. De plus, les
analyse rigoureuse de ce phénomène sont rarement publié dans des
périodique civil. Si il y a des recherche systématique sur une forme
d'action psychologique, les résultats sont gardés top-secret.

L'arrivée de l'informatique offre énormément de nouvelle possibilité aux


actions psychologiques. En partant avec la prémisse que l'information est
devenue une source de puissance et que nous sommes devenus tout à fait
dépendant des systèmes informatiques, Schwartau (1993) décrit une
nouvelle façon de faire la guerre, l'infoguerre. Il s'agit de toutes formes
d'actions prises pour avoir une supériorité informationnelle soit en
affectant les informations adverses, les processus basés sur l'information
ou les systèmes informatiques (Schwartau, 1993). Toute son oeuvre
présente de nouvelles techniques de désinformation et de mesures actives
propre à la crise qu'engendre l'explosion des technologies de
l'information. La mesure active primaire de son oeuvre est le piratage
informatique qui peut être utilisé à des fins de sabotage, de criminalité ou
de recherche d'informations confidentielles. De plus, parce que les gens
croient qu'un ordinateur est un outil ne pouvant pas se tromper,
l'autoroute de l'information devient un excellent lieu pour faire une
désinformation afin de briser la réputation d'un individu en modifiant
certains dossiers confidentiels peu protégés (crédit, dossier judiciaire,
etc.).

" L'usage efficace des moyens de communication constitue d'une façon


générale un élément central pour la propagande et la désinformation. Le
développement de réseaux informatiques mondiaux amplifie par son
échelle, par sa puissance ainsi que par l'absence actuelle de toute
législation internationale, le pouvoir de diffusion de toute forme de
propagande/désinformation mais il est aussi une ligne de défense contre
ceux-ci en laissant à tous une possibilité de s'exprimer. " (propagande,
article d'Encarta ; Microsoft, 1997) Ce travail a mis l'emphase sur les
actions gouvernementales, mais une compagnie privée peut tout à fait
126
EUROCOMBATE

utiliser certaines de ces techniques. Certaines formes de publicité se


rapprochent de la propagande car elles ne visent pas à inciter un individu
à acheter un produit mais à faire percevoir à la population que leurs
actions sont pour le bien-être de tous. D'autre part, la désinformation
scientifique peut empêcher un concurrent de faire des recherches sur
certains terrains. Un spéculateur peut partir de fausses rumeurs ou faire
sauter des bombes pour essayer faire baisser un titre à la bourse. De plus,
les nouvelles armes de l'infoguerre offrent de bons moyens d'actions
directe pour une compagnie (espionnage industriel, sabotage
informatique, etc.).

Comme l'affirme Bloom (1991) " Influence techniques will be perceived


as more important by all who seek power. With worldwide increases in
interdependance, communications technology, and the lethality and
sophistication of weapons, propaganda and active measure will become
more cost-effective and even more morally appealing " (p.708).

127
EUROCOMBATE

The Worlds Mastermind: the True Objectives of


Globalization
- a view from Argentina -
Adrian Salbuchi

Those who do not learn from history are condemned to re-live it


George Santayana

More and more people are taking an increasingly critical view of the
worldwide phenomenon called globalization. Not that they are against
constructive cooperation among the sovereign nations of the world on
common goals, but rather that they reject this present model of
globalization.

As we now have it, globalization can be defined as an ideology which


identifies the sovereign Nation-state as its key enemy. It thus seeks to
weaken, dissolve and eventually destroy it as a social institution in
order to replace it with new supranational world management
structures. These structures tie in with the political objectives and
economic interests of a small number of highly concentrated and very
powerful groups which today drive and steer the globalization process
in a very specific direction.

These power groups consist of private interests which have today


achieved something unprecedented in human history and which can de
describe as the privatization of power on a global scale. Globalization
is an understatement of that which former US presidents Woodrow
Wilson, Franklin D. Roosevelt, Harry Truman and George Bush, each at
different historical times described as a new world order.

A New World Order! Clearly, when former president Bush indiscretely


used that term a decade ago, the Establishment quickly silenced and
replaced it by the more neutral and harmless sounding globalization
which, nevertheless, today has but one meaning: Anglo-North American
128
EUROCOMBATE

neoimperialism on a planetary and all-encompassing level.

Who are they? What do they want?

The process we have described is in no way anonymous or secret,


because the power groups promoting and driving globalization are in full
view of public opinion: multinational corporations - especially the
Fortune 500s accounting for 80% of the US economy -; the global
financial structure which includes banks, investment funds, stock
exchanges and commodity markets; multimedia monopolies; major Ivy
League universities; international multilateral organizations and, most
important, key governmental posts in the United States and other
industrialized nations.

What is not immediately obvious is the fact that all these players in this
veritable wheel of global power have one thing in common: their key
managers, financiers, strategists, bankers, government officers, academics
and shareholders belong to the same network of think tanks. This
network forms a common hub steering the wheel of world power on its
course.

Among these key think tanks - which are really geopolitical planning
centers -, the role of the Council on Foreign Relations, the Trilateral
Commission, the Royal Institute of International Affairs, the Brookings
Institution, the RAND Corporation and the Center for Strategic &
International Studies, among others, are of vital importance.

A bit of history

To properly understand todays world one needs to look back on


yesterdays, in order to see how things came about. It was back in 1919
when a small group of influential bankers, lawyers politicians and
academics - all of whom were taking part in the Paris peace negotiations
between the victorious Allies and the vanquished Central Powers of
Europe - met in the Parisian Hotel Majestic and reached a transcendental
agreement: they decided to create a think tank; a sort of gentlemens club
129
EUROCOMBATE

or lodge from which they could design the kind of new world order which
would properly accomodate the colonial interests of the Anglo-North
American alliance.

In London, that think tank would take on the name of the Royal Institute
of International Affairs (RIIA), whilst in the United States it would be
known as the Council on Foreign Relations (CFR), based in New York
City. Both organizations had the unmistakeable seal of the social strategy
of gradually imposing a socialist order as a means of mass control which
was then being promoted by the Fabian Society, financed by the Round
Table Group which was in turn created, controlled and financed by South
African magnate Cecil Rhodes, the international financial dynasty of the
Rothschilds, and the British Crown.

The CFR got its initial support from the most wealthy, powerful and
influencial families in the United States which included Rockefeller,
Mellon, Harriman, Morgan, Schiff, Kahn, Warburg, Loeb and Carnegie
(the latter in particular through its own front organization the Carnegie
Endowment for International Peace).

In order to express and thus propagate its influence among elite circles,
one of the first measures of the CFR consisted in founding its own
journal which to this day remains the worlds premier publication on
geopolitics and political science: Foreign Affairs. Among the CFR´s
first directors, we find Allan Welsh Dulles, a key figure in the US
intelligence community who would later consolidate the spy structure of
the CIA; journalist Walter Lippmann, director and founder of The New
Republic; J.P. Mogan corporate lawyers; bankers Otto H. Kahn, and
Paul Moritz Warburg, the latter a German emigrée who came to the
United States and in 1913 designed and promoted legislation which led to
the creation of the Federal Reserve Bank which to this very day controls
the financial structure of the United States. When the Second World War
ended in 1945, the Federal Reserve Bank was supplemented by the
International Monetary Fund and The World Bank, both of which were
masterminded, planned and designed by the CFR at the Bretton Woods
Conference in 1944.
130
EUROCOMBATE

Another member of the CFR and one of its first directors was geographer
and president of the American Geographical Society, Isaiah Bowman,
who would re-draw the map of Central Europe after the First World War
thus ushering in times of grave turmoil in that continent which would
lead to the Second World War. It was CFR lawyers like Owen D. Young
(president of General Electric) and Charles Dawes (J P Morgan Bank),
who in the twenties designed and promoted the refinancing plans for
Germanys war reparations debt as imposed by the Treaty of Versailles. It
was top Federal Reserve Bank directors and CFR members who would
generate the monetary distortions leading to the 1929 financial crisis and
ensuing Depression.. It was CFR directors who through the powerful
media under their control such as the NBC and CBS radio networks and
newspapers like the The Washington Post and The New York Times,
would coax and press public opinion to break US isolationist neutrality
and embark the nation on another European war in 1939, which they
themselves had been promoting since the early thirties.

The Second World War

At the very start of this European war in which The United States would
only formally take part in 1941, CFR members set up the War & Peace
Studies Group which literally became a part of the State Department, and
designed its major foreign policies towards Germany, Italy, Japan and its
allies. Later, they began preparing for yet another new world order after
the then forseeable Allied victory. In this manner, the CFR designed and
promoted the creation of the United Nations to manage world politics and
some of its key economic agencies such as the IMF and the World Bank,
through its members Alger Hiss, John J. McCloy, W. Averell
Harriman, Harry Dexter White and many others.

Once the war ended, US President Harry Salomon Truman would


establish the far-reaching national security doctrine which was based on
the doctrine of containment of Soviet expansion based on the proposal of
yet another CFR member and at that time US Ambassador to Moscow,
George Kennan, who described his ideas in a famous seminal Foreign
131
EUROCOMBATE

Affairs article which he signed with the pseudonym X; as well as on


national security directive NSC68 issued by the National Security
Council which was drafted by CFR member Paul Nitze. The same can
be said of the so-called Marshall Plan designed by a CFR task force and
later implemented by W. Averell Harriman.

Power structures

Although it is a little known organization among public opinion, the CFR


is very powerful and has grown in influence, prestige and breadth of
activities. So much so that today we can say without doubt that it
conforms the worlds mastermind silently directing the course of the many
complex and highly volatile social, politicial, financial and economic
processes throughout the world. There is not a people, region or aspect of
human life which is not affected by the CFRs influence - knowingly or
unknowingly - and it is the fact that it has nevertheless been able to
remain behind the scenes that makes the CFR so exceptionally powerful.

Today, the CFR is a discreet organization counting among its more than
3.600 members, the best, most capable and powerful people wielding
great influence in their respective professions, corporations, institutions,
governmental posts and social environments. In this way, the CFR brings
together top corporate officers of financial institutions, industrial giants,
the media, research organizations, academics, top military officers,
governmental leaders, university deans, trade union leaders and study
center investigators. Their fundamental objectives consist in identifying
and assessing a wide range of political, economic, financial, social,
cultural and military factors spanning every imaginable aspect of public
and private life in the United States, its key allies and the rest of the
world. Today, thanks to the enormous power wielded by the United
States, that breadth of activities of the CFR literally spans the whole
planet.

Its researches and investigations are carried out by different task forces
and study groups within the CFR which identify opportunities and
threats, assess strengths and weaknesses, and design far-reaching
132
EUROCOMBATE

strategies to promote its interests worldwide, each with their respective


tactical and operative plans. Although such intensive and far-reaching
tasks are made within the CFR, the key issue to understanding its
enormous success lies in the fact that the CFR per se, never actually does
anything under its own name but rather it is its individual members who
do so, and this they do from their formal posts as chairmen, CEOs and
directors of major corporations, financial institutions, international
multilateral institutions, media, and key posts in government,
univerisities, the armed forces, and trade unions.. They never invoke or
even refer to the CFR as being their main seat of planning and
coordination.

The CFR members are powerful indeed as today we find among them
(and we only refer to but a handful of the 3600 CFR members), people
like David Rockefeller, Henry Kissinger, Bill Clinton, Zbigniew
Brzezinski, Samuel Huntington, Francis Fukuyama, former secretary
of state Madeleine Albright, international speculator George Soros,
supreme course judge Stephen Breyer, CEO of Lowes/CBS Laurence
A. Tisch, present secretary of state Gral. L. Colin Powell, CEO of
General Electric Co. Jack Welsh, CEO of CNN W. Thomas Johnson,
chairman and CEO of The Washington Post / Newsweek / International
Herald Tribune Katherine Graham, vicepresidente of the United States,
former secretary of defence and former CEO of Halliburton Richard
Cheney, president George Bush, former national security advisor to
president Clinton Samuel Sandy Berger, former CIA director John M.
Deutch, governor of the Federal Reserve Bank Alan Greenspan,
president of the World Bank James D. Wolfensohn, CEO of CS First
Boston Bank and former governor of the Federal Reserve Bank Paul
Volcker, reporters Mike Wallace and Barbara Walters, former CEO of
CitiGroup John Reed, economists Jeffrey Sachs and Lester Thurow,
former treasury secretary, ex CEO of Goldman Sachs and present
director of CitiGroup, Robert E. Rubin, former secretary of state and
mediator during the the Malvinas Islands War between Argentina and
Britain Gral. Alexander Haig, the mediator in the Balcan conflict
Richard Holbrooke, CEO of IBM Louis V. Gerstner, democratic
senator George J. Mitchell, republican representaitve Newt Gingrich,
133
EUROCOMBATE

and present national security advisor Condoleeza Rice, among many


other.

In the business world, the top corporations of the Fortune 500 ranking all
have a senior director who is a member of the CFR. These corporations
together have a combined market value alomost twice the gross domestic
product of the United States, concentrate the better part of the wealth and
power of the country, and control key resources and technologies
throughout the world. Together they employ over 25 million people in the
US alone and account for over 75% of its GDP. In short, they wield
gigantic power, leverage and influence in the US and in our planet.

We thus find here the key to the CFRs enormous effectiveness in that its
decisions and plans are drafted and agreed in its meetings, conferences
and task forces behind closed doors, and are then carried out by its
different members from each of their formal posts in different
organizations. And what powerful posts these are!

If, for example, there were a series of plans agreed regarding, say, the
globalization of the economy and the financial system, or which countries
shall have peace and prosperity and which war and famine, then we can
suppose that the coordinated action of personalities such as the president
of the United States, his secretaries of state, defense, commerce and
treasury, CIA director, the main international bankers and financiers,
captains of industry, media media, reporters and writers, military officers
and academics, heads of the IMF, World Bank and World Trade
Organization, shall be able to coordinate concrete, effective and - no
doubt - almost irrestistible actions. This has been so over the past eighty
years.

Real power and formal power

In order to trully understand how the world really works, we must first
understand the difference between formal power and real power. What
the media propagate with a very high public profile every day in their
newscasts on television, radio and in the press is nothing but the concrete
134
EUROCOMBATE

and visible results of the actions of formal power structures, particularly


those of national governments and the technocratic and supranational
financial and corporate structures. However, real power levers are far
less visible and they are the ones which plan out what will occur in the
world, when and where it shall take place and who shall carry it out.

Formal power is short term and has high public profile; Real power is
long-term and has almost no public profile. Formal power is public -
Real power is private. As the United States is todays sole planetary
superpower, it is reasonable to conclude that this world power structure -
as that is what it truly is - provisionally manages this veritable world
government from the territory and the political and economic structures
of the United States. This by no means implies that the majority of the
people of the United States necessarily form part of this scheme of things,
but rather that their elites and ruling classes do. We are thus speaking of
a power group which operates within the United States (as it also does
within the United Kingdom, Germany and, Japan, and through its agents
in Spain, Argentina, Brasil, Korea and many other countries), but which
is not necessaily identified with the people of Unisted States (nor any of
the other countries with whose peoples, their needs and interests they
need not heed nor be in agreement with).

In order to better understand the true nature of the United States, we


should keep in mind that - especially in what refers to its foreign policy -
the US Administration as they themselves so aptly call their
government, is based in Washington DC, which is the seat of formal
power in the US, whilst its real power structures are located in New
York City. I.e., the US is managed from Washington DC but governed
from New York City. Once we grasp this, then many other things
automatically fall into place. Additionally, the true planetary center of
power sits not in New York, but in London....

That this should be so is understandable when one remembers that the


exercise of real power requires compliance with a set of rules and
conditions such as continuity spanning years and decades in order to
achieve far-reaching goals and complex strategies which will, in turn,
135
EUROCOMBATE

span the entire planet, its nations and resources. This requires long-term
planning: 20, 30 and 50 years ahead. These power elites well know that
there is no greater threat to political continuity and consistency in the
design and execution of such worldwide strategies, than to have them
subjected to the democratic process with imposes a high public profile on
its leaders who must heed the voice of the public at every step they take,
and the constant power interruptions which democratic electoral
processes entail.

How much better it is to operate discreetly, from what one could formally
describe as a mere gentlemens club like the CFR, of which powerful and
influential men and women can be officers, directors and chairmen for
decades at a time without ever having to render any explanation to
anybody but their own peers. In this manner, 3.600 powerful persons
can exert gigantic policital, economic, financial and media influence over
countless millions throughout our entire planet. It goes without saying
that the media impose political correctness which can only be expressed
through two major political parties - democrats and republicans in the
US, labour and conservative in the UK, CDU or SPD in Germany,
radicals and justicialists in Argentina - which are mere variations of the
same basic teners. In practice, stable Western democracies have all
conformed to what is in practice a one-party system with slightly
different internal factions.

What we are describing is in fact the central hub of a veritable network


of powerful men and women, considering that the CFR is in turn
supplemented by a myriad of similar institutions both inside and outside
of the United States. Among these we can mention a handful: The
Hudson Institute, The RAND Corporation , The Brookings Institution,
The Trilateral Commission , The World Economic Forum, Aspen
Institute, American Enterprise Institute, Deutsche Gesellschaft für
Auswärtigen Politik, and the Carnegie Endowment for International
Peace.

All of these think tanks bring together the most intelligent, best prepared,
creative and ambitous men and women in a wide range of fields and
136
EUROCOMBATE

disciplines. They are paid and rewarded very handsomely both


economically and socially, so long as they clearly and uncompromisingly
align themselves with the basic tenets of the CFRs political objectives.
These are nothing less than the creation of a private world
government, the sistematic erosion of the structures of all sovereign
Nation-states (though, naturally, not all of them in the same way, at the
same speed nor at the same time), the standardization of cultural
values and social norms, the spreading of the globalized financial
system on a speculative-usurary basis, and the management of a
global war system in order to maintain the necessary social cohesion
of its own masses through permanent coaxing and alignment against
real or imagined enemies of democracy, human rights, freedom and
peace.

Thus, in order to better understand the world, one needs to read and
assess what the CFR - or rather, its individual members - says and
propagates, as many of its activities are not secret but rather merely
discreet. Any person visiting their headquarters on fashionable Park
Avenue and 68th Street in New York City as the undersigned has done
many times in recent years, will be able to obtain a free copy of their
latest Annual Report which describes its main activities and the full list of
its 3.600 members. So the information is readily available for all who
wish to see it.

It is, however, up to us to then take the trouble of cross-checking all the


information regarding the CFRs members with what each really does in
their professional, corporate, academic and government activities. We
also need to look back on modern history and assess the exceptional
leverage which the CFR has had throughout the twentieth century both on
its own as well as in conjunction with its sister organizations, thus
triggering and influencing ideologies, public events, wars, formation of
alliances, political crimes, covert activities, mass psychological warfare,
economic and financial crises, promotion and destruction of political and
business personalities, and other high-impact events - many of them
clearly difficult to admit or confess -, which have all however marked the
course of humanity in our stormy modern times.
137
EUROCOMBATE

It would seem that we are all kept too occupied and fascinated as pasive
spectators of the whirlwind of events which take place every day in the
world so as to ensure that none of us ever thinks of looking elsewhere for
suitable explanations to todays grave crises, which would thus enable us
to identify not so much the effects and shocking results of many such
political decisions and covert actions which are taken, but rather their
real and concrete causes and sources.

In order for this gigantic mass psychological warfare - for that is what it
is all about - to succeed, the mass media play an essential and vital role
which cannot be sufficiently stressed. For they are the instruments whose
goal it is to undermine and neutralise the capacity of independent
thought among the worlds population. That is the role of the worlds
mass media like CNN, CBS, NBC, The New York Times, The Daily
Telegraph, Le Figaró, The Economist, The Wall Street Journal,
Corrieri della Sera, Le Monde, Washington Post, Time, Newsweek,
US News & World Report, Business Week, RTVE, all of which are
directed by key people belonging to the CFR and/or its sister
organizations in the US and elsewhere.

Implications for Argentina

Within this context, we can say that the local media in Argentina, our
educational and our mainstream politicians are all aligned to the
globalization process, and are set to achieving three key objectives:

1. To hide from public opinion how the world really works, knowing
that if we cannot properly understand and diagnose the origin of our
problems and weaknesses, we can hardly expect to find the proper
solutions to them. We are thus (mis)led into believing that we are at
peace, when in actual fact a veritable and violent total war is being waged
against Argentina since over half a century on the political, economic,
financial, media, educational, technological and environmental fronts. It
is primarily a psychological war.

138
EUROCOMBATE

2. To make us believe that we are in a difficult situation but that


things will improve so long as we reach yet another agreement with the
IMF, privatize even more state interests, reform our federal and
provincial governments to the World Banks liking, reform our labour and
social legislation so that international investors will smile on us, and do
our homework implementing IMF and World Bank recipes. The truth is
that to say we are in a difficult situation is an absurd understatement.
Argentina is in a terminal situation and if we do not awaken to this
reality in a few years more - a decade at most - we shall cease to exist as
a country altogether.

3. To make us believe that, whether we like it or not, there´s nothing


we can do to stop globalization. The truth is, however, that there are
myriads of hings that can be done to neutralise the adverse effects of
globalization. These basically imply recovering the Nation-state so
that it will comply with its basic and fundamental functions of:

- integrating internal ;conflicting social forces,

- foreseeing all possible thrreats and opportunities from without and


within, and

- leading the Nation on a pollitical course defending its national


interest.

These functions imply that there exists a sovereign Nation-state which


Argentina today no longer has. We have become a colony and we thus
must, as a first step, promote a true Second Declaration of
Independence in order to then found a Second Republic. The
implications and inspiration for our region and even further afield in the
world of such a revolutionary act would be truly momentous.
Additionally, one must bear in mind - and it is beyond the scope of this
brief article to go into further details -, that the global financial
infrastructure is on the brink of a controlled worldwide collapse which is
something that the CFR has been carefully planning for through their so-
called Financial Vulnerabilities Project and New International Financial
139
EUROCOMBATE

Architecture programmes. As we become aware of these realities, the


road which we need to tread becomes increasingly clear too and, in truth,
things then do not appear as complex as one would have thought. It is all
basically a question of thinking with our own minds and not with
that of our enemies; of starting to assess and defend our national
interests, which implies having our own view of world events, interests
and forces, and then defending them according to our needs, true
possibilities and idiosincracy. In actual fact, we need not reinvent the
wheel because the CFR itself gives us a blueprint model for successful
political, economic, financial and social planning and management for
national power. Why not learn from them? Why not form our own
network of think tanks bringing together a wide range of local,
regional and like-minded interests, players and thinkers from
different fields, putting them all to work on promoting the national
interests of Argentina and its neighbours, so as to recover
sovereignty and self-determination for our poeples in a consistent
and coherent manner, irrespective of what the world power players
may try to impose upon us? This would imply understanding what
globalization really is: an immensely large range of threats and
opportunities which we need to avoid and take advantage of, as the
case may be. On every subject having potential impact on us, we need to
begin to understand which are our relative strengths and weaknesses in
order to be able to successfully confront them, if not today then certainly
in the future. That requires proper planning. Medium and long-term
planning. That requires trying to be always one step ahead of the Enemy,
of achieving and keeping an edge and an advantage over coming events.

No doubt this would lead us to properly designing policies consistent


with our national interest, which in many instances will not coincide with
the interests of todays power brokers to which end we need to seek and
work closely with nations and organizations in Central and South
America, Africa, Asia, and Europe with a common goal of neutralising
the negative effects of global domination. In truth this would imply
creating a New Argentina. We have many of the necessary tools already
at hand; we have millions of countrymen ready to accept the challenge if
we but explain to them clearly and forcefully the odds which are at stake;
140
EUROCOMBATE

and millions more beyond our borders with whom we can work arm-in-
arm for a common Cause.

So it is a question of understanding that in politics there are two kinds


of people: those who are actors in the political arena and those who
merely look on. The Council on Foreign Relations is a key active actor
in the world political arena where they make their strength felt. Is it not
time that we start doing the same in our own country?

* * *

(1) Warburg belonged to a prestigious and powerful Jewish German


family of bankers, closely related to the Rothschilds and the Schiff s,
owners of New York-based banking house, Kühn Loeb & Co. of which
Paul Warburg was a partner. When the First World War ended, eloquent
circumstances found one Warburg - Paul - on the Allied side of the
negotiation table in Versailles, whilst another Warburg - his brother Max
- was on the side of the vanquished Germans. Jakob Schiff, Paul
Warburgs partner, had in turn financed the Japanese against the Russian
Tsar during the 1905 Russian-Japanese War.....
(2) Today Kennan is 98 years old and still writes for the CFR, an
eloquent symbol of his continued influence spanning more than half a
century among Real Power brokers in the CFR.
(3) Notably, W. Averell Harriman was a business partner of Prescott
Bush, republic senator from Connecticut, father of former president
George Herbert Walker Bush and grandfather of president George W.
Bush.
(4) CFR rules of conduct specifically ban its member from ever publicly
invoking the CFR in any way or manner.
(5) The reader will find detailed information in the author´s Spanish
language bookl El Cerebro del Mundo: la cara oculta de la
Globalización (Ediciones del Copista, Córdoba, Argentina, 1999, 404
pages.).
(6) Think tank closely linked to the US Air Force which, among other
things, created the Internet.
(7) Founded in 1973 by David Rockefeller and bringing together interests
141
EUROCOMBATE

of the power elites of the United States / Canada, Europe and Japan. Its
ideologue is Zbigniew Brzezinski, professor at Georgetown University
and Columbia University and former National Security Advisor to
president James Carter (also a CFR and Trilateral member as was the
case with most of his cabinet).
(8) Among these enemies of the free peoples of the world over the past
decades we can mention Fascism, German Nationalsocialism, the
Japanese, Communism, environmental contamination, terrorism, Saddam
Hussein, Slobodan Milosevic, Islamic fundamentalism, militarism, and
antisemitism, among many others.
(9) This might sound a bit strong and yet at the pace things are occuring
in the world, such a forecast may hold true for just about any country in
the world. Just think what everydoby would have thought only twelve
years ago - at the beginning of 1989 - if they had been told that only three
years later the following would take place: the fall of the Berlin Wall, the
reunification of Germany, the collapse of the USSR into fifteen
independent republics and their abandoning Marxism for Capitalism.
One would have thought such a person as being totally exagerated if not
downright stupid and yet.....that is exactly what occurred. It does make
one think...
(10) Elsewhere, the author of this article has written extensively on the
need to found a Second Argentine Republic.

[Buenos Aires, Argentina - February 2001 salbuchi@infovia.com.ar]

142
EUROCOMBATE

Organiser la riposte européenne au plan Brzezinski


Robert Steuckers

Le Plan Brzezinski est le noyau dur de la nouvelle stratégie américaine en


Eurasie. Elle vise à "contenir" l'Europe, centrée autour de son pivot
germanique, et la Russie, et à les tenir éloignées toutes deux de la
Méditerranée orientale, de Suez, du Golfe Persique et de l'Océan Indien.

Au cours de l'histoire, les Etats européens sont devenus des puissances


globales à partir du moment où elles ont fait sauter le verrou ottoman, en
contournant l'Afrique par le Sud et en débouchant dans l'Océan Indien. La
leçon à tirer de ces événements des 15ième et 16ième siècles, c'est que
l'Europe et la Russie ne peuvent être tenues en échec que par un verrou
ottoman, qui leur barre la route dans les Balkans et en Mer Noire.

Les Etats-Unis, qui craignent la constitution d'un bloc eurasiatique sous la


double impulsion de l'Allemagne et de la Russie, ont donc intérêt à
consolider leur allié turc, à morceler au maximum la péninsule
balkanique, à y éliminer toute puissance moyenne capable de la fédérer, à
y ré-installer des républiques musulmanes liées à la Turquie par fidélité
historique à l'ancien Empire ottoman, à réactiver les rêves pan-turquistes
en Asie centrale, pour arracher les républiques musulmanes ex-
soviétiques à l'influence de Moscou.

L'objectif final est de contrôler toutes les voies entre l'Europe, d'une part,
la Chine et l'Inde, d'autre part. L'actualité nous montre clairement que ces
objectifs sont en train de se réaliser sous nos yeux: diabolisation de
l'Autriche qui fut le fer de lance de la reconquista européenne dans les
Balkans, élimination de la Serbie comme entité fédératrice potentielle,
maintien de l'enclave musulmane de Sarajevo, consolidation et expansion
de la Grande Albanie, élimination du facteur kurde hostile à l'allié
principal des Etats-Unis (la Turquie), alliance stratégique entre Ankara et
Tel Aviv, troubles dans le Caucase que l'on tente d'arracher à l'orbite
russe, déstabilisation du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan par des
fondamentalistes islamiques financés par des bailleurs de fonds
143
EUROCOMBATE

saoudiens, soutien au Pakistan contre l'Inde.

L'objectif de notre colloque est de faire comprendre à notre public le


grand jeu qui se déroule aujourd'hui entre l'Adriatique et les frontières
chinoises et dont dépendra le sort de l'Europe et de sa civilisation dans le
siècle qui vient de commencer.
Les quarante ans qu'a duré la bipolarité imposée à Yalta nous ont fait
oublier que le destin historique de notre civilisation s'est toujours joué
dans le Sud-Est: quand la route de l'Inde et de la Perse était fermée aux
Européens, ceux-ci entraient dans une période de déclin; quand cette
route était ouverte, des potentialités énormes s'ouvraient à eux.

Refusant cet oubli obligatoire qui fonde les idéologies dominantes dans
les médias actuels, nous entendons redonner aux Européens une
conscience historique, leur rappeler où se joue véritablement leur destin
géopolitique, ce qui leur permettra, à terme, de s'opposer au Plan
Brzezinski.

Tel est l'objectif de ce colloque.

144
EUROCOMBATE

Les deux visages du mondialisme


Slobodan Despot

Faute de téléviseur, c'est par l'internet que j'ai suivi les événements de
Gênes. Je fixais longuement, stupéfait, les séquences vidéo, muettes et
quasi immobiles, qui défilaient péniblement dans une petite lucarne de
mon écran. Grâce à un modem lent, il me fallait méditer sur chaque
scène, extrapoler les détails, le bruit et la puanteur.

Voici quelques années, me rendant à Nice, j'avais traversé ce grand port


de la Méditerranée. Il m'a paru, alors déjà, qu'il renfermait toute la
malédiction visible et tangible du monde moderne. Des docks et des
grues disproportionnés sur une mer trouble écrasaient l'ancienne
métropole marchande, tandis que dans son dos s'enfonçaient des quartiers
miséreux ou industriels éparpillés sans ordre et sans tact sur son berceau
de collines. Une autoroute sinueuse, passée comme un lacet de chaussure
dans une enfilade de brefs tunnels, achevait d'étrangler ce paysage où
seuls 2 à 3 % des édifices portaient encore des traces de goût, d'élégance
et d'aspiration à la beauté. Et c'est justement ce résidu d'éclat mort, avec
l'harmonie de la nature qu'on devinait sous le béton, qui m'avait rempli de
frayeur, comme une belle tête atteinte d'elephantiasis.

C'était, en un mot, l'arène idéale pour cette nouvelle et très ancienne


forme de guerre: des luttes de gladiateurs dans les fumées de
lacrymogènes et de pneus incendiés. Le néo-primitivisme n'est pas qu'un
mouvement cinématographique ou musical. Le voici dans les rues. J'ai
appris que l'on a remis en service les antiques béliers, ceux-là mêmes qui,
au moyen âge, enfonçaient les portails des forts. A présent, ils enfoncent
des cordons de police. Au même moment, en Palestine, des bombes
humaines affolent et démoralisent l'un des états les plus armés du monde,
dont le feu nucléaire est impuissant devant ces enfants qui ont renoncé à
leur vie.

A Gènes s'est déchaîné un tourbillon malicieux échappant à tout contrôle


humain. D'autant plus imprévisible qu'il se compose de deux éléments
145
EUROCOMBATE

quasi identiques, mais aux signes magnétiques opposés. Les casseurs


cassent dans le seul but de casser. Le pouvoir les réprime dans le seul but
de se protéger lui-même. Tout ce qui déborde de son cordon sanitaire est
sacrifié. Comme, jadis, les masures des vilains hors les murs du château.
"Nous ne défendons pas l'ordre et le bien commun", disent les 20.000
policiers gênois, "mais uniquement la sécurité corporelle de quelques
huiles assemblées pour des palabres démagogiques et sans effet autour de
questions qu'elles auraient aussi bien pu régler par téléphone." Ceux qui
sont à l'intérieur du cordon et ceux qui sont dehors n'ont rien à se dire.
Aux exigences irréelles de l'extérieur répond l'optimisme irréel et cynique
des "insiders". Une offense de plus, et la baston peut continuer jusqu'à
l'épuisement. Le système justifiera de nouvelles taxes, de nouvelles
atteintes à la liberté par la lutte contre l'anarchie, et l'anarchie justifiera
par le surarmement du système sa démolition de celui-ci.

Gênes, c'est le Yin et le Yang du mondialisme. Une énergie noire et une


énergie blanche se pourchassant et se mordant, enlacées, forment un
cercle parfait. Et, de part et d'autre, le noyau (cerveau) arbore la couleur
du camp adverse...

Les Noirs: anarchistes, gauchistes, trotskistes, drogués, militants de toutes


les minorités à chantage, hippies attardés, écologistes, tiers-mondistes,
enfin un "marais" d'âmes douces sincèrement scandalisées par le monde
comme il ne va pas. Un vaste front relié par trois dénominateurs
communs: 1. Le rêve d'une fraternité humaine (voire animale, biologique)
universelle, 2. le refus d'une société différenciée par le mérite ou la
naissance, 3. le rejet de toute aspiration souverainiste - tels que le
protectionnisme en économie, l'Etat-nation en politique.

Les Blancs: dirigeants politiques des pays les plus riches. C.à.d. des gens
élus à leur poste en échange d'une obéissance inconditionnelle à l'égard
de l'argent et de l'industrie (et peut-être d'autres "lobbies" dont ce n'est
pas le lieu de parler ici). En réalité, des fantoches. Incarnations humaines
d'un tyran inhumain, abstrait et sans visage: l'économie. Et en même
temps, de par leur fonction, héritiers d'une civilisation séculaire du droit,
de la liberté individuelle, du travail et de la prospérité.
146
EUROCOMBATE

Les Blancs sont une énergie diurne: ils agissent par l'entremise de la loi,
de la police, de l'armée, des institutions publiques universellement
acceptées et financées par les impôts de chacun. Dans leur langage
irénique, il n'est question que de lutte contre les maladies, de progrès, de
croissance.

Les Noirs, énergie nocturne: leurs outils sont le désordre, la subversion,


l'incendie, le slogan, la désobéissance. Leur langage est apocalyptique et
menaçant.

Mais au coeur même de l'amibe blanche se trouve un noyau noir. Les


Blancs parlent jour, mais pensent nuit et créent la nuit. Leur croissance,
dans les faits, n'est que le chaos. Leur droit, médiatiquement incarné dans
un tribunal d'inquisition, le TPI de La Haye, n'est qu'une massue coiffée
d'une perruque. Leur prospérité se limite de plus en plus à une étroite
caste techno-économique, de même que la démocratie athénienne tant
vantée n'était que le privilège d'une minorité de citoyens libres.

De la même manière, la cellule noire a un cerveau blanc. On y conteste


l'ordre établi, on y fume des herbes, on porte sandales et baskets. On dort
dans un sac, on embrasse tout le monde. Des pavés fusent contre tous les
symboles de l'ordre, et derrière eux, des milliers de mémoires
universitaires, d'articles, de revues, de programmes politiques, tous
acharnés à montrer l'illégitimité du régime où nous sommes... Mais si l'on
se plonge dans ces manifestes, si l'on se rappelle les origines, l'évolution
et l'encadrement politique de ce mouvement, on voit bien que les
sandales, en fait, rêvent de devenir des bottes. Qu'on y rêve d'imposer la
LOI écolo-égalitaire de la fraternité obligatoire à l'oecumène tout entier.

Qu'on voudrait avoir la même "conscience" partout. Que chaque


groupement ethnique, sexuel, biologique, y est censé avoir la même
importance.

Or, comment impose-t-on des vues aussi généreuses à un monde


spontanément inique? L'histoire l'a montré: par la matraque, la police et la
botte. Il n'y a jamais eu d'autres méthodes. Et les "casseurs" d'aujourd'hui
147
EUROCOMBATE

qui vouent leur énergie à créer du néant sont les prétoriens du nouvel
ordre écologique de demain.

Parmi les Noirs, nul ne crie: "Lâchez-nous la grappe!" cri de ralliement


des réactionnaires et des nationalistes, prohibés dans ces saturnales. Non,
tous crient: "Changeons le monde!" - programme de base de toutes les
terreurs du XXe siècle. Or le chemin de la terreur est pavé d'idéalistes...

* * *

Voilà, c'est ainsi que, vendredi dernier, devant les visions de Gênes, j'ai
renoué avec l'horreur ressentie en 99 lors de l'agression contre la Serbie.
J'ai sentiportant que ces événements mêmes étaient déjà de l'histoire
ancienne. Que nous étions plongés dans un néant plus profond et que
l'empire de la violence arbitraire avait encore gagné du terrain. Que nous
allions vers la castagne générale sans but évident et sans coupables
humainement définissables. Vers un monde d'insectes sans tête.

148
EUROCOMBATE

Entretien avec Marc Eemans, le dernier des


surréalistes
de lécole dAndré Breton
propos recueillis par Koenraad Logghe et Robert Steuckers

Aujourd'hui âgé de 83 ans, Marc. Eemans affirme être le dernier des


surréalistes. Après lui, la page sera tournée. Le surréalisme sera
définitivement entré dans l'histoire. Qui est-il, ce dernier des surréalistes,
ce peintre de la génération des Magritte, Delvaux et Dali, aujourd'hui
ostracisé? Quel a été son impact littéraire? Quelle influence Julius Evola
a-t-il exercé sur lui? Ce "vilain petit canard" du mouvement surréaliste
jette un regard très critique sur ses compères morts. Ceux-ci lui avaient
cherché misère pour son passé "collaborationniste". Récemment, Ivan
Heylen, du journal Panorama (22/28.8.1989), l'a interviewé longuement,
agrémentant son article d'un superbe cliché tout en mettant l'accent sur
l'hétérosexualité tumultueuse de Marc. Eemans et de ses émules
surréalistes. Nous prenons le relais mais sans oublier de l'interroger sur
les artistes qu'il a connus, sur les grands courants artistiques qu'il a
côtoyés, sur les dessous de sa "collaboration"...

Q.: La période qui s'étend du jour de votre naissance à l'émergence


de votre première toile a été très importante. Comment la décririez-
vous?

ME: Je suis né en 1907 à Termonde (Dendermonde). Mon père aimait les


arts et plusieurs de ses amis étaient peintres. A l'âge de huit ans, j'ai
appris à connaître un parent éloigné, sculpteur et activiste (1): Emiel De
Bisschop. Cet homme n'a jamais rien réussi dans la vie mais il n'en a pas
moins revêtu une grande signification pour moi. C'est grâce à Emiel De
Bisschop que j'entrai pour la première fois en contact avec des écrivains
et des artistes.

Q.: D'où vous est venue l'envie de dessiner et de peindre?

149
EUROCOMBATE

ME: J'ai toujours suivi de très près l'activité des artistes. Immédiatement
après la première guerre mondiale, j'ai connu le peintre et baron Frans
Courtens. Puis je rendai un jour visite au peintre Eugène Laermans.
Ensuite encore une quantité d'autres, dont un véritable ami de mon père,
un illustre inconnu, Eugène van Mierloo. A sa mort, j'ai appris qu'il avait
pris part à la première expédition au Pôle Sud comme reporter-
dessinateur. Pendant la première guerre mondiale, j'ai visité une
exposition de peintres qui jouissent aujourd'hui d'une notoriété certaine:
Felix Deboeck, Victor Servranckx, Jozef Peeters. Aucun d'entre eux
n'était alors abstrait. Ce ne fut que quelques années plus tard que nous
connûmes le grand boom de la peinture abstraite dans l'art moderne.
Lorsque Servranckx organisa une exposition personnelle, j'entrai en
contact avec lui et, depuis lors, il m'a considéré comme son premier
disciple. J'avais environ quinze ans lorsque je me mis à peindre des toiles
abstraites. A seize ans, je collaborais à une feuille d'avant-garde intitulée
Sept Arts. Parmi les autres collaborateurs, il y avait le poète Pierre
Bourgeois, le poète, peintre et dessinateur Pierre-Louis Flouquet,
l'architecte Victor Bourgeois et mon futur beau-frère Paul Werrie (2).
Mais l'abstrait ne m'attira pas longtemps. Pour moi, c'était trop facile.
Comme je l'ai dit un jour, c'est une aberration matérialiste d'un monde en
pleine décadence... C'est alors qu'un ancien acteur entra dans ma vie:
Geert van Bruaene.

Je l'avais déjà rencontré auparavant et il avait laissé des traces profondes


dans mon imagination: il y tenait le rôle du zwansbaron, du "Baron-
Vadrouille". Mais quand je le revis à l'âge de quinze ans, il était devenu
le directeur d'une petite galerie d'art, le "Cabinet Maldoror", où tous les
avant-gardistes se réunissaient et où furent exposés les premiers
expressionnistes allemands. C'est par l'intermédiaire de van Bruaene que
je connus Paul van Ostaijen (3). Geert van Bruaene méditait Les Chants
de Maldoror du soi-disant Comte de Lautréamont, l'un des principaux
précurseurs du surréalisme. C'est ainsi que je devins surréaliste sans le
savoir. Grâce, en fait, à van Bruaene. Je suis passé de l'art abstrait au
Surréalisme lorsque mes images abstraites finirent par s'amalgamer à des
objets figuratifs. A cette époque, j'étais encore communiste...

150
EUROCOMBATE

Q.: A l'époque, effectivement, il semble que l'intelligentsia et les


artistes appartenaient à la gauche? Vous avez d'ailleurs peint une
toile superbe représentant Lénine et vous l'avez intitulée "Hommage
au Père de la Révolution"...

ME: Voyez-vous, c'est un phénomène qui s'était déjà produit à l'époque


de la Révolution Française. Les jeunes intellectuels, tant en France qu'en
Allemagne, étaient tous partisans de la Révolution Française. Mais au fur
et à mesure que celle-ci évolua ou involua, que la terreur prit le dessus,
etc., ils ont retiré leurs épingles du jeu. Et puis Napoléon est arrivé. Alors
tout l'enthousiasme s'est évanoui. Ce fut le cas de Goethe, Schelling,
Hegel, Hölderlin... Et n'oublions également pas le Beethoven de la
Sinfonia Eroica, inspirée par la Révolution française et primitivement
dédiée à Napoléon, avant que celui-ci ne devient empereur. Le même
phénomène a pu s'observer avec la révolution russe. On croyait que des
miracles allaient se produire. Mais il n'y en eut point. Par la suite, il y eut
l'opposition de Trotski qui croyait que la révolution ne faisait que
commencer. Pour lui, il fallait donc aller plus loin!

Q.: N'est-ce pas là la nature révolutionnaire ou non-conformiste qui


gît au tréfonds de tout artiste?

ME: J'ai toujours été un non-conformiste. Même sous le nazisme. Bien


avant la dernière guerre, j'ai admiré le "Front Noir" d'Otto Strasser. Ce
dernier était anti-hitlérien parce qu'il pensait que Hitler avait trahi la
révolution. J'ai toujours été dans l'opposition. Je suis sûr que si les
Allemands avaient emporté la partie, que, moi aussi, je m'en serais aller
moisir dans un camp de concentration. Au fond, comme disait mon ami
Mesens, nous, surréalistes, ne sommes que des anarchistes sentimentaux.

Q.: Outre votre peinture, vous êtes aussi un homme remarquable


quant à la grande diversité de ses lectures. Il suffit d'énumérer les
auteurs qui ont exercé leur influence sur votre oeuvre...

ME: Je me suis toujours intéressé à la littérature. A l'athenée (4) à


Bruxelles, j'avais un curieux professeur, un certain Maurits Brants (5),
151
EUROCOMBATE

auteur, notamment, d'une anthologie pour les écoles, intitulée Dicht en


Proza. Dans sa classe, il avait accroché au mur des illustrations
représentant les héros de la Chanson des Nibelungen. De plus, mon frère
aîné était wagnérien. C'est sous cette double influence que je découvris
les mythes germaniques. Ces images de la vieille Germanie sont restées
gravées dans ma mémoire et ce sont elles qui m'ont distingué plus tard
des autres surréalistes. Ils ne connaissaient rien de tout cela. André
Breton était surréaliste depuis dix ans quand il entendit parler pour la
première fois des romantiques allemands, grâce à une jeune amie
alsacienne. Celle-ci prétendait qu'il y avait déjà eu des "surréalistes" au
début du XIXième siècle. Novalis, notamment. Moi, j'avais découvert
Novalis par une traduction de Maeterlinck que m'avait refilée un ami
quand j'avais dix-sept ans. Cet ami était le cher René Baert, un poète
admirable qui fut assassiné par la "Résistance" en Allemagne, peu avant
la capitulation de celle-ci, en 1945. Je fis sa connaissance dans un petit
cabaret artistique bruxellois appelé Le Diable au corps. Depuis nous
sommes devenus inséparables aussi bien en poésie qu'en politique, disons
plutôt en "métapolitique" car la Realpolitik n'a jamais été notre fait. Notre
évolution du communisme au national-socialisme relève en effet d'un
certain romantisme en lequel l'exaltation des mythes éternels et de la
tradition primordiale, celle de René Guénon et de Julius Evola, a joué un
rôle primordial. Disons que cela va du Georges Sorel du Mythe de la
Révolution et des Réflexions sur la violence à l'Alfred Rosenberg du
Mythe du XXième siècle, en passant par La Révolte contre le monde
moderne de Julius Evola. Le seul livre que je pourrais appeler
métapolitique de René Baert s'intitule L'épreuve du feu (Ed. de la Roue
Solaire, Bruxelles, 1944) (6). Pour le reste, il est l'auteur de recueils de
poèmes et d'essais sur la poésie et la peinture. Un penseur et un poète à
redécouvrir. Et puis, pour revenir à mes lectures initiales, celles de ma
jeunesse, je ne peux oublier le grand Louis Couperus (7), le symboliste à
qui nous devons les merveilleux Psyche, Fidessa et Extase.

Q.: Couperus a-t-il exercé une forte influence sur vous?

ME: Surtout pour ce qui concerne la langue. Ma langue est d'ailleurs


toujours marquée par Couperus. En tant que Bruxellois, le néerlandais
152
EUROCOMBATE

officiel m'a toujours semblé quelque peu artificiel. Mais cette langue est
celle à laquelle je voue tout mon amour... Un autre auteur dont je devins
l'ami fut le poète expressionniste flamand Paul van Ostaijen. Je fis sa
connaissance par l'entremise de Geert van Bruaene. Je devais alors avoir
dix-huit ans. Lors d'une conférence que van Ostaijen fit en français à
Bruxelles, l'orateur, mon nouvel ami qui devait mourir quelques années
plus tard à peine âgé de trente-deux ans, fixa définitivement mon
attention sur le rapport qu'il pouvait y avoir entre la poésie et la mystique,
tout comme il me parla également d'un mysticisme sans Dieu, thèse ou
plutôt thème en lequel il rejoignait et Nietzsche et André Breton, le "pape
du Surréalisme" qui venait alors de publier son Manifeste du Surréalisme.

Q.: Dans votre oeuvre, mystique, mythes et surréalisme ne peuvent


être séparés?

ME: Non, je suis en quelque sorte un surréaliste mythique et, en cela, je


suis peut-être le surréaliste le plus proche d'André Breton. J'ai toujours
été opposé au surréalisme petit-bourgeois d'un Magritte, ce monsieur
tranquille qui promenait son petit chien, coiffé de son chapeau melon...

Q.: Pourtant, au début, vous étiez amis. Comment la rupture est-elle


survenue?

ME: En 1930. Un de nos amis surréalistes, Camille Goemans, fils du


Secrétaire perpétuel de la Koninklijke Vlaamse Academie voor Taal en
Letterkunde ( = Académie Royale Flamande de Langue et de
Littérature), possédait une galerie d'art à Paris. Il fit faillite. Mais à ce
moment, il avait un contrat avec Magritte, Dali et moi. Après cet échec,
Dali a trouvé sa voie grâce à Gala, qui, entre nous soit dit, devait être une
vraie mégère. Magritte, lui, revint à Bruxelles et devint un miséreux. Tout
le monde disait: "Ce salaud de Goemans! C'est à cause de lui que
Magritte est dans la misère". C'est un jugement que je n'admis pas. C'est
le côté "sordide" du Surréalisme belge. Goemans, devenu pauvre comme
Job par sa faillite, fut rejeté par ses amis surréalistes, mais il rentra en
grâce auprès d'eux lorsqu'il fut redevenu riche quelque dix ans plus tard
grâce à sa femme, une Juive de Russie, qui fit du "marché noir" avec
153
EUROCOMBATE

l'occupant durant les années 1940-44. Après la faillite parisienne,


Goemans et moi avons fait équipe. C'est alors que parut le deuxième
manifeste surréaliste, où Breton écrivit, entre autres choses, que le
Surréalisme doit être occulté, c'est-à-dire s'abstenir de tous compromis et
de tout particularisme intellectuel. Nous avons pris cette injonction à la
lettre. Nous avions déjà tous deux reçu l'influence des mythes et de la
mystique germaniques. Nous avons fondé, avec l'ami Baert, une revue,
Hermès, consacrée à l'étude comparative du mysticisme, de la poésie et
de la philosophie. Ce fut surtout un grand succès moral. A un moment,
nous avions, au sein de notre rédaction, l'auteur du livre Rimbaud le
voyant, André Rolland de Renéville. Il y avait aussi un philosophe
allemand anti-nazi, qui avait émigré à Paris et était devenu lecteur de
littérature allemande chez Gallimard: Bernard Groethuysen. Par son
intermédiaire, nous nous sommes assurés la collaboration d'autres
auteurs. Il nous envoyait même des textes de grands philosophes encore
peu connus à l'époque: Heidegger, Jaspers et quelques autres. Nous avons
donc été parmi les premiers à publier en langue française des textes de
Heidegger, y compris des fragments de Sein und Zeit.

Parmi nos collaborateurs, nous avions l'un des premiers traducteurs de


Heidegger: Henry Corbin (1903-1978) qui devint par la suite l'un des plus
brillants iranologues d'Europe. Quant à notre secrétaire de rédaction,
c'était le futur célèbre poète et peintre Henri Michaux. Sa présence parmi
nous était due au hasard. Goemans était l'un de ses vieux amis: il avait été
son condisciple au Collège St. Jan Berchmans. Il était dans le besoin. La
protectrice de Groethuysen, veuve d'un des grands patrons de l'Arbed, le
consortium de l'acier, nous fit une proposition: si nous engagions
Michaux comme secrétaire de rédaction, elle paierait son salaire mensuel,
plus les factures de la revue. C'était une solution idéale. C'est ainsi que je
peux dire aujourd'hui que le célébrissime Henri Michaux a été mon
employé...

Q.: Donc, grâce à Groethuysen, vous avez pris connaissance de


l'oeuvre de Heidegger...

ME: Eh oui. A cette époque, il commençait à devenir célèbre. En


154
EUROCOMBATE

français, c'est Gallimard qui publia d'abord quelques fragments de Sein


und Zeit. Personnellement, je n'ai jamais eu de contacts avec lui. Après la
guerre, je lui ai écrit pour demander quelques petites choses. J'avais lu un
interview de lui où il disait que Sartre n'était pas un philosophe mais que
Georges Bataille, lui, en était un. Je lui demandai quelques explications à
ce sujet et lui rappelai que j'avais été l'un des premiers éditeurs en langue
française de ses oeuvres. Pour toute réponse, il m'envoya une petite carte
avec son portrait et ces deux mots: "Herzlichen Dank!" (Cordial merci!).
Ce fut la seule réponse de Heidegger...

Q.: Vous auriez travaillé pour l'Ahnenerbe. Comment en êtes-vous


arrivé là?

ME: Avant la guerre, je m'étais lié d'amitié avec Juliaan Bernaerts, mieux
connu dans le monde littéraire sous le nom de Henri Fagne. Il avait
épousé une Allemande et possédait une librairie internationale dans la
Rue Royale à Bruxelles. Je suppose que cette affaire était une librairie de
propagande camouflée pour les services de Goebbels ou de Rosenberg.
Un jour, Bernaerts me proposa de collaborer à une nouvelle maison
d'édition. Comme j'étais sans travail, j'ai accepté. C'était les éditions
flamandes de l'Ahnenerbe. Nous avons ainsi édité une vingtaine de livres
et nous avions des plans grandioses. Nous sortions également un
mensuel, Hamer, lequel concevait les Pays-Bas et la Flandre comme une
unité.

Q.: Et vous avez écrit dans cette publication?

ME: Oui. J'ai toujours été amoureux de la Hollande et, à cette époque-là,
il y avait comme un mur de la honte entre la Flandre et la Hollande. Pour
un Thiois comme moi, il existe d'ailleurs toujours deux murs séculaires
de la honte: au Nord avec les Pays-Bas; au Sud avec la France, car la
frontière naturelle des XVII Provinces historiques s'étendait au XVIième
siècle jusqu'à la Somme. La première capitale de la Flandre a été la ville
d'Arras (Atrecht). Grâce à Hamer, j'ai pu franchir ce mur. Je devins
l'émissaire qui se rendait régulièrement à Amsterdam avec les articles qui
devaient paraître dans Hamer. Le rédacteur-en-chef de Hamer-Pays-Bas
155
EUROCOMBATE

cultivait lui aussi des idées grand-néerlandaises. Celles-ci


transparaissaient clairement dans une autre revue Groot-Nederland, dont
il était également le directeur. Comme elle a continué à paraître pendant
la guerre, j'y ai écrit des articles. C'est ainsi qu'Urbain van de Voorde (8)
a participé également à la construction de la Grande-Néerlande. Il est
d'ailleurs l'auteur d'un essai d'histoire de l'art néerlandais, considérant l'art
flamand et néerlandais comme un grand tout. Je possède toujours en
manuscrit une traduction de ce livre, paru en langue néerlandaise en
1944.

Mais, en fin de compte, j'étais un dissident au sein du national-


socialisme! Vous connaissez la thèse qui voulait que se constitue un
Grand Reich allemand dans lequel la Flandre ne serait qu'un Gau parmi
d'autres. Moi, je me suis dit: "Je veux bien, mais il faut travailler selon
des principes organiques. D'abord il faut que la Flandre et les Pays-Bas
fusionnent et, de cette façon seulement, nous pourrions participer au
Reich, en tant qu'entité grande-néerlandaise indivisible". Et pour nous, la
Grande-Néerlande s'étendait jusqu'à la Somme! Il me faut rappeler ici
l'existence pendant l'Occupation, d'une "résistance thioise" non reconnue
comme telle à la "Libération". J'en fis partie avec nombre d'amis
flamands et hollandais, dont le poète flamand Wies Moens pouvait être
considéré comme le chef de file. Tous devinrent finalement victimes de la
"Répression".

Q.: Est-ce là l'influence de Joris van Severen?

ME: Non, Van Severen était en fait un fransquillon, un esprit totalement


marqué par les modes de Paris. Il avait reçu une éducation en français et,
au front, pendant la première guerre mondiale, il était devenu
"frontiste" (9). Lorsqu'il créa le Verdinaso, il jetta un oeil au-delà des
frontières de la petite Belgique, en direction de la France. Il revendiqua
l'annexion de la Flandre française. Mais à un moment ou à un autre, une
loi devait être votée qui aurait pu lui valoir des poursuites. C'est alors
qu'il a propagé l'idée d'une nouvelle direction de son mouvement (la
fameuse "nieuwe marsrichting"). Il est redevenu "petit-belge". Et il a
perdu le soutien du poète Wies Moens (10), qui créa alors un mouvement
156
EUROCOMBATE

dissident qui se cristallisa autour de sa revue Dietbrand dont je devins un


fidèle collaborateur.

Q.: Vous avez collaboré à une quantité de publications, y compris


pendant la seconde guerre mondiale. Vous n'avez pas récolté que des
félicitations. Dans quelle mesure la répression vous a-t-elle marqué?

ME: En ce qui me concerne, la répression n'est pas encore finie! J'ai


"collaboré" pour gagner ma croûte. Il fallait bien que je vive de ma
plume. Je ne me suis jamais occupé de politique. Seule la culture
m'intéressait, une culture assise sur les traditions indo-européennes. De
plus, en tant qu'idéaliste grand-néerlandais, je demeurai en marge des
idéaux grand-allemands du national-socialisme. En tant qu'artiste
surréaliste, mon art était considéré comme "dégénéré" par les instances
officielles du IIIième Reich. Grâce à quelques critiques d'art, nous avons
toutefois pu faire croire aux Allemands qu'il n'y avait pas d'"art dégénéré"
en Belgique. Notre art devait être analysé comme un prolongement du
romantisme allemand (Hölderlin, Novalis,...), du mouvement symboliste
(Böcklin, Moreau, Khnopff,...) et des Pré-Raphaëlites anglais. Pour les
instances allemandes, les expressionnistes flamands étaient des
Heimatkünstler (des peintres du terroir). Tous, y compris James Ensor,
mais excepté Fritz Van der Berghe, considéré comme trop "surréaliste"
en sa dernière période, ont d'ailleurs participé à des expositions en
Allemagne nationale-socialiste.

Mais après la guerre, j'ai tout de même purgé près de quatre ans de
prison. En octobre 1944, je fus arrêté et, au bout de six ou sept mois,
remis en liberté provisoire, avec la promesse que tout cela resterait "sans
suite". Entretemps, un auditeur militaire (11) cherchait comme un vautour
à avoir son procès-spectacle. Les grands procès de journalistes avaient
déjà eu lieu: ceux du Soir, du Nouveau Journal, de Het Laatste Nieuws,...
Coûte que coûte, notre auditeur voulait son procès. Et il découvrit qu'il
n'y avait pas encore eu de procès du Pays réel (le journal de Degrelle).
Les grands patrons du Pays réel avaient déjà été condamnés voire fusillés
(comme Victor Matthijs, le chef de Rex par interim et rédacteur-en-chef
du journal). L'auditeur eut donc son procès, mais avec, dans le box des
157
EUROCOMBATE

accusés, des seconds couteaux, des lampistes. Moi, j'étais le premier des
troisièmes couteaux, des super-lampistes. Je fus arrêté une seconde fois,
puis condamné. Je restai encore plus ou moins trois ans en prison. Plus
moyen d'en sortir! Malgré l'intervention en ma faveur de personnages de
grand format, dont mon ami français Jean Paulhan, ancien résistant et
futur membre de l'Académie Française, et le Prix Nobel anglais T.S.
Eliot, qui écrivit noir sur blanc, en 1948, que mon cas n'aurait dû exiger
aucune poursuite. Tout cela ne servit à rien. La lettre d'Eliot, qui doit se
trouver dans les archives de l'Auditorat militaire, mériterait d'être publiée,
car elle condamne en bloc la répression sauvage des intellectuels qui
n'avaient pas "brisé leur plume", cela pour autant qu'ils n'aient pas
commis des "crimes de haute trahison". Eliot fut d'ailleurs un des grands
défenseurs de son ami le poète Ezra Pound, victime de la justice
répressive américaine.

Quand j'expose, parfois, on m'attaque encore de façon tout à fait injuste.


Ainsi, récemment, j'ai participé à une exposition à Lausanne sur la femme
dans le Surréalisme. Le jour de l'ouverture, des surréalistes de gauche
distribuèrent des tracts qui expliquaient au bon peuple que j'étais un
sinistre copain d'Eichmann et de Barbie! Jamais vu une abjection
pareille...

Q.: Après la guerre, vous avez participé aux travaux d'un groupe
portant le nom étrange de "Fantasmagie"? On y rencontrait des
figures comme Aubin Pasque, Pol Le Roy et Serge Hutin...

ME: Oui. Le Roy et Van Wassenhove avaient été tous deux condamnés à
mort (12). Après la guerre, en dehors de l'abstrait, il n'y avait pas de salut.
A Anvers règnait la Hessenhuis: dans les années 50, c'était le lieu le plus
avant-gardiste d'Europe. Pasque et moi avions donc décidé de nous
associer et de recréer quelque chose d'"anti". Nous avons lancé
"Fantasmagie". A l'origine, nous n'avions pas appelé notre groupe ainsi.
C'était le centre pour je ne sais plus quoi. Mais c'était l'époque où Paul de
Vree possédait une revue, Tafelronde. Il n'était pas encore ultra-
moderniste et n'apprit que plus tard l'existence de feu Paul van Ostaijen.
Jusqu'à ce moment-là, il était resté un brave petit poète. Bien sûr, il avait
158
EUROCOMBATE

un peu collaboré... Je crois qu'il avait travaillé pour De Vlag (13). Pour
promouvoir notre groupe, il promit de nous consacrer un numéro spécial
de Tafelronde. Un jour, il m'écrivit une lettre où se trouvait cette
question: "Qu'en est-il de votre "Fantasmagie"?". Il venait de trouver le
mot. Nous l'avons gardé.

Q.: Quel était l'objectif de "Fantasmagie"?

ME: Nous voulions instituer un art pictural fantastique et magique. Plus


tard, nous avons attiré des écrivains et des poètes, dont Michel de
Ghelderode, Jean Ray, Thomas Owen, etc. Mais chose plus importante
pour moi est la création en 1982, à l'occasion de mes soixante-quinze ans,
par un petit groupe d'amis, d'une Fondation Marc. Eemans dont l'objet
est l'étude de l'art et de la littérature idéalistes et symbolistes. D'une
activité plus discrète, mais infiniment plus sérieuse et scientifique, que la
"Fantasmagie", cette Fondation a créé des archives concernant l'art et la
littérature (accessoirement également la musique) de tout ce qui touche
au symbole et au mythe, non seulement en Belgique mais en Europe voire
ailleurs dans le monde, le tout dans le sens de la Tradition primordiale.

Q.: Vous avez aussi fondé le Centrum Studi Evoliani, dont vous êtes
toujours le Président...

ME: Oui. Pour ce qui concerne la philosophie, j'ai surtout été influencé
par Nietzsche, Heidegger et Julius Evola. Surtout les deux derniers. Un
Gantois, Jef Vercauteren, était entré en contact avec Renato Del Ponte, un
ami de Julius Evola. Vercauteren cherchait des gens qui s'intéressaient
aux idées de Julius Evola et étaient disposés à former un cercle. Il
s'adressa au Professeur Piet Tommissen, qui lui communiqua mon
adresse. J'ai lu tous les ouvrages d'Evola. Je voulais tout savoir à son
sujet. Quand je me suis rendu à Rome, j'ai visité son appartement. J'ai
discuté avec ses disciples. Ils s'étaient disputés avec les gens du groupe
de Del Ponte. Celui-ci prétendait qu'ils avaient été veules et mesquins lors
du décès d'Evola. Lui, Del Ponte, avait eu le courage de transporter l'urne
contenant les cendres funéraires d'Evola au sommet du Mont Rose à 4000
m et de l'enfouir dans les neiges éternelles. Mon cercle, hélas, n'a plus
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d'activités pour l'instant et cela faute de personnes réellement intéressées.

En effet, il faut avouer que la pensée et les théories de Julius Evola ne


sont pas à la portée du premier militant de droite, disons d'extrême-droite,
venu. Pour y accéder, il faut avoir une base philosophique sérieuse.
Certes, il y a eu des farfelus férus d'occultisme qui ont cru qu'Evola
parlait de sciences occultes, parce qu'il est considéré comme un
philosophe traditionaliste de droite. Il suffit de lire son livre Masques et
visages du spiritualisme contemporain pour se rendre compte à quel point
Evola est hostile, tout comme son maître René Guénon, à tout ce qui peut
être considéré comme théosophie, anthroposophie, spiritisme et que sais-
je encore.

L'ouvrage de base est son livre intitulé Révolte contre le monde moderne
qui dénonce toutes les tares de la société matérialiste qui est la nôtre et
dont le culte de la démocratie (de gauche bien entendu) est l'expression la
plus caractérisée. Je ne vous résumerai pas la matière de ce livre dense de
quelque 500 pages dans sa traduction française. C'est une véritable
philosophie de l'histoire, vue du point de vue de la Tradition, c'est-à-dire
selon la doctrine des quatre âges et sous l'angle des théories indo-
européennes. En tant que "Gibelin", Evola prônait le retour au mythe de
l'Empire, dont le IIIième Reich de Hitler n'était en somme qu'une
caricature plébéienne, aussi fut-il particulièrement sévère dans son
jugement tant sur le fascisme italien que sur le national-socialisme
allemand, car ils étaient, pour lui, des émanations typiques du "quatrième
âge" ou Kali-Youga, l'âge obscur, l'âge du Loup, au même titre que le
christianisme ou le communisme. Evola rêvait de la restauration d'un
monde "héroïco-ouranien occidental", d'un monde élitaire anti-
démocratique dont le "règne de la masse", de la "société de
consommation" aurait été éliminé. Bref, toute une grandiose histoire
philosophique du monde dont le grand héros était l'Empereur Frédéric II
de Hohenstaufen (1194-1250), un véritable héros mythique...

Q.: Vous avez commencé votre carrière en même temps que


Magritte. Au début, vos oeuvres étaient même mieux cotées que les
siennes...
160
EUROCOMBATE

ME: Oui et pourtant j'étais encore un jeune galopin. Magritte s'est


converti au Surréalisme après avoir peint quelque temps en styles
futuriste, puis cubiste, etc. A cette époque, il avait vingt-sept ans. Je n'en
avais que dix-huit. Cela fait neuf ans de différence. J'avais plus de patte.
C'était la raison qui le poussait à me houspiller hors du groupe. Parfois,
lorsque nous étions encore amis, il me demandait: "Dis-moi, comment
pourrais-je faire ceci...?". Et je répondais: "Eh bien Magritte, mon vieux,
fais comme cela ou comme cela...". Ultérieurement, j'ai pu dire avec
humour que j'avais été le maître de Magritte! Pendant l'Occupation, j'ai
pu le faire dispenser du Service Obligatoire, mais il ne m'en a pas su gré.
Bien au contraire!

Q.: Comment se fait-il qu'actuellement vous ne bénéficiez pas de la


même réputation internationale que Magritte?

ME: Voyez-vous, lui et moi sommes devenus surréalistes en même


temps. J'ai été célèbre lorsque j'avais vingt ans. Vous constaterez la
véracité des mes affirmations en consultant la revue Variétés, revue para-
surréaliste des années 1927-28, où vous trouverez des publicités pour la
galerie d'art L'Epoque, dont Mesens était le directeur. Vous pouviez y
lire: nous avons toujours en réserve des oeuvres de... Suivait une liste de
tous les grands noms de l'époque, dont le mien. Et puis il y a eu le
formidable krach de Wall Street en 1929: l'art moderne ne valait plus rien
du jour au lendemain. Je suis tombé dans l'oubli. Aujourd'hui, mon art est
apprécié par les uns, boudé par d'autres. C'est une question de goût
personnel. N'oubliez pas non plus que je suis un "épuré", un "incivique",
un "mauvais Belge", même si j'ai été "réhabilité" depuis... J'ai même été
décoré, il y a quelques années, de l'"Ordre de la Couronne"... et de la
Svastika, ajoutent mes ennemis! Bref, pas de place pour un "surréaliste
pas comme les autres". Certaines gens prétendent qu'"on me craint", alors
que je crois plutôt que j'ai tout à craindre de ceux qui veulent me réduire
au rôle peu enviable d'"artiste maudit". Mais comme on ne peut
m'ignorer, certains spéculent déjà sur ma mort!

Notes
161
EUROCOMBATE

(1) L'activisme est le mouvement collaborateur en Flandre pen-dant la


première guerre mondiale. A ce propos, lire Maurits Van Haegendoren,
Het aktivisme op de kentering der tijden, Uitgeve-rij De Nederlanden,
Antwerpen, 1984.
(2) Paul Werrie était collaborateur du Nouveau Journal, fondé par le
critique d'art Paul Colin avant la guerre. Paul Werrie y te-nait la rubrique
"théâtre". A la radio, il ani-mait quelques émis-sions sportives. Ces
activités non poli-tiques lui valurent toute-fois une condamnation à mort
par contumace, tant la justice mi-litaire était sereine... Il vé-cut dix-huit
ans d'exil en Espagne. Il se fixa ensuite à Marly-le-Roi, près de Paris, où
résidait son compagnon d'infortume et vieil ami, Robert Poulet. Tous
deux participèrent activement à la rédaction de Rivarol et des Ecrits de
Paris.
(3) Paul André van Ostaijen (1896-1928), jeune poète et es-sayiste
flamand, né à Anvers, lié à l'aventure activiste, émigré politique à Berlin
entre 1918-1920. Fonde la revue Avontuur, ouvre une galerie à Bruxelles
mais miné par la tuberculose, abandonne et se consacre à l'écriture dans
un sanatorium. Inspiré par Hugo von Hoffmannsthal et par les débuts de
l'expres-sionnisme allemand, il développe un nationalisme fla-mand à
dimensions universelles, tablant sur les grandes idées d'humanité et de
fraternité. Se tourne ensuite vers le dadaïsme et le lyrisme exprérimental,
la poésie pure. Exerce une grande influence sur sa génération.
(4) L'Athenée est l'équivalent belge du lycée en France ou du Gymnasium
en Allemagne.
(5) Maurits Brants a notamment rédigé un ouvrage sur les héros de la
littérature germanique des origines: Germaansche Helden-leer, A. Siffer,
Gent, 1902.
(6) Dans son ouvrage L'épreuve du feu. A la recherche d'une éthique,
René Baert évoque notamment les oeuvres de Keyser-ling, Abel
Bonnard, Drieu la Rochelle, Montherlant, Nietzsche, Ernst Jünger, etc.
(7) Louis Marie Anne Couperus (1863-1923), écrivain symbo-liste
néerlandais, grand voyageur, conteur naturaliste et psycho-logisant qui
met en scène des personnages décadents, sans vo-lonté et sans force, dans
des contextes contemporains ou an-tiques. Prose maniérée. Couperus a
écrit quatre types de romans: 1) Des romans familiaux contemporains
162
EUROCOMBATE

dans la société de La Haye; 2) des romans fantastiques et symboliques


puisés dans les mythes et légendes d'Orient; 3) des romans mettant en
scène des tyrans antiques; 4) des nouvelles, des esquisses et des récits de
voyage.
(8) Pendant la guerre, Urbain van de Voorde participe à la rédac-tion de
la revue hollando-flamande Groot-Nederland. A l'épu-ration, il échappe
aux tribunaux mais, comme Michel de Ghel-de-rode, est révoqué en tant
que fonctionnaire. Après ces tra-cas, il participe dès le début à la
rédaction du Nieuwe Standaard qui reprend rapidement son titre De
Standaard, et devient princi-pal quo-tidien flamand.
(9) Dans les années 20, le frontisme est le mouvement politique des
soldats revenus du front et rassemblés dans le Frontpartij. Ce mouvement
s'oppose aux politiques militaires de la Belgique, notamment à son
alliance tacite avec la France, jugée ennemie héréditaire du peuple
flamand, lequel n'a pas à verser une seule goutte de son sang pour elle. Il
s'engage pour une neutralité absolue, pour la flamandisation de
l'Université de Gand, etc.
(10) Le poète Wies Moens (1898-1982), activiste pendant la première
guerre mondiale et étudiant à l'Université flamandisée de Gand entre
1916 et 1918, purgera quatre années de prison entre 1918 et 1922 dans les
geôles de l'Etat belge. Fonde les re-vues Pogen (1923-25) et Dietbrand
(1933-40). En 1945, un tribunal militaire le condamne à mort mais il
parvient à se réfu-gier aux Pays-Bas pour échapper à ses bourreaux. Il fut
l'un des principaux représentants de l'expressionnisme flamand. Il sera
lié, à l'époque du Frontpartij, à Joris van Severen, mais rompra avec lui
pour les raisons que nous explique Marc. Eemans. Cfr.: Erik Verstraete,
Wies Moens, Orion, Brugge, 1973.
(11) Les tribunaux militaires belges était présidés par des "au-diteurs"
lors de l'épuration. On parlait également de l'"Audi-torat militaire". Pour
comprendre l'abomination de ces tribunaux, le mécanisme de nomination
au poste de juge de jeunes juristes inexpérimentés, de sous-officiers et
d'officiers sans connaissances juridiques et revenus des camps de prison-
niers, lire l'ouvrage du Prof. Raymond Derine, Repressie zonder maat of
einde? Terug-blik op de collaboratie, repressie en amnes-tiestrijd,
Davidsfonds, Leuven, 1978. Le Professeur Derine si-gnale le mot du
Ministre de la Justice Pholien, dépassé par les événements: "Une justice
163
EUROCOMBATE

de rois nègres".
(12) Pol Le Roy, poète, ami de Joris Van Severen, chef de pro-pagande
du Verdinaso, passera à la SS flamande et au gouverne-ment en exil en
Allemagne de septembre 44 à mai 45. Van Was-senhove, chef de district
du Verdinaso, puis de De Vlag (Deutsch-Vlämische
Arbeitsgemeinschaft), à Ypres, a été con-dam-né à mort en 1945. Sa
femme verse plusieurs millions à l'Au-ditorat militaire et à quelques
"magistrats", sauvant ainsi la vie de son époux. En prison, Van
Wassenhove apprend l'es-pagnol et traduit plusieurs poésies. Il deviendra
l'archiviste de "Fantasmagie".
(13) De Vlag (= Le Drapeau) était l'organe culturel de la Deutsch-
Vlämische Arbeitsgemeinschaft. Il traitait essentielle-ment de questions
littéraires, artistiques et philosophiques.

[Propos recueillis en partie par Koenraad Logghe, en partie par Robert


Steuckers. Une version néerlandaise de l'entrevue avec Logghe est parue
dans la revue De Vrijbuiter, 5/1989. Adresse: De Vrijbuiter, c/o Jan
Creve, Oud Arenberg 110, B-2790 Kieldrecht]

164
EUROCOMBATE

La doctrine de la régulation
Enseignements et limites dun paradigme
économique*
Frédéric Valentin

La théorie de la régulation cherche à comprendre la dynamique


économique dans ses variations historiques et spatiales. Contre les
analyses qui se veulent universelles et atemporelles, elle recherche une
ouverture interdisciplinaire qui permette la fécondation réciproque de
lhistoire, de la sociologie et de léconomie. Elle repose sur une
combinaison de théories et de faits empiriques extraits de lactivité
économique conçue comme un ensemble de transactions monétaires. Elle
sélectionne deux aspects :

- Les règles du jeu économique fixées par des institutions : États et


organisations internationales.

- Le déroulement de lactivité : croissance, régulation.

Le terme régulation désigne le processus de coordination des activités de


production et de consommation dagents prenant leurs décisions de façon
décentralisée. Le paradigme de la régulation combine donc des formes
institutionnelles (règles de fonctionnement et organismes qui les
appliquent), les procédures de régulation et la croissance. (1)

I - LUNIVERS ÉCONOMIQUE POSTULÉ

Lunivers économique comporte trois acteurs : les Firmes, les États, les
Ménages. Pour caractériser une économie nationale à une époque, cinq
formes institutionnelles sont à décrire :

a) La forme de la contrainte monétaire. Dans une économie monétaire,


chaque agent est soumis à une contrainte de budget. Certains agents sont
en déficit, dautres en excédent. Les organismes de financement, les règles
165
EUROCOMBATE

de création monétaire entrent dans cette première forme institutionnelle.

b) La configuration du rapport salarial : Le rapport salarial désigne un


ensemble de cinq composantes : lorganisation du travail ; la hiérarchie
des qualifications ; la mobilisation et lattachement des salariés à
lentreprise ; la part des salaires directs et de la couverture sociale ; le
mode de vie des salariés.

c) La forme de la concurrence entre entreprises sur le marché des biens


et services. Car la concurrence sur le marché du travail est traitée dans le
rapport salarial et celle en matière de crédit dans la forme monétaire.

d) La forme de lÉtat. Types de dépenses publiques, poids et structure de


la fiscalité, règlementations de lactivité économique permettent de
connaître les rapports dune époque entre lÉtat et léconomie.

e) Modalités dinsertion dune économie dans lorganisation


économique internationale. Étude des règles qui organisent les échanges
internationaux de marchandises, de capitaux et dhommes. Analyse des
stratégies de localisation des firmes et de financement des soldes
extérieurs.

Pour chaque période historique et pour un ensemble de pays donné, la


configuration particulière de ces formes institutionnelles caractérise le
mode de régulation en vigueur. La crise actuelle nest pas la répétition de
la crise des années trente ou de la grande dépression de la fin du XIX°
siècle (1873-1896). Pour lécole de la régulation, nous vivons la crise du
fordisme auquel on dut les trente glorieuses.

A - LAPPROCHE DE LA RÉGULATION>

On qualifie dapproche le couple formé par une vision du capitalisme et


une méthode pour en analyser la reproduction (régulation et croissance)

LES INSTITUTIONS DU CAPITALISME


166
EUROCOMBATE

Les institutions sont les règles du jeu. Les organisations désignent les
acteurs de ce jeu. Une organisation contient des ressources particulières
dallocation alors quun réseau contient des ressources particulières
dautorité : chaque membre conserve ses propres ressources dallocation.
Dans un réseau celles-ci ne sont pas échangées mais mariées à dautres.

Ainsi, toute structure est à la fois un ensemble de règles et un conteneur


de ressources.

Dans le capitalisme, la monnaie précède le marché car elle est la


condition de possibilité et la base dévaluation (filiation keynésienne).
Monnaie et droit sont des médiums de communication entre lÉtat et
léconomie : la monnaie, au niveu de léconomie ; le droit, au niveau de la
politique. Ainsi, léconomie est dans lÉtat et réciproquement.

Les rapports sociaux économiques se regroupent en rapports monétaires,


rapports marchands et médiations sociales qui expriment la composante
non marchande des rapports sociaux économiques (exemple : les
conventions collectives). Ces médiations sociales résultent soit de luttes
conduites ou exploitées par des organismes représentatifs de groupes,
soit dinterventions des gouvernements. La régulation est
concurrentielle tant que les médiations complètent les mécanismes
marchands ; elle est monopoliste lorsquelles les supplantent.

Lécole considère que la finance procède de la monnaie, du rapport


salarial, de la concurrence entre capitalistes. La finance transforme la
monnaie en capital. Lanalyse de Keynes est considérée comme
pertinente. Lindustriel est un producteur : il emprunte pour investir et
devient débiteur. Le financier opère en bourse : il soccupe de placements
car il est le créancier de lindustriel.

La convention financière sépare la possession de largent de sa détention


par lintermédiaire de titres négociables. Le rapport financier met en
relation émetteurs et détenteurs mais, surtout, joint les détenteurs entre
167
EUROCOMBATE

eux. Le marché financier préside à lévaluation des titres : il manifeste un


aspect marchand.

La convention marchande désigne la séparation du prix des


caractéristiques des offeurs et des demandeurs. Le prix est un prix de
marché.

Le rapport salarial traite du rapport entre les employeurs et les salariés.


Il est avant tout non marchand et repose sur une convention, empruntée à
Marx et Keynes : la séparation du travailleur du produit de son travail.
Simultanément, le rapport salarial intègre le classement des salariés selon
leurs qualifications et les catégories demplois. Toute forme stabilisée du
rapport salarial suppose un couplage cohérent entre le système technique
et le système de formation. Les règles dont se compose linstitution
rapport salarial dans sa dimension non-marchande sont celles qui
qualifient ces ressources et en codifient lusage et la rémunération.

Le rapport commercial moderne dissocie la production de la


consommation et lentreprise de la famille (ou ménage). Une première
composante du rapport commercial met en relation les familles avec
nimporte quelle entreprise (normes de consommation). La seconde
composante est la mise en rapport des entreprises avec nimporte quelle
famille (la nomenclature dactivités).

FORMES INSTITUTIONNELLES ET COMPORTEMENTS

La proposition centrale de lécole de la régulation est que les


institutions du capitalisme déterminent (canalisent) les
comportements. Puisque toute forme institutionnelle est un système de
règles concrètes, on doit répondre aux questions suivantes :

1 - A qui sappliquent les règles ? Situation et compétence des individus.

Les règles sappliquent à des individus situés socialement. Ils parlent et


agissent au nom dinstitutions dans lesquelles ils exercent des fonctions.
168
EUROCOMBATE

Lécole sapproprie la thèse du sociologue Pierre Bourdieu : lindividu est


doté dun sens pratique de ce qui est à faire dans une situation donnée. Ce
sens pratique, cest lhabitus de lagent. On analyse alors les conduites
stratégiques : comment les acteurs contrôlent ce quils font en tenant des
rôles. Puis, lécole accepte lidée que chaque individu a son style propre
pour tenir son rôle. Les individus ne sont pas des machines à suivre des
règles, mais des agents compétents utilisant des règles dans la
constitution de leur interaction.

2 - Comment opèrent les règles ? <Diversité et ambivalence des règles.

Lécole accepte le point de vue de Durkheim et refuse celui de Tarde : le


social ne se fonde pas sur limitation, mais suppose que quelquechose
simpose aux individus.

Pour comprendre comment les règles simposent à un individu en


situation, il faut prendre en compte la diversité des règles constituant une
forme institutionnelle et leur ambivalence. Les groupes sociaux dont on
peut faire état en économie sont ceux qui sidentifient à travers les règles
par lesquelles ils prélèvent leur part du revenu national. Les conflits sont
à la fois dopposition (employeurs/salariés ; industriels/financiers, etc.) et
de différenciation (au sein du salariat, entre employeurs, entre
industriels,...).

Les règles sociales sont des règles communes ou conjointes qui rendent
manifeste lexistence dune institution temporairement ou plus
durablement stabilisée dans une forme précise. Lécole distingue la
contrainte que représente la loi ou la règle (ou le règlement) du principe
de négociation avec les compromis, et de la routine, expression de la
communauté dun système de valeurs ou de représentations.

3 - Est-il rationnel, pour un individu, dde suivre des règles ?

La séparation entre lhomo ¦conomicus et lhomo sociologicus est réduite


169
EUROCOMBATE

par lécole de la régulation. La théorie standard de lhomo ¦conomicus se


limite à la rationalité utilitariste substantive : lhomme cherche à
maximiser sa satisfaction et ne coopère que si tel est son intérêt bien
compris. En ce sens il est rationnel. Cette rationalité est substantive parce
quelle est définie au seul regard de ce but, ce qui implique en principe
quil puisse être atteint.

Il existe quatre solutions pour élargir lapproche standard :

- Réduire lincertitude au risque. Chacun est confronté à des éventualités,


des états de la nature, sans lien avec son propre choix. Il leur attribue des
probabilités. On conserve ici lhypothèse dune information parfaite.

- Si linformation est imparfaite, la liste des états de la nature est inconnue.


Ce point de vue fut soutenu par Herbert Simon : chacun opère en
rationalité limitée. Lindividu assimile limperfection de linformation à des
coûts de transaction. Il passe des contrats cognitivement incomplets
(toute prise de décision est un processus cognitif) relevant de diverses
structures de gouvernance. Selon le point de vue de la rationalité
substantive limitée, un mode de coordination (la structure de
gouvernance) est préférable à dautres sil économise des coûts de
transaction.

- Retenir le modèle principal/agent : le principal propose, lagent dispose.


Le principal incite lagent à révéler une information cachée ou à se
comporter sans tricherie en lui offrant le choix entre diverses modalités
de contrat. Cest une rationalité substantive conditionnelle.

Puisque la rationalité substantive savère insuffisante, pour quune


modalité particulière de coordination soit élue et que ce soit la meilleure,
il faut faire appel à une concertation préalable, à un point focal, à une
convention.

- En incertitude radicale, lorsque les individus entrent en interaction


stratégique et que linformation est incomplète sur les comportements
170
EUROCOMBATE

possibles des autres et sur le résultat de linteraction, on adopte une


rationalité procédurale. Lindividu sen remet à des conventions pour
trouver une solution au problème quil se pose. Une convention est une
régularité de comportement commune à un ensemble dagents
confrontés au même problème danticipation. La convention indique
comment faire. En suivant les conventions communes lagent se montre
rationnel. Lindividu est doté dune rationalité située : il nest plus
utilitariste. Car les conventions ne sont pas données une fois pour toutes.

4 - A quoi tient la précarité des règles ? Qui justifie quelles puissent


changer ?

Trois niveaux de réflexion sont proposés :

- Lanalyse de Keynes. Les conventions qui fondent les anticipations des


agents économiques ne sont que des subterfuges face à lincertitude
radicale : elles nassurent pas que ces anticipations soient
systématiquement conformes aux réalisations ultérieures (elles ne
permettent pas déviter les difficultés en question).

- Le choc externe. Lextériorité dun phénomène dédoine les règles en


vigueur de toute responsabilité dans la survenance du problème.

- Les difficultés structurelles. Lorigine des difficultés se situe dans les


rapports sociaux au milieu desquels sinscrit lagent. Lorsque la friction
touche une majorité de personnes cela devient une tension sociale : un
groupe est touché. Des réactions individuelles ou collectives, qui relèvent
de la défection ou de la prise de parole, se font jour. Une crise de
régulation est ouverte. Il sagit dune petite crise si le groupe social impose
une nouvelle interprétation des règles incriminées et si cela suffit à faire
disparaître les difficultés. La grande crise résulte dune remise en cause
unilatérale des règles. Une grande crise se déclenche lorsque les deux
parties en présence éprouvent en même temps des difficultés et que celles-
ci savèrent structurelles. Les revendications divergent, surtout lorsque le
mode de croissance lui-même nest plus viable. Le mode de
171
EUROCOMBATE

développement antérieur entre en crise.

B - TROIS NIVEAUX DE RÉGULATION

Lécole de la régulation affirme quun préalable factuel est nécessaire à


toute théorisation. Une théorie est située, construite en partant des formes
institutionnelles observées. Après avoir caractérisé chacune delles,
lhypothèse retenue est que les règles ainsi délimitées sont suivies, quelles
commandent les pratiques des individus ou des groupes.

Lapport propre des régulationnistes est la théorie du fordisme et de sa


crise. Lélaboration théorique seffectue en trois temps. Les deux premiers
moment traitent de léconomie en régime : léconomie nationale puis les
interactions avec les autres économies. Au troisième temps est analysée
léconomie en période de crise.

Lunivers économique des régulationnistes est donc hiérarchisé :

a) A léchelle de léconomie-monde, on observe une combinaison


dactivités nationales interdépendantes. Lécole étudie les actions des
agents dune économie qui influencent ceux dune autre économie puis la
contrainte extérieure simposant à chacune (le financement de la balance
des paiements).

b) Pour chaque économie nationale, lactivité densemble résulte de la


combinaison des activités particulières des agents qui y résident. Les
tensions à l¦uvre sont de deux types :

- Des distorsions quantitatives : excédents ou déficits de biens,


dinvestissement, de travail,...

- Conditions de réalisation des relations monétaires : disparités de prix.

Dans chaque type, on est en présence dune tension sociale lorsquun


groupe dagents la vit de façon identique. Elle est alors exprimée par un
172
EUROCOMBATE

leader sorti du rang ou par un organisme représentatif. Le paradigme du


thermostat est totalement inadapté puisque personne ne sait si les
conséquences en chaîne qui vont se dérouler conduiront à accentuer les
tensions ou à les résorber.

LÉtat est inséré dans léconomie par les dépenses et les recettes mais nest
pas considéré comme le chef dorchestre de la régulation nationale.

c) La régulation propre à un agent

Lécole raisonne à partir des unités institutionnelles : entreprises,


ménages. Chacune remplit une fonction principale et tient compte de
paramètres particuliers :

- Lentreprise réagit à lévolution des ventes et ajuste lemploi à la


production effective.

- Le ménage ajuste la dépense globale de consommation au revenu


courant.

Les niveaux de régulation sarticulent des unités institutionnelles à


léconomie-monde selon trois conjectures (une conjecture est une
hypothèse quil napparaît pas insolite de formuler à partir de constatations
empiriques).

- Première conjecture : La régulation dune économie commande sa


croissance.

- Deuxième conjecture : Les formes dorganisation (ou formes


institutionnelles) commandent le développement car elles déterminent la
régulation.

Cette conjecture est en accord avec le paradigme historique de lÉcole des


Annales qui considère que chaque pays a la conjoncture et les crises de sa
structure. De plus, une forme dorganisation internationale stable
173
EUROCOMBATE

détermine un régime international, cest-à-dire la diffusion inégale à


léchelle mondiale dun mode de développement.

II - ANALYSE DUNE ÉCONOMIE NATIONALE

A - FONDEMENTS DE LA RÉGULATION : APPORTSS DE


MARX ET KEYNES

Deux lois sont empruntées à Marx : la péréquation tendancielle des taux


de profit entre industries ; la baisse tendancielle du taux de profit. Les
deux doivent être articulées car elles conditionnent la reproduction du
capital.

Cependant, au lieu dinsister sur les transformations de la concurrence, il


convient de mettre laccent sur la transformation du rapport capital/travail,
cest-à-dire sur le bouleversement des conditions dexistence du salariat.
Lanalyse de ces caractéristiques doit être reprise pour toute nouvelle
forme historique de capitalisme.

Keynes a légué deux grandes orientations : lanalyse en terme de circuit ;


la description du processus dajustement réciproque entre la production et
la demande.

B - LÉCONOMIE EN RÉGIME : RÉGULATIOON ET


CROISSANCE

Avec des formes institutionnelles stabilisées, léconomie est en régime. Le


régime est décrit par le schéma ci-dessous, relatif à un horizon de moyen
terme.

* * *

Les quatre moments successifs de lanalyse sont donc à expliciter :

- Action 1 : Un système de formes institutionnelles détermine un mode de


régulation.
174
EUROCOMBATE

- Action 2 : Ce mode de régulation commande un mode de croissance.

- Rétroaction 3 : Le mode de régulation est conforté. La cohérence interne


du mode de développement résultant de ce couplage se trouve assurée.

- Rétroaction 4 : Le mode de développement stabilise le système des


formes institutionnelles dont il découle.

Cette analyse générale a été inférée du fordisme, principale réussite


analytique de lécole de la régulation.

LE FORDISME

Le terme fordisme est dérivé dHenri Ford, ce capitaine dindustrie qui


pensa conjointement loffre et la demande. Les découvertes de Taylor
permettaient laccélération de la production en série. Mais si le salaire
restait considéré par les capitalistes comme une ponction sur leurs profits,
ces biens ne trouveraient pas preneur. Il paya donc bien mieux ses
ouvriers. Au-delà de lanecdote, le fordisme définit lorganisation
capitaliste des Trente Glorieuses, époque durant laquelle deux grandeurs
de nature antagoniste, loffre et la demande, se développèrent
harmonieusement.

Côté production, la société devint salariale. Lindustrie adopte et


généralise la discipline du travail, la hiérarchie, la dépendance,...Les
gains de productivité sont affectés équitablement au travail et au capital.
Le pouvoir dachat salarial consolide laugmentation de la demande
pendant que les profits financent les investissements destinés à répondre à
une demande croissante.

La Régulation F , régulation fordienne, se caractérise donc par les points


suivants :

* La production est exogène à CT . Elle dépend de la demande anticipée,


fonction de la demande constatée antérieurement. La forme fordiste F est
175
EUROCOMBATE

une régulation monopoliste. Les prix doffre des grandes entreprises sont
rigides et adaptés à lévolution des coûts de revient. Lobjectif de chaque
entreprise est que sa rentabilité ne sécarte pas dune norme déterminée par
les conventions de financement bancaire (taux de base plus prime de
risque). Lévolution du niveau général des prix est commandée par celle
du niveau général des salaires nominaux, par celle de la productivité, par
lécart antérieur entre la norme des conventions de financement et la
rentabilité effective des entreprises.

* La demande finale : Consommation (C) et Investissement (I).


Linvestissement est tiré par la demande anticipée à moyen terme. Il est
financé par autofinancement et par endettement auprès des banques. La
masse monétaire est endogène. Les crédits des banques aux entreprises
accompagnent la production. La variable de commande de la politique
monétaire est le taux de refinancement de la Banque centrale.

* Emploi et salaires : A court terme, la variable dajustement de la


quantité de travail au volume de production est la durée du travail ou la
cadence. Les négociations collectives fixent les hausses effectives de
salaires dans les entreprises.

Le régime de croissance fordiste de moyen terme est une dynamique


économique dans laquelle chacune des variables macroéconomiques
évolue à taux constant à cet horizon, ce rythme étant différent dune
variable à lautre. Un tel régime suppose au moins que deux conditions
générales soient satisfaites :

- Le taux dutilisation de la capacité installée doit demeurer constant.

- Le taux de chômage doit être stable.

Ces conditions sont assurées par la flexibilité de deux paramètres : le taux


dintérêt dintervention de la Banque centrale qui influence linvestissement
et les prix ; limpulsion de la consommation finale ajusté par les dépenses
publiques.
176
EUROCOMBATE

Le régime de croissance résulte dun couplage entre un régime de


productivité et un régime de demande. Le premier retrace la façon dont
lévolution de la production commande lévolution de la productivité du
travail. Le second décrit la manière dont lévolution de la demande finale
est commandée par lévolution de la productivité via la formation des
revenus. La stabilité du modèle fordien repose sur les rétroactions
favorables :

- La rétroaction du mode de croissance sur le mode de régulation, par la


stabilisation des conventions danticipation chez les entrepreneurs qui
fixent linvestissement et chez les salariés qui perçoivent des salaires
croissants.

- La rétroaction du mode de développement sur les formes


institutionnelles : la stabilisation des conventions de comportement. Les
attitudes des entreprises et des ménages, par la négociation collective,
sont adéquates lune à lautre. La croissance nest pas simplement un
problème doffre ni, inversement, une question de répartition de ses fruits,
mais une adéquation entre les dynamiques de loffre et de la demande.

III - ÉCONOMIE-MONDE ET CRISES

Léconomie-monde est fractionnée en espaces, caractérisés par une


monnaie et des rapports sociaux particuliers liés à lÉtat. Des relations de
domination sont à l¦uvre entre divers sous-ensembles de léconomie-
monde, sans toutefois quils puissent être simplifiés jusquà la théorie de la
dépendance pour laquelle la domination impérialiste dun État structure
lensemble.

Lécole affirme que lintégration des économies nationales dans un


ensemble cohérent est le fruit dun équilibre de puissances. Certes, des
coercitions peuvent exister, comme ce fut le cas autrefois dans le système
colonial, mais lanalyse en termes dasymétrie des forces en présence est
jugée plus pertinente. Léconomie-monde repose sur lhégémonie dune
177
EUROCOMBATE

puissance particulière qui soit cherche à faire croire que ses intérêts sont
ceux de tous, selon lanalyse de Wallerstein(2), soit sert les intérêts de
lensemble des acteurs du système, selon le point de vue de Kindleberger.

Sans vouloir choisir entre ces deux conceptions, lécole de la régulation


sen tient à lidée dune interaction entre les initiatives des agents privés,
celles qui sont déterminées par le caractère capitaliste du système-monde,
et les relations entre États.

Quelle que soit la forme dorganisation de léconomie-monde, les


économies nationales y sont à la fois complémentaires et concurrentes.
Complémentaires, puisquil existe entre elles une division internationale
du travail, manifestée par les échanges extérieurs ; concurrentes, car
nombre dactivités peuvent être remises en cause. Linternationalisation,
ouverture croissante des économies nationales les unes aux autres, avec
renforcement de leurs complémentarités fondées sur la mise en rapport de
toutes leurs relations socio-économiques, complétée par la
mondialisation, dynamique dintégration de lespace marchand au-delà des
frontières de chaque nation, débouche sur une globalisation qui porte en
elle-même sa propre contradiction :

- Linternationalisation sappuie sur des différences que la mondialisation


détruit.

- Linternationalisation respecte des identités multiples, nationales,


régionales, alors que la mondialisation par le marché les nie.

A - LE RÉGIME INTERNATIONAL FORDIEN<

La conjecture régulationniste décalque au niveau international le schéma


du niveau national. Un régime international résulte de la diffusion
internationale dun mode de développement. Diffusion inégale, qui
procède par adhésion, éviction, et délimite une aire au sein de laquelle
fonctionnent les formes adéquates des institutions économiques
internationales et les croissances nationales des économies arrimées à ce
mode de développement.
178
EUROCOMBATE

La façon dont la contrainte extérieure pèse sur chaque économie


nationale est un premier élément de la régulation internationale. Il sagit
de savoir comment seffectue léquilibre de la balance des paiements:
régime de changes, système monétaire international. Les asymétries
jouent à ce niveau entre léconomie dominante (Grande-Bretagne, États-
Unis,...) et le reste.

Chaque économie voit sa croissance amplifiée ou freinée par ses


exportations et importations, selon la spécialisation des industries et le
rythme dinflation. Compte tenu de la nécessité dune stabilisation
tendancielle des comptes extérieurs, une ou plusieurs économies sont, à
tour de rôle, en croissance plus rapide. En quelque sorte, les locomotives
se succèdent.

B - INTERPRÉTATION DE LA CRISE>

Selon les auteurs, la crise est placée en 1968-1969 ou en 1973-1974.


Laccélération de linflation dans cette période, pour la France, serait due à
des mouvements endogènes : la réorientation des investissements entre
les secteurs, la déformation sectorielle du solde extérieur, la réduction de
la durée du travail sans décélération parallèle de la croissance du salaire
par tête, etc...Puis, à partir de 1974-1975 se conjuguent la dépression et
linflation. La dépression provient dun ralentissement sensible de la
vitesse dajustement de lemploi effectif à son niveau techniquement
nécessaire. Cela diminue la productivité du travail, augmente les coûts
unitaires de production et les prix. La sensibilité des profits aux variations
de la production est faible. Les firmes ont la capacité dutiliser leur
pouvoir de marché pour maintenir leurs marges.

Au-delà de cette périodisation de la rupture, cest lensemble du système


fordien qui se détraque peu à peu :

1 - Altération de la demande : montée dess coûts sociaux de reproduction


de la population dans les villes. Certains coûts sont payés sous forme
dimpôts qui augmentent plus vite que le revenu des ménages et
179
EUROCOMBATE

ponctionnent donc leur pouvoir dachat. Les dépenses publiques, par


contraste, gonflent démesurément.

2 - Altération du régime de croissance : soit la stagnation des salaires


réels est combinée avec léquilibre des finances publiques et on soriente
vers une stagnation durable ; soit les gains de productivité et lindexation
des salaires maintiennent la croissance, de sorte que la politique
monétaire abaisse les taux dintérêt pour maintenir le profit et
linvestissement des entreprises.

3 - Dérive du régime international, consééquence de lendettement du pays


émetteur de monnaie internationale. Limpossibilité de posséder
simultanément une forte intégration financière, une grande stabilité des
changes et une autonomie suffisante de la politique monétaire conduit à
des perturbations soit sur les marchés de changes soit sur les pays par le
biais des politiques monétaires.

Plus linternationalisation saccroît, plus la part des exportations monte


dans les ventes des grandes firmes et plus celles-ci disposent
dopportunités pour financer leur développement : marges obtenues sur le
marché intérieur, puis délocalisations en fonction des nouvelles libertés
offertes par la mondialisation, jusquà la dérèglementation financière qui
assure la compatibilité entre les excédents de certains pays et les déficits
des autres. On entre alors dans une période différente où le château de
cartes sécroule. Une déstabilisation en entraîne une autre. On passe dun
ensemble de difficultés à une crise globale du mode de développement.

LES MUTATIONS ENGAGÉES

Si la politique économique est nettement libérale, il nen résulte pas un


retour aux époques anciennes de concurrence. Une concurence exacerbée
a lieu uniquement autour des nouvelles technologies et de la mise en
place du commerce électronique. Les règles dites de flexibilité simposent
aux individus, aux firmes voire aux États. La dérèglementation financière
crée un capitalisme patrimonial.
180
EUROCOMBATE

Le discours néo-libéral, sil reprend les principes de responsabilsation


individuelle (chacun est essentiellement responsable de ce qui lui arrive)
a changé dans son aspect financier. Léconomie de financement prélève
lépargne salariale au profit des investisseurs institutionnels qui
désajustent loffre de titres nouveaux de la demande. On observe
aujourdhui que la demande de titres est liée à la masse salariale, ce qui
soutient les cours tant que lemploi salarié augmente.

Le nouveau mode de croissance est plus instable, en raison de la demande


globale, investissement et consommation. Linvestissement dépend des
cours boursiers. La consommation répond à leffet de richesse pour les
ménages détenteurs de titres. Les gains de productivité sont en partie
affectés au profit et la part salariale a tendance à décroître. Les périodes
dexpansion sont stoppées par léclatement des bulles financières. La
gestion des créances dévalorisées est la principale activité des organismes
financiers.

CONCLUSION

Les résultats indéniables de la théorie de la régulation sont-ils à la hauteur


de lambition principale, fonder une alternative à la théorie économique
dominante, celle de la Banque mondiale et du FMI.

Lanalyse de la crise du fordisme conduit à en douter(3) :

- Pour des raisons empiriques : la rupture du trend de croissance, dans les


années soixante et dix, semble précéder la dégradation de la productivité
et de la rentabilité et non linverse.

- Pour des raisons logiques : il nexiste pas dalternative sociopolitique


viable pour loccidentisme en dehors du fordisme : accumulation du
capital et consommation de masse sont nécessaires. Sinon, il sagit dune
consommation de luxe au service dune minorité qui se protège par la
violence et le régime risque dimploser par la guerre ou la grève du zèle.
181
EUROCOMBATE

La thèse dune société en sablier, défendue par Lipietz, conforte cette


possibilité.

La partie socio-historique peut avoir une certaine validité. Mais la partie


économique ne constitue pas une alternative globale au discours
économique dominant. Elle reste prisonnière des contraintes
épistémologiques et méthodologiques des économistes. En conséquence,
elle ne contextualise pas fondamentalement léconomie et demeure à la
remorque de la théorie dominante. En particulier, lidée que le capital
donne du pouvoir dachat aux travailleurs suppose une entente patronale
générale ou du moins assez large et peut-être avec laide du
gouvernement. Hypothèse quil faut vérifier, à différentes époques et sous
diverses latitudes. Avec la montée du rôle des organismes financiers,
dautres alternatives semblent possibles. Les patrons qui souhaitent verser
moins de salaires ne proposent-ils pas des stock-options ? Or, la théorie
de la régulation ne développe pas cela.

Accomplissant la prophétie des économistes libéraux, léconomie


fonctionne aujourdhui en entretenant peu de relations avec le reste de la
société. La question est donc celle des limites que la fonction politique
assignerait à lautonomie économique. Cette question nest pas posée par la
théorie de la régulation....Or, en mettant laccent sur le système de
régulation du système, lécole a touché quelque chose dessentiel.
Comment peut-elle négliger la responsabilité des politiques publiques
dans la paupérisation croissante de certaines classes, dans la hausse des
coûts sociaux, dans la chute de la croissance ?

Lécole de la régulation incarne-t-elle les pavés de lenfer ? Nous suivrons


le grand économiste Serge-Christophe KOLM lorsquil écrit : On peut
apprécier cette littérature pour ses descriptions historiques ou politiques
parfois chiffrées, ou pour son sentiment et son engagement politiques et
ethiques, mais il ne semble pas que lon puisse dire quelle présente des
explications de la crise qui passent le test logique minimal et réponde à
un sens tant soit peu strict de cette expression(4)

182
EUROCOMBATE

* * *

(1) Bernard BILLAUDOT : Régulation et croissance. Une


macroéconomie historique et institutionnelle. Lharmattan, coll. Théorie
sociale contemporaine, 2001.
(2) I.WALLERSTEIN : Le capitalisme historique. La découverte, 1996.
(3) Pascal COMBEMALE : Lhétérodoxie : une stratégie vouée à léchec ?
Léconomie dévoilée. Autrement n°159, novembre 1995, p.163-176.
(4) Serge-Christophe KOLM : Philosophie de léconomie. Le Seuil, 1986,
p.276.

* Intervention à la 9ième Université d'été de «Synergies Européennes»,


Basse-Saxe, août 2001.

183
EUROCOMBATE

Vilfredo Pareto: The Karl Marx of Fascism


James Alexander

Italian contributions to political and social thought are singularly


impressive and, in fact, few nations are as favored with a tradition as long
and as rich. One need only mention names such as Dante, Machiavelli,
and Vico to appreciate the importance of Italy in this respect. In the
twentieth century too, the contributions made by Italians are of great
significance. Among these are Gaetano Mosca's theory of oligarchical
rule, Roberto Michels' study of political parties, Corrado Gini's intriguing
sociobiological theories, and Scipio Sighele's investigations of the
criminal mind and of crowd psychology. [1] One of the most widely
respected of these Italian political theorists and sociologists is Vilfredo
Pareto. Indeed, so influential are his writings that "it is not possible to
write the history of sociology without referring to Pareto." [2]
Throughout all of the vicissitudes and convulsions of twentieth-century
political life, Pareto remains to this day "a scholar of universal
reputation." [3]

Pareto is additionally important for us today because he is a towering


figure in one of Europe's most distinguished, and yet widely suppressed,
intellectual currents.That broad school of thought includes such diverse
figures as Burke, Taine, Dostoyevsky, Burckhardt, Donoso Cortés,
Nietzsche, and Spengler and stands in staunch opposition to rationalism,
liberalism, egalitarianism, Marxism, and all of the other offspring of
Enlightenment doctrinaires.

Life and Personality

Vilfredo Federico Damaso Pareto was born in Paris in 1848. [4] He was
of mixed Italian-French ancestry, the only son of the Marquis Raffaele
Pareto, an Italian exiled from his native Genoa because of his political
views, and Marie Mattenier. Because his father earned a reasonably
comfortable living as a hydrological engineer, Pareto was reared in a
middle-class environment, enjoying the many advantages that accrued to
184
EUROCOMBATE

people of his class in that age. He received a quality education in both


France and Italy, ultimately completing his degree in engineering at the
Istituto Politecnico of Turin where he graduated at the top of his class.
For some years after graduation, he worked as a civil engineer, first for
the state-owned Italian Railway Company and later in private industry.

Pareto married in 1889. His new spouse Dina Bakunin, a Russian,


apparently loved an active social life, which was rather in conflict with
Pareto's own love of privacy and solitude. After twelve years of marriage
Dina abandoned her husband. His second wife, Jane Régis, joined him
shortly after the collapse of his marriage and the two remained devoted to
one another throughout the remainder of Pareto's life.

During these years Pareto acquired a deep interest in the political life of
his country and expressed his views on a variety of topics in lectures, in
articles for various journals, and in direct political activity. Steadfast in
his support of free enterprise economic theory and free trade, he never
ceased arguing that these concepts were vital necessities for the
development of Italy. Vociferous and polemical in his advocacy of these
ideas, and sharp in his denunciation of his opponents (who happened to
be in power in Italy at that time), his public lectures were sufficiently
controversial that they were sometimes raided and closed down by the
police, and occasionally brought threats of violence from hired thugs.
Making little headway with his economic concepts at the time, Pareto
retired from active political life and was appointed Professor of Political
Economy at the University of Lausanne (Switzerland) in 1893. There he
established his reputation as an economist and sociologist. So substantial
did this reputation eventually become that he has been dubbed "the Karl
Marx of the Bourgeoisie" by his Marxist opponents. In economic theory,
his Manual of Political Economy [5] and his critique of Marxian
socialism, Les Systèmes socialistes, [6] remain among his most important
works.
Pareto turned to sociology somewhat late in life, but he is nonetheless
acclaimed in this field. His monumental Treatise on General Sociology,
and two smaller volumes, The Rise and Fall of the Elites and The
Transformation of Democracy, are his sociological masterworks. [7]
185
EUROCOMBATE

Subsequently, we will consider the nature of some of the theories


contained in these books.

The title of Marquis was bestowed on Pareto's great-great-great-


grandfather in 1729 and, after his father's death in 1882, that dignity
passed to Pareto himself. He never used the title, however, insisting that
since it was not earned, it held little meaning for him. Conversely, after
his appointment to the University of Lausanne, he did use the title
"Professor," since that was something which, he felt, he merited because
of his lifetime of study. These facts point to one of the most dominant
characteristics of this man his extreme independence.

Pareto's great intelligence caused him difficulties in working under any


kind of supervision. All of his life he moved, step by step, towards
personal independence. Because he was thoroughly conscious of his own
brilliance, his confidence in his abilities and in his intellectual superiority
often irritated and offended people around him. Pareto, in discussing
almost any question about which he felt certain, could be stubborn in his
views and disdainful of those with divergent opinions. Furthermore, he
could be harsh and sarcastic in his remarks. As a result, some people
came to see Pareto as disputatious, caustic, and careless of people's
feelings.

In contrast, Pareto could be generous to those he perceived as


"underdogs." He was always ready to take up his pen in defense of the
poor or to denounce corruption in government and the exploitation of
those unable to defend themselves. As author and sociologist Charles
Powers writes.

For many years Pareto offered money, shelter, and counsel to political
exiles (especially in 1898 following the tumultuous events of that year in
Italy]. Like his father, Pareto was conservative in his personal tastes and
inclinations, but he was also capable of sympathizing with others and
appreciating protests for equality of opportunity and freedom of
expression [8]. Pareto was a free thinker. In some respects, he is
reminiscent of an early libertarian. He was possessed of that duality of
186
EUROCOMBATE

mood we continue to find among people who are extremely conservative


and yet ardent in their belief in personal liberty. [9]

Since he was an expert in the use of the sword, as well as a crack shot, he
was disinclined to give way before any threats to his person, a mode of
behavior he considered cowardly and contrary to his personal sense of
honor. More than once he sent bullies and thugs running in terror. [10]
Pareto suffered from heart disease towards the end of his life and
struggled through his last years in considerable ill health. He died August
19, 1923.

Les Systèmes socialistes

A lifelong opponent of Marxism and liberal egalitarianism, Pareto


published a withering broadside against the Marxist-liberal worldview in
1902. Considering the almost universal respect accorded the more salient
aspects of Marxism and liberalism, it is regrettable that Pareto's Les
Systèmes socialistes has not been translated into English in its entirety.
Only a few excerpts have appeared in print. In an often quoted passage
that might be taken as a prophetic warning for our own age, Pareto
writes:

A sign which almost invariably presages the decadence of an aristocracy


is the intrusion of humanitarian feelings and of affected sentimentalizing
which render the aristocracy incapable of defending its position.
Violence, we should note, is not to be confused with force. Often enough
one observes cases in which individuals and classes which have lost the
force to maintain themselves in power make themselves more and more
hated because of their outbursts of random violence. The strong man
strikes only when it is absolutely necessary, and then nothing stops him.
Trajan was strong, not violent: Caligula was violent, not strong.

When a living creature loses the sentiments which, in given


circumstances are necessary to it in order to maintain the struggle for life,
this is a certain sign of degeneration, for the absence of these sentiments
will, sooner or later, entail the extinction of the species. The living
187
EUROCOMBATE

creature which shrinks from giving blow for blow and from shedding its
adversary's blood thereby puts itself at the mercy of this adversary. The
sheep has always found a wolf to devour it; if it now escapes this peril, it
is only because man reserves it for his own prey.

Any people which has horror of blood to the point of not knowing how to
defend itself will sooner or later become the prey of some bellicose
people or other. There is not perhaps on this globe a single foot of ground
which has not been conquered by the sword at some time or other, and
where the people occupying it have not maintained themselves on it by
force. If the Negroes were stronger than the Europeans, Europe would be
partitioned by the Negroes and not Africa by the Europeans. The "right"
claimed by people who bestow on themselves the title of "civilized' to
conquer other peoples, whom it pleases them to call "uncivilized," is
altogether ridiculous, or rather, this right is nothing other than force. For
as long as the Europeans are stronger than the Chinese, they will impose
their will on them; but if the Chinese should become stronger than the
Europeans, then the roles would be reversed, and it is highly probable
that humanitarian sentiments could never be opposed with any
effectiveness to any army. [11]

In another portion of this same work that calls to mind the words of
German philosopher Oswald Spengler, Pareto similarly warns against
what he regarded as the suicidal danger of "humanitarianism":

Any elite which is not prepared to join in battle to defend its position is in
full decadence, and all that is left to it is to give way to another elite
having the virile qualities it lacks. It is pure day-dreaming to imagine that
the humanitarian principles it may have proclaimed will be applied to it:
its vanquishers will stun it with the implacable cry, Vae Victis [="woe to
the vanquished"]. The knife of the guillotine was being sharpened in the
shadows when, at the end of the eighteenth century, the ruling classes in
France were engrossed in developing their "sensibility." This idle and
frivolous society, living like a parasite off the country, discoursed at its
elegant supper parties of delivering the world from superstition and of
crushing l'Infâme, all unsuspecting that it was itself going to be crushed.
188
EUROCOMBATE

[12]

Marxism

A substantial portion of Les Systèmes socialistes is devoted to a scathing


assessment of the basic premises of Marxism. According to historian H.
Stuart Hughes, this work caused Lenin "many a sleepless night." [13]

In Pareto's view, the Marxist emphasis on the historical struggle between


the unpropertied working class the proletariat and the property-owning
capitalist class is skewed and terribly misleading. History is indeed full of
conflict, but the proletariat-capitalist struggle is merely one of many and
by no means the most historically important. As Pareto explains:

The class struggle, to which Marx has specially drawn attention, is a real
factor, the tokens of which are to be found on every page of history. But
the struggle is not confined only to two classes: the proletariat and the
capitalist; it occurs between an infinite number of groups with different
interests, and above all between the elites contending for power. The
existence of these groups may vary in duration, they may be based on
permanent or more or less temporary characteristics. In the most savage
peoples, and perhaps in all, sex determines two of these groups. The
oppression of which the proletariat complains, or had cause to complain
of, is as nothing in comparison with that which the women of the
Australian aborigines suffer. Characteristics to a greater or lesser degree
real nationality, religion, race, language, etc. may give rise to these
groups. In our own day [i.e. 1902] the struggle of the Czechs and the
Germans in Bohemia is more intense than that of the proletariat and the
capitalists in England. [14]

Marx's ideology represents merely an attempt, Pareto believes, to


supplant one ruling elite with another, despite Marxist promises to the
contrary:

The socialists of our own day have clearly perceived that the revolution at
the end of the eighteenth century led merely to the bourgeoisie's taking
189
EUROCOMBATE

the place of the old elite. They exaggerate a good deal the burden of
oppression imposed by the new masters, but they do sincerely believe
that a new elite of politicians will stand by their promises better than
those which have come and gone up to the present day. All
revolutionaries proclaim, in turn, that previous revolutions have
ultimately ended up by deceiving the people; it is their revolution alone
which is the true revolution. "All previous historical movements"
declared the Communist Manifesto of 1848, "were movements of
minorities or in the interest of minorities. The proletarian movement is
the self-conscious, independent movement of the immense majority, in
the interest of the immense majority." Unfortunately this true revolution,
which is to bring men an unmixed happiness, is only a deceptive mirage
that never becomes a reality. It is akin to the golden age of the
millenarians: forever awaited, it is forever lost in the mists of the future,
forever eluding its devotees just when they think they have it. [15]

Residues and Derivations

One of Pareto's most noteworthy and controversial theories is that human


beings are not, for the most part, motivated by logic and reason but rather
by sentiment. Les Systèmes socialistes is interspersed with this theme and
it appears in its fully developed form in Pareto's vast Treatise on General
Sociology. In his Treatise, Pareto examines the multitudes of human
actions that constitute the outward manifestations of these sentiments and
classifies them into six major groups, calling them "residues." All of
these residues are common to the whole of mankind, Pareto comments,
but certain residues stand out more markedly in certain individuals.
Additionally, they are unalterable; man's political nature is not perfectible
but remains a constant throughout history.

Class I is the "instinct for combinations." This is the manifestation of


sentiments in individuals and in society that tends towards
progressiveness, inventiveness, and the desire for adventure.

Class II residues have to do with what Pareto calls the "preservation of


aggregates" and encompass the more conservative side of human nature,
190
EUROCOMBATE

including loyalty to society's enduring institutions such as family, church,


community, and nation and the desire for permanency and security.
Following this comes the need for expressing sentiments through external
action, Pareto's Class III residues. Religious and patriotic ceremonies
and pageantry stand out as examples of these residues and will include
such things as saluting the flag, participating in a Christian communion
service, marching in a military parade, and so on. In other words, human
beings tend to manifest their feelings in symbols.

Next comes the social instinct, Class IV, embracing manifestations of


sentiments in support of the individual and societal discipline that is
indispensable for maintaining the social structure. This includes
phenomena such as self-sacrifice for the sake of family and community
and concepts such as the hierarchical arrangement of societies.

Class V is that quality in a society that stresses individual integrity and


the integrity of the individual's possessions and appurtenances. These
residues contribute to social stability, systems of criminal and civil law
being the most obvious examples.

Last we have Class VI, which is the sexual instinct, or the tendency to
see social events in sexual terms.

Foxes and Lions

Throughout his Treatise, Pareto places particular emphasis on the first


two of these six residue classes and to the struggle within individual men
as well as in society between innovation and consolidation. The late
James Burnham, writer, philosopher, and one of the foremost American
disciples of Pareto, states that Pareto's Class I and II residues are an
extension and amplification of certain aspects of political theorizing set
down in the fifteenth century by Niccolo Machiavelli. [16] Machiavelli
divided humans into two classes, foxes and lions. The qualities he
ascribes to these two classes of men resemble quite closely the qualities
typical of Pareto's Class I and Class II residue types. Men with strong
Class I residues are the "foxes," tending to be manipulative, innovative,
191
EUROCOMBATE

calculating, and imaginative. Entrepreneurs prone to taking risks,


inventors, scientists, authors of fiction, politicians, and creators of
complex philosophies fall into this category. Class II men are "lions" and
place much more value on traits such as good character and devotion to
duty than on sheer wits. They are the defenders of tradition, the guardians
of religious dogma, and the protectors of national honor.
For society to function properly there must be a balance between these
two types of individuals; the functional relationship between the two is
complementary. To illustrate this point, Pareto offers the examples of
Kaiser Wilhelm I, his chancellor Otto von Bismarck, and Prussia's
adversary Emperor Napoleon III. Wilhelm had an abundance of Class II
residues, while Bismarck exemplified Class I. Separately, perhaps,
neither would have accomplished much, but together they loomed
gigantic in nineteenth-century European history, each supplying what the
other lacked. [17]

From the standpoint of Pareto's theories, the regime of Napoleon III was
a lopsided affair, obsessed with material prosperity and dominated for
almost twenty years by such "foxes" as stock-market speculators and
contractors who, it is said, divided the national budget among themselves.
"In Prussia," Pareto observes, "one finds a hereditary monarchy supported
by a loyal nobility: Class II residues predominate; in France one finds a
crowned adventurer supported by a band of speculators and spenders:
Class I residues predominate." [18] And, even more to the point, whereas
in Prussia at that time the requirements of the army dictated financial
policy, in France the financiers dictated military policy. Accordingly,
when war broke out between Prussia and France in the summer of 1870,
the "moment of truth" came for France. Napoleon's vaunted Second
Empire fell to pieces and was overrun in a matter of weeks. [19]

Justifying "Derivations"

Another aspect of Pareto's theories which we shall examine here briefly is


what he calls "derivations," the ostensibly logical justifications that
people employ to rationalize their essentially non-logical, sentiment-
driven actions. Pareto names four principle classes of derivations: 1)
192
EUROCOMBATE

derivations of assertion; 2) derivations of authority; 3) derivations that are


in agreement with common sentiments and principles; and, 4) derivations
of verbal proof. The first of these include statements of a dogmatic or
aphoristic nature; for example, the saying, "honesty is the best policy."
The second, authority, is an appeal to people or concepts held in high
esteem by tradition. To cite the opinion of one of the American Founding
Fathers on some topic of current interest is to draw from Class II
derivations. The third deals with appeals to "universal judgement," the
"will of the people," the "best interests of the majority," or similar
sentiments. And, finally, the fourth relies on various verbal gymnastics,
metaphors, allegories, and so forth.

We see, then, that to comprehend Pareto's residues and derivations is to


gain insights into the paradox of human behavior. They represent an
attack on rationalism and liberal ideals in that they illuminate the
primitive motivations behind the sentimental slogans and catchwords of
political life. Pareto devotes the vast majority of his Treatise to setting
forth in detail his observations on human nature and to proving the
validity of his observations by citing examples from history. His
erudition in fields such as Greco-Roman history was legendary and this
fact is reflected throughout his massive tome.

Natural Equilibrium

At the social level, according to Pareto's sociological scheme, residues


and derivations are mechanisms by which society maintains its
equilibrium. Society is seen as a system, "a whole consisting of
interdependent parts. The 'material points or molecules' of the system ...
are individuals who are affected by social forces which are marked by
constant or common properties." [20] When imbalances arise, a reaction
sets in whereby equilibrium is again achieved. Pareto believed that Italy
and France, the two modern societies with which he was most familiar,
were grossly out of balance and that "foxes" were largely in control. Long
are his laments in the Treatise about the effete ruling classes in those two
countries. In both instances, he held, revolutions were overdue.
We have already noted that when a ruling class is dominated by men
193
EUROCOMBATE

possessing strong Class I residues, intelligence is generally valued over


all other qualities. The use of force in dealing with internal and external
dangers to the state and nation is shunned, and in its place attempts are
made to resolve problems or mitigate threats through negotiations or
social tinkering. Usually, such rulers will find justification for their
timidity in false humanitarianism.

In the domestic sphere, the greatest danger to a society is an excess of


criminal activity with which Class I types attempt to cope by resorting to
methods such as criminal "rehabilitation" and various eleemosynary
gestures. The result, as we know only too well, is a country awash in
crime. With characteristic sarcasm Pareto comments on this phenomenon:

Modern theorists are in the habit of bitterly reproving ancient


"prejudices" whereby the sins of the father were visited upon the son.
They fail to notice that there is a similar thing in our own society, in the
sense that the sins of the father benefit the son and acquit him of guilt.
For the modern criminal it is a great good fortune to be able to count
somewhere among his ancestry or other relations a criminal, a lunatic, or
just a mere drunkard, for in a court of law that will win him a lighter
penalty or, not seldom, an acquittal. Things have come to such a pass that
there is hardly a criminal case nowadays where that sort of defense is not
put forward. The old metaphysical proof that was used to show that a son
should be punished because of his father's wrongdoing was neither more
nor less valid than the proof used nowadays to show that the punishment
which otherwise he deserves should for the same reasons be either
mitigated or remitted. When, then, the effort to find an excuse for the
criminal in the sins of his ancestors proves unavailing, there is still
recourse to finding one in the crimes of "society," which, having failed to
provide for the criminal's happiness, is "guilty" of his crime. And the
punishment proceeds to fall not upon "society," but upon one of its
members, who is chosen at random and has nothing whatever to do with
the presumed guilt. [21]

Pareto elucidates in his footnote: "The classical case is that of the starving
man who steals a loaf of bread. That he should be allowed to go free is
194
EUROCOMBATE

understandable enough; but it is less understandable that "society's"


obligation not to let him starve should devolve upon one baker chosen at
random and not on society as a whole." [22]

Pareto gives another example, about a woman who tries to shoot her
seducer, hits a third party who has nothing to do with her grievance, and
is ultimately acquitted by the courts. Finally, he concludes his note with
these remarks: "To satisfy sentiments of languorous pity, humanitarian
legislators approve 'probation' and 'suspended sentence' laws, thanks to
which a person who has committed a first theft is at once put in a position
to commit a second. And why should the luxury of humaneness be paid
for by the unfortunate victim of the second theft and not by society as a
whole? ... As it is, the criminal only is looked after and no one gives a
thought to the victim. [23]
Expanding on the proposition that "society" is responsible for the
murderous conduct of certain people, with which viewpoint he has no
tolerance, he writes:

In any event, we still have not been shown why people who, be it through
fault of "society," happen to be "wanting in the moral sense," should be
allowed freely to walk the streets, killing anybody they please, and so
saddling on one unlucky individual the task of paying for a "fault" that is
common to all the members of "society." If our humanitarians would but
grant that these estimable individuals who are lacking in a moral sense as
a result of "society's shortcomings" should be made to wear some visible
sign of their misfortune in their buttonholes, an honest man would have a
chance of seeing them coming and get out of the way. [24]

Foreign Affairs

In foreign affairs, "foxes" tend to judge the wisdom of all policies from a
commercial point of view and usually opt for negotiations and
compromise, even in dangerous situations. For such men profit and loss
determine all policy, and though such an outlook may succeed for some
time, the final result is usually ruinous. That is because enemies
maintaining a balance of "foxes" and "lions" remain capable of
195
EUROCOMBATE

appreciating the use of force. Though they may occasionally make a


pretence of having been bought off, when the moment is right and their
overly-ingenious foe is fast asleep, they strike the lethal blow. In other
words, Class I people are accustomed by their excessively-
intellectualized preconceptions to believe that "reason" and money are
always mightier than the sword, while Class II folk, with their native
common sense, do not nurse such potentially fatal delusions. In Pareto's
words, "The fox may, by his cunning, escape for a certain length of time,
but the day may come when the lion will reach him with a well-aimed
cuff, and that will be the end of the argument." [25]

Circulation of the Elites

Apart from his analyses of residues and derivations, Pareto is notable


among sociologists for the theory known as "the circulation of the elites."
Let us remember that Pareto considered society a system in equilibrium,
where processes of change tend to set in motion forces that work to
restore and maintain social balance.

Pareto asserts that there are two types of elites within society: the
governing elite and the non-governing elite. Moreover, the men who
make up these elite strata are of two distinct mentalities, the speculator
and the rentier. The speculator is the progressive, filled with Class I
residues, while the rentier is the conservative, Class II residue type. There
is a natural propensity in healthy societies for the two types to alternate in
power. When, for example, speculators have made a mess of government
and have outraged the bulk of their countrymen by their corruption and
scandals, conservative forces will step to the fore and, in one way or
another, replace them. The process, as we have said, is cyclical and more
or less inevitable.

Furthermore, according to Pareto, wise rulers seek to reinvigorate their


ranks by allowing the best from the lower strata of society to rise and
become fully a part of the ruling class. This not only brings the best and
brightest to the top, but deprives the lower classes of talent and of the
leadership qualities that might one day prove to be a threat. Summarizing
196
EUROCOMBATE

this component of Pareto's theory, a contemporary sociologist observes


that practicality, not pity, demands such a policy:

A dominant group, in Pareto's opinion, survives only if it provides


opportunities for the best persons of other origins to join in its privileges
and rewards, and if it does not hesitate to use force to defend these
privileges and rewards. Pareto's irony attacks the elite that becomes
humanitarian, tenderhearted rather than tough-minded. Pareto favors
opportunity for all competent members of society to advance into the
elite, but he is not motivated by feelings of pity for the underprivileged.
To express and spread such humanitarian sentiments merely weakens the
elite in the defense of its privileges. Moreover, such humanitarian
sentiments would easily be a platform for rallying the opposition. [26]
But few aristocracies of long standing grasp the essential nature of this
process, preferring to keep their ranks as exclusive as possible. Time
takes its toll, and the rulers become ever weaker and ever less capable of
bearing the burden of governing:

It is a specific trait of weak governments. Among the causes of the


weakness two especially are to be noted: humanitarianism and cowardice-
the cowardice that comes natural to decadent aristocracies and is in part
natural, in part calculated, in "speculator" governments that are primarily
concerned with material gain. The humanitarian spirit ... is a malady
peculiar to spineless individuals who are richly endowed with certain
Class I residues that they have dressed up in sentimental garb. [27]
In the end, of course, the ruling class falls from power. Thus, Pareto
writes that "history is a graveyard of aristocracies." [28]

The Transformation of Democracy

Published as a slim volume near the end of Pareto's life, The


Transformation of Democracy originally appeared in 1920 as a series of
essays published in an Italian scholarly periodical, Revista di Milano. In
this work, Pareto recapitulates many of his theories in a more concise
form, placing particular emphasis on what he believes are the
consequences of allowing a money-elite to dominate society. The title of
197
EUROCOMBATE

this work comes from Pareto's observation that European democracies in


the 1920s were more and more being transformed into plutocracies. The
deception and corruption associated with plutocratic rule would
eventually produce a reaction, however, and lead to the system's
downfall. In Pareto's words,

The plutocracy has invented countless makeshift programs, such as


generating enormous public debt that plutocrats know they will never be
able to repay, levies on capital, taxes which exhaust the incomes of those
who do not speculate, sumtuary laws which have historically proven
useless, and other similar measures. The principal goal of each of these
measures is to deceive the multitudes. [29]
When a society's system of values deteriorates to the point where hard
work is denigrated and "easy money" extolled, where honesty is mocked
and duplicity celebrated, where authority gives way to anarchy and
justice to legal chicanery, such a society stands face to face with ruin.

Pareto and Fascism

Before we enter into the controversy surrounding Pareto's sympathy for


Italian leader Benito Mussolini, let us take pains to avoid the error of
viewing events of the 1920s through the spectacles of the post-World
War II era, for what seemed apparent in 1945 was not at all evident
twenty years before. Inarguably, throughout the whole of the 1920s,
Mussolini was an enormously popular man in Italy and abroad, with all
except perhaps the most inveterate leftists. An American writer puts it as
follows:

Postwar [First World War] Italy ... was a sewer of corruption and
degeneracy. In this quagmire Fascism appeared like a gust of fresh air, a
tempest-like purgation of all that was defiled, leveled, fetid. Based on the
invigorating instincts of nationalist idealism, Fascism "was the opposite
of wild ideas, of lawlessness, of injustice, of cowardice, of treason, of
crime, of class warfare, of special privilege; and it represented square-
dealing, patriotism and common sense." As for Mussolini, "there has
never been a word uttered against his absolute sincerity and honesty.
198
EUROCOMBATE

Whatever the cause on which he embarked, he proved to be a natural-


born leader and a gluttonous worker." Under Mussolini's dynamic
leadership, the brave Blackshirts made short shrift of the radicals,
restored the rights of property, and purged the country of self-seeking
politicians who thrive on corruption endemic to mass democracy." [30]

If the Italian Duce was so popular in the 1920s that he received the
accolades of the Saturday Evening Post [31] and the American Legion
[32], and the highest praises of British and American establishment
figures such as Winston Churchill [33] and Ambassador Richard
Washburn Child, [34] how much more enthusiastic must have been
Italians of Pareto's conservative bent at that time. They credited
Mussolini with nothing less than rescuing Italy from chaos and
Bolshevism. The coming tragedies of the '40s, needless to say, were far
away, over a distant horizon, invisible to all.
Pareto invariably expressed contempt for the pluto-democratic
governments that ruled Italy throughout most of his life. His rancor
towards liberal politicians and their methods surfaces all through his
books; these men are the object of his scorn and sharp wit. Pareto
translator Arthur Livingston writes, "He was convinced that ten men of
courage could at any time march on Rome and put the band of
'speculators' that were filling their pockets and ruining Italy to
flight." [35] Consequently, in October 1922, after the Fascist March on
Rome and Mussolini's appointment by the King as Prime Minister,
"Pareto was able to rise from a sick-bed and utter a triumphant 'I told you
so!'." [36] Yet, Pareto never joined the Fascist Party. Well into his
seventies and severely ill with heart disease, he remained secluded in his
villa in Switzerland.

The new government, however, extended many honors to Pareto. He was


designated as delegate to the Disarmament Conference at Geneva, was
made a Senator of the Kingdom, and was listed as a contributor to the
Duce's personal periodical, Gerarchia. [37] Many of these honors he
declined due to the state of his health, yet he remained favorably disposed
towards the regime corresponding with Mussolini and offering advice in
the formulation of economic and social policies. [38]
199
EUROCOMBATE

Many years before the March on Rome, Mussolini attended Pareto's


lectures in Lausanne and listened to the professor with rapt attention. "I
looked forward to every one," Mussolini wrote, "...[f]or here was a
teacher who was outlining the fundamental economic philosophy of the
future." [39] The young Italian was obviously deeply impressed and, after
his elevation to power, sought immediately to transform his aged
mentor's thoughts into action:

In the first years of his rule Mussolini literally executed the policy
prescribed by Pareto, destroying political liberalism, but at the same time
largely replacing state management of private enterprise, diminishing
taxes on property, favoring industrial development, imposing a religious
education in dogmas...." [40]

Of course, it was not only Pareto's economic theories that influenced the
course of the Fascist state, but especially the sociological theories: "the
Sociologia Generale has become for many Fascists a treatise on
government," [41] noted one writer at the time. Clearly, there was some
agreement between Pareto and the new government. Pareto's theory of
rule by elites, his authoritarian leanings, his uncompromising rejection of
the liberal fixation with Economic Man, his hatred of disorder, his
devotion to the hierarchical arrangement of society, and his belief in an
aristocracy of merit are all ideas in harmony with Fascism. Let us keep in
mind, however, that all of these ideas were formulated by Pareto decades
before anyone had ever heard of Fascism and Mussolini. Likewise, it may
be said that they are as much in harmony with age-old monarchical ideas,
or those of the ancient authoritarian republics, as with any modern
political creeds.

Some writers have speculated that had Pareto lived he would have found
many points of disagreement with the Fascist state as it developed, and it
is true that he expressed his disapprobation over limitations placed by the
regime on freedom of expression, particularly in academia. [42] As we
have already seen, however, it was in Pareto's nature to find fault with
nearly all regimes, past and present, and so it would not have been
surprising had he found reason occasionally to criticize Mussolini's.
200
EUROCOMBATE

Neither Pareto nor Mussolini, it should be pointed out, were rigid


ideologues. Mussolini once declared, perhaps a bit hyperbolically, that
"every system is a mistake and every theory a prison." [43] While
government must be guided by a general set of principles, he believed,
one must not be constrained by inflexible doctrines that become nothing
more than wearisome impedimenta in dealing with new and unexplained
situations. An early Fascist writer explained, in part, Mussolini's affinity
with Pareto in this respect:

"To seek!" a word of power. In a sense, a nobler word than "to find."
With more of intention in it, less of chance. You may "find" something
that is false; but he who seeks goes on seeking increasingly, always
hoping to attain to the truth. Vilfredo Pareto was a master of this school.
He kept moving. Without movement, Plato said, everything becomes
corrupted. As Homer sang, the eternal surge of the sea is the father of
mankind. Every one of Pareto's new books or of the new editions of
them, includes any number of commentaries upon and modifications of
his previous books, and deals in detail with the criticisms, corrections,
and objections which they have elicited. He generally refutes his critics,
but while doing so, he indicates other and more serious points in regard to
which theymight have, and ought to have, reproved or questioned him.
Reflecting over his subject, he himself proceeds to deal with these points,
finding some of them specious, some important, and correcting his earlier
conclusions accordingly. [44]

Though Fascist rule in Italy came to an end with the military victory of
the Anglo-Americans in 1945, Pareto's influence was not seriously
touched by that mighty upheaval. Today, new editions of his works and
new books about his view of society continue to appear. That his ideas
endured the catastrophe of the war virtually without damage, and that
they are still discussed among and debated by serious thinkers, is
suggestive of their universality and timelessness.

Endnotes

[1] See, for example, W. Rex Crawford, "Representative Italian


201
EUROCOMBATE

Contributions to Sociology: Pareto, Loria, Vaccaro, Gini, and Sighele,"


chap. in An Introduction to The History of Sociology, Harry Elmer
Barnes, editor (Chicago: University of Chicago Press, 1948), Howard
Becker and Harry Elmer Barnes, "Sociology in Italy," chap. in Social
Thought From Lore to Science, (New York: Dover Publications, 1961),
and James Burnham, The Machiavellians: Defenders of Freedom (New
York: The John Day Company, 1943).
[2] G. Duncan Mitchell, A Hundred Years of Sociology (Chicago: Aldine
Publishing Company, 1968), p. 115.
[3] Herbert W. Schneider, Making the Fascist State (New York: Oxford
University Press, 1928), p. 102.
[4] Biographical details are taken from Charles H. Powers, Vilfredo
Pareto, vol. 5, Masters of Social Theory, Jonathan H. Turner, Editor
(Newbury Park, California: Sage Publications, 1987), pp. 13-20.
[5] Appearing originally in 1909, the Manuele di economia politica has
been translated into English: Ann Schwier translator, Ann Schwier and
Alfred Page, Editors (New York: August M. Kelly, 1971).
[6] (Geneva: Librarie Droz, 1965). Published originally 1902-3. The book
has never been fully published in English.
[7] The Treatise on General Sociology (Trattato di Sociologia Generale),
was first published in English under the name The Mind and Society, A.
Borngiorno and Arthur Livingston, translators (New York: Harcourt,
Brace, Javanovich, 1935). It was reprinted in 1963 under its original title
(New York: Dover Publications) and remains in print (New York: AMS
Press, 1983). The Rise and Fall of the Elites: An Application of
Theoretical Sociology (Totowa, New Jersey: The Bedminster Press,
1968; reprint, New Brunswick, New Jersey: Transaction Books, 1991) is
a translation of Pareto's monograph, "Un Applicazione de teorie
sociologiche," published in 1901 in Revista Italiana di Sociologia. The
Transformation of Democracy (Trasformazioni della democrazia),
Charles Power, editor, R. Girola, translator (New Brunswick, New
Jersey: Transaction Books, 1984). The original Italian edition appeared in
1921.
[8] This term, "equality of opportunity" is so misused in our own time,
especially in America, that some clarification is appropriate. "Equality of
opportunity" refers merely to Pareto's belief that in a healthy society
202
EUROCOMBATE

advancement must be opened to superior members of all social classes


"Meritocracy," in other words. See Powers, pp. 22-3.
[9] Powers, p. 19.
[10] Ibid., p. 20.
[11] Adrian Lyttelton, Editor, Italian Fascisms: From Pareto to Gentile
(New York: Harper & Row, 1975), pp. 79-80.
[12] Ibid., p. 81.
[13] H. Stuart Hughes, Oswald Spengler: A Critical Estimate (New York:
Charles Scribner's Sons, 1952), p. 16.
[14] Lyttelton, p. 86.
[15] Ibid., pp. 82-3.
[16] James Burnham, Suicide of the West (New York: John Day
Company, 1964), pp. 248-50.
[17] Pareto, Treatise, # 2455. Citations from the Treatise refer to the
paragraph numbers that the author uses in this work . Citations are thus
uniform in all editions.
[18] Ibid., # 2462.
[19] Ibid., # 2458-72.
[20] Nicholas Timasheff, Sociological Theory: Its Nature and Growth
(New York: Random House, 1967), p. 162.
[21] Pareto, Treatise, # 1987.
[22] Ibid. # 1987n.
[23] Ibid.
[24] Ibid., # 1716n.
[25] Ibid., # 2480n.
[26] Hans L. Zetterberg, "Introduction" to The Rise and Fall of the Elites
by Vilfredo Pareto, pp. 2-3.
[27] Pareto, Treatise, # 2474.
[28] Ibid., # 2053.
[29] Pareto, Transformation, p. 60.
[30] John P. Diggins, Mussolini and Fascism: The View from America
(Princeton, NJ: Princeton University Press, 1972), p. 17. Diggins'
quotations in the cited paragraph come from the writings of an American
Mussolini enthusiast of the 1920s, Kenneth L. Roberts.
[31] Ibid., p. 27.
[32] Ibid., p. 206. Mussolini was officially invited to attend the San
203
EUROCOMBATE

Francisco Legion Convention of 1923 (he declined) and some years later
was made an honorary member of the American Legion by a delegation
of Legionnaires visiting Rome. The Duce received the delegation in his
palace and was awarded a membership badge by the delighted American
visitors.
[33] In an interview published in the London Times, January 21, 1927,
immediately after a visit by Churchill to Mussolini, the future British
Prime Minister said: "If I had been an Italian I am sure that I should have
been wholeheartedly with you [Mussolini] from start to finish in your
triumphant struggle against the bestial appetites and passions of
Leninism." See Luigi Villari, Italian Foreign Policy Under Mussolini
(New York: The Devin-Adair Company, 1956), p. 43.
[34] The United States Ambassador to Italy in the '20s, Child dubbed
Mussolini "the Spartan genius," ghostwrote an "autobiography" of
Mussolini for publication in America, and perpetually extolled the Italian
leader in the most extravagant terms. Diggins, p. 27.
[35] Pareto, Treatise, p. xvii.
[36] Ibid.
[37] Franz Borkenau, Pareto (New York: John Wiley & Sons, 1936), p.
18.
[38] Ibid., p. 20.
[39] Benito Mussolini, My Autobiography (New York: Charles Scribner's
Sons, 1928), p. 14.
[40] Borkenau, p. 18.
[41] George C. Homans and Charles P. Curtis, Jr., An Introduction to
Pareto (New York: Alfred A. Knopf, 1934), p. 9.
[42] Borkenau, p. 18. In a letter written to Mussolini written shortly
before Pareto's death, the sociologist cautioned that the Fascist regime
must relentlessly strike down all active opponents. Those, however,
whose opposition was merely verbal should not be molested since, he
believed, that would serve only to conceal public opinion. "Let the crows
craw but be merciless when it comes to acts," Pareto admonished the
Duce. See Alistair Hamilton, The Appeal of Fascism: A Study of
Intellectuals and Fascism, 1919-1945 (New York: Macmillan Company,
1971), pp. 44-5.
[43] Margherita G. Sarfatti, The Life of Benito Mussolini (New York:
204
EUROCOMBATE

Frederick A. Stokes, 1925), p. 101.


[44] Ibid, p. 102.

[A different version of the preceding article appeared in the Journal of


Historical Review, 14/5 (September-October 1994), 10-18. The text
presented here, however, includes some additional material; the JHR
version is not yet online]

205
EUROCOMBATE

Géopolitique et spiritualité du principe "Reich"*


Robert Steuckers

La première idée fondamentale que je voudrais mettre aujourd'hui en


exergue en évoquant le principe "Reich", c'est que celui-ci a certes une
dimension spirituelle (sur laquelle je m'exprimerai), symbolique,
culturelle, mais qu'il faut aussi savoir que tout Reich est un espace
territorial de grandes dimensions. Les symboles et la spiritualité du Reich
ont besoin d'un espace pour s'incarner, pour acquérir concrétude. C'est la
raison pour laquelle une bonne connaissance de la dynamique
géographique du territoire, où ce "Reich" doit s'établir, est un impératif
auquel on ne peut se soustraire.

Voilà pourquoi il me paraît important de bien réfléchir à l'espace-


réceptacle de l'idée de Reich (Regnum). D'abord, tout Reich est un espace
politique dont les dimensions correspondent au Großraum² théorisé par
Carl Schmitt, dont les dimensions sont continentales. Ensuite, cet espace
est organisé par des moyens de communication et de transport. Tout
Reich vise à accélérer les relations entre les hommes vivant sur son
territoire. Ce territoire est tout à la fois vaste mais néanmoins circonscrit
dans des "limes" clairement défini, même s'ils sont en expansion
constante. Quelques exemples: l'Empire romain, modèle indépassable
dans l'histoire européenne, est un grand constructeur de routes; son
armée, les légions, qui l'incarne, qui en est le principal instrument, est
composée de combattants, de soldats expérimentés et bien entraînés, mais
aussi de pionniers, de troupes de génie qui construisent routes, ponts et
aqueducs. L'Empire britannique, empire maritime, plus dominateur et
exploitateur sur le plan économique que l'Empire romain, au point qu'on
peut lui contester sa nature de Reich², a possédé également son
instrument de mobilité, d'accélération: sa flotte. Dépourvue d'une
spiritualité constitutive, cette thalassocratie marchande a néanmoins
organisé les routes maritimes, notamment celle qui nous mène aux Indes
en passant par Gibraltar, Malte, Chypre, Suez et Aden. La Chine, empire
inébranlable depuis des millénaires, a émergé aussi grâce à la
construction de routes et de canaux et à l'organisation d'une flotte côtière.
206
EUROCOMBATE

Contre les "grands espaces", la stratégie thalassocratique de saboter les


travaux d'aménagement territorial

Ces exemples, contradictoires, nous permettent de constater, sur base de


la distinction désormais classique entre Terre et Mer (Mackinder,
Haushofer, Schmitt), que la Grande-Bretagne, et, à sa suite, les Etats-
Unis, vont systématiquement s'opposer aux grands travaux
d'aménagement des voies de communication sur les espaces
continentaux. Cette opposition systématique a pour but de conserver le
monopole de la mobilité la plus véloce dans le transport des hommes et
des choses, en l'occurrence le monopole d'une mobilité exclusivement
marine. Les exemples prouvant cette hostilité fondamentale abondent:

- En 1904, Halford John Mackinder élaboore sa théorie du containment


des puissances continentales, en particulier de la Russie, parce que
l'Empire des Tsars vient de réaliser, sous la dynamique impulsion du
ministre Witte, la liaison ferroviaire transsibérienne, procurant à cet
immense empire continental une mobilité qui autorise le déplacement
rapide des troupes de la Baltique au Pacifique. Dès la réalisation de cette
voie ferroviaire transcontinentale, le Tsar est diabolisé dans les médias:
on monte le Japon contre lui, on finance la nouvelle marine de guerre
nipponne afin de détruire la flotte russe au large de la Corée (Tsushima,
1905); une propagande sournoise le décrit comme un autocrate
sanguinaire, des révoltes secouent les grandes villes de l'Empire
orchestrées par de sombres agitateurs dont on ne comprend guère les
motivations, tant elles sont vagues et échevelées, etc.

Bloquer l'artère danubienne

- De 1914 à 1918, la politique allemande et austro-hongroise vise à


organiser les Balkans à partir de l'artère danubienne; ce projet est
combattu tacitement par la Grande-Bretagne qui manipule, comme
d'habitude, les escrocs politiciens français agités par des philosophades
sousvoltairiennes et une germanophobie pathologique, afin que les
peuples de France soient saignés à blanc, sacrifiés tout à la fois, en
207
EUROCOMBATE

théorie, pour des chimères idéologiques véhiculées par des canailles de


gauche et de droite et, en pratique, pour bloquer le Danube dans l'intérêt
des puissances thalassocratiques. Dans la littérature géopolitique, c'est
justement le Français André Chéradame qui exprime le plus clairement
les buts de guerre anglais et jette les bases du traité de Versailles, que
réclameront à hauts cris les politiciens français inféodés aux folies
idéologiques de 1789 et qu'avaliseront avec une hypocrite discrétion les
stratèges politiques britanniques et américains, en rejetant la
responsabilité du chaos en Europe centrale sur la France (ce que
confirmaient évidemment les apparences). Chéradame réclame ainsi le
morcellement de l'espace danubien en autant de nations artificielles que
possible. Sa démonstration historique et géopolitique implique la
réduction du Grand Haza² hongrois à un petit Etat enclavé sans façade
maritime, l'expulsion de la Bulgarie du delta du Danube, l'agrandissement
démesuré de la Serbie, en direction de la Dalmatie et de la Slovénie, afin
de verrouiller l'Adriatique; l'agrandissement de la Roumanie pour que ce
soit un allié de la France (dévoyée par la propagande sournoise des
Britanniques) qui contrôle le delta du grand fleuve européen. L'idée de
morceler et de bloquer le cours du Danube est revenue au grand galop
depuis les événements de Yougoslavie au cours des années 90, avec pour
point culminant la destruction des ponts de Novi Sad et de Belgrade,
suivi d'une tentative de diaboliser l'Autriche, à la suite de l'entrée au
gouvernement des libéraux-populistes de Jörg Haider.

- De 1904 à 1915, la question d'Orient naît à la suite des traités d'alliance


entre le Reich des Hohenzollern (qui n'est pas le Reich traditionnel né
après la victoire d'Othon Ier sur les Hongrois en 955) et l'Empire
ottoman. L'Angleterre voit d'un très mauvais ¦il la construction d'un
chemin de fer Berlin-Bagdad et l'inauguration de voies aériennes sur le
même tracé. Le Moyen-Orient ne peut en aucun cas devenir l'arrière-pays
d'un continent européen regroupé autour de l'Allemagne et de l'Autriche-
Hongrie, a fortiori si ce mode de coopération débouche sur une façade
dans l'Océan Indien, océan du milieu considéré comme une mer
intérieure britannique.

- Même la France, réserve de chair à caanon pour la City lon-donienne


208
EUROCOMBATE

chaque fois que des politiciens illuministes la dirigent, subit des pressions
indirectes quand elle réalise le canal à grand gabarit entre l'Atlantique
(Bordeaux sur la Gi-ronde) et la Méditerranée, ouvrage d'ingénierie civile
qui re-lativise ipso facto la position de Gibraltar.

- Pour ce qui concerne le IIIème Reich national-socialiste (qui n'est pas


un Reich au sens traditionnel du terme), force est de constater que la
politique de construire des auto-rou-tes, de vouloir réaliser la liaison
Main-Danube (considérée comme un motif de guerre par la presse
londonienne en 1942, qui publie une carte suggestive et révélatrice à ce
pro-pos), de réaliser un premier vol transatlantique sur Foc-ke-Wulf
Condor en 1938 après le dramatique accident du Zep-pelin "Hindenburg"
en 1937, de concocter des projets de train rapide à voie large sur les
lignes Paris-Berlin-Moscou et Munich-Vienne-Istanbul
(Breitspureisenbahn) et de con-cré-tiser les projets de Frédéric II de
Prusse et de l'écono-mis-te List en parachevant le système de canaux
entre l'Elbe et le Rhin (lui-même lié à la Meuse et à l'Escaut par des
travaux similaires exécutés aux Pays-Bas et en Belgique), sont des
provocations claires et nettes à l'égard des thalas-so-craties, hostiles à
toute organisation des communications sur les espaces continentaux. Tels
sont les critères objec-tifs et vérifiables qui ont justifié l'hostilité de
Roosevelt et de Churchill à l'endroit du IIIème Reich: les autres motifs
sont moins clairs et donnent lieu à des spéculations infinies qui
n'apportent aucune clarté dans les débats entre histo-riens.

Ces travaux ou ces projets ont permis hier et permettent à fortiori


aujourd'hui notamment sur base du Plan Delors, qu'il conviendrait de
concrétiser réellement d'étendre une telle notion de Reich, comme
principe et moteur de "com-munication" à l'Europe toute entière et à créer
les con-ditions d'une alliance durable avec la Russie et l'Ukraine,
maîtresses de l'espace pontique (Mer Noire). L'organisation optimale des
voies fluviales et maritimes intérieures (Mer Noire et Mer Baltique) est
désormais possible en Europe depuis le creusement définitif du Canal
Rhin-Main-Danube sous le Chancelier Helmut Kohl. Au-delà des
potentialités de cette liaison en Europe occidentale, centrale et orientale,
la maîtrise complète du Danube, lié définitivement au Rhin et donc à
209
EUROCOMBATE

l'Atlantique, permet très logiquement d'é-tendre la dynamique ainsi


générée à l'espace pontique et aux fleuves russes et ukrainiens, au Don, et
via le Canal Lé-nine, à la Volga et à la Mer Caspienne et de relancer la lo-
gique géopolitique et hydropolitique que l'Empire romain avait amorcée
et que sa chute face aux Huns et sa christia-nisation anarchique avaient
interrompue.

Des Proto-Iraniens aux Goths

Rome et les Germains s'étaient affrontés (ou alliés) pour te-nir la ligne
Rhin-Danube de la Mer du Nord à la Mer Noire. Les uns organisant tous
les territoires situés au Sud de cette ligne; les autres se massant au Nord.
Les Wisigoths, descendus de la Suède actuelle, comme le feront plus tard
les Varègues, occupent l'Ukraine et la Crimée. Autour de la Mer Noire se
rassemblent dès lors trois impérialités indo-européennes: la romaine,
effective, la slavo-germanique, en gestation, et la perse, la plus ancienne.
Les Wisigoths, qui acquièrent en Ukraine les techniques de cavalerie, lé-
guées par les Scythes, et, avant eux, par les Proto-Iraniens, sont trop tôt
bousculés par les Huns qui ruinent la fusion potentielle des trois
impérialités autour de la Mer Noire. Dans ce sens, la Russie, si elle
parvenait à se dégager to-talement de sa parenthèse bolchevique, serait
tout à la fois l'héritière des Scythes (et des Proto-Iraniens), des Goths, des
Varègues et des Perses (qui islamisés puis écrasés par les Mongols n'ont
pas pu renouer avec leurs racines pro-fondes, la parenthèse tentée par le
dernier Shah ayant été trop brève dans le temps, avant d'être réduite à
néant par une islamisation de nouvelle mouture), tout en demeurant, bien
sûr, l'héritière de Byzance depuis 1453.

Ex cursus sur le Rhône: Le Rhône se jette dans le bassin oc-cidental de la


Méditerranée et relie ce dernier au centre névralgique de l'Europe
centrale, via Genève, le cours de la Saône et du Doubs, qui le mène aux
"Portes de Bourgogne" (Burgundische Pforte), c'est-à-dire à la trouée de
Bâle ou de Belfort, à proximité du Rhin et non loin des sources du Da-
nube. A ce titre, il est un enjeu géostratégique primordial depuis
l'antiquité. Etat de choses qui n'a pas échappé à la perspicacité de Halford
John Mackinder, fondateur de la géopolitique militaire britannique. Dans
210
EUROCOMBATE

son ouvrage Demo-cratic Ideals and Reality (dernière édition en 1947), il


rap-pelle l'échec de l'empire maritime de Geiserich (Genséric), roi des
Vandales, qui n'a pas su lier ses conquêtes à l'artère rhodanienne; retrace
l'aventure des Sarrasins qui ont remon-té le Rhône, la Saône et le Doubs
jusqu'aux portes de Bour-gogne; et montre enfin l'importance de l'alliance
entre la Savoie, puissance rhodanienne, l'Autriche et l'Angleterre dans la
guerre de succession d'Espagne.

Arioviste, César, le Rhône et le Rhin

Son homologue allemand, l'historien Hermann Stegemann, auteur d'une


histoire militaire du Rhin (Der Kampf um den Rhein, 1924) montre que,
stratégiquement, le système du Rhône est lié au système du Rhin et que la
maîtrise du Rhô-ne a été l'objectif premier de la grande stratégie romaine
de Marius à César. Maîtresse de la Méditerranée occiden-ta-le depuis ses
victoires sur Carthage, Rome doit s'assurer un hinterland en Europe: elle
choisira de remonter le Rhône et ses affluents, où, via le Doubs, elle
tombera sur le cours du Haut-Rhin à l'Est de Thann et de Cernay/
Sennheim. C'est le domaine d'Arioviste qui gère un royaume suève à
cheval sur le Rhin, le Doubs et les sources du Danube. La défaite de ce
chef germanique montre que la ligne Rhin-Rhône (via le Doubs et la
Saône) est la ligne de pénétration idéale vers le Nord pour toute puissance
maîtresse du bassin occidental de la Méditerranée. Dès sa victoire sur
Arioviste, César se rend maître du bassin de la Seine et de la Loire mais
laisse à des chefs futurs le soin de passer sur la rive droite du Rhin. Ses
successeurs tenteront d'unir le cours du Danube, depuis ses sources
jusqu'à son embouchure dans la Mer Noire: ce sera la grande stratégie
continentale de l'empire ro-main, aussi importante que la maîtrise de la
Mare Nos-trum.

La grande leçon de l'empire romain, organisateur des com-mu-nications


en Europe, est toujours d'actualité: l'Europe, pour avoir une structure
impériale au bon sens du terme, c'est-à-dire une structure d'organisation
intérieure et non pas une structure permettant des conquêtes impérialistes,
doit avoir, comme Rome jadis, de grands projets d'aména-ge-ment, qui,
dans la logique plus économique qui règne au-jour-d'hui, mobilise la
211
EUROCOMBATE

main-d'¦uvre et relance la consom-ma-tion intérieure tout en accélérant les


communications. Friedrich List, économiste libéral dont se réclament
pour-tant bon nombre d'étatistes non libéraux, préconisait ce ty-pe de
politique dès le milieu du 19ième siècle. De nos jours, le Plan Delors n'a
pas reçu, au niveau européen, l'attention qu'il méritait, alors qu'il
suggérait le développement de che-mins de fer rapides et le lancement
d'un programme de satellites de télécommunications. De même, l'Europe
ac-tuel-le n'a pas les dimensions impériales requises aujour-d'hui, dans la
mesure où sa marine est trop faible, tant sur le plan militaire comme le
déplore l'Amiral français Allain Coataena, que sur le plan de
l'exploitation civile et océa-nographique. L'Europe ne développe pas
assez de grands projets pour l'exploitation des fonds marins et
océaniques. Mis à part les liaisons entre la Grande-Bretagne et le conti-
nent, les flottes côtières d'aéroglisseurs ou de catamarans ne sont pas
assez développées dans les mers intérieures, y compris la Méditerranée.

Les dimensions historiques de la notion d'Empire

A Verdun en 843, les petits-fils de Charlemagne se par-ta-gent en fait des


bassins fluviaux, dans la mesure où les fleu-ves étaient à l'époque les
seuls moyens de communica-tion sûrs et relativement rapides. Charles le
Chauve reçoit les bassins de la Somme, de la Seine, de la Loire et de la
Ga-ronne, avec un avantage considérable, propre au bassin parisien. A
partir de Paris, effectivement, on peut unir le territoire grâce aux affluents
comme la Marne et l'Oise (qui a servi d'axe de pénétration à la
colonisation franque) et à la proximité de la Loire, reliée à la Seine par
une voie ter-restre relativement courte, allant de Paris à Orléans. Cette po-
sition idéale a permis une centralisation rapide de la Fran--ce. Lothaire
reçoit les bassins du Rhin et de la Meuse, du Rhône et du Pô, en même
temps que le titre de "Cae-sar", en souvenir de Jules César qui, le long de
ces axes, avait réussi à contrôler l'Ouest et à jeter les bases de la fu-ture
colonisation de l'espace danubien (du moins son flanc sud). Louis le
Germanique, reçoit le Nord, c'est-à-dire la plai-ne des fleuves parallèles,
non reliés entre eux, de l'Es-caut à la Vistule. Mais aussi la mission de
conquérir le Da-nu--be pour y rétablir un ordre romain, confié par la trans-
latio imperii aux Germains, qui, ipso facto, l'y rétabliront au Nord et au
212
EUROCOMBATE

Sud. Cette mission danubienne implique aus-si, à partir du 10ième siècle,


l'alliance avec la Hongrie (l'anti-que Pannonie romaine). Le tandem
germano-hongrois, l'al-lian-ce de la couronne impériale romaine-
germanique et de la couronne de Saint-Etienne magyare, fera face aux
Otto-mans, qui voudront conquérir le Danube en partant des Bal-kans et
de son embouchure, pour rétablir l'unité géogra-phique danubienne mais
non pas sous un signe impérial et ro-main, mais sous un signe islamique.
L'empire ottoman a vou-lu poursuivre la politique danubienne de
Byzance, mais sans avoir de légitimité géographique européenne, la légi-
timi-té géographique turque étant centre-asiatique et la lé-gitimité
géographique islamique étant arabique.

La proposition de Pie II

Cette am-biguïté ottomane, où le Sultan est simultanément le Calife


musulman et l'héritier, volens nolens, du Basileus byzantin, n'a pas
échappé au Pape Pie II, alias l'humaniste Æ-neas Sil-vius Piccolomini,
ancien Chancelier de l'Empereur germa-nique Frédéric III. Pie II propose
la conversion au chris-tia--nis-me du Sultan, comme les Hongrois
l'avaient ac-cep-tée après leur défaite de 955, face à l'armée germani-que
d'O-thon I. Le Sultan serait devenu alors tout à la fois hé-ritier de Rome
et de Byzance, restaurant l'unité antique désirée par tous les humanistes,
projetant la puissance eu-ropéenne rétablie vers l'espace iranien via la
Mer Noire; condition sine qua non: l'élite ottomane devait oublier ipso
facto, à l'instar des Hongrois du 10ième siècle, sa détermina-tion géo-
graphique pré-européenne et centre-asiatique (ethni-que tur-que), de
même que sa détermination nomade-arabique, transmise via l'Islam. Cette
"steppitude" turco-mongole ou cette "désertitude" issue de la péninsule
ara-bique étant deux matrices totalement étrangères à l'Euro-pe: la con-
version au christianisme n'est pas tant l'adoption de la foi évangélique,
dans le contexte qui nous occupe, que l'abandon volontaire de
dynamiques géopolitiques autres que celles de l'antique empire romain.
Le Sultan n'a pas accepté la proposition de Pie II, a voulu sottement per-
sé-vérer dans sa logique turco-arabique, qui n'a finalement mené nulle
part après 500 ans d'efforts. De ce fait cette lo-gique turco-arabique,
mixte boiteux et inefficace, irruption d'intempérance et de violence
213
EUROCOMBATE

inutile, ne peut être con-sidérée comme "sacrée", au même titre que


l'impérialité romaine-germanique ("Sacrum Imperium") car elle débouche
sur l'impasse ou la guerre permanente (ou, pour reprendre un modèle
conceptuel iranien et zoroastrien, la sacralité im-périale romaine-
germanique ou l'impérialité perse, relè-ve d'Ahura Mazda, principe de
lumière, tandis que l'otto-manisme relève d'Ahriman, principe de
destruction et d'ob-scurité, a fortiori s'il est allié au mammonisme de la
Ban-que d'Angleterre ou de l'économicisme américain).

La lutte entre l'Occident et l'Orient de notre continent con-stitue


effectivement la dynamique majeure de notre histoi-re. Cette lutte se joue
sur le Danube. Les Romains distinguaient deux "Danube(s)": l'un partant
de sa source en Forêt Noire souabe jusqu'à ses "cataractes" dans les
Balkans et portant son nom celtique "Danuvius", l'autre partant de ces
cataractes jusqu'à son embouchure et portant son nom grec "Ister". Cette
limite sera également celle des deux empires romains d'Orient et
d'Occident. La césure repose sur un fait hydrographique: la coupure de la
navigation sur le Danube à hauteur des "Portes de Fer", nommées
"cataractes" dans l'antiquité. Les conflits ultérieurs entre les deux empires
auront pour objet tout à la fois la Méditerranée et le Danube.

Missions de Bregenz et de Passau

Au moment de la christianisation de l'Europe centrale, les missions


celtiques (irlando-écossaises) parties de Bregenz, et partisanes d'une
réconciliation avec les modèles du monachisme byzantin, entreront en
concurrence, et perdront la lutte, devant les missions, également
danubiennes de Passau; celles-ci sont partisanes de la suprématie papale
romaine, hostile à Byzance donc, en fin de compte, hostile au principe
impérial de la vieille Rome, dont la Papauté se réclame parfois, ce qui
constitue une dangereuse imposture. Les missions de Passau obtiendront
gain de cause en Hongrie, en dépit de l'existence et de la persistance d'une
zone mixte, de rites inspirés de la liturgie byzantine mais d'obédience
papiste-romaine (Moravie, Croatie). Elles étendront leur influence
jusqu'aux Portes de Fer. A l'Est, la domination byzantine demeurera. A
l'Ouest la domination franque et romaine s'établit solidement. Byzance a
214
EUROCOMBATE

le des-sous car on ne peut vaincre dans cette compétition que si l'on


domine la Pannonie de la frontière morave à l'Adriatique. Cette zone
charnière reste "romaine", donc "Rome" reste maîtresse du jeu. Les
Ottomans seront plus tard très conscients de cet enjeu: pour eux, la
domination de l'Eu-rope passe également par le maîtrise de la Pannonie et
de la Croatie, mais la détermination germanique de l'impérialité
européenne a quelque peu déplacé vers l'Ouest le point névralgique
assurant cette domination. C'était Vienne désormais qui constituait la clef
du Danube, que les Ottomans ap-pelaient la "Pomme d'Or". Les deux
assauts ottomans contre la capitale impériale de l'Europe se sont soldés
par de cuisants échecs. Raison pour laquelle l'Europe n'est pas turco-
musulmane aujourd'hui, en dépit de la trahison française. Le deuxième
échec devant Vienne, malgré le rôle immonde qu'a joué le "Räuberkönig"
Louis XIV (le "Roi des Bandits") en attaquant les troupes impériales
européennes dans le dos pour soulager les Turcs, a scellé le déclin
définitif de la puissance ottomane, qui a cessé de nuire à l'en-semble
européen.

Rhône, Rhin et Danube

La dynamique de l'histoire romaine, pour reprendre les thèses de


Stegemann, ou la logique de l'expansion territoriale romaine, repose in
fine sur la bonne maîtrise de ces trois bassins fluviaux d'Europe. L'objet
des guerres puniques a été de contrôler le bassin occidental de la
Méditerranée, contrôle solidement assuré par la conquête de la Sicile.
Celle-ci occupe une position charnière entre les bassins oriental et
occidental de la Méditerranée. Potentiellement, la puissance qui s'en
empare est susceptible, moyennant peu d'efforts, de contrôler les deux
bassins de la Méditerranée. Les forces puniques, carthaginoises,
disposaient d'atouts territoriaux importants, avec les Baléares, l'Espagne,
les tributaires gaulois dans le bassin du Rhône (qui fournissaient
d'excellents mercenaires) et le contrôle des passages alpins permettant
d'accéder en Italie. Hannibal utilise tous ces atouts, mais échoue en Italie.
Après les trois guerres pu-niques, les Romains prennent conscience que
l'Italie se dé-fend sur le Rhône, avant les cols alpins. Rome va donc dé-
ployer successivement quatre projets stratégiques pour éviter le retour de
215
EUROCOMBATE

tout Hannibal:

- la colonisation de l'Espagne, qui serra un processus de très longue durée


et qui commencera par la maîtrise des côtes méditerranéennes, la façade
atlantique n'étant, à cette époque-là, d'aucune utilité.

- la colonisation de la Provence, visannt surtout à occuper l'embouchure


du Rhône et, progressivement, à remonter sa vallée le plus loin possible.

- éviter un nouveau danger, dans la messure où la Provence reste ouverte


à des peuples non contrôlés au Nord, Gaulois ou Germains (avec l'arrivée
des Cimbres et des Teutons d'a-bord, des Suèves d'Arioviste ensuite).

- ce danger, représenté par le non colmmatage de la frontière


septentrionale de la Provence, aux confins du pays des Eduens, c'est-à-
dire de l'Auvergne actuelle, va obliger Rome à satelliser les tribus
gauloises de la vallée du Rhône qui deviennent des alliées.

- d'intervenir pour protéger ces alliéss, notamment au moment où


Arioviste bouscule les Helvètes qui se réfugient chez les Séquanes de
Franche-Comté, alliés de Rome.

La "Trouée de Bâle" ou les "Portes de Bourgogne"

César va donc être obligé de colmater la brèche par la-quel-le les


Germains, à la suite des Suèves d'Arioviste, peuvent s'engouffrer dans le
territoire mal organisé des Gaules et donc menacer plus sérieusement la
Provence que ne le fi-rent jadis, du temps de Marius, les Cimbres et les
Teutons. Dans cette campagne contre Arioviste lui-même fort cons-cient
de l'enjeu hydrographique et géographique de la région gauloise qu'il
occupe dans les Vosges et sur le cours du Doubs, à peu près jusqu'à
Besançon César prend cons-cience de toute la dynamique géopolitique
et hydrogra-phique de l'hinterland européen du bassin occidental de la
Mé-diterranée. En toute logique, la présence des troupes d'A-rioviste dans
la vallée du Doubs démontre à César que la Provence ne peut être tenue
que si toute la vallée du Rhô-ne est sécurisée au bénéfice de l'empire
ouest-méditerra-néen de Rome; mais cette même vallée du Rhône n'est
216
EUROCOMBATE

sûre que si la trouée de Bâle et de Belfort (la Porte de Bourgo-gne) est


verrouillée contre les Germains. Mais pour bien ver-rouiller cette Porte de
Bourgogne, il faut contrôler le Rhin en aval jusqu'à la Mer du Nord. Par
conséquent, César constate très vite que le Rhin et le Rhône sont liés l'un
à l'au-tre stratégiquement parlant. De même, le bassin du Rhô-ne donne
accès, via son principal affluent, la Saône, au Plateau de Langres sur
lequel passe la ligne de partage des eaux et où la Seine atlantique prend
sa source, de même que la Meuse. Le contrôle du Rhône implique celui
de la Saô-ne, qui, à son tour, implique celui de la Seine et de ses af-
fluents. Qui plus est, la Seine donne accès à la Manche, d'où vient l'étain
des Cornouailles; le contrôle de la Seine im-plique aussi de contrôler le
Sud de la Grande-Bretagne. Ce que tentera de faire César et que
parachèveront ses successeurs.

Après César, la proximité des sources du Danube et de la Porte de


Bourgogne montre que la maîtrise du Rhône au départ de la Provence
conduit à la nécessité de maîtriser le Rhin et à l'opportunité de contrôler
le Danube. Ce processus sera amorcé dès Auguste, puis achevé par Trajan
qui conquiert la Dacie (l'actuelle Roumanie).

La stratégie de César est toujours d'actualité

Tout cela n'est pas de l'histoire ancienne. La stratégie de Cé-sar a été


rééditée lors de la seconde guerre mondiale, à croire que les stratèges
anglais et américains ont non seulement suivi les conseils de leur meilleur
géopolitologue, Mackinder, mais aussi bien assimilé l'étude magistrale de
Stegemann. Le débarquement de Provence, le 15 août 1944, permet aux
troupes alliées de s'emparer rapidement de la vallée du Rhône pour se
heurter à une résistance allemande acharnée à hauteur des Portes de
Bourgogne, exactement dans les mêmes lieux où Arioviste avait livré
bataille à César. La victoire des troupes franco-marocaines et américaines
dans les Vosges alsaciennes conduit les alliés à s'emparer de la Porte de
Bourgogne et du Haut Rhin puis de passer celui-ci en direction des
sources du Danube dans la Forêt Noire, en plein Pays Souabe ("souabe"
dérivant de "suève", la tribu d'Arioviste). La campagne commencée par le
débarquement de Provence jusqu'à la prise de Belfort à la fin de l'année
217
EUROCOMBATE

1944, est une réédition moderne de la campagne de César contre


Arioviste.

Unifier les bassins du Rhône, du Rhin et du Danube

Cette double référence historique au conflit qui a opposé César à


Arioviste, d'abord, et à la campagne qui a suivi le débarquement en
Provence en août 1944, ensuite, nous fait prendre conscience de la
nécessité géopolitique d'unifier autant que possible les trois bassins du
Rhin, du Danube et du Rhône, soit la Mer du Nord (et la Baltique par les
nou-veaux canaux du Nord de l'Europe), la Méditerranée occi-dentale et
la Mer Noire, afin que la future Union Européen-ne puisse demeurer
maîtresse des grandes voies de com-muni-cation à l'intérieur même des
terres, sans intervention possible d'une puissance maritime extérieure à
notre sous-continent. Cette nécessité doit nous conduire à condamner
sans appel l'obstruction commise par les Verts français, dont Madame
Voynet, au creusement d'un canal à grand ga-barit entre Rhin et Rhône.
Une telle man¦uvre politi-cienne, criminelle et abjecte, ne peut profiter
qu'aux pires en-nemis de l'Europe. Et, en dernière instance, a sûrement
été "soufflée" par ceux-ci.

Dans cette même perspective romaine et impériale, la lon-gue guerre


entre l'Autriche-Hongrie et les Ottomans a été une lutte pour le Danube,
donc, en poursuivant notre rai-son-nement, pour ré-inclure la Mer Noire
dans l'¦coumène européen, en faire une mer intérieure sans immixtion é-
tran-gère, c'est-à-dire sans l'intrusion d'une dynamique géo-graphique
dont le point de départ ne serait pas européen, ne serait pas situé sur la
ligne qui part du Danemark (l' In-sula Scandza, matrice des nations pour
les Romains) pour aboutir en Sicile en incluant l'espace sis entre Vienne
et Bu-dapest. L'Europe doit annuler les effets de toute dynamique
géographique extérieure, prenant pour point de départ un espace mal
défini situé au-delà de la Mer d'Aral ou du Lac Balkach (la perspective
turque ou pantouranienne) ou le centre de la péninsule arabique (la
perspective arabo-mu-sul-mane), dans la Mer Noire, mer intérieure, et
dans la Mé-diterranée orientale. Aucune de ces dynamiques ne peut dé-
border à proximité du sous-continent européen, ne peut avoir de
218
EUROCOMBATE

Wachstumspitze (de "pointe de croissance" pour re-prendre le


vocabulaire de Karl Haushofer) dans l'orbite de l'¦coumène européen,
c'est-à-dire dans tous les territoires qui ont jadis fait partie de l'empire
romain.

Permanence des faits telluriques et "longue histoire"

La Hanse médiévale s'est étendue sur le territoire de la gran-de plaine


nord-européenne, où coulent des fleuves pa-ral-lèles, à l'époque non
reliés entre eux. Pour en tirer pro-fit, la Hanse a eu le génie d'organiser
les mers intérieures du Nord (Mer du Nord, Mer Baltique) en prenant les
mar-chandises de l'intérieur du continent dans les ports des em-bouchures
pour les répartir sur les pourtours. Cette optique reste d'actualité.

Conclusion: ce panorama de faits historico-géographiques doit nous


conduire à saisir la permanence des faits tel-lu-riques, fondements de la
"longue histoire" (Braudel). Tout em-pire viable doit être porté par des
hommes capables de garder toujours en tête les éléments permanents de
cette "longue histoire", car aucun empire ne peut survivre sans une telle
"mémoire de l'espace". Aujourd'hui, nous aurons à nouveau un "empire"
en Europe, un système impérial (rei-chisch), si nous optimisons nos
systèmes de communications (surtout les satellites de
télécommunications), si nous par-ve-nons directement à percevoir les
man¦uvres d'obstruc-tion menées par des politiciens corrompus afin de les
com-battre immédiatement et sans pitié. Si nous avions eu une telle
attitude, si nous avions eu la "mémoire de l'espace", nous n'aurions
jamais avalisé la guerre américaine contre la Serbie et, ipso facto, l'euro
n'aurait pas dévalué dans la fou-lée de cette guerre, qui fut une
catastrophe pour l'Eu-ro-pe sans que les fausses élites qui la gouvernent
aujourd'hui ne s'en soient aperçu.

Des principes politiques de tout "Reich"

D'abord, il faut préciser que le "Reich" n'est pas une nation, même s'il est
porté, en théorie, par un "populus" (le "po-pu-lus romanus") ou une
"nation" (la "Deutsche Nation"). Erich von Kuehnelt-Leddhin nous a très
219
EUROCOMBATE

bien montré la différence entre le "Reich" et la "nation"; si sa position


n'est pas natio-naliste, et même anti-nationaliste, il n'a rien contre les sen-
timents d'appartenance nationale, contre la fierté d'appar-tenir à une
nation. De tels sentiments sont positifs, écrit-il, mais doivent être
transcendés par une idée. Cette transcendance conduit à une verticalité,
qui s'oppose à tou-tes les formes modernes d'horizontalité, ce qui est, par
ail-leurs, l'idée majeure, le noyau idéel, de toutes les tra-di-tions, comme
le souligne aussi Julius Evola. Mais cette no-tion traditionnelle et
verticale oublie parfois la profondeur de l'humus: en tenant compte de cet
humus, nous disons qu'il n'y a pas de verticalité ouranienne sans
profondeur chtonienne. Pour résumer brièvement la position tradition-
nelle d'Erich von Kuehnelt-Leddhin, disons que les horizon-talités
modernes ne permettent pas le respect de l'Autre, de l'être-autre. Si
l'Autre est jugé dérangeant, inopportun dans son altérité, il peut être
purement et simplement éli-miné ou mis au pas, sans le moindre respect
de son alté-rité, car l'horizontalité fait de tous des "riens ontologiques",
privés de valeur intrinsèque. Tel est l'aboutissement de la lo-gique
égalitaire, propre des idéologies et des systèmes qui ont voulu usurper et
éradiquer la tradition "reichique": si tout vaut tout dans l'intériorité de
l'homme, ou même dans sa constitution physique, cela signifie,
finalement, que plus rien n'a de valeur spécifique, et si une valeur spé-
cifique cherche à pointer envers et contre tout, elle sera vi-te considérée
comme une anomalie qui appelle l'exter-mi-nation, l'intervention
fanatique et sanglante de "colonnes in-fernales". La verticalité, en
revanche, implique le devoir de protection et de respect, un devoir de
servir les supé-rieurs et un devoir des supérieurs de protéger les infé-
rieurs, dans un rapport comparable à celui qui existe, dans les sociétés et
les familles traditionnelles, entre parents et enfants. La verticalité respecte
les différences ontolo-gi-ques et culturelles; elle ne les considère pas
comme des "riens", qui ne méritent ni considération ni respect.

Des serviteurs de l'Empire issus de toutes les nations

Dans un empire cohabitent diverses communautés et, partant, vu


l'extension territoriale importante de tout empire, divers peuples, que l'on
ne songe pas à fusionner dans un magma insipide et indifférencié. Les
220
EUROCOMBATE

empires sont généralement pluriethniques. C'était le cas de la monarchie


austro-hongroise, dernière détentrice de l'impérialité romaine-
germanique, où des hommes de toutes origines ethniques ont servi, non
seulement des Autrichiens et des Hongrois mais aussi des Slaves du Sud
tel le général serbe Bosoïev, puis, pendant la seconde guerre mondiale, le
général d'origine croate Rendulic, qui fut le dernier à rendre les armes;
lors de la guerre de Trente Ans, le Brabançon Tilly de 't Serclaes
commande l'armée bavaroise, puis toute l'armée impériale; sa statue se
dresse encore et toujours dans la Feldherrenhalle de Munich; le Lombard
Montecuccoli sert également l'Autriche impériale, sans oublier le plus
illustre des Savoisiens: le Prince Eugène. En Russie, les généraux sont
sou-vent des Allemands ou des Allemands des Pays Baltes, y compris
Rennenkampf qui envahit la Prusse orientale en 1914. Le ministre Witte
est d'origine flamande ou hollandaise. Xavier de Maistre, frère de Joseph,
a également exercé un commandement dans l'armée du Tsar, pour lutter
contre les folies révolutionnaires et bonapartistes. Les Liégeois fondent
plus tard les usines d'armement russes, dont les pistolets Nagant sont un
souvenir. En Belgique, où la logique impériale s'est maintenue jusqu'en
1918, où la seconde offensive jacobine a eu raison des traditions
séculaires, l'armée de 1914 est commandée en Afrique par un Danois, le
Colonel Olsen, et en métropole par Jungbluth, Rhénan, et par Bernheim,
Viennois d'origine israélite.

Véritable multiculturalité et multiculturalité exterministe

L'empire est donc fait de multiplicités, de différences, qui n'ont rien de


commun avec la fausse multiculturalité vantée par les médias
d'aujourd'hui. Cette multiculturalité, escroquerie idéologique, relève
justement de cette horizontalité qui vise à vider tous les hommes,
autochtones et allochtones, de leur substance ontologique. Cette
multiculturalité tue l'essentiel qui vit en l'homme. Toute politique qui
cherche à la promouvoir est une politique criminelle, exterministe, au
sens où l'entendait le philosophe américain Thompson. A cette
multiculturalité, masque publicitaire pour faire accepter l'exterminisme
moderne, il faut opposer la verticalité impériale ou l'idée sublime de
Herder, qui voyait en l'Europe une "communauté de personnalités
221
EUROCOMBATE

ethniques imbriquées dans l'histoire". A la suite de ces réflexions de


Herder sur la diversité européenne, la centralité géographique de
l'Allemagne, encore morcelée, fait d'elle, pour les romantiques qui sont
passés de l'idéal révolutionnaire et illuministe à l'idéal d'une restauration
charnelle au-delà des géométrismes abstraits et désincarnés du
jacobinisme, le "Sacrum Imperium" parfait, branché territorialement sur
les peuples romans, slaves et scandinaves, et seule apte, de ce fait, à faire
éclore et vivre une synthèse européenne.

A la suite de ces deux batteries d'arguments, les uns d'ordre


organisationnel et territorial, les autres d'ordre philosophique et éthique, il
me paraît opportun, avant de conclure, de poser deux questions
importantes:

- Quelle catégorie d'hommes peuvent-ils incarner le "Reich"?

- Comment une telle catégorie d'hommes a-t-elle émergé au sein de


l'humanité européenne?

La catégorie d'hommes capables d'incarner un "Reich" est née de la


tradition persane, laquelle à été longtemps un "Orient" (un modèle sur
lequel on s'"orientait"), mais ce fait d'histoire et de tradition n'est plus pris
en compte à sa juste valeur. Dans la tradition persane, il est question d'un
"hiver éternel", allusion plus que probable au début d'une ère glaciaire
particulièrement rude, qui a surpris les premiers peuples européens dans
leur habitat premier. Au moment où survient cet "hiver éternel", un roi-
héros, Rama, rassemble les tribus et les clans et se dirige, à leur tête, vers
le Sud, vers le Caucase, la Bactriane et la Perse (les hauts plateaux
iraniens). Ce roi-héros fonde les castes, ou, plus exactement, les fonctions
que Georges Dumézil étudiera ultérieurement. Après avoir mené son
peuple à bonne destination, pour échapper aux rigueurs de cet "hiver
éternel", Rama se retire dans les montagnes. Cette figure héroïque et
royale se retrouve dans les traditions avestique et védique où il s'appelle
Yama ou Yima.

Pour mener cette expédition et cette migration, Rama-Yama-Yima s'est


servi de chevaux et de chars et a jeté ainsi les premiers principes
222
EUROCOMBATE

d'organisation d'une cavalerie, principes qui resteront l'apanage premier


de ces clans et tribus qui se mêleront pour former le peuple iranien (perse
ou parthe) de la haute antiquité. Plus tard, Zarathoustra (Zoroastre)
codifie les règles que doit suivre chaque cavalier. La codification
proprement dite est l'¦uvre de son disciple Gathas. La troupe de
Zarathoustra, qui doit faire respecter son enseignement pratique, est
armée de massues (la "Clave" dans l'¦uvre de Julius Evola). Au départ de
la troupe des adeptes de Zarathoustra se forme la caste des guerriers, les
Kshatriyas de la tradition indienne, une caste opérative ancrée dans le réel
politique et géographique, qui domine la caste des prêtres, contemplative
et moins encline à exercer sur elle-même une discipline rigoureuse.

Un idéal simple et rigoureux

Des rangs des Kshatriyas sont issus les rois, ce qui implique, dès le départ
de la tradition indo-européenne d'Iran, la domination de l'homme actif sur
l'homme contemplatif (préconisée par Evola). La figure iranienne de
Sraosha, qui donnera le Saint Michel de la tradition médiévale, évolue
entre le ciel et la terre, c'est-à-dire entre l'idéal de la Tradition et la réalité,
va et vient qui postule une formation rigoureuse, à l'instar des disciples de
Zarathoustra. Ceux-ci, au fur et à mesure que se consolide la tradition
iranienne, sont formés à rendre claire leur pensée, à purifier leurs
sentiments, à prendre conscience de leur devoir. Armés de ces trois
principes cardinaux d'orientation, le disciple de Zarathoustra lutte contre
Ahriman, incarnation du Mal, c'est-à-dire de la déliquescence des
sentiments, qui rend inapte à ¦uvrer constructivement et durablement dans
le réel. Seuls les chevaliers capables d'incarner cet idéal simple mais
rigoureux se donneront un charisme, un rayonnement, une lumière, la
kwarnah. Ils sont liés entre eux par un serment.

En 53 av. J. C., quand les troupes parthes de Surena affrontent les légions
du triumvir Crassus, figure méprisable par sa cupidité et avare de son or,
les Romains sont soit horrifiés de cette rigueur, s'ils sont décadents
comme Crassus, soit fascinés, s'ils ont encore le sentiment de l'Etat.
Pendant la longue lutte entre Romains et Parthes, des éléments de cette
spiritualité militaire iranienne vont petit à petit se distiller dans le monde
223
EUROCOMBATE

occidental, notamment quand des chevaleries indo-iraniennes, comme les


cataphractaires sarmates ou les cavaliers alains, vont se mettre au service
de Rome. Les Goths, venus de Scandinavie, découvrent à leur tour cette
spiritualité de Kshatriya quand ils déboulent en Crimée, dans l'espace
scythe. Ils reprennent traditions et techniques des peuples cavaliers de la
zone pontique et les introduisent dans le monde germanique. Le dieu
Odin, avec son coursier, véhicule quelques éléments iraniens et, Loki,
dieu trickster, hérite de traits prêtés à l'Ahriman perse.

La tradition iranienne arrive en Europe par les Croisades

Chez les Francs, la hache de combat, la framée, entre Clovis (Chlodweg)


et les Croisades, implique un art militaire transmis, mais l'Occident ne
connaît pas encore de chevalerie sur le modèle iranien. Les Francs
disposent d'une militia mais pas encore d'une chevalerie, selon les critères
des périodes ultérieures. Au cours des croisades, quand les troupes
franques et germaniques entrent en contact avec les chevaleries persanes
(islamiques) et arméniennes (chrétiennes), héritières des traditions de
l'Iran ancien, elles renouent progressivement avec l'héritage perdu de
l'Orient indo-européen que représente la tradition avestique, subsistant
encore malgré la "pseudomorphose" islamique. La fotowwat ("service",
"chevalerie", "jeunesse") d'Iran est une transposition de l'héritage ancien
dans un cadre islamique. Jean Tourniac, disciple de Guénon, dans son
ouvrage Lumière d'Orient, explicite le cheminement qui va de cette
chevalerie d'Iran, dont les origines sont zoroastriennes et participent d'un
culte de la Lumière, aux chevaleries occidentales et templières, qui se
sont constitués dans la foulée des croisades.

La chevalerie médiévale est tout à la fois militaire, hospitalière et gère un


système bancaire, afin que l'activité économique soit également
compénétrée d'une éthique lumineuse, dérivant, en ultime instance, en
remontant la concaténation des avataras, de la même matrice iranienne et
zoroastrienne, issue des premiers peuples indo-européens ayant déboulé
dans l'actuelle Perse. L'Iran traditionnel, en dépit de son islamisation de
surface, a été détruit plus tard par les Mongols. Il ne s'en est plus jamais
relevé et n'a plus pu redevenir un "Orient". Dans l'¦uvre de Henry Corbin,
224
EUROCOMBATE

le plus grand iranologue et islamologue français du 20ième siècle, nous


trouvons plus d'un hommage au philosophe perse islamisé Sohrawardi,
qui, dépositaire de la sagesse iranienne originelle, s'insurge, avant la
destruction de son pays par les Mongols, contre la bigoterie, le
rationalisme étriqué qui est son corollaire, et réclame le retour à une
attitude noble, lumineuse, archangélique et michaëlienne, qui n'est rien
d'autre que la tradition perse/avestique des origines les plus lointaines.
Sohrawardi réclame une révolte contre la caste des prêtres étriqués, et,
partant, contre toutes les pensées et démarches impliquant des limitations
stérilisantes. Cette attitude a toujours paru suspecte aux castes de prêtres
ou d'intellectuels, soucieux d'imposer des corpus figés aux populations
qui leur étaient soumises, en Occident comme en Orient. Arthur de
Gobineau, à qui l'on reproche un nordicisme que l'on décrète caricatural
et ancêtre direct du nazisme, a été le premier, en Europe, à attirer
l'attention des Européens de son temps, sur le passé lumineux de la Perse
antique, modèle plus fécond, à ses yeux, que la Grèce, trop intellectuelle
et trop spéculative. Le modèle chevaleresque, dont les traces premières
remontent à Rama et à Zarathoustra, induit une pratique de la maîtrise de
soi, supérieure, pour Gobineau, à la spéculation intellectuelle des
Athéniens. Et, de fait, quand la Perse a été laminée par les Mongols,
l'Islam tout entier a commencé à sombrer dans le déclin. Le
fondamentalisme wahhabite est l'expression de cette décadence, dans la
mesure où il est une réaction outrée, caricaturale, au déclin de l'Islam,
désormais privés de la grande Lumière de la Perse. Les pauvres
simagrées wahhabites ne pouvant bien entendu jamais servir d'Orient².

La "nouvelle chancellerie impériale" selon Carl Schmitt

Si le modèle de la chevalerie perse et arménienne a pu constituer un


modèle pour l'Europe, un mode opératif traditionnel sans égal, de type
"kshatriyaque", ou de dominante "kshatriyaque", il ne peut être pensé en
dehors du projet de "nouvelle chancellerie impériale européenne", énoncé
par Carl Schmitt. Celui-ci a évoqué la nécessité de former une instance de
ce type, après les catastrophes qui ont frappé l'Europe dans la première
moitié du 20ième siècle et pour préparer la renaissance qui suivra
l'assujettissement de notre sous-continent. Cette chancellerie doit reposer
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EUROCOMBATE

sur trois faisceaux d'idées: 1) le droit selon l'école historique fondée par
Savigny, où le droit est inclus dans une continuité historique bien
maîtrisée, permettant la durée des ordres concrets de la société; 2) sur
l'économie, découlant de l'école historique de Rodbertus, et plus
particulièrement sur le corpus que nous a légué Schmoller; 3) Sur la
redécouverte de la tradition fondatrice, à partir des recherches de
Bachofen, qui ont eu des répercussions chez Julius Evola, défenseur des
principes "kshatriyaques", et chez Georges Dumézil, qui a bien mis les
fonctions des sociétés traditionnelles indo-européennes en exergue, dont
bien entendu la fonction "kshatriyaque". Dans l'¦uvre de Kantorowicz, qui
a réhabilité de manière particulièrement lumineuse la figure de
l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen, nous retrouvons également un
filon qui nous mènera au véritable "Orient" perse/avestique, qui n'a rien à
voir avec les "Orients", grands ou petits, des parodies criminelles et
étriquées qui ont conduit l'Europe à sa perte. L'étude de l'itinéraire de
Frédéric II nous amène forcément à la spiritualité active des chevaleries
germaniques, guerrières et hospitalières, et des modèles arméniens et
iraniens rencontrés pendant les croisades, notamment à travers la
personnalité lumineuse de Saladin, prince kurde.

L'étude de ce vaste domaine des traditions est un travail colossal, surtout


si on le couple à l'étude précise de notre propre cadre géographique
(nécessité si l'on veut connaître la terre que notre "Reich" doit féconder).
Un travail colossal que nous devrons mener sans jamais fléchir, jusqu'à
notre dernier souffle, comme nous l'a montré Marc. Eemans, explorateur
des Orients perses, des traditions germaniques et de la mystique de
Flandre et de Rhénanie. Mais l'appel de la Lumière, archangélique et
michaëlienne, est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous
soustraire, faute de commettre une impardonnable trahison, surtout à
l'égard de nous-mêmes.

* Conférence tenue au séminaire de "Synergon-Deutschland" (avril 2000)

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