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LES RÉSONATEURS
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

I- ANATOMIE

1- Les résonateurs
On donne le nom de résonateurs aux cavités que le son laryngé traverse avant
d'arriver à l'air libre, à savoir l’hypopharynx et l’oropharynx, la cavité buccale, et
pour certains sons, le nasopharynx et les fosses nasales.

Les résonateurs, situés entre les cordes vocales et l'ouverture de bucco-nasale,


correspondent au système de production de la parole.
Ils comprennent un ensemble d'organes qui, comme le larynx, ne sont pas seulement
dévolus à la fonction de communication.
Ces organes constituent le tractus ou conduit vocal. Ce tractus est responsable des
modifications de l'énergie sonore produite par le larynx pour en faire les sons du
langage, par un ensemble d'actions telles que l'articulation (qui correspond à des
mouvements relatifs de ses organes entre eux), la production de bruit de
turbulences (tels que des claquements, des sifflements…) et les résonances (qui sont
des modes de vibrations particulières à certaines fréquences préférentielles). La
particularité du conduit vocal est de pouvoir faire varier sa forme, sa longueur, ses
volumes, et donc ses caractéristiques acoustiques.

2- Organes dont dépend la taille des résonateurs

La taille et la forme des résonateurs varient dans des proportions considérables,


car leurs parois sont sous la dépendance d’organes mobiles : le maxillaire inférieur,
la langue, les muscles du pharynx, le voile du palais, les lèvres.

a- Le maxillaire inférieur ou mandibule


Le maxillaire inférieur est relié au crâne par l'articulation temporo-mandibulaire.
Ses mouvements sont sous la dépendance des muscles masticateurs et en
particulier du muscle masseter (élévation de la mandibule et fermeture buccale)
et des muscles sus-hyoïdiens (abaissement de la mandibule et ouverture buccale).
Sur le plan phonatoire, l'ouverture de la mandibule entraîne un agrandissement de
la cavité buccale par abaissement du plancher buccal, ainsi que, très souvent, un
abaissement laryngé (bâillement), d'où un agrandissement de la cavité pharyngée.

b- La langue
La langue présente une structure extrêmement complexe. Ses muscles sont au
nombre de 17 et ses mouvements sont nombreux et variés. Sa base, postérieure,
est relativement peu mobile, mais sa position plus ou moins avancée dans la cavité
buccale influence la taille du résonateur pharyngé.
La pointe ou apex, antérieure, est très souple et peut prendre les formes les plus
diverses. Son rôle est capital dans l'articulation des sons et des bruits de la
parole.

3-Les muscles du pharynx


Le pharynx est un conduit musculo-membraneux qui s'étend verticalement depuis
le larynx en bas jusqu'à la cavité buccale et aux fosses nasales en haut.
Ce conduit à la forme d'un entonnoir irrégulier dont la longueur et le diamètre
peuvent varier en fonction de l'activité des muscles qui le constituent. Ces
derniers se divisent en :
- muscles élévateurs (muscles du voile du palais, muscles élévateurs du larynx)
- muscles constricteurs : en se contractant, ses muscles rétrécissent les
diamètres antero-postérieur et transversal du pharynx. 

4- Le larynx
Le larynx constitue la limite inférieure de l'entonnoir pharyngé. En fonction de sa
position dans le cou, il va donc modifier la longueur du résonateur pharyngé.
Toute élévation du larynx raccourcit la longueur du pharynx, alors que tout
abaissement laryngé allonge la cavité pharyngée.
Par ailleurs, le ventricule de Morgani, cavité située entre les bandes ventriculaires
et les cordes vocales, est un résonateur dont la taille varie elle aussi, en fonction
de la position du larynx dans le cou. L’abaissement du larynx étire le larynx et
agrandit  le ventricule de Morgani. L’élévation du larynx réduit la taille du
ventricule de Morgani.
L’augmentation de la taille du ventricule de Morgani renforce son rôle de
résonateur, lui permettant notamment le renforcement des fréquence aiguës. 

5- Le voile du palais
Le voile du palais est une cloison musculo-membraneuse mobile qui prolonge en
arrière et en bas la voûte palatine.
Sa face antero-inférieure est concave (buccale), sa face postéro-supérieure est
en continuité avec le plancher des fosses nasales.
Son bord postérieur présente un prolongement conique médian : la luette. De
chaque côté de la luette, le bord postérieur présente 2 replis curvilignes : les
piliers antérieur et postérieur du voile du palais.
Entre les piliers se loge l’amygdale palatine.
Le voile du palais est constitué par une aponévrose (lame fibreuse) sur laquelle
s'insèrent des muscles (5 paires), le tout recouvert d'une muqueuse.
Le voile du palais est une «porte» qui autorise ou pas le passage de l’air vers les
cavités nasales.
Elevé et plaqué contre la paroi pharyngée postérieure, le voile oblige le son laryngé
à transiter par la cavité buccale. En fonction de sa position plus ou moins élevée, 
le voile influence la taille du résonateur pharyngé et du résonateur buccal.
Abaissé, le voile autorise le son laryngé à pénétrer dans les fosses nasales,
permettant ainsi la nasalisation des sons.

6- Les lèvres
A l'état de repos, les lèvres se situent au contact l'une de l'autre. Dans la parole,
elles produisent des mouvements complexes modifiant la longueur du résonateur
buccal et son degré d'aperture. Pour certains, la cavité labiodentale serait
responsable de la formation du troisième formant F3.

La source glottique, ou fourniture laryngée, est produite par la vibration de chaque


corde vocale. Elle est composée d’une multitude de sons purs regroupés en un son
complexe. Le son pur dont la fréquence est la plus grave correspond au son produit
par la vibration de la corde vocale dans toute sa longueur et prend le nom de
fondamental laryngé ou F0. 
Les autres sons composants la fourniture laryngée sont produits par la vibration de
chaque portion de corde vocale.
Cette fourniture laryngée va être modifiée par les ajustements articulatoires supra-
laryngés qui définissent le mode, la zone, l'aperture et la force articulatoire des
sons produits. Ces ajustements sont réalisés principalement par la langue, la
mâchoire, les lèvres et le voile du palais.
La phonétique articulatoire nous enseigne qu'il existe des cibles articulatoires pour
les différents segments phonétiques d'une langue. Elle nous enseigne aussi que, en
raison des différences morphologiques entre individus, les mêmes gestes
articulatoires ne produisent pas rigoureusement les mêmes sons chez 2 individus :
c'est une des sources de la variabilité inter individuelle.  Elle concerne aussi bien la
longueur du tractus vocal, l'axe vertical, le diamètre du tractus, l'axe transversal,
ou encore la tension générale des organes articulatoires et la nasalisation.

Modulation de l’axe vertical


Les modifications verticales du tractus vocal peuvent être obtenues de 2 façons : 
1. -le larynx peut être élevé ou abaissé 
2. -les lèvres peuvent être projetées en avant ou rétractées.

Ces 2 gestes ont pour effet de faire varier la longueur du tractus vocal et de
modifier en conséquence le spectre de l’émission sonore finale.

Modulation de l’axe transversal


La configuration du tractus vocal pour un segment donné peut être déplacée depuis
une position neutre dans plusieurs directions et aboutir à des constrictions ou des
expansions dans certaines parties du conduit vocal. Les changements de section
d'aires qui en résulte provoquent selon la zone, la direction des gestes, selon les
articulateurs concernés : la labialisation, la dentalisation, l’alvéolarisation, la
palatalisation, la vélarisation, la pharyngalisation...

II-Physiologie des cavités de résonance ou résonateurs

A - Le phénomène de résonance

Les résonateurs sont des organes capables de vibrer lorsqu’ils sont excités par
une source sonore. Cette mise en vibration des parois des résonateurs agit en
retour sur le son en l’amplifiant. C’est le phénomène de résonance.

1- Explication
En langage physique, la résonance est un terme bien précis. Tout objet, telle une
balançoire ou une tuyauterie, peut se comporter comme un oscillateur. Il existe une
fréquence dite de résonance qui correspond à la fréquence d'excitation qui convient
le mieux pour entraîner une oscillation de grande amplitude de cet objet.
Ainsi, une vibration excitatrice telle que l’ onde sonore produite par le larynx, tend à
mettre en mouvement tous les corps susceptibles de vibrer qui se trouvent sur son
passage.

Les «puffs » d'air qui traversent successivement les cordes vocales peuvent être
assimilés à des impulsions acoustiques : ces impulsions acoustiques sont des sons
complexes, constitués par une multitude de sons purs.
L'impulsion laryngée se propage aux molécules de l'air occupant des cavités supra-
laryngées : en traversant ces cavités, l'impulsion acoustique est propagée, mais
également modifiée.
Le propre d'une vibration (ici l’onde sonore) est de mettre mouvement tous les
corps élastiques (c'est-à-dire déformables) qui se trouvent sur son passage. Ces
corps déformables ont leur propre période de vibration, c'est-à-dire qu'il peuvent
vibrer à un certain rythme ou à une certaine fréquence.
Si leur fréquence de vibration est la même que celle de la source sonore (ici
l’impulsion laryngée), le corps déformable va se mettre à vibrer lors du passage de
l'impulsion acoustique. La vibration des parois du corps déformable va
secondairement amplifier la vibration qui le traverse : c'est le phénomène de
résonance.
Le son va ainsi être renforcé par l'unité vibrante du corps déformable qu'il
traverse, à la condition que le son ait la même fréquence que celle du corps
déformable (résonateur).
Si le son est complexe, c'est-à-dire constitué d'impulsions de plusieurs
fréquences, une des composantes (encore appelées harmoniques) est plus
particulièrement renforcée par la cavité de résonance.
Si c'est un harmonique grave qui est renforcé, le timbre rendu sera plus grave,
plus sombre. Si c'est un harmonique aigu, le timbre sera éclairci.
Le résonateur agit donc comme un filtre, réduisant certains harmoniques, en
renforçant d'autres : le timbre se définit comme l'audibilité des harmoniques.
Le conduit vocal absorbe, dissipe une partie de l’énergie laryngée, en amplifie une
autre en la renforçant. Les résonateurs agissent comme des filtres qui, disposés
en parallèle et en série, déterminent au final la fonction de transfert du conduit
vocal.

2- Caractéristiques acoustiques des résonateurs

2-1-Généralités

Le timbre se définit donc comme l'audibilité des harmoniques : c'est-à-dire que le


timbre est la résultante audible du modelage par les cavités de résonance du son
complexe produit par les cordes vocales.
Par ailleurs, parallèlement à la production de ces sons, en fonction du point
d’articulation et du mode d'articulation, nous sommes capables de produire des «
bruits ».
L'air provenant des voies respiratoires, traversant les cordes vocales, va donc
permettre la production :
- des consonnes de la parole (ainsi que tout un panel de bruits dits « expressifs »)
1. -des voyelles (timbre vocalique)
2. -du timbre extra vocalique

2-2- La production des consonnes

Les organes qui constituent les parois des résonateurs sont capables d'une
multitude de mouvements.
Une grande quantité de bruits peuvent être produits par un sujet, un certain
nombre de ces bruits vont acquérir une signification phonétique du fait de leur
utilisation dans la parole.
Ces bruits peuvent être classés selon leur point d'articulation et selon les
modalités de fonctionnement à chaque point d'articulation.

1-Les points d'articulation


les lèvres /la lèvre inférieure et le bord inférieur des incisives
la partie antérieure de la langue et la face postérieure des incisives
le dos de la langue et le palais
les cordes vocales
le voile du palais et le plafond du rhinopharynx
les orifices narinaires ou la filière nasale au niveau des cornets inférieurs.

2-Les modalités de fonctionnement


écoulement (air freiné)
explosion (air arrêté puis libéré)
vibration (air provoquant la vibration de certains organes).

À chaque point d'articulation caractérisé par son mode de fonctionnement, peut


s’associer ou non une vibration des cordes vocales : son voisé ou non voisé
(sonore/sourd).

2-3- La production des voyelles

Les points de résonance du conduit vocal amènent à l'émergence de certaines


fréquences, correspondant au plan acoustique à l'individualisation de zones
formantiques ou formants. 3 formants principaux, dits vocaliques car variant en
fonction des données linguistiques, sont clairement identifiés. Il s'agit, du grave à
l'aigu :
- du 1e formant F1 produit par le pharynx
- du 2e formant F2 émis par la cavité buccale
1. -du 3e formant F3 attribuée à la cavité labiodentale
Pour les voyelles nasales : l'adjonction du résonateur nasal modifie le deuxième
formant de la voyelle.

Les fréquences respectives de F1 et F2 varient selon la configuration anatomique


précise du résonateur en cause. Ainsi F1 s’étend de 300 à 800 Hz, F2 de 800 à 2500
Hz. À partir de ces 2 premiers formants, on peut construire un classement des
voyelles en terme acoustique (fréquence de F1 et F2) mais aussi articulatoire
(conformation anatomie des résonateur pharyngé et buccal). On réalise ainsi un
triangle vocalique autour des 3 voyelles cardinales universelles /a/, /u/, /i/, situées
aux extrêmes sur le plan acoustique. Elles le sont également au plan articulatoire et
donc à ce premier triangle se superpose un second triangle qualifié d'articulatoire.
Pour la perception des voyelles, le filtrage réalisé par les qualités de résonance
conduit en quelque sorte à une simplification du code acoustique que doit percevoir
l'auditeur.

Il existe théoriquement un nombre de combinaisons infinies pour la position de


chaque cavité de résonance, et donc un nombre infini de voyelles.
En fait, en fonction du code linguistique utilisé, et en particulier en français, on
utilise une dizaine (16) de timbres vocaliques fondamentaux qui sont chacun
caractérisé par 2 renforcements de fréquence ou formants.

On peut décrire d'autres formants :


- le troisième formant F3 serait lié à la cavité labiodentale
- le quatrième formant F4 est appelé « le singing formant » : il se situe autour de
2800Hz chez l'homme, 3200Hz chez la femme. Ce formant permet l'audibilité
de la voix chantée malgré la puissance de l'orchestre (il permet à la voix de
passer « au-dessus» de la fosse)

D'autres formants de hauteur supérieure existent, mais leur zone de production


reste discutée et leur intérêt dans la compréhension de la parole semble moins
pertinent. Par contre, ces formants participent à donner la couleur particulière du
timbre individuel, le timbre extra-vocalique.

Variabilité fréquentielle des formants vocaliques


Même s’il existe des variations interindividuelles qui caractérisent le locuteur, ces
formants sont relativement fixes pour un individu et une langue donnée. Cependant,
l'expérience des chanteurs leur permet de travailler sur la forme de leur qualité de
résonance et donc sur la fréquence précise de ces formants pour modifier la
hauteur, la puissance vocale ou la qualité de leur timbre. 
Ainsi F1 et F2 peuvent glisser conjointement en respectant leur intervalle tout en
conservant ainsi leur capacité d'identification (modification de la longueur du tube
entre hauteur du larynx et position / forme des lèvres). F1 peut s'abaisser vers le
fondamental pour accroître la puissance acoustique (abaissement de la mâchoire), F1
et F2 peuvent se rapprocher pour offrir une voyelle compacte au spectre étroit
comme dans /a/ (contraction du pharynx), F1 et F2 peuvent s'écarter pour donner
une voyelle diffuse au spectre plus large avec un étalement de la puissance
acoustique comme pour /u/ (contraction de la bouche).

2-4- Le timbre extra vocalique

Le timbre extra vocalique permet la reconnaissance des individus par le contour


fréquentiel global de la voix : c'est la « couleur » de la voix.
Lorsqu'un individu dit [a], l'auditeur identifie le son [a] grâce à la perception de F1
et F2, et il reconnaît l'individu par le reste des fréquences composant son
enveloppe vocale.
Une analyse précise de la composition fréquentielle du timbre extra vocalique
permet l'établissement d'une véritable carte d'identité vocale.
Le timbre extra-vocalique dépend de nombreux facteurs:
1. -la taille et la forme du tractus vocal
2. -la composition de la fourniture laryngée, et donc de la taille du larynx et
des cordes vocales
3. -Le mode de fonctionnement des résonateurs (hyper ou hypotonie
musculaire, tendance à l’ouverture ou au contraire au resserrement des cavités
supra-laryngées)
4. -l’état des muqueuses de la sphère ORL
5. -et surtout, l’influence de l’entourage et du modèle vocal qu’il représente
pour l’enfant, que ce soit sur le plan acoustique, mais également sur le plan
psychomoteur...

III-influence des résonateurs sur le fonctionnement laryngé

Le vibrateur laryngé n'est pas autonome sur le plan fonctionnel. Se trouvant en


amont des cavités de résonance, l'impulsion acoustique qu'il délivre va être
modulée par les résonateurs.
En retour, les cavités de résonance exercent une importante action sur le larynx :
il s'agit de l'accord phono-résonantiel.
Si l'on peut créer une harmonie entre la forme de l'impulsion laryngée et la
configuration des résonateurs lors de la production d’un son, l'effort musculaire
est minimal, le son est harmonieux : la vibration laryngée est facile, la résonance
optimale, le rendement vocal meilleur.
Dans la voix parlée, cette adaptation n'est pas fondamentale, l’élément important
étant la transmission du message phonétique et donc la réalisation correcte de
l'articulation des sons de la parole. Le larynx est simplement le « moteur » de la
voix.
Dans la voix chantée par contre, la tonalité doit être précise, le larynx a un rôle
très important car de lui dépend la fréquence. Les cavités de résonance doivent
s'adapter pour faciliter l'émission laryngée d'une part, pour modeler l'impulsion
acoustique laryngée afin d'en enrichir la composition harmonique. Le timbre dans
le chant, en particulier lyrique, est fondamental.