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Premier Symposium Méditerranéen de Géoengineering «SMGE09» Alger 20 et 21 juin 2009

EXPERTISE D’UN OUVRAGE DE GENIE CIVIL


SUJET A UN MOUVEMENT D’UN TERRAIN DE NATURE MARNEUSE
LOUAFI Bahia.1, 2
bahialouafi@yahoo.fr

1 Laboratoire Environnement, Eau, géomécanique et Ouvrages (LEEGO), Algérie


2
Faculté de génie civil, Université des sciences et de la technologie Houari Boumediene, USTHB,
Algérie

Résumé : Ce travail présente un cas pathologique réel. Il s’agit de l’expertise d’un


mouvement de terrain accidenté, qui a affecté un ensemble de bâtisses d’un établissement
spécialisé en travaux d‘électrification, sis à Thénéa wilaya de Boumerdes. Ce mouvement a
évolué et provoqué la rupture partielle de certaines constructions. On a cherché, dans ce
travail les causes de cette instabilité, la probabilité d’un mouvement ultérieur du sol, et à
répondre principalement à une question pendante, est –il possible d’assurer la stabilité des
constructions réalisées sur ce terrain d’assise ? La recherche des causes des désordres
constatés, a permis de les interpréter et d’émettre des recommandations a fin de tenter de
stabiliser ce mouvement de sol et stopper l’évolution des désordres. A cet effet un
programme de travaux d’entretien, de réfection et de reprises a été tracé.

Mots– clefs : GLISSEMENT, MARNE, ANALYSE, SEISME, SOLUTIONS

Abstract: this work presents a real case of construction pathology, It is about an assessment
of a movement of a rough terrain, which affected a set of buildings of an establishment
specialized in electrification work , located in Thénéa in the departement of Boumerdes. This
movement evolved and provoked the partial break of certain constructions. In this work, one
sought of this instability, the probability of a later movement of the ground, to answer mainly a
hanging question, is it possible to assure the stability of the constructions founded on this
supporting soil ?The observed disorders, are interpreted and recommendations are given to
stabilize this ground movement and to stop the evolution of the disorders. To this end a
program of work of maintenance and repair was proposed.

Key-Words : SLIP, DISORDERS, MARL, ANALYZE, SEISM, SOLUTIONS

1. Introduction
Les mouvements de terrain, se produisent dans des circonstances très variées. Ils affectent
des ouvrages construits ou des pentes naturelles. Ils se produisent soudainement ou durant
plusieurs mois, voire plusieurs années. Les conséquences de ces mouvements sur les
constructions de Génie Civil sont très graves, on en connaît malheureusement beaucoup
d’exemples Ref [4]. On présente, dans ce travail, l’expertise d’un établissement spécialisé en
travaux d’électrification, comportant quatre grands ateliers d’emmagasinage et stockage de
pièces de rechange dans le domaine de l’énergie électrique.
La nature du terrain accidenté, en forme de gradins, est telle que l’ensemble des bâtisses soit
implanté au pied d’une première pente et à la tête d’une seconde.
Des murs de soutènements ont été conçus pour soutenir ces deux pentes, il s’agit des murs
en béton armé et des soutènements en forme d’escaliers en pierres sèches (gabionnage).Ces
soutènements ont été entraînés par le mouvement de terrain depuis 1987. Ce dernier a
évolué et a mené à la rupture de certains panneaux des deux types de soutènements en
2003.
Le problème qui se pose dans la présente expertise est de lier le mouvement du site du siège
aux autres parties stables de l’établissement. Les désordres apparus soulèvent des
questions.
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Est-ce que les terrassements réalisés il y a des années ont provoqué ce mouvement ?
Sachant qu’un tel mouvement peut évoluer dans le temps et toucher mêmes les parties les
plus stables des versants.
Ceci laisse réfléchir sur le début de ce phénomène. Ce mouvement est–il la phase finale d’un
long mouvement du sol ? Ou s’est-il produit subitement suite à un effet sismique ou
climatique ?
En parallèle, on cherche dans cette expertise d’autres facteurs qui ont favorisé le
basculement du mur de soutènement en béton armé. Ce dernier a fait l’objet d’une expertise
établie depuis 1987 – juste 3 années après l’achèvement du projet–. Ce basculement qui a
évolué et a mené à la rupture de certains panneaux, serait-il dû à l’insuffisance du
dimensionnement, probablement au ferraillage ou à la qualité du matériau béton qui ont dû
accentuer les désordres ?
Ils subsistent en effet bien des questions pendantes, auxquelles on se propose d’apporter des
éléments de réponses afin d’assurer la stabilité de l’établissement.
On aura donc à identifier les causes probables des désordres et de suggérer les dispositions
à prendre.
Pour élucider ces points, une campagne de reconnaissance géotechnique de sol a été tracée
et des essais de contrôle de qualité du béton ont été effectués.

2. Description de l’ouvrage
L’établissement objet de cette présente expertise, comporte quatre grands ateliers dont la
structure porteuse est réalisée en charpente métallique, répartis selon une seule rangée,
séparés par une voie de passage Fig.1.
Le terrain sur lequel sont implantées ces bâtisses est accidenté, en forme de gradins.
Cependant le premier hangar –magasin central- est implanté dans la partie sud-est,
s’étendant sur une longueur de 80 m. La façade postérieure se trouvant au pied d’une pente
soutenue par un mur en pierres sèches. Par contre, la façade principale est implantée à la
tête d’une seconde pente.
La seconde partie des hangars se trouvant au sud-ouest comporte trois hangars s’étendant
sur une longueur de 80 mètres environ.
Les planchers bas des hangars sont réalisés sous forme de dallage sur terre plein. Le poids
des équipements logés par les hangars n’est pas très important à l’exception du magasin
central, ce dernier permet l’accès aux véhicules poids lourds.
Des murs de soutènements ont été conçus pour soutenir le terrain présentant un talus, dont la
hauteur est égale à 2.70 m – partie apparente 1.70 m et ancrage 1.0 m. Le mur de
soutènement est composé de plusieurs panneaux séparés par des joints de dilatation de 3 à
4 cm d’épaisseur tous les 20 m. Ils sont équipés de barbacanes. Certains de ces panneaux
sont en courbes au niveau des extrémités, ont des hauteurs inférieurs (0.75 m environ) vu
l’inclinaison du terrain le long des deux pentes.
Par ailleurs, la distance séparant les différents panneaux des bâtisses –hangars -est de 5m,
et sont éloignés de 3 m de la façade postérieure (terrain situé en amont de l’établissement)
seuil critique de déstabilisation. Une partie de ces espaces libres est revêtue par du bitume et
une autre par un dallage en béton.
Le sol de tout l’établissement et principalement dans la partie amont - à proximité de la façade
postérieure des hangars, est très humide. On note cependant un manque de tout dallage
dans la partie avoisinante des hangars ou système d’évacuation des eaux.
On note la présence d’un puits non exploité dont la clôture est complètement endommagée.
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Talus de très faible pente


soutenue par des murs en
pierres sèches

3m
Atelier de pièces Atelier Atelier Magasin central
de rechange accessoire accessoire

00
m
5.

Panneaux de mur de Un effondrement partiel


soutènement présentant du mur de soutènement
des risques de glissement Voie
d’accès
aux
hangars
-2.50m -2.50m
Figure. 1. Plan de la situation actuelle en façade de l’établissement objet de l’expertise

ise
3. Constatations et examen des désordres – commentaires
Au jour de la première visite de l’établissement effectuée en date du 06janvier.2003, il a été
constaté que celui ci a subi un mouvement de sol à la suite duquel des désordres dans le sol
et dans les constructions se sont manifestés.
Ce mouvement a affecté principalement la partie du terrain incliné, la partie situé à l’est est
relativement la plus endommagée. Ce mouvement a emporté une bonne partie du sol
argileux, en plus d’une translation des rotations variables du gabionnage sont aussi constatés
(Figure.2, Figure.3 et Figure.4)
Au pied de la zone glissée, le mur de soutènement en béton armé réalisé en vue de soutenir
la partie avant du terrain d’assise, a subi une rupture localisée des panneaux de la partie
droite du mur sur une longueur de plus de 20 m. Il s’agit d’un renversement des panneaux du
mur sur sa fondation (Figure.2)
Toutefois on tient à signaler que cette rupture est le résultat d’une évolution continue des
désordres, ces derniers ont commencé à apparaître depuis 1987. Tandis que les parties
courbes situées de part et d’autre de la voie d’accès semblent relativement stables (Figure.7).
Cependant des désordres relevés sont :
- Fissuration le long du dallage surmontant les deux murs de soutènements.
- Remontée des terres sous le dallage traduit par l’apparition de la végétation le long de
ces fissures.
- Rotation partielle du dallage.
Dans la partie amont - côté est -, le terrain en pente a été sujet à un mouvement des
masses superficielles qui se trouvent juste à l’arrière du mur en pierres sèches provoquant
son instabilité.
Par ailleurs, dans la partie amont du site située à l’ouest, on enregistre un début de
mouvement traduit par l’apparition de multiples fissures au niveau des murs en maçonnerie
entourant le puits existant. On note la présence d’un arbuste (figuier) en haut de cette
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clôture constituant une surcharge importante localisée en plus de la poussée due aux
racines de cet arbre.
Des désordres sont également relevés au niveau des murs de soutènement, il s’agit :
- d’une translation relative horizontale dans un sens unique et autorisé entre les
panneaux des murs de soutènement – décalage de l’un par rapport à l’autre-
accompagnée d’une ouverture des joints de dilatation évaluée à environ 5 cm (Fig. 6 et
Figure.7).
- quelques fines fissures inclinées reliant certaines barbacanes entre elles.
- d’autres très fines fissures longitudinales traversant le mur
Par ailleurs, le constat des lieux a permis de remarquer que les terres qui étaient initialement
retenues par le mur de soutènement ont subi une déstabilisation importante après
l’effondrement du panneau du mur, ceci indique que ces terres sont de nature à exercer des
poussées importantes sur le parement du mur qui leur sert d’écran (figure.3).
En outre, on note la stagnation des eaux pluviales à la base du mur (Figure.7) qui peut être le
résultat du fonctionnement partiel des regards recevant les chutes pluviales. Ces regards sont
soient cassés ou obstrués par la terre.
On note aussi le non fonctionnement d’un bon nombre de barbacanes dû probablement à
l’absence du dispositif de drainage permettant d’assurer une évacuation rapide des eaux
superficielles. Des traces en effet de ruissellement des eaux évacués par les barbacanes sont
visibles sur le parement du mur, montrant que ces eaux étant chargées d’argiles, ce qui peut
indiquer que l’évacuation des eaux n’étant pas rapide.
- Après effondrement du dallage, une vive attention a été attirée, celui-ci a été reposé
directement sur le remblai (Figure.2 et Figure.3).

Figure.2. Une vue de d’ensemble de Figure 3. Photo montrant la nature des terres
l’effondrement d’un panneau du mur de disposées à l’amont du panneau effondrée
soutènement
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Figure. 4. Apparition de la végétation derrières les Figure. 5. Affouillement des terres à l’amont du mur en
soutènements en pierres sèches révélant pierres sèches provoquant son instabilité
l’accumulation derrière celui-ci

Figure..6. Translation horizontale relative des Figure. 7. Stagnation des eaux pluviales à
panneaux du mur au sud-ouest de l’établissement la base des murs de soutènement.
révélant un décalage aval de 5cm.

4. Recherche des causes des désordres

4.1. Contrôle du matériau béton


Pour l’identification des différents facteurs qui ont favorisé le mouvement du mur de
soutènement conçu en béton armé, le laboratoire CTC-CENTRE / Laboratoire de Contrôle
Technique et d’Expertises a procédé à des prélèvements de carottes en vue de donner une
appréciation sur la qualité du béton utilisé dans la construction des panneaux de murs.
Avant de subir les essais de compression les carottes, ont été rectifiées et surfacées.
Les résultats obtenus ont révélé une nature hétérogène du béton des différents panneaux.
Les deux carottes prélevées du panneau du mur engendré par l’effondrement présentent de
bonnes caractéristiques, une résistance 28.1 MPa <RC< 36.1 MPa par contre les deux
carottes prélevées du panneau du mur non encore renversé présente des caractéristiques
très médiocres 9.3 Mpa <RC< 12.4 MPa, ceci dit que le déplacement des panneaux du mur
ne dépend pas uniquement de la résistance du matériau béton, par une instabilité qu’on
essaiera d’identifier dans ce qui suit.
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4.2 - Reconnaissance du terrain d’assise


Le rapport géotechnique qui a été mis à la disposition a été établi en 1983. D’après ce
rapport, insuffisant comportant des informations très restreintes sur la nature du terrain, il a
été réalisé un seul sondage dont on ignore même la localisation. On ne peut pas se contenter
des résultats de ce sondage isolé. Pour cela une nouvelle compagne de reconnaissance
géotechnique a été entreprise par le Laboratoire National de l’Habitat et de la Construction /
L.N.H.C pour déterminer la nature du sol et les conséquences qu’il pourrait .avoir sur le
comportement des soutènements réalisés.

4.2.1- Essais in -situ


Des essais au pénétromètre dynamique ont été réalisés in situ à l’extérieur des hangars, dans
l’espace les séparant des deux pentes – 1ère pente soutenue par des murs en pierres sèches
et 2nde soutenue par des murs en béton armé- et dans l’espace se trouvant à la base tout le
long des murs de soutènement. Les 15 points choisis sont disposés horizontalement et
réparties selon trois files.
Le but de l’essai est de déterminer la portance du sol en fonction de la profondeur jusqu’à ce
qu’il y ait refus.

4.2.2- Sondages carottés


a. Stratigraphie des sondages
Les sondages carottés disposés selon 03 files (à gauche, au milieu et à droite du site)
révèlent une même nature du sol sur tout l’étendue du site, qui est une marne grisâtre à
bleuâtre avec des passages graveleux s’étendant jusqu’à une profondeur de 10 m. Cette
couche de marne est surmontée d’une couche de remblai dont l’épaisseur ne dépasse pas un
mètre.
b. Essais de laboratoire
Les échantillons prélevés ont subi des essais physiques et mécaniques ainsi que chimiques,
afin de tirer plus d’informations sur la nature du sol de fondations des structures réalisées.
c. Commentaires sur les essais réalisés
Le sol est composé de deux couches. La première est un remblai sous consolidé de très
faible consistance (d  1.6t/m3) et dont la capacité portante n’est pas très élevée ne
dépassant pas les 02 bars. Il surmonte une couche de marne grisâtre très plastique plus ou
moins consolidée en profondeur à caractère gonflant.
Les résultats des essais physiques et œdométriques renseignent sur le caractère plastique et
gonflant de cette marne.
Un IP variant de 20% à 23% pour toutes les profondeurs des 09 sondages réalisés. Un
potentiel de gonflement moyen donc est révélé conformément à la classification de
SANGLERAT (0.06 < Cg <0.1).
Un indice de gonflement dépassant 0.04 indique également l’aptitude du sol à gonfler.
Les pressions de consolidation Pc > 1 bars indique un sol normalement consolidé selon la
classification 1< Pc <8 bars Ref [4]
La finesse des particules de cette catégorie de sol (marne) ainsi que son caractère
moyennement expansif –dans ce cas- résident le comportement des marnes difficile à
contrôler car il est souvent variable sous l’effet d’un apport d’eau.
Les marnes se trouvent généralement sous forme de couches très profondes et développent
des résistances proche de celle de la roche en période sèche, lorsqu’elles ne sont pas
humides ou saturées.
Selon les résultats des essais chimiques effectués au laboratoire, la marne composant le sol
en question comporte un taux élevé de carbonates. Ces derniers risquent d’être perdus sous
l’action des eaux chargées de CO2.
Par ailleurs, il a été trouvé la présence d’un pourcentage qu’on considère élevé de matière
organique, celle-ci se désintègre dans le temps et réduit en conséquence la résistance du sol.
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Les résultats des essais de perméabilité ont montré aussi que celle-ci varie dans l’intervalle
10 –9 à 10-8 m / s dictant la très faible perméabilité du sol (sol fin) mais cela n’empêche pas les
infiltrations des eaux qui se produisent à travers les fissures engendrées par le phénomène
de retrait en période sèche provoquant la saturation des couches superficielles et par la suite
la diminution de la cohésion et un enclenchement d’un mouvement des masses superficielles
dans le sens de la pente, le cas constaté au site expertisé (Figure.4 et Figure.5).

4.3-Vérification du dimensionnement du mur de soutènement existant


Il a été trouvé dans cette section, que la stabilité du mur au glissement n’a pas été vérifiée,
donc une augmentation dans les dimensions est indispensable il s’agit dans ce cas de
l’élargissement de la semelle et d’une augmentation de son épaisseur afin d’assurer la
stabilité vis à vis du glissement de celui-ci.

4.4- Etat des lieux après séisme du 21 mai 2003


Une visite des lieux a été effectuée au mois de juillet 2003 afin d’évaluer les dégâts produits
par cette catastrophe naturelle qui a affecté principalement la région de Boumerdes. On n’a
en effet constaté aucune évolution apparente des désordres, sauf l’effondrement partiel de la
clôture entourant le puit existant et une nouvelle fissure apparue au niveau du dallage
surmontant les panneaux du mur de soutènement situé à l’ouest de l’établissement.
En outre, une stagnation des eaux en bas du mur en béton armé est remarquée malgré la
sécheresse du climat -01aout 2003-, ce qui traduit la défectuosité du système de drainage en
bas du mur.
Concernant le décalage relatif des panneaux du mur constaté lors de la première visite celui-
ci a été évalué à 5 cm est resté constant.
Ces constatations sont une réponse à l’une des questions posée dans la problématique de
cette présente expertise montrent que les désordres relevés ne sont pas liés à un effet
sismique.
Par ailleurs, le sol de l’établissement s’avère très sec, une phase de retrait caractérisée par
l’apparition d’un grand nombre de fissures au niveau du sol. Ces fissures qui vont favoriser
l’infiltration des eaux dans le sol durant la période hivernale. Ce type de sol qui est une
marne à caractère expansif, en contact avec l’eau, un mécanisme de gonflement se
développe à l’échelle macroscopique suivi par un long processus microscopique qui
continue dans le temps. Cette augmentation de volume engendrera au fur et à mesure des
contraintes de pression se développant dans toutes les directions et agissant contre les
pressions ramenées par les constructions réalisées.

5. Analyse et interprétation des désordres


La recherche exposée dans cette expertise a permis d’établir les causes suivantes :
Des causes liées principalement à la nature du terrain d’une part, et à une insuffisance de
dimensionnement (instabilité au glissement) d’autre part. Le mur de soutènement n’a pas été
calculé conformément à la forte surcharge encaissée. Des camions de poids lourds sont
autorisés à circuler à une distance ne dépassant pas deux mètres du dallage surmontant les
panneaux de murs de soutènement en béton armé. Cette probabilité ne peut être écartée car
les désordres se sont manifestés juste après l’exploitation de l’établissement expertisé. Ces
panneaux de murs implantés en contre bas des plates formes sont munis de barbacanes
obstruées.
On signale aussi que les procédures de réalisation des murs n’ont pas été respectées, il n’a
pas été jugé utile le remplissage de l’arrière du mur par du remblai bien compacté, ce qui a
favorisé ce mouvement de sol.
Les résultats de la reconnaissance du sol effectué, ont révélé la nature du sol, une marne
moyennement consolidé de faible consistance, très sensible à l’eau et présentant un
caractère gonflant.
La partie du site situé au nord, représente la zone la plus exposée à l’eau, vue la topographie
du terrain, pouvant absorber une bonne quantité d’eau (sol possédant une grande affinité à
l’eau) et l’autre quantité vers le terrain de fondation. Les hangars, non protégés des
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infiltrations, sont complètement inondés à la périphérie. Le non fonctionnement du réseau de


drainage favorisera d’avantage l’infiltration d’eau.
Sachant qu’une fois que la marne gonflante est en contact avec l’eau survenant à la suite des
pluies abondantes qui s’infiltre dans les fissures – apparues suite au phénomène de retrait
produit durant la période d’été- la pression interstitielle augmentera en faisant perdre à la
marne sa résistance.
Selon les analyses chimiques, les marnes contenant un pourcentage de carbonates, risquent
de perdre leurs liants carbonatés sous l’action des eaux chargés de CO2 ce qui fait perdre
aussi à cette argile sa résistance et entraînera des déformations. Ces derniers ont déstabilisé
les murs en pierres et ont provoqué leur effondrement partiel.

6. Solutions apportées et conclusion


Lorsque la construction existe et qu’elle a été sujette à des désordres liés en premier lieu à un
mouvement de sol pendant plusieurs années –le cas de la présente expertise– et d’autres
facteurs tels que la qualité du matériau, le dimensionnement insuffisant des structures
implantées, sachant qu’aucune disposition n’a été prise au préalable, les solutions restent
limitées.
Cependant, il y a lieu à l’heure actuelle de recommander des méthodes d’entretien et de
réfection.
On propose en effet les solutions suivantes :
- Démolition des panneaux du murs de soutènement en béton armé, il s’agit des
panneaux effondrés totalement et ceux menaçant effondrement –panneaux étayés- avec
reprise entière de ces derniers en adoptant de nouveaux panneaux étudiées en tenant
compte de la nature du sol de fondations et de toutes les charges et surcharges extérieures
qui lui sont appliquées.
- Reprise entière du dallage surmontant les deux murs de soutènement.
- Suppression de toute arrivée ou retrait d’eau, celle-ci est l’origine des désordres, en vérifiant
toutes les canalisations passant à proximité des constructions.
 Procéder à la réparation de toute rupture ou fuite, si celles-ci existent,
renforcer l’étanchéité des canalisations.
 Utiliser des canalisations aussi flexibles que possibles avec des joints
étanches, poser les canalisations sous un lit de matériaux inertes (grave), remblayer les
tranchées avec des matériaux argileux imperméables.
Concernant la partie haute de la pente situé au sommet du site (au nord), celle qui a connu un
mouvement de ses masses superficielles, on recommande d’envisager les opérations de
consolidation qu’on juge indispensables pour éviter tout risque d’évolution dans le temps de
glissement du terrain et provoquer la déstabilisation du gabionnage en place d’une part et
toucher même les structures implantées à la base (hangars) qui semblent actuellement être
très stables.
Pour cela, il y a lieu de faire ce qui suit:
- suppression des terres éboulées
- après les avoir enlevé, on recommande l’injection du béton dans les fissures du sol non
éboulé.
- Suppression de l’arbre (figuier) qui a pour rôle d’accentuer les désordres par l’effet de la
poussée.
- Réparation du système de drainage non fonctionnel
- Le système de collecte des eaux superficielles doit aussi être réparé ou repris entièrement
si celui-ci s’avère défectueux.
- Remplacement de la partie du gabionnage effondrée par une autre identique à celui
existant. Il s’agit en fait de le reconstruire selon le mode déjà utilisé, après bien sûr réglage
convenable de sa surface pour éviter après l’érosion du talus. Le chaînage avec l’ancien
gabion doit se faire de façon à assurer l’homogénéité et la continuité des matériaux le
constituant.
- Il est recommandé aussi de réparer le système de drainage horizontal se trouvant à la base
de cette pente pour éviter toute concentration éventuelle d’eau dans la zone en question. Il
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s’agit de cunettes coulées en place sur une chape en béton avec des PVC en guise de
coffrage.
- On recommande la création d’un dallage périphérique sur le côté postérieur et latéral des
hangars relié de façon simple à ces derniers.
Ce dallage sera accompagné de la pose d’une acrotère permettant d’éviter que l’eau pluviale
ne s’infiltre dans l’ infrastructure des hangars.
La réalisation de ce dallage suit les étapes suivantes:
 Décapage du sol existant jusqu’à 0.6m à 1.0 m de profondeur sur une largeur de 1.5 m
environ en orientant la pente de ce dallage vers l’extérieur.
 Assurer l’assise par la réalisation d’un remblai bien compacté (du tuf par exemple) qui sera
constitué de matériaux sains peu perméables et surtout inertes à l’eau. Ce remblai sera
stabilisé en l’étalant couche par couche de 20 cm, ensuite l’arrosé et le bien compacté, car
remblai mal compacté favorise le fléchissement du dallage – cas constaté le long du dallage
surmontant les murs de soutènement de l’établissement -.
 Réalisation d’un dallage étanche surmontant la couche de remblai compactée en prévoyant
des joints de fractionnement et un ferraillage en treillis soudé.
- Nettoyage des évacuations des eaux existantes à l’intérieur des hangars afin d’obtenir leur
fonctionnement permanent.
Pour éviter l’affluence du terrain soutenu derrière le mur réalisé, on améliorera les
caractéristiques du terrain notamment par un système de drainage. Ce qui conduira à la
diminution de l’intensité de la poussée et permettra d’améliorer sa stabilité vis à vis du
glissement. Une nécessité impérieuse d’assurer un drainage rigoureux à l’arrière du mur de
façon à éliminer ou tout au moins limiter l’action de l’eau sur le mur.
Les dispositions de drainage sont les suivantes:
 Barbacanes disposées en quiconque sur toute la hauteur du mur à raison d’une barbacane
tous les 1.5 m ou 2m sur toute la surface du mur. Ce sont généralement des tubes d’un
diamètre de l’ordre de 10 cm. Toutefois il est recommandé d’avoir un drainage horizontal à la
base du mur pour éviter toute concentration éventuelle d’eau.
 Le drainage horizontal peut se faire à l’aide de buses perforées sur leur partie supérieure.
La pose de ces buses doit se faire en respectant une pente minimum de 3/1000. Une fois
posées le long de la base du mur elles seront enveloppées de chemise de drainage et
couvertes de gros moellons. Une couche de gravillons surmontera les moellons et un lit de
gravier sur environ 50cm de hauteur fera office de filtre. Le tout remblayé par du sable
En conclusion, on peut dire que les dispositions qui ont été énoncées ci-dessus permettront
de limiter dans la mesure du possible le basculement du mur. Toutefois, les réparations ne
pourront en aucun cas remettre l’ouvrage à son état initial.

7. Bibliographie
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