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LA MAISON DE LA LUMIERE : AULA LUCIS

THOMAS VAUGHAM
Dit EUGENE PHILALETHE
Présentation d’Aula Lucis

LA MAISON DE LA LUMIERE (Aula Lucis, or The House of Light) (1)


Héliopolis (2), 1651 (éd. A. E. Waite)
Je me suis décidé à rédiger un discours sur la Lumière et à le transmettre
aux mains de la postérité, pratique certainement ancienne et à l’origine,
utilisée par ceux qui furent les premiers auges. Elle était alors utilisée par
charité, non pour la pompe, les desseins de ces auteurs n’ayant rien à
voir avec la gloire, mais beaucoup avec le bienfait. Leur intention n’était
pas de vanter ce qu’eux-mêmes voyaient, mais de conduire ceux qui en
un sens étaient aveugles et ne voyaient pas. A cet effet, ils ne procédaient
pas comme certains barbares modernes, par des querelles bruyantes et
malveillantes (3). Ils proposaient calmement un enseignement, et une
fois celui-ci rejeté, il [368] n’était plus jamais relancé, aussi différente et
éloignée de la salle de classe que fût la voie qu’ils empruntaient. Et en
vérité, c’est bien ce qui se passait, car une fois que l’on avait résisté à
leurs principes, ils ne pouvaient infliger plus grande punition à leurs
adversaires qu’en les leur cachant. Si leur doctrine avait été telle que les
universités la professent, leur silence aurait aujourd’hui été en fait une
vertu, mais leurs positions n’étaient pas que simple bruit et imagination.
Il s’agissait de secrets expérimentaux très profonds, d’une utilité et d’un
bienfait infinis. Une tradition donc telle que la leur peut bien revêtir
l’étiquette du noble Verulam (4), et est donc très justement appelée une
Tradition de la Lampe. Mais j’observe que dans ce qu’ils ont livré sur les
mystères, ils ont, comme en toutes autres choses, imité la Nature, qui ne
dispense pas sa lumière sans ses ombres. Ils ont mis un voile à leur art,
moins par obscurité que par ornement, et pourtant je ne peux nier que
certains ont plutôt enterré la vérité qu’ils ne l’ont revêtue. Pour ma part,
j’observerai une voie moyenne, ni trop obscure ni trop ouverte, mais telle
qu’elle puisse servir la postérité, et ajouter quelque splendeur à la science
elle-même.
Et maintenant, qui que tu sois dans les temps à venir, qui jetteras les
yeux sur ce livre, si tu es corrompu par la philosophie vulgaire, ne te
mets pas en rage aussitôt et ne prends pas la plume pour défier ce qui est
ici écrit. Il se peut que tu aies étudié tes trois questions conformément à
la règle (5), et que tu sois un argumentateur alerte. Mais as-tu médité
tout le corpus de la philosophie ? As-tu fait de la Nature le seul objet de
ta vie ? Et es-tu finalement arrivé à une connaissance expérimentale
infaillible ? Si tu n’as rien fait de tout cela, sur quelles fondations bâtis-tu
? Ce n’est que pur charlatanisme que de t’attaquer aux morts, alors que
peut-être ceux qui sont tes supérieurs n’ont pas osé le faire de leur [369]
vivant. Mais comme on dit, l’avantage engendre la bassesse. C’est
pourquoi certains peuvent insulter, parce que leur adversaire n’est pas
dans le chemin, et me dire avec cet amical stoïcien : « N’entends-tu pas
ceci, Amphiaraüs, toi qui es caché sous la terre ? » (6)
Si une telle ivraie pousse au-dessus du sol, quand je serai en dessous, je
l’aurai déjà considérée comme une gerbe méprisable. Je lui ai préparé la
destinée qui convient, et par mon dédain présent, j’ai anéanti sa
méchanceté future. C’est à une génération meilleure et plus sérieuse que
je voudrais rendre service, une génération qui recherche la Nature dans
la simplicité de celle-ci, et qui la suit non seulement avec la langue mais
aussi avec la main (7). Si donc tu es tel que ce que dit ce personnage,
laisse-moi te conseiller de ne pas désespérer. Donne-moi aussi
l’autorisation de t’affirmer - et ce sur mon âme - que les conséquences et
les trésors de cet art sont tels et si grands, que tes souhaits les meilleurs
et les plus élevés sont très en deçà d’eux. Lis donc avec diligence ce que
j’écrirai, et à ta diligence, ajoute la patience, à ta patience, l’espérance, car
je ne te raconte ni des fables ni des folies.

Pour toi, d’anciennes histoires d’éloge et d’art


J’amoncelle, pour ouvrir audacieusement les sources saintes
(8).
Je te déclare une vérité aussi ancienne que les principes Fondamentaux
du monde; et maintenant, de crainte que ma préface ne dépasse en récit
mon discours lui-même, qui ne doit 4tre que bref, j’abandonnerai ce
hors-d’œuvre afin de te faire métrer à l’intérieur, et là, je te montrerai le
trône de lumière et sa cour cristalline. [370]
A l’origine, la lumière n’eut d’autre naissance que la manifestation, car
elle ne fut pas créée, mais découverte. Elle est à proprement parler la vie
de toute chose, et c’est ce qui agit dans tous les particuliers. La
communion de celle-ci avec la Matière Première fut célébrée par un
contrat général avant que les particuliers furent faits. La matière en elle-
même était une substance ténue, passive, mais apte à retenir la lumière,
comme la fumée est apte à retenir la flamme. Après imprégnation, elle
fut condensée en une humidité cristalline, onctueuse, ignée, de nature
hermaphrodite, et ce en un double sens, en relation avec un double
centre, céleste et terrestre. Du centre terrestre a procédé la Vénus
terrestre, qui est ignée et masculine, ainsi que le Mercure terrestre, qui
est aqueux et féminin, et ces deux sont l’un contre l’autre. Du centre
céleste ont procédé deux images vivantes, à savoir une lumière blanche
et une lumière rouge; et la lumière blanche s’établit dans l’eau, la rouge
dans la terre. De ceci, vous pouvez deviner des signes infaillibles par
lesquels vous diriger dans la connaissance de la Matière et dans
l’opération elle-même, une fois que la Matière est connue. Car si vous
avez le véritable sperme et si vous savez tout à fait comment le préparer
ce qui ne peut être sans notre feu secret - vous découvrirez que, à peine
la matière sent-elle la chaleur philosophique que la lumière blanche
s’élève au-dessus de l’eau, et qu’elle y nage en son glorieux vêtement
bleu comme les cieux.
Mais pour que je puisse parler davantage du chaos lui-même, il faut que
je te dise que ce n’est pas de l’eau de pluie ni de la rosée, mais une
subtile humidité minérale, une eau si extrêmement ténue et spirituelle,
avec un éclat tellement transcendant et incroyable, qu’il n’y a dans la
Nature aucune liqueur qui lui soit semblable. En termes clairs, c’est la
substance moyenne du Mercure des Sages, une eau qui est [371]
coagulable, et qui peut être durcie par une chaleur adéquate en pierres et
en métaux. C’est de là que les philosophes l’ont appelée leur Pierre, ou
s’il m’était permis de révéler ce que le démon par méchanceté ne voulut
pas découvrir à Illardus (9), je dirais qu’ils l’ont appelée Pierre afin que
personne ne puisse savoir ce qu’était ce qu’ils appelaient ainsi. Car il n’y
a rien au monde qui soit aussi éloigné de la complexion d’une pierre, car
c’est de l’eau, et non de la pierre. Or de quelle eau il s’agit, c’est ce que je
t’ai déjà dit, et pour mieux t’instruire, je t’en dirai davantage : c’est une
eau faite par la Nature, elle n’est pas extraite par les mains de l’homme.
Ce n’est pas non plus simplement de l’eau, mais une composition
spermatique et visqueuse d’eau, de terre, d’air et de feu. Ces quatre
natures s’unissent toutes en une masse cristalline, coagulable, sous la
forme ou avec l’apparence de l’eau, et c’est pourquoi je t’ai dit que c’était
une eau faite par la Nature. Et si tu me demandes comment on peut dire
que la Nature fait une telle eau, je t’instruirai par un exemple qui est
évident. La terre et l’eau sont les seules matières sur lesquelles la Nature
œuvre, car ces deux-ci, étant passives, sont entourées par les corps
supérieurs actifs, à savoir par l’air, le ciel, le soleil et les astres. Aussi se
trouvent-elles dans le feu même, du moins sous les rayons et émissions
de celui-ci, de sorte que la terre est sujette à une torréfaction continuelle,
et l’eau à une coction continuelle. De là, il advient que nous sommes
perpétuellement couverts de ‘nuages, et ce par une extraction physique
ou sublimation de l’eau, que la Nature elle-même distille et fait pleuvoir
sur la terre. Or cette eau, bien qu’elle soit d’une complexion différente de
l’eau minérale du philosophe, offre cependant de nombreuses
particularités qui méritent bien notre observation. Je n’insisterai pas
longuement sur chacune : je donnerai ‘seulement un ou deux exemples,
puis retournerai à mon sujet. Premièrement donc, vous devez considérer
que la Nature ne [372] distille pas en dehors du corps, comme le chimiste
le fait dans le récipient. Elle tire l’eau de la terre, et c’est vers la même
terre qu’elle retourne; et de là le fait qu’elle génère par des imbibitions
circulaires et raisonnables. Deuxièmement, il vous faut observer qu’elle
prépare son humidité avant qu’elle en imbibe le corps, et ce par une
préparation très admirable. Sa méthode en ce point est très évidente et
ouverte à tout le monde, de sorte que si les hommes n’étaient pas
aveugles, je n’aurais pas besoin d’en parler. Son eau - voyons-nous - elle
la raréfie en nuages, et par ce moyen elle torture, étend et étire le corps,
de sorte que toutes ses parties sont exposées à un purgatoire spirituel et
pénétrant de vent et de feu. Car son vent passe au travers des nuages et
les nettoie, et lorsqu’ils sont bien nettoyés, alors intervient la Nature avec
son feu, et elle le fixe « dans la pure essence saphirique » (10).

Mais ce n’est pas tout. Il y a d’autres particularités que la Nature utilise


au-dessus du sol, en rapport avec ses végétaux. Et maintenant, je
voudrais parler de ses préparations souterraines, en rapport avec ses
minéraux; mais il ne m’est pas permis, tout comme au poète, de « mettre
à découvert des choses cachées en profondeur dans la terre et dans le
feu » (11). Toutefois, je ne manquerai pas de te révéler une vérité
considérable, qui que tu sois qui étudies cette science difficile. La
préparation de notre sperme animal et minéral - je parle de la véritable
préparation - est un secret sur lequel Dieu a mis Son sceau, et tu ne peux
le trouver dans les livres, car il n’a jamais été entièrement écrit. La
meilleure chose à faire est de considérer la voie de la Nature, car c’est là
qu’il peut être trouvé, mais non sans méditations réitérées, profondes et
pénétrantes. Si tu échoues en cette tentative, il te faut prier à cet effet;
non pas que je considère que ce soit chose facile ou courante que
d’accéder aux révélations, car nous n’en avons [373] pas en Angleterre
(12). Cependant, Dieu peut te le découvrir par des moyens ordinaires et
purement naturels. En un mot, si tu ne peux l’atteindre dans cette vie, tu
le connaîtras pourtant dans ton propre corps, lorsque tu seras passé par
la connaissance de celui-ci en ce corps. Mais puisque je ne veux pas te
priver de ces aides que je suis autorisé à communiquer, je te déclare que
notre préparation est une purgation. Cependant, nous ne purgeons pas
par des sublimations vulgaires et ridicules, ni par des filtrations encore
plus folles, mais par un feu secret, tangible, naturel. Et celui qui connaît
ce feu et sait comment laver avec lui, connaît la clé de notre Art, même
notre Saturne caché, et le lavabo (13) stupéfiant, infernal de la Nature. Je
pourrais en dire beaucoup plus concernant ce feu et ses propriétés, celui-
ci étant l’un des mystères les plus élevés de la création, sujet où
indubitablement je pourrais être volumineux, tout en étant mystérieux,
car il est en rapport avec les plus grands effets de la magie, étant le
premier mâle du Mercure, et presque sa mère. Considère donc la
génération de notre Mercure et comment il est fait, car c’est là que gît le
fondement de tous nos secrets. Il est clair qu’extérieurement nous ne
voyons que ce qui est grossier, par exemple, la terre, l’eau, les métaux,
les pierres et, parmi les créatures supérieures, l’homme lui-même. Toutes
ces choses ont un aspect extérieur rustre et inerte, mais à l’intérieur, elles
sont pleines d’une viscosité subtile, vitale, imprégnée de feu. C’est ce
dont la Nature se sert dans les générations, et c’est pourquoi nous
l’appelons le sperme. Par exemple, nous savons que le corps d’un
homme n’est pas son sperme, mais que le sperme est une extraction
subtile provenant de son corps. Il en va de même dans le grand monde.
Le corps ou l’édifice lui-même n’est pas la semence. Ce n’est pas la terre,
ni l’air, ni le feu, ni l’eau, car ces quatre - s’ils étaient réunis - resteraient
toujours quatre corps de forme et de [374] complexion différentes. La
semence donc, ou première matière, est une certaine viscosité extraite de
ces quatre choses, car chacune d’elles fournit, depuis son centre même,
une substance boueuse ténue, et de ces différentes boues, la Nature
fabrique le sperme par une union et un mixte ineffables. Ce mixte, et la
composition des principes boueux, est cette masse que nous appelons
matière première (14). C’est la minière de l’homme, de laquelle Dieu l’a
fait; en une double image Il l’a fait, le jour où il est devenu âme vivante.
C’est pourquoi un artiste fameux, parlant de la création d’Adam et
faisant allusion à la matière première, s’exprime en ces termes « C’est de
la viscosité des éléments que Dieu créa Adam, à savoir à partir de la
viscosité de la terre, de l’eau, de l’air et du feu, et Il lui a donné la vie à
partir du Soleil et de l’Esprit-Saint, ainsi qu’à partir de l’éclat, de la
clarté et de la lumière du monde » (15). Prends donc soin de ne pas
confondre aucun corps spécifié avec le sperme. Fais attention au vif-
argent, à l’antimoine et à tous les métaux, et n’aie rien à voir avec
quelque extrait des métaux que ce soit. Fais attention aux sels, aux
vitriols et à tout minéral mineur. Fais attention aux animaux et aux
végétaux, et à tout ce qui est particulier ou qui prend place dans la
classification de toute espèce connue. La matière première est une
substance miraculeuse, une substance de laquelle vous pouvez affirmer
tout et son contraire sans inconvénient. Elle est très faible et cependant
très forte, elle est excessivement molle et pourtant il n’est rien d’aussi
dur. Elle est tout à la fois, esprit et corps, fixe et volatile, mâle et femelle,
visible et invisible. Elle est un feu qui ne brûle pas, une eau qui ne
mouille pas, une terre qui se déplace et un air qui reste immobile. En un
mot, c’est le Mercure, ce qui fait rire les fous et s’émerveiller les sages, et
Dieu n’a rien créé qui lui soit comparable. Il naît dans le monde, mais il
existait avant le monde, d’où cette excellente [375] énigme qu’il a
quelque part proposée sur lui-même : « Je demeure, dit-il, dans les
montagnes et dans les plaines, je suis père avant d’avoir été fils. J’ai
engendré ma mère, et ma mère, me portant dans ses entrailles, m’a
engendré, sans avoir besoin de nourrice. » (16)
C’est cette substance qui est présentement le fils du soleil et de la lune;
mais originellement, ses deux parents sont sortis de son ventre. Il est
placé entre deux feux, et par conséquent, il est toujours en mouvement. Il
croît à partir de la terre comme tous les végétaux, et c’est dans la nuit la
plus obscure qu’il reçoit une lumière des astres et qu’il la retient. Il est
attractif au début, en raison de sa vacuité horrible, et ce qu’il attire en
bas, est prisonnier à jamais. Il a en lui un feu épais, par lequel il capture
le feu ténu, et il est à la fois l’artiste et sa propre matière. Au premier
abord, il n’est ni terre ni eau, ni solide ni fluide, mais c’est une substance
sans aucune forme, sinon Universelle. Il est visible, mais d’aucune
couleur certaine, car tel un caméléon, il revêt toutes les couleurs, et il n’y
a rien au monde qui ait autant le même aspect que lui. Lorsqu’il est
purgé de ses accidents, c’est une eau colorée de feu, foncée à la vue, et
pour ainsi dire enflée; il a quelque chose en lui qui ressemble à une
commotion. En une chaleur vaporeuse, il ouvre son ventre et découvre
un ciel d’azur teinté d’une lumière lactée. A l’intérieur de ce ciel, il cache
un petit soleil, un feu rouge très puissant, scintillant comme une
escarboucle, qui est l’or rouge des sages. Tels sont les trésors de notre
fontaine scellée, et bien que beaucoup les désirent, personne n’entre ici
sans qu’il en connaisse la clé, ainsi que la manière de s’en servir. Au fond
de ce puits est tapi un vieux dragon, étendu de tout son long,
profondément endormi. Si vous le pouvez, réveillez-le et faites-le boire,
car par ce moyen, il recouvrera sa jeunesse et il vous rendra service à
jamais. En un [376] mot, séparez l’aigle du lion vert, puis coupez ses
ailes, et vous aurez réalisé un miracle. Mais voilà, direz-vous, des termes
obscurs, et personne ne sait qu’en faire. C’est exact en vérité, mais ils
sont tels qu’ils sont reçus des philosophes. Néanmoins, afin de traiter
avec toi sans fioritures, je te dirai que l’aigle, c’est l’eau, car elle est
volatile et elle s’envole dans les nuages comme un aigle, mais je ne parle
pas de quelque eau vulgaire que ce soit. Le lion vert, c’est le corps, ou la
terre magique, avec lequel vous devez couper les ailes de l’aigle, c’est-à-
dire le fixer, afin qu’il ne puisse plus voler. Par ceci, nous entendons
l’ouverture et la fermeture du chaos, et cela ne peut être fait sans notre
clé adéquate, j’entends notre feu secret, en lequel consiste tout le mystère
de la préparation. Notre feu donc est un feu naturel, il est vaporeux,
subtil et perçant. Il est ce qui opère tout en tout; si nous regardons les
digestions physiques, il n’est rien au monde qui réponde à l’estomac et
effectue ses effets si ce n’est cette unique chose. C’est une substance qui a
une propriété solaire et donc sulfureuse. Elle se prépare, comme nous le
disent les philosophes, à partir du vieux dragon, et en termes clairs, c’est
la vapeur du Mercure, non pas cru, mais cuit. Cette vapeur détruit
complètement la première forme de l’or, en en introduisant une seconde,
plus noble. Par le Mercure, j’entends non pas le vif-argent, mais le
Saturne philosophique, qui dévore la Lune et la garde toujours dans son
ventre. Par l’or, j’entends notre or vert spermatique, et non le lingot
adoré, qui est mort et inerte. Il serait certainement bien pour les
étudiants en ce noble Art, de se décider quant à des positions générales
avant que de s’essayer aux livres des philosophes.
Par exemple, qu’ils emportent avec eux ces quelques vérités, et elles leur
serviront d’autant de règles par lesquelles censurer et examiner leurs
auteurs. D’abord, que la matière [377] première de la Pierre est
absolument la même que la matière première de toutes choses.
Deuxièmement, que dans cette matière, tous les principes essentiels ou
ingrédients de l’Elixir sont déjà enfermés par la Nature, et que nous ne
devons pas prétendre ajouter quoi que ce soit à cette matière que nous
n’ayons auparavant tiré de celle-ci, car la Pierre exclut toutes extractions,
sauf ce qui se distille immédiatement de sa propre Minière cristalline
universelle. Troisièmement et dernièrement, :dit les philosophes ont
leurs métaux secrets particuliers, complètement différents des métaux du
vulgaire, car là où ils nomment le Mercure, ils n’entendent pas le vif-
argent, là où ils nomment Saturne, ils n’entendent pas le plomb, là où ils
disent Vénus et Mars, ils n’entendent ni le cuivre ni le fer, et là où ils
disent le Soleil et la Lune, ils n’entendent ni l’or ni l’argent. Cette Pierre,
en vérité, n’est pas faite d’or et d’argent vulgaires, mais elle est faite,
comme le dit quelqu’un, « d’or et d’argent députés vils, qui à la fois
sentent mauvais et sentent bon, d’or et d’argent verts et vivants que
l’on peut trouver partout, mais qui ne sont connus que de très peu de
gens » (17). Au loin, ces saltimbanques qui vous parlent d’antimoines, de
sels, de vitriols, de marcassites ou de toute espèce de minéraux ! Au loin
aussi, ces auteurs qui prescrivent ou qui pratiquent sur de tels corps !
Vous pouvez être sûr que c’étaient pures tromperies, et qu’ils n’ont écrit
que pour acquérir une réputation auprès de l’opinion. Il y a en fait des
chrétiens avisés mais non charitables qui se refusent à faire sortir les
aveugles de cette voie. Ceux-ci sont remplis de duperies élaborées,
étudiées, et l’un d’eux, qui prétend à l’Esprit-Saint, a par la même
bouche exhalé un esprit trompeur, selon lequel la Pierre ne peut être
ouverte par tous broiements, comme ils les appellent, en moins de sept
ans. En vérité, mon opinion est que celui-là n’a jamais connu la Pierre
dans ce monde naturel. Quant à son degré de connaissance des teintures
dans le monde [378] spirituel, je n’en déciderai pas. Je dois confesser que
beaucoup de vérités splendides et sublimes ont émané de sa plume; mais
lorsqu’il redescend de ses inspirations et qu’il s’abaisse à une pratique
physique, il est complètement à côté de la plaque ! (18)
J’ai toujours admiré le royal Geber, dont je peux - si tu as des doutes -
présenter la religion en ces quelques mots : « le glorieux, béni, sublime
Dieu des natures ». C’est le titre et l’appellation qu’il attribue toujours à
Dieu, et c’est assez pour prouver qu’il n’est pas athée. Il a, dis-je, si
librement et, en vérité, si clairement discuté de ce secret que, s’il n’y avait
pas mêlé ses nombreuses choses hors de propos, il aurait directement
prostitué les mystères. Ce que j’affirme est évident pour tous les artistes
qui ont la connaissance, et c’est pourquoi la plupart des maîtres ont
tellement honoré cet Arabe que dans leurs livres, il est couramment
appelé « le Maître des Maîtres » (19). Nous sommes en fait plus
redevables à ce prince - qui n’a pas connu le Christ - qu’envers de
nombreux prétendus chrétiens, car ils ont non seulement caché la vérité,
mais ils ont aussi publié des faussetés ainsi que de pures inepties. Ils ont,
de façon voulue et de propos délibéré, trompé le monde, sans aucun
respect de leur crédit ni de leur conscience. C’est une grande question
que de savoir lequel a été le plus malveillant, le diable dans sa recette à
notre docteur d’Oxford (20) ou Arnaud dans son adresse au Roi
d’Aragon. Je sais très bien ce que ce monsieur de Villeneuve prescrit, et
je sais en outre que ses instructions sont tellement difficiles que le Comte
Le Trévisan, lorsqu’il devint adepte à sa mesure, ne put les comprendre.
Car il a écrit de très énormes stupidités, ce en s’efforçant de réfuter des
mystères qui dépassent son entendement. Maintenant, si quelqu’un me
trouve trop audacieux de censurer un artiste de l’importance d’Arnaud,
je [379] ne suis pas vide au point de ne pouvoir raisonner par moi-même.
Je ne l’accuse pas de manquer de connaissance, mais de manquer de
charité - point en lequel même les possesseurs de la Pierre Philosophale
sont communément pauvres. Je dis ceci parce que j’ai pitié des
égarements de nos alchimistes modernes, même si Philalèthe rit sous
cape et que, tel un jeune poulain, il lance des ruades en entendant ce
mot.
Pour ma part, je ne conseille à personne de s’essayer en tiret Art sans
maître, car même si vous connaissez la Matière, vous pouvez cependant
être en très grand manque de la Médecine. C’est une vérité en laquelle
vous pouvez avoir confiance, et si vous ne voulez pas croire mon texte,
remettez-vous-en à l’expérience de Raymond Lulle. Il connaissait la
Matière, celle-ci étant la première chose que son maître lui apprit. Puis il
pratiqua sur celle-ci, selon sa propre «pression, suivant des modalités
multiples et nombreuses, mais tout ceci en vain. Il avait la Cassette, mais
pas la Clé. Il finit par s’avérer être ce que sont beaucoup de docteurs, un
charlatan effronté, un souffleur, et rien de plus, tel que cela apparaît dans
sa confession suivante : « Les Maîtres nous assurent dans leur bonté que
le Grand Œuvre est affaire de solution et de congélation, celles-ci se
faisant par voie circulatoire. Mais par ignorance de ceci, beaucoup de
grands érudits se sont trompés à propos du magistère. Trop confiants en
eux-mêmes, ils se croyaient très compétents dans la forme et le mode
circulatoire, et nous n’avons pas l’intention de cacher que nous-mêmes
avons fait partie de ceux qui ont été mortellement blessés à cet égard.
C’est avec une telle présomption et une telle témérité que nous
considérions comme acquis notre entendement en cette science, alors que
nous ne la comprenions en aucune manière, jusqu’à ce que nous en
vînmes à être instruits de l’esprit, non pas de façon immédiate, [380]
mais par la médiation de Maître Arnaud de Villeneuve qui, dans son
immense largesse, nous a restauré en nous l’insufflant. » (21)
Voilà ce qu’il dit. Et maintenant, je conseillerai au chimiste de surveiller
ses lèvres, car il y a quelque personnage invisible (22) qui écoute. J’ai
moi-même connu des gens qui affirment avoir vu et fait des choses que
Dieu et la Nature ne peuvent faire, selon les lois actuelles de la création.
Mais si mon jeune ami Eugène Philalèthe avait été présent, il aurait ri
impitoyablement. Fais donc attention à ce que tu dis, de peur que tu ne
sois la risée des sages, car ils sont comme des immortels : « Un rire
inextinguible montait des dieux bienheureux. » (23)
Il y a beaucoup de gens qui trouvent chose ordinaire que d’être instruits
de ces secrets, mais en ceci ils se trompent impudemment. Il faut qu’il y
ait un ami connu, un ami véritable, un ami en termes d’années, et non de
jours, d’une amitié qui ne donne pas dans le compliment et dont l’action
n’est pas toute hypocrite. Il ne faut pas que ce soit un dissimulateur
aguerri, qui t’adresse de belles paroles, mais dont le cœur - une fois mis à
l’épreuve - est si éloigné des promesses que, comme une mouche dans
une boite, il ne fait plus guère partie de son corps. Raymond Lulle s’est
en un certain endroit exprimé comme il sied sur la pratique, et ce par
égard pour son ami. Mais comme il était alors rigide par écrit ! Son
disciple - s’il a pu le comprendre - a dû lui être redevable de l’utilisation
du mystère, et c’est pourquoi il lui dit ouvertement qu’il l’a fait « en guise
de prêt uniquement, dans l’attente d’une restitution au jugement
dernier ». Nous ne devons donc pas nous attendre à être instruits parce
que nous avons certaines fréquentations, et en vérité la fréquentation de
[381] telles personnes n’est pas chose courante. En matière de faveurs, il
est ordinairement supposé que les gens doivent les mériter avant de les
recevoir; mais pour cette chose-ci - qui est d’un bienfait incomparable - il
en va tout autrement. Nous sommes à la recherche de découvertes
actuelles, nous croyons que les philosophes vont nous instruire et nous
révéler en termes clairs tout leur Art, mais nous ne savons pas pourquoi
ils devraient être si gentils envers nous. Des espérances si impudentes
n’ont pas plus de raison chez eux que si je faisais un compliment à un
riche monsieur, en espérant qu’il fasse de moi, en échange de ma phrase,
son héritier, et me transmette ainsi ses biens. Ceci est tout à fait absurde,
mais il n’y a rien de plus courant. Bien que je sache qu’il y ait une autre
espèce de gens qui vous veulent du bien, ils sont cependant très
misérables, car ils cherchent à berner des hommes qu’ils savent lare plus
avisés qu’eux-mêmes. Mais en ce point, les philosophes n’ont pas besoin
d’instructions, ils peuvent jouer de nombreux rôles, et celui qui
manigance pour les tromper, prend le risque de courir à sa perte avant
que de s’être lancé. Il n’en demeure pas moins que nous nous essayons à
leurs livres, et ici, nous devons prendre en considération les deux
natures universelles, la lumière et la matière.
La matière, comme j’y ai précédemment fait allusion, est la maison de la
lumière. C’est là qu’elle réside, qu’elle se construit son logis, et qu’à dire
vrai, elle prend ses quartiers à la vue du monde entier. Quand d’abord
elle y entre, c’est une pièce transparente, glorieuse, un château de cristal,
et elle y vit en familier des diamants. Elle a ensuite la liberté de regarder
par les fenêtres. Son amour est tout dans sa vue, j’entends dans : cette
Vénus liquide qui la séduit, mais cela ne continue pas très longtemps.
Elle s’active, comme tous les amants, elle besogne pour atteindre une
union plus intime, elle s’insinue et se [382] véhicule dans la substance
même de son amour, de sorte que sa chaleur et son action stimulent ses
essences humides, au moyen desquelles elle devient totalement
prisonnière. Car finalement, la terre la recouvre hors de l’eau, si bien
qu’elle est complètement enfermée dans les ténèbres : c’est le secret de
Dieu éternel, qu’il Lui a plu de révéler à certains de Ses serviteurs, même
si l’homme mortel n’en a jamais été digne. J’aimerais qu’il me soit permis
de m’étendre sur ce point par égard pour la religion, mais par sécurité, il
n’est pas convenable que toutes les oreilles entendent même les mystères
de la religion. Cette terre lépreuse - car c’est bien ainsi qu’elle est si elle
n’est pas purgée - c’est le crapaud qui dévore l’aigle, ou l’esprit, dont il
est fréquemment fait mention dans les livres du philosophe (24). C’est
dans cette terre aussi que de nombreux sages font siéger cette teinture
que nous appelons vulgairement ténèbres. En vérité, ils peuvent aussi
bien l’attribuer à l’eau qu’à l’air, car elle n’apparaît pas dans un élément
seul, mais soit dans tous les quatre, soit au moins dans deux, et c’est cette
dernière chose qui les a induits en erreur. Quant à l’eau, elle n’a
absolument aucune noirceur, mais une forte clarté majestueuse. De
même la terre, en sa propre nature, est un corps glorieux cristallisé, aussi
brillant que les cieux. L’air aussi surpasse ces deux-ci par sa complexion,
car il a en lui une très étrange et inexprimable blancheur et sérénité.
Quant au feu, il est à l’extérieur rouge et scintillant, comme une
hyacinthe, mais à l’intérieur, en esprit, il est blanc comme le lait.
Maintenant, si nous mettons ensemble toutes ces substances, même
purgées et célifiées (25), quand elles s’agitent et œuvrent à la génération,
c’est la couleur noire qui se répand sur elles toutes - et c’est un noir tel, si
foncé et si horrible, que les ténèbres vulgaires ne peuvent lui être [383]
comparées. Je désire donc savoir d’où provient cette teinture, car la
racine de chacune des autres couleurs est connue. Il est à observer que
dans la séparation des éléments, cette noirceur n’apparaît pas n’importe
où, mais dans cet élément qui se trouve sous le feu, et ce seulement
pendant qu’on extrait le feu, car une fois le feu séparé, le corps est blanc.
Il est donc évident que ces ténèbres appartiennent au feu, car en vérité, le
feu en est le manoir (26), et ceci est l’un des plus grands mystères de la
religion et de la philosophie. Mais ceux qui voudraient le comprendre
correctement devraient d’abord apprendre la différence entre le feu et la
lumière.
Trismégiste, dans sa vision de la création (27), a vu en premier une
lumière plaisante, réjouissante, quoique inachevée. Après, apparurent
des ténèbres tristes et horribles, celles-ci se déplaçant vers le bas,
descendant de l’œil de la lumière, comme une nuée qui proviendrait du
soleil. Ces ténèbres, dit-il, furent condensées en une certaine eau, non
sans une voix ou son funèbre, inexprimable, tout comme les vapeurs des
éléments se résolvent par le tonnerre. Après ceci, dit le grand
philosophe, la Sainte Parole sortit de la lumière et alla sur l’eau, et de
l’eau Il fit toutes choses. Que ceci soit donc l’objet de ton étude, toi qui
voudrais connaître toutes choses, cherche cette eau secrète, qui contient
toutes choses en elle. Il s’agit du fameux et physique cube pythagoricien
(28), qui surprend toutes les formes et les retient prisonnières. « Si de
quelque manière, dit mon Capnion, une forme implantée dans cette terre
y reste, si elle y entre et y demeure en un réceptacle si solide, y étant
disposée comme dans une fondation matérielle, elle n’est pas reçue ici ou
là, ni en commun avec d’autres, mais de manière stable et individuelle,
devenant inséparable et incommunicable, comme quelque chose ajouté
[384] au sol, assujetti au temps et au lieu, et privé - pour ainsi dire - de
sa liberté dans l’esclavage de la matière. » (29)
Les conséquences de cette prison, qui sont parfois tristes, et les marches
qui y mènent, sont exprimées de manière très élégante dans les oracles :

Un précipice s’étend sous la terre,


Etirant sept voies par grade, sous lequel
Est le trône de l’horrible nécessité (30).
En un mot, toutes les choses du monde - de même que les événements et
les substances - s’écoulent de ce puits. C’est de là que viennent nos heurs
et malheurs, notre richesse et notre pauvreté, et ce en fonction de la
balance de l’Agent Suprême, dans ses manières de dispenser la lumière
et les ténèbres. Nous voyons qu’il y a un certain aspect lumineux dans
toutes ces choses qui nous sont chères ou précieuses. Par exemple, dans
la beauté, l’or, l’argent, les perles, et dans tout ce qui est plaisant ou qui
véhicule une idée de bonheur, dans toutes ces choses-là, j’affirme qu’il y
a, de façon inhérente, l’accompagnement d’un certain lustre secret, et
tant qu’elles durent, leurs possesseurs sont aussi sujets à une clarté et à
une sérénité d’esprit. Au contraire, dans toute adversité il y a une
certaine tristesse corrosive et pesante, car l’esprit s’afflige, étant éclipsé et
recouvert de ténèbres. Nous savons bien que la pauvreté n’est
qu’obscurité, et certainement, il y a dans tous les désastres une espèce de
nuée, ou quelque chose qui en relève. Chez les gens qui sont très
malheureux, ces ténèbres ont une marque caractéristique, et en
particulier sur le front se trouve un jugement insigne, mais rares sont
ceux qui savent lire en de tels livres. Ceci, Virgile - qui fut un grand
poète, mais un philosophe plus grand encore - ne l’ignorait pas, car en
[385] décrivant Marcellus aux Champs Elysées (Enéide, VI, 860-866), il
fait de son air triste un argument expliquant la brièveté de sa vie :

C’est ici qu’Enée aperçut une forme divine,


Un jeune homme tel un dieu, rutilant dans son armure
éclatante,
Avec le grand Marcellus marchant à pas égal;
Mais ténébreux étaient ses yeux, abattu son visage.
Il vit son guide aérien et, songeur, lui demanda
Qui était et d’où venait celui qui allait de près à ses côtés,
Son fils, ou l’un des siens au nom illustre,
Tellement ressemblant à celui-ci, presque le même.
Observez la foule qui l’entoure,
Contemplative, admirative, d’où s’élève une clameur.
Mais sur son front planent des brumes qui le recouvrent,
Et la nuit aux ombres noires lui embrouille la tête (31).
Mais ce sont là des choses dont on ne devrait pas discuter en public, et
c’est pourquoi je les omettrai. Que celui qui désire être heureux, se mette
à la recherche de la lumière, car c’est elle la cause du bonheur, à la fois
temporel et éternel. C’est dans la maison de celle-ci que l’on peut le
trouver; or la maison n’est ni éloignée ni difficile à trouver, car la lumière
y entre avant nous et elle est le guide de sa propre habitation. C’est la
lumière qui forme l’or et le rubis, le diamant et l’argent, et elle est
l’artiste qui façonne toutes choses. Celui qui la possède, détient la
richesse de la Nature et un trésor [386] absolument inépuisable. Il est
béni de la substance élective du ciel et de la terre, et d’après la Tourbe,
« il mérite d’être appelé béni et d’être élevé au-dessus du cercle de la
terre ». Ce n’est pas non plus, en vérité, sans raison que la Nature elle-
même nous dicte et nous déclare que notre bonheur consiste en la
lumière. De là vient le fait que nous aimons naturellement la lumière et
que nous nous réjouissons en elle, comme une chose qui nous est
agréable et bénéfique. Au contraire, nous redoutons les ténèbres, et en
elles, nous sommes surpris par une certaine horreur et par la crainte et
l’appréhension de quelque mal qui pourrait nous arriver. C’est la
lumière donc qu’il nous faut rechercher, mais d’elle-même, elle est si
ténue et spirituelle que nous ne pouvons mettre les mains dessus ni nous
l’approprier. Nous ne pouvons la confiner en aucun endroit, pour qu’elle
ne puisse plus se lever et se coucher avec le soleil. Nous ne pouvons
l’enfermer dans un coffret, pour nous en servir quand cela nous plaît, et
voir dans la nuit noire une glorieuse illumination. Nous devons donc
chercher le manoir de la lumière - cette substance huileuse éthérée qui la
retient - car par ce moyen nous pouvons la circonscrire et la retenir.
Nous pouvons ainsi la transmettre et la communiquer aux corps que
nous voulons, donner aux choses les plus viles un lustre et une
complexion très précieux et aussi durables que le soleil. C’est de ce
mystère que les philosophes ont jusqu’à présent parlé en termes très
parcimonieux et très obscurs, et bien que je ne m’arroge pas un savoir
plus grand que celui de certains d’entre eux, j’affirme cependant - et ce
en connaissance de cause - que ce secret n’a jamais été communiqué au
monde dans un discours aussi clair et aussi positif que celui-ci. Il est
exact que cet écrit est bref, et que le corpus de la magie n’a aucune
proportion avec ces quelques lignes. Ecrire longuement sur ce sujet et en
découvrir les trois scènes - élémentale, céleste et spirituelle - fut à un
moment [387] donné le dessein de quelqu’un qui était à même de le
réaliser. Mais celui-ci - et tel fut toujours le sort de la vérité que d’être
ainsi servie - fit non seulement l’objet d’opposition, mais il fut aussi
insulté par un ignorant barbare et malveillant. Je croirais bien que ce
monsieur s’est installé à la Foire de Saint-Barthélémy, tant il y a de
balivernes et d’inventions dans son Second Ereintage (32). Le professeur
fait une dédicace à son élève, et ce même élève fait des vers à la louange
de son professeur. Pure flatterie ! Il n’y eut jamais rien de réciproque
Rossinante et l’âne de Sancho pourraient en tirer des leçons. Mais c’est là
chose infecte, à se pincer le nez; laissons-la donc à Cambridge, là d’où
elle est venue.
La coagulation de notre eau et la solution de notre terre sont les deux
plus grandes et plus difficiles opérations de notre Art, car ce sont deux
clés contraires : l’eau ouvre et la terre ferme. Assurez-vous donc de ne
rien ajouter au sujet, qui ne soit de sa propre nature, car une fois qu’il est
préparé, il se suffit en tout. Il se coagule lui-même et se dissout lui-
même, il passe par toutes les couleurs, et ce par la vertu de son propre
soufre ou feu intérieur, qui ne manque de rien sauf d’une excitation, ou
pour parler clairement, d’une simple coction naturelle. Chacun sait faire
bouillir de l’eau sur le feu, mais si chacun savait faire bouillir le feu sur
l’eau, sa physique dépasserait celle de la cuisine. Etudiez donc, et ne
désespérez pas, mais laissez les détails curieux : le chemin que la Nature
emprunte est un chemin droit et simple, et j’appelle Dieu à témoin que je
n’écris pas cela pour émerveiller les hommes, mais j’écris ce que je sais
avec certitude être véritable.
Voilà tout ce que j’estime convenable de communiquer pour le moment,
et ceci ne vient pas de moi, mais m’a été un ordre imposé par mes
supérieurs, etc. Que ceux qui désirent la [388] connaissance
expérimentale, étudient ceci comme un guide sûr; mais celui qui en reste
aux lèvres et ne prend pas sa philosophie dans ses mains, celui-là n’a pas
besoin de ces instructions. L’Esprit public ou Livre des Apophtegmes
(33) fera son affaire ! Je ne donne ici de prescriptions qu’à ceux qui sont à
la recherche de ses principes, et ils doivent me donner la permission de
les informer, s’ils ne sont pas parfaits maîtres de l’art. Je suis de ceux qui
font des concessions, ce afin d’éviter des conflits. Je peux souffrir que
l’universitaire suive ses propres dogmes, tant qu’il ne m’empêche pas de
suivre les miens. En un mot, je peux tolérer les erreurs des hommes et les
prendre en pitié. Je peux proposer la vérité, et si elle n’est pas suivie, j’ai
pour moi la satisfaction d’avoir bien fait ce que j’avais à faire.
POST-SCRIPTUM AU LECTEUR
A peine ce petit discours était-il achevé - quoique sur commande - que
ces mêmes autorités suspendaient leur commission, et étant maintenant
quelque peu transformé, il me faut - comme certains l’ont
mystérieusement fait - végéter. Les sages savent cependant que les bois
ont leurs sylphes, et je me souviens avoir lu une image qui, creusée,
signifiait qu’elle plaçait la substance dans l’ombre. Pour être clair, je suis
réduit [389] au silence, et bien qu’il soit en mon pouvoir de parler, j’ai
des règles quant à ce sujet que je ne dois pas transgresser. J’ai donc choisi
d’opposer à ma liberté présente ma nécessité future, et de dire quelque
chose maintenant, dont je ne devrai jamais parler en public par après. Il
n’y a aucune faille dans tout ce que j’ai écrit, à condition néanmoins que
je vous parle d’une feule chose que les philosophes ont omise. C’est ce
que certains auteurs ont appelé « le Vaisseau de la Nature » et « le
Vaisseau Vert de Saturne », et Marie l’appelle « le Vaisseau d’Hermès ».
Il s’agit d’une substance menstrueuse, et - pour dire l’exacte vérité - c’est
la matrice de la Nature, où vous devez placer le sperme universel dès
qu’il apparaît hors de son corps. La chaleur de cette matrice est
sulfureuse, et c’est ce qui coagule le sperme. Mais le feu vulgaire - même
s’il est très exactement réglé - ne le fera jamais, et en cette opinion, veillez
à ne pas être dupé. Cette matrice est la vie du sperme, car elle le préserve
et le vivifie. Mais en dehors de la matrice, il prend froid et meurt, et rien
d’animé ne peut en être engendré. En un mot, sans cette matrice, vous ne
coagulerez jamais la matière ni ne l’amènerez à une complexion
minérale. Et en ceci également, il y a une certaine mesure à observer,
sans laquelle vous échouerez dans la pratique. Marie parle de ce
vaisseau naturel en ces termes

« La clé de la science se trouve dans tous les corps, mais en raison de la


brièveté de la vie et de la longueur de l ‘œuvre, les Stoïciens ont caché
cette seule et unique chose. Ils ont découvert des éléments tinctoriaux,
laissant des instructions là-dessus, et ces éléments, les philosophes aussi
continuent à les enseigner, à l’exclusion seulement du Vaisseau
d’Hermès, car celui-ci est Divin; c’est une chose cachée aux Gentils par
la sagesse de Dieu; et ceux qui [390] l’ignorent, ne connaissent pas le
régime de vérité, par manque du Vaisseau Hermétique » (34).
C’est dans la proportion et le régime de cette chose, qu’ils appellent leur
vaisseau, et parfois leur feu, que consiste tout le secret. Et en vérité, les
réalisations de celui-ci sont si admirables et si rapides qu’elles sont
presque incroyables. Si j’avais su ceci au commencement, il n’en serait
pas allé avec moi comme il en est allé, mais tout événement a son
moment, de même pour moi. Cette seule et unique chose - en laissant de
côté d’autres raisons - non seulement me persuade mais me convainc
que cet Art fut à l’origine révélé à l’homme. J’en suis sûr, car l’homme de
lui-même n’aurait vraiment pu y penser, car c’est quelque chose
d’invisible. Elle est soustraite aux regards, et ce en raison d’une certaine
révérence, et si par hasard on l’aperçoit, elle se retire à nouveau
naturellement. Car c’est le secret de la Nature; c’est même celui que les
philosophes appellent « la première conjonction ». En voilà assez pour
un sage artiste; du moins, c’est tout ce que j’entends publier. Et
maintenant, Lecteur, adieu. [391]
NOTES SUR AULA LUCIS

(1) La page de titre de l’édition anglaise de 1651 porte Aula Lucis or the
House of Light, ce qui nous amène à traduire par La Maison de la
Lumière. « Maison » provient d’ailleurs de mansio, manere, rester. Plus
loin dans son traité, Philalèthe parlera de the manal of light et de the
mansion of light, le « manoir » de la lumière.
Aula désigne aussi la cour d’une maison ou un palais. Virgile emploie ce
terme par exemple en Enéide, 111, 354: « Ils étaient reçus par le roi sous
d’amples portiques; dans la cour intérieure, ils faisaient des libations à
Bacchus avec leurs coupes. »
C’est aussi une cour en tant qu’assemblée de courtisans. Pour Philalèthe,
nombreux sont les Philosophes - ainsi que les souffleurs et imposteurs - à
« courtiser » la Lumière...

Aula a enfin le sens de marmite, archaïsme pour olla, pot, terme utilisé
au début du Ciel Terrestre. Emmanuel d’Hooghvorst y ajoute en note
que, par extension, ce mot peut désigner un certain « pot-au-feu »...
Lecteurs, à vos fourneaux !
(2) Aula Lucis est dédicacée par Philalèthe à l’ami et bienfaiteur qu’il
surnomme Seleucus Abantiades, qui selon Waite serait Matthew
Herbert. Cette dédicace, tout comme [392] celle de L’Homme-souris, est
adressée from Héliopolis, d’Héliopolis...

(3) Philalèthe a été à plusieurs reprises violemment attaqué à propos de


ses traités, par le Dr Henry More, de Cambridge.
(4) Le célèbre Francis Bacon (1561-1626) fut créé Lord Verulam. Homme
d’Etat et philosophe, il cherchait à rompre avec la tradition
aristotélicienne et scolastique, et voulait renouveler l’ordre des sciences.
Dans une de ses œuvres, De Dignitate et Augmentis Scientiarum, il est
question de cette traditio lampadis, « la tradition de la lampe »,
autrement dit, « la transmission de la lumière ».
(5) Allusion à l’ancien système des examens à Oxford, où toutes les
questions étaient posées par groupes de trois; il s’agissait d’y répondre
« pro forma », de façon convenable et conforme à l’usage universitaire.

(6) Amphiaraüs, devin d’Argos. P. Grimai écrit dans son Dictionnaire de


Mythologie (Paris, P.U.F, 1979, p. 32) : « Dans la déroute qui termina la
campagne de Thèbes, Amphiaraüs s’enfuit jusqu’au bord de l’Isménos,
et là, au moment où il allait être rejoint par Périclyménos, Zeus, d’un
coup de tonnerre, entrouvrit la terre devant lui et l’engloutit, lui, ses
chevaux, son char et son cocher. »
(7) Comme d’autres Philosophes, Philalèthe insiste souvent sur l’action,
concrète et physique, de « mettre la main » à l’Œuvre. Dans le Ciel
Terrestre, il parle ainsi de « manuduction ». [393]
(8) Philalèthe cite Virgile dans la traduction de John Dryden (1631-1700),
célèbre dramaturge et essayiste anglais, qui a aussi traduit Juvénal.
Philalèthe était attaché à la défense du style, à la facture du vers et à
l’éloquence du discours. Ne soyons donc pas surpris, ici comme plus loin
dans Aula Lucis, des « traductions », plutôt libres et adaptées, qu’il
emprunte à Dryden.
Il s’agit ici de Géorgiques, II, 173-176, que nous donnons maintenant dans
la traduction de H. Goelzer aux Belles Lettres : « Salut, grande mère de
moissons, ô terre de Saturne, grande nourricière de héros : c’est en ton
honneur que j’entreprends de chanter l’art antique qui a fait ta gloire et
qu’assez hardi pour ouvrir les sources sacrées, je chante le poème d’Ascra
par les villes romaines. »
(9) Illardus : allusion au dialogue sur la pierre philosophale entre le
magicien nécromancien Illardus et le diable dans Artis Auriferae (I, pp.
629-631). Le diable répond que, à part le nom de « pierre », il n’a pas la
liberté d’en dire plus. On trouve ce dialogue rapporté aussi dans :
Marsile Ficin, De Arte Chimica, chap. XX (Manget, t. II, p.183).

(10) Dans la pure essence saphirique : les éditeurs notent l’obscurité de ce


passage... On estime que Philalèthe croit que les influences célestes sont
transmises à la matière par des « saphirs ». Il est question de saphirs
dans le Lumen de Lumine, où Thalie sort de son sein deux médailles
miraculeuses et glorieuses, deux pièces astrales magiques qu’elle appelle
saphirs du soleil et de la lune.
(11) Enéide, VI, 264-267: « Dieux qui possédez l’empire des âmes, Ombres
silencieuses, Chaos, Phlégéton (lieux que vous étendez dans la nuit
muette), que vos lois me permettent de [394] redire ce que j’ai entendu, et
que votre volonté m’accorde de dévoiler les choses ensevelies dans les
profondeurs sombres de la terre » (trad. Bellessort, Les Belles Lettres).
(12) Allusion à la situation de l’Eglise d’Angleterre et à certains de ses
fanatiques, qui en toutes choses se réclamaient de l’autorité divine
immédiate.

(13) The lavatory of Nature.

(14) La matière première est souvent qualifiée de « boue » par de


nombreux auteurs. Philalèthe en parle, par exemple dans son traité du
Ciel Terrestre. A propos du Message Retrouvé XV, 68-68’ (« Refais la
boue. Et cuis-la. ») et XXIII, 57 (« ... la boue qui ne mouille et qui ne salit
rien »), on peut relire la fameuse étude d’Emmanuel d’Hooghvorst :
« Refais laboue et cuis-la. Réflexions sur la cabale chymique » dans : Le
Fil de Pénélope, Paris, La Table d’Emeraude, 1996, p. 303 et sv.
(15) Raymond Lulle, Théorie, LXXVI.

(16) Le Message Retrouvé XX, 52’ dit : « Il engendre sa Mère, et sa Mère


l’engendre dans le monde pour la sauvegarde des saints et des sages. »
Peut-être peut-on aussi penser au Prologue de Jean (I, 10-11 et 15) : « (La
lumière) vint dans le monde, et le monde fut à travers elle, et le monde
ne la connut pas. Elle vint vers les choses siennes, et les siens ne la
reçurent pas. (..) Celui-ci était celui dont j’ai dit : celui qui vient après
moi est devenu avant moi, parce qu’il me primait. » [395]
(17) Cf. J. Chrysippus Farianus, De Arte Metallicae Metamorphoseos,
dans Theatrum Chemicum, Zetzner, 1659, I, 43-44.

(18) Selon Waite, référence à Jacob Boehme.


(19) Arnaud de Villeneuve appelle par exemple Geber « Maître des
Maîtres », dans son Speculum Alchimiae (Theatrum Chemicum, Zetzner,
1659, IV, 585).
(20) De nombreuses « recettes » alchimiques circulaient et existaient à
Oxford, en particulier parmi les manuscrits de la Bodleian Library.

(21) Cf. Raymond Lulle, Le Codicille, ch. « De l’ultime fermentation de


la pierre ». Nous donnons ici un extrait de la traduction de L. Bouyssou,
faite sur l’édition originale latine de Cologne, 1561 (traduction préfacée
par R. Amadou, sans lieu ni date, p. 156) : « Les philosophes expriment
élégamment cela en disant que le Grand Œuvre ne consiste qu’en la
dissolution et la solidification, mais celles-ci se font par la voie des
cycles. Et en les ignorant, plusieurs qui furent éminents dans les Lettres
furent déçus dans le Magistère, qui croyaient, confiants en leur science,
comprendre leur forme et la manière de la parcourir, et nous n’avons pas
l’intention de cacher que nous-même, parmi eux, en fûmes mortellement
blessé. Par seule présomption et témérité nous avions cru comprendre
fermement la nature de cette seconde science, et nous ne l’avions
nullement comprise, jusqu’à ce que vint le temps où l’esprit nous inspira,
non immédiatement, mais par le moyen d’Arnaud de Villeneuve, qui
immédiatement dans son immense générosité, en nous redonnant de la
force, nous communiqua l’inspiration. » [396]
(22) Peut-être une allusion à un mystérieux Rose+Croix. Cf. Le Fil
d’Ariane n° 59-60, pp. 47-82, l’article sur Eugène Philalèthe et les traités
Rose+Croix.

(23) Odyssée, VIII, 325-327 : « Sur le seuil, ils étaient debout, ces
Immortels qui nous donnent les biens, et, du groupe de ces Bienheureux,
il montait un rire inextinguible : ah ! la belle œuvre d’art de l’habile
Héphaestos ! » (Trad. Bérard)
(24) Cf. l’emblème d’Avicenne, dans le Symbola Aureae Mensae de M.
Maier, qui représente un aigle attaché par une chaîne à un crapaud
rampant ; reproduit dans : J. van Lennep, Alchimie, éd. Crédit
Communal, Bruxelles, 1984, p. 179.
(25) « Célifié » : mot inventé par Philalèthe; « transformé en ciel, rendu
de la nature du ciel, conforme et apte au ciel ».

(26) The manal : cf. note 1. Hapax, pensons-nous, synonyme de mansion,


manoir. Les ténèbres appartiennent au feu et y résident, semble-t-il.

(27) Cf. Hermès Trismégiste, début du Poimandrès, § 4-6 (trad.


Festugière, Les Belles Lettres) : « Je vois une vision sans limites, tout
devenu lumière, sereine et joyeuse et, l’ayant vue, je m’épris d’elle. Et
peu après, il y avait une obscurité se portant vers le bas, survenue à son
tour, effrayante et sombre... Puis cette obscurité se change en une sorte
de nature humide, secouée d’une manière indicible et exhalant une
vapeur, comme il en sort du feu, et produisant une sorte de son, un
gémissement indescriptible. Puis il en jaillit un cri d’appel, sans
articulation, tel que je le comparais à une voix de feu, cependant que,
sortant de la lumière, un Verbe saint vint couvrir la Nature, et un feu
sans mélange s’élança hors de la [397] nature humide en haut vers la
région sublime... Quant au Verbe lumineux issu du Noûs, c’est le fils de
Dieu. »
(28) Philalèthe parle aussi de ce cube dans le Lumen de Lumine : « Thalie
m’amena à un rocher de diamant qui avait la forme exacte et entière
d’un cube. »
Reuchlin, dans son De Arte Cabalistica, Livre II (trad. F. Secret (Archè,
Milan, 1995, pp. 177-178) écrit : « Timée de Locres, ce fameux
Pythagoricien, au livre « De 1 Ame du Monde » , écrit à ce sujet : de ce
carré naît le cube, corps très ferme et tout à fait stable, avec six côtés et
huit angles. C’est sur ce fond que s’appuie une forme, quand elle est
enfoncée, c’est sur ce solide réceptacle et sur ce siège matériel qu’elle est
replacée quand elle est tombée. Elle n’est pas reçue, en passant, et en
groupe, mais de manière stable et particulière, elle est faite individuelle
et incommunicable, comme un esclave attaché à une glèbe du fonds,
sujette au temps et au lieu, et comme si elle était proscrite de la liberté
dans la servitude de la matière. Nous voyons donc découler d’une seule
source les principes jumeaux des choses temporelles, la pyramide et le
cube, c’est-à-dire, la forme et la matière. Nous les voyons provenir du
même carré, dont l’idée, comme nous l’avons montré auparavant, est la
Tétractys, le divin exemplaire de Pythagore. »
(29) Ce Capnion est un personnage du De Verbo Mirifico de Reuchlin.
En fait, il s’agit de Reuchlin lui-même.
(30) L’éditeur Rudrum renvoie à ce qu’il appelle les « Oracles » de
Zoroastre, c’est-à-dire l’Avesta. Sur Zoroastre, voir Les Mages
Hellénisés, Bidez et Cumont, Les Belles Lettres, t. II, pp. 7-263. [398]
(31) Enéide, VI, 860-866 : « Et voici qu’Enée l’interrompt, car il voyait
venir en même temps un jeune homme d’une grande beauté sous des
armes resplendissantes; mais la joie n’était guère sur son front, et il
marchait les yeux baissés : « Ô mon père, quel est ce jeune homme qui
accompagne ainsi les pas du héros ? Est-ce son fils ? Est-ce un rejeton
de sa noble souche ? Quelle rumeur d’acclamations chez ceux qui lui
font cortège ! Quelle majesté ! Mais l’ombre triste d’une affreuse nuit
vole autour de sa tête. » (trad. Bellessort)
Philalèthe a à nouveau donné la version de Dryden.
(32) The Second Lash, du Dr More.

(33) Allusion à la Politeuphuia de Nicolas Ling, sous-titrée L’Esprit


public ou Livre des Apophtegmes, un des nombreux écrits moralisateurs
en vogue à l’époque.

(34) Marie la Prophétesse, Practica in Artem Alchimicam (Artis


Auriferae, I, 323-324). Cf. Ferguson, op. cit., p. 78, et Berthelot, Collection
des Alchimistes Grecs, traduction, éd. G. Steinheil, Paris, 1888, p. 26, p. 37
et passim. Cf. aussi « Marie la Juive », dans Les Origines de l’Alchimie
dans l’Egypte gréco-romaine, J. Lindsay, éd. du Rocher, 1986, pp. 259-
272.

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