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Pour cette élection, le vote est secret mais plusieurs


députés « pétistes » auraient voté en faveur du candidat
Avec ou sans Lula, le Parti des travailleurs
allié au président d’extrême droite, Arthur Lira (Parti
peine à se renouveler progressiste). Juste après l’élection, une députée du PT
PAR JEAN-MATHIEU ALBERTINI
ARTICLE PUBLIÉ LE LUNDI 22 FÉVRIER 2021 s’est présentée, contre les consignes du parti et avec le
soutien de Lira, à un poste clé au sein de l’Assemblée.
Du jamais vu au PT depuis 1985. Au Sénat, le parti a
officiellement soutenu le candidat de Jair Bolsonaro,
rendant sa ligne peu compréhensible.
« L’ensemble de l’opposition, du PT jusqu’à la
droite traditionnelle, ressort affaibli de ces élections.
L’implosion de la coalition du candidat de centre-
Lula, lors du quarantième anniversaire du Parti des droit en faveur du favori de Bolsonaro met en
travailleurs, en février 2020. © DANIEL RAMALHO / AFP
évidence la difficulté pour les oppositions de s’unir
Vingt ans après la victoire de Lula à l’élection
contre un ennemi commun », explique Tatiana Roque,
présidentielle brésilienne, le scrutin de 2022 risque,
professeure de philosophie à l’UFRJ et affiliée au Psol
comme celui de 2018, d’être soumis à son calendrier
(Parti socialisme et liberté). Avec l’élection d’un allié
judiciaire. En attendant, le Parti des travailleurs
à la présidence de la chambre basse, Jair Bolsonaro
accumule les échecs et peine à rassembler une
voit s’éloigner le risque d’une destitution.
véritable opposition à Jair Bolsonaro.
« Le PT continue de fuir une réflexion nécessaire »
Rio de Janeiro (Brésil).– Une altercation, un festival
de trahisons, les larmes du président du perchoir Le résultat des municipales de novembre était déjà
au moment de quitter son poste et une fête de préoccupant pour le PT. Pour la première fois, il
300 personnes sans masques célébrant la victoire des n’avait remporté aucune des 27 capitales régionales
deux alliés de Jair Bolsonaro ont conclu, le 1er février, du Brésil, réalisant parfois des scores historiquement
une saga électorale de plusieurs mois. « Les élections bas, comme à Belo Horizonte, avec 1,88 % des voix.
des présidents de la Chambre des députés et du Sénat Après l’énorme déroute de 2016 (60 % de mairies en
étaient cette année particulièrement importantes, une moins), le parti espérait se refaire lors de ce scrutin. Il
sorte de continuation des municipales de novembre. n’a réussi qu’à stagner, malgré un nombre important
Les équilibres politiques ont été modifiés et les de candidats.
oppositions vont maintenant se réorganiser », assure Alberto Cantalice, membre de la direction nationale,
Josué Medeiros, professeur à l’université fédérale de reconnaît « une défaite sans équivoque ». Certaines
Rio de Janeiro (UFRJ). figures de proue du parti semblent faire preuve
Pour le Parti des travailleurs (PT), la principale
formation d’opposition, le bilan n’est pas bon. Là
où certains espéraient un tremplin pour 2022, le PT
est apparu apathique. Sans réelle influence sur ce
scrutin, le parti a été incapable d’unifier ses troupesà
l’Assemblée (52 élus sur 513 députés). « Ce niveau de
division lors d’un événement majeur est l’indicateur
d’une crise profonde », analyse Josué Medeiros.

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de moins de réalisme, comme la présidente Gleisi comme Guilherme Boulos (Psol) se sont sérieusement
Hoffmann, qui célèbre sur Twitter la bonne consolidées et émergent au niveau national. « Mais ils
performance « d’une gauche qui sait lutter ». se sont construits sur la durée. À court terme, le PT est
en manque de nouvelles têtes », assure Josué Medeiros.
Lula incarne son parti et cette hégémonie a
empêché l’émergence de nouveaux profils. Pressé par
l’échéance de la présidentielle de 2022, le PT devrait
choisir son candidat sans véritable consultation de
la base, comme en 2010 lorsque Lula avait désigné
Dilma Rousseff. « C’est plutôt bien accepté par les
Lula, lors du quarantième anniversaire du Parti des
travailleurs, en février 2020. © DANIEL RAMALHO / AFP
militants, mais c’est une tendance moins démocratique
Une attitude inquiétante pour Josué Medeiros : « Après qui fait perdre une certaine énergie à ce parti qui s’est
une première inflexion du nombre de députés en 2014, historiquement construit sur un mode beaucoup plus
le problème a été ignoré. Puis, en 2016, la déroute participatif », analyse le chercheur.
a été attribuée exclusivement à l’impeachment de S’il y a eu de nombreuses occasions manquées,
Dilma Rousseff. Le PT continue de fuir une réflexion Tatiana Roque considère que « les persécutions
nécessaire. » Depuis les immenses manifestations judiciaires contre Lula ont balayé le discret
de juin 2013, le parti traverse une mauvaise passe, mouvement en faveur d’une rénovation en interne ».
dont il a le plus grand mal à se dépêtrer. En 2014 Pour la prochaine échéance présidentielle, c’est
commence la crise économique, puis Dilma Rousseff d’ailleurs encore Lula, 75 ans, qui est présenté
est destituée en 2016, année de la Bérézina électorale. comme le candidat naturel. Quelques rares cadres sont
Enfin, en 2018, Lula est emprisonné et le PT est défait pourtant prêts à briser le tabou publiquement.
à l’élection présidentielle. « Notre parti est grand, d’autres noms sont solides.
Alors qu’un « antipétisme » diffus continue de Lula peut nous guider, présenter notre nouveau projet,
prospérer dans la société brésilienne, le parti a du participer à la campagne… Mais il n’a pas besoin
mal à réagir à cette succession de coups durs. Mais d’être candidat pour ça », assure Alberto Cantalice,
le PT n’est pas mort, loin de là. Grâce à son réseau qui reconnaît que ses idées rencontrent de sérieuses
de militants présents sur l’ensemble de l’immense résistances. Le dernier mot revient de toute façon à
territoire brésilien, à ses nombreux parlementaires et Lula, qui, le 5 février, a annoncé que, s’il n’était pas
à la popularité de Lula, il reste incontournable. Pour autorisé à se présenter, il soutiendrait la candidature
Jaques Wagner, sénateur et figure importante du parti, de Fernando Haddad, prétendant malheureux de la
sa formation politique n’a pas réussi à s’adapter aux dernière présidentielle, resté pour le moment discret.
évolutions de la société, notamment dans le monde du Comme en 2018, la stratégie du parti va dépendre
travail, où le syndicalisme a perdu de sa superbe. Dans d’une décision de la Cour suprême. À l’époque,
un entretien paru au journal The Intercept, il déclare les juges avaient rejeté une demande d’habeas
que le parti « a été formé dans un monde qui disparaît corpus qui aurait permis à Lula de rester en liberté
et a besoin d’un changement générationnel ». jusqu’à épuisement des recours, invalidant de fait
De nouvelles figures charismatiques ont émergé à sa candidature (qui fut officiellement rejetée en
gauche à la faveur des municipales, notamment des septembre de la même année par le Tribunal supérieur
Noirs, auparavant presque totalement absents de la électoral).
vie politique au Brésil. Sauf qu’au sein du PT, cette Cette fois, ils doivent se prononcer sur l’annulation de
rénovation tardive est limitée principalement aux sa condamnation. Difficile d’anticiper leur décision,
pouvoirs législatifs. Ailleurs à gauche, des figures mais de nouvelles révélations sur les actions

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très contestables du juge Sérgio Moro durant le progressiste semble révolue. À gauche, les forces
procès pourraient influencer les juges suprêmes. Ce s’équilibrent progressivement. Une alliance avec un
climat d’incertitude laisse craindre un scénario à candidat « pétiste » comme vice-président sur un ticket
la 2018. Pour éviter de répéter les erreurs de la présidentiel de gauche reste hautement improbable,
dernière campagne, durant laquelle Haddad n’avait « mais ce n’est plus impossible », estime Josué
officialisé sa candidature qu’à quelques semaines de la Medeiros.
présidentielle, les deux hommes devraient commencer Reste que les divisions au sein de la gauche persistent
prochainement à parcourir le pays. et Tatiana Roque s’étonne « qu’au lieu de tenter
Quoi qu’il en soit, depuis sa sortie de prison de guider l’opposition, le PT semble rester sur la
en novembre 2019 et un premier discours incisif défensive ». L’annonce de la candidature probable de
contre Jair Bolsonaro, Lula ne s’est pas vraiment Haddad, qui s’est dit frustré de l’échec d’un front
imposé comme la figure d’opposition que beaucoup uni lors de l’élection du président de l’Assemblée, a
espéraient. Josué Medeiros est partagé sur ses entraîné une réaction sèche de Guilherme Boulos : « Je
intentions. « Il dit vouloir profiter de la vie avec sa défends une gauche unifiée contre Bolsonaro. Mais
nouvelle femme, dans une région connue pour ses avant de lancer des noms, il faut discuter d’un projet. »
plages et éloignée des centres de pouvoir. Il s’est Pas de quoi mettre à mal la relative bonne entente
aussi fait discret pendant les municipales… » D’un entre le PT et des personnalités émergentes du Psol,
autre côté, l’universitaire sait que l’homme est un mais il s’agit d’un écueil de plus dans la construction
animal politique, un prédateur qui sait attendre son d’une gauche unie. Flávio Dino, figure montante du
heure. Alberto Cantalice assure, de son côté, que l’ex- PCdoB (Parti communiste du Brésil), vient de déclarer
syndicaliste est plus que motivé. « C’est juste que la qu’il se retirerait de la course si Lula se présentait. «
pandémie a limité les mouvements de cet homme de Les relations sont par contre beaucoup plus tendues
terrain. » avec le centre-gauche, notamment avec le PDT [Parti
démocratique travailliste] de Ciro Gomes. Ce dernier
a rencontré Lula en septembre, ce qui était une bonne
nouvelle, mais il semble que ça n’ait abouti à rien
», souligne Josué Medeiros. Or, pour le chercheur, les
partis d’opposition doivent s’adapter en urgence à la
logique autoritaire de Jair Bolsonaro, qui a bouleversé
le jeu politique brésilien.
Guilherme Boulos en campagne pour la mairie de
São Paulo (qu’il n’a pas gagnée), en novembre 2020. La crainte d’un scénario rythmé par la
Mais à mesure que le temps passe, le souvenir justice
des gouvernements Lula s’amenuise et l’hégémonie
conquise par le PT depuis 1999 sur le camp

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