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BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE

E.-F; GAUTIER
PRC!FESSEUR A L'U~nVERSITÉ D'ALGER.

OUVRAGES DU MJJME AUTEUR

E .-F. GAUTIER.
mel, 1902.)
- Madagascar: Essai de géographie physique. (Challa-
LE SAHARA
E.-F. GAUTIER et H. FROIDEVAUX. - Un manuscrit arabica-malgache
SUI' les campagnes de La Case dans l'lmoro. Notices et extraits des
manuscrits. (Imprimerie nationale, 1907.) Avec 1. 0 figures et 26 illustra/tOns hors texte
E.-F. GAUTIER, - Missions aa Sahara algérien. (Armand Colin, 1908.)
- ' La Conquête du Sahara. Essai de psychologie politique. (Armand
Colin. 1910.)
E.-F. GAUTIER et EDM. DOUTTÉ. - Répartition de la langue berbère en
Algérie. (Alger, Jourdan, 1910.)
E.-F. GAUTIER. - L'Algérie et la Métropole. (Payat, Paris, 1920.)
- Structure de l'Algérie. (Société d'éditions géographiques. 1922.)
- Le Moyen Allas (réunion d'articles de la Revue Hespéris). (Larose,
19 25 .)
- L'Islamisation de l'Afrique da Nord. Les siècles obscurs du Maghreb.
(Payot, Paris. 1927.)
Sous PRESSE: Aménagement du Sahara. Publication de l'Académie des
Sciences coloniales.

PAYOT, PARIS
106, BOULEVARD st-GERMAIN

1928
TOils droits réserves.
10 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS :SUR LE SAHARA

ne manque pas de voyageurs anciens, appartenant ,c'estjmtement sur œ Sahara Central que nous avons
à ce qu'on peut .appeler la période 'héroïque, dont les livres de Barth, de Nachti@all, de Dnvey~i.er. Les
les livres sont encore une source d'informations, deux missions Tilho, parties du Soudan français,
Cela est ;vrai en .particulier de Barth, de Rohlfs, ont définitivement éluei4é iaquestion du Tchad; et
de Nachtigall, de Duveyrier, de Foucauld, la seconde nOllS a .doerunenres !lur le Tibesti. Sur.la
Aux environs de 1880, l'exploration du Sahara mystérieuse Koufrades renseignemenls, q.ncomplè-
entre dans une périodB nouvellB. AYouest, la France tent OOIILX ,de Rohlfs, vi~ntmt denoUB.être apportés
établit, par étapes successives, sa dolIlÎnation mili- pal!' phIsieurs 'VoY"15"'ill'S, Lapierre, !lliss Rosita For-
taire sur le Saharà au sud de l'Algérie, bes, HassaneiJlil Bey.
La période s'ouvre par les explorations Flatters et Le Sahara désor1l>lillo estpen!t-itre mieux oonnu
Foureau-Lamy, Puis, à partir de IgOO, autour de que le désert mstmlien et que les db<erts asiatiques,
LapelTine se groupent un nomhre 0ol1Sidérabie n ,est ,cel:'>tainemen,'t pœsible, en ,tout cas, ,cl~en
d'.officiers, de voyageurs, de géologues et dB géogra-.. essayer nn tableau d'ernembl.e,
phes, dont les itinéraires s'entrecroisent, se rejoi-
gnent et se complètent, et dont les études jettent CAUSES GÉNÉRALES, - On sait que la Œ.striliiilition
une vive lUIuière sur la presque totalité dn Sah.ara des oosm, à la surface de la planète est !ID poono-
Oeciilental. Le service géographique de .l'armée, mêm>e exclusiy,ement climatique,
qnoique absorbé par !'Algérie, la Tuuisie, et le En prérenoe de ces grandes plaines, ooupoudr<ées
Maroc, consacre au Sahara une activité el'oissante. <île ,gBi! elt semées de drums, dont certaines parties
Vers la même époque, l'Angleterre s'est établie sont dépriméeslm-dessous du ruvean de la mer, 1lllle
en Égypte. Le Geowgical SU/'vey a publié sur le première impression, qui persista .longteJllillPs dans
Sahara Oriental, et en particulier sur les oasis du l'imag\imilli<0n des Dmumes, fut qU''ÛR avait .urair,e à
désert libyqlle, des cartes et des monographies pré- l l i rond de mer ,desséOOé, C'est "', l'Iimple préjng~

cieuses. popnikicire..
Le Sahara Central est la partie la moins étudiée. ,
.<J.
Un désert ,est une sl1Jlnace continentale ·oollllJDl>e
L'Italie, qui ·en a le contrôle, n'est entrée en scène toutes les autres; son passé géoiogΫlJMe ne foumit
que très tardivement, à la veille de.la grande guerre; aucune <'lxpaiication dB ""'Ill aridité. Il est aride; ]lal!'Ce
elle n'a pas eu le temps, et encore bien moins, à qu'il n'y pi'lUt pa. 1mb""', pa,.ne qu'il y ;& déséqniliJbn
cause de la guerre, le loisir d' orgàniser l'enquête _tre la q...aIllbité d'eau qui lm :tombe du ciel <et ",ell<'l
scientifique, Elle l'a amorcée pourtant, D'autre part, qu'ii perd pa,. ,éw.apm-.aiIJion.
12 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 13

On sait que le climat à la surface de la planète est giques, il est impossible même d'imaginer quelle peut.
en première ligne fonction de la latitude. être l'allure des isobares au Sahara. Mais le lien est
Les zones arides s'intercalent entre les zones tem- évident entre le désert et la ceinture des hautes
pérée et tropicale à la surface des continents; cela pressions océaniques; il est trop constant pour qu'il
correspond sur les océans avec les zones de haute Y ait coïncidence fortuite.
pression qui séparent les zones de pression plus basse' La latitude pourtant n'est pas le smù facteur d'un
i"
des vents d'ouest et des alizés. Cela est constant. Ça climat. Son influence est, suivant les cas, renforcée
s'applique aux déserts américains du Nord et du Sud, 'l ou atténuée par celle qu'exercent la forme et l'altitude
, au Kalahari, au désert australien, et même en petit des terres émergées.
à la zone sub-désertique de Madagascar. Le Sahara a ses montagnes, mais rien qui puisse
Jetez un regard sur la carte des isobares de l'Océan se comparer à l'Himalaya et au Thibet, ni aux mon-
Atlantique. Vous y trouverez dans le prolongement tagnes Rocheuses ou aux Andes, ,Dans l'ensemble,
exact du Sahara le maximum des Açores. C'est une il n'y a pas de barrière montagneuse continue, les
zone de hautes pressions barométriques qui barrent plaines basses ou d'altitude très médiocre dominent.
l'Atlantique (770 mm.). Cela est de gTande conséquence aux points de vue
Au nord, l'Atlantique septentrional est parcouru barométrique et thermométrique.
toute l'année par les dépressions tourbillonnantes D'autre part, dans les deux Amériques, comme
qui nous viennent d'Amérique ou d'Europe. Un dans l'Afrique du Sud, la côte du continent court
petit nombre d'entre elles peuvent atteindre l'Afrique nord-sud, à angle droit avec la latitude; et dans les
en hiver, dans la saison où le maximum des Açores Amériques, la côte est longée tout près par de puis-
est le plus méridional. santes chaînes de même direction. La côte nord afri-
Au sud de ce maximum, les pluies tropicales sui- caine, le long de la Méditerranée, court au contraire
ventle soleil sous forme d'orages violents qui éclatent dans le sens de la latitude, elle prolonge à peu près
dans l'après-midi. On les retrouve au Sénégal' où en ligne droite sur 4.000 kilomètres la limite nord
nous leur donnons le nom de tornades. Elles ne vont J du maximum barométrique océanique. Ceci aussi est
<fgUère plus loin vers le nord. de grande conséquence.
Entre le domaine des dépressions atlantiques et En Asie, les plus hautes et les plus massives chaî-
celui des pluies tropicales, s'étend sur le continent nes du globe', en Amérique et en Afrique australe, la
le Sahara et sur l'océan le maximum des Açores. direction générale du continent contrarient l'in-
Dans l'état actuel de nos connaissances météorolo- fluence de la latitude. Au Sahara, au contraire, l'al-
14 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE. SAHARA

titude du sol et la direction. de la côte tendent à longtemps 00 temps qua ch.e,; il.,' en reste pIns
exagérer cette influenCe. Et voilà sans doute d'une que les cicatrices, ce 'lue les géloiliognes appellentune
façon très générale pourquoi le Sahara hat tou!> les pénéplaine, c'est-ill-dire, en langage eOlOllmunde& pla~
records de déserts planétaires. teaux. Dans le reste du Sahara, les calcaires carboni-
,
ï fériens. les grès d"fwoniw~. et même,les gressihrriens,
se pré•.,ntent aucontrlriFe .,fi lits à. peu pds lihol':izon-
1
GÉOLOGIE. - La structure géologique du Sahara, 1
tl\_, sur des espaces mnl!iOl),'llseSc. A.Ia sl!llI1face, de 1..
si on se contente de la décrire dans les.grandeslignes, pl<....èlie>, il est F""'' de trouver des sooiment& aussi
est très simple. aDlciens, en aSSlS<ilS hocizo..tales ,. telS' qu'ils SC' sont
Au nord-ouest et à labordure, l'Atlas est une chaîne déposés. On Ra les signale <lJiu'à 131 surface des, autres
plissée, jeune, compara:hle aux Alpes, ·et qui fait « boucliers l> planétair"s; 1" bouclier :msse paF
d'ailleurs partie du système alpin. Mais quoiqu'elle exemple, '!l!llLcomamoo.
soit steppienne, voire désertique sur son versant &ud, Ces vieilles roches primaires sont le sol'llMlssffiOCtent
elle oort de cadre au Sahara plutôt qu'elle n'en fait de tout au: Salaam. Mais snr des' étendnes immenses,
partie. la moitié du Sahu>ra: peut-être, e® sO'llbassement di,,-
Le Sahara, proprement dib, dans tout le reste de parait sous ",n pl<acage de: roches phrns réeemeS>; les
son étendue,. est le contraire d'une jeune chaîne ca,lc"'res> erétacés du Sud algérien elll!lllisien, de, 'Fri-
plissée; un équivalent du plateau central français, à polit..me, de Cyrénaïque; les grès nubiens du désert
la rigueur, et non pas des Alpes ou des Pyrénées. Il libyque., erétacés elU aussi ; les calcaires. mio",,,,,es, de
serait plus justement comparable aux plaLeformes l", Mi.m:mari'lUlt>. En hlen. des pœnts,. au Sahara algé-
russe,. sibérienne ou canadie·nne; ce que les géolo- rien. "t. tunisien en parlicuilier, OJ1lJ devine, 00\1$, ce
gnes appellent un « bouclier» ; un bloc de la croûte placage les fIbres de la vieille pé.Eéplaine, comme
terrestre resté rigide depuis des âges immenses. . on devinl> le sq:rrelœtte S<fJJl!IS lm p<lml qui l'habille.
Dans certaines parties, et en particulier dans le Et ces· grès Ol1ll œs calcaires, S<lcondmes ou ter-
Sahara algérien, on retrouve les traces de très vieilles tiaires, couvrent de leur uniformité d'én,m'mes
chaînes plissées, contemporaines ou ancêtres de celle espaces, précisément. paœc., qu'ils sont _ placage
qu'on appelle en Europe hercynienne dans notre ho..izontru..
I)lassif central français ou dans le massif schisteux Au travers de, ce compl<eoce" d<ll& roches érnptives
rhénan. Mais ici, comme là., la vieille chaille usée, récentes se· sont fait j.our en grande abondOOJlce. Les
arasée jusqu'aux racines de ses plis, a disparu depuis massifs monhagneux les plus saillants du SahM'" sont
:16 LE SAHARA

volcaniques, le Tibesti, l'Aïr, le Hoggar. Tout ce


qui fait saillie brusque sur la plateforme désertique,
·a bien des chances d'être volcanique.

OROGRAPmE. - L'abondance des volcans est à


soi seule un témoignage que le bouclier saharien

,1
<lst parcouru par des lignes de fractures qui ont
rejoué récemment et qni, probablement, rejouent
<lncore. Le désert a beau être une plateforme, où les
plateaux et les plaines sont de beaucoup les formes
·dominantes, les différences d'altitude sont dans l'en-
semble très considérables. Dans le Sud tunisien, sur
la frontière de l'Égypte et de la Tripolitaine, des
coins assez étendus sont i\u-dessous du niveau de la
mer de plusieurs dizaines de mètres. D'autre part,
l'Émi Koussi dans le Tibesti, le mont Ilamau dans
le Hoggar, ont respectivement 3 .300 et 3.000 mètres.
Il est vrai que ce sont dès volcans; mais en bien
des points, des blocs de la pénéplaine, soulevés le
long des fallles, ont été rajeunis par l'érosion et
font figure de falaises escarpées, de chaînes ou de
tronçons de chaînes.
Ce relief du Sahara, qui paraU confus au premier ~
abord, s'ordonne, au contraire, d'après une loi très
{,vidente et très simple.
~
J"

La traînée des volcans à travers tout le Sahara


Central s'aligne grossièrement, mais nettement, dans Clidu! G,lluia

une direction est-ouest, entre le Tibesti et In Zize, Pl•• I. - L'ANTILOPE ADAX DU SAHAHA ALGÉRlE:-I.
A pratiquement disparu de l'erg er-Raoui, à la suite d'une chasse uniql1c,
<ln passant par l'Aïr et le Hoggar. C'est la direc- qui fut un massaçre.

tion de l'Atlas ; c'est celle de la côte sud méditerra-

fi
GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 17

n éenne sur toute son étendue ; c'est celle que suit un


. grand système de dépressions articulant presque
tout le Sahara Septentrional, puisqu'il se laisse
suivre, à peu près sans interruption, depuis le Caire
jusqu'à In Salah, dans l'exlrême Sud algérien. Ce
chapelet de dépressions est festonné presque par-
tout de falaises à regard sud; celles qui limitent au
sud la Marmarique et la Cyrénaïque; la Hamada el
Homra en Tripolitaine; directement continuée en
territoire algérien par le Tinr' ert, et les falaises ter-
minàIes du Tadmaït. Les oasis célèbres de Siouah
(Jupiter Ammon), de Djeraboub, d'Aoudjila, et
beaucoup plus loin après une interruption, celles
du Tidikelt s'alignent au pied de ces falaises, dans
la même direction générale est-ouest ; celle de la
latitude. .
Une autre direction d'égale importance fait un
angle à peu près droit avec la première ; elle est
vaguement nord-sud, à peu près orientée comme la
longitude, snb-méridienne. C'est celle de l'effondre-
ment de la mer Rouge, de la chaine Arabique, et
de la vallée du Nil depuis Khartoum. Les géologues
ont retrouvé la direction sub-méridienne dans deux
grandes failles parallèles, qui articulent la Tripoli-
taine, et dont le prolongement a un lien avec l'en-
coche de la Grande Syrte. Dans le Sud algérien
enfin, l'importance de la direction sub-méridienne
est prédominante.
Ce quadrillage des deux directions à peu près
orthogonales nord-sud et est-ouest, se retrouve dans
LE SAHARA.
18 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA tg
la carte bathymétrique de la Méditerranée, et même Hoggar, à 1.400 mètres d'altitude, loin de toute oasis
dans le dessin de ses côtes. étendne où le ruissellement de l'irrigation pourrait
Tout se passe comme si, dans cette portion influencer l'hygromètre. L'humidité relativ'e .oscille
étendue de la croûte planétaire, il y avait eu quel- de mois en mois entre' 4 et 21 pour cent. La teneur
que chose comme une tendance à « la torsion du dnmètre cube d'air, en grammes de vapeur d'eau,
géoïde)). Le relief du Sahara tout entier, considéré entre 1,0 et 3,6.
d'une façon très générale, doit à cette circonstance Dans une atmosphère pareille, ,qu'on imagine la
une simplicité grandiose de dessin. pnissance de l'évaporation, d'autant que le Sahara
est un des points du globe où le thermomètre monte
LE CLIMAT. - La caractéristique essentielle' du le plus haut. Le maximum est vers 50", plutôt un
Sahara étant son climat, il faudrait évidemment en peu au-dessous.
donner une description longue et détaillée. Malheu- Naturellement, les températures sont extrêmes.
reusement, la base d'une étude scientifique fait Sur les hauts plateaux algériens, aux altitudes de
défaut. Il faut se résigner à faire du climat nne 12 à 1300 mètres, on cite des cas où des individus
étude un peu littéraire, insuffisamment appuyée sur isolés, voire de petites troupes égarées, sont morts
des chiffres précis, rangés en tableaux ou en dia- dans une tempête de neige. Il faut pourtant mettre
grammes. au point ces anecdotes, encore bien qu'elles ne
En latitude, le Sahara s'étend à peu près entre soient pas des légendes. Le désert africain n'est pas
29 et 16 de latitude nord, c'est-à-dire qu'il est tra- le désert sibérien ; les tempêtes de neige n'y sont
versé tout du long, en son milieu, par le tropique; redoutahles que par l'effet de surprise, parce qu'elles
malgré la présence de points isolés dépassant un peu sont prodigieusement rares. D'ailleurs, les hauts
3.000 mètres, il est dans son ensemble de climat plateaux algériens ne sont pas exactement le
assez uniforme. On ne connait pas de différence Sahara. Au cœur même du désert pourtant, la neige
essentielle, d'origine atmosphérique, entre le désert etla glace ne sont pas tout à fait inconnues. La neige
égyptien'par exemple et la zone désertiqne française. a été signalée sur les sommèts extrêmes du Hoggar,
La sécheresse de l'air pent être considérée comme où elle fond d'ailleurs en 24 heures. Les matins
le phénomène fondamental. Pour donner des chif- d'hiver, dans le Sahara Septentrional, quand par
fres qui donnent un point d'appui à l'imagination, hasard on rencontre une flaque d'eau au voisiuage
on peutemprnnter ceux de Tamanr'asset en I9IO. d'une oasis, il n'est pas très rare qu'elle soit recou-
Tamanr'asset est au cœur du Sahara français, au verte d'une pellicule de glace, craquant sous le pied
20 LE SAHARA GJ!:NJ!:RALITJ!:S SUR LE SAHARA 21
du cheval. Tamanr'asset, en '910, a eu 14 jour~de nu à l'air du désert pendant toute une vie, les soins
gelée, avec des minimums absolus de - 7 et - 2 de propreté soient superfétatoires : le vent éternel
en 'janvier et 'février. Les stations d'Adrar et d'IIi chargé de sable récure une peau humaine et la tient
Salah, à 4 ou 5" seulement au nord du Tropique et aussi nette que les dalles de roc nu à la surface des
à une altitude de 300mètres seulement, ont encore, plateaux.
respectivement, '7 et 9 jours de gelée par an, le L'imagination, de l'indigène a joué au sujet des
minimum' absolu ne descendant pas au-dessous de vents désertiques. Les petits tourbillons de pous-
- 3. Ces coups de froid, presque rigoureux, ont une sière, se déplaçant sur le sol, qui ne sont tout à fait
importance pratique pour la diffusion de certaines inconnus en aucun pays, mais qui sont au désert
espèces de dattes, qui sont justement les plus mar- d'observation quotidienne, sont des « djinns val-
chandes ; ils en ont aussi pour la diffusion de seurs ». Le vent désertique par excellence, le vent
l'espèce humaine; le Sahara est l'habitat d'une race brûlant, a dans toutes les parties du Sahara, un nom
blanche. qui n'est pas toujours le même ; sirocco en Algérie,
Le vent participe à la violence du climat. Il ne cheheli au SalIara proprement dit, ce qui signifie vent
faut pas prendre à la lettre les exagérations popuc, du sud, quoiqu'il puisse souffier de directions assez
laires, particulièrement échevelées en pays oriental. aberrantes du sud franc; en Egypte c'est le khamsin
Les caravanes anéanties p';" le simoun sont du (levent de « cinquante jours d'affilée»), qui souffie
domaine de la légende. Mais la violenée du vent est du sud-ouest ; c'est le même qu'ailleurs on appelle
certainement un des traits les plus caractéristiques harmattan, simoun. Un personnage trop remar-'
du'désert, sans doute parce qu'aucun manteau de quable pour ne pas fixer l'attention de l'homme en
végétation n'en ralentit l'élan. Le vent est la vie du quelque partie du désert que ce soit. Sous ces noms
désert, d'autant qu'il est souvent chargé de sables divers, quand en connaîtra mieux les détails du cli-
ou de poussières. Les Touaregs, tout musulmans mat, on pourra, sans doute, retrouver des person-
qu'ils se prétendent, ont horreur des ablutions ; il nalités éoliennes plus ou moins nuancées. Le kham-
y a làco=e un tabou, survivance inavouée de sin, par exemple, qui est supposé souffier sans dis-
l'animisme; la rareté de l'eau y est pour quelque continuer pendant cinquante jours, ne semble pas
chose ; peut-être aussi la crainte, vérifiée par l'expé- avoir d'équivalent exact dans le Sahara Occidental,
rience, de surexciter ou de ralentir le fonctionne- du moins au point de vue de la constance. Pourtant
ment des glandes sudoripares ; mais on conçoit très khamsin, sirocco, simoun, sont de proches parents,
bien que pour un corps humain, exposé à peu près des variétés, locales d'un même vent. Il est bien pos-
22 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE SABARA 23
sible que ce soit un vent desceudant,et à ce. titre un Metarfa qui fut livré dans la dune, des fantassins
cousin éloigné du foehn alpestre. En tout cas, il indigènes, incapables de garder la position du tireur
s ou:ll1e par rafales et tourbillons ; il est particulière- couché, se tenaient debout, malgré les ordres et se
ment chargé de sable et de poussière; il semble lié faisaient tuer. Dans les dunes du Gourara, en été,
à « certaines manifestations magnétiques ou électri- on admet qu'un homme bien chaussé, s'il fait lever
ques, assez mal définies jusqu'ici ; il exerce une une gazelle, n'a qu'à la suivre à la trace, d'abri en
action déprimante sur l'homme et les animaux» ; il abri, pour la forcer assez rapidement. Le refroidis-
a comme une odeur propre ; en tout cas, il cause sement nocturne et hivernal fait pendant à!' échauf-
aux muqueuses une sensation sui generis, à laquelle fement diurne et estival. Dans l'erg er Baoui, ,au
on reconnaît son moindre souffle. Essentiellement, puits de Tinoraj, le 25 février, à 6 heures du matin,
il a une ardeur sèche, qui peut avoir sur l'organisme l'eau contenue dans une cuvette à demi enfoncée
humain, dans certains cas extrêmement rares, cités dans le sol, était gelée en bloc, un gobelet de fer~
à titre de èuriosités, un effet tonque. « Pour une blanc, pris dans la glace, y était si solidement fixé
vitesse trop grande d'un vent sec et chaud, les qu'on pouvait avec l'anse du gobelet, soulever la
glandes sudoripares n'ont pas une activité suffisante, cuvette. Le thermomètre marquait cependant + 10".
la température de la peau, puis du corps, s'élève Ce refroidissement nocturne est très brusque,
peu à peu au niveau de celle de l'air, c'est le coup presqu'instantané, dès que le soleil se couche. Les
de chaleur mortel ». nuits d'été dans la dune sont d'une fraîcheur déli-
On peut soupçonner que la direction des vents au cieuse. Au contraire, lorsque, après une journée
désert est influencée par une cause qui n'intervient étouffante, on campe aù pied d'une muraille
pas ailleurs. Les grands amas de dunes ne réagissent rocheuse, la pierre surchauffée continue à exhaler
pas à l'ensoleillement de la même façon que le reste de la chaleur pendant les premières heures de la
du sol. A la surface des dunes « les grains du sable nuit et les rend pénibles.
mobile ne se touchent que par des portions res" Toutes proportions gardées, surfaces sablonneuses
treintes de leur périphérie, il y a entre eux de l'air et surfaces rocheuses se comportent un peu au
emprisonné qui forme matelas à la chaleur. Sahara comme, à la surface dela planète, les surfaces
L'échauffement reste localisé àla surface qui devient continentales et océaniques. J"es unes sont, par rap-
brûlante ». port à la chaleur, des corps bien meilleurs conduc-
,C'est dans le sol de la dune que des températures teurs que les autres. Si l'on songe aux dimensions
de 70" centigrades ont été observées. Au combat de . énormes qu'atteignent les grands amas de dunes, il
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SAHARA

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26 LE SAHARA ~.
GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 27

n'est pas absurde de supposer qu'il puisse y avoir morts et huit blessés. Le 17, la pluie tombe moins
une répercussion sur la distribution des pressions fort, l'oued baisse et le temps s'éclaircit; on aper-
barométriques et, par conséquent, sur la direction çoit de la neige sur les sommets voisins. »
des vents. Le khamsin égyptien, à en juger par sa Voilà qui est en accord avec les impressions de
direction, parait avoir son origine dans le grand erg tous ceux qui vivent au Sahara, Dans un séjour de
du désert libyque. dix-huit mois effectifs au Sahara français, je n'ai pas
Ce qui importe par-dessus tout dans le climat vu tomber une seule pluie sérieuse. En revanche,
désertique, c'est la pluie, puisque c'est son insuf- il n'y a pas d'oasis où on ne garde le souvenir précis
fisance qui crée le désert. Il n'y a pas sur la planète de 'f du deruier gros orage et des dégâts qu'il a causés.
coin où il ne pleuve peu ou prou: le Sahara reçoit des La plupart des mais~nnettes et des murs de clÔture
pluies; la difficulté est d'en déterminer les modali- ne sont pas seulement en boue durcie, mais bien
tés et les quantités. Là aussi, les données des stations souvent en boue salée. Elles fondent et croulent sous
météorologiques sont insuffisantes. le déluge. Cela n'a pas d'importance, le désastre est
A consulter les données des stations météorologi- aisément ,réparable. On s'y résigne joyeusement
'ques du Sahara français, la quantité de pluies tom- parce que les rares grandes pluies dévastatrices sont
bées annuellement oscillerait autour de IOO milli- les seules qui comptent pratiquement ; elles seules
mètres, . plutÔt inférieure à ce chiffre. Pourtant, alimentent les nappes souterraines et ont une
Tamanr'asset, en 19IO, donne exactement 0 à tous importance agricole. Les petites ondées retournent
les mois de l'année. D'autre part, dans ce même instantauément, par évaporation, au ciel d'où elles
Tamanr'asset voici ce qu'on observa le 15 jan- viennent. Les Mzabites ont menacé un jour d'émi-
yier I922 : « à 20 heures, un ouragan suivi d'une grer parce que dans la zone de leurs oasis il n'était
pluie torrentielle, s'abat sur la région. Les toits des pas tombé, dl,lpuis douze ans, une véritable pluie.
maisons s'écroulent presque tous et la population Le régime des pluies est le même dans le Sahara
indigène se réfugie dans le bordj et dans le fortin. Oriental. Au Caire, entre 1890 et 1919, on n'a enre-
Les eaux emportent les maisonnettes et les jardins , gistré que 18 chutes de pluie supérieures à IO milli-
"

qui bordent l'oued. Le 16, la pluie continue à tom- mètres ; elles ont été tout à fait absentes pendant
ber, l'oued déborde et l'eau passe avec la vitesse 17 années sur 30, en particulier peIl;dant toute la série
d'un cheval au galop. A 17 heures, le mur extérieur d'années entre 1909 et 1916. En revanche, le 17 jan-
dùfortin s'écroule, ensevelissant 22 personnes; sous vier 1919, le pluviomètre de l'Ezbékieh a e!,-registré,
la pluie glaciale, on dégage les victimes, il y a huit tont d'un coup, 43 nilllimètres. On allait en bateau
28 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 29
dans les rues du Caire; des tramways furent enlisés ronnantes, où l'œil ne distingue pas à la surface du
dans la boue jusqu'à leurs fenêtres, « dans le quar- sol nu gramme de combustible. A la surface du
tier de Mancmet el Sadr, les maisons en briques sol, on ne voit rien en· effet, sauf pourtant un moi-
crues fondaient co=e un morceau de sucre ». gnon minuscule de tige morte, pas plus long et pas
En so=e, le Sahara est une région qui n'a pas )
:j .
plus gros que le petit doigt. L'initié sait qu'il y a là-
de saison des pluies régulières, annuelles et géné- i dessous un énorme paquet de racines qui feront nu
.rales. Toutes ses pluies abondantes, utiles, il les doit feu très suffisant.
au passage d'ouragans, dont la date est parfaitement Chacnue de ces plantes héroïques ne peut lutter
irrégulière et l'effet plus ou moins local. contre la mort, que si elle a, pour le déploiement de
\ ses racines, un espace considérable. Elle est isolée.·
1
LA vrn DES ·PLANTES ET DES ANIMAUX. - En l'ab- !, . Dans les coins les plus luxuriants, rien qui res-
sence de données météorologiques tout à fait pré- C
semble à un tapis végétal; chaque tollffe est à cin-
1.
cises, la flore et la faune du Sahara donnent sur le quante mètres peut-être de la plus proche ; de l'nue
climat et sur les limites du désert des indications à l'autre paître est un exercice extrêmement ambu-
précieuses. 1f latoire. Ces coins là sont pourtant les pâturages,
Le Sahara a une flore particulière, quoiqu'il y ait f
quelque chose d'infiniment précieux, la vie du
une tendance à diflérenciation du nord au sud, entre 1! désert. Ils sont très épars. Entre deux pâturages, la
Sahara méditerranéen et soudanais. ,i caravane chemine, non seulement des heures, mais
i
Toutes les plantes sahariennes ont, en co=un, éventuellement des jours. On les trouve seulement
leur ingéniosité à se défendre contre la sécheresse. dans les cuvettes rares et distantes, où des circons-
Rasant la terre à l'abri du vent; dépourvues de tances favorables maiutiennent par exception une
feuilles ou pourvues de feuilles minuscules, épi- nappe d'eau souterraine, à une distance raisonnable
neuses ; ramassant leur chlorophylle dans des de la surface.
rameaux charnus,dont chacun est un petit réservoir D'autre part, cependant, des surfaces ordinaire-
de liquide ; munies de racines d'un développement ment arides, parfaitement dépourvues de nappes
incroyable, qui vont chercher la nappe aquifère à superficielles, sont susceptibles de devenir, après
nue grande profondeur. Un débutant en voyages un orage, un pâturage d'espèce particulière, auquel
sahariens est facilement surpris de voir son guide les Arabes donnent nu nom à part : pâturàge
s'arrêter brusquement pour faire.le café, en un d'âcheb. L' « âcheb )) n'est pas une plante déter-
point aussi exactement désolé que les solitudes envi~ minée, c'est nue catégorie de végétaux, qui ont pour
1
30 LE SAHARA GENERALITEs SUR LE SAHARA 31

lutter contre la sécheresse leur tactique propre. Ils r tinguer le désert, proprement dit, des steppes qui
durent par leurs graines, dont on sait la résistance 1 l'entourent.
à la sécheresse de durée presque indéfinie. Qu'il ,,
1
.t Au nord, le Sahara va, en certains points, jusqu'à
tombe une pluie sérieuse, la graine d'ilcheb l'utilise la côte méditerranéenne, dans le sud de la Tunisie,
avec une énergie admirable. En un nombre de jours dans les Syrtes, en Marmarique. Mais ailleurs, en
étonnamment restreint, elle germe, pousse sa tige, particulier dans l'Atlas et en Cyrénaïque, où l'alti-
épanouit ses fleurs, et forme les gl'aines nouvelles. tude atténue les influences désertiques, apparais-
Elle sait qu'elle n'a pas de temps à perdre, et elle sent des steppes, dont les hauts plateaux algériens
est organisée pour tirer un parti intégral de l'au- sont le type le plus développé.
baine exceptionnelle. Puis, l'ilcheb meurt après une A cette steppe septentrionale correspond au sud
existence brève, mais la graine nouvelle, charriée du Sahara la steppe méridionale qui est le Soudan.
au vent, recouverte de sable, coincée sous une Ce sont des steppes et, par conséquent, des régions
pierre, ou dans une anfractuosité de rocher, atten- semi-désertiques; en bien d'autres poiuts de la pla-
dra dii ans, s'il le faut, le prochain orage. Ces végé- nète, on donne certainement le nom de déserts à
taux, où tout est sacrifié à la reproduction, sont des zones qui ne sont pas plus arides. Mais ici, entre
des bouquets de fleurs. Ces bouquets sont le pâtu- ~- les hauts plateaux algériens et le Soudan d'une part,
rage, et il est absurde de les voir engloutis par la et le Sahara proprement dit de l'autre, la différence
1
gueule immonde des chameaux, qui en sont très est extrêmement sensible.
friands. i Steppes du nord et du sud ont des flores diffé-
A propos de vie végétale au Sahara, il faut bien rentes. Mais au Soudan, comme en Algérie, la végé-
insister sur les plantes. Mais ce qu'il y a de plus tationn'estjamais tout à fait absente, il n'y a, nulle
caractéristique, c'est leur absence totale dans la très part, d'immenses étendues mortes. Les steppes, à la
grande majorité des cas. II est impossible de rendre surface de la planète, ont été, ou sont encore, les
avec des mots l'impression grandiose et écrasante du réserves des grandes chasses, gTands troupeaux
néant absolu, pendant des jours et des jours de d'antilopes, d'herbivores, gros pachydermes, grands
marche. fauves. Qu'on songe aux légendaires troupeaux de
Le mot désert, à la surface de la planète, n'a pas ;- ~
bisons dans le Far West américain. Au Kalahari,
une acception rigoureusement fixe. Les déserts de certaines formes actuelles du relief, des mares creu-
l'Amérique du Nord, celui du Kalahari, seraient sées comme à l'emporte-pièce dans le calvaire, ue
mieux nommés des steppes. Au Sahara, il faut dis- peuvent s'expliquer, au dire de Passarge, que par

t
32 LE SAHARA

le piétinement des hordes de ruininants qui venaient


y boire, avant leur destruction par les rifles euro-
péens. Le Soudan et les steppes de l'MriqueOrien-
tales; avec leurs éléphants, rhinocéros, hippopo-
tameS, girafes, lions en troupeaux, sont encore,
aujourd'hui, le pays par excellence des grandes
chasses. Les hauts plateaux algériens l'ont été; Car-
thage y chassait l'éléphant; ils ont approvisionné
de bêtes les cirques de Rome; les Français, en 1830,
y ont trouvé, avec le lion et l'autruche, un pullule-
ment de faunes, dont les « Chasses» de Margueritte
nous laissent l'image.
Tout cela est steppien eInon pas du toutdéser-
tique. On a souvent et justement plaisanté l'expres-
sion courante « le lion du désert». Il n'y a pas de
lion au désert, parce qu'il mourrait de faim et de
soif. Plusieurs des animaux qu'on y rencontre y
sont simplement des passants,qui le franchissent,
sans y séjourner, grâce à des jambes admirables ou
li des ailes puissantes. Ainsi l'autruche, qui a tout
à fait disparu du SalIara algérien, à partir du
moment où les hauts plateaux algériens francisés lui
sont devenus inhabitables. Ainsi encore la sauterelle,
qui aborde l'Algérie par le sud, venant du SalIara,
mais qui vient en réalité d'au-delà, de la steppe sou-
danaise.
Le SalIara proprement dit a pourtant sa vie ani':' C1icM Dt.siri
'male. Qu'il s'agisse de faune ou de flore, la vie se PL. III. - LE PIC ILAMAN, SOMMET IHl HOGGAR.
Le climat désertique donne des aiguilles a.lpestres.
défend contre la mort avec une ténaéité et une ingé-
, niosité admirables. On trouve, dans .certains coins,
!
1
!. GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 33

:~ quelques espèces de grandes antilopes, représentées


~ par un petit nombre d'individus. Dans l'erg er
~ Raoui, à l'W. de la Saoura, l'antilope adax a disparu
depuis un certain jour où un peloton de méharistes,
avec la rage destructrice de l'ho=e civilisé, en a
anéanti, d'un seul coup, un troupeau d'une ving-
"
-3
taine. L'organisme de ces antilopes est certaine~ent
:~
~
adapté à leur milieu. L.' adax a dans ses viscères
"
E
.......:-~
~ -~.,;
o~_
abdominaux une outre naturelle qui lui sert, comme
au chameau, à accunluler d'énormes réserves d'eau.
QlIl~
:il
~ El B
-:g Le chasseur indigène qui les suit et les guette de-
~
..: 8,
-~" puis des jours, à travers des solitudes mortes, et
" -"
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o:4E
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mortellement dangereuses, connaît très bien cette
........ t;
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>-l ~:a
0 particularité anatomique. Il sait que s'il abat la bête
~ --g'E il trouvera dans ses entrailles une provision d'eau
!-< ~ Q
z 0" verdâtre, à la rigueur potable.
w'"E
6 tU 1;l
"~"
!-< -15 Des animaux plus humbles, comme la petite ga-
w'"o
...J :::1 5l zelle, voire le lièvre, se rencontrent dans les meil-
I ~"
:>] a " 0
leurs pâturages; il semble qu'ils aient la faculté de
>-< :q",

"
- "0
passer de longues semaines sans boire, à condition
" E
o de brouter des plantes succulentes. Au puits d'Oual-

l
~

"
-~ len on a YU une galerie d'accès creusée en terrain
meuble par les chacals jusqu'au niveau de l'eau.
;;"
Quelques reptiles doivent se tirer d'aflaire par de
r longs engourdissements, enfouis dans le sol à une
1,
profondeur plus ou moins grande. De gros. lézards
a ux vives couleurs, -par exemple. Des scarabées
1, abondent en certains points sur les chemins de cara-
vanes, attirés par les bouses des chameaux ; on les
_a soupçonnés d'être organisés pour fabriquer leur
LE SAHA1\A. 3
34 LE SAHARA GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA 35

eau eux-mêmes, avec les gaz atmosphériques. La tère commun l'insignifiance numérique; même
mouche est le fléau du Sahara, une mouche pullu- dans les cas très rares, où leur énergie qui est ex-
lante et languissante, qu'on avale en respirant, et trême, et des circonstances favorables, leur ont per-
qu'on écrase sur la figure en voulant la chasser. mis, à eux aussi, de jouer un rÔle historique.
Mais elle est liée à l'oasis et, dans le désert propre- Mais le rÔle:lhistorique du Sahara, pris dans son
ment dit, elle voyage à dos d'homme ou de cha- ensemble, c'est son azoïsme qui le lui confère. Il a
meau. arrêté les explorations des anciens aussi nettement
La puce n'existe pas. La vie microbienne est très que l'Atlantique. 1'Égyte n'a jamais connu les
ralentie. Le paludisme est concentré dans les oasis, sources du Nil. L'Empire Romain n'a jamais connu
il est tout à fait inconnu dès qu'on en sort. Les le Soudan. En d'autres coins de la planète, ceuxoù
grands tra~atismes du corps humain se guérissent les grands déserts courent nord-sud, sur un seul'
au Sahara sans antiseptie sérieuse, avec une facilité côté du continent, en Amérique du Nord par exem-
surprenante. Rohlfs, laissé pour mort dans la région pIe, ou dans l'Afrique du Sud, les' races nègre et
de la Saoura, s'est rétabli sans soins médicaux, à la blanche vivent entremêlées. Sur toute son étendue,
grâce de Dieu. On pourrait citer bien d'autres le Sahara est une cloison pratiquement étanche entre
exemples, moins illustres. nègres et blancs. Le Maghreb est blanc, le Soudan
D'une façon générale, une caractéristique du Sa- . est noir, sans 'contestation, on peut dire pratique-
hara c'est d'être relativement azoïque. Par voie de ment sans transition, comme aussi sans relations
conséquence, et dans la même mesure relative, autres que des infiltrations goutte à goutte.
c'est, au sens propre du mot, au point de vue hu- C'est cette bande azoïque qui est le Sahara propre
main, un désert. Les steppes nourrissent une huma-' .et le sujet de ce livre. Le Maghreb et le Sou-
nité spéciale de grandes tribus nomades, qui pais- dan sont autre chose, des pays à part; on ne s'in-
sent des chevaux, des bœufs, des moutons. Ces terdit pas d'y chercher des éclaircissements, mais ce
grandes tribus migratrices et guerrières, fondatrices sont d'autres mondes, quine rentrent pas dans notre
d'empires, qui ont joué un si grand rÔle historique sujet.
au Maghreb et au Soudan, sont steppiennes. On
verra dans quelle faible mesure des lambeaux d'hu-
manité se oramponnent à des coins du Sahara; les
nomades, proprement sahariens, sont tous des
'pâtres exclusifs de chameaux, et ils ont pour carac-
36 LE SAHARA

BIBLIOGRAPHIE

Pour suppléer à la petitesse et au caractère schématique


de la carte générale jointe à ce volume, il pourra être utile
de consulter n'importe quel bon Atlas.
A propos de ce chapitre voir:
WALTHER (J.). Das Gesetz der Wustenbildung. Berlin, '900.
ROLLAND. Sur les grandes dunes du Sahara. Bull. Soc. géol.
Fr. X, ,882.
SCInRMER (H.). Le Sahara. Paris, ,893.
K-F. GAUTIER et LASSERRE. Dans: Les Territoires du sud de
r Algérie. Alger, '922. LIVRE II
André BERTHELOT. L'Afrique Saharienne. et Soudanaise: ce
qu'en ont connu les Romains.

LA VIE PHYSIQUE
ACTUELLE ET PASSEE AU SAHARA
~.
!it-

~:
CHAPITRE PREMIER

LOIS FONDAMENTALES DU' MODELÉ


DÉSERTIQUE

N os yeux, notre imagination, nos concepts géo-


graphiques, notre vocabulaire, ont été formés sous
nos climats tempérés, dans nos pays normalement
drainés. Les paysages du désert sont un monde à
part, aussi différent de nos paysages familiers que
peuvent l'être ceux de la zone polaire. On ne peut
pas décrire le Sahara sans donner une idée générale
des lois qui régissent le modelé désertique.

LES BASSINS FERMÉS. - Un grand fait domine tout


le reste, la prédominance des bassins fermés, où les
pentes générales, au lieu d'incliner vers la mer, con-
vergent vers le fond d'une cuvette. A part des tor-
rents côtiers insignifiants, le Sahara n'a qu'un grand
fleuve, le Nil, courant des montagnes à la mer.
Dans son ensemble, c'est un enchevêtrement de
cuvettes fermées. Quelques-unes ont leur centre dé-
primé au-dessous du niveau de la mer: aux confins
. de l'Égypte et de la Tripolitaine, la fameuse oasis de
40 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 4l.

Siouah (Jupiter Ammon des anciens) est à - 20 ; dinaires. D'.une .façon générale, l'eau courante,
dans le Sud Constantinois, les grands chotts (le chargée de déblais, est nécessairement un outil
Melr'ir) sont à - 30. Ce trait de structure se re- d'érosion plus puissant qu'un courant aérien, si
trouve dans tous les déserts. chargé de sable qu'il soit. Et, par surcroît, un tor-
Pour en rendre compte, on a parfois exagéré l'in- rent, guidé par le thalweg, concentre son action le
fluence de l'érosion éolienne. Le vent est au désert long d'une ligne. Tandis que le vent éparpille la
presque le seul élément de vie, de mouvement, sienne sur des plans très étendus.
dans le domaine de la mort et de l'immobilité. Un L'érosion fluviale et l'érosion éolienne colla-
voyag'e au désert est une lutte de tous les instants borent au modelé dés(lrtique, dans une proportion
contre le vent, chargé de sable, et dans les mo- qui n'est pas toujours aisée à déterminer dans le
ments de crise, une lutte physiquement pénible ; détail des cas particuliers et dans l'état actuel de nos
dans les détails du modelé, l'œil rencontre, à chaque connaissances. On a voulu, quelquefois, attribuer
instant, les cicatrices évidentes de l'érosion éolienne. les cuvettes de la topographie désertique à l'in-
La première impression du voyageur est qu'il a pé- fluence prédominante de l'érosion éolienne. il est
nétré dans un domaine où le vent règne sans par- bien possible que, dans certains cas, une cuvette
tage. A l'époque où le canal de Suez était en projet, déterminée doive son origine à la déflation, accu-
les adversaires de ce projet objectaient le vent du ...," sant en creux un affleurement de roche tendre :
désert, charriant des torrents de sable, qui ne man- mais comme explication générale et unique, l'expli-
querait pas de combler le canal. Expérience faite, la cation éolienne est certainement insuffisante.
Compagnie consacre annuellement au dragage une Sur toute la surface de la planète, les mouve-
portion insignifiante de sonbudget. On saisit ici, sur ~. ments orogéniques de la croûte terrestre tendent à
le fait, l'impuissance de notre imagination à mesu- créer des cuvettes topographiques. Mais, dans les
rer les effets réels du vent. régions normalement drainées, le travail incessant
U ne faut pas perdre de vue ceci: il n'y a pas de des rivières comble les cuvettes par cohnatage, en
région planétaire, même au Sahara, où la pluie ne
tombe jamais. Sur un sol dépourvu de végétation,
1 écrête les bords par érosion, et maintient ainsi la
'pente générale des montagnes à la mer. Dans les
où les températures extrêmes font éclater en esquilles pays où il pleut, l'érosion fluviale rétablit la pen te
.les surfaces rocheuses, et réduisent en poussière les plus vite que les déformations orogéniques ne la
surfaces argileuses, des orages rares, mais extrême-. détruisent. Dans un désert, l'équilibre est rompu
ment violents, exercent des ravages érosifs extraor- dans le sens inverse: l'érosion des rivières, alimen-
42
LE SAHARA
LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 43
tées ~ar des pluies insuffisantes, reste en retard Sur
Mais lorsqu'un oued désertique se termine par une
l'actIon orogénique. Et cependant, il n'y a pas une
zone d'épandage, les alluvions qu'il chanie restent·
s:ule ,cu~ette désertique peut-être où l'effet de l'éro-
dans la cuvette, elles s'y fixent, elles s'y entassent,
SIOn eolienne puisse être considére' comme' . .
° mSlgnr- elles s'y stratifient; elles n'ont pas quitté le conti-
fiant. 1e point le plus bas d'un bassin fermé est ° nent, elles ont simplement changé de place à sa
naturellement le lieu où s'accumulent les alluvions;
surface.
s~ ces sables et ces terrains meubles, le vent du Ce n'est pas tout; pour un fleuve normal, la mer
desert ex:rce toute sa puissance; il s'oppose au col-
est un niveau de base pratiquement immuable, il y
~at~ge, Il le ralentit, ou il le détruit. Et il maintient débouche par une embouchure qui reste fixe. Un
amsI,. ou même il approfondit la cuvette, s'il n'a pas oued de bassin fermé a pour niveau de base l'accu-
contribué à la former.
mulation terminale de ses propres alluvions, dont
. Ainsi donc, sans vouloir rendre compte des bas- il ne cesse d'exhausser lui-même le niveau. 1a zone
s~ns fermés désertiques par déduction mathéma_ d'épandage, qui lui sert d'embouchure, est par con-
tIque d'un principe unique, et en faisant aussi
l ' , , séquent d'une incertitude et d'une instabilité éter-
arge qu on voudra, la part importante du vent une
nelles. Toute' issue terminale tend naturellement à
a:'°tre pa.rt importante et dans beaucoup de cas déci-
s'obstruer, du fait même qu'elle est une issue termi-
sIvereVlent à l'érosion fluviale qui agit, ici, négati-
vement, par son insuffisance. nale, par l'accumulation des alluvions et l'exhausse-
ment de leur niveau. Toute zone d'épandage est un
delta provisoire; l'oued est acculé sans trêve à la
LES LOIS DE L'ÉROSION FLUVIALE AU DÉSERT. -L'éro-
recherche de yoies nouvelles. La surface d'alluvion-
sion fluviale, en pays désertique, n'obéit pa8 aux
nement s'étend donc indefiniment, toute la surface
~êmes lois qu'en pays normalement draîné.La de la cuvette se tapisse d'alluvions: la plaine, à perte
sItuation est modifiée profondément suivant qu'un
de vue, qui paraît, à l'œil, unie comme la mer, est
cou:s d'e~u a pour déversoir la mer, dont la capacité
une caractéristique du paysage désertique : au
de receptIOn est pratiquement illimitée, ou une cuvette
Sahara, les Arabes lui ont donné un nom, ils l'appel-
continentale. Dans le premier cas, les alluvions, les
lentle reg au SabaraOccidental, et le serir au Sahara
sables, les cailloux, qu'un cours d'eau charrie sans
Oriental.
trêve, après des remaniements plus ou moins nom-
Ce n'est pas seulement le régime et le champ de
~rern:' après un temps plus ou moins long, finissent colmatage qui est très particulier en pays déserti.que ;
lllVarlablement par aboutir à la mer.
c'est aussi l'érosion proprement dite. Un continent
44 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 45

normalement drainé est disséqué tout entier, du glaciaire seule obtient des effets pareils sur les
. centreàla périphérie, par de grands fleuves puissants, crêtes des Alpes. On rencontre souvent, au Sahara,
qui ont tout le même niveau de base, la mer. Toutes des formes qui rappellent celles des aiguilles
les rivières tendent à approfondir leur lit, jusqu'à ce alpestres. Ces aiguilles rocheuses du Sahara sont
terme idéal de la côte 0, dans l'étendue tout entière d'ascension aussi difficile que les alpestres. Le
de leur bassin. Elles ont une puissance d'éventration mont Ilaman, sommet le plus élevé du Hoggar,
du sol et de pénéplanation générale, que les oueds est une aiguille de ce genre, d'aspect impres-
sont bien loin d'avoir, dans les étendues continentales sicinnant. Au nord du Hoggar, se dresse la fameuse
cloisonnées en bassins fermés. Là, tous les fonds de Garet el Djenoun, la montagne des Djinns; . les
cuvette, à des altitudes variées et parfois considéra- indigènes l'appellent ains·i parce que le so=et n'en
bles, sur des surfaces énormes, sont protégés contre a jamais été foulé par un pied humain; il leur
l'érosion fluviale, par le placage des regs. Dans un semble réservé aux Djinns, aux purs esprits. Ces
désert aussi aride que le Sahara actuel, un très grand chicots, abrupts et déchiquetés, frappent d'autant
nombre de rivières sont des torrents intemittents plus l'imagination, qu'on les voit sortir du reg indé-
et courts, dont la zone d'épandage commence immé- finimentplat, sans transition aucune, un peu comme
. diatement au sortir des montagnes natales. Tout le les Cyclades de la mer Égée. Pour rendre cet aspect
pied de la montagne, sur sa périphérie entière, est du paysage si étrange aux yeux européens, les géo-
protégé contre l'érosion par la ceinture continue des logues algériens ont multiplié les comparaisons.
cônes de déjection, prolongée par le reg jusqu'au L'un évoque la proue d'un bateau, jaillissant au-
bout de l'horizon, indéfiniment. dessus de la mer. L'autre, à propos des tronçons à
La montagne elle-même, cependant, est attaquée demi enfouis d'une chaîne, parle de chenilles pro~
par l'érosion avec une énergie que toutes· les cessionnaires traversant une route à la queue leu-leu.
influences climatiques viennent aCcroître. Sur ses C'est exactement ainsi que le volcan démantelé d'In
flancs, que la végétation ne maintient pas, les roches Ziza fait un contraste absurde et soudain avec l'im-
nues dans l'atmosphère desséchée, exposées à des mensité du reg environnant. Les montagnes de l'Aïr
variations thermométriques énormes et brusques, semblent posées sur la plaine co=e des pains de .
éclatehten esquilles ouse dissolvent en poussière sans sucre debout sur une table. C'est un des aspects les
consistance : elle s'écroulent en palis de murailles plus particuliers du modelé désertique.
sous le choc des orages et par l'affouillement des Toute érosion, en usant les reliefs d'un continent,
crues torrentielles. Sous nos climats, l'érosion tend à aboutir à une pénéplaine. Il est probable que
46 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 47
l'érosion désertique tend à une pénéplaine d'un res ou gréseux dont l'assise rocheuse supérieure a
mo~el.é très particulier. Le trait caractéristique en été mise à nu, dépouillée de sol meuble, par le coup
se~aItJ,ustement la persistance de ces chicots abrupts de balai éternel du vent.
et Isoles de roche nue, semés comme au hasard sur Ce sont là des actions superficielles du vent, elles
une plate-forme plus ou moins uniforme. L'érosion intéressentl'épiderme du désert, quoiqu'assurément,
fluviale". tell~ qu'elle joue en climat désertique, dans le courant des âges, elles doivent avoir des
semble bIen etre un facteur essentiel de ce modelé. effets d'une profondeur incalculable. Pourtant, au
premier coup d' œil, le domaine éolien p.ar excellence
ÉROSION ÉOLIENNE. - Si considérable que reste la c'est la dune; ou plutôt l'erg. Les Sahariens donnent
part de l'érosion fluviale en pays désertique celle d le nom d'erg aux grands amas de dunes, qui cou-
l'
T • , e
erOSlOn éolienne ,est naturellement immense. ELIe vrent des superficies inImenses. L'erg libyque, le
saute aux yeux dans une foule de menus détails exté- plus grand probablement des ergs planétaires, est
rie',"'s .du modelé. Cailloux guillochés, piliers isolés grand comme la France. Les deux grands ergs du
ammCIS à la base, roches percées, murailles rocheuses Sahara algérien, l'occidental et l'oriental, les mieux
cri~léesd'alvéoles et sculptées en formes fantastiques, connus apparemment, ou, en toutcas, les plus étudiés,
as~,ses plus ou mo~ns profondes de gravier à peu ont chacun, respectivement, 300 kilomètres à peu
pres pur de tout melange, qui recouvrent le reO' ou près de grand diamètre, sur 150 de largeur. Ces
le serir Sur d'immenses étendues et lui font u~ sol mers de sable, aux vagues puissantes et confuses,
d'allée de jardin. Les moindres différences dans la sont évidemment livrées au vent; l'érosion fluviale
compacité de la roche, les interstices entre les cailloux n'a sur elles aucune action directe; et pourtant,
roulés, ont offert une prise au vent, qui s'est insinué même dans ce cas relativement si net, les effets
et a creusé. indirects de l'érosion fluviale sont de grande impor-
Un aspect très particulier du sol au désert, est ce tance.
que les nomades sahariens appellent la «hammada On a voulu, quelquefois, expliquer par l'érosion
C' ».
est une table de roche nue, comme époussetée et éolienne toute seule, l'existence même de tout ce
vernissée, grossièrement semblable à un dessus de sable, dont les énormes amas confondent l'inIagina-
cheminée, indéfiniment étendu aux limites de l'hori- tion. On l'a imaginé détaché, grain à grain, par cor-
zon. e~ bien au-delà. Dans le Sahara algérien et tri- rasion de la roche en place, et particulièrement des
~olitam, o~ chemine sur les hammadas pendant des assises gréseuses. Ces effets de la corrasion sont une
JOurs consecutifs. Ce sont les grands plateaux calcai- réalité évidente; cependant, la corrasion rencontre
48 LE SAHARA )
des obstacles quiralentissent ses effets. La roche dure,
au Sahara, est souvent couverte d'une patine déser-
tique, qui a beaucoup frappé les observateurs, et ~
qui a été scientifiquement étudiée (en particulier par
Walther en Égypte). C'est un exsudat de la roche
poreuse; une croûte de substances chimiques, ame-
nées à la surface par capillarité et fixées par l'évapora- iii.
.1
tion; l'oxyde de fer la colore en rouge sombre ou en
noir; là où elle est éclatée, le cœur plus clair de la
~ ~!l
i" ~ .
"'<'<
_0 ]
roche contraste vivement avec elle. C'est elle qui O'C

donne leur éclat vernissé, non seulement aux roches :.*'


~.-
"en
isolées, mais à toute l'étendue immense des hamma- ""~"
~ ~

das. C'est cette patine sombre qui a valu sou nom au ""
;::,]'
B~
grand plateau tripolitain Hammada Homra, la .8 ~
Hammada·Rouge. Cette croÛte est très dure, et elle " :;"
.- d
t.
fIl
constitne un obstacle à la corrasion dont il n'est pàs :Jd
","
impossible de mesurer la résistance. Dans le Sahara -":::î ..~
algérien, on trouve sur les grès un assez grand "~ -.;J
",
if

nombre de vieilles gravures; quelques-unes sont ~~


c:o ~
datées approximativement par leur sujet même, celles ~ 00;
l~
par exemple qui représentent Ammon Ra, le dieu de >. J:,
Thèbes. Ces gravures, sur des parois de roche nue,
exposées à toute la violence du vent, depuis plusieurs
'""
milliers d'années, semblent aussi fraîches que le
premier jour. On sait bien, d'ailleurs, que le climat
désertique conserve indéfiniment les plus fins bas-
reliefs de pierre; l'architecture et la sculpture égyp-
tiennes nous l'ont appris; l'obélisque de Louqçor, en
cinquante ans sur la place de la Concorde, s'est plus
détérioré qu'en cinquante siècles sur les bords duNil.
LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 49

Ces mêmes. roches dures, qui offrent au vent une


si longue résistance, il faut songer avec quelle rapi-
dité les orages sahariens les effritent, en croulent les
esquilles et les.' pans, pour en rouler et en moudre
z
o
i les débris dans le lit du torrent. Les immenses
o i
z
-< cuvettes sahariennes, qui sont des zones d'épandage,
"
0,
sont tapissées sur des épaisseurs inévaluables. de.
o
"" sable meuble, dont l'origine fluviale n'est pas dou-
2 teuse. Or, les cuvettes alluvionnaires sont le lieu
~
"&i ci d'élection des grandes dunes. Les ergs, en règle
~~ générale, se so.nt formés sur les zones d'épandage.
o
"• N
f-;
.
0

.E
Il est impossible de se soustraire à l'idée qu'il y a un
lien probable de cause à effet, dans une certaine
~t-<
18 tt mesure .. Tout se passe co=e si c'était l'érosion
o "
"-"
li;iil fluviale qui a fourni à la dune, au moins pour une
ill •

~ ~
" .
o •
part importante, sa matière constituante, le sable
. meuble et libre.
" .
" 0
- 0;
~~ On observe souvent, au Sahara, une différence de
".
-<:::0:
" couleur entre les dunes; il en est de blanches; et

"""
-"' les autres dorées. Ces dernières sont les grandes
dunes. puissantes et anciennes, exposées à l'action
éolienne depuis des âges; chaque grain, au contact
de l'air, a eu le temps de s'oxyder, de se roussir. Les
hlanches sont, généralement, les petites vag·ues de
sable périphériques ; une hypothèse naturelle est
qu'elles viennent de naître; leurs grains n'out pas
encore pris la patine; elles conservent la couleur du
sable alluvionnaire.
Les alluvions, pourtant, ne fournissent que du
sable plus ou moins mélangé de limon. Mais les
LE SAHARA.- 4
1

50' LE &AHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 51


dunes sont 00 sable pur, résultat d'un vannage bel! d'elles,-mêmes; elles; demeurent eJlli suspemion
éolien éternel,. dont les effets s'observent directe- étermelle, juSqu'lWjour où les: courants aéFiens les
ment dans l'atmosphère. Dans le Sahara français,. entraînent hors d", la zone désertique,. dans les. ré-
SUffi'tout dans sa partie méridionale, au voisinage des gions à pluies normales. Et là, enfin,. kl lavage pé-
steppes soudanaises, parcourues par des fleuves riodique de, l'atmosphère. par la pluie,. les Famène au
tropicaux, on observe des coups de vent qui s'ac~ sol. Dans nos régions tempérées, et d'ailleurs' dans'
oompagnent d'llll obscurcissement de l'atmosphère, toute la parti6septentrionale l'fu vieux et du nouveau
allant jusqu'à l'opacité noire, la nuit en plein jour. monde, l'attention a été attiré.e depuis 10l'lgtemps
Glmdeau a dessiné ces orages de suie, qu'On voit sur une formation. très particulièra et bien connue,
venir de loin, au bout de. l'horizon, panachés de le .loess. Elle est grossièremelll!t distribuée sm- le
crêtes et de champignons tourbillonnaires. La mis- pourtour des zones désertiques ; les géologues
sion Tilbo a observé des phénomènes analogues au admettent, aujourd'hui, qu'elle· a été prodillte au
nord-est du Tchad .. cours des âges par' l'accumulation des poussières
Le khamsin égyptien est aussi un vent opaque, désertiques. Le vannage est peut-être la plus origi-
dont les éléments sont empruntès, sans doute, aux nale et la plus puissante parmir les, modalités. de
laisses limoneuses du NiL Dans le Sahara tout en- l'érosion éolienne. C'est tout naturel, puisque le
tier, à n'importe quel jour de l'année, il suffit de vent, iei, est aux prises avec les éléments les plus
prendre un angle horaire pour constater que l'at- ténus, ceux. qui lui ofhent la moindre l'ésistance.
mosphère" est très médiocrement transparente. Par C'est ainsi <ljUe, dans les océans, les éléments vaSeux
le "ielle plus pur, pour viser le soleiL au sextant. ou sont en.tra!nés loin des côtes et déposés au large sur
au théodolite, les verres· de couleur foncée ne sont les, grands fonds.
pas utilisables; il faut employer les plus légèrement Sur le sable des dunes, ainsi trié, le vent exerce
teintés. C'est qu'au désert apparemment l'air est une action de remauiement et de transfert, qui est
éternellement chargé de poussières en suspensiou. plus apparente au premier coup d'œil, et qui a été
Les montres de poche portent le même témoignage. souvent étudiée. Gela ne signifie pas qu'elle soit
Celles dont la fermeture n'est pas hermétique s'ar- encore définitivement connue. Il est certain que la
rêtent au bout de huit jours, encrassées. La cfuan- dune, par rapport au vent, Lend à prendre une
tHé de poussières ainsi flottantes à toutes les hau- forme dissymétrique, une pente longue et douce
teurs de l'atmosphère doit être énorme. Elles sont dans sa partie, direetement exposée au vent, abrupte
si ténues et si légères, qu'elles ne peuvent pas tom- au cll>ntraire, en muraille cromante, sur la fam; ailli-
52 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 53

tée. Les théoriciens de la dune vont souvent plus peine incurvées en forme de yatagans, à crête tranc
loin; ils croient avoir dégagé la forme élémentaire, chante, presqu'infranchissables sur leur paroi ébou-
dont les lignes de dunes -seraient un chapelet et les leuse. C'est évidemment ce qui aurait un rapport
ergs une marqueterie. Ce serait la dune en crois- assez lointain avec la barkhane. Les oghourds sont
sant, qu'on appelle, au TUrkestan et en Mongolie, la -les massifs puissants et pitonnants, beaucoup plus
barkhane. Il faut noter qu'au Sahara la barkhane élevés que tout le reste, du sommet desquels ou voit
typique est très rare. Signe caractéristique, dans le -l'erg étendu à ses pieds. Les feidjs ou gassi, littéra-
vocabulaire des indigènes sahariens, si touffu et si lement les « cols», les « sols fermes », sont de très
nuancé, il n'existe aucune expression correspondant longs couloirs libres de sable, -qui, dans certains
à barkhane. Chudeau en signale pourtant en Mauré- cas, traversent l'erg eutier de bout en bout, ou qui
tanie, non loin de l'Océan Atlantique. Nachtigall en du moins se relaient et facilitent extrêmement la
a dessiné de très nettes au nord du Tchad. II faut traversée.
fouiller attentivement la bibliographie saharienne Les sifs, les oghourds, les gassi, sont des éléments
pour y trouver trace de la barkhane. Sa théorie ne parfaitement fixes de la topographie, dans les limites
serait jamais née à la suite d'observations faites au de l'expérience humaine. Les guides indigènes s'y
Sahara. Il semble que la barkhane soit une petite reconnaissent immédiatement sans hésitation. Les
dune en progression éternelle sur une surface unie. officiers français de méharistes qui sont en contact
Ce ,serait le groupement élémentaire du sable en intime avec les ergs du Sahara algérien, depuis près
mouvement lorsqu'il se gToupe de lui-même. Au d'un demi-siècle, n'ont pas noté de changement. Le
Sahara, peut-être à cause de l'extrême sécheresse - poste de Taghit est au pied d'un oghourd, et depuis
atmosphérique, le sable en mouvement tendà con- vingt ans, la distance entre la muraille du poste et
server une sorte d'indépendance individuelle des la frange terminale de l'Oghourd, qui est d'une
grains. La dune apparaît surtout en masses éuormes dizaine de mètres peut-être, n'a pas changé sensi-
et loca~sées dans les grands ergs, qui ne sont pas blement. D'ailleurs la palmeraie de Taghit, vieille
en progression sensible; et peut-être ne faudrait-il de plusieurs siècles, n'est pas gênée le moins du
pas se hâter de voir dans la barkhane la forme élé- monde par le voisinage immédiat de l'erg; les indi-
mentaire des ergs. gènes n'ont même pas l'idée que ce voisinage puisse
Le vocabulaire indigène permet d'analyser les être dangereux. II est vrai que Taghit est protégé
formes du modelé dans l'erg saharien. Les sifs, ce par la masse même de l'Oghourd. D'autres palme-
qui signifie les « sabres », sont de longues arêtes, à raies, en terrain plus ouvert, sont medacées d'ensa-
54 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DESERTIQUE ,55

blemœt; mais cette menace ne les effraie pas ; elles spectacle magnifique, elle s'auréole de panaches,
savent se vrotéger pa'!' des moyens traditionnels, et une brrnne de sable efface l'horizon. La dune 'garde
pa'!' 'exemple par des haies de palmes fichées 'en. sa place et ,"es lignes générales, parce !que de nou-
terre, qni 'sont ullle ,défense efficace. il n'y a peas veaux grains de sable ont pris, dans le m~me {ladre,
d'exemple d'une palmeraie détrnite par la progres- la place de ceux qni y ont été _levBs. Dans les
sion de la dune. oasis du n"" Touat, l'ensablement contre lequel on
On n'a jamais essayé, ni au Sailitara, 'lli'uilleur&, de lutte prend la forme de vag,wsde sable en mouve-
dresser laeal'te topographiqlled'un erg. Une bonne ment, qui traversent la palmeraie d'est en ouest,
carte d'erg, lorsqu'elle existera,aidera 1""isiSamment entrant par un bout 'et s',éconlant par l'autre. Une
à dégager les lois qni président à la formation des bonne part de ce sable mobile, éternellement char-
dunes. 1)'ores et déjà, on peut certainement indi- rié, doit arriver aux limites du désert, à l'Océan ou.
quer la cause générale qui impose à l'erg sa stabi- à la Méditerranée. C'est le pendant des pOlilSsières
lité. Pour don1llli& à une dune l'oocasion de naître, il argileuses qui vont au loin constituer le loess.
faut un ()bstacle <!JUi 'arrête le sable, la dune est sous L'erg lui-même, si stable qu'il :soit, ne l'est 'que
la dépendance du modelé sQiUs-jacent. Les gassi dans les limites de la mémoire et de 1'observation
sont, invariahlement, des plaÏIH3s sans relief, et c'est humaine. Si on l'envisage à la mesure chronolo-
pour cela qu'ils sont libres de sable. Les oghourds gique des géologues, tout erg tend à se déplacer en
ont apparemment un squelette rocheux. Un erg 'est bloc, dans la direction du vent dominant.
un mail'lteau de sable qui cache un relief profond, Sur ce remplissage alluvionnaire, qui tapisse les
gravé dans la roche. Si nous avions une bonne carte bassins fermés, la déflation exerce donc à la longue
d'erg, nous verrions ce relief transparaître plus ou une action considérable. On verra pilus loin,cepen-
moins à travers l'empâtement du sable. C'est hti qui dant, combien grande est la persistance à travers les
fixe la dune. Naturellement, cereliefsous-ja<;entest, âges géologiques de ces atterrissements. C'est que,
dans une large mesure, un relief d'érosion ftuYiale. par son processus même, l'érosion éolienne se fait
Nous retrouvons ici, {lomme partout au désert, la obstacle il elle-même. Nous avons déjà vu comment
{lollaboration étroite des érosions fluYiale et éolienne. la face des grès se cuirasse d'une patin" d.ure. Pareil
Il est bien entendu, cependant, que c'est la dune processus met à l'abri dans bien des cas sur d.'JÎm-
,ell&'même qui est fixe, et non pas les grains de sable menses étendues les atterrissements meubles.
qui la composent. Quand le vent souffle en tempête, A leur surface balayée par un vent sec et Yif,
ce qui est fr~quent, [a dune qui fume deYient un quand il y a une nappe d'eau en profondeur, la 'Ûa-
56 LE SAHARA LOIS FONDAMENTALES DU MODELÉ DÉSERTIQUE 57

pillarité activée par une évaporation intense, amène posée. De quel laps de temps le climat désértiqu e
le dépôt d'une croûte calcaire, qui atteint plusieurs a-t-il disposé pour imposer son modelé au Sahara?
mètres de profondeur et une grande dureté. C'est la
croûte calcaire des géolognes algériens, le « caliche ))
BlBLIOGRJ\PHŒ
des géologues américains. Cette croûte est très dé-
veloppée dans le Sahara français, sur les pentes de t PASSARGE. Die Kalahari. Berlin, 1904. - PASSARGE. Rump-
l'Atlas oranais, où toutes les conditions se trouvent ,i
fliiche und Inselberge Z. D. G. G.LVI, '904, - DE MAR-
réunies pour expliquer sa présence. Les' cônes de TONNE. Traité de Géographie physiq,ue. Paris. 19°9, cha-

déjection de l'Atlas s'y trouvent confluer en une pitre X.


R-F. GAUTIER. Sahara Algérien (Mission au Sahara. T. 1).
masse puissante de dépôts meubles dans les profon-
Paris, 19°8.
deurs de laquelle l'eau n'a pas·pu faire défaut de-
puis que l'Atlas existe. Elle es.i recouverte tout en-
tière par la hammada sub-atlique, une croûte mince
et dure, sous laquelle les atterrissements demeurent
scellés, soustraits à ladéllation ; sauf snI' les points
où le jeu d'une faille, et plus fréquemment l'érosion
d'un oued, a rompu la continuité du bouclier pro-
tecteur.
Au cœur du Sahara français, sur le reg qui en
recouvre peut-être la moitié, toute croûte protec-
trice fait défaut. Mais un autre pbénomène inter-
vient. La déflation a éparpillé au loin toutes les par-
ticules légères des couches superficielles, argile et
même sable, elle a laissé le gravier en place, ce gra-
Vier même qui donne au reg son facies caractéris- \
tique. Pour tout ce qui est scellé au-dessous d'elle,
cette couche de gravier constitue un obstacle à la
déflation dont la puissance s'accroit avec la profon-
deur, c'est-à-dire avec le temps.
Ceci nous amène à une question qui a été souvent
CHAPITRE Il

LE PASSÉ

ANCIENNETÉ DU SAliARA. - Sur 1'-ancienneté ,du


Sahara, ou a maintenant beaucoup de données prée
cises et concluantes. Ce sont d'abord des données
géologiques 'sur la nature et l'âge reculé des atter-
rissements de bassins fermes. Au 'Cœur 'du Sahara,
encore si mal connu, on ne sai'l rieu sur les dépôts
de colmatage que le reg recouvrc. Mais ,dans le nord
du Sahara français et les steppes algériennes, le ser-
vice géologique algérien a beaucoup travaillé.
Sur les pentes sud de l'Atlas saharien, sur les
hauts plaïeauxalgériens, et même dans le Tell
"1 constantinois, ie pays est encroûté par ,des dépôts
continentaux d'atterrissement dont l'âge est é'taMi
par des fossiles. 'TIs s'étagent authentiquement, en
\ s'empilant les uns sur les 'autres, depuis l'oligocène
jusqu'au quaternaire. 'Leur 'disposition même, leur
etalement sur des superficies énormes, 'et 'd'aillBurs
leur composition, les dépôts chimiques 'qu'ils,en{er-
ment, sels, gypse, tout '3ttes'teque ces attBrrisse-
ments ont ,été formés dans des 'Cuv'ettes fermées BI
60 LE SAHARA LE PASSÉ 61
sous un climat steppien ou désertique. C'est encore parce qu'ils ont la même origine, malgré leur âge
plus accusé au trias. L'Algérie triasique était cou- divers. Ils sont tous des ergs désertiques solidifiés,
verte de cuvettes fermées, de lagunes où le sel et le pétrifiés. A un âge aussi reculé que le 'silurien, le
gypse se sont déposés en masses d'une puissance Sahara aurait donc été déjà un désert. Et notez que,
extraordinaire. au. Kalahari, dans l'Amérique du Nord, les géo-
D'autre part, toute l'Afrique Septentrionale, de la logues aboutissent aux mêmes. conclusions sur l'an-
Mer Rouge à l'Océan Atlantique, est recouverte, sur cienneté du désert ..
une portion importante de sa superficie, par un Après tout, la distribution des déserts à la sur-
grès de facies uniforme et très particulier. Il est de face de la planète est pour une bonne part fonction
grain assez fin, de couleur rougeâtre plus ou moins de la latitude; si le pôle n'a pas changé de place,
foncée; on y trouve fréquemment des concrétions ce que nous ignorons, il serait tout naturel de
sphéroïdales, qui l'ont fait appeler en Algérie grès à supposer a priori que les grands déserts planétaires,
sphéroïdes; des sphéroïdes provenant du grès nu- à travers toute la durée des âges, aient dû se trouver
bien eu Égypte et rapportés dans un laboratoire à peu près aux points où nous les voyons. Cette
d'Alger sont indiscernables d'autres sphéroïdes pro- supposition en tout cas semblerait vérifiée expéri-
venant de l'Atlas saharien. La seule diflusion d'une mentalement en ce qui concerne trois des plus
formation aussi régulièrement uniforme sur une grands déserts planétaires, et les seuls qui soient
surface aussi grande serait curieuse. Mais voici assez bien connus géologiquement.
miellx. Ces grès rouges sont une formation conti- Parmi tous les éléments de la vie physique du
nentale ; on y rencontre des bois et parfois des globe, le climat est 'pourtant celui qui, à première
arbres silicifiés. Pourtant, en certains points très vue, paraît le plus instable. L'imagination se cabre
localisés, des fossiles marins apparaissent parfaite- à l'idée d'un climat qui persiste sur un point déter-
ment déterminables. On s'aperçoit alors que ces miné du globe, depuis le crétacé, depuis le silurien,
grès de facies constant appartiennent aux étages depuis toujours. Naturellement cette stabilité est
géologiques les plus divers et les plus éloignés. Les très relative; entre certaines limites, il y a eu des
grès nubiens sont crétacés, au voisinage de l'étage oscillations énormes.
albien, comme aussi ceux de l'Algérie; ceux du
Sahara sont éodévoniens et siluriens. Il y a là un LES OUEDS FOSSILES DU SAHARA. - L'oscillation
problème dont il semble bien que le géologue Four- dont les traces sont les plus apparentes concerne la
tau ait indiqué la solution. Ces grès se ressemblent période qui précède immédiatement la nôtre, celle
62 LE SAHARA LE PASSÉ 63

. que les. géologues appellent quaternaire; elle porte net : on suit aisément la convergencre des artères
aussi chez nous; >ln surnom p<I>pulaire" celui de pé- j,usqu'auxcuvettes du Gourara et du Touat.
riode gIBlciaire. Dans l'Afrique Septentrionale, la Dans toute cette inrrnense région dont le Hogga r '
latitude est trop basse p,;:mr que les glaciers, aient pu est le centre, il n'y a pratiquement pas un seul point
se développer. Mais en Afrique comme chez nous dont <I>n ne puisse dire avec précision à quel bassin
.i,'
le climat quaterp.aire a été neauc<I>up plus humide -quaternaire il appartient.
que l'actuel. Ici comme là les fleuves actuels sont Que ces vallées
des, nains perdus dans des vallées qui ne S<I>nt plus à mortes aient ruis-
leur taille parce qu'elles ont été creusées paF des selé à une époque
ancêtres gigantesques. voisine de, nous,la
Les meilleurs exemples se tr<I>uvent dans le Sahara fraîcheur de leurs
fran~ais, tout ce qui s'étend entre l'Atlas saharien formes J');'est pas
d'Algérie et le coude du Niger. On y trouve, pro- seule à l'attester.
fondément gravées sur le sol, des vallées de grands On connaît depuis
oueds quaternaires, à peu près morts auj<I>urd'hui, longtempaà BiskFa
mais dont les réseaux S<I>nt encore aisément reC<I>n- et dans les oasis de
nais;sahles .' l'Oued R'ir, c'esic- \~;~
o /' ,.--:'''.1 -----. ---
Le centre principal de dirimation est le massif du à-dire dans la cu- z~'f-.~,"i!iiP -----f)
Hoggar. De là divergent vers tous les p<I>mts de vette terminale de "-
l'horizon de grands fleu ves réduits à l'état de sque- l'lgharghar quater- FIG. 3. - GLARIAS LAZERA (CAT-FISH).

lettes. Vers le sud,. le Tafassasset Re laisse suivre jus- naire, de petits SC· retrouve ju-squ'à Biskra. Faune r"ési-
duelle de l'Igharghar. D'après. Duveyrier ,-
qu'au Niger; vers le nord, l'Igharghar a laissé sa poissons tropicaux, Les Touaregs du- Nord.
trace plus ou moins nette jusqu'à la cuvette des les. chr<I>mys, ; ils
grands. chotts, c'est-à-dire jusqu'au pied de l'Atlas pullulent aujomd'hui dans les bous d'eau, dans les
tuuisien.
L'Atlas est pour les oueds quaternaires un autre
, canaux d'irrigation des palmeraies; on les a VUS jail-
lir des puits: avec les eaux artésiennes ; ils se réfu-
lieu de sources ; tout particulièrement le Haut Atlas gient donc où ils peuvent, jusque dans les nappes
marocain. Parmi ces oueds de l'Atlas, l'oued Saoura souterraines. Tout récemment, dans cette même
est le plus important, au moins dans l'état de nos région, on a trouvé un poiss<I>n beaucoup plus gros ;
connaissances. C'est un grand réseau enCore très le clarias lazera, un silure qui a mI nom populaire
64 LE SAHARA
l
,

-]"
en anglais: cat-fish. Dans le vieux monde, c'est nn
poisson tropical. Il pullule en Egypte parce qu'il a "!
~
suivi le Nil, mais c'est un intrus dans le monde 6
méditerranéen. Dans le Sahara algérien on le con- ~
z
naît tout le long de l'Igharghar de la zone d'épan- - ~
"
dage à la source, dans des trons d'eau au fond des- ~

quels ce poisson de vase survit encore d'une exis- "•""


~
tence précaire. Dans cette même région de Biskra, Q

un compagnon du cat-fish et des chromys, beaucoup ~


0
plus célèbre qu'eux, est l'aspic de Cléopâtre, le ser- ~
~
pent des charmeurs, C'est le cobra hindou; lui aussi "'
est un immigré des tropiques, et sa présence 'dans
,le Sud algérien est inexplicable si on ne fait pas inter-
""
H
0

"
9"
veuir l'lgharg·har quaternaire. Le cas le plus net est c
Q
celui du crocodile. On l'a réellement trouvé dans ".,
<Q,
des trous d'eau de l'oued Mihero, une artère du ~

réseau de l'Igharghar. C'était peut-être le dernier


survivant ; il faut se représenter le miracle biolo-
'".,.,""
, gique d'un pareil animal dans un pareil lieu ; mais .,
0

c'est une réalité indéniable. Tout cela nous reporte "


Q

à une époque où l'oued Igharghar et l'oued Tafas- "


0
0

sasset, se touchant par leurs sources, établissaient "


0
<C

une commuuication d'eau vive entre les tropiques


et le monde méditerranéen. Et cette époque ne peut ;;:
pas être reportée très loin dans le passé puisque si '""
les fleuves sont morts certains éléments de leur
faune ont survécu.
Ce pont de vie animale et sans doute aussi de
végétation entre les tropiques et l'Atlas, à une'
époque aussi rapprochée de nous, a un rapport évi-
LE PASSl!: 65

:ii dent avec un fait historique bien connu. IlAtlas qua~
.~
~ ternaire avait une faune qu'un paléontologiste a
~ appelé: faune du Zambèse. Le dernier survivant de
cette taune a été l'éléphant carthaginois, qui n'a été
i détruit que par les chasseurs d'ivoire romains, en
3 . pleine lumière historique.
o
p. Ici, il faut se défendre contre une illusion d'op-
~~ tique. Attestée par ces faits biologiqlies frappants, la
"8......;
;:i 8 p.,
~ §-8
libre communication. entre le Soudan et la Méditer-
0..,:;.-
ranée pourrait nous sembler toute voisine dàns le
~"g ~
'b el 8 temps, à la mesure bumaine et bistorique du temps.
z ~~
o or; .., 11 faut rappeler que l'élépbant carthaginois qui est
JB
et::
ê::
bJ) ~ bien connu par le témoignage des historiens ancieus;
~! ~o
~ 0 ~ était un animal plus petit de taille et beaucoup moins
Cl ~IJJJ
"" 0 ~0 puissant que l'éléphant asiatique, c'est-à-dire bin-
~ :.J 8 dou, des Seleucus et des Antiochus. Il n'était pas
~ ~ li
Ëgt
C '~'<l.>
question qu'il pût· en soutenir le choc un jour de
! ~ ~ bataille. Or, l'éléphant hindou est lui-même moins
~ 0
:: b'os
t:" .9
puissant que son congénère d'Afrique tropicale.
~~~
. ~ 0
~ 8 §
L'élépbant carthaginois était donc devenu une
~ ~
o
§ ,~
0
espèce distincte, tendant au nanisme, dégénérée,
~

"
~
comme il est naturel chez un animal appartenant à
.e une faune résiduelle. Pour qu'une espèce animale
~
-~
puisse s'individualiser ·ainsi, il faut la collaboration
" d'un temps qui excède infiniment les limites de la
mémoirehumaine; encore qu'il puisse être court en
chronologie géologique.
La conservation remarquable de ces réseaux
fluviaux quaternaires, la profondeur, la longueur, la
.multiplicité des chenaux, a donné lieu à .une autre
LE SAHARA.. 5
66 LE SAHARA LE PASSÉ 67

illusion. d'optique. On s'est quelquefois représenté il y eut au Sahara, comme en Europe, une vive
le Saharar quaternaire comme un pays arrosé de oscillation de climat dans le sens de l'humidité. De
pluies surabondantes, normalement draîné, le con- grands fleuves sillonnèrent le Sahara sans avoir
traire d'un désert. Or la cuvette terminale de l'Ighar- pourtant la force d'arriver à la mer.· La steppe se
ghar, c'est-à-dire la région des grands chotts au sud- substitua au désert, et ouvrit à la faune tropicale le
est de Biskra, a été beaucoup étudiée; d'autant qu'on chemin de la Méditerranée.
a longtemps rêvé de transformer cette cuvette parc
tiellement déprimée au-dessous de la cote zéro, en LE DÉSERT LIBYQUE. - Il est certain pourtaut que
y créant une ({ mer intérieure )). Elle est séparée cette steppe quaternaire ne s'est pas étendue à la
aujourd'hui de la Méditerranée toute voisine par le totalité du Sahara. Le désert libyque, au moins dans
seuil ~de Gabès, et sur ce seuil, malgré tous leurs sa partie orientale, est aussi: ,bien connu que le
efforts, les géologues n'ont jamais trouvé la moindre Sahara algérien. Le Geological Survey du Caire y a
trace d'une jonction fluviale ancienne entre la cuvette fait une besogne admirable, même au point de vue
et la mer. Le modelé même de la cuvette tout entière tqpograpbique. Tout réseau fossile d'oueds quater-
. est un modelé de bassin fermé. Elle <lst tapissée, sur naires fait complètement défaut sur la rive gauche
toute son étendue immense, d'un manteau puissant du Nil jusqu'à la lisière de l'erg libyque. Il y a des
d'atterrissements. Nulle part sur son pourtour, on falaises d'érosion; une graude falaise rectiligne
n'observe de lignes de falaises, comme il s'en sculpte court le long dé la Méditerranée entre la ra{lme du
nécessairement sur les rives d'un lac à niveau fixe delta et r oasis de Siouah, séparant la Marmarique du
de pays normalement draîné. On sait en èffet, ne désert libyque proprement dit. Une auréole de
fût-ce que par l'exemple du Tchad, qu'un lac de falaises, plus ou moins irrégulière et plus ou moins
steppe, ZOlle d'épandage terminale d'un fleuve, n'a discontinue, dessine le pourtour de chacun des
pas de rives définitives. Tout concorde donc. groupes d'oasis libyques, Kharga, Dakhlà, Farafra,
L'Igharghar, même au temps oùles crocodiles étaient Baharia. Un coup d'œil surIa carte permetd'embras-
à l'aise dans ses eaux vives, se terminait dans une ser le dessin général de ces ,falaises à la surface du
zone d'épandage ; il n'a jamais eu la force defrancbir désert libyque. Son incohérence est évidente; il est
le seuil pourtant léger qui séparait sa cuvette termi- impossible de les ramener par l'imagination à l'éro-
nale <le lamer. sion fluviale d'oueds quaternaires.
C' estde>'/lc un point acquis ;à l'époque géologique D'autre part, dans le Sahara algérien, où l'étendue
immé<liatement antérieure à la nôtre, au quaternaire , des regs est si remarquable, l'origine de ces plaines
68 LE SAHARA LE PASSÉ 69
immenses n'a rien de mystérieux; elles sont mani- libyque égyptien fait avec celui du Sahara algérien
festement l'œuvre de ces mêmes grands oueds fos- un contraste extraordinaire. La steppe quaternaire
siles colmatant leurs zones d'épandage dans leur a laissé sur la face de celui-ci les traces les plus
cours inférieur, dans le même temps où ils creu- apparentes ; elle. n'en a laissé aucune sur la face de
saientleurs canyons dans leur cours supérieur. Dans celui-là.
le désert libyque égyptien, le reg ou serir ne res- Faut-il croire que l'époque quaternaire ait été
semble pas exactement à ce qu'on appelle de ce nom particulièrement humide dans la zone occidentàle ~
dans le reste du Sahara; c'est une formation d'ori- Mais sur la rive droite du Nil la chaîne arabique est
gine analogue, mais de facies bien différent. sculptée de vàllées sèches, œuvre évidente d'une
Le reg est une immense allée de jardin, terrain érosioQ. fluviale récente.
de choix pour la marche, la chevauchée oule roulage. Ce qu'on peut dire peut-être, c'est que les pluies
Le serir égyptien est, à la surface du sol, un man- quaternaires ont laissé des.traces fraîches dans toutes
teau plus ou moills épais de cailloux roulés, assez les parties hautes du Sahara, dans l'Atlas saharien,
gros, en équilibre instable les uns sur les autres. Sur au Hoggar, dans la chaîne arabique, au Tibesti.
un pàreilsol, la marche est un supplice à chaque pas Mais le climat steppien, à coup sûr, n'a pas fait sen-
pour l'homme et sa monture ; pendant la campagne. tir ses conséquences dans la totalité du Sabara. Des
de '916-'9'7, les automobilistes anglais l'ont pro- régions sahariennes immenses, à en juger par leur
clamé la mort aux pneus. Reg et serir sont pourtant modelé, sont demeurées, pendant le quaternaire,
bien, en définitive, des formaLions très analogues:
une couche de cailloux roulés, laissés en place par l hors du domaine de l'érosion fluviale.
Parmi ces déserts qui se sont succédé sur la moi-
la déflation. UnequesLion d'âge intervient certaine- tié nord du continent africain depuis le silurien, il
1
ment. I,e reg· est tout jeune géologiquement, il est n'est donc pas impossible d'en imaginer avec une
classé dans le quaternaire. Le s~rir égyptien est certaine précision au moins un, le pénultième, le
pliocène; certains géologues ont été jusqu'à le sup- 1 Sabara quaternaire; une individualité bien différente
poser oligocène. li a l'apparence d'une formation du Sahara actuel. Ici comme partout, bien entendu,
beaucoup plus usée ; la déflation a disposé d'un 1 le présent est sous l'étroite dépendance du passé. Le
1
temps infiniment plus long pour la décaper, pour la 1 Sahara quaternaire nous aide à comprendre l'actuel.
dissoudre et la disloquer profondément. Le serir 1
égyptien est du très vieux reg, préquaternaire.
Il est donc bien~ certain que le modelé du désert
70
LE SAHARA

BIBLIOGRAPHIE

GAUTIER (E."F.). Siruciur'e de l'Algérie. Paris 22


FLAMAND (G.-B . -M) R h ' '9 •
.. ec erches sar·Ze Haul pays de l'O .
Lyon. 19 II . ranle.
CHAPITRE III
FOURTAU(R.). Sur le grès nubien (C. R. Ac. Sc.), '0 no-
vembre 1902.
LES mVIERES, LA CIRCULATION
SUPERFICIELLE DES EAUX

Pas n' est besoin de dire longuement que la vie au


Sahara est sous la d~pendance de l'eau. Et par con-
séquent les rivières vivantes, actuelles, sont d'une
importance primordiale.
[ Les plus importantes de beaucoup sont naturelle-
ment celles qui prennent leurs sources hors du Sa-
hara, dans des zones mieux arrosées. Le Sahara
1 dans son ensemble est à une altitude relativement

i
1
basse. Non seulement il est dominé au nord-ouest
par la .chaine puissante de l'Atlas, mais il l'est au
! sud par le chapelet des énormes massifs de l'Afrique
Centrale, Fouta-Djallon, ·Adamaoua, Abyssinie. Du·
i
sud comme du nord la pente générale du terrain
achemine vers les dépressions du Sahara des pluies
,1 qui sont tombées hors et parfois très loin de la zone
désertique. il y a là une sorte d'escroquerie hydro-
graphique, au détriment des régions voisines, qui
améliore énormément l'habitabilité du Sahara.
La contribution de l'Afrique Centrale est de beau-
72 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 73
coup la plus importante. Non seulement ces mon- dante du Faguibine. C'est une zone d'épandage dé-
tagnes de l'Afrique Centrale couvrent une super- sertique. Elle s' est étend~e jadis beaucoup plus loin
ficie immense, mais encore elles appartiennent au nord et au nord-ouest. Dans cette direction
déjà, par leur latitude, à la zone franchement équa- s'étend le Djouf, uue des régions les plus inacces-
toriale. Le Niger, le Chari qui aboutit au Tchad, le sibles et les plus inconnues du Sahara. Il est donc
Nil enfin, apportent au Sahara d'énormes quantités impossible de préciser d'ores et déjà quelles ont pu
de pluies tropicales. Il reste à voir ce que le Sahara . être dans le passé les relations de cette grande cu-
en fait. vette du Djouf avec les divagations terminales du
Haut Niger. Certains. traits pourtant apparaissent
LE NIGER. - Le Niger ap!,artient au Sahara par sa nettement.
boucle, où se trouve Tombouctou. Desceudu des Il se trouve dans le Djouf des salines qui ont joué
montagnes du Fouta"Djallon, sur la côte du golfe depuis des siècles un rôle important dans la vie éco-
de Guinée, le Niger tourne d'abord le dos à ce golfe nomique du Soudan. Au moyen-âge, c'était Trarza ;
et va droit au nord jusqu'à la zone saharienne. Là il depuis le début du xvu" siècle, c'est Taoudéni, qui
change de direction cap pour cap, et il reprend est bien connu. C'est un fond de chott où les assises
celle du golfe de Guinée où il finit par se jeter. Le de sel, régulières et puissantes, alternent avec les
seul dessin de cette boucle sur la carte suggère l'idée assises d'argile. L'altitude au-dessus du uiveau de la
. de ce que les morphologistes appellent un coude de mer est de 140 mètres, d'après Chudeau, contre
capture. Et cette hypothèse est pleinement confir- 270 à Tombouctou. C'est une dénivellation d'une
mée pm'l'examen du terrain. centaine de mètres pour une distance à vol d'oiseau
De part et d'autre de la boucle, le Haut et le Bas de 600 kilomètres. Entre Tombouctou et Taoudéni
Niger sont deux fleuves originairement distincts, s'étend une plaine désertique de relief à peu près
dont une capture récente a réuni les destinées, et nul, semée de petites dunes, et montrant sur de
qui conservent encore chacun une originalité bien grands espaces des coquilles fraîches de mollusques
marquée. Entre Djenné et Tombouctou, dans toute nigériens d'eau stagnante. Ces mêmes mollusques
la moitié occidentale de la boucle, le Haut Niger est se retrouvent d'ailleurs à Taoudéui. Il est certain
l,
à bout de course; il s'étale en lac,is de marigots, en è
que l'ancienne zone d'épandage du Niger s'est
marais énormes; la crue divague et quitte le lit du étendue ·au moins jusque-là. Encore maintenant
fleuve, pour aller, fi-anchissant un faible seuil, rem- l'eau de Taoudéni, qui est assez abondante pour
plir la cuvette voisine et ordinairement indépen- gêner l'exploitation des salines, ne peut pas veuir
74 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFIGIELLE DES EAUX 75
d'ailleurs que du Niger, si loin qu'il soit, par infil- mente dans les montagnes de l'Adamaoua. Lui aussi
tration souterraine. Cette zoné d'épandage du Haut achemine donc vers le Sahara une masse de pluies
Niger, èncore si nette, fait un contraste absurde et tropicales. II se tennine aujourd'hui dans le Tchad.
1 soudain avec l'allure du Bas Niger. On entre dans Ce lac est en réalité sa zone d'épandage. C'est une
le nouveau domaine, sans transition, aux gorges de très grande étendue d'eau, sans profondeur, semée
1 Bourem (plus exactement Tosaye). Elles entaillent d'iles, passant' en maint endroit au marais et dé-
peu profondément une arête transversale de vieilles pourvue de rives précises. ,Des missions europée~nes
roches primaires. En amont, c'est encore le Haut l'ont revu à de longs intervalles ,et en ont dresse des
Niger aux vastes laisses d'inondation, au Cours cartes exactes, qui cependant ne concordent pas
incertain. En aval, c'est le Bas Niger, l'eau court et entre elles. En peu 'd'années, et même d'une année
se précipite, dans une vallée rapidement plus nette, à l'autre, les dimensions et la forme du Tchad
et dans une direction toute différente , vers le Sud ,
, varient extraordinairement avec les quantités d'eau
vers l'Océan. Bourem est le point où le Bas Niger, déversées annuellement par le Chari. Il est certain
avec ses eaux vives et sa puissance d'érosion a cap- que le Tchad n'a pas d'effiuent visible; il semble la
turé, soutiré les eaux stagnantes de la zone d'épan- cuvette terminale où les eaux s'évaporent; elles de-
dage.
vraient clone laisser un résidu de sels, et le Tchad
Ce n'est pas le seul point d'ailleurs dans le bassin devrait être saumâtre; or, il est d'eau douce et po-
du Niger où l'on signale une capture au bénéfice de table. Ce fait a frappé tous les voyageurs, et il a
l'Océan et au détriment de la zone d'épandage. La sembié à beaucoup ne pouvoir s'expliquer que par
Volta noire, qui se jette dans le golfe de Guinée Sur l'existence d'un effiuent souterrain. Le Tchad reste
la frontière de l'Achanti et du Togo, accuse dans sa d'eau douce parce qu'il n'est une cuvette terminale,
partie supérieure un coude de capture extrêmement qu'en apparence, l'eau qui paraît y staguer le tra-
aigu. La Haute Volta noire fut jadis un affluent du verse en réalité; elle est entraînée en uappe sou-
Haut Niger, capturé par le bas fleuve. Les marais de t erraine dans'une direction inconnue. On a cherché
la zone d'épandage en ont été appauvris d'autant. quelle pouvait être cette direction et l'attention s'est
fixée tout de suite sur le coin sud-est du lac. La cu-
LE CHARI ET LE TCHAD. - Le Chari, dont le lac vette du lac s'y prolonge par la grande vallée de
Tchad est la zone d'épandage, est un pendant assez Bahr-el-GazaI ; une vallée sèche, encombrée de
exact du Niger. Il prend sa source dans la zone tro- dunes, de pente incertaine, et dont on n'a connu
picale, et la moitié occidentale de son réseau s'aIi- pendant longtemps que l'extrémité par laquelle elle
76 LE SAHARA

se rattache au Tchad. Etait-ce un effluent, desséché


en surface et resté actif souterrainement dans les IX.
W
profondeurs du sol? La question du Bahr-el-GazaI 0
est restée à l'ordre du jour de l'exploration saha- 2:
rienne pendant un demi-siècle. Elle vient d'être =>
0 ~
tranchée définitivement par l'exploration Tilho. A 2:
t:
700 kilomètres à vol d'oiseau dans le nord-est du V) ..,"
~

~
U')
Tchad, il existe une cuvette immense en contre-bas <:( ""
du Tchad d'une centaine de mètres. Tilho l'appelle
CCI
......1
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0

les Pays-Bas du Tchad. Ces Pays-Bas sont encadrés


au nord et à l'est par les hauteurs puissantes du
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Tibesti et de l'Ennedi. Au sud et à l'ouest aucun


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obstacle ne les sépare du Tchad. Que des lacs, des


marais extrêmement étendus y aient existé à une
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une faune sub-fossile très abondante de mollusques "..,
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et de poissons. Et ce sont les mollusques et les pois- =>
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sons du Tchad. <x::
"-1
u ~
La zone d'épandage du Chari a donc reculé de ~
~

700 kilomètres, co=e celle du Niger, et pour les ~


!-{g .
mêmes raisons ; simplement parce qu'une zone '"<>,
d'épandage est essentiellement instable; le fleuve ~;;;;
~
"-
se bouche le chemin à lui-même par l'accumulation ~
de.ses propres alluvions.
Ici, comme à propos du Niger, il faut faire la part
des captures. Guidés par des informations indigènès,
des explorateurs ont cherché une communication
par eau, de grand intérêt pratique, entre la Bénoué
et le Chari. Cette communication existe en effet .
78 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 79
entre un affiuent du Chari, le Logone, et un affiuent appcllations auraient un rapport bien plus direct
de la Bénoué. Elle se produit temporairement en avec l'individualité des deux fleuves profondément
périodes de crues dans une région marécageuse, où sentie par l'instinct populaire.
la ligne de partage est incertaine. Assurément c'est C'est le Nil Blanc qui serait un équivalent exac t
une capture qui se prépare ; la Bénoué soutirera au du Chari et du Niger. C'est le fleuve tropical par
Chari une partie de son réseau dans un avenir plus excellence; par ses sources il pénètre au sud de
ou moins lointain. Dès que la concurrence vitale l'équateur, il vient de l'hémisphère sud. Lui aussi à
s'établit entre un organisme fluvial vigoureux, qui la rencontre du Sahara s'étale dans une zone
a la mer pour niveau de base, d'une part, et, d'au- d'épandage. Les marais du Nil Blanc sont connus
tre part, un cours d'eau comme le Chari dont la pnis- depuis près de deux millénaires; au temps de Née
sance érosive est paralysée dans sa zone d'épandage, ron,deux centurions romains, en mission d'explo-
l'issue de la lutte n'est pas douteuse à la longue. ration, ont pénétré jusque-là. C'est dans ces marais
Quand on connaîtra mieux la région, on signalera que la mission Marchand a failli s'enliser. On les
sans doute de vieilles captures, déjà réalisées dans trouve portés sur tous les atlas; ils s'étalent sur
le passé au détriment du Chari, et qui contribueront une surface immense, entre les 28' et 30' degrés de
à expliquer son recul.
longitude et les 6' et ra' degrés de latitude nord; ils
sont péniblement draînés par un grand nombre de
LE NIL. - Avec le Chari et le Niger, le Nil fait un rivières hésitantes, enchevêtrées, deltaïques, un
contraste absolu; lui seul réussit à traverser toute la lacis de marigots; c'est la région immédiatement au
longueur du Sabara. Il amène à la Méditerranée les sud de Fachoda.
plnies tropicales du Victoria Nyanza. Il est intéres- La parenté semble évidente avec la région maré-
sant d'analyser les conditions qni ont rendu possible cageuse de Tombouctou et avec le Tchad. Dans ces
ce triomphe sur le désert. grandes plaines du Sahara Méridional, le fleuve tro-
Tout le monde sait qu'il y a deux Nils: le Blanc pical, quel qu'il soit, s'arrête invariablement, incer-
et le Bleu, qui ont chacun une individualité bien tain de sa voie, comme refoulé par les influences
précise. Ces deux épithètes, Blanc et Bleu, sont Con- désertiques. Ce refoulement n'a rien de mystérieux,
sacrées par l'usage ; mais ce sont des traductions il est en relation avec les mécanismes de l'érosion
assez inexactes de deux mots arabes originaux. Il en zone d'épandage. Il est permis de supposer que
serait moins littéral, mais plus conforme au sens, et le Nil Blanc finirait dans sazone d'épandage, comme
préférable, de dire le Nil clair et le Nil trouble. Ces le Chari et le Nil. Et il est certain en tout cas qu'il
80 LE SAHARA
.~

n'en sort pas tout seul, sans aide extérieure. Lui ~


àussi a été capturé, mais, par bonne fortune, il ~
.);l
~
l'a été par un puissant torrent méditerranéen, le
Nil Bleu. c
C'estle fleuve abyssin. II s'alimente par ses sources ~
dans cet immense massif d'Abyssinie, déjà tropical, ~
~

;:1
0<"1"":
où l'altitude des sommets atteint 4.000 mètres. 1-<
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:::;,.<:>]
L'Abyssinie n'est pas seulement un admirable châ-
teau d'eau., par la raideur de ses pentes, elle donne
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au Nil, que nous appelons Bleu, sa puissance éro- p...~

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8
sive attestée par les troubles qu'il charrie. G' est le o " ,
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limon d'Abyssinie qui donne au Nil d'Égypte sa ~~
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couleur rouge sang, si souvent célébree, pendant ~ M".;::


~ ;
"o>- .c.."'""
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la crue. On sait que le co=encement de la crue


est annoncé au Caire par les eaux vertes, dépour- ~"' ,fJ0 ~9
>;
0
bl)'"O

vues de limon, charriant les débris végétaux dont le ~~~


::.: cl'~
Nil Blanc s'est chargé dans sa zone marécageuse 101 P..~

d'épandage. C'est à Berber que le Nil reçoit la der- ~ .~]


r>l § ~
nière contribution des plateaux abyssins, l'Atbara, ,.., "~"'"
i ~ur
petit frère du Nil Bleu. Entre Berber et la Méditer-
ranée, la vallée du Nil a 2.300 kilomètres de déve-
-~ ."'
><i ç; '2
~~
.2
loppement. On n'imagine pas naturellement que ~~
l'élan donné au fleuve par les pentes d'Abyssinie j
soit suffisant pour lui faire franchir une pareille dis-
tance.
II faut considérer la forme de la vallée, très sim-
ple, en droite ligne dans son ensemble; elle est pa-
rallèle au grand. effondrement de la mer Rouge ;
.~ enfin, elle est dissymétrique ; le flanc droit ou
oriental de la vallée est constitué par la chaine ara~
CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 81

bique, une longue arête pitonnante jusqu'à 1.800,


voire 2.000 mètres; sur le flanc gauche ou occiden-
tal, le grand plateau libyque s'étend, dépourvu de
tout relief saillant. d'une altitude constamment infé-
1
rieure à 500 mètres. Il est évident qu'une pareille
~
i vallée dans sa structure générale n'est pas le résul-
tat de l'érosion; le fleuve ne l'a pas ouverte, il l'a
i suivie. Il y avait là un long sillon de la croûte ter-
'1 restre, une ride en relation avec les grands mouve-
ments orogéniques qui ont effondré la mer Rouge;
1 les géologues égyptiens l'ont quelquefois appelé un
fjord. On connaît ce grand système de cassures qui
commence dans l'hémisphère sud avec le fossé des
grands lacs équatoriaux, et qui se laisse suivre jus-
qu'à la mer Morte et à la Cœlé-Syrie, en passant par
la mer' Rouge. Le « fjord )) du Nil appartient évi-
demment à ce système. Et d'ailleurs la vallée du Nil
rout . entière, puisqu'il prend sa source dans le
fossé dès grands lacs. Il n'a pas fallu moins qu'un
des plus grands accidents de la croûte terrestre pour
produire ce prodige d'un fleuve traversant victo-
"ieusement le désert de bout en bout ..
1 Ce grand système de cassures, d'effondrements et
de surrections, qui court du fossé des grands lacs
1
: africains à la Cœlé-Syrie, n'est pas un trait extrême-
i ment ancien de la face terrestre, du moins à la façon
dont les géologues comptent le temps. Il est jalonné
de volcans, dont quelques-uns ont conservé leur
appareil tout frais; il en est même qui sont encore .
en activité. La vallée même du Nil a les caractères
LE SAHARA. 6
82 LE SAHARA
CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 83
des vallées jeunes; eu Egypte, eile est coupée de
cataractes célèbres, montrant que le fleuve n'a pas mesure, le Nil est lui aussi, un oued quaternaire,
eu le temps de régulariser son lit. mais il a parmi les autres l'originalité unique d'avoir
survécu .
. Un examen plus attentif de la vallée apporte peut-
être quelques précisions relatives sur l'époque où le
régime actuel s'est établi. L'OUED SAOURA. - Les eau~ tropicales ne sont
pas les seules qui viennent apporter de la vie au
Aujourd'hui la chaîne arabique nous apparait
Bahara. Il faut ajouter, dans le nord-ouest, les
sculptée d'ouadis, de vallées mortes, qui paraissent
fleuves qui prennent leur source dans l'Atlas, tout
un équivalent exact des oueds quaternaires dans le
particulièrement dans l'Atlas marocain dont les
Sahara Central. Aucun de ces ouadis ne franchit la
sommets avoisinent 4.000 mètres. Ceux-là sont une
vallée du Nil avec laquelle ils confluent sur la rive
catégorie bien distincte. Et d'abord ils sont beau-
droite. Et ils n'ont aucun équival"nt sur la rive
coup moins puissants. L'Atlas, même marocain,
gauche. C'est donc la vallée duNil qui a soustrait
n'est pas un château d'eau comparable aux massifs
au désert libyque égyptien le bénéfice des érosions
tropicaux, battus par les pluies équatoriales : le ver-
quaternaires. Par son influence négative, par labar-
sant sud de l'Atlas, qui seul est à considérer, est lui-
rière qu'elle a opposée à la pénétration des torrenLs
même très mal dégagé des influences désertiques.
acheminant les pluies des montagnes, la vallée du
Les fleuves qui en sortent ne sont, dans aucune
Nil est responsable du désert libyque.
partie de leurs cours, autre chose que des oueds.
Ces ouadis lorsqu'ils vivaient, à l'époque plu-
D'autre part, le Sahara Septentrional au sud de
vieuse, n'onti'pas pu manquer de contribuer puis-
l'Atlas, n'est pas comme les COnfins du Soudan une
samment le long de la vallée au travail de l'érosion.
plaine aux pentes indécises. Entraînés sur des pentes
Ils ont aidé le Nil à la sculpter. Et, en effet, la val-
assez marquées, les oueds de l'Atlas pénètrent en-
lée nilotique d'érosion, telle que nous l'avons actuel-
core aujourd'hui, par leurs crues, très loin à l'inté-
lement sous les yeux, s'explique insuffisamment
rieur' du désert; et pourtant ils y restent. Bien
par le travail du fleuve actuel, si puissant qu'il soit
resté. mieux que les fleuves équatoriaux, ils offrent l'occa-
sion d'analyser la vie d'un cours d'eau désertique,
Lorsque nous cherchons à comprendre le Nil,
sa lutte contre les influences contraires, son agonie
nous sommes donc conduits une fois de plus à
et sa mort. Le Sahara marocain, dans sa partie cen-
prendre en considération cette période relativement
trale, alimente deux grands oueds sahariens, dont il
pluvieuse qui a précédé la nôtre. Dans une certaine
n'y a presque rien à dire. Nous savons encore si
84 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFIGIELLE DES EAUX 85

peu de chose sur le Sahara marocain. Ce sont l'oued arrive invariablement un jour oul'autre, qu'ils soient
Draa et l'oued Tafilalelt. Nous savons qu'ils alimen- suivis tout d'uit coup par une crue formidable, qui
tent chacun une très belle oasis à l'orée du désert,
et nous n'en savons pas beaucoup plus long.
Comme type d'oued venu de l'Atlas il faut prendre
l'oued Saoura. Le réseau de la Saoura articule le
Sahara algérien, qui est bien connu, semé de postes
. français depuis un quart de siècle.
Malgré le voile de l'erg, le dessin général du réseau
ressort nettement jusqu'au Touat: on voit avec une
netteté parfaite tout ce grand chevelu de chenaux
converger vers le point.le plus bàs, le fond de la
cuvette, occupé aujourd'hui par la sebkha du Gou-
rara. C'est une sebkha très allongée, sinueuse, bordée
de hautes falaises, qui attestent des érosions puis-
santes. Dans sa prolongation on suit facilement le lit
principal jusqu'aux oasis du Haut Touat.
Au delà, l'incertitude commence. Au large du
Touat la dépression dans laquelle a dil s'écouler la
Saoura quaternaire est occupée par l'erg Ech-Chech,
un erg très dur, très aride, encore très mal connu,
qui garde son secret.
Tout le réseau supérieur de la Saoura garde sa net-
teté admirahle parce que la vie des oueds n'est pas'
complètement éteinte. Les pluies telles quelles qui j -',

tombent, si médiocres soient-elles, trouvent du Fig. 5. - L'OUED SAOURA. ET SON ERG. d'après les Territoire.s du Sad.

moins pour leur écoulement un modelé aménagé par


l'érosion quaternaire. Les chenaux sont à sec la plus les balaie et les entretient. Les chefs de détachement
grande partie du temps, mais il arrive une fois l'an conduisant des troupes françaises dans le Sahara
peut-être, .ou plus rarement encore, mais enfin il algérien ont pour instructions de ne jamais camper,
86 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX . 87
sous aucun prétexe, dans le lit d'un oued, si mort atteindre la sebkha, an bout d'une semaine environ
soit-il. Un orage tombé très loin, qu'on ne voit ni à ce qu'on estime; elle y fait monier le sel en surface
n'entend, peut y déclancher un mascaret qui-àrrive , par capillarité, attestant ainsi que le vieux réseau
inopiné, sans prévenir et qui emport~ tout. il est n'est pas encore tout à fait mort.
arrivé· ainsi, à maintes reprises, que des voyageurs
se soient noyés au Sahara.
L Dans tout ce réseau, le chenal aujourd'hui le plus
régulièrement vivant de beaucoup est le plus occi-
Le cœur du réseau est naturellement le point où '1 dental. C'est lui seul à proprement parler qui porte
1
les chenaux se sont le plus mal conservés. C'est, en le nom d'oued Saoura, que nous avons étendu ail
effet, le fond de la cuvette où le colmatage des oueds réseau pour la commodité de l'exposition.
quaternaires a pris le pas sur l'érosiou. L'établisse- L'oued Saoura actuel est le seul chenal du réseau
ment du climat désertique a livré ces.masses d'allu- qui prenne sa source dans l'Atlas marocain par son
vions meubles au vent qui les a vannées et transpo- artère principale, l'oued Guir. Le Haut Atlas maro-
sées en dunes. Là se trouve aujourd'hui •ce que les cain, beaucoup plus élevé que l'Atlas saharien d'Al-
Algériens appellentle grand erg occidental, ou encore g'érie, est un château d'eau bien plus important. La
l'erg du Gourara, et qui serait mieux nommé peut- Saoura est balayée par de grandes crues au moins
être l'erg de la Saoura ; car il représente évidemment une fois et souvent plusieurs fois par an. Et elle est
la décomposition centrale du vieux réseau. balayée d'un bout à l'autre: des montagnes jusqu'à'
La masse de l'erg ferme aujourd'hui à tous les la zone d'épandage dans la région du Touat. Grâce
oueds de l'Atlas l'accès de leur terminus ancien, la au chenal de la Saoura, les neiges et les pluies de
sebkha du Gourara. Elle le ferme du moins aux crues l'Atlas acheminent leur inlluencebienfaisante droit au
massives; d'eau courante superficielle. Pourtaut de cœur du désert, jusqu'à une profondeur de cinq ou
Timmimoun, capitale du Gourara, qni surplombe la six cents kilomètres. Ce serait un phénomène unique
sebkha du haut de la falaise, la sebkha n'apparaît dans tout le Sahara si le Nil n'existait pas.
ordinairement que co=e une plaine terne, d'un A une échelle très humble, la Saoura est un petit
brun rongeâtre. Or, certains jours, inopinément, on Nil: de tous les oueds périphériques au Sahara, c'est
voit cette plaine se convrir de taches blanches scin- 1 certainement le seul qui puisse lui être comparé, de
tillant au soleil. C'estqn'il y a en nn orage dans l'Atlas; 1 très loin naturellement, pour la puissance de péné-
la crue progressant dans un des chenaux (ouèds tration de ses crues au cœur du désert.
Namous,. Rarbi, Seggeur) a été arrêtée par les dunes; La Saoura finit, bien entendu, dans une zon",
mals l'eau acheminée' sous le sable a fini par d'épandage et cette zone d'épandage est très bien
l,
1
1
'88 LE SAHARA
connue. L'oued y débouche après avoir franchi les
gorges de Foum-el-Kheneg taillées dans une arête
de grès dur, à l'extrémité méridionale de la chaîne
d'Ougarta. Et là, brusquement, la crue ne sait plus
où aller, le delta d'épandage commence. Par une
branche méridionale, très mal tracée, les crues
les plus fortes continuent à progTesser droit au sud
et elles atteignent les oasis du Haut Touat. Ce sont
elles assurément qui ont empoissonné de barbeaux
les canaux d'irrigation dans ces oasis. Le phénomène
est très rare, inais il a été observé plusieurs fois
depuis l'occupation française. La branche septentrio-
nale du delta est suivie partoutesles crues habituelles,
et elle aboutü à une grande cuvette fermée, la se~
kha de Timmoudi : terminus des crues. La sebkha
de Timmoudi a un aspect très original, très différent
de celui qu' oJIreut la plupart des sebkhas et des choUs
et qu'on vient de décrire à propos de la sebkha du
Gourara. Dans celle de Timmoudi, le sel se dépose
à peu près pur, en assise de sel gemme, comparable
à la couche de glace à la surface d'un lac du nord.
Les variations de température font éclater la couche
de sel, épaisse de plusieurs centimètres, en grandes
dalles irrégulières, qui arrivent à chevaucher les unes
SUl' les autres, comme les blocs de glace polaire. C'est

qu'ici la crue n'arrive pas comme dans la sebkha du


Gourara par infiltration souterraine; elle arrive direc-
tement, totale et massive, pour s'étaler et s'évaporer.
Ainsi finit la Saoura, et sa fin nous documente SUl'
la façon dont se sont formées dans le passé d'autres
90 CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX LE SAHARA 91
salines en bancs puissants : celle de Taoudéni, par interruption jusqu'à Foum-el-Kheneg ; il s' établit net-
exemple. tement à la petite oasis de Taghit, qui est dans le lit
Une autre particularité de la Saoura actuelle est la de la Zousfana. Dans cette oasis l'examen des condi-
dissymétrie très curieuse de son chenal. A peu près tions topographiques révèle le phénomène qui s'est'
d'un bout à l'autre, sur 300 kilomètres, l'épaulement produit. Tout le long de l'oasis, CO=e en amont, la
occidental de la vallée est constitué 'par des lignes de Zousfana coule, bien entendu pendant ses crues,
collines rocheuses, calcaires en amont d'Igli, gré- d ans un chenal quaternaire; c'est une vieille vallée
seuses en aval; calcaires et grès sont du roc nu, bordée de terrasses, qui a évide=ent un passé
décharné, balayé, vernissé; c'est le désert de pierres. ancien. Les .conditions changent brusquement à l'ex-
l,a rive gauche, au contraire, l'orientale, est longée trémité aval de la pahneraie, au petit village de
régulièrement par le rebord du grand erg. La Saoum Zaouïa Tahtania. Là on voit très nettement la vallée
est le fossé limite auquel s'arrête exactement l'erg quaternaire s'enfoncer sous l'erg, à peu près droit
du Gouram sur toute sa bordure occidentale. il y a au sud, suivant ce qui semble bien être en somme
là un fait très curieux, sur lequel il faut arrêter un la pente générale du terrain dans une direction qui
instant l'attention. Le chenal de la Saoura est très devait acheminer l'oued quaternaire vers le point de
bien marqué, pourtant c'est un simple fossé, profond convergence du réseau, la sebkha du Gourara.
de quelques dizaines de mètres aux points où il l'est L'oued actuel, à Zaouïa Tahtania, abandonne le vieux
le plus, parfaitement à sec 340 jours par an. Est-il chenal, que l'accumulation des dunes a rendu impra-
possible qu'un obstacle aussi médiocre ait mis à lui ticable. La crue se fraie un chemin sur la droite vers
tout seul une borne définitive à la progression du l'oued Guir et vers Igli, se g'lissant co=e elle peut
grand erg, à travers les âges ~ Quand on y regarde entre le bord de l'ergwet la falaise calcall·e. Dans
de plus près on s'aperçoit que l'explication est autre. toute cette partie inférieure de son cours la Zousfana
La Saoura actuelle est constituée, sous son nOm est un oued sans vallée, presque Sans chenal, une
de Saoura, à la petite oasis d'lgli, par la réunion de simple échappatoire des crues. Celles qui franchissent
ses deux artères de tête principales: d'uj:le part. le ;t cet obstacle, et qui ne sont pas les plus nombreuses,
Guir, qui est de beaucoup le plus important, et qui 1 vont tomber, en chenal suspendu, dans le Guir,
vient du Haut Atlas; d'autre part, laZousfana, qui qui est lui, derechef, une vieille vallée quaternaire
vient de l'Atlas saharien. C'est avec la Zousfana que bien nette.
le bord du grand erg vient en contact d'abord. Une , Nous saisissons ici sur le fait la poussée vers
fois établi, ce contact durera pratiquement sans l'ouest du grand erg, obstruant et désorganisant le
~
92 LE SAHARA
,
réseau quaternaire, et refoulant sur son bord externe , )

le chenal des crues. '"~


Les rapports du grand erg et de la Saoura sont %
15
bien loin d'avoir été étudiés partout dans le détail. '"
Qi
~ OS
On pourrait indiquer pourtant entre Igli et Foum-el- j ~ '"
Kheneg un certain nombre de points où une analyse l ~

~
attentive décèlerait des phénomènes analogues à "~ '" 0
ceux qu'on observe entre Zaouia Tahtania et Igli.
1
.~ • 0
0
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En réalité, la Saoura actuelle ne coule pas dans un
chenal quaternaire, mais bien dans des tronçons de
1 fi
lliI •.

chenaux anciens, raccordés bout à bout tant bien
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que mal par des chenaux de fortune. Elle est le résul-


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0

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tat d'une série de captures imposées par l' obsLruc-
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0
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tion des dunes. 'l>
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Si donc la Saoura actuelle sert de limite occiden- '<::" 'l>
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tale au grand erg ce n'esL pas qu'elle l'arrête à la "~
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façon d'un fossé ; c'estmêmeexactementle contraire; ---
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elle a été repoussée par l'assaut irrésistible des dunes <i:l! ~
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jusqu'à la position où nous la voyons. Elle borde ~ ""'~
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l'erg parce que celui-ci force les crues à le contour- '\; " i!
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Notez que cette poussée vers l'ouest des dunes "15 ~ ~ ~ <0

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est en rapport évident avec le régime actuel des "


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vents. Dans tout ce secteur du Sahara, où les sta- "- "" "
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tions météorologiques ne font pas défaut, il est par- ~ " "-
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faitement établi que le vent dominant est le nord- ."
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est ou le nord-est-est apparenté avec les vents étésiens ~
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de la Méditerrauée et avec l'alizé de la zone subctro- ~."
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picale. ""
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Notez encore que l'étude même sommaire du ter-
94 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 95

rain sur la bordure opposée du grand erg révèle des sont naturellement eux aussi des lieux de sources,
phénomènes inverses et corrélatifs. Le fond de la pour de grands oueds quaternaires, qui survivent
cuvette, celui où l'amas des alluvions était le plus t plus ou moins dans des oueds modernes. Le Tibesti
favorable à l'alimentation de la dune, c'est la sebkha [ semble bien être le plus élevé de ces massifs. La mis-
"f
du Gourara. Elle est parfaitement libre de dunes. H sion Tilbo évalue l'altitude de l'Emi Koussi à 3.460
semble bien qu'elle ait perdu une tranche importante ou 3.500 mètres; c'est environ 500 mètres de plus
de ses alluvions primitives sous l'action du vent: les que l'Haman, point culminant du Hoggar. La carte
falaises de Timmimoun sont déchaussées, nettoyées Tilbo nous montre le Tibesti sculpté de vallées bien
et avivées ;le fond même de la sebkha est comme nettes qui divergent en auréole dans toutes les direc-
récuré; à travers le manteau troué des alluvions, en 1 tions ; ils ont des trous d'eau pérennes puisque
TIlbo en a rapporté un crocodile. Mais les destinées
grandes plaques chauves, on voit saillir .le fond de t
.t: ultérieures de ces oueds sont bien mal connues
vieilles roches primaires. Sur cette face, le grand
f
erg a toute l'apparence d'avoir reculé à travers les f dans les cuvettes inexplorées qui entourent le
[ massif.
âges, dans la mesure où il avançait sur la face
1.
opposée.
L'erg est immuable dans les limites de la vie et de
i ~
L'Aïr est d'altitude plus humble. Le plus haut
sommet ne dépasse guère I.700 mètres. C'est pour-
la mémoire humaine. Mais il n'en Elst plus de même tant un centre hydrographique important d'où
. si nous envisageons le même grand erg du point de divergent des vallées d'oueds. L'Aïr est le plus
vue d'où les géologues mesurent le temps. Nous anciennement connu des massifs sahariens ; il a été
voyons alors l'erg se déplacer dans toute sa masse vu par Barth et souvent revu depuis; on en a des
sous la poussée des vents dominants. Depuis la fin . cartes relativement bonnes. Parmi les oueds de l'Aïr,
du quaternaire, c'est-à-dire depuis la fin d'une les soudanais, ceux dont les vallées se dirigent vers
période géologique toute proche de nous, il est évi- le Niger, sont à peu près connus dans leurs lignes
dent que l'erg du Gourara a notablement bougé ; g'énérales. Mais sur la face orientale de l'Aïr, les
tout entier, en bloc, il tend à remonter les pentes de oueds proprement sahariens sont tout à fait inconnus.
sa cuvette vers l'ouest, refoulant la Saoura. 'En revanche nous sommes assez bien renseignés
sur le Hoggar et sur les oueds qui en descendent.
Les massifs .montagneux
L'OUED' IGHARGHAR. - Encore faut-il disting";ler. L'oued Tafassasset, avec
du Sahara lui-même, ceux qui se dressent, à des alti- un réseau puissant, n'est autre que la tête, aujour-
tudes considérables, au cœur même du désert, d'hui presque complètement desséchée, du Bas
96 LE SAHARA

Niger .. L'oued Tamanrasset allai!, semble-t-il, à


l'époque quaternaire, rejoindre le Niger dans la
cuvette de l'aondéni. Mais le Tafassasset et le Taman-
rasset ne sont connus que très en gros ;on les entre-
voit. On voit nettement, au contraire, l'oued Ighar-
ghar. Son rés.eau tout·entier, mais surtout la moitié
septentrionale, la zone d'épandage, est en plein
Sahara algérien, dans une région qui sort déjà de
l'âge des explorations, pour entrer· dans celui des
levés· topographiques. Il est possible d'analyser
l'Igharghar comme nous avons analysé l'oued
Saoura.
L'oued quaternaire, ancêtre de l'Igharghar, se
laisse reconstituer intégralement, de la source à la
zone d'épandage, au rebours de la Saoura quater-
naire, dont la zone d'épandage est encore inconnue.
On mesure cet oued considérable, qui avait sa source
sous le tropique et sa cuvette terminale près de Bis-
kra ; un millier de kilomètres de développement à
vol d'oiseau; quelque chose d'intermédiaire co=e
longueur entre le Danube et le Rhin. Sa pente géné-
rale était accusée, puisqu'il avait sa tête à plus de
2.000 mètres d'altitude, et le fond de sa cuvette ter-
minaleau-dessous du niveau de la mer. Son réseau
d'affiuents était très développé, touffu, et il se
déchiffre aisément encore aujourd'hui dans ses lignes
générales entre les frontières de la Tripolitaine et
l'arête centrale du Tadmaït. C'est probablement le
plus beau fossile ·actuellement connu d'oued saha- 1-

rien. 1

1
j

ti
~ CIRCULATION SUPERFIGIELLE DES EAUX 97
.§,
~ L'Igharghar coulait du sud au nord, du cœur du
~
{ désert à sa périphérie, exactement au rebours de la
~ Saoura; au lieu de venir de l'Atlas, il y allait. Les
~
conséquences de ce fait sont considérables
Par sa maSse et son altitude, le Hoggar attire les
S' orages; il reçoit des pluies moins rares que le désert
," environnant; mais il demeure désertique; il s'en
,::
"' faut de tout qu'il soit un château d'eau comparable
!.~
à l'Atlas. Aussi n'y a~t-il rien dans le haut Igharghar
moderne qui puisse se comparer à ces crues de la
z
S aoura, régulières et puissantes, quise concentrent
~
dans un seul chenal et le balaient à la façon d'un
~
~
mascaret, de bout en bout, jusqu'à 500 kilomètres
des sources. Il n'est pas question assurément qu'une
,~" crue, si puissan.te qu'elle soit, partie du Hoggar,
""o
:;: puisse cheminer"jusqu'aux grands chotts au pied de
-
li l'Atlas, le long d'un chenal dont la continuité est
~ immensément rompue. Ce n'est pas seulenentirréel,
"''1 c'est inimaginable. '
-<
>< Même dans le haut Igharghar, celui du Hoggar,
~
encore qu'il manque des séries syst~matiques d'ob-
'" servations, il semble bien qu'il n'y ait plus de vie
co=une du réseau aboutissant à l'artère centrale.
Chaque artère du réseau semble donc avoir sa vie
propre, mais qui doit être assez active. Assurément,
il n'y a pas au Hoggar de ruisseaux, mais il y a sûre-
ment des trous d'eau pérennes, puisqu'il y a des
poissons et assez gros : les mares les plus impor-
tantes se trouvent apparemment dans les oueds
entaillés dans les plateaux gréseux, parce que 'la
LF SAHARA. 7
98 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 99
nàppe souterraine trouve dans les grès des condi- sion ancienne du rés eau et sa dissociation actuelle.
tions meilleures pour son accumulation et sa protec- Il est aisé d'imaginer, de. reconstituer par la pensée
tipn. En tout cas, c'est dans un oued du plateau gré-
seux, le Mihero, qu'on a trouvé le crocodile du Hog-
gar. C'est d'ailleurs dans des mares analogues du
Tibesti que la mission Tilho a trouvé le même cro-
]JE S.AHF.,RA.AI~GÉRIiiN-=1
J()(JKm.
codile. L'identité de cette faune résiduelle souligne" t ,

00°0 J'l1/es'ctnï/a,ydS .
celle des conditions générales au Tibesti et au Hog-
@J]wll~/Jufie$ .
gar, aussi bien dans le passé que. dans le présent.
Elle nous aide à asseoir la conviction que l'Ighar-
C ri
ghar est représentatif de toute une catégorie.
C'est la zone d'épandage de l'Igharghar qui est
particulièrement intéressante. Elle est au pied de
l'Aurès le massif le plus puissant et le mieux arrosé
de l'Atlas saharien. Par surcroît, l'oued Djedi qui
longe le pied de l'Atlas achemine à cette zoue
d'épandage tous les orages qui tombent dans la moi-
tié orientale de l'Atlas saharien depuis Laghouat.
Les alluvions de la cuvette emprisonnent donc des
nappes d'eau puissantes, qui jaillissent en puits arté-
siens. Là, dans lès oasis de l'oued R'ir et du Djerid,
poussent les meilleures dattes de tout le Maghreb. Ce
coin d'une si grande importance humaine, et qui .c G
touche l'Algérie, est desservi par un chemin de fer;
on commence à en avoir des cartes topographiques.
Le modelé en apparaît nettement. La zone d'épan- FIG. 8. - L'OUED IGIIAUGIIAU E'r SON EI1G,
dage de l'Igharghar se trouve être en somme mieux
connue encore que son cours supérieur. l'oued quaternaire,mais il faut le reconstituer; il Y
Quand on jette un coup d'œil sur un dessin géné- a des coins pourris, des traits effacés. C'est naturel-

;
ral de l'Igharghar, on voit se révéler à la fois la cohé- lement le cœur du réseau qui a souffert, les points
100 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 101
de confluence, c'est-à-dire les zones de colmatage. grandes migrations qui ont à plusieurs reprisesboUle-
A leur détriment, s'est développé le grand erg, qui versé la face de l'Europe ; grandes migrations de
a tout rongé, et qui donne bien sur la carte l'im- nomades jaunes, Huns, Mongols, Turcs ; longues
pression de ce qu'il est, une maladie, une sorte d'élé- poussées venues de loin qui, par répercussion, .ont
phantiasis de l'oued quateruaire. peut-être déèlanché les migrations des tribus germ a-
Ces rapports entre l'erg oriental et l'Igharghar niques. A l'origine de ces crises humaines, peut-ou
sont exactement les mêmes que ceux qu'on a Dons- . imaginer une crise climatique de dessèchement dans
tatés entre l'erg occidental et la Saoura. Et le paral- l'Asie intérieure ~ Au Kalahari, Passarge a accu-
lélisme se laisse poursuivre. L'erg de l'Igharghar mulé les preuves impressionuantes de' dessèche-
est désaxé par rapport à la zone d'épandage; le fond ments récent, voire actuel.
du bassin, autour de Touggourt et d'Ouargla, est à r- La question se pose à;propos du Sahara pris dans
peu près libre de dunes; toute la masse de l'!lrg est
I
son ensemble.
refoulée sur la pente orientale et sud-oriental,e de
la cuvette, jusqu'aux portes de Radamès ; on a l'im-· f Ce n'est pas une question géologique. Il n'y a pas
lieu de se demander si le climat de la planète
pression que là aussi l'erg s'est déplacé, et le sens ! . depuis le quaternaire a subi une grande oscillation
de ce déplacement apparent est bien celui du vent
dominant. Ici, en effet, sous l'influence des Syrtes,
les vents d'hiver s'infléchissent et souillent du nord-
ouest, presque de l'ouest.
l
t
[
très vive dans le sens de la sécheresse. Le fait est évi-
dent, parfaitement incontesté. La question n'existe
qu'au point de vue historique. Il s'agit de savoir si
le dessèchement continue)ou.s nos yeux, s'il y a une
progression que la courte mémoire de l'humanité
LE DESSÈCHEMENT DU SAHARA. - Quand on puisse mesurer. Cette question est encore à résoudre.
regarde, sur le terrain ou simplement sur la carte, 1
1:
Nulle part il ne lui a été fait une réponse décisive.
le lacis extraordinairement développé des oueds En ce qui concerne le Sahara, il faut distinguer.
morts, squelettes en décomposition qui font un con- Par sa face méditerranéenne·, il est associé aux plus
t raste évident avec la pauvreté des oueds vivants, il anciens souvenirs de l'humanité civilisée. Nulle part
es t impossible de passer sous silence le problème sur la planète l'histoire ne remonte aussi loin dans le
du dessèchement. Les géographes l'ont souvent passé qu'en Égypte. Le Maghreb est en pleine lumière
poséà propos de régions très diverses de la planète. historique depuis deux millénaires, depuis Carthage.
L'Asie· intérieure a plus particulièrement attiré l'at- Les historiens et les géographes de l'antiquité nous
tention parce qu'elle est le point d'origine des décrivent un Sahara à peu près tel que nous le
102 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 103
voyons. Leurs descriptions, il est vrai, n'ont pas ment matériel du sol dans le Sahara, la question
une précision scientifique. Mais bien des monu- change de face. Il est évident que la quantité abso-
ments de l'antiquité fournissent des données d'une lue des eaux superficielles sahariennes va constam-
exactitude plus grande. La région des Terres Siali- ment en se raréfiant. Cela résulte de ce .que nous
nes, dans le Sud tunisien, a été depuis l'occupation avons dit. Des fleuves soudanais comme le Niger ou
française le théâtre d'une expérience intéressante. TI le Chari, refoulés par l'épaisseur croissante de leur
y a un demi-siècle c'était une steppe couverte· de zone d'épandage, victimes de captures au profit de
meules romaines, qui témoignaient de l'abondance l'Océan, ont cessé d'irriguer le Sab.,a Méridional à
des pressoirs à huile dans l'antiquité. Sur la foi de d es époques qui peuvent très bien avoir été histo-
ces documents archéologiques, la direction tuni- riques, et qui, en tout cas, ne peuvent pas être recu-
sienne de l'agriculture, sous la direction de Paul 1
lées indéfiniment dans le passé.
Bourde, n'a pas hésité à entreprendre la captation Au centre même du Sahara, d':ills la· région du
des sources et la plantation d'oliviers. En peu Hoggar, le botaniste Lavauden croit retrouver des
d'années, elle est arrivée à reconstituer, intégra- évidences de "dessèchement récent: et des fouilles
lement à ce qu'il semhle, les olivettes romaines. Un archéologiques au tombeau de Tin Hinan tendraient
pareil fait semble incompatible avec une détériora- à faire soupçonner une aggravation du climat dé-
tion. sensible du climat depuis l'époque romaine. sertique depuis le haut moyen âge.
{( La plupart des sources qui alimentaient des centres Le processus même de la destruction des réseaux
Romains, dit Gsell, existent encore... Leur débit d'oueds quaternaires amène nécessairement un des-
a-t-il diminné depuis une quinzaine de sièclesP ... de f sèchement du sol, comme le montre une analyse
rares constatations permettent de croire qu'en divers sommaire de ce processus.
lieux ce débit ne s'est pas modifié. » t
1
Les historiens et les archéologues ne sont donc CYCLES D'ÉROSION DÉSERTIQUE. - Ce grand canal
pas arrivés à la constatation d'un seul fait positif naturel d'ilTigation qu'est une vallée quaternaire
J
permettant de conclure avec certitudeqne le climat achemine dans certains cas, aussi longtemps qu'il
ait changé dans ces pays méditerranéens où l'his-
,
',f',
subsiste, jusqu'au cœur du Sahara, des pluies lom-
toire est née.
Cette conclusion négative est la seule actuelle-
taines, tombées hors du domaine désertique. .
Mais les pluies mêmes, telles quelles, qui tombent II,
fi'
ment possible, en ce qui concerne le climat propre- ·au désert, n'y ont pas le même effet utile suivant ,
ment dit, la pluviosité. Mais s'agit-il du dessèche- qu'elles trouvent ou ne trouvent pas, pour les r0-
104 LE SAHARA
CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 105
cueillir, un réseau préexistant de vallées creusées aurions un chott, une sebkha, ce qu'on appelle en
par l'érosion de fleuves disparus. Quand aucun ré- Amérique où en Australie « salt-pan ». L'eau ne
seati d'oueds n'organise le drainage, sur des roches petit demeurer douce, utilisable pour les plantes,
de perméabilité variable, souvent leute ou nulle, que s'il y a écoulement. Le lac _Tchad est une
l'énorme masse d'eau que déverse un orage se immense daya.
trouve livrée par la stagnation, le ruisselleml'nt frag- Au pied de l'Atlas saharien, à peu près sous le
mentaire, court et désordonné, à l'évaporation méridien d'Alger, et au sud immédiat de Laghouat,
intense et presqu'instantanée. Un réseau d'oueds il existe une région qu'on appelle plateau des dayas.
concentre cette masse d'eau, et l'entraîne à vive Les cuvettes de verdure mettent seules de la vie
allure jusqu'aux cuvettes alluvionnaires ; elle en
dans l'aridité absolue dU: désert environnant; ce
imbibe les terrains meubles, et elle constitue dans -sont de très belles dayas où se pressent de gros
leurs profondèurs des réserves durables. Au Sahara arbres, invariablement des pistachiers; elles sont
Occidental, où le réseau quaternaire est particuliè- i~_:
exiguës, et très éloignées l'une de l'autre, mais au
,rement développé, toute la végétation est coneen- ,total il y en a un très grand nombre, en semis irré-
trée le long des oueds, dans le chapelet de leurs gufier. Cette région si particulière fut, il y a trois
cuvettes. Les mots oued et pâturage sont interchan- quarts de siècle encore, l'habitat favori des autruches,
geables dans le langage des nomades, dont ils sont que la frénésie sportive européenne a bien entendu
la résidence habituelle. En beaucoup de points où
~~?;
~--
fait disparaître.
les berges sont insensibles, l'oued ne se reconnaît Il n'est pas difficile d'expliquer le plateau des
1.
plus qu'à la traînée de verdure qui jalonne à la sur- ,
è
dayas. Le sol est extrêmement perméable jusqu'à
face de la plaine le passage du chenal souterrain. ~,
une grande profondeur, il est constitué par la réu-
Souvent on ne voit qu'une cuvette, une dépression nion en une seule masse puissante des cônes de
vaguement circulaire, seule tapissée de verdure au déjection issus de l'Atlas pendant une immense
milieu du néant qui l'entoure. Les Arabes du Sahara durée de temps géologiqne. Le plateau lui-même, si
lui donnent le nom de daya; ce sont évidemment
les « vleys_» que Passarge nous décrit dans le désert 1 , dépourvu d'inclinaison qu'il paraisse à l'œil est un
dos de terrain très accusé entre ,les deux grandes
de Kalahari. Notez qu'une pareille formation sup- dépressions qui se creusent à l'est età l'ouest, et
pose a priori, sans dénégation possiblè, une circu-
qui sont sillonnées et organisées hydrographique-
lation souterraine. Si l'eau séjournait dans la cu-
ment par les réseaux de l'Igharghar et de la Saoura.
vette, elle y déposerait assurément du sel; nous
Dans ce plateau de sol meuble, à pente indécise,
106 LE SAHARA CIROULATION SUPERFICIELLE~'pES EAUX 107

l'appel des dépressions voisines a déterminé les rocheuses, est réduit à ses propres ressources d'h~­
dayas. Chacune d'elles est un entonnoir du drai- midité. L'erg humide s'allonge dans une vallee
nage souterrain, l'équivalent de ce qu'on appelle en venue de loin et on retrouve çà et là des berges de
France un aven, dans les chaines balkaniques une l'oued enfoui sous l'empâtement des dunes. .
doline ou un polje; l'entonnoir est obstrué par un . Les deux grands ergs du Sahara algérien, l'OCCI-
colmatage à travers lequel l'eau filtre lentement dental et l'oriental, offrent de grandes ressources en
dans la profondeur du sol; mais la forme même de puits et en pâturages. Ils les doivent évidemment
la cuvette est. probablement en relation avec des aUX réseaux enfouis de la Saoura et de l'Ighargha.r. .
cavernes souterraines qui ont· déterminé un fléchis- Le premier en particulier, le mieux connu, es~ s~­
sement dans la croûte superficielle. En tout cas' le lonné de longues lignes de verdure, que les wdi-
rapport est évident avec le drainage organisé par gènes appellent des oueds, et ils ont probablement
les vieux fleuves quaternaires. raison quoique les vallées restent indistinctes sous
Ce rapport est évident partout dans le désert de le vallonnement flou des dunes.
pierres. Mais même dans les grandes dunes il y a un Ainsi le fleuve est bienfaisant longtemps après sa
lien certain entre la végétation et les chenaux qua- mort par le modelé d'érosion ~u'~. a g~avé su~ la
ternaires enfouis· sous le sable. face du désert. Mais ce modele d erOSlOn flUVIale
L'épiderme de la dune désertique est de sable n'est pas éternel; non seulement un coup d'a;il sur
parfaitement nu, un tapis blanc ou doré, euregis- la carte permet d'en voir l' effa~ement et Ida, decom-
trant en empreintes nettes et éphémères les fantai- pOSl
'ti'on , mais l'étude du terram
.
permet en ana- .
sies du vent et le passage d'un animal. Il en est lyser la désagrégation progressIve. L~ Sa~ar~ OCCI-
ainsi malgré la perméabilité du'sable qui assure un dental est un cbamp clos où les actions eohennes
abri immédiat à la totalité des eaux d'orage. Ces livrent au modelé fluvial un assaut éternel, dont on
masses d'eau emmagasinées n'ont un effet utile dans mesure les progrès. .
l'erg' que si le drainage souterrain les concentre en Pour en rendre compte, il faut rappeler sommaI-
des coins privilégiés, qui deviennent des pâturages. ement comment un fleuve construit sa vallée. Tan-
Sur la rive droite de la Saoura, il existe deux petits ~ôt il la creuse dans de la roche dure. Mais ailleurs
ergs distincts, dont l'un s'appelle EI-Atchan, l'erg de au contraire, il colmate les cuvettes, il fait.Ull tra- 1
la soif, et l'autre, Er-Raoui, l'erg humide. Ce der- vail de remblai. La pente uniforme du thalwe.g est
nier seul est semé de puits et de pâturages. C'est le résultat de ce double processus, inverse, sU1vant (
.que l'erg de la soif, clos dans une enceinte d'arêtes les secteurs, de creusement et de remblai. Après la·

1
108 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 109
mort du fleuve, lorsque les actions éoliennes atta- effets ne sont pas contrebalancés co=e ils le sont
quent le modelé qu'il a créé, les parties de la vallée dans nos climats par le travail régnlier de l'érosion
scnIptées dans la roche dure offrent une longue fluviale. Vous arrivez à un modelé comme celui du
résistance; mais dans les secteurs colmatés, l'amas désert lybique égyptien. Partout où' le serir ne
desséché des terrains meubles devient incompara_ couvre pas la surface de son cailloutis cronIant, on a
blement plus vite la proie du vent qui tend à re- devant soi un plateau de roc nu et co=e balayé,
creuser les cuvettes, et qui arrive à les nettoyer légèrement ondulé de dépressions légères en forme
entièrement. Ainsi prend naissance un paysage de vagues cuvettes, bossu d'excroissances subites
déconcertant, où l'œil ne retrouve plus les lignes aux pentes abruptes : la, pénéplaine désertique
directrices. Les saillies chaotiques du squelette typique, intégralement désolée, dépourvue de toute
rocheux, décharnées de leur ennoyage d'a,lluvions, végétation naturelle. En certains points, et, par'
deviennent inintelligibles ; c'est un entrelacement exemple, au voisinage des oasis, des falaises au 'des-
con l'us de chicots et de falaises disèontinues ; les sin capricieux, qui ne semblent s'expliquer de façon
Arabes du Sahara' Occidental ont dans leur vocabu- tout à fait satisfaisante, ni par l'orogénie, ni par
laire, pour désigner ce paysage, un mot assèz ex- l'érosion fluviale, ni par l'érosion éolienne. Il fau-
pressif. Ils l'appellent chebka, ce qui signifie filet, drait.peut-être combiner les trois explications dans
lacis.
une proportion actuellement indéterminable. Tout
Imaginez maintenant ces actions prolongées non cela est l'aboutissement d'un passé désertique
pas seulement. pendant des siècles, mais pendant prodigieusement long, pendant lequel l'érosion
des âges géologiques. Le colmatage aura disparu éolienne a pris nettement le dessus, et a rendu indis-
grain à grain sur d'immenses étendues, laissant cernables à la longue les effets de l'érosiori fluviale.
peut-être pour unique résidu un amas confus dé Le désert lybique égyptien nous montre l'aboutis- .
(
cailloux, où la corrasion permet à peine de recon-. sement d'un travail, que nous voyons à ses débuts
naître la forme primitivement. roulée. Le squelette dans le Sahara Occidental, et plus particulièrement
rocheux lui-même, attaqué par les formes mnItiples dans le Sahara français.
de l'érosion désertique, se sera usé, émoussé, aura L'analyse des conditions dans le désert sablon-
pris des formes nouvelles. Faites intervenir les mou- neux conduit à des conclusions analogues. JJe dé-
vements de l'écorce terrestre, qui ne peuvent pas blaiement par l'érosion éolienne des cuvettes col-

'
:!
manquer, dans un si long intervalle de temps, 1\1'.
matées éparpille au loin, hors du domaine déser-
d'avoir gondolé la surface scnIpturale, et dont les tique, les particnIes ténues, tout ce qui est argile. Le

l
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'"
110 LE SAHARA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 111
sable déplacé, vanné. transposé en dunes, engorg'e nellement s'accroissant. Un erg déterminé perd
·les chenaux, empâte les accidents du terrain en les beaucoup de sa substance par ablation éolienne;
moulant grossièrement, et arrive à constituer la mais les grains de sable migrateurs vont la plupart
masse puissante des ergs. A la première étape du du temps enrichir l'erg voisin. Cependant l'érosion
modelé désertique, celle où se trouve le Sahara éolienne affouille tous les jours de nouvelles cou-
algérien, l'erg a un lien ét~oit avec le réseau des ches d'alluvions et les transforme en dunes fraîches.
oueds et il conserve dans la même mesure que lui Ainsi s'effacent ou s'engorgent tous les jours davan-
une certaine vie. tage les chenanxquaternaires; le drainage devient
Pas toujours cependant et pas partout. On a déjà de plus en plus difficile. L'épaisseur croissante des
cité l'erg de la soif voisin de l'erg humide. Le grand sables soustrait d'ailleurs elle aussi de plus en plus
erg d'Iguidi au Sahara marocain est dans certaines la nappe souterraine à l'utilisation par les végétaux
de ses parties très hospitalier, semé de puits et de et l'homme.
pâturages. Naturellement l'eau vient d'tin oued en- Il serait dangereux de vouloir trop préciser les
foui, l'oued Tafùalelt peut-être. détails de ce processus. Mais on en voit l'aboutisse-
Tout autre est le grand erg Ech-Chech. C'est de ment au Sahara Oriental. Là se trouve la masse de
beaucoup le pire de tous les ergs algériens, et par dunes probablement la plus grandiose. de la pla-
. conséquent, c'est aussi le plus mal connu. Les puits nète, le grand erg libyque. TI est plus inconnu que
y sont rares, et tel d'entre eux Tui-Haïa est empoi- le pôle sud, mais on entrevoit ses dimensions géné-
sonné de chlore. Il est, et il semble devenir tous les rales, quelque chose comme douze cents kilomètres
jours davantage un pôle répulsif de la vie. De mé- de long sur quatre ou cinq cents de large. Il est
moire d'homme les indigènes ont cessé d'y mener inconnu parce qu'il est impénétrable. Non seule-
paître, et ils en ont oublié les chemins; on ne trouve ment les explorateurs europ.éens n'ont pas pu y en-
plus de guide pour l'erg Ech-Chech. C'est qu'aussi trer mais c'est un domaine clos aux indigènes eux-
il recouvre, semble-t-il, le bas réseau de la Saoura, mê~es. Avec quelques précautions qu'on doive
sa zone d'épandage. Dans ce bas réseau à pentes parler de cet erg libyque, dont· nous ne savons
ralenties, où le colmatage quaternaire a pris néces- rigoureusement rien, il semble bi,en, ?ar cela même,
sairement le pas sur l'érosion, il est naturel que la qu'il n'y ait rien de comparable a IUl dans le Sahara
décomposition éolienne soit plus avancée. Occidental.
Cette décomposition on ne peut qu'imaginer son Au voi~inage du Nil, le désert lybique a un autre
processus. La masse et l'étendue de l'erg vont éter- erg, très particulier lui aussi: Abou-Mohariq. C'est

\'-.-',
112 LE SAHARA GIRQULA'I'ION SUPERFtOIELLE DES EAUX 113

une traînée de dunes, rectiligne et continue sur distinguer par leurs formes les vallées jeunes, par-
cinq degrés de . latitude, et qui n'excède nulle part venues à la maturité, sénescentes. Il faudrait peut-
quelques kilomètres d'épaisseur. Les géolognes être donner une base analogue à l'étude du modelé
égyptiens n'en ont pas fourni une explication sur désertique. Il y a des déserts jeunes, .comnie le Sac
laquelle ils soient d'accord. On ne voit pas un lien hara Occidental, et le désert lybique est un type
net, incontestable, avec le modelé; il semble dif- admirable de-désert sénescent.
ficile de se soustraire à une explication purement Et quoiqu'il en soit des théories, le fait est patent. Il'
éolienne: Abou-Mohariq marque+illa limite entre Dans la plus grande partie du Sahara Occidental, la Il
deux zones différentes de régime éolien, une sorte conservation des réseaj1X quaternaires est encore
1
de frontièr~ atmosphérique le long de laquelle le très remarquable. Au désert libyque, il faut bien que
sable s'accumule ~ C'est un menu détail soulignant ces réseaux aient existé jadis; le serir n'est pas seul
l'originalité des deux moitiés .du Sahara.
il
à l'attester; les géolognes égyptiens viennent de !I
Le trait essentiel de cette originalité est assuré-. découvrir à l'oued Natroun, à Moghara, des deltas ï
i'
ment l'extrême aridité du désert libyque, incompa- d'énormes rivières, avec de superbes fossiles plio- Il
l'
rablement plus grande que celle du Sahara Occi- cènes et miocènes. Mais le désert lybique n'a gardé î
dental. Existe-t-il donc entre les deux une différence aucune trace de ces vieilles érosions fluviales. Tout 1
dansle climat proprement dit, la sécheresse de l'at- a disparu, effacé par le vent. La conséquence est
mosphère, la pluviosité ~ On n'a jamais rien noté de l'extrême rareté ou l'absence totale au désert libyque
semblable. En revanche, les différences de modelé de puits et de pâturages, d'eau superficielle.
1
sautent aux yeux. La seule conclusion qui semble . On verra que ce fait est d'uue immense portée
légitime. c'est que le désert libyque est matérielle- humaine.
ment asséché par l'usure beaùcoup plus avancée de
son modelé ancien d'érosion fluviale. Il porte témoi-
. gnage qu'un désert se dessèche progressivement
par le simple effet matériel des influences déser-
tiques, sans péjoration de son climat proprement
dit.
L'étude du modelé d'érosion fluviale, dans les pays
normalement drainés, s'est transformée le jour où
on ya introduit la notion des cycles. On a appris à
l.E SARAh!. B
114 LB SAHARA

BIBLIOGRAPHIE

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CHAPITRE IV
Articles de CHUDEAU et de HUBERT dans Annales de Géogra-
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LAVAtrDEN. Sar la présence. d'an cyprès dans les montagnes superficielles au Sahara, il reste. à parler des nappes
du Tassili. (C. R. Ao. So ... février '9.6.) profondes. C'est une question différente. et très
importante.
Les eaux superficielles ont surtout une relation
étroite avec les points d'eau et les pâturages, la vie
des nomades. Certes, il y a des oasis, c'est-à-dire
des cultures de sédentaires, alimentées par des
rivières ou des nappes superficielles. L'oasis la plus
splendide du Sahara et peut-être du monde est dans
ce cas. C'est l'Egypie, quÎ est un don du Nil. Il
semble que ce soit une exception éclatante quoi-
qu'elle ne soit pas isolée. Une grande partie des
oasis sahariennes, la plus grande probablement,
doit son origine à des eaux profondes, parfois tber-
males; leur résurgence se produit, grâce à des
failles ou sur la ligne de contact entre deux terrains
géologiques. Les principaux .groupes d'oasis sont
des individualités distinctes, qu'il faudra examiner
séparément. Leur totalité, si ou pouvait en préciser
"'J
1

U6 LE SAHARA OASIS ET TANEZROUFTS 117 1


en chiffres la superficie, serait un pourcentage pro- rains perméables à des degrés divers. A travers leur
il
!
digieusement insignifiant, par rapport à la super- épaisseur une partie des eaux pluviales fùtre lente-
ficie du Sahara désertique. Mais enfin l'eau, jaillie ment vers les réserves profondes et en maintient
inopinément de la profondeur, y ruisselle avec une l'existence.
abondance paradoxale; elle alimente, sous les pal- Cette explication n'a pas suffi à Passarge. Il croit
meraies touffues, des jardins de rêve qui semblent que ces réserves profondes datent, comme le réseau
plus merveilleux encore par contraste avec les des oueds morts, de la dernière période géologique
i=ensités mortes, à travers lesquelles on y par- humide. L'eau qui gonfle les dattes des palmeraies
vient dans de longs jours de cheminement pénible serait de l'eau quaternaire, fossile, contemporaine
,~>
et parfois terrible. La sensibilité humaine met de la vieille faune disparue dite « du Zambèze».
derrière ce mot « oasis » quelque chose de para- C'est une idée amusante, grandiose ; une hypo-
disiaque. Il faut donc qu'il y ait dans les profon- thèse qui doit jouer le rôle suggestif de toutes les
deurs de ce sol mort des réserves d'eau impor- hypothèses dans toutes les sciences. Elle est actuel-
tantes. lement incontrôlable, et elle a chance de le demeu-
Comment se sont-elles constituées ~ Pour l'ima- rer longtemps. Elle a le mérite de souligner l'impor-
giner il faut essayer de se représenter l'immensité tance du lien qui unit le passé au présent, et sans
inconcevable des sols morts, comparable peut-être, lequel il n'y a rien, dans les sciences de la nature,
toutes proportions gardées, aux espaces interplané- d'explicable et d'intelligible.
taires ou interastraux. Et il faut se rappeler qu'il n'y
a pas de désert où il ne pleuve jamais. Ces orages
sahariens, si rares qu'ils soient, apportent, chacun Il'-
LES TANEZROUFTS. - Points d'eau, pâturages,
~~;
pour sa part, d'énormes quantités d'eau. De cette 'i;, oasis, sont répartis à la surface du Sahara avec une
masse le ruissellement superficiel emporte une part, densité très inégale. D'i=enses étendues en ·sont
et l'évaporation une àutre part; mais une troisième, tout à fait dépourvues, et constituent des déserts
qui est sûrement importante, pénètre dans le sol. dans le désert, des déserts maximum. Ces provinces
Sur la face du Sahara, les plateaux gréseux ou cal- mortes sont très redoutées des indigènes; ils ont'
caires, les champs de lave, les regs et les serirs de nettement conscience de leur individualité gênante
terrain meuble, les dunes, couvrent des superficies et dangereuse; ils ne manqueut jamais de donner
immenses, la partie de beaucoup la plus grande un nom spécial à chacune d'elles. Pour les désigner
probablement de la surface totale. Ce sont des ter~ il n'existe pas de nom d'ensemble dont on sent
118 LE SAHARA 119
OASIS ET TANEZROUFTS

P?~ta~t le besoin. Ponrquoi ne pas adopter, en le cheuses horizontales. Ici la roche est le grès, ces
generalisant, le nom de Tanezrouft qui appartient grès rougeâtres à patine foncée, presque noire, qui
au vocabulaire Touareg, et qui désigne la partie tiennent une si grande place au Sahara. Au Tiniri
tout à fait morte du Sahara algérien ~ ces grès sont très vieUX:, dévoniens et siluriens.
. Les Tanezroufts sont de nature· très variée. Celui Dans des régions voisines, au Tassili, au Mouidir,
auquel les Touaregs donnent ce nom, et qui s'étend ces mêmes grès sont hospitaliers à l'homme, semés
e~tre les som~ets du Hoggar et le Soudan, n'est pas de points d'eau, jalonnés de pâturages. C'est que au
lm-même uniforme. Dans sa partie orientale, qui Tassili, au Mouidir, ces grès sont bouscnIés, déni-.
est la plus élevée, puisque son plan doucement velés, gravés de longs canyons, crevés de cuvettes.
incliné va de 600 à 1.000 mètres, l'aspect de vieille Mais le Tiniri est d'une uniformité, d'une horizon-
pénéplaine domine. On voit les arêtes usées et talité implacable, presqu'aussi plat que le reg, aussi
émoussées de roches plus ou· moins cristallines per- dépourvu de vallées que lui. .
cer le manteau mince des regs alluvionnaires. A A l'autre extrémité du Sahara, sur la rive gauche
mesure qu'on descend vers l'Ouest jusque vers du Haut Nil, le désert libyque sud oriental est une
Taoudéni, sous le méridien de Tombouctou, la sorte de Tiniri. Ici les grès nubiens sont beaucoup
pénéplaine disparaît sous le reg; on ne voit plus plus jeunes géologiquement ; ils sont crétacés ;
que la plaine infinie, semée de gravier, sans une mais ils ont à peu près le même facies que les grès
touffe d'herbe, sans une ondnIation, sans une trace siluriens et dévoniens du Tiniri,ils offrent la même
d'érosion ; un cercle d'horizon aussi régulier que uniformité des horizons.
celui de l'océan ; une uniformité implacable. La En tirant vers la Méditerranée, le désert libyque
forme de Tanezrouft la plus oppressante peut-être et devient un plateau calcaire ; sa surface ou plutôt
la plus redoutable. Elle est très répandue au désert son épiderme se hérisse par place d'un lacis menu
libyque à l'est de l'erg libyque en particulier. C'est et serré d'arêtes coupantes, gravé par la corrasion,
le reg, appelé ici le serir, qui s'étend inexorable- sur lequel la marche est un supplice et presque une
ment sur toute la distance immense entre la Cyré- impossibilité; c'est une formation analogue à nos
naïque et l'oasis de Koufra. lapiez, produite par l'action combinée ·des pluies, si
Le Tanezrouft des Touaregs se prolonge à l'est, rares ·qu'elles soient, et de l'action éolienne. Les
vers la Tripolitaine, par Son équivalent, le Tiniri Egyptiens l'appellent kharafich, et c'est exactement
qui ne lui ressemble pas. C'est ce que les Arabes ce que Sven Hedin décrit dans les déserts d'Asie
appellent une hammada, un plateau de strates ro- intérieure sous le nom d'yardang. Mais, à des
OASIS ET TANEZROUFTS 121
120 LE SAHARA

détails de ce genre près, le plateau libyque, qu'il ressent l'humauité du désert que par les chemins
soit calcaire ou gréseux, conserve ses mêmes hori- qui les traversent. ),

zons èt son caractère de Tanezrouft. Dans le Sahara Occidental, les Tanezroufts sont
En. d'autres points, ce sont les grandes régions une gêne plutôt qu'un obstacle. Sur le sentier le
des dunes qui ont ce caractère, les ergs. C'est sur- plus fréquenté entre l'Algérie et le coude du Niger,
tou~ le cas de l'immense erg libyque, intégrale- le Tanezrouft se franchit entre les 'puits d'In Ziza et
ment inhospitalier. Dans le Sahara Occidental au de Timissao. Il y a là 180 kilomètres sans eau et sans
nord-ouest de Tombouctou, le Djouf est certaine- pâturages. La distance est à peu près la même entre
ment une immense cuvette basse, comme semble le même Timissao et Silet, le premier point d'eau à
l'indiquer son nom; qui signifie « le Ventre JJ. Si la lisière des montagnes du Hoggar, quand on vient
mal connu que soit· ce Djouf redouté, on sait du du sud. 180 kilomètres sans eau, c'est assez
moins que l'erg y tient une grande place. effrayant dans nos conceptions occidentales, mais ce
On a déjà dit que l'erg Ech-Chech dans une ré- n'est pas énorme pour des Sahariens entrainés.
gion voisine, entre Taoudéni et la Saoura, encore Il est vrai que, plus à l' oues·t, les communications
qu'il reste à la rigueur accessible, est très inhospi- directes sont presqu'impossibles entre le Bas Touat
talier. Ces formes de Tanezrouft, si diverses qu'elles et Tombouctou. Icile Tanezrouft s'élargit et acquiert
soient,pourraient bien avoir un point cOmmun. Ce toute sa puissance. Entre le puits d'Ouallen, le der-
sont pèlitcêtre de vieux déserts, plus arides que le nièr du domaine algérien, et celui d'Achourat,le
reste parce qu'ils ont eu plus de temps pour se des- premitlr du Soudàn, il y a 525 lcilomètres à vol
sécher; ils semblent bien avoir pour caractéristique d'oiseau, tout à fait dépourvus de points d'eau per-
coml:llUne un modelé désertique sénescent. Il faut manents. C'est une route fermée en temps ordi-
pourtant se méfier de généralisations hâtives et de iç;
naire. Dans les années pluvieuses pourtant elle de-
déductions mathématiques; et il faut laisser une vient accessible parce qu'elle est jalonnée de mares
marge importante à la complexité infinie des phé_ temporaires, bien connues et soigneusement repé-
nomènes dans les sciences de la nature. rées.
Quoiqu'il en soit, il faut essayer de rendre sen- Iii'"
~
C'est dans le Sahara Oriental, au désert libyque,
~ ..
sible à l'imagination les dimensions·des Tanezroufts, ,~­
que les Tanezroufts sont un obstacle presqu'insur-
et la puissance de l'obstacle qu'ils opposent à la vie. 't montable. Il faut lire là-dessus le récit très vivant
f
A vrai dire, toute vie en est bannie d'une façon de Mrs Rosita Forbes qui est allée de Cyrénaïque à
absolue, on n'y séjourne pas, on y passe; ils n'inté- l'oasis de Koufra. Sur la route des caravanes, il Y a
123
OASIS ET TANEZROUFTS
122 LE SAHARA
. . is dans des cas heureusement très rares,
quelque 300 kilomètres entre le puits de Buttafal et tive , ma ifs surtout de chlore,
les premiers points d'eau de Koufra; sans un brin elle est si chargée de sels no~,_ 'r l,a mort. Telle est
. f n peut entriUlle
d'herbe et sans une gontte d'eau en tout temps. que son lUges 10 l' Ech Chech d'après La-
T'Hïadanserg - ,
Les caravanes, qui fréquentent régulièrement cette l'eau de m- a" . 1 l ' e t faisait enfler ceUX
. Elle brûlaIt e lUge ,
route,' mettent généralement sept jours à la parcou- perrlUe.. us les officiers et soldats du de-
rir. Elles ne voient partout qu'un reg uniforme sur qui en bUVaIent. To . t les pieds plus ou
t t eu les malUS e
lequel il faut se diriger aux étoiles, et les oasis aux tachemen on d' duré trente jours
so ufl' s . l'œ eme a
deux bouts sont de dimensions médiocres; on peut moins bour e '. d' , e Le mê~e Laperrine,
h 'eune soldat lU Igeu . 'l'
les manquèr et les dépasser sans s'en apercevoir, si c ez un J , ergEc- h Chec, h a rencontre de eau
on co=et une erreur de direction. Il semble bien dans l e meme . burent eurent
tellement salpêtrée que ceux quI, en
que ce soit la route la plus'redoutée du Sahara, au
. ents de sang.
moins parnii les plus usuelles. Mrs Rosita Forbes en des vomlssem. . 'est à citer que pour
d er-là il est vraI. n
signale par ouï-dire une autre, rarement utilisée Ce aIlg " , ' . .t' Le grand danger du
, . à titre de curlOSl e.
dans la même région, entre l'oasis de Koufra et memorre , 'f Elle n'est pas dans la
l'oasis égyptienne de Farafra, à travers l'erglibyque. désert c'est la mort de SOI.. . 't Chez l'ago-
, . ibl 'onl'lmagmeral.
Elle n'a,jamais été suivie par nn Européen; d'après réalité aUSSI terr e ~ 't disparaître long- '
.f 1 onsClence paraI
les indigènes elle comporte douze jours de marche nisaIlt de SOI a c I m e 'haristes indigènes,
t 1 'e Que ques
sans eau à travers des dunes difficiles d'un bout à temps ava~ a v~ . . t lus d'eau depuis la veille
l'autre. dit Laperrme , n aVaIen P pre de Saha-
. un faux alllOur-pro
Dans ces immensités mortes, l'imagination hu- au matlU, et par ,, d d tel ou tel pillard
t , ar les legen es e .
maine paraît s'être représentée avec prédilection le riens, h an es p .' SaIlS borre
, restait des deux et tr01s JOurs ;
danger du simoun. On décrit la caravane jetée à faIl'leux qm , i ils ne s'étaient pas plaints. MaIS
terre par l'orage et recouverte, noyée par les vl\gues comme son mehar, ",.' s s'évanouirent ; on les
.d' 1 s assoille
mouvantes du sable; c'est une conception litté- l'après-ml l, e. b . ar petites gorgées, et
. en les faIsant O1re p "d
raire, un orage de sable si impressionnant et si ralllma . . ti'ons sous-cutanees e
f . aIlt des lllJec
gênant qn'il soit, n'a jamais tué personne. en leur aIS s là-dessus le témoignage de cet
Parmi les dangers du désert, il faut faire une caféine. Nous avon "t 't Barth· il a été l'e-
t excellent qu e aI '. .
petite part à l'empoisonnement, ce qui est inat- observa eur 'f Sahara tripohtaIn par
, 'nt de SOI au
tendu. L't3aU des puits est parfois désagréable au trouve agonIsa . le raIlimèrent.' Sa sensation
goût, voire nauséabonde, elle est souvent purga- ses compagnons qm ,
124 LE SAHARA OASIS ET 'l'ANEZROUF'l'S 125 \- ,
\ :
\r~'

dominante était l'impuissance de bouger, une ato- raisonnables de la caravane regardent ce guide de
"\, il,,·,
nie à demi inconsciente. C'est la forme courante de travers en caressant la crosse de leur fusil.
.1
la mort au Sahara. Ainsi a fini le général Laperrine Les indigènes sahariens, dans ces moments cri- ~-'l'

à la suite d'une panne d'avion. TI n'est pas très rare tiques, savent le danger de l'émotion; et ils le_per-
de trouvor au bord de ces sentiers sahariens, si peu sonnifient dans une de leurs légendes. Le désert a '
passagers, des morts de soif, attendant depuis un ses voix: les écarts brusques de, la nuit au jour font
mois ou deux l'aumône d'une sépulture, à demi- parfois éclater avec bruit, ou crisser, les roches dé-
momifiés par l'air Sec du désert. Mrs Rosita Forbes ' sertiques. C'est ainsi que, au dire des anciens, le
a' vu Sur la route de Koufra « Un groupe de sque- colosse de Memnon saluait le jour, quand ses pre-
lettes encore frais, restes évidents d'une caravane miers rayons le frappaient. La dune aussi parle :
morte de soif». Ceux qui meurent loin des sentiers certains jours dans certaines dunes. sous l'influence
ne sont jamais retrouvés et sont portés disparus. du vent, ou sous la simple pression d'un pas hu-
Il faut se représenter l'emprise sur l'imagination main, il y a des ébraulements, des frémissements;
humaine de ce danger éternellement préseut. Son- ' les milliards de grains de sable, frottant légèrement
gez au départ de la caravane qui s'engage sur une l'un contre l'autre font un ronflement étrange assez
route où elle sait que tant d'autres avant elle ont analogue à un roulement de tambour. Ces bruits
trouvé la mort et qui s'entend faire des recomman- mystérieux sont pour les indigènes l'éclat de rire
dations de ce genre: « Gardez l'étoile polaire bien d'un djinn, qu'ils appellent Roul, et qui est l'ange
en face de votre œil droit et marchez tout le joUr noir des voyageurs égarés. Lorsque le voyageur a
jusqu'à ce que 'vous ayez repéré 'l'étoile du soir » perdu la piste, lorsque l'épuisement de la fatigue,
avec ce conseil additionnel: « Surtout ne déviez l'atonie de la soif et l'angoisse du danger commen-
pas trop à l'ouest, parce que vous iriez au diable. » cent à troubler son œil et à paralyser son cerveau,
Représentez-vous le cheminement interminable à alors il croit entendre l'éclat de rire de Roul.
travers le reg uniforme" jour après jour, lorsqu'on
guette le mirage: parce que le mirage relève l 'ho-
rizon' et permettra peut-être d'apercevoir de plus
loin un amer; donnant la direction. Songez à l'im-
pression du voyageur lorsqu'il reste un demi-litre
d'eau pour 17 personnes, que le guide a manifeste-
ment ptlrdu la piste, et que les membres les moins
. ~

126 LE SAHARA

BIBLIOGRAPHIE

Les caries el les monographies du Geological Survey


d'Egypte.
BEADNELL. Dakhla oasis. Càiro, 19° 1 .
- -Baharia oasis. Cairo, 1903.
- Farajra oasis. Cairo, IgOr.
FOURTAU. VerWbrls miocènes de l'Egypte. Cairo, '9 •
20

LIVRE III

L'HISTOIRE DU SAHARA
i
~, i
'
CHAPITRE UNIQUE

L'INTRODUCTION DU CHAMEAU
ET SES CONSÉQUENCES

Le Sahara, au point de vue humain, est l"anti-


thèse des déserts américain du nord et australien,
que l'immigration européenne a trouvés vierges. Il
a toujours été le domaine de l'homme.
Grâce aux travaux encore partiellement inédits de
Reygasse, nous avons désormais la certitude que
des hommes quaternaires ont habité le Sahara. Ils y
ont laissé des outils et des armes de pierre qui se
laissent classer à des nnancesprès sous les rubriques
classiques en Europe, Chelléens, Acheniéens, Mous-
tériens, Solutréens. Il semblerait que les outils les
plus archaïques se trouveraient. de préférence dans
les régions désolées. On rapporte, par exemple, de
l'erg Ech-Chech, en grandes quantités, des coups
de poing énormes et grossiers, qui rappellent nos
formes paléolithiques. Au contraire, les fines pointes
et les jolis outils néolithiques parsèment le sol dans
des régions qui ont un rapport évident avec la vie
IV,i'«" ,actuelle. L'homme semble avoir assisté au long
LE SAHARA,
9
130 LE SAHARA L'INTRODUCTION DU CHAMEAU

'processus de dessèchement qui a conduit du Sahara Ces éléphants étaient de petite bille, ils p;ré~1\!lk'
quaternaire au Sahara moderne. taient les caractères de dégéooresoonea de la faune
Mais ceci est de la préhistoire, un peu nébuleuse. résiduelle à laquelle ils appllrtenaient; comma
Touchant au domaine méditerranéen, 'mêlé à l'his- aùjourdenui encore le crocodile du Tassili et du
toire d'Égypte, de, Carthage, de l'empire Romain, de Tibesti, les silures et les cobras de Pancd ligharghar.
l'empire Arabe, le Sahara a lui-même une histoire Assurément, ils étaient séparés depuis IongtempB 01"
qu'on entrevoit nettement dans ses grandes lignes. leur patrie originelle, l'Afrique équatoriale; les pistes
Le fait capital, qui @claire toute cette histoire du Sahara leur étaient fermées.
désertique, est l'introduction du chameau, qui fut Sur œs pistes, dans la mesure où ilies suivait; il
tardive. Le chameau, ou plus exactement le droma- semble que l'homme de ce temps-là ait utilisé le
daire, le chameau à une seule bosse, apparaît aujour- bœuf porteur; on retrouve assez fréquemment le
, d'hui si étroitement associé aUX paysages saharieus bœuf, avec une sarte de bât sur le dDs, fignl"é dllns
qu'il en semble inséparable. Il y est poortant nn les gravures rupestres. Aujourd'hui encore, ,le
nouVeliu venu; Sahara n'est pas fermé d'une façon absolue au bœuf
Dans le Saha!'a Ilntique, celui de Carthage, et zébn soud'anais. Les Touaregs du Hoggar, qui font
même de l'empire Romain, la place dn chameau une navette éternelle entre leurs montagnes et le
était tenne partiellement, au moins à la lisière nord Niger, emmènent avec eux dans leurs déplacements
du désert, par l'éléphant. Cela est paradOxal, mais quelques zébus. Bien entendu, toutes précautions
certain. L'Atlas nourrissait destroupeatllt d'éléphants prises: le rebu portant sur son dos l'eau eUe fourrllge
sauvages, qui descendaient en hiver dans les cuvettes qui lui sont nécessaires.
sahariennes h11l11ideJJ, au pied de la chaîne. Les hislo- Les auteurs anciens nous représentent aussi d,ans
dans nOus montrent Asdrubal allant, capturer des quelques parties dn Sahara, au Fezzan, des raids de
éléphants !!amages, pour recruter l'éléphanterie de chars de gnerre, traînés par des chevaux, du même
Carthage, dans les cuvettes des grands choUs tuni- Iuodèle apparemment que les ch""," pharaoniques,
siens et de l'oued Rir, où les palmeraies n'existaient J figurés sur les monuments égyptiens.
pas encore. L'éléphant sauvage n'a disparu de l'Atlas Sur ces monuments, dans tous les millénaires de
que sous l'empire Romain, anéanti par les exigences l'Égypte indépendante, le chameau n'apparait
économiques du marché romain qui volliait de jamais. Les égyptologues nous disent qu'il fut
l'ivoire, et par la furie de destruction propre à l'Euro- importé ponr la première fois par la cOll«Uête per-
péen de tous les temps. sane, en 525 avantJ.-C. Depuis cetemps~là, le cha-
132 LE SAHARA L'INTRODUGTION DU CHAMEAU 133
meau joue un rôle en Égypte, tout particulièrement qu'on est tout près de la limite au-dessous de
pour les communications entre le Nil et)a mer laquelle toute vie devient impossible. Il serait absurde
Rouge.· Mais il.mit des siècles à pénétrer plus avant d'écarter a priori une hypothèse aussi normale que
dans le Sahara Occidental; et ce n'est pas surprenant celle (l'un dessèchement.
si on considère combien l'Égypte est, au Sahara, un '. Ce n'~st qu'une hypothèse pourtant, et elle n'est
monde à part. pas indispensable à l'intelligence des phénomènes
Très certainement, l'Afrique punique et romaine, observés. Les temps modernes où nous vivons ont
1
au temps de Salluste et de Pline l'ancien, n'utilisait vu depuis trois ou quatre siècles une 'immense trans-
pas le chameau. Il apparait d'abord en Tripolitaine, formation de la planète. Les nouveaux mondes en
comme il est naturel, et il s'y trouvait par milliers de Amérique et en Océanie ont été submergés d'un
têtes au temps d'Ammien Marcellin. Dans l'Afrique coup sous nos yeux par l'immigration en masse
byzantine, au temps de Procope et de Corippus, il d'une humanité et d'une faùne nouvelle. A nous
jouait un rôle considérable, comme bête de somme autres témoins du phénomène, il ne vient pas à
et compagnon de guerre, exactement comme l'idée de chercher à l'expliquer par une transforma-
aujourd'hui. L'évolution est désormais accomplie. tion dans le climat; nous savons qu'il est purement
L'introduction du chameau au Sahara Occidental historique. Dans un passé plus lointain, une réalité
a donc eu lieu pendant l'empire Romain et plus spé- historique immense comme l'empire Romain est
cialement sur sa fin. Faut-il conclure qu'il ya entre apparemment, à soi tout seul, de taille à expliquer
les deux un shuple lien chronologique, ou une rela- une transformation dans le cheptel nord-africain.
tion de cause à ellet ~ Songez à un homme comme Septime Sévère, néà
C'est la question du dessèchement progressif qui Leptis Magna de Tripolitaine, nourri des traditions
se pose ici de nouveau. A constater la substitution d'une race qui a toujours vécu du commerce trans-
du chameau à l'éléphant on ne se soustrait pas au saharien; et rappelez-vous que cet Africain, ce Saha-
soupçon d'un changement dans le climat. Rien ne rien, a tenu dans ses mains la direction militaire,
serait plus naturel. Indépendamment d'une diminu- politique, économique de l'empire Romain, de tout
tion dans la pluviosité générale, il est certain que le le monde méditerranéen.
désert se dessèche mécaniquement par la simple 'Et quoiqu'il en soit de l'explication, le fait
prolongation des conditions désertiques. Dans un demeure. Le chameau apparait dans l'ensemble du
pays comme le Sahara, une péjoration même légère Sahara verS la fin de l'empire Romain. C'est le prin-
peut entrainer des conséquences importantes, parce' cipe d'une transformation radicale; il y a historique-
131, LE 'SAHARA L'INTRODUCTION DU CHAMEAU la.
ment deax Saharas : celm d"ayant st oeluid',après le des ou,Ws néolilhiquas, ,doJilt l'usage., <iLal:<s m' 'COili
'cnroneal1. reculé" ,,\est eouserv.é ce.t't'llinement jus!Ju'à l'époqu<!>
llli;tm:i!iflle,eet mêlilM> à 1'11 .iI'Îgue.Y1I' ,n"ll pas eue Olle COlu-
NOMADES BLANCS ET AGRICULTEURS NÈGRES. - Avaut [iLètemejljlt dispwu. Dans la ·euveelite d"", :g'J'imds
la venue du ,chameau, la po,pulat;OR clairsemée .du chotts, .l'Ol"OO Ri", les duuesdu Bas 19hal'gib:ar. Oll
Smraraétait phrn ou moins de race noire. L'Égypte trouve le sol parJleilllllié ,des iFj,liIf! heajjlJ( produits de
doit êtue mise à pal't, bi_entendu, mais dans tout ~e l'ind'll:Strie néolitlri'llli', 'ellnombre i=ro:yable .. Ce .qui
Maghreb, 'frilipolitaine et do~e de l'Atlas, la Taée 1 abonde S1ilrtout fle wnt Jespoinltes de Jiloohes, cl'liUlle
ihlallllfue heooère 'semble Ryoiroocupé :simplement fiuesse et d'un travail ,aclmirables.Or les Berbères
les côtes. Les auteurs anciens unammeme;at .attri- n'üut j.amais utilisé l'>lm 'f't lles :fW.CJhtell; leurooule
huent le Sahara proj1mement dit aux « A!:thyo- aTille de jeta tOllji<ilnrs :été !la sagaie. Là400sus le
piens ,»). témoignage ,des textes·et des mo~bs 'l!JJhci1lnsest
[,e Fe~Z!ln,qui n'a i'aswangé de.nom depuis l'aR~ lim2Jlillle et ilirirélfuttable..· A TO~llIctOJ.l. et ·dams la
tiquite :(PJmsania des ,aliliteil.''rS grecs"t latius),était le bmwledll Nigf}l', .les Be.rbènes TOll:l\regs .e-JlllCo,'e
pays des 'Ga'l'ailiIHmies, dont le nom se J'etrouye dans IlUjou.:rd'hVli lanronit la :sagai>e ali galop ~ l<nu~s ok\'>-
<eelui cleDje'l'ma, une 'Gasis du Fezoan. Duveyrier vaux avec uD.e,aQ])esse at'llvi1!ue. Dans J'1lliis'toiremili-
s ',ap'E'uyant &'Ul' les mtciens, sur les chroniqueurs tair", <les&.ultal\law :Berbères Maugœbins, ~nd.pu
arabes, 'BtSlJ1'. Jes traditions, établit '!Iue les Gara- voiit meutÎ011né iBin ,eorps d'arroe;rs, <c' m,une toou,pe
.mantes étai<mt ,des négroïdes apparentés ,aUX Bor- de meveenlli~esasiatüJlms, et.,par e~@llp[e, CJiJ®rll8-
nouaus. Le F"",zan 'est resté un empire Soudanais, mieB>s. All contraire, l'are ,et la dèohe 'sOllt r.arme-
ilu genre de 'ceux ,que Barth a trouvés sur les bords !Mnt nationaldBB Nigrktiens.. DaRs l'Aïr, F9lil'l'eIIlll.ll
du Tchad, jus1lJu',à une époque tardiy-e, jusqu'à la eu to",tde .sVlile son attention attiréll iF',U les flè.ew,s
eonquête des Béùouins aMbes. Haoussas,une nouveea'tité pOJ.l.!' qW. iV'Ïie!nt du 'uor,t
Plus .à l'nlilest, les auteurs anciens, cités et com-
,. AH m.oyen-â;gB, lesgrnruis 1\1lIpilies ,Nigriti.ens de
.. )
mentés par <Gl;ell, 'placent au pied de l'Atlas la fron- f l'ouest, ceux de Ghana, du .SDnroï,iln J\l:amoog
tière entre les Berbères et lesA!:th))'o:piens, k".:acte- jouent.an Sahara _r,ôle imporJant 'qlli attir-e BUr
meut le wng ,,de Youed Djjedi, qui prend sa smlrce eUl( l',attention des nhi\W!ÙquellllS aTI1M.. POMll'tanlt
i

vers Lllig>houat et qui ahoutitdans la cuyettedes des incioo.rn./:s ~_ la ooIll'l{uête . ,m TtllIDhoo.ntolil


g"ands éhotts&u'Sud immédiat de Biskra. Au témoi- en. ,5.\) [,par un" .arl.lJl>ée !~~ocœe., seralig'llent lbl
'gnaged,es textes il faut joindre oelui <les armes et profooolllU' de la péJllétration B&hère au. Sahllm.
1

1
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,\1
136 LE SAHARA L'INTRODUCTION DU CHAMEAU 137 ,
1

La conquête française a trouvé toute la boucle du prospères aujourd'hui, n'ont jamais été signalées par
Niger entièrement dominée par les Touaregs, au les auteurs anciens; on n'y trouve aucune trace
point de vue politique, économique et même ethni- archéologique de Rome. Évidemment elles lui sont
que. Les capitales mêmes de deux des plus puissants postérieures. Les oasis du Gourara, un peu plus
empires Nigritiens, Ghana et Gao; se retrouvent, en éloignées de l'Atlas, mais facilement accessibles, sont
ruines, dans la région de Tombouctou, à la lisière dans le même cas. Tout ce groupe des oasis qui
du Soudan et du Sahara. J"es Berbères en ont.éliminé constituent l'ossature du Sahara algérien est relative-
non seulement l'influence, mais presque jusqu'à la ment récent.
population nigritienne. n a été fondé par des Berbères Zénètes, plus ou
Dans le df\rnier millénaire et demi, depnis les moins judaïsés, vers la fin de l'empire Romain. Ces
Haoussas qui ont semé leurs pointes de flèches dans la Zénètes juifs se sont maintenus au Gourara et dans le
cuvette terminale de l'Igharghar, le sens général' de Haut Touat jusqu'au XVI' siècle, dans leùr capitale
la grande poussée est parfaitement clair. Les races Tamentit; ils y ont laissé des souvenirs encore vivants
blanches méditerranéennes n'ont pas cessé de refou- et des stèles funéraires en caractères hébraïques. On
ler les nègres. La poussée a été moins violente et les a rattachés aux célèbres juiveries de Cyrénaïque
moins efficace dans le Sahara Oriental. Déjà dans qui ont donné de la tahlatureà l'empire Romain. Les
l'Aïr, qui est, il est vrai, intermédiaire entre le Sou- tradi tions indigènes fixées dans les chroniques arabes
dan et le Sahara, la conquête touarègue voile impar- ont conservé surtout le souvenir d'une grande immi-
faitement le fond demeuré Haoussa de la population. gration au VI' siècle, dans une année célèbre de la
Le Tibesti qui se dresse en plein Sahara, un pendant chronologie i=édiatement préislamique, qu'on
du Hoggar, est tout entier entre les mains des Tib- appelle « année de l'éléphant». Ainsi en ce qui con-
bous, Nigritiens incontestahles. Ici, dans un coin plus cerne le Gourara etle Haut Touat, c' est-à-direla porte
reculé, dans l'angle mort à l'abri du désert libyque, d'entrée du Sahara algérien, la date de la fondation
un morceau de l'ancien Sahara nègre s'est conservé des palmeraies est connue a "ec une certitude et une
plus ou moins intact. approximation suffisantes. Cela nous reporte préci-
Certaines étapes de cette conquête progressive se sément à la fin de l'Afrique romaine et à l'Afrique
laissent préciser historiquement. Les plus anciennes, byzantine, c'est-à-dire au moment même où le cha-
et, par conséquent, les plus intéressantes, ont été meau apparaît en grands troupeaux, pour la pre-
révélées au Sahara algérien. Les belles oasis de mière fois, sur les confins sahariens de l'Afrique
l'oued Rir, si proches de l'Afrique romaine, et si mineure; et il est difficile de ne pas croire qu'il y a
'1\:

138 LE EAHARA L'INTRODUCTION DU CHAMEAU 139

Œil lien entre les denx phénomènes. Ces ZénèteJl gressivfl, et qu'elle continue pour ainsi dire SClUS ""OS
dont le ,nom et le dialecte (Zenatiya) sont encore J'Bux, Wla'lltre faitmtéœssanJtlllt parfaitemelltilliOOn-
iIlnjourd'hrri "'troitement assooiés au Gournra, étaient testable nons le fait toucnBT du .doigt "li l'aut"e bomt
de grands nomades chamelieI:B., quümt joué depuis <iu :Sahara, andésem lihyque.
le baut moy.en-âge llIlll :rôle énorme ,en Afrique Le nom de Koufra signifie « 1,0. payeune " ; u'"
mineul'e. Au rebours de tant d'.autr.es triblHlBerbères nom siugu1ier pour une oasis "fI'Üest 3U.jom:d'hm,
m())ins illustres, leur nom ne se retrOrHfe jamais ,dans , i
,al:ans les pr.ofond;>urs impénétralbles rlmt,désert lfuympre,
les auteurs anciens. Le Zénète apparaît à peu lI'",ès la ,capitale du SenoussÏSIDe, c'est-à-dire le .dernier
en même :temps quele chameau, II'robablement l'un \ réduit de l'ISlam Îndkpendant. Vorigine de ,cette
portant l'autre. <dénomination 'est mstori<fU'ementc())nnue. Elle date
La poussée 'vooue du mrm-<est ne :s'.est propllgée d"lID'Siècle et demi, et clle OOJ:llJDaémore la y,ictoire
qne le",teml'lfmt vers l'intérieur .du Sahara. Dam; le des musulmans 'SU1r les 'Tili!:;OUB, les uégroïdflS ililien
Bas Touat les procédés «lllt'ilmialJ][ d'irrlgation(1es connus du Tibesti, dont Koufra était l'estée, jusqu'à
foggaras), e'est-à~clire 'lBS palm!"JrllJies telles qu'mIes une -époque ,si voisine <l1e nons, 1lIine citadelle
existent, remonterai<J'rrt ..n nt ;siècle dB l'hégire, il <avancée. Gomme A"hlthitnde, dam; unl'ays où la yie
'notre lX' siiède aprcès J.-G. Une tribu ,sondmaise, ll'empas assez inetense pour ,elffacer les traces ,du
app.rurenœe au ,groupe BnmhaJra >lit 'p!ru;, DU moins passé" les ;ruines dles villages Tibhollsoont enGOre
métiss:ée de IlerhèreR, a conservé la rIomirudion poli- très visihles ; et les del'llliers ahorigèmtes Tihbous
tique dnlil:as TonaJ; jl'l~e v<ers le JlJl'V" sièr:ilie. Labra- ! sont .encore là, dans une situation htrrniliée, 'Bt,en
diitiollll indigène 1'1lIfiIJirme, et les ciliagœ'Bn rnin.es i, nombre décroissant. Le .cas est demc pal'faitement
1 net. iKomraest an désert lihyque la denmii,èlrecon-
qruoo l:atraditi!l>lllraftaffie a'lJl Œl'OID desacien~ mal,tres [
:sont eneore là.. TIs ,>l(l)~t très diifére1lli:l:S «l1eswma'g1ls quê,be de la race hlanooeweTs,lafin.dR XVIII" siècle,.
j
ac:l:neJo, >comme itIDcihilecmre et .cmmme dispusitian :; To",.t {>el" ,>'le tient man,,! ,c',est enparfaitacco'Vd
heauooHp pLus indép:enolanihs «l1e la1palilllllillr;oJÏ®. avec le témoigmrge d'instrurrnents ;en pierre polie
Plus lmn 'eJmll)J'fi, 1I'8CS 1;,$00, "u Ti<ibiilœlt, !'<'ll'< iJlIal- 1
M
,qui se r.e'llcontrent 'sur le sol .en ,assez.grllImle ;abon-
'meraiies les 'Plus :a!IlllCil'l!llillli~ llle ;renmntHIlt pas '!JruL <JJ!e,là dance an Sahara. Ce :sont ~ul' "normes TOlOleaux et de
lllu xm:" """,ole ~èsJ.~. et ,res 'Plu. i,ooentes S\mlt du grands mortiers évasés, d'un type hien nonnn des
X'VIII' Biècle :seulemr:rerrl:. arnhéologues et des préhistoriens, lID'Core .en =ag'e
"
Que ,la pé~"mJfil rlellia Jr8joe Jblaoollte lirut Sa_a, aR Soudan. Ils ent s&yi cà écraser ,eles gvam et ,à
;ref<mil:ant.lm; nègmes rlew_t ,.e1œ,aiŒ .été lente, FD- les rédnireen farine. Ces instrnm.ents ,se tretnou;w,nt
140 LE SAHARA L'INTRODUCTION DU CHAMEAU 141
souvent loin des lieux aujourd'hui habités; souvent pour protéger cette frontière. Les nègres du Sahara
aussi près des palmeries, comme par exemple au n'étaient pas des voisins redoutables. L'Afrique
Tidikelt où ils sont utilisés, à cause de leur forme byzantine, au contraire, n'a pas pu garder le limes;
allongée, co=e stèles funéraires (chehed) dans les elle a trouvé au sud une situation entièrement modi-
cimetières musulmans. Leur place dans la vie fiée et un voisinage autrement dangereux. L'intro-
domestique a été prise par la petite meule tournante duction du chameau a été le grand bienfait de l'em-
!.
méditerranéenne. Et d'ailleurs les céréales n'ont pire Romain dans l'Afrique du Nord, et il semble
plus qu'un rôle subordonné dans l'alimentation. que ç'ait été en même temps le principe de sa chute.
Les dattes les ont en grande partie éliminées, l'ap~ n y a peut-être là une loi générale. Toute colonisa"
point étant fourni cbez les nomades par le laitage et \ tion réussie tend à créer des conditions qui rendent
la viande. Rouleaux et mortiers se rapportent évi- [ sa continuation superflue et impossible. C'en est le
demment à l'époque immédiatement antérieure au but et en quelque sorte la justification morale.
Sahara nègre. Ils nous rendent sensible l'import~nce
et la nature de la transformation accomplie. Ils nous
font entrevoir un Sahara où la race blancbe, le grand BIBLIOGRAPHIE
nomadisme chamelier et la palmeraie étroitement
GSELL (STEPHANE). Histoire ancienne de r Afrique du Nord.
associés, n'avaient pas encore fait leur apparition.
Cette transformation immense a été naturellement 1
1
Paris, Hachette. T. l, 1913'et Tomes suivants.
GAUTIER (E.-F.). Les siècles obscurs du Maghreb. Payot. 1927'
lente et complexe. Il faut faire très grande la part
!
des Arabes et de l'Islam. Mais tout le mouvement a ,i
été certainement déclanché par l'introduction du cha- !,
.!
meau, ce qui signifie la venue, la création ex nihilo,
pour ainsi dire, de tribus nomades à grand rayon,
turbulentes, gnerrières et pillardes.
L'empire Romain s'est toujours désintéressé du
Sahara. Son limes, sa frontière de colonisation est
parfaitement connue. Elle laissait tout à fait en
debors non seulement le désert proprement dit,
mais même la steppe des bauts plateaux. Et on ne
voit pas que l'empire ait eu des difficultés militaires
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~~ CHAPITRE PREMIER
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L'ÉGYPTE
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tont le Sahara.
~ .~~ Il ne saurait être quéstion, ici, d'étudier l'Egypte
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en elle-même. Sans doute, c'est une oasis, essen-
"•~ tiellement ; mais, par son immensité, par son
H importance mondiale, elle est tellement à part dans
~
"'"
CO la catégorie des oasis, qu'elle sort manifestement
1 du cadre, au même titre que le Maghreb, ou le Sou-
>- ·dan.
X

'""
Ce qui nous intéresse, c'est l'extrémité orientale
du Sahara, le désert égyptien ; les répercussions
réciproques de l'Egypte eL du désert, l'une sur
l'autre, sont de grande conséquence.

LES CÔTES. - Le désert égyptien a des côtes très


particulières. D'abord, par leur développement: il
LE .SAHARA. >0
146 LE SAHARA
L'ÉGYPTE 147
a une façade maritime sur toute son· étendue au tout du long, une couche très mince d'hun,anité,
nord et à l'est: au nord; sur huit degrés de longi- nettement di~tincte des Bédouins de l'intérieur; elle
tude ; à l'est, sur huit degrés de latitude : le déve- est comme un placage sur l'humanité désertique,
loppement total ne doit pas être notablement infé- un peu comme les bancs de coraux sur lesquels elle
I:.~eur à 2.000 kilomètres. Les mers qui baignent le vit sont un placage sur les vieilles roches de l'inté-
désert égyptien sont la Méditerranée et la mer rieur. Les. anciens donnaient à ces riverains de la
Rouge, les plus anciennement humaines, et les plus mer Rouge le nom d'ichtyophages: les mangeurs
importantes aujourd'hui, et de tout temps, pour le de poissons; un nom qu'ils ne portent plus, mais
commerce mondial. Ici, la Méditerranée orientale, qu'ils continuent à mériter. Cela signifie qu'il y a
celle des marines phénicienne et grecque, rejoint disproportion entre les ressources alimentaires, à
par la mer Rouge, les grands océans tropicaux ; peu près nUlles, d'un sol déser~ique, et les besoins
une grande voie maritime met en communication d'une population relativement dense, groupée par,
les fourmilières humaines de l'Jnde et de l'Extrême- l'attirance de la navigation et du commerce. Ces
Orient et le berceau de notre civilisation. Cette voie gens-là vivent de la mer, à qui ils appartiennent.
maritime, dès une haute antiquité, était sillonnée Sur un sol où les sources d'eau potable sont d'une
par un commerce actif. A la pointe sud occidentale extrême rareté, cette population, artificiellement
de l'Arabie, les courtiers de ce commerce furent les massée, a couvert la côte de èiternes, dont les dis-
Himyarites, ceux qui ont donné leur nom à la mer positions matérielles et l'organisation financière
Rouge (himyar signifie rouge en arabe) ; c'est le . sont un chef-d'œuvre d'ingéniosité atavique. Ces
peuple réel dontla reine de Saba, de l'histoire sainte, . citernes se retrouvent sur la côte méditerranéenne
est le représentant à demi-légendaire; ce furent les du désert égyptien, en Marmarique, et, par exemple,
Phéniciens de l'Océan Indien, le pays de Poun autour de Matrouh (Parœtonium). Ici, comme là,
(punique) des hiéroglyphes. Ce commerce Himya- ces citernes, inconnues dans le reste du Sahara,
rite remonte au moins à trois mille ans avant le [ portent le même témoignage: pour subvenir aux
canal de Suez. Il n'y a peut-être pas, sur tout. le ·'1 •
exiO'ences d'une grande voie de navigation. commer-
b ,
globe, un point d'importance comparable dans le ciale, et grâce aux ressources intellectuelles et pecu-
commerce planétaire.
niaires qu'elle apporte, il a fallu, et on a pu, faire
. Les côtes de la mer Rouge gardent, nettement, violence à la nature, créer de la vie au désert. Dans
dans leur organisation de la vie humaine, des laisses les po~ts de la mer Rouge, non seulement sur la
de ce torrent commercial ininterrompu. Il y a là, côte asiatique, où le pèlerinage de la Mecque les a
f.'
f,"

148 LE SAHARA L'ÉGYPTE 149


maintenus en pleine prospérité, mais même sur mais encore comme grande voie de trafic et de
certains points de la côte africaine, à Souakim, par communication à travers tout le désert" La question
exemple, l'architecture" des maisons comporte une transsaharienne, si grave partout ailleurs, ne se pose
prodigalité inouïe de très beaux bois sculptés et ri:, pas ici: elle a été résolue par la nature .
. ajourés, balcons, vérandas," moucharabiés, qui font Par cette magnifique voie vivante, la faune aqua-
un contraste extraordinaire avec la pauvreté végé- tique tropicale arrive jusqu'au delta: ici, les hippo-
tale du pays;" ces bois sont importés, par mer, de potames et les crocodiles seraient encore méditer-
contrées lointaines, et, par exemple, de Java. A eux ranéens, si l'homme l'avait permis.
tous seuls, il.s .suffiraient à éclairer le problème. Le long du Nil, l'Egypte a toujours eu ses com-
Les côtes égyptiennes de la mer Rouge, celles de munications largement ouvertes ,avec l'Afrique
la Marmarique, étaient semées dans l'antiquité de nègre, avec la Nubie, semée jusqu'à Méroë de mo-
ports célèbres, Bénérice, Leucé Comé, Myos Hor- numents égyptiens; et, pIus particulièrement, avec
mos, Parœtonium; dont les rares ports actuels, l'Abyssinie, le royaume d'Axoum des anciens. Dans
Koceir (Leucé Comé) ou Matrouh, sont de pauvres leur exposition trop exclusivement occidentale de
substituts" C'est que les gros tonnages et la vapeur
ont tué les escales côtières. Mais ils ont eu pour con-
séquence l'ouverture du canal de Suez, qui est une
l
t"f
l'histoire, nos manuels scolaires ne soulignent pas·
assez ce fait qui a été d'immense portée. L'empire
Romain, suivant cette sorte de politique, que nous
. ample compensation. appelons aujourd'hui politique de. protectorat, a
A l'autre extrémité du Sahara, le désert a bien converti le royaume d'Axoum au Christianism" ;
une côte océanique très étendue. Mais· cette côte fait nous dirions, aujourd'hui, qu'il y a importé la civi-
face à l'Amérique lointaine, elle n'a jamais eu et lisation. Il l'a dirigé, financé, il lui a prêté, dans la
elle n'a aucune relation commerciale avec le reste mer Rouge, l'appui de sa flotte, et il l'a mis ainsi en
du globe. Au point de vue humain, c'est comme si état d'anéantir et de conquérir le royaume Himya-
elle n'existait pas: la grande masse du Sahara vit rite, la pointe sud occidentale de l'Arabie. Du coup,
repliée sur soi-même, comme étrangère à la planète. la grande voie maritime de l'Inde et de l'Extrême-
Le privilège des côtes égyptiennes est unique. Orient s'est trouvée livrée, sans concurrence, aux
entreprises conimerciales des mercantis grecs de
LA VOIE DU NIL. - Une autre originalité unique du l'Egypte Romaine. Un triomphe d'impérialisme
désert égyptien, c'est naturellement le Nil. II a créé financier qui, à la longu!', fut payé bien cher.
l'Egypte, non seulement comme facteur fertilisant, L'Arabie, coupée de la mer, source ;antique de sa
150 LE SAHARA L'ÉGYPTE 151

prospérité, fut amenée de force, par la soufuanée forme générale de ce désert, une idée inexacte. On 1
économique, à de nouvelles conceptions, et l'explo- le voit limité, à l'est, par la mer .Rouge, au nord,
sion de l'Islam se produisit, ébranlant le monde. par la Méditerranée; mais il faut de. la réflexion \
Chose curieuse, la vague islamique, en treize pour s'apercevoir qu'il n'est pas moins limité, sur la 1
siècles, n'a jamais pu recouvrir l'lEthyopie, qui est face ouest, par les solitudes du désert et par l'erg
restée chrétienne: tant le germe semé par l'Egypte libyque, uU: erg pareil, le plus monstrueux et le plus
\
romaine avait jeté de profondes racines. inhumain de la planète, est un obstacle et une pro-' 1
1
Au XIX" siècle, c'est en remontant le Nil que l'ex- tection' aussi efficaces qu'une mer; i~ est plus dif- 1:
ploration a remporté ses premiers grands succès ficile à passer. Les éommuuications terrestres. de'
africains; parmi les problèmes de l'Afrique Cen- l'Egypte avec le monde extérieur ne sont lar~emen~
trale, celui des sources du Nil s'est posé et résolu ouvertes qu'au sud, du côté de l'Afrique nOIre, qm 1
d'abord. n'est· pas un voisin dangereux. Du cote d e l'A'
A ,
SIe 1
Aujourd'hui, la vallée saharienne du Nil tout en- redoutable, l'isthme de Suez est le seul chemin. Du
l,
tière est ouverte au tourisme. Des services réguliers
de bateaux à vapeur atteignent la seconde cataracte
côté de l'Afrique Septentrionale, la seule commu-
nication avec le monde remuant et guerrier des Ber-
J
(Onadi Halfa), avec une interruption à la première bères est l'étroit passage libre entre l'erg et la Médi-
(Assonan). Le chemin de fer va jusqn'à Kartoum, t eITanée, gardé par la fameuse oasis de Jupiter 1
.au cœur du Soudan, au confluent du Nil Bleu et du Ammon, aujourd'hui Siouah ; le retentissement du
.'~,
Nil Blanc, qu'une autre voie férrée rattache directe- nom dans l'antiquité souligne l'importance de cette i
1
ment à Souakim sur la mer Rouge. Le problème du porte unique de communication entre deux monde~.

chemin de fer transsaharien est donc ici amplement On pourrait dire l'isthme de Siouah, comme on dit r:i
et facilement résolu grâce au Nil. Le rêve d'avenir l'isthme de Suez. Les deux se font pendant; ils ont i'

i
s'appelle le chemin de fer transcontinental du Cap rendu difficile, à travers les siècles, non seulement
au Caire. une invasion étrangère, mais aussi, inv.ersement,
une expansion impérialiste de l'Egypte: ils l'isolent
ORGANISATION DU DÉSERT ÉGYPTIEN. - Ces grandes chez elle. Le désert égyptien est une sorte de pénin-
voies de navigation maritime et fluviale, en se com- sule ; il est sous cloche.
binant, donnent au désert égyptien une organisa- Dans ces limites, il faut garder présente à l'esprit
ti~~ humaine, sur laqnelle il faut insister. Un coup la forme allongée decedésert; c'est un couloir,long
d œIl sur la carte, au premier abord, donne de la d'environ r. 400 kilomètres, et dont la largeur
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1
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152 LE SAHARA
i~

~.
.
L'ÉGYPTE .153

moyenne n'excède pas 400. Pour y circuler, l'Egyp- autre conséquence de grande importance. On a
tien n'a pas seulement son fleuve qui coupe en deux déjà dit le nécessaire sur la dissymétrie curieuse des
le corridor, dans le sens de la longueur, il a, par deux bandes désertiques, séparées par la vallée du
surcroît, les deux mers bordières. En fait, il n'y a Nil. A l'est, le désert arabique est montagneux,
pas, dans le désert égyptien, de coin si reculé qui gravé d'oueds morts, dont les réseaux fossiles sont
soit à plus de 200 kilomètres d'une base maritime encore parfaitement intelligibles.' C'est ce que nouS
ou fluviale. La proximité d'une base maritime, avons appelé un modelé désertique tout jeune, le
Souakim, permet aujourd'hui à l'Angleterre de début d'un cycle.
maintenir sa domination sur le Soudan égyptien, A l'ouest du Nil, le désert libyque, jusqu'aux pre-
alors qu'elle y a renoncé, officiellement du moins, mières dunes du grand erg, est assez exactement
>i,"
sur l'Egypte. Pendant la gTande guerre, l'étroitesse l'inverse. C'est un i=ense plateau uniforme, d'al-
du désert égyptien a rendu de grands services à titude très médiocre.
l'armée anglaise. Elle lui a donné, pour ses esca- iJ" Il est impossible d'y retrouver les lignes générales
drilles d'automobiles, un champ suffisamment res- d'un réseau fluvial quelconque. Ceux que les fleuves
treint autour des bases d'approvisionnement; elle a tertiaires avaient nécessairement gravés sur la face
permis à l'infanterie, appuyée sur des bouts de che- du désert libyque, ont été exposés pendanlun temps
,~

min de fer de fortune, d'exercer une action utile. A démesurément long au climat désertique, qui les a
travers toute la durée de l'Egypte, mutatis mutandis, . brouillés et effacés. Les traces qui, sanS doute, en
la charl'crie et l'infanterie des Pharaons, la légion subsistent encore, ne sont plus déchiffrables. Le
romaine, ont eu des facilités analogues. La disposi- désert libyque a ce que nous avons appelé un mo-
tion naturelle du désert égyptien en facilite la sure' delé sénescent.
veillance et la domination complète par les mat"tres Si on insiste derechef sur ce fait, c'est qu'il a une

l
de la vallée. Il est évident qu'elle a un lien avec portée humaine considérable. On a vu que le drai-
''é7,·;
. •.
~-

l'empire égyptien; sa durée immense; sa stabilité; . nage naturel des réseaux quaternaires intensifie
son unité à travers les millénaires; l'évolution len- .. l'effet utile de la circulation superficielle des eaux ;
tement progressive de ses institutions, où invasion il a un lien étroit avec la distribution des points
ni révolution n'ont mis de coupure radicale. d'eau et des pâturages. Et, par conséquent, avec la
vie des pasteurs nomades. A en juger par l'expé-
INSIGNIFIANCE DES NOMADES. - Cette étroitesse du rience du Sabara tout entier, et avec les réserves
désert, combinée avec d'autres facteurs, a eu une que suggère l'usage d'une formule exclusive pour
155
L'ÉGYPTE
104 LESAHA RA }--
, les Bédouins ne sont guère autre ~ose que
condenser la complexité des phénomènes naturels, j.'
meme, " . guident les tOUTIstes aux
il serait possible de poser cette règle: sans modelé 1es hu~bles amers ::rt arabique, ce sont lespai-
désertique juvénile, c'est-à-dire sans réseau d'oueds PyramIdes. Da~s le d. 'rculent entre le Nil et la
fossiles, il n'y a pas de vie nomade. Les grandes tri- sibles caravamers qm Cl , d·· Ouled-
En Marmarique, les Be OUlns
bus nomades ont besoin d'espaces immenses, et mer R ouge. . 'fique de ca-
relèvent déjà cette professlÛn paCl .
l'étroitesse des déserts égyptiens est déjà, pour elles, Ali . . .' t lle de contrebandiers.
· JOlgnan ce
une condition défavorable. Le modelé sénescent du ravamers en y . libremeut dans l'ouest
désert libyque aggrave beaucoup cette condition. C'est qu'ils commumquent d,vabes et Ber-
En tout cas, le fait est certain. Le désert égyptien aveC le Sallara des grands noma es-
n'a pas de nomades. Ou du moins il n'a pas de bère,s. de grands nomades est soulignée dans
grandes tribus nomades, insaisissables, pillardes, . L absence , l'introduction tard'Ive d u
puissantes par leurs instinct~ et leur entraînemeni 1. 'histoire deS.I'ElP'P~: [,':.ie, en relations si faciles
guerrier, menace éternelle pour l'ordre public, aussi chameau. l pres . l'É te pha-
'A ab' patrie du dromadrore, gyp
longtemps qu'on ne se résigne pas à leur en confier l
avec r le, té pour qu'on le
. e le lui a pas emprun .
la garde. L'Egypte a ses Bédouins. C'est un vieux r aomque n - b d·d Nil il a fallu uue
'tre sur les or s u ,
mot arabe, cc Bedaoui », qui a été naturalisé dans voie apparaI , E t même
toutes les langues européennes, à je ne sais quelle invasion étrangère,. la c~:~~::'e~:::' semble pas
date. L'expédition de Bonaparte en Egypte aurait- alors, et jusqu'à nos Jours, . le désert égyp-
elle été l'origine de cette naturalisation? En tout · 'té franchement chez lUI dans . 'h
aVOIr e 1 s des me a-
cas, le sens que nous donnons à ce mot correspond tien. Pendant la grande gnerre, e ~orr:u dans tous
1. dû recruter seS anIma
. à· l'usage égyptien. Le mot Bédouin évoque pour ristes ang ros a cl . Tunis jusqu'à Bombay;
nous l'idée d'une humanité subordonnée, une ver- les déserts du globej'fr' ~iUp':ur le recrutement .des
mine humaine picaresque, l'armée roulante; le sens l'Egypte propre 0 al
-~ · t t à fait insuffisantes, ou
péjoratif est indéniable. Il est curieux que le mot mchara des ressources ou ' d ' la selle
, II Le modèle meme e
français Bédouin ait pratiquement disparu de même à peu pres nu es. , , '
, S d . l'Eg'Vpte n a pas, a
l'usage en Algérie. On ne pourrait, sans grossier d' 'tre importe du ou an, >J ,
a u e. 1 de selle pour chameau, ~Ue n a
contre-sens, l'appliquer aux nomades algériens qui proprement par er, ' d ' du bât Tout cela se
ue des bâts ou des sucee anes . ch
sont l'aristocratie indigène, cc les fils de graude
tente ». Mais en Egypte, notre mot Bédouin, avec
i t Il n'y a pas de grands nomades sans un . ep-
t~~c~melin important, et la réciproque est vrare.
sa nuance précise, correspond à la réalité. En Egypte
156 {'
LE SAHARA
L'ÉGYPTE 157
Toute la vie politique et sociale de l'Orient, de ,-"
',,;
C'est que le .pharaon a toujours été un empereur
l'Asie centrale à l'Atlantique saharien, est basée Sur
de sédentaires, et toute l'histoire de l'Égypte en
l'équilibre des nomades et des sédentaires, qui sont
porte l'empreinte. La Chaldée, dominée par les
les deux moitiés de l'humanité. Entre ces deux
nomades, a une grande histoire militaire. Les armées
éléments, si dissemblables de mœurs', et parfois de
assyriennes ont été. la terreur du monde oriental.
race, il y a collaboration quotidienne: c'est un
C'est la Chaldée seille qui a réalisé l'unité de ce
ménage dont l'harmonie ne peut être établie que par
monde oriental en un empire unique; une première
la subordination de l'un à l'autre. En Egypte, à tra- if";
fois sous les Perses; une seconde fois, et plus com-
vers tous les millénaires, les sédentaires ont toujours
tenu les nomades à leur merci. Ce n'est pas seille- l: plètement encore, sous les Arabes. L'Égypte, dans
cette voie, n'a jamais rien réalisé de complet ni de
ment parce que cette énorme oasis, qu'est l'Égypte, 1;"
durable, même au temps de Sésostris. Les égyptolo-
nourrit une masse puissante de sédentaires, groupés ft
gues ont retrouvé, et Maspero a joliment traduit ce
et organisés (une quinzaine de millions d'âmes au
qU,e nous appellerions aujourd'hui un pamphlet anti-
dernier recensement), c'est aussi parce que le désert
,~~ militariste, contemporain des Ramsès, et qui paraît
ég'yptien, construit comme il l'est,' ne peut pas
traduire le sentiment profond de l'Égypte à toutes
nourrir de grandes tribus nomades, dont.l'énergie
eût suppléé à l'insuffisance numérique. les époques. Aujourd'hui encore, c'est le Turc qui
L'autre pôle de la civilisation orientale, la Chaldée,
ne le cède pas à l'Égypte en importance de l'oasis,
mais elle est entourée de toutes parts de déserts
.~
est le sabre de l'Islam, ce n'est certes pas l'Égyp-
tien. En revanche, les historiens orientaux, Ibn
Khaldoun, en particulier, ont le sentiment juste
1 f
~

vivants, infectés de nomades, qui font contraste avec


que les arts, l'industrie, la pensée, sont en Orient l
les déserts aseptisés, si on peut dire, de l'Égypte. Les l'apanage des sédentaires. Il semble bien, en effet, !
que la civilisation ait à la Chaldée bien moins d'obli-
montagnes et les hauts plateaux de l'Assyrie, de la
Médie, de la Perse, les oueds du désert en Syrie et gations qu'à l'Egypte. A mesure que nous coill1aissons
mieux la civilisation égyptienne, nous y retrouvons
dans l'Arabie septentrionale, ont toujours été une
réserve inépuisable de grandes tribus nomades. Cha- pluS nettement les racines de la nôtre. Le Caire est
Cune d'elles a dominé à son tour la grande oasis méso- la métropole intellectuelle de l'Islam. Ce pays ,
, 1

d'Égypte, si bien clos, si individualisé, parait prédes- !


potamienne, qui semble ne s'être jamais appartenue f~_ !
tiné à voir éélore en Orient la première ébauche de
en propre. L'histoire de la Chaldée est aussi coupée, 1
aussi hétérogène que l'histoire de l'Egypte est une. ce que nous appelons, en Occident, le sentiment
national.

,
158 LE SAHARA L'ÉGYPTE 159

Tout cela est un bloc et a un rapport étroit avec grès nubien sous-jacent crève toute l'épaisseur des
la forme et les particularités du désert égyptien. couches éocrétacées et éocènes inférieures. Partout,
le Geological Survey a constaté des mouvements d.u
, LES. OAS~ ÉGYPTIENNES. - Dans le désert libyque sol plus oumoiits vifs, des plis, des diaclases, parfOls
egyptlen, 1 absence de tribus nomades est soulignée accompagnés de venues éruptives. Les nappes d'eau,
par l'existence d'oasis. Ce sont Kharga, Dakhla, ·enfouies dans les profondeurs, et ainsi ramenées à_
Farafra Baharia. Ces oasis sont admirablement Con- la surface, y arrivent à l'état thermal : à Kharga et
nues, à ch:cune d'elles le Geological Survey d'Égypte surtout à Dakhla, elles sont franchemen~ chaudes;
a consacre une belle monographie. Ces oasis ont à Dakhla elles ont 39" centigrades, et les indigènes,
d'ailleurs une très vieille notoriété: c'est à elles qui ne sont peut-être pas entièrement dign~s de f~i,
qu'Hérodote, grécisant un mot égyptien, a appliqué 7
gardent le souvenir d'un temps où on pouvait faue
pour la première fois ce nom d'oasis, qui a fait for- cuire les œufs. A Farafraet Balmria, la temperature
tune. Chacune d'elles est, en effet, l'oasis type, la n'est pas aussi élevée; mais le dégagement de ~az
tache de verdure perdue dans l'i=ensité du désert, est si important que sa pression dans une bouteille
comme ~n atoll dans l'immensité du Pacifique. fait sauter le bouchon. L'eau jaillit parfois en sources
Aucune ligne de verdure ne les relie, soit entre elles artésiennes, au sommet d'un petit monticule d'argile
soit à la vallée du Nil. Elles n'ont aucun rapport ave~ à centre cratériforme, qui a déjà frappé Hérodote .
un oued quelconque, avec la circulation superficielle . Plus souvent, à Dakhla surtout, il a fallu creuser
des eaux de pluie. Elles doivent leur existence àl'émer- , ,. jusqu'à la nappe des puits artésiens dont l~s sour~~,s
gence locale de nappes aquifères profondes. ont évidemment donné l'idée. A Baharm et deJU
Un coup d'œil sur la carte géologique suffit à même à Farafra, l'eau n'est plus jaillissante, elle
renseigner sur leur véritable nature. Chaque oasis coule de· sources ordinaires, mais dans ce cas aussi
coïncide avec l'affleurement de couches géologiques l'homme est intervenu. Il a capté la source au
plus anciennes et plus profondes, à travers la. cou- moyen de longs aqueducs souterràins, qui sont exac-
verture.décapée de couches plus récentes. Kharga et tement ce qu'on appelle des foggaras dansle Sahara
Dakhla Jalonnent le contact géologique entre les cal- algérien. Ces puits artésiens et ces foggaras sont de .
caires crétacés et les grès nubiens. Farafra est au beaux travaux d'art. Les puits doivent être poussés
contact des grès et argiles du crétacé supérieur à plusieurs dizaines de mètres de profondeur: ils
avec les calcaires de l'éocène inférieur. Baharia est sont solidement boisés en. acacia. Cette techmque
une boutonnière anticlinale il travers laquelle le est sûrement très ancienne. Les habitants des oasis
160 . LE SAHARA L'ÉGYPTE 161

étaient déjà des puisatiers célèbres au temps d'Olym- d'eau; ils jalonnent la seule route qui existe hors la
piodore (VI' siècle après J.-C.). Il semble pourtant vallée du Nil, et très loin d'elle, indépendante. Cette
qu'il ne faudrait pas remonter très loin dans le passé. route uuique à travers le désert libyque, dans le sens
Les indigènes donnent à leurs vieux puits le nom de de la longueur, rejoint la vallée du Nil à Abydos,
romains, ce qui, à soi tout seul, ne serait pas une près de Thèbes, au point précis où aboutissent
preuve convaincante. Mais les archéologues leur aussi, de l'autre cÔté, les grandes routes du désert
donnent raion. A leur dire, le très beau travail des arabique, celle de Koseir, celle de Myos Hormos, et
foggaras de Baharia appartient sûrement à la tech- même celle de Bérénice. Cette croisée des chemins
nique romaine. D'autre part, Fm'afra aurait été pour désertiques a fait la Haute Égypte si distincte de la
pour les anciens Egyptiens «le pays du bétail)) ; ce Basse. Les environs d'Abydos sont, en Égypte, le
qu'assurément il a cessé d'être; pâturage et agricul- pays par excellence de la préhistoire; c'est là qu'on
ture intensive, telle qu'elle est pratiquée sous les a trouvé les vieux tombeaux antérieurs à la première
palmiers, semblent choses incompatibles. Nous saisi- dynastie. C'est là que s'est élevé Thèbes aux cent
rions donc ici sur le fait un phénomène très intéres- portes, la rivale historique de Memphis. Ammien i
sant en concordance parfaite avec des constatations Marcellin a recueilli une légende d'après laquelle les
du même ordre au Sahara algérien. Le Sahara doit Carthaginois auraient pris Thèbes. Il faut entendre
à l'empire Romain beaucoup plus qu'on ne le pense naturellement que le souvenir de raids berbères, sor-
~ouramment. C'est lui qui paraît avoir déclanché la tant inopinément du désert, se serait défiguré con-
propagation à l'ouest du Nil du cheptel canlelin et fusément dans cette légende. C'est de Thèbes qu'est
de la cultnre sous palmeraie, deux choses étroitement partie l'armée de Cambyse, pour tenter vainement
associées, parce que les coins perdus du désert ne la conquête du désert occidental. Le nom de Kharga
peuvent être mis en valeur que s'ils sont rendns signifie la porte de sortie. Les Perses, maîtres de
accessibles. Le problème des commuuications est l'Égypte, avec leurs instincts ataviques de nomades,
inséparable du problème agricole. se sont intéressés à cette « porte de sortie». C'est à
Les oasis du désert libyque ont un nombre d'ha- Kharga que Darius a fait élever le beau « temple
bitants insignillant : Dakhla en a '7.000; Kharga d'Hibis », La route des oasis a retrouvé sa valeur
8.000; Ballaria 6.000; Farafra 632 en tout et pour ·stratégique pendant la grande guerre. C'est elle qu'a
tout. Mais il ne faudrait pas mesurer leur importance empruntée l'attaque Senoussiste contre l'Égypte. Les
·au chiffre de leur population. Dans ce désertlibyque, Senoussistes s'infùtrant par Ballaria et Farafra ont
au modelé sénescent, les oasis sont les seuls points tenu Dakhla, et pendant longtemps le front a été
LE SAHARA.
"
1ti~ LE SAHARA L'ÉGYPTE 163

. entre Dakhla d'une part, et d>autre part, Kharga, où demi maritime, il est difficile de préciser le degré
le joli petit chemin de fer luxueux, construit en d'assistance mutuelle que se sont prêtée les cara-
temps de paix pour les touristes, ravitaillait un déta- vanes et les bateaux. Beaucoup d'armées l'ont sui-
chementde l'armée. anglaise. Dans l'Égypte des Pha- vie depnis l'Islam; les armées arabès successives
raons, le dieu particulier de Thèbes était A=on allant à la conquête du Maghreb; les armées Fati-
Rà, le Jupiter Ammon des Romains, le dieu à tête de mides allant à la conquête de l'Égypte; il est clair
bélier. De tout le Panthéon égyptien, c'estle seul qui qu'elles ont requis pour leurs approvisionnements
se soit répandu au loin au Sahara, par la route des l'appui d'une flotte. Le Cherg et le ,Gharb sont lIi
oasis. A l'autre bout de cette route, à l'orée du désert profondément séparés par le désert Iiliyque, qu' ~
Maugrebin, se trouve l'oasis de Siouah, célèbre par - proprement parler ils communiquent par mer . AUSSI
son temple de Jupiter Ammon, dont elle a porté le bien, la colonisation orientale, par voie de mer, des
nom pendant toute l'antiquité. Phéniciens et des Carthaginois, a précédé la con-
quête arabe de deux millénaires. Le seul port un
L'ISTHME DE SroUAH. - Siouah estlafin de l'Égypte peu important de toute cette côte était Parœtho-
et le co=encement d'un autre Sahara. Là se trouve nium, aujourd'hui Matrouh, parce que c'est le port
l'isthme libre de sable qui met en communication le plus rapproché de Siouah. C'est Sioualr, l'oasis
deux compartiments par ailleurs à peu près étan- de Jupiter Ammon, qui est le grand nom, le centre
ches. Deux routes l'utilisent. La plus fréquentée historique. C'est là que les Pharaons à leur avène-
longe la mer, c'est celle que les géographes arabes nement venaient se faire diviniser; et c'est là que,
ne manquent jamais de décrire; la route côtière de à leur exemple, Alexandre le· Grand, leur succes-
la Marmarique, celle où les Ouled-Ali mènent une Beur, a eu pour premier soin de venir se faire t
existence précaire de caravaniers et de contreban- oindre fils d'Ammon pa" le grand prêtre. Il serai t
diers. Elle est d'ailleurs aussi maritime queierrestre; légitime de donner à l'isthme le nom de Sioualr.
\
les rares points d'eau ont été, à travers les siècles, Nous n'avons pas encore sur Siouah de rensei-
les aignades et les abris du cabotag·e. Ce mince cor- gnements. topographiques Bi géologiques détaillés. \
On voit seulement les grandes lignes. L'oasis est à
don de vie humaine, à la hauteur des dernières \
vagnes, est le li en unique entre le Cherg et le Gharb,
l'est et l'ouest, ces deux moitiés du monde musul-
la base du grand escarpement qui limite partout au
sud la Marmarique. Cette très longue falaise conti-
!
man, dout tous les chroniqueurs arabes soulignent nue est partout' une ligne de conLact géologique
les différences profondes. Le long de cette voie, à entre les couches miocènes de la Marmarique et les .
~~
:t>:c'

L'ÉGYPTE 165
164 LE SAHARA

couches éocènes. Apparemment,· les sources sont [l'_

alimentées par une nappe profonde, comme dans BIBLIOGRAPHIE


les oasis égyptiennes. La falaise escarpée court de
Siouah jusqu'au delta, et son pied est jalonné de Outre les publications déjà citées du Geologieal Survey : l'
rares suintements. ils n'alimentent aucune oasis,
mais ils amènent, en quelques points, la formation
HUME (W.-F.). Geology oj the Eastern Desert. Cairo, 19 0 7,
SOHWElNFURTH (G.). Aujnahmen in der ostlichen Wuste. Ber-
l
f
de chotts. Le plus célèbre est l'Ouadi Natroun, à lin,- 1900. 19 02 . . il
-Au} unb~t,.t!:tenen Wegen. Hambourg, 19 2'2.
l'extrémité orientale, jouxtant le delta, et dont le FOURTAU (R.). La Marmarique (Bulletin Société khédiviale de l'
natron est exploité. Un autre de ces chotts est celui 1
géographie. Le Caire, 1907)' ,
de Moghara, avec un bon point d'eau, à mi-chemin GAUTIER (E.-F.). Articles dans Annales de Géographie, XXVII li
~
à peu près entre Siouah et le Caire. il y a là une et Revue de Paris, 1er janvier 19 18 . f:
~.
route désertique difficile à suivre, et par conséquent,
, à surveiller, qui traverse le désert libyqne dans sa ,
\~

largeur, doublant la voie maritime, et aboutissant


directement à la capitale de la Basse Egypte. Siouah r,.
est bien· le nœud de jonction de toutes les routes
occidentales, la clef de l'Égypte. r
Si mal connus que soient encore les habitants de
Siouah, on sait du moins, avec c~rtitude, que déjà
~,
ils ne parlent plus ni l'arabe ni le copte. Ils parlent
un dialecte berbère: nous sommes là sur le seuil du
Gharb, du monde barbaresque.
Il'

l°f

l!
r

CHAPITRE Il

LE SAHARA TIBBOU

La falaise escarpée de Siouah se continue à l'ouest


par celle qui termine au sud la Cyrénaïque; c'est
~~-- ' toujours la même limite géologique; elle est jalon-
née d'autres oasis, Jeraboub, capitale du Senous-
sisme avec Koufra, Aoudjila, dont les palmeraies
sont déjà mentionnées longuement par Hérodote.
Aoudjila voisine déjà avec la grande Syrte de la côte ii
Tripolitaine; la grande route désertiqne d'Égypte
au Maghreb passe par là. Mais au sud et au contact
1
immédiat de cette route, s'étend. la partie la plus
effroyable du désert libyque, les solitudes à travers
lesqnelles Aoudjila et Djerabouh communiqnent si
péniblement avec Koufra. C'est toujours la cloison
,r
étanche et, à son abri, comme daus l'angle mort, à ..'l"
l'écart de la circulation générale, se trouve le Sahara
des Tibbous. Ce sont les seuls Sahariens noirs qni
aient conservé', jusqu'à nos jours, une existence-na-
tionale indépendante.
Parmi les conséqnences de leur isolement, il il
fallu compter naturellement les difficultés de l'ex-
168 LE SAHARA

ploration. Barth et Rohlfs ont vainement essayé de


pénétrer dans le Sahara tibbou. Nachtigall est le ·:1
premier Européen qui y ait réussi; son livre est ,i
resté pendaut quarante ans le seul document sur la
région; et même il le reste encore dans une cer-,
Laine mesure. Les troupes françaises du Soudan ont .~

occupé le pays dans sa totalité; la mission TiIho l'a


étudié longuement; mais les publications françaises
retardées par la guerre sont encore incomplètes et
:'0 ~: ~\,
fragmentaires ; naturellement les renseignements -:,.

qu'elles apportent sont beaucoup plus précis et plus _..,,'l


scientifiques ; la carte Tilho, en particulier, nous
, donne du Sahara tibbou une image tout à fait nette.
Mais la description d'ensemble de Nachtigall reste
encore indispensable pour l'intelligence du sujet.
Les études françaises, d'ailleurs, en ont confirmé
l'exactitude.

LE TIBES1'I. - Les Tibbous ont une citadelle qui


était restée inexpugnable à travers les millénaires.
C'est le Tibesti, l'un des deux massifs qui dominent
tout le Sahara; l'autre étant le Hoggar.-D'après des dapris le Colonel Til ho .
mensurations qui semblent présenter de hautes ga- 1~ !(oura~$ervo!r
ranties d'exactitudes, le Tibesti a le plus haut som- ';:~
Î,,'.' déaux de p////e

met duSahara entier, 3.400 mètres. C'est l'Emi ~.,.~=~ __ lQrrent à .'Sec

Koussi, un superbe volcan, dont Tilho nous a donné


une carte détaillée, parfaitement conservé, compa- Echelle Ki,lomélriqu<:'l.
(J Z 3 fl-
1
rable à l'Etna par ses dimensions et par son dessin l ! J

général, couronné par une caldeira avec solfatares. FIG. 9·


Ce volcan r~cent, presqu'actuel, n'est nullement
170 LE SAHARA LE SAHARA TIBBOU 171
i~olé ; déjà Nachtigall avait vu un cratère, très régu- la latérite qui n'a pu se former que sous un climat
her, au fond tapissé de natron. Tilho a vu et figuré relativement humide, des ossements subfossiles
d'autres cônes volcaniques. La « Source tonnante )) d'éléphants; la mission Tilho, a rapporté du Tibesti
de Sohoro, fameuse parmi les Tibhous, est une un crocodile actuel de faune résiduelle, trouvé dans
source sulfureuse, où l'eau à 70" bouillonne avec lilIl trou d'eau, un frère du crocodile touareg. Au

explosions. Les l'oches éruptives se sont fait jour à Tibesti, comme dans toutes les montagnes du Sa-
travers un soubassement de- roches cristallines re- hara, on retrouve dans la faune et dans le modelé
couvert sur d'énormes épaisseurs d'assises sédimen- les mêmes, traces d'un climat plus hunride, immé-
taires horizontales, où le silurien fossilifère est re- diatement antérieur au nôtre, quaternaire. -, "

présenté par des grès. L'ensemble est un massif Dans ce cad~, vivent les Tibhous, en nombre.
puissant, dont la forme générale est grossièrement naturellement infime. La mission Tilho l'évalne à
triangulaire, chaque côté du triangle ayant un dé- une dizaine de mille âmes; et dans, tous les pays, du
veloppement de4 ou 500 kilomètres à vol d'oiseau' monde, ces évaluations de. la première heure, à vue·
la saillie est extrêmement brusque au-dessus de~ .de nez, se sont trouvées toujours supérieures aux
dépressions environnantes, dont l'altitude n'excède résultats ultérieurs fournis par un recensement ré-
pas quelques centaines,de mètres. gulier. Mais les Tibbous sont, eux aussi, une faune
Le Tibesti appartient nettement au domaine sa- résiduelle, et, à ce-titre, infiuiment intéressante.
har~en .. Les ~lateaux de l'Ennedi ( 1.200 mètres) qui, ils appartiennent à l'Afrique Noire, par la couleur
apres une mterruption, prolongent le Tibesti au de leur pean, par la famille à laquelle se rattache
su~-est, appartiennent déjà à la steppe soudanaise; leur langue. Ils rentrent. plus ou moins, dans le
m~s le Tibesti lui-même est désertique, malgré son: groupe des Bornouans, des Kanouri,. leurs voisins
altttude; c'est un monde lunaire de roches nues' méridiona1JX. Parmi leurs armes. nationales, ils out
les pluies trop rares qu'il accroche au passage n' ar~ le couteau de j.et, qui est central africain.
rivent que bien rarement, dans des· secteurs favori- pourtant, .ce ne sont pas de vrais nègres; ils n'ont
f pas. le type elassiT"e, les cheveux crépus, les lèvres
sés, à alimenter un ruisselet d'eau courante, d'ail-
leurs chargée de natron. Et pourtant le Tibesti, épaisses, le ne" épaté.. liit. cependant, ils n'ont pas
comme le Hoggar, est le lieu de divergence de pas la variété d'nne populatiot l"'Olétisse ; Nachtiglill,
grands oueds morts, dont les vallées ont profondé- au contraire, est frappé de leur homogénéité: c'est
ment sculpté, en réseau assez serré, toutes les faces . une race fixée au type net. Les caractères principaux
du massif. D'ailleurs, les géologues ont retrouvé de . sont une maigreur extrême, la ténuité des musdes,
172 LE SAHARA LE SAHARA TIBBOU 173
qui n'exclut pas la vigueur, et surtout l'endurance, LE BORKOU. - Les Tibbous ne sont pas exclusive-
la sobriété extrême et la faculté de supporter des ment les montagnards du Tibesti. Ils habitent aussi
privations extraordinaires; par-dessus tout, les le Borkou. C'est l'immense cuvette très basse, qui
Tibbous sont renommés chez tous leurs voisins par sépare le Tibesti du Tchad. Les diverses parties en
une agilité plus ou moins qu'humaine, quasi ani- sont, avec le Borkou proprement dit, le Bodelé,
male. Nachtigall croit reconnaître les Tibbous dans l'Egéi, le Balrr-el-Ghazal; noms qui ont eu un cer-
une tribu œthyopienne antique, voisine du Fezzan, tain retentissement à cause de la controverse sou-
simplement parce qu'Hérodote appelle ces JEthyo- levée par NachLigall et qui a été close par Tillro.
piens « les plus agiles des hommes ». L'agilité est le Les Pays-Bas du Tchad, comme les appelle Tillro,
caractère ethnique essentiel des Tibbous. « En 19 12 , sont à une altitude notablement plus basse que le
dit le capitaine Ballif, un Tibbou, venu piller en Aïr, niveau du lac, à 200 mètres environ au-dessus du ;,;,

reprit après la mort de ses camarades, seul, à pied, _ niveau de la mer, tandis que le Tchad est à 250.
la route du Tibesti distant de plus de 1.000 kilo- Cette cuvette est la zone commune d'épandage des
mètres. Il n'emportait pour tout moyen de subsis- oueds descendus du Tibesti au nord, et du Chari au
tance ème la viande crue d'une chèvre qu'il avait sud. Les innombrables arêtes de poisson et les co-
tuée et la provision d'eau que put contenir la peau quilles de mollusques, vues déjà par Nachtigall, ont
de cette chèvre ... Il se portait à merveille malgré les été étudiées par la mission Tillro. Dans l'immense
fatigues d'un pareil voyage. » Il se pourrait bien, cuvette, mal et coniusément dénivelée, il est parfai-
en effet, qu'un Berbère ou un Arabe fût incapable tement certain qu'à une époque récente, un grand
d'un pareil exploit. Évidemment, ce sont des noirs lac marécageux s'est promené, dont le Tchad est le
sahariens, façonnés, modifiés physiquement par le représentant actuel et le résidu. Il n'y a rien là que
désert. Peut-être même aurait-on le droit de dire de très naturel; des phénomènes analogues s' ob-
par un désert autre que l'actuel, où le chameau servent,comme on l'a dit, dans toutes les cuvettes
n'étant pas encore apparu, le problème des déplace- des bassins fermés désertiques. A travers les terrains
ments a pu imposer à i'organisms humain des mo- meubles, souvent sablonneux, plus on moins per-
difications durables. En t.mJ.t cas, les Tibbous sem- méables, qui tapissent la cuvette, le Tchad fuit et
blent bien représe~·.- e'-le dernier reste de ce Sahara s'écoule souterrainement. Il est la partie visible, une
œthyopien que les ',ilteurs anciens étendent jusqu'au sorte d'anévrisme, de la grande nappe souterraine,
pied de l'Atlas; et il est légitime de l'imaginer à leur étalée ou ramifiée à travers tous les « Pays-Bas ». A
Image.
considérer le climat, toute la dépression est déser- .~"I
LE SAHARA TIBBOU 175
1.74 LE SAHARA

tique, y compris le léger dos de terrain qui borde le de siècle de combats ininterrompus. Ils ont connu
Tchad sur sa rive nord et qui s'appelle le Kanem. des défaitesécrasarrtes, confinantàl'anéantissement;.
Mais la nappe souterraine est presque partout pré- ils s'en sont relevés avec une vitalité, une énergie
sente en profondeur. Elle est aisément accessible indomptable ; ils orrt semé autour d'eux la haine
dans tous les creux, el elle y alimente des pâturages impuissante et la terreur, et ils ont gardé la domina-
de chameaux, ou des oasis. Les oasis sont particu- . tion. Il est intéressant de pouvoir analyser ainsi,
lièrement développées au Borkou : là se trouve Aïn dans un cas COI\cret et contemporain, le rôle du
Galaka, où Nachtigall a séjourné; Faya, centre de grand nomade blanc, qui a changé depuis quinze
co=andement de l'occupation française et base cents ans la face du SalIara. .
d'opérations pour la mission Tilho. Nachtigall vante
les dattes du Eorkou. KOUFRA. - Tandis que le deruier réduit des noirs
Toute la cuvette entre le Tibesti et le Tchad esl . ,, . salIariens est ainsi attaqué au sud, une offensive
.':~

habitée par les Tibbous. Ils n'ont pas tout à fait le parallèle se poursuit au nord, par des méthodes dif-
même type physique que les montagnards ; ils sont férentes. Elle a pour centre l'oasis de Koufra.
,- Ce groupe d'oasis a offert, à l'exploration euro-
,
~

moins nettement individualisés, de race moins pure, ~


plus négroïdes; mais ce sont bien des Tibbous, et l ,
péenne, les mêmes difficultés que le Tibesti. Rohlfs
ils en parlent la langue. Naturellement, cette popula- ,~ '-; est le seul Européen qui l'ait vu dans tout le cours
tion désertique est très clairsemée. Nachtigalll' évalue . du XIX' siècle. La grande guerre y a mené le maré-
à une dizaine de mille âmes et il est probablement -; t . chal des logis Lapierre, dont la relation si courte
au-dessus de la vérité. Depuis une date récente, le qu'elle soit est très suggestive. En 1920-I92 1, Mrs
\ Rosita Forbes, refaisant avec quelques variantes le
commencement du XIX' siècle, un nouvel élément
ethnique est apparu au Borkou. Une tribu arabe, voyage de Rohlfs, nous a donné de Koufra une des-
venue du nord, l'a envahi et s'y est fixée: ce sont les cription vivante. Hassanein bey a suivi ses traces et
Ouled Sliman. Ils sont originaires de la grande Syrte, complété ses informations. Et c'est tout, il n'y a
qu'ils ont quittée vers 1820 à la suite de démêlés avec jamais eu ni occupation par des troupes euro-
les autorités turques. Il faut suivre, dans Nachtigall péennes ni exploration véritablement scientifique.
l'épopée extraordinaire des Ouled Sliman. Ils étaient On voit pourtant les grandes lignes.
en nombre infime; Nachtigall évalue leur force à Le groupe d'oasis est important ; d'après ses
cinq cents méharistes et cinq cents fantassins. Cette dimensions, il doit être peuplé de quelques milliers
petite troupe a fait des miracles pendant trois quarts d'âmes. L'eau y est abondante et à fleur de sol. Elle
176 LE SAHARA ,
~
.~
s'étale en marais et en petits lacs et elle coule libre- .'
~

ment sans travaux d'art. Lapierre, qui a séjourné


des mois, et qui venait du Sahara algérien, aurait ~
vu les puits artésiens et les foggaras s'il en existait. •
;0
C'estjustément là1e mystère: d'où peut bien venir
eette eau ~ ·•
~

.~
0
L'isolement de Koufra eslextraordinaire ; c'est ""
B
une situation qui n'a pas sa pareille dans tout le
Sahara. Koufra est à peu près exactement au cœur ~!l
o •
"
mathématique du désert libyque. En quelque direc-
"' .
o"~"
i:l~ '-<1
tion qu'on s'en éloigne, il faut franchir quatre ou , 7. g-.
;:; g
cinq cents kilomètres de néant pour arriver à une
région habitée. C'est précisément ce qui fait son
o ""
" '8
~

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.
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importance. Koufra est la seule étape dela grande (/)..§

roule de caravanes, très dure, mais très fréquentée, -a


~
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~ ~~
qui met en communication la Méditerranée et le ""
0:.2
Borkou, puis au delà du Borkou, le Ouadaï. Cette 1 g
:::p::
a uréole de 500 kilomètres autour de Koufra est à > ai

peu près vierge d'explorations. C'est de beaucoup le ".j$""


~;
blanc le plus étendu de toute la carte saharienne.
Il faut se garder de conclusions prématurées. Pour- .a"
l.,"
tant, le voyage de Lapierre entre le Fezzan et Koufra
nous révèle entre les deux points l'existence d'une
route saharienne beaucoup plus accessible assuré- "
ment que celle d'Aoudjila.ll y a un certain nombre
de points d'eau, dont deux sont très beaux, Ouaou
el Kebir et Ouaou en Namous. Les (( trois grands
lacs )) d'Ouaou en Namous en particulier, dans une
gra).1de cuvette profonde de 2 Ro mètres, ont vive-
ment frappé Lapierre.
LE SAHARA TIBBOU 177
On connaît mal la route entre Koufra et le Bor-
kou, la région au nord du Tibesti est parfaitement
inconnue. Il est évident que les vallées du massif
doivent s'y prolonger plus ou moins et y alimenter
une nappe souterraine. Koufra est dans un paysage
de falaises et de garas, découpées par l'érosion dans
. le grès. Le contraste est vif avec la plaine sans fin
du seru d'une monotonie désespérante à travers
laquelle on arrive à Koufra par le nOrd. Lapierre a
YU dans le sùd immédiat de Koufra, une chaîne de i
j
l'.;
montagnes qui serait, d'après les indigènes, ·un der-
nier éperon dù Tibesti ~ . ,.
En tout cas, Koufra est resté domaine Tibbou
jusqu'à une époque voisine de nous, on le sait déjà.
Non seillement à Koufra, mais aussi à Ouaou-el~
Kebir, on voit encore, d'après Lapierre, les ruines
de villages tibbous. La conquête arabe des Sen<:ms-
sistes est récente. Cette conquête militaire se pour-
suit et se prolonge par une pénétration pacifique. Les
Arabes de Koufra sont une autre espèce d'hommes
que les Ouled-Sliman, commerçants, lettrés, affinés,
des intellectuels; ce qui s'accorde très bien, en
Orient, avec un fanatisme religieux exaspéré. Le
Tibesti et le Borkou ne sont nùllement fermés à leur
influence. Ils Yfont du commerce et ils y ont des mos-
quées, ils y acquièrent des clients et des prosélytes.
Un autre groupe d'oasis serait aussi du domaine
Tibbou. C'est le Kaouar, avec les salines de Bilma.
Mais ici, nous sommes dans une région saharienne
toute différente, très individualisée, le Fezzan. \
1
LE SAlIAnA.
i
1
178 LE SAHARA

BIBLIOGRAPHIE

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COMITÉ DE L'AFRIQUE FRANÇAISE; 1916, p. 17~ ;' 19 1 7'
ils sont séparés Plir une région profondément dépri-
p. 193 ; 1920 p. 6g ; 1921. p. 6 et 41", sur l'occupation
mée, un" coupitte large, nette et radicale.
frança.ise au Tibesti et sur Koufra.
HASSANEIN BEY, Through Kujra to Dar}on/', G. J .. 1924.
A pen près sous le méridien qui les sépare, la
côte méditerranéenne aCcuse son indentation la plus' '.
profonde : le golfe de la grande Syrte, entre Mis;rata
et Ben Ghazi. .
Le fond du golfe est de toute la côte le point. le
pIns rapproché de beauyoup dl). Soud'an,. SOUSC!),
méridien,lar9ute duS~udan estraccourriede
plusieurs centaines' dek;il9'l+~ttes.Ungé01ogl).e.
M. Bernet, qui nousà"doriJi~l~pl~STécente ét'ude
d'ensemble sur la strliOture d.eIaTiipblitainè,
expliquB l'indentation de la grande Syrtepar l' e)Ùs-':
~ence de déuX' grandes failles grossièrement ori~n:tées
et
nord sud, qui l'encadrent de part d'autre;" là fliille
de Misrata, si l'on veut,à l'ouest, eFla:faillé de Ben
Ghazi il l'est. La· faille de l'ouests'a?,CoIUpagnede
180 LE SAHARA LE FEZZAN 181

venues éruptives au voisinage de Sokna ; elle sec- pelets d'oasis. A ce chapelet de cuvettes basses et
tionne l'extrémité orientale du fameux Djebel-es- d'oasis qui coupe transversalement le Sahara tout
Soda, la montagne noire, mons Ater des anciens. entier sous le méridien de la grande syrte; on peut
Bernet estime que ces deux failles, ou ces deux sys- donner le nom général de Fezzan, qui appartient
tèmes de failles parallèles, mordent très loin dans plus particulièrement au groupe d~ oasis le plus puis-
T intérieur du continent; il a sms doute raison. Le sant et le plus massé.
.10 ng de ce double système de failles tout le centre du Ici donc, non seulement la distance totale entre la
Sahara s'est effondré entre le Hoggar et le Tibesti. Méditerranée et le Soudan est considérablement
Sur le fond de cette dépression on retrouve des acci- réduite; mais les oasis jalonnent a~x caravanes une
dents d'orientation est-ouest, faisant une grossière route facile. Le Fezzan est la voie de communication
croisée à angle droit avec les failles nord-sud. transsaharienne la plus importante historiquement
L'Haroudjd el Asouad tend à relier la montagne ap,·ès le Nil. Nous en sommes prévenus tout de suite
noire, extrémité du Djebel Tripolitain avec la falaise par la persistance de noms géographiques depuis
de Siouah. Plus au sud, des plateaux gréseux por- l'antiquité :. mons Ater, Phazania, Djerma qui con-
tent le nom de Toummo, au point où le sentier des serve le nom illustre des Garamantes ; et les événe-
caravanes les traverse. Ces plateaux étroits s'étendent ments qui expliquent cette persistance sont en
. du nord-ouest au sud-est et accusent une sorte de pleine lumière historique. Les Syrtes étaient dans
lien entre le Hoggar et le Tibesti. Mais la sépara- leur quasi totalité domaine carthao-inois
o et il est
.
tion reste profonde : le Tummo atteint à peine clair que Carthage ne s'est pas désintéressée du
700 mètres, et de part et d'autre d'immenses cuvettes
commerce transsaharien ; Hérodote, cinq siècles
se creusent, où le niveau oscille autour de 300 mètres avant i.-C., connaît la route du Fezzan. L'empire
a u-dessus du niveau de la mer. Vers ~es cuvettes Romain, successeur de Carthage, a plus ou mollis
basses les deux énormes massifs qui les flanquent dominé la Phazania; à différentes reprises, il y a
inclinent non seulement leurs pentes topographi- envoyé des expéditions militaires; l'histoire garde
ques, mais aussi d'une façon très générale les assises le souvenir de deux explorations romaines qui ont
puissantes de leur plateaux gréseux ou calcaires. Et, poussé par le Fezzan jusqu'aux pays des hippopota-
par conséquent, ils acheminent vers ces points bas mes. Rome a laissé quelques monuments archéolo-
une portion considérable de leurs réserves en eau : giques jusqu'à Garama (aujourd'hui Djerma)i
cette eau sourd avec une aboIidance remarquable ancienne capitale du Fezzan.
pour le désert; elle alimente des groupes et des cha- Pline nous donne des renseignements détaillés sur
J
i82 LE SAHARA LE FEZZAN 183

.• les deux routes qui menaient et qui mènent encore quité Gal"llma-Djermapour capitale, et qui a aujour-
de la' ,Tripolitaine ,au . Fezzan. La plus longue et la d'hui Mourzouk. La topographie générale ressort
plus fa.cile, 'Parce ,que semee de points d'eau, passe assez bien. Le lien est aveC les dernières pentes du
parSokna, etlemonsAter. Lesllomains, sous Vespa- massif touareg. Le Fezzan proprement dit est dans
sien,en 7oaprèsJ.-C., en décùuvrirent une autre l es parties basses et au débouché de grandes vallées
occidentale, qui raccourcissait la route de dixjours, descendues de l'ouest : ouadi Chiati, Oued-ecb-
'et qui était beaucoup plus ,dure. C'est la route de .j
Chergui. Comme il est ordinaire dans les basses
Tripoli à Mourzouk, suivie par.Barth, qui traverse ;
vallées quaternaires, les dunes ont pris un énorme '! .
les solitudes de la Hammada-el-Homra. Tout cela est développement. C'est l'erg Edeyen, un pendant
parfaitement précis. Ce pays dont la raison d'être assez exact des ergs algériens de l'Igharghar et de la
depuis .deux '.millénaires est d'être une, voie de Saoura; c'est un erg humide, humain, habitable.
passagè; a nature)lement offert à l'exploration euro- L'eau s'y présente sous forme de lacs,. non pas de
péenne ses premières facilités. C'est par le Fezzan lacs temporaires, de chotts, mais de lacs d'eau vive,
que Barth a réussi le' premier voyage scientifique parfois profonde, généralement saumâtte ou salée,
transsaharien au Soudan Central. Après lui, Rohlfs, mais parfois douce. Ils sont presque toujours entou-
Duveyrier, Nachtigall ont été cordialement accueillis rés de. palmiers. Le plus célèbre est le Bahar-ed-
au Fezzan et y ont séjourné, C'est la partie la plus Doud, le « lac des vers » ; et son nom a un lien avec
ouverte du Sabara ; le contraste avec le Tibesti ne sa notoriété. Il nourrit une faune de larves qui éclo-
saurait être plus complet. sent en insectes diptères (Arthemia Oudneii); sous
Aujourd'hui pourtant le Fezzan reste somme toute leur forme larvaire ils sont une ressource alimene '
"

assez mal connu. C'est que l'occupation italienne a taire pour les indigènes. L'erg de l'Igharghar a un
été très brève, tout de suite interrompue par la lac de ce genre, cratériforme et prOfond, qui est évi-
guerre. Elle n' a pas eu le temps de conduire à des demment un évent de nappe artésienne. Il est
études précises de topographie et de géologie, Nous 1 probable que les lacs du Fezzan ont une origine
n'avons guère autre chose que les témoignages des 1
t analogue. Duveyrier mentionne au Fezzan quelques
).'
explorateurs, 'nécessaire,ment très lacunaires. puits artésiens et quelques toggaras ; manifestement
ce sont des exceptions; en général l'eau paraî!''';'e 'i
FEZZAN PROpI\El>fIlN'!' DI'!'. ,~ On voit assez nette- présenter à fleur de sol ou dans des puisards.
ment du moins le Fezzan proprement dit, le groupe Duveyrier figore, au-dessus d'un puisard, un appa-
très important d'oasis qui a eu pendant toute l'anti- reil à élever l'eau, qui est assez monumental, qui

~.~i '-il
fi
184 LE SAHARA LE FEZZAN 185

représente un .progrès sérieux sur le chadouf des leur lien d'origine avec la Méditerranée ou le Sou-
puits à bascule ordinaires, et qui sent sa vieille civi- dan. Mourzouk, la capitale actuelle, est d'hier, elle
lisation. Il est évident qu'ici, dans ce pays où l'eau est turque. La Phazania des Garamantes, au teutps
sourd et s'étale à fleur de sol, le cultivateur a eu de l'influence romaine, a eu pour capitale Djerma-
moins besoin de technique compliquée d'irrigation, Garama. Les dynasties d'origine berbère ou arabe ont
quoiqu'il en eût à sa disposition. eu pour centre Zouila. Une dynastie soudanaise,
Ce groupe d'oasis s'étale très largement. Au nord, 1 Bornouane, a laissé des traces profondes à Trag'hen,
il se relie presque à la Tripolitaine par So1ma; au li où les noms de lieux et de rues portent encore des
1
sud, il s'étend loin dans la direction de Toummo. noms empruntés à la langue Kanouri. Le mélange·
Barth et après lui Dnveyrier et Nachtigall en éva- des sangs s'accuse dans le type ethnique, qui est
luent la population à 50.000 âmes, chiffre très extrêmement confus. On retrouve des Arabes, des
approximatif. Nachtigall en vante l'excellence des Berbères, des H~oussas, des Tibbous, et toutes les
dattes. Le capitaine italien Petragani, prisonnier au nuances intermédiaires. La prédominance des peaux
Fezzan pendant la grande guerre, a été frappé de sa noires avait frappé Duveyrier, qui a échafaudé toute
décadence et de sa misère, dues à son état politique une théorie sur les Garamantes, qui, suivant lui,
exclusivement : la population en serait tombée au étaient incontestablement des noirs purs, propaga-
chiffre approximatif de I2.000. Par l'abondance de teurs au Sahara d'une civilisation purement nigri-
l'eau à fleur de sol et le nombre des palmiers, le tienne. Cette théorie n'est pas absurde, si on n'en
Fezzan a peut-être des rivaux sur lâ périphérie du pousse pas trop loin les conséquences dans le détail.
Sahara, mais non pas dans la situation où il se Nachtigall, en somme, semble s'y rallier avec pru-
trouve, au cœur du désert. C'est un cas unique. dence, puisqu'il reconnaît au type humain actuel,
Aussi paraît-il toujours avoir été réuni en un en moyenne, et dans la mesure où on peut le déga-
centre politique distinct, une sorte de pet.it empire. ger, une certaine parenté avec le type tibbou, Cepen-
En mettant bout à bout les témoignages des dant un pays situé comme le Fezzan n'a jamais pu,
auteurs anciens, ceux des chroniqueurs arabes, les ).,
sans doute, même au temps lointain des Garamantes,
traditions indigènes, Nachtigall arrive à reconstituer se dégager des influences septentrionales. D'autre
une histoire du Fezzan qui est satisfaisante dans part, c'est essentiellement une région d'oasis : à
l'ensemble. Les avatars de cette histoire accusent les l'ombre des palmiers, où la malaria sévit, la race
influences successives du nord et du sud; le Fezzan blanche n'arrive pas à élimine(la noire.
a changé de capitale suivant que ses maîtres avaient
:~

186 LE SAHARA

LE KAOUAR ET BIL>IA. - Au sud des monts


Toummo, les oasis qui mettent le Fezzan en com-
munication facile avec le Tchad ont une importance
.11
beaucoup plus humble que le Fezzan proprement dit.
Les plus notoires sont celle du Kaouar, à cause de
1i CHAPITRE IV
leurs salines qui portent le nom de BiIma. Le sel y
est très pur, d'une fabrication traditionnelle très soie
gnée, livré au commerce en pains compacts de LE SAHARA TOUAREG
transport facile. Ces salines situées sur la plus belle
route caravanière du Sahara contribuent à son
animation; et la réciproque est vraie; elles seraient Tout le reste du Sahara, toute la partie occidentale
moins prospères apparemment si elles se trouvaient au delà du Fezzan est un monde à part qui -a- de
ailleurs. grands traits généraux communs. il est tout entier
Le Kaouar est nettement Tibbou, comme d'ail- dominé au nord par la chaine de l'Atlas, à la vie
leurs un certain nombre d'oasis du Fezzan méridio- -de laquelle il est plus Ou moins-assoeié.Lés grandes
nal, Qatron par exemple. tribus nomades, -Arabes et Berb"'res, -qui habitent
l'Atlas d'uné parI et-le Sahara de l'autre, se sont
prêté à traverS l'histo;'I'() un appui mutuel. Ici le
BIBLIOGRAPHIE
désert est en communication largement ouverte
Outre NACHTIGALL, déjà cité : avec des steppes étendues, réservoir de races
BARTH (H.). Travels and discoveries in northand central Afl'ica. nomades méditerranéennes. D'autre part la struc-
London, 1852-1853. ture même du Sahara Ocddental, le grand dévelop-
ROHLFB. Quer dari:h Ajrika. pement des vallées quaternaires et, par conséquent,
DUVEYRIER. EœplOl'ation du Sahara. Paris, 1864.
des pâturages, offre à la vie nomade des facilités
BERNET (E.). Contribution à /'étude géologique de la Tripoli-

taine. Bull. Soc. GéaI. Fr. '9'2, p. 385.


J d'expansion. Sur toute son étendue, jusqu'aux
PETRAGANf. Quatre ans de captivilé au Fezzan. (Renseigne-
_lisières du Soudan et même au-delà, le nomade
'ments coloniaux du Comité d-e l'Afrique Franç.aise, domine sans difficulté le sédentaire et le tient étroi-
avril 192.2..) tement assujetti. C'est une situation exactement
inverse de celle qu'on a vue au Sahara égyptien.
œ:
Parmi ces nomades, les Arabes jouent un rôle

1
188 LE SAHARA

important, mais limité à la périphérie: on les trouve t


au pied de l'Atlas saharien et en Maurétanie. Mais le
cœur du Sahara Occidental appartient aux Berbères
et particulièrement à la curieuse tribu des Touaregs. f
,l
1

Pour la commodité de l'exposition et pour souligner


un phénomène remarquable de géographie humaine
on peut convenir de donner au Saharà Occidental le
nom de Sahara touareg.
Sori originalité tient à sou altitude massive. Il est \
vrai que le sommet le plus élevé du Sahara est l'Emi
Koussi du Tibesti, dans le Sahara Orien~al. C'est que
l'Emi Koussi est un volcan tout frais, intact. Les vol-
cans du Sahara Occidental sont plus vieux, dégradés
et usés. Mais le Tibesti par sa masse n'est pas compa-
rable au puissant massif Touareg. Il se dresse isolé-
ment et brusquement au milieu de dépressions
immenses, le Fezzan, le Borkou, le désert libyque.
Ce sont les dépressions qui tiennent dans tout le
Sahara Oriental de beaucoup la plus grande place.
Dans le Sahara Occidental, ce sont au contraire les
massifs en saillie.
Le nom de HoggarJou Ahaggar) s'applique au
sommet du massif. Il y a là une sorte de plateforme
érodée où les champs de laves tiennent une grande p 60 'VQ J/iï{}D}(7m
; I-.,.,!." t'.'" 1
place, qui a 250 kilomètres de grand diamètre,
où l'altitude se maintient partout supérieure à t
2.000 mètres, et sur laquelle les volcans déman-
FIG. 10.
telés font saillie jusqu'au voisinage de 3.000 mètres.
Cette plateforme s'appelle l'Atakor du Hoggar;
autour d'elle, .l'altitudè reste élevée, elle diminue
t,-
!,,-

190 LE SAHARA 11:-


LE SAHARA TOUAREG 191
progressivement par des pentes insensibles à l' œil. LE SAHARA ALGÉRIEN. - 11 faut mettre à part la
Le Hoggar se prolonge au nord par d'autres mas- ~ partie du Sahara qui s'étend entre l'Algérie-Tunisie
sifs touaregs très étendus, où l'altitude se ma:in- ,.~ eUe coude du Niger. Elle est de beaucoup la mieux Il
tient largement au-dessus de 1.000 mètres : le t·, connue, parce que, dans le dernier quart du siècle,
Tassili, le Mouidir, l'Ahnet. Plus au nord encore, elle a été militairement occupée; et elle a d'a:illeurs
le Tinr'ert, les Matmatas, le Tadmaït, la chaïne son originalité propre. Ici comme ailleurs, le nomade
d'Ougarta, en sa:illie accusée jusqu'à 700 mètres, f ne peut pas vivre sans l'appui que lui fournit l'oasis,

~..
vont rejoindre l'Atlas. Au sud dn Hoggar, les mas- et nous avons ici les oasis les mieux étudiées et les
sifs de l'Aïr (jusqu'à 1. 700 mètres) et de l'A drar plus intéressantes de tout le Sahara peut-être, les
f:-'.
des Iforas (un millier de mètres) établissent la liaison oasis égyptiennes mises à part.
avec le Soudan. Du côté de l'Océan, la côte est
dominée à distance par d'autres massifs, les Eglabs
(700 mètres), l'Adrar de Mauritanie (500 mètres).
1 R'ADAMÈS ET R'AT. - Un petit groupe oriental
d'oasis est d'affinités indécises: ce sont R'adamès et
Tout le Sahara Occidental est parsemé d'un hérisse-
ment de massifs puissants qui se continuent ou se
r
!1
R'at. A considérer le réseau des oueds fossiles, elles
appartiennent toutes les deux au bassin de l'Ighar-
,\
touchent. S'il éttlit possible de calculer en chiffres son ghar, et leurs liens avec le Sabara algérien ne sont
altitude moyenne, elle s'avèrerait certainement bien pas niables. Ma:is, d'autre part, leurs liens avec le
supérieure àl'altitude moyenne du Sahara Oriental. Sahara tripolita:in ne le sont pas davantage. R'ada-
Ici comme là, la composition géologique est la '~i·.: mès et R'at jalonnent exactement la frontière poli-
même dans les grandes lignes, pénépla:ines de vieilles tique, du côté tripolitain.
roches, souvent recouvertes de plateaux gréseux R' adamès est à la lisière orientale du grand erg de
ou calcaires. Ma:is ici tout cet ensemble a été soulevé, . l'Igharghar; dans ·le lit d'un oued qui descend du
dénivelé, basculé, et des conditions nouvelles sont djebel Nefoussa, et qui, ayant l'enfouissement sous
nées. C'est la partie du Sahara où les réseaux d'oueds les dunes, allait certainement rejoindre le Bas Ighar-.
quaternaires, encore reconnaissables et presque ghar. Les conditions géologiques ont été étudiées par
cohérents, cou "rent de beaucoup les plus grands Pervinquières. Nous savons par lui que l'eau de R'ada- l,!
1~:.
..,.;
espaces. Le Sahara Occidental à conser"ébien plus .....•.•.......
"~',
''C.
mès est artésienne comme celle du Djeridet de 1·
que l'autre un modelé désertique jeune; nous avon~ l'oued R'ir, sur l'autre lisière tUnisienne et algé- 1
dit que c'était une conditionfavorà;l;!le à la diffusion
des pâturages et par conséquent de la vie nomade.
:1·\. ·
~~:'
~-

1-"
rienne du grand erg. Ma:is ce n'est pas de l'eau de
puits, c'est une belle source naturelle à la dispo-
il
1
Il
f'
(· '
192 LE SAHARA

sition de l'homme depuis toujours, sans recherche


et sans effort.
Il y a là probablement une relation avec l'antiquité
historique de R' adamès. Elle a été plus ou moins Car-
thaginoise et Romaine, sous son nom de CydaIl;LUs,
aisément reconnaissable. On ya trouvé une inscrip-
tion en caractères grecs et e.I1 langue inconnue;
une inscription latine qui mentionne la garnison
romaine, un détachement de la III' légion Augusta.
On y a trouvé aussi des ruines d'un caractère indécis,
mais que Duveyrier rapproche d'autres ruines ana-
logues à Garama-Djerma dans le Fezzan. Le même
Duveyrier a été frappé de trouver en usage chez les
R' adamésiens non seulement leur dialecte berbère
propre et l'arabe, mais aussi le haoussa. Il a admiré
leur esprit d'entreprise et leur organisation commer-
ciale, attestant des relations régulières avec le Tchad
et le Niger. Évide=ent il ya là un legs du passé.
En un lieu dit TabeIbalet,sur la lisière de l'erg, très
loin dans le désert, presqu'à mi-chemin entre R'ada-
mès et In Salah, on a trouvé un lot de pierres taillées
en forme de pain de sucre, avec figuration grossière
d'une face humaine, évoquant l'idée de bétyles phé-
niciens; appare=ent une trace de rayonnement
carthaginois, avec R'adamès pour base. Il y a eu là
évidemment un poste avancé du co=erce méditer-
ranéen à travers le Sahara. Clidl/j du service plwlDgraphiqlu du GlJuvenume/lt Gé/t,;ml
R'at est très loin dans l'intérieur, sous le parallèle PL, XIX. ~ OAS1S DE TOLCA, PRÈS B!SKRAj UN PUITS ARTÊSIEN.

et non loin du Fezzan. Elle ne semble pas avoir de


passé; elle aurait gardé le souvenir de sa fondation
LE SAHARA TOUAREG 193'
~
<l il Y a quatre ou cinq siècles, Elle a des sources dont

"

ù ~
1e caractère artésien est attesté par le voisinage de
" puits. R'at est d'ailleurs dans une vallée encaissée
'~
w dans les plateaux gréseux touaregs, réservoir natu-
~
g rel de nappes aquifères; au bas de leurs pentes, à
'" 700 mètres d'altitude senIement. L'orientation dè la
"q
w
< vallée et celle des crêtes qui la longent sont nette-
" ment nord-sud. Le prolongement d'une ligne R'at-
5
o R'amadès passe exactement'par la côte de la Tunisie
~
~
ç sur la petite Syrte, c'est-à-dire par l'extrémité orien-
~ tale de l'Atlas. y a-t-il là un grand accident snb-méri-
~
o" dien, une des failles le long desquelles le massif
-" touareg s'effondre vers le Fezzan~ Et cet accident
~
-<
a-t'il un rapport avec l'émergence de nappes arté-
zw" siennes dans les deux oasis ~
E R' at a ses relations naturelles avec le Fezzan dont
li
~ elle est une sorte d'avancée. Pourtant elle est sous
o
~ la domination des Touaregs Azgueurs du Tassili.
§.
Une route suivie par Barth la relie avec l'Aïr, c'est-
~
-< à-dire avec le Niger, en utilisant les puits de l'oued
~ Tafassasset. C'est la route directe de R'adamès au

"z" Niger,
" 1
Nous retrouvons ici la situation ambiguë des deux
.: oasis sur la frontière de deUx provinces .
"
P:!
OASIS ALGÉRIENNES. - Les oasis propres du Sahara
algérien sont un autre monde; elles ont des caractères
communs. C'est d'abord d'avoir été beaucoup étu-
diées et d'être bien connues. Mais il y en a un autre:
rareté des sources, de l'eau aisément accessible.
LE SAHARA. ,3
194 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 195
Dans le domaine de la Saoura, non loin de l'Atlas, de l'oued R'ir attrihuent l'origine de leurs puits
il y a quelques oasis alimentées par de helles sources artésiens à Doul Qorneïn, ce qui signifie le Bi-
d'eau courante, Tar'it, par exemple, et Beni-Ahhès. Cornu; c'est le nom que le Coran donne à
l'
A l'autre extrémité du Sahara algérien, près la fron- Alexandre le Grand, mais bien entendu à Alexandre
tière tunisienne, sur le hord septentrional du grand considéré comme, l'incarnation d'Ammon, le dieu
erg, les oasis du Souf sont une curiosité. On les à tête de bélier. Les auteurs anciens, Corippus, par
désigne aussi sous le nom d'El Oued qui est le mot exemple, signalent l'importance du culte du bélier
'arahe. L'eau s'y trouve en nappe étendue à fleur de che" les tribus sahariennes. A Tamentit (Touat) on
sol sous le sahle. Chaque jardin est un entonnoir a trouvé U:ne idole de pierre à tête de bélier, qui a
creusé dans le sahle jusqu'à la nappe; le travail du été publiée par Martin. En différents points de l'Atlas
jardiuier n'est pas d'irriguer ses cultures, qui ont saharien (Figuig entre autres) des gravures rupestres
de l'eau en ahondance, mais de rejeter le sahle qui représentent un bélier à tête surmontée du disque
les envahit par l'éboulement des parois. solaire flanqué d'urœus, qui est évidemment Ammon.
Ce sont là des ca,s exceptionnels; dans la grande Tout cela confirme ce que nous sayons par ailleurs
majorité des oasis sud-algériennes, il a fallu de grands de Siouah, l'oasis de Jupiter Ammon, porte d'entrée
travaux, puits artésiens ou foggaras, pour aller cher- au Sahara des influences égyptiennes.
cher la nappe d'eau dans les profondeurs du sol. Les Les oasis du Sahara algérien se di visent en deux
oasis sahariennes d'une façon générale semblent se groupes très nets: l'oriental qui est le domaine
diviser en deux catégories., Dans des provinces éten- des puits artésiens; l'occidental qui irrigue avec des
dues,le Fezzan, le Borkou, voire même à Koufra, et foggaras.
naturellement dans la vallée du Nil, l'eau est à fleur de A l'est, la vallée du Bas Igharghar est un immense
sol, à la disposition de l'homme. Les oasis égyp- synclinal très régulier, où toutes les couches ont
tiennes du désert libyque, d'une part, et les oasis une allure en fond de bateau, en cuiller, depuis le
algériennes de l'autre, semblent être les seules pro- crétacé qui est à la base, jnsqu'aux atterrissements
vinces où un travail souterrain considérable a été épais qui le recouvrent. Les sources ne font pas com-
nécessaire. Et malgré l'éloignement, le lien entre plètement défaut: les indigènes leur donnent le nom
les deux n'est pas attesté seulement par la similitude de bahar, qui siguifie littéralement la mer, mais qui
des techniques, il l'est aussi historiquement. Duvey- s'applique couramment à toute eau vive et profonde.
rier a dessiné à R' adamès un bas-relief dont l'inspi- Les bahars sont de petits lacs souvent cratériformes
ration égyptienne est évidente. Les indigènes et dont la profondeur peut être extraordinairemeut
,~![
~;r' '~
196 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 197
grande pour leur superficie minuscule ; eUe atteint puisatiers étaient mieux qu'nne corporation, une
trois ou quatre dizaines de mètres: ce. sont des évents tribu, où on se transmettait de père en fils non seu-
plus ou moins obstrués de la nappe profonde. Us lement des iltraditions, mais un entraînement ata-
servent de refuge à une faune résiduelle tropicale vique, une adaptation de l'organisme. Ils pouvaient
de poissons dont le cat-fish est le représentant le plus séjourner sous l'eau un nombre étonnant de minutes ,'
-...;.-- '.'
.;volumineux. Les bahars, très rares et saumâtres, ne et supporter au fond du puits la pression d'une 1f
présentent pas aujourd'hui d'intérêt pratique. A colonne d'eau extraordinairement épaisse; ils accep-
l'origine, ils ont pu donner ridée des puits artésiens, taient d'ailleurs avec l'héroïsme tranquille de l'ac-
à eau jaillissante, qui alimentent en totalité les très coutumance les aléas d'un métier redoutable.
belles oasis: celles du Djerid et du Nefzaoua en C~.\taient eux, évidemment, et non pas leurs col-
Tunisie, celles de l'oued R'ir et d'Ouargla enAlgérie. lègues évolués du désert libyque, qui avaient gardé
L'occupation française est déjà ancienne; ,ces oasis intactes les traditions des vieux puisatiers égyptiens, [1
éparpillées au pied de l'Atlas sont d'accès facile, le admirés par Olympiodore.
chemin de fer a été poussé jusqu'à Touggourt, capi-
tale de l'oued R'ir et il ira bientÔt jusqu'à Ouargla.
Sous les palmiers irrigués par ces puits artésiens,
et après un demi-siècle d'organisation française,
il
li
Il va sans dire que les puits artésiens sont forés vit une population officiellement recensée de
aujourd'hui par nos procédés européens. Mais les 200.000 âmes environ. Ils cueillent et ils exportent
méthodes indigènes n'ont pas encore tout à fait dts- au loin la meilleure datte peut-être de la planète, la
paru; en tout cas elles sont bien connues. La com- fameuse « deglat nour », un fruit de luxe, dont la
paraison avec l'Égypte est intéres~ante. Dans les seule existence suppose une longue sélection, des
oasis égyptiennes, d'après les descriptions du Geolo- traditions antiques de jardinage, une vieille ci vili- 1
gical SU/ove)', les Européens ont trouvé entre les sation. l'
mains des puisatiers indigènes un outillage déjà évo" Les oasis orientales sont plus ou moins groupées 1
lué, et, par exemple, unè longue tige métallique
pour le forage de la dernière couche dure; c'est que
au fond de la cuvette, au pied de l'Atlas; l'oasis la
plus méridionale qui.est Ouargla n'en est pas éloi-
lf'
l'Égypte est le centre le plus intelligent et le plus gnée de plus de 300 kilomètres. Tout autre est la
t
civilisé de l'Orient. Dans les oasis algériennes, le distribution des oasis occidentales. Au lieu d'être 1
puisatier, en dehors d'une pioche et d'un couffin, groupées, elles sont alignées à la queue leu~leu en
'~I
'i-
n'avait que ses mains nues, et il suppléait à la pau- ruban immense, entre l'Atlas saharien de Figuig sur i

vreté de son outillage par des procédés à lui. Les la frontière marocaine d'tille part, et l'oasis d'In .J
:l't
198 LE SAHARA LE SAI-IARA TOUAREG 199

Salah d'autre part. Ce ruban de verdure, extrême, siens. Elles sont assez spacieuses pour qu'un petit if
[,
ment simple et mince, al. 200 kilomètres. de long: homme à la rigueur puisse y circuler d'un bout à li -

c'est une « rue. de palmiers ]), comme disent les l'autre; leurs têtes atteignent en certains points une
anteurs arabes; elle est si longue, disent ces mêmes profondeur de 60 à 70 mètres au-dessous de la sur- .
auteurs avec quelque exagération orientale, qu'une face ; sur toute leur longueur, de distance en dis-
chamelle de caravane saillie à un bout aurait le temps tance, elles sont jalonnées de puits d'aération, dont
de mettre bas avant d'arriver à l'autre; elle conduit les orifices avec leur bourrelet de terres rejetées font
sans interruption de l'Atlas au cœur du Sahara, au un paysage de taupinières ; le développement total
pied du Hoggar. La « rue de palmiers)) se divise en de ces galeries est incalculable; pour une seule oasis
secteurs, dont voici la succession du nord au sud: déterminée, celle de Tamentit, par exemple, ilpeuf
oasis de la Saoura, Gourara, Haut et Bas Touat, ·Tidi- atteindre une quaraotaine de kilomètres. Autour
kelt. Mais toutes ces oasis saos exception ont un d'une oasis quelconque, dans un rayon de plusieurs
caractère commun: elles jalonnent régulièrement kilomètres, tout le sol est miné; on icircule avec
une limite géologique entre la pénéplaine de vieilles précaution. C'est un travail comparable par son
roches d'une part, et d'autre part les plateaux créta- importance à "elui d'un métropolitain de grande ville.
cés et tertiaires. La ligne des oasis suit la limite D'après les deooriptions du Goologiral Survoy, !"s
géologique dans ses moindres inflexions: le rapport foggaras du désert libyque, de conception identique,
est évident. Les graods plateaux crétacés et tertiai- ont été construit~s par les Romains en pierres de bel
.res aux assises doucement et régulièrement inclie appareil, en murs réguliers; elles sentent l'admînisc
nées vers les oasis, absorbent pour une bOJ;llle part tration civilisée. Au Touat, rien de pareil: l'ouvrier
les pluies qui tombent, et dont l'extrême rareté n'a guère que son corps et ses mains nues; il supplée
en un point déterminé est compensée par l'immen- à l'indigence de l'outillage par une ingéniosité ins-
sité des bassins récepteurs ; ils restituent cette eau tinctive et un a"harnement animal ; c'est une taupe
en suintements sur leur périphérie. Ces suinte- humaine. Spectacle admirable.
ments pourtaot ne suffisent à l'irrigation qu'à la Ainsi, du groupe oriental au groupe occidental,
condition de les aider, de les dégorger. Il a fallu ce n'est pas l'aoimal humain qui change; ce sont
que l'homme intervieune en captant les sources. les conditions géologiques; la taupe a im s'y adapter.
Il l'a fait au moyen de foggaras. Ces galeries sou- Non· pas sans tâtonnement, cependant. Daos quele
terraines de captage sont pour le pays un travail ques oasis sur la frontière dn Touat et du Gourara,
aussi prodigieux en leur genre que les puits arté- il y a des puits artésiens indigènes qui donneraient
~.
~.,

200 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 201

de l'eau en abondance, mais non pas jaillissaute, t ni au groupe occidental. Il est à mi-chemin entre les
puisque évidemment, par la structure du sous-sol, ~. deux, au milieu des effroyables solitudes du plateau
la pression fait défaut. Ces puits sont isolés et f crétacé. Les palmeraies du M'zab sont au plus creux
inutilisés parce qu'ils sont inutilisables. de lits_d'oueds quaternaires, pour se ra.pprocher de ".
C'est qu'en effet pour irriguer une oasis sérieuse, . la nappe souterraine. Les puits creusés dans le cal-
~
. il ne faut pas seulement de l'eau, il la faut daus caire le plus dur ont pourtant une soixantaine de
ii'>
certaines conditions de rendement et d'exploitation i;,:_
mètres. La profondeur rend la Khottara inutilisable.
financière. Le puits ne suffit pas, fût-il inépuisable. Ce sont des bêtes, ânes ou chameaux, qui tirent les
Daus le groupe occidental des oasis, il y a en cer- dellous : mais l'entretien de ces animaux est coû-
tains points des puisards ; surtout dans le lit de la teux. Le M'zab subsiste parce que les M'zabites sont
Saoura, où la régularité des crues entretient des nn peuple à part. Toute la padie mâle et adulte de
r[~_-
nappes superficielles. Ce sont des puits à bascule, on "r,
la population vit au loin daus les grandes villes d'Al-
les appelle ici Khottara, mais c'est exactement le :W gérie ; ils y sont commerçants, usuriers, banquiers,
Chadouf égyptien qui a été si souvent décrit et figuré. accumulaut de grosses fortunes. Comme les Juifs,
C'est un système ingénieux, qui sent lui aussi sa les Arméniens, dont ils sont un équivalent, ils ont
vieille civilisation ; notre poulie est remplacée par entre eux un lien religieux ancien ; ils sont une
une longue perche alourdie à un bout par uue grosse secte musulmane très fermée, très jalouse de sa foi
pierre qui sert de balaucier ; un gros seau en cuir à et de son antonomie. Le M'zab est pour eux un jar-
longue manche qu'on appelle « dellou » est parfaite- din de plaisauce et une citadclle ; une fantaisie ou
ment -adapté. Avec ce système, il est aisé de tirer un une nécessité coûteuse, mais non pas certes un pla-
seau d'eau. Mais pour irriguer un jardin il faut une cement. Il retournerait au néant si la prospérité
terrible quantité de dellous. On irrigue la nuit pour finaucière de la tribu venait à s'écrouler.
diminuer l'évaporation. Qu'on se représente la vie Pour qu'une oasis subsiste par elle"même, il lui
d'un homme qui, du crépuscule à l'aurore, 365 nuits faut de l'eau qui sourde à un niveau supérieur à
par an, refait saus discontinuer· le geste de tirer un celui du jardin et qui vienne toute seule, en suivant
dellou. la pente, sans effort humain, irriguer le pied de
Il y a pourtant au Sahara algérien un groupe chaque pabnier. Seuls les puits artésiens et les fog-
importaut d'oasis qui paraît au premier abord vivre garas remplissent cette condition: c'est en somme
exclusivement de ses puits. C'estle M'zab(43.ooohts). une énorme immobilisation de capital pour rédui1·e
Il n'appartient proprement ni au groupe oriental, au minjmum la main-d'œuvre, un chef-d'œuvre-
200
LE SAHARA TOUAREG
202 LE SAHARA
Notez encore l'aspect architectural des bourgades
délicat d'ameuag'emen.
' " economique
' et fin anmer ' sous les palroeraies. Ce sont des « ksars », c'est-à-
pour mettre en équilibre le prix de revient et le ,dire des bour !l'6 fortifiés; le SalIara n'est pas un lieu
rendement, où on puisse dormir portes ouvertes. A de très
, Il fau~ montrer le calcul minutieux des facteurs' rares exceptions près, murailles et maisons sont
econ~mIques, dans de menus détails: Et, par exemple, {lonstruites en pisé, en briques crues de boue durcie.
le chien
. est
' mconnu aux oasis " non qu'il ne plllSse ' La pauvreté des matériaux fsit ressortir la com-
y VlYre ; il Y a vécu. Dans les oasis du sud tunisien plexité des constructions; les maison~ ont plusieurs
d'. après Pline et el Bekri, on manD'eait
~' le chi'· en, .qUI,
.' étages, des cages d'escalier; les rues ont des pas-
pour ,le. musulman, est un animal imp1ll'. Il a dis- sages couverts, l'aspect est urbain; et la vie sociale
paru eY1demment le jour où la diffusion de l'Islam est urbaine elle aussi: il y a des marchés,des bou-
l'a rendu inutilisable comme animal de bouch . . tiques, des lieux de promenade, des cafés, des liewc
'1 't' T . , erle,
1 a e e. 13 lmlne comme bonche inutile. Dans toutes de plaisir. Tout cela est indispensable au nomade
.le~ oa~,s on admire le wand nombre des latrines qui demande à l'oasis ce que le matelot demande au
tres bIen tenues. C'est que l'enwais est trop précieux port de relâche; le réapprovisionnement facile et la
pour le laisser perdre. revanche Wossière des longues abstiuenees. Un
.I1 faut ~entionner l'existence d'instrumentsingé~ ksar, si minuscule qu'il soit, n'est jamais un village,
nl~ux quI servent à mesurer l'ean goutte à goutte et {l'est une ville en boue durcie. La Babylone d'Héro-
mmute par minute pour le partage entre les liBa- dote était sur ce modèle.
gers . .L'un qui est du type de la clepsydre mesure le De quelque,côté qu'on se tourne ici on retrouve
temps; un autre, qui a la forme d'un peigne fu' . toujours la vieille civilisation orientale millénaire.
la patte d'oie des petits canaux d'irrigation, parta~: Et elle frappe davantage parce qu'elle n'a plus au-
entre
. ses . dents
' le volUllle total .de l'eau
' d'apres • une jourd'hui pour gardiens que de pauvres sauvages
J~nge cal;c~ee au prorata des droits. La propriété et négroïdes. Les indigènes des oasis sont en graude
l~age d~ 1 e~usont déterminés par toute unelégis- majorité des cc haratin )). Le mot semble signifier
lahon Illlnutreuse et ingénieuse de coutmnes, qui étymologiquement cultivateurs, paysans. Mais, dans
~pposent une longue élalJoration à travers les l'usage du langage, il,s'applique exclusivement aUX
~,ecles o~ les millénaires. Il y aurait là toute une cultivateurs nègres. Cette association d'idées est
e~de 'lm a été esquissée par Brunhes. Tout cela, toute naturelle: à l'ombre des palmiers la malaria
bien entendu,
. . . outillage
. . . . et routmnes
' - . .
, a -son orIgIne interdit à la race blanche l'effort physique et même
d ans les VIeilles clYilisations or'entales.
204
LE SAHARA
LE SAHARA TOUAREG 205
la durée. Dans le métissage le sang blanc tend à être
éliminé. Les « Ksouriens », c'est-à-dire les habitants naturel d'admettre que cette irrigation savante a été
des ksars, sont en bloc des négroïdes. importée par la grande invasion des nomades pâtres
Ce n'est pourtant pas le lieu de trop se souvenir de chameaux.
que le Sahara fut jadis nègre dans Sa totalité. Les
Ksouriens sont l'inverse des Tibbous ; ils n'ont pas LES NOllIADES ..- Ces nomades, qui ont été proba-
l'air autochtones. Non seulement ils n'ont en bloc blement les créateurs des oasis, en sont en tout cas
aucune tradition commune et ancienne, inais en- les maUres. Ils sont généralement, à titre·individuel,
core individuellement chacun d'eux garde générale_ propriétaires des palmiers; ils apparaissent au mo-
ment le· souvenir d'un grand-père ou d'un aïeul ment de la maturité des dattes pour faire ou contrô c
. venu comme esclave d'un point quelconque du 1er la cueillette. Les haratin ne sont que métayers à
Soudan. La seule langue des Ksouriens en dehors de un faible pourcentage de la récolte; des «. kham-
l'arabe est le berbère; dans certains .coins il y a mès » comme on dit en arabe, d'un mot qui signifie
pourtant un sabir· soudanais; mais c'est nettement cinq, parce qu'ils ont droit à un cinquième de ce.
un sabir, un pot-pourri de vingt langues nègres qu'ils font pousser. Par surcroît, chaque groupe
différentes. Tout se passe comme si les haratin des d'oasis appartient politiquement à une tribu nomade
oasis occidentales (une cinquantaine de mille âmes)
'·r suzeraine .. Les fortifications des ksars n'ont de sens
étaient le résidu laissé par des siècles d'importation que vis-à-vis des ksars voisins; ils n'indiquent au-
ininterrompue d'esclaves· noirs. S'il y a un substra_ cune pensée de résistance à la tribu suzeraine, dont
tum plus ancien on ne le discerne plus. on escompte la protection militaire contre d'autres
Ce n'est pas très étonnant. Nous sommes ici dans ,",,-0
tribus nomades, un peu comme les serfs de notre
la partie du Sahara où la raCe blanche, appuyée Sur moyen-âge escomptaient la protection de leurs
les Maugrebins de l'Atlas, a tout balayé devant soi. barons. Les nomades sont la seule force armée, la
On a déjà dit que les oasis du' Sahara algérien sont guerre est leur métier, leur gagne-pain.
toutes de fondation authentiquement récente, à peu . Cette servilité· des Ksouriens apparaît toute natu-
près datée historiquement du v!' siècle après J.-C. relle si on considère ce que sont les nomades. Et
pour le Gourara, au xvnI' pour certaines oasis du d'abord ils sont d'une autre race, ils sont tous des
Tidikelt. Dans cette région où la palmeraie dans la blancs incontestables. Hors de l'oasis, dans les
majorité des cas est étroitement associée à l'irriga_ grands espaces désertiques, sous un climat sec à
tion savante d'origine orientale, il est d'autant plus contrastes violents, une acclimatation de la race
négroïde n'est pas impossible. Le cas des Tibbous
f.[
207
LE SAHARA TOUAREG
206 LE SAHARA
une faibless& momentanée, un manque de sang-
le montre. Mais le blanc méditerranéen est ch lUI,..

6
-
<14 . froid entraîne la mort par la soif. Et la soif n'est pas
son orgarusm& est tout accommodé. 1& seul danger; il y a l'homm&. Une trace inconnue
D'ailleurs les nomades sahariens sont des blancs qui croise le sentier annonce peut-être une embus-
sélectionnés par leur genre de vie. Le Sahara Occi- cade. On ne s'attarde pas aux points d'eau trop repé-
dental tel que nous 1'avons décrit est sillonné de rés' on remplit rapidement l'outre, et on va 8'ar-
, ul'
routes très dures, mais à la rigueur praticahles. Ces rêter plus loin, généralement après un crochet c~lc e
routes
" ont fait le nomade. On s'en douterait rIen . pour dérouter la poursuite éventuelle, toujours
qu a compa~er la selle du méhari en usage dans le possible. On est dans « hled-el-khouf », le pays de
Sahar~ OCCIdental avec la selle soudanaise de s la peur, ou cr bled-es-sif )), le pays du sabre. 'Cette
EgyptIens. Celle-ci est très grande, elle encastre la vie donne à l'œil et à certains côtés de l'intSlligence
bosse du chameau &t elle en recouvre tout le dos ; une acuité qui fait l'admiration des Européens. Un
ell~ est confortable, on peut presque s'y coucher:
nomade parfaitement inculte, interrogé par un ex-
malS elle est très lourde. Au Sahara Occidental la plorateur, dessiuera du doigt sur le sable une carte
«rahIa », littéralement la voyageuse, est un p~tit intelligible. Il a le sens topographique, pnisque la
assemblage de quatI'e planches, qui se place en direction est pour. lni une question d& vie ou de
av~t d~ la bosse, et sur laquelle on ne peut être mort. Il reconnaîtra un tel, de telle tribu, à l'em-
aSSIS qu en posant les pieds nus sut le cou du cha- preinte laissée par un pied nu; aussi silr~men~
me~u, en guise d'étriers. C'est un miracle de.légè- qu'un policier d'Europe identifie un malfaiteur a
rete; elle convient à des gens qni demandent cou - . l'empreinte de son pouce. Pas n'est besoin de dire à
ramment à leursbêtesdes randonnées formidables quel point l'ombre toujours présente de la mort vio-
et pour qui quelques kilos de plus ou de mom.:.
lente trempe le caractè:re.
sont d'importance immense. Ces randonnées éter- Tel est l'individu, et il faut considérer les liens
nell~s au désert, qui imposent à 1'organisme un qni l'unissent aUX autres membres de sa ~u. C' ~~t
extreme effort physique, uni à une extrême so- un éqnivalent exact de ceux que la diSCIpline mih -
briété" entraînent des corps magnifiques, minces et taire met entre nos soldats. Une tribu nomade est un
muscles. Un bon type de nomade saharien est le
"
reglmen tne.
' - r
M~ssinissa des auteurs latins qui, à 80 ans, condui- Contt'e ces gens-là, il est tout naturel que les ne-
saIt une' charge de cavalerie et avait un enfant. groïdes des oasis ne conçoivent même pas l'idée de
Le moral est à l'avenant. Il fant se représenter
ces routes du Sahara, où un instant d'inattention, la résistance.
1.

208 LE SAHARA

CHAAMBA ET TOUAREGS, -Les nomades du Sahara '1.


1
algérien se divisent en deux groupes, qui ont en ~ .;,;;
';;;\So.."::
<:ommunlà même adaptation à la même vie, mais ~
. 'g:~.
<!Î Q:g
qu'à part cela tout sépare: la langue, le costume, 0\1 ;:l r::

l'armement, les coutumes, un degré différent de foi § .~.~


}1 @~
musulmane, et par conséquent des haines inex- à .t: ~
"~
piables, • V"
~ <Il::
Chacun des deux groupes vit à part de l'autre ~ ;;a [l
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dans une région différente du Sahara. Les Armes 6 ~~
~ r:: ~
sont au nord, au pied de l'Atlas, en communication jO~
rfll'JP..
étroite avec le Maghreb ambisé. La tribu de beau- .k; ~~
coup dominante est celle des Ghaambas, qui domine
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les oasis du groupe oriental, plus particulièrement ." v
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Ouargla. Leurs pâturages sont dans les oueds du v ~
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Tadmaït, mais ils sont plus particulièrement cbez ~~&
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{lUX dans les pâturages de l'erg. Leurs chameaux ....i ,,'1:1
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sont si entraînés au sable qu'ils passent pour se .g -*
blesser les pieds plus facilement que d'autres dans ".
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le désert de pierres. En contact ancien déjà, par ~~
leur habitat, avec la domination fi·ançaise, les -""
... 3
Ghaambas ont fourni, pour une grande part, le per-
" v e•
~ g
«l 'p
sonnel soldat des méharistes français; et mieux que ~jl

le personnel: les méthodes et l'esprit sabarien ; des :~:~


.lt~
compagnies françaises de méharistes on peut pres- "'..,
que dire qu'elles sont la tribu Chaamha enrégimen-.
tée. Ces compagnies dans les vingt dernières années
ont pacifié tout le Sahara algérien. Mais les Chaam-
bas livrés à eux-mêmes, avant les cadres et l' orga"
nisation française, n'avaient jamais pu le faire. Ils
étaient restés cantonnés depuis des siècles au pied
LE SAHARA, 'TOUAREG 209
de l'Atlas, abandonnant le cœur du désert à leurs
ennemis séculaires, les Berbères Touaregs.
Les Chaambas, à leur entra!ne~ent saharien près,
ne sont pas distinèts des autres musulmans de
langne arabe. Mais les Touaregs ont une individua-
lité très accusée. Ils ont des traits communs avec
les Tibbous. Comme eux, ils sont vêtus de coton-
nades soudanaises noires ou bleues foncées~ Comme
eux ils portent le « litham », le fameux voile saha-
rien, dont on ne se sépare jamais, et qui masque
toute la figure, sauf les yeux. Rien ne ressemble
plus à une silhouette de Touareg que les gravures
représentant des Tibbous dans le livre de Nachti-
gallo C'est le lieu de rappeler que les ancêtres des
Touaregs ont conquis le pays qu'ils occupent sur des
négroïdes, cousins probahles des Tibbous. Isolés
depuis des siècles dans un coin perdu du inonde,
les Touaregs ont conservé avec l'humanité primitive
des liens étonnamment étroits. Ils savent encore
polir la pierre pour en faire des anneaux de bras et
l'emmanchure de leur hache est néolithique. Le
litham n'a rien à voir avec l'hygiène, c'est une sur~
vivance de l'animisme: le voile ne protège pas les
voies respiratoires contre le vent du désert; il pro-
tège contre les mauvais esprits les narines et la
.D<)u,ewe. portes du souffie, c'est-à-dire de l'âme. Les
''I\'''''l'P'''" ont des tahous qui sentent le totémisme;
mangent pas l' «ourane)), le grand lézard.
apprécié en Algérie, parce que «'c'est notre
. maternel ». Ils gardent des traces évidentes
LE SAHARA •.
210 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 211
du matriarcat; le seul chef mâle de la famille est armes-là, les, Touaregs ont arrêté depuis des siècles
l'oncle maternel et non pas le, père; il n'y a de &uc- . l'invasion arabe et dominé exclusivement les routes
cession qu'en, ligne matel'uelle. Par une contradic- du désert. Ils les domineraient encore si l'Europe
tion apparente, ces primitifs sont bien plus près de n'était pas intervenue. Il faut lire dans Naehtigall le
nous que les AI'abes. Ils sont d'esprit bien plus ou- récit de la bataille dans laquelle les Touaregs ont
vel'~, bien plus curieux, de relations bien plus faciles. -'anéanti presque jusqu'au dernier la redoutable tribu
C'est qu'ils 'sont moins musulmans. Ils ne savent arabe des Ouled Sliman; dans une attaque à leur
,t'C
pas un mot d'arabe, langue sacrée, du Co=; ils ne manière, juste avant le lever du soleil, un corps à
font pas le Ramadan ; leurs femmes ont une indé- corps imprévisible, immédiat, avec un mordant
pendance beaucoup plus près de notre féminisme incroyable. Exactement ainsi fut anéantie, pl'ès de
que des coutumes musulmanes. Bien entendu ils Tombouctou, la colonne française du colonel Bon-
parlent berbère, mais par surcrott ils sont seuls dans nier. C'est d'autant plus remarquable que le nombre
le monde à l'écrire; chez eux, et nulle part ailleurs, des Touaregs est infime. On ne peut pas indiquer
s' est conservé l'usage de l'alphabet libyque sous le leur nombre total, mais la tribu des Hoggar , la plus
nom de tifinar. Ils portent encore COill<lmment le redoutée, ce qoi ne signifie pas, il :est vrai, la plus
poignard de bras, tel que Corippus le décrit. Ils sonl nombreuse, ne peut pas réunir plus de trois ou
le dernier spécimen, COmIDe conservé sous cloche, quatre cents méharistes. Encore faut-il ajouter que
du Libyen. Dans l'héritage des anciens berbères, ce les tribus touaregs, comme d'habitude chez les no-
que les Touaregs ont conservé peut-être le' plus mades, sont désunies, séparées par des vendettas
fidèlement c'est la haine de l'envahisseur arabe. La éternelles. Les Hoggars, qui paissènt leurs chameaux
guerre n'a jamais cessé. dans l'Atakor, le Mouidir, l'Ahnet, et qui tenaient
Elle est pourtant inégale cette guerre. L'AI'abe sous leur domination les oasis du Tidikelt, ne s'en-
voisin de la Méditerranée a toujours pu SlJ}ivre plus tendent jamais avec les Azgueurs qui paissent dans
ou moius les progrès, de l'armement. Au début du le Tassili et qui sont les maîtres dans l'oasis de R'at.
xx' siècle, les troupes françaises ont trouvé les Il est curieux que les Touaregs, une aussi petite
Touaregs ariUésdu grand bouclier en peau d'anti- fraction de l'humanité, portent un nom d'une noto-
lope, de la lance, et d'un graIld!>~r® droit sans riété mondiale. Le hasard peut y avoir sa part, et le
pointe, pOUl' frapper exclUllivement de taille, qui , prestige mystérieux du cadre saharien, mais ool'tai-
rllppelle les d~criptions du glaive gaulois dans Tite- nement aussi l'extrême. énergie et l'originalité pro-
Live .. Admlrable matièN ru. panoplie. Avec ces, fonde du type humain,'"
212 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 213
LA LISIÈRE SOUDANAISE. - Il faut suivre les Toua- L'Aïr est autrement important que l'Adrar. Le
regs jusqu'au Soudan pour mesurer l'énergie de la nombre d'habitants doit atteindre une vingtaine de
poussée exercée par les nomades blancs à travers le mille. Il y a un certain nombre de bourgades, de-
Sahara. Dans ce secteur, les avancées du Soudan puis Iferouane, la plus septentrionale, jusqu'à Aga-
vers le nord sont l'Aïr, l'Adrar des Iforass et le dir, la plus méridionale. Ce sont essentiellement des
coude du Niger. centres commerciaux. L'Aïr est une croisée très
L'Adrar des Iforass est le plus sabarien des trois, importante de routes transsahariennes; celle du
non pas par son climat et sa végétation qui sentent Fezzan par R'at, celle de R'adamès"celle du Hoggar .
déjà la steppe soudanaise, mais par sa population Barth et Foureau ont longtemps séjourné dans l'Aïr.
qui est exclusivement touarègue. Les Iforass sont de La population est très mêlée, mais le fond est mani - .
vieux Berbères, puisque leur nOm est dans Corippus, ~ f -- festement Haoussa: la langue haoussa est comprise
et sous une forme très reconnaissable « [foraces )) ; de tout le monde. Des Touaregs noirs, qui sont une
ils conservent encore dans leurs traditions le souve- proportion importante de la population, sont des
nir un peu estompé de Kocéilab, le vieux héros Au- métis de Haoussas et de Touaregs, qui revendiquent
rasien qui a tué Sidi Oqba, le premier conquérant naturellement l'ascendance berbère, plus honorable.
arabe en 683 après J .-C. Les Iforass parlent un dia- Il y .a aussi des Touaregs blancs qui, par leur éner-
lecte touareg et reconnaissent la suprématie des gie et leur prestige, sont les vrais maîtres, malgré
Hogg'ars avec lpsquels ils partagent leurs pâ.turages la présence d'un sultan à Agadès. Ils l'ont été du
dans les mauvaises années. Leur Adrar est un simple moins jusqu'à l'occupation française.
prolongement du Hoggar, au point de vue humain ; Le coude du Niger est tout autre chose; il a le
c'est la grande porte de cO=unication des Toua- plus bel avenir de tout le Sabara, hors de proportion
regs avec le Niger, car plus à l'ouest le Tanezrouft avec son présent misérable. Et pourtant Tombouctou
dans sa partie large rend les communications très a bien été en elletle nom le plus retentissant de tout le
précaires. C'est essentiellement un pâturage de désert, aussi longtemps que la bourgade qui le porte
nomades; quelques pahneraies insignifiantes' ne a été connue seulement par ouï-dire. On sait aujour-
sont pas des oasis sérieuses. Et d'ailleurs, sur d'hui qu'elle avait 12.000 habitants environ au
tout ce liseré soudanais, on ne retrouve plus temps de sa prospérité (aujourd'hui 4.000); et
l'oasis du nord, la grande oasis d'irrigation savante qu'elle n'est rien par elle-même. La base de sa pros-
et de culture intensive. Cette oasis-là n'est pas périté a été l'exploitation des salines de Taoudéni,
nègre. à 600 kilomètres au nord, en plein Sahara .•C'est une
!l"

214 .LE SA HARA LE SAHARA TOUAREG 215


!'-
"
exploitation industrielle entièrement artificielle. Tilemsi, qui mène droit à l'Ad.....r des Uorass: C'était
Taoudéni est inhabitable; son ·eau saumâtre tue en l'empire des Sonraï et ils sont toujours là, ieuplant.
quelques années les ouvriers nègres qu'on y importe très maigrement le fleuve jusqu'à Tombouclm, mais
et qu'on y maintient de force. Ii ne doit pas y avoir combien déchus. Les maltres actuels du eJude sont
à la surface de la planète, même dans nos dllITes civi- les Touaregs., ils le sont restés du moins jusqu'à 'l'oc-
lisations, d'enfer industriel comparable à celui-là. cupation franvaiise. Ce ne sont plus les Hoggars, ce
Le grand événemelit périodique à Tombouctou est sont. d'autres tribus, les Aoulimmiden, les Kel-
l'Azalaï, la grande caravane de Taoudéni. Il n'y a Gereas, etc ... Ils sont pius nombreux que les Toua-
pas là, pour l'avenir, une base sérieuse de dévelop- .regs propr·ement sahariens, parce qu'ils <:mt la vie
pement ni même de durée. Il est vrai que TOlnoouc- plus facile; et ils sont assez différents d'eux. Au· bor-d
t ouest en même temps et essentiellement la suecur- dlil fleuve pullule une partie de l'année la mouche
sale de Djenné, la grande métropole commerciale tsétsé, hôte de microbes, ,qui déterminent dans le
du Niger, beaucoup plus en amont sur le fleuve, en cheptel camelin des épizooties terribles. Ici les Toua-
plein Soudan. regs om dû renoncer il l'usage, au moins exclusif,
Tout l'avenir de {lette région est naturellement du chameau; ils ont des chevaux. Mais ce sont bien
dans le fI'lUve lui-même, un très grand fleuve cou- des Touaregs; ilBen ont le costume traditionnel, la
lant en plcin désert, auquel il apporte régulièrement langne et le sentiment national. Us sont en contact
une énorme crue rumuelle, débordant au loin. C'est proche avoo l'ennemi héréditai.re, les Arabes de
un Nil auquel il ne manque que l' améI1ag~ment pour 'Mamétanie, dontunetrihu, plusmaraboutique, il est
fertiliser une Égypte. Nulle part ailleurs, dans tout vrai, que militaire, les Kountas, pousse au nord du
le Sahara, on ne pourrait indiquer un point qui ait Niger jusqu'·"ux premières pentes de l'Adrar d,,"
de pareilles possibilités financières. En ce sens Tom- Iforass. Mais ce sont bien les Touaregs seuls qui
bouctou semble destiné .à devenir dans la .réalité ce tien_nt le Niger, sur ses deux rives, et qui d'ail-
qu'il a été dans le mirage de l'éloignement : la leurs, "n vrai nomades, le mailltiennent en friche.
grande métropole saharienne. Sur ces i1aisses du Niger, 0"- des millions d'homm~s
Le Niger a été au moyen-âge le siège de grands pourraient 'l'ivre, on voit quelques trou.peaux de
empires nègI:es.. L'un d'eux, celui de Gao, avait son bœufs, sous la garde de bergers Sonraï qui vivellt
centra précisément au coude du fleuve. Les mnes dans une terreur comique et abjecte delenr.s maltl'es.
de Gao sont à l'extrémité orientale du coude, au A l'administration françaiÎse, <JUÏ voulait leur .distri-
conflu.ent nec .la gr,ande vallée presque sèche du buer des fusils, 100 nègres Sonra, répondaient, en
216 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 217
montrant leurs jambes agiles : « Voilà nos fusils en intéressante au point de vue humaiu est justement la
cas de danger)). plus iuconnue.
,
, ,:
A la lisière sud du grand Atlas marocain, nous
k MAURÉTANIE. - ,L'extrême Sahara Occidental à entrevoyons à peine les grandes oasis. Celle du Tafi-
l'ouest du Niger et de la Saoura est un immense pays, lalelt est certainement un petit monde; sa capitale
, sur lequel il y a peu à dire. Une partie considérable ancienne, Sidgilmessa, a joué un grand rôle dans le
de la côte est domaine espagnol, encore inexploré.
, moyen-âge berbère; mais nous n'avons guère sur le
.l
L'intérieur est domaine marocain, et non plus algé- '1\ Tafilalelt que des renseignements d'explorateurs qui
~/

rien, et l'occupation française au Maroc n'a pas ont passé rapidement, souvent en se cachant (Rohlfs,
encore franchi l'Atlas. Dans le sud, les Méharistes de de Foucauld, Harris). Pour de Foucauld, sans qui la
l'Afrique Occidentale française, sur une étendue plus graude partie du Sahara au pied de l'Atlas
assez limitée, ont fonrni un gros effort, mais dont marocain serait encore en blanc sur les cartes, les
les résultats encore lacunaires n'ont pas été exposés oasis du Draa sont les plus belles de tout le Sahara
systématiquement. A l'ouest de la Saoura, les Méha- algérien. Mais nous u'eu savons pas beaucoup plus:
ristes de la Saoura ·voient leur action entravée par Nous savons pourtant que dans ces oasis de l'Atlas
une circonstance particulière. Avant l'occupation marocain, au Draa en particulier, les haratin tien-
française, des nomades berabers du Tafilalelt étaient nent uue grande place. Ce sout des négroïdes, à ce
les maîtres des palmeraies; ils ne les ont abandon- qu'il semble de dialecte berbère, mais qui semblent
nées qu'après des combals acharnés, et ils conti- anciennement enracinés. Y a~t-iI là comme au
m;tent à faire peser sur toutes les routes à l'ouest de Tibesti une population autochtone, dernier reste du
la Saoura une menace gêuante. Grâce aux explo- Sahara nègre, les Mélano-Gétules de l'antiquité?
i
rations déjà anciennes de Lenz el de Foucau,lt, grâce Une question ouverte.
aux randonnées des méharistes, on distingue nn peu C'est surtouUa côte Atlantique où des problèmes
l'armature générale: le massif des Eglab, bombe- importants attendent leur solution. Il en est un de
ment accentué de la pénéplaine, avec sa ceinture de géographie physique et d'importance planétaire, la
grands ergs allongés. Dans le sud, sur les confins question de l'Atlantide. Le texte de Platon est bien
soudanais, on a des renseignements sur l'Adrar . vague; mais les géologues et les zoologistes admet-
maurétanien, un plateau de grès rouge, dévonien ou tent qu'il y a eu effondrement récent du continent au
silurien, comparable aux plateaux touaregs du Tas- fond de l'océan. Là-dessus l'étude détaillée de la côte
sili,.du Mouidir ou de l'Ahnet. Mais la partie la plus apportera peut-être des précisions intéressantes.
218 LE SAHARA LE SAHARA TOUAREG 219 ~-~
D'autres ,questions en suspens ont' un intérêt Almoravides, nous trouvons aujourd'hui les Maures
humain. Le long de la côte saharienne sur l'Atlan- et nous lui donnons le nom de Maurétauie. Les tri- !
tiqne, il semble que l'invasion berbère ait atteint le bus maures ne sont pas seulement arabes de langue,
Soudan plus vite qu'ailleurs. Ptolémée y signale elles sont littérairement beaucoup plus oultivées que
déjà, au moins dans le nord, les Sanhadjas ou Zena- les autres' triliusarabes , et leur piété musuhnane
gas, la grande triliu bien connue quia certainement est bi'aucoup plus stricte ; ces deux phénomènes
donné son nom au Sénégal. Ces Sanhadjas ne sont étant d'ailleurs dans l'Islam étroitement liés. Cela
rien d'"mtre ,que les Almoravides, qui ont·fundé un n'empêche pas, d'ailleurs, que des tribus arabes de
,grand empire, conquis le Maroc et l'lEspagne. Il n'y la oôte atlantique, les OUI;ld Delim, par exemple, ou
a pas d'exemple, semble-t-il, d'uneautNl tribu les Reguibat, sont au nombre des pillards les plus
exclusiveme:at saharienne, qui tienne une pareille redoutés. On n'en sait guère plus long sur leur
place dans l'histoire du Maghreb. Et on ne voit pas compte. Il n'y a pas dans tout le Sahara, .même au
~>
bien les condilionsgéographiques qui ont rendu pos- désert libyque, de coin plus inconnu que le Rio de
sible un pareil résultat. Un peu p~u.s tard, Wl"l le Oro.
xv' BÎècle, on ne sait pas davantage ce qu'étaient ces
marabouts .de la Séguiel-ei-Hamra (Rio de Oro) qui,
ap"ès l'effondrement de la puissance musulmane en BIBLIOGRAPHIE
Espagne, ont joné un si grand rôle dans tout le
Maghreb, comme missionn"';res de la foi musul- Outre quelques ouvrages déjà cités:
GAUTIER (E.-F.). Laconquêle du Sahara. Paris, CoHn. 19 1 9'
mane etpr0l'agateurs de la langue arabe. Ii est cer-
ROLLAND (G,). Ràpport géologique dans: Documents de la
tain que lBS Sanhadjas étaient des nomades porteurs
mission. Choisy, 1_89°'
du voile, proches parents des Touaregs acw.els. Il PERVlNQUIÈnEs (L,), Ghadamès. Paris, '912,
est certain ,aussi qu'ils ont disparu presque oomplè- BRUNHES. L'irrigation (Thèse de doctorat).
teumnt, eux et leur langue, de la region qui fut leur MARTIN (A,-G.-P.). Les oasis sahariennes. Challamel, '9 08 .

pays d'origine. Ce fait, du moins, n'est pas pour nous CORTIER (M.). D'une rive à l'autre du Sahara. Paris, 19 08 .

,surprendre; il est général dans tout 1", Mll!ghreb, . -'Mission Cortier. Paris. 1914 (sur l'Adrar des Iforass) .
Les Tordtoires du Sud de l'A !.gérie (Publication officielle).
. un.e tribu berbère qni fonde un empire meurt regu-
. Alger, '922.
lièrement de 'Son triomph" ; eUe disparaît et s'ara- DE FOUCAULD. Reconnaissance au Maroc. Paris, 1884.
bise. Ainsi ont fait en Algérie les Ketamas, fonda- 'it(;'~~FS (G.}. Mein erster Aufenthalt in Marocco. Eremen, 187 1 •
teurs de l'empire Fatimide. Au pays d'origime des t;;'(O~r;;-D~T~mbouctou au Maroc. Paris. 1884':::L ~~~j
220 LE SAHARA
GRUVEL (A.) et CHUDEAU (R.). A travers la Maurétanie occiden-
. tale. Paris, 1909, .
Articles sur la Maurétanie dans : Renseignements coloniauœ.
publiés par le COl\nTÉ DE L'AFRIQUE Fl\ANÇAlSE 1912.
p. 20: 1915, pp. 73, lIB et 136.
Croquis de l'Afrique da Nord, à 1 : 5.000. 000 ; Service géo-
graphique de l'armée, 1922. CONCLUSION
MEUNIER. Carte du Sahara Central, publiée par le Service géoC
graphique du ministèr.e des colonies, ]917.
Cartes de la mission da Transafricain, en cours de publica-
Malgré les lacunes, l'ensemble du Sahara apparaît
tion par les soins de la Société de Géographie de Paris . .
Capitaine Rro:SSOT. Considérations SUI' la structure da Sahara nettement; le tableau qu'on peut en tracer est cohé-
(la Géographie, 1926. T. J, p. 26). rent. Ce résultat est dû au fait que l'Afrique du Nord
RENNEL RODD : The people of the Veil. est devenue domaine européen depuis un demi-
siècle. Ce fait énorme aura des conséquences loin-
taines.
Il en a déjà de très sensibles au point de vue éco-
nomique. Le sel du Sahara, celui de Taoudéni par
exemple, n'a plus au Soudan qu'un marché restreint.
Il·est concurrencé par le sel européen, importé par
mer; Les étoffes européennes font disparaitre un à
un les métiers indigènes. Depnis qu'on élève l'au-
truche en Afrique australe, le commerce par cara-
vanes des plumes soudanaises a perdu toute impor-
tance. Mais surtout la disparition de l'esclavage et
la suppression de la traite ont porté un coup mortel
au commerce transsaharien: l'esclave noir à des-
tination du Maghreb et de l'Égypte a été pendant des
millénaires la base essentielle de ce commerce. Celles
des oasis sahariennes qui étaient surtout. des centres
commerciaux, dans l'Aïr par exemple, ou au Fezzan,
sont en pleine décadence. Les nomades sont atteinLs
222 LE SAHARA CONCLUSION

-,
par répercussion: seigneurs suzerains des grandes
routes, ils prélevaient des péages réguliers, qui se
remarquable qu'auclil1le région artésienne nouvellé-;;'
n'ait enCore été découverte. Sous ce" Îlmmenses pl&-·
trouvent extrêmement réduits; leur tendance natu- teaux ondulés de rocbe dure, calcme ou grès, les
relle à piller s'en accroit; l'indigence et l'insécurité, conditions des· champs artésiens semblent réalisée"
comme d'habitude, se multiplient l'une l'autre, et théoriquement en bien des points, qu'une étnde
font un cercle vicieux. scientifique décèlerait avec p~éeision. Et la dureté
L'occupation militaire européenne, lorsqu'elle se des roches, qui a arrêté la pioche indigène,. ne
l~
produit, apporte une compensation; la garnison li.' serait pas un ohstacle pour nos machines. Dansu:a
touche une solde et serait fort embarrassée pour la vieux pays comme le Sahara, les conditions de la .
dépenser ailleurs que sur place. Les oasis du Sahara vie minière ne sont plus les même& assurément que
français vivent de leur garnison, et ce petit fait dans les nouveaux mOJ:fdes de l'Australie, de la
d'ordre économique contribue puissannneut à la Californie, de l'Ala&ka. Et, par ex:emple, l'or qui pou-
~.f" .-
tranquillité politique du pays. D'autre part, l'indus- vait exister en surface a été depuis longtemps
',;:;:~
trie européenne commence à intervenir sur certains recueilli, gratté, drainé au profit des vieilles civilisa-
points et sème des germes nouveaux de prospérité. tions méditerranéennes. Pourtant sur ces étendues
Depuis queles Français ont percé le canal de Suez', et immenses., une moitié de continent, On a peine à
que les Anglais ont organisé la culture du coton croire qu'il ne reste aucune perspective de dévelop-
,~::

dans la vallée du Nil, l'Egypte regorge d'or. pe~ent minier intéressant. Sur les confins du Sou-
Dans les. oasis français du Bas-Igharghar, le dan, en particUlier dans la boucle du Niger, il suf-
machinisme a multiplié les puits artésiens, et donné fira manifestement de le vouloir pour transformer
à la culture de la datte un élan nouveau, encore de grandes étendues vides en provinces agricoles
accru par la hausse générale des produits alimen- florissantes.
taires depuis la guerre. A Kenatsa, sur la frontière li faut naturellement se garder de toute ex:agéra-
du Maroc et de l'Algérie, à la lisière du Sahara, un f tion. Le plus beau désert de la planète ne se prêtera
f,:
minuscule gisement de houille est en exploitation \. pas dans son ensemble à une mise en valeur sé-
depuis quelques années. Dans un pays où la popu- rieuse, aussi longtemp& que l'homme n'aura pas
lation est si clairsemée, et si près de l'indigence, il trouvé le secret de la pluie. li est vrai qu'on peut
ne faut pas un grand effort financier pour rétablir attendre de la science des miracles moins invrai-
l'équilibre entre la production et la consommation. semblables. On en viendra sans doute à tirer quel-
Le mouvement commencé continuera. TI est que chos" de l'énergie solaire, de la violence du
224 LE SAHARA
vent, .ces grandes forces sahariennes actuellement t :~
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inutilisées. Malgré tout, le Sahara restera le Sahara.
~
Tel qu'il est, il a toujours été pourtant, à travers [ ~

les fissures de la cloison étanche, le lieu de passage ,


i
d'un transit intéressant. Et sur cet article, d'ores et 1.
,1
déjà, nous disposons de moyens autrement puis-
sants que la caravane et le chameau. La guerre·

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-d
mondiale, qui a comporté au Sahara un épisode
Senoussiste, y a déclanché des expériences intéres-
"• ~
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santes, dont certains résultats restent acquis. Le
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plus sérieux concerne le transit télégraphique. Le •• 'ma
problème. a été résolu défiuitivement par la télégra- •
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phie sans fil. Des postes ont été installés dans tout ~ E
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le Sahara français, et ils ont rendu immédiatement
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des services tels qu'ils sont devenus d'un coup des 1 "
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rouages essentielR de l'armature. Ce point acquis est 1 .....; ~
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de grande conséquence: il faut songer que,· pour la
première fois, le besoin se fait sentir impérieuse-
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ment au Sahara d'avoir sous la main une source
d'énergie industrielle. Cela peut avoir des répercus-
sions sur l'utilisation du vent désertique par·
exemple.
Les avions et les automobiles ont été mis à l'essai
au Sahara avec cette prodigalité financière qui a
caractérisé la guerre mondiale. En ce. qui concerne
les automobiles, à tout le moins, les résultatsobte-
nus ne sont pas négligeables. On a constaté prati-
quement qu'ils n'é.taient pas liés â la route et qu'ils
passaient partout. Les sols désertiques offrent au·
roulage des facilités étonnantes, la ha=ada, par

l
CONCLUSION 225
exemple, et le reg. Les chars de guerre des Pha-
raons en avaient déjà fait l'expérience, comme d'ail-
leurs de nos jours au Kalahari les grands chars des
Boers traînés par des bœufs. n reste pourtant une
difficulté à surmonter. Quand il s'agit de franchir
des milliers de kilomètres, les autos du type exis-
tant n'arrivaient pasà constituer elles-mêmes leur
approvisionnement d'essence. Cette tâche incombait
aux caravanes de chameaux, pour qui elle était écra-
sante. Le problème étant évidemment de substituer
les autos aux chameaux, ce problème se trouvait
déplacé, mais non pas résolu. On n'oserait pas affir-
mer qu'il le soit tout à fait. Pourtant d'énormes pro-
grès ont été faits. AUXi raids sensationnels succède
déjà l'organisation de services réguliers.
Grâce aux automobiles et aux avions pourra-t-on
se passer de chemins de fer? Nos habitudes d'esprit
nous entraînent àconcevoir le chemin de fer comme
la base de tout trafic. Sauf en Égypte, les chemins
de fer transsahariens sont restés à l'état de projets;
1Jlais ces projets ont pullulé ; l'idée se précise et
prend corps; surtout dans le Sahara français. En
Algérie, les départements de Constantine et d'Oran
se disputent la tête de ligue. Le chemin de fer pas-
sera-t-il par le groupe oriental des oasis, l'Oued R'ir
et Ouargla; ou par le groupe occidental, suivant la
Clic/Il du sen'Iee pllOt"gmpllique ail Gouvernement Gêlliral « rue de palmiers» ? Dans les deux cas, un terminus
PL, XXIV, _ MÉHARISTES DES COMPAGNIES SAHARIENNES EN UNIFORME,
Ce sont des Chaambas (tribu arabe)
inévitable est la boucle du Niger. Mais le Tchad ne
peut pas: restèr éternellement isolé au cœur mathé-
matiquedu continent. Un projet de chemin de fer
LE SAITARA. " ,5
226 LE SAHARA
;;;' CONCLUSION 227
transafricain par le Hoggar et le Tchad allait rejoin- d'affaires entre les colons et les indigènes il faudra
dre le futur chemin de fer anglais du Cap au Caire. faire quelque chose, associer Jes deux éléments dans
Ce projet est même le seul qui ait reçu un commen- une grande tâche commune; elle s'offre au Sa hara
cement très modeste d'exécution ; une missipn .et nulle part ailleurs.
d'études a été envoyée, qùi a fait faire à la carto- Les meilleures chances d'avenir du Sahara sont
graphie du Sahara des progrès intéressants. Les dans sa situation planétaire. Il s'interpose entre deux
Soudanais, avec le colonel Tilho, projettent un che- grandes régions violemment contrastées qui ont
min de fer qui desservirait le Soudan sur toute la besoin l'une de l'autre et qui s'attirent violemment.
longueur, et sur lequel des transsahariens vien- D'une part, les agglomérations humaines civilisée s
draient se brancher. Car il y aura plusieurs transsa- de l'Europe occidentale, et, d'autre part, les tro-
hariens: le plus court et le plus aisé 11 imagi"er piques africains aux richesses agricoles inexploitées..
serait le chemin de fer italien, qui unirait le golfe L'Europe d'après guerre sent plus vivement le be-
des Syrtes au lac Tchad, en utilisant la plus vieille soin d'échanger ses produits manufacturés contre
voie commerciale du Sahara, celle du Fezzan. des produits alimentaires. Certainement aussi il·
Ces projets ne sont pas des rêves. Des forces puis- faut faire la part des besoins imaginatifs de paysages
santes semblent devoir entraîner le Sahara dans des nouveaux à notre époque de grand tourisme. L'Eu-
voies nouvelles. Le chi:flre total de la population rope, si on peut dire, a faim de ses tropiques. Elle
saharienne ne peut pas être fixé ; mais à coup sÛT il en a été séparée depuis toujours par l'obstacle du
est insignifiant ; cette moitié du continent est pra- Sahara, dont le rétrécissement de la planète à notre
tiquement vide. C'est une difficulté, mais c'est au""i époque souligne l'absurdité. Cet obstacle devra sau-
un gros avantage. L'Europe ne trouve pas ici de ter; il Y a là une nécessité profonde. On sent déjà
population indigène dense et enracinée avec qui il que le braule est donné. Le Sahara commence un
soit nécessaire de compter. Et, par contre, l'Euro-. nouveau chapitre de son histoire.
péen trouve un climat, dont il est établi pratique-
ment que la race blanche méditerranéenne s'accom-
mode parfaitement.
En ce qui concerne la partie occidentale, les suc-
cès de la politique et de la colonisation française au
Maghreb semblent l'entraîner inévitablement au
Sahara. Pour établir un lien à la fois sentimental et
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Cf'
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r:;. TABLE DES FIGURES
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1. SCHÉMA DU SAHARA OCCIDENTAL............... •••••••• !il,


:1. SCHÉMA DU SAHARA ORIEl'lTAL........... •••••• •.••••••• 2f)
3. CLARIAS LAZElU. (OAT FIsa)••.• " • . • • •• . . • . •• . •. .. • • . • • . 63
4. - CAPTURE DO LOGONE PAR 'LE BASSIN DU NIGER. • •...• " . . 77
5. - L'OUED SAOURA ET SON ERG............................ 85
6. - COURS TERMINAL DE LA SAOURA ••• ' . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
7· - CAPTURE PAR ENSABLEMENT DE L'OUBD ZOUSFANA PAR L'OUED
~'-;
GUIR .••.. _•.•.•••••.••••••.•••••• , ._••. ," ••••.•..•••• ,. 93
8. - L'OUED IGHARGHAR ET SON ERG. . . • • • . • •• • • •• •.•.•••••• 99
9. - ESQUISSE DU CRATÈRE DE L'EMI-KoU881 ••• ,.. • •••• , . . . . . . 16\)
10. - LE HOGGAR............... •••••• ••••••.••••••••••••• 18 9

TABLE DES PLANCHES

PL. 1. - L'ANTlLOPE ADAX DU . SAHARA ALGÉRIEN............... 16


PL. Il. - LE (f REG >1, EN UN POINT DU REG IMMENSB ENTRE DUAL-
LEN ET TESSALIT.. • • • • • . • • • • • • • • . • • •• ••••••••••••.•••• 17
PL. III. - LE PIC IL~MAN, SOMMET DU HOGGAR................ 32
PL. IV. ,....- LE TRrDENT DE LA KOUDIA (HOGGAR)................ 33
PL. V. - Au DÉSERT LIBYQUE; RÉGION DE KUARGA (ou KHARGEU). 48
PL. VI. - LES PREMIERS CHICOTS DE L'ADRAR DES IFOR'ASS sua-
GISSAN'l' BRUSQUEMENT DU REG, QUAND ON VIE~T DU NORD •••
• PL. VII. - AUTOUR DE LA GARA KRIlU (SUD D'OUARGLA). LBS
/'9

VAGUES DES PETITES DUNES.. •.•.•••••.••••••••••••••••• 64


PL. VIII. - DUNES SURVOLÉES, RÉGION D'EL OUED......... • ••• 65
PL. IX. - LE NIGER AUX HAUTES EAUX. R.ltGION DE TOMBOUCTOU. 80
PL. X. - L'OUED SAOURA A KSRZAZ, ENTRE LE GRAND ERG ET LES
ROCHERS NOS DE LA CHAINE D'OUGARTA................... 81
230 T AB LED E SIL LUS T RAT ION S
PL. Xl. - LE PLATEAU DES DAYAS, AU SUD DE LAGHOUAT....... 96
PL. XlI. - LES BOI~ AJOURÉS DES VILLES SAmms (DJEDDA, YAMBO). 97
PL. XIII. - CHAMEAUX EXPOIl.TÉS D'ALGÉRIE EN ÉG"YPrn PENDANT
LA GUERRE............ •••.••• •.•••.•• •.••••••.•.••• 128
PL. XIV. - COLONNADE DU TEMPLE D'BIBrs (VUE EN CO:NTREBAS).
OASIS DE KHARGA (OU KHARGEH)... ••••.••••.•••.••••••• 129
PL. XV. - UN CANYON DU MOUYDIR (GORGES DE TAKOUl'>ŒARET)
DANS LES GRÉs SILURIENS (OU PEUT-ÊTRE CAMBRIENS) •••• " • 144 TABLE DES MATIÈRES
PL. XVI. - BETYLES PHÉNICIENS (P) DETABELBALET (ENTRE R'AnAMÈS
ET IN SALAII) •.•••••• ,_............. ••.••••..•••..•.••• 145
PL. XVII. - OASIS DU SOUF (RÉGION D'EL OUED)............... 176
PL. XVIII. - Au REGGAN (BAS TOUAT). PuITS D'AÉRATION DES
FOGGARAS •••••• .- •••.••••• ~ ••••••••••••••••••••••••-... Iï'J LIVRE PREMIER
PL. XIX. - OASIS DE TOLGA, PRÈS BISKRA; UN PUITS ARTÉSIEN. Ig2
PL. XX. - UNE -KHOTTARA (CHADOUF ÉG'YPTIEN) DANS L~OASIS DE CHAPITRE UNIQUE. - GENERALITEs SUR LE SAHARA,
TIMMOUDI, BAS DE L'omm SAOURA....................... 193 SA STRUCTURE, SON CLIMAT, SES LIMITES ..... : .... 9
PL. XXI. - OASIS D'IN-SALAH ••••••••••••• ;.................... 208 Causés générales. p. I I . - Géologie, p. 14. - Orogra-
PL. XXII. - TEMAClN DANS L'OUED R~IR. TYPE DE KSAR SABA1UEN. .209 phie, p. 16. -'- Le climat, p. 18. - La vie des plantes
PL. XXIII. - TOUAREGS, HŒtlME ET FEMME ••••••••••••••••••• ~ 22k et des animaux, p. !lS.
PL. XXIV. - MÉHARISTES DES COMPAGNIES SAHARIElIlli!ES EN .UNI~
FORME................................................ 225
LIVRE II
LA VIE PHYSIQUE
ACTUELLE ET PASSÉE AU SAHARA

CHAPITRE PREMIER. - LOIS FONDAMENTALES DU


MODELE DESERTIQUE............................ ..
Les bassins fermés, p. 39' - Les lois de l'érosion flu-
46.
viale au désert, p. 4:1. -- Érosion éolienne, p.
CHAPiTRE Il. - LE PAssE............................ 59
Ancienneté du Sahara, p. 59. - Les oueds fossiles du
Sahara, p. 61. - Le désert libyque, p. 67.
CHAPITRE III. - LES RIVIÈRES. LA CIRCULATION
SUPERFICIELLE DES EAUX......................... 71
Le Niger, p. 7:A. - Le Chari et le Tchad. p. 74. ~ Le
Nil, p. 78. - L'oued Saoura, p. 83. - L'oued Ighar-
ghar, p. 94. - Le dessèchement du Sahara, p. roo. -
Cycles d'érosion désertique, p. ro3.
CHAPITRE IV. - OASIS ET TANEZROUFTS........... .. II5
·Les Tanezroufts, P.-1I7.
232 TABLE DES MATIÈRES
PAVOT, 106, boulevard Saint-Germain, PARIS
LIVRE III
L'HISTOIRE DU Si\HARi\ L'ARCHITECTURE
CHAPITRE UNIQUE. - L'INTRODUCTION DU CHAMEAU
ET SES CONSÉQUENCES .......................... .. 129'
AUX ÉTATS-UNIS
Nomades blancs et agriculteurs nègres, p. 13!~. Par JACQUES GRÉBER, Architecte S. A. D. G.
.. Préface de VICTOR CAMBON
LIVRE iv Ingénieur E. C. P.
·1.···.··
LES RÉGIONS DU SAHARA Ouvrage en .2 _mag~iflques volumes, grand in_4°, comprenant
479 illustrations, dont 140 hors texte. 22 en héliogravure. 4 en
{', couleurs et plus de 100 plans' cotés.
CHAPITRE PREMIER. - L'ÉGyPTE .................. . J 115·.
Les côtes, p. 145. - La voie du Nil, p. 148. - Organi-
~: Prix. • . 200 fr.
sation du désert égyptien, p. 150. - Insignifiance des .+
;:- -
nomades, p. 152. - Les oasis égyptiennes. p.' 158. _
L'isthme de Siouah, p. 162. J.-G. PROD'HOMME

CllAPITRE II. - LE SAHARA l'IBBOU ................. . ,67


.Le Tibesti, p. 168. - Le Borkou, p. 173. - Koufra,
p. '7 5.
CHAPITRE III. - LE FEZZAN ........................ ..
LA· JEUNESSE DE BEETHOVEN
'71} (1770-1800)
Fezzan, proprement dit, p. 182. - Le Kaouar et Bilma.
p. ,86. Un volume in-4 sur papier pur fil Lafuma, avec 3 planches en
héliogravure. . 120 fr.
CHAPITRE IV. - LE SAHARA TOUAREG ............... . ,:'
r87
Le Sahara algérien, p. 191. - R'adamès et R'at, p. Igl.
- Oasis algériennes, p. 193. - Les nomades, p. ':105. H. G. WELLS
- Chaamba et Touaregs, p. ',108. - La lisière souda-
naise, p. :a 12. - La Maurét~nie. p. !n6.

CONCLUSION .................................... . 2"


ESQUISSE
"11, DE
'·1·.:
.i ,

.~ ."

L'HISTOIRE UNIVERSELLE
TRA.DUCTION FRANÇAISE DE M. ÉDOUARD GUYOT
PROFESSEUR A. LA. SORBONNE

Un volume in-4, avec Ù2 cartes et gravures, broché. .60 fr;


relié 72 fr.
Abbeville. - ImprimerIe F. PAILLART ..

,~'

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