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Focus 1 

Les conséquences pénales du racisme dans le sport

1. Comment définir le racisme ?


Le racisme est la croyance en l’existence des races humaines et d’une hiérarchie
entre elles. Il s’est d’abord fondé sur des théories pseudo-scientifiques. Depuis
la chute du nazisme, le racisme culturel, fondé sur les différences dans les
comportements, s’est substitué au racisme biologique.

Pour en savoir plus 

Ces éléments de définition sont en partie tirés du livret pédagogique « Différents mais
tous pareils dans le sport », édité par le Pôle Ressources National Sport, Éducation,
Mixités, Citoyenneté ».

Consultez le livret sur le lien suivant :


http://www.semc.sports.gouv.fr/newsletter/pub/guides/guide5.pdf
Ce livret pédagogique, édité en 2012, est également disponible sur demande auprès du
Pôle. Il est avant tout destiné à des formations et comporte, outre un livret pédagogique,
un DVD de sensibilisation (clips et témoignages de personnalités sportives).

Ce comportement fait l’objet de sanctions pénales lorsqu’il est notamment


caractérisé par une injure, une diffamation ou une discrimination. En outre, certains
crimes et délits de droit commun font l’objet de sanctions pénales aggravées
lorsqu’ils ont un caractère raciste.

2. Quelles conséquences pénales ?

A. Cadrage
Le présent focus traite uniquement des conséquences pénales de comportements
Les 5 focus du guide juridique

racistes.

Au plan pénal, un comportement raciste peut se caractériser de trois manières :


●● Par une discrimination. Constitue une discrimination raciale toute distinction
opérée entre les personnes physiques ou morales à raison de l’appartenance,
ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race
ou une religion déterminée. Si la législation tolère, notamment dans le champ
sportif, certaines différences de traitement, celles-ci ne peuvent en aucun cas

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reposer sur des motifs racistes. Néanmoins, la loi pénale ne sanctionne ce type
de discriminations que dans les domaines qu’elle a limitativement énumérés à
l’article 225-2 du code pénal. Il faut que le comportement raciste constitue le
motif de non-accès à la pratique sportive ou de non-accès à un emploi sportif.

Pour en savoir plus 

Vous référer aux fiches 1 (p. 11) et 4 (p. 65) du Guide juridique relatives aux éléments
de définition et aux conséquences des discriminations au sens de l’article 225-1 du
code pénal.

●● Par une action constitutive d’une infraction, dont le mobile raciste constitue
une circonstance aggravante (violence physique notamment) ;

●● Par une expression publique.

Pour les deux dernières hypothèses 

Vous référer aux éléments ci-après en B ainsi qu’aux fiches 2 (p. 27) et 5 (p. 71) du
Guide juridique pour les éléments généraux de définition sur les violences et leurs
conséquences juridiques.

Prise de recul

Le droit français appréhende sous trois angles différents les comportements racistes.
Un même terme peut donc recouvrir trois traitements juridiques différents. Il en est de
même pour l’homophobie et les comportements à caractère sexiste.

B. Applications
Le mobile raciste est une circonstance aggravante de nombreuses infractions.
L’article 132-76 du code pénal dispose qu’une circonstance aggravante est
caractérisée dès lors que l’infraction est commise « à raison de l’appartenance ou de
la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une
race ou une religion déterminée ».
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La circonstance est constituée, dit l’article, lorsque l’infraction est précédée,


accompagnée ou suivie de propos, écrits, utilisation d’images ou d’objets ou actes
de toute nature portant atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime ou
d’un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance
ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, nation, race ou religion
déterminée.

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1. La nature du comportement à caractère raciste : violence physique
ou expression publique ?

a. lorsqu’il s’agit d’une violence physique :


Cette circonstance aggravante permettra d’aggraver les peines encourues
pour meurtre (article  221-4, 7°, du code pénal), tortures et actes de barbarie
(article. 222-3, 5° ter, du code pénal), violences (article 222-8, 5° ter ; article 222-
10, 5° ter ; article 222-12, 5o ter ; article 222-13, 5° ter, du code pénal). Cette
optique a été renforcée par le législateur dans la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004
portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité. En effet, cette loi
a, entre autres, étendu cette circonstance aggravante aux infractions de menaces
(article  222-18-1 du code pénal), de vol (article  311-4, 9° du code pénal) et
d’extorsion (article 312-2, 3° du code pénal).

Prenons par exemple, l’article 222-11 du code pénal qui dispose que : « Les violences
ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours sont punies
de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ». Ce n’est qu’au
cas où cette infraction a été commise avec un mobile raciste, que s’appliquera un
régime de peine aggravée. Dans notre exemple, l’article 222-12 du code pénal sera
appliqué. Il dispose que : « L’infraction définie à l’article 222-11 est punie de cinq
ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende lorsqu’elle est commise : (…)
5° bis- À raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de
la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée(…) ».

Plus généralement, le régime juridique de la violence physique diffère selon que


celle-ci constitue une atteinte volontaire ou involontaire à l’intégrité de la personne.

b. lorsqu’il s’agit d’une expression publique :


Deux cas de figure se présentent. Chacun d’eux comporte un régime de sanctions
pénales spécifiques.

1. Ceci suppose en premier lieu de savoir si l’infraction a été commise dans


l’espace public ?

Cette caractérisation des délits relève de la loi sur la presse (loi du 29 juillet 1881).
Une infraction est considérée comme « publique » si des personnes (peu importe leur
nombre) ont pu entendre ou lire des propos racistes et qu’elles n’appartiennent pas
à une « même communauté d’intérêt » (par exemple, le cercle familial, l’entreprise,
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un parti politique, etc.). Si tel est le cas, cela détermine la qualification de l’infraction
et donc le délai de prescription. Sont considérés comme publics les écrits
distribués ou les propos prononcés dans les lieux ou réunions publics (enceintes ou
manifestations sportives notamment).

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2. Quels sont les cas de figure possibles ?

1er cas de figure possible (ce cas renvoie à la distinction entre injure et diffamation)

Il faut partir de la distinction entre une injure et une diffamation développées dans
les fiches 2 (sur les éléments de définition) et 5 (sur les conséquences juridiques)
du guide juridique.
Ce régime d’aggravation de la sanction pénale existe depuis :
●● la loi n°72-546 du 1er juillet 1972 dite Loi Pleven.
Conséquences en l’état du droit actuel : application du régime issu de la loi du
29 juillet 1881
●● Une injure publique à caractère raciste : application de l’article 33 de la loi du
29 juillet 1881 ;
●● Une diffamation publique à caractère raciste : application de l’article 32 de la loi
du 29 juillet 1881.

2e cas de figure possible (ce cas renvoie à la provocation publique à la


discrimination, à la haine ou à la violence)

Il existe également l’hypothèse de la provocation publique à la discrimination, à la


haine ou à la violence, laquelle peut recouvrir des motifs racistes. L’article 24 de la loi
du 29 juillet 1881 dispose que « Seront punis des peines d’[un an d’emprisonnement
et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement] ceux qui,
par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une
personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation
sexuelle ou de leur handicap ou auront provoqué, à l’égard des mêmes personnes, aux
discriminations prévues par les articles 225-2 et 432-7 du code pénal. »

La jurisprudence définit la provocation non directe comme celle qui tend « à susciter
non pas l’entreprise criminelle mais un mouvement d’opinion de nature à créer à son
tour un état d’esprit susceptible de permettre la naissance de l’entreprise criminelle »
(Cass. crim., 25 févr. 1954). Ainsi, il n’est pas besoin que le provocateur ait eu
à l’esprit la commission des délits visés par l’article 24, si ses propos créent un
état d’esprit qui porte aux délits de violence ou de discrimination entraînés par
l’ostracisme dont il souhaite que soient frappés les groupes victimes, et la haine est
constitutive de cet état d’esprit.

2. L’auteur du comportement  : un régime pénal spécifique si le


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comportement raciste émane d’un supporter

●● Lorsqu’un comportement raciste (ici, une violence physique ou une expression


publique) est commis par un supporter ou un groupement de supporter à
l’occasion d’une manifestation sportive, il faut se référer au code du sport qui
prévoit une sanction pénale aggravée.

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●● Pour les supporters appréhendés à titre individuel
-- Article L. 332-6 du code du sport (sur la provocation à la haine ou à la violence
dans une enceinte sportive lors de manifestations sportives) ;
-- Article L. 332-7 du code du sport (sur l’introduction, port, exhibition dans une
enceinte sportive d’insignes, signes ou symboles rappelant une idéologie
raciste ou xénophobe).

●● Pour les groupements de supporters


-- Article L. 332-18 du code du sport (sur la suspension ou dissolution d’un
groupement de supporter) du code du sport ;
-- Article L. 332-19 du code du sport (sur l’aggravation des peines encourues
en cas de participation au maintien ou à la reconstitution de groupements
dissous ou d’organisation de telles actions lorsque les infractions à
l’origine de la dissolution ou de la suspension ont été commises en raison
d’un comportement raciste. La peine prévue est de 5 ans de prison et de
75 000 euros d’amende).

Prise de recul

INFRACTIONS À CONNOTATION RACISTES


(SOURCE Ligue contre le racisme et l’antisémitisme- LICRA)
Peine maximale encourue
Type d’infraction Texte de référence applicable
(emprisonnement et amende)
article 33 alinéa 3
Injure raciale publique 6 mois et 22 500€
loi sur la presse de 1881
article 32 alinéa 2
Diffamation raciale publique 1 an et 45 000€
loi sur la presse de 1881
Provocation publique
article 24 alinéa 6
à la discrimination, à la haine 1 an et 45 000€
loi sur la presse de 1881
ou à la violence raciale
Provocation des spectateurs
à la haine ou à la violence lors article L.332-6 du code du sport 1 an et 15 000€
d’une manifestation sportive
Insignes, signes ou symboles
racistes ou xénophobes lors article L.332-7 du code du sport 1 an et 15 000€
de manifestations sportives
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