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VETAGRO SUP

CAMPUS VETERINAIRE DE LYON


Année 2019 - Thèse n° 015

ANTIBIOTHERAPIE RAISONNEE CHEZ LES CAPRINS

THESE
Présentée à l’UNIVERSITE CLAUDE-BERNARD - LYON I
(Médecine - Pharmacie)
et soutenue publiquement le 26 Juillet 2019
pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire

par

SALLES Elodie
Née le 11 Juillet 1994
à Tournon (07)
2
VETAGRO SUP
CAMPUS VETERINAIRE DE LYON
Année 2019 - Thèse n° 015

ANTIBIOTHERAPIE RAISONNEE CHEZ LES CAPRINS

THESE
Présentée à l’UNIVERSITE CLAUDE-BERNARD - LYON I
(Médecine - Pharmacie)
et soutenue publiquement le 26 Juillet 2019
pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire

par

SALLES Elodie
Née le 11 Juillet 1994
à Tournon (07)
2
Liste des Enseignants du Campus Vétérinaire de Lyon (01-01-2019)

Nom Prénom Département Grade


ABITBOL Marie DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
ALVES-DE-OLIVEIRA Laurent DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
ARCANGIOLI Marie-Anne DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
AYRAL Florence DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
BECKER Claire DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
BELLUCO Sara DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
BENAMOU-SMITH Agnès DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
BENOIT Etienne DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
BERNY Philippe DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
BONNET-GARIN Jeanne-Marie DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
BOULOCHER Caroline DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
BOURDOISEAU Gilles DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
BOURGOIN Gilles DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
BRUYERE Pierre DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
BUFF Samuel DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
BURONFOSSE Thierry DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
CACHON Thibaut DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
CADORÉ Jean-Luc DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
CALLAIT-CARDINAL Marie-Pierre DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
CAROZZO Claude DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
CHABANNE Luc DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
CHALVET-MONFRAY Karine DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
DE BOYER DES ROCHES Alice DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
DELIGNETTE-MULLER Marie-Laure DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
DEMONT Pierre DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
DJELOUADJI Zorée DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
ESCRIOU Catherine DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
FRIKHA Mohamed-Ridha DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
GALIA Wessam DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
GILOT-FROMONT Emmanuelle DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
GONTHIER Alain DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
GRANCHER Denis DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
GREZEL Delphine DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
HUGONNARD Marine DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
JANKOWIAK Bernard DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
JAUSSAUD Philippe DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
JOSSON-SCHRAMME Anne DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
JUNOT Stéphane DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
KODJO Angeli DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
KRAFFT Emilie DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
LAABERKI Maria-Halima DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
LAMBERT Véronique DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
LE GRAND Dominique DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
LEBLOND Agnès DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
LEDOUX Dorothée DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
LEFEBVRE Sébastien DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
LEFRANC-POHL Anne-Cécile DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
LEGROS Vincent DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
LEPAGE Olivier DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
LOUZIER Vanessa DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
MARCHAL Thierry DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
MOISSONNIER Pierre DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
MOUNIER Luc DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
PEPIN Michel DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
PIN Didier DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
PONCE Frédérique DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
PORTIER Karine DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
POUZOT-NEVORET Céline DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
PROUILLAC Caroline DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
REMY Denise DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
RENE MARTELLET Magalie DEPT-ELEVAGE-SPV Maître de conférences
ROGER Thierry DEPT-BASIC-SCIENCES Professeur
SABATIER Philippe DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
SAWAYA Serge DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
SCHRAMME Michael DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
SERGENTET Delphine DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur
THIEBAULT Jean-Jacques DEPT-BASIC-SCIENCES Maître de conférences
THOMAS-CANCIAN Aurélie DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
TORTEREAU Antonin DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
VIGUIER Eric DEPT-AC-LOISIR-SPORT Professeur
VIRIEUX-WATRELOT Dorothée DEPT-AC-LOISIR-SPORT Maître de conférences
ZENNER Lionel DEPT-ELEVAGE-SPV Professeur

3
4
Remerciements

A Monsieur le Professeur Gérard LINA de l’Université Claude Bernard-Lyon I,


Pour m’avoir fait l’honneur d’accepter la présidence de ce jury de thèse,
Hommages respectueux

A Madame le Docteur Caroline PROUILLAC de VetAgro Sup, Campus Vétérinaire de


Lyon,
Pour ses encouragements dans mon travail,
Pour m’avoir encadrée avec toute sa bienveillance,
Pour s’être montrée disponible,
Et pour la qualité de ses corrections,
Sincères remerciements

A Madame le Docteur Zorée DJELOUADJI de VetAgro Sup, Campus Vétérinaire,


Pour m’avoir fait l’honneur d’accepter de faire partie de ce jury,
Pour la relecture de mon travail,
Et pour ses gentils commentaires,
Sincères remerciements

5
6
Remerciements
A mes parents,
Pour votre soutien au quotidien même pendant les moments difficiles,
Pour avoir rendu mon rêve réalisable, merci.

A Caro,
Pour nos petits weekends,
Pour être la meilleure des grandes sœurs, merci.

A Bastien,
Pour ton humour,
Et puis aussi pour ma voiture, merci.

A So,
Pour ton implication dans mon projet,
Pour ton soutien depuis le début,
Pour les journées shopping, merci.

A Manon et Matt,
Pour votre humour, merci.

A Cathy et François,
Pour l’intérêt que vous portez à mon projet,
Pour votre accueil pendant la rédaction de ce travail,
Pour les moments de détente, merci.

A Marie,
Pour les petits moments de pause et les fous rire pendant la rédaction de cette thèse, merci.

A Jeanne et Chloé,
Pour être toujours là quand j’en ai besoin,
Pour les bons moments passés ensemble, merci.

A Emmanuelle et Olivier,
Pour m’avoir fait découvrir ce merveilleux métier, merci.

A Christelle et Nicolas,
Pour m’avoir transmis leur passion pour les chèvres, merci.

A Sandrine, Didier, Fabrice et toute l’équipe du cabinet du Haut Lignon


Pour tout ce que vous m’avez appris,
Pour cette merveilleuse année de tutorat, merci.

A mes éleveurs d’Ardèche et de Haute-Loire,


Pour leur bienveillance,
Pour m’avoir permis de me former, merci.

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TABLE DES MATIERES

TABLE DES ANNEXES ....................................................................................................... 15

TABLE DES FIGURES ......................................................................................................... 17

TABLE DES TABLEAUX .................................................................................................... 19

LISTE DES ABREVIATIONS ............................................................................................. 21

INTRODUCTION .................................................................................................................. 23

I. Contexte du recours aux antibiotiques chez les caprins....................................................................... 25


a. Prescription d’antibiotiques chez les caprins ...................................................................................... 25
i. Dominantes en pathologie caprine ................................................................................................... 25
ii. Respecter la nouvelle classification des antibiotiques par l’agence européenne du médicament
(EMA) .......................................................................................................................................................... 25
b. Disponibilité du médicament vétérinaire chez les caprins .................................................................. 26
i. Généralités.......................................................................................................................................... 26
ii. Espèce mineure et indication mineure ............................................................................................. 26
iii. Difficultés rencontrées par la filière caprine concernant les antibiotiques et les vaccins ............ 27
iv. État des lieux du recours à la cascade .............................................................................................. 29
c. Difficultés liées à la mise en place d’examens complémentaires ........................................................ 30
d. Les contraintes pour l’éleveur............................................................................................................... 31
i. Antibiothérapie de première intention ............................................................................................ 31
ii. Temps et logistique ............................................................................................................................ 31
iii. Délai d’attente .................................................................................................................................... 31

II. Principales maladies bactériennes chez les caprins et antibiothérapie ................................................ 33


a. Maladies bactériennes pour lesquelles l’arsenal thérapeutique est suffisant : le piétin ................... 33
i. Etiologie .............................................................................................................................................. 33
1. Une maladie multi-étiologique ....................................................................................................... 33
2. Caractéristiques microbiologiques ................................................................................................. 33
3. Facteurs de virulence ..................................................................................................................... 34
ii. Épidémiologie ..................................................................................................................................... 34
1. Généralités ...................................................................................................................................... 34
2. Réservoirs et transmission .............................................................................................................. 34
3. Facteurs de risque .......................................................................................................................... 35
iii. Diagnostic ........................................................................................................................................... 35
1. Diagnostic clinique ......................................................................................................................... 35
a. Pathogénie et aspect clinique ..................................................................................................... 35
b. Diagnostic différentiel ................................................................................................................ 36
2. Diagnostic de laboratoire : intérêt et limites .................................................................................. 36
a. Diagnostic direct......................................................................................................................... 36
b. Diagnostic indirect ..................................................................................................................... 37
iv. Mesures de lutte ................................................................................................................................. 37
1. Mesures thérapeutiques ................................................................................................................. 37
2. Mesures prophylactiques ................................................................................................................ 38
3. Possibilité d’une éradication .......................................................................................................... 39
b. Maladies bactériennes où la réglementation est contraignante.......................................................... 40

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i. Les diarrhées néonatales ................................................................................................................... 40
1. Étiologie et épidémiologie .............................................................................................................. 40
a. Principales causes de diarrhées néonatales chez le chevreau .................................................... 40
b. Principales bactéries impliquées dans les diarrhées néonatales chez le chevreau .................... 41
i. Les colibacilles ....................................................................................................................... 41
ii. Les clostridioses ..................................................................................................................... 41
c. Principaux facteurs de risque ..................................................................................................... 42
2. Diagnostic ....................................................................................................................................... 43
a. Aspects cliniques ......................................................................................................................... 43
b. Diagnostic nécropsique .............................................................................................................. 44
c. Diagnostic de laboratoire ........................................................................................................... 44
3. Mesures de lutte .............................................................................................................................. 45
a. Gestion thérapeutique ................................................................................................................. 45
i. Plan thérapeutique .................................................................................................................. 45
ii. Sensibilité aux antibiotiques ................................................................................................... 46
b. Gestion prophylactique ............................................................................................................... 47
i. Prophylaxie sanitaire .............................................................................................................. 47
ii. Prophylaxie médicale ............................................................................................................. 48
ii. Le syndrome mycoplasmique ........................................................................................................... 48
1. Étiologie et épidémiologie .............................................................................................................. 48
a. Les agents étiologiques ............................................................................................................... 48
i. Généralités .............................................................................................................................. 48
ii. Facteurs de virulence .............................................................................................................. 49
iii. Les espèces impliquées dans le syndrome mycoplasmique caprin ......................................... 49
b. Epidémiologie ............................................................................................................................. 50
i. Généralités .............................................................................................................................. 50
ii. Évolution dans le troupeau ..................................................................................................... 50
iii. Les sources de mycoplasmes et voies de pénétration ............................................................. 51
2. Diagnostic ....................................................................................................................................... 52
a. Diagnostic clinique ..................................................................................................................... 52
i. Généralités .............................................................................................................................. 52
ii. Expression clinique en fonction de l’espèce de mycoplasme ................................................. 52
iii. Diagnostic différentiel ............................................................................................................ 53
b. Diagnostic nécropsique .............................................................................................................. 53
c. Diagnostic de laboratoire ........................................................................................................... 54
i. Indication du diagnostic de laboratoire................................................................................... 54
ii. Diagnostic direct ..................................................................................................................... 54
iii. Diagnostic indirect.................................................................................................................. 55
3. Mesures de lutte .............................................................................................................................. 55
a. Gestion thérapeutique ................................................................................................................. 55
i. Généralités sur le traitement ................................................................................................... 55
ii. Sensibilité aux antibiotiques ................................................................................................... 55
b. Gestion prophylactique ............................................................................................................... 57
i. Prophylaxie sanitaire .............................................................................................................. 57
ii. Prophylaxie médicale ............................................................................................................. 57
iii. Les pneumonies enzootiques ............................................................................................................. 58
1. Épidémiologie et étiologie .............................................................................................................. 58
a. Une association de malfaiteurs ................................................................................................... 58
b. Caractéristiques bactériologiques .............................................................................................. 59
2. Diagnostic ....................................................................................................................................... 60
a. Diagnostic épidémio-clinique ..................................................................................................... 60
b. Diagnostic nécropsique .............................................................................................................. 60
c. Diagnostic de laboratoire ........................................................................................................... 60

10
3. Mesures de lutte .............................................................................................................................. 61
a. Gestion thérapeutique ................................................................................................................. 61
i. Généralités .............................................................................................................................. 61
ii. Sensibilité aux antibiotiques ................................................................................................... 61
iii. Intérêt de la tulathromycine .................................................................................................... 61
b. Gestion prophylactique ............................................................................................................... 63
i. Prophylaxie sanitaire .............................................................................................................. 63
ii. Prophylaxie médicale ............................................................................................................. 63
c. Maladies bactériennes où l’arsenal thérapeutique est insuffisant : les mammites ........................... 63
i. Etiologie et épidémiologie des mammites chez les caprins ............................................................. 63
1. Les germes dans la mamelle........................................................................................................... 63
a. Généralités .................................................................................................................................. 63
i. Germes impliqués dans les mammites cliniques chez les caprins .......................................... 63
ii. Germes impliqués dans les mammites subcliniques chez les caprins ..................................... 64
b. Bactériologie et facteurs de virulence......................................................................................... 64
2. Epidémiologie des mammites chez les caprins .............................................................................. 65
a. Epidémiologie descriptive des mammites caprines ..................................................................... 65
b. Réservoirs et transmission .......................................................................................................... 66
c. Facteurs de risque ...................................................................................................................... 66
ii. Diagnostic ........................................................................................................................................... 67
1. Diagnostic clinique ......................................................................................................................... 67
a. Trois catégories de symptômes ................................................................................................... 67
b. Cas de la mammite gangréneuse ................................................................................................ 67
2. Détection de l’inflammation........................................................................................................... 68
a. Le comptage des cellules somatiques.......................................................................................... 68
b. Mise en évidence d’une inflammation mammaire par le CMT ................................................... 69
c. Autres techniques de mise en évidence d’une inflammation mammaire chez la chèvre ............. 70
3. Détection de l’infection .................................................................................................................. 70
iii. Mesures de lutte ................................................................................................................................. 70
1. Gestion thérapeutique .................................................................................................................... 70
a. Mesures thérapeutiques lors de mammites cliniques chez les caprins........................................ 70
i. Généralités .............................................................................................................................. 70
ii. Antibiothérapie ....................................................................................................................... 71
iii. Sensibilité aux antibiotiques ................................................................................................... 71
iv. Délais d’attente ....................................................................................................................... 74
b. Le cas particulier de la mammite gangréneuse .......................................................................... 75
2. Prophylaxie sanitaire ..................................................................................................................... 75
a. Action sur les mécanismes de transmission et la susceptibilité des animaux : gestion de la traite
75
i. Limiter la contamination passive ............................................................................................ 75
ii. Éviter la pénétration des bactéries par le canal du trayon ....................................................... 76
iii. Éviter les lésions du trayon ..................................................................................................... 76
b. Conduite du troupeau et prévention des mammites caprines ...................................................... 77
i. Sélection génétique ................................................................................................................. 77
ii. Gestion de la reproduction ...................................................................................................... 77
iii. Gestion des sources de germes par la réforme ........................................................................ 78
3. Prophylaxie médicale ..................................................................................................................... 78
a. Pratiques de tarissement ............................................................................................................. 78
i. Stratégie raisonnée de traitement au tarissement .................................................................... 78
ii. Efficacité du traitement au tarissement ................................................................................... 79
b. Vacciner pour prévenir les mammites caprines ? ....................................................................... 80
d. Maladies bactériennes où le recours à l’antibiothérapie est discutable ............................................ 81
i. Les avortements ................................................................................................................................. 81

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1. Étiologie des avortements chez les caprins .................................................................................... 81
a. Les causes des avortements chez les caprins .............................................................................. 81
b. Bactériologie des principaux germes responsables d’avortement .............................................. 82
i. Coxiella burnetii ..................................................................................................................... 82
ii. Chlamydia .............................................................................................................................. 82
2. Épidémiologie des avortements ...................................................................................................... 83
a. La fièvre Q .................................................................................................................................. 83
i. Réservoirs et vecteurs ............................................................................................................. 83
ii. Rôle abortif de Coxiella burnetii ............................................................................................ 83
iii. Portage sain et excrétion ......................................................................................................... 83
iv. Transmission de la fièvre Q .................................................................................................... 84
b. Chlamydiose abortive ................................................................................................................. 84
i. Excrétion de Chlamydia ......................................................................................................... 84
ii. Voies de pénétration de Chlamydia ........................................................................................ 84
iii. Rôle abortif de Chlamydia ...................................................................................................... 84
iv. Sensibilité des caprins à Chlamydia abortus .......................................................................... 85
3. Diagnostic des avortements chez les caprins ................................................................................. 85
a. Diagnostic nécropsique .............................................................................................................. 85
b. Diagnostic de laboratoire des principales maladies bactériennes responsables d’avortements
chez la chèvre ...................................................................................................................................... 85
i. Diagnostic direct ..................................................................................................................... 85
ii. Diagnostic indirect.................................................................................................................. 86
c. Protocole harmonisé pour le diagnostic différentiel des avortements ........................................ 86
4. Gestion des avortements chez les caprins ...................................................................................... 87
a. Gestion thérapeutique ................................................................................................................. 87
b. Prévention sanitaire des avortements chez les caprins ............................................................... 87
c. Prévention médicale des avortements chez les caprins .............................................................. 88
ii. La lymphadénite caséeuse ................................................................................................................. 89
1. Étiologie .......................................................................................................................................... 89
a. Microbiologie.............................................................................................................................. 89
b. Facteurs de virulence .................................................................................................................. 89
c. Pathogénie .................................................................................................................................. 89
2. Aspects cliniques et épidémiologiques ........................................................................................... 90
a. Aspects cliniques ......................................................................................................................... 90
b. Transmission ............................................................................................................................... 90
3. Contrôle de la lymphadénite caséeuse ........................................................................................... 91
a. Diagnostic ................................................................................................................................... 91
i. Diagnostic clinique ................................................................................................................. 91
ii. Diagnostic direct ..................................................................................................................... 91
iii. Diagnostic indirect.................................................................................................................. 91
b. Mesures thérapeutiques .............................................................................................................. 92
c. Prophylaxie sanitaire .................................................................................................................. 92
d. Prophylaxie médicale.................................................................................................................. 93

III. Une évolution nécessaire vers des alternatives à l’antibiothérapie .................................................. 95


a. Importance de la prévention sanitaire ................................................................................................. 95
i. Biosécurité .......................................................................................................................................... 95
1. Éviter l’entrée d’agents pathogènes ............................................................................................... 95
2. Éviter la propagation de l’agent pathogène dans l’élevage .......................................................... 96
ii. Ambiance ............................................................................................................................................ 96
iii. Diminuer la pression infectieuse en élevage .................................................................................... 97
1. Gestion des mises bas et maîtrise de la pression infectieuse ......................................................... 97
2. Hygiène de l’élevage et maîtrise de la pression infectieuse .......................................................... 97

12
3. Gestion des animaux et maîtrise de la pression infectieuse .......................................................... 98
iv. Augmenter l’immunité du troupeau ................................................................................................ 98
1. Immunité colostrale ........................................................................................................................ 98
2. Les facteurs qui influencent l’immunité........................................................................................ 99
v. Favoriser la résistance génétique.................................................................................................... 100
b. Importance de la prévention médicale ............................................................................................... 101
i. Pratique de la vaccination ............................................................................................................... 101
1. Motivations et freins à la vaccination .......................................................................................... 101
2. Réalisation pratique de la vaccination ......................................................................................... 101
ii. État des lieux des vaccins disponibles chez les caprins ................................................................. 102
1. Les différents types de vaccins disponibles .................................................................................. 102
2. Vaccins disponibles chez les caprins............................................................................................ 103
iii. Les autovaccins ................................................................................................................................ 106
1. Contexte général ........................................................................................................................... 106
2. Efficacité et risques potentiels des autovaccins ........................................................................... 106
3. Intérêt des autovaccins ................................................................................................................. 106
iv. Les médiateurs immunitaires ......................................................................................................... 107
c. Vers de nouvelles pratiques ................................................................................................................. 107
i. Apport des médecines complémentaires en tant qu’alternatives à l’antibiothérapie ................ 107
1. Recensement des alternatives ....................................................................................................... 107
2. Évaluation de l’efficacité des médecines complémentaires ........................................................ 109
ii. Atténuation de la virulence : une stratégie prometteuse .............................................................. 110
1. Des cibles variées .......................................................................................................................... 110
a. Agir sur la fixation et la colonisation ....................................................................................... 110
b. Système de régulation de l’expression des facteurs de virulence.............................................. 111
i. Action sur le quorum sensing ............................................................................................... 111
ii. Action sur la transduction du signal ..................................................................................... 112
c. Prévenir les lésions et le développement de la maladie ............................................................ 112
i. Empêcher l’action de la toxine ............................................................................................. 112
ii. Interférer avec l’assemblage des protéines de virulence ....................................................... 113
iii. Cibler les systèmes de sécrétion ........................................................................................... 113
d. Prévenir la synthèse de biofilm et la persistance de l’infection ................................................ 113
e. Cibler les systèmes de défense des bactéries ............................................................................ 114
2. Forces et faiblesse de cette approche ........................................................................................... 114
iii. Une ancienne thérapie remise au goût du jour : la phagothérapie .............................................. 114
1. Contexte général de la phagothérapie ......................................................................................... 114
2. Mode d’action des phages et spécificités de la phagothérapie .................................................... 115
3. Développement actuel de la phagothérapie ................................................................................. 115
iv. Accompagner le vétérinaire et l’éleveur pour améliorer leurs pratiques ................................... 116

CONCLUSION ..................................................................................................................... 117

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................... 119

ANNEXES ............................................................................................................................. 133

13
14
TABLE DES ANNEXES

Annexe 1: Synthèse des principales caractéristiques des antibiotiques (Salles Elodie)......... 133
Annexe 2: Mode d’action des inhibiteurs de virulence (Salles Elodie) ................................. 135
Annexe 3: Fiches synthèses antibiothérapie (Salles Elodie) .................................................. 136

15
16
TABLE DES FIGURES

Figure 1: Spécialités contenant des antibiotiques autorisées chez les caprins et les bovins
(Salles Elodie) .......................................................................................................................... 27
Figure 2 : Fréquence de l'isolement des différentes souches de mycoplasmes chez les caprins
(Salles Elodie) .......................................................................................................................... 50
Figure 3 : Pathogénie des pneumonies enzootiques (Salles Elodie) ........................................ 59
Figure 4: CMI 90 de différents antibiotiques sur S. caprae et S. epidermidis (Salles Elodie). 73
Figure 5: CMI 90 de différents antibiotiques sur S. caprae et S. epidermidis bis (Salles Elodie)
.................................................................................................................................................. 73
Figure 6: Fréquence relative des différentes alternatives chez les caprins (Salles Elodie) .... 108
Figure 7: Fréquence relative des différentes alternatives toutes espèces confondues (Salles
Elodie) .................................................................................................................................... 108
Figure 8: Fréquence relative des alternatives chez les caprins par fonction ciblée (Salles
Elodie) .................................................................................................................................... 109
Figure 9: Fréquence relative des alternatives toutes espèces confondues par fonction ciblée
(Salles Elodie) ........................................................................................................................ 109
Figure 10: Action sur le quorum sensing (Salles Elodie) ....................................................... 112

17
18
TABLE DES TABLEAUX

Tableau I: Spécialités contenant des antibiotiques autorisées chez les caprins (Salles Elodie)28
Tableau II: : Principaux symptômes des agents de diarrhées néonatales (31) ......................... 44
Tableau III: Vaccins disponibles chez les caprins contre l'entérotoxémie (Salles Elodie) ...... 48
Tableau IV: Comparaison des caractéristiques pharmacocinétiques de la tulathromycine chez
les caprins et les bovins (Salles Elodie) ................................................................................... 62
Tableau V: Synthèse des analyses à effectuer pour les maladies abortives de première
intention (Salles Elodie) ........................................................................................................... 87
Tableau VI: Vaccins disponibles chez les caprins pour prévenir les avortements (Salles
Elodie) ...................................................................................................................................... 89
Tableau VII:Vaccins disponibles chez les caprins contre les maladies bactériennes (Salles
Elodie) .................................................................................................................................... 104
Tableau VIII: Principales maladies des petits ruminants pour lesquelles les autovaccins
seraient utiles (Salles Elodie) ................................................................................................. 107

19
20
LISTE DES ABREVIATIONS

ADN : acide désoxyribonucléique


AHL : acyl-homosérine lactone
AMM : autorisation de mise sur le marché
AMPc : Adénosine MonoPhosphate cyclique
ANMV : agence nationale du médicament vétérinaire
Anses : agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
ARN : acide ribonucléique
AUC : area under curve (aire sous la courbe)
CAEV : caprine arthritis and encephalitis virus (virus de l’arthrite encéphalite caprine)
CCS : comptage des cellules somatiques
Cmax : concentration au pic
CMI : concentration minimale inhibitrice
CMT : California Mastitis Test
CVMP : comité des médicaments vétérinaires
DDPP : Direction Départementale de la Protection des Populations
EHEC : Escherichia coli entéro-hémorragique
ELISA : Enzyme Linked ImmunoSorbent Assay
EMA : European Medicine Agence
EHEC : Escherichia coli entéro-hémorragique
EPEC : Escherichia coli entéro-pathogène
ETEC : Escherichia coli entérotoxinogène
FCO : Fièvre Catarrhale ovine
GDS : Groupements de défense sanitaire
GMPc : Guanosine MonoPhosphate cyclique
IM : intramusculaire
IV : intraveineuse
LMR : Limite Maximale de Résidus
LPS : lipopolysaccharide
MAA : Milk Amyloïd A
MOMP : protéine majeure de la membrane externe
OGM : Organisme Génétiquement modifié
PCR : Polymerase Chain Reaction
PCR-RFLP : Polymerase Chain Reaction - Restriction Fragment Lenght Polymorphism
(polymorphisme de longueur des fragments de restriction)
RAPD : Random Amplified Polymorphic DNA (amplification aléatoire d’ADN polymorphe)
RCP : Résumé des Caractéristiques du Produit
RT-PCR : Reverse Transcription Polymerase Chain Reaction
SAA : Serum Amyloïd A
SAM : S-adénosyl méthionine
SARM : Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline
SC : sous-cutané
SCN : Staphylocoque à coagulase négative
UI : Unité Internationale

21
22
INTRODUCTION

Avec 1 milliard de caprins dans le monde (1) contre 1.6 milliard de bovins en 2018 (2),
la chèvre est considérée par les autorités sanitaires européennes comme une espèce mineure.
Cela a pour conséquence un désintérêt de l’industrie pharmaceutique pour développer des
médicaments pour cette espèce. L’arsenal thérapeutique à disposition du vétérinaire est donc
particulièrement limité, notamment en ce qui concerne les antibiotiques. Le praticien doit donc
recourir quotidiennement à l’application du principe de la cascade. Si ce principe autorise le
vétérinaire à recourir à d’autres thérapeutiques disponibles chez d’autres espèces cela rend le
recours aux antibiotiques parfois incompatible avec le mode d’élevage (délais d’attente
incompatible avec la durée d’élevage du chevreau). La prescription chez les caprins est d’autant
plus délicate que la littérature scientifique concernant cette espèce est peu fournie conduisant
parfois à des méthodes empiriques, en particulier dans le calcul des doses. Cela est d’autant
plus dommageable dans le contexte actuel concernant l’usage des antibiotiques et le risque de
sélection des bactéries résistantes par l’usage inapproprié de ces molécules (choix de la
molécule et posologie).
Dans un contexte mondial de réduction de l’usage des antibiotiques, le praticien se doit
de raisonner ses pratiques d’antibiothérapie et d’autant plus dans une filière où l’on pratique la
médecine de troupeau. Toutefois, en filière caprine il est parfois délicat pour le praticien de
faire un choix raisonné en raison de la pauvreté de l’arsenal thérapeutique disponible.
Cette thèse a pour objectif de guider le praticien dans le choix de l’antibiotique le plus
adapté à la pathologie rencontrée. Cette étude prend en compte les dernières données
scientifiques concernant en particulier la sensibilité des germes aux antibiotiques mais aussi les
contraintes pratiques et réglementaires de l’antibiothérapie pour le vétérinaire et l’éleveur.
La première partie de ce travail dresse un état des lieux du recours aux antibiotiques
dans l’espèce caprine. La seconde partie s’attache à décrire les principales maladies
bactériennes rencontrées en élevage caprin et les potentiels antibiotiques à utiliser en première
intention. Elle met, par ailleurs, en évidence les contraintes de l’antibiothérapie dans certains
cas. Enfin, la troisième partie met en valeur l’importance de la prévention et du recours à des
alternatives afin de limiter l’usage des antibiotiques.

23
24
I. Contexte du recours aux antibiotiques chez les caprins
a. Prescription d’antibiotiques chez les caprins
i. Dominantes en pathologie caprine

Les études pharmaco-épidémiologiques permettent d’avoir un aperçu des pratiques des


vétérinaires concernant le recours aux antibiotiques (3). Chez les chèvres adultes, les principaux
motifs d’utilisation des antibiotiques sont les pathologies de la mamelle (40%), les pathologies
de l’appareil reproducteur (28%) et les pathologies respiratoires (11%). Chez les jeunes, les
antibiotiques sont principalement utilisés dans les affections respiratoires (46%), digestives
(26%) et de l’appareil locomoteur (6%).
Une étude de l’institut de l’élevage (4) révèle que les principales pathologies sur les
chèvres adultes où le vétérinaire est intervenu sont les avortements (16.5% des élevages), les
mammites (11.4%) et les problèmes respiratoires (11.4%). Les abcès (6%) et la listériose sont
des motifs moins fréquents d’appel. Pour ce qui est des chevrettes, les éleveurs ont eu recours
au vétérinaire lors de troubles respiratoires (18.7% des élevages) et de diarrhées (12.4%). Les
arthrites (3%), les avortements (3%) et les chevreaux mous (1%) entrainent moins fréquemment
l’appel du vétérinaire.
Les principales familles d’antibiotiques utilisés en filière caprine sont les pénicillines
(50% des traitements contenaient au moins une pénicilline), les aminosides (40%), les
tétracyclines (30%) et les macrolides. Quasiment un traitement sur deux était en dehors du cadre
fixé par l’autorisation de mise sur le marché (AMM) (3).
Une étude a montré que chez les caprins 82% des traitements antibiotiques administrés
n’ont pas fait l’objet d’une consultation vétérinaire (il n’est pas mentionné si l’affection faisait
partie du protocole de soins). Toutefois dans 86% des cas où le vétérinaire n’était pas intervenu
une ordonnance avait été rédigée dans le cadre du protocole de soins (5).

ii. Respecter la nouvelle classification des antibiotiques par l’agence


européenne du médicament (EMA)

L’EMA classe les antibiotiques en quatre catégories en fonction des risques qu’ils
représentent pour la santé humaine. En effet, l’utilisation d’antibiotiques chez l’animal a des
conséquences sur la santé humaine puisqu’il est possible de transmettre des bactéries ou des
gènes de résistance de l’animal à l’homme.
La catégorie A regroupe les antibiotiques réservés à la médecine humaine. Aucune
utilisation n’est possible chez l’animal de rente car il n’existe pas de limite maximale de résidus
(LMR). Cette catégorie regroupe notamment les antituberculeux ainsi que des béta-lactamines
récentes.
La catégorie B comprend les antibiotiques dont l’utilisation représente un risque
important pour la santé humaine. Leur usage est donc restreint en médecine vétérinaire à des
infections graves (septicémie) ou en l’absence d’autres alternatives, attestée par un
antibiogramme. Sont concernées la colistine, les fluoroquinolones et les céphalosporines de
dernière génération.

25
Les antibiotiques de la catégorie C présente un risque moins important pour la santé
humaine. Mais leur utilisation doit être limitée aux cas où aucun antibiotique de la catégorie D
n’est utilisable. On retrouve les aminosides, les aminopénicillines associées à un inhibiteur des
béta-lactamases, le florfénicol, les céphalosporines, les macrolides et les lincosamides.
Enfin, la catégorie D concerne les antibiotiques à utiliser en première intention mais
toujours de manière raisonnée. Elle comprend les aminopénicillines, la bacitracine, les
pénicillines, les sulfamides associés au triméthoprime et les tétracyclines.

b. Disponibilité du médicament vétérinaire chez les caprins


i. Généralités

Depuis 1975, les vétérinaires et les éleveurs de toutes filières assistent à une diminution
drastique du nombre de médicaments vétérinaires. Environ 60% des spécialités vétérinaires ont
été retirées du marché (6). De plus, peu de nouveaux médicaments arrivent sur le marché
vétérinaire. La loi sur la pharmacie vétérinaire, bien que responsable de cet appauvrissement du
panel thérapeutique, a tout de même permis une nette amélioration de la qualité des
médicaments. Le but premier était la sécurisation de la chaîne alimentaire.
Il est possible d’identifier 6 causes majeures de manque de médicaments vétérinaires
(6,7). Le marché des médicaments vétérinaire représente uniquement 3 % du marché des
médicaments humains. C’est donc un marché particulièrement étroit. Du fait de la multiplicité
des espèces, le marché des médicaments vétérinaires est en outre très fragmenté. La diminution
du nombre de spécialités a été accentuée par la mise en place du règlement fixant les règles de
détermination des LMR. En effet, les études nécessaires à la constitution d’un dossier de LMR
sont coûteuses et le retour sur investissement n’est pas toujours suffisant. Ainsi, seules les
substances qui présentaient un intérêt économique significatif pour les laboratoires
pharmaceutiques ont été retenues. Dans ce cadre, le développement de nouveaux médicaments
reste limité et focalisé sur des espèces et des indications présentant un intérêt économique pour
les laboratoires. Concernant les médicaments vétérinaires anciens, la remise à niveau
(réglementaire et scientifique) est également très onéreuse : cela représenterait 40% du budget
recherche et développement. Enfin, l’évaluation actuelle des dossiers d’AMM n’est pas
influencée par le fait qu’il s’agit d’une molécule destinée à une espèce mineure.

ii. Espèce mineure et indication mineure

Le comité des médicaments vétérinaires (CVMP) a désigné comme espèces majeures


les bovins, ovins, porcs, poulets, salmonidés, chiens et chats. Les espèces mineures sont donc
constituées par toutes les espèces qui ne sont pas majeures (7). Elles peuvent également être
définies en fonction du nombre d’animaux. Les caprins sont donc une espèce mineure.
Concernant la classification en indication mineure, cela dépend du chiffre d’affaire prévisible
ou du nombre de cas traités (7).
Différentes actions sont mises en place afin de pallier au manque de disponibilité du
médicament pour les espèces mineures (6–8). L’extrapolation des LMR d’une espèce majeure
aux espèces mineures d’une même classe d’animaux a permis d’améliorer un peu la situation.

26
Par exemple, les LMR définies pour les bovins peuvent être extrapolées à tous les ruminants
dans le cas de l’utilisation du principe de la cascade. Un soutien financier pourrait également
permettre de combler en partie ce manque. Ainsi, il est prévu de diminuer les redevances pour
les dossiers d’AMM ou de LMR concernant des espèces mineures ou des indications mineures
après un avis émis par le CVMP. De plus, le secteur public pourrait prendre en charge des
études scientifiques sur des médicaments identifiés comme manquants. Une adaptation des
exigences réglementaires concernant le dossier d’AMM est à l’étude. L’agence nationale du
médicament vétérinaire (ANMV) pourrait alors moduler les exigences scientifiques et
techniques au cas par cas pour les médicaments destinés aux espèces mineures et aux
indications mineures. Enfin, la coopération entre les États Membres doit être encouragée afin
de faciliter la procédure de reconnaissance mutuelle.

iii. Difficultés rencontrées par la filière caprine concernant les


antibiotiques et les vaccins

Chez les caprins, le manque de disponibilité des médicaments de manière générale et


plus particulièrement des antibiotiques est flagrant. Ainsi, il existe 82 spécialités contenant des
antibiotiques, 43 par voie orale, 36 par voie injectable (2 spécialités en buvable et injectable),
4 par voie externe et une seule spécialité par voie intra-mammaire utilisable hors lactation. Chez
les bovins, on peut compter 170 spécialités dont 130 par voie injectable, 10 par voie orale, 22
par voie diathélique, 2 par voie intra-utérine et 6 par voie cutanée (figure 1).

voie intra-utérine

voie cutanée

voie diathélique

voie orale

injectable

0 20 40 60 80 100 120 140

bovins caprins

Figure 1: Spécialités contenant des antibiotiques autorisées chez les caprins et les bovins (Salles Elodie)

Par ailleurs, l’inventaire des molécules antibiotiques chez les caprins met en évidence
l’absence de certaines familles ou encore une restriction concernant les voies d’administration.
On note ainsi l’absence de spécialités à base de phénicolés (hormis par voie cutanée) ou de
céphalosporines avec AMM chez les caprins. Concernant la famille des macrolides, il manque
la tulathromycine par voie systémique et la spiramycine par voie mammaire. La colistine par
voie orale n’est disponible qu’en pré-mélange et par voie systémique elle n’existe qu’en
association avec une pénicilline G. Les aminosides et les β-lactamines existent essentiellement
en association avec d’autres molécules (Tableau I).

27
Tableau I: Spécialités contenant des antibiotiques autorisées chez les caprins (Salles Elodie)

Famille Molécule Nom déposé Association Voie


(exemples) d’administration
β-lactamines Benzylpénicilline Belcopéni® Colistine IM ou IV lente
Péni-DHS®, DHS IM, SC
Pénijectyl®,
Intramicine®
Pen-hista-strep®, DHS, IM ou
Histabiosone® clorphénamine, intrapéritonéal
dexaméthasone
Amoxicilline Clamoxyl® LA, IM
Duphamox®
Ampicilline Colampi® Colistine IM
Sodibio® Colistine + IM et SC
dexaméthasone
Ampicilline PO 121, Ampisol® PO
Benzylpénicilline + Nafpenzal®T DHS IMM
nafcilline
Tétracyclines Oxytétracycline Acti-tetra® B, PO
Oxytétracycline®,
Primox®, Tétrasolub®,
Tétratime®
Acti-tetra® I, IV, IM, SC,
Terramycine® inj intrapéritonéal
Duphacycline® LA IM
Engemycine® 10% IM, IV
Oxytetrin® P Usage externe
Chlortétracycline Aurofac®, Pulmoval® PO
Orospray® Sulfanilamide cutané
Tétracycline Tétracycline® 50 PO
Macrolides et Tylosine Axentyl®, Tylan®, IM
lincosamides Pharmasin®
Lincomycine Linco-spectin®, spectinomycine IM, SC
Pneumospectin®
Aminosides Dihydrostreptomycine Intramicine®, Péni Benzylpénicilline IM, SC
(DHS) DHS®, Pénijectyl®
Nafpenzal®T benzylpénicilline IMM
+ nafcilline
Spectinomycine Linco-spectin®, Lincomycine IM, SC
Pneumospectin®
Spectam® IM
Néomycine Neo® 50, Néomycine® PO
40 et 50
Sulfamides Sulfadiméthoxine Acti-méthoxine®, IV, IM, SC, PO
Metoxyl®,
Sulfadiméthoxine®100,
Sunix® C poudre
Sulfadiméthoxine- Triméthoprime PO
triméthoprime® 62.5-
12.5, Trisulmix®
poudre Triméthoprime IM, IV, SC
Trisulmix® injectable
Sulfaguanidine Sulfalutyl® Sulfadimidine PO

28
Sulfadimidine Sulfadi®500, PO, IM, IV
Sulfadimérazine®NOE,
Sulfalutyl®
Sulfadiazine Tribrissen® injectable Triméthoprime IM ou IV
Sulfadoxine Borgal® 24% Triméthoprime IM ou IV
Sulfanilamide Orospray® chlortétracycline Cutané
Quinolones Fluméquine Flumiquil® poudre 3% PO
Enrofloxacine Baytril®5 et 10% IV, SC, IM
Polypeptides Colistine Colistine®200 CB, PO (pré-
Concentrat® VO49-1 mélange)
Phénicolés Thiamphénicol Taf® Spray Cutané

De plus, certaines indications sont manquantes. On peut citer comme exemple l’absence
de spécialité intra-mammaire pendant la lactation, indiquée dans le traitement des mammites
cliniques. En outre, l’utilisation des spécialités bovines présente un risque accru de présence
d’inhibiteurs dans le lait car le métabolisme et le volume de la mamelle sont très différents chez
la vache et la chèvre. L’utilisation du principe de la cascade est de ce fait risquée. Par ailleurs,
il n’existe pas d’antibiotiques intra-utérins chez les caprins.
L’espèce caprine souffre aussi du manque important de vaccins : le vaccin contre les
pasteurelloses est constitué de souches bovines ; le vaccin contre la fièvre Q a une efficacité
limitée et il n’existe pas en France de vaccin contre la lymphadénite caséeuse.

iv. État des lieux du recours à la cascade

Comme mentionné précédemment, une étude a montré que 43% des prescriptions
d’antibiotiques chez les caprins concernent des spécialités hors AMM (3). Il incombe alors au
praticien de respecter le principe de la cascade.
Ainsi, lorsqu’aucun médicament vétérinaire autorisé et approprié n’est pas disponible,
l’article L.5143-4 du Code de la Santé Publique prévoit différentes alternatives. Le vétérinaire
doit d’abord prescrire une spécialité pour la même espèce mais pour une indication différente
ou pour la même indication mais pour une espèce différente. Si aucun médicament ne remplit
ces conditions, il peut alors prescrire un médicament pour une autre espèce et une autre
indication. Ensuite, le vétérinaire peut recourir à des médicaments à usage humain. Si toujours
aucune spécialité ne convient, une demande d’importation d’un médicament autorisé dans un
autre pays peut être formulée. Toutefois, les démarches concernant cette demande sont trop
longues et cette procédure n’est donc pas utilisée en pratique. Enfin, en dernier recours, une
préparation magistrale vétérinaire peut être prescrite.
Des contraintes supplémentaires concernent les animaux de rente et donc les caprins. La
substance doit avoir fait l’objet d’une étude LMR afin de figurer dans le tableau I du règlement
LMR. Une LMR lait est nécessaire compte tenu de la production associée à l’élevage caprin.
Concernant le temps d’attente, si une AMM existe dans l’espèce mais pour une
indication différente alors on peut appliquer le même temps d’attente que celui indiqué dans
l’AMM dans la mesure où la posologie est inférieure ou identique à celle de l’AMM. Dans tous
les autres cas, y compris lors de changement de voie d’administration, il est de la responsabilité

29
du vétérinaire d’indiquer un temps d’attente supérieur ou égal au temps d’attente forfaitaire (7
jours pour le lait et 28 jours pour la viande). Le temps d’attente forfaitaire n’est parfois pas
compatible avec certaines productions. Par exemple, pour les chevreaux dont la durée d’élevage
est de 3 à 7 semaines, un temps d’attente de 28 jours parait inapplicable. Pourtant, comme nous
le verrons dans la partie traitant les diarrhées néonatales, le vétérinaire est parfois amené à
prescrire un antibiotique hors AMM.

c. Difficultés liées à la mise en place d’examens complémentaires


L’examen clinique n’est pas toujours révélateur de la bactérie responsable de l’infection.
C’est pourquoi le praticien doit recourir à des examens complémentaires afin d’établir un
diagnostic précis (identification bactérienne) et de choisir le traitement le plus adapté. Toutefois
la qualité des résultats et leur interprétation sont parfois discutables du fait de 3 écueils.
Le premier est le délai. L’éleveur ne détecte pas forcément tout de suite les animaux
malades et met du temps à contacter le vétérinaire. C’est d’autant plus vrai en élevage caprin
où la valeur de chaque individu est faible et il n’est donc pas rentable d’appeler le vétérinaire
pour un animal. Cet appel tardif rend l’interprétation des résultats difficile notamment lors de
la mise en évidence de plusieurs pathogènes car il est alors difficile de savoir si les agents
trouvés agissent en tant que pathogènes primaires ou agents de surinfection. En outre, l’éleveur
a souvent déjà initié de son propre chef un traitement antibiotique en première intention. En
pratique, 3 à 5 animaux devraient être prélevés et plutôt en début d’évolution.
Le deuxième écueil concerne la difficulté technique de prélèvement bactériologique en
élevage. Certains examens peuvent être invasifs (lavage broncho-alvéolaire) et nécessiter une
contention adéquate. De plus, cela demande un minimum de technicité de la part du vétérinaire.
Ces prélèvements sont aussi coûteux pour l’éleveur relativement au prix d’une chèvre et donc
souvent mal acceptés. Toutefois, il existe des prélèvements faciles à faire qui peuvent même
être réalisés par l’éleveur et donc à moindre coût (prélèvement de lait ou de selles, California
Mastitis Test).
Enfin, le dernier écueil est lié à la conservation des prélèvements. Le délai entre le
prélèvement et l’analyse est parfois long du fait de l’éloignement géographique et des horaires
d’ouverture du laboratoire. Les conditions de conservation ne sont pas non plus toujours idéales.
En effet, la température dans la voiture et la vitesse d’acheminement ne sont pas toujours
maîtrisées (9). La mise en œuvre et l’interprétation des examens complémentaires sont donc
parfois compliquées ce qui conduit les vétérinaires à prescrire sans faire de prélèvement dans
85.2% des cas en la filière caprine (10). De plus, la réponse est tardive et par conséquent une
antibiothérapie probabiliste doit être mise en œuvre dans un premier temps.
Il faut considérer l’antibiogramme comme une aide à la décision thérapeutique. Mais
cet outil présente également d’autres intérêts. La collecte des données d’antibiogramme par le
résapath permet une surveillance épidémiologique de la résistance. L’analyse des données
permet ensuite de réaliser une antibiothérapie probabiliste. Toutefois, pour que les données
soient significatives il faut un nombre d’analyses suffisant. Ce qui n’est pas encore vraiment le
cas en espèce caprine du fait de la rareté des prélèvements (716 antibiogrammes pour les

30
caprins, 947 pour les ovins et 12666 pour les bovins pour l’année 2016 (11)). Le praticien peut
tout de même se référer aux données du Résapath pour mettre en place une antibiothérapie
probabiliste de première intention.

d. Les contraintes pour l’éleveur


i. Antibiothérapie de première intention

Face à un animal malade, l’éleveur tente souvent de réaliser un traitement de première


intention avant de contacter le vétérinaire sans pour autant que la pathologie soit toujours
notifiée dans le protocole de soins. Le vétérinaire est alors appelé lorsque l’éleveur fait face à
un échec thérapeutique ou si de nombreux animaux sont touchés. Toutefois, cette
automédication présente des risques.
D’abord, la conservation des antibiotiques n’est pas toujours correcte dans la pharmacie
de l’élevage. Les flacons sont parfois ouverts depuis de nombreux jours et les prélèvements ne
sont pas toujours faits de manière aseptique. De plus, les éleveurs n’ont pas les connaissances
nécessaires au bon choix de l’antibiotique face à une maladie. C’est là tout l’intérêt et la force
des protocoles de soins qui doivent décrire la marche à suivre par l’éleveur : comment
reconnaître la maladie, avec quoi traiter en première intention et quand appeler le vétérinaire.
Cependant, il est parfois difficile de prévoir les problèmes sanitaires auxquels un éleveur va
devoir faire face. Le problème réside dans le fait qu’un éleveur ne va pas appeler son vétérinaire
en première intention car ce n’est économiquement pas rentable en élevage caprin.

ii. Temps et logistique

Concernant la voie d’administration, la voie orale est sans doute la voie la plus facile
pour l’éleveur sur les jeunes animaux. En effet, la louve (distributeur de lait) peut être utilisée
comme moyen de distribution du traitement. La voie injectable est plus chronophage mais
finalement assez facile à mettre en œuvre si l’éleveur dispose de cornadis. La voie parentérale
est parfois difficile d’utilisation sur des chevreaux car les doses à administrer sont quelquefois
infimes du fait de leur faible poids.

iii. Délai d’attente

Le délai d’attente d’un antibiotique est un paramètre majeur pour l’éleveur car celui-ci
conditionne les pertes de production. L’éleveur favorisera souvent un antibiotique avec un délai
d’attente court. Pour autant, le délai d’attente ne doit pas être le critère principal.
Le problème se pose d’autant plus avec les antibiotiques hors AMM qui imposent un
délai d’attente forfaitaire de 7 jours pour le lait.
En ce qui concerne les seringues intra-mammaires, une seule spécialité possède une
AMM chez les caprins. Cette spécialité présente deux inconvénients majeurs : d’une part, elle
ne peut être utilisée qu’au tarissement et d’autre part son délai d’attente dépasse la période

31
colostrale. Ainsi, il n’existe aucune spécialité avec AMM pour le traitement des mammites
pendant la lactation. Il serait tentant d’appliquer les mêmes délais d’attente que chez la vache
mais il est difficile de prévoir la clairance de la molécule chez la chèvre à partir des données
chez la vache et c’est donc le délai forfaitaire qui s’applique. Toutefois ce dernier est parfois
excessif au regard des données de la littérature. Aussi, dans une étude de 2007 (12), on trouve
que le délai d’attente moyen pour la Rilexine® traitement est de 36.9h chez la chèvre alors que
le délai recommandé chez la vache est de 3 jours. Si l’éleveur était amené à utiliser ce traitement
il devrait appliquer un délai d’attente lait de 7 jours ce qui parait dans ce cas aberrant.
Parfois le vétérinaire prescrit une spécialité hors AMM sans connaître sa cinétique chez
les caprins (par exemple le Speciorlac® dans les élevages atteints de mycoplasmose). Aussi, il
y a un risque important de présence de résidus après la période colostrale. Il incombe alors au
vétérinaire de conseiller à l’éleveur de réaliser des tests pour détecter des résidus avant de mettre
le lait dans le tank.

32
II. Principales maladies bactériennes chez les caprins et
antibiothérapie
a. Maladies bactériennes pour lesquelles l’arsenal thérapeutique
est suffisant : le piétin
i. Etiologie
1. Une maladie multi-étiologique

Le piétin est une maladie infectieuse causée par l’action synergique de différentes
bactéries. L’agent étiologique principal est Dichelobacter nodosus. On rencontre également
fréquemment des bactéries du genre Fusobacterium mais aussi Bacteroides, Prevotella et
Porphyromonas (13). Une étude faisant appel à l’amplification en chaîne par polymérase (PCR)
en Nouvelle-Zélande sur des chèvres a montré que tous les animaux sains étaient négatifs en
PCR pour Dichelobacter nodosus et Fusobacterium necrophorum (14). En revanche, 62.5%
des chèvres avec des lésions étaient positives pour Dichelobacter nodosus et 33.3% pour
Fusobacterium necrophorum.
D’autres études ont montré que le piétin est une maladie comprenant deux stades durant
lesquels différentes bactéries interviennent (15,16). Fusobacterium necrophorum est plus
fréquemment rencontré lors de piétin virulent tandis que Dichelobacter nodosus est le plus
souvent détecté dans les cas de dermatite interdigitée ou piétin bénin. De plus, les chercheurs
ont montré que la concentration en Dichelobacter nodosus augmentait la semaine précédant le
développement de la dermatite interdigitée ou du piétin virulent et durant l’épisode de piétin
bénin. En revanche, la concentration en Fusobacterium necrophorum augmente uniquement
pendant l’épisode de piétin virulent. Ils en concluent au rôle initiateur et dans la progression de
la maladie de Dichelobacter nodosus. Fusobacterium necrophorum jouant un rôle secondaire
de germe opportuniste.

2. Caractéristiques microbiologiques

Dichelobacter nodosus est un bacille, Gram négatif et anaérobie strict (17,18). Sa


culture est délicate et nécessite des milieux riches et fortement gélosés. Il s’agit d’un bacille
droit ou légèrement incurvé et dont les extrémités sont renflées. Dichelobacter nodosus est un
parasite de l’épiderme interdigité des ruminants. Ce germe est peu résistant dans
l’environnement : tout au plus 2 semaines en présence de conditions favorables (humidité et
température supérieure à 10°C).
Fusobacterium necrophorum est un bacille droit Gram négatif et anaérobie strict
(17,18). Cette bactérie est retrouvée dans l’appareil digestif des animaux. Ce germe est apte à
survivre dans l’environnement. Fusobacterium necrophorum est un pathogène opportuniste qui
colonise l’épiderme interdigité lorsque l’intégrité de l’épithélium est compromise.

33
3. Facteurs de virulence

Dichelobacter nodosus possède différents facteurs de virulence (17–19).


Les fimbriae constituent le facteur de virulence majeur. En effet, les pili ont un rôle dans la
mobilité mais aussi et surtout dans l’attachement aux cellules épithéliales. Ainsi, les souches
les plus pathogènes sont particulièrement fournies en pili. Les fimbriae sont très immunogènes
et permettent de définir les sérogroupes. Actuellement 10 sérogroupes sont définis pour
Dichelobacter nodosus. Il semble que la conversion de sérogroupe soit possible pour une
souche par transformation naturelle ou recombinaison homologue (19).
Les protéases extracellulaires sont également un facteur de virulence important. Parmi les plus
importantes on peut citer la kératinase qui digère la kératine présente dans la corne, l’élastase
qui digère l’élastine contenue dans les ligaments et la gélatinase qui détruit la gélatine du tissu
conjonctif. Ces protéases génèrent des lésions tissulaires et contribuent à l’invasion de la couche
cornée. Dichelobacter nodosus produit également de la putrescine qui est responsable de
l’odeur caractéristique des lésions.
Fusobacterium necrophorum produit une leucotoxine qui constitue son facteur de
virulence majeur. Ce germe sécrète également une hémolysine et une hémagglutinine.

ii. Épidémiologie
1. Généralités

Le piétin est une pathologie moins fréquente et importante chez la chèvre que chez les
ovins (17,20). En effet, la chèvre apparait moins sensible à la maladie. De ce fait, la gravité des
lésions est souvent moindre chez les caprins par rapport aux ovins. De plus, le taux d’infection
est plus faible quelle que soit la souche et la durée d’incubation est souvent plus longue. Certains
chercheurs avancent que cette relative résistance pourrait être le fait d’une couche cornée plus
épaisse et donc moins sensible à la macération chez les caprins. La transmission inter-espèce
de souches de Dichelobacter nodosus est possible.
Un même animal peut être atteint par différentes souches de Dichelobacter nodosus. En
revanche, il semblerait que les animaux puissent être infectés par une seule souche de
Fusobacterium necrophorum (21).

2. Réservoirs et transmission

Contrairement à Fusobacterium necrophorum qui est présent dans le sol, Dichelobacter


nodosus résiste très peu dans l’environnement. De ce fait, la transmission de la maladie se fait
par contact avec un animal infecté (17,18,20,22). La bactérie est présente dans l’exsudat au
niveau de la lésion. Les animaux infectés constituent par conséquent le réservoir de la maladie.
L’introduction d’un animal infecté, caprin ou ovin, est souvent à l’origine de l’enzootie.

34
3. Facteurs de risque

On peut constater que le pic de la maladie se trouve au printemps ou au début de l’été


c’est-à-dire lorsqu’il fait chaud et humide. Le piétin se rencontre principalement chez des
animaux au pâturage. Ainsi, on peut citer différents facteurs de risque (17,20,22).
Premièrement, l’humidité prédispose au ramollissement de la corne et à la macération. Aussi,
les pâtures mal drainées et la présence de boue favorisent l’apparition de la maladie en
fragilisant le pied d’une part et en contribuant à la persistance des bactéries dans
l’environnement d’autre part.
Deuxièmement, de mauvaises conditions d’hygiène associées à des sabots longs peuvent
entrainer une irritation de l’épiderme facilitant ainsi la pénétration des bactéries. La densité est
un facteur qui contribue à augmenter la charge bactérienne.
De plus, la génétique pourrait également constituer un facteur de sensibilité mais ce n’est pas
prouvé chez la chèvre.
Finalement, la combinaison d’un épiderme lésé et de la présence des bactéries dans
l’environnement aboutit à l’infection.

iii. Diagnostic
1. Diagnostic clinique
a. Pathogénie et aspect clinique

On distingue classiquement deux stades de la maladie (17,20). D’une part la dermatite


interdigitée ou piétin bénin qui se limite à une infection de l’épiderme interdigité. Elle est causée
par des souches de Dichelobacter nodosus faiblement virulentes. D’autre part, le piétin virulent
est la conséquence d’une infection par des souches virulentes de Dichelobacter nodosus. Le
pouvoir protéolytique du germe permet d’étendre les lésions de l’épiderme vers les structures
cornées d’abord du talon puis elles se propagent jusqu’en pince. On constate alors une nécrose,
un décollement et pour finir une chute de l’onglon.
Concernant la pathogénie, la dermatite interdigitée résulte de la combinaison de facteurs
de prédisposition mentionnés plus haut avec la présence de Dichelobacter nodosus. Cela
conduit à une inflammation et une hyperkératose. Ensuite, l’interaction entre Dichelobacter
nodosus et Fusobacterium necrophorum conduit à une inflammation sévère avec nécrose et
destruction des structures d’adhésion entre la couche cornée et l’épithélium basal aboutissant
au décollement de l’onglon (17,20).
Pour ce qui est de l’aspect clinique, la dermatite interdigitée se caractérise par une
boiterie modérée, de l’érythème et un gonflement en zone interdigitée. Il n’y a en général pas
d’odeur. En revanche, lors de piétin virulent, la boiterie est sévère allant même jusqu’au refus
de se déplacer. Certains animaux marchent sur leurs carpes. On note également un gonflement
de l’épiderme interdigité et un décollement de l’onglon. Du pus peut être visible parfois au
niveau de la couronne. Une odeur caractéristique est présente. En outre, il existe des cas
chroniques où on observe une baisse d’état général, un amaigrissement et une baisse de
production. Les pieds atteints présentent des déformations. Les complications fréquentes sont
les myiases puisque l’animal se déplace peu et le tétanos (17,20).

35
b. Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel inclut toutes les causes de boiterie chez la chèvre adulte.
Prenons d’abord les maladies infectieuses responsables de boiteries (17,20). Outre la dermatite
interdigitée et le piétin virulent on peut citer les abcès de sole. Toutefois, un seul pied est alors
atteint et celui-ci est chaud, gonflé et douloureux. De plus, il est rare d’avoir un nombre
important d’animaux avec des abcès de sole en même temps. Ensuite, l’ecthyma, la fièvre
aphteuse et la fièvre catarrhale ovine font également parties du diagnostic différentiel.
Par ailleurs, des maladies non infectieuses peuvent aussi être responsables de boiteries (17,20).
Les fractures, luxations et blessures des tissus mous atteignent généralement un seul membre.
Il en est de même pour un corps étranger. Une acidose liée à une erreur alimentaire peut être à
l’origine de fourbure. Enfin, l’intoxication au sélénium est également citée mais celle-ci
intervient selon un mode chronique.

2. Diagnostic de laboratoire : intérêt et limites


a. Diagnostic direct

La mise en culture des prélèvements lors de piétin présente des difficultés liées d’une
part à la contamination importante de la zone de prélèvement et d’autre part à la nécessité de
respecter des conditions d’anaérobiose strictes (13,20). Il résulte de cela un diagnostic qui est
rarement mis en œuvre sur le terrain. Le prélèvement le plus approprié est un raclage de l’espace
interdigité avec une lame de bistouri stérile puis récolte de l’exsudat à l’aide d’un écouvillon.
L’écouvillon est placé dans un milieu de transport pour bactéries anaérobies. Plus simplement,
on peut réaliser un examen bactérioscopique sur un calque de lésion permettant une première
orientation étant donné les caractéristiques morphologiques de Dichelobacter nodosus (18).
Des techniques PCR ont été développées mais la sensibilité dépend principalement du
prélèvement. En effet, les lésions ont une localisation et une accessibilité variables.
Bien que rarement mis en œuvre, le diagnostic de laboratoire peut apporter des
informations utiles en particulier concernant les mesures de lutte à mettre en place. C’est
pourquoi nous nous attacherons ici à décrire les techniques de laboratoire permettant d’obtenir
des informations sur la virulence et sur le sérogroupe.
Différentes techniques existent pour évaluer le pouvoir pathogène des souches (18,19).
Tout d’abord, il est possible de mettre en évidence la présence d’élastase à l’aide d’élastine
soluble. Les souches qui hydrolysent l’élastine en 7 à 14 jours sont virulentes et celles qui le
font en 21 à 28 jours sont faiblement virulentes. L’inconvénient majeur de ce test est le délai
d’obtention des résultats.
Par ailleurs, des techniques ELISA utilisant des anticorps monoclonaux dirigés contre les
protéases ont été développées et permettent un gain de temps.
Ensuite, les techniques d’hybridation peuvent être utilisées pour détecter les gènes de virulence.
Ainsi deux sondes sont disponibles pV470-13 pour les souches virulentes et pB645-335 pour
les souches peu virulentes. Les souches de virulence intermédiaire s’hybrident avec les deux
sondes.
Enfin, la technique la plus rapide (5-6 heures) est la PCR. Elle est basée sur l’utilisation d’une
paire d’amorces issues de la sonde pV470-13. La présence de souches virulentes induit
l’amplification d’une séquence de 875 paires de bases. Tandis que la présence de souches de

36
virulence intermédiaire provoque l’amplification d’une séquence de 1300 paires de bases. Les
souches peu virulentes n’entrainent aucune amplification. Cette méthode en plus d’être rapide,
est également sensible et spécifique. Elle est utilisable directement sur les prélèvements dans
les lésions puisqu’elle ne nécessite pas d’isolement préalable.
Le sérogroupage nécessite quant à lui un isolement et une purification (Wani et Samanta
2006).
Ensuite des méthodes sérologiques par agglutination peuvent être utilisées. Cette technique
nécessite de ce fait du temps (3-4 semaines) et la spécificité est influencée par la présence de
réactions croisées.
Une méthode PCR et hybridation sur tache inverse (reverse dot-blot hybridization) a été
développée. Elle est beaucoup plus rapide et elle est capable de typer des mélanges.
Le sérogroupage ne permet pas de connaitre la virulence de la souche. En revanche, l’intérêt
majeur réside dans le choix et la concordance de la vaccination.

b. Diagnostic indirect

Les animaux développent une réponse immunitaire contre les antigènes des fimbriae et
les protéines de la membrane externe de Dichelobacter nodosus. Ces anticorps diminuent
rapidement après guérison pour atteindre le niveau avant infection en 3-4 mois. Des tests ELISA
existent et leur spécificité est souvent satisfaisante. En revanche la sensibilité fait défaut (23).
Ils sont donc uniquement utiles dans le cadre d’un diagnostic de troupeau.
Les techniques de détection des antigènes de fimbriae sont plus spécifiques et plus
sensibles notamment concernant la détection des cas chroniques que les techniques qui
détectent les antigènes de la membrane externe (23). La détection des antigènes de la membrane
externe présente un intérêt lorsqu’on ne connait pas le sérogroupe auquel on a à faire. En effet,
les antigènes de fimbriae sont spécifiques du sérogroupe.
Les anticorps dirigés contre Dichelobacter nodosus sont transmis par le colostrum aux
nouveau-nés mais persistent peu. De ce fait, il n’y a pas d’interférence avec le diagnostic
sérologique après l’âge de 3 mois (23).

iv. Mesures de lutte


1. Mesures thérapeutiques

La nature hautement contagieuse du piétin implique le recours au traitement sur


l’ensemble du troupeau. Le traitement est constitué de l’association de différents éléments
(17,18,20,22,24,25).
L’efficacité et l’innocuité du parage font souvent débat dans le traitement du piétin.
Toutefois, pour les cas sévères, le retrait des tissus morts permet d’exposer les bactéries à
l’oxygène d’une part, et de faciliter la pénétration des topiques dans le pied, d’autre part. Il faut
mettre un point d’honneur à désinfecter les rénettes et à éliminer la corne retirée (en la brûlant
par exemple) car elle constitue du matériel particulièrement infectieux.
Le pédiluve fait en revanche l’unanimité. C’est un moyen efficace de traiter un effectif
d’animaux important. On peut utiliser du sulfate de zinc 10% dont l’avantage est qu’il n’est pas

37
irritant. En revanche, le temps de trempage nécessaire est long mais peut être réduit par
l’adjonction d’un détergent comme le sulfate de dodécyl-sodium. L’utilisation du pédiluve chez
les caprins est plus délicate que chez les ovins car les chèvres ont une aversion à tremper leurs
pieds dans l’eau. Une astuce peut être de faire un pédiluve circulaire et de placer la mangeoire
au centre. Il est conseillé de réaliser le traitement une fois par semaine pendant 3 semaines. Les
animaux sont placés sur une surface sèche 24 heures après le bain.
Les antibiotiques et désinfectants topiques sont intéressants en complément d’un bon
parage. On peut par exemple utiliser du sulfate de zinc, de l’oxytétracycline ou du
thiamphénicol en spray. L’antibiothérapie locale peut être suffisante dans le cas de dermatite
interdigitée.
Une antibiothérapie systémique est nécessaire dans le cas de piétin virulent. D’après les
études de sensibilité (26,27) de Dichelobacter nodosus et Fusobacterium necrophorum aux
antibiotiques, les molécules de première intention sont les β-lactamines et les tétracyclines.
Toutefois, il est rapporté que certaines souches de Fusobacterium seraient productrices de β-
lactamases. Dans la littérature on peut trouver comme traitement l’oxytétracycline longue
action à 20 mg/kg une seule fois. L’antibiothérapie systémique présente comme intérêt
l’absence de parage nécessaire. Toutefois, on compte de nombreuses limites. Premièrement, le
traitement est efficace uniquement si les animaux sont placés dans un endroit sec 24 heures
après le traitement. Deuxièmement, les antibiotiques systémiques ne protègent pas durablement
contre la réinfection. Troisièmement, le respect des délais d’attente lait est contraignant pour
les éleveurs. En effet, le délai d’attente lait est de 5 jours pour la Duphacycline® LA
(oxytétracycline) par exemple. Or il faut traiter l’ensemble du troupeau en même temps, cela
implique donc l’absence totale de livraison du lait pendant 5 jours ! Quatrièmement, le foyer
infectieux est localisé au niveau du tissu kératinisé qui est peu vascularisé. Par conséquent
l’antibiotique doit avoir une bonne diffusion tissulaire.
Une supplémentation orale en sulfate de zinc à raison de 0.5 grammes par chèvre et par
jour pendant 21 jours peut aider à restaurer un épiderme de qualité.

2. Mesures prophylactiques

On retrouve dans les mesures prophylactiques les mêmes éléments que dans les outils
thérapeutiques (17,18,20,22,24,25). Prenons premièrement le cas d’un élevage atteint.

Tout d’abord, le parage bien que controversé peut permettre, une fois par an d’éliminer
l’excès de pousse de la corne. Ainsi, on rétablit une conformation normale du pied de manière
à diminuer les contraintes excessives et donc les blessures. En fait, c’est le parage excessif qui
est dangereux et qui peut favoriser le piétin. A ce jour, l’efficacité préventive du parage n’a pas
été démontrée.
Ensuite, le pédiluve peut être utilisé en prévention pendant les périodes à risque c’est-à-
dire au pâturage lorsqu’il fait chaud et humide (printemps et début de l’été).
De plus, une sélection génétique peut être mise en place avec éviction des animaux qui
ont une mauvaise conformation du pied. Chez les caprins, contrairement aux ovins, il n’a pas
été démontré de gènes de sensibilité à la maladie.
En outre, les conditions d’ambiance et l’humidité des pâtures doivent être contrôlées.

38
Enfin, la vaccination peut être une aide à la gestion du piétin (28). Elle peut être utilisée
à la fois comme mesure thérapeutique et en prévention. L’effet thérapeutique va de la réduction
de la boiterie jusqu’à la résolution des lésions. Des travaux ont montré que bien que le taux
d’anticorps diminue très rapidement après la guérison, il y a une mémoire immunitaire (23).
Les fimbriae constituent les immunogènes majeurs. Les vaccins constitués de fimbriae purifiés
sont aussi efficaces que les vaccins avec la bactérie entière. Les pili portent la spécificité de
sérogroupe. Ils sont constitués de nombreuses sous-unités peptidiques (piline) et forment de
nombreux épitopes. L’utilisation de vaccins à base de monomères de piline ne permet pas
d’aboutir à une protection malgré la production d’anticorps. Il semble donc que l’épitope
protecteur soit un épitope conformationnel. Les épitopes stimulant les lymphocytes T sont a
priori partagés par les différents sérogroupes alors que les épitopes protecteurs stimulant les
lymphocytes B sont spécifiques de chaque sérogroupe. Les premiers vaccins développés étaient
des vaccins monovalents. Ils protégeaient contre l’infection par une souche homologue et
diminuaient les signes cliniques. En revanche, leur efficacité était très limitée dans la mesure
où les animaux étaient protégés vis-à-vis d’une seule souche. Ensuite des vaccins multivalents
ont été développés mais la réponse immunitaire était en-dessous des attentes. D’une part la
protection était partielle, le titre en anticorps pour chaque sérogroupe est plus faible de 25 à
30% par rapport à un vaccin monovalent et d’autre part, l’immunité est de courte durée, moins
de 10 semaines. Par ailleurs, les vaccins avec adjuvant huileux sont plus efficaces que les
vaccins avec hydroxyde d’aluminium. Il existe actuellement un seul vaccin en France,
Footvax® qui possède une AMM uniquement chez les ovins. Il est constitué de 10 souches de
Dichelobacter nodosus inactivées et fortement piliées. L’adjuvant est huileux et implique une
administration par voie sous-cutanée stricte car c’est irritant. La primo-vaccination est réalisée
à l’aide de deux injections à 4 ou 6 semaines d’intervalle (29). Un rappel est ensuite effectué
tous les 4, 6 ou 12 mois en fonction du contexte épidémiologique. Le protocole est donc
contraignant et de plus aucune étude sur la durée de l’immunité chez la chèvre nous permet
d’adapter la fréquence des rappels.

Prenons maintenant le cas d’un élevage indemne. La prévention a pour but d’éviter
l’introduction de Dichelobacter nodosus dans l’élevage. Ainsi, des précautions sont à prendre
lors de l’introduction d’animaux dans le troupeau. Un examen des pieds minutieux doit être
réalisé pour vérifier l’absence de lésion. L’animal doit être placé en quarantaine pendant 4
semaines et un parage peut être réalisé. En cas de doute un traitement peut être réalisé ou au
moins un passage au pédiluve. Les mesures de biosécurité de manière générale sont importantes
car elles permettent d’éviter d’amener des germes de l’extérieur. Par ailleurs, il est conseillé de
séparer les caprins et les ovins au pâturage.

3. Possibilité d’une éradication

Les souches virulentes ne peuvent pas établir d’infections persistantes, cela rend
l’éradication possible. En revanche, dans le cas des formes moins sévères, l’infection peut
persister dans la couche cornée sans lésion clinique (22,25,30). L’éradication est donc plus
compliquée car il faut identifier les animaux infectés.

39
Dans les pays tempérés comme en France, les protocoles d’éradication basés sur de
longues périodes de non-transmission (temps chaud et sec) ne sont pas applicables.
L’éradication est donc plus compliquée mais reste possible.
La réforme des animaux sévèrement atteints ou infectés chroniques ou ne répondant pas
au traitement est indispensable. En effet, ces animaux constituent des sources importantes de
germes. Ensuite, les animaux atteints doivent être séparés du reste du troupeau. Concernant le
lot a priori sain, des examens réguliers des pieds doivent être effectués pour vérifier l’absence
de développement de lésions. Le lot infecté doit être traité par antibiothérapie parentérale.
Ensuite des mesures de prévention comme mentionnées plus haut doivent être mises en place
et strictement respectées.

b. Maladies bactériennes où la réglementation est contraignante


i. Les diarrhées néonatales
1. Étiologie et épidémiologie
a. Principales causes de diarrhées néonatales chez le
chevreau

Contrairement à l’agneau où les causes infectieuses sont largement prépondérantes, chez


le chevreau le rôle des agents infectieux est nettement moins bien établi. Parmi les causes de
diarrhées néonatales on peut différencier les causes infectieuses des causes nutritionnelles.
L’origine alimentaire des diarrhées néonatales chez les chevreaux est fréquente. Cependant,
plusieurs causes peuvent agir de manière concomitante ou de manière successive. Ainsi, les
colibacilloses peuvent être fréquemment suivies par une cryptosporidiose et les diarrhées
nutritionnelles peuvent fragiliser l’intestin et favoriser les diarrhées infectieuses (20).
Dans 20% des cas de diarrhées chez le chevreau, aucun agent pathogène n’est isolé (31).
Ces diarrhées sont liées à des erreurs dans la conduite alimentaire. On peut notamment citer des
problèmes de concentration de l’aliment d’allaitement ou des rations trop riches en concentrés.
Les diarrhées nutritionnelles prédisposent à une prolifération bactérienne.
Concernant les causes infectieuses, on peut citer l’origine parasitaire, virale et
bactérienne (17,20).
Cryptosporidium parvum semble être la cause la plus fréquente de diarrhées néonatales
(32). Les cryptosporidies peuvent agir seules ou en association avec des bactéries, des virus ou
encore des protozoaires. La coccidiose est une cause fréquente de diarrhée sur les chevreaux de
plus d’un mois.
Les diarrhées néonatales peuvent être d’origine bactérienne. Les colibacilloses ont un
rôle moins important chez les caprins par rapport aux autres espèces. Néanmoins, la létalité peut
atteindre 10 à 15% des chevreaux. Les clostridies dont principalement Clostridium perfringens
sont responsables d’entérotoxémies. De manière plus anecdotique, il est décrit des cas de
diarrhées néonatales à Salmonella Typhimurium principalement et plus rarement Salmonella
Dublin (31). Enfin, les diarrhées virales sont peu documentées chez les caprins mais il
semblerait que des rotavirus interviennent (32).

40
b. Principales bactéries impliquées dans les diarrhées
néonatales chez le chevreau
i. Les colibacilles

Escherichia coli est un bacille droit, Gram négatif, non sporulé. Cette bactérie est
naturellement présente dans l’intestin des animaux.
Les colibacilloses à ETEC (Escherichia coli entérotoxinogènes) regroupent en fait deux
entités (33). D’une part, les diarrhées colibacillaires qui interviennent souvent dans les 4
premiers jours de vie et d’autre part le syndrome chevreau mou sur des animaux de 8-10 jours
qui s’apparente plutôt à une septicémie. De la diarrhée peut toutefois être présente mais ce n’est
pas le symptôme dominant. Les colibacilloses sont plus fréquentes en milieu ou en fin de
période de mises bas où la pression infectieuse est plus importante.
Une étude en Espagne indique que seulement 5% des souches d’Escherichia coli isolées
sont entérotoxinogènes (32). De plus, les souches contenant le facteur d’adhésion (fimbriae) F5
semblent être d’importance limitée chez les caprins. En revanche, le facteur d’attachement F17
semble être important chez les petits ruminants mais des études épidémiologiques
supplémentaires sont nécessaires. Il faut retenir qu’une grande diversité de souches sont isolées.
Les ETEC possèdent 3 grands facteurs de virulence (33).
Les bactéries sont capables de synthétiser deux types de toxines. Premièrement la toxine
thermostable en agissant sur la guanylate cyclase entraine une augmentation du GMPc.
Deuxièmement, la toxine thermolabile en agissant sur l’adenyl cyclase induit une augmentation
de l’AMPc. Ces deux toxines altèrent le fonctionnement des entérocytes et provoquent une
hypersécrétion qui induit des fuites d’eau et d’électrolytes. En revanche ces bactéries
provoquent peu de dommages sur les entérocytes.
Ensuite, les facteurs d’adhésion ou fimbriae jouent un rôle prépondérant dans la
virulence des bactéries. En effet, c’est par l’intermédiaire de ces fimbriae que la bactérie adhère
aux entérocytes. Par ailleurs, les ETEC ne sont pas invasives.
Les EPEC (Escherichia coli entéropathogènes) sont des bactéries caractérisées par la
présence du gène eae qui code pour des intimines. Ces dernières sont des protéines de la
membrane externe qui permettent l’adhésion aux entérocytes. Les EPEC sont responsables de
lésions d’attachement-effacement qui aboutissent à la destruction de la bordure en brosse. Ces
bactéries ne produisent pas de toxine et ne sont pas invasives. La diarrhée est due à une
diminution de la surface d’absorption. La prévalence est maximale entre 8 et 14 jours.
Les EHEC (Escherichia coli entérohémorragiques) sont des Escherichia coli qui
produisent une vérotoxine similaire à la shiga-toxine. Celle-ci est codée par le gène Stx. Elles
peuvent aussi posséder le gène eae. Elles ont un fort potentiel zoonotique (34). Elles sont peu
fréquentes chez les caprins.

ii. Les clostridioses

Clostridium perfringens est l’espèce bactérienne majoritairement impliquée dans les


entérotoxémies. Toutefois, de manière plus occasionnelle, on peut retrouver Clostridium
sordellii (31). Ce sont des bacilles anaérobies, Gram positif, non mobiles et sporulés (35).

41
Tandis que Clostridium perfringens est présente naturellement dans le tube digestif des
caprins en faible quantité, Clostridium sordellii n’est pas un commensal du tube digestif. Aussi,
les entérotoxémies dues à Clostridium perfringens sont liées à une prolifération des bactéries
présentent dans le tube digestif et à une sécrétion de toxines. Les bactéries sont capables de
proliférer très rapidement dans l’intestin lorsque les conditions sont favorables. Le temps de
génération est de 8 minutes. En revanche, les entérotoxémies à Clostridium sordellii sont dues
à une contamination par voie orale. Chez le chevreau nouveau-né, la contamination a lieu par
voie orale car la flore digestive n’étant pas encore installée, elle n’exerce pas encore son effet
répresseur (36).
Clostridium perfringens est excrétée dans les fèces et persiste longuement dans le sol
sous forme de spores (36).
Différents toxinotypes existent mais Clostridium perfringens de type D semble le plus
fréquent chez les caprins (35). Le type D est responsable de la production de deux toxines α et
ε. La toxine ε est le principal facteur de virulence, elle induit la formation d’œdèmes et de la
nécrose. Clostridium perfringens produit également une entérotoxine qui provoque une fuite
d’eau et d’électrolytes (37).
Différents types de Clostridium perfringens peuvent être retrouvés en fonction de l’âge
des animaux. Ainsi, chez les chevreaux nouveau-nés on retrouve principalement Clostridium
perfringens type C. Chez les jeunes de plus de 3 semaines c’est Clostridium perfringens de type
D qui est majoritaire. Enfin chez les adultes on retrouve Clostridium perfringens de type A mais
aussi de type D et beaucoup plus rarement le type B. Clostridium sordellii est retrouvé sur toutes
les classes d’âge (36).
Les cas d’entérotoxémies sont sporadiques mais des flambées épizootiques sont
possibles du fait que tous les animaux sont soumis aux mêmes facteurs de risque (35).
L’incidence est plus fréquente en élevage intensif. Les clostridioses touchent plutôt les animaux
de moins de 3 semaines et en bon état général.
La pathogénie des entérotoxémies fait intervenir dans la plupart des cas un changement
alimentaire (35). L’animal ne digère pas bien et il s’en suit un apport massif de nutriments non
digérés dans l’intestin. En conséquence, les clostridies prolifèrent rapidement. De plus, l’excès
de carbohydrates peut réduire le péristaltisme et de ce fait les toxines sont moins bien éliminées.
La toxine ε augmente la perméabilité vasculaire et donc sa propre absorption dans la circulation
sanguine. Cela aboutit à une toxémie généralisée. La toxine induit ensuite la formation de pores
sur la membrane cellulaire aboutissant à la mort des cellules. Contrairement aux autres
ruminants, la diarrhée est un signe prépondérant lors d’entérotoxémie chez les caprins. Il
semblerait que les endotoxines induisent rapidement une accumulation de liquide dans l’intestin
avec pour conséquence une dilution des bactéries et toxines. Cela permet de modérer
l’absorption intestinale des toxines. Cette réponse physiologique semble plus longue à se mettre
en place chez les autres espèces.

c. Principaux facteurs de risque

Un poids faible à la naissance notamment relié à la taille de la portée est un facteur de


risque de colibacilloses. De même, un mauvais transfert de l’immunité maternelle par une

42
quantité de colostrum ingéré insuffisante ou une qualité insuffisante favorise la survenue de
colibacilloses. Enfin, les mâles semblent significativement plus touchés que les femelles
(31,38).
Les clostridioses sont reliées à des erreurs de conduite alimentaire (17,35). Il peut s’agir
d’un changement brusque d’alimentation. Ainsi des erreurs dans la concentration de l’aliment
d’allaitement favorisent nettement la prolifération de Clostridium perfringens. Le problème
peut également provenir de la quantité ingérée.
Pour les animaux plus âgés, les entérotoxémies peuvent faire suite à l’ingestion de
concentrés en trop grande quantité provoquant alors une acidose qui induit un déséquilibre de
la flore intestinale. De plus, l’ingestion de végétaux comme le soja ou la luzerne contenant des
anti-trypsines empêche la dégradation de la toxine.
Par ailleurs, un parasitisme important peut être à l’origine d’une atonie intestinale
favorisant alors la concentration en toxines. Un changement brutal de temps a été décrit chez
d’autres espèces comme un facteur de risque d’entérotoxémie. Ce facteur est peu documenté
chez les caprins.

2. Diagnostic
a. Aspects cliniques

La couleur de la diarrhée est très variable dans la pratique et a donc peu d’intérêt
diagnostique. On peut dénombrer plusieurs autres signes cliniques qui peuvent orienter vers
une cause (31): l’hyperthermie, la présence de sang, la faiblesse… La présence de sang évoque
une entérotoxémie en priorité. De même, l’âge d’apparition peut cibler certaines hypothèses
(Tableau II).
Les complications des diarrhées néonatales sont la déshydratation, les pertes d’électrolytes,
l’acidose et l’hypoglycémie voire l’hypothermie (20). Cliniquement cela se traduit par un
épuisement, une perte du réflexe de succion, un mufle sec, des extrémités froides et des yeux
enfoncés.
Concernant les entérotoxémies, on distingue 3 formes cliniques d’importance inégale
(17).
D’abord, une forme suraiguë qui touche essentiellement les jeunes animaux. La maladie
évolue en 24h vers la mort. L’animal devient subitement anorexique, il présente une profonde
dépression avec un inconfort abdominal marqué. Une diarrhée liquide, profuse avec du sang et
du mucus est présente. Le chevreau devient rapidement très faible et la mort intervient dans les
heures qui suivent. C’est souvent les animaux les plus beaux qui sont touchés et l’anamnèse
peut rapporter une erreur alimentaire. Le diagnostic différentiel comprendra toutes les causes
de mort subite dont notamment les intoxications par les plantes ou des produits chimiques.
Ensuite, la forme aiguë a une durée d’évolution d’environ 3-4 jours. Les signes cliniques
sont similaires à la forme suraiguë mais sont moins sévères. Une guérison spontanée est
possible mais le taux de létalité reste très élevé.
Enfin, il existe une forme chronique qui est difficile à reconnaitre car les signes sont peu
spécifiques. Elle se caractérise par des épisodes récurrents et intermittents de selles pâteuses ou

43
molles. Les animaux sont indolents, faibles et ont un appétit diminué. Cette forme provoque un
amaigrissement progressif.
Tableau II: : Principaux symptômes des agents de diarrhées néonatales (31)

Agent pathogène Maladie Age Diarrhée Autres signes


d’apparition

E. coli colibacillose < 5 jours liquide, jaune hyperthermie

chevreau mou 8-10 jours +/- de diarrhée faiblesse, décubitus

Clostridium sp entérotoxémie < 3 semaines noire, douleur abdominale,


±hémorragique mort subite

Salmonella sp salmonelloses tout âge verte, hyperthermie,


±hémorragique abattement,
septicémie

Rotavirus rotavirose < 7 jours liquide guérison spontanée


en quelques jours

Cryptosporidium cryptosporidiose 5 jours à 3 abondante, anorexie, pas de


parvum semaines jaune et fièvre
nauséabonde

b. Diagnostic nécropsique

L’autopsie peut permettre d’établir un diagnostic de suspicion (17,31). Ainsi, lors de


colibacillose on peut noter la présence d’une entérite aiguë et d’une déshydratation. Lors
d’entérotoxémie, en revanche, on peut voir une entérocolite hémorragique et/ou fibrineuse et/ou
nécrotique sévère avec une congestion de la muqueuse et parfois des ulcères. Un œdème des
nœuds lymphatiques mésentériques peut être visible. Des signes de septicémie peuvent
également être présents. De plus, lorsque l’autopsie est réalisée très rapidement après la mort,
des reins mous et pulpeux sont très évocateurs d’entérotoxémie.

c. Diagnostic de laboratoire

Les examens de laboratoires sont indispensables dans la mesure où ils permettent


d’adapter la conduite à tenir face à un épisode contagieux (17,20,31). Les prélèvements doivent
être effectués de manière précoce. Ainsi les fèces doivent être récoltées entre 24 et 48h suivant
l’apparition de la diarrhée et sont envoyées sous couvert de froid positif. Un isolement et une
identification bactérienne suivis d’un antibiogramme sont utiles concernant les colibacilloses
car les souches résistantes semblent fréquentes (31). En revanche il n’y a pas d’intérêt à
rechercher le facteur F5. En effet, comme mentionné précédemment, les E. coli F5 sont
d’importance limitée chez les caprins. La PCR peut être utile pour détecter les différents types
d’Escherichia coli (ETEC, EPEC, EHEC…) (33).

44
Lors de suspicion d’entérotoxémie, l’examen le plus simple à réaliser est un calque de
muqueuse intestinale. Ce n’est pas un diagnostic de certitude mais lorsqu’on voit une population
dominante de bacilles Gram positif, une entérotoxémie doit être suspectée fortement. On peut
aussi envoyer au laboratoire une anse intestinale ligaturée et réfrigérée très rapidement après la
mort (35,37). L’identification et le dénombrement des clostridies fourniront un diagnostic de
certitude. La recherche de la toxine est le moyen le plus fiable d’attribuer un épisode clinique à
Clostridium perfringens. Différentes techniques sont possibles comme les techniques ELISA
mais celles-ci ont une sensibilité variable. Il est décrit dans la littérature une technique ELISA
par capture polyclonale pour la toxine ε. Cette méthode a une sensibilité de 0.91 et une
spécificité de 100% (39). Un résultat positif n’est interprétable que si l’animal est cliniquement
suspect. La PCR multiplex semble être un outil efficace de détection des gènes codant pour les
toxines. Toutefois, la PCR ne détecte pas la toxine en elle-même et ne permet donc pas
d’affirmer que la toxine est responsable de la mort. De plus, ce test est uniquement qualitatif. Il
doit donc être couplé avec un dénombrement.
Il est intéressant de toujours vérifier l’absence de cryptosporidies car c’est la cause la
plus importante de diarrhées néonatales.

3. Mesures de lutte
a. Gestion thérapeutique
i. Plan thérapeutique

Le nursing joue un rôle primordial dans la gestion des diarrhées néonatales. Ainsi, les
chevreaux malades doivent être placés dans un endroit chaud avec une litière propre et sèche.
Une bonne réhydratation est nécessaire. Elle peut se faire par voie orale ou par voie
intraveineuse même si cette dernière est peu utilisée chez les caprins du fait de son coût. Par
voie orale elle consiste en l’administration de sachets de réhydratation contenant du chlorure
de sodium, du chlorure de potassium, du bicarbonate de sodium, du glucose et de la glycine en
alternance avec de petits repas de lait (17,20).
Ensuite des pansements digestifs, comme le kaolin peuvent être utiles même si leur
efficacité thérapeutique n’est pas prouvée (20).
Enfin, l’antibiothérapie fait partie intégrante du plan thérapeutique. Elle est préconisée
lorsque des signes généraux accompagnent la diarrhée (17,20).
Le pronostic lors d’entérotoxémie reste réservé malgré la mise en place d’un traitement.
Des anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent aider à gérer le choc. Par ailleurs, des sérums
hyperimmuns existent aux Etats-Unis (contre la toxine ε) et sont efficaces mais ils sont très
onéreux. De ce fait ils ne sont pas utilisés en pratique courante (35).
Le traitement ne peut être envisagé que de manière collective en raison d’une part des
effectifs, et d’autre part de la valeur propre de chaque animal (31). Aussi, le matériel
d’allaitement (louve) est utilisé pour donner les traitements. Toutefois, il est légitime de penser
que pour les animaux atteints qui sont souvent anorexiques l’observance risque d’être mauvaise.
Il faudra alors prévoir un traitement individuel pour ces animaux le temps qu’ils se remettent à
manger.

45
ii. Sensibilité aux antibiotiques

Les souches d’Escherichia coli isolées de selles diarrhéiques d’agneaux et de chevreaux


montrent des taux de résistance élevés à de nombreux antibiotiques. Dans une étude espagnole,
il est décrit que 77.2% des souches sont résistantes à au moins deux antibiotiques, 55.4% à au
moins 4 antibiotiques et 33.7% à plus de 6 antibiotiques (40). Ainsi, cette étude montre que la
plupart des souches sont multirésistantes. Chez les caprins, il est décrit des taux de résistance
élevés pour les tétracyclines (plus de 70%), la streptomycine (plus de 70%), la sulfadiméthoxine
(90.6%), la kanamycine (65.5%), la néomycine (53.1%), l’ampicilline (59.3%) et la
gentamicine (28.1%). Par contre, les souches sont hautement sensibles aux céphalosporines,
aux polymyxines et aux quinolones (40). Le rapport du Résapath sur le bilan 2017 rapporte,
pour les Escherichia coli isolées de toutes pathologies, une très faible sensibilité à
l’amoxicilline (43% soit 57% de résistance), la streptomycine (43% soit 57% de résistance), les
tétracyclines (42% soit 58% de résistance) et le triméthoprime-sulfamide (58% soit 42% de
résistance). La sensibilité est faible à moyenne pour la kanamycine (75% soit 25% de
résistance), la néomycine (80% soit 20% de résistance), la gentamicine (90% soit 10% de
résistance), les fluoroquinolones de dernière génération (entre 87 et 89% de sensibilité) et la
fluméquine (81% de sensibilité) (41). Finalement les antibiotiques qui montrent une résistance
élevée sont identiques dans les deux documents même si les taux de résistance diffèrent parfois.
Toutefois, dans le rapport du Résapath, on note que les germes sont moyennement sensibles
aux fluoroquinolones de dernières générations. En revanche, les souches isolées des diarrhées
de chevreaux semblent montrer une très bonne sensibilité à la colistine (31). De plus, cet
antibiotique n’est pas absorbé par voie digestive. Aussi, les concentrations obtenues sur le site
infectieux sont importantes.
Il est conseillé en première intention d’utiliser un antibiotique à spectre étroit Gram
négatif et qui reste dans le tube digestif. La colistine par voie orale semble être un bon candidat.
La dose conseillée est de 100 000 UI/kg une fois par jour pendant 3 jours à diluer dans le lait
(29). La seule spécialité avec de la colistine seule par voie orale disposant d’une AMM chez les
caprins est sous forme de pré-mélange. Elle possède un délai d’attente viande de 7 jours. Cette
spécialité n’est donc pas adaptée dans le cas où un faible nombre d’animaux est atteint. Le
praticien peut alors se tourner vers des spécialités possédant une AMM pour les agneaux comme
l’Acti coli®, le Cofacoli® Solution ou encore le Colivet® Solution. Ces médicaments ont un
délai d’attente viande de 1 jour chez les ovins mais pour les chevreaux, le délai d’attente
forfaitaire de 28 jours doit s’appliquer obligatoirement. Ce délai n’est malheureusement pas
compatible avec l’élevage de chevreaux qui sont abattus entre 3 et 7 semaines. L’intestivo®
(colistine et sulfaguanidine) représentait une belle alternative mais son AMM a été suspendue.
L’utilisation de la colistine est donc particulièrement contraignante chez les chevreaux. De plus,
selon la nouvelle classification de l’agence européenne du médicament, la colistine est classée
dans la catégorie B et son utilisation doit par conséquent être restreinte.
Une autre possibilité est représentée par le Flumiquil® Poudre à base de fluméquine qui
possède l’indication des infections digestives chez les chevreaux et dont le délai d’attente
viande est de 2 jours. Cette alternative présente différents inconvénients. D’une part, il s’agit
d’une molécule à spectre large et d’autre part, la sensibilité des souches à cette antibiotique est
moyenne. En outre, la fluméquine est partiellement absorbée par voie orale. Les concentrations
obtenues sur le site de l’infection sont donc moins importantes.

46
La néomycine par voie orale entre 20000 et 30000 UI/kg/jour en deux prises pendant 3
à 5 jours constitue une autre alternative. Son spectre est également large et la sensibilité des
souches est moyenne. En revanche, son absorption digestive est très faible ce qui permet
d’obtenir de bonnes concentrations en antibiotiques et donc de dépasser les CMI basées sur des
concentrations plasmatiques. L’inconvénient majeur est son délai d’attente viande long (14
jours).

Au bilan, la molécule de choix reste la colistine car elle n’est pas absorbée au niveau
digestif, son spectre est étroit et la sensibilité des bactéries est très bonne. Toutefois son
usage est particulièrement contraignant voire impossible. Les deux autres alternatives
sont imparfaites en particulier car la sensibilité des bactéries à ces molécules est moyenne.

Concernant le syndrome chevreau mou, c’est une antibiothérapie systémique et


bactéricide qui est indiquée car il s’agit d’une septicémie. La colistine constitue une fois encore
le meilleur candidat. Le Belcopéni®5 contient de la colistine et une benzylpénicilline. Il peut
être employé à la dose de 50000 UI de colistine et 30 mg de benzylpénicilline par kilogramme
de poids vif par jour en 2 prises pendant 3 jours par voie intramusculaire ou intraveineuse.
L’inconvénient majeur est son délai d’attente viande qui est très long (21 jours) surtout
lorsqu’on considère que l’incidence de la maladie est maximale vers 8-10 jours.
Clostridium perfringens est naturellement résistant aux aminosides du fait de son
caractère anaérobie. Des résistances à d’autres familles d’antibiotiques se sont développées :
macrolides, lincosamides, tétracyclines et les phénicolés (42). Le taux de résistance aux β-
lactamines et aux quinolones semblent rester faible (42). L’antibiothérapie vise à limiter la
prolifération bactérienne. Toutefois le traitement est souvent décevant une fois que la maladie
est déclarée (35). Il n’est donc pas forcément justifié de mettre en place une antibiothérapie.
L’ampicilline par voie orale peut néanmoins être utilisée selon l’AMM.

b. Gestion prophylactique
i. Prophylaxie sanitaire

Les mesures de prophylaxie sanitaire sont très importantes dans la gestion des cas de
diarrhées néonatales. Premièrement, à court terme, l’éleveur doit vérifier la qualité du colostrum
et sa bonne prise par les chevreaux. De plus, la qualité de l’allaitement artificiel doit être
surveillée notamment en termes de concentration. Deuxièmement, à moyen terme, la gestion
des introductions permet d’éviter l’entrée de pathogènes pour lesquelles les mères ne sont pas
immunes. Par ailleurs, l’ambiance dans l’élevage doit faire l’objet du plus grand soin. L’éleveur
doit faire attention à l’humidité, la densité, la ventilation. La séparation des classes d’âge est
primordiale pour éviter la transmission de pathogènes aux plus jeunes qui ne sont pas encore
capables de se défendre.

47
ii. Prophylaxie médicale

Les mesures de prophylaxie médicale sont limitées. Concernant la vaccination contre


les colibacilloses, les souches vaccinales ne sont pas en adéquation avec les souches rencontrées
en élevage caprin. En effet, chez les caprins, l’importance des souches F5 est très faible. De
plus, les vaccins contiennent souvent beaucoup de valences ce qui semble diminuer leur
efficacité (31).
Pour ce qui est de l’entérotoxémie, la vaccination a un intérêt limité dans la mesure où
cette maladie peut être facilement évitée par une bonne gestion de l’allaitement artificiel. En
outre, les vaccins sont souvent incomplets. Afin d’avoir une protection maximale, les valences
nécessaires sont Clostridium perfringens types A, C, D et Clostridium sordellii. Aucun vaccin
disponible sur le marché ne regroupe l’ensemble de ces valences (tableau III) (29).

Tableau III: Vaccins disponibles chez les caprins contre l'entérotoxémie (Salles Elodie)

Nom déposé Cible Type de Remarques


vaccin
Coglamune® C. perfringens types A, vaccin inerte ne protège pas contre C.
C, D (anatoxine) sordellii (16% des souches
isolées) et Cl septicum (1% des
cas)
Coglavax® C. perfringens types A, vaccin inerte ne protège pas contre C.
B, C, D (anatoxine) sordellii (16% des souches
C. chauvoei isolées)
C. novyi
C. septicum
C. tetani
Miloxan® C. perfringens type B, vaccin inerte ne protège pas contre C.
C, D (anatoxine) perfringens type A
C. chauvoei
C. novyi
C. septicum
C. tetani
C. sordellii

ii. Le syndrome mycoplasmique


1. Étiologie et épidémiologie
a. Les agents étiologiques
i. Généralités

Les mycoplasmes appartiennent à la classe des mollicutes et au genre Mycoplasma. Ils


sont dépourvus de paroi du fait de la perte des gènes codant pour sa biosynthèse ce qui les rend
peu résistants dans l’environnement (43). Ils sont sensibles aux hautes températures (5 minutes
à 60°C) (44). L’absence de paroi est également responsable de leur résistance naturelle aux β-
lactamines. Les mycoplasmes possèdent un tout petit génome et 16% du génome est consacré

48
au changement d’une seule protéine de surface (45). Les protéines de surface constituent un
facteur de pathogénicité important. Les mycoplasmes sont caractérisés par une grande
hétérogénéité antigénique. Les capacités de biosynthèse limitées de Mycoplasma spp. font de
ces bactéries des parasites avec une spécificité d’hôte.

ii. Facteurs de virulence

Les adhésines permettant l’adhésion aux cellules hôtes sont un facteur de virulence
majeur qui permet l’invasion des cellules (45). Les mycoplasmes sont capables d’établir des
contacts étroits avec les cellules hôtes. Cela permet l’accumulation des produits du métabolisme
comme les radicaux libres et provoque des dommages sur la membrane des cellules hôtes.
Par ailleurs, les mycoplasmes développent des mécanismes moléculaires
d’échappement au système immunitaire (45,46). Le premier mécanisme est celui du mime
moléculaire. Il s’agit d’épitopes qui sont partagés par les mycoplasmes et les cellules hôtes. Le
second mécanisme concerne la variation antigénique c’est-à-dire le changement des protéines
membranaires de surface. Il repose sur des réarrangements d’ADN modulant ainsi l’expression
des gènes. Le génome des mycoplasmes contient également des séquences répétitives d’ADN
qui facilitent les réarrangements. Le troisième mécanisme est leur capacité de survie à
l’intérieur des cellules. Il découle de ces différents mécanismes l’existence de nombreuses sous-
populations, qui expriment un répertoire unique de protéines de surface, au sein de la population
de mycoplasmes. Le système immunitaire s’attaque à la sous-population dominante ce qui
permet aux autres sous-populations de se multiplier. Puis le système immunitaire oriente sa
réponse vers la nouvelle sous-population dominante. On assiste ainsi à des cycles.
Enfin, les mycoplasmes modulent le système immunitaire (46). Les lipoprotéines
particulièrement nombreuses dans la membrane des mycoplasmes induisent la production de
cytokines pro-inflammatoires qui causent notamment des dommages cellulaires. En outre, des
superantigènes seraient responsables de l’activation de nombreux lymphocytes T à l’origine
d’une inflammation intense. Des études complémentaires sont nécessaires concernant ces
superantigènes.

iii. Les espèces impliquées dans le syndrome


mycoplasmique caprin

Deux groupes de mycoplasmes sont responsables du syndrome mycoplasmique chez les


caprins (20,43,47,48). Mycoplasma agalactiae, pathogène prépondérant chez les ovins, est un
mycoplasme peu impliqué dans l’agalactie contagieuse des caprins. Les mycoplasmes du
groupe mycoides sont en revanche très souvent retrouvés. Ils comprennent Mycoplasma
mycoides mycoides Large Colony (ou Mycoplasma mycoides subsp capri), Mycoplasma
capricolum subsp capricolum et Mycoplasma putrefasciens. Ce dernier a un pouvoir pathogène
intermédiaire entre les mycoplasmes majeurs et les mycoplasmes opportunistes.

49
b. Epidémiologie
i. Généralités

Le bilan 2003-2007 du Vigimyc confirme que Mycoplasma mycoides subsp mycoides


LC est le plus fréquemment isolé dans le cas du syndrome mycoplasmique caprin (44% des
mycoplasmes isolés). Mycoplasma capricolum subsp capricolum représente 26% des
isolements et Mycoplasma putrefasciens 14% (49). Enfin, Mycoplasma agalactiae constitue
uniquement 2% des souches isolées chez les caprins (Figure 2).
L’agalactie contagieuse des petits ruminants est inscrite sur la liste des maladies de
l’OIE du fait de son important impact économique. Le syndrome mycoplasmique est
responsable de diminution de la production laitière, de mortalité, de retard de croissance, de
réformes précoces et les mesures de contrôle sont coûteuses (50).
En France, il est possible de distinguer deux zones géographiques. D’une part les Alpes
avec la Savoie et la Haute-Savoie qui sont des zones d’enzooties historiques dues à Mycoplasma
agalactiae (47). D’autre part, les autres bassins de production laitière caprine où on enregistre
des cas sporadiques essentiellement liés à Mycoplasma mycoides subsp mycoides LC.

14% Mycoplasma mycoides


2% subsp mycoides LC
Mycoplasma capricolum
subsp capricolum
44%
14% Mycoplasma
putrefasciens
Mycoplasma agalactiae

autres
26%

Figure 2 : Fréquence de l'isolement des différentes souches de mycoplasmes chez les caprins (Salles Elodie)

ii. Évolution dans le troupeau

L’évolution de la maladie repose sur l’existence de porteurs sains.


Ensuite, il est possible de distinguer deux types de facteurs favorisants l’apparition des
signes cliniques (51).
D’une part, on retrouve les facteurs liés à l’animal qui sont responsables de variations de la
sensibilité à la maladie. On peut citer l’âge, les jeunes font des formes plus graves notamment
septicémiques, le sexe et le stade physiologique. En effet, les femelles en lactation sont plus
sensibles à la maladie.

50
D’autre part, les facteurs liés au milieu favorisent le déclenchement des signes cliniques. On
peut donner à titre d’exemple les stress divers comme la traite, l’alimentation, le bâtiment,
l’agrandissement du troupeau ou encore la présence de maladies intercurrentes.
Une fois introduite dans le troupeau, la maladie se propage rapidement et peut atteindre
l’ensemble du lot en 3 à 4 semaines (47).
La persistance clinique est en générale de l’ordre de plusieurs mois en l’absence
d’intervention thérapeutique ou d’abattage. On peut même observer des récidives lors de la
lactation suivante soit sur les mêmes animaux soit sur d’autres animaux du lot. La maladie peut
alors persister dans un élevage pendant plusieurs années (47).
Chez les caprins, différents mycoplasmes peuvent intervenir en même temps au sein
d’un lot et aussi sur un même animal (50).

iii. Les sources de mycoplasmes et voies de


pénétration

Les réservoirs de bactéries sont constitués par les animaux malades qui sont
généralement de forts excréteurs et les porteurs sains. Les animaux sauvages pourraient être des
réservoirs. Le portage auriculaire de mycoplasmes est fréquent et propre aux caprins. Les
hypothèses avancées concernant l’origine de ce portage sont l’intervention de vecteurs
hématophages comme des acariens ou bien ce portage serait une conséquence de la bactériémie.
La colonisation de l’oreille pourrait aussi se faire par voie oro-nasale ou par lésion de la
membrane tympanique (50).
Les animaux infectés excrètent les mycoplasmes dans le lait, les sécrétions respiratoires,
les fèces, les urines et les sécrétions génitales (44,51). Pour les femelles en lactation, la
principale voie d’excrétion est la voie galactophore. Les bactéries survivent une à deux
semaines dans l’environnement qui peut constituer un réservoir transitoire.
Différents modes de transmission sont décrits (43,47,51). Concernant la transmission
horizontale, la voie de contamination majeure est la voie diathélique. Ainsi, la traite joue un
rôle prépondérant dans la transmission indirecte. La colonisation diathélique est favorisée par
des défauts techniques comme le phénomène d’impact ou des défauts du matériel de traite et
par l’absence générale d’antisepsie des trayons chez les petits ruminants. Les vecteurs sont
évoqués comme acteur de transmission indirecte mais leur rôle reste à éclaircir. On peut
également citer une transmission horizontale directe à partir des animaux excréteurs pour les
formes respiratoires celle-ci nécessite des contacts étroits. La transmission vénérienne est
suggérée par le fait que des mycoplasmes sont isolés dans le sperme et le tractus génital femelle.
En ce qui concerne la transmission verticale, la contamination par voie orale est une voie
majeure en particulier chez les jeunes qui s’infectent lors de l’ingestion du colostrum. La
contamination in utero est également possible.
L’infection d’un élevage indemne fait fréquemment suite à l’introduction d’animaux
porteurs de mycoplasmes.

51
2. Diagnostic
a. Diagnostic clinique
i. Généralités

Le syndrome mycoplasmique est une maladie protéiforme. Ainsi on peut distinguer


différentes catégories de symptômes diversement associés dans un troupeau et au cours du
temps. On décrit 3 types de localisation : la mamelle, les articulations et les poumons
(43,44,47,50). L’expression clinique est différente en fonction de l’âge des animaux atteints et
de la souche à l’origine de l’infection. De plus, les associations de plusieurs mycoplasmes sont
assez fréquentes au sein de l’élevage et sur un même animal.
Les animaux adultes sont essentiellement concernés par les symptômes mammaires qui
interviennent plutôt en début de lactation. La production laitière diminue et les femelles en
lactation présentent des mammites. Les symptômes articulaires sont possibles et caractérisés
par des (poly)arthrites et donc des boiteries voire une incapacité à se déplacer. Les pneumonies
sont également possibles. Contrairement aux ovins, la kératoconjonctivite est rare.
Chez les jeunes, ce sont les symptômes articulaires qui dominent le tableau. Ainsi, on
observe des polyarthrites sur les chevreaux de 15 jours à 3 semaines. Les pneumonies ont
tendance à être plus fréquentes chez les chevrettes. La mort brutale par septicémie est également
possible chez les jeunes animaux.

ii. Expression clinique en fonction de l’espèce de


mycoplasme

Mycoplasma mycoides subsp capri provoque de l’hyperthermie. Le tableau clinique est


caractérisé par des mammites, des arthrites, des pneumonies et des septicémies. Des
avortements ont également été rapportés. La période d’incubation est de 4-5 jours. La morbidité
et la mortalité chez les jeunes peuvent dépasser 90%. Le mode d’expression clinique de la
maladie varie de suraigu à subaigu (45,48). La maladie est contagieuse car il a été démontré
que des animaux mis au contact d’animaux infectés expérimentalement tombaient malades (48).
Dans les infections à Mycoplasma capricolum subsp capricolum la fièvre est un signe
important chez les jeunes mais peut être de courte durée et passer inaperçue chez les adultes.
Les symptômes mammaires sont moins prédominants que pour Mycoplasma mycoides subsp
mycoides. La durée d’incubation est d’environ 3 jours. Les septicémies sont également
possibles. La forme aiguë est caractérisée par une polyarthrite fibrinopurulente sévère. On peut
aussi observer une pneumonie interstitielle ou fibrineuse. La mortalité et la morbidité sont
élevées. Le mode d’expression clinique de la maladie varie de suraigu à subaigu (45,48).
Le tableau clinique d’une infection à Mycoplasma putrefaciens ne montre ni fièvre ni
septicémie. On note principalement des mammites et de l’agalactie. Les chevreaux infectés par
voie orale, intranasale, intramusculaire ou intrapéritonéale ne développent aucun signe clinique.
Les arthrites sont possibles mais rares. Les symptômes pulmonaires ne sont pas présents. La
maladie évolue sur un mode subaigu (45,48).
Les infections à Mycoplasma agalactiae sont clairement dominées par les symptômes
mammaires. Les symptômes articulaires sont assez fréquents tandis que les symptômes

52
pulmonaires sont assez rares. On peut noter la présence de fièvre. La maladie évolue d’un mode
aigu à un mode chronique. La forme chronique se caractérise par des mammites subcliniques
et des cas sporadiques de mammites cliniques. La morbidité est élevée et le taux de mortalité
peut atteindre 25% (45,48).

iii. Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel d’une chute de production laitière est à faire avec les origines
alimentaires d’abord (20). Il peut s’agir d’une ration insuffisante ou à l’inverse d’une ration
trop riche ou encore déséquilibrée. Il faut alors rechercher des signes d’acidose,
d’entérotoxémie et vérifier l’état corporel des animaux.
Ensuite, les mammites cliniques ou subcliniques à Staphylocoques peuvent être
responsables d’une baisse de production laitière.
Enfin, le parasitisme et les affections chroniques telles que le virus de l’arthrite
encéphalite caprine (CAEV) ou la paratuberculose sont à l’origine de baisses de production.
Le diagnostic différentiel des arthrites comprend toutes les autres bactéries responsables
d’arthrites (E. coli, le bacille du Rouget, les streptocoques, Klebsiella pneumoniae) et le CAEV
(20). Il faut toutefois préciser que les mycoplasmes constituent l’agent étiologique majeur des
arthrites.
Enfin, concernant le diagnostic différentiel des pneumonies, il se rapporte
principalement aux pasteurelloses.

b. Diagnostic nécropsique

Décrivons d’abord les lésions articulaires. A l’autopsie, on peut observer des arthrites
fibrino-purulentes (45,48). Le liquide synovial est très modifié avec la présence d’un exsudat
jaune filandreux. Des érosions du cartilage sont visibles sur des chevreaux qui survivent plus
de 7 jours. Le tissu sous-cutané péri-articulaire contient souvent un liquide rouge gélatineux.
Une ténosynovite est également fréquente.
Concernant les lésions pulmonaires, on peut observer une augmentation de la quantité
de liquide pleural, des adhérences fibrineuses entre les lobes pulmonaires et avec la paroi
thoracique. Sur le poumon, on peut voir des zones de consolidation, de l’atélectasie et un
exsudat fibrineux. Les lésions pulmonaires incluent également de la bronchiectasie et de
l’œdème pulmonaire (45,48). Certains auteurs avancent que les lésions pulmonaires sont
dépendantes de la voie d’entrée du pathogène. Ainsi, une contamination par voie respiratoire
aboutirait à des lésions similaires à celle de la pleuropneumonie contagieuse caprine. En
revanche, une dissémination par voie hématogène provoquerait plutôt une pleurésie et une
pneumonie interstitielle. A l’histologie, il s’agit d’une pneumonie interstitielle diffuse sévère
(48).
Enfin, on peut citer des lésions sur d’autres organes. Les reins, le foie et la rate sont
souvent congestionnés et de taille augmentée. On note souvent une adénomégalie sur différents
nœuds lymphatiques. Une péritonite et une péricardite sont également régulièrement observées.
De nombreux micro-thrombus peuvent être présents.

53
c. Diagnostic de laboratoire
i. Indication du diagnostic de laboratoire

On peut citer différents éléments qui conduisent à une suspicion de mycoplasmose.


Ainsi, une diminution de production laitière avec une augmentation des cellules somatiques
associées à des signes cliniques de mammites, d’arthrites et de pneumonies sont des éléments
cliniques en faveur d’une hypothèse de mycoplasmose. Cette hypothèse est renforcée par
l’historique d’un stress dans l’élevage. Le diagnostic étiologique est indispensable car les
symptômes ne sont pas pathognomoniques.

ii. Diagnostic direct

Différents prélèvements sont envisageables pour réaliser un diagnostic direct (47): lait
(individuel ou de tank), liquide articulaire voire le membre entier, poumons, écouvillon du
conduit auditif externe. L’écouvillon doit être placé dans un milieu bactériologique spécifique.
Les prélèvements doivent être envoyés rapidement et sous couvert de froid.
Un isolement à l’aide de milieux de culture spécifiques est réalisé. C’est pourquoi la
recherche de mycoplasmes doit être demandée de manière explicite (45). La pousse bactérienne
prend entre 1 et 5 jours. Les inconvénients de la culture sont donc le délai de réponse et le
manque de sensibilité. La difficulté de culture des mycoplasmes explique l’absence de données
de sensibilité. La réalisation d’un antibiogramme classique n’est en effet pas possible. Ensuite,
une identification de l’espèce bactérienne est indispensable car comme nous le verrons
ultérieurement certaines souches de Mycoplasma capricolum subsp capricolum présentent des
résistances. Elle est réalisée en routine par un test d’immuno-adsorption sur filtre (MF dot) avec
l’aide d’anticorps polyclonaux. Cette méthode est facile, rapide et standardisée. De plus, elle
permet de détecter des mélanges de mycoplasmes (47). De nombreuses autres techniques
existent mais ne seront pas développées ici.
La PCR temps réel permettrait un réel progrès en termes de délai de réponse, de
sensibilité et de spécificité (52). Toutefois, cette technique n’est utilisable aujourd’hui que pour
identifier Mycoplasma agalactiae. En effet, pour les espèces du groupe mycoides, la PCR se
heurte à un certain nombre d’obstacles. Ainsi, certaines séquences ne sont pas suffisamment
conservées au sein des (sous-)espèces. De plus la sensibilité ne semble pas suffisante pour
s’affranchir d’un enrichissement préalable (43). Néanmoins, une étude de 2010 est très
encourageante concernant l’intérêt de la PCR pour identifier les mycoplasmes dans les conduits
auditifs (53). Aussi, la PCR apparait extrêmement sensible pour détecter Mycoplasma mycoides
subsp capri (99.16%) contrairement à la culture (47.08%). La valeur prédictive positive est de
97.22% pour la PCR contre 36.08% pour la culture.
Pour confirmer une suspicion on peut prélever du lait de tank avec éventuellement une
ou deux analyses individuelles de lait sur des chèvres malades. Sur les chevreaux on prélève du
liquide articulaire de manière stérile et/ou du poumon à l’occasion d’une autopsie.

54
iii. Diagnostic indirect

Au sein du groupe mycoides, il existe des relations antigéniques étroites qui sont à
l’origine de réactions croisées. De ce fait les techniques sérologiques sont très difficilement
utilisables (47).
Les techniques ELISA ne peuvent être envisagées que dans le cadre d’un diagnostic de
troupeau (51). Pour Mycoplasma agalactiae, une technique ELISA est utilisable (43). Elle doit
être accompagnée de la réalisation d’un diagnostic direct.

3. Mesures de lutte
a. Gestion thérapeutique
i. Généralités sur le traitement

Les mesures thérapeutiques reposent sur la mise en place d’une antibiothérapie


systémique sur tous les malades mais aussi sur les animaux ayant été en contact avec les
malades (métaphylaxie). La durée de l’antibiothérapie doit être de 8 à 10 jours au moins (47).
Les caractéristiques que doit avoir l’antibiotique sont une activité sur les germes dépourvus de
paroi, une bonne diffusion tissulaire, un passage dans le lait. Les antibiotiques de choix
fréquemment cités dans la littérature sont les macrolides, les fluoroquinolones et les
tétracyclines (45,50,51). On retrouve aussi mais de manière moins fréquente le florfénicol qui
est interdit chez les espèces productrices de lait et la tiamuline qui ne possède pas d’AMM en
espèce caprine. L’objectif de l’antibiothérapie est d’empêcher la mortalité, d’améliorer l’état
clinique voire de guérir cliniquement les animaux et la reprise de la lactation. L’objectif de
guérison bactériologique n’est jamais atteint (45). En effet, les antibiotiques utilisés
couramment sont bactériostatiques or les mycoplasmes parviennent à échapper au système
immunitaire. Il est important de préciser, par ailleurs, que dans le cas des arthrites la guérison
est illusoire une fois la maladie déclarée. Les antibiotiques sont alors utilisés en prévention.
Le traitement est très fortement déconseillé dans les départements avec une prophylaxie
purement sanitaire (Pyrénées-Atlantiques, Savoie, Haute-Savoie). Dans les autres
départements, le traitement reste souvent décevant concernant le rapport coût-bénéfice (43).

ii. Sensibilité aux antibiotiques

Concernant les données sur la sensibilité aux antibiotiques des mycoplasmes elles sont
lacunaires. En effet, comme mentionné précédemment, les contraintes techniques de culture
empêchent le développement d’un test officiellement reconnu et standardisé pour évaluer la
sensibilité d’un isolat mycoplasmique. Le réseau Vigimyc (49) a de ce fait mis en place un test
calqué sur les méthodes d’évaluation de CMI en milieu gélosé utilisées pour les mycoplasmes
humains.
Les résultats montrent que Mycoplasma mycoides subsp capri, Mycoplasma capricolum
subsp capricolum et Mycoplasma putrefaciens présentent des CMI très faibles vis-à-vis des
macrolides et des fluoroquinolones. Les CMI pour les tétracyclines sont un peu plus élevées.
Toutefois certaines souches récentes en particulier de Mycoplasma capricolum subsp

55
capricolum sont devenues très peu sensibles aux macrolides (CMI> 8µg/mL). De ce fait, le
réseau Vigimyc s’engage à effectuer un test de sensibilité lorsqu’une souche de Mycoplasma
capricolum subsp capricolum est isolée. Pour Mycoplasma agalactiae on note une baisse
générale de la sensibilité aux antibiotiques sauf pour les fluoroquinolones. Une étude
concernant la sensibilité de Mycoplasma mycoides subsp capri rapporte également des CMI
faibles vis-à-vis de la clindamycine et de la tylosine et une bonne sensibilité aux
fluoroquinolones et aux tétracyclines (54).
La tylosine (Tylan® ou Axentyl®) peut tout de même être utilisée en première intention
à la dose de 10 mg/kg par jour par voie intramusculaire. Toutefois, la durée de traitement
conseillée est de 8 à 10 jours ce qui ne correspond pas à l’AMM. Il faut de ce fait appliquer un
délai d’attente lait forfaitaire de 7 jours et un délai d’attente viande de 28 jours. Ce délai
d’attente est donc particulièrement contraignant et surtout pour les chevreaux dont la durée
d’élevage est courte. La métaphylaxie étant nécessaire, le traitement impose des pertes
économiques très importantes puisque l’éleveur doit jeter son lait pendant toute la durée du
traitement puis encore pendant 7 jours après la fin du traitement ! De plus, l’efficacité du
traitement n’est pas assurée car certains mycoplasmes montrent une sensibilité faible à la
tylosine. Enfin, ce traitement est contraignant pour l’éleveur puisqu’il impose une contention
quotidienne des animaux pour leur faire une injection pendant 8 à 10 jours !
Une autre alternative est représentée par la lincomycine associée à la spectinomycine
(Linco-spectin®) à éviter sauf éventuellement sur les jeunes animaux car ce produit ne peut pas
être utilisé pour les femelles laitières y compris les futures reproductrices dans les 2 mois qui
précèdent le part (29). De plus, la durée de traitement de 8 à 10 jours ne correspond pas à
l’AMM et impose donc l’application d’un délai d’attente viande forfaitaire de 28 jours après
arrêt du traitement. Ce n’est donc là encore pas compatible avec l’élevage des chevreaux.

Les fluoroquinolones sont les seuls antibiotiques qui ne montrent actuellement


aucune baisse d’efficacité sur les infections mycoplasmiques. Toutefois, ce sont des
antibiotiques critiques et leur emploi n’est donc pas envisageable en première intention
sans analyse de la sensibilité du germe. Finalement, le praticien dispose de peu
d’alternatives et celles-ci sont insatisfaisantes. Dans ce contexte il est primordial de
réaliser des prélèvements afin d’identifier la présence éventuelle de Mycoplasma
capricolum subsp capricolum.

Dans les élevages atteints de mycoplasmose, il serait nécessaire de traiter les chèvres au
tarissement contre les mycoplasmes. Afin d’éviter l’exposition de la flore commensale, un
traitement intra-mammaire est indiqué. Il n’existe pas de traitement intramammaire avec AMM
chez les caprins contenant un macrolide. Le Speciorlac® (spiramycine et néomycine) est une
spécialité utilisable chez les bovins qui semble montrer une bonne efficacité sur les mammites
mycoplasmiques des caprins au tarissement (55). Les éleveurs doivent cependant être prudents
concernant les résidus dans le lait puisqu’il n’existe pas d’étude de clairance permettant
d’établir si le délai d’attente forfaitaire est suffisant. Cela impose donc de tester le lait avant de
le remettre dans le tank. Une autre alternative consiste à utiliser la tylosine par voie systémique
mais la flore commensale est alors particulièrement exposée.

56
b. Gestion prophylactique
i. Prophylaxie sanitaire

Dans un élevage atteint, la prophylaxie sanitaire vise à limiter l’extension de la maladie


(45,47,51). Il faut donc veiller à séparer les chevreaux de la mère le plus rapidement possible
et le colostrum devra être thermisé. L’isolement des malades ainsi que l’hygiène générale sont
indispensables. Récemment, une étude a mis en évidence la capacité des mycoplasmes à former
des biofilms (43,56). Cela renforce la nécessité d’accorder une attention particulière au
nettoyage, désinfection de la machine à traire et des locaux d’élevage. Enfin, en ce qui concerne
la traite, il faudra veiller à contrôler la machine à traire. De plus il est conseillé d’adopter une
nouvelle organisation de traite. Premièrement, il est préconisé de mettre en place un post-
trempage. Deuxièmement, l’ordre de traite avec en premier les primipares puis les multipares
présumées saines et enfin les contaminées est une mesure importante. Pour finir, la réforme des
animaux malades est à envisager car les animaux restent infectés à vie. Il faut tout de même
préciser que la mesure de prophylaxie sanitaire idéale et la plus efficace reste l’abattage total
du troupeau.
Dans un élevage indemne, les mesures de prévention sont identiques. Il faut toutefois
ajouter que la maîtrise des facteurs de stress (alimentation, logement …) est importante pour
éviter l’émergence de cas cliniques. De plus, des précautions doivent être prises concernant les
introductions d’animaux. Ainsi, il est conseillé de vérifier le statut du cheptel de départ
notamment par un diagnostic direct sur le lait de tank (47).

ii. Prophylaxie médicale

En élevage atteint, il est conseillé de réaliser systématiquement un traitement au


tarissement avec du Speciorlac®. En effet, cette spécialité contient un macrolide (spiramycine).
Ce traitement ne possède pas d’AMM chez les caprins (29).
Il n’existe pas actuellement en France de vaccin contre l’agalactie contagieuse. Cela est
lié aux difficultés d’élaboration du vaccin (50,51,57). En effet, les propriétés des mycoplasmes
ont des conséquences sur la conception d’un vaccin en raison de leurs protéines membranaires
hypervariables. De ce fait, les vaccins inactivés ont une efficacité limitée à la seule souche
vaccinale. De plus, les lots de vaccins peuvent être hétérogènes car il est techniquement
impossible de stabiliser la souche cultivée. Par ailleurs, le syndrome mycoplasmique est
fréquemment le fait de plusieurs espèces de mycoplasmes concomitantes.
Dans la littérature on peut trouver quelques données sur l’efficacité des vaccins présents
notamment en Espagne (57). Il en ressort que l’adjuvant semble être un élément important de
l’efficacité des vaccins. Les résultats paraissent meilleurs avec des adjuvants complexes plutôt
que l’hydroxyde d’aluminium. Par ailleurs, il faut préciser qu’il est difficile d’évaluer
réellement l’efficacité d’un vaccin. En effet, il est important de distinguer l’efficacité protectrice
(au niveau de l’expression clinique ou de l’excrétion des bactéries) de l’immunogénicité qui
elle est mesurable par le titrage des anticorps. De plus, les anticorps vaccinaux ne peuvent pas
être distingués des anticorps post-infectieux. Par conséquent, un cheptel vacciné doit être
considéré comme potentiellement contaminé. L’utilisation des vaccins vivants est à proscrire
en raison du risque de diffusion de la souche vaccinale.

57
Les vétérinaires français peuvent avoir recours à une procédure d’importation dans le
cadre de la cascade. La demande doit être formulée par le vétérinaire de l’élevage auprès de la
DDPP (Direction Départementale de Protection des Populations).
Différents objectifs peuvent être visés par la vaccination (57). Premièrement, le but peut
être l’assainissement voire l’éradication. Cela implique d’abord que le vaccin soit capable de
réduire l’excrétion bactérienne et ensuite que la lutte soit collective. Deuxièmement, l’objectif
peut être uniquement la réduction du nombre de cas cliniques. Dans ce cas le choix de la
vaccination est individuel mais cela assure la pérennité de l’infection au sein des cheptels.
L’intérêt de la vaccination dans un troupeau infecté n’est pas démontré. De plus le bénéfice
d’une vaccination d’urgence semble mince puisque la durée d’installation de la réponse
immunitaire correspond au délai de contamination de l’ensemble du cheptel. Finalement, la
vaccination pourrait avoir un intérêt dans le cas d’un troupeau n’ayant jamais déclaré l’agalactie
contagieuse, en zone infectée ou dans les cheptels en lien épidémiologique avec un foyer.
Les protocoles vaccinaux sont souvent contraignants avec deux injections de primo-
vaccination et une injection de rappel tous les 4 à 6 mois.

iii. Les pneumonies enzootiques


1. Épidémiologie et étiologie
a. Une association de malfaiteurs

Les cas de pneumonies enzootiques sont reliés à une dégradation des facteurs
environnementaux et/ou un stress. Ainsi, la température, l’excès ou au contraire l’insuffisance
de ventilation, l’humidité et l’excès d’ammoniac sont à l’origine d’une ambiance défavorable.
A cela s’ajoute le stress lié au mode d’élevage. En effet, une densité trop importante, un mélange
des classes d’âge, un transport ou un déséquilibre dans la ration provoquent un stress qui peut
rendre le système immunitaire moins efficace. De nombreux agents infectieux peuvent alors
coloniser la muqueuse respiratoire et occuper le système immunitaire. Ce dernier est alors
affaibli et permet la colonisation par les pasteurelles qui sont isolées dans 70% des prélèvements
(20).
Parmi les agents infectieux qui préparent le terrain on peut citer des virus et des
bactéries. L’intervention des virus est assez mal documentée chez la chèvre mais le
parainfluenza de type 3, un adénovirus, un coronavirus, le CAEV (Caprine Arthritis
Encephalitis Virus) pourraient notamment être impliqués (Figure 3) (58). Concernant les
bactéries, on retrouve les mycoplasmes en priorité (M. mycoides mycoides, M. capricolum
capricolum, M. agalactiae, M. mycoides capri) mais aussi d’autres bactéries comme
Corynebacterium, Klebsiella, les colibacilles, Chlamydia psitacii, Trueperella pyogenes, etc …
Concernant les pasteurelles, Mannheimia haemolytica biotype A2 représente 51% des
isolements, vient ensuite Pasteurella multocida (14%) et Bibersteinia trehalosi (4%) (20,59).

58
Facteurs environnementaux dégradés et stress d'élevage

Température, ventilation, humidité, ammoniac Densité, transport, allotement, ration, écornage

De nombreux agents infectieux s'installent dans l'appareil respiratoire inférieur

virus (PI3, adénovirus, VRS, autres bactéries (Chlamydia,


mycoplasmes
CAEV ...) colibacilles, corynebacterium...)

Le système immunitaire est occupé permettant la colonisation par les pasteurelles

Mannheimia haemolytica biotype


Pasteurella multocida (14%) Pasteurella trehalosi (4%)
A2 (51%)

Figure 3 : Pathogénie des pneumonies enzootiques (Salles Elodie)

b. Caractéristiques bactériologiques

Les pasteurelles sont des bacilles ou cocco-bacilles Gram négatif non sporulés, aéro-anaérobie
facultatifs (18). Mannheimia haemolytica entraîne une hémolyse bêta.
Les pasteurelles sont des bactéries commensales obligatoires des muqueuses des voies
respiratoires supérieures (naso-pharynx, bouche, amygdales). Chez les caprins on retrouve
essentiellement le biovar 2 de Mannheimia haemolytica (20).
On dénombre un certain nombre de facteurs de pathogénicité (18).
D’abord, ces bactéries possèdent une capsule qui permet l’adhésion aux cellules
épithéliales. Elle confère de plus une résistance à la phagocytose et à la lyse par le complément.
Ensuite, il s’agit de bactéries Gram négatif et par conséquent, leur membrane externe
est constituée de lipopolysaccharide (LPS). Dans les voies respiratoires, le LPS se fixe sur les
membranes cellulaires et active le complément. En conséquence, les neutrophiles sont attirés et
il se forme des œdèmes et des hémorragies.
Des protéines et lipoprotéines de la membrane externe protègent Mannheimia de la
phagocytose.
Les pasteurelles sont capables de fixer la transferrine ce qui leur permet de capter le fer
nécessaire à leur croissance.
Mannheimia synthétise également une leucotoxine qui entraîne la lyse des
polynucléaires neutrophiles et des plaquettes avec pour conséquence une réaction
inflammatoire importante, une thrombose vasculaire et une exsudation de fibrine.
Il est aussi décrit des enzymes qui faciliteraient la colonisation des muqueuses.

59
2. Diagnostic
a. Diagnostic épidémio-clinique

Le diagnostic différentiel comprend les mycoplasmoses, les cas individuels de


pneumonie bactérienne et les pneumonies parasitaires (Muellerius capillaris, Protostrongylus,
Dictyocaulus filaria) (58,60).
Le diagnostic est d’abord épidémiologique. Premièrement, les animaux concernés sont
parfois très jeunes mais ce sont surtout les chevrettes. En outre, la maladie apparait souvent 3 à
6 semaines après un stress. Elle peut être caractérisée par deux épisodes consécutifs : d’abord
des cas de mort subite puis des pneumonies.
Le diagnostic est ensuite clinique. On distingue 3 formes cliniques.
Premièrement, une forme suraiguë septicémique qui est caractérisée par des morts
subites. Cette forme touche le plus souvent les animaux de moins de 3 semaines.
Ensuite il existe une forme aiguë classique avec d’abord de l’abattement, de
l’hyperthermie, de l’épiphora, et du jetage muco-purulent puis de la toux avec de la dyspnée et
de l’anorexie.
Enfin, une forme chronique est également décrite. Elle se manifeste par une
hétérogénéité dans les lots avec des retards de croissance. Une légère toux et de la dyspnée
peuvent être présentes.
Ces deux dernières formes touchent les chevrettes (17,20).

b. Diagnostic nécropsique

L’autopsie de quelques animaux peut être riche en informations (20). On peut ainsi
retrouver lors de pasteurellose de la congestion, un œdème et de l’exsudation au niveau du
poumon. Une hépatisation du parenchyme pulmonaire peut être présente et la couleur du
poumon varie entre le rouge dans le cas des formes aiguës et le gris dans les formes chroniques.
Un épanchement fibrineux est possible.

c. Diagnostic de laboratoire

Le diagnostic de laboratoire est indispensable dès les premiers cas pour identifier
précisément les agents en cause car il s’agit d’une pathologie collective. Différents
prélèvements peuvent être effectués. Si des autopsies sont réalisées alors on peut prélever un
morceau de poumon lésé. Sinon, on peut effectuer une aspiration trans-trachéale ou encore un
lavage broncho-alvéolaire. Les échantillons sont ensuite mis en culture. Le laboratoire réalise
une identification et un sérotypage (par agglutination sur lame souvent) (61). Un antibiogramme
est indispensable à la mise en place d’un traitement d’une part, car il s’agit d’une pathologie
collective qui peut s’étendre très rapidement et d’autre part, car peu d’antibiogrammes sont
réalisés sur des pasteurelles caprines et ne permettent pas la réalisation d’une antibiothérapie
probabiliste fiable (41).
La responsabilité est attribuée à un agent lorsque les éléments épidémiologiques,
cliniques et les résultats d’analyses convergent. Il est important de compléter le diagnostic
microbiologique par l’analyse des facteurs de risque.
60
3. Mesures de lutte
a. Gestion thérapeutique
i. Généralités

La prise en charge des pneumonies repose sur la mise en place d’un traitement
comprenant un antibactérien et un anti-inflammatoire.
Concernant les caractéristiques recherchées de l’antibiotique, il doit se concentrer dans
les poumons, l’observance doit être facile car l’effectif d’animaux à traiter est souvent important
et il doit être efficace sur les pasteurelles.
Aussi, on privilégiera un traitement par voie veineuse et si possible longue action. Les
antibiotiques qui se concentrent dans le parenchyme pulmonaire regroupent les macrolides, les
fluoroquinolones (surtout les molécules de 3ème génération), le florfénicol et les tétracyclines.

ii. Sensibilité aux antibiotiques

Les Pasteurellaceae sont modérément sensibles aux macrolides anciens comme la


spiramycine et la tylosine. Dans le rapport du Résapath, la tylosine n’est même pas testée (41).
Mais des études montrent l’absence totale de sensibilité des différentes pasteurelles à la tylosine
(62). Or le traitement des pasteurelloses figure dans les indications d’utilisation de la tylosine
(29). Le rapport du Résapath sur les données de 2017 montre l’absence de résistances
particulières des pasteurelles chez les caprins (41). Aucun macrolide n’était testé, les
pasteurelles sont sensibles entre 89 et 96 % aux fluoroquinolones. Le florfénicol affiche une
sensibilité de 98%. Pour les tétracyclines, la sensibilité est de 80%. En outre, on peut trouver
dans la littérature une faible sensibilité de B. trehalosi aux tétracyclines (45.5%). En revanche
100% des pasteurelles isolées dans cette étude sont sensibles à la tulathromycine qui est un
macrolide (62).

iii. Intérêt de la tulathromycine

Des études tendent à montrer que la tulathromycine aurait des propriétés bactéricides
contrairement aux autres macrolides (62).
La pharmacocinétique de la tulathromycine est par ailleurs similaire chez les caprins par
rapport aux bovins (tableau IV) (63). La distribution tissulaire de la tulathromycine est
également semblable dans les deux espèces. La persistance dans le tissu pulmonaire est longue,
comme chez les bovins (0.96 mg/g à 5 jours post-injection). La concentration dans les poumons
augmente proportionnellement à la dose injectée.
Le rapport AUC/CMI est utilisé comme indicateur de l’efficacité de l’antibiotique (s’il
est supérieur à 25). Ici ce rapport vaut 39.3 pour M. haemolytica, 78.7 pour B. trehalosi et 157.3
pour P. multocida (63).
Cet antibiotique semble donc très intéressant. Une seule injection est nécessaire (62).
La tulathromycine (Draxxin®) n’a cependant pas d’AMM chez les caprins. Elle ne peut pas
être utilisée sur les femelles gestantes ou en lactation. Cette molécule peut être employée en

61
première intention à la dose de 2.5 mg/kg une seule fois par voie sous-cutanée uniquement sur
les chevrettes non gestantes. Cet antibiotique ne convient pas non plus aux chevreaux car il faut
appliquer un délai d’attente viande forfaitaire de 28 jours, non compatible avec la durée de leur
élevage.
Le florfénicol ne peut pas non plus être utilisé chez les animaux producteurs de lait.
Malheureusement, les seuls antibiotiques autorisés chez les caprins et pour l’indication
pathologies respiratoires sont la fluméquine, la tylosine et l’oxytétracycline pour lesquels des
résistances sont rapportées. Concernant l’oxytétracycline, elle peut être utilisée chez les
animaux non sevrés par voie orale (Tetrasolub®), à la posologie de 20 mg/kg/jour pendant 3 à
5 jours en deux prises dans le lait ou l’eau de boisson (29). Le délai d’attente viande est de 7
jours. Pour les ruminants, une forme longue action représente une bonne alternative
(Duphacycline® LA) car l’injection est à renouveler éventuellement toutes les 72 heures. La
posologie est de 20 mg/kg en intramusculaire, une seule fois et à renouveler éventuellement 72
heures plus tard (29). Le délai d’attente lait est de 5 jours ce qui n’est pas négligeable. Cette
forme peut également être utilisée pour les animaux non sevrés fortement atteints et
potentiellement anorexiques. La fluméquine représente une autre alternative. Elle est utilisée à
la dose de 12 mg/kg une fois par jour pendant 5 jours (29). La fluméquine n’est disponible que
par voie orale qui n’est pas adaptée aux ruminants.

Finalement, la molécule efficace sur les pasteurelloses des caprins et pratique pour
l’éleveur (une seule injection), la tulathromycine, a une utilisation particulièrement
restreinte du fait du délai d’attente forfaitaire qu’elle implique et de l’impossibilité de
l’utiliser sur les femelles gestantes ou en lactation. En pratique, elle ne peut être utilisée.
Il ne reste alors au praticien que des molécules pour lesquelles des résistances sont
décrites. Le taux de résistance à la fluméquine est inférieur au taux de résistance à
l’oxytétracycline, toutefois, la fluméquine ne peut être utilisée que sur les animaux non
sevrés. La réalisation d’un antibiogramme est indispensable car le risque d’échec
thérapeutique est important.

Dans le cas de pneumonie enzootique, la métaphylaxie semble particulièrement indiquée.

Tableau IV: Comparaison des caractéristiques pharmacocinétiques de la tulathromycine chez les caprins et les bovins
(Salles Elodie)

Cmax (ng/mL) Tmax AUC (ng/mL) ½ vie

Vaches 300 à 1300 11200-18700 87-110 h

Jeunes caprins 988 10580 ± 2743 59.1 h

Caprins adultes 1185 13.3 min 7918 ± 1594 61.2 h

62
b. Gestion prophylactique
i. Prophylaxie sanitaire

Il faut dans un premier temps isoler les malades. En effet, les bactéries se transmettent
par contact direct avec un animal malade.
Ensuite, il est primordial d’améliorer les conditions d’ambiance par une ventilation
adéquate, un paillage suffisant et une température correcte. De plus, le mélange des classes
d’âge doit être évité autant que possible (58).
Par ailleurs, une bonne prise colostrale favorise l’immunité des jeunes animaux.
Enfin, il peut être nécessaire de vérifier l’équilibre alimentaire et les apports en oligo-
éléments (iode, sélénium, vitamine A, zinc) (20).

ii. Prophylaxie médicale

Le vaccin Salmopast® qui dispose d’une AMM dans l’espèce caprine pour la prévention
des pasteurelloses est un vaccin inerte à base d’antigènes (29). Il ne possède pas la valence
Mannheimia haemolytica biotype A2 qui est la plus fréquemment rencontrée. Il est donc peu
efficace. En revanche, le vaccin Ovilis® Pastovax qui a une AMM chez les ovins, contient cette
souche et également différentes souches de B. trehalosi. En revanche, il ne contient pas la
valence Pasteurella multocida ce qui pourrait limiter son efficacité. Il permet toutefois de
diminuer la mortalité (64)

c. Maladies bactériennes où l’arsenal thérapeutique est


insuffisant : les mammites
i. Etiologie et épidémiologie des mammites chez les caprins
1. Les germes dans la mamelle
a. Généralités
i. Germes impliqués dans les mammites cliniques
chez les caprins

Staphylococcus aureus est le germe le plus fréquemment isolé dans les prélèvements de
lait de mammites cliniques. On retrouve également mais de manière plus occasionnelle des
streptocoques, des entérobactéries, des pasteurelles, des corynébactéries, Pseudomonas
aeruginosa, Aspergillus fumigatus et dans certains élevages infectés par l’agalactie contagieuse
des mycoplasmes (65,66). Ainsi, Staphylococcus aureus a un rôle prépondérant dans les
mammites cliniques mais les staphylocoques à coagulase négative (SCN) sont des agents
fréquents de mammites cliniques évoluant sur un mode aigu à subaigu. Les mammites cliniques
sont plus fréquentes en début ou en fin de lactation (20,66–68).

63
Concernant les mammites gangréneuses, Staphylococcus aureus est le germe le plus
fréquemment isolé (60% des cas). Des streptocoques (9% des cas), Clostridium perfringens
(6% des cas) et Escherichia coli (5% des cas) peuvent également être responsables de
mammites gangréneuses (69).

ii. Germes impliqués dans les mammites


subcliniques chez les caprins

De nombreuses études ont été réalisées concernant l’étiologie des mammites


subcliniques (20,66,67). Il en ressort que les SCN sont largement prédominants devant
Staphylococcus aureus qui détient la plupart du temps le deuxième rang (70). Néanmoins, selon
les études la fréquence d’isolement est différente allant de 16.7 à 95.2% de SCN isolés (71–73).
Parmi les SCN on distingue différentes espèces : S. caprae et S. epidermidis sont les plus
fréquentes, S. hyicus, S. intermedius, S. simulans, S. xylosus sont également rencontrées (74).
De même, la fréquence d’isolement de Staphylococcus aureus varie en fonction des études de
9 à 35.4%. Contrairement aux vaches laitières, les streptocoques et entérobactéries ont un rôle
limité. Les corynébactéries sont rarement isolées.

b. Bactériologie et facteurs de virulence

Les staphylocoques sont des coques Gram positif, aéro-anaérobies facultatifs (12,66).
Ces germes sont des commensaux cutanéo-muqueux. Les staphylocoques possèdent de
nombreux facteurs de virulence. On peut distinguer 3 catégories de facteurs de pathogénicité
(75): les protéines sécrétées, les protéines de surface et les composants de la paroi. Différents
rôles sont attribués à ces facteurs et différents gènes ont été découverts (76,77).
Premièrement, on peut citer des facteurs qui permettent l’adhésion aux cellules et tissus
de l’hôte. Ainsi, environ 15 gènes codent pour différents types d’adhésines : les protéines
d’adhésion à la fibronectine (gènes fnbA et fnbB), les protéines qui fixent le fibrinogène (gènes
fib, clfA, clfB), l’adhésine qui lie le collagène (cna), l’adhésine qui lie l’élastine (ebpS) et les
protéines qui ont un large spectre d’adhésion (map). Il existe aussi des adhésines sécrétées par
Staphylococcus aureus : une protéine d’adhésion au fibrinogène (gène Fib) et la staphylokinase
(gène Sak) qui interagit avec le plasminogène.
Deuxièmement, certains facteurs sont impliqués dans l’échappement ou l’inhibition des
défenses immunitaires. Ainsi, les toxines sécrétées par Staphylococcus aureus peuvent avoir
une action cytolytique. On peut citer comme exemple les hémolysines (gènes hla, hlb, hld, hlg,
hlg-2) et les leucocidines (gènes lukS-PV, lukF-PV, lukM, lukD-lukE). Des entérotoxines,
responsables de TIAC (toxi-infection alimentaire collective) chez l’homme, peuvent également
être sécrétées. Toutes ces protéines constituent également des superantigènes. En effet, elles
induisent une activation non spécifique des lymphocytes T aboutissant à une prolifération
polyclonale et à un relargage massif de cytokines.
Troisièmement, les enzymes sécrétées permettent la destruction des tissus de l’hôte :
protéases, lipases, hyaluronidases, collagénases.
La formation de biofilm (gène bap) est potentiellement le facteur de virulence le plus
important. En effet, le biofilm a un rôle dans l’adhésion aux tissus de l’hôte mais aussi
l’échappement au système immunitaire par masquage des antigènes. Ainsi, la formation de

64
biofilm permet la persistance bactérienne sur les tissus mammaires internes et externes. Les
souches productrices de biofilm sont fréquentes : 45% des souches de staphylocoques (SCN ou
Staphylococcus aureus) seraient capables de produire du biofilm. En revanche, aucune
association entre le gène codant la formation du biofilm et la résistance aux antibiotiques n’a
été démontrée (78).
Il a été montré que les souches de Staphylococcus aureus impliquées dans les mammites
des petits ruminants ont des profils de gènes relativement proches ce qui n’est pas le cas chez
les bovins. Cela suggère une spécificité d’hôte. On peut constater que certains gènes sont
présents chez 100% des souches quelle que soit l’espèce animale (clfa, clfb, epS, fib, fnbA, hla,
hlb, hld, hlg-2), ils concernent certaines protéines d’adhésion et les hémolysines. D’autres gènes
présentent une forte prévalence indépendamment de l’espèce animale (fnbB, lukD-lukE). Cela
suggère que ces facteurs de virulence jouent un rôle très important lors de l’infection par les
staphylocoques (77).
Les SCN peuvent posséder les mêmes facteurs de virulence. 60 à 80% des souches de
SCN seraient hémolytiques et seraient donc responsables de taux cellulaires plus élevés (65,66).

2. Epidémiologie des mammites chez les caprins


a. Epidémiologie descriptive des mammites caprines

Les mammites cliniques évoluent généralement selon un mode sporadique. L’incidence


est en principe inférieure à 5% ce qui est très faible par rapport aux vaches laitières. Toutefois
des épizooties ou des enzooties de mammites cliniques sont possibles et la morbidité peut
dépasser 50% du troupeau. La persistance au cours de la lactation et pendant le tarissement est
très probablement élevée. Les mammites cliniques interviennent essentiellement au cours du
premier tiers de gestation et un peu moins fréquemment en fin de gestation (65,66).
La contamination du lait par Staphylococcus aureus présente une saisonnalité. Ainsi,
l’isolement de Staphylococcus aureus est plus fréquent au début du printemps et en peri-partum
(68,79).
La prévalence des mammites subcliniques est mal connue chez la chèvre car l’indicateur
utilisé classiquement chez la vache laitière (comptage en cellules somatiques) est difficilement
interprétable chez la chèvre dans la mesure où la sécrétion lactée est apocrine. Toutefois, la
prévalence pourrait atteindre 70% du troupeau (20).
Du fait de l’origine staphylococcique prépondérante des mammites subcliniques, la
persistance pendant la lactation est importante. De plus, les germes ne sont pas non plus toujours
éliminés pendant la période sèche. Ainsi, les taux de guérison spontanée se situent entre 12,2%
et 45% selon les études (80,81). Les différences de persistance peuvent être expliquées par des
différences de pathogénicité entre les espèces et plus particulièrement les souches de SCN mais
aussi en fonction de l’ancienneté et de la sévérité des infections. Il semblerait que
Staphylococcus epidermidis soit responsable d’une persistance plus longue (20% infections
persistent plus de 6 mois) que Staphylococcus caprae (0% infections persistantes au-delà de 5
mois) (70). Néanmoins, les études se contredisent à ce sujet (75). La persistance des infections
dépend également de l’immunité de l’hôte.

65
b. Réservoirs et transmission

Les réservoirs primaires sont constitués par les mamelles infectées et les lésions
infectées des trayons (20,65,66). Les staphylocoques sont naturellement présents sur la peau
saine et persistent dans le matériel de traite (canalisations et lactoducs). Aussi, la machine à
traire et de manière plus anecdotique les mains du trayeur peuvent constituer des réservoirs
secondaires qui sont occupés de manière transitoire par les germes. Ainsi, une étude a montré
que le portage nasal ou sur les mains de Staphylococcus aureus concernait 33% des personnes
testées et que Staphylococcus aureus était détecté dans les biofilms des installations de traite de
4 élevages sur 10 (79). La persistance dans la mamelle est favorisée par l’insuffisance de
détection précoce des mammites et le défaut d’élimination par traitement ou réforme. En ce qui
concerne la persistance des germes dans les lésions, celle-ci est facilitée par l’absence
d’antisepsie des trayons. Une étude a montré que Staphylococcus aureus est fréquemment
retrouvé sur la muqueuse vaginale des chèvres : cela concerne 45% des chèvres après le part
(82). Ainsi ce portage pourrait contribuer à la dissémination des bactéries.
Le principal mode de dissémination des germes est la traite. Les bactéries pénètrent par
le canal du trayon. La pénétration est favorisée par le phénomène d’impact (20,65,66).

c. Facteurs de risque

La prévalence des mammites peut varier en fonction de différents facteurs (20,65).


D’abord, le taux d’atteinte peut varier en fonction de facteurs liés aux animaux. Ainsi,
la prévalence augmente avec le rang de lactation.
Concernant les facteurs liés au milieu, la conception et le réglage de la machine à traire
ainsi que la technique de traite peuvent favoriser les infections mammaires. Les mesures mises
en œuvre pour éliminer les infections influencent la persistance des germes.

La susceptibilité des animaux aux infections mammaires dépend également de différents


facteurs (20,65).
Premièrement, les facteurs de réceptivité interviennent sur les défenses siégeant au
niveau du trayon. On distingue d’abord les facteurs liés à l’animal. Ainsi, la conformation du
canal du trayon (diamètre, élasticité du sphincter, replis de la muqueuse) peut faciliter ou non
l’ascension des bactéries. Ensuite, le fonctionnement du canal (renouvellement des cellules, le
flux de lait) peut favoriser l’élimination des germes. De plus, la base de la mamelle lorsqu’elle
se situe en-dessous des jarrets peut faciliter la contamination (83). Par ailleurs, on peut citer des
facteurs techniques. L’influence de la traite mécanique (niveau de vide, fréquence de pulsation,
durée de la traite) est peu démontrée chez les caprins qui semblent moins sensibles que les
bovins à ces facteurs. Enfin, la réalisation d’un traitement au tarissement peut fragiliser les
défenses du trayon par traumatisme lors d’administration diathélique.
Deuxièmement, les facteurs de sensibilité interviennent sur les défenses cellulaires et
humorales de la mamelle. Concernant les facteurs liés à l’animal on peut citer les différences
individuelles par exemple concernant l’activité phagocytaire des polynucléaires neutrophiles
qui pourrait être plus faible chez certains animaux. Ces paramètres de l’immunité mammaire
sont relativement méconnus chez les caprins. De plus, un excès d’azote, des carences en
vitamine A et β-carotène ou en vitamine E et sélénium peuvent favoriser l’expression clinique
d’infections préexistantes. Les facteurs de variation de la vidange de la glande mammaire
66
peuvent également influencer l’immunité mammaire. Ainsi la sur-traite favorise une
hyperkératose du trayon.

ii. Diagnostic
1. Diagnostic clinique
a. Trois catégories de symptômes

Les mammites peuvent s’exprimer sur un mode suraigu, aigu, subclinique ou chronique.
L’examen clinique des chèvres peut mettre en évidence 3 grandes catégories de
symptômes (17,20).
Premièrement, il peut y avoir des signes fonctionnels : ils concernent la quantité et la
qualité de la production laitière. Ainsi, lors d’infections mammaires, la production laitière peut
diminuer. C’est surtout le cas lors d’infection par des pathogènes majeurs (84). En revanche, la
baisse de production laitière est plus faible et variable concernant les infections à pathogènes
mineurs (SCN). Par ailleurs, le lait peut présenter un aspect modifié : couleur, présence de
grumeaux, de pus. Les symptômes fonctionnels sont bien souvent les seuls présents lors de
mammites subcliniques.
Deuxièmement, des symptômes locaux peuvent être présents. On peut ainsi repérer les
signes classiques de l’inflammation : mamelle gonflée, chaude et douloureuse et parfois rouge.
Une suppuration peut être présente dans le parenchyme et les nœuds lymphatiques rétro-
mammaires peuvent être hypertrophiés.
Troisièmement, des signes généraux peuvent apparaitre dans le cas de mammites
cliniques. Il s’agit d’une baisse d’appétit, d’un abattement et de fièvre.
Il est important de reconnaitre les symptômes lors de mammite chronique afin de bien
identifier les animaux à réformer. Tout d’abord, avant la traite il est possible de remarquer une
asymétrie entre les deux hémi-mamelles. Ensuite, après la traite, une palpation soigneuse
permet de repérer des indurations nodulaires ou focales et une hypertrophie des nœuds
lymphatiques rétromammaires.

b. Cas de la mammite gangréneuse

Lors de mammite gangréneuse, des signes généraux sont présents : anorexie, dépression,
hyperthermie. Une mort subite est possible.
On peut distinguer 3 stades de la maladie (12,20,69).
Lors du stade précoce, les signes locaux incluent une hyperhémie, un œdème, une
douleur prononcée et une chaleur au niveau de la mamelle. Les lésions impliquent d’abord le
trayon et la portion distale de la demi-mamelle puis elles s’étendent jusqu’à l’attache de la
mamelle. Concernant les symptômes fonctionnels, la sécrétion mammaire est en petite quantité.
L’aspect est aqueux et sanguinolent.
Ensuite, le stade intermédiaire est atteint au bout de 2-3 jours. L’animal présente une
grande dépression et devient particulièrement réticent à se déplacer. Pour ce qui est des
symptômes locaux, on note une distension extrême de la mamelle (sa taille initiale est multipliée
par 2 ou 3), une couleur noire et une extension à la zone d’attachement de la mamelle. En
revanche, la douleur est plus modérée. De plus, la mamelle a une consistance plus molle (signe

67
du godet positif). Au bout de 4 à 5 jours, la peau devient bleue et on peut voir des excoriations
de la peau. Entre 6 et 8 jours, la mamelle est froide, insensible et une mauvaise odeur peut être
présente. Une zone rouge sombre apparait à la périphérie des lésions. La desquamation est si
importante qu’on peut visualiser le derme. Un exsudat séreux est présent.
Enfin, concernant le stade final, on peut sentir des crépitations sous-cutanées. La
mamelle est de taille réduite et de couleur grise. Elle finit par se détacher.
Les signes cliniques sont liés à l’action de l’α-toxine nécrosante. Les lésions résultent
d’une thrombose veineuse qui aboutit à une nécrose.
Les deux hémi-mamelles sont touchées dans 69% des cas (69).

2. Détection de l’inflammation
a. Le comptage des cellules somatiques

Le dénombrement des cellules somatiques a pour but de mettre en évidence l’existence


d’une inflammation mammaire. En effet, chez la vache ces cellules représentent les leucocytes
(lymphocytes, polynucléaires neutrophiles, macrophages…) et sont donc le reflet de la mise en
place d’une réponse immunitaire lorsque leur taux augmente. Théoriquement, dans une
mamelle parfaitement saine, il devrait y avoir le même nombre de cellules somatiques que de
leucocytes dans le sang.
Le comptage des cellules présente des particularités chez la caprins. En effet, de
nombreux facteurs interviennent dans les variations des concentrations en cellules somatiques.
Il faut d’abord faire des rappels de physiologie mammaire chez la chèvre. Ainsi, contrairement
aux bovins, les caprins ont une sécrétion lactée apocrine (66). Par conséquent, des particules
cytoplasmiques anucléées, issues de la portion apicale des cellules sécrétrices, et des cellules
épithéliales sont retrouvées dans le lait. Le problème vient du fait que ces éléments sont d’une
taille identique aux cellules somatiques et sont donc comptés dans les CCS (comptage en
cellules somatiques) par les appareils de mesure. C’est pourquoi chez la chèvre on tolère des
taux cellulaires beaucoup plus élevés que chez la vache.
Pour que le comptage soit fiable il est nécessaire de différencier les leucocytes des
cellules épithéliales et particules cytoplasmiques. Ainsi, la coloration au vert de méthyl-
pyronine permet de mettre en évidence l’ADN pour le vert de méthyl et l’ARN pour la pyronine.
Par conséquent, les particules cytoplasmiques apparaissent de couleur rouge ou rose et les
chromosomes sont en bleu (12). Toutefois cette technique est de réalisation délicate. Le
compteur Delaval montre une haute corrélation (95 %) des comptages obtenus avec la
coloration au vert de méthyl-pyronine (17).
Concernant les facteurs de variations des CCS on peut distinguer premièrement des
facteurs infectieux. La présence d’une mammite clinique ou subclinique augmente de manière
significative les CCS (84). Les pathogènes majeurs (Staphylococcus aureus) entraînent une
augmentation plus importante des cellules que les SCN (70,74). De plus, l’espèce de SCN est
un facteur de variation de l’augmentation des CCS. Ainsi, S. caprae semble provoquer une
augmentation plus importante des cellules que les autres SCN (70). Par ailleurs, le CAEV peut
être à l’origine d’une augmentation des cellules somatiques. En outre, il existe des facteurs non

68
infectieux de variation des concentrations en cellules somatiques (65,66). On peut citer le stade
de lactation, le rang de lactation et les facteurs d’élevage.
Une association a été démontrée entre le taux cellulaire et la culture bactérienne positive
(85). Ainsi, les concentrations en cellules somatiques mesurées avec par exemple un compteur
Delaval peuvent prédire une infection mammaire. Toutefois, l’interprétation des résultats doit
se faire avec prudence et en prenant en compte les autres facteurs de variation des CCS (73).
Ainsi, l’éleveur doit enregistrer l’ensemble des évènements dans l’élevage (mise à l’herbe,
modification de la machine à traire, vaccination, traitement, chaleurs…). De plus c’est la
répétition des comptages qui permet de conclure. L’interprétation est possible à partir de 15-20
jours après la mise bas et jusqu’à 250 jours de lactation. Ainsi, on considère qu’une chèvre est
présumée infectée par un pathogène mineur si au moins deux comptages cellulaires individuels
sont supérieurs à 750 000 cellules par millilitre. De plus, une chèvre est présumée infectée par
un pathogène majeur si au moins trois comptages individuels sont supérieurs à 2 millions de
cellules par millilitre (20).

b. Mise en évidence d’une inflammation mammaire par le


CMT

Le California Mastitis Test (CMT) est un test dont le principe est de mélanger le lait de
chaque hémi-mamelle avec un réactif. Ce dernier réagit avec les cellules du lait pour former un
gel visqueux. Cette technique permet donc d’approcher de manière indirecte les taux cellulaires.
Il s’agit d’une mesure semi-quantitative. Chez les caprins, on emploie une grille simplifiée à 4
scores : 0= absence de réaction, 1= traces, 2= réaction positive, 3= réaction fortement positive
(20).
Le coefficient de corrélation entre le CMT et les CCS chez la chèvre varie entre 0.57 et
0.83 selon les études. De plus, le CMT et la bactériologie sont corrélés (coefficient entre 0.6 et
0.8) (65). Ainsi, on constate une forte association entre un score de CMT supérieur ou égal à 2
et une culture bactérienne positive.
Il est nécessaire de se fixer un seuil d’interprétation. 93% des animaux qui présentent
un score de 0 ou 1 sont sains. Un score de 2 ou 3 permet de détecter la quasi-totalité des
infections à pathogène majeur. En revanche la détection des mammites à pathogène mineur est
imprécise. La plus haute sensibilité et spécificité est obtenue lorsqu’on fixe comme seuil de
positivité un score strictement supérieur à 1 (85). La sensibilité est alors de 0.63, la spécificité
de 0.87 et la valeur prédictive négative dépasse 90% (80). Toutefois ces valeurs semblent varier
selon les études. Ce test présente une valeur prédictive négative supérieure à sa valeur prédictive
positive. Cela signifie qu’il y a peu de faux négatifs mais en revanche les faux positifs sont
possibles (12). Aussi, un test négatif implique que la chèvre a toutes les chances d’être saine.
Au contraire un test positif est d’interprétation plus délicate. Le CMT semble donc plutôt
constituer une mesure complémentaire dans le diagnostic des mammites subcliniques et plus
particulièrement dans la détection des animaux à ne pas traiter au tarissement. De plus, son
usage est limité par les cadences de traite.

69
c. Autres techniques de mise en évidence d’une
inflammation mammaire chez la chèvre

Chez la vache, il a été démontré que la MAA (milk amyloid A) était significativement
corrélée avec les concentrations en cellules somatiques (R²=0.67, p<0.001). La MAA est
mesurée grâce à un kit ELISA. Des études sont nécessaires pour éprouver ce test chez les
caprins. Il faut préciser que la SAA (serum amyloid A) n’est en revanche pas corrélée aux CCS
(75,86).

3. Détection de l’infection

Le recours à la bactériologie est exceptionnel lors de mammites cliniques sporadiques.


En effet, la comparaison du coût de l’analyse avec le prix d’une chèvre de réforme est souvent
rédhibitoire. En revanche, lors d’incidence importante, la bactériologie peut être utile
notamment pour distinguer les staphylocoques et les mycoplasmes (20,65).
La PCR temps réel a l’avantage de pouvoir différencier les staphylocoques à coagulase
négative producteurs de β-lactamases (87). Cela présente un intérêt lorsqu’on estime qu’environ
50% des SCN sont producteurs de β-lactamases. La PCR est une technique rapide mais souvent
coûteuse. De plus les kits sont souvent plus adaptés aux bovins. Un test rapide est intéressant
dans le cas de mammites cliniques. En revanche, lors de mammites subcliniques on privilégiera
plutôt le faible coût que la durée de l’analyse.

iii. Mesures de lutte


1. Gestion thérapeutique
a. Mesures thérapeutiques lors de mammites cliniques chez
les caprins
i. Généralités

L’objectif du traitement lors de mammite clinique est d’éviter la mort et de permettre la


réforme dans de bonnes conditions.
Différentes mesures thérapeutiques peuvent être associées mais la mesure principale est
l’antibiothérapie. Cette dernière est souvent réalisée par voie générale chez les caprins en
lactation mais la voie diathélique peut être utilisée en complément. Le traitement doit être
instauré de manière précoce souvent avant les résultats de bactériologie (88).
Concernant les mesures complémentaires, les traites répétées sont indispensables car
elles permettent l’élimination des germes. L’utilisation d’ocytocine peut aider la vidange
mammaire (65). L’administration d’anti-inflammatoire peut apporter du confort à l’animal en
limitant la composante douloureuse.

70
ii. Antibiothérapie

L’antibiotique idéal par voie parentérale regroupe différentes caractéristiques. D’abord,


il doit avoir une activité vis-à-vis des SCN et de Staphylococcus aureus. Par ailleurs, l’atteinte
de la mamelle et l’élimination dans le lait dépend des caractéristiques physico-chimiques et de
la fixation aux protéines. Ainsi, l’antibiotique doit être une base faible, liposoluble et faiblement
fixé aux protéines. En effet, le lait a un pH inférieur à celui du sang. De ce fait, les bases faibles
ont tendance à se concentrer dans le lait et passe dans le parenchyme avant d’être éliminées
dans le lait. Un antibiotique acide se concentre généralement 1000 fois moins dans le lait qu’une
base faible (12). Aucun antibiotique ne possède toutes ces caractéristiques.
Les antibiotiques très liposolubles sont les macrolides, les fluoroquinolones, le
florfénicol et la doxycycline (12). Ces 4 molécules antibiotiques se concentrent dans la mamelle
et ont un spectre d’activité qui comprend les staphylocoques. La liposolubilité est modérée pour
les tétracyclines, les sulfamides et les lincosamides. La pénéthacilline contrairement aux autres
β-lactamines est basique et sa distribution tissulaire est large.
Concernant la distribution dans la mamelle après administration intra-mammaire, elle
est bonne pour l’ampicilline, les céphalosporines de première et de deuxième génération (12).
La diffusion dans la mamelle est plus limitée pour la cloxacilline. Les aminosides sont
hydrosolubles et de ce fait la diffusion dans la mamelle est particulièrement faible.
Les staphylocoques se localisent profondément dans la mamelle. Aussi, l’atteinte du
parenchyme est certainement favorisée par l’utilisation d’antibiotiques parentéraux qui se
concentrent dans le parenchyme. En effet, les antibiotiques par voie diathélique diffusent peu
dans le parenchyme mammaire. L’administration systémique est de plus particulièrement
indiquée lorsque la maladie évolue rapidement ou que des signes systémiques sont présents. Il
en est de même lorsque des débris inflammatoires bouchent le canal du trayon. Enfin, les abcès
sont très difficilement atteignables pour les antibiotiques par voie locale. Par ailleurs,
Staphylococcus aureus est intracellulaire facultatif ce qui encourage l’utilisation des
macrolides.
Pour obtenir une guérison bactériologique il est parfois nécessaire de prolonger le
traitement de 2-3 jours par rapport à ce qui est recommandé chez les bovins (88).

iii. Sensibilité aux antibiotiques

Face à l’étiologie staphylococcique prépondérante, le praticien doit toujours avoir en


tête la possibilité d’être confronté à des SARM (Staphylococcus aureus Résistant à la
Méthicilline). Toutefois, il semble que les SARM soient peu fréquents dans les mammites
caprines (89). Une technique RAPD (amplification aléatoire d’ADN polymorphe) a été
développée pour discriminer les souches de Staphylococcus aureus. Les segments d’ADN sont
amplifiés au hasard et analysés par électrophorèse. Ainsi, trois amorces semblent montrer une
bonne discrimination des SARM (90). Par ailleurs, une étude en Arabie Saoudite a montré que
l’ensemble des SARM isolés étaient multirésistants mais que certaines souches de
Staphylococcus aureus sensibles à la méthicilline peuvent être multirésistantes (91). De plus,
cette étude a également montré que les grands effectifs sont un facteur de risque de la présence
des SARM.

71
Bien que les SARM soient rares chez les caprins, des travaux ont montré que 56% des
Staphylococcus aureus et 41.3% des staphylocoques à coagulase négative isolés sont résistants
à au moins un antibiotique. Concernant Staphylococcus aureus des taux de résistance élevés
ont été détectés vis-à-vis de la kanamycine (28%), l’oxytétracycline (16%) et l’ampicilline
(12%). Les SCN présentent également des résistances vis-à-vis de l’ampicilline (36%) et la
kanamycine (6.7%) (92).
Une étude italienne a testé la sensibilité de souches de Staphylococcus caprae et
Staphylococcus epidermidis vis-à-vis de différents antibiotiques (Figures 3 et 4) (70). La
benzylpénicilline présente une très bonne efficacité à la fois sur Staphylococcus caprae et
Staphylococcus epidermidis. L’association amoxicilline et acide clavulanique ainsi que le
céphalonium montrent une efficacité satisfaisante sur les deux espèces. Les macrolides
(érythromycine et tilmicosine), les aminosides (kanamycine) et les tétracyclines montrent une
faible activité sur ces deux germes. Une autre étude italienne réalisée sur différentes espèces de
SCN arrive également à ce même constat (93). Il en ressort de plus que la sensibilité aux
antibiotiques varie beaucoup en fonction des espèces de SCN et il est donc nécessaire de réaliser
dans ce cadre un diagnostic bactériologique ainsi qu’un antibiogramme dans le cas d’enzootie.
La tylosine et le florfénicol ne sont pas testés dans ces études. Le bilan du Résapath 2017 chez
les bovins montre une bonne sensibilité des staphylocoques à coagulase positive vis-à-vis de
ces deux molécules (respectivement 97 et 99%) (41). L’association sulfamide-triméthoprime
montre une sensibilité de 98%. Les souches de SCN montrent 98% de sensibilité au florfénicol
et 97% à la tylosine. De plus les deux catégories de staphylocoques chez les bovins montrent
une bonne sensibilité à l’oxacilline (entre 96 et 97%). Il est tout de même important de préciser
que les concentrations en antibiotiques obtenus par voie mammaire sont souvent très
importantes et qu’elles peuvent de ce fait largement dépasser les CMI même si celle-ci sont un
peu élevées. Par ailleurs, ces données sont issues des bovins et il est difficile d’extrapoler aux
caprins.

72
4 3,9 3,75
3,5
3
2,5
1,87
CMI 90 µg/mL 2
1,5
0,97
1 0,8
0,4 0,48 0,48
0,5 0,24 0,12
0,05 0,1
0

Staphylococcus caprae Staphylococcus epidermidis

Figure 4: CMI 90 de différents antibiotiques sur S. caprae et S. epidermidis (Salles Elodie)

500 500

450

400

350

300

CMI 90 µg/mL 250

200

150

100
62,5
50 31,2 31,2
15,6 15,6 7,8
3,9
0
tétracycline érythromycine kanamycine tilmicosine

Staphylococcus caprae Staphylococcus epidermidis

Figure 5: CMI 90 de différents antibiotiques sur S. caprae et S. epidermidis bis (Salles Elodie)

73
Lors de mammite clinique sans signes généraux, un traitement par voie mammaire
est indiqué. Toutefois, chez les caprins, le praticien ne dispose d’aucune spécialité intra-
mammaire utilisable en lactation. Deux possibilités s’offrent alors à lui. Soit il choisit un
antibiotique par voie diathélique indiqué chez la vache. Dans ce cas, la réglementation
impose au vétérinaire d’appliquer un temps d’attente forfaitaire lait de 7 jours. Ce délai
représente donc d’importantes pertes économiques pour l’éleveur. De plus, il y a toujours
un risque de présence de résidus au-delà des 7 jours car les études de pharmacocinétique
chez la chèvre n’ont pas forcément été réalisées. Soit le praticien prescrit un antibiotique
par voie systémique avec une exposition plus importante de la flore commensale si
l’antibiotique est éliminé par voie biliaire.

Parmi les molécules utilisables par voie systémique, les fluoroquinolones sont efficaces
mais ce sont des antibiotiques critiques qui ne doivent donc pas être utilisés en l’absence
d’antibiogramme (94). Le florfénicol est efficace mais interdit chez les femelles laitières. Les
β-lactamines montrent une très bonne efficacité mais le pénéthamate ne dispose pas d’AMM
chez la chèvre. De ce fait, il ne reste plus qu’au praticien, en première intention, la tylosine
(Axentyl®, Tylan®) à la dose de 10 mg/kg/j pendant 3 jours. Le délai d’attente lait est de 108
heures soit 9 traites. Si le traitement doit être poursuivi sur une plus longue durée alors il faut
appliquer un délai d’attente lait forfaitaire de 7 jours. En cas d’échec thérapeutique avec la
tylosine le praticien se trouve donc dans une impasse. Il apparait alors primordial de réaliser
des prélèvements bactériologiques de lait afin de réaliser un antibiogramme.
Concernant la voie mammaire, des spécialités à base de benzylpénicilline, de
céphalosporines de première génération, d’amoxicilline-acide clavulanique ou de cloxacilline
peuvent être utilisées en première intention (70). L’utilisation hors AMM du Céfovet®
(céfazoline, céphalosporine de première génération) ou de la Rilexine® (céfalexine,
céphalosporine de première génération) pourrait être envisageable mais des contrôles avant de
remettre le lait dans le tank seraient une sécurité pour l’éleveur. Une étude a montré que le délai
d’attente pour la Rilexine® chez la chèvre est inférieur à celui de la vache (3 jours) (12).
Toutefois, comme nous le verrons par la suite la cinétique d’élimination de l’antibiotique
dépend de nombreux facteurs. En particulier, cette étude a été réalisée sur des chèvres Saanen
hautes productrices. Concernant la posologie, la pratique courante est de mettre une demi-
seringue dans chaque hémi-mamelle. Cette pratique est à proscrire, il faut mettre une seringue
dans chaque hémi-mamelle.

iv. Délais d’attente

Différents facteurs influencent la durée d’excrétion des antibiotiques dans la mamelle


(12).
D’abord la présence d’une infection mammaire peut augmenter la durée d’excrétion de
l’antibiotique. En effet, on note une alcalinisation du pH du lait lors d’infection mammaire.
Aussi, les antibiotiques acides se concentreront un peu plus mais les antibiotiques basiques
seront moins ionisés dans le lait.
De plus, la production laitière est également un facteur de variation.

74
Par ailleurs, la dose d’antibiotique administrée peut également augmenter le délai
d’attente. Par exemple, le délai d’attente pour la pénicilline procaïne est à 3.5 jours pour une
dose de 20 000U/kg mais il passe à 4.5 jours pour une dose de 30 000 U/kg.
En outre, les antibiotiques en solution aqueuse sont plus faiblement absorbés sur le site
d’injection et la durée d’excrétion est donc plus importante par rapport à un excipient huileux.
Ensuite, plus le nombre de traite est important plus la durée d’élimination est courte.
Enfin, la fixation aux protéines des antibiotiques augmente leur persistance.
Les spécialités intra-mammaires ne possédant pas l’AMM pour les chèvres ont un délai
d’attente lait réglementaire de 7 jours. Or aucune spécialité intra-mammaire utilisable en
lactation ne possède une AMM chez les caprins.

b. Le cas particulier de la mammite gangréneuse

Le traitement médical peut être employé sur les stades précoces essentiellement (12).
Au-delà le pourcentage d’échec augmente et il est préférable d’envisager une amputation si
l’animal doit être sauvé.
Le traitement préconisé dans la littérature scientifique mentionne un lavage et une
désinfection de la mamelle avec du permanganate de potassium à 0.2% (17,69). Ensuite, des
diurétiques pendant 5 jours visent à diminuer l’œdème. Un drainage du lait à l’aide d’une canule
stérile doit être réalisé. La peau au-dessus de la mamelle doit être séchée et une pommade
antiseptique appliquée. Cela permet d’éviter la propagation de l’infection. Enfin, une
antibiothérapie est indiquée, les mêmes molécules que précédemment peuvent être utilisées.

2. Prophylaxie sanitaire
a. Action sur les mécanismes de transmission et la
susceptibilité des animaux : gestion de la traite
i. Limiter la contamination passive

L’étiologie des infections mammaires est essentiellement staphylococcique et c’est donc


le modèle de transmission contagieux qui prédomine. De ce fait, il semble pertinent de
s’intéresser à la traite comme mesure de maitrise des mammites. Il est important d’insister
auprès de l’éleveur sur l’importance de limiter la contamination passive (20,65).
Premièrement, les mains du trayeur sont un vecteur de bactéries. De ce fait, le nettoyage
des mains avant et pendant la traite notamment après intervention sur des animaux malades est
indispensable. De plus, en présence de plaies cutanées, il est conseillé à l’éleveur de porter des
gants.
Deuxièmement, il faudrait instaurer, dans l’idéal, un ordre de traite en commençant par
les primipares puis les multipares saines et en finissant par les chèvres qui ont des taux
cellulaires élevés. En effet, une étude a montré que le risque de survenue de nouvelles infections
à pathogène majeur chez les primipares diminue avec l’instauration d’un ordre de traite (risque
relatif = 0.66 [0.47-0.95]) (95). Toutefois ce point est parfois difficile à appliquer en élevage si
les primipares sont mélangées au reste du troupeau. Cette mesure peut être plus acceptable si
on la limite à la séquence primipares/multipares. Néanmoins, elle n’offre pas une garantie
75
totale. La traite des chèvres atteintes de mammites cliniques doit se faire à la main ou via un
faisceau trayeur dédié à cet usage afin de ne pas contaminer le matériel de traite.
Troisièmement, une hygiène rigoureuse de la machine à traire est à respecter. En effet,
après la traite il reste des résidus sur les parois de la machine qui favorisent le développement
des bactéries. Il faut de plus rappeler que les staphylocoques sont capables de produire des
biofilms. Pour que le nettoyage soit efficace il faut veiller à respecter un certain nombre de
critères. D’abord, l’éleveur doit veiller à respecter la concentration en produit définie par le
fabricant. Il existe sur le marché deux grands types de produits. Les produits acides ont
essentiellement un rôle de détartrant tandis que les produits basiques ont une action de détersion
et de désinfection. L’alternance entre ses deux produits est fonction de la dureté de l’eau. Pour
une eau dure il est conseillé d’alterner matin et soir. Lorsque l’eau est douce on peut utiliser le
produit acide uniquement une fois par semaine. Ensuite il est important de maîtriser la
température de l’eau. Il faut à nouveau se référer aux recommandations du fabricant du produit.
Si la température est trop faible (< 35°C) les graisses ont tendance à se déposer sur les parois.
Enfin, le temps de contact du produit est primordial et est mentionné sur la notice. Par ailleurs,
la qualité du nettoyage dépend également de la conception de la machine. En effet, une action
mécanique est indispensable à un bon nettoyage. Il faut créer des bouchons de solution («
turbulences ») (96). Par ailleurs, les manchons trayeurs doivent être renouvelés régulièrement :
tous les 2 ans lorsqu’ils sont en silicone et tous les ans pour ceux en caoutchouc.

ii. Éviter la pénétration des bactéries par le canal du


trayon

La technique de traite joue un rôle prépondérant. En effet, les entrées d’air au moment
de la pose des faisceaux trayeurs créent un phénomène d’impact qui induit une remontée du lait
potentiellement contaminé dans la mamelle (20,65). Aussi, une étude montre clairement que la
limitation des entrées d’air s’accompagne d’une proportion plus importante de présumées
saines (risque relatif=1.30 [1.07-1.58]) (95). Outre la technique de traite, c’est aussi l’entretien
du matériel qui va assurer un fonctionnement normal de la machine et en particulier un vide
adéquat. La machine à traire doit être contrôlée chaque année (contrôle technique Optitraite®).
Par ailleurs, la désinfection des trayons à la fin de la traite se révèle intéressante pour
éliminer les bactéries présentes sur la peau et ainsi éviter leur pénétration dans le trayon alors
que le sphincter est encore ouvert. Aussi, une étude a montré que le post-trempage permet de
diminuer de manière significative le taux de nouvelles infections de 31.8% (97). De plus, il a
été montré chez la vache que Staphylococcus epidermidis est plus fréquent lors d’absence de
post-trempage (70,71). En revanche, les études sur le pré-trempage ne semblent pas montrer
d’effet bénéfique significatif sur les nouvelles infections et sur les taux cellulaires. En outre, le
pré-trempage parait contraignant à mettre en œuvre en élevage caprin en termes de temps et de
teneur en iode du lait (nécessité de l’essuyage) (98).

iii. Éviter les lésions du trayon

Les lésions des trayons peuvent favoriser les mammites (20,65).

76
En effet, lors de surtraite par exemple, les lésions telles que les traumatismes du
sphincter diminuent les défenses naturelles de la mamelle. Toutefois, il semblerait que la
surtraite soit relativement bien tolérée par les chèvres saines mais qu’elle puisse avoir un impact
néfaste dans le cas d’un troupeau avec une forte prévalence de mammites (95).
On voit alors toute l’importance d’un bon réglage de la machine à traire et en particulier
du vide. Ainsi, il est décrit dans la littérature qu’évaluer les caractéristiques du troupeau
notamment en termes de cinétique d’éjection du lait, permettrait d’affiner les réglages de la
machine à traire notamment les déposes automatiques et d’optimiser les performances du
cheptel en homogénéisant la cinétique d’éjection du troupeau. De plus, les auteurs émettent
l’hypothèse d’un lien entre des taux cellulaires élevés (infectées chroniques) et la fréquence des
courbes d’éjection du lait à 2 plateaux qui révèle un déséquilibre fonctionnel de l’éjection du
lait (99). Détecter ces chèvres permettrait d’orienter la sélection génétique vers des courbes
d’éjection à un plateau. En outre, l’évaluation de la qualité de la traite pourrait reposer sur la
détection des anomalies dans la cinétique d’éjection du lait.

b. Conduite du troupeau et prévention des mammites


caprines
i. Sélection génétique

Des travaux concernant la mise en œuvre d’un outil de sélection fondé sur les CCS ont
été menés depuis 2008. Il en ressort que de nombreux éléments sont en faveur de l’intégration
de ce critère dans le programme national de sélection. En effet, l’héritabilité est modérée mais
homogène et sa répétabilité entre rangs de lactation est importante. Par ailleurs, ce critère est
faiblement corrélé avec la production de lait (sauf la teneur en matière grasse) mais
favorablement corrélé avec certains caractères de morphologie de la mamelle (100).

ii. Gestion de la reproduction

Il existe un lien entre la structure des troupeaux et la dynamique des infections


mammaires (95). Ainsi, la pratique des lactations longues semble favoriser les infections
mammaires y compris chez les primipares. L’explication avancée est que les lactations longues
maintiennent un réservoir de germes au sein du troupeau et entrainent une contamination
précoce des chèvres qui viennent de mettre bas.
Par ailleurs, la pratique du dessaisonnement augmente la fréquence des mammites à
pathogènes mineurs, le pourcentage de chèvres considérées comme incurables et est associée à
des taux de guérison plus faibles.
Les élevages pratiquant l’étalement des mises bas ont également plus de réinfections
précoces.

77
iii. Gestion des sources de germes par la réforme

La gestion des sources de germes est un point important de la prévention des mammites
chez les caprins. Cela implique de dépister les animaux infectés (20,65).
La persistance des réservoirs est d’abord le fait d’une détection souvent tardive des
infections car la détection systématique par palpation et examen des premiers jets est très
rarement effectuée. De plus, après une mammite clinique les chèvres sont parfois maintenues
en lactation. Enfin, le matériel de traite est insuffisamment renouvelé.
En ce qui concerne la décision de réforme, il ne faut pas seulement prendre en compte
les concentrations en cellules somatiques mais aussi l’ensemble des critères de santé de la
mamelle : antécédents de mammite clinique, chronicité des infections, séquelles perceptibles à
la palpation. Ainsi, une chèvre au-delà de 2 millions de cellules par millilitres ou des CMT
égaux à 3, avec des antécédents de mammite clinique et/ou des signes d’infection chronique
(abcès, induration) doit être réformée. La réforme permet d’éviter de maintenir dans l’élevage
des réservoirs de germes.

3. Prophylaxie médicale
a. Pratiques de tarissement
i. Stratégie raisonnée de traitement au tarissement

On dénombre différents objectifs du traitement au tarissement. Il s’agit de diminuer les


concentrations en cellules somatiques dans le lait de tank mais aussi de contrôler la
contamination par S. aureus notamment pour les filières fromagères au lait cru.
La stratégie actuelle est d’effectuer un traitement sélectif. En effet, traiter l’ensemble
des animaux pourrait être particulièrement chronophage mais aussi très coûteux sans apporter
de bénéfice par rapport à un traitement sélectif. De plus, dans un contexte de diminution du
recours aux antibiotiques il est préférable de cibler les animaux à traiter.
Il faut d’abord rappeler que le traitement au tarissement n’est pas sans risque (55). En
effet, il y a premièrement un risque septique lorsque les traitements ne sont pas réalisés dans
des conditions d’hygiène strictes. La contamination diathélique est majorée lors de la réalisation
de traitements à la chaîne. Deuxièmement, le risque de présence d’inhibiteurs dans le lait même
après la période colostrale n’est pas négligeable chez les caprins où le tarissement est assez
court. Aussi, l’usage d’un traitement sélectif permet de réduire ces risques mais aussi de réduire
l’exposition des animaux aux traitements antibiotiques d’autant que l’efficacité préventive est
faible.
On considère que lorsque la prévalence des mammites subcliniques est inférieure à 40%,
la stratégie de tarissement doit être sélective (20). Une stratégie raisonnée repose d’abord sur
une bonne sélection des animaux à traiter. Les cibles du traitement sont les mamelles avec des
antécédents de mammite clinique et les mamelles présumées infectées. De plus les chèvres
hautes productrices au moment du tarissement devront être traitées car une production
importante retarde la mise en place du bouchon de kératine. Différents outils peuvent être
utilisés pour détecter les animaux à traiter. D’abord, si l’élevage est adhérent au contrôle laitier
il est aisé d’accéder aux comptages en cellules somatiques pour chaque chèvre. L’inconvénient

78
de cette méthode c’est que le comptage est une moyenne des deux demi-mamelles. Aussi, une
des deux hémi-mamelles peut très bien être infectée sans que la moyenne des deux soit
supérieure au seuil. La mamelle est présumée infectée si au moins deux comptages sont
supérieurs à 750 000 cellules/mL et on parle de pathogène majeur lorsqu’au moins trois
comptages sont supérieurs à 2 000 000 cellules/mL. Ensuite, le deuxième outil est le CMT qui
présente l’intérêt de détecter séparément les deux demi-mamelles. Ce test présente une faible
valeur prédictive positive mais reste intéressant pour écarter les animaux qui ne sont pas à
traiter. Par ailleurs, le dépistage des animaux excréteurs de S. aureus par test ELISA semble
intéressant pour mettre en place des plans de contrôle adaptés (79).
Actuellement, il existe une seule spécialité intra-mammaire avec AMM chez la chèvre.
Il s’agit du Nafpenzal® (Benzylpénicilline, nafcilline, dihydrostreptomycine) qui a un délai
d’attente lait de 10 jours après le part si le tarissement est supérieur à 40 jours et 14 jours sinon
(29). La benzylpénicilline est en principe efficace sur les SCN comme mentionné
précédemment mais sa pénétration dans le parenchyme mammaire n’est pas idéale. Ce
médicament est contraignant pour l’éleveur car le délai d’attente dépasse la période colostrale
ce qui implique des pertes économiques. Par ailleurs, il n’existe pas de spécialité intra-
mammaire avec AMM chez les caprins et efficace sur les mammites causées par des
mycoplasmes. Le Spéciorlac® est une spécialité bovine qui contient un macrolide (la
spiramycine). Il n’y a pas d’étude pharmacocinétique chez la chèvre concernant ce médicament.
Il y a de ce fait un risque que le délai d’attente forfaitaire soit insuffisant et d’autant plus lors
de tarissement court.
Les traitements par voie générale pourraient se révéler intéressants sur différents points.
D’abord, lorsqu’un grand effectif est à traiter, un traitement systémique est plus facile et plus
rapide à réaliser. Ensuite, il n’y a pas de risque de contamination diathélique. Enfin, la
distribution dans le parenchyme est plus homogène et de plus, on peut utiliser des molécules
qui ne sont pas disponibles par voie diathélique comme les macrolides (tylosine) notamment
vis-à-vis des mycoplasmes. Néanmoins, la flore commensale est un peu plus exposée par cette
voie notamment lorsque l’antibiotique est éliminé par voie digestive ce qui est le cas des
macrolides par exemple.

ii. Efficacité du traitement au tarissement


• Évaluation de l’efficacité sur des critères bactériologiques (55) :

Dans la littérature scientifique, il est décrit un taux de guérison spontané entre 12.2 et 45%.
Avec un traitement au tarissement, le taux de guérison bactériologique se situe entre 50 et
92.5%. De plus, les traitements au tarissement semblent plus efficaces sur les SCN que sur S.
aureus (101). Ainsi, des taux de guérison entre 70 et 94% sont rapportés pour les SCN (20).
Il est difficile d’évaluer l’efficacité préventive car le pourcentage de nouvelles infections est
faible. Certains articles montrent une faible réduction du taux de nouvelles infections pendant
le tarissement de 9 à 2 % (101).

79
• Évaluation indirecte de l’efficacité sur des critères cellulaires (55) :

On note une très bonne efficacité curative lorsque les traitements sont effectués dans de bonnes
conditions. Cela implique donc de réformer les chèvres atteintes de mammites cliniques et les
infectées chroniques. De plus, une seringue entière est utilisée par demi-mamelle. On note une
diminution significative des CCS lors d’un traitement au tarissement (80,81). Toutefois il
semble qu’au-delà de 75 jours de lactation il n’y ait plus de différence entre les animaux ayant
reçu un traitement et les autres.

b. Vacciner pour prévenir les mammites caprines ?

Les objectifs de la vaccination contre les mammites à Staphylococcus aureus sont


multiples. Il peut s’agir premièrement de réduire le taux cellulaire dans le lait et ainsi
d’augmenter la qualité du lait et donc son paiement. Deuxièmement, le but peut être de limiter
l’incidence des mammites et donc in fine d’augmenter la quantité de lait.
Des travaux ont montré que certains gènes codant pour les facteurs de virulence sont
présents chez quasiment 100% des souches de Staphylococcus aureus indépendamment de leur
origine animale (77). Ces facteurs jouent probablement un rôle important dans les différentes
étapes de l’infection. De ce fait il semble pertinent de s’intéresser à ces facteurs de virulence
pour le développement d’un vaccin. Selon toute vraisemblance, un vaccin efficace devrait très
probablement être multivalent. De plus, les mammites n’induisent pas de défenses immunitaires
protectrices efficaces. Dans ce contexte il parait difficile de trouver un vaccin capable d’induire
une immunité protectrice (102). De nombreux essais ont été réalisés mais à ce jour seuls des
vaccins inactivés utilisant des souches productrices de biofilms sont commercialisés en Europe.
Ce vaccin induit la production d’anticorps dirigés contre certains composés polysaccharidiques
présents dans le biofilm. Il s’agit du vaccin Startvac® chez la vache et Vimco® chez les petits
ruminants (29). Toutefois, il faut préciser qu’il existe une grande diversité de souches de
Staphylococcus aureus à l’origine potentiellement d’échecs vaccinaux. De plus, le vaccin
n’induit qu’une réponse humorale mais celle-ci peut se révéler insuffisante pour garantir une
bonne protection (102,103). Une étude montre que l’utilisation d’une souche fortement
productrice de biofilm induit la meilleure protection. En outre, ces vaccins favorisent
l’opsonisation et protègent de cette manière contre l’infection (104).
L’emploi d’une stratégie vaccinale peut avoir un intérêt lors d’incidence élevée des
mammites à l’origine de pertes économiques importantes.

80
d. Maladies bactériennes où le recours à l’antibiothérapie est
discutable
i. Les avortements
1. Étiologie des avortements chez les caprins
a. Les causes des avortements chez les caprins

Il est possible de classer les avortements en deux catégories : d’une part les avortements
infectieux et d’autre part les avortements non infectieux (17). Il faut rappeler que toute
expulsion d’un fœtus ou d’un animal mort-né ou succombant dans les 12h suivant la naissance,
à l’exclusion des avortements d’origine manifestement accidentelle est considérée comme un
avortement potentiellement infectieux (105).
Étudions d’abord les avortements infectieux. On distingue des agents de première
intention qui sont rencontrés le plus fréquemment. Dans cette catégorie figure la chlamydiose,
la toxoplasmose, la fièvre Q et la Border disease (la salmonellose abortive fait partie de cette
catégorie chez les ovins). Ensuite, dans les causes de seconde intention on retrouve la
campylobactériose, l’aspergillose, la listériose, l’ehrlichiose, la leptospirose, la Fièvre
Catarrhale Ovine. Il faut préciser qu’il y a de nombreux cas de co-infections où plusieurs agents
sont en cause : 35% des séries étudiées dans une étude réalisée en Midi-Pyrénées (105). Il ne
faut pas non plus oublier la brucellose qui est un danger sanitaire de première catégorie. La
France est actuellement officiellement indemne.
Les causes non infectieuses ne sont pas négligeables car elles représenteraient 1/3 des
avortements en élevage (106).
Premièrement, on peut citer les causes alimentaires. Il peut s’agir d’un défaut ou à
l’inverse d’un excès de nutrition. Les carences minérales ou un déséquilibre alimentaire
provoquant notamment des maladies métaboliques en fin de gestation peuvent provoquer des
avortements.
Deuxièmement, la conduite d’élevage peut être responsable d’avortements. On peut
citer comme exemple une vaccination, des manipulations, une température excessive (tunnel
mal ventilé) ou encore des bousculades.
Troisièmement, les causes toxiques sont majoritairement représentées par un excès
d’azote soluble lors de la mise à l’herbe ou les phytoestrogènes présents dans la luzerne par
exemple. Moins fréquemment on peut rencontrer des cas d’intoxication aux nitrates ou aux
mycotoxines.
Quatrièmement, le parasitisme peut être relié à des avortements en particulier dans le
cas d’haemonchose ou de fasciolose où les parasites sont hématophages.
Enfin, toute autre maladie provoquant de l’hyperthermie peut être à l’origine d’un
avortement. De plus, une injection de corticoïdes lors du dernier tiers de gestation provoque le
déclenchement de la mise bas.
Par la suite nous allons concentrer notre étude sur les principales causes bactériennes
d’avortements à savoir la fièvre Q et la chlamydiose.

81
b. Bactériologie des principaux germes responsables
d’avortement
i. Coxiella burnetii

Coxiella burnetii est une bactérie Gram négatif à multiplication intracellulaire


obligatoire. Ses cibles cellulaires sont les monocytes circulants, les macrophages tissulaires et
les trophoblastes. Cette bactérie existe sous différentes formes (107,108). D’abord la forme
métaboliquement active ou large cell variant est la forme intracellulaire. Ensuite, un mécanisme
semblable à la sporulation se met en place et aboutit à la formation de small cell variant. C’est
cette dernière forme qui est libérée de la cellule soit par lyse cellulaire soit par exocytose. Il
s’agit de la forme végétative qui permet une grande résistance dans le milieu extérieur. Cette
forme n’est pas sensible au formol 5%, au phénol 1% et à l’eau de javel 0.5%. Elle peut de plus
résister plusieurs mois dans le sol. Elle conserve la capacité d’infecter une cellule mais une fois
dans le phagosome elle se transforme rapidement en large cell variant.
Par ailleurs, Coxiella burnetii présente également des variations de phase du LPS
(107,108). Ainsi les bactéries en phase II sont avirulentes et ne survivent pas lorsqu’elles sont
inoculées à un animal. Le LPS est tronqué, il n’y a pas de sucres de chaîne O-spécifique. Ces
souches sont la conséquence d’une large délétion chromosomique spontanée c’est pourquoi
cette variation de phase n’est pas réversible. La phase I est en revanche la forme infectieuse qui
résiste au complément par absence de fixation de la fraction C3b. La virulence de ces souches
est très importante : quelques bactéries suffisent à une infection.
Coxiella burnetii pénètre dans les cellules par la phagocytose. La survie de la bactérie
et la multiplication dans la vacuole acide protège la bactérie contre les antibiotiques. Un certain
nombre de facteurs de virulence permettent la survie de Coxiella burnetii dans le
phagolyzosome : production d’enzymes à haut point isoélectrique, inhibition de la production
de radicaux libres, sécrétion d’une superoxyde dismutase, inhibition de l’étape finale de
maturation du phagosome. Par ailleurs, l’inhibition de l’apoptose est un autre facteur de
virulence important (109).

ii. Chlamydia

Chlamydia abortus est l’espèce la plus fréquemment impliquée dans les avortements.
Toutefois, on retrouve occasionnellement Chlamydia pecorum et Chlamydia psitacii (110).
Les Chlamydia sont des bactéries coccoïdes à Gram négatif. La paroi est dépourvue de
peptidoglycane. La membrane externe renferme notamment la protéine majeure de membrane
externe (MOMP) qui a notamment un rôle de porine mais donne également de la rigidité à la
paroi. Les segments variables de cette protéine seraient également impliqués dans l’adhésion
des corps élémentaires (18).
Ce sont des bactéries intracellulaires obligatoires. Le cycle de développement est
caractérisé par la présence successive de 2 éléments : d’une part une forme de résistance hors
de la cellule, les corps élémentaires qui sont la forme infectieuse, d’autre part les corps réticulés
qui sont la forme végétative et qui se multiplient dans les cellules eucaryotes. Les corps réticulés
se transforment en corps élémentaires avant d’être libérés par lyse de la cellule.

82
Les facteurs de virulence sont mal connus (111). Chlamydia abortus est
particulièrement virulente chez les caprins. En effet, elle peut provoquer jusqu’à 60%
d’avortements dans un troupeau naïf (112).

2. Épidémiologie des avortements


a. La fièvre Q
i. Réservoirs et vecteurs

Le spectre d’hôte de Coxiella burnetii est large et de ce fait, la bactérie circule parmi de
nombreuses espèces sauvages (107). Cette caractéristique apparait alors responsable de la
pérennité de l’agent pathogène dans la nature. Le réservoir domestique de la maladie est
clairement constitué par les ruminants. Les animaux de compagnie peuvent être des sources de
contamination notamment dans le cas des zones urbaines.
Par ailleurs, les tiques jouent le rôle de vecteurs de la bactérie à la fois pour le cycle
domestique et le cycle sauvage.

ii. Rôle abortif de Coxiella burnetii

Les localisations préférentielles de Coxiella burnetii chez les mammifères femelles sont
l’utérus et la glande mammaire. La bactérie est responsable d’avortements, de mortinatalités,
de mises bas prématurées ou encore de chevreaux vivants mais chétifs. Les avortements
interviennent en général en fin de gestation. Toutefois, ils ne sont pas impossibles en début de
gestation. Si l’infection a lieu en dehors d’une gestation alors l’infection est la plupart du temps
asymptomatique. Néanmoins, les bactéries peuvent être réactivées sous l’effet de la gestation
et se multiplier dans le placenta (107).
Les caprins constituent l’espèce la plus sensible à la fièvre Q avec jusqu’à 90% du
troupeau pouvant être touché (108).

iii. Portage sain et excrétion

Les chèvres infectées par Coxiella burnetii excrètent la bactérie dans le lait. L’excrétion
est massive les premiers jours après la parturition et décroit ensuite (107). Toutefois elle peut
durer longtemps. Ainsi Coxiella burnetii a été retrouvée dans le lait au 52ème jour de lactation
(108).
Les bactéries sont également excrétées dans les urines, les fèces et les produits de la
parturition. Ces derniers sont massivement contaminés (chez les brebis on a dénombré jusqu’à
109 bactéries par gramme (107)).
Par ailleurs, les chèvres infectées peuvent excréter Coxiella burnetii durant deux mises
bas consécutives (108). Cela représente un risque pour le troupeau de renouvellement.

83
iv. Transmission de la fièvre Q

La voie respiratoire, par inhalation d’aérosols, est la voie de transmission prépondérante


en période de mise bas (107). La promiscuité et le confinement favorisent la transmission. Le
pâturage est un facteur de propagation de la bactérie.
La voie orale joue un rôle également très important. La transmission de Coxiella burnetii
a lieu lors de léchage des produits de la parturition ou d’ingestion d’aliments souillés (107).
Enfin, on peut citer la voie transcutanée par l’intermédiaire des tiques (107). Il faut
préciser qu’il existe une transmission à la fois trans-stadiale et trans-ovariale de la bactérie chez
la tique. Cette voie semble plutôt exister chez les animaux sauvages.

b. Chlamydiose abortive
i. Excrétion de Chlamydia

Chlamydia abortus est excrétée dans les déjections, les produits de mise bas, le mucus
vaginal et le lait (110). Il faut noter que l’excrétion est bien souvent intermittente. On peut
trouver des bactéries dans le mucus vaginal plus de 2 semaines après la parturition (112). La
résistance de la bactérie dans l’environnement est limitée. Ainsi, Chlamydia abortus survie
quelques jours dans les déjections et quelques semaines dans la paille souillée par les produits
de mises bas (110).

ii. Voies de pénétration de Chlamydia

Chlamydia abortus est fréquemment introduite dans un élevage par le biais d’un animal
infecté. Les cellules épithéliales des muqueuses constituent la cible primaire des bactéries. On
décrit plusieurs voies de transmission (110–113). D’abord la voie orale est l’un des principaux
modes de transmission de Chlamydia abortus. La contamination a lieu lors de l’ingestion de
produits de mise bas ou d’aliments souillés. Ensuite la transmission par voie respiratoire est
également primordiale. Il s’agit de l’inhalation d’aérosols produits au moment de la parturition
ou d’urine contaminée. Enfin, de manière plus occasionnelle, une contamination par voie
conjonctivale ou vénérienne est possible. La transmission vénérienne est à l’origine de
l’infection de boucs qui peuvent alors transmettre la bactérie à des femelles naïves via le
sperme. En outre, il a été montré chez les petits ruminants la possibilité d’une transmission in
utero. Ainsi, les animaux nés de mère infectée peuvent avorter, pour les femelles, ou développer
une épididymite pour les mâles. Les animaux infectés in utero jouent un rôle important dans le
maintien de l’infection dans le troupeau.

iii. Rôle abortif de Chlamydia

Après une phase septicémique, Chlamydia abortus dissémine dans des organes comme
le foie, les articulations ou encore le placenta. La bactérie est à l’origine d’une réponse
inflammatoire diffuse et d’une nécrose tissulaire qui peut aboutir à l’avortement (111). Les

84
avortements ont principalement lieu dans le dernier mois de gestation. Une diminution du taux
de fertilité peut également être notée par l’éleveur.
Les avortements à Chlamydia abortus ont une évolution cyclique avec une périodicité
de 5 à 10 ans (113). Ainsi, des avortements vont survenir massivement pendant 2 ou 3 ans puis
le taux d’avortements va passer en-dessous de 10% pendant quelques années avant une nouvelle
vague d’épisodes abortifs touchant principalement les primipares et les femelles nouvellement
introduites.

iv. Sensibilité des caprins à Chlamydia abortus

Prenons d’abord le cas d’une infection d’une femelle non gravide. L’infection est dans
la plupart des cas inapparente. Cette infection apporte une immunité vis-à-vis de Chlamydia
abortus. Toutefois, dans 15 à 20 % des cas cette femelle peut avorter à la gestation suivante
(113).
Ensuite lorsque l’infection a lieu avant 60 jours de gestation, elle passe souvent
inaperçue car elle peut être confondue avec de l’infertilité (111).
Enfin, la sensibilité à l’infection est maximale entre 70 et 100 jours de gestation où elle
provoque des avortements (111,113).

3. Diagnostic des avortements chez les caprins


a. Diagnostic nécropsique

En cas de chlamydiose, on peut noter un épaississement et une nécrose des cotylédons


et du tissu inter-cotylédonaire. Le fœtus peut présenter de l’œdème et des pétéchies. Lors de
fièvre Q, le tissu inter-cotylédonaire est également épaissi et il peut être minéralisé. Un exsudat
abondant est souvent présent (17).

b. Diagnostic de laboratoire des principales maladies


bactériennes responsables d’avortements chez la chèvre
i. Diagnostic direct

Concernant la chlamydiose, la bactérioscopie sur un frottis ou un calque de placenta


peut être utilisée. Cette technique est facile et peu coûteuse. Toutefois, elle manque cruellement
de sensibilité et de spécificité (113). La PCR doit être privilégiée (110). Les amorces utilisées
permettent de détecter le genre Chlamydiae. Il faut favoriser les méthodes quantitatives afin de
pouvoir conclure à l’implication de Chlamydia abortus dans les avortements. Les prélèvements
pouvant être effectués sont un écouvillon vaginal, du placenta ou des organes de l’avorton
(liquide stomacal, foie, rate…).
Pour ce qui est de la fièvre Q, un diagnostic de troupeau par RT-PCR peut être réalisé
(108). Le prélèvement à privilégier est l’écouvillon vaginal moins de 8 jours après l’avortement.
Le placenta et les organes de l’avorton peuvent également être utilisés, ils seront alors analysés
par PCR qualitative.

85
ii. Diagnostic indirect

Le diagnostic indirect de la chlamydiose est utilisé pour confirmer une infection clinique
ou pour connaitre le statut sanitaire du troupeau. Hors vaccination et en l’absence de résultat
univoque par PCR, le praticien peut avoir recours à la sérologie par la technique ELISA qui est
plus sensible et spécifique que la fixation du complément. Une séroconversion peut être mise
en évidence par la réalisation d’une deuxième sérologie à 15 jours d’intervalle (114). Cette
technique n’a d’intérêt que dans le cas de séries d’avortements. Une séroprévalence élevée
associée à une réponse sérologique de forte intensité indique une circulation active de
Chlamydia abortus. Il faut être prudent quant à l’interprétation de la réponse sérologique. En
effet, les animaux peuvent héberger différentes espèces de Chlamydiaceae dont notamment C.
pecorum dans le tube digestif. Ces bactéries peuvent provoquer un « bruit de fond » sérologique
(106). De plus, il faut préciser que les animaux infectés in utero ont généralement un taux
d’anticorps inférieur au seuil de diagnostic.
Concernant la fièvre Q, le diagnostic indirect se fait également par sérologie ELISA
(114). Il permet d’établir la séroprévalence de la maladie sur les femelles qui ont avorté. Ce
diagnostic peut aussi être réalisé sur lait de grand mélange.

c. Protocole harmonisé pour le diagnostic différentiel des


avortements

Le protocole établit dans le cadre de l’observatoire et suivi des causes d’avortements


chez les ruminants (Oscar), définit comme maladies de première intention la fièvre Q, la
chlamydiose et la toxoplasmose (115). Ces maladies sont systématiquement recherchées lors
du déclenchement du protocole. Concernant les maladies de deuxième intention elles sont
recherchées lorsque le contexte est évocateur. Il s’agit de la Border disease, la salmonellose
abortive, la listériose et les mycoses (Aspergillus). Le protocole est déclenché lorsqu’il y a au
moins 3 avortements en 7 jours ou moins ou si en 3 mois il y a plus de 4% d’avortements sur
un troupeau de moins de 250 femelles ou à partir du 10ème avortement dans le cas d’un
troupeau de plus de 250 femelles.
Ce protocole propose pour chaque maladie les prélèvements à effectuer, les analyses à
demander et une grille d’interprétation des résultats.
Le Tableau V reprend les prélèvements nécessaires aux analyses concernant les
maladies de 1ère intention.

86
Tableau V: Synthèse des analyses à effectuer pour les maladies abortives de première intention (Salles Elodie)

Maladie Prélèvements Analyses


Fièvre Q Écouvillon vaginal +++ (2 à 6 écouvillons PCR quantitative
de femelles ayant avorté depuis moins de
8 jours), placenta, organes de l’avorton PCR qualitative

Sérum de 10 femelles ayant avorté ou à Sérologie ELISA


problèmes de reproduction
Chlamydiose Écouvillon vaginal, placenta, organe 3 PCR individuelles
d’avortons
Si 0 ou 1 PCR + :
Sérums 5 animaux du lot touché Sérologie ELISA voire
cinétique
Toxoplasmose Encéphale +++ ou placenta 1 PCR de mélange

Sérum 5 animaux du lot touché Sérologie + cinétique

4. Gestion des avortements chez les caprins


a. Gestion thérapeutique

Les traitements sont très limités en termes de possibilité et d’efficacité (18). Rappelons
d’abord que Chlamydia abortus et Coxiella burnetii sont deux bactéries Gram négatif et
intracellulaires. Le nombre d’antibiotiques potentiellement actifs est donc réduit : les
quinolones de 3ème génération, les tétracyclines, le florfénicol. La difficulté vis-à-vis de Coxiella
burnetii est que l’antibiotique doit rester actif dans le phagolyzosome soit à un pH inférieur à
5. Par ailleurs, des phénomènes de résistances acquises de Coxiella burnetii contre les
fluoroquinolones et les tétracyclines ont été décrits sans mention de l’espèce chez laquelle les
souches ont été isolées. Concernant Chlamydia abortus la réalisation d’un antibiogramme est
impossible étant donné les difficultés de culture de cette bactérie. L’inconvénient de tous ces
antibiotiques est qu’ils sont bactériostatiques. Ils ne permettent donc pas l’élimination de
l’infection en l’absence de défenses immunitaires efficaces. Les tétracyclines sont souvent le
traitement de choix pour limiter les avortements dans un troupeau infecté. L’efficacité reste
toutefois très discutable. Une étude a en effet montré que l’oxytétracycline ne prévient pas
l’excrétion de Coxiella burnetii et ne diminue pas non plus la durée d’excrétion (116). De plus,
il semblerait qu’un traitement unique soit insuffisant. Une étude a montré qu’un traitement à
base d’oxytétracycline longue action en deux injections à 10-15 jours d’intervalle permettait de
diminuer le nombre d’avortements (117). Le traitement antibiotique apparait donc plus comme
une solution à très court terme pour essayer de limiter l’incidence de la maladie.

b. Prévention sanitaire des avortements chez les caprins

Rappelons d’abord les mesures sanitaires de base qui permettent de prévenir l’apparition
de maladies abortives. La gestion des introductions d’animaux doit faire l’objet de la plus
grande prudence de la part de l’éleveur (111,112). En effet, c’est la voie d’entrée majeure des

87
agents pathogènes dans l’élevage (cf. partie biosécurité). Il faut de plus être conscient du fait
qu’un animal jeune séronégatif peut très bien avoir été contaminé in utero. Ainsi, un chevreau
né de mère infectée a souvent un titre en anticorps très faible voire non détectable (112). Il faut
donc s’assurer que tout le troupeau est séronégatif. L’usage de l’insémination artificielle est
particulièrement recommandé. Ensuite, différentes mesures de gestion dans le troupeau
permettent d’éviter les avortements : hygiène des points d’eau, maîtrise du parasitisme, maîtrise
du stress en fin de gestation, maîtrise de la population de chats et de rongeurs, éviter la
divagation des chiens, maîtrise de la conservation des fourrages. De plus, les femelles qui vont
mettre bas peuvent être séparées des femelles encore gravides. Enfin, des mesures de gestion
dans l’environnement sont également importantes : lavage des bottes à l’entrée et rester informé
des évènements extérieurs (épisodes abortifs dans d’autres troupeaux).
En présence d’avortements dans l’élevage, il faut mettre en place un certain nombre de
pratiques. Le nombre de personne en contact avec les mises bas doit être limité et les personnes
à risque ne doivent pas être présentes. Le port de gants doit être encouragé. Concernant les
animaux, les femelles venant d’avorter sont isolées du reste du troupeau. Enfin, pour ce qui est
de l’environnement, les matières contaminées doivent être éliminées et les locaux et le matériel
doivent être désinfectés.

c. Prévention médicale des avortements chez les caprins

Les vaccins disponibles pour prévenir les avortements en élevage caprin ciblent
principalement l’agent de la fièvre Q, Coxiella burnetii. La protection est donc très partielle car
on connait un très grand nombre de causes d’avortements. En revanche, ces vaccins ont un
intérêt lorsque des épisodes de fièvre Q ont été clairement identifiés dans l’élevage. Toutefois,
ces vaccins sont inégalement efficaces (tableau VI).
Tout d’abord, des études montrent que seule une souche en phase I de Coxiella burnetii
permet une immunisation efficace (108,118,119). Le vaccin n’empêche pas l’excrétion chez les
animaux préalablement infectés. En revanche chez les animaux encore naïfs, il diminue
l’excrétion de Coxiella burnetii dans le placenta et le lait. L’incidence des avortements est
également plus faible. Le vaccin Coxevac® a une AMM chez les caprins et contient une souche
en phase I (108). En revanche, le vaccin Chlamyvax® contient une souche en phase II et est
donc inefficace vis-à-vis de la fièvre Q (29).
Il existe deux vaccins pour l’immunisation active contre Chlamydia abortus qui ont une
AMM uniquement chez les ovins et qui contiennent une souche de Chlamydia abortus 1B
thermosensible. L’efficacité protectrice dure 3 saisons chez les ovins (29). Toutefois, ils
semblent bien tolérés et tout aussi efficaces chez les caprins. Chez les caprins on trouve
Chlamyvax®FQ qui contient une souche de Chlamydia abortus mais celle-ci est inactivée
contrairement aux deux vaccins sans AMM chez les caprins où les souches sont atténuées. Or
une étude montre qu’un vaccin inactivé est moins efficace (120). Ces vaccins n’ont également
aucun effet sur les animaux déjà infectés. La vaccination avec une souche vivante permet
d’éviter l’excrétion de Chlamydia abortus à la mise bas contrairement aux vaccins tués qui
évitent simplement les avortements (121).

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Tableau VI: Vaccins disponibles chez les caprins pour prévenir les avortements (Salles Elodie)

Nom déposé Cible Type de vaccin Remarques


Chlamyvax® Coxiella burnetii Vaccin inerte, C La souche en phase II ne semble
FQ Chlamydia burnetti en phase II pas protéger les chèvres contre la
abortus maladie et ne diminue pas
l’excrétion
La souche de Chlamydia abortus
est tuée donc le vaccin n’empêche
pas l’excrétion des bactéries
Coxevac® Coxiella burnetii Vaccin inerte, C Réduit l’incidence clinique et
burnetii en phase I l’excrétion

ii. La lymphadénite caséeuse


1. Étiologie
a. Microbiologie

Corynebacterium pseudotuberculosis est une bactérie Gram positif et de forme


irrégulière. C’est un pathogène intracellulaire facultatif. La bactérie n’est pas sporulée et elle
est dépourvue de capsule. Corynebacterium pseudotuberculosis est une bactérie aéro-anaérobie
facultative (18,122,123).

b. Facteurs de virulence

On décrit deux facteurs majeurs de virulence (18,122–124).


D’une part, la phospholipase D est une puissante exotoxine qui permet la dissémination
des bactéries dans l’organisme. En effet, elle détruit la sphingomyéline ce qui conduit à
augmenter la perméabilité vasculaire. Cette enzyme provoque aussi des lésions nécrotiques au
niveau du derme.
D’autre part, les lipides (acides mycoliques) de la membrane externe constituent le
deuxième facteur de virulence. Elles confèrent une protection mécanique et biochimique contre
l’hydrolyse enzymatique dans les lysosomes. Cela permet aux bactéries de résister à la
phagocytose et c’est ce qui donne le caractère pyogénique.

c. Pathogénie

Lorsque la bactérie pénètre dans l’organisme, elle est phagocytée par les macrophages.
Elle y survit et s’y multiplie ce qui aboutit à la destruction des phagocytes. Corynebacterium
pseudotuberculosis se dissémine par voie lymphatique jusqu’aux nœuds lymphatiques
régionaux puis les organes internes. Dans les nœuds lymphatiques, une réaction inflammatoire
s’installe et il se forme des micro-abcès dans la corticale. La coalescence de ces micro-abcès
aboutit à la formation d’une lésion pyogranulomateuse plus large avec des bactéries, des débris

89
cellulaires et de nombreux éosinophiles. L’expansion des lésions se fait selon un cycle de
nécrose et d’encapsulation (123–126).

2. Aspects cliniques et épidémiologiques


a. Aspects cliniques

Il existe deux formes principales de la maladie (18,20,122,123,126,127).


D’une part, la forme externe est la forme la plus fréquente chez les caprins. Elle se
caractérise par la présence d’abcès au niveau des nœuds lymphatiques superficiels et du tissu
sous-cutané. Les nœuds lymphatiques les plus fréquemment atteints sont les nœuds
mandibulaires, parotidiens, rétropharyngiens, poplités, mammaires, préfémoraux.
D’autre part, la forme viscérale est caractérisée par la présence d’abcès dans les organes
internes. Ainsi, les pyogranulomes peuvent se situer au niveau des poumons, du foie, des reins,
de l’utérus, de la rate mais aussi des nœuds lymphatiques médiastinaux, bronchiaux, lombaires.
La forme viscérale peut être subclinique mais est souvent associée à un amaigrissement
chronique.
Les deux formes peuvent exister de manière concomitante. Par ailleurs, de manière
beaucoup plus anecdotique, on peut aussi trouver des abcès au niveau du pis, du scrotum, du
système nerveux central ou des articulations.
La lymphadénite caséeuse est caractérisée par de la nécrose de caséification. Le pus est
de couleur verte ou blanche, sans odeur et épais. Chez les caprins, on retrouve essentiellement
des abcès au niveau de la tête et du cou. Contrairement aux ovins où les abcès ont un aspect en
pelure d’oignon, les caprins ont un pus souvent plus homogène et pâteux. Suite à la rupture
d’un abcès, on peut assister à une rechute quelques mois ou années plus tard du fait de
l’incapacité de l’animal à éliminer totalement l’infection (123). Les animaux restent infectés à
vie. La période d’incubation est de 2 à 6 mois.

b. Transmission

Corynebacterium pseudotuberculosis est résistante dans l’environnement. En effet, elle


peut survivre plusieurs semaines dans le sol, les fécès (124). C’est ce qui explique sa facilité de
propagation dans un troupeau.
Le mode de transmission principal est la contamination d’une blessure superficielle
(122). Toutefois, il semblerait que Corynebacterium pseudotuberculosis puisse pénétrer à
travers une peau intacte. La contamination peut survenir par exemple à l’occasion du bouclage,
d’une castration, d’un écornage ou lors de blessures traumatiques diverses (123). La
transmission par voies digestive (notamment lors d’abcès au niveau de la tête et du cou) et
respiratoire (abcès pulmonaires et rôle de la toux) est également possible. En ce qui concerne
la forme viscérale, le mode de contamination privilégié semble être une dissémination sanguine
ou lymphatique à partir d’une contamination par voie cutanée (125).
Le rôle des arthropodes en tant que vecteurs passifs est souvent évoqué mais n’est pas
vraiment démontré à ce jour (18).

90
La rupture d’un abcès et la libération du pus dans l’environnement favorise la
contamination de l’environnement.

3. Contrôle de la lymphadénite caséeuse


a. Diagnostic
i. Diagnostic clinique

Le diagnostic clinique peut être assez évident dans le cas de la forme externe.
Néanmoins, il est tout de même nécessaire de faire le diagnostic différentiel avec les autres
maladies pyogènes des caprins : Trueperella pyogenes et Staphylococcus sp notamment. Ainsi
des abcès externes endémiques suggèrent fortement une lymphadénite caséeuse (123).
Toutefois le diagnostic de certitude nécessite une identification bactérienne. Concernant la
forme viscérale, le diagnostic clinique est particulièrement délicat. L’autopsie peut permettre
de trouver les abcès et de faire des prélèvements de pus.

ii. Diagnostic direct

Tout d’abord, le diagnostic bactériologique peut être réalisé par culture et identification
bactérienne sur un prélèvement de pus. Il peut y avoir des faux négatifs liés soit à la présence
d’autres bactéries comme les Staphylocoques ou les Streptocoques qui dominent la culture soit
à l’échantillonnage d’une partie stérile de l’abcès (127).
Ensuite, les tests biochimiques sont des outils efficaces de diagnostic direct. Ainsi l’API
CS (bioMérieux) est une méthode rapide (24 à 48h) et plus fiable que les méthodes standards
d’identification (122). Cette galerie est composée de 21 tests biochimiques qui permettent de
différencier le biovar equi du biovar suis. Une étude a montré une sensibilité de 0.85 et une
spécificité de 0.947 (128).
Enfin, la PCR semble être une méthode prometteuse de diagnostic direct. Ainsi, le gène
de l’ARN polymérase β est un bon candidat puisqu’il permettrait de différencier
Corynebacterium pseudotuberculosis des autres Corynebacterium et de Trueperella par une
PCR-RFLP (129). Par ailleurs, la PCR doit être réalisée sur le pus car sur le sang le test est peu
efficace (127). Ce test est donc peu utile dans le dépistage des animaux infectés et surtout pour
les formes viscérales. En revanche il est utile pour le diagnostic.

iii. Diagnostic indirect

Le diagnostic sérologique est basé sur la recherche d’anticorps dirigés contre la


phospholipase D par une technique ELISA. La spécificité et la sensibilité sont variables en
fonction des tests. Ils ne permettent pas de détecter les animaux infectés de manière précoce ni
de distinguer les animaux porteurs de lésions des animaux guéris. L’idéal serait d’utiliser une
combinaison d’antigènes (127). Aucun test ELISA ne fait à ce jour l’unanimité de la
communauté scientifique. La sensibilité va dépendre du statut immunitaire, de la voie de
transmission, de l’extension de la maladie, du type d’antigène utilisé et du stade de l’infection.
Il semble donc nécessaire de répéter les tests sérologiques. Le manque de spécificité est dû à

91
une antigénicité croisée avec d’autres bactéries, à la vaccination ou encore aux anticorps
maternels. Il est donc déconseillé de réaliser ce test sur des animaux de moins de 6 mois. Une
étude a comparé quatre tests ELISA et le meilleur avait une sensibilité de 0.94 et une spécificité
de 0.98. Toutefois, pour calculer les valeurs prédictives positive et négative il faut connaître la
prévalence. Or plus la prévalence est faible plus il y a de faux positifs. Ce qui nécessiterait de
réaliser un deuxième test de confirmation (130). Une technique ELISA sandwich a été testée
dans les Pays-Bas dans un programme d’éradication et semble montrer une très bonne
spécificité et sensibilité (proches de 100%) (123,130).
Sachant que l’immunité cellulaire est prédominante dans le cas d’une infection à
Corynebacterium pseudotuberculosis, il semble pertinent de s’intéresser à l’interféron γ. Un
test a été développé et montre une bonne spécificité (0.98) et une sensibilité correcte (0.91)
(124). Le résultat de ce test n’est pas affecté par le statut vaccinal. De plus, le dosage de
l’interféron γ permet un diagnostic précoce, à partir de 5 jours post-inoculation (127).

b. Mesures thérapeutiques

Corynebacterium pseudotuberculosis est sensible à la pénicilline, aux céphalosporines,


aux tétracyclines et aux macrolides. En revanche, cette bactérie est en générale résistante aux
aminosides (18,131). La localisation intracellulaire de la bactérie et la forme de l’infection (en
abcès) font appel à des antibiotiques liposolubles, avec un grand volume de distribution
tissulaire et une bonne pénétration tissulaire. Ils doivent être basiques pour pouvoir pénétrer
dans la cellule. Dans ce contexte les macrolides semblent être un bon compromis. Toutefois, le
traitement antibiotique est très souvent décevant du fait de l’accès limité aux bactéries et il faut
privilégier le drainage chirurgical de l’abcès avec collecte du pus. La cavité de l’abcès doit
ensuite être flushée quotidiennement avec une solution de povidone iodée diluée. L’animal doit
être isolé pendant 30 jours (123). Une étude a montré qu’un traitement à base de tulathromycine
longue action était aussi efficace que le drainage chirurgical (132). Des administrations répétées
pourraient être nécessaires pour éliminer complètement la bactérie car il faut rappeler que les
macrolides sont bactériostatiques. Ces résultats restent à confirmer. De plus il faut se poser la
question de la rentabilité économique d’un tel traitement.

c. Prophylaxie sanitaire

La prophylaxie sanitaire en milieu indemne regroupe d’abord différentes mesures qui


visent à éviter des blessures (18,20,123,124). Les clôtures en fil de fer barbelé sont à proscrire
de même que la présence de clous saillants. Les bordures des mangeoires doivent être vérifiées
régulièrement afin qu’elles ne soient pas blessantes. Le contrôle des parasites externes permet
d’éviter les lésions de grattage. Toute blessure même minime doit être désinfectée. Une
désinfection des cornadis doit être effectuée régulièrement. A la naissance des chevreaux, il est
conseillé de désinfecter le cordon ombilical à l’aide de povidone iodée. Par ailleurs, la gestion
des introductions d’animaux est primordiale pour éviter l’apparition de la maladie dans un
élevage sain.
En milieu infecté, le dépistage des animaux infectés est important pour envisager leur
réforme (125). Il faut isoler les animaux infectés du reste du troupeau et réaliser un drainage

92
chirurgical de l’abcès afin d’éviter l’écoulement de pus dans l’environnement. Concernant les
chevreaux, il est conseillé de les séparer rapidement de leur mère et de leur donner du colostrum
thermisé.

d. Prophylaxie médicale

Il n’y a pas actuellement de vaccin commercialisé en France contre Corynebacterium


pseudotuberculosis. La vaccination n’est pas encore bien au point car il manque des
connaissances concernant les fractions immunogènes majeures (133). Une étude a toutefois mis
en évidence 2 épitopes (PknG et SpaC) qui stimulent à la fois l’immunité cellulaire et
l’immunité humorale. Ces deux protéines en étant exprimé par une E. coli présentent un bon
potentiel de développement de vaccins (134). L’immunité à médiation cellulaire semble
responsable de l’élimination de la bactérie (123). Par conséquent, les vaccins qui stimulent
uniquement l’immunité humorale sont insuffisants et ne permettent pas l’élimination de la
maladie.
Différents vaccins ont été développés (122,124).
D’abord, le vaccin toxoïde est basé sur la phospholipase D inactivée. Il permet de
diminuer la dissémination dans l’organisme. Chez les caprins il semble nécessaire d’effectuer
un rappel tous les 6 mois contrairement aux ovins où il peut être fait annuellement. Le protocole
est donc contraignant en élevage caprin.
Par ailleurs un vaccin vivant constitué d’un mutant déficient en phospholipase D semble
induire une forte réponse humorale et cellulaire. Les vaccins combinant à la fois des bactéries
inactivées par le formol et la phospholipase D inactivée semblent induire une très bonne
protection contre l’infection (135).
Des études sont encore nécessaires pour développer des vaccins efficaces. De plus, les
pertes économiques liées à la lymphadénite caséeuse sont souvent sous-estimées et les éleveurs
présentent de ce fait peu d’intérêt pour la gestion de cette maladie.

93
94
III. Une évolution nécessaire vers des alternatives à l’antibiothérapie
Dans l’axe 2 du plan Ecoantibio 1 il est écrit « développer les alternatives permettant
d’éviter le recours aux antibiotiques ». Cela regroupe donc à la fois les substances qui peuvent
être utilisées à la place des antibiotiques mais aussi les produits et mesures qui permettent de
prévenir le développement des infections bactériennes.

a. Importance de la prévention sanitaire


i. Biosécurité
1. Éviter l’entrée d’agents pathogènes

Un agent pathogène peut être introduit dans l’élevage par différentes sources. Les
mesures de biosécurité visent à éviter l’entrée des agents pathogènes dans l’élevage.
D’abord, l’introduction d’animaux en provenance d’un autre élevage est un facteur de
risque important. En élevage caprin, une grande majorité d’éleveurs ont recours à l’achat
d’animaux. Il peut s’agir d’acheter des boucs pour éviter la consanguinité ou des chevrettes afin
d’agrandir le troupeau et/ou d’augmenter sa valeur génétique. D’ailleurs le recours à l’achat de
chevrettes pourrait prendre de l’ampleur dans les années à venir du fait de la pratique de plus
en plus courante des lactations longues, des contraintes de l’élevage de chevrettes ou encore de
la recherche de l’amélioration génétique. Ces pratiques présentent des risques qui sont
proportionnels d’une part à l’âge des animaux achetés, plus la durée d’élevage est longue plus
l’exposition aux agents pathogènes est importante, et d’autre part au nombre d’élevages
fournisseurs, qu’il faut limiter au maximum (136).
On peut énoncer un certain nombre de mesures qui permettent de limiter ces risques.
Premièrement, on peut limiter au maximum les achats en trouvant des alternatives.
Ainsi, pour le problème de consanguinité on peut avoir recours à l’insémination artificielle sur
quelques chèvres du troupeau.
Deuxièmement, il est conseillé de s’assurer de l’état sanitaire du troupeau d’origine. Il
existe des listes d’éleveurs adhérents au contrôle sanitaire officiel de l’arthrite encéphalite
caprine virale. Or la conservation du statut indemne nécessite de limiter les introductions de
caprins et donc cela prévient l’introduction des autres maladies. En outre, le GDS Rhône-Alpes
propose un dépistage sérologique pour quatre maladies (CAEV, paratuberculose, fièvre Q et
chlamydiose) qui offre à l’élevage un statut valable pendant 1 an (136). Néanmoins les
mycoplasmoses ne sont pas recherchées dans ce dispositif.
Troisièmement il est nécessaire de mettre en place une quarantaine de minimum un
mois.
Quatrièmement, il est important de s’interroger également sur le statut sanitaire de
l’élevage de destination. En effet, un animal non immunisé contre un agent pathogène peut
déclarer la maladie en entrant dans l’élevage. C’est pourquoi, il peut être utile de vacciner les
animaux afin de diminuer l’expression clinique et l’excrétion d’agents pathogènes. De la même
manière, un animal qui quitte l’élevage, par exemple pour un concours, représente un danger à
son retour.

95
Ensuite, un agent pathogène peut être introduit dans le troupeau lors d’un contact avec
un autre troupeau (dans les pâtures), la contamination est alors indirecte (eau, air, matériel
partagé). Il faut de ce fait, faire particulièrement attention lors d’épandage de fumier. En effet,
pour la fièvre Q, par exemple, l’épandage du fumier constitue un bon moyen de dissémination
aérienne des bactéries (137).
Par ailleurs, les rongeurs constituent un facteur de risque important de transmission de
maladies comme la leptospirose. Cela souligne donc l’importance de la lutte contre les nuisibles
par des mesures de dératisation régulières.
Enfin, les personnes en visite dans l’élevage peuvent transporter des agents pathogènes.
C’est pourquoi il est primordial de mettre en place des pédiluves avec des brosses pour les
bottes ou encore des blouses dédiées à l’élevage.

2. Éviter la propagation de l’agent pathogène dans l’élevage

La biocompartimentation c’est-à-dire la limitation de la circulation des agents


pathogènes comprend 3 mesures.
Premièrement, il s’agit de limiter l’exposition des animaux. Pour cela on veillera
d’abord à appliquer des protocoles rigoureux de nettoyage et désinfection des locaux. Ensuite,
le mélange des classes d’âge doit être évité au maximum afin de limiter le passage de
pathogènes des individus plus âgés aux individus plus jeunes dont le système immunitaire est
encore naïf. La circulation des intervenants doit se faire autant que possible selon le principe de
la marche en avant pour éviter de la même manière la transmission des germes aux individus
les plus fragiles. En outre, la circulation des animaux domestiques est à éviter car ils peuvent
transmettre et pérenniser des maladies dans l’élevage.
Deuxièmement, il faut renforcer l’immunité du troupeau. Cet aspect sera développé
ultérieurement. Cela passe d’abord par une alimentation équilibrée mais aussi par une bonne
stratégie antiparasitaire. Ensuite, les conditions d’environnement sont primordiales notamment
vis-à-vis des pneumonies. Enfin, la prise colostrale et la vaccination augmentent de manière
évidente les défenses immunitaires.
Troisièmement, on veillera à détecter précocement les maladies. De cette manière, les
animaux malades seront isolés au plus vite si l’éleveur possède une infirmerie.

ii. Ambiance

La maîtrise des paramètres d’ambiance dans le bâtiment permet de limiter les


agressions. C’est notamment un point crucial dans la prévention sanitaire des maladies
respiratoires (138).
D’abord, l’ammoniac et les poussières sont des paramètres qui, lorsqu’ils sont
augmentés, provoquent une irritation des voies respiratoires. Les recommandations en termes
d’ammoniac sont une concentration inférieure à 5 ppm ce qui correspond à une absence d’odeur
perceptible. La maîtrise de la concentration en ammoniac passe par une ventilation efficace.

96
L’entrée d’air doit être au moins deux mètres au-dessus des animaux et de surface au moins
deux fois supérieure à celle des sorties.
Ensuite, l’hygrométrie ne doit pas dépasser 80%. Elle peut être vérifiée au niveau du
pelage des animaux qui doit être sec. Le contrôle de l’humidité passe premièrement par la
maîtrise des sources d’humidité. On peut par exemple mettre en place des caillebotis sous les
louves. Deuxièmement, le drainage permet d’évacuer l’eau. Une pente légère au sol avec une
évacuation extérieure est un moyen efficace. En outre, une litière bien absorbante avec un
paillage quotidien d’un kilogramme par chèvre est nécessaire. Un curage régulier est également
conseillé.
Enfin, la température est un paramètre important qui doit de plus être adapté à la
catégorie d’animaux, les jeunes étant particulièrement sensibles. Les recommandations sont une
température de 25°C à la naissance, 18°C avant 5 jours, 15°C après 5 jours et entre 10 et 16°C
pour les chèvres adultes. Dans la plupart des cas des animaux d’âge différent cohabitent dans
le même bâtiment. Il est alors conseillé de créer des zones spécifiques avec lampe chauffante
ou encore un plafond plus bas pour les animaux les plus jeunes.

iii. Diminuer la pression infectieuse en élevage


1. Gestion des mises bas et maîtrise de la pression infectieuse

La gestion des mises bas est un élément très important de variation de la pression
infectieuse, d’autant plus que l’excrétion des agents pathogènes atteint un pic au moment de la
délivrance.
Premièrement, rappelons que les produits de mise bas peuvent présenter un risque
infectieux important notamment en termes d’avortement. C’est pour cela qu’il est conseillé
d’avoir un local dédié aux mises bas avec une hygiène rigoureuse. En élevage de bovins il s’agit
de la case de vêlage mais on peut aisément imaginer un parc de mise bas en élevage caprin où
seraient regroupés les animaux à terme par exemple.
Deuxièmement, l’étalement des mises bas est un facteur de risque d’augmentation de la
pression infectieuse. En effet, les chevreaux qui arrivent en fin de saison doivent faire face à
une quantité de pathogènes bien plus importante. Il peut y avoir alors une recrudescence de
diarrhées néonatales. Mais l’étalement des mises bas favoriserait également les réinfections
mammaires précoces en début de lactation (139).
Troisièmement, la prévention sanitaire des maladies néonatales passe avant tout par les
soins aux nouveau-nés et notamment la désinfection du cordon ombilical.

2. Hygiène de l’élevage et maîtrise de la pression infectieuse

L’hygiène en élevage permet de diminuer la quantité de pathogènes. La propreté


générale du bâtiment est importante. Cela passe d’abord par un paillage suffisant et un curage
régulier. De plus, la pratique annuelle du vide sanitaire avec nettoyage et désinfection est
efficace. Il s’agit d’abord de vider complètement le bâtiment. Ensuite, il faut décaper à l’aide
d’un nettoyeur haute-pression l’ensemble du bâtiment (sol, mur, plafond, barrières …) afin
d’éliminer la matière organique. Enfin, la désinfection peut être entreprise avec des produits
homologués. Des produits spécifiques pourront être utilisés dans le cas de problèmes sanitaires

97
particuliers (coccidiose, cryptosporidiose). Le GDS propose un service de nettoyage du
bâtiment avec du matériel performant. L’hygiène en général c’est aussi repérer rapidement les
animaux malades et les séparer du reste du troupeau. La pratique de la marche en avant permet
de limiter les contaminations.

3. Gestion des animaux et maîtrise de la pression infectieuse

La gestion des animaux dans les parcs est un facteur important. En effet, une densité
importante d’animaux augmente de manière évidente la pression infectieuse. De plus, la
proximité entre les animaux favorise la contagion. En outre, la constitution de lots d’animaux
d’âge similaire permet d’éviter le passage de pathogènes des animaux plus âgés vers les plus
jeunes qui sont aussi plus sensibles.
Par ailleurs, la vaccination limite l’excrétion des pathogènes par les animaux et donc la
pression infectieuse. Ce point sera repris ultérieurement.

iv. Augmenter l’immunité du troupeau


1. Immunité colostrale

Le transfert de l’immunité colostrale est un élément crucial pour la santé des chevreaux
mais aussi pour la santé des futures chevrettes de renouvellement. En effet, les maladies
néonatales sont une dominante sanitaire au regard des pertes qu’elles engendrent. La réussite
du transfert de l’immunité passive repose sur trois points importants.
Premièrement, la qualité du colostrum est primordiale. La concentration en
immunoglobulines dans le colostrum, qui doit être supérieur à 40 g/L, est influencée par les
caractéristiques individuelles des chèvres, la présence éventuelle d’une mammite mais aussi par
l’immunité de la chèvre. Ainsi, on peut améliorer les performances d’un colostrum par une
immunisation des chèvres au cours de la gestation. En outre, la qualité d’un colostrum est aussi
évaluée par rapport à son adéquation avec l’environnement dans lequel le chevreau va vivre.
Aussi, si la chèvre est changée d’environnement peu avant le part alors les immunoglobulines
présentent dans le colostrum risquent de ne pas être adaptées aux antigènes du nouvel
environnement. De plus, seul le colostrum de première traite doit être distribué dans le cas d’une
séparation immédiate. En effet, la quantité d’immunoglobulines G est divisée par 2 à chaque
traite. L’utilisation d’un réfractomètre en élevage pourrait se révéler utile pour évaluer la qualité
d’un colostrum. Cette méthode (24% BRIX correspondant au seuil de 40 g/L) a une bonne
sensibilité (87%) mais la spécificité (61%) est en revanche peu satisfaisante. Cela signifie qu’on
risque d’écarter de « bons colostrums » (140). La colostrogénèse débute environ 3 semaines
avant la mise bas. Aussi, les colostrums issus de chèvres ayant mis bas avant terme ou dont le
tarissement est inférieur à 1 mois doivent être écartés. Il en est de même pour les chèvres qui
ont tendance à perdre du lait avant la mise bas.
Deuxièmement, la quantité ingérée est un élément à surveiller, le chevreau doit ingérer
au moins 10% de son poids vif dont la moitié au moins dans les 6 premières heures. Toutefois,
le contrôle de la quantité ingérée est possible uniquement si le colostrum est distribué de
manière individuelle. Des études montrent que le taux d’immunoglobulines dans le sérum d’un

98
chevreau unique est plus important que dans le cas de portées plus grandes (141,142). En effet,
leur aptitude à téter peut être limitée. Il faut alors éventuellement envisager de complémenter
les chevreaux issus de portées multiples. En outre, il faut noter que le transfert de l’immunité
passive peut échouer chez les chèvres qui sont dominées car elles sont chassées par les autres
ce qui empêche le chevreau de téter efficacement. Par ailleurs un défaut de comportement
maternel peut également être à l’origine d’un défaut de transfert de l’immunité passive. On peut
alors conseiller de vérifier l’ingestion d’une quantité suffisante de colostrum par palpation de
la caillette. Si la caillette semble vide il faudra alors assister la tétée.
Troisièmement, il est important de porter une attention à une ingestion rapide. En effet,
l’absorption intestinale des immunoglobulines décroit après 12h de vie et devient très faible
après 24h (141).
La constitution d’une banque de colostrum peut se révéler intéressante pour disposer
d’un colostrum de bonne qualité à la fois immunitaire et sanitaire. Le colostrum peut être
conservé au frais pendant une semaine et au congélateur pendant 1 an.
La maîtrise du risque sanitaire du colostrum est importante pour limiter la transmission
de certaines maladies (paratuberculose, mycoplasmose…). Ainsi, la thermisation à 56°C
pendant une heure permet de réduire significativement les colibacilles et les mycoplasmes mais
est insuffisante pour éliminer les mycobactéries responsables de la paratuberculose (143). Il a
été montré que le traitement par la chaleur modifie un peu les paramètres du colostrum mais
cela n’a pas d’incidence clinique (144). Par ailleurs, le colostrum du commerce n’est pas à
privilégier. En effet, il est souvent insuffisamment concentré et de plus, les immunoglobulines
présentes ne sont pas forcément adaptées à l’environnement dans lequel évolue le chevreau.
La concentration en immunoglobulines maternelles dans le sérum du chevreau décroit
dès la première semaine du fait de leur utilisation et de leur catabolisme. La plus faible
concentration en immunoglobulines dans le sérum est atteinte habituellement entre la troisième
et la cinquième semaine de vie. La période critique dépend du niveau de transfert de l’immunité
maternelle et de la quantité d’anticorps produits par le chevreau (141).

2. Les facteurs qui influencent l’immunité

En ce qui concerne les maladies infectieuses, la santé du troupeau est le résultat d’un
équilibre entre la pression infectieuse et les défenses de l’animal. L’immunité dépend de
nombreux facteurs.
D’abord, l’alimentation a un rôle prépondérant dans la qualité de la réponse
immunitaire. Rappelons que les anticorps sont des protéines et par conséquent il est nécessaire
d’avoir un apport suffisant en protéines et en énergie pour les produire. En outre, l’alimentation
apporte les vitamines qui ne sont pas produites dans le rumen et notamment les vitamines A et
E. La vitamine A est transformée en acide rétinoïque par de nombreuses cellules incluant des
macrophages et des cellules dendritiques. L’acide rétinoïque se fixe sur ses récepteurs
nucléaires au sein des lymphocytes et agit alors comme un facteur de transcription qui régule
la différenciation cellulaire et le recrutement des cellules de l’immunité (139). De plus, l’acide
rétinoïque a un rôle important dans l’immunité des muqueuses notamment en contrôlant le
tropisme cellulaire et en générant des cellules sécrétrices d’immunoglobulines A. Il agit

99
également sur la tolérance immunitaire au niveau des muqueuses et notamment de la muqueuse
intestinale (145). La vitamine E est un antioxydant qui est également impliqué dans la
modulation de l’immunité. Un déficit en vitamine E provoque une diminution de l’immunité
cellulaire et humorale et est associé à une augmentation de la production de radicaux libres
(146).

Ensuite, une charge parasitaire importante peut être à l’origine d’une baisse d’immunité.
Toutefois la gestion du parasitisme en élevage caprin est complexe du fait de la
pharmacocinétique particulière des antiparasitaires chez la chèvre et du très faible
développement d’une immunité antiparasitaire.

Par ailleurs, les maladies générales peuvent également être à l’origine d’une baisse
d’immunité. Il faut notamment citer les maladies métaboliques comme la toxémie de gestation.

En outre, le stress inhérent au mode d’élevage peut être un facteur de baisse d’immunité.
Ainsi, le sevrage, un changement d’environnement ou encore une mise en lots sont
fréquemment suivis d’une recrudescence de maladies infectieuses.

Enfin, des facteurs génétiques modulent la réponse immunitaire mais ils sont à ce jour
encore assez mal connus chez l’animal (147).

v. Favoriser la résistance génétique

L’intérêt pour la sélection génétique dans les stratégies de contrôle des maladies part du
constat qu’il existe des différences génétiques naturelles entre les animaux concernant la
résistance à certaines maladies. Le premier indicateur d’une variation génétique dans la
résistance à une maladie est l’existence d’une différence de sensibilité entre les races (148). La
résistance correspond à la capacité de l’hôte à modérer le cycle de vie du pathogène. Aussi
améliorer la résistance contribue à la fois à améliorer la santé de l’animal mais aussi à réduire
la transmission de la maladie. La tolérance est la capacité de l’animal à tolérer l’infection et à
résister aux effets de la maladie. Toutefois, la tolérance ne réduit pas la transmission de la
maladie.
Concernant les maladies à cibler, il faut d’abord tenir compte de leur importance
économique et des moyens de lutte existants. Ensuite, il faut être capable de détecter les gènes
dans la population. Par ailleurs, il faut déterminer un caractère pertinent comme les comptages
en cellules somatiques pour les mammites par exemple. Enfin, il faut vérifier que la corrélation
avec les caractères de production n’est pas trop défavorable.
Les connaissances sur les gènes et les marqueurs génétiques impliqués dans la résistance
aux maladies permettront d’améliorer la sélection des animaux et donc par voie de conséquence
la gestion de ces maladies. Chez les ovins, les recherches concernent essentiellement les
mammites et le piétin. Chez les caprins l’existence de résistance génétique aux maladies est très
peu documentée.

100
b. Importance de la prévention médicale
i. Pratique de la vaccination
1. Motivations et freins à la vaccination

Les éleveurs sont conscients de l’importance de la prévention dans la santé du troupeau.


Toutefois, la vaccination n’est souvent pas considérée par les éleveurs comme de la prévention.
L’attitude du vétérinaire et sa relation avec l’éleveur est déterminante dans la mise en
place des plans de prophylaxie. Ainsi en élevage de bovins, une étude qualitative et quantitative
a été menée visant à déterminer les motivations et les freins à la vaccination en élevage (149).
Il a été montré que les éleveurs qui vaccinent régulièrement plébiscitent la visite d’élevage.
Inversement dans les élevages où la vaccination est occasionnelle, le vétérinaire a quasi
exclusivement un rôle de pompier. La confiance de l’éleveur envers son vétérinaire favorise la
mise en œuvre de plans de prophylaxie. Dans cette étude une forte proportion d’éleveurs est
prête à envisager la vaccination sur conseil du vétérinaire. Il en découle que le vétérinaire est
un acteur essentiel dans la promotion de la vaccination auprès des éleveurs.
L’élément qui déclenche la décision de vaccination est souvent un épisode marquant
correspondant à la perte d’un grand nombre d’animaux. La démarche de l’éleveur s’apparente
alors à une prise d’assurance à la suite d’un sinistre. Mais le choix de vacciner le troupeau est
en permanence remis en cause selon l’efficacité, le coût et le risque perçu. Finalement plus on
s’éloigne de l’élément déclencheur moins on vaccine. Les avantages de la vaccination
spontanément évoqués par les éleveurs sont la diminution des pertes d’animaux et une
organisation du travail qui est plus facile car planifiée. En revanche, la mise en place d’un plan
de vaccination est contraignante car elle nécessite du temps et de la contention. Finalement, la
décision de vacciner repose sur de l’anticipation qui elle-même dépend des capacités financières
et logistique de l’élevage.

2. Réalisation pratique de la vaccination

On peut définir deux grandes périodes de vaccination (150). D’une part, avant la saison
de reproduction, les animaux peuvent être vaccinés dans le but de prévenir les avortements.
D’autre part, en fin de gestation des protocoles de vaccination peuvent être mis en place afin de
prévenir certaines infections chez les nouveau-nés. Le premier objectif peut être de favoriser
l’immunité passive chez le chevreau nouveau-né et donc de diminuer l’incidence des maladies
néonatales. Le deuxième objectif possible est la diminution de l’incidence des mammites.
Par ailleurs, sauf mention contraire dans la notice d’utilisation, il est conseillé de séparer
l’administration de différents vaccins dans le temps d’environ 2-3 semaines.
En outre avant toute vaccination il est important de vérifier l’état de santé du troupeau.
Pour améliorer les résultats, un traitement antiparasitaire interne peut être entrepris environ 15
jours avant la vaccination.

101
ii. État des lieux des vaccins disponibles chez les caprins
1. Les différents types de vaccins disponibles

Il existe deux grandes catégories de vaccins : les vaccins vivants et les vaccins inertes
(151).
La catégorie des vaccins vivants est elle-même divisée en deux. Ainsi on distingue les
vaccins atténués et les vaccins vectorisés.
Les vaccins atténués contiennent une souche de l’agent pathogène dont le pouvoir pathogène
est très faible voire nul pour l’espèce cible. L’atténuation du pouvoir pathogène peut être
obtenue de différentes manières. Les souches utilisées dans le vaccin peuvent être naturellement
avirulentes notamment lorsque ces souches ciblent d’autres espèces que l’espèce cible. Cette
méthode est utilisée pour des vaccins antiviraux (exemple : vaccination contre la variole de
l’homme en utilisant le cowpox). Il est également possible de sélectionner des souches atténuées
en induisant éventuellement des mutations. Cette méthode est plutôt utilisée pour les virus mais
des souches bactériennes atténuées peuvent être obtenues par croissance dans des milieux
appauvris ou dans des conditions telles qu’elles perdent certaines de leurs caractéristiques.
Enfin, on peut aussi atténuer une souche par délétion de certains gènes de virulence. Ces vaccins
appartiennent à la catégorie des vaccins recombinants. Cette technique présente un intérêt
majeur dans la mesure où il est possible de différencier les animaux infectés des animaux
vaccinés.
Les vaccins vectorisés reposent sur l’utilisation d’un agent infectieux non pathogène comme
vecteur. Le génome du vecteur est modifié de sorte qu’il soit capable de coder pour des
protéines immunogènes de l’agent pathogène. Ce sont également des vaccins recombinants.
Soit le vecteur est réplicatif (exemple de la vaccination orale des renards contre la rage) c’est-
à-dire qu’il est capable de se multiplier dans l’hôte soit il n’est pas réplicatif. La deuxième
approche est bien plus satisfaisante en termes de biosécurité. De plus, les progrès réalisés
aujourd’hui permettent d’utiliser des concentrations plus faibles en virus. Ce type de vaccin
stimule à la fois l’immunité humorale et l’immunité cellulaire.
Les vaccins inertes regroupent eux aussi deux catégories de vaccins. En effet, on
distingue les vaccins inactivés et les vaccins contenant des fractions antigéniques.
Les vaccins inactivés sont obtenus en exposant l’agent pathogène à des traitements physiques
(comme la chaleur) ou plus souvent chimiques. L’agent pathogène perd alors son pouvoir
infectieux mais le pouvoir immunogène est en revanche conservé. Pour obtenir une efficacité
suffisante, ces vaccins doivent contenir une grande quantité d’agents pathogènes et des
adjuvants. Leur avantage majeur est qu’ils sont très sûrs. En revanche, des effets secondaires
liés à l’utilisation d’adjuvant sont possibles.
Les vaccins contenant des fractions antigéniques reposent une fois encore sur l’identification
des protéines immunogènes majeures. Le vaccin est alors constitué uniquement de ces
antigènes. Ces antigènes peuvent être obtenus par purification à partir de l’agent pathogène. On
peut citer comme exemple le vaccin contre le tétanos. Une deuxième technique consiste à
produire ces fractions antigéniques in vitro par génie génétique. Il s’agit d’un troisième type de
vaccin recombinant. Enfin, des peptides de synthèse peuvent être utilisés. Cela nécessite de
définir de plus en plus finement la cible du système immunitaire. En effet, la réponse immune
n’est pas dirigée contre la protéine entière mais uniquement certaines parties appelées épitopes.
Les vaccins sous-unités ont pour avantage majeur leur innocuité.

102
2. Vaccins disponibles chez les caprins

Chez les caprins, on dénombre peu de vaccins ciblant les principales maladies
bactériennes (tableau VII). De plus, l’ensemble des vaccins autorisés sont des vaccins inertes.
Les maladies ciblées sont l’entérotoxémie, les avortements, les mammites et les pneumonies.
Ces vaccins sont insuffisants : soit parce qu’ils ne regroupent pas l’ensemble des valences
impliquées dans les différentes pathologies soit parce que leur efficacité est faible (29).

103
Tableau VII:Vaccins disponibles chez les caprins contre les maladies bactériennes (Salles Elodie)

Maladies Nom déposé Cibles Type de Protocole Remarques


visées vaccin
Entérotoxémie Coglamune® Cl perfringens types Vaccin 2 mL en SC Ne protège pas contre Cl sordellii
(31) A, C, D inerte - 2 injections à [4-6 semaines] (16% des souches isolées) et Cl
(anatoxine) - rappel annuel septicum (1% des cas)
Coglavax® Cl perfringens types Vaccin - âge : 8 semaines si mères Ne protège pas contre Cl sordellii
A, B, C, D, Cl inerte vaccinées, 2 semaines sinon (16% des souches isolées)
chauvoei, Cl novyi, (anatoxine)
Cl septicum, Cl
tetani
Miloxan® Cl perfringens type Vaccin 2 mL en SC Ne protège pas contre Cl
B, C, D inerte - 2 injections à [4 semaines] perfringens type A (54% des cas)
Cl chauvoei, Cl (anatoxine) - rappel annuel
novyi, Cl septicum, - âge : 8 semaines si mères
Cl tetani, Cl vaccinées, 2 semaines sinon
sordellii
Avortements Chlamyvax® Coxiella burnetii Vaccin 2 mL en SC La souche en phase II ne semble
(118,120,121) FQ Chlamydia abortus inerte, C - en milieu infecté : une injection 1.5 pas protéger les chèvres contre la
burnetti en mois avant gestation puis 15j avant maladie et ne diminue pas
phase II gestation l’excrétion
- en milieu sain : 1 injection 15j La souche de Chlamydia abortus
avant début de gestation, rappel est tuée donc le vaccin n’empêche
annuel pas l’excrétion des bactéries
Coxevac® Coxiella burnetii Vaccin 2 mL en SC Réduit l’incidence clinique et
inerte, C - 2 injections [3 semaines], primo l’excrétion
burnetii en finie 3 semaines avant mise à la Protection démontrée par épreuve
phase I reproduction virulente uniquement jusqu’à 8
- âge : à partir de 3 mois semaines après primovaccination
- pas de durée d’immunité chez la chez la chèvre
chèvre

104
Mammites Vimco® Staphylococcus Vaccin 2 mL en IM profonde Efficacité mal démontrée
(102,103) aureus inactivé, - 2 injections : 5 semaines avant la L’immunité de la mamelle est
Staphylocoques à souche de S. date de mise-bas puis 3 semaines encore méconnue
coagulase négative aureus après la première injection
produisant - âge minimum : 8 mois
du biofilm
Pneumonies Salmopast® Pasteurella Vaccin Voie SC Il manque la valence M.
(20,59) multocida A3 et D4, inerte - Animaux < 4 mois : 1 mL haemolytica biovar A2 pourtant
Mannheimia (antigènes) 2 injections à [2-4 semaines] majoritaire chez les caprins.
haemolytica 1 et A partir de 8 jours si mères non Peu efficace
Salmonella vaccinées, 15 jours sinon
typhimurium et - Animaux > 4 mois : 2 mL
dublin 2 injections [4 semaines]
Rappel annuel
Ne pas vacciner des femelles
gestantes

105
iii. Les autovaccins
1. Contexte général

Les autovaccins ont été interdits d’utilisation en France en 2003 du fait du risque de
transmission du prion. Toutefois dans un contexte de réduction de l’usage des antibiotiques et
de risque très mineur de transmission du prion, ils sont à nouveau autorisés chez les ruminants
depuis janvier 2017.
L’autovaccin est un médicament qui ne possède pas d’autorisation de mise sur le
marché. De ce fait sa prescription est encadrée par le principe de la cascade. Il correspond à une
préparation magistrale et ne peut donc intervenir que si aucun médicament n’est disponible dans
une autre espèce ou une autre indication. Il s’agit d’un vaccin réalisé par un laboratoire
spécialisé sur la base de prélèvements bactériens effectués sur les animaux d’un élevage par le
vétérinaire et administré aux animaux de ce même élevage qui sont de la même espèce. Cela
sous-entend qu’il faut au préalable isoler et identifier l’agent responsable des symptômes
observés.

2. Efficacité et risques potentiels des autovaccins

Il est difficile d’évaluer l’efficacité des autovaccins. En effet, les résultats ne sont
valables que pour un lot et on ne peut pas extrapoler à la population. Le choix de la souche
vaccinale et de l’adjuvant est primordial dans l’efficacité des préparations. Concernant les
risques potentiels liés à l’utilisation des autovaccins, deux se dénotent. Premièrement,
l’utilisation d’adjuvant peut entraîner des effets secondaires (réactions locales et/ou générales)
qui peuvent être à l’origine de pertes économiques. Toutefois, ce risque est en partie maîtrisé
par l’emploi d’adjuvants adaptés à l’espèce cible. Deuxièmement, ces préparations vaccinales
présentent un risque infectieux soit par contamination des prélèvements faits dans l’élevage soit
par contamination lors de la préparation de l’autovaccin. Néanmoins, le fabricant souscrit aux
exigences des bonnes pratiques de préparation qui permettent de réduire ce risque (152).

3. Intérêt des autovaccins

Le recours aux autovaccins se révèle particulièrement utile dans le cas des espèces
mineures comme les petits ruminants car on assiste à une forte diminution du nombre de
spécialités vétérinaires au cours du temps. Chez les petits ruminants, la majorité des vaccins
ciblent des maladies bactériennes mais il y a souvent des restrictions d’emploi aux ovins
uniquement. Néanmoins pour certaines affections fréquentes comme les mycoplasmoses par
exemple il n’existe pas ou plus de vaccins commercialisés. De plus, certaines réserves doivent
être émises quant à l’adéquation entre les valences des vaccins et les souches bactériennes
retrouvées chez les caprins (Tableau VII). Cela favorise le recours aux antibiotiques en
métaphylaxie ou en thérapeutique et compromet la réussite des plans Ecoantibio. Ainsi avant
2003, les autovaccins étaient utilisés pour un certain nombre d’affections : cutanées
(Corynebacterium pseudotuberculosis, Staphylococcus sp.), génitales (Salmonelles), digestives
(colibacilles), respiratoires (pasteurelles, mycoplasmes), mammaires (Tableau VIII). Dans
certains pays d’Europe, les autovaccins dirigés contre les mycoplasmes (mammaires,
respiratoires ou articulaires) sont couramment utilisés (153).
106
Tableau VIII: Principales maladies des petits ruminants pour lesquelles les autovaccins seraient utiles (Salles Elodie)

Maladie Stock de Efficacité Intérêt


vaccins autovaccin
Mycoplasmoses mammaires non sans objet +++
Mammite à staphylocoques oui (OV+CP) ? ++
Mycoplasmoses respiratoires non sans objet ++
Mannheimia haemolytica oui (OV) défaut ++ ++
Lymphadénite caséeuse à non sans objet +/-
Corynebacterium
Lymphadénite caséeuse à staphylocoque non sans objet ++
Salmonellose abortive non sans objet ++

iv. Les médiateurs immunitaires

L’utilisation de médiateurs de l’immunité pour stimuler les défenses de l’organisme est


une voie explorée depuis de nombreuses années. L’inconvénient majeur de ces molécules est
leur durée d’action relativement courte. Cela implique d’utiliser les immunomodulateurs
uniquement à certaines périodes critiques. Chez la chèvre, il n’existe à ce jour aucune AMM.
En revanche, chez la vache l’Imrestor® (pegbovigrastim) qui a été mis sur le marché récemment
permet d’augmenter l’immunité de la glande mammaire au vêlage. Les résultats semblent
prometteurs en termes de diminution de l’incidence des mammites cliniques pendant le premier
mois de lactation : 25% de mammites évitées d’après le RCP (29). Il s’agit d’un facteur de
stimulation des granulocytes bovins. Pour l’immunité mammaire, la recherche se concentre sur
des protocoles d’immunisation qui favorisent la réponse cellulaire. Mais il faut avant tout
développer des tests de mesure de la réponse immunitaire cellulaire.

c. Vers de nouvelles pratiques


i. Apport des médecines complémentaires en tant qu’alternatives à
l’antibiothérapie
1. Recensement des alternatives

Le recensement des alternatives à l’antibiothérapie dans la presse professionnelle fait


ressortir un nombre très limité de substances chez les caprins (154). Ainsi on retrouve
majoritairement les huiles essentielles et les extraits de plantes (figure 5). En revanche toutes
espèces confondues, le panel « d’alternatives » est beaucoup plus large (figure 6). Toutefois on
trouve principalement les extraits de plantes, les probiotiques, les acides, les huiles essentielles
et les minéraux. Il faut noter que les fonctions ciblées chez les caprins sont majoritairement
l’appareil digestif et l’appareil respiratoire (figure 7). En revanche, toutes espèces confondues,
deux cibles ressortent principalement : l’appareil digestif et la santé générale (figure 8).

107
10%

acides
50% extraits de plantes
huiles essentielles
40%

Figure 6: Fréquence relative des différentes alternatives chez les caprins (Salles Elodie)

1%
2% 2% 1%
4%
4%

5% 29%
extraits de plantes
probiotiques
10% acides
huiles essentielles
minéraux
biocides
11%
prébiotiques
17% produits biologiques
14% algues
enzymes
peptides
plasma

Figure 7: Fréquence relative des différentes alternatives toutes espèces confondues (Salles Elodie)

108
10%

appareil digestif
santé générale
30% 50%
appareil respiratoire
glande mammaire

10%

Figure 8: Fréquence relative des alternatives chez les caprins par fonction ciblée (Salles Elodie)

2% 1% 1% 1%

5%
appareil digestif
5%
santé générale
appareil respiratoire
mamelle
18%
peau
appareil urinaire

67% appareil locomoteur


appareil reproducteur

Figure 9: Fréquence relative des alternatives toutes espèces confondues par fonction ciblée (Salles Elodie)

2. Évaluation de l’efficacité des médecines complémentaires

A ce jour aucune publication n’est rapportée concernant l’effet des huiles essentielles
en prévention ou en traitement des diarrhées chez les caprins en comparaison avec les
antibiotiques. Les extraits de plantes ont fait l’objet d’un nombre limité de publications. Ces
dernières laissent penser que des extraits de plantes permettraient de réduire l’utilisation ou de
se substituer aux antibiotiques. Toutefois, le niveau de confiance est faible car peu d’études
sont publiées (154).

109
Il manque des études pour se prononcer sur l’efficacité de ces différentes alternatives.
On peut quand même trouver dans la littérature l’évaluation de produits à base de
prébiotiques et de postbiotiques chez le veau nouveau-né notamment. On sait que la flore
digestive joue un rôle majeur dans la protection du veau au travers de deux aspects.
Premièrement, les micro-organismes intestinaux constituent une barrière qui limite la
pénétration des bactéries pathogènes. Deuxièmement, la flore digestive stimule le système
immunitaire et favorise sa maturation (155). De plus, il a été montré une association entre une
baisse de la diversité microbienne dans les selles de veaux et les diarrhées (156). Chez l’homme,
une étude a montré qu’une perturbation dans la mise en place de la flore digestive pouvait avoir
des conséquences sur la santé à l’âge adulte (157). La mise en place de la flore digestive apparait
alors comme un levier d’action important dans la santé du troupeau de son plus jeune âge à
l’âge adulte. Dans ce contexte l’utilisation de prébiotiques pour orienter l’implantation du
microbiote digestif pourrait se révéler pertinent. Ainsi chez le veau un produit innovant a été
évalué (Fortiflor®). Il semble que les germes d’intérêt comme les lactobacilles s’installent de
manière plus précoce et plus rapide au détriment des germes potentiellement pathogènes. La
supplémentation a permis de diminuer de moitié le pourcentage des veaux en diarrhées au cours
des 20 premiers jours de vie (158). Cette piste semble donc prometteuse mais il faut plus
d’études pour confirmer les résultats.

ii. Atténuation de la virulence : une stratégie prometteuse


1. Des cibles variées
a. Agir sur la fixation et la colonisation

Les bactéries détectent et interagissent avec les cellules hôtes grâce à des fimbriae (ou
pili) ou des adhésines afimbriales. Une molécule ciblant ces deux éléments permettrait donc
d’empêcher l’invasion des cellules hôtes.
Premièrement, la cible du médicament peut être les protéines chaperonnes (159). En
effet, ces dernières sont impliquées dans l’assemblage des sous-unités de piline afin de former
les pili. La structure des protéines chaperonnes est bien conservée parmi les bactéries. Par
conséquent ces médicaments seraient large spectre.
Les récepteurs présents sur les cellules de l’animal constituent une deuxième cible
thérapeutique. Ainsi, les mucines empêchent la fixation des adhésines aux récepteurs
glycosylés. Par exemple, la glycoprotéine Muc1 inhibe spécifiquement la fixation des bactéries
Gram – comme Escherichia coli et Salmonella sp.(159).
Par ailleurs, le blocage de la présentation des épitopes bactériens est une autre approche
permettant d’éviter la colonisation bactérienne. Aussi, l’inhibition des enzymes catalysant la
formation des précurseurs des glycosphingolipides, molécules impliquées dans la présentation
des épitopes aux cellules animales, diminue l’invasion bactérienne des bactéries Gram - (159).
L’utilisation d’anticorps monoclonaux dirigés contre l’épitope permettant l’adhésion est un
moyen efficace de lutter contre l’infection par les streptocoques (159).
Les sortases sont des enzymes utilisées par les bactéries Gram + pour présenter les
pilines ou les glycoprotéines à leur surface. Les mutations des sortases affectent la capacité des

110
bactéries à créer des infections. Il existe des inhibiteurs de ces enzymes permettant d’éviter la
colonisation bactérienne.

b. Système de régulation de l’expression des facteurs de


virulence
i. Action sur le quorum sensing

Le quorum sensing est un système de régulation permettant aux bactéries de réagir à un


changement ou à un stress environnemental. Les bactéries produisent de petites molécules
(« autoinducers ») qui lorsque la population est petite se dissipent dans l’environnement. En
revanche, lorsque la population bactérienne devient importante, la concentration de ces
molécules dépasse un seuil et cela constitue un signal réceptionné par les bactéries. Ce signal
active l’expression des facteurs de pathogénicité (159,160). En régulant les gènes impliqués
dans la virulence et la persistance des bactéries, le quorum sensing représente une cible
importante pour la thérapie anti-virulence. On peut envisager une action à différents niveaux de
cette communication entre cellules (Figure 10).
Il est possible de bloquer la création du signal. Ainsi, les bactéries Gram – produisent
des acyl-homoserine lactone (AHL) à partir de S-adenosyl méthionine (SAM) via une protéine
semblable à la protéine Lux1. In vivo, l’utilisation d’analogue de la SAM comme la S-adenosyl
homocystéine, permet de diminuer la synthèse d’AHL. De plus, l’utilisation d’analogue de
l’AHL inhibe l’expression des gènes de régulation par le quorum sensing (159,161). Certaines
bactéries produisent des enzymes capables d’inactiver les AHL comme l’AHL-acylase qui est
produite par Pseudomonas aeruginosa (159). Concernant les bactéries Gram +, elles produisent
des peptides qui requièrent un clivage pour être activés et reconnus. L’utilisation de peptides
inhibiteurs (comme RNAIII inhibiting peptide) chez la souris montre une diminution de la
formation d’abcès dus à Staphylococcus aureus (159,162).
On peut aussi agir sur le signal lui-même en l’inactivant. Des enzymes ou des anticorps
permettent de neutraliser les autoinducers (163).
Une autre approche consiste à empêcher la fixation des autoinducers. Elle est
représentée par l’utilisation de molécules antagonistes qui entrent en compétition avec les
autoinducers au niveau des récepteurs (159,161,163).
L’intérêt prophylactique de ces molécules est assez évident en revanche le potentiel
thérapeutique dans les infections établies est moins apparent. En effet, des défenses
immunitaires intactes sont un prérequis pour se débarrasser de l’infection. Par ailleurs, les
systèmes quorum sensing sont assez spécifiques de chaque bactérie. L’utilisation de ces agents
nécessiterait le développement conjoint d’outils diagnostiques car elle dépend plus du langage
utilisé que de l’identité bactérienne (161). Par ailleurs, le quorum sensing est inactif dans une
population bactérienne quiescente notamment dans les biofilms (162).

111
Figure 10: Action sur le quorum sensing (Salles Elodie)

ii. Action sur la transduction du signal

Des molécules agissant sur la transduction du signal sont décrites dans la littérature. Le
savirin diminue l’expression des gènes de régulation du gène AgrCA de Staphylococcus aureus.
Cela affecte sa virulence mais pas sa viabilité. De plus cette molécule n’a pas d’impact sur les
staphylocoques commensaux (159). L’agent LED209 prévient l’autophosphorylation d’une
kinase Qse C. Cette dernière contribue à la virulence de nombreuses bactéries Gram – car elle
phosphoryle trois facteurs de transcription qui régulent les gènes de mobilité et les gènes de
production de toxines notamment (159).
Les régulateurs transcriptionnels globaux sont une piste prometteuse car ils sont très
conservés entre les bactéries et ils sont spécifiques des procaryotes. On peut citer comme
exemple la cAMP repressor protein pour les bactéries Gram négatif ou la Catabolite control
protein en ce qui concerne les bactéries Gram positif (159).

c. Prévenir les lésions et le développement de la maladie


i. Empêcher l’action de la toxine

La toxine peut être neutralisée avec des anticorps comme c’est le cas lors de l’utilisation
de sérum antitétanique par exemple. L’utilisation d’inhibiteurs compétitifs est une autre
approche. Elle repose sur le fait que des antagonistes se fixent à la place des toxines sur les
récepteurs.
Il est également possible d’empêcher l’action de la toxine en bloquant le processus
lésionnel. Par exemple, la toxine Stx2 doit se fixer sur la protéine Gb3 pour agir. La molécule
C-9 inhibe une enzyme (la glucosylceramide synthase) ce qui aboutit à l’inhibition de
l’expression du gène de Gb3 (159).

112
ii. Interférer avec l’assemblage des protéines de
virulence

La stabilité des protéines repose sur la présence de ponts disulfures. La formation de ces
derniers nécessite des enzymes spécifiques (DSB). Il est possible d’agir sur ces enzymes pour
empêcher l’assemblage des protéines. L’avantage est que l’on peut affecter plusieurs facteurs
de virulence car ce sont en grande partie des protéines. De plus, ces enzymes sont bien
conservées entre les espèces ce qui n’est pas forcément le cas des facteurs de virulence. Cela
fait de ces agents des molécules à spectre large (163).

iii. Cibler les systèmes de sécrétion

Deux types de systèmes de sécrétion sont principalement impliqués dans la translocation


directe des protéines de virulence dans la cellule hôte. Le système de sécrétion de type 3 est
similaire à une seringue et il est présent chez les bactéries Gram – comme E. coli, Chlamydia,
Salmonella, Shigella, Yersinia ou Pseudomonas. Le système de sécrétion de type 4 ressemble
au système de conjugaison bactérienne. Il est notamment retrouvé chez Bartonella, Coxiella et
Brucella. Ces systèmes sont hautement conservés entre les espèces bactériennes. De plus seules
les bactéries pathogènes sécrètent ces éléments ce qui sous-entend qu’une molécule agissant
dessus n’affectera pas la flore commensale. En outre, le fait que ces molécules n’influence pas
la survie des bactéries favorise moins le développement de résistances (159,163,164).
Les molécules peuvent agir à différents niveaux. Premièrement les agents peuvent
affecter la synthèse des composants nécessaires au système de sécrétion. On peut citer comme
exemple la caminoside qui inhibe la synthèse de l’EspB d’Escherichia coli. Ensuite il est aussi
possible d’influencer l’assemblage du système, l’interaction avec les cellules hôtes ou encore
la sécrétion et la translocation des substrats (159,164).

d. Prévenir la synthèse de biofilm et la persistance de


l’infection

Le biofilm est une matrice extracellulaire constituée de polysaccharides, de protéines et


d’ADN extracellulaire. L’accès aux bactéries dans un biofilm est difficile ce qui les rend moins
sensible au stress environnemental, à la phagocytose et aux antibiotiques.
Il est possible de prévenir la formation de biofilm ou de détruire un biofilm déjà existant.
La Norspermidine produite par des bactéries ou des plantes cible les polysaccharides et inhibe
la formation de biofilm par E. coli et S. aureus. Les D-amino acides produits par Bacillus
subtilis détruisent les fibres amyloïdes qui relient les bactéries dans un biofilm. L’association
de ces deux molécules a une action sur les biofilms matures. La DNase I interfère avec la
formation et la stabilité des biofilms notamment vis-à-vis des biofilms impliquant Listeria
monocytogenes (159). Ces agents permettent de faciliter l’accès des antibiotiques aux bactéries
et augmentent donc la sensibilité des germes aux antibiotiques.

113
e. Cibler les systèmes de défense des bactéries

Les bactéries ont développé des systèmes de résistance aux antibiotiques. Un


mécanisme bien connu aujourd’hui est la production de béta-lactamases. Celle-ci est
contrebalancée par l’utilisation d’inhibiteurs des béta-lactamases comme l’acide clavulanique.
Un autre mécanisme de résistance répandu est représenté par les pompes d’efflux. Elles
permettent d’évacuer les toxiques et notamment les antibiotiques comme les fluoroquinolones,
les tétracyclines et les béta-lactamines en dehors de la bactérie. Il existe des inhibiteurs des
pompes d’efflux comme la Phenylalanyl arginyl β naphtylamide fonctionnant notamment sur
E. coli, Salmonella, Klebsiella pneumoniae et Campylobacter (159).
Par ailleurs, les bactéries ont des mécanismes de protection vis-à-vis des défenses
immunitaires innées. En cas de stress environnemental, les bactéries sont capables de produire
des sidérophores afin de chélater les ions (159,162). En outre le système immunitaire inné
produit des radicaux libres. Les bactéries s’en protègent grâce à la production d’antioxydants.
On peut citer comme exemple la staphyloxanthine de S. aureus. Cette molécule est inhibée par
le phosphosulfonate (159,162).
La résistance des bactéries au complément est le fait de la présence du LPS. Par
conséquent il est envisageable de cibler les enzymes impliquées dans la biosynthèse du LPS
pour rendre les bactéries sensibles au complément (162).
Les bactéries Gram + (Staphylocoques, streptocoques) peuvent survivre aux peptides
anti-microbiens par une modification de leurs acides lipoteichoïques. Une molécule dérivée du
D-alanylacyl-sulfanoyl-adenosine (l’imidazolo-quinoxaline) a un potentiel inhibiteur de
l’enzyme responsable de la modification des acides (162).

2. Forces et faiblesse de cette approche

Ces données de la littérature sont quasi exclusivement issues d’études in vitro. Il manque
donc la validation in vivo de ces résultats prometteurs.
L’expression des gènes de virulence est variable selon la localisation et le temps
(159,165). Il est donc nécessaire de poursuivre les investigations avec d’avoir une connaissance
plus fine des variations spatio-temporelles d’expression de ces facteurs de virulence.
La plupart des gènes de virulence se situent sur des éléments génétiques mobiles qui
favorisent donc la transmission éventuelle d’une résistance (159). En effet, malgré l’absence
d’action sur la viabilité des bactéries, ces molécules confèrent un désavantage aux bactéries qui
y sont sensibles.

iii. Une ancienne thérapie remise au goût du jour : la phagothérapie


1. Contexte général de la phagothérapie

Depuis plusieurs décennies les antibiotiques sont le traitement phare des infections
bactériennes. Toutefois, on assiste aujourd’hui à une recrudescence des bactéries
multirésistantes notamment dans le cas d’infections nosocomiales. La recherche de nouveaux

114
antibiotiques progresse malheureusement lentement. Il convient donc d’essayer de développer
en parallèle de nouvelles thérapies. La phagothérapie présente un intérêt majeur puisqu’elle
cible de manière spécifique les bactéries. Cette thérapie n’est en réalité pas récente puisqu’elle
a été utilisée dès 1919 pour traiter des maladies bactériennes humaines et animales. Puis devant
le succès des antibiotiques, la phagothérapie a été abandonnée car elle se révélait être plus
contraignante que l’antibiothérapie (166). En revanche, des pays de l’Est comme la Géorgie, la
Russie ou la Pologne l’utilisent actuellement avec succès.

2. Mode d’action des phages et spécificités de la phagothérapie

Rappelons d’abord que les phages sont des entités biologiques ou encore virus qui sont
présents partout où il y a des bactéries. Les bactériophages contribuent à l’évolution génétique
des bactéries en intervenant dans le transfert de matériel génétique. Ils sont spécifiques d’une
espèce bactérienne voire de quelques souches. Tandis que certains phages sont bactériolytiques
d’autres sont capables de s’intégrer au génome bactérien (166). C’est d’ailleurs cette dernière
propriété qui est à l’origine des réticences vis-à-vis de la phagothérapie. L’essor du séquençage
permet aujourd’hui aux chercheurs de détecter cette capacité d’intégration (166). Ce qui est
intéressant c’est qu’il existe un équilibre entre les phages et les bactéries. Ainsi les bactéries
peuvent muter et alors échapper à l’action lytique des phages mais ces derniers sont tout autant
capables de muter pour s’adapter.
Revenons maintenant sur les principes de la phagothérapie (166). Les phages diffusent
dans l’organisme et une guérison rapide est obtenue après un contact massif avec les bactéries
pathogènes. Comme mentionné précédemment, le spectre d’hôtes des phages est étroit ce qui
implique de poser un diagnostic précis avant traitement. On voit alors que la thérapie
probabiliste ou en urgence n’est pas possible. Pour la même raison la phagothérapie est peu
appropriée pour les infections polymicrobiennes. Toutefois cette faiblesse pourrait être
compensée par l’association de plusieurs phages afin d’élargir le spectre (167). En revanche de
cette spécificité découle un énorme avantage à savoir la non-exposition des flores commensales
et donc la diminution des effets secondaires. Une autre propriété intéressante des phages est
qu’ils se multiplient in situ tant qu’ils sont en contact avec les bactéries. Ainsi une
administration unique peut être suffisante contrairement aux antibiotiques où des
administrations répétées sont nécessaires pour palier leur élimination. Par ailleurs, il a été
montré qu’au même titre que les bactéries sont transmises lors d’un manque d’hygiène, les
phages peuvent être transmis en même temps et jouer un rôle protecteur. On parle alors de
phagoprophylaxie. Les phages sont incapables de pénétrer dans les cellules eucaryotes. Il en
découle que les bactériophages n’ont aucun intérêt dans les infections à bactéries intracellulaires
(167). Une autre limite des bactériophages est que le système immunitaire serait capable de
produire des anticorps dirigés contre les phages. Toutefois les conséquences cliniques de cette
propriété n’ont pas été étudiées.

3. Développement actuel de la phagothérapie

Le développement de la phagothérapie est malheureusement aujourd’hui encore entravé


par différents points. D’abord les apparents échecs passés de la phagothérapie sont encore un

115
frein à son développement. Ensuite, l’industrie pharmaceutique avance prudemment car les
mutations génétiques sur les phages en font des OGM (organismes génétiquement modifiés)
qui sont mal acceptés par la population.
Cependant aujourd’hui la phagothérapie est envisagée sous un nouvel angle. Elle
pourrait, dans les années à venir être utilisée en complément de la traditionnelle antibiothérapie.
En effet, des travaux ont montré que l’utilisation conjointe des phages et des antibiotiques
pouvait être synergique sur la lyse bactérienne. Par ailleurs, les bactériophages pourraient se
révéler utiles dans l’hydrolyse des biofilms. De plus, in vivo certaines bactéries persistent à
l’état quiescent en produisant un polysaccharide. Les phages seraient capables de détruire cette
matrice et donc de permettre aux antibiotiques d’atteindre ces bactéries. Des brevets sont
actuellement en cours (168).

iv. Accompagner le vétérinaire et l’éleveur pour améliorer leurs


pratiques

Le plan Ecoantibio met en avant la nécessité de communiquer et d’informer vétérinaires


et éleveurs au sujet de l’antibiorésistance. Il vise à diffuser les bonnes pratiques d’utilisation
des antibiotiques en élevage. Cela passe d’abord par des formations régulières du vétérinaire
qui peuvent être intégrées à l’obligation de formation continue dans le cadre de l’habilitation
sanitaire. En outre, la formation initiale des vétérinaires aujourd’hui met clairement l’accent sur
l’usage raisonné des antibiotiques. Il faudrait maintenant favoriser l’enseignement des
méthodes alternatives à l’antibiothérapie. Par ailleurs, le vétérinaire doit transmettre les
informations à l’éleveur. En effet, des études en élevage bovin ont montré qu’en majorité les
éleveurs n’ont pas conscience des risques d’antibiorésistance liés à l’utilisation des
antibiotiques (169,170). Or, il a été prouvé qu’il existe un lien significatif entre le niveau de
connaissances et les bonnes pratiques mises en place par l’éleveur. Le vétérinaire a donc un rôle
primordial pour conseiller sur les pratiques d’antibiothérapie (170,171). Pour l’accompagner
dans cette tâche, la visite sanitaire peut être un bon outil. Ainsi, la visite sanitaire bovine en
2016 traitait de l’antibiorésistance. Elle permettait à l’éleveur de faire le point sur ses pratiques
et au vétérinaire de cibler les points à améliorer. On peut donc imaginer qu’un tel support
pourrait être adapté aux petits ruminants. Le plan Ecoantibio 2 prévoit notamment la mise en
place de campagnes de communication mais aussi la diffusion de guides de bonnes pratiques.
Outre la communication, l’établissement de scores permettant d’aider à la décision de
mise sous antibiotiques pourrait être intéressant. Cela a déjà été fait pour les problèmes
respiratoires chez les bovins.
Par ailleurs le développement des tests de diagnostic rapide serait d’une grande aide
pour le vétérinaire. Ainsi, il serait plus facile d’argumenter auprès de l’éleveur sur la nécessité
ou non de mettre sous antibiotiques.
Il faut encourager l’intégration des modalités d’usage des antibiotiques dans les cahiers
des charges des programmes de certification d’élevage. En effet cela contribue à diminuer
l’utilisation des antibiotiques.

116
CONCLUSION

La filière caprine souffre d’un manque important de spécialités antibiotiques. Le


praticien se retrouve donc en permanence confronté à de nombreuses contraintes lorsqu’il doit
prescrire un antibiotique. En effet, le recours au principe de la cascade est plus que fréquent et
impose l’application de délais d’attente forfaitaires contraignants.
Le vétérinaire doit prendre en compte dans sa prescription un grand nombre de facteurs.
Premièrement, il doit respecter la législation mais celle-ci est parfois incompatible avec le mode
d’élevage, notamment en termes de délais d’attente viande pour les chevreaux. Ensuite, le
praticien doit prendre en compte la sensibilité naturelle des bactéries aux antibiotiques ainsi que
les données concernant l’antibiorésistance même si ces dernières sont souvent lacunaires chez
les caprins. Enfin, le vétérinaire doit être conscient des contraintes pour l’éleveur vis-à-vis de
la facilité d’observance notamment.
Il en découle que le praticien ne dispose pas d’un arsenal antibactérien suffisant pour
traiter les diarrhées néonatales, les pneumonies enzootiques, les mycoplasmoses et les
mammites chez les caprins.
De nombreuses alternatives à l’antibiothérapie existent mais demandent à être
développées. La thérapie anti-virulente ou la phagothérapie constituent des pistes prometteuses
dans la thérapie antibactérienne du futur. Ces stratégies visent à pérenniser l’efficacité des
antibiotiques en luttant contre l’apparition de résistance. L’efficacité des vaccins pourrait être
améliorée en les adaptant plus à l’espèce caprine notamment vis-à-vis de la concordance des
valences vaccinales avec les pathogènes retrouvés chez les caprins.

117
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ANNEXES

Annexe 1: Synthèse des principales caractéristiques des antibiotiques (Salles Elodie)

Famille Molécule Solubilité pH Résorption Distribution Elimination Effet Spectre


L H A B
B-lactamines Benzylpénicilline X X Dégradation dans Extracellulaire Urinaire Bactéricide Gram +
l’estomac Persistance dans les + biliaire
Aminopénicilline Absorption PO quartiers pour Péni Large
Cloxacilline Liquide synovial A Gram +
Céphalosporines Absorption PO variable Gram + à large

Quinolones Ac oxolinique X X Absorption PO modérée Faible diffusion Urinaire Bactéricide Gram -


Extracellulaire Concentration
Fluméquine X X X Absorption PO Extra + dépendant Large
Marbo/enro/danofloxacine intracellulaire Mycoplasmes
Tétracyclines Oxy/chlor/tétracycline X X X Absorption PO modérée Extra + Urinaire Bactériostatique Large
Doxycycline Absorption PO intracellulaire Biliaire Mycoplasmes
Phénicolés Florfénicol X N N - Extra + Urinaire Bactériostatique Large
intracellulaire
Aminosides Dihydrostreptomycine X X Pas d’absorption Extracellulaire Urinaire Bactéricide Large
Gentamicine digestive Diffusion faible concentration
Néomycine dépendant
Polypeptides Colistine X X X Pas d’absorption Extracellulaire Urinaire Bactéricide Gram -
digestive Diffusion faible
Macrolides Erythromycine X X Dégradée PO Bonne diffusion Biliaire Bactériostatique Gram + et
et Spiramycine Absorption incomplète Intracellulaire pasteurelles
lincosamides Tylosine et variable Mycoplasmes
Tulathromycine
Clindamycine X X Absorption incomplète Bonne diffusion Biliaire Bactériostatique Gram + et
Lincomycine Intracellulaire mycoplasmes
Sulfamides Sulfaguanidine X X X Pas d’absorption PO Bonne diffusion Urinaire Bactériostatique Large

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Autres sulfamides X X X Absorption PO Extracellulaire
Triméthoprime X X Absorption PO Bonne diffusion Urinaire + Bactéricide si Large
Extra + biliaire associé aux
intracellulaire sulfamides

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Annexe 2: Mode d’action des inhibiteurs de virulence (Salles Elodie)

Mode d’action des inhibiteurs Pathogènes


Adhérence et colonisation
Inhibition de la formation des pili : molécules qui empêchent la fixation des protéines chaperonnes sur E. coli (UPEC)
les sous-unités de piline
Interaction avec les récepteurs de la cellule hôte : par compétition E. coli, Salmonella
Blocage de la présentation de l’épitope bactérien :
- Anticorps monoclonaux dirigés contre l’épitope Streptococcus
- Inhibition de l’enzyme qui catalyse la formation des glycosphingolipides impliqués dans la UPEC, Salmonella
présentation des épitopes
- Inhibiteurs des sortases Gram +
Régulation de l’expression des gènes de virulence
▪ Le quorum sensing
Blocage de la création du signal : Gram –
- Analogues de la SAM Gram –
- Analogues de la AHL Gram –
- Enzymes inactivant les AHL Staphylococcus aureus
- Peptides inhibiteurs Staphylococcus aureus
Neutralisation du signal : enzymes et anticorps
Blocage de la fixation du signal sur les récepteurs : antagonistes Staphylococcus, Pseudomonas
▪ La transduction du signal
Inhibition de gènes régulateurs
Régulateurs transcriptionnels globaux
Lésions par les protéines de virulence
Blocage de la toxine
Interférer avec l’assemblage des protéines de virulence Gram -
Cibler les systèmes de sécrétion Gram -
Synthèse du biofilm et persistance de l’infection Staphylococcus
Prévention et destruction du biofilm
Systèmes de résistance des bactéries
Bloquer les mécanismes de résistance acquis
- Β-lactamases
- Pompes d’efflux E. coli, Salmonella, Klebsiella pneumoniae et Campylobacter
Empêcher la formation de sidérophore
Bloquer la synthèse d’anti-oxydant Staphylococcus aureus
Bloquer la biosynthèse du LPS Gram –
Inhiber l’enzyme modifiant les acides lipoteichoïques Gram +

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Annexe 3: Fiches synthèses antibiothérapie (Salles Elodie)

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SALLES Elodie

ANTIBIOTHÉRAPIE RAISONNÉE CHEZ LES CAPRINS

Thèse d’Etat de Doctorat Vétérinaire : Lyon, 26 Juillet 2019

RESUME :
La filière caprine souffre d’un manque important de spécialités antibiotiques. Le respect de la législation
lors du recours au principe de la cascade associé à des données scientifiques souvent lacunaires dans
l’espèce caprine contraignent la prescription du vétérinaire. Ainsi, l’arsenal thérapeutique est insuffisant
pour quatre pathologies bactériennes : les diarrhées néonatales, les pneumonies enzootiques, les
mycoplasmoses et les mammites.

De nombreuses alternatives à l’antibiothérapie existent mais demandent à être développées. Ces


stratégies visent à pérenniser l’efficacité des antibiotiques en luttant contre l’apparition de résistance ou
en prévenant les infections. L’efficacité des vaccins pourrait être améliorée en les adaptant plus à
l’espèce caprine.

MOTS CLES :
- Caprinés - Résistance aux antibiotiques
- Antibiothérapie - Maladies bactériennes

JURY :
Président : Monsieur le Professeur Gérard LINA

1er Assesseur : Madame le Docteur Caroline PROUILLAC


2ème Assesseur : Madame le Docteur Zorée DJELOUADJI

DATE DE SOUTENANCE : 26 Juillet 2019

ADRESSE DE L’AUTEUR :
Elodie SALLES
Le petit bouveron
07270 LAMASTRE

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