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BÂLE II, RÉALLOCATION DES PORTEFEUILLES DE CRÉDITS ET

INCITATION À LA PRISE DE RISQUE


Une application au cas des pays émergents d'Asie du Sud-Est

Olivier Bruno, Alexandra Girod

Presses de Sciences Po | « Revue économique »

2008/6 Vol. 59 | pages 1193 à 1213


ISSN 0035-2764
ISBN 9782724631098
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-economique-2008-6-page-1193.htm
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Bâle II, réallocation des portefeuilles
de crédits et incitation à la prise de risque
Une application
au cas des pays émergents d’Asie du Sud-Est

1Olivier
Bruno*
Alexandra Girod**

Nous analysons l’impact de l’approche par les notations internes du nouvel


accord de Bâle (ci-après Bâle II version IRB) sur les portefeuilles de crédits des
banques et sur leur incitation à la prise de risque. Les exigences en capital régle-
mentaire de Bâle II sont basées sur le taux de défaut de chaque crédit financé
par les banques. Ce taux de défaut est établi en prenant en compte le risque
idiosyncrasique du crédit (sa propre probabilité de défaut) et sa sensibilité au
facteur de risque systématique. La relation entre ces deux facteurs de risque est
supposée décroissante de la probabilité de défaut du crédit dans Bâle II. Cette
hypothèse implique que la charge marginale en capital pour une banque finançant
un crédit plus risqué est décroissante. Cette charge marginale décroissante doit
être comparée au gain croissant lié au financement de crédits plus risqués, mesuré
par le spread de crédit sur l’actif sans risque. Nous montrons alors que, pour des
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banques initialement risquées, il existe un biais incitatif au financement de crédits
davantage risqués lors du passage de Bâle I à l’approche IRB de Bâle II. Ce biais
incitatif est en contradiction avec l’objectif principal de Bâle II de réduire le risque
global encouru par les banques.

BASEL II: ACCORD, CREDIT PORTFOLIO


REALLOCATIONS AND RISK TAKING INCENTIVES:
AN APPLICATION TO EAST-ASIAN EMERGING COUNTRIES

We analyze the impact of the new Internal Rate Based (IRB) Basel II capital requi-
rements on the credit portfolio of banks and on their incentive to take risk. We show
that for some initially risky banks, there is an incentive bias to finance a riskier credit
bucket when they shift from Basel I to IRB Basel II capital requirements. Basel II bank
capital requirements are based on the default rate of each loan financed by a bank.
This rate is measured by taking into account the specific risk of the credit (its own
default probability) and its sensitivity to a systematic factor of risk. The relationship

* Université de Nice Sophia-Antipolis, GREDEG-CNRS, CERAM Business School. 250, rue Albert
Einstein, 06560 Valbonne Sophia-Antipolis, France. Courriel : olivier.bruno@gredeg.cnrs.fr (auteur
correspondant).
** Université de Nice Sophia-Antipolis, GREDEG-CNRS. Courriel : girod@gredeg.cnrs.fr
Une première version de ce travail a été présentée au colloque Opening and Innovation in
Financial Emerging Market, Beijing, 27-28 mars 2007. Les auteurs remercient l’ensemble des
participants pour leurs remarques et commentaires. Les erreurs et omissions restent de notre seule
responsabilité.

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between these two risk factors (specific and systematic) is assumed to be decreasing
with the default probability of a credit. This assumption implies that the marginal
capital amount for a bank that finances a riskier credit is also decreasing. In order
to appraise banks’ incentive to finance risky projects, we compare this marginal
decreasing amount of capital requirements with the increasing gain linked with the
financing of riskier credits, which is measured by credit spreads. Under some condi-
tions on the value of credit spreads, we show that the trade off between margi-
nal cost and marginal gain may encourage initially risky banks under Basel I capital
regulation to increase their level of risk under IRB Basel II capital regulation. This
incentive bias towards a riskier credit portfolio is in contradiction with Basel II’s main
objective of reducing the global risk taken by banks.

Classification JEL : G11 – G32

INTRODUCTION

La réforme du ratio de fonds propres (Bâle II) poursuit l’objectif ambitieux


d’une meilleure gestion des risques encourus par les banques. Pour ce faire,
la structure du ratio de capital a été révisée afin de le rendre plus sensible aux
risques économiques en proposant notamment deux approches pour calculer les
exigences réglementaires (approches Standard et IRB) censées mieux évaluer les
risques de défaut associés aux activités de prêts. Par ailleurs, la nouvelle régle-
mentation étend la « gamme » de risques pris en compte en intégrant la couver-
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ture des risques de marché, de liquidité et opérationnels. Cet élargissement des
risques devant être couverts par le capital réglementaire s’est accompagné d’une
uniformisation de leur mesure avec le recours systématique à une méthodologie
de type Value at Risk (VaR).
Concernant le risque de crédit, l’approche standardisée de Bâle II permet un
calcul des exigences réglementaires en utilisant des notations établies par des
agences de notation ; les approches IRB et IRB avancée recourent aux estimations
propres de la banque pour les calculer. L’approche standard retient certes un
point de vue proche de celui déjà présent dans Bâle I, mais le regroupement des
crédits s’effectue cette fois par grande classe de risque et non plus simplement
par grande catégorie (corporate, emprunteurs souverains, etc.). Les approches
IRB et IRB avancées reposent, quant à elles, sur un modèle factoriel à un facteur
de risque pour déterminer le capital réglementaire. Ce type de modèle estime le
risque crédit d’un actif en fonction de ses caractéristiques idiosyncrasiques, via sa
probabilité de défaut inconditionnelle et de son exposition à un facteur de risque
systématique, via la probabilité de défaut conditionnelle du crédit (O. Vasicek
[1987]). La majorité des études s’accordent sur le fait que le nouveau ratio de
fonds propres reflétera mieux le risque crédit des actifs, celui-ci étant désormais
lié à la notation interne ou externe de l’actif et non plus à sa catégorie.
Bien que cette nouvelle réglementation s’adresse principalement aux banques
des pays du G 10, celles des pays émergents sont fortement incitées à s’y confor-
mer pour deux raisons principales. La première est d’éviter l’exclusion du marché
international des capitaux au profit de banques ayant adopté les nouvelles procé-
dures et affichant une gestion plus transparente des risques. La seconde consiste
à faire face à la concurrence interne des filiales de banques étrangères, appliquant

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la nouvelle réglementation dans ses versions souvent les plus sophistiquées, et


donc plus aptes à évaluer les niveaux de risques effectifs des crédits financés.
Conscientes de ces différentes pressions, les autorités de régulation et de super-
vision nationales des pays émergents chargées de mettre en œuvre le nouvel
accord de Bâle II ont établi des plannings extrêmement précis et contraignants
pour leurs banques domestiques.
Ces autorités de supervision peuvent à discrétion laisser le choix aux banques
ou leur imposer la version du ratio qu’elles doivent appliquer. Cette deuxième
option a été retenue dans la majorité des pays émergents (notamment d’Asie du
Sud-Est) avec une particularité puisque les autorités réglementaires ont choisi
de maintenir l’ancienne version, légèrement modifiée, de l’accord (Bâle I) pour
certaines banques et d’appliquer le nouvel accord sous ses différentes versions
(standard et IRB) pour d’autres banques. À cet égard, le cas de la Chine est parti-
culièrement illustratif. Officiellement, ce pays a fixé les dates de mise en œuvre
des versions IRB aux environs de 2009-2010. Jusqu’à cette date, les banques
chinoises continueront donc d’appliquer la réglementation issue de Bâle I.
Néanmoins, l’ouverture du marché bancaire chinois à la concurrence, suite aux
accords de l’OMC, est effective depuis décembre 2006. Face à cette concurrence,
les autorités chinoises ont incité les trois grandes banques leader du marché
domestique à se conformer aux versions IRB dès 2007 afin de pouvoir rivaliser
avec les filiales des banques étrangères.
Plusieurs études (Rojas-Suarez [2002] ; Bailey [2005]) se sont intéressées aux
conséquences de la mise en application par des banques de pays émergents d’une
réglementation davantage dessinée pour les banques de pays développés. Ces
études soulignent les aspects néfastes de la nouvelle réglementation à la fois sur
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le coût et la volatilité des prêts adressés aux banques des pays émergents, mais
également sur le financement des activités économiques dans ces pays. Bâle II
recourt en effet aux notations externes ou internes afin de calculer les exigences
réglementaires correspondantes aux crédits accordés par les banques. Compte
tenu du peu d’information disponible sur les entreprises et les banques des pays
émergents, leurs notations sont le plus souvent basses ou absentes et conduisent
à des niveaux d’exigences en capital réglementaires plus importants que pour
des banques ou des entreprises du G 10.
Néanmoins, peu d’études se sont intéressées au particularisme qu’offre la mise
en place du nouveau cadre réglementaire dans les pays émergents qui conduit
à la coexistence de « trois régulations », Bâle I, Bâle II Standard et Bâle II IRB,
et aux opportunités que présentent ces différentes réglementations en termes
d’arbitrages réglementaires et d’incitations à la prise de risque.
Cette coexistence de mesures réglementaires hétérogènes entre les banques
situées dans les pays émergents crée en effet des possibilités d’arbitrages au
sein des portefeuilles d’actifs de ces banques, du fait notamment que le passage
à la nouvelle réglementation entraîne pour les banques qui s’y conforment de
nouveaux montants d’exigences réglementaires en capital, ce dernier étant
désormais conduit par le niveau de risque du portefeuille bancaire. Le passif
des banques étant limité et coûteux, on peut s’attendre à ce que certaines d’entre
elles recomposent leur portefeuille suite à la mise en place du nouveau ratio, en
particulier celles faisant l’objet d’un accroissement du niveau des exigences en
fonds propres. Cette recomposition peut bien sûr conduire les banques à financer
des crédits moins risqués (réduction de la prise de risque). Cela irait dans le sens

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recherché par la nouvelle réglementation. Néanmoins, nous pensons qu’il existe


également une incitation à une réallocation du portefeuille de crédit de certaines
banques vers des crédits plus risqués1 (ayant une plus forte probabilité de défaut)
lors du passage de Bâle I à l’approche IRB de Bâle II.
Ce biais incitatif à la prise de risque, qui va à l’encontre des objectifs de la
nouvelle réglementation, s’explique par la structure de l’équation de capital régle-
mentaire retenue dans l’approche IRB. Plus précisément, la nouvelle réglementation
suppose l’existence d’une relation décroissante entre la probabilité de défaut d’un
crédit particulier et la probabilité de défaut conditionnelle au facteur de risque systé-
matique. Intuitivement, cela revient à postuler que l’exposition au risque systéma-
tique est d’autant moins forte que le risque spécifique d’un crédit est important2.
Cette hypothèse implique que même si la charge totale en capital réglementaire est
une fonction croissante de la probabilité de défaut des crédits, la charge marginale,
i.e. celle qui est engendrée par la transition vers un crédit plus risqué, est décrois-
sante. Ainsi, l’augmentation de la prise de risque est proportionnellement moins
coûteuse en capital réglementaire pour une banque déjà fortement risquée que pour
une banque peu risquée. Le coût de cette charge supplémentaire en capital doit alors
être comparé avec le gain attendu du passage vers un portefeuille de crédits plus
risqué. Ce gain se mesure à l’aide des spreads de taux qui prévalent sur les crédits
risqués. Il est alors possible de montrer que certaines banques, déjà risquées sous
la réglementation Bâle I, seront incitées à accroître le risque de leur portefeuille
de crédits (c’est-à-dire réallouer leur portefeuille vers des crédits à probabilité de
défaut plus élevée) si on leur impose la réglementation IRB de Bâle II.
Nous cherchons donc, dans ce travail, à identifier les conditions sous lesquel-
les les versions les plus sophistiquées du nouvel accord de Bâle II présentent des
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opportunités d’arbitrage réglementaire conduisant à un accroissement de la prise
de risque de la part des banques qui s’y soumettent. Nous présentons, dans une
première section, une revue critique de la nouvelle réglementation bancaire. Nous
insistons sur le cas des marchés émergents afin de mettre en lumière les possibilités
d’arbitrages réglementaires induites par la coexistence de différentes versions de la
réglementation prudentielle. Nous développons dans la seconde partie un modèle
illustratif du biais incitatif à la prise de risque lors du passage d’une réglementation
standard (ou Bâle I) à une réglementation IRB. Enfin, nous concluons en proposant
des pistes envisageables afin de surmonter une partie des problèmes.

QUALITÉ D’ESTIMATION
DES RISQUES DE CRÉDIT ET BIAIS INCITATIF

La réforme du ratio de fonds propres, proposée par la nouvelle réglementation


de Bâle II, offre une meilleure estimation des risques de défaut associés aux
crédits financés par les banques. La réalisation de cet objectif va nécessairement

1. Les résultats de la littérature concernant l’impact du ratio de capital sur la prise de risque des
banques sont ambigus. Des études concluent à ce que l’accroissement du ratio de capital conduit,
sous certaines conditions, à un accroissement du niveau de risque du portefeuille bancaire (Besanko
et Kanatas [1996] ; Blum [1999] ; Hellmann, Murdock et Stiglitz [2000]).
2. Cette hypothèse est fondée par un certain nombre d’études empiriques (voir J. Lopez
[2004]).

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modifier le niveau d’exigence réglementaire des banques et la structure de leurs


bilans. Nous pouvons donc nous attendre à ce que certaines banques réagis-
sent en recomposant leurs portefeuilles de crédits afin de tenir compte de la
nouvelle réglementation. Cette dernière, pour être efficace, ne devrait pas inci-
ter les banques à accroître le niveau de risque de leur portefeuille de crédits.
Néanmoins, l’existence d’un biais incitatif à la prise de risque ne peut pas être
exclue a priori, aussi bien dans le cadre de l’approche standard que dans celui
de l’approche IRB. Cela est d’autant plus vrai lorsque nous tenons compte des
« particularités réglementaires » de certains pays émergents qui autorisent la
coexistence de l’ancienne et de la nouvelle version de l’Accord. Nous proposons,
dans cette première partie, une revue synthétique des différents cadres réglemen-
taires retenus par les principaux pays émergents d’Asie du Sud-Est afin d’en
évaluer l’impact en termes de prise de risque pour les banques domestiques.

Le cadre réglementaire asiatique :


remarque sur Bâle I et Bâle II approche standard

La diversité des situations économiques et réglementaires qui caractérisent


les pays émergents d’Asie du Sud-Est ne permet pas de proposer une grille de
lecture homogène de la mise en place de la nouvelle réglementation sur les fonds
propres. Nous avons donc choisi de classer ces pays en deux groupes représen-
tatifs, selon le degré de développement de leur système bancaire. Le groupe
des pays les plus avancés comprend Hong Kong, Singapour et Taiwan, alors
que celui des pays les moins avancés est composé de la Chine, de l’Inde, de la
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Thaïlande et de la Malaisie. Le tableau présenté dans l’annexe 1 résume les dates
de mise en œuvre de la nouvelle réglementation pour chacun des deux groupes
de pays. Nous insistons également sur les particularismes nationaux qui mettent
en lumière l’hétérogénéité des situations réglementaires aussi bien interne à un
pays qu’à la région dans son ensemble1.
Concernant le groupe des pays émergents les plus avancés, les approches
standard ou IRB fondation de Bâle II seront mises en œuvre quasiment au même
rythme que dans les pays du G 10 (dès 2007 ou 2008 au plus tard pour Hong-
Kong). À l’inverse, la situation du second groupe de pays (les moins avancés)
est plus diversifiée. L’accord de Bâle II ne sera pas opérationnel sauf en Inde
(version standard en 2007) et pour les trois plus grandes banques chinoises
(version IRB dès 2007) avant 2009, voire 2010. Par ailleurs, la réglementation
de Bâle I continuera de coexister avec certaines versions de Bâle II (standard ou
IRB) dans plusieurs pays comme la Chine ou la Thaïlande. Le choix de ces pays
de conserver dans un premier temps la réglementation de Bâle I s’explique par
la volonté des autorités de supervision d’assainir les pratiques bancaires locales,
notamment en ce qui concerne le traitement des prêts non performants (Non
performing loans) et la mise en place des normes comptables et financières avant
le passage à Bâle II. Les banques locales de ces pays pourront donc continuer à
exploiter le biais réglementaire inhérent à l’accord de Bâle I. Ce biais incitatif à
la prise de risque est bien connu dans la littérature (Kim et Santomero [1988])

1. Ce tableau est une synthèse réalisée à l’aide des travaux de Bailey [2005], Brehm et Macht
[2003], Ward [2002] et Andersen [2004].

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et résulte du manque de sensibilité du ratio de fonds propre au risque spécifique


des actifs financés. Les banques peu averses aux risques peuvent ainsi retenir
dans leur portefeuille de crédits les actifs les plus risqués d’une gamme de risque
(corporate par exemple) sans voir pour autant s’accroître leur charge en capital
réglementaire.
Conscients de ces limites, les pays émergents se conformant à l’ancienne
version de l’accord la complètent en y associant les deux nouveaux piliers édic-
tés par le comité de Bâle, la supervision prudentielle (pilier II) et la discipline
de marché (pilier III). Néanmoins, les autorités prudentielles, qui ne sont qu’à
leur premier stade de développement, risquent de ne pas pouvoir remplir plei-
nement leur rôle de superviseur (pilier II). Par ailleurs, les pays émergents les
moins avancés sont caractérisés par une forte concentration du capital bancaire,
ce qui soulève des interrogations quant à l’influence réelle qu’aura la discipline
de marché (pilier III).
Ces critiques ne sont pas de mise pour les émergents adoptant d’emblée la
nouvelle version de l’accord (standard ou IRB). Néanmoins, des problèmes demeu-
rent, en particulier concernant l’approche standard de Bâle II. Différentes études
ont cherché à estimer la justesse des pondérations de cette approche de l’accord
pour refléter le risque crédit des différents paniers de risque. Nous présentons
ici les résultats obtenus par E. Altman, S. Bharat et A. Saundres [2002] et de
A. Resti et A. Sironi [2007]. Ils s’accordent sur le manque de granularité des
paniers de risque réglementaires de l’approche standard, ces derniers apparais-
sant comme grossiers et ne distinguant pas de façon assez subtile les différents
risques associés aux notations des obligations. Plus précisément, le problème
résiderait dans la logique de séparation retenue par Bâle II qui regroupe dans
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les paniers réglementaires les notations A+/A–, BBB+/BB– et inférieur à BB.
Les deux études proposent plutôt des paniers de crédits qui regrouperaient les
notations A+ à A–, BBB+ à BBB– puis BB+ à B– et inférieur à B–. Ce décou-
page répondrait à une logique de distinction « investment grade/non investment
grade ». En effet, la logique de séparation de l’accord, en particulier le panier
regroupant les actifs avec une notation inférieure à BB–, ne fait pas de distinc-
tion entre les CCC, qui sont en défaut, les junk-bonds (notés par un simple B)
et les actifs spéculatifs notés BB–. De même, les pondérations de l’accord ne
discriminent pas les actifs spéculatifs BB et les actifs BBB, moins spéculatifs, les
deux étant associés au même panier réglementaire. Pourtant, les probabilités de
défaut respectives de ces différentes catégories de risque (BBB, BB, B et CCC)
sont très différentes et n’impliquent pas le même degré de risque crédit ni les
mêmes spreads de taux.
Les deux analyses soulignent alors que des arbitrages réglementaires, tels
que ceux existant dans le cadre de Bâle I, peuvent se retrouver dans l’approche
standard de Bâle II. En effet, dans un même panier de risque, en particulier le
panier BBB+ à BB–, les charges réglementaires en capital sont proportionnelle-
ment plus importantes pour les obligations les mieux notées du panier en regard
des spreads qui leurs sont associés. Les rentabilités et les risques des différentes
catégories de notation pouvant entrer dans la composition d’un panier de risque
n’étant pas les mêmes, pour un montant de capital immobilisé identique, une
banque peu averse au risque peut être incitée à recomposer son portefeuille en
faveur des actifs les plus rentables du panier de risque, actifs qui sont aussi
les plus risqués du panier considéré. Bien que ces analyses aient été conduites
sur des données provenant principalement des pays développés du G 10, nous

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pensons que leurs conclusions s’appliquent aux pays émergents qui voient coha-
biter des banques locales ainsi que des filiales de banques étrangères ayant accès
au marché international des capitaux.
Enfin, à ces problèmes généraux s’ajoute la question spécifique de la notation
des corporate asiatiques. Les agences de notation accréditées ne disposent que
de peu de données afin d’estimer leur risque et elles demeurent essentiellement
sans note. Cette situation est problématique puisque, dans l’approche standard,
les actifs non notés appartiennent à un panier de risque assorti d’une pondéra-
tion plus favorable que celle d’actifs notés BB– ou inférieur (100 % pour les
non-notés contre 150 % pour BB– ou inf.). Ce dernier biais, propre aux pays
émergents, peut donc conduire soit à des pressions sur les agences de notation
locales, pour que celles-ci accordent des notes plus favorables que ne le méri-
teraient véritablement les corporate asiatiques, soit dissuader les entreprises de
demander à être notées.
L’approche par les notations internes (IRB) est censée pallier ces biais inci-
tatifs au moyen d’une estimation plus fine des risques de crédit des différents
actifs. Pour ce faire, elle utilise une fonction de pondération afin de déterminer
les exigences en capital réglementaires dérivée d’un modèle à un facteur de
risque. Nous examinons, dans la suite de cette partie, les implications d’une telle
approche sur le comportement en termes de prise de risque des banques.

L’approche IRB : structure générale de la fonction


de pondération et remarques sur la probabilité de défaut
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L’approche IRB vise à corriger les biais de l’approche standard en associant
directement le niveau d’exigences réglementaires en capital à la probabilité de
défaut de l’actif. Elle repose sur la fonction de pondération réglementaire qui
utilise des données internes des banques en matière d’évaluation du risque crédit
des actifs. Ces différentes données, à savoir la probabilité de défaut incondition-
nelle de la catégorie de notation (PD), et en plus, pour l’approche IRB avancée, la
perte en cas de défaut (LGD) et l’exposition en cas de défaut (EAD), sont issues
des modèles internes des banques. L’élément essentiel de l’approche IRB reste
tout de même la probabilité de défaut inconditionnelle du panier de risques. Dans
Bâle II, les exigences en capital réglementaires sont déterminées par la probabi-
lité de défaut (PD) de la catégorie de risque à laquelle l’emprunteur est assigné
et non à la PD spécifique à l’emprunteur. Cette PD du panier de risque, appelée la
pooled PD, reflète le niveau moyen (i.e. moyenne ou médiane) des PD de défaut
des emprunteurs assignés à cette catégorie de risque. Le modèle réglementaire
de Bâle II requiert que la probabilité de défaut du panier soit une estimation
inconditionnelle aux facteurs macroéconomiques. Cette pooled PD incondition-
nelle doit être stable dans le temps afin de permettre un calcul des exigences en
capital réglementaire cohérent avec le risque crédit du panier qu’elle est censée
refléter. Or, la dynamique de la PD du panier par rapport au cycle économique
dépend de la prédiction des événements de défaut et de la philosophie indivi-
duelle de la banque en termes de notation à savoir through the cycle ou point in
time. Un modèle interne est dit point in time lorsqu’il engendre une notation de
l’emprunteur réactive aux changements dans les conditions courantes du cycle
économique. À l’inverse, un modèle interne est dit through the cycle lorsqu’il
vise à produire un classement des emprunteurs qui est stable pendant le cycle

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économique. Nous pouvons noter que les emprunteurs affectés à une même nota-
tion point in time partagent la même PD inconditionnelle, ce qui n’est pas le cas
si nous retenons une notation through the cycle. La stabilité dans le temps des
probabilités inconditionnelles de défaut exige donc de retenir une approche de
notation point in time.
Dès lors, l’estimation du risque de crédit d’un actif s’effectue par l’application
de la fonction de pondération réglementaire qui détermine les charges en capital
nécessaires pour couvrir le risque crédit de cet actif. Ainsi, Bâle II associe à
chaque panier de risque une charge K en capital réglementaire qui est déterminée
par le biais de la fonction de pondération suivante :
K = EAD # LGD # _ PDconditionnelle - PDinconditionnellei . (1)
Cette fonction de pondération réglementaire est construite à partir du modèle
d’estimation des risques à un facteur de risque, plus connu sous l’appellation
Asymptotic Single Risk Factor Model (Vasicek [1987]). Différentes études se
sont attachées à la structure de cette fonction afin d’évaluer sa capacité d’esti-
mation du risque crédit des différents actifs ; elles se sont également interrogées
sur les implications de cette fonction pour l’estimation du risque total du porte-
feuille de la banque. En particulier, M. Gordy [2003], P. Kupiec [2006] et J. Hull
[2006] montrent que ce type de modèle repose sur deux hypothèses essentielles.
La première nécessite que la contribution de chaque exposition soit invariante
du portefeuille dans lequel elle est intégrée. Elle ne dépend que des caractéristi-
ques propres à l’exposition. Autrement dit, le portefeuille est constitué de façon
à ce que le risque idiosyncrasique de chaque actif soit parfaitement diversifié
et que chaque exposition ne compte que pour une faible part de l’ensemble du
portefeuille : la granularité des portefeuilles est donc supposée quasi infinie. La
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seconde suppose que la dépendance entre les différents crédits est conduite par
un unique facteur de risque systématique, qui, dans le cas d’une réglementation
internationale, représente le cycle économique mondial. Ainsi le risque de crédit
d’un actif est déterminé par ses caractéristiques propres (risque idiosyncrasique)
et par sa dépendance au facteur de risque systématique, via le coefficient de corré-
lation. L’influence de facteurs plus locaux, tels que le cycle économique du pays
dans lequel se trouve l’emprunteur, est totalement négligée. De même, on ignore
la prise en compte des effets de concentration et/ou de diversification conduits
par la composition du portefeuille dans lequel s’inscrit un actif particulier.
De plus, les autres variables clés du modèle réglementaire, LGD et EAD, sont
soit fixées par le comité, soit estimées à partir de données historiques, et sont par
définition des moyennes sur plusieurs périodes. Les valeurs retenues pour ces
variables ne retracent pas leur variabilité, en particulier leur lien avec le cycle
économique et les caractéristiques propres à l’emprunteur (comme, par exemple,
le fait que le taux de recouvrement diminue avec la qualité de l’emprunteur ou
encore l’utilisation de ligne de crédit supplémentaire qui augmente l’exposition
en cas de défaut quand la qualité de l’emprunteur tend à diminuer).
Toutes ces limites suggèrent que le modèle réglementaire issu de l’approche
IRB conduirait à une sous-estimation des risques des portefeuilles de crédits. Néan-
moins, l’important est de savoir si cette approche améliore l’estimation du risque
crédit par rapport à l’ancienne réglementation ou même par rapport à la version
standard du nouvel accord. Sur ce point, nous avons souligné que les exigences
réglementaires en capital dans la version IRB sont déterminées par la probabilité de
défaut de la catégorie de notation de l’actif. Par construction, cela devrait donner

1200

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Olivier Bruno, Alexandra Girod

une estimation plus fine du risque de crédit de l’actif que ne le donnent les paniers
de l’approche standard, ceux-ci pouvant regrouper plusieurs catégories de notation
ayant différentes probabilités de défaut. La charge en capital réglementaire devrait
donc mieux refléter le niveau de risque des portefeuilles de crédit des banques.
Une estimation plus fine des risques des actifs est-elle alors suffisante pour
inciter les banques à opter pour des actifs moins risqués, i.e. pour s’abstraire du
biais incitatif à la prise de risque ? Nous pensons que, par sa structure, la fonc-
tion de pondération réglementaire ne garantit pas ce résultat. En effet, même
si les exigences en capital réglementaire sont bien croissantes de la probabilité
de défaut de l’actif, la charge marginale en capital, c’est-à-dire la charge en
capital supplémentaire engendrée par la transition vers un actif plus risqué, est
décroissante. Cette caractéristique peut être la source d’un arbitrage profitable
entre le coût d’une charge en capital supplémentaire et l’augmentation du taux
de rendement associé à l’accroissement de la prise de risque.
Nous nous proposons, dans la section suivante, d’examiner plus en détail
cette intuition afin de déterminer les conditions sous lesquelles une banque dite
risquée sous Bâle I peut recomposer son portefeuille en faveur d’actifs moins
risqués, choisissant de réduire sa charge en capital réglementaire, ou au contraire
en faveur d’actifs plus risqués optant cette fois pour un accroissement de la
rentabilité espérée de son portefeuille de crédits.

LE MODÈLE
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La question des biais de comportements introduits par la nouvelle réglemen-
tation bancaire n’a pas encore donné lieu à une littérature très abondante. Nous
proposons, dans cette section, une adaptation du modèle de Repullo et Suarez
[2004] afin d’illustrer l’existence d’un biais incitatif à la prise de risque lors
du passage de Bâle I à l’approche IRB fondation de Bâle II. Le choix de retenir
la version IRB fondation provient de ce que les pays émergents ne remplissent
pas les critères de temporalité des bases de données nécessaires pour mettre en
œuvre la version IRB avancée (cinq années de données minimales). Ainsi, dans
la version IRB fondation, les probabilités de défaut (PD) sont calculées par les
banques alors que l’exposition en cas de défaut (EAD) et la perte en cas de défaut
(LGD) sont données par les autorités réglementaires. Enfin, l’étude du passage de
Bâle I à Bâle II version IRB fondation permettra également de tester si une plus
grande sensibilité aux risques économiques suffit à ne pas inciter les banques
à une plus grande prise de risque. Cette question est particulièrement cruciale
en ce qui concerne les trois grandes banques chinoises qui ont dû appliquer la
réglementation Bâle II IRB dès 2007 sans transiter par l’approche standard.

La nature des projets d’investissement

Nous considérons une économie à deux périodes (0 et 1) soumise à un


facteur de risque systématique z + N ^0, 1h . Il existe un continuum de firmes,
de risque croissant et de mesure unitaire indexée par i. Chaque firme i a un projet
d’investissement qui requiert une unité de richesse afin d’être mis en œuvre à

1201

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Revue économique

la période 0, de sorte que nous pouvons associer chaque firme à la nature de


son projet d’investissement. Nous supposons que les entrepreneurs, propriétaire
des firmes, ont une richesse nulle et qu’ils doivent donc emprunter auprès des
banques afin de financer leur projet d’investissement. À la période 1, le projet
rapporte 1 + Ri en cas de réussite et 1 - m en cas d’échec. Enfin, la réussite du
projet est conditionnée par la réalisation d’une variable aléatoire xi définie par :
xi = ni + t z + ^1 - th fi (2)
avec fi + N ^0, 1h qui est distribué de manière indépendante entre les projets et
qui est également indépendante du facteur de risque systématique z1. Nous suppo-
sons également que ni est croissant en fonction du niveau de risque de chaque
projet2. Dès lors, le projet i réussi si est seulement si xi G 0. À partir de la relation
(2), nous pouvons définir la probabilité de défaut non conditionnel au facteur de
risque systématique d’un projet d’investissement de classe de risque i3
pi = Pr `ni + tz + ^1 - th fi > 0j = z _ni i (3)
avec z la fonction de distribution cumulée d’une loi normale standard. Nous
remarquons que cette probabilité de défaut est d’autant plus importante que ni ,
représentant le risque spécifique au projet, est élevé.
Nous pouvons également déterminer la probabilité de défaut du projet i condi-
tionnellement au facteur de risque systématique z, que nous appellerons taux de
défaut du projet i. Nous obtenons :
z- 1 _ pi i + t z
pi ] z g = Pr `ni + t z + ^1 - th fi > 0 z j = z f p. (4)
^1 - th
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Le taux de défaut d’un projet est donc une fonction croissante de sa classe
de risque, i.e. de sa probabilité de défaut pi mais elle dépend également de la
réalisation du facteur de risque systématique z. Enfin, il est possible de calculer
la fonction de distribution cumulée du taux de défaut pi ] z g, en se souvenant que
z est une variable distribuée normalement, soit
^1 - th z- 1 _ pi ] zgi - z- 1 _ pi i
F _ pi ] z gi = z f p. (5)
t
Ainsi, la moyenne de la distribution du taux de défaut d’un projet de classe
de risque i correspond bien à la probabilité de défaut du projet _ pi i alors que sa
variance est totalement déterminée par son exposition (sa sensibilité) au facteur
de risque systématique, mesuré par t.

Nature du système bancaire et choix de financement


Notre économie est composée de deux banques disposant chacune d’une unité
de richesse à placer. Cette richesse, qui provient des déposants, est rémunérée
au taux sans risque d (qui mesure également le coût d’opportunité des fonds) et

1. Cette formulation correspond à l’approche traditionnelle à un facteur de risque retenu par


l’approche IRB de Bale II (voir infra).
2. Nous pouvons interpréter cette variable comme étant reliée au spread de taux en pour-cent,
par rapport à l’actif sans risque, exigé pour financer le projet i.
3. Dans cette description simplifiée, chaque projet d’investissement correspond à une classe de
risque particulière à laquelle appartient la firme détentrice du projet.

1202

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Olivier Bruno, Alexandra Girod

est couverte par une assurance dépôt. Les deux banques sont détenues par des
actionnaires qui fournissent le capital réglementaire et exigent au minimum le
coût d’opportunité des fonds sur ce capital.
À la période 0, les banques décident de leur choix d’allocation de portefeuille
de crédits entre les différents projets d’investissement disponibles dans l’éco-
nomie. La rentabilité de chaque crédit est une fonction croissante du niveau de
risque du projet financé et se mesure à l’aide d’un spread de taux qui s’applique
au taux sans risque. Nous noterons ri = d + Si le taux d’intérêt qui s’applique
au crédit accordé au projet i avec Si la mesure du spread de taux.
À la période 1, les banquiers reçoivent la valeur nette de la banque si elle est
positive (absence de faillite) ou zéro autrement (hypothèse de responsabilité
limitée). Nous supposons que l’une des banques se spécialise dans le finance-
ment d’un projet peu risqué (projet l ), alors que l’autre choisit un projet risqué
(projet h)1. Enfin, nous supposons l’absence de coûts d’intermédiation.
Dans le cadre d’une réglementation de type Bâle I, les deux banques vont
devoir provisionner la même charge réglementaire en capital, soit 8 % du
montant total de leurs engagements, quel que soit le niveau effectif de risque
de leur portefeuille de crédits (ces derniers relevant tous deux de la catégorie
corporate). La valeur de la banque qui finance un projet i = l, h à la période 1,
conditionnellement à la réalisation du facteur de risque systématique z, est donc
donnée par :
ri ] z g = _1 - pi ] z gi _1 + ri i + pi ] z g ^1 - mh - ^1 + dh + k1
avec k1 qui mesure la charge en capital réglementaire dans la réglementation
Bale I (soit k1 = 0,08 ) et m la perte en cas de défaut du projet financé (LGD).
_1 - pi ] zgi _1 + ri i mesure alors le gain réalisé si le crédit ne fait pas défaut,
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pi ] z g ^1 - mh le montant récupéré par la banque en cas de défaut du crédit
et ^1 + dh le coût des dépôts. En utilisant la notation retenue plus haut et en
simplifiant nous obtenons :
ri ] z g = _1 - pi ] z gi Si - pi ] z g ^d + mh + k1. (6)
Nous pouvons alors déterminer la valeur espérée actualisée de la banque à la
période 0 nette de la provision en capital avancée par les actionnaires, soit
pt i ] zg
Vi1 = - k1 + 1
# ri ] z g d Fi _ pi ] z gi
^1 + dh 0
ou encore
pt i ] zg
Vi1 = 1 <- dk1 + # 9_1 - pi ] z gi Si - pi ] z g ^d + mhC d Fi _ pi ] z giF . (7)
^1 + dh 0

Avec pt i ] z g le taux de défaut de banqueroute, c’est-à-dire celui correspondant


à la réalisation du facteur de risque systématique conduisant à une valeur nulle de
la banque à la période 1, soit pi ] z g tel que ri ] z g = 0. Nous pouvons en déduire
k + Si
que pt i ] z g / min * 1 , 14 . Vi1 représente donc la valeur attendue, à la
m + d + Si

1. Notre objectif dans ce modèle n’est pas de fournir une explication du choix d’allocation
de portefeuille de crédits d’une banque mais de mettre en avant les mécanismes pouvant inciter à
l’accroissement de la prise de risque. Nous pouvons supposer que le choix de portefeuille dépend de
l’aversion pour le risque des actionnaires de la banque.

1203

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Revue économique

période initiale, par les actionnaires d’une banque finançant un projet de classe
de risque i sous une réglementation du type Bâle I.
La caractéristique de l’approche IRB de Bâle II est de faire dépendre la charge en
capital réglementaire d’une banque de son niveau de prise de risque. Le choix d’un
modèle factoriel à un facteur de risque permet de décomposer la partie du risque
spécifique au crédit et la partie du risque systématique. Nous retenons, dans le cadre
de ce modèle, une évaluation de la charge en capital identique à celle de Bâle II.
Ainsi, la probabilité conditionnelle de défaut d’un crédit pi _ zai est telle que
R 1 V
S z- _ pi i + t z- 1 ^ah W
pi _ zai = z S W. (8)
S ^1 - th W
T X
L’équation (8) nous indique la probabilité maximale de défaut, dans a % des
cas, d’un crédit de qualité i. za dénote alors le a-quantile de la distribution du risque
systématique c’est-à-dire la valeur de z qui satisfait z _ zai = Pr _ z G zai = a.
Cela signifie que z sera supérieur à za dans seulement ^1 - ah % des cas. Nous
retenons également une mesure de t, le degré d’exposition au risque systé-
matique du crédit, identique à celle de la réglementation prudentielle, soit
1 - exp _- 50 pi i
t = 0, 24 - 0,12 > H . De manière générale, la charge en capital
1 - exp ^- 50h
réglementaire exigée par Bâle II est donnée par1
ki2 = LGD # EAD # ` pi _ zai - pi j . (9)
Dans notre cas, l’exposition en cas de défaut (EAD) est égale à l’unité, alors
que la perte en cas de défaut (LGD) est donnée par m. La relation (9) devient :
ki2 = m ` pi _ zai - pi j .
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(10)
La valeur nette actualisée d’une banque finançant un projet de classe de risque
i sous une réglementation Bâle II IRB devient alors :
pt i ] zg
Vi2 = 1 <- dki2 + #0 9_1 - pi ] z gi Si - pi ] z g ^d + mhC d Fi _ pi ] z giF .
^1 + dh

Bâle II et valeur nette des banques

Le passage d’une réglementation Bâle I à une réglementation Bâle II IRB va,


à structure de portefeuille de crédits identique, modifier la valeur nette actua-
lisée des banques. Cette variation provient de la modification de la charge en
capital réglementaire en fonction de la nature des portefeuilles de crédits. Ainsi,
les banques les moins risquées pourront profiter d’une baisse de leur charge en
capital réglementaire, alors que les plus risquées vont devoir subir une augmen-
tation de cette charge. Il est possible de calculer la probabilité de défaut critique
de la classe de crédit à partir de laquelle Bâle II engendre un accroissement de
la charge en capital. Nous savons que
R 1 V
S z- _ pi i + t z- 1 ^ah W
ki2 = m fz S W - pi p
S ^1 - th W
T X

1. Nous ne prenons pas en compte les ajustements de maturité.

1204

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Olivier Bruno, Alexandra Girod

et nous cherchons pS tel que kS = 0,08 = k1 , d’où


R V
-1 d 1
k n
S
S ^1 - t h z m - t z- 1 ^ah W
W
pS = z S WW. (11)
S 1 - ^1 - th
T X
Une simulation rapide, en posant m = 0, 45 et a = 0,999 , permet d’obtenir
pS = 2, 269 %. Ainsi, toutes les banques dont la probabilité de défaut du porte-
feuille de crédits est supérieure à pS verront leur charge en capital augmenter lors
du passage à Bâle II IRB (voir illustration graphique, annexe 2). Dans le cadre de
notre modèle, nous allons alors supposer que pl < pS < ph , de sorte que
kl2 < kS < k h2 . (12)
Nous remarquons que si chaque banque conserve sa structure de portefeuille
de crédits identique entre Bâle I et Bâle II, la valeur nette de la banque peu
risquée va s’accroître lors du passage à l’approche IRB de Bâle II, alors que
celle de la banque risquée va diminuer. Illustrons ce point à l’aide de la banque
risquée. Sa valeur nette actualisée sous Bâle I et sous l’approche IRB de Bâle II
est donnée respectivement par :
Vh1 = 1
^1 + dh
pt h1 ] zg
<- dk1 + #0 9_1 - ph1 ] z gi S h1 - ph1 ] z g ^d + mhC d Fh1 _ ph1 ] z giF

et
1
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Vh2 =
^1 + dh
pt h1 ] zg
<- dk h2 + #0 9_1 - ph1 ] z gi S h1 - ph1 ] z g ^d + mhC d Fh1 _ ph1 ] z giF .

À structure de portefeuille constante, les parties gauches des deux relations


sont identiques, alors que la charge et le coût en capital réglementaire augmentent
sous Bâle II ` k h2 > k1j , de sorte que Vh1 > Vh2 .
Face à cet accroissement de sa charge en capital et à la baisse de sa valeur nette
actualisée, la banque ayant un portefeuille de crédits risqués peut être incitée à
modifier la composition de ce portefeuille. Afin de simplifier notre raisonne-
ment, nous allons supposer qu’elle va chercher, au minimum, à maintenir sa
valeur nette identique à celle réalisée sous la réglementation Bâle I, soit Vh1 .
À cette fin, deux stratégies s’offrent à elle. Elle peut décider de réduire son
exposition au risque en réallouant son portefeuille vers des crédits moins risqués.
Cette stratégie permet de réduire sa charge en capital réglementaire, ce qui a un
impact positif sur sa valeur nette. Néanmoins, le choix de financer des crédits
moins risqués réduit également le montant des intérêts perçus en cas de non-
défaut (baisse du spread de taux), ce qui provoque une diminution de sa valeur
nette. À l’inverse, si la banque décide de réallouer son portefeuille vers des
crédits plus risqués, elle augmente sa charge en capital réglementaire (impact
négatif) mais augmente également le spread de taux sur le rendement attendu
(impact positif). Au final, son choix d’allocation va dépendre de l’évolution
des spreads de taux relativement à la charge marginale en capital réglemen-
taire économisée ou dépensée. Nous pouvons montrer qu’il existe deux seuils

1205

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Revue économique

critiques des spreads à la hausse et à la baisse qui permettent de définir le choix


optimal de la banque.

Charge marginale en capital et évolution des spreads de taux

Nous cherchons les conditions sous lesquelles la banque risquée sera incitée
à réduire ou à augmenter le risque de son portefeuille de crédit sous Bâle II IRB.
Pour ce faire, nous allons déterminer les variations critiques des spreads de taux
^DSh, à la baisse ou à la hausse, qui permettent d’assurer à la banque au mini-
mum la valeur nette réalisée dans le cadre de la réglementation Bâle I, suite à
une modification de sa prise de risque sous Bâle II.
Rappelons que la valeur nette actualisée de la banque sous Bâle I est égale à :
Vh1 = 1
^1 + dh
pt h1 ] zg
<- dk1 + #0 9_1 - ph1 ] z gi S h1 - ph1 ] z g ^d + mhC d Fh1 _ ph1 ] z giF .

Suite à la réallocation de son portefeuille de crédit lors du passage à Bâle II


IRB,la nouvelle probabilité de défaut auquel est soumise la banque risquée est
donnée par ph2 . La valeur nette actualisée de la banque devient :
Vh2 = 1
^1 + dh
pt h2 ] z g
<- dk h2 + #0 9_1 - ph2 ] z gi S h2 - ph2 ] z g ^d + mhC d Fh2 _ ph2 ] z giF .
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Nous cherchons les conditions sur les spreads de taux qui assurent que
Vh2 H Vh1 . Les principaux résultats sont donnés dans la proposition 1.

PROPOSITION 1.
a. Définissons DSsup > 0 comme
DSsup

_ rh1 + mi >` ph2 - ph1j + e # ph1 ] z g d Fh1 _ ph1 ] z gi - #pt ph2 ] z g d Fh2 _ ph2 ] z gioH + d ` k h2 - k1j
1 1

pt h1 ]z g h2 ]zg
/
#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiG
1
=1 - ph2 +
h2 ]zg

avec ph2 > ph1 et k h2 > k1 . Si DS H DSsup > 0 la banque risquée sous Bâle I
sera incitée à accroître le risque de son portefeuille de crédits lors du passage
à l’approche IRB de Bâle II.
b. Définissons DSinf < 0 comme
DS inf

- _ rh1 + mi >` ph1 - ph2j - e # ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi - #pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgioH - d ` k1 - k h2j
1 1

pt h1 ]z g h2 ]zg
/
#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiG
1
=1 - ph2 +
h2 ]zg

avec ph1 > ph2 et k1 > k h2 . Si DS G DSinf , la banque risquée sous Bâle I
sera incitée à diminuer le risque de son portefeuille de crédits lors du passage
à l’approche IRB de Bâle II.

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Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Olivier Bruno, Alexandra Girod

PREUVE. Voir annexe 3 J

La première partie de la proposition 1 nous indique que le choix d’un crédit


plus risqué augmente la charge en capital réglementaire de la banque mais
accroît également le rendement attendu en cas de non-faillite. L’effet positif
sur le rendement attendu l’emporte sur l’effet négatif de la charge marginale en
capital à provisionner si l’augmentation du spread de taux est au minimum égal à
DSsup . Dans le cas inverse, la banque ne peut pas restaurer sa valeur nette initiale
et elle n’a aucune incitation à augmenter sa prise de risque.
À l’inverse, la seconde partie de la proposition stipule que la baisse de la
valeur du spread de taux ne doit pas être supérieure à DSinf pour que la banque
retrouve sa valeur initiale suite à une réduction du risque de son portefeuille de
crédit. En effet, une baisse trop importante de la rentabilité des crédits ne pourra
pas être compensée par la réduction de la charge en capital réglementaire et
n’incitera pas la banque à réduire sa prise de risque1.
La figure 1 propose une illustration graphique de la proposition 1.

Figure 1.

rh1 + DSinf rh1 rh1 + DSsup


Vh2_H Vh1_ Vh2_H Vh1_
avec ph1 > ph2 avec ph1 < ph2
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Nous remarquons qu’il existe des situations où la banque peut restaurer sa
valeur nette actualisée en réduisant ou en augmentant sa prise de risque, alors
que, dans certains cas, il peut lui être impossible de restaurer sa valeur nette par
rapport à la situation initiale sous Bâle I. Cette diversité des situations nécessite
d’avoir une évaluation plus précise du niveau des deux seuils critiques que nous
venons de déterminer.

Estimation des seuils critiques et validité empirique

Peu d’informations sont actuellement disponibles sur les profils de risque des
portefeuilles de crédits des banques des pays émergents, notamment les trois gran-
des banques chinoises qui appliqueront sous peu les versions IRB de Bâle II. Néan-
moins, nous ne pouvons exclure que ces dernières aient un profil de risque initial
au moins identique, si ce n’est plus important, que certaines grandes banques des
pays développés. Nous allons donc estimer la valeur de nos deux seuils en retenant
des valeurs de paramètres plausibles concernant la rentabilité des crédits, le taux
sans risque et la perte en cas de défaut, disponibles pour le marché européens2.

1. Notons que dans les deux cas (augmentation ou réduction des risques) les exigences en
capital réglementaire couvrent 99,9 % des pertes non attendues.
2. Les données que nous utilisons sur les spreads et les probabilités de défaut sont calculées à
partir d’un échantillon d’obligations corporate européennes et sont extraites de Resti et Sironi [2007].

1207

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


Revue économique

Nous posons m = 0, 45, soit un taux de perte en cas de défaut de 45 % (retenu


par l’approche IRB) et nous fixons un taux sans risque de 3,7 % ^d = 0,037h .
Nous supposerons que la banque risquée est initialement positionnée, sous la
réglementation Bâle I, sur un panier de crédits ayant une probabilité de défaut de
2,3 % soit ph1 = 0,023 (classe de crédits B+). À ce risque est associé un spread
de taux de 4,38 %, soit S h1 = 0,0438. Notons ici que nous nous situons juste
au-dessus du seuil critique pS = 2, 269 % et que cette banque verra sa charge
en capital réglementaire augmenter du fait de la mise en place du nouveau ratio.
Nous allons supposer que la banque a le choix, pour recomposer son portefeuille
de crédits, de se diriger vers un crédit plus risqué (nouvelle classe de crédits infé-
rieure à B+) ou moins risqué (nouvelle classe de crédits supérieure à B+)1. Pour
chaque situation, nous estimons le spread théorique DSc que nous comparons au
spread constaté issu de l’étude de Resti et Sironi [2007]. Le graphique suivant
synthétise les résultats.

Probabilité de défaut = 0,023, classe B+

0,11
Seuil clinique et taux d’intérêt observé

0,1
0,09 Taux d’intérêt critique : rh1 + DSc
0,08
0,07
0,06
0,05 Taux d’intérêt critique :
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0,04 rh1 + DS
0,03
|DS| > |DSinf| DS > DSsup
0,02
0,01
PD = 2,3 %
0
0 0,005 0,01 0,015 0,02 0,025 0,03 0,035 0,04 0,045 0,05

Probabilité de défaut

Nous remarquons que la condition de la proposition 1a est réalisée alors que


celle de la proposition 1b ne l’est pas. Cela signifie que la banque sera incitée
à augmenter sa prise de risque (choix d’actifs plus risqués) afin de rétablir sa
valeur nette actualisée suite au passage à l’approche IRB. Cette incitation existe
alors quel que soit le nouvel actif choisi par la banque dès lors que sa nota-
tion est inférieure à B+. L’estimation numérique que nous proposons est néan-
moins fortement dépendante de la valeur des spreads constatés sur le marché.
En particulier, plus les spreads de taux sur les actifs risqués sont importants et
plus la première partie de la proposition 1 a des chances d’être réalisée. Sur ce
point précis, notons que les spreads de taux ont tendance à augmenter lors de
période de tension et de forte aversion au risque. Dans ce cas, la probabilité que

1. Notre modèle ne cherche pas à expliquer les choix d’allocation de portefeuille de crédits des
banques, nous soulignons juste l’existence d’arbitrages réglementaires pour les banques initialement
risquées.

1208

Revue économique – vol. 59, N° 6, novembre 2008, p. 1193-1214


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la proposition 1a soit réalisée augmente, alors que la probabilité de réalisation de


la proposition 1b diminue (on observe en effet une « pentification » de la courbe
des taux). Enfin, il faut souligner que l’objectif de cette illustration est purement
heuristique et vise à montrer qu’il existe bien des configurations plausibles des
spreads de taux conduisant à la réalisation des conditions de la proposition 1.

CONCLUSION

La réforme de la réglementation prudentielle s’est fixée comme objectif de


rendre plus sensible le ratio de fonds propres aux risques économiques. Pour ce
faire, le recours aux notations des crédits par la banque ou par les agences de
notation semble être une première étape. Néanmoins, les différentes approches
retenues pour calculer les exigences réglementaires présentent une sensibilité
variable aux risques crédit des actifs. Les versions les plus sophistiquées du
nouvel accord de Bâle apparaissent en effet plus fines pour refléter les niveaux
effectifs de risques des portefeuilles de crédits que l’approche standard.
Cependant, une plus grande sensibilité aux risques du ratio de fonds propres
ne semble pas empêcher l’existence d’un biais incitatif à la prise de risque. Le
manque de granularité dans la constitution des paniers de risques de la version
standardisée de l’accord offrirait des opportunités d’arbitrages réglementaires.
Bien que corrigeant cette imperfection, la fonction de pondération retenue par
les approches IRB ne permet pas d’exclure l’existence de ce biais incitatif. En
effet, en regard de l’évolution des spreads de taux associés aux actifs risqués, les
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exigences en capital réglementaires n’apparaissent pas augmenter suffisamment
pour éviter des arbitrages en faveur d’actifs plus risqués.
L’existence de ce biais pourrait s’expliquer par l’hypothèse d’une relation
négative entre la probabilité de défaut d’un crédit et sa probabilité de défaut
conditionnelle au facteur de risque systématique. La correction du biais pourrait
passer par une modification de la structure des corrélations en retenant par exem-
ple une relation positive entre le risque spécifique d’un crédit et son exposition
au risque systématique. Une telle proposition n’est pas contradictoire avec les
résultats empiriques obtenus par certaines études (Allen, Delang et Saundres
[2004], Cowan et Cowan [2004], Dietsch et Petey [2004] par exemple).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Olivier Bruno, Alexandra Girod

ANNEXES

ANNEXE 1

Date officielle de mise en place de


Pays Particularités
Bâle II et version retenue

Groupe des pays les plus développés

Les plus petites des banques se conformeront


Début 2007 A. Standard à une version revisitée de Bâle I (principe
de calcul du ratio selon Bâle I mais ajout
Hong Kong Début 2008 A. IRB
(pour les banques remplissant des piliers II et III du nouvel accord)
les conditions d’habilitation) afin de progressivement se mettre
en conformité avec Bâle II A. standard.

Fin 2006/Début 2007 A. Standard


Singapour
et IRB

Fin 2006/Début 2007 A. Standard


Taiwan
et IRB

Groupe des pays les moins développés


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2007 : conformité de toutes les banques
à Bâle I.
2009 : estimation qu’une dizaine de banques
appliqueront l’A. IRB.
Les trois banques domestiques leader
du marché chinois (Bank of China, China
Constrution Bank et the Industrial &
Chine Fin 2010 A. Standard et IRB
Commercial Bank of China) sont fortement
incitées à développer et à appliquer dès
2007 des pratiques de gestions des risques
fondées sur l’A. IRB de façon à faire face
à la concurrence des banques étrangères suite
à l’ouverture du marché bancaire chinois après
les accords de l’OMC (effectifs en déc. 2006).

Mars 2007 A. Standard pour


Inde Évolution vers IRB non spécifiée.
toutes les banques.

Lignes directrices émises par la Banque


de Thaïlande basées sur Bâle I avec un ratio
Thaïlande Début 2009 A. Standard et IRB demandé à 8,5 %.
Fin 2007 premier test d’adéquation et de mise
en application de Bâle II A. Standard.

2008 A. Standard pour toutes les banques


Malaisie Début 2010 A. Standard et IRB 2010 A. IRB pour les banques choisissant
cette approche.

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Revue économique

ANNEXE 2

Évolution de la charge en capital


avec la probabilité de défaut des crédits sous Bâle II, IRB

Charge en capital
20,00 %
18,00 %
16,00 %
14,00 %
12,00 % Charge en capital
sous Bâle II
10,00 % IRB
8,00 %
6,00 %
4,00 %
2,00 % ps Probabilité de défaut
0,00 %
00300 %
0,7500 %
1,4700 %
2,1900 %
2,9100 %
3,6300 %
4,3500 %
50700 %
5,7900 %
6,5100 %
7,2300 %
7,9500 %
8,6700 %
9,3900 %
10,1100 %
10,8300 %
11,5500 %
12,2700 %
12,9900 %
13,7100 %
14,4300 %
15,1500 %
15,8700 %
16,5900 %
17,3100 %
18,0300 %
18,7500 %
19,4700 %
20,1900 %
20,9100 %
21,6200 %
22,3500 %
ANNEXE 3

Nous cherchons les conditions qui assurent que Vh2 H Vh1 . Rappelons que
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rh1 = S h1 + d.
pt h2 ^ zh
Vh2 H Vh1 & d ` k1 - k h2j + #0 8S h2 - ph2 ] zg _S h2 + d + miB d Fh2 _ ph2 ] zgi
I
pt h1 ^ zh
- #0 8S h1 - ph1 ] zg _S h1 + d + miB d Fh1 _ ph1 ] zgi H 0.

pt hi ^ zh
Nous savons que #0 S hi d Fhi _ phi ] zgi = S hi (l’espérance d’une constante est une
constante). Nous obtenons :
pt h2 ^ zh
d ` k1 - k h2j + _S h2 - S h1i - _S h2 + d + mi #0 ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgi
II
pt h1 ^ zh
+ _S h1 + d + mi #0 ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi H 0

avec DS = _S h2 - S h1i, l’équation II devient :


pt h2 ^ zh
d ` k1 - k h2j + DS - _DS + S h1 + d + mi #0 ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgi

pt h1 ^ zh
+ _S h1 + d + mi #0 ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi H 0

pt h2 ^ zh
DS <1 - #0 ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiF + d ` k1 - k h2j

pt h1 ^ zh pt h2 ^ zh
+ _S h1 + d + mi < # ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi - #0 ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiF H 0.
0

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Finalement, nous avons :


pt hi ^ zh
#0 phi ] zg d Fhi _ phi ] zgi = #0 phi ] zg d Fhi _ phi ] zgi - #pt phi ] zg d Fhi _ phi ] zgi
1 1

hi
^ zh

et avec
#0 phi ] zg d Fhi _ phi ] zgi = phi
1

nous obtenons

#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiG + d ` k1 - k h2j + _S h1 + d + mi


1
DS =1 - ph2 +
h2
^ zh

>_ ph1 - ph2i - e # ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi - #pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgioH H 0.
1 1

pt h1 ^ zh h2
^ zh

Ainsi, Vh2 H Vh1 si DS H DSc


avec

- _rh1 + mi >_ ph1 - ph2i - e # ph1 ] zg d Fh1 _ ph1 ] zgi


1
t ph1 ^ zh
DS c /
#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiG
1
=1 - ph2 +
h2
^ zh

#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgioH - d ` k1 - kh2j


1
-
h2
^ zh
.
#pt ph2 ] zg d Fh2 _ ph2 ] zgiG
1
=1 - ph2 +
h2
^ zh
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J

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