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Université Chouaib Doukkali

Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et


Sociales d’El Jadida

Project de fin d’étude

présente en vue d’obtention du diplôme

de licence fondamentale

Option : Droit privé

La procédure de sauvegarde des entreprises en difficulté

Préparée par : M. EL KHALFI Amine

Sous la direction de : M.ARBAOUI


Mounir Professeur à la faculté des
sciences juridiques, économiques et
sociales d’El Jadida

Année universitaire : 2019 / 2020


DEDICACE

Je dédie ce modeste travail à :

A toi Mon Dieu, Maître des temps et des circonstances.

A mes chers parents, pour tous leurs sacrifices, leur amour, leur tendresse, leur soutien et
leurs prières tout au long de mes études.

A ma sœur Chaimae, pour son encouragement permanent, et son soutien moral.

A mon frère Ilyas, pour son appui et son encouragement.

A toute ma famille pour leur soutien tout au long de mon parcours universitaire.
Que ce travail soit l’accomplissement de vos vœux tant allégués, et le fuit de votre soutien
infaillible.

Merci d’être toujours là pour moi.

Amine

2
REMERCIEMENTS

La réalisation de ce mémoire a été possible grâce au concours de plusieurs personnes à qui


je voudrais témoigner toute ma gratitude.

Je voudrais tout d’abord remercier, mon prof d’encadrement Mr.MOUNIR ARBAOUI,


professeur de droit à l’université de Chouaib Doukkali, je le remerci de m’avoir encadré,
orienté, aidé et conseillé. Toutes les communications autour du mémoire se sont faites à
distance avec M. MOUNIR, qui a parfaitement accompli son rôle d’encadreur,
d’accompagnateur et de responsable.

Je remercie également toute l’équipe pédagogique de l’université et les intervenants


professionnels responsables de ma formation, pour avoir assuré la partie théorique de celle-ci.

Enfin, je remercie mes amis qui ont toujours été là pour moi. Leur soutien inconditionnel
et leurs encouragements ont été d’une grande aide.

À tous ces intervenants, je présente mes remerciements, mon respect et ma gratitude.

3
SOMMAIRE

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : La procédure de sauvegarde (Dispositions
générales)
Chapitre 1 : Finalité et caractéristiques de la procédure de sauvegarde
Section 1 : Les caractéristiques de la procédure de sauvegarde
Section 2 : Finalité de la procédure de sauvegarde
Chapitre 2 : Conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde
Section 1 : Les conditions objectives et subjectives
Section 2 : Les conditions procédurales
DEXIEME PARTIE : Le déroulement de la procédure
Chapitre 1 : Le jugement d'ouverture de la procédure de sauvegarde
Section 1 : L’adoption du jugement d'ouverture
Section 2 : Les effets de jugement d’ouverture
Chapitre 2 : Le plan de sauvegarde
Section 1 : L'élaboration du plan de sauvegarde
Section 2 : L'adoption du plan de sauvegarde

CONCLUSION
TABLE DES MATIERES
BIBLIOGRAPHIE

4
Principales abréviations

Annexe Ann.
Article art.
Avril avr.
Bulletin Officiel BO
Cassation cass.
Chambre ch.
Code de commerce C. com.
Commissaire comm.
Édition éd.
Général gén.
Loi L.
Octobre oct.
Page p.
Président prés.
Règlement règl.
Tribunal de commerce T. com.

5
INTRODUCTION

Comme vous le savez, l’entreprise, à l’instar d’une personne physique, a une vie pendant
laquelle elle peut se trouver face à des incidents qui peuvent mettre en péril sa pérennité. Les
causes sont multiples : elles peuvent être d’ordre interne comme la défaillance du système de
gouvernance, les conflits sociaux ou des difficultés financières ; mais elles peuvent également
être d’origine externe comme la survenance de crise économique, les problèmes du marché
ou autres.

Les premières à être touchées par ces difficultés sont les petites et moyennes entreprises,
car elles sont en général sous capitalisées et n’ont pas les compétences nécessaires pour les
confronter. De même, la défaillance d’une entreprise d’une certaine taille, peut avoir des
conséquences graves, non seulement sur l’emploi, mais aussi sur l’activité économique de son
marché. Il est courant que les termes de « défaillance » et « difficulté » soient confondus.
Toutefois, la défaillance fait référence un degré de difficultés important.

Etant donné que l’entreprise est le pilier de tout tissu économique, sa vie devient la
préoccupation essentielle du législateur. C’est ici où le droit des entreprises en difficulté entre
en jeu, dans la mesure où il offre des outils à l’entreprise afin ,de prévenir les difficultés avant
que sa situation ne soit sérieusement compromise ,d’organiser judiciairement son sauvegarde
lorsqu’ elle justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter, d’organiser
judiciairement son redressement lorsqu’elle est en situation de cessation de paiement, et enfin
de procéder à sa liquidation judiciaire lorsque sa situation est irrémédiablement compromise.

Ce droit est régit par le nouveau livre 5 du code de commerce sous l’appellation Les
procédures des difficultés de l’entreprise institué par la loi 73-17 du 19 avr. 2018 qui a abrogé
et remplacé le livre 5 de la loi 15-95 promulgué par le Dahir du 1er Août 1996 relatif au code
de commerce régissant particulièrement les difficultés de l’entreprise. En effet, Cette
législation nouvelle répond à la nécessité d’adaptation des entreprises marocaines aux
exigences de l’environnement économique et financier et doit alors, pour être efficace,
prendre en considération toutes les difficultés que peuvent rencontrer celles-ci, sans attendre
leur traduction financière.

6
On peut affirmer que le droit marocain des entreprises en difficulté institue, désormais, un
changement des mentalités à l’égard des entreprises en difficultés ; l’accent étant désormais
mis sur la prévention de l’entreprise et sur la nécessité de sauvegarder l’entreprise en tant
qu’entité viable et génératrice d’emplois.

Au départ, le législateur marocain a était marqué par la logique d’élimination du monde


des affaires du débiteur failli, et de règlement collectif et égalitaire de ses créances, dont le
droit de la faillite était initialement empreint 1. Le régime de la faillite marocain de 19132, a
donné une protection importante, mais jugée excessive, au profit des créanciers de
l’entreprise en difficulté, et ce, à travers l’instauration des mécanismes, orientés vers cette
finalité.
A l’origine sanctionnateur afin de punir les commerçants coupables d’avoir trahi la
confiance de leurs créanciers, le législateur marocain va prendre une autre voie, celle de
prévenir et de guérir en instaurant des dispositions qui ont pour but le sauvetage de
l’entreprise. Cette réforme ayant pour objectif un monde sans faillite3.Le cadre normatif
marocain a fait à son tour preuve d’une grande innovation, la promulgation de la loi n° 15-
95 4 a marqué un passage d’un droit de la faillite sanctionnateur vers un droit qui favorise le
sauvetage et la restructuration de l’entreprise. La logique a changée, la préoccupation du
législateur est tout faire pour sauver l’entreprise, afin qu’elle continue à produire de la
richesse, et à créer de l’emploi, mais au détriment des propres intérêts des créanciers.
Le législateur marocain a fait preuve d’une grande innovation puisque la notion de la faillite
était devenue obsolète. Cet abondant du système de faillite a été motivé par la nécessité de
faire de la prévention une priorité.
De même, l’idée selon laquelle le livre V du code de commerce a réduit
considérablement les droits des créanciers, qui se trouvaient sacrifiés demeure une lacune
qu’il corriger. En effet, il faut examiner rigoureusement la situation.

1
CHALAT Alaedine, « la procédure de sauvegarde : étude comparée », mémoire de master « juriste
d’affaires », F.S.J.E.S Souissi- Rabat, sous la direction du Pr. Farid KHALIDI, année universitaire : 2017-2018,
P.6.
2
Le code de commerce marocain de 1913 a concrétisé la notion de la faillite : « ‫» االفالس‬, ce dernier était un droit
purement sanctionnateur, tendant la réalisation de l’actif pour le seul but de payer le passif du débiteur failli.
3
SQUALLI Ibraim, « la sauvegarde des entreprises en difficulté : l’approche marocaine et comparée », thèse
en vue de l’obtention du grade de doctorat en droit privé, FSJES-FES, sous la direction du professeur Abdellah
MAGHRICH, année universitaire 2016- 2017, P.6.
4
Loi. n° 15-95 formant C.Com marocain, promulguée par le Dahir n° 1-96-83 du 15 rabii 1417 (1 août 1996).

7
Il fallait attendre donc, la loi n° 73-175 en vertu de laquelle le législateur marocain a
essayé de donner un nouveau souffle au droit des entreprises en difficulté, et ce, à travers une
conciliation entre deux intérêts purement conflictuels, ceux du débiteur en difficulté, qui
cherche à être a sauvé dans les meilleures conditions possibles d’une part, et les créanciers
qui en attente, dont le règlement de leurs créances représente une priorité vitale pour eux.
L’apport certainement le plus emblématique de la réforme, l’introduction d’un nouveau mode
de règlement des difficultés révolutionne l’approche des procédures collectives. Une nouvelle
procédure constitue le vif de notre sujet à savoir la procédure de sauvegarde.

Il ne s’agit plus d’organiser uniquement la punition et l’éviction des entreprises faillites,


mais avant tout, de déployer un large spectre de moyens et d’outils juridiques, afin
d’aménager au profit de l’entreprise en difficultés une parenthèse de protection juridique, lui
permettant de poursuivre son activité et de rembourser ses créanciers.

A cet égard, la procédure de sauvegarde est considérée comme une procédure qui est
venue substituer la logique de sanction à une logique d’accompagnement et d’assistance. Elle
s’inspire de la loi française du 26 Juillet 2005 qui, à son tour, s’inspire du fameux chapitre 11
américain sur les procédures collectives.

L’étude de ce sujet est d’une importance cruciale, dans la mesure où il permet de mettre la
lumière sur la sauvegarde, comme procédure (nouvelle au Maroc) hydrique, à mi-chemin
entre une procédure purement préventive, légères et sans grande efficacité, et les procédures
collectives-redressement ou liquidation-réservées aux entreprises en état de cessation de
paiement, fortement marquées par l’exorbitance de leur régime juridique, par la contrainte et
la rigueur de leurs dispositions.

Ce présent sujet, suscite des interrogations. La problématique ainsi de la présente


recherche, s’articule autour les questions suivantes :

Est-ce que la procédure de sauvegarde apporte elle un traitement efficace et radical, et ce,
pour satisfaire les différents intervenants en la matière ?

5
La loi n° 73-17 du 23 avr. 2018 modifiant et complétant le livre V du code de commerce relatif au droit des
entreprises en difficulté.

8
Pour répondre à cette problématique, nous traiterons dans un premier temps la procédure
de sauvegarde, et ses dispositions générales dans une première partie(I), pour ensuite mettre
le point sur le déroulement de la procédure dans une deuxième partie(II).

9
PREMIÈRE PARTIE :

LA PROCÈDURE DE SAUVEGARDE

(DISPOSISIONS GÈNÈRALES)

La procédure de sauvegarde est l’innovation majeure du livre 5 du code de commerce


promulgué le 19 avr. 2018. Elle est définie à l’article 561 du Code de commerce comme une
procédure «ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de cessation des
paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de nature à la
conduire à la cessation des paiements ».C’est une procédure destiné à faciliter la
réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite l'activité économique, le de
maintien de l'emploi et l'apurement du passif6.

En effet, la procédure de sauvegarde emprunte beaucoup au redressement judiciaire en ce


qu'elle recourt mêmes aux instruments juridiques, mais ses conditions d'ouverture sont très
particulières et son attractivité est évidente notamment pour le chef d'entreprise car lui seul
peut demander l'ouverture d'une telle procédure7.

Il s’agit donc d’une procédure préventive volontariste réservée au chef d’entreprise, a pour
but de préserver l’entreprise en difficulté (chapitre1). Cette procédure est ainsi réservée au
débiteur qui n’est pas en cessation des paiements, comme en témoignent ses conditions
d’ouverture (chapitre2).

6
C.com. art. 560
7
Lethielleux, Laetitia , D r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2012, p88

10
Chapitre 1 : Finalité et caractéristiques de la procédure de
sauvegarde

La procédure de sauvegarde apparaît comme une démarche volontariste, puisque son


ouverture se fait à l'initiative chef de l’entreprise. Cette procédure est également préventive
car elle intervient en amont de la cessation des paiements de l'entreprise, mais surtout car elle
intervient avant qu'il ne soit trop tard (section1).

Outre le but ultime qui est de favoriser la réorganisation de l'entreprise conformément au plan
fixé par le tribunal, la procédure de sauvegarde a pour objectifs de neutraliser la situation
financière de l’entreprise et assurer la continuité d’exploitation (Section 2).

Section 1 : Les caractéristiques de la procédure de sauvegarde

Aux termes de l’article Article 561 du code de commerce La procédure de sauvegarde peut
être ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de cessation des paiements,
justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de nature à la conduire à la
cessation des paiements.

Il s'agit donc d'une procédure préventive, destinée à anticiper la survenance d'une cessation
des paiements (paragraphe2). De fait, elle a un caractère nécessairement volontariste et ne
peut donc être ouverte qu'à la seule demande du débiteur (paragraphe1).

Paragraphe 1 : le caractère volontariste

L’ouverture d'une procédure de sauvegarde a un caractère nécessairement volontaire. Elle


est à l’initiative exclusive du chef d’entreprise. En effet, seul, le chef d’entreprise dépose une
requête au greffe du tribunal compétent dans laquelle il expose la nature des difficultés de
nature à compromettre la continuité de l’exploitation8.
Le recours à la procédure de sauvegarde est ainsi conçu de manière facultative, en ce sens
que l’opportunité de sa mise en œuvre est laissée à la discrétion du chef d’entreprise suivant

8
C.com .art. 561

11
ses impératifs. Son avantage est qu’elle ne dépouille pas le chef de l’entreprise de ses
attributions et pouvoirs9.
C'est donc au débiteur, et à lui seul, qu'incombe le choix de faire appel au juge pour
trouver une solution à ses difficultés. Le tribunal ne peut donc jamais ouvrir une procédure de
sauvegarde à la demande d'un créancier, voire du ministère public. Ce pouvoir discrétionnaire
de demande d’ouverture de la sauvegarde exprime la volonté de responsabiliser le débiteur et
de l’encourager dans une démarche d’anticipation des difficultés de l’entreprise. Demander
l’ouverture de sauvegarde peut être vu comme un acte de gestion responsable en présence de
difficultés graves et insurmontables mettant l’entreprise en danger10.

Paragraphe 2 : le caractère préventif

À la différence des procédures de redressement et de liquidation judiciaires la procédure de


sauvegarde constitue une procédure de nature préventive a pour but de traiter
judiciairement les difficultés de l’entreprise dès leur apparition.
Cette procédure intervient quand l'entreprise fait face à des difficultés qu'elle ne peut pas surmonter
mais avant qu'elle ne doive se placer en cessation de paiement. Elle vise à faciliter la
réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite de l'activité économique, le
maintien de l'emploi et l'apurement du passif11.

Section 2 : Finalité de la procédure de sauvegarde

Pour une entreprise qui n’est pas en cessation des paiements, mais qui rencontre des
difficultés insurmontables, il est possible de demander une procédure de sauvegarde. Le but
étant de traiter le plus en amont possible les difficultés de l’entreprise, contrairement au
redressement où la situation est déjà extrêmement délicate et a de fortes probabilités d’aboutir
sur une procédure de liquidation judiciaire.

Néanmoins, les deux procédures de sauvegarde et de redressement ont des points


communs. Ainsi, le législateur a décidé que les règles applicables à la procédure de
redressement judiciaire correspondent à celles exposées à la sauvegarde, à l’exception des

9
Farhi, Sarah , L e s p r o c é d u r e s c o l l e c t i v e s a p r è s l a l o i P A C T E , Gualino.éd 2019, p16
10
Henry, Laurence-Caroline Antonini-Cochin, Laetitia , L ' e s s e n t i e l d u d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n
d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2019, p65
11
C.com. art. 560

12
dispositions particulières. Les deux procédures sont similaires et ont des objectifs communs :
neutraliser la situation financière de l’entreprise, en optimisant l’actif du débiteur, il faut
maîtriser son passif (paragraphe1) et assurer la continuation de l’exploitation (pargraphe2).

Paragraphe 1 : neutraliser la situation financière de l’entreprise

Dès lors que le débiteur connaît des difficultés de nature à le conduire à la cessation des
paiements, il est engagé dans un processus financier dont la poursuite le conduirait à une telle
situation. Il convient donc, dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, de rompre ce processus
financier pour éviter la cessation des paiements : tout en optimisant l’actif du débiteur (A), il faut
maîtriser son passif (B).

A. Optimiser l’actif

Dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, le chef d’entreprise doit dresser un


inventaire du patrimoine de l’entreprise ainsi que des garanties qui le grèvent. Cet inventaire,
remis au juge-commissaire et le syndic, est complété par le chef d’entreprise par la mention
des biens qu’il détient susceptibles d’être revendiqués par un tiers. L’absence de l’inventaire
susmentionné ne fait pas obstacle à l’exercice des actions en restitution ou en revendication.
Les procédures collectives sont des procédures de gestion d’une pénurie.

L’optimisation de l’actif dans la perspective des objectifs poursuivis par la procédure se


réalise donc selon les cas aux dépens des droits du conjoint (1), des associés (2) ou encore des
titulaires de droits réels (3).

1. Aux dépens des droits du conjoint

Le conjoint du débiteur soumis à une procédure de sauvegarde, de redressement ou de


liquidation judiciaire établit la consistance de ses biens personnels conformément aux règles
des régimes matrimoniaux auxquelles il est soumis12.
Le syndic peut, en prouvant par tous les moyens que les biens appartenant au conjoint du
débiteur ou à ses enfants mineurs ont été acquis avec des valeurs fournies par celui-ci,
demander que les acquisitions ainsi faites soient réunies à l’actif13.

12
C.com .art. 710
13
C.com .art. 711

13
2. Aux dépens des associés

Si, du fait des pertes constatées dans les documents comptables, les capitaux propres sont
inférieurs au quart du capital social, l’assemblée est d’abord appelée à reconstituer ces
capitaux à concurrence du montant proposé par le syndic et qui ne peut être inférieur au quart
du capital social. Elle peut également être appelée à décider la réduction et l’augmentation du
capital en faveur d’une ou plusieurs personnes qui s’engagent à exécuter le plan14.
L’exécution des engagements pris par les actionnaires ou associés, ou par de nouveaux
souscripteurs est subordonnée à l’acceptation du plan par le tribunal. À défaut, les clauses
d’agrément sont réputées non écrites. À cette fin, toute clause exigeant l’acceptation de
l’entreprise ou des associés pour la cession parts sociales, titres de capital ou valeurs
mobilières est réputée non écrite.

3. Aux dépens des titulaires de droits réels

Les revendications, qui consistent à faire reconnaître le droit de propriété, sont touchées
par le particularisme des procédures collectives davantage que la simple restitution d’un bien
dont la propriété n’est pas contestable.

3.1. Les revendications

La revendication des meubles ne peut être exercée que dans le délai de trois mois suivant
la publication du jugement ouvrant la procédure de redressement ou de liquidation
judiciaire15. Le propriétaire d’un bien est dispensé de faire reconnaître son droit de propriété
lorsque le contrat portant sur ce bien a fait l’objet d’une publicité 16.
Peuvent être récupérées, si elles existent en nature, en tout ou partie, les marchandises dont
la vente a été résolue antérieurement au jugement ouvrant la procédure soit par décision de
justice, soit par le jeu d’une condition résolutoire acquise 17. Peuvent être récupérées
également les marchandises expédiées à l’entreprise tant que la tradition n’en a point été
effectuée dans ses magasins ou dans ceux du commissionnaire chargé de les vendre pour le

14
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt213
15
C.com. art. 700
16
C.com. art. 701
17
C.com. art. 702

14
compte de l’entreprise18. Peuvent être récupérées, à condition qu’elles se retrouvent en nature,
les marchandises consignées à l’entreprise, soit à titre de dépôt, soit pour être vendues pour le
compte du propriétaire19. Peuvent également être récupérés, s’ils se retrouvent en nature au
moment de l’ouverture de la procédure, les biens vendus avec une clause de réserve de
propriété subordonnant le transfert de propriété au paiement intégral du prix 20.

Néanmoins, la revendication n’est pas recevable si, avant leur arrivée, les marchandises
ont été vendues sans fraude, sur factures ou titres de transport réguliers. Ainsi, dans tous les
cas, il n’y a pas lieu à revendication si le prix est payé immédiatement21. Si le bien dont le
vendeur a réservé la propriété est revendu, peut être revendiqué le prix ou la partie du prix qui
n’a pas été payée, ni fait l’objet d’une remise de lettre de change, de billet à ordre ou d’un
chèque, ni inscrit en compte courant entre le débiteur et l’acheteur à la date du jugement
ouvrant la procédure22.

3.2. La restitution

L’action en restitution est facultative, la demande en restitution n’est enfermée dans aucun
délai. L’action en restitution a pour objet la remise du bien. Elle est ouverte à celui qui
invoque un droit de propriété dont le titre est reconnu. Lorsque cette reconnaissance résulte
d’une action en revendication, nous avons vu que l’action en revendication emporte de plein
droit demande en restitution. L’action en restitution proprement dite se rencontre donc dans le
cas où le droit de propriété est reconnu sans action en revendication 23 .

Ainsi, le propriétaire d’un bien est dispensé de faire reconnaître son droit de propriété
lorsque le contrat portant sur ce bien a fait l’objet d’une restitution sans action en
revendication 24. Cette disposition intéresse au premier chef le crédit-bailleur, mais elle peut
concerner d’autres contrats.

18
C.com. art. 703
19
C.com. art. 704
20
C.com. art. 705
21
C.com. art. 707
22
C.com. art. 709
23
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt215.
24
C.com. art. 701

15
B. Maîtriser le passif

Dès lors que les difficultés de l’entreprise comportent un passif exigible ou susceptible de
l’être, il faut pouvoir le tenir à l’écart. Par passif« général », on entend le passif antérieur à
l’ouverture de la procédure collective autre que celui qui résulte de créances salariales. Ce
créancier antérieur au jugement d’ouverture est la victime de choix de la défaillance du
débiteur, sacrifié au titre de la discipline collective de la procédure et en faveur du
financement de la période d’observation et de la recherche d’un redressement. Ce «
cantonnement » des créances antérieures a un effet immédiat, le gel du passif antérieur (1),
lequel est suivi d’un effet durable manifesté par un régime strict de déclaration et de
vérification des créances (2).

1. Le « gel » du passif

Avec l’ouverture de la procédure de sauvegarde, et alors que l’activité économique va se


poursuivre, le passif antérieur est affecté d’un « arrêt sur image » ; il est figé. Il lui est interdit
d’être payé, ou plus encore de tenter de se faire payer ce passif antérieur est également
cristallisé en certains de ses éléments tels que le terme, les intérêts ou le cours des
inscriptions25.

1.1. Interdiction de payer

Le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer toute


créance née antérieurement à ce jugement 26. Le juge-commissaire peut autoriser le syndic à
payer des créances antérieures au jugement, pour retirer le gage ou récupérer une chose
légitimement retenue, lorsque cela est nécessaire à la poursuite de l’activité de l’entreprise 27.

Tout acte ou tout paiement passé en violation des dispositions de l’article précédent est
annulé à la demande de tout intéressé, présentée dans un délai de trois ans à compter de la
conclusion de l’acte ou du paiement de la créance. Lorsque l’acte est soumis à publicité, le
délai court à compter de celle-ci28.

25
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt284
26
C.com. art. 690
27
C.com. art. 690
28
C.com. art .691

16
1.2. L’arrêt des poursuites individuelles

Le jugement d’ouverture de la procédure suspend ou interdit toute action en justice de la


part de tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement audit jugement et
tendant, à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent, à la résolution
d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent29.Il arrête ou interdit également
toute voie d’exécution de la part de ces créanciers tant sur les meubles que sur les
immeubles30.Ainsi , les délais impartis à peine de déchéance ou de résolution des droits sont,
en conséquence, suspendus31.

Les instances en cours sont suspendues jusqu’à ce que le créancier poursuivant ait procédé
à la déclaration de sa créance. Elles sont alors reprises de plein droit, le syndic dûment appelé,
mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation de leur montant32.

Le jugement d’ouverture arrête le cours des intérêts légaux et conventionnels, ainsi que
tous intérêts de retard et majorations. L’arrêt du cours des intérêts est définitif, y compris dans
le cas où l’entreprise bénéficierait d’un plan; c’est donc une « suppression » des
intérêts.33Ainsi que les hypothèques, nantissements, privilèges ne peuvent plus être inscrits
postérieurement au jugement d’ouverture de la procédure34.

2. La déclaration des créances

Tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement au jugement d’ouverture
de la procédure, à l’exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au
syndic 35. La déclaration porte le montant de la créance due au jour du jugement d’ouverture
de la procédure en précisant dans le cas de redressement judiciaire la partie due à terme. Elle
précise la nature du privilège ou de la sûreté dont la créance est éventuellement assortie.

29
C.com. art. 686
30
C.com. art. 686
31
C.com. art. 686
32
C.com. art. 687
33
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt192.
34
C.com. art .699
35
C.com. art. 719

17
La déclaration contient également, les éléments de nature à prouver l’existence et le
montant de la créance si elle ne résulte pas d’un titre ; à défaut, une évaluation de la créance
si son montant n’a pas encore été fixé ; les modalités de calcul des intérêts pour le cas où leur
cours reprendrait dans l’exécution d’un plan de continuation ; l’indication de la juridiction
saisie si la créance fait l’objet d’un litige 36.

Le chef d’entreprise remet au syndic la liste certifiée de ses créanciers et du montant de ses
dettes huit jours au plus tard après le jugement d’ouverture de la procédure, sauf lorsque la
procédure a été ouverte sur sa demande 37.

Paragraphe 2 : assurer la continuité d’exploitation

Le principe est que la période d’observation, qui commence par l’ouverture de la


procédure de sauvegarde, comporte la continuation de l’activité 38. La continuation judiciaire
de l’activité de l’entreprise manifeste une forte originalité: préparer une relance efficace et
durable. On observe un régime original des contrats en cours et un statut très particulier des
créances nées pendant cette continuation d’activité. L’activité de l’entreprise est poursuivie
pendant la période d’observation. Le débiteur et le syndic se partagent les pouvoirs requis à
cet effet tels qu’ils sont définis par la décision d’ouverture. Rappelons que le débiteur continu
à exercer sur son patrimoine les actes de disposition et d’administration. Les actes de
disposition et d’exécution du plan de sauvegarde du chef d’entreprise sont soumis au
sauvegarde contrôle du syndic qui en adresse un rapport au juge commissaire 39.

36
C.com. art .721
37
C.com. art. 722
38
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt197.
39
C.com. art. 566

18
Chapitre 2 : Conditions d’ouverture de la procédure de
sauvegarde

La loi détermine les conditions d’ouverture de la sauvegarde. Ils se répartissent en critères


subjectifs et critères objectifs (section1). L’ouverture elle-même demeure subordonnée au
respect de certaines règles procédurales (section2).

Section 1 : Les conditions objectives et subjectives

Une distinction est jugée primordiale entre les critères objectifs, liés au déclenchement de la
procédure de sauvegarde d’une part (paragraphe 1), et les critères subjectifs de cette dernière
(paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les conditions objectives

Les procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire et de liquidation judiciaire ont


pour point commun d'être des procédures collectives. Elles conduisent, toutes trois, à un
traitement judiciaire (et non plus amiable) des difficultés de l'entreprise par l'organisation d'un
règlement collectif, et en principe égalitaire, des créanciers. Cette identité de nature ne
s'accompagne pas cependant d'une identité parfaite de leur condition d'ouverture40.

Alors que l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire est


obligatoirement subordonnée à la preuve d'une cessation des paiements de l'entreprise, le
bénéfice d'une procédure de sauvegarde est, quant à lui, réservé aux entreprises qui éprouvent
des difficultés mais qui ne sont pas en état de cessation de paiement. Cette distinction
s'explique essentiellement par la finalité de la procédure de sauvegarde qui est de permettre
un redressement anticipé de l'entreprise par sa réorganisation41.

Ainsi, l’interdiction pour une entreprise déjà en cessation des paiements de bénéficier
d'une procédure de sauvegarde explique l'obligation faite au tribunal de convertir la procédure

40
Lethielleux, Laetitia , D r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2012,p14
41
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit , Dalloz.
Ed 2017, p82.

19
de sauvegarde en procédure de redressement judiciaire s'il est découvert, après coup, une
cessation des paiements antérieure au prononcé du jugement d'ouverture de la sauvegarde 42.

La situation financière désignée sous le nom de « cessation des paiements » a été définie
par le législateur marocain à l’article 575 du Code de commerce, une entreprise est en état de
cessation des paiements lorsqu'il lui est impossible « de faire face à son passif exigible au
moyen de son actif disponible ». De même l’article 561 stipule que « La procédure de
sauvegarde peut être ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de
cessation des paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de
nature à la conduire à la cessation des paiements».

La cessation des paiements a donc un rôle important comme une valeur de démarcation43
(A). Il est important alors de distinguer l'état de cessation des paiements d'autres difficultés
rencontrées par l'entreprise (B).

A. La cessation de paiement

L'existence d'une cessation des paiements suppose la réunion de deux éléments, le premier
est l’existence d’un passif exigible. Ce dernier, ne doit pas permettre de faire face à l’actif
disponible de l’entreprise44.

La notion de « passif exigible» comprend l'ensemble des dettes certaines dont l'existence
actuelle est incontestable, liquides dont la valeur est déterminée ou déterminable
et exigibles dont le terme est échu même si les tiers créanciers n'ont rien réclamé. Le passif
exigible correspond donc au passif échu de l'entreprise au jour du jugement d'ouverture de la
procédure. Il vise le passif qui n'a pas été payé alors qu'il aurait dû l'être45.À titre d'exemples,
le montant d'un prêt bancaire dont l'échéance du remboursement n'est pas encore survenue au
jour où le tribunal statue sur la demande d'ouverture de la procédure de redressement

42
C.com. art. 564
43
Ann.
44
C.com. art. 575
45
Coquel et, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit, Dalloz.
Ed 2017, p85.

20
judiciaire ou de liquidation judiciaire. Ainsi, la notion de passif exigible devait s'entendre d'un
passif exigé, c'est-à-dire dont le paiement a été réclamé, dans les faits, par le créancier 46.

L'« actif disponible » correspond à l'actif immédiatement réalisable par l'entreprise. Il


s'identifie à la trésorerie de l'entreprise. En pratique, constitue un actif disponible l'ensemble
des sommes en caisse, des effets de commerce à vue ou du solde créditeur des comptes
bancaires47.

B. Distinction de la cessation des paiements d'autres difficultés

Il est important de distinguer l'état de cessation des paiements d'autres difficultés


rencontrées par l'entreprise, à savoir les difficultés que l'entreprise ne peut pas surmontée
seule , l'insolvabilité, la situation irrémédiablement compromise et la poursuite d'une
exploitation déficitaire. Chacune de ces situations est juridiquement définie de la manière
suivante.

1. Les difficultés que l'entreprise ne peut pas surmonter seule

D’après l’article 561 du code de commerce, la procédure de sauvegarde peut être ouverte
sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de cessation des paiements, justifie de
difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de nature à la conduire à la cessation des
paiements.

D'une manière générale, les « difficultés que l'entreprise ne peut pas surmonter seule »
correspondent aux événements ou circonstances suffisamment graves pour ne pas être
résolues par les seuls moyens de l'entreprise, exclusion donc faite de la prise en compte de
l'aide éventuelle de tiers (par exemple, la garantie qu'un groupe pourrait fournir à l'entreprise
sujette à ce type de difficultés.

46
La Cour de cass. française (Com. 25 nov. 2008, D. 2009. AJ 17, obs. A. Lienhard)
47
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit ,
Dalloz. Ed 2017, p86.

21
La nature (sociale, juridique, comptable, économique ou financière) desdits événements
importe peu, alors que la survenue de la cessation des paiements résulte exclusivement de la
caractérisation d'une situation comptable et financière précise, l'insuffisance de l'actif
disponible pour faire face au passif exigible. Plus précisément, pour la jurisprudence
(françaises), les difficultés insurmontables ne visent ni des empêchements anodins ou de
simples difficultés passagères, ni, à l'inverse, une situation telle qu'on puisse en déduire la
survenance d'une cessation des paiements, qu'elle soit immédiate, imminente, ou même plus
lointaine. C'est la raison pour laquelle l'établissement d'un lien entre les difficultés
insurmontables et l'éventualité d'une cessation des paiements, et donc de problèmes à
caractère comptable, financier ou économique, n'est aucunement requis pour caractériser ces
difficultés.

Par ailleurs, les difficultés insurmontables, sauf si elles ont été précédées d'une cessation des
paiements, ouvrent le droit de demander à bénéficier de la procédure de sauvegarde, alors que
la survenue de la cessation des paiements exclut cette procédure et impose de solliciter
l'ouverture d'une procédure collective, selon le cas, soit de redressement, soit de liquidation
judiciaire48.

2. L’insolvabilité

L'insolvabilité est l'état d'une entreprise dont l'ensemble du passif est supérieur à l'ensemble
des éléments d'actif. Concrètement, cette situation est caractérisée par l'absence de ressources
ou de biens saisissables propres à l'entreprise permettant d'apurer l'ensemble de ses dettes, ne
serait-ce que de façon échelonnée. Parvenir au constat d'insolvabilité revient donc à apprécier
la situation de l'entreprise à l'aune de son entier patrimoine, c'est-à-dire en fonction de la
totalité de ses créances et biens (principalement, de ses biens meubles et immeubles,
corporels et incorporels) formant son entier actif, par rapport à la totalité de ses obligations ou
dettes contractées, formant son entier passif.

En revanche, déterminer si une entreprise est ou non en état de cessation des


paiements revient à comparer entre elles non pas les deux masses entières du passif et de

48
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse
URL : https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/dossiers-thematiques/cessation-
activite/dossier-la-cessation-des-paiements.html

22
l'actif de l'entreprise formant son patrimoine, mais deux sous-ensembles de ces masses, à
savoir la partie de l'actif dite « immédiatement disponible » à la partie du passif
dite « immédiatement exigible ».
Par conséquent, la notion d'insolvabilité se différencie nettement de celle de cessation des
paiements49.

3. La situation irrémédiablement compromises

Le constat de cessation des paiements résulte essentiellement d'un examen des échéances
immédiates, c'est-à-dire des dettes à régler sur le très court terme et des créances à encaisser
dans les mêmes délais, et ne fournit par conséquent aucune indication sur la pérennité de
l'entreprise. A l'inverse, la situation irrémédiablement compromise de l'entreprise procède
d'une analyse prospective de ses résultats. Elle vise, en effet, le cas de l'entreprise dont la
situation est complètement obérée et sans issue ou qui se trouve dans l'impossibilité manifeste
d'être redressée. La continuité de son exploitation, projetée dans un avenir prévisible, ne peut
plus être assurée dans des conditions normales de fonctionnement, par exemple, sans la
fourniture de moyens ou de soutiens anormaux ,c'est-à-dire abusifs, ruineux, voire frauduleux
tels que l'octroi de crédits bancaires destinés en fait à masquer une situation continuellement
déficitaire, et donc l'insuffisance d'actif réellement disponible 50.

4. La situation d’une exploitation déficitaire

L'observation de la poursuite par une entreprise d'une exploitation déficitaire résulte


du constat répété de pertes sur plusieurs exercices écoulés, et au moins les deux derniers.
Pour sa part, la détection de la cessation des paiements se fonde sur une échelle de temps plus
courte et nécessite une évaluation sur une période à venir à très court terme, généralement
située à l'intérieur d'un même exercice (l'exercice en cours), de l'actif disponible et du passif
immédiatement exigible.

49
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse
URL : https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/dossiers-thematiques/cessation-
activite/dossier-la-cessation-des-paiements.html
50
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse
URL : https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/dossiers-thematiques/cessation-
activite/dossier-la-cessation-des-paiements.html

23
A cet égard, la poursuite d'une exploitation déficitaire n'est pas automatiquement
synonyme de cessation des paiements. Ainsi, la continuité de l'exploitation même déficitaire
d'un exercice sur l'autre peut être assurée par la fourniture de moyens abusifs, ruineux, voire
frauduleux. C'est le cas, par exemple, de l'usage détourné de crédits bancaires aux seules fins
de masquer l'insuffisance d'actif réellement disponible et donc une cessation des paiements
parfois assez ancienne.
Bon à savoir : l'exploitation poursuivie dans de telles conditions caractérise une faute de
gestion du dirigeant, au même titre que l'omission pure et simple de toute déclaration par ce
dernier de la cessation des paiements 51.

Paragraphe 2 : Les conditions subjectives

Selon le législateur marocain, le chef de l’entreprise est habilité à solliciter l’ouverture


d’une procédure de sauvegarde52 . Le terme « chef d’entreprise » désigne la personne
physique débitrice ou le représentant légal de la personne morale débitrice 53. En cas de décès
du débiteur, personne physique, ses héritiers ou leur représentant doivent dans la procédure.
À défaut de désigner leur représentant, le juge délégué peut désigner le représentant des
héritiers parmi ces derniers à la demande du syndic. Le juge délégué peut demander le
remplacement du représentant des héritiers pour une raison légitime. Dans les deux cas, les
héritiers sont notifiés de la décision prise 54 .

D’une manière générale, La procédure de sauvegarde est applicable à tout commerçant


personne physique ou morale, immatriculée au registre de commerce et de société. A cet
égard l’article 546 stipule que, le terme « entreprise » désigne, aux fins du présent livre, toute
personne physique exerçant une activité commerciale ou toute société commerciale.

51
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse
URL :https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/dossiers-thematiques/cessation-
activite/dossier-la-cessation-des-paiements.html
52
C.com .art.545
53
C.com.art. 546
54
C.com. art.546

24
Il est à noter que l’acquisition de la qualité de commerçant doit être appréciée à la lumière
de l’article 6 et 7 du CDC qui énumère les activités attribuant cette qualité dès lors qu’elles
sont exercées de manière habituelle ou professionnelle 55.
Ensuite et en application de l’article 11 du code de commerce, toute personne qui en dépit
d’une interdiction d’une déchéance ou d’une incompatibilité exerce habituellement une
activité commerciale est réputée commerçante.

Au but de ce qui précède le droit des difficultés des entreprises ne s’applique pas aux,
associations au but non lucratif, activités agricoles, entreprises ayant pour objet une activité
civile, entreprises commerciales qui ne révèle pas des difficultés de nature à compromettre
son exploitation ou qui a honoré ses dettes, les entreprises soumises à un texte de
redressement particulier tel que les entreprises d’assurance.

Section 2 : Les conditions procédurales

L'ouverture d'une procédure de sauvegarde est subordonnée à une décision du juge.


L'exigence d'un jugement d'ouverture soulève trois séries de questions relatives au dépôt
d’une demande accompagnée d’un document (paragraphe1), le règlement de frais
(paragraphe2) et la présentation d’un projet de plan de sauvegarde (paragraphe3).

paragraphe1 : le dépôt d’une demande accompagnée d’un document

Le chef d’entreprise doit déposer sa demande au secrétariat greffe du tribunal compétant,


cette demande doit préciser les difficultés de nature à compromettre la poursuite de l’activité
de l’entreprise56, elle doit être accompagnée des documents suivants57 :
1- Les états de synthèse de la dernière année comptable visée par le commissaire aux
comptes s’il en existe
2- L’inventaire et l’évaluation de tous les biens meubles et immeubles de l’entreprise

55
Les dispositions de l’article 6 ci-dessus ont été modifiées et complétées en vertu de l’article premier du Dahir
n°1-18-110 du 2 joumada I 1440 (9 janvier 2019) portant promulgation de la loi n° 89-17 modifiant et
complétant la loi n° 15-95 formant code de commerce ; BO n° 6788 du 16 chaual 1440 (20 Juin 2019), p.1472.
56
C.com. art. 561
57
C.com. art. 577

25
3- La liste des créanciers avec la précision de leurs adresses, le montant de leurs
créances, les garanties accordées
4- La liste des débiteurs avec la précision de leurs adresses, le montant de leurs dettes,
les garanties accordées
5- Le tableau des charges
6- La liste des salariés et de leur représentant le cas échéant
7- Extrait du modèle 7 du registre de commerce
8- La situation de la balance de l’entreprise pour les trois derniers

L’ensemble de ses documents doivent être tâtés et visés par le chef de l’entreprise, en cas
d’impossibilité de présenter l’un de ces documents ou de les présenter en totalité, le chef
d’entreprise doit préciser les motifs justifiant cette impossibilité. Par ailleurs, il lui est tout à
fait possible de présenter d’autres documents qui permettent de clarifier la nature des
difficultés à laquelle est confrontée l’entreprise 58.

Paragraphe2 : le règlement et frais de la procédure

Le chef d’entreprise doit déposer sans délai à la caisse du tribunal le montant nécessaire à
la couverture des frais de publicités et du déroulement de la procédure, le montant de ces frais
est fixé par le président du tribunal59.

Paragraphe3 : Le projet de plan de sauvegarde

Sous peine d’irrecevabilité, le chef d’entreprise doit joindre à sa demande un projet de plan
de sauvegarde, ce projet doit déterminer toutes les obligations nécessaires afin de sauvegarder
l’entreprise et les modalités de conserver son activité ainsi que les moyens de son
financement, il doit également préciser les modalités de règlement des dettes et des garanties
accordées pour l’exécution du plan de sauvegarde60.

58
C.com. art. 561
59
C.com. art. 561
60
C.com. art. 562

26
Le débiteur est en principe l’auteur du projet de plan de sauvegarde. Cette solution est
parfaitement logique dans la mesure où la sauvegarde est une procédure volontaire par
nature61.

61
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , Cours du droit des entreprises en difficulté, Gualino.éd 2016,
p216.

27
DEUXÈME PARTIE :
LE DÈROULEMENT DE LA PROCÈDURE

La procédure de sauvegarde débute par un jugement d’ouverture (chapitre1) .Un plan de


sauvegarde devra être élaboré et puis adopté par le tribunal, son exécution ou bien
l’inexécution met fin à la procédure (chapitre 2).

28
Chapitre 1 : Le jugement d'ouverture

Le jugement d'ouverture marque le début de la procédure de sauvegarde. Il crée un état de


droit nouveau qui affecte la situation du débiteur et celle de ses créanciers. De ce fait, il revêt
un caractère constitutif. Et, l'autorité qui s'y attache est absolue. Comme tout jugement, son
adoption (section 1) et ses effets (section 2) sont soumis au respect de règles strictes.

Section 1 : Adoption du jugement d'ouverture

La décision d'ouvrir une procédure de sauvegarde est subordonnée à une parfaite


information du tribunal sur la situation réelle de l'entreprise (paragraphe 1). Une fois adopté,
le jugement d'ouverture produit ses effets à compter de sa date et non de sa publicité
(paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Information préalable du tribunal

La décision d'ouvrir une procédure de sauvegarde est une décision grave tant pour le
débiteur que pour ses créanciers. Le prononcé du jugement d’ouverture n’est pas
immédiatement effectué après la demande d’ouverture. Un délai est laissé au Tribunal pour
apprécier la situation du débiteur. En effet, Les informations nécessaires pour que le tribunal
statue en connaissance de cause sont d’abord données par le débiteur lui-même. L’article 561
du Code de commerce exige que le chef d’entreprise « expose la nature des difficultés de
nature à compromettre la continuité de l’exploitation » .Ce même article énumère les
documents, comptables, économiques, sociaux et juridiques, qui doivent être joints à la
demande.

Toujours pour son information, le tribunal ne peut décider de l’ouverture de la procédure


qu'après avoir entendu le chef d’entreprise en ch. de conseil, dans les 15 jours de sa saisine62.
Il s'agit là d'une obligation imposée à peine de nullité de jugement d'ouverture.
De manière plus générale, le tribunal peut également ordonner, avant de statuer, une enquête
destinée à recueillir tout renseignement sur la situation financière, économique et sociale de
l'entreprise. Le juge enquêteur ainsi nommé peut être assisté de tout expert de son choix.
Ainsi dûment informé, le tribunal pourra alors décider d'ouvrir ou de ne pas ouvrir la
procédure pour laquelle il a été saisi63.

62
C.com. art. 563
63
C.com. art. 563

29
Paragraphe 2 : Date d'effet et publicité

Le jugement d'ouverture produit ses effets à compter de sa date, c'est-à-dire à zéro heure le
jour où il est rendu 64.Tous les actes accomplis par le débiteur le jour du jugement d'ouverture
sont donc réputés avoir été conclus après l'ouverture de la procédure .Le jugement d'ouverture
est l'objet d'une quadruple publicité65 :
-Il est mentionné sans délai au registre du commerce local et au registre du commerce central.
-Le greffier, dans les huit jours de la date du jugement, publie un avis de la décision dans un
journal d’annonces légales autorisé à publier les annonces légales, juridiques et
administratives et au BO avec la dénomination sociale de l’entreprise telle que figurant sur le
registre de commerce et le numéro d’immatriculation. Il invite les créanciers à déclarer leurs
créances au syndic désigné. Cet avis est affiché au panneau réservé à cet effet au tribunal.
-Il doit être fait mention du jugement dans les registres du gouvernorat des biens immobiliers
ou les registres de l’immatriculation des navires et des avions ou autres registres destinés à cet
effet, le cas échéant.
-Dans le même délai de huit jours, le jugement est notifié au chef d’entreprise et au syndic par
les soins du greffier.

Section 2 : les effets de jugement d’ouverture

En effet, à partir du jugement permettant l’ouverture de la procédure, la gestion de


l’entreprise continue à être assurer par le chef de l’entreprise sous la surveillance de
syndic (paragraphe 1), le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde vise aussi à
produire une pluralité d’effets à caractère provisoire (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les pouvoirs du chef d’entreprise et du syndic

Le chef d’entreprise ayant décidé de s’engager volontairement dans une procédure de


sauvegarde, il faut récompenser cette initiative. L’administration de l'entreprise est assurée
par le débiteur lui-même. Ce principe se justifie par la raison d'être de la procédure de

64
C.com. art. 584
65
C.com. art. 584

30
sauvegarde. Il s'agit d'une procédure préventive, destinée à anticiper la survenance d'une
cessation des paiements. De fait, elle a un caractère nécessairement volontaire et ne peut donc
être ouverte qu'à la seule demande du débiteur. Compte tenu de l'ensemble de ces
particularités, il est logique que le débiteur conserve la plénitude de son pouvoir de
gestion66.

Le syndic a une mission de surveillance, il contrôle a posteriori les actes de gestion du


dirigeant. Le chef d’entreprise a seul la qualité pour assurer le fonctionnement de l’entreprise,
toutefois, il demeure soumis au contrôle du syndic dans les opérations de gestions et
l’exécution du plan de redressement. Le syndic doit présenter un rapport au juge commissaire
sur cette mission67. Dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, le chef d’entreprise doit
préparer un inventaire sur les actifs de l’entreprise et les garanties y afférentes, cet inventaire
doit être établi sur une liste visée par lui-même et mise à la disposition du juge commissaire et
du syndic, il doit préciser dans son rapport les biens qui peuvent faire l’objet d’une action
revendication de la part des tiers. Toutefois, il est à noter que le défaut de présentation de
l’inventaire précité ne constitue pas un obstacle pour l’exercice des actions en
revendication68. Toutes les personnes tierces qui détiennent des documents ou des pièces
comptables de l’entreprise sont dans l’obligation de les mettre à la disposition du syndic en
vue de leur étude sous peine d’une astreinte dont le montant est fixé par le juge
commissaire69.

Paragraphe 2 : les effets provisoires du jugement d’ouverture de la procédure

Il s’agit de :

A .La période d’observation

La procédure de sauvegarde permettre le redressement anticipée de la situation du


débiteur par l'adoption d'un plan arrêté par le tribunal. Cet objectif explique que la procédure

66
Coquelet, Marie-Laure , E n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é I n s t r u m e n t s d e p a i e m e n t e t d e
c r é d i t , Dalloz. Ed 2017, p135.
67
C.com. art . 566
68
C.com. art. 567
69
C.com. art. 568

31
s’ouvre par une période de diagnostic : la période d'observation. Cette période a pour but
d'élaborer un bilan économique et social de l'entreprise afin de permettre au juge d'évaluer ses
possibilités réelles de sauvegarde et déterminer les mesures les plus appropriées pour assurer
« la poursuite de l'activité économique, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif »70.

La période d'observation a nécessairement un caractère provisoire, destinée à évaluer les


chances de sauvetage de l'entreprise, elle n'a pas vocation à perdurer. L'activité de l'entreprise
est poursuivie dans des conditions aussi proches que possible de celles qui existaient avant le
jugement d'ouverture. La période d'observation se conclu avec l'élaboration d'un plan de
sauvegarde71.

B. La suspension provisoire des poursuites

Conformément aux dispositions de l’article 686 du code de commerce marocain, le


jugement d’ouverture d’une procédure de sauvegarde, vise essentiellement à suspendre ou
interdire toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance a son origine
antérieurement audit jugement et tendant :

 A la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ;


 A la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.

C .L’interdiction des paiements

Cette mesure à un impact sur la trésorerie de l’entreprise, en transformant les dettes à court
terme en dettes à moyen et long terme.

Concernant l’interdiction des dettes antérieures, le droit français en la matière prévoit


que : « le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer toute
créance née antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception du paiement par
compensation de créances connexes. Il emporte également, de plein droit, interdiction de

70
C.com. art. 560
71
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit ,
Dalloz. Ed 2017, p283.

32
payer toute créance née après le jugement d’ouverture, non mentionnée au I de l’article L.
622-17. Ces interdictions ne sont pas applicables au paiement des créances alimentaires »72.

D’après une lecture attentive de cet article, on déduit que le législateur marocain a partagé
l’idée du législateur français, tout en précisant que le jugement décidant l’ouverture d’une
procédure de sauvegarde emporte, de plein droit, interdiction de payer toute créance née
antérieurement au jugement d’ouverture73.

D. La continuation des contrats en cours

Le principe de continuation des contrats en cours constitue l’une des pièces maîtresses du
sauvetage de l’entreprise en procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire. Ce
principe déroge du droit commun des contrats, il organise le maintien forcé des relations
contractuelles, en paralysant le jeu de la résolution pour inexécution ainsi que celui de
l’exception d’inexécution propre aux contrats synallagmatiques. En d’autres termes,
l’inexécution antérieure du contrat ne constitue pas un obstacle à sa continuation74.

E. L’interdiction de l’inscription des sûretés

Le code de commerce précise que les hypothèques, nantissements, privilèges ne peuvent


plus être inscrits postérieurement au jugement d’ouverture75. Ces opérations des inscriptions
ne peuvent être faites que par le syndic, ce dernier qui a la qualité pour inscrire au nom de
l’entreprise toute hypothèque, nantissement, gage ou tout privilège. Les anciennes
inscriptions sont renouvelées (cas du nantissement du fonds de commerce et du matériel).

F. Les créances nées

Les dettes nées après l’ouverture de la procédure de sauvegarde est qui sont en rapport
avec le fonctionnement de l’entreprise ou de l’activité de celle-ci, en cours de la période de la

72
C.com. français.art. L622-7, al. 1er
73
C.com.art. 690
74
COQUELET Marie-Laure, « Entreprises en difficulté : instrument de paiement et de crédit », Dalloz, 3ème
éd., P. 157
75
C.Com. art.699

33
préparation de la solution doivent être réglée à leur date d’échéance. En cas d’impossibilité de
règlement à l’heure d’échéance, ces dettes doivent être payées par priorité sur toutes les autres
créances, qu’elles soient ou non assorties de privilèges ou de garanties. La seule exception à
cette règle concerne les dettes bénéficiant des privilèges au terme de l’article 588 du code de
commerce à savoir les dettes des salariés. En cas de pluralité de créance répandant aux
conditions précités le règlement s’effectue en conformité avec la législation en vigueur76.

76
C.com. art. 565

34
CHAPITRE 2 : Le plan de sauvegarde

Afin d’assurer la survie de l’entreprise placée sous sauvegarde, il est nécessaire de


déterminer les causes et l’étendue de ses difficultés.

Pour ce faire, la procédure débute par une période d’observation de l’entreprise. La période
d'observation est une période de diagnostic lors de laquelle sont appréciées la viabilité de
l’entreprise et les possibilités de restructuration propres à en assurer la continuité sous la
gestion du chef de l’entreprise77. La période d’observation est également le temps de
l’élaboration du plan pour sauver l’entreprise, appelé, « plan de sauvegarde». Le régime
juridique du plan de sauvegarde et du plan de redressement obéit à de nombreuses règles
communes. La durée de ce plan ne peut excéder 5 ans78.

Pour élaborer le plan de sauvegarde, un bilan économique et social doit être réalisé
(section1). Ensuite le plan doit être adopté par une décision du Tribunal (section 2).

Section1 : l’élaboration de plan de sauvegarde

La notion de plan est une notion complexe que le droit peine à cerner. Le plan n'est pas
assimilable à un contrat judiciaire. Il est une décision de justice dont l'originalité principale
réside dans son caractère négocié. Cette décision est précédée d'une phase de préparation qui
conduit à l'élaboration d'un bilan économique et social de l’entreprise ainsi que d'un projet de
plan de sauvegarde (paragraphe 1), soumis à la consultation des créanciers (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Le bilan financier, économique et social de l'entreprise et le projet de


plan

Le bilan financier, économique et social de l'entreprise est dressé par le syndic, avec le
concours du chef de l’entreprise 79. Ce bilan a pour objet de préciser l'origine, l'importance et la
nature des difficultés de l'entreprise. Il constitue un instrument essentiel d’information du tribunal

77
COQUELET Marie-Laure, « Entreprises en difficulté .Instrument de paiement et de crédit », Dalloz, 3ème
éd., P. 183
78
C.com. art. 571
79
C.com. art. 569

35
dans la perspective de l’examen des solutions envisageables dans le cadre du traitement des difficultés
du débiteur80.

Au vu du bilan, un projet de plan est alors établi. Ce projet de plan de sauvegarde


comprend quatre volets. Il doit :

- déterminer les perspectives de redressement de l'entreprise en fonction des possibilités et des


modalités de son (ou ses) activité, de l'état du marché et des moyens de financement
disponibles.
- définir les modalités de règlement du passif et les garanties éventuelles que le débiteur doit
souscrire pour en assurer l'exécution81 .

- exposer et justifier le niveau et les perspectives d'emploi ainsi que les conditions sociales
envisagées pour la poursuite d'activité et le cas échéant les éventuels licenciements.

- recenser, annexer et analyser les offres d'acquisition présentées par des tiers et indiquer la ou
les activités dont l'arrêt ou l'adjonction est proposé pour permettre le redressement.

Des solutions particulières sont posées lorsque l'entreprise est une société. Lorsque le
projet de plan envisage une modification du capital social. A cet égard, le syndic peut
demander au conseil d’administration, au directoire ou au gérant, selon le cas, de convoquer
l’assemblée générale extraordinaire ou l’assemblée des associés. Si, du fait des pertes
constatées dans les documents comptables, les capitaux propres sont inférieurs au quart du
capital social, l’assemblée est d’abord appelée à reconstituer ces capitaux à concurrence du
montant proposé par le syndic et qui ne peut être inférieur au quart du capital social. Elle peut
également être appelée à décider la réduction et l’augmentation du capital en faveur d’une ou
plusieurs personnes qui s’engagent à exécuter le plan.

L’exécution des engagements pris par les actionnaires ou associés, ou par de nouveaux
souscripteurs est subordonnée à l’acceptation du plan par le tribunal. À défaut, les clauses
d’agrément sont réputées non écrites. À cette fin, toute clause exigeant l’acceptation de

80
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é
, Gualino.éd 2016, pt215.
81
C .com. art. 596

36
l’entreprise ou des associés pour la cession parts sociales, titres de capital ou valeurs
mobilières est réputée non écrite82.

Paragraphe 2 : La consultation des créanciers

La viabilité des propositions faites par le syndic pour assurer la continuité de l'activité de
l'entreprise nécessite la consultation préalable des créanciers. Il est nécessaire de savoir si ces
derniers sont d'accord avec les propositions de délais de paiement et de remises de dettes
contenues dans le projet de plan83.

Le syndic recueille individuellement ou collectivement. L’accord de chaque créancier qui


a déclaré sa créance, sur les délais et remises qu’il leur demande pour assurer la bonne
exécution du plan de continuation. En cas de consultation individuelle, le défaut de réponse
dans le délai de trente jours à compter de la réception de la lettre du syndic vaut acceptation 84.

Qu’il s’agisse d’une consultation individuelle ou collective, la lettre du syndic comporte en


annexe :
– un état de la situation active ou passive avec indication détaillée du passif privilégié et
chirographaire.
– les propositions du syndic et du chef d’entreprise et l’indication des garanties offertes.
– l’avis des contrôleurs85.

Lorsque le syndic décide de consulter collectivement les créanciers, ceux-ci se réunissent


sous sa présidence et à sa convocation. Un avis de la convocation peut en outre être inséré
dans un journal d’annonces légales, juridiques et administratives et affiché au panneau
réservé à cet effet au tribunal. La réunion doit avoir lieu entre le 15e et le 21e jour de l’envoi
de la convocation. Le syndic présente aux créanciers un rapport sur l’état du redressement
judiciaire ainsi que sur la poursuite de l’activité depuis l’ouverture de la procédure.

82
C.com. art. 599
83
Coquelet, Marie-Laure , E n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é I n s t r u m e n t s d e p a i e m e n t e t d e
c r é d i t , Dalloz.éd 2017, p284.
84
C.com. art. 601
85
C.com. art. 602

37
L’accord de chaque créancier, présent ou représenté, sur les propositions de règlement du
passif est recueilli par écrit. Le défaut de participation à la consultation collective vaut
acceptation des propositions présentées par le syndic86.

Ensuite, le syndic dresse un état des réponses faites par les créanciers au terme de leur
consultation individuelle ou collective 87.

Le chef d’entreprise et les contrôleurs sont consultés sur le rapport indiqué à l’article 595
du code de commerce, par le syndic par lettre recommandée avec accusé de réception. Le
chef d’entreprise fait connaître ses observations au syndic dans les huit jours 88.

Section2 : L'adoption du plan par le tribunal

Lorsqu'il existe une possibilité sérieuse pour l'entreprise d'être sauvegardée, le tribunal
arrête le plan de sauvegarde qui met fin à la période d'observation. (Paragraphe 1)
.L’achèvement ou bien L’inexécution de plan met fin à la procédure de
sauvegarde (paragraphe 2).

Paragraphe 1 :L’homologation du plan de sauvegarde

Sur le rapport du syndic et après avoir entendu le chef d’entreprise et les contrôleurs, le
tribunal statue sur l’homologation du plan de sauvegarde lorsqu’il existe des possibilités
sérieuses de sauvegarde de l’entreprise. La décision du tribunal devrait être en conformité
avec les dispositions de l’article 623 et les alinéas de 1 à 6 dans l’article 624 ainsi que les
articles 625 à 627 et 629 à 632 du code de commerce89.

En effet, l'adoption d'un plan de sauvegarde conduit le plus souvent à une restructuration
plus ou moins profonde des conditions d'exploitation de l'entreprise afin de garantir la
poursuite de son activité pour l’avenir. Le plan arrêté par le tribunal définit également les
conditions de l'apurement du passif né avant le jugement d'ouverture sous forme de délais de
paiements et remises de dette.

86
C.com. art. 603
87
C.com. art. 604
88
C.com. art. 605
89
C.com. art. 570

38
Les personnes qui exécuteront le plan, même à titre d’associé, ne peuvent pas se voir
imposer des charges autres que les engagements qu’elles ont souscrits au cours de sa
préparation90. Le plan de continuation arrêté par le tribunal indique, le cas échéant, les
modifications apportées à la gestion de l’entreprise en vertu des dispositions qui suivent et les
modalités d’apurement du passif déterminées en application des articles 630 à 634 de code de
commerce.

Lorsque l’entreprise a fait l’objet d’une interdiction d’émettre des chèques en raison de
faits antérieurs au jugement d’ouverture d’une procédure de redressement, le tribunal peut
prononcer la suspension des effets de cette mesure pendant la durée d’exécution du plan et du
règlement du passif. La résolution du plan met fin de plein droit à la suspension de
l’interdiction. Le respect des échéances et des modalités prévues par le plan vaut
régularisation des incidents91.

Le plan de continuation mentionne les modifications des statuts nécessaires à la continuation


de l’entreprise. Le syndic convoque, dans les formes prévues par les statuts, l’assemblée
compétente pour mettre en œuvre les modifications prévues par le plan92. Une modification
dans les objectifs et les moyens du plan ne peut être décidée que par le tribunal à la demande
du chef d’entreprise et sur le rapport du syndic. Lorsque la modification dans les objectifs et
les moyens du plan de continuation peut avoir des conséquences négatives sur les remises ou
les délais acceptés par les créanciers, le syndic convoque l’assemblée selon les dispositions
des articles 609 et 610 du code de commerce. Le tribunal statue après avoir entendu ou
dûment appelé les parties et toute personne intéressée. Il peut aussi prononcer la résolution du
plan dans les formes et avec les effets prévus à l’article 634 du code de commerce 93.

Le tribunal donne acte des délais et remises accordés par les créanciers au cours de la
consultation. Ces délais et remises peuvent, le cas échéant, être réduits par le tribunal. Pour
les autres créanciers, le tribunal impose des délais uniformes de paiement sous réserve, en ce
qui concerne les créances à terme, des délais supérieurs indiqués par les parties avant
l’ouverture de la procédure. Ces délais peuvent excéder la durée du plan. Le premier
paiement doit intervenir dans le délai d’un an.
90
C.com. art. 623
91
C.com. art. 625
92
C.com. art. 627
93
C.com. art. 629

39
Le montant des échéances peut être progressif. Dans ce cas, leur montant annuel ne peut être
inférieur à 5% de leur montant total retenu par le plan.

Le tribunal peut libérer de la condition des délais les petites créances dans la limite d’un
total de 5% de la masse homologuée dans le plan sous réserve que le montant de chaque
créance n’excède pas 0,5% du passif estimé 94.

L’inscription d’une créance au plan et l’octroi de délais ou remises par le créancier ne


préjugent pas l’admission définitive de la créance au passif. Les sommes à répartir
correspondant aux créances non encore admises ne sont versées qu’à compter de l’admission
définitive au passif95.

En cas de vente d’un bien grevé d’un privilège spécial, d’un nantissement ou d’une
hypothèque, les créanciers bénéficiaires de ces sûretés ou titulaires d’un privilège général,
sont payés sur le prix après le paiement des créanciers qui les priment. Ce paiement anticipé
s’impute sur le principal des premiers dividendes à échoir ; les intérêts y afférents sont remis
de plein droit 96.

Paragraphe 2 : Fin de la procédure

Lorsque le plan est achevé, le Tribunal doit constater la complète exécution du plan ,
il prononce la clôture de la procédure. Au contraire, Le tribunal peut ordonner la résolution du
plan de sauvegarde et décider en conséquence le redressement ou la liquidation judiciaire du
fait de l’inexécution des obligations déterminées dans le plan de sauvegarde. Cette décision
peut intervenir d’office ou à la demande de l’un des créanciers et ce après audition du chef de
l’entreprise ou du syndic. En cas de substitution du redressement judiciaire à la procédure de
sauvegarde, les créanciers soumis à ce plan doivent déclarer leurs créances et leurs garanties
telles qu’elles figurent dans le plan et ce après déduction des sommes perçues. Si le tribunal a
opté pour la substitution de la liquidation judiciaire à la procédure de sauvegarde, les
créanciers soumis à ce plan doivent déclarer la totalité de leurs créances et les garanties après
déduction des sommes perçues. Les créanciers, dont les créances sont nées après l’ouverture
de la procédure de sauvegarde déclarent également leurs créances, ces déclaration sont
94
C.com. art. 630
95
C.com. art. 631
96
C.com. art. 632

40
soumises aux dispositions du chapitre 12, section 6 du nouveau livre V du code de commerce.
Il est à noter que la procédure de sauvegarde n’est pas soumise aux règles de la période
suspecte telle que définie par le livre 11 section 6 97.

97
C.com. art. 573

41
CONCLUSION

La procédure de sauvegarde est l’une des innovations majeure de la réforme du Livre V du


Code de Commerce. Son objectif principal est d’intervenir très rapidement afin de multiplier
les chances de sauvetage de l’entreprise en en cas de difficultés insurmontables pour
permettre d’éviter la cessation des paiements, préserver la continuité de l’activité et la
préservation de l’emploi. Seul le chef d’entreprise peut saisir le président du tribunal d’une
requête aux fins d’ouverture de la procédure de sauvegarde. Ce qui justifie le caractère
volontariste de la procédure. Cette procédure a le mérite de mettre à l’abri l’entreprise durant
une période ne pouvant excéder cinq années afin d’optimiser ces moyens de restructuration. Il
ne s’agit pas d’une procédure confidentielle puisque le jugement fait l’objet d’une publication
au bulletin officiel et au registre de commerce.

Le chef d’entreprise demeure l’unique chef d’entreprise, son projet de plan de sauvegarde
est examiné par un syndic qui sera chargé d’établir un bilan financier, économique et social
de l’entreprise avec la participation du chef d’entreprise. Le plan de sauvegarde détermine les
modalités de remboursement du passif de l’entreprise et les conditions de poursuite de
l’activité. Si le chef d’entreprise exécute les termes du plan de sauvegarde, le tribunal
prononce la clôture de la procédure. En cas d’échec dans l’exécution du plan de sauvegarde,
le tribunal peut d’office ou soit sur demande de l’un des créanciers, ordonner la conversion de
la procédure en redressement ou en liquidation judiciaire. Cette conversion peut également
intervenir si à la suite de l’ouverture de la procédure de sauvegarde, il s’avère que l’entreprise
est en cessation des paiements.

Le gros avantage de la procédure de sauvegarde est la suspension de toutes poursuites


judiciaires à l’encontre de l’entreprise et des cautions qu’elles soient personnes physiques ou
morales, solidaires ou non qui peuvent se prévaloir du bénéfice du plan de sauvegarde et de
l’arrêt du cours des intérêts.

Au-delà des critiques qu’on a pu lire au sujet du risque d’allongement des délais des
procédures (dans hypothèse d’un échec de la sauvegarde convertie en redressement), ainsi
que l’inconvénient de ne pas être confidentielle. L’introduction de cette nouvelle procédure

42
inscrit l’anticipation et la prévention du risque économique de l’entreprise au cœur de notre
droit commercial. Ce changement de paradigmes permet d’espérer une moindre mortalité des
entreprises marocaines. Cela nous mène à poser la question suivante : est-ce que la
procédure de sauvegarde serait-elle bénéfique sur le long-terme pour les entreprises
marocaines ? Ou on parle seulement d’une solution provisoire qui ne répond pas aux
exigences du tissu économique national.

43
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION............................................................................................................................................................................6
PREMIERE PARTIE : La procédure de sauvegarde (Dispositions générales)……………..10
Chapitre 1 : Finalité et caractéristiques de la procédure de sauvegarde………...……………...11
Section 1 : Les caractéristiques de la procédure de sauvegarde …………………….………..11
Paragraphe1 : Le caractère volontariste …………………………………………………………………………...11
Paragraphe2 : Le caractère préventif …………………………………………………………………………………12
Section 2 : Finalité de la procédure de sauvegarde ……………………………………………………………...12
Paragraphe1 : Neutraliser la situation financière ………………………………………………………………..13
A. Optimiser l’actif..............................................................................................................................................................13
1. Aux dépens des droits du conjoint ..............................................................................................................13
2. Aux dépens des associés.....................................................................................................................................14
3. Aux dépens des titulaires de droits réels................................................................................................. 14
3.1. Les revendications........................................................................................................................................14
3.2. Les restitutions................................................................................................................................................15
B. Maîtriser le passif........................................................................................................................................................... 16
1. Le « gel » du passif..............................................................................................................................................16
1.1. Interdiction de payer…............................................................................................................................. 16
1.2. L’arrêt des poursuites individuelles........................................................................................17
2. La déclaration des créances………………………........................................................................17
Paragraphe 2 : Assurer la continuité d'exploitation……………………………………………………………18
Chapitre 2 : Conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde ………………………………………19
Section 1 : Conditions objectives et subjectives..............................................................................……………….19
Paragraphe 1 : Les conditions objectives……………………………………………………………………….19
A. La cessation de paiement……………………………………………………………………………………..…20
B. Distinction de la cessation des paiements d'autres difficultés…………………………………..21
1. Les difficultés que l'entreprise ne peut pas surmonter seule………………………………..21
2. L’insolvabilité…………………………………………………………………………………………………22
3. La situation irrémédiablement compromises………………………………………………….23

44
4. La situation d’une exploitation déficitaire…..................................................................................... 23
Paragraphe 2 : Les conditions subjectives……………………………………………………………………….24
Section 2 : Conditions procédurales………………………………………………...………25
Paragraphe 1 : Le dépôt d’une demande accompagnée d’un document……………...…...25
Paragraphe 2 : Le règlement et frais de la procédure………………………...……………26
Paragraphe 3 : Le projet de plan de sauvegarde…………………………….…………….26
DEUXIEME PARTIE : Le déroulement de la procédure..................................................28
Chapitre 1 : Le jugement d'ouverture de la procédure de sauvegarde……………..…………29
Section 1 : L’adoption du jugement d'ouverture……………………………………………29
Paragraphe 1 : Information préalable du tribunal…………………………………………29
Paragraphe 2 : Date d'effet et publicité……………………………………………………30
Section 2 : Les effets de jugement d’ouverture de la procédure……………………………30
Paragraphe 1 : Les pouvoirs du chef d’entreprise et du syndic…………...………………30
Paragraphe 2 : Les effets provisoires du jugement d’ouverture………..…………………31
A. La période d’observation……………………………………………………………31
B. La suspension provisoire des poursuites……………………………………………32
C. L’interdiction des paiements…………………………………………………...…...32
D. La continuation des contrats en cours………………………………………………33
E. L’interdiction de l’inscription des sûretés………………..…………………………33
F. Les créances nées……………………………………………………………………33
Chapitre 2 : Le plan de sauvegarde………………………………..…………………………35
Section 1 : L'élaboration du plan de sauvegarde……………………………………………35
Paragraphe 1 : Le bilan financier, économique et social de l'entreprise et le projet de
plan………………………………………………………………………………………...35
Paragraphe 2 : La consultation des créanciers………………….…………………………37

Section 2 : L'adoption du plan de sauvegarde………………………………………………38

Paragraphe 1 :L’homologation du plan de sauvegarde……………..……………………..38

Paragraphe 2 : Fin de la procédure…………………………………………..……………40

CONCLUSION…………………………………………………………………...…………42

45
Bibliographie

Ouvrages Généraux et Spéciaux


Henry, Laurence-Caroline Antonini-Cochin, Laetitia , L ' e s s e n t i e l d u d r o i t d e s
e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2019
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiemen t et de
crédit, Dalloz. Ed 2017

Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , C o u r s d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n


d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2016

Lethielleux, Laetitia , D r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é , Gualino.éd 2012

Farhi, Sarah , L e s p r o c é d u r e s c o l l e c t i v e s a p r è s l a l o i P A C T E , Gualino.éd


2019

Thèses et Mémoires

CHALAT Alaedine, « la procédure de sauvegarde : étude comparée », mémoire de master


« juriste d’affaires », F.S.J.E.S Souissi- Rabat, sous la direction du Pr. Farid KHALIDI, année
universitaire : 2017-2018

SQUALLI Ibraim, « la sauvegarde des entreprises en difficulté : l’approche marocaine et


comparée », thèse en vue de l’obtention du grade de doctorat en droit privé, FSJES-FES, sous
la direction du professeur Abdellah MAGHRICH, année universitaire 2016- 2017

Textes de lois

Dahir n° 1-18-26 du 2 shaaban 1439 (19 avr. 2018) portant promulgation de la loi n° 73-17
modifiant et remplaçant le livre V de la loi n° 15.95 formant code de commerce relatif aux
difficultés de l’entreprise

LOI DE SAUVEGARDE N° 2005-845 DU 26 JUILLET 2005 (Français)

Webographie

Droit marocain, «Cours de droit marocain des entreprises en difficulté », Sur : https://cours-
de-droit.net/cours-de-droit-des-entreprises-en-difficulte-au-maroc-a130729868/ (Site consulté
mars 2019)

Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des
paiements.Sur :https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/dossiers-
thematiques/cessation-activite/dossier-la-cessation-des-paiements.html (Site consulté le 24
mars 2015)

46
Revues et articles

Selma El Hassani Sbai, Réforme du droit marocain des entreprises en difficultés : un échec
anticipé ?, 6 JUIN 2018, URL : https://www.contrepoints.org/2018/06/06/317645-reforme-
du-droit-marocain-des-entreprises-en-difficultes-un-echec-anticipe

Souf.chahid, Les évolutions de la nouvelle loi sur les entreprises en difficulté, LE 25 AVRIL
2018, URL : https://telquel.ma/2018/04/25/les-evolutions-de-la-nouvelle-loi-sur-les-
entreprises-en-difficulte_1592334/?utm_source=tq&utm_medium=normal_post

47
Annexes

1. CAS DE STROC INDUSTRIE

Faits :

*Un ancien salarié de l’entreprise STROC industrie porte plainte suite au fait qu’il n’a pas
reçu son salaire pendant plus de 7 mois et en plus de ceci, il y a eu continuité des
prélèvements des charges sociales de la part de l’entreprise alors qu’elle ne les a pas reversées
à la CNSS.

* Le demandeur formule une requête portant sur l’ouverture d’une procédure de liquidation
judiciaire à l’égard de l’entreprise ainsi que l’établissement d’une expertise comptable à cette
dernière.

*Mr ZIATT, PDG de l’entreprise affirme la situation financière difficile de cette dernière.
D’où, celle-ci est débitrice d’environ 300MDH avec un actif de 500MDH. Mr ZIATT ne nie
pas les accusations qui lui ont été adressées sauf qu’il précise que celles-ci ne concernent pas
l’ensemble de ses salariés.

*L’entreprise STROC INDUSTRIE formule alors une requête en opposition dans laquelle
elle demande le refus de la requête initiale vu que le demandeur n’est pas qualifié
juridiquement pour demander une liquidation judiciaire, ainsi que l’entreprise n’est pas en
état de cessation de paiement.
La partie défenderesse demande alors l’ouverture d’une procédure de sauvegarde.
Celle-ci appuie sa demande par le fait qu’elle possède un ensemble de commandes
notamment avec l’OCP jusqu’à 2026 ; le projet de développement de l’énergie solaire ainsi
que d’autres infrastructures aussi bien au niveau national qu’international.
L’avocat du défendeur accompagne sa requête par un ensemble d’éléments à savoir : les états
de synthèse du dernier exercice comptable, le projet du plan de sauvegarde en arabe et en
français, la liste des créanciers et débiteurs…

* Le tribunal demande une expertise comptable qui a été faite par Mr SEFRIOUI Mohamed.
En effet, les dettes de l’entreprise sont divisées en 2 à savoir :

°dettes à long terme de 163.077.321,00 DH


° Dettes à court terme de 479.184.132,84 DH

En revanche Mr SEFRIOUI confirme que STROC industrie peut surmonter cette situation
difficile, qu’elle a juste besoin d’un délai pour couvrir ses dettes, qu’elle est toujours en
activité et qu’elle n’est pas en état de cessation de paiement .

* Pour conclure :

Dans un premier lieu, le procureur du Roi se déclare pour une position intermédiaire : le
redressement judiciaire plutôt que le plan de sauvegarde souhaité par l’entreprise.

48
Le parquet note que : « l’entreprise est toujours en activité, emploie des ouvriers et dispose
d’actifs ». Le procureur du roi fait aussi sienne les déclarations d’un top management «
capable de dépasser les difficultés de son entreprise ».
Dans un deuxième lieu, suite à plusieurs audiences dont la dernière qui date du 28-06-2018, le
procureur du roi affirme l’ouverture de la procédure de sauvegarde vu que toutes les
conditions requises sont réunies.

*Le syndic indique avec le concours du chef d ‘entreprise, qu’il doit dresser dans un rapport
détaillé le bilan financier, économique et social de l’entreprise au vu de ce bilan , le syndic
propose au tribunal soit l’approbation du projet du plan de sauvegarde ou sa modification soit
le redressement de l’entreprise soit la liquidation judiciaire .

Motifs :

Les conditions légales requises à l’ouverture d’une procédure de sauvegarde ont été
réunies dans le cas de STROC INDUSTRIE à savoir :

° L’entreprise n’est pas en état de cessation de paiement ;


° L’existence de difficultés financières dont l’entreprise n’est pas capable de surmonter sans
l’adoption d’un plan de sauvegarde.

Toutefois, le fait de ne pas prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver l’entreprise
conduira celle-ci à arriver à un état de cessation de paiement et par conséquent elle serait
sujette à une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.

Enoncé :

Le tribunal a statué, dans son audience publique, contradictoirement et en premier ressort :


Dans la requête initiale : refus de la requête et faire supporter les charges à son demandeur.
Dans la requête en opposition : ouverture de la procédure de sauvegarde au profit de
l’entreprise STROC INDUSTRIE.

2. CAS DE SOTRAVO

SOTARAVO est une entreprise structurée au Maroc spécialisée dans la construction.

FAITS :

°2006 : - SOTRAVO a un projet de construction « Ibn Batouta », grâce auquel ‘elle arrive à
signer une convention avec groupe EL OMRAN et le chef du gouvernement.

- Suite à cette convention ainsi qu’à la crise du secteur des BTP ; SOTRAVO se
trouve confronté à de sérieuses difficultés financières car, il s’est avéré que les
institutions étatiques n’ont pas exécutées leur part du marché ;
- L’entreprise a supporté un ensemble de dettes dont le montant s’élève à
23MMDH qu’elle n’a pas pu rembourser et ceci est dû au fait qu’elle n’a pas
réussi à vendre ses constructions.

49
°2013 : - SOTRAVO a signé également une convention avec l’ONCF.
Malheureusement, ce projet a échoué suite à sa non-conformité internationale.

Vu qu’elle n’est pas en état de cessation de paiement, SOTRAVO décide donc de déposer
une requête auprès du tribunal de commerce dans laquelle elle demande l’ouverture de la
procédure de sauvegarde tout en appuyant sa demande avec tous les documents nécessaires
(art577).

Motifs :

Apres avoir examiné l’affaire en ch.de conseil, on a conclu que la crise financière de
SOTRAVO est due principalement à la construction du projet Ibn Batouta.
Par ailleurs, il a été prouvé que l’entreprise n’est pas en état de cessation de paiement ainsi
que l’existence de difficultés financières insurmontables sans l’adoption d’un plan de
sauvegarde.
Par conséquent, toutes les conditions requises sont réunies pour que le juge statue en
faveur de SOTRAVO.

Enoncé :

Le 01/10/2018 le tribunal a statué, dans son audience publique:

Sur la forme : l’acceptation de la demande.


Sur le fond : l’ouverture d’une procédure de sauvegarde à l’égard de la société SOTRAVO
S.A

50

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