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E N S TP ---C O UR S DE S TR UC TUR ES ---C H A P ITR E C IN Q : LE S P OU TR E S CO N TIN UE S

LES POUTRES CONTINUES


Application de la méthode des forces

A- POUTRES CONTINUES A ÂME PLEINE


5.1 INTRODUCTION
Les poutres continues sont des structures qu'on rencontre très fré-
quemment dans les constructions courantes.
On appelle poutre continue une poutre reposant sur plusieurs ap-
puis. Il s’agit généralement d’appuis simples, à l’exception d’un seul
qui est un appui double et dont le rôle consiste à assurer la stabilité
géométrique de la poutre, comme empêcher la translation horizon-
tale dans le cas de la figure 5.1. L’appui double peut être placé à
une extrémité ou, plus généralement, être un appui intermédiaire.

0 1 k n
l1 lk ln
0 1 k n
l1 lk ln
Figure 5.1 : Poutre continue avec le mode
de numérotation des travées.

Les extrémités d’une poutre continue peuvent très bien comporter


des porte-à-faux ou être encastrées. Le traitement de ces cas parti-
culiers est abordé plus loin.
Les poutres continues sont des systèmes hyperstatiques
puisqu’elles présentent des liaisons surabondantes (toutes les liai-
sons en plus de ce que doit comporter une poutre isostatique).
Dans le cas d’une poutre sans encastrements, le nombre de liai-
sons surabondantes, donc le degré d’hyperstaticité, est égal au
nombre d’appuis intermédiaires.
Comparativement à une série de poutres bi-articulées dont le
nombre est égal à celui des travées d’une poutre continue, cette
dernière est plus économique car les moments fléchissants qui la

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sollicitent sont plus faibles. La comparaison est encore plus nette-


ment à l’avantage de la poutre continue par rapport à une poutre
isostatique unique de même longueur. Dans une poutre continue,
les appuis intermédiaires contribuent à réduire et à mieux répartir
sur toute la poutre le moment fléchissant (qui est la sollicitation pré-
pondérante). Cette observation reste valable pour les déplacements
qui sont nettement moins importants dans le cas des poutres conti-
nues. Ces dernières présentent par ailleurs une plus grande rigidité
et résistent de ce fait mieux à l’action dynamique.
Les charges considérées ici sont supposées être appliquées stati-
quement. Elles sont constituées de charges transversales (voire
inclinées), concentrées ou réparties, et de couples.
Contrairement aux poutres isostatiques, les poutres continues,
comme tous les systèmes hyperstatiques, sont très sensibles aux
déplacements des appuis. Ce phénomène a déjà été mis en
exergue dans un exemple d’application des formules de Bresse
traitant une poutre continue soumise au seul effet de l’affaissement
de l’un de ses appuis.
Lorsque des tassements d’appuis sont à craindre, les poutres isos-
tatiques sont mieux indiquées. Si pour quelque raison que ce soit
des appuis intermédiaires sont nécessaires, on ajoute à la poutre
continue des articulations judicieusement placées de manière à la
rendre isostatique et annuler ainsi sa sensibilité aux affaissements
des appuis susceptibles de se produire.
Ce type de poutre - poutre reposant sur plusieurs appuis et rendue
isostatique par l’ajout de rotules - est désigné par poutre Gerber.
Elles sont obtenues en ajoutant autant d’articulations qu’il y a
d’appuis intermédiaires. Pour s’assurer que la structure obtenue est
bien isostatique et qu’il n’y a ni tronçon déformable (tronçon libre
constituant un mécanisme) ni tronçon hyperstatique, il suffit de res-
pecter la règle suivante : pas plus de deux articulations entre deux
appuis, ni plus de deux appuis entre deux articulations.

(a)

(a)

(b)

(b)
Figure 5.2 : Exemples de poutres Gerber.

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A titre d’exemple, la figure 5.2 montre les deux façons possibles


d’obtenir une poutre type Gerber dans le cas de deux appuis inter-
médiaires.
L’influence du moment fléchissant sur les déformations étant pré-
pondérante dans les poutres continues, c’est la seule sollicitation
dont il sera tenu compte lors du calcul des déplacements que nous
serons amenés à effectuer.

5.2 Application directe de la méthode des forces


Considérons une poutre conti-
nue horizontale sans encas-
trement (Figure 5.3a). L'appli- (a)

cation directe et intuitive de la (a) 0 1 2 3


l1 l2 l3
méthode des forces conduit à
4m 4m 4m 4m
considérer comme inconnues 4m 4m 4m
(b)
hyperstatiques les réactions 0
l1
1
l2
2 3
X1 X 2 l3
(verticales) des appuis inter- (b)
4m 4m 4m 4m
4m 4m X2 4m
médiaires. X1
0 1 2 3
l1 l2 l3
Le système de base obtenu par (c) 4m 4m 4m 4m
suppression des liaisons verti- 4m
X1=1
4m 4m
(c) 3 2
cales des appuis intermédiaires 0
l1
1
l2 l3
est une poutre simplement ap- 4m 4m 4m 4m
4m 4m 4m
puyée (Figure 5.3b). Dans ce
(d)
cas, le calcul des moments uni-
X2=1
taires msk (Figure 5.3c et 5.3d) (d)
et du moment provoqué par les Figure 5.3 X2=1
charges extérieures MsF, né-
cessaires au calcul des coefficients  iju et  jF , ne présente aucune
difficulté.

Cependant, ce choix n’est pas intéressant car il implique des calculs


fastidieux à cause notamment du fait que les moments msk et MsF
sont généralement différents de zéro sur toute la longueur de la
poutre. De la sorte, les éléments de la matrice de souplesse [u] et
du vecteur déplacement [F] sont tous non nuls.
Ceci n’est pas la seule raison ; il en existe une autre plus détermi-
nante. Chaque colonne de la matrice [u] représente les déplace-
ments (flèches s’il s’agit d’une poutre horizontale) des points
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d’application des inconnues hyperstatiques provoqués par une solli-


citation unitaire. Pour une poutre comportant plusieurs appuis in-
termédiaires, deux colonnes successives de [u] auront des valeurs
très proches et seront comparables. De ce fait, la matrice [u] de-
vient pratiquement singulière et conduit à des solutions très impré-
cises lors de la résolution du système d’équations canoniques.
Afin de contourner cette difficulté et à réduire les calculs, on opte
pour un autre choix des inconnues hyperstatiques.

5.3 Formule des trois moments


5.3.1 Etablissement de la formule
Considérons une poutre continue sans encastrements à n travées
(Figure 5.4). Son degré d'hyperstaticité est égal à n-1.

0 1 k-1 k k+1 n
l1 lk lk+1 ln
4m 4m 4m 4m 4m 4m
4m 4m 4m 4m
0 1 k-1 Figure
k 5.4k+1 n
l1 lk lk+1 ln Tan-
4m 4m 4m 4m 4m gente
Prenons pour
4m inconnues4mhyperstatiques
4m les 4m
moments fléchissants
0 1 k-1 k appui k+1intermédiaire.4m
agissant au
l1
droit de chaque
lk lk+1 ln
Pour ce faire, on
procède
4m à des4m coupures
4m de 4m manière4m à supprimer la liaison de mo-
n
ment au
0
niveau
4m
1
de chaque
k-1
4m appui.
k
4m S’agissant 4m
k+1
d’inconnues
4m hypersta-
tiques internes,
l1 chaque lcoupure
k lk+1 libère deuxln inconnues (des mo-
n
ments)4ml
égales
4m
4met opposées.
4m
4m
4m
4m
4m
4m Tan-
gente
En pratique, cela revient à introduire une articulation au-dessus de
chaque appui intermédiaire (Figure 5.5a). Pour 4m remplacer les liai-
sons supprimées, on applique aux lèvres de chacune des coupures
deux couples égaux et opposés (M1, M2, …, Mn-1) (Figure 5.5b).

(a)

4m
X1=Ml Xk-1=Mk-1 Xk=Mk Xk+1=Mk+1 Xn-1=Mn-1
(a)
(b) 4m 4m 4m 4m 4m
4m
k k k+1 Xn-1 n
4m 0 1 l
X1=M k-1k-1
Xk-1=M Xk=M Xk+1 =Mk+1 n-1=Mn-1

(b) 4m 4mFigure
4m 5.54m
4m 4m k
: Système 4mk+1
statique den-1
4m base. n 4

4m 0 l k-1
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Le système statique de base ainsi obtenu présente une propriété


remarquable. En effet, on remarque que si on charge une travée,
les autres ne subissent aucune influence. Ce résultat signifie que le
système principal se comporte comme une succession de poutres
simplement appuyées obtenues par séparation des n travées (Fi-
gure 5.6).
M1 M1 Mk-1 Mk-1 Mk Mk Mk+1 Mk+1 Mn-1 Mn-1

M1 M1 Mk-1 Mk-1 Mk Mk Mk+1 Mk+1 Mn-1 Mn-1

Figure 5.6

Pour calculer les moments inconnus aux appuis, on applique le


théorème de Menabrea pour chacun d’eux :
W W W W
= c1 , = c2 , ... = ck , ... = cn − 1
M 1 M 2 M k M n − 1

• où les ci représentent les manques de concordance des ap-


puis. Ils sont nuls dans le cas des systèmes concordants. Les
équations du système ci-dessus peuvent se mettre sous la
forme connue de Müller-Breslau. L’équation courante relative
à l’inconnue Mk s’écrit :
n-1
W
M k
= ck  
i=1
u
ki Mi +  kF = ck

En développant l’expression précédente, le système des "n-1"


équations de continuité prend la forme :
 11
u
M 1 +  12
u
M 2 + ...+ 1un −1 M n −1 +  1 F = c1
............................................................
 uk 1 M 1 +  uk 2 M 2 + ...+ ukn −1 M n −1 +  kF = c k
..............................................................
 un −11 M 1 +  un −12 M 2 + ...+ n −1n −1 M n −1 +  n −1 F = cn −1

Chacune des équations exprime la condition de continuité de la


poutre déformée au-dessus d'un appui. L’équation k par exemple,
exprime que la rotation relative entre les
Tangente
lèvres de la coupure au-dessus de l'ap- d
( k )
pui k est égale au manque de concor-
g
dance correspondant. ( k )
k
Dans le cas d’un système concordant
cette rotation relative est nulle ; Figure 5.7

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Ou encore que la rotation à gauche (  kg ) est égale à la rotation à


droite (  dk ) ; ce qui signifie aussi qu'en chaque point (appui par
exemple) il n'y a qu'une tangente car la ligne élastique (la déformée)
est continue (Figure 5.7).
Signification des coefficients  iju et  iF

Les coefficients  iju et  iF représentent les rotations relatives des


lèvres de la section coupée i du système de base. Les premières
sont des rotations par unité de couple.
•  iju est la rotation relative des lèvres de la section i du système de
base, sous l’effet d’un couple unitaire appliqué aux lèvres de la
coupure j (les sections i et j se trouvant dans le cas présent au-
dessus des appuis intermédiaires i et j).
•  iF est la rotation relative des lèvres de la section i du système de
base, sous l’effet des charges extérieures (notées F).
Considérons par exemple l'équation de continuité k (relative à la
coupure k). Elle s’écrit :

•  uk 1 M1 +  uk 2 M2 +...+ ukk −1 Mk −1 +  ukk Mk +  ukk +1 Mk +1 +...+ ukn −1 Mn −1 +  kF = ck


…………………………………………………………………(5.1)
On voit apparaître dans l’équation les coefficients  ukj avec j = 1, 2,
… , n-1 et kF. Si nous ne tenons compte que du moment fléchis-
sant, qui est la sollicitation prépondérante, ces coefficients
s’obtiennent par les intégrales suivantes :
L msk msj L M sF msk
 ukj = 
0 EI
dx (a)  kF =  0 EI
dx (b)
… (5.2)
n
L = longueur totale = l
i=1
i

• où msk (mk) et msj (mj) sont les moments fléchissants produits


dans la section courante s du système fondamental par les
couples unitaires Mk=1 et Mj=1 agissant en k et en j, respecti-
vement (Figure 5.8). MsF étant le moment fléchissant dans la
section courante du système de base sous l’action des
charges extérieures (F).

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Mk=1
k-1 k k+1
(a) 4m
4m 4m 4m
4m ln
ln ln 1 ln
ln
lk 4m lk+1
4m 4m 4m 4m
4m Mj=1
4mMk=1 4m
k-1 j-1 j+1j
(b) k l k+1 4m
(a)
ln 4mn ln
4m 4m 4m 4m
4m 4m
4m 4m ln
4m
4mln 4m
ln ln ln ln
llnn ln
ln 1 1
lj 4m lj+1
lk 4m lk+1
4m 4m 4m 4m 4m
4m 4m
4m 4m M4m =1
4m
Figure
4m 5.8 4m: msk 4m
Diagrammes j-1 et mj sj.
j j+1
(b) ln l n
ln ln 4m
ln ln
On constate
4m
que chaque couple unitaire
4m produit
4m
4m 4m un moment fléchis-
4m
4m 4m ln
sant uniquement sur les deux travées
4m 4m
ln situées
ln del part et d'autre de
1 lj+1 n
l'appuiln où il est appliqué. Pour que leslj moments
4m 4m dans la section
4m 4m 4m
courante
4m s produits par Mk=1 et Mj=1 4m soientln simultanément diffé-
4m
rents de zéro, il faut que les indices k et j lne
n
diffèrent pas de plus
ln 4m u
d'une unité. On en déduit que les coefficients  kj sont nuls dès que
4m
4m
k diffère de j de plus d'une unité. Ainsi, dans l'équation (5.1) seuls
les coefficients  uk −1 k ,  ukk et  uk k +1 sont différents de zéro.
Compte tenu de ce résultat, l'équation générale de continuité (5.1)
se simplifie et devient :
 uk k -1 M k −1 +  uk k M k +  ukk +1 M k +1 +  kF = ck (5.3)
ou encore :

 uk k -1 M k −1 +  uk k M k +  ukk +1 M k +1 = ck −  kF (5.4)
On remarque que trois moments fléchissants interviennent dans
cette équation, d'où son nom de "formule des trois moments".

5.3.2 Calcul des coefficients de la formule des trois moments


Il reste à calculer les coefficients intervenant dans l'équation (5.4).
Considérons une poutre continue sans encastrement comportant n
travées. Les diagrammes unitaires permettant le calcul des coeffi-
cients  kk −1 ,  kk et  kk +1 sont représentés à la figure 5.9.
u u u

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Mk-1=1
k-2 k-1 k
(a) 4m
4m 4m 4m 4m
4m ln
ln ln ln 1 ln
ln
lk-1 4m lk
4m 4m 4m 4m 4m
4m
4m Mk-1=1 4m M =1
k-2 k-1 l kk
(a) 4mnk-1 k+1
(b) ln ln 4m k
4m 4m 4m 4m 4m
4m 4m 4m
4m 4m ln 4m 4m ln ln
ln ln ln 1
ln ln ln
ln lk-1 4m lk ln 1
4m
4m 4m 4m 4m lk 4m 4m
l k+1
4m 4m
4m 4m 4m 4m Mk4m =1
lnk-1 4m 4m k+1
(b) ln ln k4mln
Mk+1=1
4m4m ln 4mk ln 4m k+2
4m 4m 4m l 4mk+1
(c) n
4m
ln 4m 4m
ln ln 4m 4m ln 4m
4m 4m1
l k l ln
k+1
4m 4mln l 4m ln
4m 4mn 1
ln 4m
4m 4m
lk+1 lk+2
4mln 4m 4m
4m 4m
ln 4mln Mk+1=14m
Figure 5.9 : Diagrammes k4mk+1 unitaires mk+2 sk-1, msk et msk+1
(c) ln
4m ln4m4m ln
4m 4m 4m
4m l 4m
n
4m 4m
• Calculln de  kk −1 :
u ln l n ln
4m 1
lk+1 lk+2
4m 4m 4m
4m n 4m


L li m m
4m lk m sk
 
m sk m sk −1 sk sk −1 4m m sk −1
 ukk −1 = dx = dx = ln( EI )
dx
0 EI o ( EI )i 0
i=1 ln ln k
….. (5.5)
4m
4m 4m
avec :
x x
msk −1 = 1 − et msk =
lk lk

d'où :
lk x  x  dx lk x( l k − x )
 
1
 ukk −1 = 1 −  = 2 dx
0 lk  l k  ( EI )k l k 0 ( EI )k
………………………………………………………………………..5.5)’
Si (EI)k est constante sur la travée lk , on obtient :
lk
 ukk −1 =
6( EI )k

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Ce dernier résultat - cas avec (EI)k constante sur la travée lk - s'ob-


tient plus rapidement avec la méthode graphique ;
il vient :
1 1   1 lk
 ukk −1 =  .1. lk    =
( EI )k  2   3  6 ( EI )k

Si la rigidité flexionnelle varie sur chaque travée, on calcule les


coefficients analytiquement comme on l'a fait pour  ukk −1 .
Pour le reste des calculs nous supposons que EI est constante sur
chaque travée.
• Calcul de  ukk (méthode graphique)
1 1  2 1 1  2 lk lk +1
 ukk =  .1. lk    +  .1. l    = +
( EI )k 2   3  ( EI )k +1  2 k +1  3  3( EI )k 3( EI )k +1

(5.6)
• Calcul de  ukk +1 (méthode graphique)
1 1   1 l k +1
 uk k +1 =  .1. l k +1    =
( EI )k +1  2   3  6 ( EI )k +1
……………….. (5.7)
• Calcul de  kF
Par définition, voir relation 5.2 (a) :
n


li msk M sF lk msk M sF lk + 1 msk M sF
 kF =
i =1
0 ( EI )i
dx = 
0 ( EI )k
dx + 
0 ( EI )k +1
dx
(5.8)
Seules les deux intégrales sur lk et lk+1 subsistent puisque msk est
nul en dehors de ces travées. Soit :
 kF = Rkg( F ) + Rkd ( F ) (5.9)
g( F )
- Rk = rotation de la section k (au-dessus de l'appui k) du système
statique de base sous l'effet des charges extérieures agissant sur la
travée lk.
d( F )
- Rk = rotation de la section k du système statique de base sous
l'effet des charges appliquées sur la travée lk+1.

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• Calcul pratique de  kF
1ère méthode
Considérons les travées lk et lk+1 (du système isostatique de base)
adjacentes à l'appui considéré k. Les deux travées constituent deux
poutres simplement appuyées comme on l’a vu.
Le diagramme des moments fléchissants de chaque poutre sous les
charges extérieures peut être aisément obtenu. Selon la méthode
de la poutre conjuguée, utilisée pour le calcul des déplacements
des systèmes isostatiques (voir chapitre 1), si on charge (fictive-
ment) les poutres par leurs diagrammes des moments respectifs
divisés par la rigidité flexionnelle (qf=MsF/EI), alors Rkg( F ) et Rkd ( F )
constituent la réaction en k de la poutre de gauche et la réaction en

MsF/EI

k-1 k k+1 4m

ln

lk lk+1 g( F )
4m d( F )
R R
k k
4m MsF/EI
a) Diagramme MsF b) Poutres
4m conjuguées
4m
ln 4m
4m ln
Figure 5.10 ln
4m ln
ln 4m 4m
4m
lk 4m
4m
k de la poutre de4mdroite, respectivement
ln (Figure 5.10).
a) Diagramme MsF
4m
ln 4m
4m 4m
ème
2 méthode 4m ln ln
ln 4m
Sachant que le moment mskln vaut " x/lk4m" sur la4mtravée lk et
4m
" 1-x/lk+1 " sur la travée lk+1,4m
l’équation (5.8) devient :
lk M sF x lk + 1 M sF
 
x
 kF = dx + (1 − )dx
0 l k ( EI )k 0 ( EI )k +1 l k +1
lk xM sF lk + 1 ( l k +1 − x ) M sF
 
1 1
= dx + dx
lk 0 ( EI )k l k +1 0 ( EI )k +1

La première intégrale représente le moment statique du diagramme


" MsF/(EI)k " sur la travée lk par rapport à l’appui " k-1 " alors que la
deuxième donne le moment statique du diagramme " MsF/(EI)k+1 "

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sur la travée lk+1 par rapport à l’appui k+1. L’équation précédente


peut s’écrire :
S k S k +1
 kF = +
lk l k +1 (5.10)
• où S k et S k +1 sont les moments statiques définis plus haut.
Dans le cas où la rigidité flexionnelle est constante sur chaque tra-
vée, l’expression précédente prend la forme :
1 1
 kF = k zk +  k +1 z k +1
l k ( EI )k l k +1 ( EI )k +1
(5.11)
- k est l’aire du diagramme MsF sur la travée lk.
- k+1 est l’aire du diagramme MsF sur la travée lk+1.
- zk distance de l’appui " k-1 " au centre de gravité de k.
- z k +1 distance de l’appui " k+1 " au centre de gravité de k+1.

• Calcul de ck
Le manque de concordance d’un appui est représenté par le dépla-
cement linéaire ou angulaire qu’il subit depuis sa position concor-
dante jusqu’à sa position réelle. Dans le cas présent, les manques
de concordance à introduire sont des déplacements angulaires et la
position concordante correspond à la position horizontale.
Les manques de concordance proviennent des dénivellations 
que peuvent subir les appuis (Figure 5.11). Comme nous travaillons
dans le cadre des petits déplacements, les dénivellations sont suffi-
samment petites et de ce fait les angles de discontinuité (Figure
5.11c) peuvent être confondus avec leurs tangentes.

k-1 k k+1
(a)
4m 4m
4m
k-1 k+1  
ln kln (c)
ln 4m 4m 4m
4m
(b) 4m 4m
4m
4m 4m
ln ln ln
(a) Position concordante. ln
4m k-1 ln k (b) Position réelle.
ln
(a) 4m 4m 4m
4ml
ln 4m k 4m lk+1
4m 4m
4m
k-1 k+1  
4m 4m
4m ln kln (c)
ln 4m Figure 5.11 4m 4m
4mln
(b) 4m 4m ln
4m
4m 4m 11
ln ln ln
ln 4m 4m
4m ln ln
4m 4m 4m
4mlk lk+1
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Le manque de concordance est donné par :


ck =  +  = tg + tg = (k- k-1)/lk + (k- k+1)/lk+1

= (k- k-1)/lk - (k+1- k)/lk+1 (5.12)


Les dénivellations sont comptées positivement vers le bas.
En introduisant dans l'équation des trois moments (5.4) les valeurs
trouvées des différents coefficients on obtient :
lk msk msk −1  lk 2
msk lk + 1 2
msk 
M k −1 
0 ( EI )k
dx + M k 

0 ( EI )k
dx +  0
dx  +
( EI )k +1 
lk + 1 msk msk +1
+ M k +1  0 ( EI )k +1
dx =

 k −  k −1  k +1 −  k lk msk M sF lk + 1 msk M sF
=
lk

l k +1
− 0 ( EI )k
dx − 0 ( EI )k +1
dx
(5.13)
• ou encore :

x( lk − x )
lk  1 lk x 2 1 lk + 1 ( lk +1 − x )2 
  
M k −1
dx + M k  2 dx + 2 dx  +
lk2 0 ( EI )k  lk 0 ( EI )k lk +1 0 ( EI )k +1 
k +1 − x )  −  k −1  k +1 −  k
l k + 1 x( l

M
+ 2k +1 dx = k −
lk +1 0 ( EI )k +1 lk lk +1
lk lk + 1 ( lk +1 − x ) M sF
 
1 xM sF 1
− dx − dx
lk 0 ( EI )k lk +1 0 ( EI )k +1
…………………………………………………………….(5.13)’
Ces expressions sont valables dans le cas général.

Cas particuliers
1) Chaque travée a sa rigidité flexionnelle constante.
lk  l l  l k +1
M k −1 + 2 M k  k + k +1  + M k +1 =
( EI )k  ( EI )k ( EI )k +1  ( EI )k +1
  −  k −1  k +1 −  k  lk

6
= 6 k − − M sF xdx
 lk l k +1  l k ( EI )k 0

l

6 k +1
− M sF ( l k +1 − x )dx
l k +1 ( EI )k +1 0
(5.14)

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E N S TP ---C O UR S DE S TR UC TUR ES ---C H A P ITR E C IN Q : LE S P OU TR E S CO N TIN UE S

2) Rigidité flexionnelle constante sur toute la poutre.

M k −1 l k + 2 M k ( l k + l k +1 ) + M k + 1 l k +1 =
  −  k −1  k +1 −  k  6 lk
= 6 EI  k
 lk

l k +1
−
 lk
 0
M sF xdx

6 lk + 1

l k +1 0 M sF ( l k +1 − x )dx
………….. (5.15)
3) Le système est concordant et EI est constante sur toute la
poutre.

M k −1 l k + 2 M k ( l k + l k +1 ) + M k + 1 l k + 1 =
lk lk + 1
 
6 6
=− M sF xdx − M sF ( l k +1 − x )dx
lk 0 l k +1 0
….….. (5.16)

On peut utiliser dans le second membre la réaction fictive agissant


en k : RkF = Rkg( F ) + Rkd ( F ) (voir relation 5.9 et l’exemple d’application ci-
dessous). Rappelons que cette réaction est positive si elle est diri-
gée de bas en haut.
On écrit l'équation des trois moments pour chaque appui intermé-
diaire.

5.3.3 Points particuliers

1) Présence d'un encastrement : on remplace l'encastrement par


une poutre adjacente dont on fera tendre la longueur vers zéro en
appliquant la formule des trois moments.
2) Présence d'un porte-à-faux (console) : la console sera remplacée
par ses effets, pour l'application de la formule des trois moments.
3) Couple concentré en un appui intermédiaire : on peut soit le divi-
ser entre les deux travées adjacentes, soit le reporter sur l'une des
deux.

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5.3.4 Calcul des éléments de réduction


1) Réaction de l’appui k
- Action des moments aux appuis seuls (Figure 5.12).
M k −1 − M k
Rkg( M ) = Mk-1 Mk Mk+1
lk
; Mk-1 Mk Mk+1
k
M k +1 − M k k-1 k+1
Rkd( M ) = R
g k d
l k +1 R
k-1 k ( M ) k ( M ) k+1
lk lk+1
- Action des forces extérieures :
lk lk+1
Rk ( F ) = Rkg( F ) + Rkd( F ) Figure
5.12
d'où :
M k −1 − M k M k +1 − M k
Rk = Rk ( F ) + +
lk l k +1
(5.17)
2) Moment fléchissant
Le diagramme final est obtenu par superposition des diagrammes
(des travées isostatiques) des charges extérieures et des moments
appliqués aux appuis. Cherchons l’expression du moment fléchis-
sant dans la section courante de la travée lk (d’abscisse x par rap-
port à l’appui k-1).
Chaque travée lk du système de base se comporte comme une
poutre bi-articulée sollicitée, en plus des charges extérieures, par
deux couples Mk-1 et Mk appliqués à ses appuis. Si on désigne par
M s( F ) le moment produit dans la section courante de lk par les
charges extérieures qui lui sont appliquées, alors l’expression géné-
rale du moment fléchissant s’écrit :

M s = M s( F ) + M k − 1 + ( M k − M k − 1 )
x
lk
………….. (5.18)

3) Effort tranchant
L’expression de l'effort tranchant dans la section courante
d’abscisse x s’obtient en dérivant par rapport à x l'expression du
moment. Désignons par Ts( F ) l’effort tranchant dû aux charges exté-
rieures ;

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E N S TP ---C O UR S DE S TR UC TUR ES ---C H A P ITR E C IN Q : LE S P OU TR E S CO N TIN UE S

il vient :
M k − M k −1
Ts = Ts( F ) +
lk
………….. (5.19)

5.3.5 Exemple d'application q

Considérons une poutre à trois (a) q


travées égales et à inertie cons- (a) 0 1 2 3
l1=l l2=l l3=l
tante soumise à une charge uni-
0 1 2 3
forme q (Figure 5.13a). l1=l M1 l2=l M2 l3=l

La poutre est deux fois hypersta- (b) M1 M2


tique mais compte tenu de la sy- (b)
métrie, il n’y a qu’une seule in- M1=1
connue. On écrit une fois (c) ms1 M1=1
l’équation des trois moments,
(c) ms1
pour k=1. 1
M2=1
M0 = M3 = 0 (d) ms2
1
M2=1
et M1 = M2 = M (d) ms2
1
Equation des trois moments (ap-
(e) Ms(F) 1
pui 1) :
M 0l1 + 2M 1 (l1 + l 2 ) + M 2l 2 =
(e) Ms(F) ql2/8

(
= −6 EI R1g ( F ) + R1d ( F ) ) ql2/8 ql2/10

5Ml = −6 EI (2 R ); g (F )
(f) Ms(M)
ql2/10
1
(f) Ms(M)
R1g ( F ) = R1d ( F )
ql2/10
5Ml = −12 EI R1g ( F )
(g) Ms ql2/10
1  2 ql 2  ql 3 ql2/40
R1g ( F ) =  l = (g) Ms 2ql2/25
2 EI  3 8  24 EI ql2/40
2
2 0.4ql2ql /25 0.5ql
ql
 M =− (h) Ts0.4ql
10 0.5ql
(h) Ts 0.6ql
M est dirigé dans le sens opposé
du sens choisi arbitrairement. 0.6ql
Figure 5.13
Les figures 5.13g et 5.13h mon-
trent les diagrammes de M et de T.

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