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Amnis

Revue de civilisation contemporaine Europes/


Amériques 
12 | 2013
Mobilités transnationales et échanges Europe-
Amérique (XIXe siècle à nos jours)

Des Brésiliens dans la France des années 1820.


Contribution à une histoire des mobilités
transatlantiques au XIXe siècle
Delphine Diaz

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/amnis/1919
DOI : 10.4000/amnis.1919
ISSN : 1764-7193

Éditeur
TELEMME - UMR 6570

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Référence électronique
Delphine Diaz, « Des Brésiliens dans la France des années 1820. Contribution à une histoire des
mobilités transatlantiques au XIXe siècle », Amnis [En ligne], 12 | 2013, mis en ligne le 20 juin 2012,
consulté le 13 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/amnis/1919  ; DOI : 10.4000/
amnis.1919

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Des Brésiliens dans la France des années 1820. Contribution à une histoire de... 1

Des Brésiliens dans la France des


années 1820. Contribution à une
histoire des mobilités
transatlantiques au XIX siècle e

Delphine Diaz

1 Les échanges d’hommes, de biens et de savoirs entre l’Europe et l’Amérique constituent


l’un des objets privilégiés par « l’histoire atlantique ». Né en pleine Guerre froide, ce
paradigme a surtout été utilisé jusqu’il y a peu pour penser les liens entre les deux rives
de l’Océan à l’époque moderne. Initialement, l’histoire atlantique s’est focalisée sur la
question de l’expansion coloniale et de ses conséquences, comme par exemple la traite
des esclaves, ou encore la circulation des idées et des modèles révolutionnaires au XVIIIe
siècle. Ses récentes réinterprétations, telles qu’elles ont été par exemple énoncées dans
l’ouvrage dirigé en 2006 par Jorge Cañizares-Esguerra et Erik Seeman – The Atlantic in
Global History, 1500-20001–, tendent désormais à élargir son champ et à renouveler ses
objets. Ainsi, alors que l’histoire atlantique s’était essentiellement attachée à l’étude de la
période moderne, l’époque contemporaine n’est désormais plus en reste. De même, ce ne
sont plus seulement les rives de l’Atlantique Nord qui sont aujourd’hui envisagées dans
leurs interactions, mais l’ensemble des côtes bordant l’Océan, Amérique du Sud et
Atlantique Sud compris2.
2 C’est dans ce champ renouvelé de l’histoire des mobilités et des migrations
transatlantiques que nous souhaiterions inscrire notre étude sur les circulations de
Brésiliens vers la France des années 1820. En centrant l’essentiel de notre analyse sur les
fonds d’archives policiers d’origine française3, nous nous proposons d’éclairer des
déplacements entre l’Amérique du Sud et l’Europe au cours du premier XIXe siècle. La
présente étude veut en effet mettre en lumière les mobilités qui ont relié le nouvel
Empire brésilien, proclamé indépendant du Portugal en 1822 par Dom Pedro I er, à la
France de la Restauration, en montrant que les Brésiliens n’empruntaient pas seulement
l’ancien circuit colonial vers l’ex-métropole.

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Des Brésiliens dans la France des années 1820. Contribution à une histoire de... 2

3 Si les circulations de Brésiliens vers la France peuvent s’expliquer par les exils politiques
qui ont frappé, de manière individuelle ou collective, certains sujets de l’Empire du Brésil
après la proclamation de son indépendance, les déplacements entre les deux rives de
l’Atlantique ont avant tout trouvé leur origine dans les circulations savantes et
étudiantes, bien plus importantes numériquement. Pour d’autres Brésiliens, le séjour en
France était également synonyme de pur loisir, aussi bien dans la capitale qu’en province,
où les aristocrates s’adonnaient aux joies des bains de mer et du « tourisme » 4, pour
emprunter un vocabulaire qui a précisément fait son apparition dans la langue française à
cette époque.
4 Les nombreux dossiers de police éclairant l’itinéraire des Brésiliens installés ou de
passage dans la France des années 1820 permettent d’enquêter sur ces étrangers, parfois
difficilement distingués des Portugais par les autorités françaises. Le séjour ou le simple
passage des Brésiliens en France ne peut être compris isolément des mobilités
européennes et transatlantiques dans lesquelles il s’insérait. Les exilés politiques
brésiliens effectuaient de fréquents allers et retours entre la France et le Portugal, pays
avec lequel ils continuaient à entretenir des liens étroits, mais aussi entre la France et le
Brésil, à la faveur des grâces et des amnisties dont ils pouvaient faire l’objet au fil des
années.

Exils et circulations politiques depuis le Brésil de


Dom Pedro Ier vers la France des Bourbons
5 L’exil politique est sans nul doute l’une des origines les plus évidentes – mais pas
forcément les plus fréquentes – des mobilités qui ont relié le Brésil à la France de la
Restauration. Les migrations et circulations politiques depuis le nouvel « Empire du
Brésil » vers la France du premier XIXe siècle sont restées dans l’ombre des travaux
historiques existants, si l’on met à part les biographies s’intéressant aux grandes figures
brésiliennes contraintes de séjourner temporairement en France5. Un récent ouvrage
collectif intitulé L’Exil brésilien en France, qui envisageait avant tout l’accueil des Brésiliens
dans la France des années 1960-1970, évoquait le XIXe siècle comme une période où le
« tropisme francophile »6 des élites brésiliennes tendait à faire de la France un modèle
tout à la fois politique et culturel et, par conséquent, une terre d’asile privilégiée. Mais
sur les origines de la tradition d’un exil politique vers la France, remontant pourtant au
XIXe siècle, seul était mentionné le séjour forcé de l’empereur Dom Pedro II, qui avait
trouvé refuge en France après la révolution républicaine de 1889, et auquel était
consacrée l’une des contributions7. Rien, en revanche, sur les exilés brésiliens du premier
XIXe siècle qui, sans avoir été nombreux d’un point de vue purement quantitatif 8,
mériteraient pourtant une place dans l’histoire longue des flux d’émigration politique qui
ont relié le Brésil à la France.
6 Des simples soubresauts politiques aux véritables révolutions, plusieurs événements
marquants de l’histoire intérieure du Brésil et du Portugal contribuent à expliquer les
migrations politiques de Brésiliens vers la France des Bourbons. S’il n’y a pas de trace, du
moins dans les archives françaises, d’exilés venus en France immédiatement après 1817,
date de la grande révolte du Pernambouc, cette première insurrection constitue sans
aucun doute une matrice essentielle pour comprendre le libéralisme et le républicanisme
naissants dans le royaume du Brésil9. D’ailleurs, plusieurs leaders de la révolte

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pernamboucaine se retrouveront ensuite parmi les hommes politiques chassés du Brésil


par son premier empereur, Dom Pedro Ier.
7 Son règne tumultueux commence en 1822, année où le prince-régent du trône de Portugal
décide de ne pas rentrer en Europe, d’entrer en dissidence avec les Cortes de Lisbonne,
pour finalement proclamer l’indépendance du Brésil en septembre. Rapidement,
Dom Pedro utilise l’arme de la proscription pour évincer les personnalités politiques qu’il
juge gênantes ou menaçantes. À la fin de l’année 1822, ce sont par exemple le père
Januário da Cunha Barbosa, prédicateur royal depuis 1808, et José Clemente Pereira,
président du conseil municipal de Rio, qui doivent s’exiler vers la France10. Une autre
série d’exils politiques au départ du Brésil, plus violents encore, intervient au cours de
l’année 1823. Si Dom Pedro avait constitué un nouveau gouvernement dès le mois de
janvier 1822, et réuni une Assemblée constituante en juin, le nouvel empereur s’en est
affranchi très rapidement. Après s’être débarrassé des principaux membres de son
gouvernement, les frères Andrada, partisans d’un « pombalisme à la brésilienne »11, Dom
Pedro dissout brutalement l’Assemblée constituante de Rio en novembre 1823. Dans ces
circonstances, plusieurs des membres éminents du gouvernement et de l’Assemblée sont
amenés à traverser l’Atlantique contre leur gré. Une note du ministère de l’Intérieur
français décrit ainsi le long voyage de ces exilés politiques chassés de Rio de Janeiro à
l’automne 1823 : ils touchent d’abord Vigo, en Espagne, où ils sont mal « accueillis par les
autorités espagnoles »12, et arrivent finalement dans le port de Bordeaux à l’été 1824.
Parmi les hommes politiques exilés du Brésil en 1823 et parvenus en France l’année
suivante, se trouvent bien sûr les célèbres frères Andrada, à savoir l’ancien chef du
gouvernement de Dom Pedro, José Bonifácio de Andrada e Silva, le « patriarche de
l’Indépendance », ainsi qu’Antônio Carlos Ribeiro de Andrada Machado e Silva et Martim
Francisco Ribeiro de Andrada. Tous trois fixent leur résidence dans le Sud-Ouest de la
France (en Dordogne, puis en Gironde). Les accompagnent dans ce séjour d’exil des
membres de l’Assemblée Constituante de Rio, comme Francisco Gê Acayaba de
Montezuma ou José Joaquim da Rocha, qui obtiendront par la suite la permission de vivre
à Paris. Paradoxalement, tous ces exilés politiques sont chassés par un roi qui a
outrepassé ses pouvoirs et qui, en mars 1824, « octroie une charte » à son peuple, à la
manière des Bourbons restaurés en France, pays qui joue pourtant le rôle d’une terre
d’accueil pour les Brésiliens.
8 Néanmoins, le statut de ces exilés dans la France des années 1820 demeure incertain.
Plusieurs raisons à cela : d’abord, même si la réglementation ministérielle sur les exilés et
réfugiés étrangers prolifère dès la Restauration, il faut attendre la première loi relative
aux « étrangers réfugiés » du 21 avril 1832 pour que soit proposée une ébauche de
définition de cette catégorie particulière qui rassemble les étrangers reconnus comme
tels par le gouvernement français, et secourus à ce titre13. Par ailleurs, les exilés brésiliens
eux-mêmes tendent à brouiller leur identité sous la Restauration, en refusant le
qualificatif d’« exilés » ou de « réfugiés », et en se présentant aux autorités françaises
comme de simples victimes d’une disgrâce toute temporaire. En juillet 1824, les trois
frères Andrada ainsi que José Joachim da Rocha et le père Belchior Pinheiro de Oliveira,
tous alors en exil à Bordeaux, adressent une pétition collective au ministère de l’Intérieur
afin d’échapper au traitement attaché à cette catégorie particulière d’étrangers que sont
les réfugiés14. À l’appui de leur démonstration, ils affirment être arrivés en France munis
de passeports en règle et d’une pension confortable versée par l’empereur du Brésil,
autant d’éléments qui ne cadrent pas avec la situation habituellement connue par les

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réfugiés : ceux-ci se verront peu à peu définis comme des individus « sans passe-port,
sans relation avec aucun ambassadeur, éloignés de leur pays par des causes politiques,
[venant] demander l’hospitalité à la France […] »15. De même que pour les Brésiliens
installés à Bordeaux, la situation d’Acayaba de Montezuma ne semble pas claire aux yeux
de l’administration française, qui hésite à lui attribuer l’appellation d’« exilé », puisque ce
Brésilien est lui aussi « pensionné de l’Empereur Dom Pedro, quoiqu’il [ait] été exilé pour
des motifs politiques »16, deux éléments qui semblent alors profondément incompatibles.
9 Mais les bouleversements de l’année 1823 ne sont pas les seuls événements à provoquer le
départ de Brésiliens en direction de la France, émigration politique que l’on observe
jusqu’à la fin de la décennie. En 1824, certains leaders de l’insurrection pernamboucaine
sont amenés à traverser l’Atlantique après la fin de leur incarcération. C’est le cas de
Basílio Quaresma Torreão17, qui affirme dans une pétition aux autorités françaises, écrite
depuis le bateau qui l’a amené au Havre au début de l’année 1825, que des « motifs
politiques [l’]ont forcé, [lui] et [s]on fils, âgé de 13 ans, de quiter [sa] chère patrie,
Pernambuco […], envelopés avec le Drapeau Français et sous la protection de ce
gouvernement [sic] »18. L’arrivée d’exilés brésiliens sur les côtes françaises est attestée
jusqu’à la fin des années 1820. En 1829, des libéraux brésiliens passés par le Portugal
s’engagent aux côtés des partisans de Dom Pedro contre son frère Dom Miguel, qui a
profité de la mort de leur père João VI pour s’accaparer le pouvoir au Portugal : certains
de ces Brésiliens paient leur engagement politique au prix fort de l’exil. En janvier 1829,
un groupe de plus de 600 exilés, forcés de quitter l’île de Terceira par les troupes
miguélistes, débarquent en rade de Brest, puis sont disséminés et assignés à résidence
dans trois « dépôts » de réfugiés de l’Ouest français19. Parmi eux, l’officier brésilien José
Machado das Necesidades, interné au dépôt de Mayenne : il demande quelques mois plus
tard à bénéficier de fonds consulaires pour pouvoir rentrer au Brésil. Sans statut ni
reconnaissance, cet officier brésilien, que le ministère de l’Intérieur contraint aux mêmes
obligations de résidence et de contrôle que les Portugais, ne bénéficie pourtant pas des
secours qui sont alors attribués à ces derniers20.
10 Au moment même où certains exilés brésiliens, perdus dans la masse des libéraux
portugais, touchent le sol français, ceux arrivés dans les années 1822-1823 le quittent
pour regagner « l’Empire du Brésil ». C’est en effet à la fin de la décennie que rentrent
chez eux les frères Andrada, José Joachim da Rocha, ou encore Francisco Gé Acayaba de
Montezuma, après un passage par la Belgique et l’Angleterre21. La révolution libérale
d’avril 1831, consécutive au rassemblement du Campo de Santana, pousse l’empereur
Dom Pedro Ier à abdiquer en faveur de son fils : il confie précisément la régence à un
ancien exilé, José Bonifacio de Andrada, qui retrouve alors temporairement toute son
influence au sommet de l’État.

Une mobilité professionnelle à double sens


11 Au cours des années 1820, les mobilités entre le Brésil et la France et vice versa ne
sauraient néanmoins se réduire aux allers et retours de cette poignée d’exilés au statut
plus qu’incertain dans le pays d’accueil, qui jouissent généralement en rentrant au Brésil
d’une position particulièrement privilégiée. Si José Bonifacio de Andrada devient pour un
temps régent de l’Empire, José Joachim da Rocha, après son retour au Brésil, repart en
1831 pour Paris, mais cette fois-ci non plus comme exilé, mais comme ministre
plénipotentiaire de l’Empire du Brésil en France ; Francisco Gé Acayaba de Montezuma

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rejoint l’Assemblée générale constituante de 1831, où il devient l’un des pionniers du


mouvement d’abolition de l’esclavage22.
12 Parallèlement aux exils politiques et aux migrations de retour qui font suite aux grâces et
aux amnisties, les circulations de négociants et de marchands jettent elles aussi un pont
entre les deux rives de l’Atlantique dans les années 1820. Soulignons d’abord que la
mobilité professionnelle entre les deux pays ne s’est pas seulement faite à sens unique au
cours du premier XIXe siècle. Au début de son règne, en 1816, Louis XVIII avait ainsi
envoyé au Brésil une « mission d’artistes et d’artisans » pour doter la colonie portugaise,
à la demande de celle-ci, d’une école royale des sciences, arts et métiers. Confrontée à de
nombreuses difficultés, la mission s’était assez vite dispersée, mais certains des artistes et
artisans français qui en faisaient partie s’étaient installés plus durablement au Brésil, où
ils avaient été à l’origine de la création de « l’Académie royale des Beaux-arts » 23 en 1820.
13 Dans la lignée de ces circulations économiques et transferts de savoir-faire, certains
Brésiliens rejoignent aussi la France des années 1820 pour des motifs professionnels.
Néanmoins, l’origine économique de leur déplacement n’exclut pas forcément une
motivation politique. En 1825, le dossier individuel consacré par le ministre de l’Intérieur
français à Manoel de Oliveira Arouca – ou Aronca, selon les orthographes employées par
l’administration française – révèle toute la complexité de son parcours. Négociant
portugais établi au Brésil depuis de nombreuses années, Arouca avait pris le parti des
Portugais contre les Brésiliens, sans doute au moment de l’indépendance, et avait dû fuir
la vindicte des indépendantistes pernamboucains en s’embarquant pour Le Havre. En
1825, néanmoins, il obtient un passeport pour rentrer au Brésil, mais a visiblement
profité de son séjour contraint en France pour y tisser de nouveaux liens professionnels 24.
La frontière est donc poreuse entre l’exilé politique et le négociant en déplacement, deux
figures pouvant aisément se superposer dans les faits à cette époque. D’ailleurs, la
géographie des ports d’arrivée en France (Le Havre, Bordeaux, Brest), mais aussi celle des
villes d’accueil correspond, peu ou prou, à celle des foyers économiques avec lesquels les
négociants brésiliens sont en lien étroit. Spécialisés dans la vente de pierres, de métaux
précieux et de bijoux25, mais aussi d’articles de verroterie et de quincaillerie26, ces
Brésiliens effectuent de fréquents allers et retours entre la France et leur pays,
nécessaires à la bonne marche de leurs affaires, et ce malgré la durée et la pénibilité du
voyage.
14 La mobilité professionnelle depuis le Brésil vers la France n’implique pas seulement les
réseaux de marchands et de négociants. Les prélats brésiliens sont eux aussi amenés à
traverser l’Atlantique et la France, dans l’attente, généralement, d’une audition par le
pape. En décembre 1824, l’évêque dom Vidigal, dont on sait qu’il a été chassé de son
diocèse « par suite des […] troubles du Brésil »27, quitte Paris pour Rome avec ses
compagnons de voyage. Là encore, l’origine du déplacement jusqu’à la France – à la fois
politique et religieuse – est plurielle. À côté de l’exemple des dignitaires de l’Église
catholique, qui parfois viennent aussi à Paris pour suivre des cours à la faculté de
théologie28, les archives policières françaises mettent en lumière plusieurs cas de
médecins et de chirurgiens brésiliens venus améliorer leur art dans les facultés de
médecine françaises. Le « médecin brésilien mulâtre »29 Gomes, arrivé à Paris en 1823, est
« avantageusement noté à l’École de médecine »30. De même, Antonio Gomes de Aranjo,
chirurgien originaire de Rio, arrivé par le port du Havre en 1826, dit à la préfecture de
police vouloir « rester plusieurs années à Paris pour se perfectionner dans cette science »
31
. Les médecins et chirurgiens confirmés ne sont d’ailleurs pas les seuls à passer par la

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faculté de médecine de Paris. La mobilité étudiante d’origine brésilienne, qui apparaît


comme particulièrement intense dans les années 1820, requiert un examen à la fois
statistique et analytique.

Des étudiants brésiliens en France : le résultat d’une


politique universitaire attractive ?
15 La fréquentation des facultés françaises par les étudiants brésiliens des années 1820, qui
s’explique par le caractère encore embryonnaire de l’enseignement supérieur au Brésil 32,
se fait jour à travers les registres d’inscription mais aussi dans les fonds policiers français
éclairant leur itinéraire. Si les archives de police fournissent d’utiles renseignements de
nature qualitative sur ces étrangers, il est en revanche plus difficile d’aboutir à une
recension exhaustive de ces individus, tant les orthographes utilisées pour écrire leurs
patronymes sont sans cesse modifiées dans les correspondances. Les étudiants brésiliens
sont accueillis dans l’ensemble des facultés françaises, et plus particulièrement dans les
facultés de médecine, vers lesquelles ils sont les plus nombreux à se diriger. Dans sa thèse
sur les étudiants à Paris, Jean-Claude Caron a souligné la présence importante de
Brésiliens engagés dans des études de médecine. D’après les registres d’inscription à
partir desquels il a établi un utile appareil statistique, les Brésiliens représentent au cours
du premier XIXe siècle le deuxième groupe d’étudiants en provenance des Amériques,
juste après ceux venus des États-Unis. En 1809, 4,79 % des étudiants étrangers inscrits à la
faculté de médecine de Paris sont d’origine brésilienne, une statistique qui reste stable
trente ans plus tard, avec 5,05 % des étudiants étrangers en 183933.
16 D’autres Brésiliens entreprennent des études de droit, en particulier lorsqu’ils
proviennent des élites politiques les plus proches des hautes sphères du pouvoir 34. C’est le
cas de Carlos Carneiro de Campos, fils d’un ancien ministre brésilien35, qui fréquente en
1827 la faculté de droit de Paris, et qui deviendra lui-même ministre des Finances du
Brésil entre 1864 et 1865. Le nombre moins élevé d’étudiants brésiliens – et de manière
plus large, d’étudiants étrangers – sur les bancs de la faculté de droit de Paris s’explique
en réalité par le caractère beaucoup plus « national » de l’enseignement de cette
discipline par rapport à celui de la médecine36. Outre les étudiants en droit ou en
médecine, près d’une dizaine de jeunes Brésiliens sont également admis dans les Écoles
royales des Ponts et chaussées et des Mines à la fin de la décennie, ce qui témoigne de la
vivacité d’une tradition d’échanges de savoirs et de savoir-faire entre la France et le Brésil
37. Enfin, ce n’est pas seulement par la diversité des disciplines étudiées en France que les

Brésiliens s’illustrent, mais aussi par leur répartition géographique sur le territoire
national. Bien sûr, les facultés de Paris sont les plus recherchées, mais cela n’exclut pas
que les Brésiliens soient aussi admis dans des facultés provinciales, comme celle de
médecine de Montpellier, où sept étudiants brésiliens sont par exemple recensés en 1827
38.

17 Formant une population à la fois jeune et d’origine étrangère, les étudiants brésiliens font
à ce titre l’objet d’une surveillance policière intense39, qui explique l’abondance de détails
dont on dispose sur leur vie quotidienne. À Paris, ce contrôle est celui traditionnellement
appliqué aux étrangers par la préfecture de police40. Mais il est encore renforcé par les
injonctions du gouvernement brésilien, qui appelle de ses vœux une surveillance plus
étroite exercée sur certains de ces jeunes gens bénéficiant d’une pension de l’État pour

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pouvoir étudier en France. En 1826, le chargé d’affaires du Portugal envoie d’ailleurs au


ministère des Affaires étrangères français la liste des jeunes gens en question, « avec
l’indication de leurs adresses »41, pour faciliter les filatures de la police. Grâce à cette
collaboration, la préfecture de police de Paris débusque les absentéistes, comme ce
Januário José de Freitas, étudiant originaire de Bahia, inscrit en droit en 1829, mais connu
pour fréquenter plus assidûment les maisons closes que les cours de la faculté 42. Malgré
ces quelques cas isolés, les étudiants brésiliens semblent jouir d’une bonne réputation aux
yeux de la préfecture de police, qui se félicite que ces derniers ne cherchent pas à
« prendre la moindre part aux troubles, et même[à] énoncer leurs opinions »43.
18 Ce regard approbateur que portent les autorités françaises sur les étudiants brésiliens
doit d’ailleurs nous inciter à interroger les facilités d’accueil offertes par la France aux
jeunes élites d’un pays en voie de formation, qui se distinguent à la fois par leur origine
lointaine et parfois par leur couleur de peau, lorsque les étudiants en question sont
désignés comme « mulâtres » ou « nègres » dans les rapports de police. La France
manifeste un intérêt prononcé pour la bonne intégration des Brésiliens à ses
établissements d’enseignement44. Ainsi, lorsqu’en 1825, l’exilé Basílio Quaresma Torreão
demande à ce que son fils, qui l’a accompagné dans son séjour contraint, puisse rejoindre
une maison d’éducation française, le baron de Damas, ministre des Affaires étrangères,
s’empresse d’écrire au ministre de l’Intérieur qu’il « est avantageux d’encourager les
étrangers à faire élever leurs fils en France »45. De manière plus générale, une
correspondance adressée deux ans plus tard par le ministère de l’Intérieur à son collègue
de l’Instruction publique va exactement dans le même sens. La nécessité de réserver un
bon accueil aux étudiants brésiliens y est même explicitement reliée à la naissance du
nouvel État-nation, devenu indépendant du Portugal en 1822 :
[…] il peut être avantageux pour nos relations avec l’Amérique du Sud que ces
jeunes gens appartenant à des familles très distinguées reçoivent du gouvernement
des marques d’intérêt et trouvent dans nos écoles les facilités convenables pour
perfectionner leur éducation ; on ne saurait douter que beaucoup de personnes
considérables de l’Amérique du Sud encouragées par cet exemple ne prennent dès
lors le parti d’envoyer leurs enfants en France, au lieu de les faire passer en
Angleterre.46
19 Dès cette époque, la politique universitaire s’inscrit donc dans une géopolitique plus
ample : l’Amérique du Sud, nouvel acteur des relations internationales, doit être arrimée
à la France et l’accueil des étudiants américains constitue l’un des outils parmi d’autres de
cette politique.

Une « culture de la mobilité » ?


20 Qu’il s’agisse de tirer parti du système universitaire français, ou du refuge offert par le
pays, les Brésiliens qui fréquentent la France des années 1820 semblent à première vue
exclusivement tournés vers un objectif pragmatique, d’après le tableau que nous avons
dépeint de leur séjour au pays des Bourbons. En réalité, quelques nuances peuvent y être
apportées, car les circulations de Brésiliens vers la France doivent aussi être reliées à
cette « culture de la mobilité »47 qui a été décrite, pour l’Europe de l’époque moderne, par
Daniel Roche.
21 Aux yeux des Brésiliens, le séjour à Paris est avant tout synonyme de plaisirs en tous
genres. Manoel de Cerqueira Lima, dont les autorités françaises n’arrivent pas à savoir s’il

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Des Brésiliens dans la France des années 1820. Contribution à une histoire de... 8

est un exilé, un étudiant ou bien, plus probablement, un espion au service de l’ambassade


du Portugal, « se livre entièrement aux plaisirs que lui offre la capitale »48. Du théâtre à
l’opéra, du café au cabinet de lecture, en passant par les réunions au domicile de certaines
notabilités brésiliennes ou même par la maison close, il est vrai que multiples sont les
espaces publics et privés fréquentés dans la capitale par ces « touristes » avant la lettre.
D’ailleurs, la géographie des lieux de loisir des Brésiliens va bien au-delà du seul cadre
parisien, puisque ceux qui sont accueillis dans la France de la Restauration n’hésitent pas
à y circuler, parfois sans avoir obtenu de passeports pour l’intérieur, pourtant
théoriquement nécessaires à ces voyages en province.
22 Outre Paris, les Brésiliens fréquentent en effet les stations thermales ainsi que les
premiers établissements de bains qui s’ouvrent sur les côtes françaises à partir des
années 1820, sous l’influence d’une mode britannique49. L’exilé Francisco Gé Acayaba de
Montezuma profite de l’été 1824 pour prendre les bains de mer à Biarritz avec sa femme,
au mépris de l’obligation qui lui avait été faite de se rendre à Orléans. C’est ce que relève
un rapport du sous-préfet de Bayonne adressé au ministère de l’Intérieur50. En revanche,
le fils de José Joachim da Rocha, Inocencio, obtient de la préfecture de police de Paris un
passeport pour rejoindre la station thermale pyrénéenne des Eaux-Bonnes en 182851. C’est
pendant son séjour contraint en exil, durant lequel Inocencio a même été menacé
d’expulsion hors de France pour ne pas avoir respecté les injonctions de résidence qui lui
avaient été adressées trois ans plus tôt, que ce Brésilien devient l’acteur d’une mobilité
choisie. Preuve, là encore, de la nécessité de ne pas envisager ces circulations de manière
trop cloisonnée. Celles-ci excèdent d’ailleurs le cadre français : dans certains cas, la
France n’est que l’une des « capitales culturelles »52 où les Brésiliens séjournent au fil de
leur « Grand Tour » européen, qui les amène généralement à passer par Londres, Paris et
Rome. Pedro d’Aranjo Lima, qui demande en 1825 un passeport pour les États pontificaux,
dit vouloir effectuer ce voyage « pour son agrément »53. Son cas n’est pas isolé, et d’autres
dossiers, comme ceux de João Antonio Pereira, ou José de Barros Villela, confirment la
fréquence des circulations de loisir entre l’Angleterre, la France et les États italiens 54.

23 En définitive,à travers l’exemple des circulations brésiliennes vers la France tout au long
des années 1820, cette étude a voulu illustrer deux faits majeurs. D’abord, la vivacité des
relations transatlantiques au cours de la décennie, entretenue par le développement du
bateau à vapeur et par l’apparition des premières lignes commerciales entre l’Europe et
l’Amérique. C’est aussi la porosité de ces déplacements, qui obéissent à de multiples
régimes de causalité, que nous avons pu mettre en lumière. Les catégories de l’« exilé
politique », de l’« émigré », du « voyageur » – qui nous semblent aujourd’hui si évidentes
et si distinctes – se superposaient aisément au cours du premier XIXe siècle, provoquant
parfois la perplexité de la police parisienne qui ne parvenait pas toujours à identifier le
statut de certains des étrangers qu’elle devait pourtant surveiller. Plutôt que de parler
d’« exil ou de « migration », il faudrait ainsi retenir les termes de « pérégrination » ou de
« circulation », plus adaptés aux déplacements de ces représentants d’une nation en
formation, traités comme tels par la France de la Restauration.

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NOTES
1. Cañizares -Esguerra, Jorge et Seeman , Erik R. (Dir.), The Atlantic in Global History, 1500-2000,
Pearson, Upper Saddle River, 2006.
2. Bender, Thomas, « Foreword », The Atlantic in Global History…, op. cit., p. XVIII.
3. Il s’agit des fonds F 7 6731 à 6737 aux Archives nationales (AN), qui éclairent l’existence des
Brésiliens et Portugais en France entre 1822 et 1830. Nous tenterons autant que faire se peut de
croiser ces sources françaises avec celles d’origine brésilienne, plus rares sur la question du
séjour en France dans les années 1820.
4. En France, ce vocable tiré de l’anglais fait son apparition en 1816, dans le Voyage d’un Français
en Angleterre de Louis Simond. Ce n’est toutefois qu’à partir de la monarchie de Juillet que le sens
du terme « touriste » s’élargit, de même que son usage se popularise après la publication, en juin
1838, des Mémoires d’un touriste de Stendhal.
5. Par exemple, sur la figure célèbre de José Bonifácio de Andrada, voir Enders, Armelle,
Plutarque au Brésil. Passé, héros et politique (1822-1922), Paris, Les Indes savantes, 2012, pp. 60-65. Sur
José Bonifácio de Andrada, voir également la biographie de Cavalcante, Berenice, Razão e
sensibilidade. José Bonifácio, uma historia em três tempos, Rio de Janeiro, FGV, 2001.
6. Rolland, Denis, « Mémoire, histoire et imaginaire de l’exil brésilien : introduction », L’Exil
brésilien en France. Histoire et imaginaire, Muzart-Fonseca dos Santos, Idelette, et Rolland, Denis
(Dir.), Paris, L’Harmattan, 2008, p. 8.
7. Santos Monteiro, Cláudio Antônio, « France, terre fertile d’exil ? La mort de Dom Pedro II à
Paris et la construction française de la mythologie impériale », L’Exil brésilien…, op. cit. ,
pp. 175-184.
8. En 1827, l’éditeur de l’Histoire de Jean VI estime ainsi à deux cents le nombre de Brésiliens
vivant en France. Anonyme, Histoire de Jean VI, roi de Portugal, Paris, Ponthieu, 1827, p. 53.
9. Enders, Armelle, Nouvelle histoire du Brésil, Paris, Chandeigne, 2008, p. 104 : « Au Brésil,
l’élévation au rang de royaume, annoncée en décembre 1815, transforme les capitaineries en
provinces. La mesure ne fait pas naître pour autant un corps politique et a une portée surtout
symbolique. L’organisation des pouvoirs, née du transfert de la cour à Rio de Janeiro, suscite […]
des tensions dans la monarchie. Les premiers à se lever contre le nouvel ordre des choses sont les
Pernamboucains qui se révoltent en février 1817, et proclament leur indépendance et la
République. »
10. Voir Archives Nationales de France (désormais AN), F 7 6731, dossier n° 17.
11. Pour reprendre l’expression d’Armelle Enders, dans Enders, Armelle, Nouvelle histoire du Brésil
, op. cit., p. 120.
12. AN, F7 6731, dossier n° 4, note du ministère de l’Intérieur, 25 octobre 1827.
13. Sur la définition progressive de cette catégorie, voir Mondonico-Torri, Cécile, « Les réfugiés
en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », Revue d’histoire moderne et
contemporaine, n° 47-4, octobre-décembre 2000, pp. 731-745 ; Diaz, Delphine, « Les réfugiés
politiques étrangers dans la France des années 1830 : de la redéfinition des figures d’autorité à la
contestation des normes », Hypothèses, 2011/1, pp. 267-278.
14. Les autorités françaises voudraient traiter les exilés brésiliens comme les exilés libéraux
espagnols, et leur interdire le séjour à Bordeaux et plus largement dans le Sud-Ouest de la France,
à cause de la trop grande proximité des frontières espagnoles. Voir AN, F 7 6731, lettre du ministre
de l’Intérieur au directeur général de la Police, 9 juillet 1824 : « […] si ces étrangers restent en

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France, la mesure qu’il importe de prendre avant tout à leur égard est de les éloigner de la
frontière d’Espagne et de nos ports de mer. »
15. Block, Maurice, Dictionnaire de l’administration française, Paris, Berger-Levrault et fils, 1856,
p. 1412.
16. AN, F7 6731, dossier n° 4, lettre de la préfecture de police de Paris au ministère de l’Intérieur,
7 avril 1829.
17. Basílio Quaresma Torreão (1787-1867) est l’auteur, en 1824, d’un Compendio de Geographia
Universal, paru à Londres à la Thomson Library. Après son retour au Brésil, il devint un
personnage politique central, d’abord président des provinces du Rio Grande do Norte entre 1833
et 1836, puis de Paraíba entre 1836 et 1838.
18. AN F7 6732, dossier n° 2, pétition de Quaresma Torreão, 18 janvier 1825.
19. Sur l’arrivée et le traitement de ces exilés portugais en France, voir Tanguy, Jean-François,
« Les réfugiés portugais dans l’Ouest de 1829 à 1834 : l’émigration politique d’une élite. Autorités
nationales, autorités locales face à un phénomène nouveau », Annales de Bretagne et des Pays de
l’Ouest, 2002, vol. 109, n° 4, pp. 59-78.
20. AN, F7 6736, dossier n° 36, lettre de la préfecture d’Ille-et-Vilaine au ministère de l’Intérieur,
5 novembre 1829 : « […] il avait rejoint à Mayenne les Portugais de ce dépôt, mais sans participer
aux secours qu’ils recevaient. »
21. Cet itinéraire suggère ainsi à quel point il est nécessaire d’envisager ces exils comme des
« pérégrinations » ou des « circulations », et non comme des migrations unidirectionnelles allant
d’un point à un autre de l’espace euro-atlantique. Sur la notion de « pérégrination politique »,
voir Pécout, Gilles, « The International Armed Volunteers : Pilgrims of a Transnational
Risorgimento », Journal of Modern Italian Studies, 2009, 14 (4), pp. 413-426, et Aprile, Sylvie, Le Siècle
des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS Éditions, 2010.
22. . Voir leur notice biographique respective dans Sisson , Sébastien Auguste, Galeria dos
brasileiros ilustres, Rio de Janeiro, Sisson, 1861, 2 tomes.
23. Enders, Armelle, Nouvelle histoire du Brésil, Paris, Chandeigne, 2008, p. 102.
24. AN, F 7 6732, dossier n° 1, lettre du sous-préfet du Havre au directeur général de la police,
ministère de l’Intérieur, 23 avril 1824. Cette lettre révèle que le négociant Ferreira, installé au
Havre, se propose de répondre des actes d’Arouca auprès de l’administration.
25. AN, F7 6732, dossier n° 13, cas de Rocha Bastos, négociant originaire de Salvador de Bahia qui
vend des bijoux et des pierreries à Paris en 1824, et AN, F 7 6734, dossier n° 31, qui éclaire le cas de
Pedro Fernandez Prateo, en relation avec le banquier Laffitte au cours de l’année 1826.
26. AN, F7 6733, dossier n° 14, consacré au négociant Bento de Carvalho qui, selon une lettre de la
préfecture de police de Paris au ministère de l’Intérieur du 7 avril 1825, « paraît faire un
commence assez considérable » et s’occupe de « diverses pacotilles de verroterie et de
quincaillerie ».
27. AN F 7 6732, dossier n° 19, lettre de la préfecture de police au ministère de l’Intérieur, 29
décembre 1824.
28. AN, F 7 6732, dossier n° 38, cas du Père António Moniz Tavares, « religieux brésilien » qui
reçoit le grade de bachelier à la Faculté de théologie de Paris.
29. AN, F 7 6732, dossier n° 13, lettre de la préfecture de police au ministère de l’Intérieur, 20
mars 1824.
30. AN, F 7 6732, dossier n° 13, lettre de la préfecture de police au ministère de l’Intérieur, 20
mars 1824.
31. AN, F 7 6735, dossier n° 27, lettre de la préfecture de police de Paris au ministère de
l’Intérieur, 2 octobre 1826.
32. Voir un témoignage français sur l’enseignement supérieur brésilien dans Le Globe, t. 7, n° 95,
28 novembre 1829, p. 753 : « […] la création d’une université pourrait seule réveiller le Brésil de
son assoupissement intellectuel, et l’élever au rang d’un grand État. »

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33. Caron, Jean-Claude, Générations romantiques. Les étudiants de Paris et le quartier latin, Paris,
Armand Colin, 1991, p. 68.
34. C’est également ce qu’avait observé François-Xavier Guerra au sujet des étudiants latino-
américains à Paris : Guerra, François-Xavier « La lumière et ses reflets : Paris et la politique
latino-américaine », Le Paris des étrangers depuis un siècle, Kaspi, André et Marès, Antoine (Dir.),
Paris, Imprimerie nationale, 1989, p. 174.
35. AN, F 7 6732, dossier n° 15, lettre de la préfecture de police de Paris au ministère de
l’Intérieur, 12 décembre 1827 : « Le Sieur Carlos Carneiro de Campos, […] fils d’un ancien ministre
du Brésil, jouit d’une certaine considération parmi les jeunes gens de son pays font leurs études à
Paris […]. Il suit les cours de l’École de droit […]. »
36. Caron, Jean-Claude, Générations romantiques, op. cit., p. 73.
37. AN, F7 6733, dossier n° 39, lettre du directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines au
ministère de l’Intérieur, 14 mars 1826.
38. AN, F 7 6735, dossier n° 63, liste d’étudiants brésiliens inscrits à la faculté de médecine de
Montpellier, 3 juillet 1827.
39. La surveillance exercée sur les étudiants étrangers n’est d’ailleurs pas seulement policière :
comme les étudiants provinciaux, les étrangers doivent avoir un « répondant », une personne
domiciliée dans la ville où ils étudient et qui se charge de répondre de leur bonne conduite. Voir
Moulinier, Pierre, Les Étudiants étrangers à Paris au XIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de
Rennes, 2012, p. 31.
40. Sur les origines de la surveillance de la population étrangère à Paris, voir Milliot, Vincent,
« La surveillance des migrants et des lieux d’accueil à Paris du XVIe siècle aux années 1830 », La
Ville promise. Mobilité et accueil à Paris (fin XVIIe siècle-début XIXe siècle, Roche, Daniel (Dir.), Paris,
Fayard, 2000, pp. 21-76.
41. AN, F 7 6733, dossier n° 39, lettre du ministère des Affaires étrangères au ministère de
l’Intérieur, 24 février 1826. S’ensuit une liste de vingt-et-un individus qui, d’après les notes du
ministère de l’Intérieur, ne sont pas tous connus des autorités françaises. Dix-huit d’entre eux
vivent à Paris ; les trois autres sont établis respectivement à Choisy-le-Roi, Cherbourg et
Montpellier.
42. AN, F 7 6735, dossier n° 25, lettre de la préfecture de police de Paris au ministère de
l’Intérieur, 27 mars 1829.
43. AN, F7 6732, dossier n° 13, note du ministère de l’Intérieur, octobre 1824.
44. La qualité de cet accueil apparaît avec d’autant plus de clarté si on la compare au traitement
réservé aux jeunes Grecs au début de la Guerre d’indépendance contre l’Empire ottoman :
Charles X avait d’abord voulu faire venir en France une cinquantaine d’enfants rachetés en
Égypte pour les instruire qui, une fois arrivés à Toulon, avaient été renvoyés en Morée du fait du
coût excessif de cette instruction à la charge de l’État. Voir Barau, Denys, « La dimension
éducative du mouvement philhellène », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 39, 2009/2, p. 80.
45. AN, F 7 6732, dossier n° 2, lettre du ministère des Affaires étrangères au ministère de
l’Intérieur, 19 février 1825.
46. AN, F 7 6735, lettre du ministère de l’Intérieur au ministère de l’Instruction publique, 18 mai
1827.
47. Roche, Daniel, Les Circulations dans l’Europe moderne, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard-Pluriel,
2011, p. 20.
48. AN, F 7 6732, dossier n° 13, lettre de la préfecture de police au ministère de l’Intérieur, 24
septembre 1827.
49. Corbin, Alain, Le Territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Paris, Flammarion,
2005, p. 291 et suivantes.
50. AN, F7 6731, dossier n° 3, lettre de la sous-préfecture de Bayonne au ministère de l’Intérieur,
26 août 1824.

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51. AN, F 7 6732, dossier n° 34, lettre de la préfecture de police de Paris au ministère de
l’Intérieur, 16 juillet 1828.
52. Sur cette notion, voir Le Temps des capitales culturelles : XVIIIe-XXe siècles, Charle, Christophe
(Dir.), Seyssel, Champ Vallon, 2010.
53. AN, F 7 6732, dossier n° 15, lettre du ministère des Affaires étrangères au ministère de
l’Intérieur, 8 novembre 1825.
54. AN, F 7 6733, dossier n° 31, lettre du commandeur de Barros, chargé d’affaires brésilien à
Paris, au directeur général de la police, ministère de l’Intérieur, 4 septembre 1825 : les deux
individus en question doivent aller « le premier à Londres pour affaires de famille, et le second à
Pise par conseils des médecins » et ont « besoin des passeports nécessaires pour faire leur voyage
et revenir à Paris ».

RÉSUMÉS
S’inscrivant dans le cadre d’une histoire des circulations entre les deux rives de l’Océan
atlantique, cette étude se propose d’éclairer les mobilités qui ont relié le nouvel Empire du Brésil,
fondé en 1822, à la France de la Restauration. Si les circulations de Brésiliens vers la France
peuvent s’expliquer par les exils politiques qui ont frappé, de manière individuelle ou collective,
certains sujets de l’Empire du Brésil après la proclamation de son indépendance, les
déplacements entre les deux rives de l’Atlantique ont avant tout trouvé leurs origines dans les
circulations professionnelles et étudiantes, bien plus importantes numériquement, qui
s’expliquaient par la capacité d’attraction et le degré d’ouverture du système d’enseignement
supérieur français. Pour d’autres Brésiliens, le séjour en France était également synonyme de pur
loisir, aussi bien dans la capitale qu’en province, où les aristocrates s’adonnaient aux joies des
bains de mer et du « tourisme ». Grâce à des fonds d’archives policiers d’origine française, cette
étude veut ainsi mettre en lumière la dimension plurielle de la présence brésilienne dans la
France des années 1820.

Within the framework of the « Atlantic history », this paper aims at studying the migrations and
movements between the new Empire of Brazil, funded in 1822, and France during the Bourbon
Restoration. At that time, the Brazilians moving to France were political exiles, banished by Dom
Pedro I after the declaration of independence of the Empire. But a professional and academic
mobility also strongly contributed to these migrations from Brazil to France, thanks to the
appealing French system of higher education and its opening to foreign students. For other
Brazilians, the stay in France during the Restoration was simply a leisure time, in Paris as well as
in provincial towns, were Brazilian elites indulged in the pleasures of sea bathing and tourism.
Thanks to French police records, this study will highlight that really diverse Brazilian group that
stayed in France during the 1820s.

En el marco de una historia de las circulaciones humanas entre las dos orillas del Atlántico, este
artículo se centra en las movilidades que vincularon el nuevo « Imperio de Brasil », fundado en
1822, con la Francia de la Restauración borbónica. Las circulaciones brasileñas hacia Francia
podían proceder del exilio político, que afectó de manera individual o colectiva a ciertos súbditos
del Imperio de Brasil después de su independencia. Sin embargo, las movilidades entre ambas
orillas del Atlántico se explicaban también por las circulaciones profesionales y estudiantiles

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entre los dos países, debidas a la atracción que ejercía el sistema de enseñanza francés
caracterizado por su gran apertura hacia los extranjeros. Para otros Brasileños, la estancia en
Francia era sinónima de puro ocio, y se desarrollaba tanto en París como en las provincias
francesas donde las élites gozaban de los placeres del baño de mar y del « turismo ». Aduciendo
fuentes francesas y policíacas, este artículo procura dar cuenta de la diversidad de la presencia
brasileña en la Francia de los años 1820.

INDEX
Keywords : 19th century, Brazil, France, migrations
Mots-clés : Brésil, France, mobilités, XIXe siècle
Palabras claves : Brasil, Francia, movilidades, siglo XIX

AUTEUR
DELPHINE DIAZ
Université Paris-Sorbonne, France, delphine.diaz@paris-sorbonne.fr

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