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ENSAPM – Département Transitions Séminaire sur l’éco conception

PROCEDES LOW-TECH DE LIAISON DU BAMBOU


STRUCTUREL
Julien Toussainta
a Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Malaquais, 14 rue Bonaparte, 75006 Paris, France.
julientoussaintarchi@gmail.com

RESUME

Cet article cherche à améliorer les méthodes d’assemblages de bambou par cordes et nœuds à partir d’éléments
de réemploi. L’utilisation de bouteilles en plastique et de chambres à air usagées est proposée pour réaliser des
articulations à bas coût avec une résistance au glissement accrue. Des essais de traction sont réalisés sur les
matériaux afin de mieux prévoir leurs propriétés mécaniques notamment après chauffage. Divers assemblages
sont soumis à des essais de traction, de rotation et de glissement afin d’évaluer la performance vis-à-vis des
sollicitations subies en situation réelle dans une structure en grille.
Les essais montrent que les plastiques des bouteilles de boissons gazeuses ont une contrainte maximale à la
traction de l’ordre de 150 N/mm² et offrent un meilleur serrage après rétractation par chauffage que des cordes
naturelles classiques. Les assemblages utilisant la chambre à air et le plastique sont plus résistants aux efforts de
rotation et jusqu’à 15 fois plus résistants aux efforts de glissement que les assemblages avec de la corde sisal. Ils
peuvent être aussi résistant à la traction que des assemblages par tige filetée en acier. Leur mise en œuvre selon
des techniques traditionnelles pourrait permettre une bonne diffusion et une facilité de maintenance dans les pays
disposant de ce matériau de construction.

Mots clés : Assemblage, Bambou, Chambre à air, Plastique, Réemploi, Tradition

1. INTRODUCTION

Le bambou est une plante faisant partie de la famille


des Poacées, également appelées graminées (famille
du riz, de la canne à sucre et des céréales). Ce n’est
pas un arbre mais une herbe géante. Le bambou se
développe naturellement sur tous les continents, dans
la zone tropicale entre les latitudes 40º Nord et 40º Présence endémique du bambou
Sud, excepté en Europe et en Antarctique [1] (figure < à 5000 $
1.1). On peut néanmoins cultiver le bambou en de 5000 $ à 25 000 $
Europe, comme par exemple à la bambouseraie de 25 000 $ à 100 000 $
d’Anduze. > à 100 000 $
Figure 1.1 :
Juxtaposition de la répartition du bambou [2] et de
la richesse par adulte dans le monde [3]

1
L’exploitation du bambou possède de nombreuses 2. ETAT DE L’ART
vertus écologiques. Elle permet de renforcer ou faire
émerger des économies locales. C’est une culture 2.1 Propriétés mécaniques du bambou et
réputée facile [4] qui peut aider les populations produits pour le BTP
défavorisées à lutter contre les crises économiques et
notamment agraires (figure 1.1 page précédente). Le bambou est constitué d’une tige cylindrique
C’est un produit très versatile qui peut s’utiliser dans creuse (le chaume), portant des nœuds (figure 2.1).
beaucoup de domaines différents (alimentation, Le chaume se compose de cellulose, de lignine, de
médecine, construction, artisanat) et dont les résines, de tanins et de silice.
débouchés économiques sont multiples. [5] Une
meilleure exploitation du bambou servirait à lutter Feuilles
contre la déforestation en Amérique latine, Afrique
et Asie et protégerait la biodiversité. [1] Sa culture
permet de lutter contre l’érosion, reboise les zones
arides, protège du vent, du soleil, retient l’humidité Nœud
du sol et augmente l’hygrométrie. Le bambou
possède un cycle de vie court et vertueux. Une forêt Entre-nœud
traditionnelle de résineux demande un délai d'au
moins 10 ans pour les premiers éclaircies et élagages
puis 50 ans pour une coupe rase. [6] Le bambou lui Opercule
est exploitable au bout de 3 à 4 ans, ce qui génère une
matière abondante pour un impact écologique Nœud
minimisé et des surfaces de production réduites.
L’absorption de gaz à effet de serre et la production Chaume
d’oxygène pour un volume équivalent d’arbres est
plus grande. Il libère peu d’énergie grise lorsqu’il est Figure 2.1 : Description du bambou [1]
peu transformé. C’est un produit léger, qui émet
moins de CO2 lors de son transport que des produits On retrouve les mêmes composants que dans le bois
plus denses. Extrêmement résistant en période de mais dans des proportions différentes. Le chaume est
culture, il n’est pas nécessaire de recourir à des creux sauf au niveau du nœud, qui présente
pesticides, des engrais ou des moyens d’irrigation. intérieurement un opercule. Le bambou est en
Enfin il a l’avantage d’être facilement recyclable en quelque sorte un matériau composite. Il est constitué
fin de vie. Compte tenu des grandes quantités de d’une résine qui sert de matrice au compactage de
biomasse qu’il peut produire, il constitue une source fibres vasculaires. Ces fibres sont plus concentrées
très intéressante de bioénergie. [1] Peu en périphérie, et sont dirigées dans le sens
d'informations relatives à d'éventuels impacts longitudinal de la plante. [5] Les fibres vasculaires
négatifs sont disponibles dans la littérature en dehors empaquetées ensemble fournissent la résistance
de ceux engendrés par une exploitation anthropique. structurelle au bambou. La plus grande densité
(située en périphérie) résiste aux efforts de
Matériau écologique de référence, la plus grande compression et de traction résultant des charges de
acceptation du bambou dans la construction de flexion naturelles comme celles exercées par le vent.
structures conçues durablement dépend du La rupture se produit donc lorsqu’on atteint la
développement et des améliorations des assemblages résistance en traction des fibres. Cependant, en
de bambou. [7] Cet article cherche à améliorer la compression, l’essentiel de la charge est toujours
jonction de chaumes par cordes et nœuds à partir repris par les fibres mais la matrice joue un rôle
d’éléments de réemploi. Les bouteilles en plastique stabilisateur très important pour empêcher que
et les chambres à air usagées, matériaux peu chers et celles-ci ne flambent, la rupture survient donc par
produits en grande quantité, semblent pouvoir flambement local des fibres lorsque la résine n’est
permettre la réalisation de telles connexions. L’état plus capable d’assurer son rôle. La résine, qui sert de
de l’art à venir nous renseignera des capacités matrice, assure la transmission des efforts de
structurelles du bambou et des assemblages déjà cisaillement, la rupture a donc lieu lorsque la
réalisés à l’aide de bouteilles en plastique et de contrainte limite en cisaillement de la résine est
chambres à air usagées. atteinte.

2
Les nœuds servent à résister au flambage, et sont plus
importants à la base de la plante, où se produisent de
plus grands stress qu’à son extrémité supérieure. La
comparaison des performances mécaniques du
bambou à celles des bois usuels est nettement à
l’avantage du bambou dans bien des domaines. En
effet, tous diamètres confondus, le module à la
rupture (MOR) en traction est de l’ordre de 240 MPa
et en compression il est de 80 MPa (on note 50 MPa
dans le cas du pin). Le module d’élasticité (MOE) en
flexion est de 14 000 MPa, soit très légèrement
supérieur au pin et au chêne (respectivement 12 000
MPa et 13 000 MPa). [8] Un tableau des
performances mécaniques comparées au béton et à
deux essences de bois est présenté ci-dessous
Figure 2.2 : Coupe transversale du bambou [8] (Tableau 1).

Caractéristiques Bambou Chêne Pin Béton Commentaires

Masse volumique (kg/m3) 580 - 700 700 530 2400 Plus la densité est élevée, plus le
matériau est résistant.

Contrainte ultime en Traction 240 90 100 2 Le bambou est presque 3 fois plus
axiale (MPa) résistant à l’élongation que le chêne.

Contrainte ultime en 80 58 50 25 Sert à prévoir le comportement des


Compression axiale zones comprimées qui devront
supporter les efforts.

Module d’Young en Flexion 14 000 13 000 12 000 24 000 La mesure informe sur la rigidité ou
(Mpa) la souplesse du matériau (ici réalisé
sur 1 m de bambou).

Energie de production (MJ /m3) 30 80 80 240 Production et exploitation du


matériau.

Coefficient de Fail Safe 50 20 20 10 Cela se situe par exemple au niveau


(Exprime la capacité à supporter des tremblements de terre.
des contraintes accidentelles
fortes).

Tableau 1 : Comparaison des


performances mécaniques [8]

Dans la construction, une multitude de produits moins émissives de CO2 que d’autres matériaux plus
dérivés du bambou sont disponibles. On rencontre communs comme des essences de bois ou même
les panneaux de fibre, les panneaux fibrociment, les l’acier et le béton. Le secteur du BTP a été pris
panneaux de particules, les panneaux tressés, les d’assaut par le « greenwashing ». Le lamellé-collé
panneaux en lamellés collés, les parquets en lamellés bambou est un bon exemple de cette mascarade où
collés, les poutres en lamellés collés, etc… [8] Mais « L'ACV a mis en avant […] que les impacts
tous ne sont pas des alternatives écologiques ou environnementaux sont beaucoup plus importants

3
pour une utilisation du bambou que pour certaines au glissement suffisamment intéressante et ce malgré
espèces de bois ». [4] C’est pourquoi nous une surface extérieure de chaume lisse et peu
choisissons dans ce mémoire de s’orienter vers adhérente. Enfin, les connecteurs doivent être conçus
l’utilisation de chaumes de bambou non transformés. pour s'adapter à la variation de diamètre des sections.
Garder les caractéristiques esthétiques et [10] Une multitude de connexions ont été
structurelles du bambou dans sa forme naturelle est développées et étudiées. Janssen définit sept groupes
un atout. Les aspects botaniques de la plante, ainsi d’assemblages pour le bambou dans sa forme
que ses dimensions historiques et culturelles peuvent tubulaire, nous en citerons cinq (deux des groupes
être sauvegardées et repensées pour son contexte n’ont aucune réalité pratique) [7] :
locale.
Groupe 1 : la liaison entre les deux tiges de bambou
L’utilisation de chaumes de bambou entiers dans le se fait par contact de toute la section.
domaine constructif existe depuis les toutes
premières cabanes. Aujourd’hui plus d’un milliard Groupe 2 : la liaison se fait par l’intérieur du chaume
de personne vivent dans des maisons en bambou. [7] parallèlement aux fibres.
L’architecture vernaculaire tropicale regorgent
d’exemples. Si le bambou permet de réaliser des Groupe 4 : la liaison se fait par la section du chaume
constructions durables il est aussi utilisé pour réaliser parallèlement aux fibres.
des constructions éphémères comme les
Groupe 5 : la liaison se fait par la section du chaume
échafaudages. Dans l'architecture japonaise, le
perpendiculairement aux fibres.
bambou est utilisé principalement comme
accessoire ou décoration des bâtiments, tels que les Groupe 7 : la liaison se fait par l’extérieur du chaume
clôtures, fontaines, grilles et gouttières. Des perpendiculairement aux fibres.
interprétations plus modernes existent. L’architecte
colombien Simon Velez est devenu un des
représentants les plus considérés dans la mise en Groupe 1
œuvre du bambou. Il a réussi à inclure la plante dans
la liste des matériaux approuvés par le code de la
construction colombien. L’architecte a développé de
nouveaux systèmes de menuiserie afin d’utiliser le
bambou comme élément structurel permanent pour
des espaces publics couverts, des édifices Groupe 2
résidentiels et commerciaux. [9] Ces dernières
années, l’intérêt pour le bambou s’est accru et on a
vu se développer tout type d’architecture, de la
maison individuelle dite écologique au pavillon
conçu numériquement. Groupe 4

2.2 Connexions entre chaumes de bambou


Groupe 5
La conception des connecteurs dans une structure en
bambou représente la partie la plus importante du
design. Le profil rond et creux entraîne des
problèmes géométriques difficiles. Même dans la Groupe 6
construction en acier, l'industrie évite les connexions
entre tubes malgré la possibilité de souder les
éléments entre eux. Le fait que le bambou ne possède
pas de fibres transversales rend la transmission de
charge par l'intermédiaire des connecteurs
compliquée si l’on ne veut pas trop comprimer le
chaume sous risque de voir apparaître des fissures.
Figure 2.3 : Groupes d’assemblage distingués par Jansen
Pour autant, l’assemblage doit offrir une résistance [7] et schéma issu de la thèse de Pascal Toussaint [11]

4
Dans cet article nous nous intéressons aux Pour les chaumes de plus gros diamètre, ce système
articulations à bas coût qui nécessitent peu ou pas traditionnel est parfois complété par l’ajout de tenons
d’outils. Par conséquent nous allons classer les et mortaises (figure 1.16). Plus complexe, l’ajout de
connexions en deux catégories : les traditionnelles chevilles dans les sections transversales permet de
(nécessitant peu de moyens) et les modernes (qui ont transmettre la charge à des éléments parallèles à la
recours à des matériaux ou des outils plus tige de bambou (figure 1.17). Enfin, on peut
spécifiques). rencontrer des éléments perpendiculaires au chaume
qui transfèrent la charge depuis la section
Les assemblages dits traditionnels se composent des transversale par des tiges filetées et des boulons. [12]
matériaux bon marché et généralement naturels.
L’utilisation de corde est la méthode la plus rapide,
la plus simple, la plus utilisée et la moins chère. Elle
consiste à assembler les chaumes à l’aide de nœuds
réalisés avec des lianes, des fibres de coco, de sisal
ou de palme. Les cordes sont trempées avant
l'assemblage et lors du séchage les fibres naturelles
se rétrécissent et resserrent la connexion. De nos
jours, les câbles en plastique sont également utilisés,
ils sont plus solides et plus fiables. Les cordes
peuvent simplement être nouées autour des chaumes Figure 2.7 : Connexion avec
(figure 2.4) ou passées à travers un trou foré (figure mortaise [10]
2.5).

Figure 2.8 : Connexion avec


Figure 2.4 : Attache Figure 2.5 : Attache par chevilles [10]
par corde [10] corde et percement [10]
Les méthodes modernes quant à elles utilisent une
panoplie de matériaux différents (acier, bois, béton).
Le croisement des cordes et la friction empêche la Les solutions les plus innovantes proviennent d’une
connexion de glisser. Des bâtons peuvent être adaptation des technologies d’assemblage des treillis
employés pour resserrer le lien d’amarrage, le en acier. [13] Les systèmes de nœuds sphériques
collier est ensuite simplement apposé sur le chaume (figure 2.9) et plats ont été adapté aux chaumes. Les
(figure 2.6). Ce type de connexion est assemblé par systèmes de nœuds sphériques se composent
des travailleurs non qualifiés et présente l’avantage généralement d'un connecteur central relié au
de pouvoir se retendre. bambou à l'aide d'une plaque ou d'une tige en acier.
Ces connecteurs sont utiles pour créer des formes
géométriques complexes mais souvent fabriqués sur
mesure pour des projets spécifiques. Les plaques
(figure 2.10) sont utilisées pour relier le bambou
dans le même plan et permettent de construire des
fermes. Les recherches actuelles se concentrent à
nouveau sur les transmissions de charges du creux
intérieur du chaume à un élément parallèle par
Figure 2.6 : Connexions traditionnelles pour
échafaudages [10]
l’intermédiaire de matériaux de remplissage comme

5
le bois ou le ciment (figure 2.11 et figure 2.12). Ils 2.3 Connecteurs et réemploi
espèrent ainsi pouvoir augmenter l’adhérence et la
friction et compenser les phénomènes de rétractions Les bouteilles plastiques
de matériaux. Ces méthodes présentent l’avantage de
protéger contre l’humidité les extrémités des En 2016 l’étudiante Micaella Pedros du Royal College of
chaumes. Art a réutilisé des bouteilles en plastiques usagées pour
assembler des meubles en bois. Son projet intitulé Joining
Bottles consistait à chauffer au pistolet thermique des
bouteilles plastiques usagées, préalablement coupées et
positionnées autour de pièces de bois, pour les faire se
rétracter et obtenir des assemblages résistants par serrage
(figure 2.12). [16] L’étudiante Charlène Guillaume de
l’ENSCI-Les atelier avait réalisé le même travail en 2015,
mais seule quelques images et une vidéo sont disponibles
sur internet. [17]

Figure 2.9 : Système avec connecteur central [12]

Figure 2.12 : Pièces de bois assemblées par des


bouteilles en plastiques chauffées [16]
Figure 2.10 : Système de connexions par plaques [12]
Les bouteilles plastiques utilisées, issues de la grande
distribution, sont réalisées en PET (polyéthylène
téréphtalate). C’est un matériau dit thermoplastique qui a
la propriété d’avoir une température de transition vitreuse
(Tv) basse (ici 69°C). [18] Au-delà de cette température,
les molécules présentent une faible mobilité relative.
L’industrie exploite cette caractéristique pour mettre en
forme les bouteilles. Elle étire les molécules par un
soufflage chaud dit bi-orientée. (figure 2.13) [19]

Figure 2.11 : Assemblage bambou, bois, acier [14]

Figure 2.11 : Assemblage bambou, ciment, acier [15] Figure 2.13 : Soufflage bi-orienté [19]

6
En plus de donner la forme, après refroidissement, la Des jeunes designers ont suivi en 2013 un workshop
résistance mécanique de la bouteille est améliorée suite à encadré par Benjamin Hubert1 où la thématique du
l’orientation des macromolécules du plastique dans les réemploi était à l’honneur. Ils ont, le temps de quelques
directions d’utilisation de la matière. Ce processus a pour jours, étudié les possibilités constructives du bambou et de
effet, lors du chauffage par pistolet thermique, une fois la la chambre à air en proposant la construction d’un berceau
Tv atteinte de nouveau, de provoquer un effort de en forme de goutte (figure 2.15). Les chambres à air ont
rétractation. Les molécules ont tendance à retrouver leurs été utilisées pour leur élasticité. Les chaumes de bambou
positions initiales et la bouteille plastique à tendance à au sections transversales importantes ont été insérées dans
rétrécir. les chambres à air aux sections transversales plus petites
assurant un assemblage par frottement (figure 2.16).
La démarche à l’avantage d’être écologique et simpliste.
Elle semble adaptée au bambou pour éviter tout percement
et permettre au joint de s’adapter aux sections de chaume
naturellement différentes. L’application de ce procédé sur
le bambou n’est pourtant pas si triviale. L’adhérence entre
plastique PET et bambou reste à prouver et les géométries
tubulaires compliquent la rétractation du plastique autour
des chaumes.

Les chambres à air

La chambre à air est l'enveloppe tubulaire étanche, insérée


entre la jante et le pneu, qui contient l'air servant à gonfler
la roue. Autrefois constituées de latex naturel et de noir de
carbone, elles sont aujourd'hui constituées de caoutchouc
synthétique rendu plus résistant par adjonction
d'Acrylonitrile qui rend aussi ce caoutchouc non ou très
peu biodégradable. Ce matériau a la particularité de
posséder un coefficient de frottement important, de l’ordre
de 0.65 sur route sèche. [20]

L’école d’architecture de Versailles en 2012 a développé


un prototype de gridshell aux Grands Ateliers de l’Isle
d’Abeaux [21] assemblé à l’aide de chambre à air.
Malheureusement aucunes informations mécaniques ni
aucunes conclusions n’ont été données. Les chambres à
air ont été découpées en bande puis ont servi à joindre les Figure 2.15 : Berceau [23]
chaumes par nœuds et force de friction (figure 2.14).

Figure 2.14 : Assemblage par chambres à


air coupées en bandes [22] Figure 2.16 : Assemblage par chambre à air [23]

1
Benjamin Hubert est un designer reconnu, diplômé de
l’université de Loughborough avec un Master en Technologie
& Design Industriel.

7
3. ETUDE DE CONNECTEURS LOW-TECH Dans un premier temps, les propriétés mécaniques des
POUR LE BAMBOU matériaux de réemploi (bouteille plastique et chambre à
air) sont étudiées et mesurées expérimentalement.
Suite à l’état de l’art et afin de promouvoir la construction
en bambou, la rendre plus abordable et pérenne, nous Dans un second temps, des assemblages perpendiculaires
cherchons à savoir si le réemploi peut améliorer les de chaumes sont évalués selon leurs résistances à la
assemblages entre chaumes, assemblages de préférences : traction et à la rotation. Les assemblages réalisés avec de
- mis en place à la main in situ selon des la fibre naturelle (sisal) sont comparés aux assemblages
techniques de cordage simple; réalisés avec du cordage plastique chauffé ou non, en
- réalisés avec des matériaux de récupération présence ou non de chambre à air.
gratuits et abondants ;
- fabriqués avec peu ou pas d’outils ; Enfin, dans un troisième temps, on cherche à réaliser un
assemblage bout à bout de chaumes à l’aide de bouteilles
Les bouteilles en plastiques pour leurs qualités thermo- plastiques et de chambres à air au moins aussi résistant à
rétractables peuvent servir à remplacer la fibre naturelle et la traction qu’un assemblage par tige filetée en acier. Trois
les chambres à air permettraient d’augmenter le contact et configurations sont expérimentées et commentées.
l’adhérence du noeud (figure 3.1 et 3.2).
3.1 COMPORTEMENTS MECANIQUES DES
Cet article cherche à développer une solution pour : MATERIAUX DE REEMPLOI
- lier deux barres entre elles (perpendiculaires ou
parallèles) ; a) Les bouteilles plastiques
- diminuer le glissement ;
- limiter ou interdire la rotation ; Un matériau de cordage doit se distinguer par une
résistance importante en traction pour serrer efficacement
les éléments connectés entre eux. Le comportement
élastique et la résistance à la rupture (dans un cas de
contrainte de traction uniaxiale) doivent être étudiés.

Trois comparaisons de résistance à la rupture en traction


sont réalisées afin de déterminer l’influence :
- du type de bouteille plastique utilisé ;
- du procédé de mise en forme de la bouteille
plastique ;
- du chauffage par pistolet thermique de degré
équivalent à 200°C.
Figure 3.1 : Chaumes parallèles assemblés
bout à bout (Toussaint J.)
Choix des 11 éprouvettes tests

Afin de préparer les éprouvettes tests, les bouteilles


plastiques ont été au préalable classifiées (voir tableau 3.5
page 10) en se rendant au supermarché le plus proche.

Les facteurs de différences ont été déterminés pour leurs


influences sur la résistance mécanique des bandes
plastiques et la facilité de découpe. Certains paramètres
changeant a priori moins impactant (comme la
couleur) ont tout de même étaient pris en compte. Voici la
liste des caractéristiques :
- le type de plastique ; le PET (polyéthylène
téréphtalate) et le PEHD (polyéthylène haute densité)
sont les 2 plastiques majoritairement utilisés pour les
bouteilles parmi les 7 existants. Sur chaque bouteille
en plastique existe un logo en relief précisant le type
de matériau utilisé. Le PEHD n’est pas rétractable en
présence de chaleur à la différence du PET. Dans le
Figure 3.2 : Chaumes assemblés tableau, l’indice 1 est attribué au PET, 2 au PEHD et
perpendiculairement (Toussaint J.) 3 pour tous les autres ;

8
- la présence de rainures ou motifs ; les bouteilles Enfin, nous souhaitons mesurer la résistance après
plastiques pour faciliter la prise en main ou résister passage de la température vitreuse Tv du plastique PET.
aux efforts de compression peuvent avoir recours à Nous préparons deux éprouvettes (éprouvette 10 et 11)
des rainures dans le moulage ; identiques au précédentes mais qui seront destinées à être
- l’épaisseur ; 2 épaisseurs ont été déterminées, les chauffées lors du test de résistance à la traction.
boissons non gazeuses d’une épaisseur de 0,2 mm et
gazeuses d’une épaisseur de 0,3 mm ; Protocole expérimental
- la forme de la bouteille ; on a classé les formes
rencontrées selon 4 catégories, allant de la plus facile La transformation rapide de bouteilles de plastique de
à découper à la plus complexe, le cylindre droit ou forme plus ou moins cylindrique en bandes régulières
évasé (1), la carré (2), le cylindre avec double demande un outillage spécifique. Cette régularité est
évasement (3), la bouteille de forme quelconque avec essentielle si on ne veut pas voir l’amarrage fragilisé à
ou non présence de poignée (4) ; certains endroits par la présence d’une section plus petite.
- la couleur ; plusieurs couleurs de bouteilles ont été En s’inspirant du découpe ananas et du pèle pommes nous
relevées ; avons conçu un outil de découpe (figure 3.4). Il est
- la transparence ; le caractère opaque des bouteilles composé d’un large plan sur lequel la bouteille est posée.
peut varier ; Deux cylindres permettent de guider la paroi de plastique
- le type de contenu ; le caractère incertain des vers une lame de cutter ajustable en hauteur afin de varier
réactions chimiques avec les autres matériaux les largeurs de bandes plastiques. La force verticale
(comme le caoutchouc ou le bois) a été pris en exercée par la main sur la bouteille en rotation permet
compte. Nous avons instauré deux catégories : alors de recréer une liaison hélicoïdale nécessaire pour
compatible (1) et incompatible (2) avec nos couper selon une largeur identique des bandes de plastique
assemblages. issues de la bouteille. Des bobines plastiques de
différentes épaisseurs et surtout régulières peuvent être
Cette enquête a permis d’éliminer deux types de bouteilles ainsi rapidement produites
(surlignés en rouge et orange) non conformes à la
réalisation de nos assemblages : les bouteilles réalisées en
PEHD et les bouteilles contenant des produits d’entretiens
divers (de formes souvent complexes et réalisées avec
d’autres plastiques que le PET). En vert sont surlignées les
bouteilles conseillées pour fabriquer du cordage plastique,
qui nous le verrons, ont démontré une meilleure résistance
à la traction dans les tests qui suivent. Nous avons conclu
que 7 éprouvettes (tableau 3.6 page suivante) suffisaient à
déterminer le type de bouteille plastique préférable pour
réaliser le cordage le plus résistant.

Deuxièmement, nous savons que le processus de


formation des bouteilles plastiques par soufflage bi-
orienté permet d’orienter les macromolécules du PET. Les
bouteilles ne sont donc pas isotropes. Nous proposons de
comparer les courbes conventionnelles de deux
échantillons issus d’une même bouteille de Schweppes
mais dans un cas coupé de façon horizontale (éprouvette
8) et dans l’autre coupé de façon verticale (éprouvette 9)
(figure 3.3) suivant l’orientation usuelle de la bouteille.

horizontal
vertical

Figure 3.3 : Sens de découpe de l’éprouvette Figure 3.4 : Outil de découpe (Toussaint J.)

9
Présence de motifs

plastique (en mm)


Type de plastique

Type de contenu
Transparence
Epaisseur du

Forme de la
bouteille

Couleur
Bouteilles correspondantes

1 Non 0.3 1 Aucune Oui 1 Schweppes, Limonade Lorina, Pepsi, Eau minérale
gazeuse Carrefour, Arizona Green Tea, Evian
(nouvelle bouteille)
1 Non 0.3 1 Vert Oui 1 7up, Gini, Perrier, Badoit, San Pellegrino
1 Non 0.3 1 Rouge Oui 1 Badoit
1 Non 0.3 1 Bleu Oui 1 Badoit, Perrier, Quézac
1 Non 0.3 1 Blanc Non 1 Boisson énergisante Carrefour
1 Non 0.3 3 Aucune Oui 1 Coca-cola, Fanta, Orangina, Soda Carrefour, Ogeu,
Salvetat, Vernière
1 Oui 0.3 1 Vert Oui 1 Jus de fruits Pago, Thé glacé Lipton
1 Oui 0.3 2 Aucune Oui 1 La Villageoise, La Payse, Rougefeuille
1 Oui 0.3 3 Aucune Oui 1 Pulco, St-Yorre, Boisson sucré Carrefour, Tropico
1 Oui 0.3 3 Bleu Oui 1 Rozana, Vichy Celestins
1 Oui 0.2 1 Aucune Oui 1 Jus de fruits Pago, Boisson sucré Ocean Spray, Thé
glacé Lipton et May Tea,, Eau minérale Carrefour,
Mont Blanc, Fontaine Jolival, Vittel,
1 Oui 0.2 2 Aucune Oui 1 Jus de fruits Joker, Tropicana et Carrefour, Thé
glacé Pure Leaf, Oasis, Volvic, Mont Roucous
1 Oui 0.2 2 Bleu Oui 1 Hépar
1 Oui 0.2 3 Aucune Oui 1 Evian, Contrex, Christalline, St Amand,
Courmayeur
2 et 3 Oui et 0.2 et 4 Blanc, Oui 2 Lessive concentrée de toutes marques, liquide
non 0.3 noir, et vaisselle, nettoyant wc, assouplissant, détachant,
vert, non etc.
rouge,
bleu
2 Non 0.2 1 Blanc Non 1 Viva Candia
2 Oui 0.2 2 Blanc Non 1 Lactel, Lait Carrefour
2 Oui 0.2 4 Blanc Non 1 Candia Grandlait
Tableau 3.1 : Classement des bouteilles plastiques

Tableau 3.2 : Echantillons servant à tester la résistance à la


traction suivant le type de bouteille plastique

10
Pour réaliser nos tests de traction nous utilisons un banc
d’essai à l’ENSAPM qui peut exercer une force de
compression verticale. Au préalable nous fixons des
profilés acier rectangulaires par liaison pivot au portique
de la presse selon un axe horizontal. A l’aide de tiges
filetées positionnées sur le portique et sur les profilés nous
1
mettons en tension les bandes plastiques selon un axe
vertical (voir montage figure 3.5, 3.6). On actionne alors 3
le vérin du banc d’essai qui vient exercer une force de 2
compression sur l’extrémité des profilés acier. 7 5
6

Le principe fondamental de la statique (PFS) nous permet


de calculer le bras de levier et de définir la force de
traction émise sur la bande plastique à la rupture. D’après
le PFS si un système S est en équilibre, alors la somme des
actions mécaniques appliquées sur le système est nulle Le
Figure 3.4 : Vue perspective
théorème du moment résultant nous donne :
du montage et du banc d’essai (Toussaint J.)
MA(ext S) = 0 avec S le système et A un point
quelconque.

Pour les besoins du calcul nous représentons


schématiquement le montage :

Figure 3.4 : Schéma du montage (Toussaint J.)


4
Le système matériel (S) est constitué par deux profilés
acier, deux tiges filetées, quatre boulons et une plaque
5 3
d’acier qui sert à appliquer l’effort du vérin. Le système
est soumis à 3 forces :
4

Vecteurs Point Intensité


Forces d’application

P = mg avec m la masse
Figure 3.5 : Coupe perspective sur
P le poids B du système S et g la
le système de fixation (Toussaint J.)
du système constante d’attraction
terrestre

T la C T = ? intensité à 1. Portique
traction déterminer 2. Piston
exercée par 3. Bande plastique à tester
la bande 4. Système de fixation par serrage de la bande plastique
plastique 5. Profilés acier carré sur lesquels est appliquée la force
F la force exercée par le 6. Plaque d’acier pour répartir la charge
F la force D vérin renseignée par le 7. Axe de rotation
exercée par banc d’essai
le vérin

11
Application du PFS : Une fois l'éprouvette en place, on applique une légère pré-
charge afin d'être sûr que l'on n'a pas de jeu. Puis on
On a MA(P) + MA(T) + MA(F) = 0 actionne le vérin qui a pour effet d'étirer l'éprouvette,
⟺ d1.P + ( d1 + d2 ).T – ( d1 + d2 + d3 ).F = 0 l'effort du vérin est indiqué par un capteur de force (figure
⟺ T = [ ( d1 + d2 + d3 ).F – d1.P ] / ( d1 + d2 ) 3.6 et 3.7). L'essai s'arrête à la rupture de l'éprouvette.

Tout au long du test l’allongement de l’éprouvette est


Application numérique : mesuré. Nous pouvons ainsi établir les courbes de traction
d1 = 185 mm, d2 = 150 mm, d3 = 160 mm conventionnelle pour comparer :

On a P = m.g et m = 2.m1 + 2.m2 + 4.m3 + m4 - la contrainte σ = T / S avec T la tension au moment de la


Où m est la masse du système (S), m1 la masse d’un profilé rupture et S l’aire de la section initiale de la bande
acier carré, m2 la masse d’une tige filetée, m3 la masse plastique testée ;
d’un boulon, m4 la masse de la plaque d’acier et g la
constante d’attraction terrestre. - la déformation conventionnelle ɛ = Δl/L avec Δl
l’allongement de l’éprouvette et L la longueur initiale de
On a donc T = [4,95.10-1.F – 2,20] / (3,30.10-1) l’éprouvette.
⟺ T = 1,5.F – 6,67

Figure 3.6 : Vue de face du montage Figure 3.7 : Banc d’essai avant
avant essai (Toussaint J.) rupture (Toussaint J.)

Présentation des résultats

Sous forme de graphiques et tableaux les résultats de


résistance à la traction sont présentés pages suivantes
organisés selon ces trois paramètres d’influence :
- variété de la bouteille plastique utilisée (tableau 3.3 et
figure 3.8 à figure 3.12)
- processus de mise en forme des bouteilles (tableau 3.4
et figure 3.13),
- résistance du plastique après dépassement de sa Tv et
refroidissement à température ambiante (tableau 3.5,
figure 3.14 et 3.15).

12
160 σmax = 149 160 σmax = 149
Epaisseur
Absence de de 0.3 mm
140 motifs 140

120 120 σmax = 111


σmax = 124

σ = T/S (N/mm²)
σ = T/S (N/mm²)

100 100

80 80

60 Présence de 60
Epaisseur
motifs de 0.2 mm
40 40

20 20

0 0
0,0 10,0 20,0 30,0 40,0 0,0 10,0 20,0 30,0 40,0
ɛ = Δl/L (en %) ɛ = Δl/L (en %)

Echantillon 3 Echantillon 6 Echantillon 3 Echantillon 5

Figure 3.8 : Influence de la présence de motifs sur la Figure 3.9 : Influence de l'épaisseur et de la
courbe de traction conventionnelle présence de motifs
sur la courbe de traction conventionnelle

160
Bouteille de forme
σmax = 149 160
σmax = 149
cylindrique droite Bouteille de couleur
rouge
σmax = 149
140 σmax = 149 140

120 120
σ = T/S (N/mm²)

100 100
σ = T/S (N/mm²)

80 Bouteille de forme plus complexe 80 Bouteille de couleur


(diamètre de la bouteille variable verte
60 selon la section) 60

40 40

20 20

0 0
0,0 10,0 20,0 30,0 40,0 0,0 10,0 20,0 30,0 40,0
ɛ = Δl/L (en %) ɛ = Δl/L (en %)

Echantillon 3 Echantillon 4 Echantillon 1 Echantillon 2


Figure 3.10 : Influence de la forme de la
bouteille sur Figure 3.11 : Influence de la couleur
la courbe de traction conventionnelle sur la courbe de traction conventionnelle

13
Bande coupée suivant
le plan horizontal
160
σM = 149 160

140
σmax = 142
140

σmax = 114
120 σm = 111 120
σ = T/S (N/mm²)

σ = T/S (N/mm²)
100 100

80 80

Bande coupée suivant


60 60 le plan vertical

40 40

20 20

0 0
0,0 10,0 20,0 30,0 40,0 0,0 20,0 40,0 60,0 80,0
ɛ = Δl/L (en %) ɛ = Δl/L (en %)
Echantillon 1 Echantillon 2
Echantillon 3 Echantillon 4 Echantillon 8 Echantillon 9
Echantillon 5 Echantillon 6
Echantillon 7 Figure 3.13 : Influence de l'orientation des molécules
Figure 3.12 : Comparaison des courbes de traction conventionnelle sur la courbe conventionnelle
(Rappel : les échantillons 1 à 7 sont (Rappel : le sens de découpe est illustré
présentés dans le tableau 3.2, page 10) figure 3.3, page 9)

160
160
σmax = 142 t1 = Elévation de la
σmax = 142
température de Bande plastique
140 l’échantillon jusqu’à 140 non chauffée
dépassement de la Tv
σmax = 142
120 120
t1 t1 σmax = 114
σ = T/S (N/mm²)

σ = T/S (N/mm²)

100 100

80 80

60 t2 = Refroidissement 60 Bande plastique


de l’échantillon chauffée et refroidie
jusqu’à température
40 40
ambiante

20 t2 20

t2
0 0
0,0 20,0 40,0 60,0 80,0 0,0 10,0 20,0 30,0 40,0
ɛ = Δl/L (en %) ɛ = Δl/L (en %)

Echantillon 10 Echantillon 11 Echantillon 8 Echantillon 10

Figure 3.14 : Influence du chauffage et de l'orientation Figure 3.15 : Influence du chauffage sur la courbe
des molécules sur la courbe conventionnelle conventionnelle des éprouvettes coupées horizontalement

14
Analyse des résultats

- L’impact du type de bouteille utilisé

La présence de rainures (déformations pour résister à la Les bouteilles plastiques contenant en général du gaz,
compression ou permettre une meilleure prise en main) d’épaisseur 0.3 mm sont en moyenne 1,4 fois plus
impacte le début de la courbe de traction, permettant un résistante à la contrainte de traction que les bouteilles
allongement de l’éprouvette plus important pour une contenant de l’eau d’épaisseur 0.2 mm (figure 3.9 et figure
même force appliquée (figure 3.8). 3.12).

La forme de la bouteille ne diminue pas la résistance à la La couleur des bouteilles n’a aucun impact sur la courbe
traction mais semble affecter la capacité à l’allongement de traction conventionnelle (figure 3.11).
(figure 3.10).

Tableau 3.3 : Comparaison de la résistance à l’allongement


Suite à ces différents essais nous considérons que la maximale et de la contrainte conventionnelle
réalisation de cordage plastique est meilleure avec des
bouteilles plastiques d’une épaisseur de 0,3 mm, de forme
cylindrique droite ou évasée, avec aucunes déformations
(rainures ou autres). Se référer au tableau des bouteilles
plastiques (tableau 3.1, page 9) pour avoir la liste
complète des marques rencontrées correspondantes.

- L’impact du processus de mise en forme des bouteilles

Les courbes conventionnelles obtenues (figure 3.13)


démontrent que : Echantillon 8 (horizontal 9 (vertical non
- La contrainte maximum à la traction est 1,2 fois non chauffé) chauffé)
supérieur dans le cas d’une découpe horizontale σmax (N/mm²) 142 114
(échantillon 8) ; ɛmax 32,7 68,8
- L’allongement à la rupture maximum est presque Tableau 3.4 : Comparaison de la résistance à l’allongement
3 fois supérieur dans le cas d’une découpe maximale et de la contrainte conventionnelle
verticale (échantillon 9).

Nous cherchons à obtenir le matériau le plus résistant à la


traction possible sans qu’il est tendance à se déformer trop
facilement. La découpe horizontale des bouteilles de PET
est préférée.

Echantillons 10 (horizontal 11 (vertical


- L’impact du dépassement de la Tv chauffé) chauffé)
σt1 99 99
Le chauffage à l’instant t1 a pour effet une chute
instantanée de la valeur de la contrainte (figure 3.14 et σt2 14 28
tableau 3.5). Le surpassement de la T v rend malléable le 5,0 27,6
plastique ce qui permet l’allongement vertical de
ɛt1
l’éprouvette sans effort. ɛt2 10,0 37,9

Tableau 3.5 : Comparaison de la résistance à l’allongement


maximale et de la contrainte conventionnelle

15
A l’instant t2, après refroidissement, la contrainte à la Nous retrouvons pour des échantillons identiques, soumis
traction remonte instantanément. La courbe ou non au chauffage, des valeurs similaires de contrainte
conventionnelle devient similaire à celle d’un échantillon et d’allongement maximum à la rupture (tableau 3.6).
non soumis au chauffage (figure 3.15). Le dépassement de
la Tv n’affecte pas ou peu la courbe conventionnelle à
condition que l’échantillon soit totalement refroidi.

Echantillons 8 (horizontal 9 (vertical non 10 (horizontal 11 (vertical


non chauffé) chauffé) chauffé) chauffé)
σmax (N/mm²) 142 114 142 114
ɛmax 32,7 68,8 35,0 62,1
Tableau 3.6 : Comparaison de la résistance à l’allongement
maximale et de la contrainte conventionnelle

b) La chambre à air

Les ateliers JC Decaux de Saint-Denis ont accepté de nous inclinable d’un angle φ par rapport à l’horizontale un
fournir des stocks usagés issues des 15 000 vélos en morceau de chaume de bambou ou une pièce de bois
circulation. Nous étudions dans ce chapitre les recouverte de plastique PET (figure 3.16 et 3.17).
caractéristiques mécaniques de ces chambres à air et plus
particulièrement 2 choses : le rapport entre la contrainte et L’objet subit alors son poids P et la réaction R du support.
l’allongement et le coefficient statique de frottement. La réaction du plan incliné sur l’objet a pour composantes
Grâce à ces données nous pourrons par la suite quantifier RN (perpendiculaire au plan) et RT (parallèle au plan) qui
les efforts de tirage à fournir sur une chambre à air de vélib est la force de frottement (figure 3.16). A l’aide d’une
afin d’exercer une force de serrage suffisante pour vidéo et de papier millimétré nous relevons le moment où
maintenir les chaumes de bambou entre eux. la pièce se met à glisser sur la surface recouverte de
chambre à air.
Protocole expérimental :

Expérience 1 : Test de traction

Afin d’établir la courbe conventionnelle, nous préparons


une éprouvette n°12 composée de deux tubes de chambres
à air superposés permettant d’augmenter la section et
limitant l’allongement sous charge du caoutchouc. Nous
soumettons l’échantillon à une force de traction (jusqu’à
la limite possible donnée par le vérin) puis dans le sens
inverse nous remontons le vérin jusqu’à ce qu’il retrouve
sa position initiale. Les calculs et l’obtention des graphes
sont similaires au travaux précédents.

Expérience 2 : Test de glissement Figure 3.16 : Test de glissement Caoutchouc/PET

La loi de Coulomb en mécanique exprime l'intensité des


forces de frottements qui s'exercent entre deux solides.
Selon que ces solides glissent ou non l'un contre l'autre,
on parle de glissement (frottement dynamique) ou
d'adhérence (frottement statique).

Afin de déterminer le coefficient statique de frottement μ


entre la chambre à air et :
- le plastique PET, et
- le bambou ;
nous recouvrons la surface d’un support inclinable de
Figure 3.17 : Test de glissement Caoutchouc/Bambou
chambre à air. Nous posons directement sur le support

16
Lorsque le solide est en équilibre on a : On note :
P + R = 0 soit P.cos φ = RN et P.sin φ = RT
μcp le coefficient statique de frottement de la chambre à air
Lorsque l’angle φ devient égal à φmax, le solide se met à
avec le plastique PET.
glisser.
μcb le coefficient statique de frottement de la chambre à air
On a alors : avec le bambou.
RT / RN = tan φmax = μ
On en déduit μcp = AB/BC et μcb = DE/EF

Présentation et analyse des résultats :

Expérience 1 : Test de traction


σ12 = T/S12 (N/mm²) ɛ12 = Δl/L12 (en %) T12 (N)
1,70
1,60
1,50 0,00 0,0 0
1,40
1,30 0,79 18,0 143
1,20
σ = T/S (N/mm²)

1,10
1,00 1,61 37,6 293
0,90
0,80 1,61 54,5 293
0,70
0,60 0,79 48,9 143
0,50
0,40
0,30 0,00 29,2 0
0,20
0,10 0,00 8,4 0
0,00
0,0 5,0 10,0 15,0 20,0 25,0 30,0 35,0 40,0 45,0 50,0 55,0 60,0
ɛ = Δl/L (en %) Tableau 3.6 : Comparaison de
Eprouvette 12 la résistance à l’allongement maximale
Figure 3.18 : Courbe conventionnelle de la et de la contrainte conventionnelle
chambre à air Vélib

Nous sommes arrivés en bout de course du vérin, la La forme de la courbe conventionnelle (figure 3.18) est
contrainte à la rupture en traction n’a jamais pu être une patatoïde. Après avoir été étiré fortement, la limite
atteinte. Sans difficulté nous avons obtenu un allongement d’élasticité a été dépassée et le caoutchouc a tendance à ne
de presque 55% de la longueur initiale. pas revenir à sa position initiale. Nous sommes rentrés
dans la phase plastique.

Expérience 2 : Test de glissement

60

50

40 Le coefficient statique de frottement du caoutchouc sec,


sur des surfaces nettoyées, est très important. Il est rare
30 dans des cas usuels qu’on dépasse la valeur de 1. Même la
surface lisse et non poreuse du plastique PET offre une
20 adhérence importante (figure 3.19). Ces données nous
permettront de mesurer les efforts à fournir pour des
10 assemblages de bambou.

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Figure 3.19 : Coefficient de frottement
17
3.2 RESISTANCES DES ASSEMBLAGES Nous avons renseigné l’effort de compression indiqué par
PERPENDICULAIRES la cellule et mesurer l’enfoncement du chaume de bambou
vertical vis à vis du chaume de bambou fixe horizontal.
Nous réalisons 4 assemblages (figure 3.20) reliés à l’aide
d’un nœud à brêlage carré. Nous utilisons des chaumes de Expérience 2 :
bambou de diamètre 35 mm et d’épaisseur 5 mm.
Afin de réaliser le test de résistance à la rotation, nous
utilisons le banc de l’ENSAPM auquel nous fixons un
1 2 reposoir afin de maintenir l’assemblage de bambou dans
le plan P pendant le test (avec P plan vertical du banc
d’essai passant par l’axe du vérin) (figure 3.22). Les
extrémités des assemblages sont préalablement coupées à
45° afin d’améliorer l’équilibre et le glissement sur la
surface de bois bakélisé servant à répartir la charge du
vérin.

3 4

1 - Corde sisal ;
2 - Cordage plastique non chauffé ;
3 - Cordage plastique chauffé ;
4 - Cordage plastique chauffé + chambre à air.

Figure 3.20 : Assemblages testés (Toussaint J.)


Figure 3.22 : Montage expérimental
Nous testons deux caractéristiques mécaniques des pour test de rotation (Toussaint J.)
assemblages :
- Expérience 1 : résistance au glissement du nœud
Nous avons renseigné l’effort de compression indiqué par
suivant une force de compression verticale ;
la cellule et mesurer la hauteur h de l’assemblage (figure
- Expérience 2 : résistance du nœud à la rotation suivant 3.23).
une force de compression verticale.

Protocole expérimental :

Expérience 1 :

Afin de réaliser le test


de glissement, nous
utilisons le banc de
l’ENSAPM auquel
nous fixons un
reposoir afin de
maintenir
l’assemblage de Axe j
bambou en place et
éviter une rotation
autour de l’axe j
(figure 3.21). Figure 3.23 : Calcul de l’angle θ
Figure 3.21 : Reposoir en bois (Toussaint J.) et mesure de la hauteur h (Toussaint J.)

18
Nous savons que : L’adhérence du nœud est mauvaise.
- les triangles formés par les chaumes de bambou sont L’assemblage 3 (réalisé avec du cordage plastique
isocèles ; chauffé) est presque 10 fois plus résistant que le cordage
- la somme des angles dans un triangle fait 180° ; non chauffé (Fmax = 2100 N). Le meilleur maintien de la
- la longueur d (sur l’axe) de chaque bambou est de 230 connexion par rétractation du plastique suite au chauffage
millimètres. est avéré.
Dans ces trois premiers cas, au-delà d’une valeur limite F,
On a donc : le nœud glisse de manière continue sur le chaume de
α + α + θ = 180 bambou vertical sans plus offrir de résistance.
sin(α) = (½.h) / (½.d)
½.θ = 180 – 90 – sin-1[sin(α)] L’assemblage 4 (réalisé avec le cordage plastique chauffé
positionné sur chambre à air) atteint une valeur limite F
Soit θ = 2 . (90 – sin-1(h/230)) égale à 3900 N. La chambre à air avec son haut coefficient
⟺ θ = 180 – 2. sin-1(h/230) statique d’adhérence permet d’empêcher le nœud de
glisser jusqu’à rupture du caoutchouc. Au moment de la
Nous pouvons alors obtenir les courbes donnant l’angle θ rupture, on note une chute drastique de l’effort appliqué
en fonction de la force F. par le vérin (on passe de 3900N à 1400N). Malgré tout,
l’effondrement de l’assemblage ne se fait pas, le nœud
L’intensité de la force F est définie comme la somme de continue de résister aux efforts de glissement.
la force exercée par le vérin et le poids de la cale de bois
en pin, de la planche de contreplaquée bakélisée et du
cylindre en acier permettant d’éviter les efforts de
poinçonnements de la cellule (la surface n’est pas plane,
il y a la présence de boulons).

On obtient alors F = (ρ1.V1 + V2.ρ2 + V3.ρ3).g + Fvérin Figure 3.25 : Rupture de la chambre à air (Toussaint J.)

soit F = 3,55 + 6,72.10-1 + 2,20.10-1+ Fvérin


Expérience 2 : La rotation
⟺ F = 4,44 + Fvérin
L’assemblage 1 (corde sisal) et 2 (cordage plastique non
Analyse et présentation des résultats : chauffé) offrent le moins de résistances à la rotation.
Cependant, les valeurs maximums atteintes avant rupture
Les graphiques (figure 3.25 et figure 3.26) sont présentées de contrainte et de déplacement sont similaires aux autres
page suivante. On définit la force Fi max respective à nœuds (tableau 3.7 et figure 3.26). A ce stade, malgré
l’expérience i comme la force maximale appliquée sur le l’écrasement des chaumes de bambou, les liaisons ne
nœud avant rupture et/ou glissement du nœud (tableau 3.7). s’effondrent pas et continuent de maintenir les
assemblages en notant tout de même une baisse de
Type de nœud F1max F2max résistance à la charge de l’ordre de 100 à 200 N.

1 300 1100 L’assemblage 3 (réalisé avec du cordage plastique


chauffé) est celui qui résiste le mieux aux efforts de
2 200 1300 rotation avec une charge limite F de 1400 N et une rotation
maximum de 44°. Le bambou se fissure cependant ensuite
3 2100 1400 et nous notons une diminution drastique de la résistance
de la liaison qui n’est plus capable de reprendre des efforts
4 3900 1400 de charge supérieurs à 1100 N.

L’assemblage 4 (cordage plastique chauffé positionné sur


Tableau 3.7 : Comparaison des forces maximales de la chambre à air) se déforme plus vite que l’assemblage
appliquées avant rupture et/ou glissement du noeud 3 (cordage plastique chauffé). Pour le premier effort axial
de 1200N, l’assemblage 3 forme un angle de 30° et
Expérience 1 : Le glissement l’assemblage 4 forme un angle de 38°. Cependant après
rupture du bambou, le caoutchouc de l’assemblage 4
L’assemblage 1 (corde sisal) et 2 (cordage plastique non permet de maintenir la liaison et évite une baisse
chauffé) ont un comportement similaire. Une force de 200 à significative de résistance à la charge, ce qui n’est pas le
300 N est suffisante pour bouger le chaume vertical. cas de l’assemblage 3.

19
4500

4000 Fmax = 3900N


Déplacement limité du
nœud après rupture
3500

3000
F = Force verticale (N)

2500
Fmax = 2100N
2000

1500

1000 Glissement continu du nœud


au-delà d’une valeur F
500
Fmax = 300N
Fmax = 200N
0
0 2 4 6 8 10
L = Enfoncement du chaume vertical (mm)
Figure 3.24 : Comparaison de la résistance au frottement

1_Corde sisal
2_Cordage plastique non chauffé
3_Cordage plastique chauffé
4_Chambre à air + Cordage plastique chauffé

1500
Fmax = 1400N Fmax = 1400N
1400
Fmax = 1300N
1300

1200

1100
Fmax = 1100N
1000
F = Force verticale (N)

900

800

700

600 Meilleur maintien du


500 nœud après rupture

400

300

200

100

0
0 10 20 30 40 50 60 70
θ = Degré de rotation entre les chaumes initialement perpendiculaires

20 Figure 3.25 : Comparaison de la résistance à la rotation


3.3 RESISTANCES DES ASSEMBLAGES frottement avec le bambou et le plastique PET (figure 3.19,
PARALLELES page 17), nous déterminons la force de tirage T à appliquer
sur le caoutchouc pour réaliser un assemblage aussi résistant
Il est intéressant de pouvoir prolonger la longueur d’un par caoutchouc et chambre à air que par tige filetée et
chaume par l’ajout d’un autre chaume mis bout à bout. percement.
L’un des procédés les plus simples et rapides consiste à
percer et relier par une tige filetée transversale en acier et Partie 2 : Tests de résistances à la traction de 3 assemblages
des boulons les chaumes. Cette méthode est largement
utilisée dans la construction. Ici on cherche à réaliser un Afin de vérifier les hypothèses préalablement établies, nous
assemblage au moins aussi résistant sans percement à étudions la résistance à la traction des 3 assemblages
l’aide de bouteilles plastiques et des chambres à air. On suivant :
propose de positionner une coquille plastique autour de la
jonction entre les deux chaumes de bambou et de venir Assemblage A : 2 chaumes de bambou reliés par une
maintenir l’ensemble à l’aide d’une bande de caoutchouc bouteille plastique PET chauffée.
(figure 3.26).
Assemblage B : 2 chaumes de bambou reliés par une
bouteille plastique PET chauffée et maintenus par une
3 5 chambre à air Vélib, elle-même maintenue par un cordage
1
plastique.
.
Assemblage C : 2 chaumes de bambou reliés suivant la
technique précédente mais avec l’ajout d’un trait de
Jupiter.

2 4 Expériences et applications numériques

Partie 1 : Tension de caoutchouc de serrage

Soit les deux assemblages suivant :


1_ Positionner bout à bout les chaumes
2_ Positionner la bouteille plastique sur la jonction
3_ Rétractation de la bouteille plastique par chauffage
4_ Maintien de la liaison par serrage de la bande de
caoutchouc issue de la chambre à air Vélib
5_ Liaison finale, possible maintien de la bande
caoutchouc par l’ajout de corde plastique découpée puis
chauffée.

Figure 3.26 : Hypothèse de liaison et méthodes de


diamètre D =
réalisation (Toussaint J)

Figure 3.27 : Assemblage 1 par tige filetée


Protocole expérimental

Partie 1 : Tension du caoutchouc de serrage

Nous faisons l’hypothèse qu’un assemblage de chaumes mis


bout à bout, serré avec une bande de caoutchouc Vélib, est
au moins aussi résistant en traction qu’un assemblage réalisé
avec des tiges filetées en acier (voir figure 3.27 et 3.28).

En déterminant la force de traction F1max nécessaire pour


arracher un assemblage par tige filetée en acier et en
connaissant la courbe conventionnelle de la chambre à air Figure 3.28 : Assemblage 2, liaison bout à bout avec
(figure 3.17, page 17) et son coefficient statique de plastique PET et chambre à air de Vélib

21
D = diamètre du bambou Nous appliquons le principe fondamental de la statique.
e = épaisseur du bambou Après mesure du bras de levier on obtient :

σ 1max = contrainte à la rupture de l’assemblage 1 F1= [4,95.10-1.Fvérin – 2,20] / (3,30.10-1)


L1 = longueur séparant l’extrémité du bambou de la tige ⟺ F1 = 1,5.Fvérin – 6,67
filetée
Lors de l’essai nous avons noté :
σ 2 max = contrainte à la rupture de l’assemblage 2
L2 = largeur de la surface de contact entre le caoutchouc et σ1 = F1/S1 Remarques Comportement
le plastique PET et/ou bambou, pour les 2 chaumes mis bout (N/mm²) de
à bout l’assemblage
10,8 Apparitions de fissures verticales Fin de la phase
μcp = coefficient statique de frottement entre le caoutchouc dans le chaume de bambou élastique et
Vélib et le plastique PET (plus défavorable que le coefficient situées au niveau du percement début de la
statique de frottement entre le caoutchouc et le bambou) de la tige filetée haute, sur un phase
seul des deux côtés du chaume. plastique.
N2 = effort normal exercé par la chambre à air sur le chaume Déplacement non notable des
par l’action du serrage tiges filetées.
T2 = force de traction exercée sur la chambre à air à 14,13 Agrandissement des fissures déjà Phase
déterminer pour obtenir l’effort normal N2 présentes et apparitions de plastique.
fissures verticales au niveau du
Relations physiques utilisées : même percement mais situées de
σ max = μ.N l’autre côté du chaume.
Déplacement non notable des
σ max = Fmax / S tiges filetées.
T = N.D/2 16,63 Agrandissement et élargissement Fin de la phase
des fissures déjà présentes. plastique.
On pose : Déplacement de la tige filetée
F2 max ⩾ F1max haute de 3 mm vers le haut.
⟺ σ2 max. ½.π.D.L2⩾ σ1 max.4.e.L1 21,63 Rupture totale du chaume par Effondrement
⟺ σ2 max ⩾ (σ1 max.8.e.L1) / (π.D.L2) propagation presque instantanée
⟺ (μcp.T2 max.2) / D ⩾ (σ1 max.8.e.L1) / (π.D.L2) des fissures verticales présentes.
⟺ T2 max ⩾ (σ1 max.4.e.L1) / (π.L2.μcp)
Tableau 3.8 : Essai de traction sur assemblage 1 : bambou
relié bout à bout par tige filetée acier
La force de traction F1max nécessaire pour arracher un
A.N :
assemblage par tige filetée en acier est déterminée
Nous savons dorénavant que :
expérimentalement. Nous exerçons une force de
cisaillement sur les fibres du bambou par l’action des tiges σ1 max = 16.63 N/mm²
filetées tirées verticalement vers le haut et le bas. e = 5 mm
μcp = 0.7
L1 = 90 mm

F1 T2 max ⩾ (σ1 max.4.e.L1) / (π.L2.μcp)


Soit T2 max ⩾ 13 600 / L2

L’assemblage 2 est réalisé avec une chambre à air de


section S égale à 91 mm².
Fvérin La contrainte σ à appliquer sur la chambre à air est donc :
σ = T2max / S
⟺ σ ⩾ 13 600 / (L2.S)
⟺ σ ⩾ 149 / L2

F1 Un rapide test démontre que l’on peut manuellement


facilement étirer la chambre à air de Vélib de 25 % de sa
Figure 3.29 : Montage du banc d’essai (Toussaint J) taille initiale (figure 3.30 page suivante).

22
Figure 3.31 : Assemblage A

Figure 3.32 : Assemblage B

Figure 3.30 : Etirement manuel de la chambre à air

La courbe conventionnelle de la chambre à air Vélib


(figure 3.17, page 17) indique qu’un allongement de
l’ordre de 25% correspond à une contrainte de l’ordre de
1N/mm².

Par conséquent pour que l’assemblage 2 soit réalisable


facilement manuellement et pour qu’il résiste mieux ou Figure 3.33 : Assemblage C
aussi bien aux contraintes de traction que l’assemblage 1
réalisé avec des tiges filetées, nous devons avoir une Après avoir appliqué le PFS et déterminer la force de
contrainte σ comprise entre les valeurs : traction FA, FB et FC nous obtenons les courbes suivantes :

1,00 ⩾ σ ⩾ 149 / L2 3500,00


On en déduit L2 ⩾ 149 mm
C’est pourquoi nous prendrons pour la suite de l’article 3000,00
une longueur de recouvrement des chaumes mis bout à
F (N) = force de traction

bout L2 = 200 mm, nous n’aurons plus qu’à appliquer une


force de traction T2 = 68 N 2500,00

2000,00
Partie 2 : Tests de résistances à la traction de 3 assemblages
1500,00
Assemblage A : 2 chaumes de bambou reliés par une
bouteille plastique PET chauffée.
1000,00
Assemblage B : 2 chaumes de bambou reliés par une
bouteille plastique PET chauffée et maintenus par une 500,00
chambre à air Vélib, elle-même maintenue par un cordage
plastique. 0,00
0,00 20,00 40,00 60,00
Assemblage C : 2 chaumes de bambou reliés suivant la
ɛ = Δl/L (en %)
technique précédente mais avec l’ajout d’un trait de
Jupiter. Assemblage
AssemblageA10 Assemblage
AssemblageB11 Assemblage
Assemblage C12

Figure 3.34 : Comparaison des courbes de traction en


fonction de l'allongement

23
Analyse des résultats :

Assemblage 1 A B C
Fmax (N) 2993 443 443 2693
Figure 3.35 : Rupture de l’assemblage A après le test de
ɛ max (en %) 1,0 17,9 3,6 8,5
traction
Feffondrement 3893 743 / 3293
(N)

Tableau 3.9 : Résultats des tests de traction sur les différents


assemblages A, B et Cet comparaison avec l’assemblage par
tiges filetée n°1

Soit l’assemblage 1 l’assemblage réalisé avec les tiges


filetées acier. On pose Fmax la force de traction exercée
lorsque l’assemblage ou le bambou commence à fissurer
et se déplacer et ɛ max l’allongement correspondant. On Le déplacement vertical des
pose Feffondrement la force de traction exercée au deux chaumes crée un vide au
moment de la rupture de l’assemblage. milieu de l’assemblage

L’assemblage A réalisé seulement à l’aide de plastique Figure 3.36 : Rupture de l’assemblage B après le test de
PET est aussi résistant à la traction que l’assemblage B et traction
presque 7 fois moins résistant à la traction que
l’assemblage 1 (FA max = FB max << F1 max). CONCLUSIONS
Les déplacements verticaux des chaumes mis bout à bout Dans cet article nous cherchions à développer et
sont très importants, ils sont 5 fois supérieurs que expérimenter de nouveaux assemblages entre chaumes
l’assemblage B qui est doté d’une chambre à air. mis en place à la main in situ selon des techniques de
cordage simple, réalisés avec des matériaux de
L’effondrement de l’assemblage intervient subitement récupération gratuits et abondants. Nous avons proposé
lors de la rupture du plastique PET (figure 3.35). l’utilisation de plastique PET issu des bouteilles
alimentaires pour leurs qualités thermo-rétractables et de
L’assemblage B réalisé avec de la chambre à air et une caoutchouc issu d’anciennes chambre à air usagées afin
bouteille plastique PET résiste presque sept fois moins d’augmenter le contact et l’adhérence du nœud.
bien aux efforts de traction qu’un assemblage avec tige
filetée. Malgré le respect de la largeur L (largeur de la Les nombreux tests de résistance de matériaux ont permis
surface de contact de caoutchouc), le seul maintien des de départager les différents bouteilles plastiques
chaumes de bambou par la bouteille de plastique chauffée rencontrées dans le marché. Les bouteilles contenant des
et le serrage de la chambre à air ne permet pas de garder boissons gazeuses sont les plus performantes avec des
les chaumes en contact bout à bout. La chambre à air a contraintes à la traction allant jusqu’à 150 N/mm², même
tendance à s’étirer verticalement et permettre après avoir subi un dépassement ponctuel de la
l’éloignement des deux éléments (figure 3.36) à partir température vitreuse Tv. On notera cependant qu’il est
d’une force de traction FB égale à 443 N. préférable ne pas exercer une force de traction dans l’axe
d’étirement des molécules de la bouteille suite au procédé
L’assemblage C qui suit le même procédé de montage de fabrication par soufflage. Dans ce cas, la contrainte
mais avec la présence d’un trait de Jupiter entre les maximum peut-être réduite de près de 20%. Au même
chaumes permet de résister à des efforts de traction titre, les motifs liés à l’embouteillage sont à éviter.
presque équivalent à un assemblage par tige filetée :
Nous avons déterminé le coefficient statique de frottement
F1 max = 1,11 . FA max du caoutchouc des chambre à air avec le bambou et le
F1 effondrement = 1,18 . FA effondrement plastique PET (μcp =0.7 et μcb =1.31) et confirmer ses
propriétés exceptionnelles d’adhérence.
Lors de l’effondrement, le bambou se fissure
complètement et ne permet plus un maintien correct de la En suivant des techniques traditionnelles de laçage, les
liaison par serrage de la chambre à air. deux matériaux combinés ont permis d’obtenir des
assemblages perpendiculaires de bambou par 13 fois plus
résistants au glissement qu’un assemblage par corde sisal.

24
Une force de poussée de 3900 N a été nécessaire à Master, sous la direction de M.Godart, ENVI5G-M, 2011 –
l’apparition des premiers mouvements. La meilleure 2012. [en ligne] Disponible sur http://mem-
résistance aux efforts de rotation n’est pas flagrante mais envi.ulb.ac.be/Memoires_en_pdf/MFE_11_12/MFE_Gond
le caoutchouc permet de prévenir plus longtemps a_11_12.pdf, consulté le 24/02/2018
l’effondrement et maintien en place le nœud.
[5] CASANOVA, Philippe ; Le bambou, du
Les assemblages parallèles de chaumes mis bout à bout développement durable à la création d’objets ; Eyrolles ;
non pas pu résister aux efforts de traction. L’ajout d’un Paris ; 2010.
trait de Jupiter a permis d’égaler la résistance à la traction
d’un assemblage par tige filetée acier (de l’ordre de 3000 [6] Groupement forestier, quelle gestion des fôrets ?
N). Une autre série de test avec la mise en place de Repéré à
coquille rigide servant à relier les deux chaumes https://www.groupementsforestiers.com/linvestissement-
compléterait l’étude. forestier/groupements-forestiers-quelle-gestion-forets/,
consulté le 25/02/2018
Ces expériences sont concluantes quant à l’utilisation du
plastique PET et du caoutchouc comme matériau [7] JANSSEN, J.J.A. ; Bamboo in building structures ;
d’assemblage pour chaumes de bambou. Pour aller plus publication de l’université d’Eindhoven ; thèse de
loin plusieurs points peuvent être encore approfondis et doctorat, sous la direction de W.Huisman et
étudiés comme : P.C.Kreijger, Technische Universiteit Eindhoven ; 1981.
- la résistance de l’assemblage après exposition aux [en ligne] Disponible sur
intempéries et au soleil, https://pure.tue.nl/ws/files/3987215/11834.pdf, consulté
- l’évaluation et la comparaison des nœuds possibles pour le 25/02/2018
le laçage des éléments,
Elles peuvent précéder la réalisation d’un premier [8] Caractéristiques mécaniques du bambou, Repéré à
prototype échelle 1 d’échafaudage. http://www.bambouscience.fr/2011/06/24/caracteristique
s-mecaniques-du-bambou/
REMERCIEMENTS
[9] FREY, Pierre ; Simon Velez Architecte, la maitrise du
Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à mon bambou ; Actes Sud ; Paris ; 2010.
Directeur de mémoire Monsieur Robert LEROY. Je le
remercie de m’avoir encadré, orienté, aidé et conseillé. [10] RICHARD, Michael J ; Assessing the performance of
J’adresse mes sincères remerciements à tous les structural Bamboo components ; université de Pittsburgh ;
professeurs, intervenants et toutes les personnes qui par thèse de doctorat ; sous la direction de K.A.Harries ;
leurs paroles, leurs écrits, leurs conseils et leurs critiques Pittsburgh ; 2013. [en ligne] Disponible sur http://d-
ont guidé mes réflexions et ont accepté à me rencontrer et scholarship.pitt.edu/19359/4/RichardMJ_etd2013.pdf
répondre à mes questions durant mes recherches.
[11] TOUSSAINT, Pascal ; Application et modélisation du
REFERENCES principe de la précontrainte sur des assemblages de
structure bois ; université Henri Poincarré ; thèse de
[1] BYSTRIAKOVA, Nadia ; Bamboo biodiversity ; doctorat ; sous la direction de P.Triboulot et J.F.Bocquet
publication INBAR ; London ; 2004. [en ligne] Nancy ; 2010.
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_World_map.png, consulté le 25/02/2018
[13] BOU CHAAYA, Wissam ; Treillis de Warren et treillis
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