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Placement SMQ-Estrie

Martin Gladu

Le bureau de placement fera de


l'emploi régional sa priorité.
Jacques Bizier
La Tribune, 8 octobre 1981

C omme son nom l’indique, Placement SMQ-Estrie était le service de placement

syndical de la section Estrie du défunt Syndicat de la musique du Québec (1978-82).

Gilles Bernier (24 ans) y était le permanent, et Jacques Bizier le président.

À l’époque, Bernier et Bizier étaient tous les deux membres du groupe de musique
traditionnelle Matante Alys. Bernier avait joint la bande – qui avait décidé de faire de la
musique à plein temps en janvier 1980 – à l’été 1980 en remplacement de Michel Thibault.

Avec Richard Perreault, un autre membre de la formation, ils avaient été parmi les
principaux instigateurs de l’Association régionale des musiciens de l’Estrie en octobre
1978 (soixante-cinq membres en 1979), dont voici les réalisations :

- réalisation d’un inventaire régional des ressources en musique notamment sous les
aspects réseau de scènes, salles de pratique et location de systèmes de sons et lumières;
- préparation d'un projet d’organisation légale (NB : L’Association n’était pas un syndicat);
- préparation d’un bottin des membres;
- préparation d’une liste des employeurs;
- réalisation d’un formulaire d’adhésion-questionnaire destiné à mieux connaitre les
membres;
- cueillette d’informations sur divers aspects de la musique;
- implication dans le Front commun des organismes culturels de l’Estrie réalisé autour du
Festival des Cantons;
- pétition;
- nomination d’un représentant (Bizier) au comité du plan du Conseil de la culture de
l’Estrie;
- répertorier le potentiel dans la région au niveau de la formation musicale;
- établir un centre de perfectionnement musical accessible aux membres;
- faire pression avec les principaux organismes intéressés en vue de réouvrir le dossier sur
l’avènement d’une école supérieure de musique en Estrie.

Le but poursuivi par le SMQ était d’instaurer, au Québec, la liberté d’allégeance


syndicale et ainsi briser le monopole de la Guilde des musiciens du Québec. Or devant les
défis que représentaient cette entreprise, l’organisation dût changer de cap :
Le Syndicat de la musique lance une offensive régionale
par Nathalie Petrowski (Le Devoir, 29 avril 1982)

Tandis que le Club des musiciens, bondé tous les soirs de musiciens membres de la
Guilde, cicatrise les vieilles blessures syndicales et célèbre le départ du président
Gordon Marsh remplacé par Émile Subirana, le Syndicat de la musique du Québec
(SMQ), qui vient d'adhérer au Front de lutte culturel, renait de ses cendres et
entreprend une nouvelle offensive régionale pour le printemps.

Lors d’une conférence de presse marquant la sortie du recueil Chansons de lutte et de


turlute, le président du SMQ, Gilles Garand, a expliqué cette semaine qu’après quatre
ans de négociations vaines avec le gouvernement québécois en vue d'obtenir le
pluralisme syndical dans la musique, le SMQ a changé d’orientation et compte
désormais sur son impact régional pour mettre sur pied un service de placement
syndical.

La région de l’Estrie, qui a un service de placement syndical depuis un an, a donné


l'exemple à l’exécutif montréalais. Selon Gilles Garand, le placement syndical et son
bottin régional réunissant la liste des productions culturelles et marginales du Québec,
est le seul moyen de combattre la crise, d’enrayer le chômage et de libérer les musiciens
de l'emprise des agents ou producteurs du secteur privé. Plutôt que de combattre en
solitaire les montagnes bureaucratiques inébranlables, le SMQ misera désormais sur le
regroupement avec tous les autres travailleurs culturels de la marginalité pour bâtir
un rapport de force concret.

Rappelons que depuis 1978, le SMQ tente sans grand succès de pénétrer le marché
culturel québécois et de briser le monopole qu'exerce l’American Federation of
Musicians, mieux connu sous le nom de Guilde des musiciens. Après avoir publié un
dossier noir sur le syndicat américain et entrepris des négociations peu fructueuses
avec la Corporation de la Fête nationale, Radio-Québec et le Grand Théâtre de Québec,
le syndicat mettait un terme à sa campagne de sensibilisation et révisait sa stratégie.

En dépit de son silence des six derniers mois, le SMQ n'a pas été inactif. Son président
s’est rendu en France pour y voir comment s’y vivait le pluralisme syndical en musique.
De retour au Québec, Gilles Garand a compilé Chansons de lutte et de turlute, un recueil
de 43 chansons de lutte qui doit servir à l’auto-financement du SMQ.

Dans les mois à venir, le SMQ cherchera à conclure des ententes particulières avec les
cégeps. II cherchera également à faire modifier les tarifs de Radio-Québec, qui
considère les musiciens non membres de la Guilde comme des figurants et non des
musiciens. La télévision éducative paie ainsi les musiciens du SMQ selon le tarif de
l'Union des artistes, soit $40 la journée au lieu des $209 prévus par la Guilde.

En attendant les jours meilleurs, le SMQ se prépare à manifester et à chanter ses


chansons de lutte et de turlute lors du dépôt d'un mémoire au ministre des Affaires
culturelles, au terme de ses consultations au sein du milieu culturel québécois.
Qu’est-ce que le placement syndical?

Le placement syndical est un système de référence pour les employeurs. Un employeur qui
a besoin de main d’œuvre s’adresse au syndicat, qui lui suggère une liste de noms pris
parmi l’ensemble de ses membres.

Garand affirmait que ce système était le seul moyen de combattre la crise, d’enrayer le
chômage et de libérer les musiciens de l'emprise des producteurs du secteur privé. Car le
service de placement du SMQ visait d'abord à favoriser le développement de l'emploi
régional en accordant une priorité d'emploi aux travailleurs de la région de l’Estrie, mais
aussi à offrir aux producteurs de spectacles un éventail d’artistes parmi lequel ils
pouvaient choisir au moyen d’un répertoire des musiciens et des techniciens disponibles.

Pourquoi Placement SMQ-Estrie connut-il du succès?

La section estrienne avait été créée en octobre 1979 par Bizier, et le service de placement,
lui, en 1981. Bien que le SMQ peinait à accomplir sa mission, la section, elle, connaissait
une bonne croissance. Elle comptait 40 membres en février 1980, 70 membres à l’hiver
1981, et une centaine de membres en 1982. Elle parvint aussi à offrir plusieurs services à
ses membres, dont Placement SMQ-Estrie.

En 1980, la section offrait 20 productions musicales : Matante Alys, Gilles Bernier, Bolduc,
Caius et Marcheterre, Marie Choquette, Alain Choinière, DDT, Yvon Foucault, Denis
Gervais, Jean-Luc Giguère, Marcel et Farfadet, Larry Niles, Parabole, Gilles Paul, Claude
Potvin, Michel Robert, Jacques Routhier, Yves Roy, Sovie et François Vaillancourt. En
octobre 1982, sur les 21 spectacles présentés dans le cadre de Contact-Estrie, 15 étaient
des productions rattachées à Placement SMQ-Estrie.

Plusieurs organismes de la région, comme l’Association régionale des musiciens de


l’Estrie, le Conseil régional des Communications, le Conseil régional des loisirs, le Conseil
de la culture, le comité régional de Radio-Québec, l’Association régionale du Parti
Québécois et les députés de Sherbrooke et St-François à l'Assemblée nationale, soutinrent
la lutte du SMQ-Estrie pour la liberté d’allégeance syndicale.

En novembre 1982, ce dernier lança donc, en grande première au Québec, un catalogue-


affiche offrant un répertoire d'une trentaine de travailleurs et de travailleuses de la scène
estrienne. C’est le « bottin régional réunissant la liste des productions culturelles et
marginales du Québec » que mentionne Petrowski dans son article et qui servit au
placement syndical dans la région.