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Infortunes des initiales,

ou Charles Nodier mystifié

Jacques-Remi Dahan

(C.N.R.S., UMR 6563.)


On ne prête qu’aux riches, c’est entendu. Et telle est la sulfureuse
réputation du théoricien des supercheries qui ont rapport au livre que
depuis toujours, on lui prêta beaucoup : il n’est guère de critique, ancien
ou moderne, qui n’ait cherché à prendre Nodier en flagrant délit de
supercherie active, et n’ait peu ou prou cédé à la tentation d’enrichir un
corpus pourtant presque incommensurable par l’adjonction d’écrits
anonymes ou pseudonymes1.
Or, si nous avons consacré quelques études à démontrer l’inanité de
certaines attributions, nous ne nous étions guère penché, jusqu’à
présent, sur un dossier beaucoup plus piquant : il appert en effet que,
non seulement les bibliographes attribuèrent à l’écrivain divers écrits
dont il n’était aucunement responsable, mais encore que plusieurs
auteurs s’efforcèrent de faire passer pour siennes des productions de la
paternité desquelles il était entièrement innocent. Nous voudrions donc
mettre ici en évidence les stratégies à l’œuvre dans ces supercheries
inverses, à travers deux exemples particulièrement éclairants2.

I – Nodier aux enfers.

En juillet 1822 apparut aux étals des libraires parisiens, sous la


marque de Sanson et Nadau, un petit volume in-12 intitulé : Inferna-
liana. Publié par Ch. N*** 3.
Cette collection d’anecdotes, petits romans, nouvelles et contes sur les
revenants, les spectres, les démons et les vampires empruntés à dom
Calmet, Lenglet-Dufresnois, Pétis de la Croix, Lewis, voire Jean Potocki,
est le plus généralement concédée à Charles Nodier, à peine voilé, croit-
on, par ses initiales : bien que quelques-uns4, à la lumière de la critique
interne, aient émis des réserves sur la qualité d’auteur de Nodier,
l’unanimité semble complète sur la personnalité du compilateur5.
Qu’en est-il vraiment ? cette seule signature Ch. N*** suffit-elle à
emporter la conviction ? et si la mystification était ailleurs ?
Jean-François Jeandillou le rappelle6 : Nodier signa C** ou C** (du arrivée à Paris de besognes de librairie ou de journalisme, où il trouve
Jura) les articles et poèmes publiés en 1811 dans le Journal du départe- d’indispensables ressources. Ces travaux entraînent parfois nécessairement
ment du Jura ; il signa encore E. de N****** l’épître dédicatoire des anonymat ou pseudonymie, encore que l’auteur aspire souvent à être
Questions de littérature légale (1812), et C. N. les « Observations préli- deviné sans pour autant souhaiter avancer à visage découvert : les initiales
minaires » au roman de Cyprien Bérard, Lord Ruthwen, ou les Vampires ne sont pas un pseudonyme, et lui permettent d’avouer ou de désavouer
(1820). certains écrits en fonction du destinataire. Allons plus loin : elles lui
Ajoutons à ce relevé qu’à l’orée de sa carrière déjà, Nodier avait fait permettent d’avouer ET de désavouer simultanément certains écrits,
suivre des initiales C. N. les trois poèmes insérés dans les Essais littéraires, selon les circonstances. C’est ainsi qu’un grand nombre des contribu-
par une société de jeunes gens 7 (1800) ; qu’il signa pareillement, en 1810- tions journalistiques signalées paraissent dans des périodiques d’une
1811, la notice placée en tête des deux éditions du roman de Lady couleur politique embarrassante pour l’écrivain (Le Mercure de France,
Hamilton, La Famille du Duc de Popoli ; qu’on n’a pas lieu de lui contes- L’Universel) ; dans des feuilles où l’auteur n’est pas censé écrire à ce
ter l’article « Liberté, égalité, fraternité ou la mort, histoire véritable » moment, pour cause de contrat d’exclusivité passé avec un autre quoti-
signé de même dans Le Drapeau Blanc 8 du 27 février 1819 ; et encore dien ; ou encore à titre de ballon d’essai (Le Temps).
moins les articles signés C. N., ancien bibliothécaire de Carniole ou sim-
plement C. N. dans La Quotidienne 9 de 1821, dans le Journal des Nous avons précédemment fait allusion à Lord Ruthwen. Précisons.
Débats de 182210, La Foudre de 182311, voire Le Mercure de 182712 ou Le roman, qui se donne pour une suite du Vampire de Polidori, est
L’Universel de 182913. exactement intitulé : Lord Ruthwen, ou les Vampires. Roman de C. B.
publié par l’auteur de Jean Sbogar et de Thérèse Aubert. Or la mention
C. N. n’est pas Ch. N., serait-on tenté d’objecter. Mais Nodier, « Roman de C. B. », comportant les initiales du véritable auteur – le
indéniablement, fit usage en 1811 de la signature Ch. N. au bas de ses directeur du Vaudeville Cyprien Bérard –, est composée en si petit corps
« Observations préliminaires » au Dernier homme de Grainville14, alors qu’elle se perd dans l’illisible tréfonds de la page, tandis que s’exhausse
que son nom complet figure sur la page de titre ; il signa ainsi en 1819 triomphante aux yeux du lecteur l’indication « publié par l’auteur de Jean
son unique contribution15 au Conservateur de Chateaubriand ; et fit de Sbogar et de Thérèse Aubert ».
même, en 1824, au bas d’un poème16 inséré dans L’Oriflamme – Le À n’en pas douter, il s’agit d’un patronage, et ce patronage a pour
Régulateur d’Abel Hugo ; sous le régime de Juillet, il apposa cette seule fin, dans la pensée du flamboyant libraire Pierre-François
signature au pied de son premier article17 dans les colonnes du Temps ; Ladvocat, de faire bénéficier l’œuvre du filleul peu connu de la
dans le Bulletin du bibliophile lui-même, où les initiales du fondateur notoriété du parrain, auteur à succès des deux romans récemment
sont connues de chaque lecteur, on les retrouve en 1838 au bas d’« Anec- publiés de Jean Sbogar (1818) et de Thérèse Aubert (1819).
dotes typographiques18 » ; enfin, en 1824-1825, on constate que Qu’on ne s’imagine pas cependant un acte désintéressé ! C’est de
l’écrivain use alternativement de Ch. N. et de C. N. pour revendiquer la commerce qu’il s’agit : Nodier, toujours réduit aux expédients, a
rédaction des notices du Répertoire […] du théâtre français de madame compris très vite que son nom constituait une valeur négociable ; ne le
Dabo19, ce qui marque la quasi-parfaite équivalence de ces deux signatures. voit-on pas, cette même année 1820, prêter sans vergogne ses initiales
Ch. N. à une nouvelle édition20 du célèbre ouvrage du vicomte J.-A. de
Charles Nodier, qui n’accède à une relative stabilité financière qu’en Ségur, Les Femmes, alors même que son disciple Alexandre Barginet
devenant en 1824 bibliothécaire de l’Arsenal, fut coutumier dès son prétend plausiblement21 à la paternité de l’introduction, des notes
historiques et du chapitre supplémentaire ?
En l’occurrence, le statut de Lord Ruthwen se complique, d’une part, assez amusant d’anecdotes, de petits romans, et de contes sur les
du goût avéré de Nodier pour la littérature vampirique22, réaffirmé dans revenans, les spectres, les démons, les vampires. N’allez pas cependant
les « Observations préliminaires » au roman, signées C. N. ; vous laisser abuser par les initiales du nom de l’auteur, et vous imaginer
d’autre part, de la duplicité manifeste de l’éditeur Ladvocat, qui entend que ce livre soit sorti de la plume qui nous a donné Jean Sbogar 25. »
exploiter au mieux de ses intérêts le marché qu’il a pris soin de faire Et Quérard en personne, quoiqu’il entérine l’attribution courante
régulièrement parapher par son ami Nodier, lequel a monnayé sa des Infernaliana, estime nécessaire de se garantir en précisant : « Nous
protection avec une légèreté dont il se repent. S’ensuivirent mentionnons cette indication inscrite dans divers catalogues, mais elle
protestations de Nodier, échange de lettres dans les journaux, menaces de paraît douteuse26. » De la part du grand bibliographe, dont on sait de
poursuites, etc.23 quelle haine persévérante il poursuit ordinairement Nodier, pareil aveu
Le cas de Lord Ruthwen présente un très vif intérêt, en ce qu’il porte se révèle précieux.
sur la place des notions jusqu’alors confidentielles et réservées aux De fait, un seul argument de poids, tardivement apporté, conforte-
milieux spécialisés, induisant de ce moment dans l’esprit de chaque rait l’attribution à Nodier... s’il était vérifié.
lecteur un doute permanent sur la paternité véritable de toute production Préparant vers 1960 son édition collective des Contes de Charles
littéraire de près ou de loin attribuable à Charles Nodier, et le sentiment Nodier, Pierre-Georges Castex découvrit, dans la collection de M. Jean
délicieux de se trouver en légitime situation d’émettre un avis sur ces Mennessier-Nodier, descendant de l’écrivain, « un feuillet raturé qui se
sujets controversés. rapporte aux Aventures de Thibaud de la Jacquière et qui est de la main
Les multiples publications que nous avons énumérées instituent, à de notre écrivain », encarté dans un exemplaire des Infernaliana. Il crut
partir du commencement des années 1820, un strict rapport donc « pouvoir, sous réserves, l’incorporer » à son édition27.
d’équivalence entre C. N., Ch. N., « l’auteur de Jean Sbogar [et de Thérèse Ce qu’ignorait alors Castex et que révéla Jean Decottignies en 1963,
Aubert] », et Charles Nodier : moins d’une décennie plus tard, il suffira c’est que les « Aventures de Thibaud de La Jacquière » des Infernaliana
à Charles Nisard d’user parfois, en guise de signature, d’initiales qui sont sont un emprunt à la dixième journée du Manuscrit trouvé à Saragosse de
aussi les siennes, pour que le vulgaire de la bibliographie fasse généreu- Jean Potocki, passé à l’époque inaperçu28. Nous avons pour notre part
sement hommage de ses œuvres à Nodier24 ! Le brillant succès remporté démontré29 que ce texte ne dérivait pas d’une copie originale du
par Lord Ruthwen, que matérialise en juillet 1820 la parution d’une 2e Manuscrit trouvé à Saragosse, mais des Dix journées de la vie d’Alphonse
édition, ouvre donc une voie royale aux virtuels manipulateurs d’initialismes. Van-Worden, édition des dix premières journées du Manuscrit donnée
sans nom d’auteur à Paris en 1814.
Pour en revenir aux Infernaliana, on aura déduit de ce qui précède Cet aspect du sujet, quoiqu’il soit un mets de haut goût, ne regarde
que la parution, en 1822, d’un volume au titre duquel sont apposées les au demeurant que lointainement notre présente problématique. Les
fatidiques initiales Ch. N., entraînait mécaniquement son attribution à questions qui importent sont donc les suivantes : le feuillet manuscrit
Nodier. existe-t-il ? est-il bien de la main de Nodier ?
Cependant il n’est pas tout à fait établi que la main de Nodier tînt Hélas ! c’est là ce que personne ne peut affirmer, ledit feuillet s’étant
en ce cas la colle et les ciseaux, les bibliographes du temps restant dans révélé introuvable. Après avoir nous-même infructueusement recherché
leur ensemble très réservés sur cette imputation. ce fragment, tant du vivant de M. Jean Mennessier-Nodier que plus
Le libraire Pigoreau, dans sa Petite Bibliographie biographico- récemment, nous nous résolvons de guerre lasse à avancer l’opinion
romancière, ne craint pas d’écrire des Infernaliana : « C’est un recueil suivante : bien que nous n’ayons pu nous en assurer, nous sommes
disposé à admettre que Castex a vu un feuillet manuscrit encarté dans « La vie d’un homme de lettres qui n’a jamais eu de
un exemplaire des Infernaliana ; mais nous émettons le doute le plus position sociale, de fortune, ni d’emploi, se réduit à ses
formel sur l’identité du scripteur, la connaissance qu’on pouvait avoir en ouvrages. Or, J’AI SIGNÉ TOUT CE QUE J’AI FAIT SANS
EXCEPTION AUCUNE33. Reste donc à élaguer les livres que
1960 de l’écriture de Nodier – fût-on un dix-neuviémiste de la qualité
des spéculateurs, dont je ne comprends pas les motifs,
de Pierre-Georges Castex – n’étant pas telle qu’on pût identifier celle-ci ont hardiment signé de mon nom ou de mes initiales,
sans aucun risque d’erreur. comme Les Vampires ou Lord Ruthwen, qui est un fort
Il serait en conséquence singulièrement hasardeux d’inférer quoi que joli ouvrage, et dont l’auteur est M. Bérard. Un M.
ce soit de ce document perdu. Collin de Plancy m’a fait le cadeau moins gracieux
d’une sotte compilation intitulée Infernaliana ; j’ai bien
Par ailleurs, et ce n’est pas là le moindre paradoxe de cette affaire, il assez de mes misères sans me charger de celles des autres34.
est un témoignage essentiel dont on ne s’est pas empressé de tenir Voilà tout ce que je sais d’important à rectifier dans
compte jusque là : nul autre que celui du principal intéressé, Charles mon histoire littéraire. »
Nodier en personne. Or Nodier, par deux fois au moins, nia farouche-
ment toute participation aux Infernaliana. Ces lettres appellent plusieurs remarques.
La plus ancienne expression de ce rejet intervient à notre connais- Le passage composé en petites capitales dans le second extrait prête
sance en 1831, dans une lettre au libraire Merlin, à propos de la vente à sourire ; sans qu’il soit besoin de dresser une liste exhaustive des cas –
Nugent de Rothe : nombreux – où le journaliste Nodier ne signa pas, on ne peut oublier, par
exemple, que l’écrivain Nodier se défendit d’abord avec véhémence
« Si vous êtes curieux de dénicher des anonymes, je d’être l’auteur de son plus fameux roman, Jean Sbogar : « Les personnes
vous supplie de vouloir bien restituer à haute et intelli-
gible voix, le jour de la vente, à un certain m[onsieu]r qui me connaissent savent que je ne fais pas de romans ; et comme je
Collin de Plancy l’énorme platitude intitulée Infernalia n’en lis pas plus que je n’en fais, je n’ai pas lu Jean Sbogar 35. » Pareille
ou Infernaliana, n° 14330 du catalogue de Nugent31, que attitude dénégatoire inviterait assurément à se défier a priori des
le susdit a eu l’impudence de placer sous mes initiales et assertions de l’écrivain.
de vendre sous mon nom, dans un temps où mon nom Mais d’autre part, il est exclu que Nodier eût pu songer un seul
valoit quelque chose. Comme vous faites autorité, à fort instant à abuser le destinataire de la première lettre, Jacques Simon
bon droit, parmi les amateurs de particularités biblio- Merlin, grand libraire d’ancien très informé de ces questions de
logiques, je mets sur votre conscience la réparation de
cette mortelle injure, la plus cruelle qui puisse s’attacher pseudonymie et d’anonymat, qui fut l’expert des ventes Nodier de 1827
à ma mémoire dans la postérité, s’il y avoit pour moi et 1829.
une mémoire et une postérité32. » En outre, non content de nier sa paternité, Nodier incrimine
explicitement du forfait le littérateur Jacques-Albin-Simon Collin de
Une variante de cette déclaration se trouve consignée dans une autre Plancy (1794-1881), qui se serait donc rendu coupable d’un détourne-
missive, adressée à l’éditeur de la Biographie des Hommes du jour vers ment d’initiales. Une telle accusation, énoncée en des termes fort crus et
1842, époque de sa vie où Nodier plus que jamais se préoccupe de sculp- livrée au public – puisque, comme Nodier n’en doutait pas, le destinataire
ter sa statue à l’intention de la postérité : de la seconde lettre ne perdit pas de temps pour l’imprimer et la
diffuser –, exposait le bibliothécaire de l’Arsenal, sinon peut-être au
risque d’un duel, à celui d’une tapageuse polémique journalistique, voire précise pour en faire ouvertement usage dans son Dictionnaire infernal,
d’un procès en diffamation. Or Collin de Plancy se garda de réagir… comme s’il puisait à bon droit dans son propre fonds.
Tout cela ne prouve rien à proprement parler, peut-être ; on nous
L’accusation est-elle plausible ? Ce qu’on sait de Collin de Plancy accordera néanmoins que les soupçons jetés par Nodier sur le
rend-il envisageable qu’il eût commis, en 1822, les Infernaliana ? polygraphe sont désormais solidement étayés.
À y regarder de plus près, on s’aperçoit d’emblée que Collin de Il resterait à enquêter sur les mobiles éventuels de Collin de Plancy,
Plancy n’est pas l’auteur fameux du seul Dictionnaire infernal 36 : ce si ceux-ci valaient qu’on s’en enquière. La visée de la supposition d’au-
prodigieux graphomane aux innombrables pseudonymes, que Max teur est ici purement mercantile : le placement des Infernaliana sous
Milner éleva au rang de « principal fournisseur de larves, de spectres et l’autorité, même sujette à caution, de Charles Nodier a favorisé la vente
de démons de [l’]“école frénétique”37 » et dont nul n’a prétendu établir de la plaquette – qui, sans cela, ne se fût pas distinguée de la tourbe des
une bibliographie complète38, est en effet tenu pour responsable de deux publications de même espèce, Fantasmagoriana 49 et autres Spectriana 50 –
compilations analogues aux Infernaliana, publiées autour de 1820 : Les très au-delà de ce que pouvaient raisonnablement espérer les auteurs de
Contes noirs, ou les Frayeurs populaires 39 et Le Diable peint par lui-même 40 ; la probable mystification : indubitablement, le prestige dont jouissent les
on devine encore sa main, en 1819, dans une Histoire des fantômes et des Infernaliana auprès de nos contemporains est étroitement lié au nom de
démons qui se sont montrés parmi les hommes 41, suivie un an plus tard de son auteur présumé, et au nuage soufré qui environne ce dernier ; le
Démoniana 42 ; et en 1820, dans une Histoire des vampires et des spectres dernier exemplaire51 de l’édition originale, devenue rarissime, que nous
malfaisans 43. ayons vu offrir à la convoitise des amateurs n’est pas estimé moins de 900
On remarque surtout que, plusieurs années avant la parution des Euros !
Infernaliana, certains des récits44 qui y prendront place sous une forme
développée apparaissent en 1818 dans la première édition du Ce ne sont là, reconnaissons-le, que des présomptions ; du moins
Dictionnaire infernal, puis dans l’Histoire des fantômes et des démons nous paraissent-elles assez fortes, et suffiraient-elles à ce que nous
(1819), et enfin dans l’Histoire des vampires et des spectres malfaisans accordions à Nodier jusqu’à plus ample informé tout au moins le béné-
(1820) : au premier rang de ceux-ci, l’aventure de Thibaud de La fice du doute.
Jacquière45 ; on note en outre que Collin de Plancy, dans la 3e édition À vrai dire cependant, l’argument à notre sens le plus puissant en
(1844) du Dictionnaire infernal, donne à l’article « CAYOL46 » un long faveur du bibliothécaire de l’Arsenal, celui qui fait définitivement
extrait du récit « Le revenant et son fils » des Infernaliana ; et dans l’am- basculer notre conviction intime, est de sa nature tout psychologique :
plification qu’il donna en 1846 du Dictionnaire infernal sous le titre de Nodier, sourcilleux moraliste, n’est pas Voltaire, et n’entend pas
Dictionnaire des sciences occultes, y ajoute dans sa presque intégralité, à plaisanterie sur les sujets qui lui paraissent toucher à son honneur litté-
l’article « CHIEN47 », le récit des Infernaliana « La petite chienne raire. Il serait proprement inconcevable qu’il mît en cause un tiers pour
blanche ». se défendre d’un acte dont il eût lieu de ne pas tirer de fierté particulière ;
Ainsi donc, dès 1820, Collin de Plancy avait incontestablement le soin qu’il attache à effacer de sa bibliographie ce qu’il est seul à
connaissance d’un des textes les plus marquants des futurs Infernaliana, percevoir comme une marque d’infamie montre assez sous ce rapport
tiré d’un ouvrage peu répandu48 ; et vingt-deux ans et plus après la sor- l’extrême sensibilité de son épiderme.
tie des presses desdits Infernaliana, méchant bouquin semi-anonyme tiré
à 1000 exemplaires, se rappelait le contenu de l’opuscule de façon assez L’affaire que nous allons à présent aborder est plus limpide
encore, et ne laisse quant à elle qu’une faible place à la spéculation.
II – Foudre, fièvre et mauvais œil. d’être aimés ». Tant par son écriture – une prose trempée de poésie –
que par sa thématique (la frange est étroite qui sépare la fièvre généra-
trice de cauchemars du cauchemar lui-même), la nouvelle n’est pas sans
évoquer Smarra (1821) ; elle illustre en outre un thème, celui des amours
contrariées par les barrières sociales, que Nodier traita à maintes reprises :
le chevrier est un frère aîné du narrateur de « Clémentine » (1832) ou
de Baptiste Montauban (1833).
Plus fascinante encore, peut-être, est la nouvelle « Une Heure »,
Le 10 mai 1821 fut mise en vente à Paris la première livraison d’une située en Espagne. Ce récit fantastique fort bien troussé met en scène une
petite feuille in-8° qui se voulait journal de la littérature, des spectacles et Béatrix morte d’amour pour un volage Lothario, laquelle vient quérir
des arts, et avait choisi pour titre principal – et pour emblème – La l’infidèle dans son gothique château, la nuit de ses noces, pour l’entraî-
Foudre52. Charles Nodier, alors très engagé dans les rangs de la « bonne ner dans la tombe. Ce texte, dont le titre fait écho à « Une Heure, ou la
presse » ultra, contribue à cette entreprise de ses amis Cyprien Bérard, Vision » (Les Tristes, 1806), dont le principal protagoniste porte pour
Léon Théaulon et Armand Dartois, d’une « introduction », dans laquelle prénom celui du double aristocratique de Jean Sbogar, où apparaissent
il s’étend sur la naissance du duc de Bordeaux et la nouvelle ère qu’elle brièvement une Éléonore et une Inès, semble un pont jeté à travers les
ouvre pour la France ; et d’une lettre « Au Rédacteur de la Foudre », années, en direction des contes et nouvelles de l’après 1830 : Inès de Las
cette fois signée du pseudonyme, emprunté à Saint-Hyacinthe, de Sierras (1837), La Légende de sœur Béatrix (1837)…
Matanasius 53. La manière est à ce point celle de Nodier que l’hésitation n’est pas
Les numéros suivants permettent, jusqu’en 1823, de retrouver de permise. Moins d’un an plus tard, la nouvelle est reproduite par
temps à autre son nom, quelquefois à la suite de bonnes feuilles de ses l’Almanach dédié aux demoiselles, dont le rédacteur ne balance pas à com-
livres, plus rarement au bas de productions originales. Le 15 mai 1821, pléter les initiales pour faire apparaître en toutes lettres le nom de
Nodier propose une poésie, « Le Lacet d’Églé », signée d’un simple C. l’auteur putatif56, à quelques pages au reste de la romance bien connue
mais à lui restituée par la table du périodique ; le 25 mai, ce sont de très de Nodier, « Le Rendez-vous de la Trépassée ».
énigmatiques « Pensées détachées » ; le 29 septembre, il reprend une Un détail – mais est-ce un détail ? – eût pu faire vaciller les
nouvelle imprimée quinze ans plus tôt dans Les Tristes, « Sanchette, ou certitudes : imprimée dans les premiers mois de 1823, la table de
le Laurier rose » ; etc., etc. l’année 1822 de La Foudre (comme celle de l’année précédente, nous
Durant l’année 1822, ses contributions se limitent à des réimpres- l’avons dit, avait restitué à Nodier le poème « Le Lacet d’Églé ») met
sions, des extraits de la Promenade de Dieppe ou des Voyages pittoresques… « La Fièvre » et « Une Heure » au compte d’un certain Brisset. Ce ne peut
Aussi est-ce avec le sentiment d’une véritable bonne fortune que le être là qu’une erreur : pourquoi diable ce Brisset, Mathurin-Joseph de
lecteur prend connaissance, dans les livraisons des 20 septembre et 5 son prénom, signerait-il Ch. N… et C. N. ?
décembre 1822, de deux nouvelles inédites, « La Fièvre54 » et « Une
Heure55 », respectivement signées des initialismes Ch. N… et C. N. Les années passèrent, sans que Nodier recueillît les nouvelles en
La donnée de « La Fièvre » inverse celle de « La nouvelle Werthérie » question dans une édition collective (la première édition de cette espèce,
(1806) : le jeune chevrier aime la fille du seigneur, qui le remarque à celle de Gide fils, avait paru en 1820 ; la suivante fut celle des Œuvres
peine ; il périt de douleur, à l’instar de « ceux qui aiment sans espoir complètes, chez Renduel, à partir de 1832), ni ne les reprît où que ce soit.
Le 9 février 1826, une petite feuille favorable au romantisme, La tant de modération. Il a attaché mon nom à un nouveau
Nouveauté 57, donna un extrait des Voyages pittoresques (ancienne fragment dont il serait pour cette fois impossible de
Normandie)58 qu’elle avait emprunté aux Annales romantiques 59 : La désigner la place dans mes ouvrages, car je déclare sur
Nouveauté, non plus que les Annales ne l’avaient fait60, ne précisa la l’honneur que je n’en suis pas l’auteur, et que je n’ai
jamais ni conçu une pensée, ni écrit une ligne qui y
source de l’emprunt. eussent le moindre rapport. Si la gravité d’un vol est en
Nodier, alors lié à la très bien-pensante Quotidienne par un contrat raison de l’importance de l’objet volé, j’aurais
d’exclusivité, fit sans délai insérer dans les colonnes de son journal la certainement assez mauvaise grâce de me plaindre d’une
mise au point suivante : licence de ce genre qui ne s’exerce que sur mon nom ;
mais celle-ci passe un peu les bornes que j’y mets. J’ai
« On a pu lire hier, dans un journal littéraire assez de la responsabilité de mes écrits pour ne pas me
quotidien, une colonne et demie signée de M. Ch. charger de la responsabilité des écrits des autres, et
Nodier, qui ne contribue nullement à la rédaction de j’espère que si un sentiment naturel de délicatesse et de
cette feuille. C’est par inadvertance, sans doute, que le justice ne détermine pas le rédacteur du journal en
rédacteur de cette feuille a omis d’indiquer la source où question à mettre un terme à cette espèce de facétie, il
il a puisé ce fragment, qui est extrait du Voyage existe dans quelque loi un moyen d’en empêcher le
pittoresque. Nous sommes autorisés à dire ici que renouvellement. En attendant, Monsieur, je vous prie
M. Ch. Nodier ne coopère à la rédaction d’aucun autre de vouloir bien consigner dans la Quotidienne, seul
journal que la Quotidienne 61. » journal à la rédaction duquel je prenne part, cette
dernière réclamation.
Quelques jours plus tard, La Nouveauté récidive, et reproduit cette
fois la nouvelle « Une Heure62 ». Nodier, abasourdi ou feignant de l’être, Je suis, etc.
prend alors la plume, tant pour protester que pour dégager sa responsabilité : Charles Nodier.

A Monsieur le Rédacteur de LA QUOTIDIENNE 63. Étrange document ! Cette lettre ne rejette pas seulement, de façon
formelle, la paternité de la nouvelle « Une Heure » ; elle sous-entend
Monsieur, aussi que Nodier, quatre ans plus tôt, aurait pu demeurer dans l’igno-
rance de l’usage abusif que faisait de ses initialismes attitrés Ch. N… et
C. N., un journal auquel il coopérait de loin en loin et où il avait ses en-
Vous avez eu la bonté d’expliquer dernièrement trées. Qui trompe qui ? La rédaction de La Foudre, informée au plus
comment il se faisait que mon nom se trouvât au bas tard au commencement de 1823, connut-elle dès l’origine l’identité de
d’un article inséré dans un petit journal auquel je ne l’auteur véritable des deux nouvelles et s’associa-t-elle à la mystification
coopère point. Vous avez attribué à une inadvertance
afin d’augmenter ses ventes, ou bien Brisset temporisa-t-il avant de se
du rédacteur l’omission des sources où il avait puisé cet
extrait, et je n’imaginais pas plus que vous qu’il pût avoir dévoiler jusqu’à ce que la publication fût un fait accompli ? Dans tous
quelqu’intérêt à ce plagiat64. Aujourd’hui, le même les cas, est-il concevable que Nodier, collaborateur de La Foudre et ami
rédacteur a trouvé un moyen fort extraordinaire de se des propriétaires, n’eût été en rien instruit de l’affaire, alors même qu’il
mettre à l’abri du reproche que vous lui adressiez avec signe encore C. N. en 1823, dans les colonnes dudit journal65 ?
En 1826, quoi qu’il en soit, le véritable auteur jette le masque et Ch. N… de cette première publication, et s’abstient d’en éclaircir le
s’avance en pleine lumière. Le jour même, 15 février, où paraissait dans motif.
La Quotidienne la lettre de Nodier, Mathurin-Joseph Brisset écrivait au Peu douteusement, Brisset chercha par cette usurpation d’initiales à
journal pour revendiquer la paternité de la nouvelle « Une Heure », tout capter l’intérêt des lecteurs en faisant passer ses écrits pour ceux d’un
en se félicitant d’une confusion si flatteuse pour son amour-propre auteur en vogue, avec la complicité passive ou active de la rédaction de
littéraire : la feuille : banale supposition d’auteur, sous couvert d’initiales, « idée
qui se présent[e] naturellement à tous les écrivains, et qui leur assur[e]
A Monsieur le Rédacteur de LA QUOTIDIENNE66. pour leurs ouvrages une chance qu’ils n’auraient pas trouvée en eux-
mêmes68 ». Ce qui est ici un peu moins commun, c’est que cette
Monsieur, supposition d’auteur se fait non aux dépens d’un prestigieux disparu,
mais d’un auteur vivant. Il est vrai que Voltaire, expert en vilenies, signa
Le sujet de la réclamation de M. Charles Nodier, la malicieusement « Par l’auteur du Compère Matthieu » sa Relation du
nouvelle insérée dans l’un des derniers numéros d’un bannissement des jésuites de la Chine (1768) et plaça sous le nom de Saint-
journal à la rédaction duquel je suis totalement étranger, Hyacinthe son Dîner du comte de Boulainvilliers (1767), à la fois pour se
fait partie des observations que je viens de publier sur les protéger et pour mettre en difficulté des écrivains à l’égard desquels il
mœurs espagnoles sous le titre de Madrid67. Cette nourrissait quelque rancœur. Toutefois, il y a peut-être dans l’affaire
imitation d’une romance espagnole avait déjà paru dans Brisset plus qu’une imposture.
un journal littéraire, et c’est là sans doute que ces
messieurs l’ont prise ; ce qu’ils n’ont point trouvé, c’est Collin de Plancy n’était guère tout à l’heure qu’un industriel de la
le nom de votre estimable collaborateur dont ils ont cru librairie ; Mathurin-Joseph Brisset (1792-1856) appartient probable-
devoir faire suivre ce fragment.... S’il est doux pour mon ment à une autre classe d’auteurs.
amour-propre d’avoir pu faire naître une semblable Royaliste de cœur et de foi, Brisset n’est pas un grand écrivain, sans
erreur, il est de mon devoir de déclarer que je ne suis doute, mais c’est un être de conviction. Celui qui quitta l’armée après la
pour rien dans la facétie dont M. Charles Nodier se Révolution de Juillet, pour se dévouer par la plume à la branche aînée
plaint avec tant de raison. des Bourbons, ne saurait être taxé d’opportunisme. Qui sait si sa mysti-
J’ai l’honneur, etc. fication de 1822, prolongée et amplifiée en dépit de lui en 1826, ne
M. J. Br..... devrait pas se lire, moins comme une tromperie, que comme un exercice
Auteur de Madrid. d’admiration dédié au baptiste du romantisme français ? « La Fièvre » et
« Une Heure » sont en effet de véritables pastiches, plutôt réussis, et
Paris, 15 février 1826. témoignent d’une étude approfondie de l’œuvre et du style du
maître : plus d’un critique récent s’y est trompé en attribuant sans état
La bonne foi de Brisset n’est, bien évidemment, pas entière.
d’âme ces textes à Nodier69. La reprise que fait Brisset de la seconde
Encore que, c’est un fait, « le nom de [l’]estimable collaborateur » Nodier
nouvelle dans Madrid traduit au reste, de manière assez émouvante, un
ne figure pas en toutes lettres dans La Foudre à la suite du texte de la
sentiment diffus dont l’écrivain a conscience sans se l’avouer tout à fait :
nouvelle, Brisset omet pudiquement de mentionner la signature
c’est en se coulant dans la forme définie par l’auteur admiré que son
mince talent parvient à son niveau d’excellence. de cette dernière contrée furent popularisés ; c’est aussi aux articles de
Après s’être essayé à la poésie, aux tableaux de mœurs, au Nodier, sans doute, que Brisset emprunte les rares éléments de couleur
théâtre, Brisset se tourna dans les années 1830 vers le roman. Sa locale dont il agrémente son récit – essentiellement quelques noms de
première tentative personnelle en la matière, publiée en 1833 par le lieux.
grand libraire romantique Urbain Canel, est Le mauvais œil 70, dont La thématique principale du roman néanmoins, quelque opinion
l’inquiétante vignette de titre évoque « L’œil sans paupière » de Philarète qu’on nourrisse à son endroit, appartient en propre à l’auteur du
Chasles, sinon même la célèbre « tête à l’envers » des Contes bruns Mauvais œil ; et c’est sans souci aucun de dissimuler sa dette informa-
(1832). tionnelle que Brisset cite, seconde épigraphe du chapitre I, un article
Qu’est-ce donc que ce roman méconnu, passé presque inaperçu71 « Littérature slave » jadis publié par Nodier dans le Journal de l’Empire 73.
des contemporains ? « Contrefaçon inepte », tranche Rudolf Maixner, un De fait, pourquoi nous être appesanti sur une œuvre qui peut-être
des rares auteurs qui l’ait parcouru72. Voire… Le mauvais œil ne mérite ne mérite « ni cet excès d’honneur, ni cette indignité » ?
pas cette exécution sommaire, et le terme de contrefaçon qui lui est Quand même Le mauvais œil ne démarque servilement nul
appliqué est tout ensemble injuste et inexact. ouvrage de Nodier, l’ombre de Nodier, nous semble-t-il, plane sur lui.
Rédigé dans une prose lyrique non dépourvue d’agrément, le roman, Yarco dans sa Tour noire est un autre Jean Sbogar dans son nid
très caractéristique de la seconde vague frénétique des années 1830, d’aigle de Duino, comme lui Dalmate en lutte contre l’occupation étran-
retrace le ténébreux destin de Yarco, jeune aristocrate dalmate du XVe gère et victime de la fatalité, victime aussi de la passion qu’il porte à une
siècle, frappé de la malédiction du mauvais œil : celui-ci « aime comme jeune fille que ses origines placent dans le camp ennemi ; peut-être
on hait » ; son regard est pareil à « une lame de stylet [qui] ne brille même Yarco le renvie-t-il sur Sbogar dans la descente aux enfers qu’au
jamais mieux que lorsqu’elle se lève pour tuer ». Bien qu’il se contraigne nom de l’amour il s’impose d’accomplir : Sbogar se contente de marcher
d’ordinaire à une sévère réclusion, il n’a pu s’éviter de tomber amoureux noblement au supplice ; Yarco, avant de périr misérablement, trahit la
de la pure Bianca, fille du gouverneur vénitien de Spalato, lorsqu’il se cause sacrée à laquelle il s’est rallié et se prive de la lumière du jour.
joignit à la noblesse dalmate venue faire sa soumission à Venise. Ce Aussi ne sera-t-on pas vraiment surpris de reconnaître, au chapitre
funeste amour le conduit à risquer sa vie pour sauver Bianca d’un VIII, « Le Bal », des phrases entières reprises de la nouvelle « Une Heure »
naufrage ; à trahir, afin de protéger la jeune fille, les conjurés dalmates de 1822. Défaut d’inspiration ? Que non pas ! Ces phrases sont un signe
en lutte contre la domination vénitienne ; enfin à se crever les yeux dans que l’auteur n’adresse qu’à lui-même, afin, pour son premier roman, de
le but d’épargner à Bianca l’atteinte de son regard maudit. placer une fois encore ses mots sous l’autorité secrète du grand aîné –
On s’interroge, non sans embarras, sur le fondement de la péremp- sans s’enhardir pour autant à lui dédier ouvertement son œuvre imparfaite.
toire affirmation de Rudolf Maixner : celle-ci vise Smarra (1821), mais
on cherche en vain la plus légère affinité entre Smarra et Le mauvais œil. Voilà donc deux affaires tout à fait représentatives des mœurs de la
Où est la contrefaçon ? librairie à l’âge romantique. À une époque où Latouche signe de son
Certes, Smarra fut d’abord fallacieusement présentée comme nom sa version de l’Erlkönig de Goethe74, où Nerval insère subreptice-
l’œuvre d’« un noble Ragusain », dont Charles Nodier n’aurait été que ment dans Les Filles du Feu une traduction de Karl Postl75, où Pétrus
le traducteur. Certes, le roman de Brisset est situé par l’auteur en Borel fait main basse sur les écrits de Washington Irving76 et de Mary
Vénétie et en Dalmatie ; et c’est par les écrits de Charles Nodier, produits Shelley77, le détournement d’initialisme peut passer pour péché véniel.
après son retour des Provinces illyriennes, que les mœurs et les paysages
Toutefois, si ces dossiers valent à notre avis qu’on leur porte une Jean-François Jeandillou, Genève, Droz, 2003, p. XXXIII-XXXVI.
7
Essais littéraires, par une société de jeunes gens. A Besançon, de l’imprimerie de Félix
attention soutenue, ce n’est point sous le prétexte d’un obscur désir de
Charmet, an VIII, in-12, 24 p.
justice posthume. Leur confrontation illustre à merveille la variété des 8
Le Drapeau Blanc, t. I, livr. du [27 février] 1819, p. 293-300.
stratégies à l’œuvre dans les supercheries qui ont rapport au livre, et la 9
La Quotidienne, 15 janvier 1821 : « Laybach ». [C. N., ancien bibliothécaire de
diversité des mobiles qui animent leurs auteurs : le but premier, mais Carniole.] ; La Quotidienne, 9 février 1821 : « [À propos des couleurs de la nation.] »
[C. N.] ; La Quotidienne, 25 mars 1821 : « [Sur l’indépendance napolitaine.] » [C. N.] ; La
aussi le moyen, de toute mystification littéraire est une tromperie sur la Quotidienne, 21 mai 1821 : « Littérature. [Sur une nouvelle édition du Théâtre de Picard.] »
nature du texte proposé à la lecture ; pour ce qui regarde la visée ultime [C. N.] ; La Quotidienne, 16 janvier 1823 : « Promenade autour du Monde. [Par Jacques
de l’entreprise, en revanche, il y a loin de l’intempérant polygraphe Arago.] » [C. N.].
10
Collin de Plancy, inaccessible à toute vergogne et seulement préoccupé Journal des Débats, 28 avril 1822 : « Les Fastes universels, ou Tableaux historiques,
chronologiques et géographiques, etc ; par M. Buret de Longchamps. » [C. N.] ; Journal des
de la vente de ses productions, à un Brisset, ébloui par un écrivain au Débats, 20 mai 1822 : « Contes d’un philosophe grec, par M. Baour-Lormian, membre de
point d’aspirer à se fondre dans son image. l’Académie française. – Pierre Schlémil, par M. de Chamisso. » [C. N.].
11
Enfin, n’est-ce pas une rare satisfaction que de voir se dégager de ces La Foudre, t. IX, livr. du 20 août 1823, p. 366-373 : « Résumé des principales questions
politiques agitées depuis la fin du dix-huitième siècle. Par M. le comte d’Augicourt-Poligny. »
brumes la figure insolite d’un autre Nodier ? non plus cette fois le [C. N.].
maître ès mystifications – réelles ou supposées –, mais le mystifié, celui 12
Le Mercure de France, t. XIX, livr. du 13 octobre 1827, p. 60-65 : « Chefs d’œuvre des
qui fut pour ses contemporains un tel sujet de fascination que ceux-ci théâtres étrangers. (Théâtres russe et portugais.) » [C. N.].
13
n’hésitèrent pas à s’approprier jusqu’à ses initiales ! L’Universel, 11 janvier 1829, p. 37-39 : « Species général des coléoptères de la collection
de M. le comte Dejean, pair de France. » [C. N.] ; L’Universel, 14 février 1829, p. 153-155 :
« Recherches sur le patois de Franche-Comté, de Lorraine et d’Alsace, par S. F. Fallot de
Montbéliard. 1 vol. in-12. (Premier article.) » [C. N.] ; L’Universel, 21 février 1829, p. 177-
178 : « Recherches sur le patois de Franche-Comté, de Lorraine et d’Alsace, par S. F. Fallot
de Montbéliard. 1 vol. in-12. (Deuxième article.) » [C. N.].
14
Le Dernier Homme, ouvrage posthume ; Par M. de Grainville, homme de lettres. Seconde
édition, publiée par Charles Nodier. Paris, Ferra aîné et Deterville, 1811, t. I, p. V-XII :
1 « Observations préliminaires du nouvel éditeur » [Ch. N.].
Un auteur aussi savant qu’ingénieux déploya récemment beaucoup de science et de 15
Le Conservateur, t. IV, 52e livraison, [24 septembre] 1819, p. 600-606 : « Méditations ».
talent pour attribuer à l’écrivain une rare facétie, Marottes à vendre, que Nodier rechercha
[Ch. N.].
lui-même avec passion, et qui figure dans deux de ses catalogues de vente. (Marie-Madeleine 16
L’Oriflamme – Le Régulateur, 2 février 1824 : « Impromptu classique ». [Ch. N.].
Fontaine, « Marottes à vendre. Charles Nodier et l’érudition facétieuse », La pensée du para- 17
Le Temps, 9 mars 1831 : « Littérature. – De l’éducation et de l’instruction, par M. Auguste
doxe : approches du romantisme. Hommage à Michel Crouzet, sous la direction de Fabienne
Lefebvre ». [Ch. N.] – Voir aussi, dans le même quotidien, à la date du 21 juin 1833 :
Bercegol et Didier Philippot, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2006, p. 443-473.)
2 « Obermann, par M. de Sénancour ». [Ch. N.....R.].
Nous avons traité ailleurs de la lettre signée Ch. N. dans Le Provincial de Dijon en 1828 18
Bulletin du bibliophile, 3e série, n° 3, mai 1838, p. 128 : « Anecdotes typographiques ».
(« Les correspondants parisiens du Provincial de Dijon », dans : Visages de Charles Nodier,
[Ch. N.].
Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2008, p. 171-193). 19
3 À titre d’exemple, l’« Examen du Jeu de l’Amour et du Hasard » (Œuvres choisies de
Infernaliana. Publié par Ch. N***. Paris, Sanson et Nadau, 1822, in-12, 239 p., frontis-
Marivaux, 1824) est signé Ch. N. ; l’« Examen de Bastien et Bastienne » (Bibliothèque
pice gravé.
4 dramatique, tome XXIII. Favart, 1825) est signé C. N.
Voir en particulier la recension, par Gérald Meyer, de l’édition Hubert Juin (Paris, Pierre 20
Les Femmes, leur condition et leur influence dans l’ordre social chez différens peuples anciens
Belfond, 1966) des Infernaliana (Revue d’Histoire littéraire de la France, 1969, p. 137-139).
5 et modernes ; Par le vicomte J.-A. de Ségur. Nouvelle édition, augmentée de l’influence des Femmes
Pierre-Georges Castex, Le conte fantastique en France de Nodier à Maupassant, Paris,
sous l’Empire, et de notes historiques, par M. Ch. N***. Paris, Raymond, 1820, 2 vol. in-8°.
Corti, 1951, p. 134-137 ; Max Milner, Le Diable dans la littérature française, de Cazotte à 21
Voir la notice bibliographique jointe à son dossier d’indemnités littéraires (Arch. nat.,
Baudelaire, Paris, Corti, 1960, t. I, passim.
6 F 31142) ; suivant la même source, Nodier aurait également signé à la place de Barginet,
17
Charles Nodier, Questions de littérature légale. Édition établie, présentée et annotée par
en toutes lettres cette fois, le discours préliminaire et les notes historiques et bibliographiques indifférentes pour le public, mais d’une grande importance pour moi, m’obligent à renou-
attachées à la nouvelle édition des Mémoires sur l’ancienne chevalerie, par La Curne de Sainte- veler aux lecteurs du Journal des Débats, la protestation que j’eus l’honneur de leur faire il y
Palaye, Paris, Girard, 1826, 2 vol. in-8°. – Réattributions confirmées par Quérard (La France a quatre ans, quand je commençai à concourir à sa rédaction. Je SIGNE tout ce que j’écris. »
littéraire, t. I, p. 183-184 ; t. IV, p. 383 ; t. VI, p. 428 ; t. IX, p. 33 ; etc.). (Journal des Débats, 12 septembre 1817).
22 34
Son article sur Le Vampire de Polidori prétendument attribué à Byron, a paru dans Le À l’Éditeur de la Biographie des Hommes du jour ; s.l. [Paris], s.d. [vers 1842]. (Publ.
Drapeau Blanc du 1er juillet 1819, avant d’être repris au début de juillet 1820 au tome I dans : Germain Sarrut et B. Saint-Edme, Biographie des Hommes du jour, Paris, H. Krabbe,
des Mélanges de littérature et de critique ; son mélodrame Le Vampire, écrit en collaboration 1842, t. VI, 2e partie, p. 283).
35
avec Carmouche et Achille de Jouffroy, triomphe à la Porte Saint-Martin à partir du 13 juin Au Rédacteur du Journal du Commerce, 10 juillet 1818 (Journal du Commerce, 17
1820, à peine plus de trois mois après la publication de Lord Ruthwen. juillet 1818).
23 36
Consulter, sur cette affaire, Le Drapeau blanc des 26 & 27 février 1820. Paris, P. Mongie aîné, 1818, 2 vol. in-8°.
24 37
Charles Nisard signa, des initiales Ch. N., sa plaquette Épître aux anti-romantiques (Paris, Max Milner, Op. cit., t. I, p. 255.
38
Vezard, 1829, in-8°, 12 p.). – Par ailleurs, le 31 octobre 1834, Le Voleur publia « Des génies Cf. Polybiblion, 2e série, t. XIII, mars 1881, p. 264-268.
39
modernes. A propos du génie de Corneille et de sa statue » signé Ch. N., avec la mention Les Contes noirs, ou les Frayeurs populaires, nouvelles, contes, aventures merveilleuses, bizarres
d’origine (L’Impartial) ; et le 20 novembre 1834, « Voyage de cinquante lieues », signé en et singulières, aventures inédites, etc., sur les apparitions, les diables, les spectres, les revenans, les
toutes lettres Nodier, avec la même indication d’origine. Or la table du Voleur restitue ce fantômes, les brigands, etc. ; par J. S. C. Saint-Albin. Paris, Mongie aîné, 1818, 2 vol. in-12,
dernier article à Charles Nisard (judicieusement rectifié au crayon en Nodier par quelque frontispices gravés.
40
bibliographe d’occasion sur l’exemplaire de la B.n.F.). Alors, Nisard ou Nodier ? Il suffit de Le Diable peint par lui-même, ou Galerie de petits romans et de contes merveilleux, sur les
parcourir le « Voyage de cinquante lieues » pour que s’évanouisse toute incertitude : le but aventures et le caractère des démons, leurs intrigues, leurs malheurs et leurs amours, et les services
de ce voyage de retour au pays natal n’est autre en effet que Châtillon-sur-Seine, patrie des qu’ils ont pu rendre aux hommes, extrait et traduit des écrivains les plus respectables. Par M.
frères Nisard ! Collin de Plancy. Paris, P. Mongie aîné, 1819, in-8°, front. gravé. (2e édition, 1825).
25 41
Petite Bibliographie biographico-romancière, ou Dictionnaire des romanciers, Paris, Histoire des fantômes et des démons qui se sont montrés parmi les hommes ou Choix
Pigoreau, livr. de juillet 1822, p. 38-39. d’anecdotes et de contes [...] par Mme Gabrielle de P*****. Paris, Locard et Davi, Mongie,
26
Les Supercheries littéraires dévoilées, 1869, t. I, col. 719 d. Delaunay, 1819, VIII-241 p.
27 42
Charles Nodier, Contes, avec des textes et des documents inédits. Sommaire biographique, Démoniana, ou Nouveau choix d’anecdotes surprenantes, de nouvelles prodigieuses,
introduction, notices, notes, bibliographie et appendice critique par Pierre-Georges Castex, d’aventures bizarres, sur les revenans, les spectres, les fantômes [...] par Mme Gabrielle de P***.
professeur à la Sorbonne, Paris, Garnier Frères, 1961, p. 80. Paris, Locard et Davi, 1820, in-18, 216 p.
28 43
Jean Decottignies, « Variations sur un succube. Histoire de Thibaud de la Jacquière », Histoire des vampires et des spectres malfaisans avec un examen du vampirisme. Paris,
Revue des Sciences Humaines, 1963, p. 329-340. Masson, 1820, in-12, front. gr. – L’Histoire des fantômes, les Démoniana et l’anonyme
29
« Charles Nodier et le Manuscrit trouvé à Saragosse », dans : Visages de Charles Nodier, Histoire des vampires seraient dus, non pas à Collin de Plancy, mais à sa cousine Gabrielle
Op. cit., p. 59-70. Paban (1793- ?) ; cependant, ajoute Quérard à propos des deux premiers (La France
30
« 143. Volume in-12, demi-reliure, dos de maroquin violet, contenant : Infernalia, littéraire, t. VI, 1834, p. 540), « si M. Collin de Plancy n’est pas l’auteur de ces deux […]
publié par Ch. N…. (M. Nodier). Paris, Sanson, 1822 ; et Traité sur la magie, le sortilège, les compilations, il est au moins très vraisemblable qu’il y a eu une grande part. »
44
possessions…, par D…. Paris, Prault, 1732. » – À la vacation du 18 juin, le volume fut vendu, « La nonne sanglante » (Infernaliana, p. 9-15 ; Dictionnaire infernal, t. II, p. 314-317) ;
ensemble avec le numéro suivant (volume comportant un Traité sur la magie, de 1732), « Aventure de la tante Mélanchton [sic] » (Infernaliana, p. 38-39 ; Dictionnaire infernal,
pour la modique somme de 2 F. t. II, p. 312 ; Histoire des fantômes, p. 28-29 ; Histoire des Vampires, p. 22) ; « Histoire d’une
31
Catalogue de livres, la plupart rares, singuliers ou précieux, tels que Romans de chevalerie, damnée qui revint après sa mort » (Infernaliana, p. 80-83 ; Histoire des Vampires, p. 23) ; « Le
anciennes Poésies françoises, Facéties, Classiques anciens et modernes en grand papier, vampire Harppe » (Infernaliana, p. 69-70 ; Histoire des fantômes, p. 60-61 ; Histoire des
Manuscrits, sur velin, avec miniatures, etc., faisant partie de la bibliothèque de M. Nugent de Vampires, p. 117-120) ; « Le vampire Arnold-Paul » (Infernaliana, p. 16-20 ; Dictionnaire
Rothe, homme de lettres, et de celle de M. S***, dont la vente se fera le lundi 6 juin 1831 et jours infernal, t. II, p. 379 ; Histoire des Vampires, p. 153-159) ; etc. — À comparer entre elles les
suivans, 6 heures de relevée. Paris, J.-S. Merlin, 1831, in-8°, [2 ff.]-162 p., 1619 articles, 17 anthologies de Collin de Plancy, on constate rapidement que celui-ci exploite une base
vacations (6-24 juin). documentaire qu’il n’enrichit que faiblement de livre en livre, et se cite souvent lui-même,
32
Au libraire Merlin ; Paris, 29 mai 1831. (Lettre inédite, ancienne collection Mennessier- soit à travers les volumes qu’il a signés, soit à travers ceux signés de sa « cousine » Gabrielle
Nodier). [de] Paban.
33 45
En 1817, Nodier s’exprimait déjà en des termes analogues : « Des considérations fort Histoire des Vampires, p. 46 (voir aussi Dictionnaire infernal, t. II, p. 318). — L’histoire
de Thibaud de La Jacquière figure dans les Grösseste Denckwürdigkeiten der Welt oder S.D.L.R.G., La Haye, V[eu]ve de Charles Le Vier, 2 vol. in-8°.
54
so-genannte Relationes curiosæ (t. III, 1687, p. 357) d’Eberhard Werner Happel (« Die La Foudre, t. VI, n° 99, 20 septembre 1822, p. 365-369.
55
Stinckende Buhlschafft »), alléguées par Potocki ; mais aussi, ainsi que l’a relevé Jean La Foudre, t. VII, n° 114, 5 décembre 1822, p. 321-324.
56
Decottignies (art. cit.), dans les Histoires mémorables ou tragiques de ce temps (1614) de Almanach dédié aux demoiselles [pour 1824], Paris, Louis Janet, s.d. [14 octobre 1823],
François de Rosset (VIII, « D’un demon qui apparoist en forme de Damoiselle, au in-18, p. 11-15.
57
Lieutenant du Chevalier du Guet de la ville de Lyon »), où l’a puisée Happel ; voire, sous Sur la fondation de La Nouveauté par Ferdinand Langlé, cf. Alexandre Dumas, Mes
diverses formes, chez Simon Goulart (Thrésor d’Histoires admirables, 1610-1628, livre IV, Mémoires, chap. CCLXII & CCLXIII.
58
p. 819-822) et Lenglet-Dufresnoy (Recueil de dissertations anciennes et nouvelles sur les La Nouveauté, 9 février 1826 : « La Tour du prisonnier de Gisors ».
59
apparitions, 1752) ; dans l’Histoire de la Magie de Jules Garinet (Paris, Foulon, 1818) et dans Annales romantiques. Recueil de morceaux choisis de littérature contemporaine, Paris,
Les Farfadets de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym (Paris, l’auteur, 1821) ; Isabelle Urbain Canel, 1826 [=décembre 1825], in-18, p. 276-281 : « La Tour du prisonnier de
Monette, quant à elle, a situé les sources de Rosset dans deux canards anonymes imprimés Gisors ».
60
à Paris en 1613, Discours merveilleux et véritable, d’un capitaine de la ville de Lyon, que Sathan La rédaction des Annales romantiques l’eût-elle pu ? Si, comme il est habituel, l’extrait
a enlevé de sa chambre depuis peu de temps et Histoire prodigieuse d’un gentilhomme auquel le lui a été directement communiqué par l’auteur, celui-ci n’aura pas jugé utile de préciser que
Diable s’est apparu, & avec lequel il a conversé soubs le corps d’une femme morte (« Le corps le texte n’était pas inédit.
61
meurtri dans les Histoires tragiques de François de Rosset », Représentations du corps sous La Quotidienne, 11 février 1826.
62
l’Ancien Régime. Textes rassemblés et édités par Isabelle Billaud et Marie-Catherine Laperrière, La Nouveauté, 14 février 1826 : « Une Heure. Nouvelle ».
63
Montréal, Presses de l’Université Laval, 2007, p. 125-136) ; néanmoins, quelque nombreuses Au rédacteur de La Quotidienne ; s.l. [Paris], s.d. [14 février 1826]. (La Quotidienne, 15
que soient ces versions, quelque succinct que soit le résumé proposé par l’Histoire des février 1826).
64
vampires, le doute n’est pas permis : c’est bien, cette fois encore, aux Dix journées de Potocki Un plagiat est, selon Nodier (Questions de littérature légale, éd. cit., chap. V, p. 35),
que la donnée est empruntée. « l’action de tirer d’un auteur […] le fond d’un ouvrage d’invention, le développement d’une
46
Dictionnaire infernal […] par J. Collin de Plancy. Troisième édition, entièrement refondue, notion nouvelle ou encore mal connue, le tour d’une ou de plusieurs pensées ». L’emploi du
augmentée de 250 articles nouveaux […], Paris, Paul Mellier ; et Lyon, Guyot, 1844, p. 122. terme relèverait donc ici de l’impropriété.
65
(Éd. de 1846, t. I, col. 324.) — Infernaliana, p. 226-227. La Foudre, t. IX, livr. du 20 août 1823, p. 366-373 : « Résumé des principales questions
47
Dictionnaire des sciences occultes […] publié par M. l’abbé Migne, Paris, l’éditeur, aux politiques agitées depuis la fin du dix-huitième siècle. Par M. le comte d’Augicourt-Poligny. »
Ateliers catholiques du Petit-Montrouge, 1846, t. I, col. 370-371. — Infernaliana, p. 152- [C. N.].
66
162. Au rédacteur de La Quotidienne ; Paris, 15 février 1826. (La Quotidienne, 16 février
48
Le tirage des Dix journées de la vie d’Alphonse Van-Worden fut en 1814 de 500 ex., 1826).
67
tirage assez faible pour une œuvre romanesque, qui suggère l’éventualité d’une édition semi- Madrid, ou Observations sur les mœurs et usages des Espagnols, au commencement du XIXe
privée et par conséquent peu diffusée. siècle, pour faire suite à la « Collection des mœurs françaises, anglaises, italiennes » [par
49
Fantasmagoriana, ou Recueil d’histoires d’apparitions, de spectres, revenans, fantômes, etc. Mathurin-Joseph Brisset]. Paris, Pillet aîné, 1825, 2 vol. in-18, fig. – La nouvelle objet du
traduit de l’allemand par un amateur [Jean-Baptiste Eyriès]. Paris, Fr. Schoell, 1812, 2 vol. litige est reprise au t. I, p. 87-93.
68
in-12, XIV-276 p. & 303 p. Questions de littérature légale, éd. cit., chap. VIII, p. 59.
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Spectriana, ou Receuil [sic] d’histoires et aventures surprenantes, merveilleuses et remar- À commencer par nous qui, à notre grande confusion, avons reproduit ces deux textes
quables, de spectres, revenans, esprits, fantômes, gnomes, diables et démons, etc. Manuscrit trouvé dans le recueil La Fièvre et autres contes (Losne, L’Homme au Sable & Thierry Bouchard,
dans les catacombes [par Charles-Yves Cousin d’Avallon ?]. Paris, L’Écrivain, 1817, in-16, X- 1986). – Nous nous trouvons en bonne compagnie : Paul Bénichou lui-même (Le Sacre de
164 p., front. gr. l’écrivain, Paris, Corti, 1973, p. 218, note 102) inclinait à cette attribution, encore qu’il ne
51
Librairie de Sèvres (M. Bernard Esposito), 112 rue de Sèvres, Paris, septembre 2008. manquât pas de relever l’apparition du nom de Brisset dans la table ; voir aussi Edmund J.
52
P.L. Jacob [Paul Lacroix], « Charles Nodier rédacteur de la Foudre », Bulletin du biblio- Bender, Bibliographie : Charles Nodier, Lafayette (Indiana, USA), Purdue University
phile, 1863, p. 209-223. Studies, 1969, p. 17 ; Daniel-Henri Pageaux, « L’Espagne de Charles Nodier », Charles
53
Hyacinthe Cordonnier, dit Thémiseul de Saint-Hyacinthe (1684-1746), donna en 1714 Nodier. Colloque du deuxième centenaire. Besançon – Mai 1980, Paris, Les Belles-Lettres,
son fameux Chef-d’œuvre d’un inconnu, « heureusement découvert et mis au jour […] par 1981, p. 193-197.
70
M. le docteur Chrisostome Matanasius », La Haye, la Compagnie, 1714, 2 parties en 1 vol. Le mauvais œil, tradition dalmate, suivi d’une nouvelle française, par M. Brisset. Paris,
in-8° ; il republia en outre en 1740 ses Mémoires littéraires de 1716 sous le titre de Urbain Canel, 1833, in-8°, 303 p. – Patrick Berthier signale, dans L’Artiste du 13 mai 1832,
Matanasiana, ou Mémoires littéraires, historiques, et critiques, du docteur Matanasius, « Le mauvais œil, conte des kahvek Kahneh », conte oriental adapté [?] par Henry Martin,
« riche d’images cadavériques d’amants enlacés ». (La presse littéraire et dramatique au début
de la Monarchie de Juillet, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1997,
t. II, p. 861 & note 6.) – Voir encore Le mauvais œil, opéra-comique en 1 acte, créé à
l’Opéra-Comique le 1er octobre 1836, livret d’Eugène Scribe et Gustave Lemoine, musique
de Loïsa Puget. – Ces trois œuvres paraissent ne présenter entre elles aucun autre lien que
leur titre et leur sujet.
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Nous n’en connaissons aucune recension ; Joël Cherbuliez, dans le Bulletin littéraire,
juillet-août 1833, se contente de signaler l’œuvre parmi d’autres titres, et les salue globale-
ment de la phrase : « Le nombre des romans médiocres qui se publie chaque mois est si
considérable que nous ne saurions songer à consacrer à chacun d’eux un article particulier ».
Au nombre de ces exclus, on remarque Les Jeunes-France, d’un certain Théophile Gautier…
72
Rudolf Maixner, Charles Nodier et l’Illyrie, Paris, Didier, 1960, p. 74.
73
Journal de l’Empire, 4 février 1814 : « Littérature slave. [1er article] » ; Mélanges de
littérature et de critique, Paris, Raymond, 1820, t. II, p. 353-362.
74
Tablettes romantiques, Paris, Persan, 1823, in-16, p. 55-57.
75
« Jemmy » des Filles du Feu est une adaptation d’un récit de l’écrivain autrichien Karl
Postl/Charles Sealsfield, « Christophorus Bärenhäuter im Amerikanerlande », tiré des
Transatlantische Reizeskizzen (1834). – Dans Les Filles du Feu encore, Nerval a emprunté
plusieurs pages de sa nouvelle « Isis » à une étude de l’érudit allemand Carl August
Böttiger.
76
« Gottfried Wolfgang » (Revue parisienne – La Sylphide, VIII, novembre 1843, p. 331-
335) est la traduction de « L’aventure de l’étudiant allemand » (The Adventure of the
German Student), tiré des Contes d’un Voyageur de Washington Irving (1824).
77
« Le Fou du Roi de Suède » (Le Commerce, 30 décembre 1845-3 janvier 1846) est une
adaptation – assez personnelle – de « Transformation » de Mary Shelley.

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