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CORRIGÉS DES EXERCICES

Dans cette dernière partie de l’ouvrage, nous proposons pour la


plupart des exercices donnés en fin de chapitres une énuméra-
tion des principaux éléments de réponse. Il est utile d’essayer
de rédiger des réponses détaillées à partir des indications don-
nées ici. Pour cela, il convient de respecter les trois contraintes
suivantes :
— organisation logique de la réponse ;
— expression claire ;
— usage de la terminologie et des conventions d’écriture ap-
propriées.
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Exercices du chapitre 1
Les exercices de ce chapitre sont volontairement faciles. Nous
avons très peu de notions précisément définies à notre disposi-
tion pour parler de la langue et nous devons donc nous en tenir
à un niveau très général. Les exercices deviendront plus « tech-
niques » au fur et à mesure que nous progresserons dans notre
étude.

Exercice 1.1
— Le geste de retirer immédiatement sa main quand on touche
quelque chose de brûlant n’est pas, dans sa réalité pu-
rement physique (c’est-à-dire en tant que mouvement du
corps), très différent d’un signe de la main que l’on adresse

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Lexicologie et sémantique lexicale

à quelqu’un pour le saluer, pour lui signaler notre présence,


etc.
— Cependant, il s’agit d’un geste fait par réflexe, en réaction
à une sensation douloureuse, et qui ne répond à aucun
objectif de communication. C’est un geste qui n’a pas pour
finalité de fonctionner comme un signe. Il n’avait donc pas
sa place dans notre énumération.
— Bien entendu, si l’on voit X retirer soudainement sa main
après avoir touché Y et que l’on en déduit que Y est brû-
lant, le geste de X fonctionne pour nous comme un signe
nous informant de quelque chose à propos de Y. Mais c’est
alors un signe dit non intentionnel . X n’a pas fait ce geste
pour exprimer quoi que ce soit. C’est notre interprétation
du geste qui nous le rend porteur de sens en ce que nous
inférons le fait qui en a été la cause (la chaleur de Y).
— Dans le cas d’une communication gestuelle, on parle de
signes dits intentionnels, qui ont pour fonction propre de
servir à transmettre de l’information.
La distinction entre les différents types de signes sera exami-
née au chapitre 2.
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Exercice 1.2
Les éléments qui identifient explicitement le Locuteur et le
Destinataire dans

(1) Est-ce que tu peux me passer le sel ?

sont :
— le pronom singulier de première personne me, qui désigne
le Locuteur ;
— le pronom singulier de deuxième personne tu, qui désigne
le Destinataire ;
— la forme du verbe pouvoir (peux ), qui, bien qu’ambiguë
([je] peux ∼ [tu] peux ), correspond ici à la deuxième per-
sonne du singulier.

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Ces éléments, dont le sens ne se conçoit que par rapport aux


participants de la situation de communication, sont appelés des
déictiques. Nous examinerons cette notion au chapitre 6.
Lorsqu’on se parle à soi-même, on est dans un cas un peu
atypique où Locuteur et Destinataire coı̈ncident. Il serait intéres-
sant d’examiner comment s’emploient les pronoms de première
et deuxième personne dans une telle situation. Emploie-t-on je
ou tu ? Peut-on employer les deux ?

Exercice 1.3
Nous insérons directement dans le courrier électronique des com-
mentaires sur les éléments qui nous semblent relever de la langue
parlée.
To: machin@umontreal.ca
From: truc@pacific.net.sg
Subject: Re: Je ne suis pas avare de vocables

>Tout est reçu. On s'y met.

— Les chevrons nous indiquent que Truc, l’auteur du mes-


sage, cite le message qu’il a reçu de Machin. C’est un peu
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comme s’il nous faisait entendre quelque chose qui aurait


été enregistré. Cette façon de procéder est caractéristique
du courrier électronique. Même si ce n’est pas une marque
de l’oral, cela nous éloigne du texte écrit standard.
— Il arrive fréquemment, à l’oral, que l’on sous-entende les
liens logiques entre phrases, comme c’est le cas ici. À l’écrit,
on préfère en général utiliser des conjonctions ou des ad-
verbes de phrase qui expliciteront ces liens : Tout est reçu.
On peut donc commencer.
— Noter de plus que On s’y met relève du langage familier,
plus neutre à l’oral.
>J'arrive à Paris le 1er mai, et c'est un mercredi :

— Machin fait une transition brusque. Il change de sujet sans


l’exprimer linguistiquement. Cela ne se fait pas dans un

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texte écrit standard : Pour ce qui est de mes dates, j’arrive


à Paris le 1er mai.
>Janine a dû se tromper.
>M.

Oui. Ça doit être l'impatience de te voir :-)

— Le smiley (aussi appelé souriard ou binette) est associé


à la messagerie électronique. Il est vite devenu évident,
lorsque l’usage du courrier électronique s’est généralisé,
qu’il fallait avoir recours à certaines conventions pour pal-
lier l’absence de marquage gestuel ou intonatif de l’ironie,
ou d’autres nuances expressives. Comme le sait certaine-
ment le lecteur, il existe toute une batterie de conventions
de ce type, dont l’objectif est de transcrire dans les cour-
riels les différentes expressions faciales (ou les intonations
correspondantes) susceptibles d’accompagner une phrase à
l’oral : :-/, :-(, :o), etc.

Exercices du chapitre 2
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Les solutions d’exercices présentées ici sont encore relativement


détaillées. À partir de la série suivante (exercices du chapitre 3),
nous nous contenterons souvent d’énumérer les éléments de ré-
ponse.

Exercice 2.1
Pour répondre clairement à la question, nous recommandons
d’appliquer une grille d’analyse générale du signe en trois étapes :
1. identifier s’il s’agit d’un signe intentionnel ou non inten-
tionnel ;
2. déterminer son contenu (la description de la forme même
du signe étant déjà présente dans l’énoncé de la question) ;
3. identifier le type de rapport entre contenu et forme afin
de déterminer la nature iconique, symbolique ou indicielle

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du signe, en gardant à l’esprit qu’il s’agit ici de tendances


que l’on peut tout à fait retrouver simultanément dans un
même signe.

Premier signe : visage d’une personne qui rougit sous le coup


d’une émotion

— On note tout de suite que c’est un signe non intentionnel.


C’est un « phénomène naturel », qui pourra éventuelle-
ment être interprété par un témoin de la scène.
— Le contenu perçu par le témoin éventuel est une indication
du fait que la personne observée éprouve une émotion assez
forte (honte, gêne, etc.).
— Pour ce qui est du rapport contenu-forme, on identifie clai-
rement un lien de cause à effet entre le fait d’éprouver
l’émotion en question et celui de rougir (qui est une mani-
festation physique involontaire de cette émotion). Comme
nous l’avons mentionné p. 29, le lien de cause à effet est un
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cas particulier de rapport de contiguı̈té (que l’on pourrait


appeler contiguı̈té logique) entre contenu et forme. On est
donc ici en présence d’un signe indiciel.

Deuxième signe : bandes blanches (ou jaunes) à un passage


pour piétons

— C’est un signe intentionnel, qui appartient en fait à un


système de signes (le code de la route).
— Son contenu est une double indication destinée 1) aux pié-
tons – ils ont priorité pour traverser à l’endroit en question,
2) aux automobilistes – ils doivent laisser la priorité aux
piétons.

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— La forme même du signe est une sorte de matérialisation


d’un passage, transversal à la route. Il est iconique dans la
mesure où il se fonde formellement sur une sorte de repré-
sentation graphique du passage destiné à être emprunté
par les piétons. On peut ajouter que l’espacement étroit et
régulier des bandes est une évocation des pas des piétons.
Il est en partie symbolique dans la mesure où on pourrait
choisir d’indiquer le passage pour piétons autrement : deux
bandes blanches latérales ou des « clous », comme on en
voyait autrefois dans les villes françaises (cf. traverser dans
les clous ou en dehors des clous). Ce signe est aussi indi-
ciel, bien entendu, puisqu’il doit être physiquement présent
sur le lieu qu’il désigne (contiguı̈té physique) : en le voyant,
on voit le passage que les piétons doivent emprunter.

Troisième signe : « V » de la victoire

— Rappelons que ce signe est un geste consistant à lever la


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main (gauche ou droite) et à la présenter paume tournée


vers le destinataire du signe, avec l’index et le majeur en
extension, écartés pour former une sorte de « V », et les
trois autres doigts repliés (ouf !). Ce geste peut être visua-
lisé ainsi :

C’est un signe intentionnel très clair : un geste utilisé pour


communiquer.
— On pourrait décrire son contenu ainsi : ‘En référence à
une certaine situation problématique ou à une compétition
donnée, je déclare avoir remporté un succès’.

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— C’est un signe un peu spécial quant au rapport contenu-


forme. Il est iconique puisque le geste représente en fait la
première lettre du mot victoire (ou victory pour un anglo-
phone). Il pourrait cependant être perçu comme symbo-
lique par un Locuteur monolingue d’une langue où le mot
exprimant ‘victoire’ n’a pas V pour lettre initiale – par
exemple, on dit Sieg en allemand.

Exercice 2.2
Pour élaborer un pavillon maritime iconique exprimant le sens
‘six’, le plus simple est d’y faire figurer un élément graphique
répété six fois.
On peut donc penser que (2b) serait une bonne alternative
à (2a).

(2) a.
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b.

Il est clair, dans ce cas, que les autres pavillons exprimant des
chiffres devraient être élaborés selon le même principe, avec au-
tant de points noirs qu’il y a d’unités à exprimer.
Remarquons que le pavillon signifiant ‘un’ possède déjà une
telle iconicité, avec la présence d’un point (rouge) unique :

(3)

Alors, pourquoi l’iconicité du pavillon (3) n’a-t-elle pas été sys-


tématiquement utilisée pour tous les pavillons maritimes à va-
leur numérique ? Sans doute parce que l’on est en présence d’un
conflit entre iconicité et lisibilité. Un signe iconique comme (2b)

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Lexicologie et sémantique lexicale

est plus facile à interpréter que (2a) ; cependant, il est beau-


coup plus difficile à lire, notamment à grande distance ou dans
des conditions climatiques réduisant la visibilité. Le signe (2b)
est donc tout à fait inapproprié en tant que pavillon maritime.

Exercice 2.3
On peut énumérer au moins trois propriétés des langues qui en
font des systèmes sémiotiques avant tout sonores.
1. Il existe (de moins en moins, il est vrai) des langues parlées
qui n’ont pas de pendant écrit. L’écriture n’est donc pas
nécessaire pour qu’une langue existe.
2. L’inverse n’est pas vrai, sauf pour les langues « mortes »
(latin, grec ancien, etc.). Dans ce dernier cas, cependant,
on note qu’il n’y a plus de Locuteurs natifs de ces langues
et que celles-ci existaient dans le passé en tant que langues
orales. On imagine donc très difficilement qu’une langue
puisse exister, ou ait pu exister, uniquement sous une forme
écrite.
3. L’écriture est généralement alphabétique et les alphabets
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sont des modélisations (approximatives) des sons linguis-


tiques. On perçoit justement les systèmes d’écriture non
alphabétiques (par exemple, celui du chinois) comme ex-
ceptionnels et difficiles à maı̂triser parce qu’ils ne repro-
duisent pas la chaı̂ne parlée au niveau des sons élémen-
taires. Notons que les éléments de la phrase (les caractères)
apparaissent tout de même, dans ces systèmes d’écriture,
dans l’ordre où ils sont énoncés à l’oral.

Exercice 2.4
Le mot tapis est un signe linguistique puisque c’est justement
un mot de la langue. Il possède :
1. un signifié : ‘ouvrage textile que l’on étend sur le sol. . .’ ;
2. un signifiant linéaire phonique : /tapi/ ;

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3. une combinatoire restreinte : c’est un nom commun, mas-


culin, etc.

Cependant, la syllabe ta- n’est qu’un segment du signifiant


tapis. Elle n’a pas de signifié associé et n’est donc pas un signe
linguistique. Bien entendu, il existe (au moins) un signe linguis-
tique ta : le pronom possessif de deuxième personne du singulier
féminin (ta chanson). Mais le signifié de ce signe n’a rien à voir
avec celui qui nous intéresse ici et le pronom ta n’est pas un
signe constitutif du signe tapis.

Exercice 2.5
Il existe bien un signe linguistique Miaou ! en français. C’est un
mot de la langue qui possède :

1. un signifié : ‘cri de chat’ ;


2. un signifiant : /mjau/ ;
3. une combinatoire restreinte : Miaou ! est une interjection
et peut donc s’employer soit isolément, soit comme un nom
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commun masculin (un miaou), on dit faire miaou, etc.

Sa particularité est d’être onomatopéique ; c’est donc un signe


linguistique atypique, qui présente un caractère partiellement
iconique. Pour mettre en évidence le fait qu’il est aussi en partie
symbolique, on pourra essayer de rechercher les traductions de ce
mot dans plusieurs langues : anglais, arabe, espagnol, mandarin,
etc.

Exercices du chapitre 3

Exercice 3.1
Voici les deux analyses, suivies de quelques brefs commentaires.
Il faudrait bien entendu justifier plus en détail ces analyses et
discuter les points litigieux.

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Lexicologie et sémantique lexicale

Mots-formes Lexies
1. la 1. leArt [lexie employée deux
fois ; cf. la et des]
2. grève 2. grève
3. des [correspond à deux lexies 3. de
dans la colonne de droite : de
et leArt ]
4. pilotes 4. pilote
5. devrait 5. devoir
6. faire 6. faire
7. long 7. long
8. feu 8. feu
9. faire long feu [locution]

Voici trois commentaires qui permettront d’éclaircir les ré-


ponses données dans le tableau ci-dessus.
Premièrement, on remarque que toutes les lexies sont nom-
mées par leur forme canonique, qui diffère éventuellement du
mot-forme correspondant de la phrase analysée.
Deuxièmement, le mot-forme des est particulier puisqu’il ex-
prime, de façon synthétique, la combinaison des deux mots-
formes de + les ; d’où la présence de la préposition de dans la
liste des lexies et l’indication que l’article le est employé deux
fois dans la phrase.
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Finalement, dans le cas d’une locution comme faire long


feu (qui veut dire ‘échouer’), on doit considérer que non seule-
ment la locution elle-même a été utilisée en tant que lexie, mais
qu’il en va de même pour chacune des lexies (faire, long et
feu) qui la constituent formellement et dont les mots-formes ap-
paraissent dans la phrase analysée. Ces dernières lexies ne sont
pas « actives » sémantiquement (non-compositionnalité séman-
tique de la locution), cependant elles figurent bien syntaxique-
ment, morphologiquement et phonologiquement dans la phrase.
Une bonne métaphore consisterait à dire que les trois lexies
faire, long et feu participent au fonctionnement de la phrase,
sous le contrôle de la locution faire long feu, un peu comme
des zombis : des corps sans âme qui agissent encore parmi les
vivants, sous le contrôle d’un sorcier. La métaphore a tout de
même ses limites puisque, alors que les zombis sont vus comme

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malfaisants et dangereux, les locutions sont des lexies dont l’uti-


lisation est tout à fait naturelle, et même souhaitable. Elles
forment une partie très importante du stock lexical de la langue
et leur emploi, bien dosé et maı̂trisé, donne à nos énoncés une
« couleur » caractéristique de la langue dans laquelle nous nous
exprimons.

Exercice 3.2
Chacun des exemples ci-dessous illustre l’emploi d’une acception
différente du vocable cercle. La particularité de chaque accep-
tion est mise en évidence par une description approximative de
son sens.

(4) a. Elle a dessiné un cercle parfait au tableau.


→ ‘figure géométrique’
b. Elle fait partie du cercle de mes amis.
→ ‘groupe de personnes’
c. Je vous rejoins ce soir au cercle.
→ ‘lieu de réunion’
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Cette énumération n’est pas exhaustive.

Exercice 3.3
Démonstration sommaire, en trois points, de l’existence d’une
lexie coup de main.
1. Le syntagme coup de main signifie dans cet exemple ‘aide
apportée de façon ponctuelle à quelqu’un’.
2. Ce syntagme n’est donc pas sémantiquement composition-
nel. (Son sens n’est pas la résultante de la combinaison du
sens de ses constituants.)
3. On est en présence d’un syntagme figé, qui refuse certaines
modifications normales dans le cas d’un syntagme libre :

(5) a. *Il m’a donné un coup rapide de main.

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Lexicologie et sémantique lexicale

b. *Il m’a donné un coup de sa main.


[Si l’on veut que le sens exprimé soit le même.]

Exercice 3.4
Les deux éléments de réponse suivants sont largement suffisants
pour démontrer la présence de deux lexies distinctes :
1. le premier pousse signifie ‘déplace’ et le second ‘grandit’ ;
2. dans le premier cas, on a l’emploi d’un verbe transitif (quel-
qu’un pousse quelque chose) et, dans le second cas, d’un
verbe intransitif (quelque chose pousse).

Exercice 3.5
1. Le syntagme en gras dans la première phrase est séman-
tiquement compositionnel. C’est un syntagme libre signi-
fiant ‘[Il] s’est fracturé un des membres inférieurs’.
2. Par contraste, le second syntagme est sémantiquement non
compositionnel. C’est un syntagme figé qui correspond à
la locution verbale se casser la tête, dont le sens est
‘faire beaucoup d’efforts’.
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Exercice 3.6
Le syntagme en gras est (entièrement) phraséologique : il s’agit
de la locution verbale baisser les bras. L’expression baisse
les bras signifie dans l’exemple en question ‘se résigne à ne pas
poursuivre un effort’. Il n’est aucunement question de baisser les
bras littéralement, même si la métaphore est claire.

Exercice 3.7
C’est un syntagme semi-phraséologique, c’est-à-dire une colloca-
tion.
— Le sens de la lexie danger est bien présent dans le sens de
ce syntagme, comme le démontre notamment la possibilité
de reprendre danger seul à la suite de la phrase initiale :

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(6) Jean court un grand danger, et ce danger doit lui


être signalé.

— L’acception de courir employée ici est presque vide de


sens. Courir un danger peut être paraphrasé par faire face
à un danger, être exposé à un danger, etc. Autant d’expres-
sions où le verbe n’ajoute aucun sens spécifique à celui déjà
exprimé par son complément d’objet (Quelqu’un court un
danger ∼ = Il y a un danger pour quelqu’un).
— De plus, cet emploi de courir n’est pas libre. Si l’on dit
bien courir un risque, on ne dit pas *courir une menace,
*courir un péril, etc. Le syntagme courir un danger est
donc clairement une collocation, où danger est la base et
courir le collocatif. Nous verrons au chapitre 7 (p. 205 et
suivantes) que l’on appelle verbe support ce type de collo-
catif verbal.

Exercice 3.8
La non-compositionnalité sémantique de casser du sucre sur le
dos [de quelqu’un] est évidente puisque ce syntagme signifie ‘dire
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du mal [de quelqu’un]’.


On remarque aussi que, le sens de sucre n’étant pas impli-
qué ici, les manipulations suivantes ne peuvent être effectuées
sur le syntagme en question, qui se comporte clairement comme
un syntagme figé :

(7) a. *J’ai cassé beaucoup de sucre sur son dos.


b. *Du sucre a été cassé sur son dos.

Le syntagme casser un jugement, en revanche, est sémantique-


ment compositionnel, au moins, de façon évidente, pour ce qui
est du sens de jugement. Seul casser pose ici problème, puisque
le sens qu’il exprime (‘annuler’) n’est pas habituellement associé
à ce verbe.
On remarque que le syntagme en question est très flexible,
contrairement à celui analysé précédemment.

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Lexicologie et sémantique lexicale

(8) a. La Cour a cassé beaucoup de jugements.


b. Le jugement a été cassé par la Cour.

Pour toutes ces raisons, il est impossible de considérer que casser


un jugement correspond à une locution (une lexie) du français.
Il s’agit d’un syntagme semi-phraséologique : une collocation où
jugement est la base et casser le collocatif.

Exercice 3.9
Cet exercice pourrait donner lieu à un long débat portant non
seulement sur la nature de parce que, mais aussi sur ce qui
fait qu’un élément de la phrase est ou non un mot-forme. Nous
nous contentons ici de baliser le débat en question en proposant
quelques réflexions comme point de départ.
— Il est clair que, d’un point de vue diachronique, la séquence
parce que est un tout qui tire son origine de la combinaison
des mots-formes par + ce + que, combinaison qui s’est figée
dans le temps jusqu’à donner naissance à la lexie à valeur
conjonctive parce que.
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— Cette lexie, étymologiquement construite à partir de plu-


sieurs lexèmes, peut être rapprochée de sa traduction an-
glaise because, construite à partir du syntagme du moyen
anglais (xi–xve siècles) by cause.
— D’un point de vue synchronique, rien ne justifie d’analyser
parce que comme une locution, puisqu’il faudrait alors
considérer un syntagme figé constitué d’une lexie inexis-
tante *parce (que nous « impose » la forme écrite) et de
la conjonction que, alors qu’il est clair que la séquence
parce que fonctionne dans la phrase comme un tout inana-
lysable et non transformable.
— Il est bien plus simple de considérer parce que comme
un lexème. De ce point de vue, l’orthographe parceque (sur
le modèle de puisque) serait la plus légitime et la plus en
accord avec la nature véritable de la lexie en question.

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Corrigés des exercices 
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Exercice 3.10
Voici le texte correctement rédigé, avec utilisation de toutes les
conventions d’écriture requises.

En français, on doit considérer que fruit de mer


est une unité lexicale à part entière puisque son sens
ne peut être compris comme résultant de la com-
position régulière des signifiés ‘fruit’, ‘de’ et ‘mer’.
Elle est d’ailleurs décrite comme telle dans pratique-
ment tous les dictionnaires du français, dont le Petit
Robert. Ses formes singulier et pluriel sont, respecti-
vement, fruit de mer et fruits de mer.

Exercices du chapitre 4

Exercice 4.1
Si l’on segmente maison en mai- + -son (plus exactement, /mE/
+ /zÕ/), on procède à la segmentation du signifiant d’un signe
en deux entités, les syllabes, n’ayant en ce cas-ci qu’une existence
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« phonique ».
Ces syllabes n’ont pas de signifié associé et la segmentation
en question ne correspond donc pas à une analyse d’un mot-
forme en signes linguistiques plus simples.

Exercice 4.2
Le tableau ci-dessous énumère les différentes catégories flexion-
nelles que l’on trouve en anglais et en français, en les regroupant
en fonction de la partie du discours des radicaux concernés.
Nous donnons, pour chaque cas, un exemple illustrant un
contraste à l’intérieur d’une même catégorie flexionnelle ; dans
le cas des temps, modes, personnes des verbes, il est bien en-
tendu que nous n’illustrons pas toutes les valeurs des catégories
concernées.

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336 
Lexicologie et sémantique lexicale

Anglais Français
Noms communs Noms communs
nombre : nombre :
cat singulier ∼ cats pluriel chat singulier ∼ chats pluriel
Verbes Verbes
temps : temps :
[I ] do présent ∼ [I ] did prétérit [je] fais présent ∼ [je] faisais imparfait
mode : mode :
[I ] do indicatif ∼ to do infinitif [je] fais indicatif ∼ faire infinitif
personne : personne :
[I ] do 1re pers. ∼ [he/she/it] does 3e pers. [je] fais 1re pers. ∼ [il/elle] fait 3e pers.
nombre : nombre :
[I ] do singulier ∼ [we] do pluriel [je] fais singulier ∼ [nous] faisons pluriel
Adjectifs
genre :
petit masculin ∼ petite féminin
nombre :
petit singulier ∼ petits pluriel

Il est artificiel de faire comme si l’on séparait dans les illustra-


tions temps, mode, personne et nombre, pour les verbes anglais
et français, puisque leur expression est simultanée. Dans [je] fais,
le suffixe -s, adjoint au radical fai-, porte à la fois l’expression
du présent, de l’indicatif, de la première personne et du singulier
du verbe.
Dans le cas de l’adjectif français, l’analyse des mots-formes
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doit se faire de la façon suivante : Radical + Suffixe du genre +


Suffixe du nombre. Par exemple :
— petit = petit- + -∅masc. adj. + -∅sing. adj.
— petite = petit- + -e fém. adj. + -∅sing. adj.
— petits = petit- + -∅masc. adj. + -s plur. adj.
— petites = petit- + -e fém. adj. + -s plur. adj.

Exercice 4.3
Le verbe être possède de très nombreuses formes fléchies et il
est inutile de les examiner toutes ici. Prenons simplement l’infi-
nitif être et comparons-le au participe passé masculin singulier,
été, puis à la première personne du singulier du présent de l’in-
dicatif, suis.

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Corrigés des exercices 
337

— La forme être peut être décomposée en :


• un radical êt-, qui a pour allomorphe ét- (étant, était. . .) ;
• un suffixe -re, qui est la marque de l’infinitif.
— On retrouve l’allomorphe du radical en question dans été,
suivi d’un suffixe -é associé à l’expression du participe
passé.
— Cependant, la forme fléchie suis, qui exprime :
• le signifié lexical (normalement associé au radical),
• le temps et le mode grammaticaux,
• la personne et le nombre du verbe,
ne se prête pas à cette analyse. Il faut, pour mener une ana-
lyse Radical + Suffixe, identifier s- comme radical, radical
que l’on retrouve dans les formes sommes, sont, serai . . .
— Pour que la définition de la flexion continue à s’appli-
quer, il faut donc considérer les trois formes ét-, êt- et s-
comme allomorphes du morphème radical de être. Une
telle analyse est incontournable, même s’il n’existe aucun
rapport formel entre s- et les deux autres morphes radi-
caux. Les allomorphes du type de s- radical de être sont
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appelés allomorphes supplétifs. L’existence de la supplé-


tion en langue ne remet pas en question notre définition
de la flexion (p. 86), puisque celle-ci se fonde sur la mise en
jeu d’un radical flexionnel, donc d’un morphème pouvant
être réalisé par une variété d’allomorphes (dont certains
peuvent être supplétifs).

On voit que l’analyse morphologique n’est pas un problème


simple, dès que l’on considère les irrégularités de la langue. Pour
rendre compte du système morphologique complet d’une langue
comme le français, qui est considéré comme moyennement com-
plexe, il faut utiliser un appareillage notionnel très développé.
Voilà pourquoi nous ne prétendons aucunement proposer une
véritable introduction à l’étude morphologique dans le présent
ouvrage, nous contentant de présenter les notions dont nous ne
pouvons faire l’économie.

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338 
Lexicologie et sémantique lexicale

Exercice 4.4
En examinant attentivement la série de mots-formes à analy-
ser pour cet exercice ainsi que leur traduction, on constate que
la possession (de 1re , 2e et 3e personnes) est exprimée en ulwa
comme une flexion nominale. Pour mettre ce fait en évidence,
on peut réécrire la liste de mots-formes en indiquant en gras les
composantes qui varient pour chaque variation de personne, et
qui sont donc les morphes flexionnels. Les composantes demeu-
rant en caractères maigres sont, elles, les radicaux nominaux :

a. suukilu ‘[mon] chien’ miskitu ‘[mon] chat’


(9) b. suumalu ‘[ton] chien’ mismatu ‘[ton] chat’
c. suukalu ‘[son] chien’ miskatu ‘[son] chat’

Notons que, pour simplifier, nous n’avons fourni ici que des
données sur les trois personnes du singulier. On trouvera dans
Mel’čuk (1997a : 336), d’où cet exemple est tiré, une présenta-
tion plus complète des données du ulwa.
Le formatage des données utilisé en (9) met en évidence les
radicaux et les affixes suivants :
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1. radicaux nominaux suulu ‘chien’ et mistu ‘chat’, qui sont


les morphes constants aux trois personnes ;
2. affixes flexionnels -ki- ‘possessif 1re pers. sing.’, -ma- ‘pos-
sessif 2e pers. sing.’ et -ka- ‘possessif 3e pers. sing.’, qui
viennent s’insérer dans les radicaux au lieu de les précé-
der (cf. préfixe) ou de les suivre (cf. suffixe).

De tels affixes, dont la combinatoire est assez particulière


puisqu’ils viennent interrompre la chaı̂ne morphologique du ra-
dical, sont appelés infixes.
Le cas des infixes semblera peut-être « exotique » au lecteur.
Il faut cependant remarquer que nous n’illustrons ici qu’une in-
fime partie de la richesse des ressources morphologiques dont les
langues font usage pour implanter la flexion, aussi bien que la
dérivation ou que tout autre mécanisme morphologique.

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Corrigés des exercices 
339

Exercice 4.5
Un affixe est un signe linguistique et doit de ce fait se décrire
en trois étapes (signifié, signifiant et combinatoire restreinte).
L’affixe -age se décrit de la façon suivante.
1. Son signifié est quasiment vide par rapport au signifié du
radical auquel il se greffe. Par exemple, nettoyage veut
simplement dire ‘fait de nettoyer’, cassage veut dire ‘fait de
casser’, etc. Donc, -age n’apporte comme contenu que ‘fait
de’. Mais fait de est une expression dont la seule fonction
sémantique est de paraphraser le changement de partie du
discours opéré par le suffixe en question : dérivation V→N
(voir combinatoire restreinte, ci-dessous).
2. Son signifiant est -age (/aZ/).
3. Sa combinatoire restreinte se décrit ainsi :
— il se greffe après le radical – c’est donc un suffixe ;
— il se combine à un radical verbal pour donner un nou-
veau radical nominal – c’est donc un suffixe dériva-
tionnel ;
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— il se combine aux radicaux dénotant des actions ou


activités ; il est ainsi incompatible avec les radicaux
dénotant des états psychiques ou physiques (verbes
de sentiments, etc.) ;
— il se combine aux radicaux qui se terminent par une
consonne.
On remarquera, à propos du dernier point ci-dessus, que le
morphe -age possède un allomorphe, -ssage, qui est utilisé pour
effectuer la même dérivation à partir de radicaux se terminant
par une voyelle : équarrissage et non *équarriage, polissage et
non *poliage, etc.
Il faut garder à l’esprit que l’analyse des mots-formes comme
nettoyage, cassage. . . en tant que dérivés vaut surtout en dia-
chronie puisque le locuteur du français n’a pas la possibilité
de dériver des noms en -age selon son bon vouloir, comme le

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Lexicologie et sémantique lexicale

montrent les formes incorrectes suivantes : *composage ‘fait de


composer’, *parlage ‘fait de parler’, *sautage ‘fait de sauter’, etc.
En d’autres termes, la dérivation en question est :
— régulière , c’est-à-dire qu’elle obéit à une règle de dérivation
du français ;
— mais non systématique , c’est-à-dire qu’on ne peut pas appli-
quer systématiquement la règle en question à tous les ra-
dicaux verbaux théoriquement compatibles sans produire
un effet de néologisme.
Cette caractéristique de la dérivation en -age est une bonne
illustration du phénomène qu’il est convenu d’appeler phraséolo-
gie morphologique et qui a été mentionné au chapitre 3, p. 64.
L’intitulé de l’exercice demande que l’on formule la règle de
dérivation en -age. Pour cela, nous allons suivre la même stra-
tégie que celle adoptée pour écrire des règles de flexion (p. 98
et suivantes), en extrayant une règle générale à partir d’ana-
lyses spécifiques. Formalisons tout d’abord les analyses faites
ci-dessus :

(10) a. nettoy- + -age → nettoyage


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b. cass- + -age → cassage

Nous allons ensuite généraliser en remplaçant les radicaux par


des variables et en caractérisant ces variables grammaticalement
et sémantiquement :

(11) RV ‘action/activité V’ + {-age} → RN ‘fait de faire l’ac-


tion/activité V’

La règle (11) peut se lire de la façon suivante : un radical verbal


RV signifiant ‘action ou activité V’ peut être combiné avec le
morphème dérivationnel suffixal {-age} afin de former un radi-
cal nominal RN signifiant ‘fait de faire l’action ou activité V’.
Notons qu’en ayant recours dans la règle au morphème {-age}
plutôt qu’aux morphes spécifiques -age et -ssage, nous laissons
le soin à la description de la combinatoire restreinte de chacun

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Corrigés des exercices 
341

de ces allomorphes de prendre en charge les contraintes s’appli-


quant sur la terminaison phonologique du radical.

Exercice 4.6
Les lexèmes portefeuille et porte-monnaie sont morpholo-
giquement construits selon le même patron : verbe à la 3e per-
sonne du singulier du présent de l’indicatif (porte) suivi d’un
nom commun au singulier (feuille ∼ monnaie).
Dans les deux cas, on voit que la concaténation des deux élé-
ments lexicaux repose sur une pseudo-dépendance syntaxique
de complément d’objet direct connectant le verbe au nom. Bien
entendu, cette structure syntaxique n’est apparente que sous
l’angle d’une analyse diachronique de ces lexies. Le fait que la
structure soit celle d’un groupe verbal, alors que ces lexies sont
nominales, nous permet d’affirmer que nous sommes ici en pré-
sence de lexèmes et non de locutions.
La structure de nom composé apparaı̂t plus clairement avec
porte-monnaie, puisque ce lexème désigne justement un étui
dans lequel on met des pièces de monnaie. C’est sans doute la
raison pour laquelle on sépare encore les deux composantes mor-
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phologiques porte et monnaie par un trait d’union. À noter


que cette lexie est invariable : un porte-monnaie ∼ des porte-
monnaie.
Le cas de portefeuille est différent. Tout d’abord, nous
sommes ici en présence d’un vocable polysémique :

(12) a. Dupond et Dupont se sont tous les deux fait voler


leur portefeuille au marché.
b. Il faut diversifier votre portefeuille d’actions pour
vous mettre à l’abri des fluctuations du marché.
c. Le ministre a mis son portefeuille en jeu dans
cette affaire.

Le vocable portefeuille est présent dans la langue depuis plus


longtemps que porte-monnaie ; cela explique en partie le fait
qu’une polysémie se soit développée dans son cas. On comprend

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Lexicologie et sémantique lexicale

alors pourquoi les personnes chargées d’établir la norme ortho-


graphique ont considéré que la forme portefeuille s’est beau-
coup plus nettement « calcifiée » morphologiquement que porte-
monnaie, justifiant ainsi une écriture ne mettant pas en évidence
la structure morphologique de la lexie. Bien entendu, cela auto-
rise aussi un comportement flexionnel standard, qui contraste
avec l’invariabilité de porte-monnaie mentionnée ci-dessus :
un portefeuille ∼ des portefeuilles.

Exercice 4.7
Nous nous contentons d’énumérer les éléments de réponse.

— La première occurrence de manger est un nom commun si-


gnifiant approximativement ‘quelque chose que l’on mange
en tant que repas’.
— La deuxième occurrence est un verbe, sémantiquement in-
clus dans le nom qui vient d’être examiné. En effet, le nom
[un] manger veut dire très grossièrement ‘quelque chose
que l’on mange’. (Nous étudierons en détail la notion d’in-
clusion de sens au chapitre 7.)
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— On a clairement un cas de dérivation mangerV → man-


gerN . Il correspond au deuxième cas de figure du tableau
de la p. 92.
— La lexie nominale dérivée est formellement identique à la
flexion infinitive du verbe qui est la source de la dérivation.
— Notre définition de la dérivation est fondée sur le recours
à un affixe dérivationnel.

Pour pouvoir tenir compte de cas comme celui-ci (où au-


cun affixe dérivationnel ne semble être impliqué), il faudrait
donc nuancer cette définition et signaler la possibilité de déri-
vation par simple changement de partie du discours (sans mar-
quage morphologique). Ce type de dérivation est souvent appelé
conversion dans les ouvrages de morphologie.

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Corrigés des exercices 
343

Exercice 4.8
ONU est un sigle dont la version développée est la locution
Organisation des Nations unies.
Il se prononce soit /Ony/ soit /OEny/. Dans le premier cas, on
peut le considérer comme un acronyme, puisqu’il ne se prononce
pas en épelant les lettres O, N et U. À noter d’ailleurs que l’on
trouve employées les deux orthographes ONU et O.N.U., qui
reflètent les deux prononciations possibles.

Exercices du chapitre 5
Exercice 5.1
Nous ne proposons pas de corrigé pour cet exercice.

Exercice 5.2
Chacune des phrases contient une incohérence terminologique.
1. Lexique de Notre-Dame de Paris. Nous avons mentionné
qu’un lexique était nécessairement, dans notre terminolo-
gie, le lexique d’une langue donnée (lexique de l’anglais,
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du français, etc.). Il aurait fallu parler ici du vocabulaire


du roman de Victor Hugo (l’ensemble des lexies utilisées
par Hugo dans ce texte).
2. Lexies ont plus d’un sens. Une lexie est associée à un et un
seul signifié lexical. Il est donc incohérent de dire que des
lexies ont plusieurs sens. Ce que l’auteur de cette phrase a
sans doute voulu dire, c’est que les signifiants lexicaux du
français peuvent véhiculer plus d’un sens.

Exercice 5.3
Indices linguistiques marquant l’origine sociale de la « bour-
geoise » :
— ma petite chérie [expression associée en français de France à une
sorte de minauderie] ;

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344 
Lexicologie et sémantique lexicale

— meussieu [orthographe servant à reproduire une prononciation af-


fectée] ;
— dans les rapports humains [expression assez formelle] ;
— éminemment condamnable [expression qui relève presque du jar-
gon administratif ou politique, et qui n’est pas d’un emploi neutre à
l’oral].

Toutes ces expressions contrastent de façon très nette avec les


indices suivants, qui marquent l’origine « populaire » de Zazie :
— Grandes personnes mon cul, Condamnable mon cul [expres-
sions à la fois vulgaires et caractéristiques de la langue parlée, basées
sur une reprise de ce que l’interlocuteur vient de dire avec ajout de
mon cul ] ;
— Je ne vous demande pas l’heure qu’il est [expression familière
offensante].

Exercice 5.4
Ces deux phrases ont le même sens : ce sont des paraphrases.
(Nous verrons en détail la notion de paraphrase au chapitre sui-
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vant.) Comme leur seule différence lexicale majeure réside dans


l’emploi de [être] différent par opposition à différer, on peut
en déduire que cet adjectif et ce verbe ont un sens identique. Ceci
est une bonne illustration du fait que les parties du discours ne
classifient pas les lexies sur la base de leurs propriétés séman-
tiques.
Nous ne proposons pas de solution pour la seconde partie de
la question. Il suffit, pour y répondre, de construire des para-
phrases que seul distingue l’usage de deux lexies ayant des sens
équivalents, mais appartenant à des parties du discours diffé-
rentes.

Exercice 5.5
Un hapax est une occurrence unique dans un corpus. Nous choi-
sissons de considérer les occurrences de formes lexicales et non les

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Corrigés des exercices 
345

occurrences de lexies ou de vocables. Il est alors facile de compter


les hapax de la citation de Zazie dans le métro, puisqu’il suffit
de se reporter à l’index des signifiants de cette citation (p. 134).
On y trouve les 47 hapax de signifiants lexicaux suivants :
approcha, bourgeoise, brutaliser, ça, ces, coin, comme,
de, demande, dire, doit, du, elle, éminemment, en-
fant, être, évitée, fais, faut, heure, humains, je, la,
le, mais, mal, maraudait, mes, meussieu, mots, n’,
pauvre, pour, qu’, questions, qui, raison, rapports, ré-
pondre, s’, toujours, tu, valable, veut, violence, vous,
voyons.
On remarque immédiatement qu’il serait beaucoup plus fas-
tidieux d’identifier les hapax, même dans un corpus aussi court,
si l’on ne disposait que du texte lui-même. Il faudrait prendre
chaque forme une à une et vérifier qu’elle n’apparaı̂t pas dans la
suite du texte.

Exercices du chapitre 6
Exercice 6.1
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Il est absolument clair que les deux phrases suivantes sont des
paraphrases :

(13) a. À votre âge, ce serait de la folie !


b. Ce serait de la folie à votre âge !

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Je dirais même plus de


Dupont produit un effet comique.
En plus d’exprimer le même sens, ces deux phrases ne pré-
sentent aucune différence lexicale et syntaxique. La seule dif-
férence de forme se situe sur le plan du positionnement du
syntagme à votre âge : en début de phrase en (13a) et en fin
de phrase en (13b). Cette différence de positionnement s’accom-
pagne d’un léger écart en ce qui a trait à la structure communi-
cative : la mention de l’âge de l’interlocuteur des Dupond/t est

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346 
Lexicologie et sémantique lexicale

plus saillante dans la première phrase que dans la seconde. Nous


dirions même plus : en tenant compte de cette légère nuance
communicative, c’est la phrase (13a) de Dupond, et non la ré-
plique (13b) de Dupont, qui contient plus d’information.

Exercice 6.2
Le jeune Tremblay fait l’amalgame entre les sens de deux lexies
du même vocable : le juron (l’interjection) Verrat ! et le nom
commun verrat (qui signifie ‘porc mâle’). En voulant parler
du sens d’une interjection, l’enfant s’exprime maladroitement,
puisqu’il établit une équivalence directe entre une chose désignée
(un référent) et une lexie : un cochon, ça peut pas être un sacre.
C’est cette maladresse qui produit un effet comique.
Sa grand-mère (Grand-moman Tremblay) a néanmoins rai-
son sur le fond : le juron Verrat ! n’est pas strictement parlant
un sacre, puisqu’il n’est pas de nature blasphématoire.

Exercice 6.3
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La réponse tient en cinq points :

1. le sens logique de la première phrase est « Vrai » puisque


tout homme est nécessairement soit vivant, soit mort ;
2. le sens logique de la seconde phrase est aussi « Vrai »
puisque, dans tout contexte de parole, il est nécessaire-
ment vrai que soit il pleut, soit il ne pleut pas ;
3. les deux phrases en question ont donc le même sens lo-
gique ;
4. comme ce ne sont aucunement des paraphrases, on ne peut
pas considérer qu’elles ont le même sens linguistique ;
5. on voit donc bien que la détermination du sens logique
n’est pas équivalente à une caractérisation du sens linguis-
tique.

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Corrigés des exercices 
347

Exercice 6.4
La phrase suivante est sémantiquement tout à fait cohérente.

(14) C’est un renard un peu stupide, incapable de la moindre


ruse.

Cela démontre que le lexème renard ne signifie pas ‘animal. . .


rusé’. En d’autres termes, ‘rusé’ ne fait pas partie de son sens.
Cependant, on tend à associer le renard (l’animal lui-même) à
la ruse, et cela se manifeste linguistiquement dans des expres-
sions telles que rusé comme un renard et ruse de renard. Ces
expressions sont des évidences linguistiques qui indiquent que
‘ruse’ (ou ‘rusé’) est une connotation du lexème renard, plutôt
qu’une composante de son sens.

Exercice 6.5
Il existe toute une batterie de tests permettant de déterminer
si une lexie possède un sens liant (prédicat ou quasi-prédicat)
et, si oui, quelle est sa valence. Étudier ces tests et apprendre
à s’en servir sort du cadre du présent ouvrage d’introduction ;
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il suffit pour l’instant de parvenir à développer une perception


en partie intuitive de la nature prédicative des lexies. Nous nous
contenterons donc d’énumérer ci-dessous les structures de sens
des lexies à étudier, avec les actants impliqués. Notons cependant
que l’on trouvera dans Mel’čuk et Polguère (2008), mentionné
dans la bibliographie en fin de chapitre (p. 176), des informa-
tions supplémentaires sur la nature des actants et sur leur mode
d’identification.
Les lexies soumises à l’étude ont toutes des sens liants, sauf
lune [La lune est pleine ce soir.].
— dormir : ‘X dort’.
— prêter : ‘X prête Y à Z pour la durée W’ [Il m’a prêté son
livre pour trois jours.].
— sommeil : ‘sommeil de X’ ; même structure que pour dor-
mir, puisque sommeil est le pendant nominal de ce verbe.

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Lexicologie et sémantique lexicale

— départ : ‘départ de X de l’endroit Y pour l’endroit Z’.


— lune : ‘lune’ ; c’est donc un nom sémantique.
— différent : ‘X différent de Y par Z’ [Elle est différente
de son collègue par sa formation.] ; l’adjectif différent est
un prédicat sémantique à trois actants, au même titre que
le verbe correspondant différer (voir l’exercice 5.4, cha-
pitre 5, p. 145, et son corrigé, p. 344).
— goulot : ‘goulot du récipient X’ ; on est ici en présence
d’un sens liant appelant un actant ; cependant, il ne s’agit
pas d’un prédicat puisque la lexie goulot dénote une en-
tité et non un fait : il s’agit d’un quasi-prédicat, de la
famille sémantique des quasi-prédicats dénotant des par-
ties de choses mentionnée p. 166. (Un goulot est une partie
d’un récipient X.)

Exercice 6.6
Voici la phrase anglaise et sa traduction :
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(15) a. I miss you.


b. Tu me manques.

Pour faciliter la discussion, appelons manqueur la personne qui


ressent le manque et manquant la personne dont l’absence est
ressentie par le manqueur, même si – nous en convenons volon-
tiers – ces termes sont assez barbares. On voit que le verbe an-
glais [to] miss exprime le manqueur comme sujet et le manquant
comme complément d’objet. À l’inverse, manquer exprime le
manquant comme sujet et le manqueur comme complément.
Les francophones sont habitués au comportement du verbe
manquer, qui leur semble très naturel. Le cas du verbe an-
glais est cependant beaucoup plus « standard » dans la mesure
où, dans toutes les langues (y compris le français), le sujet des
verbes dénotant un sentiment dénote normalement l’actant cor-
respondant à la personne qui éprouve ce sentiment ; comme, par

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Corrigés des exercices 
349

exemple, avec le verbe s’ennuyer [de quelqu’un] – Je m’ennuie


de toi –, qui dénote pratiquement le même fait que manquer.

Exercice 6.7
Nous ne donnons pas de réponse pour cet exercice. Il suffit d’ap-
pliquer méthodiquement la même technique d’analyse que celle
proposée dans ce chapitre pour la phrase Léo téléphone souvent
à son ami José, p. 170 et suivantes.

Exercices du chapitre 7

Exercice 7.1
Énumération des éléments de réponse.
— On perçoit immédiatement qu’il existe un lien sémantique
entre livre et poète.
— Ce n’est pas l’inclusion : livre ne dénote pas uniquement
un texte écrit par un poète et poète ne dénote pas spéci-
fiquement quelqu’un qui écrit des livres.
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— livre dénote un texte et poète dénote un individu qui


écrit des textes d’un certain type. Il existe donc une inter-
section de sens entre ces deux lexies.
— Cette intersection concerne la composante sémantique cen-
trale de la définition de livre (‘texte’), mais une com-
posante périphérique de la définition de poète 13 ; c’est
un cas différent de l’intersection de sens qui existe, par
exemple, entre truite et saumon : l’intersection, ‘pois-
son’, est la composante centrale des définitions de ces deux
lexies. Cela illustre le fait que la seule mise en évidence
d’une relation d’intersection de sens ne procure qu’une très
grossière modélisation des relations sémantiques.
13. La distinction entre composante centrale vs périphérique d’un sens
(ou d’une définition lexicale) sera explicitée au chapitre 8, p. 218.

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Lexicologie et sémantique lexicale

Exercice 7.2
Voici, sans justification, les réponses pour cet exercice.
1. Chaı̂ne des hyperonymes de arbre : chose → orga-
nisme [vivant] → [un] végétal → plante → arbre.
2. Parmi ses nombreux hyponymes, on peut citer : bouleau,
châtaignier, chêne, érable, peuplier, pommier.

Exercice 7.3
La lexie manger dénote une situation plus spécifique que s’ali-
menter : grosso modo, il s’agit de s’alimenter par la bouche, en
mâchant. La lexie s’alimenter est donc un hyperonyme de
manger.
Comme ces deux lexies sont suffisamment proches sémanti-
quement pour qu’on les considère comme des paraphrases ap-
proximatives, on peut dire plus précisément que s’alimenter
est un synonyme moins riche de manger et, réciproquement,
que manger est un synonymie plus riche de s’alimenter.
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Exercice 7.4
Éléments de réponse.
— On tiendra pour acquis que en route et à l’arrêt sont
deux locutions, deux lexies, du français.
— Sens approximatif de [X ] en route vers Y : ‘[X] qui se
déplace vers un lieu Y’.
— Sens approximatif de [X ] à l’arrêt : ‘[X] qui ne se déplace
pas’.
— Les deux sens s’opposent par la négation de la composante
‘se déplacer’. Ce sont donc des antonymes.
— Du fait que ces deux lexies n’ont pas le même nombre
d’actants – ‘X est en route vers Y’ ∼ ‘X est à l’arrêt’ –, il
est clair qu’elles ne peuvent pas être des antonymes exacts.

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Corrigés des exercices 
351

Exercice 7.5
Éléments de réponse pour la première phrase.
— Sens approximatif de [X ] près de Y : ‘[X] qui se trouve à
une distance relativement petite de Y’.
— Sens approximatif de [X ] loin de Y : ‘[X] qui se trouve à
une distance relativement grande de Y’.
— Les deux lexies près et loin s’opposent sémantiquement
de façon évidente : ‘[distance] relativement petite’ ∼ ‘[dis-
tance] relativement grande’. Comme c’est la seule différence
identifiable, on peut dire que ces lexies sont des antonymes
exacts.
Éléments de réponse pour la seconde phrase.
— Sens approximatif de X aime Y : ‘X éprouve un sentiment
positif envers Y. . .’.
— Sens approximatif de X déteste Y : ‘X éprouve un senti-
ment très négatif envers Y. . .’.
— L’opposition entre ‘positif’ et ‘négatif’ est évidente, et nous
sommes donc là aussi en présence de deux antonymes.
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Néanmoins, aimer et détester se situent sur une échelle


de sentiments – des sentiments positifs aux sentiments né-
gatifs – et n’occupent pas des positions strictement oppo-
sées sur cette échelle : aimer dénote un sentiment non
nécessairement intense (cf. Elle aime assez le fromage)
alors que détester dénote un sentiment très négatif (cf.
Elle déteste un peu le fromage, qui semble contradictoire).
Cette dernière lexie est par contre en opposition d’antony-
mie exacte (ou quasi exacte) avec la lexie adorer.

Exercice 7.6
On peut répondre à cette question en trois étapes.
1. feu [Ils avaient domestiqué le feu.] dénote un élément natu-
rel, tout comme eau.

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352 
Lexicologie et sémantique lexicale

2. Ces lexies manifestent une opposition contrastive (et non


une opposition antonymique), opposition qui se fonde vrai-
semblablement sur le fait que, dans la réalité, l’eau em-
pêche/éteint le feu.
3. Voici deux évidences linguistiques de l’existence de cette
opposition contrastive en français :

(16) a. José et Lida sont comme l’eau et le feu.


b. Clinton vs Trump, l’eau et le feu 14

Exercice 7.7
On perçoit immédiatement qu’il existe une relation sémantique
entre œil et regard, même s’il n’est pas nécessairement évident
de la décrire. De façon approximative, le regard d’une personne
est ce que cette personne « fait » avec ses yeux et la façon dont
elle le fait. Donc, regard dénote en quelque sorte une propriété
de l’« instrument » qui sert à regarder (ou, plus généralement,
à voir), instrument dénoté par la lexie œil.
A. Nothomb joue sur une fausse analyse morphologique de
regard, faisant comme si -ard était ici un suffixe dérivationnel.
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Elle crée artificiellement des dérivés morphologiques néologiques


en appliquant la règle de dérivation suivante :

(17) *RV + -ard → RN


RV : radical verbal désignant une perception sensorielle
(le fait d’écouter, le fait de sentir ou de renifler) qui im-
plique une partie du corps donnée (l’oreille, le nez).
RN : radical nominal dénotant une propriété de la partie
du corps impliquée dans la perception sensorielle déno-
tée par RV .

Il faut noter que ce jeu sur la morphologie fait d’autant plus


mouche que la règle (17) n’est pas totalement étrangère à la

14. Titre d’un article journalistique à propos d’un débat de la campagne


des élections présidentielles américaines de 2016.

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Corrigés des exercices 
353

morphologie de la langue française, où existent des dérivations


en -ard assez proches : piller → pillard, gueuler → gueulard, etc.
Ouf ! Voilà pourquoi il est dangereux d’analyser scientifique-
ment ce genre d’effet de style : on a complètement tué un texte
qui était assez drôle au départ.

Exercice 7.8
Nous répondons succinctement. Il pourrait être utile de pousser
plus avant en analysant en détail le sens de chacune des bases
mises en jeu dans les collocations concernées.
— cousin éloigné → AntiMagn
Un cousin éloigné est une personne avec laquelle le lien
de cousinage est moins fort, moins direct. Dans le même
registre, on peut contraster proche parent [Magn] ∼ parent
éloigné [AntiMagn].
— grave différend → Magn
C’est un différend, un désaccord important. On a claire-
ment ici une intensification du sens de différend.
— léger différend → AntiMagn
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Le lien d’antonymie entre cette collocation et la précédente


est évident.
— dormir sur ses deux oreilles → Magn
Le collocatif signifie que l’état de sommeil est « intense ».
Rappelons trois autres Magn de dormir, qui ont été men-
tionnés dans le chapitre 3 (p. 65) : à poings fermés, comme
une souche et profondément.
— dormir à demi → AntiMagn
On a clairement ici une collocation antonyme de la précé-
dente. Dormir à demi signifie que le sommeil est superfi-
ciel, peu « intense ».
— dormir comme un bébé → Magn ou Bon ?
L’expression comme un bébé dénote plus ici la qualité du
sommeil – la personne en question dort bien – que son

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354 
Lexicologie et sémantique lexicale

intensité. Il nous semble qu’il faut donc décrire ce collocatif


comme un Bon plutôt que comme un Magn de dormir.

Exercice 7.9
Les énumérations de valeurs d’applications de fonctions lexicales
ci-dessous, bien que relativement développées, ne sont pas ex-
haustives.
Syn( manger ) = se nourrir ; prendre de la nourriture ; ava-
ler ; se mettre quelque chose sous la dent ;
fam. bouffer, fam. boustifailler ; ingurgiter
Nous donnons tous les types de Syn, donc aussi les quasi-
synonymes (Syn⊂ , Syn⊃ et Syn∩ ). Seuls sont exclus les
Syn⊃ comportant un sens additionnel de Magn, comme
fam. bâfrer et fam. se goinfrer.
Anti( permettre ) = défendre ; interdire, s’opposer ; em-
pêcher ; refuser ; proscrire, prohiber ;
ne pas permettre [– Je ne vous permets
pas ! ]
S0 ( tomber ) = chute ; fam. bûche, fam. gadin, fam. ga-
melle, fam. pelle
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S2 ( acheter ) = achat ; acquisition ; emplette


Magn( pleurer ) = à chaudes larmes, à fendre l’âme, comme
une Madeleine, fam. comme une vache,
fam. comme un veau, toutes les larmes
de son corps
AntiMagn( appétit ) = d’oiseau, léger, petit
Bon( temps ) = beau < radieux < admirable, mer-
veilleux, splendide ; idéal ; clair
AntiBon( temps ) = maussade, mauvais < abominable, af-
freux, fam. de chien, fam. de cochon,
vulg. de merde ; sombre

Exercice 7.10
Le texte contient les sept collocations ci-dessous, où le collocatif
est indiqué en gras.

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Corrigés des exercices 
355

1. chaleur étouffante → AntiBon+Magn( chaleur )


Le formalisme f1 +f2 indique que les deux fonctions lexi-
cales f1 et f2 s’appliquent en parallèle à la base de la
collocation. Il ne s’agit pas d’une fonction lexicale com-
plexe f1 f2 . Chaleur étouffante dénote une chaleur qui est
simultanément intense (Magn) et désagréable (AntiBon).
2. chaleur régner [dans N] → Magn+Func1 ( chaleur )
Utiliser l’explication de l’analyse précédente pour com-
prendre celle proposée ici. La petite difficulté est que nous
sommes en présence de l’application simultanée d’une fonc-
tion lexicale syntagmatique (Func1 ) et d’une fonction lexi-
cale paradigmatique (Magn), contrairement au cas précé-
dent.
3. connaı̂tre comme le fond de sa poche
→ Magn( connaı̂tre )
4. émettre un rire → Oper1 ( rire N )
5. rire sardonique → AntiBon( rire )
6. petite voix → AntiMagn( voix )
7. voix nasillarde → AntiBon( voix )
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Exercice 7.11
Un Oper1 de envie ne devrait pas ajouter de sens à la base
dans la collocation. Or, X satisfait son envie veut dire ‘X fait
ce que son envie le pousse à faire’ et pas simplement ‘X éprouve
une envie’. Il s’agit d’un cas de Real1 , fonction lexicale que nous
n’avons pas introduite dans le chapitre 7. On pourra en trouver
une description dans Mel’čuk (1997b ; 2003), deux des textes
suggérés comme lectures complémentaires.
Voici, pour effectuer la comparaison avec satisfaire, les col-
locatifs Oper1 de envie : avoir, éprouver et ressentir.

Exercice 7.12
— La guerre éclate ∼
= La guerre commence [à avoir lieu].

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Lexicologie et sémantique lexicale

— Toutes les fonctions lexicales nécessaires à l’encodage de


cette collocation n’ont pas été introduites dans ce chapitre.
La guerre a lieu correspondrait à un Func0 de guerre.
Ici, nous avons besoin d’encoder ‘commencer à Func0 ’.
Dans le langage des fonctions lexicales, cela correspond à la
fonction complexe IncepFunc0 . En effet, Incep est la fonc-
tion lexicale dénotant le sens ‘commencer’. Par exemple :
IncepOper1 ( extase ) = tomber [en extase]
IncepOper1 ( peur ) = prendre [peur ]
IncepOper1 ( mutisme ) = s’enfoncer, tomber
[dans le mutisme]
— L’expression Les bombes hachent est, pour ceux qui ne
l’auraient pas noté, un jeu de mots fondé sur l’homopho-
nie avec les bombes H. Ici, on perçoit l’emploi du verbe
hacher avec la lexie bombe comme une création linguis-
tique, interprétée de façon littérale. Il ne s’agit aucunement
d’une collocation, d’une expression contrôlée par la com-
binatoire restreinte de bombe.
— Nous avons, en français, les trois groupes de collocatifs
suivants qui permettent de dénoter le « fonctionnement »
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des bombes :

tomber [sur qqch.] ;


frapper, toucher [qqch.] ;
détoner, exploser.

Exercices du chapitre 8

Exercice 8.1
C’est bien entendu le modificateur du coin de l’œil qui rend
la phrase problématique. Nous avons ici un conflit sémantique,
qui permet de mettre en relief une composante sémantique de
dévisager dont notre définition initiale (p. 226) ne rend pas
compte. Pour faciliter l’analyse, nous redonnons cette définition :

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Corrigés des exercices 
357

X dévisage Y : L’individu ou animal X regarde


(18) très attentivement le visage
de l’individu Y

Il faut ajouter à (18) une composante explicitant le fait que


dévisager dénote une action plutôt ostensible. Cela n’est pas
exprimé par la composante ‘attentivement’, puisqu’on peut tout
à fait examiner quelque chose attentivement, mais de façon dis-
crète (cf. Elle l’examinait attentivement du coin de l’œil.). On
pourrait donc affiner ainsi la définition :

X dévisage Y : L’individu ou animal X regarde


(19) très attentivement et de façon
manifeste le visage de l’individu Y

Exercice 8.2
Nous ne proposons pas de réponse pour cet exercice. Il suffit
d’appliquer aux deux lexies scruter et fixer la méthodologie
utilisée pour définir dévisager.
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Exercice 8.3
Dans la nouvelle version (20a) et (20b) des deux définitions pour
scier et scie, le cercle vicieux a été éliminé.

X scie Y : X coupe Y avec un instrument


(20) a. avec Z tranchant Z, par un mouvement
de va-et-vient

scie destinée : instrument destiné à être utilisé


b. à être utilisée par X pour scier Y
par X sur Y

Nous avons fait disparaı̂tre le cercle vicieux en n’employant pas


la composante ‘scie’ dans la définition de scier. Pour cela, nous
avons attribué à ce verbe sa véritable valence (à trois actants).
Cela n’est pas un simple artifice formel. En effet, la nouvelle

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358 
Lexicologie et sémantique lexicale

définition de scier rend compte du fait que cette lexie dénote


une opération qui n’est pas nécessairement effectuée au moyen
d’une scie – cf. Helen scie le bas de la porte avec un long couteau
dentelé. Par contre, le sens ‘scier’ est employé dans la définition
de scie, parce que cette lexie dénote un instrument servant spé-
cifiquement à effectuer l’opération en question.

Exercice 8.4
Pour répondre à cette question, on peut procéder en trois étapes :
1. ébaucher une définition de éplucher I en suivant la mé-
thode proposée dans le chapitre 8 ;
2. faire de même avec éplucher II ;
3. ajuster les deux définitions obtenues pour s’assurer qu’elles
rendent bien compte du lien métaphorique qui unit les
deux acceptions du vocable éplucher.
On pourrait, par exemple, proposer les deux définitions sui-
vantes :
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X épluche I Y : X enlève la couche externe


avec Z ou les parties les moins bonnes
(21) a. du fruit ou du légume Y
au moyen de Z pour ne garder
que la partie la meilleure

X épluche II Y : X examine attentivement


le contenu du texte Y
b.
pour y trouver certaines
informations

Le lien métaphorique est ici rendu par la parenté de structure


sémantique des deux composantes ‘pour ne garder que la partie
la meilleure’ ∼ ‘pour y trouver certaines informations’.
On pourrait aussi être plus explicite en faisant directement
référence à éplucher I dans la définition de éplucher II et en
mettant de l’avant la nature analogique du lien sémantique qui

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Corrigés des exercices 
359

unit ces deux lexies ; cf. ‘comme si. . .’ dans la nouvelle version
de (21b) ci-dessous :

X épluche II Y : X examine attentivement le contenu


du texte Y pour y trouver certaines
(22) informations, comme s’il épluchait I Y
pour ne garder que les parties
qui l’intéressent

Il ne s’agit là que d’ébauches de définitions. Ce qui importe ici,


c’est qu’elles permettent de voir comment la définition analy-
tique peut être utilisée pour rendre compte des relations séman-
tiques entre copolysèmes.

Exercice 8.5
Cette définition n’est pas une définition analytique valide pour
au moins trois raisons :
1. ce n’est pas une paraphrase de la lexie définie, puisque
avaler est un verbe et que la définition en question a
syntaxiquement une valeur nominale ‘fait de. . .’ ;
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2. la définition ne met pas clairement en évidence la valence


à deux actants de avaler (‘X avale Y’) ;
3. la composante ‘manger’, utilisée comme genre prochain,
n’est pas un sens générique pour cette lexie : on ne peut
pas paraphraser, même approximativement, Jean a avalé
une arête par Jean a mangé une arête.
Sur ce dernier point, notons qu’il existe bien sûr une lexie
avaler dont ‘manger’ est le genre prochain : Marc avale en
vitesse un bagel avant de partir à l’école.

Exercice 8.6
Nous choisissons ci-dessous volontairement des lexies qui ne dé-
notent pas toutes des types de conditions climatiques et qui n’ap-
partiennent pas toutes à la même partie du discours.

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360 
Lexicologie et sémantique lexicale

1. averse [On a eu une belle averse en soirée.] ;


2. pluie [La pluie tombe depuis trois heures.] ;
3. pleuvoir [Il pleut depuis trois heures.] ;
4. nuage [De gros nuages obscurcissent le ciel.] ;
5. nuageux [Le ciel est nuageux.] ;
6. s’ennuager [Le ciel s’ennuage.] ;
7. se dégager [Le ciel se dégage.] ;
8. météorologie [La météorologie est l’étude des phénomènes
atmosphériques.] ;
9. météorologiste [Météorologiste est un métier d’avenir.] ;
10. mousson [La mousson est arrivée avec son cortège d’inonda-
tions et de cyclones.].

Nous laissons au lecteur le soin de démontrer que le sens de


chacune de ces lexies contient au moins une composante déno-
tant un phénomène atmosphérique particulier ou renvoyant à la
notion générale de phénomène atmosphérique.
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Exercice 8.7
Nous ne proposons pas de solution pour cet exercice. Nous re-
commandons de chercher à répondre à la question sans consulter
de dictionnaire, puis de vérifier dans un bon dictionnaire si au-
cune acception n’a été oubliée.
On pourra ensuite essayer de caractériser de façon générale
les liens entre lexies, par exemple : la causativité (Le papier brûle
∼ Igor brûle du papier ).
Veiller à bien utiliser la méthode de numérotation des accep-
tions proposée p. 250 en faisant cet exercice.

Exercice 8.8
Il s’agit ici d’une métaphore lexicalisée. Le vocable dévorer
possède une acception signifiant très grossièrement ‘regarder avec

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Corrigés des exercices 
361

avidité’. Cette acception est d’un emploi assez contraint, puis-


qu’elle doit généralement être utilisée avec une expression ad-
verbiale du type du regard, des yeux, de ses yeux Adj [de ses yeux
avides/fous], etc. On démontre facilement le caractère lexicalisé de
cette métaphore en remplaçant dévorait par engloutissait dans
la phrase initiale :

(23) Le beau Frédo engloutissait Léontine du regard.

Cette nouvelle phrase est pour le moins étrange. On ne peut


l’accepter que si l’on admet que son auteur a voulu produire un
effet de style. Dans ce cas-là, comme pour toute métaphore libre,
il faut que la phrase soit interprétée par le Destinataire, qui lui
attribuera un sens « reconstitué » à partir de ce qu’il sait de la
situation et des intentions qu’il peut attribuer au Locuteur. Il en
allait tout autrement dans la phrase initiale, interprétable immé-
diatement et d’une façon unique par toute personne maı̂trisant
le français.

Exercice 8.9
Pour répondre, il faut considérer deux locutions françaises, qui
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sont très proches sémantiquement (des antonymes) et formelle-


ment.
1) pointe (ou partie visible) de l’iceberg

(24) a. On ne voit que la pointe <la partie visible> de l’ice-


berg, ce qui rend le diagnostic sur l’état de la bio-
diversité mondiale très difficile.
b. Cette baisse des ventes au détail n’est que la pointe
<la partie visible> de l’iceberg, car une crise éco-
nomique majeure est en gestation.

2) partie immergée (ou cachée) de l’iceberg

(25) Les politiciens n’ont pas encore perçu la partie immergée


<cachée> de l’iceberg : en effet, une crise économique
majeure se prépare.

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362 
Lexicologie et sémantique lexicale

Ces deux locutions sont en quelque sorte entrées en collision


dans l’esprit de l’animateur de radio lorsqu’il a voulu construire
sa phrase. On peut supposer qu’il cherchait à dire quelque chose
comme :

(26) Je suis allé voir un expert pour savoir si le phénomène


auquel nous assistons n’est que la pointe de l’iceberg.

Nous laissons maintenant le soin au lecteur de définir la locution


pointe de l’iceberg, après lui avoir tout de même mentionné
une information capitale : il s’agit d’un prédicat et, pour en faire
une bonne définition analytique, il faut paraphraser le definien-
dum suivant : X, qui est la pointe de l’iceberg.

Exercices du chapitre 9
Exercice 9.1
Procédons à l’analyse de chacune des trois lexies.

(27) – Je te prie de te taire.


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Cet énoncé peut être utilisé pour prier quelqu’un de


se taire. Cette acception de prier est donc un verbe
performatif.

(28) – Je te supplie de partir.

Même chose que pour prier ci-dessus. Cette accep-


tion de supplier est donc elle aussi un verbe per-
formatif.

(29) – Je veux que tu sortes.

Cet énoncé peut être utilisé quand on veut infor-


mer quelqu’un du souhait en question, mais vou-
loir n’est pas un verbe de communication : il dénote
un état psychique. En conséquence, dire Je veux. . .
ne peut logiquement jamais correspondre à l’accom-

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Corrigés des exercices 
363

plissement du fait dénoté par ce verbe. On peut bien


évidemment vouloir Y au moment où l’on dit Je veux
Y ; cela n’a cependant rien à voir avec la définition
de la performativé (cf. p. 266). On peut se gratter
l’oreille au moment où l’on dit Je me gratte l’oreille,
mais dire Je me gratte l’oreille ne correspond en rien
à l’accomplissement de l’action de se gratter l’oreille !

Exercice 9.2
On peut démontrer que le premier verbe, reconnaı̂tre I, n’est
pas performatif en utilisant le même type d’argument employé
dans le corrigé de l’exercice précédent pour vouloir. En effet,
reconnaı̂tre I n’est pas un verbe de communication et ne peut
donc pas être un verbe performatif. Sa définition approximative
est donnée en (30).

X reconnaı̂t Y ∼
= En voyant Y [= présupposé !],
(30) X identifie Y comme un chose ou
une personne qu’il connaı̂t
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Le verbe reconnaı̂tre II est, lui, performatif. Cela est démontré


par l’exemple illustratif donné dans l’exercice :

(31) – Je reconnais II l’autorité de la Cour.

Énoncer (31) dans un contexte officiel revient à accomplir l’ac-


tion en question : admettre que la Cour a autorité (pour prendre
une décision légale). On notera que reconnaı̂tre II manifeste
une sorte d’ambivalence sémantique : c’est à la fois un verbe
de communication et un verbe dénotant une attitude psychique
(comme accepter, admettre, etc.) 15 .

15. Milićević, Jasmina et Alain Polguère (2010). « Ambivalence séman-


tique des noms de communication langagière du français », dans Actes de
la section « Lexique et morphologie » du 2e Congrès Mondial de Linguis-
tique Française (CMLF’10), La Nouvelle-Orléans, Institut de Linguistique
Française (ILF), p. 1029–1050.

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364 
Lexicologie et sémantique lexicale

Exercice 9.3
Nous ne proposons pas de réponse pour cet exercice, puisque
les principaux éléments de réponse se trouvent déjà dans les
commentaires à propos de l’exemple (21), p. 269.

Exercice 9.4
Voici quelques éléments de réponse.
— Seule la première formulation est un cliché linguistique du
français utilisé typiquement dans un contexte pragmatique
très spécifique : panneau apposé par un commerçant sur
la devanture de son magasin à l’intention de ses clients
éventuels. Il s’agit d’un pragmatème.
— L’expression Jamais fermé, en revanche, n’est pas codée
dans la langue pour le contexte pragmatique considéré.
On pourrait tout à fait l’utiliser dans ce contexte, mais elle
serait immédiatement perçue comme une création person-
nelle du commerçant.
— En revanche, l’emploi d’un cliché linguistique comme Ou-
vert 24 heures sur 24 dépersonnalise la communication :
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en un sens, c’est la langue qui parle, plus que la personne


qui affiche le panneau.
— Dans le type de contexte considéré ici, on cherche habi-
tuellement à dépersonnaliser la communication. Pourquoi ?
Nous avons essayé de proposer quelques pistes de réponse
dans le texte suivant :
Polguère, Alain (2016). « Il y a un traı̂tre par minou : le
statut lexical des clichés linguistiques », Corela [En ligne],
no 19.

Exercice 9.5
Notre description sémantique de Ne quittez pas commence
par la définition analytique (32), suivie de la spécification du
contexte pragmatique. On notera que le definiendum de (32) est

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Corrigés des exercices 
365

particulier du fait que nous définissons une lexie qui est formel-
lement une phrase au style direct.
Aucune variable actancielle X et Y n’apparaı̂t, car les deux
participants de la situation de communication sont entièrement
déterminés : le Locuteur Je et le Destinataire Vous.
[Je vous dis :] ∼
= Je vous demande de ne pas
(32) Ne quittez pas mettre fin à la communication
téléphonique

Contexte pragmatique :
— Le Locuteur parle au téléphone avec le Destinataire.
— Le Locuteur doit arrêter, pendant un temps qu’il estime
relativement court, de parler avec le Destinataire.
— Le Locuteur veut que le Destinataire attende que le Locu-
teur, ou quelqu’un d’autre, reprenne la conversation.
— Le Locuteur fait notamment cela pour signaler au Desti-
nataire que l’interruption de communication est normale
et pour que le Destinataire ne s’impatiente pas.
Il ne s’agit bien entendu que d’une proposition de description
et nous ne prétendons nullement atteindre ici la perfection.
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Nous laissons au lecteur le soin de faire lui-même la seconde


partie de l’exercice, en allant enquêter sur les traductions pos-
sibles de Ne quittez pas dans diverses langues. On pourra
aussi chercher les synonymes (français) de cette lexie.

Exercices du chapitre 10
Exercice 10.1
Nous ne proposons pas de réponse pour cet exercice, qui ne pose
pas de problème particulier.

Exercice 10.2
Cette définition se présente, sur le plan de sa structure, comme
une définition analytique : c’est, syntaxiquement, une proposi-

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366 
Lexicologie et sémantique lexicale

tion relative qui fonctionne comme paraphrase de la lexie adjec-


tivale définie.
Il pourrait sembler étrange de décrire le sens d’un adjectif de
couleur en faisant référence à des entités ayant une couleur ca-
ractéristique. Il faut cependant noter que c’est là une façon stan-
dard de procéder : pour définir un adjectif de couleur dans une
langue donnée, on renvoie aux entités du monde que la langue en
question présente comme « symbolisant » cette couleur. Dans le
cas qui nous occupe ici, on peut avancer comme évidence linguis-
tique du lien entre rouge et sang l’existence d’une expression
comme rouge sang, où sang fonctionne quasiment comme un
Magn (un intensificateur) de rouge.
Les adjectifs de couleur seront donc définis en utilisant le
patron suivant :
Qui est de la couleur de .
Cette façon de procéder, linguistiquement justifiée, est ce-
pendant jumelée, dans le cas présent, avec une information re-
levant des dictionnaires encyclopédiques : extrémité du spectre
solaire. Cela est déconseillé dans un dictionnaire de langue. De
plus, cette composante peut donner l’impression que l’on dérive
vers la définition du nom commun (le rouge) à l’intérieur de la
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description d’un adjectif.

Exercice 10.3
Le Nouveau Petit Robert [1993] corrige le problème qui vient
d’être mentionné : on y distingue clairement la lexie adjectivale
et la lexie nominale. La lexie nominale, rouge II.1, est définie
tout simplement comme un S0 de rouge I.1 : la couleur Adj est
une façon métalinguistique d’encoder le lien S0 dans le cas d’un
adjectif de couleur. On a aussi supprimé la référence au spectre
solaire de la définition de cette dernière lexie ; elle n’apparaı̂t
plus que dans la zone d’exemples de la lexie nominale. Du beau
travail lexicographique !
Notons que nous avons ici un cas particulier d’entrée de dic-
tionnaire : l’entrée d’un vocable qui contient des lexies apparte-

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Corrigés des exercices 
367

nant à des parties du discours différentes. Cela est justifié par le


fait que la dérivation
adjectif de couleur → nom de couleur
est tout à fait régulière en français, même si l’adjectif et le nom
peuvent posséder des structures polysémiques variables.
Par exemple : Incorporez doucement le sucre aux
blancs, pour blancN ; Faites attention de ne pas cre-
ver les jaunes, pour jauneN ; Il s’est fait un bleu en
se cognant à la table, pour bleuN ; etc.
En dépit de la régularité de la dérivation S0 pour ce qui est
de la lexie adjectivale de base, il est donc nécessaire de décrire
systématiquement toutes les acceptions, adjectivales aussi bien
que nominales.

Exercice 10.4
Deux remarques sur la structure de cette définition.
1. C’est une définition analytique, qui fonctionne comme pa-
raphrase de sang 1, construite autour du genre prochain
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‘liquide’. (Le sang est un liquide.)


2. Les différences spécifiques portent sur l’apparence du li-
quide en question (visqueux et de couleur rouge), son fonc-
tionnement (circule dans les vaisseaux, etc.) et sa fonction
biologique (rôle nutritif, etc.). C’est une façon normale de
procéder pour un « fluide corporel ».
Il y a bien entendu un apparent cercle vicieux : ‘sang 1’ est
défini au moyen de ‘rouge I.1’ [couleur rouge ⇒ il s’agit d’une
mention du sens de rouge I.1], défini lui-même (voir exercice
précédent) au moyen de ‘sang 1’.
Il est clair que, en français, la lexie sang 1 dénote un élément
liquide qui se caractérise notamment par sa couleur ; on ne peut
donc pas éviter le lien sang 1→rouge I.1. D’autre part, on vient
de voir qu’il serait très difficile de ne pas mentionner sang 1
dans la définition de rouge I.1, en tant que prototype d’une

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Lexicologie et sémantique lexicale

entité de couleur rouge, justement. Dans la définition des lexies


dénotant des couleurs, on est en général forcé d’introduire ce
type de cercle vicieux (voir, par exemple, bleuAdj ∼ ciel). Le
même problème se pose avec les noms d’organes sensoriels et les
verbes (ou noms) de perceptions sensorielles : nez ∼ sentir,
œil ∼ voir, oreille ∼ entendre, etc.

Exercice 10.5
Quelle lexie est sémantiquement plus simple ? Le sens ‘malheur’
est utilisé comme genre prochain dans la définition de catas-
trophe 2. Donc, selon cette description, la lexie malheur est
sémantiquement plus simple que la lexie catastrophe 2.

Combien de lexies dans le vocable catastrophe ? Si l’on se reporte


à la numérotation utilisée dans l’entrée, quatre lexies vedettes
sont explicitement décrites. On peut cependant relever les deux
enchâssements suivants.
— Dans l’article de l’acception catastrophe 2, on trouve
deux blocs définition+exemples. Il s’agit donc vraisembla-
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blement de deux lexies distinctes, même si le Petit Robert


n’est pas toujours très clair à propos de ce type de subdi-
visions, qualifiées de « nuances de sens ».
— Dans l’article de l’acception catastrophe 3, on trouve la
mention de l’interjection Catastrophe ! : est-ce une autre
lexie ou une propriété de combinatoire (le fait de pouvoir
s’employer comme interjection) de catastrophe 3 ? De
plus, les deux descriptions précédées d’un losange () ren-
voient à des sens distincts, donc à des lexies séparées.
On peut relever les autres enchâssements suivants :
— la locution en catastrophe ;
— l’emploi appositif dans film catastrophe, qui, selon nous,
correspond à une acception particulière, que l’on retrouve
au moins dans scénario catastrophe ;

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Corrigés des exercices 
369

— l’abréviation cata, qui pourrait fort bien être analysée


comme une lexie synonyme (comme dans la paire frigi-
daire ∼ frigo) et non comme une variante formelle de
catastrophe.

Exercice 10.6
Si cet exercice ne semble pas facile au lecteur, c’est un indice
qu’il lui faut sans doute revoir le chapitre 7. . . ,
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