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Madame la Présidente, Chère Pia,

Je souhaite apporter des réponses et des démentis au contenu de l’article du Journal Le Point
paru hier matin.
En préambule je souhaiterais indiquer qu’il s’agit d’un article qui tend à ma présenter comme
une personne avide d’honneurs et totalement incapable. La preuve j’aurai été un mauvais
président d’université, un mauvais doyen incapable de se faire réélire (je n’étais pas candidat
à ma succession), un enseignant-chercheur absent. Tout cet article est un tissu
d’approximations, d’insinuations et de contrevérités
Concernant mes liens avec la Chine, j’ai créé une rencontre régulière avec la société chinoise
des droits de l’homme qui permet chaque année de débattre d’un thème dans un pays
européen avec des enseignants-chercheurs d’au moins une quinzaine de nationalités ; les
thèmes retenus ont été les droits des enfants, les droits des personnes handicapées, le droit à
la vie privée …Ces rencontres font l’objet d’une publication en anglais pour retracer l’ensemble
des contributions et débats.
J’y ai également des activités d’enseignement et d’encadrement doctoral en qualité de
professeur associé dans une université chinoise, et je travaille exclusivement sur les droits de
l’Homme en Europe, le droit humanitaire et le droit international pénal. J’ai consacré mes
enseignements notamment à la liberté d’information et à la liberté de conscience, et j’ai
apporté une documentation fournie sur les droits de l’homme qui sont à disposition des
étudiants à la bibliothèque. N’ayant pas accès à l’internet avec des sources occidentales, ces
enseignements ont permis à des étudiants de découvrir notamment le Conseil de l’Europe et
la Cour européenne des droits de l’Homme.
Concernant l’Institut Confucius, j’ai saisi l’Université de la demande du Consulat général de
Chine à Strasbourg d’une possibilité de domiciliation sur le campus de l’Université.
Contrairement à ce qui est dit je n’ai pas déployé de prosélytisme en faveur d’une telle solution
d’implantation.
Concernant la semaine tibétaine, la conférence qui s’est tenue dans les locaux de la faculté de
droit était à destination des étudiants de Master II et de doctorat, chacun des auditeurs a pu
juger et porter la contradiction aux intervenants, et il n’est pas digne de me rendre responsable
des propos des intervenants, je ne les ai jamais cautionnés. De plus, sauf à admettre qu’il y a
des sujets dont il ne doit pas être fait état, j’ai toujours considéré l’université comme un lieu
de discussion et d’échanges y compris sur des sujets sensibles.
Quant à la conférence tenue au Xinjiang, j’y ai fait un exposé sur la politique de l’Union
européenne pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation, j’ai donné une interview en
anglais à l’issue de la conférence et je n’ai jamais tenu les propos que l’on me prête, je suis
suffisamment à l’aise dans cette langue pour exprimer pleinement mes idées. La recension qui
en a été faite dans la presse ne correspond pas à mon propos : j’ai déclaré simplement que les
pays européens avaient des approches diverses pour traiter de la radicalisation, et que le plus
souvent une réponse pénale était apportée. Il ne me serait jamais venu à l’esprit d’approuver
la réponse chinoise sachant la politique d’internement de personnes uniquement pour ce
qu’elles sont, à savoir turcophones et musulmanes, et pas pour les actes qu’elles auraient

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commis. J’ai été ulcéré de la transcription de mes propos que m’ont rapporté des collègues
sinologues et j’ai dénoncé cette façon de faire auprès de l’auteur de l’article, et j’ai eu
l’occasion de faire état de cette duperie auprès de ces mêmes collègues.
Concernant la conférence sur le COVID 19 qui a eu lieu en vidéoconférence, j’ai simplement
rapporté la position de soignants français qui ont décidé de saisir la Cour de Justice de la
République sur des manquements imputés à certains membres du gouvernement, et que les
motifs de saisine s’appuyaient sur une méconnaissance des droits des personnes.
Quant à ma participation à l’Institut Charhar, il s’est résumé à la rédaction à titre gratuit d’une
note technique en anglais de six pages sur les propositions de la Commission européenne
relatives à l’économie digitale.
Je ne perçois de revenus que de mes fonctions de professeur associé, j’ai demandé une
autorisation aux services de la présidence et je paie des impôts sur ces derniers. Et de plus je
voyage uniquement en classe économique. Donc le portrait qui est dressé d’une personne
avide d’honneurs et d’argent est là encore totalement erronée.
Je n’appartiens à aucune instance, conseil, club ou autre qui se sont prononcés sur
l’implantation d’une entreprise chinoise en Alsace, j’ai de plus rencontré aucun responsable
en charge de ce dossier, et je n’ai jamais été consulté. Je ne pratique pas d’activité de lobbying
contrairement à ce qui est insinué à la fin de l’article.
Tout cet article de presse a pour objet de mettre en cause ma carrière et mon indépendance
scientifique. Contrairement à ce qui est dit je continue d’enseigner avec le même
enthousiasme à la faculté de droit de Strasbourg, je continue à le faire au Collège d’Europe de
Bruges depuis près de trente années.
J’ai consacré toute ma carrière universitaire à l’enseignement, à la promotion et à la défense
des droits de l’Homme, j’ai créé le concours des droits de l’Homme René Cassin, j’ai eu des
responsabilités à la Fondation René Cassin, j’ai défendu la laïcité et suis devenu référent laïcité
à la Conférence des Présidents d’Universités. Et maintenant de me voir jeter en pâture par un
article m’accusant de soutenir la répression chinoise contre tout un peuple à raison de mes
activités universitaires avec des étudiants et enseignants-chercheurs chinois m’est
particulièrement douloureux.
Naturellement comme tout régime autoritaire, tout se fait avec l’accord du pouvoir en place,
et la tendance est d’instrumentaliser les personnes qui tissent des liens scientifiques, je ne
l’ignore pas, j’en ai toujours été pleinement conscient. Mais il est particulièrement dérangeant
et indigne de faire de ces personnes des suppôts d’un régime politique dictatorial, des
influenceurs voire des espions : l’article parle de « cheval de Troie » C’est un procès en
sorcellerie qui voudrait que l’on arrête de coopérer avec des Chinois du fait que ce pays n’est
pas fréquentable à raison de son système politique répressif.
Je sais que la Chine n’a pas bonne presse et j’en connais les raisons, et je suis suffisamment
attaché au respect des droits fondamentaux pour récuser le procès qui m’est intenté à raison
de mes liens non pas avec ce pays mais avec des étudiants chinois et des enseignants-
chercheurs chinois. Je comprends que l’on n’approuve pas mes engagements, mais doit-on
pour cela dénigrer une personne et la rendre responsable d’un ensemble de vilénies.

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Il est difficile de défendre son honneur dans un moment de déchaînement médiatique, car que
pèse la voix d’un homme face à un article assassin composé de raccourcis, d’approximations
et d’insinuations, je souhaite à aucun d’entre vous d’être confronté à ce qui s’appelle un jeu
de massacres et à la réduction à néant d’une vie professionnelle. La présomption d’innocence
et la règle du contradictoire sont totalement bafouées dans un tel article, il s’agit d’un article
qui ne déparerait pas dans la presse chinoise !
Cet article a créé le doute sur mon indépendance et sur la confiance que l’on est en droit
d’attendre et d’avoir dans le titulaire des fonctions que vous m’avez confiées par votre vote.
N’entendant pas porter ombrage à l’institution que vous présidez, je vous présente avec regret
et tristesse ma démission de la fonction de déontologue de l’Eurométropole de Strasbourg.
Je vous prie de croire, Madame la Présidente, Chère Pia, à l‘assurance de ma haute
considération.

Christian Mestre