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Université d’Abomey-Calavi

(UAC)
***********
FACULTE DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
(FASHS)
***********
MASTER INTEGRATION REGIONALE ET DEVELOPPEMENT
(MIRD)
***********
MEMOIRE POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DE MASTER
OPTION: DEVELOPPEMENT LOCAL

MECANISME DE PRISE EN CHARGE SANITAIRE DES


PAUVRES EXTREMES DANS LA COMMUNE D’ABOMEY-
CALAVI : ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES

Réalisé par : Sous la Direction de :


Lydie A. DAKPO
Dr. Sylvain A. VISSOH
Maître de Conférences
DGAT /FASHS/UAC

Soutenu, le / /2020
Sommaire
4.3- Discussion et suggestion pour une meilleure prise en charge sanitaire des pauvres
extrêmes.......................................................................................................................

2
Dédicace

A
- Mes feux parents Gilbert DAKPO et Delphine d’Oliveira ;
- Mon époux Célestin Macaire ZINSOU.

3
Remerciements

La présente recherche faite dans la Commune d’Abomey-Calavi est réalisée grâce au


concours de plusieurs personnes. Je tiens à dire merci au Professeur Expédit W.
VISSIN, pour son soutien lors de mon inscription en Master Intégration régionale et
développement (MIRD) / option Développement Local.

Au terme de cette recherche, je tiens aussi à remercier mon Directeur de mémoire, Dr


Sylvain VISSOH, Maître de Conférences au DGAT / FASHS / UAC qui malgré ses
multiples occupations a accepté diriger ce mémoire. Qu’il reçoive ici mes sincères
remerciements.

Mes sincères remerciements au doctorant, Bola A. MALOMON, pour son soutien


technique ;

Mes remerciements vont aussi à l’endroit de mes chers enfants Marlyde, Anaël, Karl,
Karelle et Kelly ; vous êtes ma fierté. Suivez ce poème de ‘’le laboureur et ses enfants
de la fontaine’’ « Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe
et repasse ». Chers trésors, travaillez, combattez et vous jouirez. Et que fleurisse en
vous le Don de l’Esprit Saint qui fera de votre vie, une réussite, et de vous, des enfants
exemplaires dans la société. Soyez bénis.

Je rends hommage à tout le corps enseignant du MIRD qui a contribué à ma formation


et aux membres de jury qui ont examiné le contenu du document.

Je remercie le personnel de l’hôpital de zone de Calavi qui m’a aidé pour la collecte
des informations nécessaires pour la rédaction de ce document.

Mes remerciements s’adressent aussi à tous les pauvres extrêmes qui ont accepté
collaborer lors des enquêtes de terrain et surtout pour leur franchisse dans les
informations fournies.

A tous ceux qui de prêt ou de loin ont contribué à la réalisation de ce mémoire.

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Sigles et acronymes

OMS : Organisation mondiale de la santé.


PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
BM : Banque Mondiale
CS : Centre de Santé
FMI : Fond Monétaire International
INSAE : Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique
PAS : Programme d’Ajustement Structurel
ODD : Objectif du Développement Durable
SSP : Soins de Santé Primaire
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
MSP : Ministère de la Sécurité Publique
OMD : Objectif du Millénaire pour le Développement
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
FSS : Faculté des Sciences de la Santé

Résumé

Au Bénin, plus de 70 % de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Dans ce contexte de


précarité, la capacité d’honorer les dépenses d’hospitalisation se pose en termes de survie des
populations, mais malheureusement le manque de réseau de solidarité et de couverture médicale reste

5
encore une réalité. Cette recherche vise à contribuer à une amélioration de la prise en charge sanitaire
des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi.

L’approche méthodologique suivie dans le cadre de cette recherche porte sur la recherche
documentaire, les enquêtes de terrains sur l’état du cadre de vie des ménages, les conditions de vie des
populations, les conséquences sanitaires liées à la précarité de l’assainissement au mécanisme de prise
en charge des pauvres extrêmes. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire, d’un guide
d’entretien et de grille d’observation. Au total, 116 personnes ont été enquêtées dans le cadre de cette
recherche. Le modèle SWOT a servi de base pour l’analyse des données.

Il ressort des résultats que la situation socioprofessionnelle des pauvres extrêmes enquêtés explique
d’une manière ou d’une autre leur incapacité à se prendre en charge sur le plan sanitaire. 55,5 % des
femmes enquêtées reconnaissent avoir bénéficié de la gratuité de la césarienne au moins une fois ce
qui réduit énormément les couts liés aux dépenses de la santé de reproduction. 36886 pauvres
extrêmes ont été reçus en consultation en 2017, 46734 en 2018 et 61334 en 2019. Le service de
gynéco obstétrique est le plus fréquenté avec 45042 consultation en trois ans, ensuite vient la pédiatrie
avec un total de consultation de 35935 pauvres extrêmes. Même si un effort est fait sur le plan de la
couverture sanitaire, les besoins actuels en santé ne sont pas comblés parce qu’il reste beaucoup à faire
pour que ces personnes démunies aient un accès facile aux soins.

Mots clés : Abomey-Calavi, Pauvres extrêmes, Prise en charge sanitaire, Indigent, Santé.

Abstract
In Benin more than 70% of the population live underhand of the poverty line. In this context of
precariousness the capacity to honor the expenses of hospitalization puts itself in terms of survival of
the populations, but unfortunately the lack of network of solidarity and medical cover remained a
reality again. This research aims to contribute to an improvement of the hold in charge sanitary of the
extreme poor in the Township of Abomey-Calavi.
The methodological approach followed in the setting of this research is about the documentary
research, the investigations of lands on the state of the setting of household life, the conditions of life
of the populations, the sanitary consequences bound in charge to the precariousness of purification to
the mechanism of hold of the extreme poor. The data have been collected with the help of a
questionnaire, a maintenance guide and grid of observation. To the total 116 people have been
investigated in the setting of this research. The SWOT model acted as basis for the analysis of the
data.
It is evident from the results that the extreme poor situation socio-professional investigated explains
their inability one way or another to take itself/themselves in charge on the sanitary plan. 55,5% of the
women investigated recognize to have benefitted once from the exemption from payment of the
Caesarean at least what reduces the costs bound to the expenses of the reproduction health a lot. 36886
extreme poor have been received in consultation in 2017, 46734 in 2018 and 61334 in 2019. The
obstetric gynéco service is the more frequented with 45042 consultation in three years, comes then the
pediatrics with a total of 35935 extreme poor consultation. Even though an effort is made as regards to
the sanitary cover, the present needs in health are not filled because it remains a lot to make so that
these resource less people have an easy access to the cares.

Key words: Abomey-Calavi, extreme poors, Takes sanitary in charge, Pauper, Health

Introduction

6
Avec son inscription dans l'objectif trois du Programme de développement durable, la
couverture universelle en santé (CUS) a obtenu le consensus de la communauté
internationale. Cette nouvelle réforme, considérée comme la troisième transition de
santé mondiale (Avodaho A, 2006, p.45), cherche à améliorer l'accès aux soins de
qualité, tout en limitant l'appauvrissement des populations à la suite de leur maladie.
La problématique de l'accès aux soins est loin d'être nouvelle. Depuis la déclaration
d’Alma-Ata en 1978, elle constitue une préoccupation constante des gouvernements,
de la société civile et des acteurs de la santé mondiale.
En effet, l'accès aux soins est une condition nécessaire pour atteindre un meilleur état
de santé, droit humain défini dans le préambule de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS, 2000, p.7). L’instauration de la CUS permettrait la réalisation d’un droit aux
soins. Son fondement légal au plan international dans des conventions ratifiées par les
gouvernements consolide l'argumentation dont il faudra rendre compte en 2030
lorsque les États se réuniront pour vérifier que la CUS a été atteinte.
Le rapport de l’OMS de 2000 sur la performance des systèmes de santé dans le monde
(OMS, 2000, p. 6) et ses rapports subséquents sur la CUS révèlent que l’on attend
beaucoup des systèmes de santé des pays au Sud : performance, résilience, réactivité,
etc. Les chercheurs rappellent quant à eux que la persistance de ces défis est liée à la
dynamique complexe des systèmes de santé ainsi qu’à l’influence des politiques de
santé sur ces systèmes.
Dans cette perspective, la recherche sur les politiques et systèmes de santé (RPSS) vise
à comprendre et améliorer la façon dont les sociétés s'organisent pour atteindre des
objectifs de santé collectifs, et comment les différents acteurs interagissent dans les
processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques en vue de contribuer à leurs
résultats (Sinatoko A., 2006, p. 41). Ce domaine de recherche (RPSS) est aujourd’hui
très dynamique dans les pays du Sud depuis les constats posés par Walt et ses
collègues sur les faiblesses de la recherche sur les politiques de santé (UNFPA, 2006,
p. 23).
Afin d'assurer l'accès du peuple à une vie saine et lui permettre d'être socialement et
économiquement productif, le gouvernement est entrain de promouvoir le droit à la
santé à tous les citoyens à travers le renforcement des mécanismes garantissant l'équité

7
dans la distribution des soins et des services de santé, la solidarité communautaire,
l'humanisation des services de santé et l'accessibilité financière aux soins de santé
(MSP, 2012, p.35). Dans ce contexte de mise en œuvre de nouvelles stratégies pour
aller vers la CSU et d’un besoin de recherches sur les politiques de santé dans les pays
du Sud qu’il parait important de faire le point de la situation de prise en charge des
pauvres extrêmes dans un pays comme le Bénin où l’accès aux soins des pauvres reste
encore problématique malgré le dispositif de prise en charge développé dans le cadre
du projet ARCH. Cette recherche est structurée en quatre chapitres. Le premier aborde
le cadre théorique et la méthodologie adoptée dans le cadre de cette recherche, le
deuxième présente les caractéristiques physiques et humaines de la Commune
d’Abomey-Calavi, , le troisième expose les caractéristiques socioéconomiques, les
besoins en santé et l’accès aux soins des pauvres extrêmes dans la Commune
d’Abomey-Calavi, enfin, le quatrième est consacré à la prise en charge sanitaire des
pauvres extrêmes, la qualité des services de la santé et les stratégies d’amélioration.

CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE ET APPROCHE METHODOLOGIQUE

8
Le présent chapitre présente le cadre théorique et la méthodologie adoptée dans le
cadre de cette recherche.

1.1-Cadre théorique
Cette partie présente de façon successive la problématique soulevée par le sujet, les
objectifs de la recherche, les hypothèses de travail, l’état des connaissances et la
clarification des concepts.

1.1.1- Problématique
La santé bénéficie aujourd’hui d’un rang plus élevé que jamais sur l’échelle des
priorités internationales. Cela montre que la santé, précisément la santé des pauvres est
déterminante pour le développement humain en général et en particulier pour le recul
de la pauvreté (Gandaho A. D., 2013, p. 25).

Selon Sambeni A. (2015, p.45), les pauvres ont tendance à utiliser les services de santé
plus que les riches car ils ont des niveaux de morbidité plus élevés que ces derniers.
Cette utilisation des services de soins engendre souvent des dépenses plus ou moins
élevées, difficilement supportables par les ménages pauvres. Surtout lorsqu’ils ne sont
pas couverts par une assurance maladie ; ces ménages en payant eux-mêmes les frais
médicaux, ont toutes les chances de se retrouver dans un état de pauvreté extrême.
C’est pourquoi, le financement de la santé en général, et des prestations médicales en
particulier, préoccupe l'ensemble des acteurs de la santé.
Au lendemain des indépendances, les pays africains ont presque tous adopté la gratuité
des soins comme principe de fonctionnement des structures publiques de santé (OMS,
2000, p. 23). Ainsi, le financement de la santé par l'État était un mécanisme collectif
de partage des risques liés à la maladie, à l'échelle nationale. En effet, la quasi-totalité
des pays africains adoptèrent la politique de l'État providence pour tous les secteurs de
l'économie. L'État providence est basé sur les principes de système généralisé, unifié,
simple, uniforme, centralisé et financé par la fiscalité (Fandy S. D., 2006, p.43).

Mais l'environnement socio-économique a radicalement changé. Quelques années plus


tard, le premier choc pétrolier de 1973 et la détérioration des termes d'échange
généralisent la crise au niveau mondial. La crise fiscale que vivent les pays africains
est transmise aux points de prestation de soins par la stagnation et parfois la réduction

9
des ressources publiques allouées pour supporter le fonctionnement des services de
santé. C'est ainsi que le gouvernement béninois a consacré entre 1972 et 1980 au
moins 10 % de son budget au secteur de la santé et 5,1% en 1981 (Houndalonhan F.,
2008, p. 48). Les bailleurs de fonds réorientent l'aide vers les pays de l'ex-bloc
communiste et doutent des capacités des pays en développement à honorer leur dette.
Ils imposent alors des programmes d'ajustement structurel (PAS) par le canal de la
Banque Mondiale (BM) et du Fond Monétaire International (FMI). Ces PAS sont
perçus par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme une opportunité, donc
un environnement favorable pour introduire systématiquement le paiement par les
usagers.

Les solutions proposées par l'OMS à travers la mise en place des Soins de Santé
Primaires (SSP) et bien plus tard l'Initiative de Bamako adoptée en 1987 par les
Ministres de la Santé des États africains, constituent un ensemble de stratégies qui
atténuent les difficultés des populations sans les faire disparaître. Les ménages sont
donc invités à participer à l'effort de santé par le mécanisme du recouvrement des
coûts qui atteint très rapidement 65 % des dépenses de santé. Les insuffisances des
centres de prestations de soins de santé ont entraîné l'accroissement de la part des
ménages, dans les dépenses de santé à travers les ordonnances.

Dans les pays de la zone franc, la dévaluation du franc CFA aggrave la situation. Il y a
un renchérissement du panier de la ménagère de l'ordre de 30 % sans augmentation
proportionnelle des revenus. Ces difficultés aggravent les problèmes d'accès aux soins
de la population qui s'organise autour des valeurs de solidarité et d'entraide mutuelle
pour faire face à cette nouvelle situation (Gueye A. et al, 2001, p. 5). Le financement
communautaire peut prendre des formes et des modalités de mise en œuvre très
diverses, mais il repose toujours sur l'idée que les individus et les familles doivent
contribuer au financement de la santé (Beukalbe D., 2005, p.54). L’Afrique
subsaharienne est la région du monde où sont concentrés les pays les plus pauvres de
la planète. Bien que ne représentant que 10 % de la population mondiale, elle héberge
65 % des personnes séropositives et 75 % des décès liés à la pandémie y sont
répertoriés depuis 2003 (Avodaho A., 2006, p.12).

10
Au Bénin, plus de 70 % de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté
(INSAE, 2006, p.23). Dans ce contexte de précarité, la capacité d’honorer les dépenses
d’hospitalisation se pose en termes de survie des populations, mais malheureusement
le manque de réseau de solidarité et de couverture médicale reste encore une réalité.

Ainsi les mutuelles de santé constituent aujourd'hui la solution alternative. Les


mutuelles de santé contribuent efficacement à la mise en œuvre de cette politique de
financement communautaire de la santé. On est en présence d'une mutuelle de santé à
chaque fois qu'un groupe de personnes gère une activité d'assurance maladie dans un
but non lucratif en respectant les principes d'entraide volontaire, la solidarité entre les
membres et l'auto promotion. Les prestataires de soins assurent pour les mutuelles, les
services ci-après : Consultations,- Accouchements, Soins de base, Urgences (morsures
de serpent), Hospitalisation avec ou sans intervention chirurgicale, Petite-chirurgie.
Mais malgré les efforts fournis par le gouvernement en matière d'infrastructures
sanitaires, la mise à disposition du personnel et les différentes politiques en matière de
santé, force est de constater que : le taux de fréquentation reste encore bas : 70 % des
enfants malades n'ont pas accès aux soins de qualité, 2/3 de la population béninoise vit
en dessous du seuil de la pauvreté et 2,5 % n'ont pas accès aux soins curatifs, 47 % ne
peuvent pas honorer leurs ordonnances en médicaments (MSP, 2012, p. 8).
La population démunie notamment celle de la Commune d’Abomey-Calavi fait
souvent recours aux aides de l’Etat central et des services déconcentrés de la mairie
pour bénéficier d’une prise en charge partielle et parfois totale afin de bénéficier des
services sanitaires de qualité pour leur bien-être. Il est donc clair que les soins de santé
constituent un indice de développement d’une nation. C'est face à cette situation, et en
tenant compte de l'importance des services sanitaires au profit des populations pauvres
de la Commune d’Abomey-Calavi et des différents apports de l’Etat pour assurer le
bien-être des collectivités locales , qu'apparaît cette recherche relative à la prise en
charge sanitaire des pauvres extrêmes dans la d’Abomey-Calavi. Les résultats obtenus
devraient contribuer à l'atteinte des objectifs pour le développement durable en
fournissant aux décideurs des outils d'analyse nécessaires pour offrir des services
socio-sanitaires de qualité pour un développement durable. Cette recherche se fonde
sur les interrogations suivantes :
11
 quels sont les déterminants de la vulnérabilité sanitaire des pauvres extrêmes
dans la Commune d’Abomey-Calavi;

 quel est le mécanisme de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes dans
la Commune d’Abomey-Calavi ;
 quelles sont les insuffisances liées au mécanisme de prise en charge
sanitaires des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi ?
Pour répondre à ces interrogations, des hypothèses ont été émises.
1.1.2. Hypothèses de travail
Les hypothèses qui sous-tendent la présente recherche sont :
 les caractéristiques socio-économiques et environnementales des pauvres
extrêmes déterminent les types de problème de santé qu’ils peuvent avoir et
leur parcours thérapeutique.
 le mécanisme de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes est peu
efficace dans la Commune d’Abomey-Calavi ;
 les services offerts dans les formations sanitaires dans le cadre de la prise en
charge sanitaire sont en inadéquation avec les attentes des pauvres extrêmes
dans la Commune d’Abomey-Calavi.
Pour vérifier ces hypothèses, les objectifs suivants ont été fixés.

1.1.3. Objectifs de recherche

L’objectif global de cette recherche est de contribuer à une amélioration de la prise en


charge sanitaire des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi.
De façon spécifique, il s’agit de :
 étudier les déterminants de la vulnérabilité sanitaire des pauvres extrêmes
dans la Commune d’Abomey-Calavi;
 analyser le mécanisme de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes
dans la Commune d’Abomey-Calavi ;
 identifier les insuffisances liées au mécanisme de prise en charge sanitaires
des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi.

1.1.4- Point des connaissances

12
L'appréciation de ces déterminants sur la demande des soins de santé varie selon les
auteurs et les endroits où les études ont été menées.

Nkwenkeu S. F. (2005, P.34) dans les sociétés présentant une structuration sociale
hiérarchisée, les inégalités sociales de santé seraient la résultante de l’architecture
sociale et de ses construits. Ces inégalités s’expriment par des différences d’état de
santé mesurables entre les groupes sociaux et traversent l’ensemble de la population
suivant un gradient qui suit la hiérarchie sociale (les pauvres, les médians et les riches,
auxquels s’ajoutent les indigents qui rentrent dans une catégorie spécifique
d’exclus/marginalisés). L’existence d’un tel gradient exprime une ségrégation de la
population en différents groupes sociaux, ce qui amène à interpeller la cohésion sociale
et les logiques d’action publique qui promeuvent une société juste. Le creusement des
inégalités de santé affecte le capital social qui constitue le reflet de l’efficacité de la
politique redistributive d’un pays et partant, la performance des politiques
économiques mises en œuvre. Plusieurs travaux ont démontré que la croissance du PIB
qui n’exprime qu’une moyenne ne permet pas toujours d’appréhender la réalité
économique et sociale d’un pays car elle reste une construction à visée purement
performative, d’où la nécessité de découpler la performance économique.
Ainsi face à la maladie, Karna G. K. (2005, p. 13), les populations urbaines démunies
risquent de se retrouver face à un dilemme : ne pas recourir aux soins et subir la
dégradation de leur santé, ou recourir aux soins et courir des risques de conditions de
vie dégradées sous le poids des dépenses de santé. Ce dilemme peut s’avérer tragique
en cas de grave maladie. Les effets néfastes que la mauvaise santé exerce sur les
niveaux de vie des ménages sont de plus en plus considérés comme des problèmes de
justice sociale, traduisant peut-être l’idée de pertes de revenus et frais médicaux
associés à la mauvaise santé qui sont involontairement et tout bonnement la
conséquence de traumatisme sanitaire non désiré.
Les résultats des enquêtes menées par l’UNICEF (2004, p.23) suggèrent que les
ménages démunis renoncent effectivement et très souvent au recours à
l’hospitalisation, cela d’autant plus que le recours aux soins y apparaît deux fois moins
fréquent chez les démunis que chez les non démunis, alors qu’il est difficile de
concevoir que les premiers sont moins en proie aux maladies que les seconds.
13
Selon Kemgni P. (2005, p. 27), les fortes contraintes matérielles que connaissent les
personnes pauvres vont conditionner l’accès, la qualité et le suivi des soins, ainsi que
la survie en cas de maladie engageant le pronostic vital. Lorsqu’elles ne sont pas
couvertes par une assurance maladie, ces personnes en payant de leur poche leurs frais
médicaux, ont une forte probabilité de se retrouver dans un état de pauvreté extrême.
La situation est la même dans les pays du Sud ; c’est à la suite de l’Initiative de
Bamako qu’il a été préconisé la fin de la gratuité des soins de santé. Lorsqu’ils sont
contraints d’arrêter de travailler et de s’endetter, les malades pauvres deviennent
encore plus pauvres et il se crée ainsi ce cercle vicieux entre pauvreté et maladie.
Après avoir déterminé les causes des inégalités face à la santé, l’OMS (2000) insiste
sur les paiements directs de soins. Les ménages ne doivent pas être contraints de
dépenser plus d’un certain nombre de pourcentage de leur revenu en frais de santé ;
toute somme dépassant ce seuil est considérée comme catastrophique. Dans plusieurs
pays, plus de 1% de tous les ménages ont consacré ces derniers temps la moitié ou
plus, de leurs dépenses extra alimentaires à se faire soigner.
Par ailleurs, Houngnon J. K. (2004, p.2) dans « la décentralisation béninoise au service
de la cité », pense que ‘’décentraliser, organiser des élections et conquérir le pouvoir à
la base c’est bon. Mais créer les conditions propices à l’exercice d’un pouvoir porteur
de développement et d’un mieux être partagé à la base c’est encore mieux.’’ Ce mieux
être partagé passe aussi par la prise en charge des couches déshéritées de la population
à travers une stratégie efficace leur permettant de sortir de la situation de précarité.
Selon Kankwenda M. (1999, p.64) du PNUD, dans « la lutte contre la pauvreté en
Afrique subsaharienne », pour une réduction durable de la pauvreté il est primordial de
promouvoir et de favoriser l’accès de tous et plus particulièrement des ménages
pauvres ou défavorisés aux services sociaux de base, à savoir principalement
l’éducation de base.
Ngo Bitjoka S. F. (2015, p. 29) pense que la notion d’indigence recouvre plusieurs
dimensions dont celles économiques et sociales. Si en termes économiques,
l’indigence peut se manifester dans le secteur de la santé comme l’impossibilité de
payer le minimum de frais, elle s’apparente au plan social d’exclusion. Dans ce
contexte, l’accès aux soins de santé est une problématique générale pour l’ensemble de

14
la population, particulièrement pour les personnes indigentes. C’est pourquoi, l’Etat a
pris des mesures législatives pour favoriser l’accès aux soins de santé des personnes
vulnérables. Il s’agit entre autres de la gratuité des traitements de la lèpre ; de la
gratuité des interventions et soins de la césarienne ; du sida ; de la tuberculose ; à la
gratuité de la vaccination des enfants ; du traitement du paludisme chez les enfants et
les personnes âgées concourent à la couverture médicale de la population.
Au total, les différents documents consultés ont abordé de façon globale l’accès au
soin de la santé et le développement local. Il en résulte donc que les problèmes
sanitaires doivent être pris en considération pour garantir le développement durable
d’une localité. Mais aucun des auteurs n’a abordé le volet prise en charge sanitaire des
pauvres extrêmes en lien avec les nouvelles modalités développées au Bénin en
général et dans la zone sanitaire d’Abomey-Calavi en particulier. Ce qui fait
l’originalité de cette recherche qui veut une contribution à l’amélioration du dispositif
de prise des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi.
Le développement du sujet retenu pour la présente recherche, implique l’utilisation
fréquente de certaines terminologies qu’il convient de définir pour une bonne
exploitation du mémoire.
1.1.5. Clarification des concepts
La clarification des concepts clés utilisés est faite pour faciliter la compréhension de ce
travail.
Indigence : Selon Houndalonhon F. (2008, p. 6), l’indigence est l’exclusion sociale et
économique avec impossibilité totale de s’offrir soi-même des soins payants en cas de
maladie. C’est un phénomène très complexe et multiforme. Elle désigne une situation
temporaire ou durable, liée à l’absence de ressources qui induit une exclusion sociale
et économique avec une impossibilité de s’offrir soi-même les besoins élémentaires
pour sa survie. Elle se manifeste de diverses manières : revenu et moyen de production
insuffisants ; mauvaise santé ; faim ; malnutrition ; difficulté d’accès aux services
sociaux de bases ; absence de logement ou mauvaises conditions de logement ;
insécurité ; discrimination sociale et marginalisation. En un mot, elle crée une
dépendance qui pèse psychologiquement et économiquement tant sur la personne que
sur son environnement familial (s’il en existe). L’indigent est défini comme toute

15
personne privée de ressources suffisantes pour sa survie ou toute personne qu’un
désastre naturel place dans une situation particulièrement difficile et qui est susceptible
de recevoir de sa famille, de la collectivité, de la société, de l’Etat des moyens
nécessaires d’existence en raison de son âge, de sa situation économique, de son état
physique et social. Selon Fandy D. S. (2006, p.15), l’indigence peut de définir comme
une grande pauvreté, une pénurie des choses nécessaires à la vie. Il est toute personne
se trouvant dans un état d’extrême pauvreté, sans salaire, privé de ressources
suffisantes pour sa survie, victime d’un désastre naturel et placé dans une situation
particulièrement difficile, dépourvue de ressources vitales, en difficulté au plan social
et économique et ayant besoin de l’Etat, des collectivités locales et de la société pour
sa survie, en raison de son âge, de son état physique, mental ou social. Pour Sambeni
A. (2015, p. 5), C’est tout simplement une personne qui a besoin d’une prise en charge
socio sanitaire.

Dans le cadre de cette recherche, indigent est une personne qui ne dispose pas de
ressources pour satisfaire ses besoins fondamentaux qui sont entre autres, se loger, se
nourrir, se vêtir, se soigner, avoir des loisirs. C’est une personne défavorisée, qui pour
survivre à besoin d’une main pour la secourir, la sortir de l’impasse et lui donner les
moyens de se prendre en charge elle-même.

Pauvreté : c’est l’état d’une personne qui manque de moyens matériel et financiers
(Le Robert illustré, 2012). Plusieurs approches sont utilisées pour cerner le niveau de
la pauvreté. Selon l’approche monétaire l’indicateur est le revenu du ménage.
L’approche non monétaire combine les variables de conditions de vie et de patrimoine
ou actif du ménage (SCRP 2011-2015). Selon Avodaho E. (2006, p. 23), la pauvreté
est matérielle et se définit en termes de difficultés pour se nourrir, se vêtir et se loger.
Une dimension morale, spirituelle ou mystique peut y être associée. Au Bénin, « la
pauvreté est analysée suivant une approche monétaire avec la dépense par tête comme
indicateur de niveau de vie, et suivant une approche non monétaire fondée sur un
indice composite de niveau de vie construit sur la base des conditions d’habitation et
du patrimoine des ménages ». Dans le cadre de cette recherche, il s’agit des personnes
n’ayant pas de ressources suffisantes sur le plan social et économique. Bref, ce sont
des personnes en situation de précarité et exposées à toutes sortes de maladies. Selon
16
les données de l’EMICOV (2009, p.14), ces populations sont estimées au niveau de la
commune d’Abomey-Calavi à 25,1 %. L’état des voies d’accès à leur domicile, le
manque de latrines et la gestion des déchets ménagers constituent aussi des critères
distinctifs permettant de cibler ces personnes dites pauvres.
Prise en charge : c’est l’ensemble des services médicaux, psychologiques, spirituels,
nutritionnels, matériels, économiques, éthico-juridiques et communautaires offerts de
manière organisée ou non aux personnes en situation difficile et à leurs familles (Ngo
Bitjoka S. F., 2015, p. 45). Pour Houngnon J. K. (2004, p.34), la prise en charge est
l’ensemble des services médicaux, psychosociaux, nutritionnels, matériels,
économiques, éthiques, juridiques, communautaires, et Spirituels offerts de manière
organisée aux personnes vulnérables ou en difficulté et à leurs familles. Dans le cadre
de recherche, la prise en charge sanitaire sous-entend la prise en charge par l’Etat de la
santé de la personne indigente ; elle est comprise comme la mise en place d’un
mécanisme correcte de soins et la couverture totale ou partielle par l’Etat des dépenses
de santé des indigents dans la Commune d’Abomey-Calavi.
1.2- Approche méthodologique
L’approche méthodologique présente les matériels et les différentes méthodes utilisées
pour la collecte des informations, le traitement de ces données et l’analyse des résultats
obtenus.
1.2.1-- Données collectées
Plusieurs données sont utilisées dans la réalisation de cette recherche. Il s’agit
essentiellement des:
- données démographiques de 1979 à 2013, disponibles à l’INSAE afin de
connaître l’évolution de la population de la commune d’Abomey-Calavi ;
- données statistiques sur l’effectif des malades en extrême pauvreté admis en
hospitalisation à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi ;
- les projets sanitaires à caractères sociales dans la commune d’Abomey-Calavi
- données relatives aux effets des projets sanitaires sur les pauvres extrêmes dans
la commune d’Abomey-Calavi ;
- données relatives à la qualité des services socio-sanitaires au profit des
populations dans la commune d’Abomey-Calavi.

17
1.2.2. Collecte des données
Cette phase s’articule autour de la recherche documentaire et des enquêtes dans la
Commune d’Abomey-Calavi.
1.2.2.1. Recherche documentaire
Aucun travail à caractère scientifique ne peut se faire sans le recours à la
documentation déjà existante. Ainsi, cette revue a permis d’avoir des données
statistiques et des informations relatives à l’offre de service socio sanitaire dans la
Commune d’Abomey-Calavi.
Les centres de documentation visités, la nature des documents consultés et le type
d’informations recueillies sont synthétisés dans le tableau I.
Tableau I : Centre de documentation et types d’informations recueillies
Centre de Nature des documents Types d’informations recherchées
documentation
ASECNA Données climatiques : climat, Connaissances liées aux paramètres climatiques
pluviométrie, humidité du milieu
MS Programme en rapport avec le
bien –être de la population Connaissances liées aux efforts du pouvoir
(vaccinations, prises en charges central envers les populations dans le domaine
…) de la santé publique
Centre de Ouvrages-thèses-mémoire- Informations générales, méthodologie et
documentation rapports d’études et articles techniques de rédaction de mémoire
de FASHS

INSAE Données sur la population du Données démographiques


secteur d’étude
- taux de fréquentation des hôpitaux dans la
CS Rapports, memoires, revues, commune d’Abomey-Calavi.
arêtes -Statistique du taux de mortalité infantile
pendant l’existence des mesures sociales prisent
par le pouvoir central.
Mairie de la Données cartographiques et -Monographie de la commune d’Abomey-Calavi
commune statistiques -Informations générales sur la santé de la
d’Abomey- reproduction dans la Commune d’étude
Calavi
Ministère de Ouvrages-articles-rapports Informations sur la décentralisation en Afrique
l’intérieur et au Bénin
Source : Données de terrain, Novembre 2019
Le tableau I montre les centres de documentation visités, la nature des documents
consultés et les types d’informations recueillies. Cette étape a permis d’avoir une

18
connaissance plus approfondie sur le sujet de recherche. La recherche documentaire a
été complétée par les informations recueillies au cours des enquêtes de terrain.
1.2.2.2. Enquête de terrain
Les travaux de terrain se sont déroulés en deux phrases : la phase de pré-collecte et la
phase de la collecte proprement dite.
 Pré-enquête
Elle a été faite en deux jours. Dès le choix du thème de la recherche, des visites ont été
effectué sur le terrain pour une fois encore mettre en évidence la réalité du terrain.
Ainsi, une première visite a été effectuée en Juin 2019 et la seconde en Décembre de la
même année. Ces visites ont permis de mieux préparer les enquêtes proprement dite.
L’observation du paysage s’est essentiellement déroulée dans les deux grandes
agglomérations d’Abomey-Calavi (Calavi centre et Godomey) et a permis :
- d’observer la répartition de la population par rapport à l’accès aux soins de santé ;
- d’apprécier le degré d’animation autour de quelques centres de santé dans les deux
arrondissements de la commune.
 Collecte proprement dite

L’enquête de terrain proprement dites a eu lieu en milieu réel. Elle a permis de


collecter les données auprès des ménages dans les deux arrondissements de la
Commune d’Abomey-Calavi (Calavi centre et Godomey). Ces données collectées
auprès des ménages en extrêmes pauvreté portent sur les déterminants de la
vulnérabilité sanitaire des ménages en extrême pauvreté.

De même, les données portant sur les maladies auxquelles sont confrontées les pauvres
extrêmes, les mécanismes de prise en charge sanitaire de ces derniers ont été
recueillies auprès du personnel de la santé, des Chefs d’Arrondissement, du Maire, etc.
Un échantillonnage a été élaboré à cet effet.
 Echantillonnage 
Dans le cadre de cette recherche, le travail s’est déroulé dans les deux grandes
agglomérations de la Commune d’Abomey-Calavi (Calavi centre et Godomey).
L’identification des arrondissements et quartiers à enquêter est réalisée sur la base de
deux critères : le poids démographique et la vulnérabilité des populations qui y vivent.

19
A cet effet, les statistiques démographiques et des observations faites lors de l’enquête
exploratoire, ont été mises à contribution.
L’échantillon a tenu compte de quatre groupes cibles. Il s’agit des ménages en extrême
pauvreté qui fréquentent l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi bénéficiaires des
prestations du Service Social admis en hospitalisation et résident dans les
arrondissements d’Abomey-Calavi et de Godomey, le personnel de l’hôpital de zone
d’Abomey-Calavi intervenant dans la chaine de prise en charge des pauvres extrêmes,
du personnel du ministère de la santé publique et des élus locaux. Ces différentes
catégories de personnes ont été interrogées parce qu’elles sont censées fournir des
informations nécessaires pour mener à bien cette recherche. Ont été inclus dans cette
recherche, les malades en extrême pauvreté, c’est-à-dire ceux répondant aux critères
d’éligibilité à leur prise en charge par le Service Social à savoir : être incapable
d’honorer les ordonnances médicales, être incapable d’honorer les frais des examens
paracliniques, être incapable de payer les frais de prestation de soins et services et / ou
d’hospitalisation.
Les malades en extrêmes pauvreté ont été signalés par le personnel du Service Social,
le personnel soignant de l’hôpital de zone, les agents de recouvrement. Compte tenu
des contraintes liées à la disponibilité des malades en extrêmes pauvreté et à la
mobilité de ceux-ci, les adresses disponibles de ces malades qui avaient bénéficié des
prestations du Service Social pendant la période choisie et qui sont déjà sortis de
l’hôpital ont été collectées aux fins de les rechercher. Ces derniers ont été recherchés et
interviewés à domicile. Les autres malades en extrême pauvreté admis à l’l’hôpital
pendant la période d’enquête ont été interrogés à l’hôpital. 106 malades en extrême
pauvreté (dont 65 à domicile à domicile) ont été enquêtés.
En plus de cette population cible, les questionnaires ont été adressés à tous les chefs
d’arrondissement du secteur de recherche et au maire (soit 3 personnes), 7 soignants de
l’hôpital de zone dont le médecin chef de l’hôpital, 3 membres du personnel
administratif de l’hôpital de zone et 2 agents du Service Social. Trois (3) personnes
ressources du Ministère de la Santé ont été aussi interviewées. Au total, 124 personnes
ont été enquêtées dans le cadre de cette recherche. La réalisation des investigations en

20
milieu réel a nécessité l’utilisation de différentes techniques et de divers outils de
collecte des données.
1.2.2.3- Techniques de collecte des données
Au nombre des techniques, on peut citer :

 la Méthode Active de Recherche Participative (MARP) pour une meilleure


connaissance des mécanismes de prise en charge sanitaire des indigents dans la
Commune d’Abomey-Calavi ;
 des entretiens individuels ont permis d’enquêter la population cible ;
 Enquêtes par questionnaires : elle a permis de bien cerner les effets des services
socio-sanitaires sur les pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi, un
questionnaire a été élaboré et a permis d’apprécier l’accès aux soins de santé des
ménages en extrême pauvreté, les différentes difficultés dans l’approvisionnement
des médicaments. La question de la santé étant une préoccupation de tous,
l’entretien s’est déroulé avec les femmes ou les hommes des ménages.
 des observations ont été effectuées en fonction du but poursuivi.
1.2. 3- Outils et matériels de collecte des données
Il s’agit des outils et matériels utilisés pour collecter les données relatives à cette
recherche.
 Outils de collecte des données
Les principaux outils utilisés pour la collecte des informations sont le guide
d'observation et le guide d'entretien.
Le guide d'observation a permis de réaliser l'observation sur le terrain. Il a permis de
spécifier les réalités socioéconomiques des ménages enquêtés, l’accès aux services
sanitaires, les infrastructures adéquates capables d’accompagner les communautés
pour un accès aux soins de santé pour tous les ménages, l'environnement de vie des
ménages, le milieu de vie familial, les particularités socioculturelles et
anthropologiques importantes.
Le guide d’entretien qui a permis de recueillir des informations auprès des personnes
ressources ciblées dans le cadre de cette recherche. Il s’agit des autorités communales
(chefs d’arrondissement, chefs de village ou quartier de ville), du personnel de
l’hôpital de zone de Calavi, etc. ;
21
Le questionnaire d’enquête est un ensemble de directives spécifiées en support écrit
qui a facilité une collecte de données qualitatifs et quantitatifs sur le mécanisme de
prise en charge sanitaire des indigents dans la Commune d’Abomey-Calavi centre.
 Matériels de collecte des données
Les matériels utilisés sont : un appareil photographique numérique et l’enregistreur ont
été utilisés respectivement pour la prise de vues et pour l’enregistrement des entretiens.
1.2.4- Méthode de traitement des données
Les données recueillies sur le terrain à l’aide des questionnaires et guides d’entretien
sont débarrassées de toute incompatibilité et erreur pour être traitées.
Le dépouillement est fait en commençant par les questions les plus complexes au plus
simples. Ainsi, en présence des réponses de faits ou autre, il est procédé à leur
organisation en respectant les modalités pour chaque question et le système de codage.
Les données sont saisies et traitées grâce au logiciel SPSS statistique en vue d’obtenir

n
des fréquences par la formule f = avec n la proportion des enquêtés ayant un même
N
avis sur une question donnée et N l’effectif total des enquêtés. Ainsi, des données
relatives aux pourcentages sont obtenues et ont servi à la construction des
histogrammes et des diagrammes.
1.2.5- Méthode d’analyse des résultats
Dans le but d’analyser les effets du mécanisme de prise en charge sanitaire des
indigents sur les ménages enquêtés, le modèle d'analyse SWOT (Strengths –
Weaknesses – Opportunities - Threats) ou AFOM (Atouts – Faiblesses – Opportunités
– Menaces) a été utilisé. Il combine l'étude des forces et des faiblesses d'une
organisation, d’un territoire, d’un secteur, etc. avec celle des opportunités et des
menaces de son environnement, afin d'aider à la définition d'une stratégie de
développement. La figure suivante montre l’importance de l’outil SWOT à travers les
différents facteurs qui pourraient s’influencer. L’analyse SWOT permet d'identifier les
axes stratégiques à développer. Bien qu'avant tout destinée à la planification, l'analyse
SWOT peut servir à vérifier que la stratégie mise en place constitue une réponse
satisfaisante à la situation décrite par l'analyse.

22
La figure 1 présente le modèle de SWOT utilisé pour l’analyse des résultats dans le
cadre de cette recherche.

FACTEURS POSITIFS FACTEURS NEGATIFS

FORCES FAIBLESSES
FACTEURS INTERNES

OPPORTUNITES MENACES
FACTEURS EXTERNES

Figure 1 : Analyse du mécanisme de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes
dans la commune d’Abomey-Calavi à l’aide du modèle SWOT
Source : Adapté de Malomon, 2013 et travaux de terrain, 2020
La figure 1 présente le modèle d’analyse SWOT utilisé dans le cadre de cette
recherche pour analyser les résultats obtenus sur la prise la en charge sanitaire des
pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi.
Le chapitre I prend en compte le cadre théorique et l’approche méthodologique. Le
cadre théorique a montré les différents problèmes existants à propos du sujet en se

23
basant sur la documentation existante et sur les constats faits sur le terrain. Cette
démarche a permis de justifier et de montrer l’intérêt de cette recherche. L’approche
méthodologique adoptée a consisté à recueillir les données sur le terrain. Pour y
arriver un échantillon a été constitué et plusieurs outils ont été utilisés pour la collecte
des données afin d’aboutir à une meilleure analyse et traitement des données. Le
chapitre II abordera les caractéristiques du milieu physique ainsi que les paramètres
socio-démographiques de la commune d’Abomey-Calavi.

24
CHAPITRE II : CADRE GEOGRAPHIQUE DE LA COMMUNE D’ABOMEY-
CALAVI
Ce chapitre présente les facteurs biophysiques et humains qui favorisent la création et
la fréquentation des centres de santé et expose les besoins en santé des indigents dans
la Commune d’Abomey-Calavi.
2.1. Facteurs biophysiques de la fréquentation des centres de santé dans la
Commune d’Abomey-Calavi

Plusieurs facteurs naturels favorisent la fréquentation des centres de santé par les
populations notamment les indigents dans la Commune d’Abomey-Calavi.

2.1.1. Situation géographique de la Commune d’Abomey-Calavi

La Commune d’Abomey-Calavi est située dans le département de l’Atlantique. Elle est


comprise entre 6°20’ et 6°42’ de latitude nord et entre 2°13’ et 2°25’ de longitude est.
Elle s’étend sur une superficie de 650 km2 représentant 0,48 % de la superficie
nationale du Bénin (Mairie d’Abomey-Calavi, 2015). Elle est la plus vaste commune
du département de l’Atlantique dont elle occupe plus de 20 % (Mairie d’Abomey-
Calavi, 2017). Située dans la partie sud de la République et de son département
d’appartenance, elle est limitée au nord par la commune de Zè, au sud par l’Océan
Atlantique, à l’est par les communes de Sô-Ava et de Cotonou et à l’Ouest par les
communes de Tori-Bossito et de Ouidah. La commune d’Abomey-Calavi compte
soixante-onze (71) villages et quartiers de ville répartis sur neuf (09) arrondissements
que sont : Abomey-Calavi Centre, Godomey, Akassato, Zinvié, Ouèdo, Togba, Hêvié,
Kpanroun et Glo-Djigbé. La figure 2 présente la situation géographique de la
Commune d’Abomey-Calavi.

25
Figure 2 : Situation géographique de la commune d’Abomey-Calavi
2.1.2- Fondements physiques de la commune d’Abomey-Calavi
Les fondements physiques comprennent le relief, le climat et les sols, le réseau
hydrographique et les formations végétales de la commune.
2.1.2.1.- Relief
La Commune d’Abomey-Calavi fait partie intégrante du bassin sédimentaire côtier de
la République du Bénin. C’est un relief peu accidenté propice à l’installation humaine
et aux activités agricoles. Les principaux traits caractéristiques sont une inclinaison,
l’un dans le sud et l’autre vers l’est (Figure 3).

26
Figure 3 : Relief de la commune d’Abomey-Calavi

Le relief présente une allure horizontale caractérisée par des pentes situées entre 0,1 et
1 % : c’est la zone de plateau. Cette zone est abordée à l’est par un talus ou moins
raide dont les pentes sont situées entre 3 et 5 % (Adjibogoun K. J., 2016, p.18). Le
contact avec le lac Nokoué est assuré par une étroite bande de terre et de marécage. Au
sud, le relief s’abaisse progressivement jusqu’à la lagune de Djonou et l’autre vers
l’est ou plus précisément vers le lac Nokoué qui limite la ville de ce côté (Bada A.,
2016, p.25)). En outre, le relief est constitué d’une plaine côtière peu étendue de
largeur moyenne 4 km. Cette plaine borde l’Atlantique et est composée d’une série de
cordons littoraux et de vasières jusqu’à la limite de Godomey (Balogoun P., 2009,
p.34). Au contact de la plaine, se trouve le plateau de terre de barre de faible altitude
de 25 mètres en moyenne. On note aussi la présence de quelques dépressions (Mairie
d’Abomey-Calavi, 2017).

En dehors des dépressions fermées, on y note un escarpement longitudinal qui borde le


plateau à l’est sur toute la longueur avec une pente abrupte, variant entre 4 et 6 %

27
(Dossou-Guèdègbé, 2005, p.45). Ce type de relief est favorable à l’implantation des
infrastructures socio sanitaires que fréquentent les ménages notamment les pauvres
extrêmes de la Commune d’Abomey-Calavi.
2.1.2.2.- Climat
Les composantes du climat étudiées sont : la pluviométrie, l’évapotranspiration
potentielle, la température, l’humidité relative et le vent.
 Pluviométrie
La commune d’Abomey-Calavi, située dans le domaine subéquatorial, est caractérisée
par un climat à quatre saisons dont deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches :
- une grande saison de pluies de mi-mars à mi-juillet avec le mois de juin
particulièrement pluvieux concentrant 40 à 60 % des précipitations à la première
saison des pluies et 18 à 30 % à la seconde, des totaux pluviométriques annuels ;
- une petite saison sèche de mi-juillet à août ;
- une petite saison de pluies de septembre à novembre ;
- une grande saison sèche de novembre à mars.

Le régime pluviométrique du milieu d’étude est bimodal avec une hauteur de pluie
moyenne annuelle de 1200 mm. La figure 4 présente le régime pluviométrique moyen
(1986-2016) à Abomey-Calavi.
350
310.43
300
250
198.66
200
Hauteur de pluies

150 132.63 138.8


119.81 115.31
100 70.07
35.53 48.38 37.23
50 14.58 18.05
0

Mois

Figure 4 : Régime pluviométrique moyen de Cotonou (1986-2016)


Source : Météo Bénin, juin 2019

28
La grande saison de pluie connaît le développement de la végétation que ce soit
herbacée ou ligneuse. De même au cours de cette période, les espèces végétales
disposent suffisamment d’eau dans le sol permettant ainsi leur croissance. Par contre
de novembre à début mars, c’est la saison sèche qui prévaut, on assiste au phénomène
contraire. Le couvert végétal régresse ce qui conduit à la régression considérable de la
biomasse. Les cours d’eau tarissent occasionnant l’orientation des populations vers les
zones inondables pour l’agriculture. La pluie est un des facteurs écologiques les plus
importants. Selon Adjatom S. (2019, p. 24), les effectifs des cas de paludisme les plus
élevés sont enregistrés dans pendant la saison pluvieuse et cela s’explique par une
abondance de pluie et une humidité relative élevée.
 Evapotranspiration potentielle
La figure 5 présente le diagramme climatique de la commune d’Abomey-Calavi.
L’observation de ce diagramme permet de diviser l’année en des périodes
d’évènements bioclimatiques successives à partir de la variation mensuelle des
précipitations et de l’évapotranspiration.
Précipitation ETP ETP/2

180
160
Précipitations, Evapotranspirations

140
120
100
80
60
40
20
(mm)

0
J F M A M J J A S O N D
Mois

PS : Période Sèche PH : Période Humide PFH : Période Fortement Humide
Figure 5 : Diagramme climatique de la station de Cotonou (1986-2016)
Source : Météo Bénin, juin 2019

29
De l’analyse de la figure 5, il ressort que l’année est subdivisée en cinq périodes dont
deux périodes sèches, deux périodes humides et une période fortement humide dans la
Commune d’Abomey-Calavi. Ces différentes périodes se présentent comme suit :
 deux périodes sèches (PS) qui s’étend de fin-octobre à début mars et de
novembre à décembre. Pendant ces périodes les cours d’eaux s’assèchent mais
les principales rivières conservent l’eau dans leurs lits mineurs. C’est la période
de passage des feux de végétation, période à laquelle les activités horticoles
atteignent leurs pics. Vers début mars les pluies précoces commencent et
s’étendent à mi-mai. Ainsi la régénération des espèces commence favorisant
ainsi la disponibilité des produits forestiers sauvages dans le milieu naturel ;
 deux périodes humides (PH : ETP/2<P<ETP) qui s’étendent de début mars à fin
avril et d’octobre à mi-novembre. On observe une reprise de la végétation et le
démarrage des activités agricoles dans les zones de cultures de la commune
d’Abomey-Calavi. A la fin de la seconde cette période humide, les réserves
d’eau commencent à s’épuiser et la plupart de la végétation commence à perdre
sa feuille ;
 une période fortement humide (PFH : P>ETP) de fin avril à début octobre.
Durant cette période, il est noté une croissance rapide de la végétation. Le mois
de juillet est le mois le plus pluvieux où le pic des précipitations est atteint.
C’est la période de la grande croissance de la végétation durant laquelle la
réserve en eau est supérieure aux besoins des plantes. Les graminées donnent
des inflorescences et on note une abondance des herbacées.

 Température
La figure 6, montre l’évolution des températures moyennes mensuelles de la station de
Cotonou utilisée pour le milieu d’étude de 1986 à 2016.

30
Moyenne maxi Moyenne mini T°C moyenne
40
35
30
25
20
15
10
5
0

vi e
r ier ar
s ril ai in ille
t ût br
e
br
e
br
e
br
e
n vr M Av M Ju Ju Ao m to m m
Ja Fé pt
e O c ve ce
Se No Dé

Figure 6 : Evolution des températures à la station de Cotonou (1986-2016)


Source : Météo Bénin, juin 2019

L’analyse de la figure 6, renseigne que la température moyenne annuelle de cette


station oscille autour de 29°C. Les températures maximales sont enregistrées en
décembre et février et oscillent autour de 34°C. Ces mois se révèlent être les périodes
les plus chaudes. Les plus basses températures sont enregistrées en juillet et en août et
oscillent autour de 22°C. En milieu tropical, la température est importante pour la
végétation puisqu’elle agit sur la respiration et la photosynthèse de la plante lesquelles
assurent une quantité suffisante de la biomasse et le maintien de l’équilibre thermique
du milieu. L’impact des valeurs moyennes de la température sur la végétation est
moindre par rapport à celui des valeurs extrêmes. Les minima règlent dans une large
mesure, le repos végétatif et la rapidité de la croissance de certaines espèces.

 Humidité relative
La figure 7 montre l’évolution de l’humidité relative moyenne mensuelle de la station
de Cotonou de 1986 à 2016.

31
HR maxi HR mini HR moyenne
120
100
Humidité relative mensuelle
80
60
40
20
0
r ier ar
s ril ai in t ût e e e e
vi e vr Av M Ju ille Ao br br br br
Ja
n

M Ju em tc o m m
pt O ve ce
Se No Dé

Mois

Figure 7 : Evolution de l’humidité relative moyenne mensuelle de la station de


Cotonou de 1986 à 2016.
Source : Météo Bénin, juin 2019

Il ressort de l’analyse de la figure 7, que l’humidité relative moyenne annuelle de cette


station tourne autour de 80 %. L’humidité relative maximale est enregistrée entre
juillet et août et présente une valeur autour de 96 %. Ces mois se révèlent être les
périodes les plus froides. Les plus basses valeurs d’humidité relative sont enregistrées
entre janvier et février.
Les maladies comme le paludisme et la diarrhée se manifestent dans tous les mois de
l’année. Mais pendant la période des pluies les nombres de cas des maladies sont plus
élevés. Cette progression est due par la consommation des eaux de pluies et des
retenus d’eau ; ces sources constituent de véritable refuge pour les germes
responsables au développement des maladies qui obligent les populations notamment
les pauvres extrêmes à fréquenter les hôpitaux. Même en période de sécheresse par la
présence des rivières, la régression de l’humidité relative et les retenues d’eau
abandonnée autour des habitations ainsi que des herbes crées un environnement
favorable au développement du vecteur de la maladie.
 Vent
La Commune d’Abomey-Calavi fait partie de la zone littorale. Elle est influencée par
deux masses d’air :

32
 l’alizé maritime (mousson) porteur de pluie, qui est une masse d’air chaude et
humide en provenance des hautes pressions de Sainte Hélène. Sa direction est
SW-NE. Sa vitesse moyenne qui est de 4,7 m/s et varie d’un mois à un autre et
d’une année à une autre ;
 l’alizé continental (harmattan) qui est sec et chaud. Il souffle de novembre à
février avec une direction NW-SE (Adjibogoun K. J., 2016, p.15).
Ces paramètres constituent un facteur déterminant dans la décomposition des matières
organiques source de plusieurs maladies.
2.1.2.3.- Sols
Plusieurs types de sols caractérisent le milieu d’étude au nombre desquels on
distingue : les sols ferralitiques, ferrugineux et hydromorphes (Figure 8).

Figure 8 : Composantes pédologiques de la commune d’Abomey-Calavi


Le sol d’Abomey-Calavi est un sol ferralitique (terre de barre) appauvrie dans sa partie
superficielle et désaturé en horizon B. Ce type de sol se rencontre notamment dans
l’arrondissement de Ouèdo. C’est un sol reconnu perméable. Il est jugé assez résistant
à l’érosion non seulement en raison de sa perméabilité mais aussi grâce à sa cohésion
due à la présence d’argile. La vitesse d’infiltration varie suivant la pente, la teneur en
33
argile dans les horizons et le couvert végétal (Abdoulaye, 2007). En outre, dans le sud
de la côte à la latitude de Godomey, on a des sols hydromorphes moyennement
organiques, humiques à gley mélangés à des sols hydromorphes minéraux ou peu
humifères à pseudo-gley de même que les sols minéraux ou peu humifères à gley
lessivés. Au nord de l’arrondissement de Godomey d’est en ouest, il y a des sols
ferrugineux tropicaux lessivés sans concrétion. Le long des rivières Dao et Bakamè
dans l’Arrondissement de Ouèdo et dans l’arrondissement de Calavi autour du lac
Nokoué, on a des sols hydromorphes moyennement organiques humiques à gley. Dans
l’arrondissement de Zinvié, le long de la rivière Sô, on a des sols minéraux ou peu
humifères à pseudo-gley mélangés à des sols minéraux ou peu humifères à gley de
profondeur. Ces sols représentent 50 % de l’arrondissement de Zinvié. Ce type de sol
est favorable aux activités agricoles pratiquées en bonne partie par les ménages
démunis à revenus instable.
2.1.2.3- Hydrographie et végétation
Le réseau hydrographique est constitué essentiellement de deux plans d’eau que sont le
lac Nokoué et la lagune côtière (Figure 9).

Fi
gure 9 : Hydrographie de la Commune d’Abomey-Calavi
34
La commune d’Abomey-Calavi dispose d’une façade maritime juxtaposée à la lagune
côtière. La lagune de Djonou au sud du milieu d’étude est entaillée dans le cordon
littoral ancien avec à la base des sédiments de type fluvio-lagunaire actuel. On note de
même, la présence de nombreuses dépressions marécageuses qui communiquent
directement avec les lagunes ou les marais à eaux affleurantes longeant les cordons et
qui séparent le plateau d’Allada des cordons littoraux. En outre, la commune dispose
de nombreuses lagunes emprisonnées par les cordons littoraux. Les rivières Dao à
Ouèdo, Bakamè à Togba et les lagunes Ahouangan constituent d’importants réservoirs
d’eaux, toute chose qui fait d’Abomey-Calavi, une commune assez drainée dans sa
partie sud-est (Guendéhou, 2010, p.21).

Le couvert végétal de la Commune varie selon les faciès traversés. Ainsi, on y


rencontre la mangrove à palétuvier dans la zone côtière notamment au sud, dans la
région de Togbin (Mairie d’Abomey-Calavi, 2017). Cette végétation est d’une
importance écologique majeure pour l’écosystème lagunaire. En effet, les feuilles
mortes qui tombent dans l’eau sont à la base d’un réseau trophique de décomposition
très complexe conduisant à une forte production secondaire. Une partie des
constituants de ce réseau trophique sont des saprophages consommateurs de feuilles
mortes (crabes, certains crustacés et poissons déchiqueteurs). A partir de substances
organiques et minérales larguées par la décomposition de ces fragments végétaux, se
développe soit dans l’eau, soit dans l’interface eau-sédiment, tout un peuplement
d’algues et de bactéries. Ces bactéries et algues servent de nourriture à des mollusques.
Les mangroves jouent un rôle essentiel dans la productivité des pêcheries côtières. De
nombreuses espèces d’invertébrés en particulier des crevettes et de poissons effectuent
une partie de leur cycle vital dans les mangroves. De même, on rencontre une savane
dégradée sur le plateau, des cultures maraîchères le long des marais et un groupement
herbeux dans les marécages et le long des berges du lac Nokoué selon (Mairie
d’Abomey-Calavi, 2017). Les populations notamment les pauvres extrêmes se servent
souvent des vertus de cette végétation pour guérir les différentes maladies auxquelles
elles sont confrontées.

35
2.2- Facteurs humains
Les caractéristiques humaines concernent l’état de la population et les différentes
activités économiques pratiquées dans la Commune d’Abomey-Calavi.
2.2.1- Etat de la Population de la Commune d’Abomey-Calavi
La figure 10 présente l’évolution de la population de la Commune d’Abomey-Calavi
entre 1979 et 2013.
700000

600000
Effectifs de la population

500000

400000

300000

200000

100000

0
1979 1992 2002 2013
Années

Figure 10 : Evolution de la population entre 1979 et 2013


Source : Données INSAE (RGPH1, RGPH2, RGPH3 et RGPH4)

La population de la Commune d’Abomey-Calavi estimée à 63 080 habitants en 1979


est passée à 126 507 habitants en 1992 (INSAE, 1993). D’après le recensement de
2002, cette population est passée à 307 745 habitants (INSAE, 2003). Selon les
résultats du dernier recensement, la population de la Commune d’Abomey-Calavi est
passée à 656 358 habitants (INSAE, 2015, p. 15). Ces chiffres témoignent de l’état
d’une population en croissance rapide. Cette évolution de la population contribue
fortement à l’urbanisation de la commune au détriment des espaces agricoles. Cette
population qui ne cesse d’accroitre, est inégalement répartie dans les neuf
arrondissements que compte la Commune d’Abomey-Calavi.
La figure 11 présente la répartition de la population de la Commune d’Abomey-Calavi
par arrondissement de 2002 à 2013.

36
300,000
250,000
200,000

Populations
150,000
100,000
50,000
0
2002
to ey é ié n o a i é vi
ssa om jigb Hêv rou uèd ogb Zinv Cala 2013
a d -D an O T -
Ak Go Glo Kp ey
om
Ab

Arrondissements

Figure 11: Répartition de la population de la Commune d’Abomey-Calavi par


arrondissement de 2002 à 2013
Source : RGPH (3, 4) et enquête de terrain, 2018
La figure 11 montre une répartition inégale de la population dans chaque
arrondissement de la commune. Ces données issues de l’INSAE (2002, 2013)
positionnent l’arrondissement de Godomey en tête. Cet arrondissement concentre à lui
seul près de la moitié de la population de toute la commune (39 % en 2013 contre 49,
86 % en 2002). Il est suivi respectivement des arrondissements d’Abomey-Calavi
(117 824 habitants en 2013 et 61 450 en 2002) ; de Togba (73 331 habitants en 2013 et
18 674 habitants en 2002) ; de Hêvié (67 218 habitants en 2013 et 13 450 habitants en
2002) ; d’Akassato (61 262 habitants en 2013 et 17 197 habitants en 2002). Les
arrondissements de Ouèdo, de Zinvié, de Glo-Djigbé et de Kpanroun sont les moins
peuplés. Cette croissance démographique de la Commune nécessite l’implantation des
infrastructures socio sanitaires de qualité et en nombre suffisant pour répondre aux
besoins de santé des populations notamment les pauvres extrêmes.
2.2.2- Activités socio-économiques
Dans la Commune d’Abomey-Calavi, les populations mènent une diversité d’activités
économiques. Il s’agit de l’agriculture, l’élevage et la pêche (Mairie d’Abomey-Calavi,
2017).
2.2.2.1- Agriculture
La principale activité menée dans la commune d’Abomey-Calavi est la production
agricole. L’existence des bas-fonds, des pâturages, des organisations paysannes, des
structures d’encadrement et de financement est à la base d’une diversité de

37
spéculations (maïs, manioc, ananas, arachide, riz, palmier à huile, sorgho etc. (Mairie
d’Abomey-Calavi, 2017). Dans la commune d’Abomey-Calavi comme partout au
Bénin pour le désherbage, les paysans pratiquent le brûlis. Mais le feu tue les micro-
organismes responsables de la fabrication de l’humus qui fertilise le sol. Par ailleurs,
l’agriculture dans la commune de Abomey Calavi n’utilise pas de technologie
moderne. L’outillage est à 98 % rudimentaire (Guendéhou, 2010, p. 17). Il se résume à
l’utilisation de la houe, de la daba, du coupe-coupe, de la hache etc. ; ce qui limite la
production qui ne sert essentiellement qu’à la subsistance des populations rurales. Par
ailleurs, on note actuellement un début de modernisation de l’agriculture avec l’entrée
des commerçants, des retraités, des fonctionnaires, des diplômés sans emplois dans le
secteur (Mairie d’Abomey-Calavi, 2007). La forte réduction des terres cultivables, le
sous équipement des producteurs et l’accès difficile au crédit constituent des
contraintes majeures des producteurs. En somme, l’agriculture à Abomey-Calavi est
confrontée à des difficultés essentiellement d’ordre financier, technologique, technique
et organisationnel. Ces activités agricoles sont beaucoup plus pratiquées par des
ménages agricoles qui sont en grande partie dans l’incapacité de satisfaire leurs
besoins notamment sanitaires.
2.2.2.2- Elevage
Dans la commune d’Abomey-Calavi, l’élevage est très peu développé, peu organisé et
constitue une activité secondaire pour quelques individus. Les principales espèces
animales élevées sont : les bovins, les caprins, les porcins, les ovins, la volaille (Mairie
d’Abomey-Calavi, 2017). En outre l’élevage non conventionnel (lapins, escargot,
aulacodes, etc.) se développe et constitue une forme de diversification de la production
animale. Les bovins sont souvent élevés sous cocoteraie, leur effectif s’accroit parce
qu’ils constituent une forme d’épargne pour les paysans. Mais cet élevage souffre de
plus en plus de pénurie d’herbage pour l’alimentation du fait de la raréfaction des
pâturages dans les grands centres comme Abomey-Calavi, qui s’urbanise de jour en
jour (Mairie d’Abomey-Calavi, 2007). Par ailleurs, la forte prévalence des maladies
animales /(peste porcine et aviaire) et l’importation massive des produits d’élevage
(œufs) et des produits congelés (volaille et viande) constituent des menaces pour ce
secteur (Mairie d’Abomey-Calavi, 2017). De même, l’élevage des porcs et des chèvres

38
n’est pas reluisant. Cet élevage se fait dans une insalubrité notoire et les soins
vétérinaires sont quasi absents. A tout ceci s’ajoute les cas de peste porcine qui se
déclenchent fréquemment, causant la perte de nombreux animaux réduisant ainsi les
revenus des ménages. De nombreux aviculteurs dans la commune d’Abomey-Calavi
élèvent la volaille améliorée importée soit du Nigeria, de la Belgique et du Ghana. La
volaille locale, plus importante du cheptel en effectif, bénéficie de moins de suivi. Ces
animaux sont souvent contraints de chercher eux-mêmes leur maigre pitance
(Guendéhou 2010). Les fortes mortalités enregistrées sont dues à la peste aviaire et au
manque de soins vétérinaires. A défaut de couloirs d’acheminement et d’enclos pour
les animaux ceux-ci divaguent un peu partout dans la ville. Leurs excrétas se
décomposent à l’air libre et constituent un risque de contamination de la population
par des germes nuisibles à la santé.

2.2.2.3- Pêche
La pêche est peu développée dans la commune d’Abomey-Calavi bien que des
potentialités existent : plans d’eau riches en poissons et exploitables (lac Nokoué,
façade maritime et la disponibilité des bas-fonds pouvant abriter les trous à poissons).
L’utilisation des techniques prohibées (filets à petites mailles), l’encombrement et le
comblement du lac Nokoué dus à l’installation des acadjas induisent la baisse de la
production halieutique (Mairie d’Abomey-Calavi, 2017). De même, les financements
manquent pour le développement. Les communautés de pêcheurs souffrent de
nombreux problèmes sociaux qui méritent d’être étudiés de façon approfondie. On
peut citer notamment le problème de l’approvisionnement en moyens de production et
le nombre trop important de pêcheurs entraînant la surexploitation des plans d’eau
(Mairie d’Abomey-Calavi, 2007). En somme, la pêche constitue une activité
économique importante pour les populations en grande partie démunis, mais mal
contrôlée (Mairie d’Abomey-Calavi, 2017).

Le chapitre II a permis de décrire les fondements physiques et socioéconomiques de la


Commune d’Abomey-Calavi en relation avec les pauvres extrêmes. Le chapitre III
aborde les caractéristiques socioéconomiques, les besoins en santé et l’accès aux soins
des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi

39
CHAPITRE III : CRACTÉRISTTIQUES SOCIOECONOMIQUES, BESOINS
EN SANTE ET ACCES AUX SOINS DES PAUVRES EXTREMES A
ABOMEY-CALAVI
Le chapitre III présente les déterminants de la vulnérabilité sanitaire des pauvres
extrêmes à travers leurs caractéristiques socioéconomiques et environnementales. Il
analyse aussi les besoins en santé et l’accès aux soins des pauvres extrêmes dans la
Commune d’Abomey-Calavi. Mais avant ces aspects, un accent est mis sur
l’organisation du système de santé au Bénin en général et dans la Commune
d’Abomey-Calavi en particulier.
3.1- Organisation du système de santé au Bénin
3.1.1- Pyramide sanitaire
Le système de santé du Bénin a une structure pyramidale inspirée du découpage
territorial. Il comporte trois différents niveaux :
 le niveau central ou national est administré par le Ministre de la Santé qui assure
la mise en œuvre de la Politique Sanitaire définie par le gouvernement. Dans cette
optique, il initie l’action sanitaire, en planifie l’organisation, coordonne et contrôle la
mise en œuvre des projets et programme de santé. A ce niveau, on retrouve comme
structures de soins le Centre National Hospitalier et Universitaire (CNHU) Hubert
Koutoukou MAGA, le Centre National de Pneumo-phtisiologie, le Centre National
de Psychiatrie et l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant Lagune (Ex Maternité Lagune).
 Le niveau intermédiaire ou départemental est administré par les Directeurs
départementaux de santé. Les activités sanitaires se font à ce niveau dans les hôpitaux
départementaux. Les directions départementales sont chargées de la mise en œuvre
de la politique sanitaire définie par le gouvernement, de la planification et de la
coordination de toutes les activités des services de santé et d’assurer la surveillance
épidémiologique dans les départements. Le CHD constitue le centre de référence
pour les cas référés par les hôpitaux de zone ou par les centres de santé.
 Le niveau périphérique : il représente l’entité opérationnelle la plus décentralisée
du système sanitaire. En effet le territoire national est réparti en 34 zones. Chaque
zone dénommée Zone Sanitaire regroupe un certain nombre de services de santé
publics de premier contact (UVS et CS), et des formations sanitaires privées appuyés
par un hôpital de référence (public ou privé), appelé Hôpital de Zone. La Zone
40
Sanitaire, est dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie de gestion ; elle est
placée sous la tutelle du Ministère de la Santé. Ses organes de gestion sont constitués
par : le Comité de Santé de la Zone Sanitaire (CS/ZS); l’Équipe d’Encadrement de la
Zone Sanitaire (EEZS).
3.1.2- Système local de sante dans la commune d’Abomey-Calavi
3.1.2.1- Secteur public
L’organisation du système public à l’échelle communale, est calquée sur le découpage
administratif national, où la zone sanitaire représente l’unité fonctionnelle de base de
la pyramide sanitaire. Elle est constituée de l’Hôpital de Zone, qui est l’hôpital de
première référence en dessous duquel on retrouve le Centre de Santé de la Commune
(CSC) d’Abomey-Calavi. La Commune dispose également des dispensaires et des
centres de santé d’arrondissement dont certains sont dotés d’un bloc chirurgical et de
personnels qualifiés pour les interventions.
3.1.2.2- Secteur privé
Acôté des efforts fournis par le système public de soins de santé, se trouve le secteur
privé au sein duquel il faut distinguer, les établissements à but lucratif et les
établissements à but non lucratif dirigés par des associations, des organisations non
gouvernementales et des confessions religieuses (par exemple, les missions).

La figure 12 présente la répartition des infrastructures sanitaires dans la Commune


d’Abomey-Calavi.

41
Figure 12: Répartition des infrastructures sanitaires dans la Commune d’Abomey-
Calavi.
La Commune dispose d’un hôpital de zone, de centres de santé d’arrondissement, et de
cliniques.

42
3.2- Déterminants socioéconomiques de la vulnérabilité sanitaire des pauvres
extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi
Les caractéristiques socio-économiques des ménages déterminent les types de
problème de santé qu’ils peuvent avoir et leur parcours thérapeutique. Ces
caractéristiques des indigents étudiées sont le lieu d’habitation du ménage, le niveau
de formation du chef de ménage, l’activité principale du chef de ménage, l’âge et le
sexe des malades, le quintile de revenus du ménage, et enfin les coûts
d’hospitalisation.
3.2.1- Conditions de vie des pauvres extrêmes a d’Abomey-Calavi

L’Enquête Modulaire Intégrée sur les Conditions de Vie des Ménages réalisée en 2007
par le gouvernement du Bénin dont l’objectif est d’évaluer l’ampleur de la pauvreté et
d’identifier ses caractéristiques a montré que le taux de pauvreté monétaire au Bénin
en 2006 demeure encore élevé et semble même avoir augmenté par rapport à 2002. La
pauvreté au Bénin varie considérablement selon les zones de résidence, l’incidence
étant de 27 % en moyenne en milieu urbain contre 40,6 % en milieu rural. Toutefois,
la pauvreté d’existence (conditions matérielles de vie des populations) semble avoir
légèrement reculé au Bénin (de 43 % à 41 %), contrairement à la pauvreté monétaire
entre 2002 et 2006 semblent indiquer une aggravation sensible de la pauvreté au
Bénin. Selon l’Approche monétaire, la proportion de la population pauvre au Bénin en
2009 est estimée à 35,21 %, ce qui signifie que plus d’une personne sur trois vivent en
dessous du minimum vital (SCRP, 2011-2015).

De leur côté, les ménages interrogés dans la Commune d’Abomey-Calavi sur leur
perception de la pauvreté subjective, estiment qu’ils vivent de plus en plus
difficilement. Les enquêtes de terrain effectuées, permettent de dire que les 75 % des
ménages enquêtés n’ont pas une situation reluisante. Ces dernières pour diverses
raisons renvoyées en banlieue, vivent dans des logements insalubres faits avec des
matériaux précaires et sont victimes chaque année des inondations engendrant donc
des problèmes de santé. Au nombre de ces raisons, l’extrême pauvreté monétaire dont
elles font l’objet et qui engendre diverses conséquences sur leurs conditions de vie. On
note une faible accessibilité de ces personnes aux services sociaux de base (éducation,
santé, eau) du fait de leur revenu très bas.
43
3.2.2- Catégorie professionnelle du chef de ménage
Les enquêtes de terrain ont permis de constater que la vulnérabilité des indigents sur le
plan sanitaire s’explique d’une manière ou d’une autre par leur situation
professionnelle relativement précaire. La figure 13 présente les caractéristiques
professionnelles des chefs de ménages enquêtés.

Chart Title
Catégories professionnelles

Inactifs

Secteur public

Secteur privé

Secteur informel

0.00% 10.00% 20.00% 30.00% 40.00% 50.00% 60.00% 70.00%


Effectifs (%)

Figure 13 : Caractéristiques socioprofessionnelles des chefs de ménages indigents


Source : Enquêtes de terrain, janvier 2019
Dans l’ensemble 60,5 % des chefs de ménages sont dans le secteur informel ; 10,3 %
dans le secteur privé et 8,6 % dans le secteur public. Les inactifs composés en générale
des retraités et des sans-emplois représentent 20,7 % des chefs de ménages.
Pour ce qui concerne les ménages en extrême pauvreté du secteur informel, la plupart
des agents de santé interrogés dans les formations sanitaires publiques visitées
estiment qu’environs 40 % de la clientèle sont des femmes pour la plupart des
ménagères ou de petites commerçantes.
La figure 14 présente la répartition de cette catégorie de ménages indigents enquêtés
selon la profession.

44
Chart Title
30%
Effectif des indigents
15%
0%

tie
n an ot
o re us
e
e r tis m agè e
tr A x i én nd
d'en e ta M eve
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A g te
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n
Co
Professions

Figure 14: Répartition des indigents enquêtés selon la profession


Source : Enquêtes de terrain, janvier 2019
L’analyse de la figure 14 montre que les ménagères sont les plus représentées avec une
proportion de 40 %. Ensuite les revendeuses avec une proportion de 30 %. Les artisans
quant à eux font une proportion de 15 % des ménages enquêtés et enfin, les
conducteurs de taxi moto et les agents d’entretien avec respectivement 10 % et 5 %.
Cette situation professionnelle des enquêtés explique d’une manière ou d’une autre
leur incapacité à se prendre en charge sur le plan sanitaire. A ce constat, il faut ajouter
que les ménages indigents dans l’ensemble sont des non scolarisés. La figure 15
présente le niveau d’étude des ménages pauvres extrêmes enquêtés.

Chart Title

Secondiare 28.96
Niveau scolaire

Primaire 24.67

Non scolarisé 46.37

0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Pourcentages (%)

Figure 15: Répartition des enquêtés selon leur niveau d’étude


Source : Enquête de terrain, janvier 2020

45
De l’analyse de la figure 15, il ressort que 46,37 % des pauvres extrêmes enquêtés
sont non scolarisés, 24, 67 % sont du niveau primaire et 28,96 % sont de secondaire. Il
y a une prédominance des non scolarisés (46,37 %). Ces personnes, prises en compte
par la présente recherche, estiment qu’ils ne prévoient rien pour leur santé et celle de
leur famille parce que leur revenu étant très limité et les besoins attendent presque
toujours. Du reste, les enquêtes de terrain ont permis de constater que plus de 50 % des
pauvres extrêmes enquêtés ont plus que trois (3) enfants ; ils font plus de la moitié des
ménages enquêtés avec une proportion de 57 %. Viennent ensuite ceux ayant trois (3)
enfants qui font 25 % et les ménages en extrême pauvreté ayant deux (2) et un (1)
enfant représentent respectivement 13 % et 5 %. Cette forte fécondité risque
d’engendrer une croissance encore plus rapide de la population, faisant ainsi peser un
considérable fardeau économique et social sur le ménage.
3.3- Situation Socio Sanitaire des pauvres extrêmes à Abomey-Calavi
La situation socio sanitaire n’est guère reluisante. Elle se caractérise par un cadre de
vie non acceptable qui constitue un facteur favorisant de l’éclosion des maladies
transmissibles et parasitaires. La pollution, l’insuffisance de l’eau potable et la gestion
des déchets sont les éléments essentiels de ce cadre de vie qui méritent une attention
particulière.
3.3.1- Approvisionnement en eau potable et gestion des eaux usées
En ce qui concerne l’hygiène et l’assainissement, les populations indigentes enquêtées ne
disposent pas d’eau potable et sont obligées de recourir à des sources non appropriées. Les
enquêtes de terrain ont permis de constater que la Commune compte aujourd’hui 10
adductions d’eau villageoise (AEV) qui alimentent 171 Bornes Fontaines (BF), 61
Puits Modernes (PM) fonctionnels, 4 Postes d’Eau Autonomes (PEA) et 135 Forages à
pompes manuelle (FPM). La figure 16 en donne la répartition selon le mode
d’approvisionnement.

46
Rivière/marigot/mare (%)
Eau courante SONEB à la
maison (%)
Eau courante SONEB ailleurs
(%)
Borne fontaine/Robinet public
(%)
pompe à motricité humaine
(%)
Citerne (%)
Puits protégé/busé public (%)
Puits protégé/busé privé (%)
Puits non protégé (%)
Autre (%)

Figure 16 : Répartition selon le mode d’approvisionnement


Source : Enquête de terrain, 2019
L’analyse de la figure 16 montre que 28,5 % des ménages de la Commune d’Abomey-
Calavi s’approvisionnent en eau de puits non protégé, 27,2 % des ménages en eau de
la SONEB ailleurs, 15 % des ménages en eau de puits protégé, 14,5 % en eaux de la
SONEB à la maison et 4,4 % usant d’eaux de pompe à motricité humaine. Le reste a
recours à diverses sources d’approvisionnement : puits public, forage, citerne, rivière,
etc. La planche 1 montre le mode d’approvisionnement en eau le plus utilisé dans la
Commune d’Abomey-Calavi.

a b

Planche 1: Environnement immédiat des puits non protégés à Abomey-Calavi


Prise de vues : Dakpo, janvier 2020
La planche 1 montre deux puits non protégé non loin des habitations à Godomey
(photo a) et à Tankpè (photo b). Ces puits mal entretenus qui pourtant servent de lieu

47
d’approvisionnement en eau de boisson aux populations sont aussi entourés d’herbes
et des tas d’ordures. Ces genres de situations sont observés dans beaucoup de quartiers
des deux arrondissements visités et contribuent inéluctablement à la recrudescence de
maladies liées au mauvais assainissement du cadre de vie.

La situation ainsi décrite permet de définir la relation de cause à effet entre eau et péril
hydrique. Une source d’eau mal entretenue et mal traitée peut favoriser l’éclosion de
beaucoup de germes ou de vecteurs d’agents pathogènes dont découlent des affections
directes comme la diarrhée, le paludisme et autres affections d’origine hydrique. Donc,
la santé des populations notamment les pauvres extrêmes de la Commune d’Abomey-
Calavi est très menacée. Les informations recueillies dans les centres de santé de ladite
localité sur l’état de santé des populations sont révélatrices.

De même, les eaux usées sont déversées dans la cour de la maison, autour ou dans les
caniveaux avec parfois les ordures ménagères. Dans l’encyclopédie, l’eau est la cause de
maladies comme le paludisme, première cause de mortalité en Afrique. D’autres maladies
sont également liées à l’eau souillée par les microbes et les bactéries. La photo 1 présente
une mare verdâtre au bord d’une rue.

Photo 1: Mare verdâtre


Photo 1: Mare verdâtre à Tankpè
Prise de vue: Dakpo, janvier 2020
La photo 1 présente une mare verdâtre. Ces eaux déversées anarchiquement dans les
rues, contribuent à la dégradation du cadre de vie et attirent toutes sortes d’insectes qui
sont les vecteurs de germes de maladies. Il s’agit des moustiques qui sont à l’origine
du paludisme surtout en saison pluvieuse.

48
Les enquêtes de terrain ont permis de se rendre compte à l’évidence que c’est
l’insuffisance de l’offre d’assainissement dans la commune qui amène les ménages à
déverser leurs eaux usées dans les rues et ruelles. Les caniveaux, les places publiques
sont aussi transformés en déversoirs. Les eaux des douches s’écoulent directement sur
le sol, derrière les enclos aménagés pour cet usage et stagnent à ciel ouvert. Les eaux
usées sont jetées dans la nature ou envoyées dans les caniveaux, souvent bouchés. La
stagnation de ces eaux favorise la prolifération des moustiques et autres germes,
vecteurs de maladies hydriques une menace pour la santé des populations.
La figure 17 présente la répartition des ménages selon le mode d’évacuation des eaux
usées.

70
60
50
Pourcentage

40
30
20
10
0
Caniveau Caniveau Fosse Puits Dans la Nature Autre
fermé à ciel septique perdu cour
ouvert ou puisard
Modes de gestion en (%)

Figure 17: Répartition des ménages selon le mode d’évacuation des eaux usées
Source : Enquête de terrain, janvier 2019
L’analyse de la figure 17 montre que 66,3 % des pauvres extrêmes évacuent les eaux
dans la nature et 17 % dans la cour. Mais 12,4 % des ménages de la commune
évacuent les eaux dans les fosses septiques, 1,3 % des ménages le font dans les
caniveaux fermés, le reste est fait dans les caniveaux à ciel ouvert, les puits perdus, et
autres. Il faut signaler que les eaux usées et les déchets ménagers directement déversés dans
la cour sont des comportements qui renforcent les nuisances et favorisent une forte
prévalence des maladies notamment au niveau des indigents.
3.3.2- Difficultés liées à la gestion des déchets
Les déchets constituent une préoccupation de la commune. Le volume augmente avec
la croissance de la population et la diversification des activités économiques. Les

49
observations faites sur le terrain dans les différents arrondissements révèlent que les
habitants vivent dans un environnement insalubre. Les parcelles vides proches des
concessions sont transformées en dépotoirs non aménagés. Les caniveaux de la ville
sont jonchés d’ordures.
L’existence des structures de gestion des ordures ménagères dans la Commune
d’Abomey-Calavi n’empêche pas la population de gérer à sa manière les ordures. La
figure 18 présente les modes de gestion des déchets solides ménagers (DSM) dans les
ménages enquêtés.

80
60
40
Pourcentage

20
0
ue Gs e s
ag
e
or
s t re
iq rré ûl h Au
bl ON e de
pu x En
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v oi en
t
ur
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Su o n s
Ab Da
Modes de gestion en (%)

Figure 18: Modes de gestion des déchets solides ménagers (DSM)


Source: Enquête, de terrain, 2019
L’analyse de la figure 18 montre que 70,5 % des populations enquêtées jettent les
ordures dans la plupart des cas dans la nature; 19,5 % se sont abonnées aux ONG qui
interviennent dans le domaine ; 7,5 % des ménages enquêtés brûlent les déchets
produits et 2,5 % les enterre. Ces ordures produites ont un impact négatif sur
l’environnement et surtout la santé des ménages en ce qu’elles exposent les
populations à des risques de pollution. Les ordures ménagères produites dans la
Commune d’Abomey-Calavi contiennent des substances putrescibles qui dégageant
des odeurs nauséabondes et pestilentielles dans l'atmosphère. Les eaux qui stagnent
dans les caniveaux dégagent également ces odeurs. L'incinération des ordures des
dépotoirs sauvages polluent l'air avec les gaz et la fumée. Il faut noter aussi que quand
les ordures traînent longtemps en un endroit, la fermentation anaérobique produit du
méthane (CH4) et des moisissures qui attirent les moustiques.
50
Les gaz de la décomposition des ordures ménagères, les sels minéraux des eaux usées
s'infiltrent dans le sol polluant la nappe phréatique et le sol. Les eaux de ruissellement
polluent ainsi les sources d’approvisionnement en eau de certaines populations.
Les ordures entassées et les eaux usées attirent mouches, moustiques, cafards et
rongeurs qui envahissent les maisons environnantes et troublent le sommeil des
habitants pendant la nuit. L’insalubrité des lieux constatée très souvent dans les
ménages pauvres favorise la formation des gîtes de moustiques, vecteurs du
paludisme. L'obstruction des caniveaux par les ordures est une préoccupation de la
Commune d’Abomey-Calavi. Les mouches prolifèrent le jour, dans les maisons, où
elles se déposent sur les aliments non couverts. La nuit, elles se retirent pour faire
place aux moustiques. Les rongeurs, notamment les rats et les souris, envahissent les
maisons. Ces désagréments portent atteinte à la santé de la population, constamment
exposée aux maladies hydriques comme : diarrhée, choléra, paludisme, et affections
gastro-intestinales, dermatologiques et infections respiratoires aïgues. Les plus exposés
à ces maladies sont surtout ceux vivant aux environs immédiats des décharges.
A cela s’ajoute le non-respect des règles d’hygiène. Plus de 50 % des ménages enquêtés vit
avec des animaux domestiques. En effet, les poils de ces animaux comme le chat, le chien
peuvent se retrouver dans les poumons des sujets et rendre la respiration plus difficile. Ces
animaux pour la plupart ne sont souvent pas vaccinés alors qu’ils peuvent être porteurs de
plusieurs maladies à transmettre à l’homme par simple cohabitation. Cette proximité avec
les animaux rend le milieu de vie plus vulnérable aux microbes par l’insalubrité. Ces
problèmes les exposent à d’importants risques sanitaires.
3.3.3- Modes d’évacuation des excrétas
Les modes d’évacuation des excrétas expliquent aussi les différentes types de maladies
que peuvent avoir les populations notamment les pauvres extrêmes. Les enquêtes de
terrain ont permis de constater sue seulement 26 % des mères se débarrassent des
selles de leurs enfants de façon hygiénique (dans des toilettes ou des latrines).
Le tableau II présente les modes d’évacuation des excréments à Abomey-Calavi.

Tableau II: Mode d’évacuation des excrétas dans la commune d’Abomey-Caalavi

51
Type de Moderne traditionnelle A l’air libre Total
Toilettes

Effectifs 17 68 21 106

Source: Enquête, de terrain, 2019


De l’analyse du tableau II, il ressort que 64,15 des pauvres extrêmes enquêtés
possèdent des toilettes de types traditionnels. Les ménages (21) enquêtés préfèrent
aussi la nature comme lieu d’aisance à cause du manque de moyens financiers. La
figure 19 illustre bien les impacts négatifs que les matières fécales déposées à
proximité des lieux d’habitation et des sources d’eau ont sur la santé des hommes et
des animaux.

Matières fécales (matières organiques à l’état pur,


contient parfois des microbes, œufs de parasites, virus)

Mauvaises odeurs Infection du sol Réceptacle de pollution de


mouches

d’approvisionnement en eaux
Contamination des sources

Persistance et propagation des maladies


digestives, infectieuses et parasitaires

Figure 19: Schéma du péril fécal


Source : TONON, (1987) actualisé par Dakpo, janvier 2020
L’analyse de la figure 19 montre le processus de nuisance des matières fécales. Ces
matières fécales constituent de graves menaces sur la santé des populations notamment
les indigents. Il s’agit d’abord de la pollution de l’air ambiant nécessaire pour la vie,

52
ensuite par la multiplication des mouches et des microbes, enfin par la contamination
des sources d’approvisionnement en eau.

Les facteurs anthropiques sont liés à la mauvaise gestion de l’environnement et aux


mauvaises conditions d’hygiène. L’environnement joue un rôle important dans la
distribution, le développement et la survie des espèces vectrices (Adjatom S., 2019, p. 48).
En effet, l’insalubrité du cadre de vie constitue l’un des principaux facteurs de risque de
maladies dans la commune d’Abomey-Calavi qui obligent les populations notamment les
indigents à se rendre aux centres de santé.
3.3- Besoins en santé et accès aux soins des ménages pauvres extrêmes dans la
Commune d’Abomey-Calavi
Cette partie présente les besoins en santé des pauvres en extrêmes de la Commune
d’Abomey-Calavi et leur accès aux soins.
3.3.1- Besoins en santé des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi
Les besoins en santé des ménages vivants dans l’extrême pauvreté sont les mêmes
pour toutes les couches de la population de la Commune d’Abomey-Calavi. Ils sont
très importants et variés. Il s’agit pour la plupart des personnes rencontrées, des
besoins d’accouchements, de consultations prénatales et post-natales, de médecine
générale, des soins généraux (perfusions, ingestion, hospitalisation / Mise en
observation), de suivi de la mère et de l’enfant, de soins infirmiers pour les affections
courantes (paludisme, diarrhée, anémie, etc.), de petite chirurgie, de sensibilisation sur
le VIH et des besoins d’évacuation des cas graves.
Cette recherche a permis de mieux comprendre les parcours de soins des ménages
enquêtés. En effet, environ 70,5 % ont déclaré avoir été malade au moins une fois
durant les 12 derniers mois. En revanche, le type de prestation choisie en 1er recours
est essentiellement lie aux conditions socioéconomiques des ménages. Dans la
Commune d’Abomey-Calavi où les inégalités de ressources jouent fortement, les
pauvres extrêmes ont d’abord recours à l’automédication, alors que les personnes plus
aisées vont aller directement au Centre de santé. La figure 20 présente la proportion
des ménages ayant recours aux soins de santé

53
4%
10%

Pharmacopé
Centre de santé
Sans choix
86%

Figure 20 : Diagramme des ménages ayant recours aux soins de santé
Source: Enquête, de terrain, 2019

En outre, les besoins ci-dessus énumérés vont s’augmenter très rapidement dans les
années à venir pour deux raisons majeures, à savoir : la croissance démographique très
rapide de la zone et les exigences grandissantes de la population en matière de soins de
santé, en particulier, en ce qui concerne la disponibilité et la qualité des services. Cette
augmentation de la population ne rythme pas avec les besoins évoqués en matière de
santé, créant du coup un problème à la population indigente.

En définitive, la situation n’est guère reluisante. Même si un effort est fait sur le plan
de la couverture sanitaire, les besoins actuels en santé ne sont pas comblés parce qu’il
reste beaucoup à faire pour que ces personnes démunies aient un accès facile aux
soins.
3.3.2- Accès aux soins des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi
L’accès aux soins est la capacité et / ou la possibilité pour les groupes de populations
ou les individus d’avoir recours en cas de nécessité aux prestations en matière de
santé. Pour la présente recherche, les dimensions géographique, temporelle et
financière du concept d’accès aux soins ont été prises en compte.
3.3.2.1- Accès temporel et géographique
L’accès temporel aux soins de santé est la possibilité pour les individus, surtout les
personnes les plus démunies, d’accéder aux soins aux moments voulus et dans un délai
d’une semaine au plus. Tandis que l’accès géographique est la possibilité de surmonter
la difficulté due à la distance qui sépare les lieux d’offre de soins de santé du

54
demandeur ; elle dépend donc de la distribution spatiale des formations sanitaires et de
la praticabilité des voies pour y accéder. L’accès géographique peut se résoudre de
deux manières. Soit, en créant plus de centres de soins à proximité, ou en assurant un
entretien régulier des voies d’accès aux centres de soins. La figure 21 permet
d’apprécier ces deux dimensions dans les quartiers ciblés.

Chart Title
6%
10%
Moins de 500 m
500 m à 1 km
1 à 2 km
Plus de 2 km
58% 26%

Figure 21: Répartition des usagers selon la distance entre le domicile et la formation


sanitaire la plus proche

Source : Enquêtes de terrain, janvier 2020

La plupart des usagers indigents, soit 58 % résident à plus de 2 km. Cela s’explique
par le fait que la prise en charge des indigents se fait très souvent dans les formations
sanitaires publiques. L’insuffisance de ces formations sanitaires publiques de
proximité par rapport aux centres de santé privés oblige ces ménages indigents à se
rendre forcément dans ces formations sanitaires publiques quel que soit leur situation
géographique. A cela s’ajoute la fermeture des centres de santé irrégulière dans le
cadre des réformes entreprises par le gouvernement actuel depuis 2016.
3.3.2.2- Difficultés d’accessibilité aux infrastructures sanitaires
La Commune d’Abomey-Calavi a un centre de santé communal (Cs Com), des
hôpitaux privés confessionnels et des unités villageoises de santé (UVS) qui assurent
les premiers soins. La planche 2 présente l’hôpital de zone de la Commune d’Abomey-
Calavi.

55
Planche 2: Hôpital de zone de la Commune d’Abomey-Calavi
Prise de vues: Dakpo, janvier 2020
La planche 2 montre l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi, De nombreux patients
fréquentent cet hôpital. Chaque formation sanitaire a un dépôt pharmaceutique doté
des produits de première nécessité. La commune compte également des officines de
pharmacie, notamment dans les arrondissements de Godomey, Akassato, Abomey
Calavi, et Hêvié. Les besoins et équipements d’urgence à Abomey-Calavi sont
satisfaits par la dotation des services en matériels roulants, en matériels de première
nécessité et en incinérateurs pour l’élimination des déchets biomédicaux.
Les enquêtes de terrain ont permis de constater que la Commune d’Abomey-Calavi
dispose de 17 motos, 06 autos dont 02 de fonctions et 04 ambulances et enfin 06
incinérateurs. Mais, il faut dire que certaines formations sanitaires comme celles de
Zinvié, Togba et Ouèdo ne disposent d’aucun équipement ou ne fonctionnent pas du
tout.
L’effectif du personnel en service dans les formations sanitaires publiques de la
Commune d’Abomey-Calavi, tous corps confondus, est de 429 agents dont 139 agents
permanent de l’état (APE), 30 agents sur financement communautaires (AFC), 12 sur
fonds des « Mesures Sociales » et 247 agents contractuels de l’état.
Le personnel médical et soignant, comprend 14 médecins, 62 sages-femmes et 98
infirmiers pour une population évaluée à 816 818 habitants en 2017. Le ratio s’établit
comme suit : 1 Médecin pour 58 344 habitants, 1 Infirmier pour 8 334 et 1 sage-
femme pour 6 645, chiffres nettement en au-delà des normes de l’organisation
mondiale de la santé (OMS) 1 Médecin pour 10 000 habitants, 1 infirmier pour 5 000
patients et 1 sage-femme pour 5000 femmes.
En définitive, la situation du personnel soignant et des infrastructures sanitaires n’est
pas satisfaisante dans la Commune d’Abomey-Calavi. Pour 85 % des ménages
56
enquêtés, le système sanitaire est très défaillant. La raison fondamentale avancée est le
manque d’accès aux soins de qualité, de spécialistes. Les conditions sont encore plus
précaires lorsqu’il s’agit des patients indigent qui faute de moyens sont parfois
délaissés voire renvoyés de l’hôpital. Ces difficultés expliquent le recours à
l’automédication et à la médecine traditionnelle notamment dans le rang des indigents.
3.3.2.3- Accessibilité financière et économique
Le mode de financement dépend des caractéristiques socio-économiques du ménage,
du type de maladie et du niveau des dépenses. Les déterminants de la vulnérabilité du
ménage émanent des caractéristiques socio-économiques, du type de problème de
santé, du niveau des dépenses et des modalités de financements.
Selon les propos du Directeur de l’hôpital de Zone d’Abomey-Calavi, les ménages
effectuent des paiements directs auprès des établissements de soins aussi bien publics
que privés qui constituent 52,1% de la dépense totale de santé au Bénin en 2019. De la
répartition des versements directs des ménages par fonction, il ressort que 76 % de ces
dépenses sont consacrées aux produits pharmaceutiques, 8 % pour les soins
hospitaliers, 5% pour les soins ambulatoires, 5 % pour les services auxiliaires
laboratoires, 5 % pour l’imagerie médicale et 6 % pour les autres dépenses de santé.
De ces résultats, il ressort que les ménages constituent la principale source de
financement de la santé malgré leur faible niveau de revenu. La situation est encore
plus préoccupante quand il s’agit des patients indigents.
Pour mieux appréhender l’accès aux soins de santé du point de vue économique, la
recherche s’est intéressée aux revenus des personnes indigentes. Sur la base des
informations collectées, 60 % des chefs ménages interrogés disent que leurs familles
respectives connaissent des difficultés économiques. A la question de savoir leur
revenu journalier, ces personnes ont du mal à le comptabiliser parce que les activités
qu’elles mènent ne procurent pas un revenu stable. Selon les informations collectées, il
ressort que plus de la moitié des ménages enquêtés ont en moyenne par semaine un
revenu compris entre 2.000 f et 2.500f. Il faut remarquer que ces personnes sont en
dessus de la normale fixée selon les données d’EMICOV qui est d’au moins un dollar
par jour, soit 450 f CFA. Ceci permet de dire que ces personnes ne peuvent s’offrir des
soins de santé ou prévenir les maux qui les rongent sur le plan sanitaire. Faut-il encore

57
le rappeler, ces personnes sont pour la plupart des ménagères, des revendeuses, de
petits employés, etc. De plus, plus de 70 % des agents de santé enquêtés confirment
cette précarité des ménages indigents sur le plan économique, en disant que les
malades indigents n’arrivent pas à se prendre en charge et d’ailleurs, ils arrivent aux
soins lorsque la maladie est déjà critique. C’est le cas aussi des élus locaux qui
viennent confirmer les propos tenus par les agents de santé. Pour les 80 % des élus
locaux, ils contribuent financièrement et moralement, à la limite de leur moyen, à la
résolution de ces problèmes de santé des pauvres extrêmes qui deviennent de plus en
plus courants.
Selon les propos du personnel de la santé, une fois arrivée à l’hôpital, les indigents ne
suivent même pas tous les soins avant de plier leurs bagages. La plupart de ces
personnes indigentes promettent revenir pour continuer lesdits soins. Mais force est de
constater que ces dernières ne reviennent plus et changent de centres de santé. Les
raisons évoquées pour justifier l’arrivée tardive aux soins d’une part et leur disparition
d’autre part sont souvent d’ordre économique. Pour ces indigents, la médecine
traditionnelle est généralement plus accessible que la médecine moderne car elle
semble moins chère. Raison pour laquelle, ils préfèrent en un premier temps
l’automédication qui n’est pas un phénomène nouveau.
Les conditions socioéconomiques des ménages creusent les inégalités et dans le
domaine de la santé, malgré une amélioration sensible de la couverture sanitaire, le
taux de fréquentation des structures de soins demeure très en deçà des besoins. Les
raisons de cette faible utilisation des services de santé tiennent à plusieurs facteurs,
parmi lesquels, la distance géographique, le sous financement des services de santé, le
faible pouvoir d’achat de la population, etc. Conscient de cette situation, le
gouvernement béninois a multiplié ces dernières années les initiatives pour améliorer
la qualité des soins et l’utilisation des services de santé et faciliter, notamment, l’accès
financier aux soins, dans le cadre de la prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes.
Le chapitre IV analyse le dispositif actuel de prise en charge sanitaire des pauvres
extrêmes, la qualité des services de la santé et débouche sur des suggestions pour
améliorer les insuffisances notées.

58
CHAPITTRE IV : PRISE EN CHARGE SANITAIRE DES PAUVRES
EXTREMES, QUALITE DES SERVICES DE LA SANTE ET STRATEGIES
D’AMELIORATION

Le chapitre IV expose le dispositif actuel de prise en charge sanitaire des pauvres


extrêmes et la qualité des services de la santé offerts à ces derniers à l’hôpital de zone
d’Abomey-Calavi. Il propose aussi des stratégies susceptibles d’améliorer les
insuffisances observées dans la mise en œuvre de ce mécanisme de prise en charge
sanitaire des pauvres extrêmes.
4.1- Dispositifs actuels de couverture du risque maladie
Au Bénin, à côté du financement des soins publics par les impôts combinés aux tickets
modérateurs, se trouvent les dispositifs de protection sociale pour la santé. Cette
protection au niveau des populations les plus démunies est effectuée grâce au Fonds
Sanitaire des Indigents logé au niveau du Ministère de la santé et financé à travers une
ligne budgétaire intitulée « Secours et aides sociales ».
4.1.1- Historique et cadre règlementaire de prise en charge des indigents
Deux aspects essentiels fondent la prise en charge des indigents dans nos structures
sanitaires. Il s’agit du cadre réglementaire favorable à la prise en charge des indigents
et le mécanisme d’utilisation du fonds sanitaire d’indigent (FSI)
4.1.1.1- Historique du Fonds Sanitaire d’Indigent (FSI)
L’installation du FSI résulte d’un changement de vision politique des dirigeants
béninois. En effet en 1994, l’option du gouvernement béninois a été l’acquisition d’un
matériel sensible de diagnostic ; le scanner. Cette volonté s’est heurtée à l’opposition
de la représentation nationale qui en a dénoncé l’inopportunité. Cependant cette même
volonté réapparaîtra en 1996 sans succès. Le fonds prévu pour l’acquisition d’un tel
matériel sera tout de même redéployé en 1998 sous forme d’aide aux indigents, confié
au Ministère de la Santé. L’expérience faite de l’utilisation de ce fonds a révélé qu’il a
servi la plupart du temps à la prise en charge des malades dialysés, aux évacuations
sanitaires de hauts fonctionnaires au-delà du territoire national et à l’achat de certains
médicaments et vaccins.
Ce fonds était pour ainsi dire détourné de son objectif premier car utilisé pour tout sauf
la prise en charge réelle des indigents. Une pause sera marquée en 2004 pour évaluer
l’utilisation de ce fonds à la faveur d’un séminaire tenu à Ouidah en 2004. Tirant donc
59
leçon de la gestion antérieure de ce fonds, d’importantes résolutions seront prises en
vue d’une réorientation du fonds et d’une redéfinition des cibles. La conséquence de
ces assises a été la prise de l’arrêté interministériel n° 743/MFE/MSP/CAB/SP du 13
juin 2005 portant mise en place du mécanisme du fonds sanitaire des indigents.
Le mécanisme d’utilisation du FSI a défini une procédure de prise en charge selon le
niveau de la formation sanitaire qui accueille l’indigent.
4.1.1.2- Cadre règlementaire de prise en charge des indigents
Le Fonds sanitaire des indigents a été formellement institutionnalisé en 2004 au Bénin,
mais il existait déjà autrefois sous forme inorganisée et non structurée. C’est à partir de
2005 que l’on assiste à son déploiement. La gestion du Fonds est régie par un manuel
de procédure dit « Mécanisme d’Utilisation » (MU), élaboré par la DRFM, et qui tire
sa substance de l’Arrêté conjoint N° 743 du Ministère des Finances et de l’Economie
et du Ministère de la Santé du 13 juin 2005. Cet Arrêté interministériel N°
743/MFE/MSP/DC/SP du 13 juin 2005 spécifie le paquet de soins concernés.
Entre 2005 et 2007, le montant total du Fonds s’est élevé à 3,266 milliards de FCFA
au plan national, soit environ 1 milliard de FCFA par an. Une évaluation de la gestion
du Fonds, réalisée en février 2006, montre une très faible utilisation du Fonds en 2005
(6,7 % des crédits disponibles) et une nette progression à partir de 2006 (42 %). Ce
taux est cependant très variable (de 0 à 100 %) d’un département à l’autre. En 2010,
sur un montant de 1 250 millions mis à disposition, 797,86 millions ont été
effectivement dépensés, soit un taux de consommation de 63,83 %. Sur un total de
7.096 bénéficiaires dont les données sont disponibles pour 2006, 50 % sont des
femmes, 29 % des hommes et 21 % des enfants.
Cette recherche s’est intéressée particulièrement à la démarche de prise en charge dans
un hôpital de zone. Mais dans la pratique comment se fait la prise en charge des
indigents à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi ?
4.1.2- Pratique de prise en charge des indigents et le recouvrement des coûts à
l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi
Cette partie aborde la manière dont se fait réellement sur le terrain la prise en charge
des indigents et le fonctionnement du système de recouvrement des coûts sur cette
catégorie d’usagers.

60
4.1.2.1- Pratique de prise en charge des indigents
Sur la base de la note de service n° 6858/MSP/DG/SGM/DRFM/SAG du 27 Juillet
2005 sur la mise en application du mécanisme d’utilisation du FSI, la prise en charge
des indigents à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi passe par plusieurs étapes qui
exigent une collaboration des acteurs impliqués dans le processus.
 Au niveau des services techniques
Le malade après son admission et son passage à la consultation du médecin ou de la
sage-femme est retenu pour une hospitalisation ou peut être référé vers une structure
disposant des moyens d’investigation et d’intervention plus appropriés. Les réelles
difficultés orientant vers la suspicion d’un malade indigent ne commencent qu’au
moment de la décision des premiers soins.
En effet, le malade n’arrivant pas à honorer les ordonnances rend difficile
l’administration des soins. Ainsi les soins prescrits par le médecin ne sont pas
prodigués, le malade se trouve simplement dans son lit et le personnel soignant en
présence de cette situation n’a pour seul recours que d’aviser le service social de la
présence d’un malade en incapacité absolue d’honorer les ordonnances qui lui sont
délivrées.
Parfois suite à plusieurs appels du personnel, le service social se porte au lit du malade
pour une enquête préliminaire. Selon le cas et les premières appréciations, l’assistante
sociale produit un document (bulletin de prise en charge) qui permet aux personnels de
prendre les produits prescrits à la pharmacie de l’hôpital. C’est à ce moment que
démarrent les soins.
Au cours de son séjour l’enquête sociale sera approfondie par les assistants qui font le
déplacement dans le milieu du malade. Ici, elles procèdent aux investigations relatives
à la situation socioéconomique du malade en interrogeant ses proches et son
entourage. Ce processus d’enquête se poursuit et se termine par la présentation du
dossier à un comité composé :
- du responsable du centre social ;
- du Directeur de l’hôpital ;
- du Maire ou son représentant ;
- du Président de la CMC (Commission Médicale Consultative).

61
Après l’étude du dossier, le certificat d’indigence est établi et signé par le Maire ou
son représentant. A ce niveau, les enquêtes de terrain ont permis de constater une
lenteur de la procédure de prise en charge du malade indigent et surtout de la difficulté
de regrouper les membres du comité d’identification de l’indigent.
Notons que la collaboration entre le personnel soignant et les assistantes sociales ne se
déroule pas toujours sans difficulté.
 Au niveau administratif
En s’appuyant sur la pratique quotidienne à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi, il
semble que la notion d’indigence n’a pas la même connotation selon que l’on soit un
personnel soignant ou administratif.
Ici, l’administration s’inscrit dans la même vision que le service social et la notion
d’indigence selon l’administration doit être appréciée avec prudence pour ne pas
décréter tout malade indigent. En effet, l’administration prône une mise en observation
du malade jusqu’à l’établissement de son état d’indigence.
Il s’agit là d’une contrariété de la notion d’indigence observée au cours des
observations du terrain et qui joue sur le temps de prise en charge réelle de l’indigent à
l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi.
Une fois l’identification de l’indigent est établie, les soins sont prodigués jusqu’à
guérison. La procédure de recouvrement est ensuite enclenchée pour le
remboursement. Elle s’effectue suivant une procédure appuyée par un dossier
comportant des pièces précises.
4.1.2.2- Procédure de recouvrement des couts sur fonds sanitaire d’indigent (FSI)
Le recouvrement des coûts des soins en faveur des malades indigents est effectué sur
un fonds réservé à cet effet appelé fonds sanitaire d’indigent (FSI).

C’est un fonds public, il est soumis à la procédure d’exécution des dépenses publiques.
L’utilisation de ce fonds est cependant soutenue par un mécanisme d’utilisation qui
prévoit plusieurs étapes :

 Constitution du dossier de remboursement


Lorsqu’en fin de la prise en charge de l’indigent, le malade est guéri et exéaté (sortie
normale) ou lorsqu’il est référé ou abandonne les soins ou décédé (sortie anormale),
l’hôpital constitue un dossier de remboursement qui comprend les pièces suivantes :
62
- un rapport médical du médecin traitant ;
- les ordonnances médicales ;
- les factures d’achat de médicaments, de consultation, d’examens médicaux ou
d’expertise médicale, d’hospitalisation, de soins, d’actes médicaux ou
chirurgicaux ;
- les factures de transfert ou toutes autres pièces en tenant lieu ;
- l’état de paiement des frais d’alimentation dans les structures ne servant pas de
repas aux malades.
 Mécanisme de décaissement
Il décrit les différentes phases de la procédure conduisant au déblocage des fonds
servant à la prise en charge sanitaire des indigents. En effet, le dossier apprêté par le
comptable de l’hôpital est présenté au médecin coordonnateur de zone sanitaire,
gestionnaire de crédit qui procède à une vérification des différentes pièces du dossier
avant d’y apposer sa signature.
Il transmet ensuite le dossier à l’ordonnateur secondaire qu’est le préfet du
département. Ce dossier sera successivement traité par le délégué départemental du
contrôleur financier et le receveur des finances : comptable public au niveau du
département.
L’ordonnateur secondaire du budget de l’Etat établi une décision de mandatement
qu’il signe. Cette décision de mandatement précise :
- la structure bénéficiaire ;
- le montant global des frais engagés ;
- les noms des malades pris en charge ;
- le motif de la dépense ;
- la rubrique budgétaire d’imputation.
La décision d’engagement est accompagnée du dossier et transmise au délégué
départemental du contrôleur financier qui, après les vérifications nécessaires y appose
son visa. Ensuite intervient l’étape du mandatement de la dépense par l’ordonnateur.
La dépense mandatée, le gestionnaire certifie les factures et états de paiement.
L’ordonnateur liquide les factures et état de paiement, établi le mandat de paiement et
soumet le dossier au délégué départemental du contrôleur financier. Celui-ci procède

63
aux vérifications recommandées avant de donner son visa. Il retourne le dossier à
l’ordonnateur qui le transmet au comptable public pour le paiement. Le comptable
après les vérifications réglementaires paie la structure bénéficiaire.
La procédure ainsi décrite s’étend sur plusieurs mois, témoignant ainsi de sa
complexité et des difficultés encourues par l’hôpital pour le recouvrement rapide des
frais engagés.
Entretemps, le mode de gestion de ce fonds a connu des infortunes qui au bout d’une
dizaine d’années de mise en œuvre ont entaché son effectivité et sa crédibilité ; toutes
choses qui expliquent aujourd’hui la recherche de nouvelles modalités de prise en
charge des plus pauvres.
4.1.3- Nouvelles modalités de prise en charge des pauvres extrêmes
Il s’agit ici du Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU) devenu depuis
l’avènement du gouvernement actuel, Assurance pour le Renforcement du Capital
Humain (ARCH).
4.1.3.1- Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU)
Le RAMU est l’instrument pour atteindre la Couverture Universelle de Santé
(CUS), en anglais « universal health coverage (UHC) », de type assurance des risques
maladie, accidents non professionnels et maternité. La CUS représente l’un des défis
majeurs des politiques de santé publique de ce dernier siècle. En dépit de cela, il
n’existe pas encore une définition unanimement acceptée de ce concept. Dans la
plupart des cas, il est défini comme étant un « accès aux soins préventifs, curatifs et de
réhabilitation pour tous et à un prix abordable ».
Habituellement, la Couverture Universelle en Santé est comprise comme étant
l’extension de la proportion de la population couverte, la quantité et la qualité des
services offerts et la couverture des coûts (et par conséquent la réduction de la
participation financière de la population aux coûts de soins). La figure 22 ci-dessous
montre les trois dimensions proposées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

64
Figure 22: Trois dimensions à considérer lors de la progression vers une couverture
universelle.

Source : Agnila J.C., 2017.

La réponse aux trois dimensions du cube de l’OMS ne veut pas dire que les services
offerts sont automatiquement utilisés par tous ceux auxquels ils sont destinés. Encore
faut-il que ces services soient suffisamment « acceptables » sur les plans socio-culturel
(adaptés aux perceptions culturelles par exemple) et/ou socio-économiques et qu’ils
soient fournis de façon équitable pour maximaliser les chances de leur utilisation.
Souvent, l’on constate que les différentes couches sociales sont traitées de façon
différente, dans la mesure où dans la plupart des cas, les plus pauvres et fragiles
reçoivent moins d’attention et de respect, les analphabètes moins d’information, etc.
C’est donc pour aller vers cette couverture universelle de santé que le Gouvernement
du Bénin a décidé en 2008 de lancer les préparatifs pour la mise en place d’un Régime
d’Assurance Maladie Universelle (RAMU) comme initiative majeure d’amélioration
de la couverture nationale du risque maladie. Le RAMU, qui a été officiellement lancé
en décembre 2011, est basé sur les principes de la couverture universelle, l’approche
contributive, la solidarité nationale, la responsabilité générale de l’Etat, l’équité, la
gestion participative et l’efficience. Il est géré au niveau central par l’Agence

65
Nationale d’Assurance Maladie (ANAM), qui a des antennes au niveau départemental
(ADAM). Son financement repose sur diverses sources dont le Fonds de Solidarité
Nationale du Bénin, les contributions de l’Etat et des PTF, les dons et legs, les recettes
des investissements de l’ANAM et les cotisations des adhérents. Il est prévu que
l’affiliation au RAMU se fasse à travers plusieurs canaux institutionnels: la Mutuelle
de Santé des Agents de l’Etat (MSAE) pour les fonctionnaires de l’Etat; la CNSS pour
les travailleurs du secteur privé; la MSSB pour les actifs du secteur informel en milieu
urbain; et les mutuelles communautaires pour le secteur informel et le monde paysan,
y compris pour les indigents. Le RAMU a fait face à plusieurs enjeux et défis, parmi
lesquels celui de mobiliser les ressources nécessaires pour rendre les primes de
cotisation abordables, compte tenu des faibles revenus des populations, et pour
financer des exemptions en faveur des indigents et d’autres catégories particulièrement
vulnérables de la population.
Dans le cadre du développement d’un Régime d’Assurance-Maladie Universelle
(RAMU), la réforme du FSI est envisagée. Seulement avec les réformes engagées
depuis 2016 par l’actuel gouvernement dans le domaine de la santé notamment, le
RAMU a été remplacé par le projet ARCH.
4.1.3.2- Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH)
Le projet Assurance pour le renforcement du capital humain (ARCH) est le principal
outil de mise en œuvre de la stratégie nationale de protection sociale. Il vise à accroitre
la capacité et l’accès aux services sociaux de base ainsi que les opportunités
économiques de façon durable et équitable à la population, notamment au plus
démunis. Le projet ARCH consiste en quatre servies : l’assurance-maladie, le crédit, la
formation et l’assurance-retraite. Selon les propos du médecin chef de l’hôpital de
zone d’Abomey Calavi, le gouvernement béninois œuvre depuis avril 2016 à une
meilleure protection sociale notamment celle des plus démunis. Il en a fait une priorité
au point où l’un des 45 projets du PAG 2016-2021, inscrit au pilier 3, axe stratégique
6, action 1 est l’Assurance pour le renforcement du capital Humain (ARCH).
La mise en œuvre de la phase pilote du volet Assurance Maladie du projet ARCH est
une réalité depuis plusieurs mois. Démarré depuis le 29 juillet 2019 dans les
communes d’Abomey-Calavi, Sô-Ava, Dassa-Zoumè, Glazoué, Djougou, Copargo,

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Ouaké, la phase pilote a fait l’objet d’un point d’étape en février 2020. Le projet
ARCH, d’un coût global de 313 milliards de franc CFA, consiste en un paquet intégré
de quatre services dont l’assurance maladies.
4.2- Qualité des soins et appréciation des usagers
4.2.1- Motifs d’hospitalisation des patients pauvres extrêmes
Plusieurs maladies et affections sévissent dans la Commune d’Abomey-Calavi. Les
enquêtes de terrain ont permis de noter au niveau des patients indigents, les maladies et
affections telles que les affections graves et la fréquence des accidents de la voie publique.
Du reste, le constat fait à l’hôpital de zone de la Commune qui accueille fréquemment les
indigents révèle que les principales causes d’admission des indigents sont les maladies, les
accidents de circulation et les accouchements.
La figure 23 présente les différents motifs d’hospitalisation des patients indigents de la
commune d’Abomey-Calavi de 2017 à 2019.

60.00%

50.00%
Motifs d'hospitalisation

40.00%

30.00%
Maladies
Accouchements
20.00% Accidents

10.00%

0.00%
2017 2018 2019
Années

Figure 23: Motifs d’hospitalisation des patients indigents de 2017 à 2019


Source : Hôpital de Zone d’Abomey-Calavi, 2019
La figure 23 présente les motifs d’hospitalisation des patients indigents dans la Commune
d’Abomey-Calavi de 2017 à 2019. L’analyse de la figure montre que dans l’ensemble, la
maladie est la première cause d’hospitalisation (soit 56,30 % en 2017 ; 53,5 % en 2018
et 50,20 % en 2019). S’agissant des accouchements qui viennent en deuxième
position, il faut signaler que les indigents sont beaucoup plus touchés par des cas

67
compliqués (soit 31,10 % en 2017 ; 30,5 % en 2018 et 28,30 % en 2019). Les
accidents représentent la troisième cause des hospitalisations (soit 15,40 % en 2017 ;
16 % en 2018 et 21,50 % en 2019).
Il faut remarquer que les personnes malades rencontrées sont dans l’ensemble dans
l’incapacité de se prendre soit partiellement ou totalement en charge. Ces maladies sont
celles d’origine hydrique par exemple le paludisme, les diarrhées auxquelles s’ajoutent les
infections respiratoires. Selon le Médecin-chef de l’hôpital de zone, le taux moyen de
fréquentation des formations sanitaires par les indigents est de l’ordre de 30 %. Ce faible
taux pourrait s’expliquer par la forte pratique de la médecine traditionnelle,
l’automédication, le faible pouvoir d’achat des indigents.
4.2.2- Répartition des patients pauvres extrêmes par tranche d’âge
Dans l’optique de mieux identifier les différentes pathologies au niveau de chaque
catégorie d’âge, il a été procédé une division de la population en trois tranche d’âge :
de zéro à quatre ans, de cinq à quatorze ans et de quinze ans et plus.
L’âge moyen des malades est de 24 ans, avec un écart-type de 15 ans. L’âge maximum
est de 88 ans et le minimum est de 1an. 49,5 % des malades ont un âge compris entre
20 et 40 ans. Cette tranche représente les actifs. 32,5 % des malades ont un âge
compris entre 1 et 10 ans. Les personnes âgées (plus de 60 ans) ne sont que 18 % des
malades.
Il ressort de l’observation que ce sont les personnes actives qui sont plus hospitalisées
durant la période d’enquête, ce qui est contraire à notre attente, car ce sont les
personnes âgées et les enfants qui ont des taux de morbidité les plus élèves.
L’hospitalisation de ces personnes actives peut être dramatique pour le ménage déjà
vulnérable et par ricochet au développement local dans la Commune d’Abomey-
Calavi.
Ainsi, les pathologies les plus fréquentes chez les patients en extrême pauvreté ont été
présentées sous forme de diagramme, en tenant compte des moyennes du nombre de
cas de maladies par pathologie et par tranche d’âge (figures 24, 25 et 26).

68
Chart Title

Paludisme IRA
7% 4% Maladies diarrhéiques Anémie
10% Affections Reste des affections non
46% dermatologiuques classées
15%

19%

Figure 23 : Pathologies fréquentes de la tranche d’âge de 0 à 4ans entre 2019.


Source : Cellule statistique de la Zone Sanitaire d’Abomey-Calavi

Chart Title

Paludisme IRA
Maladies diarrhéiques Lésions traumatiques
13% Autres affections Reste des affections non
8% 42%
10% classées
12%
16%

Figure 25: Pathologies fréquentes de la tranche d’âge de 5 à 14 ans entre 2019


Source : Cellule statistique de la Zone Sanitaire d’Abomey-Calavi

Chart Title
Paludisme
16% IRA
22%
Maladies
diarrhéiques
12%
Lésions
traumatiques
4% affections
Autres
28% 5%
Reste des affections
5% non classées
8% Accouchements
Accidents

Figure 26 : Motifs d’hospitalisation des indigents de la tranche d’âge de 15ans et plus
entre 2019
Source : Cellule statistique de la Zone Sanitaire d’Abomey-Calavi
69
L’observation des figures 24, 25 et 26 relèvent que les affections comme le paludisme,
les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires aigües sont communes à toutes
les tranches d’âge. Par contre, d’autres affections sont spécifiques à certaines classes
d’âge. Les maladies comme l’anémie et les affections dermatologiques sont fréquentes
chez les enfants de zéro à quatre ans. Ceci s’explique par la qualité de l’eau utilisée
pour les soins corporels de ces enfants qui avant tout avait un organisme plus
vulnérable. En plus de ces maladies communes, les pauvres extrêmes de la tranche
d’âge de 15 ans et plus sont aussi admis à l’hôpital pour raisons d’accouchement et
d’accident.
Les lésions traumatiques et certaines affections non classées comme les maladies
ostéo-articulaires frappent davantage aussi les adultes. Ces tendances sanitaires
appellent d’urgence à agir en vue de sauver les populations en extrême pauvreté des
affres de ces différentes affections.
4.2.3- Effets du dispositif de prise charge sanitaire des pauvres extrêmes
La maladie est le choc le plus fréquent subi par toutes les couches. Etant donné que
l’un des principes directeurs de la présente recherche est de donner priorité aux risques
les plus significatifs et les plus fréquents, la première composante de base du socle est
l’accès universel aux soins de santé. Le Gouvernement met en œuvre plusieurs
programmes de gratuité de soins portant sur les services préventifs (les vaccinations du
PEV, IEC/CCC…), sur le traitement du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans
et les femmes enceintes, sur le traitement du SIDA et de quelques autres maladies
chroniques, et sur la césarienne.
Ainsi les enquêtes de terrain ont permis de constater que 55,5 % des femmes enquêtées
reconnaissent avoir bénéficié de la gratuité de la césarienne au moins une fois ce qui
réduit énormément les couts liés aux dépenses de la santé de reproduction dans les
ménages. A cela s’ajoute aussi d’autres services gratuits comme par exemple la
distribution de moustiquaires imprégnées aux femmes enceintes et aux mères
allaitantes. La planche 3 présente quelques femmes bénéficiaires de ces moustiquaires
à l’hôpital de zone de d’Abomey-Calavi ;

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Planche 3: Distribution de moustiquaires aux mères allaitantes
Prise de vues : Dakpo, Janvier 2020
La planche 3 présente quelques femmes bénéficiaires de moustiquaires dans la
Commune d’Abomey-Calavi. Ces moustiquaires sont gratuitement distribuées à ces
femmes allaitantes dans le cadre de la lutte contre le paludisme.
Par ailleurs, pour la prise en charge des plus pauvres, le Gouvernement a mis en place
le Fonds Sanitaire des Indigents. Les enquêtes de terrain menées à l’hôpital de zone
d’Abomey-Calavi ont permis de savoir l’effectif des patients en extrêmes pauvreté de
2017 à 2019 (tableau III).
Tableau III: Effectif des pauvres extrêmes reçus en consultation
Médecine Pédiatrie Gynéco Chirurgie Autres Total
obstétriqu et consultation
e Urgences
2017 6 169 8843 12 875 4265 4734 36886
2018 6834 10631 14 585 5884 8802 46734
2019 9352 16461 17 582 6394 11545 61334
Source : Cellule statistique de la Zone Sanitaire d’Abomey-Calavi
L’analyse du tableau III montre que 36886 pauvres extrêmes ont été reçus en
consultation en 2017, 46734 en 2018 et 61334 en 2019. Le service de gynéco
obstétrique est le plus fréquenté avec 45042 consultation en trois ans, ensuite vient la
pédiatrie avec un total de consultation de 35935 pauvres extrêmes. La médecine et la
chirurgie et urgences viennent ensuite avec respectivement 22355 et 16543 de
consultations. En somme, de ce tableau, il faut retenir que le service de gynéco-
obstétrique (la maternité) est le plus grand consommateur du fonds FSI avec 86,12 %.
A terme, toutes les mesures de gratuité dans le secteur de la santé seront absorbées
dans le cadre de ARCH sous forme d’exemptions de paiements de primes pour les
catégories prioritaires de la population (en termes de vulnérabilité aux risques de

71
mortalité et/ou de capacité de paiement), à savoir les enfants de moins de cinq ans, les
femmes enceintes, les personnes âgées et les indigents.
Les enquêtes de terrain ont permis d’identifier les maladies prises en charge dans le
cadre de ARCH. Selon le médecin chef de la zone sanitaire d’Abomey-Calavi / Sô
Ava, parlant des affections du panier de soins de base, les populations pauvres et
extrêmement pauvres vont bénéficier de la gratuité des soins lorsque les maladies
diagnostiquées sont dans le panier de base. Ces maladies sont : infections digestives,
maladies diarrhéiques, paludisme, infection respiratoire chez les enfants de moins de 5
ans, autres infections chez les enfants de moins de 5 ans, affections dermatologiques
chez les enfants de moins de 5ans, grossesses et accouchement, maladies de l’oreille et
autres affections oto-rhino-laryngologie chez les enfants de moins de 5 ans, chirurgie
viscérale (urgences chirurgicales) et traumatisme.
La population infantile est la couche la plus vulnérable à tous les risques. C’est
pourquoi, la priorité est accordée aux enfants conformément au principe de priorisation
des populations les plus vulnérables qui oriente les choix de la présente politique de
protection sociale. Pour le médecin chef de l’hôpital enquêté, les consultations, les
analyses et les médicaments du patient qui détient sa carte sont totalement gratuites.
Par contre, il ajoute que le patient ne peut bénéficier de cette gratuité que lorsque le
mal diagnostiqué est dans ce panier de soins de base. Les enquêtes menées à l’hôpital
de zone de Calavi ont permis de constater que 315000 pauvres extrêmes ont été
enregistrés au total depuis la mise en œuvre de ARCH dont 2315 reçus en 11 mois
depuis la phase pilote. Les malades sont accueillis avec la carte RAVIP et ensuite
orientés vers le service indiqué. A ce niveau, le service vérifie dans l’ordinogramme
pour s’assurer de ce que le patient a son nom sur la liste des bénéficiaires. Si oui, après
la consultation, le médecin délivre une ordonnance médicale des produits contenus
dans la pharmacie de l’hôpital. Il faut signaler que si les médicaments prescrits ne sont
pas dans la pharmacie de l’hôpital, le malade les achète à ses propres frais. Toutes les
prestations sont se font à crédit. Les fiches de prestation et les factures sont ensuite
envoyées au ministère de la santé, des affaires sociales pour le recouvrement des
dépenses engagées.

72
La mise en œuvre de la phase pilote du ARCH est porteuse de fruits surtout dans la
prise en charge des indigents témoignent ainsi le médecin chef de l’hôpital de zone
d’Abomey-Clavi. A cet effet, elle a apporté des impacts assez positifs dans la prise en
charge des indigents notamment dans la vérification des critères d’indigence,
amélioration des soins, une sensibilisation de la population, l’enquête sociale faite aux
domiciles des indigents, certes une procédure longue mais pour permettre la
vérification des dossiers qui leur sont parvenus, réunions dans le but d’apporter des
modifications ou des améliorations dans la prise en charge des indigents.
4.3- Contribution de la mairie d’Abomey-Calavi à la prise en charge sanitaire des
pauvres extrêmes
Historiquement, les missions sanitaires des collectivités locales (CL) à travers des
activités d’Hygiène et de la police sanitaire, ont trait essentiellement à la prévention
sanitaire collective en termes d’hygiène et de salubrité publique. Aujourd’hui avec la
décentralisation et l’autonomie donnée aux communes, elles interviennent tout comme
le MS au niveau de toutes les fonctions, même si cette intervention demeure encore
très marginale (0,1% de la dépense totale de santé au Bénin).
Les enquêtes de terrain ont confirmé l’absence d’une stratégie développée par la
mairie pour l’aide sociale aux indigents. Il y a plusieurs sortes d’indigents dans la
commune d’Abomey- Calavi. Il s’agit des enfants (garçons et filles) malheureux, des
filles-mères en situation d’abandon, des veuves en situation difficile, des personnes
âgées (hommes et femmes) pauvres arrivant à peine à s’offrir un repas par jour. Des
personnes handicapées (femmes et hommes) en situation de précarité…Toutes ces
catégories de personnes ont été écoutées au cours de nos investigations. Pendant que
certains sont pris en compte dans la commune par des structures de bienfaisances,
notamment des ONG financées par des partenaires surtout extérieures, d’autres, plus
nombreux, croupissent dans leur misère, n’en connaissant aucune issue. Face à cette
situation, la prise en charge fournie par le ministère en charge de la famille, à travers le
Centre de Promotion Sociale (Secours aux Indigents), le ministère en charge de la
santé, à travers l’hôpital de zone (Fonds Sanitaire des Indigents), le ministère en
charge de la micro finance (programme de microcrédits aux plus pauvres) est loin de
satisfaire les nombreux besoins des indigents. Par exemple, à l’hôpital de zone, des

73
besoins alimentaires persistent pour des indigents pris en charge sur le fonds ainsi que
des factures non honorées pour non-respect des procédures. De même, des veuves
bénéficiaires de secours indigents font face aux problèmes de prise en charge sanitaire,
de sécurité, de succession… toutes choses qui empêchent ces fonds d’atteindre leurs
véritables objectifs. Il n’y a donc pas de doute qu’il y ait trop de sentiers non battus en
ce qui concerne la prise en charge des indigents dans un contexte de lutte contre la
pauvreté.
Le service social de la mairie constitue donc une opportunité pour un meilleur
soulagement des pauvres. Il est donc difficile de concevoir un service social des
collectivités locales qui se contente de référer les cas sociaux au CPS, et ce, presque
sans suivi ; de concevoir, d’une part, des élus communaux qui ne collaborent pas avec
ce service pour la résolution de la situation des indigents; d’autre part, un faible taux
de fréquentation de ce service, corollaire de la méconnaissance de ce service et de ses
attributions par les indigents et certaines structures en charge de l’aide sociale aux
pauvres.
En effet, malgré l’existence du service des affaires sociales, la mairie ne mène pas
d’action directe au profit des indigents. Les quelques actions indirectes sont
constituées par l’appui matériel au fonctionnement du CPS, l’aide financière au village
d’enfants SOS, la participation à la gestion du Fond Sanitaire des Indigents avec
l’hôpital de zone, la délivrance de certificat d’indigence aux cas sociaux et parfois le
soutien apporté aux ONG et association par sa présence pour les activités phares.
Toutes ces actions sont éparses et ne se fondent pas sur une stratégie clairement
définie. La réussite de la lutte contre la pauvreté requiert la mise en place d’une
stratégie claire, performante.
Les enquêtes de terrain ont permis de constater que :
- il n’y a pas de ligne budgétaire prévue pour l’appui de la commune aux déshérités,
mais, tous s’accordent pour déclarer qu’il y a une ligne budgétaire pour la protection
sociale ;
- il n’y a pas une procédure formelle pour l’aide sociale aux indigents.
Quant à l’information concernant le droit à l’aide sociale, les enquêtes réalisées
révèlent que, 75,5 % des ménages indigents enquêtés ne savent pas que la mairie a la

74
charge de l’aide sociale aux défavorisés et aux sinistrés. Certaines ONG opérant dans
le domaine à Abomey-Calavi ne le savent pas non plus. A propos de l’appui de la
mairie aux structures intervenant dans l’aide sociale au indigents, les enquêtes de
terrain ont révélé que plus de la moitié (65,5 %) des structures opérant dans la lutte
contre l’indigence ne reçoit aucun appui de la mairie.
Par ailleurs, de l’entretien avec le chef du service des affaires sociales, il ressort que la
mairie ne dispose pas d’un répertoire actualisé des structures intervenant dans le
domaine de l’aide sociale aux indigents de son territoire. Excepté le service financier
qui retrace les aspects financiers des interventions, la mairie ne dispose d’aucune autre
documentation (comptes rendus, rapports, images…) sur les interventions indirectes en
faveur des indigents. Il s’agit d’éléments caractéristiques d’une stratégie peu pertinente
pour l’aide sociale aux indigents.
A la question de savoir les raisons de cet état des choses, la figure 27 présente les
perceptions des ménages indigents enquêtés.

Chart Title

Pas prioritaire 62%

Peu prioritaire 24%

Prioritaire 10%

Très prioritaire 5%

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70%

Figure 27: Causes de l’absence d’une stratégie développée par la commune pour


l’aide sociale aux indigents
La figure 27 renseigne que 70 % des enquêtés ont identifié le faible intérêt des
décideurs de la commune comme cause de l’absence d’une stratégie pertinente d’aide
sociale aux indigents.
Par ailleurs, les enquêtes de terrain sur la perception des élus locaux montrent que
l’aide sociale aux indigents n’est pas encore une priorité dans la commune. Du reste,

75
plus de 50 % des élus enquêtés le classe parmi les activités peu prioritaires de la
commune (Figure 28).

Chart Title
5%
10%
Très prioritaire
Prioritaire
Peu prioritaire
24% Pas prioritaire
62%

Figure 28: Perception des élus locaux sur la priorité de l’aide sociale aux indigents
dans le budget d’une commune
L’analyse de cette figure montre que l’aide sociale aux indigents n’est pas encore une
priorité dans la commune. 61,5 % des élus le classe parmi les activités peu prioritaires
de la commune, ce qui correspond bien à ce qui se passe dans la commune par rapport
à la question.

Il n’est pas rare de voir des élus de la commune, puiser dans leurs ressources
personnelles des moyens pour venir en aide à des citoyens vivant dans un état de
dénuement total. Ils apportent généralement des appuis ponctuels qui ne sont pas de
nature à aider les bénéficiaires à sortir de leur état de précarité ou de pauvreté. Par
exemple, le maire reçoit des personnes indigentes sollicitant son concours souvent les
mardis et jeudis à la mairie ou à domicile. Ce sont les plus courageux qui font ce
déplacement, et les chanceux parmi eux bénéficient de la charité du maire à travers des
soutiens matériels et financiers selon le cas. L’aide sociale se réduit ainsi à la charité
individuelle des élus. Il y a peu d’actions directes en faveur des indigents ou pauvres
extrêmes et les quelques interventions indirectes (au Village d’enfants SOS) ne
bénéficient pas de suivi. Il n’y a aucune stratégie, politique ou dispositif d’intervention
de la mairie, du moins en ce qui concerne la gestion des cas sociaux. La mairie ne
dispose pas non plus de données en ce qui concerne les structures intervenant dans ce
domaine sur son territoire. Il n’y a donc pas de données statistiques au sujet des cibles.
76
Il est alors difficile de suivre et d’évaluer les actions menées et d’en apprécier la
pertinence, l’efficacité et l’efficience.
Or, comme le disait Florence Tourette (2003), en matière de pauvreté et d’extrême
pauvreté, pour réfléchir et agir, il ne faut s’en remettre ni à la compassion, ni à
l’évocation impressionniste; il faut ainsi en appeler à la rigueur dans l’analyse. Ces
personnes devront être assistées et suivies selon une approche technique et des outils
bien déterminés pour sortir de leur situation de précarité (absence d’une ou de
plusieurs sécurités : travail, revenu, logement, accès aux soins, à l’instruction et à la
culture, lien familial, lien social…) et participer à la construction d’une commune
prospère, où la sécurité et le bien-être social sont assurés. Dans la mise en œuvre de la
décentralisation où chaque citoyen doit apporter sa pierre à l’édification d’une
commune prospère et où il fera bon vivre pour chacun et pour tous, personne ne doit
être du reste.
Les enquêtes menées à la mairie ont permis aussi de constater l’absence d’équité dans
l’appui financier de la mairie aux structures d’aides sociales qui interviennent dans la
prise en charge des pauvres extrêmes dans la Commune.
En effet, d’autres structures d’intervention sociale opérant sur le territoire de la
commune d’Abomey-Calavi ne reçoivent aucun appui de la mairie malgré leurs nobles
objectifs. C’est le cas du Centre de Formation Professionnelle des Handicapés
d’Akassato, situé sur le territoire de la commune. Ce centre accueille des enfants
présentant des handicaps de toute nature, à qui il assure la formation professionnelle.
Par contre, le village d’enfants SOS bénéficie d’un appui financier de la mairie.
Aucune des ONG opérant sur le territoire ne bénéficie de ce privilège. Pour ces autres
structures sociales et ONG, les relations se limitent à la présence de la mairie lors de
certaines activités de celles qui la sollicitent.
Il paraît donc nécessaire de rechercher des approches techniques et professionnelles
pour dynamiser le mécanisme d’aide sociale aux indigents dans la Commune
d’Abomey-Calavi.
4.4- Insuffisances du dispositif de prise en charge des pauvres extrêmes
Depuis 2005 le Fonds Sanitaire des Indigents (FSI) a été mis en place au Bénin afin de
faciliter la prise en charge des plus pauvres dans un contexte de paiement direct des

77
soins. Mais la mise en œuvre du FSI reste entravée par de nombreux
dysfonctionnements et faiblesses. Ce qui empêche les bénéficiaires d’accéder au FSI et
d’en jouir convenablement.
4.4.1-Une procédure d’allocation qui ne prend pas en compte les besoins des
populations de toutes les régions 
Au niveau du Ministère de la Santé, un fonds sanitaire des indigents est mis en place
sur toute l’étendue du territoire national. Malheureusement, le mécanisme d’utilisation
de ce fonds exclue en son article 5 certaines dépenses dont la prise en charge des
affections graves, chroniques et onéreuses. Par ailleurs, le délai de prise en charge
sanitaire d’une personne indigente selon l’article 6 ne doit pas dépasser 10 jours. Or,
selon les résultats de l’enquête, 55,6 % des enquêtés souffre d’affections souvent
graves, chroniques et onéreuses, ce qui explique la grande difficulté qu’éprouvent la
plupart ces personnes indigentes qui sont en réalité laissées pour compte.
4.4.2-Absence d’un mécanisme fiable d’identification des pauvres extrêmes 
Un autre problème identifié est celui relatif à la difficulté d’appréhension des pauvres
extrêmes. Cet état de choses crée même parfois des conflits entre le personnel. Sur ce
plan, il arrive que les agents en dehors du service traitent les Assistants Sociaux
d’incompétents et même de complices. D’autres parlent d’indigents artificiellement
créés par le fait des agents qui rançonnent et appauvrissent le malade. Concernant les
causes, tous pensent qu’il s’agit de l’inadaptation du dispositif de définition des
critères d’indigence. Face à cette situation, ils préconisent qu’il faut mettre en place un
dispositif plus performant afin de permettre aux vrais nécessiteux de bénéficier de ce
fonds.
En effet, ce n’est pas toujours simple d’identifier un indigent en milieu hospitalisé. Le
malade une fois installé dans son lit adopte des attitudes qui ne facilitent pas de faire la
distinction entre un malade véritablement indigent qui se confirmera plus tard et un
malade qui pourrait bien se prendre en charge. Ainsi il est fréquemment observé une
attitude ou une tendance au déguisement du malade qui garde un silence absolu à
toutes formes de question. On obtient de justesse, la vérité sur son nom et adresse.
Parfois il laisse une fausse adresse et simule un pauvre ; c’est-à-dire sans ressource et

78
sans soutient. Mais une fois guéri et conscient des obligations financières qui lui
incombent, il cherche les voies et moyens pour s’évader.
C’est à ceci que se justifie l’idée de la poursuite de l’observation des exéatés aux
bâtiments des accompagnants qui n’est qu’un moyen de contrôle de ces types de
malades dans le système de recouvrement des coûts. Le paradoxe est donc évident
puisque cet endroit est prévu comme son nom l’indique pour les accompagnants.
Selon 75 % des personnes ressources enquêtées, la première faiblesse du dispositif de
prise en charge des indigents est liée à l’absence de critères objectifs d’identification
des pauvres extrêmes. Selon ces derniers, les prestations sociales ne profitent qu’à une
minorité de vraies personnes en extrême pauvreté. De ces prestations, sont exclus les
produits pharmaceutiques non disponibles dans l’hôpital. Les patients sont donc
obligés dans ce cas, de débourser malgré la prise en charge.
Par ailleurs, les agents sociaux n’arrivent pas à vérifier l’exactitude des propos des
patients. Selon eux, comme certaines personnes ont entendu parler du service social,
elles s’y présentent en espérant avoir accès aux soins gratuitement alors qu’elles en ont
les moyens. Le travailleur social, la plupart des gens qui se présentent au service social
sont de mauvaise foi et refusent de débourser pour leurs soins de santé. Exclu des
tromperies, la hiérarchie, les autorités politico administratives ont une grande influence
sur les agents du service social. Quand la référence provient d’eux, l’agent social
n’approfondi plus son enquête sociale. Ainsi, même si l’enquête révèle que l’usager est
capable de se payer les soins celui-ci ne le fait pas payer mais plutôt le fait bénéficier
de ses prestations gratuitement. Or, certains malades en extrêmes pauvreté orientés
peut être par un voisin ne sont pas toujours satisfaits.
Seulement 20,5 % des enquêtés ont témoigné que la procédure est rapide ; les autres,
soit 79,5 % l’ont trouvé longue et fastidieuse. Pour ces derniers, l’aboutissement du
processus pour bénéficier des prestations a duré trois semaines. Cette situation est de
nature à défavoriser le malade pauvre.
4.4.3- Lourdeur du processus d’identification et d’obtention du certificat
d’indigence 
Les enquêtes de terrain ont permis de constater que les malades en extrêmes pauvreté
ou leurs parents orientés, présentent au service social le rapport médical obtenu auprès

79
du surveillant du service concerné. En effet, l’assistant social s’entretient avec le
malade ou son parent. Cet entretien peut s’étendre sur plusieurs jours voire deux
semaines par des rendez-vous pour certains malades. A la fin de cet entretien, une
lettre de liaison est adressée au CPS de la localité qui envoie le malade retiré une
attestation de résidence auprès du chef quartier et un certificat d’indigence signé par le
maire ou le chef d’arrondissement. Pendant ce temps, certains cas urgents continuent
de recevoir les soins. Les soins sont arrêtés chez plusieurs qui doivent attendre
l’aboutissement de la procédure d’obtention du certificat d’indigence. Ce procédé n’est
pas sans conséquences sur le malade qui attend le certificat d’indigence. L’état du
malade indigent va certainement s’aggraver si rien n’est fait à temps.
Les malades en extrême pauvreté pris en compte dans le cadre de ARCH, sont aussi
confrontés à un certain nombre de difficultés notamment la perte de carte RAVIP qui
reste l’unique pièce à présenter obligatoirement pour avoir accès aux soins.

4.4.4- Mauvaise qualité du traitement lors de la prise en charge 


Les enquêtes de terrain ont permis de constater chez les pauvres extrêmes, une certaine
irrégularité dans les soins du fait de l’épuisement du revenu des de ces malades
pauvres. 75,5 % des médecins enquêtés ont avoué avoir du mal à supporter cette
situation surtout lorsque le cas se révèle très grave.
L’autre constat est que le personnel soignant accueille parfois des malades pauvres qui
viennent à l’hôpital sans un sou et dans un état critique nécessitant des soins
d’urgence. Le médecin devant cette situation essaye d’abord de donner les premiers
soins avant de l’abandonner. La même situation, si non pire, se passe avec le cas des
accidentés des routes. Ces cas d’accidentés ramenés par les sapeurs-pompiers, sont
souvent abandonnés fautes de moyens pour assurer les premiers soins tout au moins.
En dehors des admissions tardives pour avoir passé plusieurs jours dans les cliniques
sans suite favorable parfois, le soignant est aussi confronté à des cas d’abandon où les
malades ne sont pas accompagnés. Ces cas mettent le personnel soignant dans un
embarras qui se termine parfois par un découragement ou par une hésitation.
L’embarra du personnel soignant de continuer à prescrire d’autres ordonnances
médicales ou de continuer les investigations surtout lorsqu’on est en face d’un rejet de
certains dossiers de pauvres extrême sans cause exprimée. L’une des difficultés est
80
aussi liée aux produits pharmaceutiques qui ne sont pas toujours disponibles pour
donner les premiers soins aux malades en extrêmes pauvreté comme l’indique cette
déclaration d’un médecin enquêté à l’hôpital de zone :
Encadré 1: Propos d’un médecin enquêté

L’affluence est telle que nous épuisons très tôt les produits pharmaceutiques mis à
notre disposition pour les premiers soins. De plus, nous souffrons beaucoup à cause
de la non disponibilité de certains produits de première nécessité.
Source : Enquêtes de terrain, juin 2020

Selon les enquêtes de terrain, 70,5 % des malades et garde-malades enquêtés estiment
que la principale raison des mauvaises conditions de prise en charge réside dans la
défaillance de mise en œuvre de la politique de prise en charge des soins à l’hôpital de
zone (manque de suivi des agents de santé par l’administration). Par contre, 29,5 %
évoquent le manque d’hygiène dans les salles d’hospitalisation et personne ne parle de
manque d’IEC/CCC en direction des gardes malades.
4.4.5-Manque d’implication des communautés dans le suivi des activités
Le Manque d’implication des communautés dans le suivi des activités explique
pourquoi la majeure partie du financement ne touche pas les indigents et est souvent
mal gérée.
En réalité, étant donné que les agents de santé ne bénéficient d’aucune mesure
incitative pour prodiguer des soins de santé aux patients indigents, ces agents de santé
utilisent surtout le budget du Fonds pour exonérer leurs amis et parents. Un procédé
plus fiable d’identification des plus pauvres parait donc nécessaire (PAD/FBR/PRPSS,
Fév 2010).
Le dispositif mis en place comporte donc des insuffisances qu’il faut perfectionner
pour une meilleure prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes. Cela a permis
d’identifier les forces et faiblesses, les opportunités et menaces de la prise en charge
sanitaire des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi (Figure 29).

81
FACTEURS POSITIFS FACTEURS NEGATIFS

FORCES FAIBLESSES
Procédure d’allocation qui ne prend pas en
Existence d’un mécanisme de pise des
compte les besoins des populations de
pauvres extrêmes toutes les régions
FACTEURS INTERNES

Lourdeur du processus d’identification et


Disponibilité d’un fonds destiné à la
d’obtention du certificat d’indigence 
prise en charge sanitaire des pauvres Mauvaise qualité du traitement lors de la
prise en charge 
extrêmes
Mauvaises conditions socioéconomiques et
Existence d’une volonté politique environnementales
Mauvaise qualité des services de santé
d’accompagnement des pauvres
offerts aux pauvres extrêmes
extrêmes

OPPORTUNITES MENACES
- Mise en œuvre de la phase pilote de - Politique sociales et surtout sanitaire
ARCH dans la Commune d’Abomey- fortement financée par les PTF;
FACTEURS EXTERNES

Calavi; - Prise en charge sanitaire partielle des


- Projet de généralisation de ARCH. pauvres extrêmes même dans le cadre de
Existence des Partenaires Techniques et ARCH ;
Financiers  qui accompagnent les - Augmentation des risques liés aux
politiques sociales; maladies notamment le paludisme, les
infections respiratoires et les maladies
diarrhéiques.

Figure 29: Analyse du mécanisme de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes
dans la commune d’Abomey-Calavi à l’aide du modèle SWOT
Source: Adapté de Malomon B., 2013 et travaux de terrain, 2020
Ce modèle a permis de connaître les forces et les faiblesses, les opportunités et les
menaces du dispositif de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes dans la
Commune d’Abomey-Calavi.

82
4.5- Discussion et suggestion pour une meilleure prise en charge sanitaire des
pauvres extrêmes
Cette partie est consacrée à la discussion et aux propositions de solutions pour une
amélioration du dispositif de prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes dans la
Commune d’Abomey-Calavi.

4.5.1- Discussion

4.5.1.1- Prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes

Malgré d’importants efforts de sensibilisation, le nombre de bénéficiaires reste faible


et, une fois encore, mal corrélé à la prévalence de la pauvreté. Une évaluation de la
gestion du Fonds, réalisée par la DRFM en février 2006, montre une très faible
utilisation du Fonds en 2005 (6,7 % des crédits disponibles) et une nette progression
en 2006 (42 %). Une estimation suggère que moins de 1% des services de soins dont
bénéficie la population pauvre est couverte. Plus grave, la corrélation est négative
entre d’une part, les dépenses du FSI ou le nombre de bénéficiaires du FSI et d’autre
part le nombre de personnes appartenant au dernier quintile de richesse (le plus
pauvre). En l’occurrence, plus une zone sanitaire inclut de pauvres et moins il y a de
bénéficiaires du FSI et aussi moins de consommations des crédits FSI.
Les résultats obtenus sur le profil socio-économique des bénéficiaires du FSI et la mise
en œuvre du dispositif de prise en charge, permettent de conclure avec certitude que
les pauvres extrêmes ne profitent pas suffisamment du ce mécanisme de prise en
charge. Ces résultats semblent confirmer une observation faite par Blundo (2003, p.67)
qui pense qu’une variante du trafic des prises en charge concerne la négociation du
statut d’indigent pour accéder à des soins gratuits. En effet, il existe dans chaque
hôpital, des fonds d’assistance aux usagers indigents (le FSI). Mais l’accès au statut
d’indigent n’est pas automatique. Ce sont les assistants sociaux des hôpitaux qui sont
les seuls compétents pour analyser les cas et, s’ils les classent comme indigents, pour
engager la procédure de leur prise en charge gratuite par l’hôpital. D’où des tractations
souvent assez longues, et émaillées de pratiques d’échanges de services autour de la
décision de classement dans la catégorie des indigents. Il est assez fréquent de voir des
parents d’agents de santé, qui ne peuvent pas bénéficier statutairement de leur

83
couverture sanitaire, être classés comme indigents ». Pourtant les résultats obtenus sur
les données 2006 sont très troublants et obligent, au minimum, à revoir radicalement la
méthode d’identification des pauvres utilisée par le FSI. Le même constat a été fait par
Sambieni A., (2015, p.57) qui, dans ses recherches, affirme que quelques faiblesses ont
infiltré le dispositif de prise en charge et le fragilisent. Depuis l’alternance au pouvoir
en 2016, des réformes ont été initiées dans le secteur sanitaire béninois. Dans cette
perspective de réformes, le RAMU a été remplacé par le projet ARCH. Il est important
que les insuffisances par le passé soient prisent en compte pour faire de ARCH, une
réussite.
4.5.1.2- Contribution de la mairie à la prise en charge sanitaire des pauvres
extrêmes

La présente recherche a été pour l’occasion de noter que, après plus de dix ans de
pratique de la décentralisation, le Conseil communal d’Abomey-Calavi n’a pas de
dispositions pertinente de prise en charge des couches sociales défavorisées de sa
population. Les indigents sont presque abandonnés à leur sort. La compétence de cette
collectivité décentralisée, en matière de l’aide sociale aux déshérités et aux sinistrés,
n’est pas encore exercée au profit de la population visée. De nombreux problèmes
d’ordre administratif, économique, politique et surtout technique entravent la mise en
place de l’aide sociale aux indigents. Ces résultats confirment ceux obtenus par
Djossou G. A. (2007, p.45) qui pense que la décentralisation n’a pas permis de sortir
les populations de la pauvreté notamment les pauvres extrêmes.
Des observations et de l’analyse des actions et activités, il ressort que la Mairie
d’Abomey-Calavi apporte timidement de l’aide à une catégorie de déshérités à travers
des actions éparses et non-continues. Le Maire et les membres du Conseil Communal
appuient, à titre individuel, des indigents. Cependant, au regard de la détermination de
la communauté internationale, à travers les partenaires techniques et financiers et la
société civile, qui apportent de plus en plus directement leurs appuis techniques et
financiers aux communautés à la base, une lueur d’espoir demeure.
4.5.2- suggestion pour une meilleure prise en charge sanitaire des pauvres
extrêmes
Au regard de ce qui précède, les suggestions suivantes sont formulées:

84
4.5.1- A l’endroit des autorités du ministère de la santé
- Rendre applicable le décret pris en Conseil des ministres le mercredi 12
septembre 2018 portant institution d’un programme national de soins palliatifs ;
- Équiper le Centre de santé de référence d’Abomey-Calavi des moyens pouvant
lui permettre d’être à la hauteur de sa mission d’accompagnement ;
- Renforcer le Service Social de l’hôpital de zone en le dotant de ressources
humaines et en équipement de moyens pour les visites ;
- Généraliser le projet ARCH qui, pour l’instant prend en compte une pétite
partie de la population ;
- Organiser des journées de sensibilisation sur les offres et accompagnement de
l’état central sur la santé de la population.
4.5.2- À l’endroit des responsables administratifs des formations sanitaires
- Recruter plus de soignants afin de diminuer la charge de travail
- Dynamiser le système administratif de garde aux fins d’améliorer la prise en
charge.
- Organiser par an un séminaire pouvant rassembler tous les agents de santé pour
acquérir des notions sur l’accompagnement d’un patient.
- Former les infirmiers sur l’accompagnement des patients
- Soutenir et trouver le temps pour accompagner ces patients en fin de vie.
4.5.3- A l’endroit du personnel du Service Social
- Réserver un bon accueil aux usagers ;
- Réduire le temps d’attente des pauvres extrêmes ou de leurs accompagnateurs ;
- Effectuer périodiquement des visites aux malades indigents dans les services
techniques dans le cadre de leur suivi.
4.5.4- A l’endroit des autorités de la mairie
- Accélérer les processus d’aménagement des espaces de toute la commune
renforcer la collaboration avec le CPS et les structures d’appui aux pauvres
extrêmes, toutes catégories confondues ;

85
- accorder un appui financier au CPS et à d’autres structures d’intervention
sociale ;
- accompagner la recherche de partenaires pour les structures d’aide sociale aux
pauvres extrêmes quels que soient le cas et la nature de l’aide ;
- créer une branche d’organisation des pauvres extrêmes valides en coopérative
d’agriculteurs, d’éleveurs ou d’activités artisanales pour mener des activités
génératrices de revenus et les aider à écouler les produits. Par exemple racheter
une partie des produits vivriers pour soutenir les orphelinats et autres personnes
pauvres ;
- faire connaître le service des affaires sociales de la mairie par l’organisation de
journées portes ouvertes sur ses activités.
- Apporter un soutien financier direct aux mutuelles de santé si possible par la
constitution de fonds de départ et de garantie ou la mise en place de
mécanismes de réassurance.
- Contribuer au renforcement de la disponibilité et de la qualité de l'offre de soins

86
Conclusion
Créé depuis 2000 suite à une enquête de la Banque Mondiale qui a mis en évidence
des poches de pauvreté dans notre pays, le FSI est une assistance aux plus pauvres,
calquée sur le modèle français de l’assistance publique aux couches socio
économiquement démunies. Dans sa volonté de garantir donc une accessibilité aux
soins à cette couche, le gouvernement de notre pays inscrit chaque année un fonds au
budget de l’État. De 2001 à 2004, ce fonds avait été géré de façon centralisée
successivement par le Ministère des Finances, ensuite par le Ministère de la Santé. A
partir de 2005, il a été mis en place un mode de gestion décentralisée régie par l’arrêté
interministériel n° 743/MFE/MSP/CAB/SP du 13 juin 2005 et par un manuel de
procédures appelé « Mécanisme d’utilisation » mis en vigueur par note n°
6858/MSP/DC/SGM/DRFM/SAG du 27 juillet 2005.
Cette recherche s’est intéressée à l’analyse de prise en charge sanitaire des pauvres
extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi. Elle a permis d’inventorier les forces et
faiblesses du dispositif de prise en charge de cette couche démunie, ses opportunités et
les menaces auxquelles il est confronté.
Au terme de recherche, il faut reconnaitre que la prise en charge des pauvres extrêmes
est une réalité à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi. Des mesures organisationnelles et
procédurales existent qui facilitent cette prise en charge et constitue un soutien
indéfectible à cette couche souvent abandonnée et marginalisée.
Toutefois, les résultats obtenus ont permis de constater que plusieurs problèmes
fragilisent ce dispositif et constituent des freins à une utilisation optimale du fonds
traduisant ainsi une inadéquation du système de prise en charge des malades en
extrême pauvreté. Cet état de chose joue sur la santé de ces derniers car parfois les
vrais pauvres extrêmes ne sont pas pris en compte.
Parmi ces problèmes, les plus frappants sont entre autres :
- le retard dans l’identification des pauvres extrêmes ;
- le séjour relativement long de certains malades exéatés aux bâtiments des
accompagnants, et enfin
- les difficultés de recouvrement des créances sur le FSI.

87
Entretemps, le mode de gestion de ce fonds a connu des infortunes qui au bout d’une
dizaine d’années de mise en œuvre ont entaché son effectivité et sa crédibilité ; toutes
choses qui expliquent aujourd’hui la recherche de nouvelles modalités de prise en
charge des plus pauvres. En effet, depuis 2016, le gouvernement actuel, s’appuyant sur
les insuffisances du FSI et RAMU, propose un nouveau régime d’assurance pour le
renforcement du capital humain (ARCH) qui est le principal outil de mise en œuvre de
la stratégie nationale de protection sociale. Malgré les opportunités économiques qu’il
prévoit de façon durable et équitable à la population, notamment au plus démunis, le
projet ARCH qui est encore dans sa phase pilote dans les communes comme Abomey-
Calavi n’est pas sans limites. Sa mise en œuvre révèle déjà quelques insuffisances dont
la perte des cartes RAVIP et autres qui limitent l’accès des pauvres extrêmes pris en
compte dans le cadre de ARCH aux soins de santé.
Les propositions faites aux différents acteurs dans le cadre de cette recherche
pourraient améliorer la prise en charge correcte des pauvres extrêmes qui font l’objet
d’une attention particulière de l’Etat Béninois et combler l’espoir du peuple qui aspire
à l’équité et à une justice sociale.
Les hypothèses émises en amont de cette recherche ont été atteintes mais les résultats
obtenus contraignent à de nouvelles perspectives à savoir :

- procéder à une étude approfondie sur les origines des maladies observés chez les
malades en extrême pauvreté dans la Commune d’Abomey-Calavi ;
- analyser les forces et faiblesses de ARCH proposé par le gouvernement actuel et
qui est actuellement dans sa phase pilote.

88
Bibliographie
1. ABE (2001) : Plan municipal d’actions environnementales : profil environnemental.
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2. ADJIBOGOUN Kadoukpè Judith (2016) : réflexion pour une réduction de
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5. AMOUSSA PARAÏSO Ridiatou O. (2009) : Approche pour une efficacité des
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Commune d’Abomey-Calavi, mémoire de maîtrise en Géographie, 73p.
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l’attractivité et la compétitivité de la Commune d’Abomey-Calavi. 3èmes journées
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fin de formation pour l’obtention du diplôme de l’assistance sociale, FSS, Ecole
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mécanisme d’aide sociale aux indigents dans les Collectivités Décentralisées au
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89
11. d’ALMEIDA-VIEYRA Marie-Sabine (1991) : L’organisation de l’aide
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17. HOUNGNON Janvier (2004) : La décentralisation béninoise au service de la
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18. KANKWENDA Mbaya (1999) : La lutte contre la pauvreté en Afrique
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19. KOSSOKO-KOSSOUOH Elise F. 2009) : Contribution à une meilleure prise
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Décentralisation, Répertoire des emplois et Profils professionnels des communes,
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90
21. MDGLAAT(2010) : Politique Nationale de Décentralisation et de
Déconcentration, Document cadre de politique, 161 p.
22. Ministère de La Famille et de La Solidarité Nationale (2011) : Normes et
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l’atelier de réflexion sur la gestion de l’indigence au Bénin, 45 p.
24. Ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (2007) : Lexique des
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Politique et stratégies Nationales de Protection Sociale (PSNPS), 81 p.
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politiques Publiques et de la Coordination de l’action Gouvernementale,
Observatoire du Changement Social (2008) : Protection Sociale et Pauvreté,
Rapport sur le profil social national, édition, 36 p.
27. Ministère de la Prospective, du Développement de l’Evaluation Des
Politiques Publiques et de la Coordination de l’Action Gouvernementale,
Observatoire du Changement Social (2010) : Rapport Synthèse de l’Evaluation
de l’impact de la décentralisation sur la pauvreté et les conditions de vie des
ménages, 117 p.
28. MSP (2012) : Analyse de la situation et estimation des besoins en santé et
environnement au Bénin en vue de la préparation des plans nationaux d’action
conjointe. 187 p.
29. NGO BITJOKA SAMANTHA FIONA (2015) : Contribution dans
l’amélioration de la prise en charge des indigents par un régime d’assistance
médicale (ex : cas du Ramed) à l’hôpital Gabriel Toure (Mali - Bamako). Mémoire
de fin d’étude de master en vue de l’obtention d’un diplôme en management des
programmes de sante, 100 p.
30. Observatoire du Changement Social (2017) : Rapport synthèse de
l’évaluation de l’impact de la décentralisation sur la pauvreté et les conditions de
vie des ménages, 1ère édition ,117 p.

91
31. ODOULAMI L. (1999) : Approvisionnement en eau potable dans les grandes
villes du Bénin : Quelles politiques pour l’avenir? Cas de Cotonou, Porto-Novo et
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32. ODOULAMI L. (2009) : La problématique de l’eau potable et santé humaine
dans la ville de Cotonou (République du Bénin), thèse de doctorat, UAC, 230 P.
33. OMS (2000) : Rapport sur l’évaluation de la situation mondiale de
l’approvisionnement en eau et assainissement. Genève, 80p.
34. PGDSM. (2008) : Guide de gestion des déchets solides ménagers à Ouidah,
Rapport final, 68p.
35. SAMBENI Aichatou (2015) : Problématique de la prise en charge
psychologique des malades indigents au centre hospitalier universitaire
départemental de Borgou, mémoire de fin de formation pour l’obtention du diplôme
de l’assistance sociale, FSS, Ecole supérieure des assistants sociaux, 65 p.
36. SINATOKO Alvine (2006) : Indigence et accès aux soins de santé en Afrique,
UAC/ENAM/AHUI II, 77 p.
37. Solidarité Mondiale (WSM), Fonds Belge de Survie (FBS), Programme
d’Economie Sociale WSB/FBS (2004) : Rapport de l’atelier national sur la
Protection Sociale et Vulnérabilité, 48 p.
38. UNESCO-PS-EAU (2004) : La question de l’eau, de l’assainissement et du
développement durable : Enjeux et perspectives. Rapport, 69 p.
39. UNFPA (2006) : Déclaration de Politique de Population révisée. 93 p.
40. ZOUNON KPOGNI Marcel (2009) : Contribution à l’amélioration de la prise
en charge psychosociale des personnes âgées indigentes : cas de la commune de
Sakété, UAC/ENAM/AAS II, 95 p.

92
Liste des figures
Liste des photos et planches
Liste des tableaux

93
Annexes
Questionnaires à l’endroit des pauvres extrêmes

Identification

Arrondissement

Village ou quartier de ville

Nom Prénom:

Age :

Ethnie :

Profession :

Agriculteur Artisan

Commerçant Fonction publique

Fonction libéral Retraité

Si autre précisez

1. Avez-vous bénéficié d’aide sanitaire une fois ?

oui non

2. Si oui comment et pour quelle cause et à quelle occasion


…………………………………………………………………………………

3. Quel est la distance de votre habitation par rapport à l’hôpital le plus proche de
vous ?

proche (500m) loin (1 km) très loin(plus de 2km)

4. Etes-vous régulier à l’hôpital quand vous ne vous sentez pas en bonne santé ?

Régulières

Non régulières

5. Quels sont les motifs de votre absence ?

Recours aux traitements traditionnels

Manque d’argent

Recours à l’automédication
94
Autre

6. Autre précisez :

7. A qui demandez-vous d’aide quand vous sentez la nécessité de consulter un


médecin et que vous manquez d’argent ? …………………...........................

9. avez-vous connaissance des prises en charge ?

Oui non

9- Comment appréciez-vous la qualité des soins offerts aux pauvres extrêmes dans le
cadre de la prise en charge sanitaire de ces derniers ?.................

10- Quelles sont les formalités remplies avant de bénéficier l’aide sanitaire à l’Hôpital
de Zone ?.................................................................................

11-Si la mairie vous soutien, que fait-elle pour vous aider à améliorer votre prise en
charge sanitaire ?
Aide financière
Aide matérielle
Coordination des actions
Aide morale
Implication dans la prise de décision
Autre (s) à préciser :.................................................................

12- Connaissez-vous le service des affaires sociales de la mairie ?


Oui Non
13- Si oui quelle sont ses attributions ?
14. Selon vous quels apports l’état peut apporter aux pauvres extrêmes dans leur prise
en charge sanitaire et à quelle hauteur ?………………………………

95
GUIDE D’ENTRETIEN AVEC LE PERSONNEL DE L’HOPITAL DE ZONE
D’ABOMEY-CALAVI

Date de l’entretien : ......................................./ Lieu de l’entretien :


……………………………/

1. Les principales causes d’admission des pauvres extrêmes.


2. Effectif des patients en extrême pauvreté en 2018 et 2019 (Nombre de patients
reçus et nombre de patients bénéficiaires de secours).
3. Les maladies les plus fréquentes par tranche d’âge (0 à 4 ans, 5 ans à 14 ans, 15
ans et plus).
4. Procédure de prise en charge des patients pauvres extrêmes.
5. Critères d’identification des malades en extrême pauvreté.
6. Types de prestations offertes aux malades en extrême pauvreté.
7. Difficultés liées à la procédure et l’offre des prestations.
8. Mise en œuvre du projet ARCH à Abomey-Calavi : Conditions à remplir
pour en bénéficier, nombre de personnes déjà bénéficiaires, types de
prestations offertes, difficultés rencontrées et suggestions.
9. Ressources dont dispose le service social de l’hôpital pour satisfaire ses
bénéficiaires (Apport de l’Etat, de la mairie, autres à préciser).
10. Mise en œuvre de l’enquête sociale : procédure et durée

96
GUIDE D’ENTRETIEN DESTINE AUX SERVICES TECHNIQUES DES
MINISTERES, ONG ET ELUS COMMUNAUX

I. Identification de l’enquêté

Date de l’entretien : ......................................./ Lieu de l’entretien :


……………………………/
Service technique : …………………………………… / ONG
………………………………./
Cadre du ministère de la santé ou élu communal :
………………………………………………………………………….…/
II. La politique nationale en matière de soin de santé dans Abomey-Calavi.

1. Les grandes orientations de la politique nationale en matière de soin de santé et de


prise en charge des pauvres extrêmes.

2. Les prises en charge sanitaires dans la commune d’Abomey-Calavi.

3. Evaluation de l’impact des prises en charges des pauvres extrêmes dans Abomey-
Calavi.

4. Lien entre santé et le développement local

5. Prises en charge sanitaire et lutte contre la pauvreté.

8. Le rôle de l’Etat dans la réglementation de l’insécurité sanitaire dans Abomey-


Calavi

……………………………………………………………………………………

97
Table des matières
Sommaire....................................................................................................................... 2
Dédicace........................................................................................................................ 3
Remerciements..............................................................................................................4
Sigles et acronymes.......................................................................................................5
Résumé.......................................................................................................................... 6
Abstract......................................................................................................................... 6
Introduction...................................................................................................................7
CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE ET APPROCHE METHODOLOGIQUE........9
1.1-Cadre théorique.......................................................................................................9
1.1.1- Problématique......................................................................................................9
1.1.2. Hypothèses de travail.........................................................................................12
1.1.3. Objectifs de recherche........................................................................................12
1.1.4- Point des connaissances.....................................................................................12
1.1.5. Clarification des concepts..................................................................................15
1.2- Approche méthodologique....................................................................................17
1.2.1-- Données collectées...........................................................................................17
1.2.2. Collecte des données..........................................................................................18
1.2.2.1. Recherche documentaire.................................................................................18
1.2.2.2. Enquête de terrain...........................................................................................19
1.2.2.3- Techniques de collecte des données................................................................21
1.2. 3- Outils et matériels de collecte des données.......................................................21
1.2.4- Méthode de traitement des données...................................................................22
1.2.5- Méthode d’analyse des résultats........................................................................22
CHAPITRE II : CADRE GEOGRAPHIQUE DE LA COMMUNE D’ABOMEY-
CALAVI...................................................................................................................... 25
2.1. Facteurs biophysiques de la fréquentation des centres de santé dans la Commune
d’Abomey-Calavi........................................................................................................25
2.1.1. Situation géographique de la Commune d’Abomey-Calavi...............................25
2.1.2- Fondements physiques de la commune d’Abomey-Calavi................................26
2.1.2.1.- Relief.............................................................................................................26

98
2.1.2.2.- Climat............................................................................................................28
2.1.2.3.- Sols................................................................................................................ 33
2.1.2.3- Hydrographie et végétation.............................................................................34
2.2- Facteurs humains..................................................................................................36
2.2.1- Etat de la Population de la Commune d’Abomey-Calavi..................................36
2.2.2- Activités socio-économiques.............................................................................37
2.2.2.1- Agriculture......................................................................................................37
2.2.2.2- Elevage...........................................................................................................38
2.2.2.3- Pêche..............................................................................................................39
CHAPITRE III : Cractéristtiques socioeconomiQueS, Besoins en sante et ACCES
AUX SOINS des PAUVRES EXTREMES A ABOMEY-CALAVI...........................40
3.1- Organisation du système de santé au Bénin..........................................................40
3.1.1- Pyramide sanitaire.............................................................................................40
3.1.2- Système local de sante dans la commune d’Abomey-Calavi.............................41
3.1.2.1- Secteur public.................................................................................................41
3.1.2.2- Secteur privé...................................................................................................41
3.2- Déterminants socioéconomiques de la vulnérabilité sanitaire des pauvres extrêmes
dans la Commune d’Abomey-Calavi...........................................................................43
3.2.1- Conditions de vie des pauvres extrêmes a d’Abomey-Calavi............................43
3.2.2- Catégorie professionnelle du chef de ménage....................................................44
3.3- Situation Socio Sanitaire des pauvres extrêmes à Abomey-Calavi.......................46
3.3.1- Approvisionnement en eau potable et gestion des eaux usées...........................46
3.3.2- Difficultés liées à la gestion des déchets............................................................49
3.3.3- Modes d’évacuation des excrétas.......................................................................51
3.3- Besoins en santé et accès aux soins des ménages pauvres extrêmes dans la
Commune d’Abomey-Calavi.......................................................................................53
3.3.1- Besoins en santé des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi...53
3.3.2- Accès aux soins des pauvres extrêmes dans la Commune d’Abomey-Calavi....54
3.3.2.1- Accès temporel et géographique.....................................................................54
3.3.2.2- Difficultés d’accessibilité aux infrastructures sanitaires.................................55
3.3.2.3- Accessibilité financière et économique...........................................................57

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CHAPITTRE IV : PRISE EN CHARGE SANITAIRE DES PAUVRES EXTREMES,
QUALITE DES SERVICES DE LA SANTE ET STRATEGIES D’AMELIORATION
..................................................................................................................................... 59
4.1- Dispositifs actuels de couverture du risque maladie.............................................59
4.1.1- Historique et cadre règlementaire de prise en charge des indigents...................59
4.1.1.1- Historique du Fonds Sanitaire d’Indigent (FSI)..............................................59
4.1.1.2- Cadre règlementaire de prise en charge des indigents.....................................60
4.1.2- Pratique de prise en charge des indigents et le recouvrement des coûts à l’hôpital
de zone d’Abomey-Calavi...........................................................................................60
4.1.2.1- Pratique de prise en charge des indigents.......................................................61
4.1.2.2- Procédure de recouvrement des couts sur fonds sanitaire d’indigent (FSI).....62
4.1.3- Nouvelles modalités de prise en charge des pauvres extrêmes.......................64
4.1.3.1- Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU)......................................64
4.1.3.2- Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH).......................66
4.2- Qualité des soins et appréciation des usagers.......................................................67
4.2.1- Motifs d’hospitalisation des patients pauvres extrêmes.....................................67
4.2.2- Répartition des patients pauvres extrêmes par tranche d’âge.............................68
4.2.3- Effets du dispositif de prise charge sanitaire des pauvres extrêmes...................70
4.3- Contribution de la mairie d’Abomey-Calavi à la prise en charge sanitaire des
pauvres extrêmes.........................................................................................................73
4.4- Insuffisances du dispositif de prise en charge des pauvres extrêmes....................77
4.4.1-Une procédure d’allocation qui ne prend pas en compte les besoins des
populations de toutes les régions.................................................................................78
4.4.2-Absence d’un mécanisme fiable d’identification des pauvres extrêmes.............78
4.4.3- Lourdeur du processus d’identification et d’obtention du certificat d’indigence
........................................................................................................................ 79
4.4.4- Mauvaise qualité du traitement lors de la prise en charge..............................80
4.4.5-Manque d’implication des communautés dans le suivi des activités..................81
4.5- Suggestion pour une meilleure prise en charge sanitaire des pauvres extrêmes....82
4.5.1- A l’endroit des autorités du ministère de la santé..............................................83
4.5.2- À l’endroit des responsables administratifs des formations sanitaires...............83

100
4.5.3- A l’endroit du personnel du Service Social........................................................83
4.5.4- A l’endroit des autorités de la mairie.................................................................83
Conclusion................................................................................................................... 85
Bibliographie...............................................................................................................87
Liste des figures...........................................................................................................91
Liste des photos et planches.........................................................................................91
Liste des tableaux........................................................................................................91
Annexes....................................................................................................................... 92
Table des matières.......................................................................................................96

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