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CANCERS DE LA CAVITE BUCCALE

INTRODUCTION - DEFINITION
Toute tumeur maligne qui siège ou qui a pris naissance sur une des parois de la cavité
buccale.
Ce sont des cancers fréquents, Sixième cancer dans le monde
Il s’agit dans 95 % des cas de tumeurs épithéliales malignes, à type de carcinomes
épidermoides.
Ils surviennent en général sur un terrain particulier (un Homme de 50-70 ans, alcoolo-
tabagique) et parfois sur des lésions précancéreuses.
Qu’elle que soit leurs localisations, les carcinomes possèdent des caractères communs et
doivent conduire à la même démarche diagnostique.
Leur diagnostic repose sur l’examen histologique de la pièce biopsique
Leur traitement nécessite une prise en charge multidisciplinaire reposant essentiellement
sur la chirurgie et la radiothérapie.
Leur pronostic, grave, ne peut être amélioré que par la précocité du diagnostic et la
prévention.

OBJECTIFS
A la fin de ce cours l’étudiant doit être capable de :
1. Suspecter un cancer de la Cavité Buccale devant toute lésion ulcérée ou
bourgeonnante de la CB
2. Reconnaître les lésions précancéreuses de la CB
3. connaître les modalités d’extension d’un cancer de la CB
4. savoir les principes de la conduite thérapeutique devant un cancer de la CB

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I. RAPPEL ANATOMIQUE
A- cavité buccale
La cavité buccale est décrite comme un cube à 6
parois, dont la paroi antérieure (bouche) et
postérieure (pharynx) sont ouvertes.

1. les parois :
En arrière, la limite entre cavité buccale et pharynx est constitué par la base de la langue en
arrière du V lingual, la région amygdaloglosse, l’amygdale et le voile
En avant : les lèvres
La paroi supérieure : formée par la voûte palatine, elle est limitée en avant par l’arcade
dentaire supérieure, et se continue en arrière par le voile du palais
La paroi inférieure : constituée par le plancher buccal et la langue mobile en avant du V
lingual
• Le plancher est limité en avant et latéralement par le corps mandibulaire et l’arcade
dentaire inférieure, et en arrière par la langue, formant ainsi avec elle le sillon pelvi
lingual
• Sa paroi inférieure est formée par les 2 muscles myelohyoidiens
• Il est divisé en 2 parties : le plancher antérieur et plancher latéral
Les 2 parois latérales : formée par les joues, elles sont mobiles par apport à la mandibule et
se continuent en haut par les vestibules sup et en bas par les vestibules inf et en arrière par
le trigone rétromolaire et le pilier antérieur du voile (leurs atteintes entraînent un Trismus).
2. le contenu :
La CB est tapissée par une muqueuse malpighienne parfois adhérente à l’os (maxillaires
mandibule ou palais dur),
Elle est constituée par plusieurs structures : musculaires, graisseuses, nerveuses (le nerf
lingual), canalaire (canal de Warthon) et glandulaires telles les glandes sublinguales au
niveau du plancher buccal et les GSA qui sont inégalement réparties sur toutes les parois de
la CB. Chacune de ses structures peut être le point de départ d’un cancer de la CB.

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3. Rapports de la muqueuse:
La muqueuse buccale présente des rapports intimes avec les différentes structures qu’on a
vu ainsi l’extension d’un carcinome malpighien se fera de proche en proche, et intéressera
les structures adjacentes à la localisation initiale, En particulier les rapports osseuse avec la
mandibule, les maxillaires, et le palais sont intéressant à définir puisque la conduite
thérapeutique peut changer en fonction de leur envahissement ou non :
▪ La fibro-muqueuse palatine est adhérente à l’os d’où l’extension osseuse aux fosses
nasales et aux sinus maxillaires
▪ la fibromuqueuse gingivale est adhérente à l’os mandibulaire d’où l’extension précoce à
l’os alvéolaire puis cortical et l’apparition des signes dentaires et neurologiques par
infiltration du nerf dentaire inférieur dans son canal
B- Drainage lymphatique
Les carcinomes de la CB sont très lymphophiles, la connaissance du drainage lymphatique de
la cavité buccale est très importante.
Les GG sont disposés en amas ou en chaînes, on distingue le Cercle péricervical de Cunéo
(GG occipitaux, mastoïdiens, parotidiens, submandibulaires, et sous mentonniers et les deux
triangles de Rouvières, formés par :
▪ chaîne jugulocarotidienne en Av dont le chef de file est le GG de Kuttner ou le GG sous
digastrique qui constitue un carrefour de drainage des VADS
▪ chaîne spinale en Ar
▪ chaîne cervicale transverse en bas
Ses chaînes GG drainent des territoires donnés selon un schéma assez bien déterminé :
▪ la partie postérieure de la cavité buccale se draine dans les ganglions sous digastrique
▪ La partie antérieure se draine au niveau des GG submandibulaires puis susomohyoïdien
et sous digastrique.
Puis le drainage se continu vers les autres aires ganglionnaires cervicales qui seront donc
plus tardivement envahies
Du fait des anastomoses entre les réseaux droit et gauche, il existe une possibilité de
drainage croisé et d'autant plus que l'on est proche de la ligne médiane.
En 1991, l’American Academie of Otolaryngology Head and Neck Surgery a divisé ses chaînes
GG en 6 groupes en fonction du drainage de chaque région des VADS

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Ceci est assez intéressant sur le plan thérapeutique puisqu’on tiendra compte de ses
groupes GG lors du curage cervical.

II- EPIDEMIOLOGIE
A- Fréquence :
Les Kc de la cavité buccale représentent 2 à 3% de tous les K, c’est le sixième cancer dans le
monde.
C’est le premier cancer dans le Sud et le sudest asiatique. En Europe, c'est la France qui vient
en tête avec une Incidence de 20 nouveaux cas /100.000 Habitants et par an.
Son Incidence en Tunisie est de 8.4 nouveaux cas /100.000 Habitants et par an, Selon le
Registre du cancer du sud Tunisien (1997) mais ce chiffre ne cesse d’augmenter.

B- Age et sexe
L’age préférentiel de survenue est entre la cinquième et la sixième décennie.
On observe encore une prédominance masculine, avec un Sex-ratio de 9,8 en France et de
2.4 en Tunisie.
On constate actuellement une augmentation de la fréquence des K de la CB chez la femme à
cause de la tendance à l’égalisation des risques.

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C- facteurs favorisants
1. Habitudes toxiques
a- Tabac :
80-90% des carcinomes buccaux sont attribués à la consommation de tabac et d’alcool. Le
tabac à une action par des cancérigènes directs (benzopyrènes, N-nitrosamines) et par
brûlure chronique
Le Risque relatif de survenue de cancer, multiplié par 4 à 6 chez les fumeurs, varie en
fonction de la :
▪ Consommation journalière de tabac
▪ Durée de l'intoxication
▪ Type de tabac : l’utilisation du tabac sous d'autres formes, augmente le risque de
survenue des carcinomes au site d’application du produit. Exp : l’application de Neffa au
niveau des vestibules augmentent le risque de K gingivomandibulaires ou
gingivomaxillaires, l’application de Bettel au niveau de la joue augmente le risque de K de
la joue.

b- L’alcool:
Le Risque de survenue de cancer chez les buveurs est multiplié par 2 à 3 surtout en cas de
consommation abusive d’alcool > 170 g/ jour,
Le plus important est le Caractère synergique de la nocivité du couple alcool-tabac, ce qui
induit un effet multiplicateur des risques évalué à 4

2- stomatites chroniques
Dues à une irritation prolongée par prothèse mal adaptée ou par une couronne
traumatisante
La mauvaise hygiène bucco-dentaire joue un rôle important dans la genèse des K de la CB, 80
% des patients porteurs d'un carcinome buccal présentent une hygiène buccodentaire
défectueuse

3- Autres facteurs :
▪ Virus Oncogènes le Papillomavirus (PVH de types 16 et 18) a été incriminé dans la
genèse de Carcinomes oropharyngés

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▪ Facteurs nutritionnels : les déficits protidiques et vitaminiques, auraient une
responsabilité propre.
▪ Les rayonnements solaires : expliquent la fréquence plus élevée des cancers de la
lèvre inférieure

D- Lésions précancéreuses :
Le plus souvent les cancers surviennent sur une muqueuse apparemment saine, mais 17%
des cas les cancers émergent à partir d’une lésion précancéreuse.
On distingue les lésions blanches (leucokératoses) et les lésions rouges (erythroplasies).

1. Leucokératoses
a- Leucoplasies : c’est une plaque blanche bien définie, granitée, qui ne peut être enlevée.
Elle représente 56% des lésions précancéreuses. Elle peut être : homogène ou non
homogène.
Le taux de transformation maligne augmente considérablement dans les leucoplasies non
homogènes, elles sont Dysplasiques dans 25 à 65 % des cas.

b- Lichen plan : 27% des lésions précancéreuses, mais seulement


1,5 % des lichens plans dégénèrent, surtout les lichens dans leurs
formes atrophiques et érosives

c- Fibrose de la sous muqueuse buccale:


d- Candidose hyperkératosique

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2. Erythroplasies
2,8% des lésions précancéreuses.
Elle réalise un aspect rouge, homogène, pseudo érosif,
bien limité. C’est une lésion hautement suspecte, elle
correspond dans plus de 50 % des cas à un véritable
carcinome intraépithélial

Important : Toute lésion suspecte, en particulier persistante après suppression de sa cause


éventuelle impose la BIOPSIE

III- DIAGNOSTIC POSITIF


On choisira comme type de description les carcinomes épidermoides de la CB puisqu’ils
constituent 95% des cancers de la CB
Le Diagnostic positif repose sur un examen clinique minutieux et sur la biopsie qui
confirmera le diagnostic.
A- circonstances de découverte
1. Manifestations fonctionnelles :
La symptomatologie est frustre et non spécifique. Malheureusement souvent tardive, elle
est composée par :
▪ Douleurs : gêne à l’ouverture buccale avec trismus, gêne à la protraction de la langue,
odynophagie, glossodynie
▪ stomatorragie,
▪ manifestations dentaires : odontalgie ou mobilité dentaire sans cause
▪ douleur et instabilité d’une prothèse dentaire jusque là bien tolérée
▪ hypoesthésie labiomentonnière
2. ADP cervicales isolées
Toute ADP cervicale isolée, doit faire évoquer une ADP métastatique des VADS et impose un
examen complet
3. Découverte fortuite
Une ulcération ou un bourgeon ulcéré sont parfois découvert à l’examen systématique de la
cavité buccale par le dentiste ou le médecin généraliste.

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B. Examen clinique
1- Interrogatoire
Il s’attache à retrouver :
▪ la date d’apparition et le mode évolutif de la tumeur
▪ les facteurs favorisants et les lésions précancéreuses
▪ ATCD personnels (tares, traitement antérieurs d’un K des VADS)

2- Examen endo-buccal
a- Examen de la tumeur :
Macroscopiquement un carcinome de la cavité buccale peut revêtir plusieurs aspects, on
distingue :
▪ Forme ulcérée : Elle est très fréquente, c’est une
ulcération à bords surélevés irréguliers à fond
bourgeonnant reposant sur une base indurée qui
déborde largement les limites macroscopiques de la
lésion, elle entraîne un certain degré de fixité des tissus
voisins, c’est le fait le plus déterminant de la lésion.

▪ Forme fissuraire : Variante de la précédente, l’ulcération


revêt l’aspect d’une fissure, mince, linéaires, en crevasse,
siège le plus souvent à la zone de réflexion muqueuse
(essentiellement le sillon pelvi-lingual). Elle peut passer
inaperçue, elle se démasque « en feuillet de livre »
lorsqu’on déplisse la muqueuse.

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▪ forme végétante : Moins fréquente que la forme
ulcéreuse, elle se présente sous forme d’un bourgeon
faisant saillie sur la muqueuse reposant sur une base
indurée

▪ forme ulcérovégétante : Elle associe les deux aspects, le


fait notable reste l’infiltration sous-jacente.

Ces différentes formes de lésions sont souvent douloureuses à la palpation et saignent


parfois au contact. Elles sont parfois massives, amputant ainsi la structure sur laquelle elles
se développent.

b- Reste de l’examen endobuccal


▪ une inspection de toute la cavité buccale sous un bon éclairage en déplissant la
muqueuse dans toutes les zones de réflexion permettra la recherche d’autres lésions
cancéreuses ou précancéreuses
▪ Un examen dentaire minutieux, recherchera une mobilité dentaire ou une mauvaise
hygiène buccodentaire
Au terme de cet examen doit être effectuer un dessin daté et coté, des lésions constatées,
ainsi qu'un bilan dentaire provisoire.

3- Examen exobuccal
▪ L’examen exobuccal consiste en un examen minutieux, bilatéral et comparatif de toutes
les aires ganglionnaires cervicales. On notera les caractéristiques cliniques des ADP
palpées : siège, nombre, taille, caractère uni/bilatéral, mobilité par rapport aux axes
vasculaires et à la peau, consistance, et la sensibilité. Ceci nous permet de classer la
valeur N de la classification TNM
▪ On précisera l’existence ou non d’une hypoesthésie labio-mentonnière

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4- Examen général :
Doit être complet pour évaluer les fonctions vitales et rechercher des métastases en
particulier pulmonaires ou hépatiques dont la fréquence est faible dés le premier examen
(<1%).

C. biopsie
La pauvreté des signes initiaux impose la biopsie au plus discret d’entre eux, la précocité du
diagnostic étant le meilleur élément du bon pronostic
L’examen histologique donne une certitude diagnostique, ainsi aucune thérapeutique
anticancéreuse ne doit être entreprise sans la preuve histologique de malignité.

Elle doit cependant obéir à certaines règles :


▪ il s’agit d’un acte chirurgical pratiqué avec asepsie rigoureuse
▪ le délai doit être court entre cet acte et l’exérèse chirurgicale, car risque de « flambée
évolutive » après la biopsie
▪ les prélèvements doivent être nombreux et de taille suffisante, fait à cheval entre
muqueuse saine et tumeur
Au cours de cet examen histologique de la pièce biopsique on va déterminer :
▪ Le degré d’infiltration qui permet de distinguer les carcinomes insitu localisés à
l’épithélium malpighien sans rupture de la membrane basale et les carcinomes infiltrants
▪ Le degré de différentiation, on distingue alors les carcinomes différenciés des carcinomes
indifférenciés.

IV. FORMES ANATOMO-CLINIQUES


A. Autres formes histologiques
1. Carcinomes indifférenciés type nasopharyngiens
2. Les tumeurs malignes de type glandulaires :
Elles ont en général comme point de départ les GSA, ont distingue le carcinome adénoïde
kystiques et adénocarcinome
Ils se présentent sous forme d’un nodule sous une muqueuse saine, dur, qui va parfois
s’ulcérer à son sommet. Ce sont des tumeurs rares, qui siégent essentiellement au niveau du
palais.

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3. Tumeurs des structures sous jacentes
Nées au dépend des tissus sous jacent à la muqueuse de recouvrement, il s’agit des :
▪ Sarcomes : Histiocytofibrome malin, fibrosarcome, chondrosarcome extrasquelettique
▪ hémangiopéricytome, angiosarcome de KAPOSI
▪ lymphomes non Hodgkiniens
▪ mélanome malin
▪ métastases
Ce sont des tumeurs beaucoup plus rares au sein de la CB

B. Formes Topographiques des carcinomes :


1. Langue :
Il représente 20 à 30 % des K de la CB, l’atteinte du bord latéral est la plus fréquente (80%
des cas). Il est responsable d’une dysphagie, sensation de corps étranger troubles de la
déglutition et de la phonation. C’est la localisation la plus lymphophile
2. plancher buccal
Il représente 15 à 20 % des K de la CB, il peut être
➢ antérieur : sa Découverte est précoce, la forme ulcérée qui est la plus fréquente dans
cette localisation, l’atteinte du frein de la langue est responsable de douleur à la protraction
de la langue, ADP d’emblée bilatérale.
➢ Latéral : son diagnostic est tardif, il présente une extension pelvi-linguale ou pelvi-
mandibulaire avec atteinte osseuse. Les ADP submandibulaires unilatérales sont précoces
3. lèvres :
Il représente 30 % des K de la CB, 90 % sont retrouvé sur la lèvre inférieure. La lésion
précancéreuse est retrouvée dans la majorité des cas, elle est favorisée par le tabac et
l’exposition solaire. La Forme ulcérée quand elle est évoluée aboutit à l’amputation de la
lèvre.
4. Gencives :
C’est une localisation assez fréquente en Tunisie, la consommation de la Neffa et la
mauvaise hygiène buccodentaire sont les 2 facteurs prédisposants.
Ils ont une extension osseuse d’emblée, un envahissement de l’os alvéolaire classe la tumeur
seulement en T2, par contre un envahissement de l’os cortical classe la tumeur en T4, la
mobilité dentaire signe la lyse osseuse.

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L’Extension des carcinomes gingivomandibulaires se fait vers le plancher buccal et la
commissure intermaxillaire en Ar, et vers la lèvre et la joue en Av et latéralement, une
hypoesthésie labiomentoniére par infiltration du nerf alvéolaire inférieur est assez
fréquente.
Les carcinomes gingivomaxillaires ont une évolution superposable à celle des carcinomes de
palais avec extension au sinus maxillaire, fosses nasales et orbites
5. Joue :
Fréquence de survenues sur lésions préexistantes, l’extension se fait vers les vestibules, les
muscles, la peau (nodules de perméations), et l’os. L’infiltration du trigone rétromolaire est
responsable d’un trismus

V. DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Il ne se pose pas en théorie puisque la moindre lésion suspecte impose la biopsie.
Néanmoins le diagnostic différentiel peut se poser essentiellement avec une ulcération
traumatique :
▪ le fait d’une couronne dentaire fracturée ou d’une prothèse mal adaptée
▪ elle doit totalement disparaître ou régresser après suppression de l’agent causal dans
un délai de 8 jours.
▪ La persistance de l’ulcération après cette période fait suspecter le cancer buccal

VI. BILAN D’EXTENSION


Une fois le diagnostic posé un bilan d’extension (clinique, endoscopique, imagerie) doit
être établi :
A. Evaluation de l’extension locorégionale de la tumeur :
Cette extension sera déterminée par :
▪ L’examen clinique : c’est la taille de la tumeur, surtout de l’induration, qu’il faut mesurer
dans sa plus grande dimension, et coté en cm ; c’est le « T » de la classification TNM.
▪ L’examen panendoscopique (VADS, larynx, œsophage), elle permet de rechercher une
seconde localisation, elle est retrouvée dans 20% des cas environ
▪ imagerie : OPT : extension osseuse. La TDM ou IRM sont actuellement des examens
irremplaçables pour évaluer l’extension.

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B. Evaluation de l’envahissement ganglionnaire :
L’évaluation des métastases GG se fait à l’aide :
▪ Examen clinique : « N »
▪ Imagerie : La TDM ou l’IRM permettent de déterminer le nombre d’ADP cervicales, leurs
siéges et leurs rapport avec les tissus avoisinants essentiellement l’axe JC

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C. Evaluation des métastases viscérales :
Valeur « M » de la classification TNM, les métastases seront rechercher à l’aide :
▪ Examen général minutieux
▪ échographie abdominale : métastases hépatiques
▪ Rx thorax : métastases pulmonaires
▪ Scintigraphie osseuse au technétium 99: détermine les métastases osseuses
D. La classification TNM :
Au terme de ce bilan la classification clinique TNM est établie (selon l’UICC « union
internationale contre le cancer » en 1998)
▪ Pour la tumeur, c'est la plus grande dimension qui est prise en compte :
Tis : carcinome insitu
T1 : grand axe moins de 2 cm
T2 : entre 2 et 4 cm
T3 : supérieur à 4 cm
T4 : quelque soit la taille si il y a un envahissement osseux, cutané ou musculaire profond.
▪ Pour les ADP, c'est la taille et le nombre des ADP qui compte :
N0 : Pas d'ADP palpable
N1 : ADP homolatérale de moins de 3 cm
N2a : ADP entre 3 et 6 cm unique homolatérale
N2b : multiples ADP < 6 cm homolatérale
N2c : unique ou multiple ADP bi ou controlatérale < 6 cm
N3 : supérieure à 6 cm.
M0 : absence de métastases
M1 : présence de métastases

VII. BILAN PRETHERAPEUTIQUE


A. bilan d’opérabilité :
Il est nécessaire, avant de poser les indications thérapeutiques de faire :
▪ Une consultation pré anesthésie comportant un examen général complet avec un bilan
cardio respiratoire, un bilan nutritionnel, et évaluation de l’âge physiologique du patient
▪ Un bilan de la douleur
▪ et d’évaluer les conditions socioéconomiques du patient.

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B. bilan dentaire
▪ Un panoramique dentaire et une consultation stomato : systématique pour une remise
en état dentaire avant radiothérapie
▪ Une gouttière fluorée sera confectionnée si une radiothérapie est envisagée afin de
prévenir l’ostéoradionécrose

IX. TRAITEMENT
La décision thérapeutique est prise en fonction de la classification TNM et du bilan
d’opérabilité
Le but du TTT est d’obtenir le meilleur contrôle tumoral local et régional en préservant le
plus possible les fonctions de déglutitions, la mastication, la phonation et en minimisant les
séquelles cosmétiques.

A- méthodes :
1- chirurgie
Le traitement chirurgical comporte 3 volets : l’exérèse de la tumeur, le curage GG cervical et
la chirurgie réparatrice
a- l’exérèse
▪ tumorale : passant au large de la tumeur tant en surface qu’en profondeur (> 1 cm),
les limites doivent être contrôlées par un examen extemporané
▪ Ganglions : un évidement ganglionnaire cervical uni / bilatéral, doit être aussi
complet que possible, on distingue Schéma
➢ Le curage cervical triangulaire : (I, II, III) submand, sous digast, sus homohyoidien puis
extempo, en cas d’envahissement GG il faut poursuivre le curage, et faire soit un
➢ Le curage fonctionnel : groupes (I, II, III, IV et V) chaines sous mentonnière, submand,
jugulocarot et spinale conservant : SCM, jugul int, N.spinal
➢ Le curage radical : emportant les même groupes GG mais sans conservation des
éléments sus cités
b- la reconstruction :
La reconstruction de la perte de substance peut se faire par plusieurs procédés de réparation
des différentes structures amputées

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2- Radiothérapie
a. La radiothérapie externe :
▪ Sur le site tumoral : peut être utilisée en curatif ou en complément d'un traitement
chirurgical. Les doses sont de 65 à 75 Gy .
▪ Sur les aires ganglionnaires : utilisée le plus souvent en complément d'un curage en cas
d’envahissement GG, les doses sont de l'ordre de 50 Gy avec surdosage de 15 Gy sur
les aires GG en cas de rupture capsulaire.
b. La curiethérapie :
Elle se fait actuellement avec des fils d'Iridium 192. La curiethérapie peut être utilisée seule
ou en complément d'un traitement chirurgical ou d'une radiothérapie externe. si c'est une
radiothérapie exclusive, la dose est de 70 Gy
3- chimiothérapie
Le protocole le plus utilisé et le plus efficace est l'association 5 FluoroUracyl /Cis platine en
cures de 5 jours. Cette chimiothérapie est soit néo-adjuvante pour diminuer le volume
tumoral avant une radiothérapie ou une intervention chirurgicale, soit proposée pour une
récidive.
4- traitements adjuvants :
Les antalgiques et une prise en charge psychologique sont souvent nécessaires
Les ATB sont prescrit en cas de surinfections des lésions
Il faut rétablir l’hydratation, l’état nutritionnel et l’hygiène buccodentaire du patient

C. Les Indications
Varient selon le type histologique, le siège, la taille, le stade évolutif de la tumeur, l'état du
patient et les protocoles des équipes. La discussion thérapeutique se fera dans un comité
associant radiothérapeutes, oncologues et chirurgiens.
1. Les carcinomes
Selon les recommandations de la «FNLCC : Federation Nationale des Centres de Lutte Contre
les Cancers » de 2003, à propos de la prise en charge des carcinomes de la CB, en fonction de
la taille de la tumeur :
a- Les tumeurs T1T2 :
➢ le traitement de référence :
Il comporte un traitement chirurgical de la tumeur et des aires GG

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Radiothérapie complémentaire en cas d’envahissement GG
➢ le traitement alternatif : En cas de CI ou refus du patient
▪ Curie thérapie pour les T1 avec ttt chirurgical des aires GG
▪ Radiothérapie sur T et N avec ou sans chimiothérapie concomitante
▪ Radiothérapie tumorale et ttt chirurgical des aires GG si N>0

b- Les tumeurs T3 et T4 :
➢ Les tumeurs opérables
Le traitement de référence est la chimiothérapie néo adjuvante puis évaluation clinique,
radiologique et histologique après 2 cures, 2 situations sont possibles
* Si réponse partielle ou nulle à la chimiothérapie :
▪ Exérèses tumorales si tumeur opérable
▪ Le traitement des aires GG
▪ Radiothérapie complémentaire en cas d’envahissement GG pour les T3
▪ Radiothérapie complémentaire systématique avec ou sans chimio pour les T4
* Si réponse clinique et histologique complète : 2 options sont possibles
▪ Soit Radiothérapie sur T et N avec ou sans chimiothérapie concomitante avec ttt
chirurgical des aires GG si N>0
▪ Soit la chirurgie
➢ Les tumeurs inopérables
▪ Soit Radiothérapie sur T et N avec ou sans chimiothérapie concomitante
▪ Soit chimiothérapie seule

2. les autres cancers :


➢ Les cancers des GSA : l’exérèse chirurgicale et curage GG si nécessaire
➢ Les lymphomes : polychimiothérapie
➢ Mélanomes : chirurgie et curage GG si nécessaire

D. Traitement préventif
Par action sur les facteurs favorisants et les lésions précancéreuses
1- Vis à vis des lésions précancéreuses
▪ dépistage des lésions précancéreuses

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▪ Exérèse des lésions si elles sont de petites tailles
▪ Surveillance à vie des lésions de grandes tailles avec biopsies au moindre doute
2- Vis à vis des facteurs favorisants
▪ La suppression des causes (tabac et alcool)
▪ Amélioration de l’hygiène buccodentaire

X. EVOLUTION – PRONOSTIC
A. Le Pronostic
Il dépend de la taille de la lésion initiale, de son siége (les carcinomes de la langue ont le plus
mauvais pronostic), de l'existence d'un envahissement osseux, de la forme histologique
(Carcinomes différentiés ont un meilleur pronostic), mais surtout de la présence de
métastases ganglionnaires, de l'existence d'une rupture capsulaire ganglionnaire, du nombre
et du siège des ganglions envahis.
La survie globale est de l'ordre de 50% à 5 ans.

B. La Surveillance
Identiques à celles de tous les patients traités pour un Kc des VADS, après le traitement il
faut une surveillance régulière et prolongée. Elle devra suivre le malade à vie, à raison de:
1 consultation tous les 2 mois pendant 1 an
1 consultation tous les 4 mois pendant 2 ans
1 consultation tous les 6 mois pendant 2 ans
Puis tous les ans
Une radio de thorax par an, une pan-endoscopie avec biopsies au moindre signe d'appel .
Elle dépistera une récidive, une seconde localisation, des métastases (poumons, foie, os,
SNC), une complication ou une séquelle (radionécrose, séquelles dentaires).
L’IRM est l’examen le plus fiable pour le suivi post thérapeutique tant sur le plan tumoral
que ganglionnaire il permet de distinguer fibrose post thérapeutique d’une récidive

CONCLUSION
Les K de la CB sont des tumeurs de mauvais pronostic, qui ne peut être amélioré que par :
▪ Le diagnostic précoce de ces tumeurs
▪ une prise en charge multidisciplinaire, adaptée et précoce

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