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Pratique de l’aménagement : Automne 2008 Damien CADOUX

Appréhender la densité : entre réalités et perceptions…


Elément de réflexion sur une notion d’actualité complexe

Introduction

Le début du 21ème siècle est le siège de nombreux bouleversements dans la société, de l’apparition
de nouveaux paradigmes qui amènent aussi bien les citoyens que les professionnels à repenser l’espace
urbain, de son mode de fonctionnement jusqu’aux questions d’esthétique et de représentations en passant
par les processus contribuant à son élaboration et à sa construction (genèse). Un questionnement sur les
fondements épistémologiques de la pratique urbanistique devient dès lors indispensable s’il on veut réussir
à adapter la pratique au nouveau contexte. La question de la densité étant transversale à beaucoup de
problématiques, elle se retrouve naturellement au cœur d’un nombre important de sujets d’actualité
(politiques publiques et outils d’urbanisme règlementaire en France par exemple (loi SRU, SCOT, PLU,
…), concept du New Urbanism aux États-Unis (Duany, Plater-Zyberk, 2000), …). Les visions de la
densité diffèrent généralement en fonction du statut de la personne interrogée. En général, citoyens et
professionnels de la ville ont des visions radicalement opposées sur ce sujet, ce qui n’est pas sans poser de
problèmes pour l’élaboration de la ville de demain… Appréhender la notion de densité (« ville compacte1 »
vs « ville diffuse » (Secchi)) est un exercice très complexe et souvent très simplifié, même par les
professionnels de la ville (Wiel, Orfeuil).

L’objectif de cet élément de réflexion est d’expliciter la notion de densité (ou devrait-on dire des
densités) en montrant la riche diversité de ses significations. L’idée très répandue dans le monde
professionnel de l’urbain que la densité est la clé de la ville durable semble tellement partagée mais en
même temps tellement peu étudiée en détail qu’elle mérite des précisions et une réflexion approfondie
(Quincerot, Revue Urbanisme, 2005, p28). Une telle approbation sans remise en question pourrait être
très préjudiciable pour l’avenir. Éclaircir le rapport parfois ambigu entre réalité mesurable et perception de
la réalité est un premier exercice pour y voir plus clair dans ce débat. Le glissement progressif de la
« standardisation des besoins » - donc d’une vision très élitiste de la planification – à une recherche de la
« qualité de vie « (Fischler, 2000) prônée par les tenants du « projet urbain » (Mangin, Panerai, 2002) ainsi
que l’avènement de la « démocratie participative » (Bacqué, 2005 et Bevort, 2002) nous indiquent qu’un
regard nouveau doit être porté sur la question de la densité, un regard qui prenne en considération les
perceptions des usagers de la ville.
Les nouveaux enjeux de société (crise du modèle énergétique, développement des préoccupations
environnementales, avènement de la pensée de développement durable, accroissement de la mobilité,
vieillissement de la population …) seront abordés pour montrer comment chacun d’entre eux peut être
analysé sous l’angle de la question de la densité. De quelle manière pouvons-nous renouveler notre regard
sur la densité en analysant simultanément l’objet (la ville) et le sujet (citadin), le statique et la dynamique,
comment pouvons-nous nous détacher des idées préconçues et mal fondées qui sont légions sur ce thème,
comment l’histoire du développement des villes peut nous amener à réfléchir autrement sur les situations
actuelles et celles à projeter… Voilà un aperçu du questionnement relatif à la notion de densité qui sera
présenté dans cet essai, voilà une partie des éléments de réflexion qui deviendront nécessaires à une bonne
compréhension de cette nouvelle grande problématique de société qui se profile.

1
Concept né aux Pays-Bas, très utilisé mais peu documenté, l’auteur est difficilement identifiable.

DESS Montage et gestion de projets d’aménagement - Université de Montréal 1 | P a g e


1. Passage en revue des paradigmes actuels et en devenir qui entrent en jeu dans le
renouvellement de la discussion autour de la densité

L’objet de cette partie est de recenser les principales questions de société qui gravitent autour de la
densité pour sortir des considérations partisanes propres à l’expert et à l’usager. A chaque fois, nous
donnerons une donnée qui invite un questionnement, le cadre de ce travail ne nous permettant pas de
développer d’avantage. Dans un souci de clarté, nous effectuerons une distinction de tous les paramètres
mais évidemment la grande difficulté de la question est leur combinaison.
Enjeux environnementaux vs démographiques
« De 2003 à 2030, il va se créer une ville d’un million d’habitants toutes les semaines » (ONU-Habitat,
2004). « En parallèle, le taux d’urbanisation ne cesse de croître (29% en 1950, 50% en 2008 et une
prévision de 60% en 2030) » (ONU-Habitat, 2004) en privilégiant généralement l’étalement urbain
(Downs, 1998 et Schneider, Woodcoc, 2008). Sachant que la majeure partie des villes ont été établies sur
des terres arables, il en résulte, par la combinaison de ces facteurs, une diminution significative des surfaces
cultivables traditionnelles. La question est alors de savoir comment l’homme va-t-il faire pour nourrir
toujours plus de bouches tout en diminuant la superficie de sa terre nourricière. Densifier les villes pour
épargner les terres qui nous nourrissent est souvent un argument développé, la discussion est encore
ouverte. De même pour la question de l’eau en rapport avec la densité, elle se pose surtout avec le risque
inondation (l’approvisionnement étant plus un problème de positionnement géographique). La densité est
souvent assimilée avec le bétonnage des terres. La question du ruissellement des eaux de pluie et la gestion
du risque inondation devenant un problème majeur pour bon nombre de métropoles. Concilier
densification et gestion du risque inondation n’est pas insolvable mais nécessite tout de même des
réflexions importantes en amont des projets. Une réflexion est alors nécessaire sur la densité du bâti mais
aussi sur la densité végétale des villes.
Enjeux économiques
Il est très difficile d’évaluer la création de valeur et de richesses directement liée à un aménagement.
« Quand on parle de valeur, c’est toute la question de l’évaluation des externalités qui est posée, vaste
champ de l’analyse économique. [Il faut alors prendre] en compte des externalités environnementales »
(PUCA, 2008) et sociales qu’il faut évaluer. « Focalisées sur les cycles de la décision publique, les analyses
articulent mal les temps courts (de la décision d’investissement et de l’annualité budgétaire) et les temps
longs (de la gestion, du patrimoine, de la ville…) » (PUCA, 2008). Afin de bien estimer les
avantages/inconvénients de la densification des territoires, il paraît indispensable que des études
économiques de ce type soient réalisées en amont mais aussi en aval des opérations, que le coût global
d’une opération soit regardé avec autant d’intérêt sinon plus que le seul coût d’investissement.
L’enjeu de la mobilité. Voir annexe 6 et 7
« Le rythme de croissance annuel [des déplacements] est de près de 4% depuis une vingtaine d’années [en
France], nettement plus élevé que la croissance économique » (Orfeuil, 2004, p3). L’enjeu de la mobilité
est un enjeu transversal. On est entré dans un monde de mobilité croissante et il alors important de se
poser les questions de l’impact de ses déplacements sur l’environnement en général (dépenses énergétiques,
impacts environnementaux, …). La ville-automobile telle qu’on la connaît est très énergivore et à des
impacts importants sur l’environnement (dégagements de CO2, NOx, particules, …), connaissant le lien
direct entre modes de transport et densité (annexe 4), se reposer la question de notre mobilité ne peut se
faire qu’en se questionnant aussi sur la densité bâtie et la structure viaire qui lui est associée ; dans certains
secteurs de ville, l’automobile y est devenue « une nécessité, et non plus un choix » (Newman &
Kenworthy, 1998, p. 28). Concernant la mobilité, il convient d’analyser aussi bien les bienfaits de la
densité de bâti (« accessibilité et compétitivité-temps relative des modes de transport (Pouyanne. 2004,
p54) que la « congestion » induite (Fouchier, 1997a, p. 164)). L’indice de densité d’activité humaine peut
donner un éclairage intéressant à ce niveau, il sera développé par la suite.

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Enjeux sociaux et sociétaux (vieillissement, précarité, santé, …)
En France, « à l’horizon 2050, selon l’INSEE, le nombre de personnes de plus de 60 ans pourrait
quasiment doubler par rapport à 2000, celui des personnes de 75 ans tripler (pour atteindre 11,6 millions)
et enfin le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus, potentiellement concernées par une perte
d’autonomie voire de dépendance, pourrait être multiplié par quatre (1,3 million en 2000 et 4,8 millions
en 2050). […]L’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes à l’horizon 2040 pourrait
atteindre 1,2 million, soit une hausse de 43% » (PUCA, 2006). A la lumière de ces données, on comprend
aisément l’ampleur de la tâche à accomplir afin de permettre à ces « nouveaux » usagers un accès adapté à
la ville. Pour que la ville ne leur soit pas interdite, il va falloir dès aujourd’hui, prendre en compte leurs
spécificités à savoir le manque d’autonomie et donc le besoin d’un accès facilité à un grand nombre de
services, … Densité et vieillissement, voilà encore un sujet à approfondir.
Francis Beaucire mentionne « le prix de l'énergie [qui] est [selon lui] à la base de l'ensemble du système
réseaux-mobilité-dispersion. Or, on situe autour de 2015 le pic de la consommation d'énergie fossile. C'est
dire que la question de la densité va se reposer très vite sur des bases différentes » (Quincerot. 2005), l’
« accès plus équitable aux ressources urbaines » (Pouyanne, 2004, p66), le prix du sol versus les coûts de
transport pour des jeunes qui subissent des situations toujours plus précaires par exemple. Des enjeux de
société comme celui de la précarité de certaines couches de la population peuvent donc aussi être mise en
relation avec la question de la densité.
Enjeux culturels
Certains, comme Pouyanne, pensent qu’ »il y a une impossibilité logique à conformer les densités élevées à
l’idéal de la maison individuelle. La compacification reviendrait donc à imposer des choix non désirés aux
consommateurs, ce qui est rejeté par certains auteurs comme étant un diktat insupportable » (Pouyanne,
2004, p72). Peut-on, en tant qu’urbaniste, proposer un modèle qui ne réponde pas aux attentes premières
des habitants ? Devons-nous répondre aux attentes actuelles ou bien améliorer l’offre existante, car ce choix
n’est peut-être que la conséquence d’une offre insatisfaisante d’espaces urbains adaptés ?

Après avoir esquissé l’importance de la notion de densité dans notre approche de la ville de demain, il
convient d’amorcer la réflexion majeure de ce travail, à savoir comment aborder la densité pour que
professionnel et citoyens puissent enfin se parler avec le même vocabulaire.

2. Analyse de la notion de densité du point de vue objectif

2.1. Les principaux indicateurs de densité et les outils règlementaires

Coefficient d’Occupation des Sols (COS), Coefficient d’Emprise au Sol (CES), Densité Bâtie
(DB), densité de population, densité résidentielle, densité d’emploi, « densité d’activité humaine »
(Fouchier, 1997), le plafond réglementaire et la densité végétale sont tous des indicateurs de densité. Il
s’agit ici d’identifier les densités mesurables qui permettent la définition d’un langage commun au sein du
monde des praticiens de la ville. Seul un langage commun permet la confrontation d’idées et par
conséquent l’évolution des connaissances dans le domaine, c’est pourquoi bien que ces indicateurs ne
retransmettent que partiellement la notion de densité, ils ont une nécessité certaine dans notre champ de
pratique. Avant de décrire tous ces indicateurs, il semble nécessaire de faire un point sur la définition de la
densité. En physique par exemple, la densité d’un liquide est le rapport entre la masse d'un certain volume
d'un corps et celle d'un volume d'eau dans des conditions de pression et de température préalablement
définies. En urbanisme, la densité se détache de la définition précédente dans la mesure où l’on ne fait pas
de lien entre deux entités (on ne compare pas une densité d’une ville à une autre ville qui serait toujours la
référence), la notion de densité dans notre cas est plus proche de la définition de la masse volumique. En
effet, la masse volumique est le rapport entre la masse d’un élément et son volume. Si on généralise cette
définition, on peut dire que c’est le rapport entre une donnée mesurable quelle qu’elle soit et une donnée,

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elle aussi mesurable mais qui indique soit une distribution spatiale (dans ce cas ce sera une unité de
longueur, de surface ou de volume), on parlera alors le plus souvent d’habitants/km², d’emplois/ha ou
encore de logements/ha, soit une distribution temporelle (une valeur ou un intervalle de temps).
Pour compléter ces indicateurs, on peut en ajouter un qui s’appelle densité végétale. « La densité végétale
est calculée par télédétection à partir d’une image satellitaire qui repère les masses végétales en volume et en
qualité. Cet indicateur de l’environnement végétal ne différencie pas la végétation des espaces publics de
celle des espaces privés. Il prend en compte l’ensemble des espaces verts qui participent à l’ambiance
générale d’un secteur » (Moulinié C. et Naudin-Adam M, 2005, 2. Les indicateurs de densité).
Nous venons de présenter les indicateurs les plus utilisés dans le milieu professionnel urbanistique (voir
annexe 1). La liste n’est pas exhaustive car « il existe presque autant d’indicateurs que d’acteurs ou
d’usagers de l’espace » (Moulinié C. et Naudin-Adam M, 2005, 2. Les indicateurs de densité). Ces
indicateurs permettent d’avoir une certaine idée de la réalité en place mais ce ne sont pas ceux-ci qui sont
utilisés par les pouvoirs publics dans ce qu’on appelle l’urbanisme règlementaire (annexe 2), c’est-à-dire la
pratique des collectivités publiques qui consiste à règlementer l’usage du sol et à planifier son
développement. On remarquera que ces outils balayent d’un revers de main tout ce qu’on vient de voir
auparavant et se concentrent uniquement sur le cadre bâti.
L’outil règlementaire par excellence est le COS (Coefficient d’Occupation des Sols). Ce dernier
renseigne juste sur la surface de plancher que l’on peut construire sur une parcelle donnée. En aucun cas, la
morphologie ne rentre en jeu (voir annexe 8). Ensuite, on définit ce qu’on appelle un CES (Coefficient
d’Emprise au Sol). Ici, l’idée est de contrôler la surface qu’a le droit de prendre le bâtiment vis-à-vis de la
surface totale de la parcelle. C’est le rapport à la terre. Enfin, on peut parler de la Densité Bâtie
Bâtie qui est un
indicateur plus complet parce qu’il prend en compte la distribution du bâtiment sur la surface (avec le
CES) mais aussi dans l’espace volumétrique (avec la hauteur moyenne). Cet outil donne un
renseignement plus proche de la perception d’un quartier quartier,, contrairement au COS qui est un indicateur
sur ce qui peut être fait, la densité bâtie mesure ce qui existe déjà. En passant en revue tous les outils qui
servent aux collectivités locales à encadrer l’occupation du sol et donc le développement physique de la
ville, on se rend compte qu’on prend toujours une photographie, qu’on travaille sur des plans, sur des
objets statiques alors qu’on sait très bien que ce qui fait la force et la richesse de la ville, c’est son perpétuel
mouvement. Il est donc important de prendre en compte la dynamique urbaine, c’est ce dont nous allons
parler dans une deuxième partie.

2.2. De la densité statique à la densité dynamique

Dans un deuxième point, nous tenterons d’analyser le glissement d’une mesure de la densité
statique à une mesure de la densité dynamique. Afin d’affiner un peu plus la notion de densité, il convient
de prendre en compte l’existence d’une mobilité des acteurs du théâtre urbain. L’idée ici étant de sortir du
cadre bâti et de se rapprocher de la réalité en étudiant les flux intrinsèques à la vie de la cité (migrations
pendulaires, activité touristique, marchande, commerciale,…). Nous sommes entrés dans une société de
mobilité et à ce titre « les liens intangibles entre les lieux de vie se sont alors progressivement disloqués au
profit d’une perception temporelle des espaces. Il en résulte des fluctuations quotidiennes sensibles des
densités au sein des espaces urbains » (Mille, 2000).
Tout à l’heure, nous avons évoqué un indicateur d’activité humaine. Ce dernier est un premier pas dans la
construction d’outils de mesure de la densité dynamique car il prend en compte le lieu de résidence et le
lieu de travail, deux cadres spatiaux de la vie du citoyen qui nécessitent le plus souvent un déplacement.
Cet indicateur renseigne sur la pratique de l’espace dans le temps (par exemple on sait que les quartiers
d’affaire vivent mal les soirs et week-end, avec cet indicateur, on est capable de savoir combien il y a de
personnes résidantes, combien il y a de travailleurs et donc on est déjà mieux renseigné sur la densité de
mouvement et d’activité présente sur cet espace). Certaines agences d’architecture-urbanisme tentent de
saisir cet aspect de la densité, ainsi l’atelier Combarel-Marrec tente d’évaluer l’impact de ses projets sur
l’intensité urbaine et ce, à plusieurs moments de la journée (Annexe 3).

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L’étude de la densité dynamique permet de mieux cerner la problématique de densité mais nous
invite à continuer la réflexion en s’appuyant cette fois-ci non plus sur des données physiques (et donc
facilement mesurables) mais sur des donnés beaucoup plus difficiles à récolter et à maîtriser à savoir le
ressenti d’une population car il ne faut pas oublier que l’urbaniste fait la ville non pas pour lui mais pour
les citadins et donc s’il parle de densité dans ses projets, il doit avoir en tête ce que veut dire ce mot dans la
tête des personnes directement affectées par ses choix. Parallèlement, on sait d’après les travaux de Fischler
que la prise en compte de la qualité de vie est devenue un aspect important dans l’élaboration des projets
tout comme la participation citoyenne selon Bacqué. Le traitement de la question doit donc dépasser le
cercle des experts et se rapprocher de l’usager pour prendre en compte après la maîtrise d’ouvrage et la
maîtrise d’œuvre, ce que Jean-Marie Henin appelle la maîtrise d’usage.

3. Analyse de la densité du point de vue subjectif

3.1. Notion de densité perçue ou vécue

Pourquoi et comment prendre en considération le ressenti d’une population vis-à-vis de la densité? Il s’agit
ici d’étudier le lien entre densité et citoyen et non plus entre densité et cadre physique de la ville. L’idée est
de se rapprocher de l’individu pour analyser sa perception de l’espace urbain, sa perception de son cadre de
vie. L’urbanisme participe à la construction du cadre de vie, il a pour mission d’améliorer les conditions de
vie, le confort mais « l’appréciation subjective d’un confort […] dépend de la pratique du lieu autant que
du lieu, sinon de la personne » (Wiel, 2006). Finalement, c’est autant le mode de vie que la qualité urbaine
du lieu et le rapport affectif de chacun envers ce lieu qui rendra la densité en place stimulante ou bien
oppressante. Les facteurs psychosociologiques ou la « densité psychosociale liée à la perception et au vécu
des espaces » (Lacaze, 1995) sont à prendre en compte. En effet, chaque personne à un parcours résidentiel
propre et a vécu des expériences plus ou moins heureuses dans chacun des lieux où elle est passée. La
relation entre expérience vécue et sensation envers un lieu semble être un point sur lequel on peut insister.
Certains se rappellent de l’endroit où ils ont donné leur premier baiser ou bien où ils ont rencontré leur
partenaire, ce lieu n’est peut-être pas extraordinaire pour le commun des mortels mais pour la personne en
question, il est chargé d’émotion et joui d’une perception souvent très positive. Il en va de même avec la
perception de la densité. Pour ce qui est du rapport à la densité, l’expérience est importante mais la
philosophie de vie et le mode de vie que l’on décide de suivre jouent un rôle aussi prépondérant. Les
facteurs individuels comme l’âge, le sexe et le bagage socioculturel entrent aussi en jeu. Plus l’âge de la
personne est avancé, plus ses expériences sont nombreuses et plus ses attentes sont généralement précises
en terme de cadre de vie, contrairement à un enfant ou à un adolescent qui de toute manière est un peu
contraint de vivre dans l’endroit où ses parents ont décidé de le faire grandir. Le sexe de l’individu est aussi
un facteur déterminant dans la mesure où la pratique de l’espace est différente.
« V. Fouchier distingue la « densité perçue sociale », faisant référence à la présence d’un grand nombre de
personnes dans un espace, et la « densité perçue non sociale » renvoyant à la perception du cadre de vie
sans tenir compte de la présence humaine (la perception de la densité bâtie pouvant, par exemple, paraître
forte si les bâtiments sont très rapprochés) » (Sangouard, 2008, p11), les deux approches semblant très
étroitement liés même s’il serait intéressant d’avoir une étude plus approfondie à ce sujet. On peut par
exemple se sentir agressé par des formes urbaines (bâtiments trop hauts ou rues trop étroites) mais aussi par
une présence sociale (grande foule ou au contraire peu de monde, une population très marquée
ethniquement peut aussi rendre mal à l’aise certaines personnes non habituées à ce type de confrontation).
La sous-partie qui suit montre à travers un sondage à quel point réalité et perception peuvent être
différentes. Bien que le sondage ne soit pas un instrument des plus scientifiques, en prenant toutes les
précautions nécessaires, ce dernier permet de nous donner un premier éclairage sur ce décalage.

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3.2. Quelques exemples de perceptions

Cette partie a pour objectif d’élargir notre champ de vision traditionnel centré sur les données
physiques pour intégrer aussi le point de vue de l’acteur principal, le citoyen. Pour affiner le jugement,
nous faisons en fait ce qu’on appelle en littérature un changement de point de vue, on passerait d’un point
de vue externe (où l’urbaniste fonde son action uniquement sur ce qu’il est capable de voir et d’entendre) à
un point de vue interne (où on irait chercher dans une personne ou un groupe social une « expertise »
citoyenne du quotidien qui nous permettrait d’appréhender d’autres éléments propres aux ressentis des
populations et donc par la même occasion de remettre en question notre jugement et notre pratique). A
propos du sondage, il faut savoir qu’il a été commandé par l’observatoire français de la ville au mois de
janvier 2007 et réalisé par la société TNS-Sofres. Le titre de ce sondage « les français et leur habitat :
perceptions de la densité et des formes d’habitat » montre qu’il rentre parfaitement dans le cadre de notre
étude. La méthodologie et ses faiblesses surtout sont plus explicités en annexe 5. Dans ce sondage, on
remarque que certaines données nous renseignent directement sur cette distorsion entre densité réelle et
vécue. Les grands ensembles sont vus comme des espaces très denses et l’habitat haussmannien peu
dense alors que physiquement cela est complètement faux, les grands ensembles par exemple ont
une densité bâtie proche de 0.75 alors que l’habitat haussmannien se situe plus vers 4,5 (Moulinié
C. et Naudin-Adam M, 2005, 1. Les repères historiques). L’habitat haussmannien est six fois plus dense en
terme de bâti que le modèle « grand ensemble » alors qu’il est perçu dans l’étude comme le modèle le
moins dense de l’habitat collectif. On peut aussi noter le lien entre densité perçue et insécurité, peut-être
spécifique à la situation française. En effet, les grands ensembles sont historiquement habités par des
personnes aux revenus relativement modestes et souvent pointés du doigt dans les médias pour des
problèmes d’insécurité. L’assimilation densité-insécurité est alors vite injustement établie et la promiscuité
difficile à vivre dans les esprits relève peut-être plus d’une « promiscuité sociale » (Duhayon, Pages,
Prochasson, 2002) que d’une promiscuité physique.

Conclusion
Conclusion
A travers ce petit essai, nous avons essayé de définir précisément la densité en voyant finalement qu’on ne
pouvait pas parlé d’une densité mais de plusieurs densités. Nous avons abordé ses définitions physiques,
objectives mais aussi celles plus subjectives, liées à la perception des individus, au vécu des espaces. Nous
avons inscrit notre analyse sur l’axe des temps et donné les principales clés de lecture pour comprendre les
liens très étroits qui existent entre notre sujet d’étude - la densité en urbanisme - et les grands enjeux de
société. La question de la densité, plus qu’une question de formes semble être une question de modes de
vie. L’enjeu majeur pour la société d’aujourd’hui et de demain est de se prononcer sur un mode de vie
souhaité, la question de la densité sera alors au cœur du débat. Les avis diffèrent, les idéologies associées
aussi, la bataille promet d’être rude. La question qu’on peut se poser maintenant, c’est la question des
règles qui vont encadrées ce débat. Pour éviter de reproduire les erreurs du passé (discours analytique des
modernistes), on a vu que de nouvelles pratiques voyaient le jour comme la maîtrise d’usage (Hennin) ou
plus généralement la démocratie participative. Comment, élus, professionnels de la ville (architectes,
urbanistes, …) et société civile vont-ils réussirent à dialoguer, comment vont évoluer les processus de prise
de décision afin d’atteindre un niveau de satisfaction élevé pour tous les acteurs du débat ? C’est une
réponse que la société devra trouver, l’acceptabilité sociale de la ville du futur est en jeu.

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Annexe 1 Tableau de quelques indicateurs de densité Moulinié C. et Naudin-Adam M, 2005

Annexe 2 Tableau de quelques outils règlementaires ayant trait à la densité Moulinié C. et Naudin-Adam
M, 2005

Annexe 3 Intensité de vie citadine, concept développé par l’agence d’architecture Combarel-Marrec lors
du concours d’idées international Carlsberg 2007 (Danemark)

7|P age
Annexe 4

Source : Newman & Kenworthy, 1998

8|P age
Annexe 5 Tableau illustrant les résultats du sondage tns-sofres

Concernant cette étude, on peut remarquer quelque chose de très troublant en même temps que très
parlant. On a demandé à des personnes de se prononcer sur une question de densité sans même la définir.
Or, on vient de démontrer toutee la difficulté de bien saisir cette notion. On pourrait alors penser qu’on ne
peut rien tirer d’un exercice aussi mal mené. Néanmoins, il semble quand même intéressant dans la mesure
où l’exercice n’est pas influencé par l’erreur d’appréciation des sondeurs
sondeurs au moment de poser la question.
En effet, il semble que les sondeurs aient une vision partielle et quelque peu erronée de la densité (ils font
aussi l’erreur dans leur analyse de comparer densité et grands ensembles) mais ils proposent aux sondés de
donner
ner un jugement sur des formes urbaines, les petits schémas que l’on voit ci-dessus.
ci dessus. C’est donc au
sondé de se faire sa propre idée de ce que la densité représente pour lui. C’est alors à ce moment là que l’on
voit la distorsion entre densité réelle et perçue.
perçue. On peut se poser la question du résultat si on avait expliqué
dans les détails toutes les références qui entrent dans la définition de la densité, peut être que le résultat
final aurait été totalement différent et de ce fait il ne nous aurait jamais renseigné
renseigné sur le regard à priori des
citoyens sur ce thème. Le fait d’avoir zoomé sur des typologies d’habitation et non des typologies de
quartiers influence grandement les choix et autorise aussi les erreurs de jugement. Quoi qu’il en soit, on
peut peut-être
tre affirmer que ce sont ces erreurs méthodologiques qui ont permis de déceler un élément
important du regard des citoyens sur la densité. Maintenant, il est certain qu’il faudrait un sondage mieux
m
mené pour affirmer ou infirmer les résultats de celui-ci.
celui

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Annexe 6

Distances parcourues (dist) et émissions de gaz (CO2 et


NOx) par individu et par jour, en fonction de la densité
brute de la zone de résidence (en abscisse).

Source : enquêtes INRETS sur la mobilité (panel


annuel par automobile, enquête nationale
nat transports de
1994, enquête globale transports de 1991 en Île-de-
Île
France)

Annexe 7

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Annexe 8 Différentes formes urbaines pour un même COS de 0,5

Source : Sangouard, 2008

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