Vous êtes sur la page 1sur 15

Pour une poutre isostatique de hauteur constante et Principes de calcul

dont la ligne moyenne est rectiligne, un câble de du béton précontraint


courbure constante exerce des efforts verticaux
uniformément répartis le long de la poutre p = F qui De même que pour le béton armé, les règlements de
r
calcul du béton précontraint sont conçus de façon à
s’opposent aux charges supportées par la poutre et garantir la sécurité et la pérennité des structures.
à son poids propre. L’équilibre se traduit par la D’une part, ils précisent le niveau maximal des
relation : actions (voir le paragraphe « Actions et
Σ r(x)
F
= 2F × sin α sollicitations ») pouvant s’exercer sur un ouvrage
pendant sa durée de vie ; d’autre part, ils tentent de
prémunir le concepteur contre les insuffisances de
qualité des matériaux.
Le premier objectif est atteint par la prescription de
valeurs caractéristiques ou nominales des actions
et, éventuellement, par l’imposition des coefficients
de sécurité majorateurs frappant les sollicitations
résultant de ces actions. La probabilité d’occurrence
simultanée d’actions indépendantes peut être très
variable selon leur nature. Il est donc nécessaire de
définir les combinaisons d’actions dans lesquelles, à
la valeur caractéristique d’une action dite de base,
s’ajoutent des valeurs caractéristiques minorées
En fait, l’assimilation de l’action de la précontrainte à d’autres actions dites d’accompagnement.
une charge répartie est rarement utilisée dans les
calculs, du fait de la complexité à laquelle conduit Le second est obtenu par l’application de coeffi-
cette analyse. On préfère considérer la précontrain- cients de sécurité minorateurs aux valeurs des résis-
te comme un effort extérieur sollicitant la section de tances caractéristiques des matériaux utilisés. Les
l’élément considéré en flexion composée, et se valeurs de ces coefficients diffèrent selon les prin-
réduisant aux efforts ramenés au centre de gravité : cipes de calcul adoptés.
effort normal, effort tranchant, moment de flexion. La méthode de calcul « aux états-limites » se fonde
En présence de forces extérieures développant des sur une approche semi-probabiliste de la sécurité.
efforts tranchants, l’effort tranchant résultant est la Ce type de calcul permet de dimensionner une
somme algébrique de ces efforts et de ceux engen- structure de manière à offrir une probabilité accep-
drés par la précontrainte. Dans une section quel- table de ne pas atteindre un « état-limite », qui la
conque d’un élément où l’effet de la précontrainte rendrait impropre à sa destination. Cette définition
F x sin α ( s’oppose à celui des forces extérieures V, conduit à considérer plusieurs familles d’états-
l’effort tranchant réduit Vr, est égal à : limites, telles que les états-limites de service, les
états-limites de fissuration, de déformation, les états-
Vr = V – F x sin α limites ultimes de résistance, de renversement, de
Dans la pratique, la tension d’un câble de précon- flambement, les états-limites de fatigue ou les états-
trainte est calculée pour appliquer au béton un effort limites de tenue au feu.
tranchant permettant de compenser les forces exté- Les règles BPEL 91 (Béton Précontraint aux États-
rieures et le poids propre de l’élément, ce qui Limites) sont fondées, comme leur nom l’indique, sur
empêche généralement l’apparition des fissures ces notions.
d’effort tranchant que l’on observe dans certaines
conditions en béton armé (inclinées à 45° sur l’axe
d’une poutre exagérément sollicitée, par exemple).

178
Actions et sollicitations Le coefficient γQ1 vaut généralement 1,5 ; dans les
bâtiments agricoles à faible densité d’occupation
humaine, entre autres, il vaut 1,35.
■ Les actions
Les valeurs des coefficients Ψ sont fixées par les
Elles sont constituées par les forces et les couples textes en vigueur (norme).
résultant des charges appliquées ou des déforma- γp est égal à 1 dans la plupart des cas ; il est pris égal
tions imposées à une construction, ainsi que celles à 1,35 lorsque la précontrainte est à considérer
résultant de la précontrainte. comme une action extérieure. Les combinaisons
On distingue : accidentelles ou celles définissant les sollicitations
de calcul vis-à-vis des états-limites de service sont
• Les actions permanentes dues au poids propre de précisées par le BPEL 91.
la structure et au poids total des équipements fixes.
Les poussées de terre ou la pression d’un liquide Coefficients de sécurité partiels sur les matériaux
(pour les murs de soutènement, les réservoirs, etc.)
sont également comptées comme actions perma- Les valeurs des résistances caractéristiques des
nentes. matériaux sont minorées par un coefficient de sécu-
rité partiel (γm dont la valeur est fonction du degré de
• Les actions de la précontrainte.
certitude avec lequel sont réputées connues ces
• Les actions variables dues aux charges d’exploita- résistances. A l’ELU, on prend γm = 1,50 (sauf déro-
tion, aux charges climatiques, aux charges tempo- gation sur justification) pour le béton et γm = 1,15
raires appliquées en cours d’exécution, aux déforma- pour l’acier.
tions provoquées par les variations de température.
En fonction de la destination des locaux ou des
ouvrages et en l’absence de données résultant des
conditions réelles d’exploitation, les charges rete-
nues pour les calculs sont fixées forfaitairement par
des normes ou des règlements (par exemple, la
norme AFNOR NF P 06-001 pour les charges d’ex-
ploitation des bâtiments).
Les charges dues au vent ou à la neige sont fixées
par les règles Neige et NV selon le site, l’altitude,
l’exposition, l’inclinaison de l’ouvrage.
• Les actions accidentelles dues aux séismes, aux
explosions, à l’incendie sont prises en compte par
des règlements spécifiques (Règles PS pour les
séismes).

■ Les sollicitations

Les sollicitations sont les efforts (effort normal, effort


tranchant) et les moments, appliqués aux éléments
de construction. Elles sont déterminées, à partir des
actions considérées, par des méthodes de calcul
appropriées faisant généralement appel à la résis-
tance des matériaux ou à des études de modélisa-
tion.

■ Les combinaisons d’actions

Dans les calculs justificatifs de béton armé, on consi-


dère des sollicitations dites de calcul qui sont déter-
minées à partir de combinaisons d’actions dont on
retient les plus défavorables.

Détermination des sollicitations


de calcul
Si l’on désigne par :
Gmax : l’ensemble des actions permanentes défavo-
rables ;
Gmin : l’ensemble des actions permanentes favo-
rables ;
Q1k : une action variable dite de base ;
Qik : les autres actions d’accompagnement ;
Pm : la valeur probable d’action de la précontrainte.
Pour les états-limites ultimes de résistance (ELU), les
sollicitations de calcul résultent de la combinaison
suivante :
S{γpPm + 1,35 Gmax + Gmin + γQ1Q1k + Σ 1,3 ψ0i Qik }
i>1

179
Béton précontraint
pour tous les ouvrages d’art
(viaducs, ponts)
ou pour des bâtiments
circulaires, avec
précontrainte annulaire.

180
Mise en œuvre de la précontrainte
La précontrainte peut être appliquée au béton soit
par pré-tension, soit par post-tension des armatures,
selon que celles-ci sont mises en tension avant le
coulage du béton ou après son durcissement.

■ La post-tension

Principe
La précontrainte est réalisée par des armatures
(généralement des câbles ou des torons) mises en
tension lorsque le béton a acquis une résistance suf-
fisante lui permettant de supporter les efforts de
compression auxquels il est alors soumis.
Les armatures, qui doivent pouvoir coulisser libre-
ment dans le béton, sont disposées dans des
conduits et s’appuient sur les extrémités de la pièce
à précontraindre par l’intermédiaire de systèmes
d’ancrage.
Une technique dite de précontrainte extérieure s’est
développée depuis quelques années. Elle consiste à
faire passer les câbles de précontrainte à l’extérieur
de la section de béton. Cette solution présente de
nombreux avantages, notamment l’allégement des
structures par réduction des sections, la facilité de
mise en œuvre et surtout les possibilités de rempla-
cement des câbles endommagés ou de renforce-
ment de structures soumises à des charges accrues.
La mise en tension des câbles est effectuée à l’aide
de vérins, généralement de façon échelonnée dans
le temps (entre 2 et 28 jours) de manière à respec-
ter l’évolution du durcissement du béton et l’applica-
tion des charges.
Le contrôle de la tension est effectué soit par mano-
mètre, soit de manière plus précise par mesure de
l’allongement des câbles. Le calcul de l’allongement
du câble doit tenir compte des différentes causes de
pertes de tension, par frottement, par déformations
instantanée ou différée du béton ou par rentrée des
ancrages. Les règles BPEL 91 fournissent les diffé-
rents coefficients liés à ces pertes de tension. La limite d’élasticité des armatures a une valeur
Après mise en tension des armatures, les conduits conventionnelle définie par la valeur de l’effort
sont remplis avec des coulis de ciment qui doivent FTgpour les torons, et par celle de la contrainte Tg
occuper aussi parfaitement que possible les espa- pour les fils, correspondant au point d’intersection de
ces entre câbles et conduits. La qualité de l’injection la loi de comportement de l’acier avec une droite
est une opération très importante, qui conditionne passant par le point (0,1 %, 0) et ayant une pente de
la protection des armatures, donc leur durabilité. 200 000 MPa.
La valeur de FTg est comprise entre 137 et 155 kN
Les armatures de précontrainte pour les T 13, et entre 196 et 225 kN pour les T 15.
Elles sont composées de torons ou de fils en acier à L’allongement à rupture est d’au moins 3 %.
haute limite élastique (HLE), plus rarement de • Les câbles de précontrainte sont composés de plu-
barres. sieurs torons ou fils. Les câbles les plus couramment
• Les torons comportent en général sept fils de petit utilisés sont les 12 T 13, 12 T 15, 19 T 15 (compor-
diamètre dont six sont disposés en hélice autour tant respectivement 12 et 19 torons). Lorsque de
d’un fil central de diamètre légèrement plus grand. grandes puissances sont nécessaires, on utilise des
Les torons les plus courants ont un diamètre d’envi- câbles 37 T 15 (37 torons).
ron 13 mm et 15 mm. Par abréviation, on les dénom- Les conduits dans lesquels sont disposées les arma-
me torons T 13 et T 15. La réglementation définit les tures sont soit métalliques (à profil ondulé en
résistances garanties à la rupture des fils d’arma- feuillard d’épaisseur comprise entre 0,3 et 0,6 mm
tures d’une part – contrainte de rupture RG compri- ou en tube d’acier laminé soudé de 1,5 à 2 mm
se entre 1 400 et 1 800 MPa –, des torons d’autre d’épaisseur, notamment pour des câbles extérieurs),
part, pour lesquels on considère l’effort de rupture soit en matière plastique (polychlorure de vinyle
exprimé en kilonewtons (kN). PVC ou polyéthylène, de 5 à 6 mm d’épaisseur pour
L’effort garanti de rupture (FRG) d’un toron T 13, de les gros diamètres). Afin de permettre un bon rem-
93 mm 2 de section nominale, varie, selon la classe plissage des conduits, leur section intérieure doit
de l’acier, de 160 à 180 kN ; celui d’un toron T 15, de être 2 à 2,5 fois plus grande que la section des arma-
139 mm2 de section nominale, de 220 à 260 kN. tures qu’il contient.

181
Précontrainte pour des voiles
de longue portée, des paraboloïdes,
des dalles de grande surface,
des poutres et des caissons –
ou des tours de bureaux.

182
Les ancrages de précontrainte
Ils constituent un organe essentiel puisqu’ils permet-
tent d’assurer le maintien de l’effort de précontrainte
dans les armatures après la mise en tension.
Dans la plupart des systèmes de précontrainte, le
blocage des armatures par rapport à l’ancrage est
obtenu par frottement (clavetage dans une pièce
conique).
Les ciments utilisables dans le béton précontraint
par post-tension font l’objet de la norme NF P 15-318
« Ciments à teneur en sulfures limitée pour béton
précontraint ». La norme précise les spécifications
relatives à ces ciments ; le critère de sélection est
essentiellement une teneur en sulfures et en chlo-
rures limitée.
Les ciments retenus sont des CEM I, CEM II, CEM
III/A et B ou CEM V de classe au moins 32,5.

Seuls sont autorisés les torons lisses ou crantés et


les fils autres que les fils ronds et lisses. Pour les élé-
ments préfabriqués les plus usuels en béton précon-
traint par fils adhérents, qui sont les poutrelles pour
planchers, on utilise surtout des fils de diamètre 4 à
7 mm ou des torons T 5,2 ou T 6,8. Pour les dalles,
on utilise des torons de plus forte section : T 9,3 ou
T 12,5.
Les ciments utilisables pour la précontrainte par pré-
tension font l’objet de la norme NF P 15-318, déjà
citée précédemment. Ce sont de préférence des
CEM I.

■ La précontrainte par vérins

Les deux techniques précédentes utilisent des


torons ou des fils d’acier à haute limite élastique. Il
est possible, lorsque l’on peut disposer de culées
suffisamment résistantes, d’effectuer directement la
mise en compression d’une structure en béton au
moyen de vérins prenant appui sur ces culées.
C’est encore Freyssinet qui, le premier, a mis en
œuvre ce mode de précontrainte au moyen de vérins
plats, outils extrêmement puissants, d’un faible coût.
■ La pré-tension Ce procédé, par la nécessité des culées qu’il impo-
se, n’a que des applications limitées. Il a cependant
Les fils ou les torons sont tendus avant le bétonna- été utilisé pour la construction de pistes d’aviation ou
ge. Le béton est ensuite mis en place au contact de de routes. Il a, en particulier, permis la réalisation de
ces câbles « pré-tendus » auxquels il va se trouver la chaussée du tunnel sous le Mont Blanc. La pré-
lié. Lorsque le béton est suffisamment durci (résis- contrainte par vérins plats est aussi utilisée dans les
tance à la compression d’au moins 25 MPa), on libè- barrages.
re la tension des câbles qui se transmet au béton par
adhérence en engendrant, par réaction, sa mise en
compression ; cette forme de précontrainte est dite
« par fils adhérents ». Banc de précontrainte.
Les armatures de précontrainte sont tendues en pre-
nant appui sur des culées fixes (bancs de précon-
trainte), spécialement construites à cet effet.
Après coulage et durcissement du béton, les torons
ou les fils sont libérés des culées.
Les fils et les torons utilisés pour la précontrainte par
pré-tension sont en acier à haute limite élastique. Ils
doivent satisfaire (de même que les armatures pour
la post-tension) aux prescriptions du titre II
(Armatures en acier haute résistance pour construc-
tion en béton précontraint) du fascicule 4 du Cahier
des Clauses Techniques Générales (CCTG).

183
Les domaines d’emploi
de la précontrainte
■ La post-tension

Les premières applications, qui se sont multipliées


par la suite, sont les ponts à moyenne et grande por-
tée : le pont haubanné de Barrios de Luna atteint
une portée de 440 mètres. Plus couramment, l’allé-
gement des âmes béton et l’emploi de la précon-
trainte extérieure permettent des portées variant
entre 50 et 250 mètres.
La précontrainte permet aussi la réalisation de
réservoirs. Certains réservoirs à hydrocarbure attei-
L’un des cas les plus courants d’utilisation des poutres précontraintes : gnent 100 000 m3 ; des réservoirs d’eau et des silos,
les parkings. de volume plus modeste, font aussi largement appel
à la précontrainte. Il faut encore citer les plates-
formes off-shore et les enceintes de réacteurs
nucléaires, ainsi que l’emploi de la précontrainte
extérieure dans la réparation de ponts ou de bar-
Poutrelles standard précontraintes par pré-tension.
rages.
Dans le domaine du bâtiment, la précontrainte par
post-tension, bien que moins courante, est utilisée
pour des poutres de grande portée ou pour des
dalles de planchers de section relativement mince
par rapport à leur portée : parkings, bâtiments indus-
triels ou commerciaux.

■ La pré-tension

Cette technique est essentiellement utilisée pour les


éléments préfabriqués standardisés, où elle se justi-
fie par la notion de séries.
Le bâtiment constitue le domaine d’emploi le plus
courant pour ces éléments : poutres, poutrelles de
planchers, prédalles, dalles alvéolées de planchers
ou panneaux de bardage de grandes dimensions
(10 à 15 m de longueur), pour bâtiments industriels,
commerciaux ou agricoles.
La pré-tension est également utilisée pour les pot-
eaux de tous types (télégraphiques ou électriques,
clôtures, etc.) ou les traverses de chemin de fer.

Pour consulter
le chapitre suivant,
cliquer ici.

RETOUR AU SOMMAIRE

184
8.4 Les produits en béton
fabriqués en usine

La fabrication en usine de produits en béton permet La liberté du choix de l’implantation des poteaux, de
de rationaliser la production, d’apporter la qualité la portée des poutres, des décrochements de
d’une fabrication industrielle et de réaliser une façades séduit les concepteurs de bâtiments indus-
importante économie de main-d’œuvre sur le chan- triels, commerciaux ou scolaires.
tier. La gamme des éléments élaborés en usine est
très diverse, depuis l’élément standardisé comme le
bloc jusqu’à l’élément de structure ou le panneau de
façade multifonctions.
Ces produits présentent plusieurs avantages, dont la
disponibilité sur catalogue et leurs possibilités d’as-
semblage.

Les éléments de structure


Cette famille est essentiellement constituée par les
poteaux et les poutres destinés aux bâtiments du
secteur tertiaire ou les bureaux, ainsi que par les
ossatures industrielles.
Par extension, on peut considérer comme apparte-
nant à cette famille les éléments de ponts et les
poutres de génie civil.

■ Les procédés poteaux-poutres

L’ossature est constituée de poteaux et de poutres


en béton armé ou précontraint, dans lesquels s’insè-
rent des voiles et des façades pour lesquels un choix
total est laissé au concepteur.
Les planchers sont généralement constitués d’élé-
ments allégés à nervures ou à caissons.
Structure poteaux, poutres,
dalle-plancher, panneaux de façade.

Les éléments pour bâtiments industriels


La charpente en béton la plus utilisée pour les bâti-
ments industriels est constituée de poteaux et de
poutres. Les portées, qui peuvent atteindre 25 à
35 mètres, sont obtenues avec des poutres en béton
précontraint par fils adhérents, à section constante
ou variable, selon les taux de charge et la portée.
La charpente béton laisse une grande liberté pour le
choix de la couverture et des façades béton : pan-
neaux en béton plein, sandwiches ; béton cellulaire,
blocs béton, fibres-ciment. Les avantages de la char-
pente béton sont la rapidité de montage, l'absence
d'entretien, la résistance au feu, à la corrosion et aux
agressions chimiques ou phytosanitaires. La
conception est facilitée par les possibilités variées de
trames, de hauteurs et d'extensions possibles.

193
Une autre technique, employée pour les bâtiments précontraint qui permettent de créer des toitures en
industriels et agricoles, consiste en une structure pente. Les portées entre poteaux peuvent atteindre
constituée de portiques ou de fermes en béton 10 à 35 mètres.

Les éléments de façade grandes dimensions du type plaque pleine ou nervu-


rée en béton ordinaire. » (mémento pour la concep-
tion des ouvrages) fournit les règles de mise en
Cette famille concerne essentiellement les pan-
œuvre et les critères que doivent satisfaire ces élé-
neaux destinés à l’enveloppe (panneaux de façades,
ments pour permettre aux murs d’assurer les fonc-
panneaux décoratifs), ainsi que des systèmes de
tions essentielles : stabilité mécanique, étanchéité à
construction pouvant associer des voiles verticaux et
l’air et à la pluie, isolation thermique et acoustique,
des planchers.
aspect des parements.
Les grands panneaux des années 1960-1970 ont été
Parmi les principales familles, on peut citer :
supplantés par les panneaux à voiles extérieurs
librement dilatables ou par les panneaux nervurés, • les panneaux en plaque pleine ou nervurée à iso-
qui répondent mieux aux exigences d’isolation ther- lation rapportée (extérieure ou intérieure) ;
mique. Les modes de liaison évoluent vers des • les panneaux sandwiches à voile extérieur libre-
assemblages mécaniques ou soudés. ment dilatable ;
La fonction esthétique peut être apportée par un • les panneaux sandwiches liés par nervures ou
parement en béton architectonique (sablé, lavé, poli) plots ;
difficilement envisageable au niveau d’une réalisa- • les panneaux sandwiches à voile intérieur mince ;
tion in situ.
• les panneaux en béton léger ou à corps creux
Les procédés de cette famille font l’objet d’avis tech- incorporés ;
niques.
• les petites plaques, porteuses ou non.
La norme NF P 10-210 « DTU 22.1. Travaux de bâti-
ment. Murs extérieurs en panneaux préfabriqués de

Panneaux sandwiches
à voile extérieur librement dilatable.
L’isolation est incorporée.

194
Une autre variété de cette famille est constituée par tant une résistance mécanique suffisante pour leur
les panneaux de type coque en fibres-ciment ou en conférer un caractère porteur.
béton de fibres de verre utilisés en habillage décora- • Les blocs à isolation intégrée : le caractère isolant
tif. Ces panneaux, légers et de formes variées, sont est apporté par un isolant rigide (polystyrène expan-
très utilisés en neuf ou en réhabilitation. sé, mousse de polyuréthane) qui relie deux blocs
Le parement constitue pour l’ensemble des pan- dont l’un assure la fonction porteuse.
neaux de façade un élément important où le béton
peut exprimer ses possibilités architecturales. Les blocs à bancher
La teinte et l’aspect, mis en valeur par les traite- Ils comportent un ou deux alvéoles verticaux de
ments de surface et le choix des granulats, offrent de grandes dimensions, destinés à être emplis de béton
vastes possibilités au concepteur. La recherche après le montage de la maçonnerie sur une hauteur
décorative et esthétique est parfois la seule fonction correspondant à un étage.
de ce type de panneaux, dits architectoniques, qui Le coffrage est, en quelque sorte, assuré par les
constituent, à l’heure actuelle, un secteur important parois des blocs. Des armatures peuvent être dispo-
de la préfabrication de façades. sées dans les alvéoles pour augmenter la résistan-
Les traitements de surface variés (sablé, désactivé, ce, permettant ainsi la réalisation de plusieurs
acidé, poli…) sont beaucoup plus simples à réaliser niveaux porteurs en murs extérieurs ou en refends.
en usine que sur chantier. Il faut enfin souligner que L’emploi d’un béton allégé ou d’un isolant permet
certains types de panneaux peuvent être démontés d’assurer partiellement ou en totalité l’isolation ther-
pour réemploi. mique du mur.

Les éléments pour maçonnerie Les blocs de parement


La qualité du parement de ces blocs permet de
■ Les blocs conserver la face extérieure apparente, sans utiliser
de revêtement ou d’enduit.
Les blocs courants De nombreuses possibilités esthétiques existent :
Ces blocs, aux dimensions et aux caractéristiques béton coloré, granulats apparents, cannelures.
normalisées, se sont imposés dans la construction Ces blocs sont souvent porteurs et peuvent parfois
des murs des maisons individuelles et le quart de être organisés en blocs à bancher (cas fréquent aux
ceux des logements collectifs. USA).
Les raisons de ce développement sont l’assurance La précision dimensionnelle du bloc a une très gran-
d’une qualité, tant au niveau des produits (conformi- de importance dans l’impression d’ensemble. Par
té aux normes NF et aux normes européennes) qu’à définition sans enduit extérieur, le bloc doit assurer
la mise en œuvre dont les règles font l’objet de la l’étanchéité à l’eau et à l’air. Le montage doit être
norme NF P 10-203 « DTU 20.12. Maçonnerie des très soigné car les joints laissés apparents assurent
toitures et d’étanchéité. Gros œuvre en maçonnerie non seulement l’esthétique, mais aussi l’étanchéité.
des toitures destinées à recevoir un revêtement Certains blocs, qui requièrent alors une grande pré-
d’étanchéité. Référence commerciale des parties 1/2 ». cision dimensionnelle, sont conçus pour être montés
Les principales caractéristiques de ces blocs sont : sans joint, uniquement par emboîtements méca-
• leur type : blocs pleins ou blocs creux comportant niques (montage dit « à sec »).
des alvéoles verticaux ;
• des dimensions constantes pour la hauteur (20 ou Les éléments pour planchers
25 cm) et la longueur (40 ou 50 cm), mais avec une
large plage d’épaisseurs allant de 5 à 32,5 cm ; ■ Les poutrelles et les entrevous
• des granulats courants ou légers (laitier, argile pour planchers
expansée) ;
• des classes de résistance garantie en compression Les poutrelles sont des composants en béton armé
définies par la contrainte de rupture du bloc rappor- ou précontraint, de faible section, qui constituent la
tée à sa section brute : structure du plancher.
B40 – B60 – B80 (résistance en bars = 0,1 MPa) Entre les poutrelles, et s’appuyant sur elles, sont dis-
pour les blocs creux en béton lourd, posés des éléments intercalaires, les entrevous
B80 – B120 – B160 pour les blocs pleins en béton (encore appelés corps creux, hourdis ou voûtains)
lourd,
L25 – L40 pour les blocs creux en béton léger,
L45 – L70 pour les blocs pleins en béton léger.
Les blocs isolants
La recherche de l’isolation thermique a conduit à
développer deux familles de produits.
• Les blocs constitués d’un béton à conductivité ther-
mique plus faible que le béton usuel ; pour parvenir
à ce résultat, on utilise soit des bétons de granulats
légers, soit des bétons cellulaires autoclavés.
Ces blocs présentent l’avantage d’atteindre les
niveaux requis par la réglementation thermique pour
des épaisseurs de l’ordre de 30 cm, tout en présen-

195
Les dalles alvéolées
Bien que connues depuis plus de vingt-cinq ans, les
dalles alvéolées ne se développent en France que
depuis peu de temps.
Les principaux avantages de ce procédé sont la rapi-
dité de mise en œuvre (suppression d’étaiement), la
possibilité d’utilisation immédiate du plancher et le
gain de poids (la dalle de 32 cm d’épaisseur pèse
360 à 400 kg/m 2 selon les modèles et permet une
portée de 15 à 17 mètres).
Les dalles en béton précontraint par fils adhérents
présentent des alvéoles longitudinaux de nombre et
de section déterminés par le choix de la filière d’ex-
trusion. Les dalles actuellement fabriquées ont une
largeur de 1,20 m, une épaisseur de 16 à 40 cm, et
une longueur pouvant atteindre 15 mètres.
Les dalles alvéolées sont utilisables pour tous types
de bâtiments, et plus spécialement pour la réalisa-
tion de planchers de longues portées, permettant
d’obtenir des plateaux libres de grande surface : bâti-
ments industriels, locaux scolaires, bureaux, locaux
commerciaux, parkings, bâtiments sportifs. Les
dalles alvéolées sont également très utilisées pour
Mise en place de dalles alvéolées. les planchers dont l’étaiement est difficilement réali-
sable.

qui remplissent une ou plusieurs fonctions : porteurs,


isolants, éléments de coffrage pour la dalle de com-
Les éléments de couverture
pression coulée en partie supérieure.
Ce type de plancher est bien adapté à la maison ■ Couvertures réalisées
individuelle, du fait du faible poids de ses compo- avec des composants en béton
sants aisés à manipuler. Les poutrelles sont utili-
sables pour des configurations variées et des por- Les couvertures peuvent être réalisées à partir de
tées moyennes de 6 mètres. Associées à des entre- composants autoporteurs en béton armé ou précon-
vous isolants, elles permettent de réaliser des plan- traint dont les performances mécaniques permettent
chers isolants sur sous-sol, sur vide sanitaire ou de s'affranchir du réseau de pannes. Ces compo-
sous comble. sants peuvent être soit des éléments courants de
plancher tels que des dalles alvéolées, des éléments
■ Les autres éléments pour planchers nervurés, soit des éléments spécifiques permettant
une conception architecturale originale de la toiture.
Les éléments de planchers de grandes dimensions C'est le cas, par exemple, des composants nervurés
sous forme de dalles pleines, très répandus au début de hauteur variable, des coques, des éléments ché-
de l’industrialisation du bâtiment, se sont trouvés neaux, des sheds… Ces divers éléments peuvent en
rapidement concurrencés par les procédés faisant outre comporter l'isolation et l'étanchéité intégrées.
appel à un bétonnage sur le chantier (tables cof- Les tuiles en béton
frantes, banches et tables, ou coffrages tunnels), ou
par des éléments moins encombrants (poutrelles et Leurs principaux avantages résident dans :
hourdis). A côté des dalles pleines et des dalles • l'esthétique,
sandwiches, deux procédés prévalent : les prédalles • la facilité de la pose,
et les dalles alvéolées.
• la durabilité et la robustesse,
Les prédalles • l'aspect économique.
Elles sont conçues pour servir de coffrage à la dalle Couvertures en béton cellulaire
de béton coulée en œuvre par-dessus.
Cette conception permet de ne transporter qu'une Elles sont réalisées à partir de panneaux en béton
dalle d'épaisseur restreinte (de 5 à 12 cm). cellulaire armé de largeur courante égale à 0,60 m.
Ces panneaux reposent sur les éléments porteurs
Les prédalles sont livrées en 2,40 ou 2,50 m de (pannes ou poutres) sur lesquels ils sont clavetés.
largeur, dans des longueurs pouvant atteindre 8 à 10
mètres. Elles sont soit en béton armé avec ou sans
raidisseurs, soit en béton précontraint.Les prescrip-
tions de fabrication et de mise en œuvre des diffé-
rents types de prédalles font l'objet du cahier des
prescriptions techniques : CPT Planchers –Titre II
« Dalles pleines confectionnées à partir de prédalles
préfabriquées et de béton coulé en œuvre ».
Les prédalles trouvent un vaste domaine d'utilisation
dans les bâtiments résidentiels, non résidentiels et
parkings.

196
Les produits en béton fabriqués en usine, bien que standardisés,
se prêtent également aux formes compliquées.

197
Autres éléments
■ Les éléments de voirie et de mobilier
urbain

De nombreux éléments en béton se sont développés


dans ce secteur où ils apportent une double répon-
se fonctionnelle (robustesse, résistance aux dégra-
dations) et esthétique. La variété des formes, des
textures et des couleurs des éléments béton facilite
l’intégration aux sites les plus exigeants. Parmi les
multiples produits utilisés, il faut citer les pavés, les
dalles, les bordures, les caniveaux, les éléments de
signalisation, le mobilier urbain (bancs, vasques,
etc.).
Tuyaux d’assainissement et boîtes de dérivation.

■ Les tuyaux et les accessoires


pour réseaux d’assainissement

Les canalisations d’assainissement constituent un


marché dans lequel les exigences de qualité rigou-
reuses, qui conditionnent le bon fonctionnement des
réseaux, ont favorisé le développement des tuyaux
en béton.
Les résistances mécaniques, la tenue aux agents
agressifs, l’étanchéité et la durabilité sont contrôlées
de manière rigoureuse, ces produits faisant l’objet de
certification.
■ Les éléments de fibres-ciment La forme des tuyaux (circulaire ou ovoïde), les
caractéristiques du béton, les diamètres pouvant
Les nouvelles générations de fibres-ciment se prê- atteindre 3,50 m, les accessoires très complexes
tent à la réalisation de plaques de faible épaisseur, (regards, branchements, dérivations, buses) permet-
de formes variées et pouvant être teintées : plaques tent de réaliser tous les types de réseaux d’assainis-
planes ou ondulées, pour bardages et couvertures, sement.
ardoises de grandes dimensions, plaques supports
de tuiles.
Elles apportent leur résistance mécanique, notam- Pour consulter
ment à la flexion, une faible conductivité thermique, le chapitre suivant,
la résistance au gel, et aux agents chimiques.
cliquer ici.
Faciles à poser et économiques, les couvertures en
éléments de fibres-ciment trouvent des utilisations
nombreuses en bâtiments industriels, agricoles, RETOUR AU SOMMAIRE
sportifs.

198
8.7 Le béton
dans les routes

L’intérêt du béton dans les routes des colorants et des traitements de surface qui
offrent de nombreuses possibilités décoratives ;
Un intérêt croissant pour les routes en béton se • le béton est un matériau simple à réaliser et à
développe dans le monde entier, tant pour la réali- mettre en œuvre.
sation des grands axes routiers et autoroutiers que
pour les voiries urbaines ou pour des applications Définitions
plus modestes, mais très nombreuses, telles que les
routes secondaires et la voirie rurale, forestière ou
de lotissement. ■ Le trafic
Les raisons principales de ce développement sont
dues à la satisfaction qu’elles apportent aux usagers Il est déterminé en fonction du nombre de poids
comme aux responsables des réseaux : lourds par jour :
• la chaussée en béton apporte à l’usager un niveau
de service élevé, associé à un niveau de sécurité
remarquable : adhérence par tous temps, absence
d’orniérage, visibilité due à une bonne réflexion de la
lumière ;
• le bilan économique à long terme est très favorable
du fait de la longévité de la chaussée béton et de son
entretien réduit ;
• le béton apporte aux chaussées ses perfor-
mances, notamment sa durabilité (résistance à la
chaleur, au froid et au gel), et sa solidité (résistance
aux charges, à l’érosion et aux agressions chi- Le dimensionnement d’une chaussée tient compte
miques) ; de la classe de trafic initiale et de la durée de servi-
• le béton permet de réaliser des chaussées inté- ce prévue, conduisant à considérer le trafic cumulé
grées à l’environnement en employant des granulats, sur cette période.

211
■ La portance du sol Le rôle d’une chaussée est de reporter sur le sol
support, en les répartissant convenablement, les
Les sols sont classés en cinq classes de p0 à p5, efforts dus au trafic. La chaussée doit avoir une
caractérisant la capacité du sol à résister aux épaisseur telle que la pression verticale transmise
charges appliquées (voir le chapitre 8.8). au sol soit suffisamment faible, afin que celui-ci puis-
se la supporter sans dégradation.
Comme la pression décroît régulièrement en profon-
deur, on peut constituer une chaussée par la super-
position de couches de caractéristiques mécaniques
croissantes à partir du sol. En général, on rencontre
successivement.
La couche de fondation
La construction de cette couche ne pose pas de pro-
blème particulier ; la plupart des matériaux convien-
nent.
La couche de base
La construction de cette couche doit faire l’objet
d’une attention toute spéciale : le matériau utilisé doit
pouvoir résister aux contraintes résultant du
trafic.

■ Les caractéristiques du béton

Selon les applications et le trafic, le béton doit pré-


senter des caractéristiques définies par la norme
NF P 98 -170 « Chaussées en béton – Exécution,
Suivi, Contrôle des spécifications »).
Les différentes couches qui constituent la structure de la chaussée.

Le rôle et la structure
de la chaussée béton
La couche de surface (ou de roulement)
Le poids du véhicule est transmis au sol, sous forme Elle doit notamment résister aux efforts tangentiels
de pressions, par l’intermédiaire des pneumatiques. des pneumatiques et s’opposer à la pénétration de
Ces pressions, voisines de la pression de gonflage l’eau.
des pneumatiques, sont relativement importantes : L’ensemble de ces trois couches constitue l’assise
6 à 7 kg/cm 2. de la chaussée.
D’une manière générale, les sols ne peuvent sup- L’avantage apporté par la chaussée béton est le
porter sans dommage de telles pressions ; il se remplacement des couches de base, de surface et,
forme alors des ornières. éventuellement, de fondation, par une dalle monoli-
thique qui remplit leurs fonctions ; c’est le principe de
la chaussée rigide.

Les bétons routiers


A partir des différentes catégories de ciments, il est
possible d’obtenir une grande variété de bétons aux
caractéristiques appropriées. En fonction de la natu-
re des granulats, des adjuvants, des colorants, le
béton s’adapte aux exigences de chaque réalisation,
par ses performances comme par son esthétique.
Selon sa destination, on choisira la formulation et la
mise en œuvre du béton la mieux adaptée.

Le trafic est déterminé en fonction du nombre de poids lourds par jour.

212